GERBERT D'AURILLAC
Nous avons consacré un article à Gabriel Gerberou dans le Baignasse médical; 1874, in-8», p. 250. A. C.
GERBERT d'aurileac. Le savant le plus remarquable du dixième siècle, ne à Aurillac, mort à Rome le 12 mai lOOo. Dès sa première jeunesse, il fut admis au couvent de Saint-Geraud d'Aurillac, où on lui enseigna la grammaire et la rhétorique. Le vif désir qu'il manifesta de s'instruire dans les sciences exactes engagea son abbé à le recommander ta Borel, comte de Barcelone, qui l'emmena en Elspagne et le jilaça près de l'évcque de Vich, flaitton, personnage très-versé dans les mathématiques. « S'il en fallait croii'e les traditions, dit Henri Martin, Gerbert ne se serailpas contenté des leçons de l'Espagne chrétienne et aurait été demander la science à de plus doctes maîtres : on aurait vu ce Gallo- Frank, foulant aux pieds les antipathies nationales, ce moine catholique, oublieux des haines religieuses, s'installer entre les fils des cheiks et des imans de Mohammed, sur les bancs de l'Université de Cordoue, centre et foyer de la civilisation musulmane. » Il a été fait justice, depuis, de cette légende invraisemblable. Ce qui est certain, c'est que Gerbert resta en Espagne de 967 à 970, époque oii il accompagna Haïtton à Rome, et qu'il en revint riche de connaissances en chimie, malhémaliques, mécanique, etc., connaissances qu'il utilisa plus tard pour des inventions utiles, celle de l'abaque, des globes astronomiques, de l'horloge à balancier, la fabrication d'un oi^gue hydraulique, où le son était produit par la pression d'un volume d'eau sur l'air des tuyaux, etc. Quant aux relations qu'on lui a attribuées avec les génies et les puissances infernales, il n'y a pas à les discuter; il faut les regarder comme des inventions de l'ignorance, de l'effroi ou de l'envie de ses contemporains.
Gerbert, grâce à la protection du pape et de Tempereur Othou l", put ouvrir une école à l'abbaye de Bobbio, en Italie ; obligé de fuir devant les accusations et la haine des seigneurs voisins, il se rendit en Allemagne, puis eu France, où il accepta les fonctions d'éeolàtre (scholasticum) , c'est-à-dire de directeur de l'école épiscopale de Reims, auprès de l'archevêque Adalbéron. Là il put tranquillement continuer ses études. L'école de Reims, restaurée par lui, devint une pépinière de docteurs, et Gerbert eut entre auli^es pour élève Robert, fils aîné d'un futur roi de France, de Hugues Capet, le fondateur de la dynastie capétienne. Ârnoul, fils naturel de Lothaire, ayant succédé à Adaibert en 988, Gerbert ne tarda pas à se trouver en désaccord avec lui. Mais Arnoul, convaincu de trahison, fut déposé par Hugues Capet, après un Concile tenu à Saint- Basle, près de Reims, sans l'assentiment du Pape.
Gerbert, qui avait été le secrétaire et l'âme de ce Concile, fut nommé archevêque de Reims en 991. Cette nomination ne fut pas ratifiée par le Pape, et lors de l'avènement au trône de Robert, en 996, Gerbert se vit dépouillé de son archevêché au profit d'Arnoul. L'empereur Othon 111, pour le dédommager, lui confia l'archevêché de Ravenne; c'était le dernier degré pour l'élévation de Gerbert à la papauté. 11 fut intronisé sous le nom de Sylvestre II, le 2 avril 999.
Mais tous ces faits appartiennent à l'histoiie, et nous n'avons pu que les effleurer. Nous renvoyons aux études spéciales qui ont été publiées sur cet illustre savant, et particulièrement à YHist. littér. de la France, t. VI, p. 559 ; à RicHER, l'un des élèves de Gerbert, Hisloria, passim; C.-F. Hock, Gerbert oder Papst Sylvester II und sein Jahrhundert (Wien, 1857, in-S"), traduit en français (Paris, 1842, in-S"); à M. BromcER, Veher GerherCs wissensch. und
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polit. Stellung (Cassel, 1851); Ed. de Barthélémy, Gerbert. Étude svr sa vie et ses ouvrages y suivie delà traductionde ses lettres [Vav'is et Lyon, 1868, in-8°); A. Olleris, OEuvres de Gerbert, pape sous le nom de Sylvestre H, précédées de sa biographie, suivies de notes critiques et historiques (Clermont et Paris, 1867, in-8"), enfin à K. Werner, Gerbert von Aurillac. Die Kirche und Wissenschaft seine r Zeit, neue Ausg. (Wien, 1881, in-S").
Gerbert a écrit un grand nombre d'ouvrages relatifs à la philologie, à la théologie, aux mathématiques, etc., mais la plupart sont inédits et plusieurs ont été perdus. Nous ne mentionnerons que ses Lettres, éditées pour la première fois par Papire Masson (Paris, 1621, in-4°), puis par A. Duchesne, en 1631, dans Hlst. Franc, scriptores (t. Il, p. 789-844), etc.
Gerberl était un savant trop universel pour ne pas s'être occupé de médecine. Il avait iu les auteurs anciens, comme il ressort d'une de ses lettres [Epistola 151 de l'édit. de Duchesne) ; dans la même lettre il prescrit à un malade des moyens curatifs contre les calculs de la vessie. Parmi les auteurs anciens, il mentionne notamment Démosthène l'oculiste [Epist. 9), et ailleurs {Epist. 130) demande au moine Rainaud, son ami, de lui envoyer de France mie copie de r'OyGaip.i/.ô; du même Démosthène, ouvrage qui paraît être perdu aujourd'hui; enfin, il parle {Epist. 176) de Celsus Cornélius, qu'il recommande comme un auteur auquel il faut accorder toute confiance lorsqu'il s'agit de savoir le nom exact d'une maladie donnée. L. Hs.
GERBEiSlUS (Marcus). Né en Croatie, étudia et pratiqua la médecine à Laybach dans la Carniole, et y moui'uten 1718. Il a fait partie de l'Académie des curieux de la nature, dans les recueils de laquelle il a publié un certain nombre d'observations, sous le nom d'Agésilas. Nous citerons de lui :
I Chronologia medico-practica exactam temporum, aurce, tempestaliini, et humanorum
corporuin, inde orlarum alterationum, dcscriptionem cum suis hixtoriis medicis, causis et curationibu'i, polissimum ad modernorum incnlem adumhratam continens, in quinque annos diitincta, etc. Francfort, 1713, in-^". — II. Intricatum extricaliun viedicum, seutractalus de morbis complicalis, in quo intricatissima quœque in praxi medica occurentia breviter pertractantur, el dilucide resolvunlur, et vel j^ropterea lectu utilissiinus. Cum indice rerum et vcrhorum accuratissimo, necnon appendice, de moderno pecorum interitu. Francfort, 1715, in-4°. A. D.
CERBiLliE. Le nom générique de Gerbille (Gerbillus), diminutif de Gerboise, a été appliqué en 1804 par A. -G. Desmarest à de petits Rongeurs aux pattes postérieures allongées, qui présentent dans l'aspect extérieur beaucoup de ressemblance avec les Gerboises {voy. ce mot) et qui ont été, en effet, pendant quelque temps, confondus avec ces derniers animaux. .Mais, tandis que les Gerboises ont les métatarsiens souvent soudés au membre postérieur, les Gerbilles ont les métatarsiens libres ; tandis que les premièi^es ont le crâne arrondi, les dernières ont le crâne allongé comme les Rats, dont elles se rapprochent du reste par leurs molaires au nombre de 12 (5 paii'es à chaque mâchoire). Aussi la plupart des auteurs modernes, et entre autres M. E.-R. Alston, dans ses Étîtdes sur les Rongeurs, et M. Trouessart, dans son Catalogue des Mammifères, font-ils des Gerbilles, sous le nom de Gerbillinœ, une simple sous-famille des Muridœ ou des Rats, tandis qu'ils créent pour les Gerboises une autre famille, assez éloignée de la première, celle des Dipodidœ.
Les Gerbilles, auxquelles Illiger a donné en 1811 le nom de Meriones, trans-
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porté depuis par F. Cuvier à certaines Gerboises, ont des formes gracieuses, le corps svelte, couvert d'un pelage aux teintes douces et claires, la queue longue et velue, les pattes postérieures très-allongées et terminées par 5 doigts, les pattes antérieures relativement courtes et munies de 4 doigts bien distincts et d'un pouce rudimentaire, la tète un peu pointue en avant, les yeux assez grands, les oreilles médiocres et arrondies au sommet. A ces caractères extérieurs on peut joindre les caractères suivants, tirés de la dentition : cliez les Gerbilles les incisives sont toujours étroites, marquées en avant d'un sillon longitudinal ; les molaires offrent chacune deux ellipses transversales, une sur chaque colline. Les Gerbilles habitent l'Asie, l'Afrique et les régions orientales de l'Europe. Elles vivent soit dans les steppes, soit dans les plaines cultivées, et se nourrissent tantôt de végétaux rabougris, croissant dans le sable du désert, tantôt de céréales, et particulièrement d'orge et de blé. Pendant la plus grande partie du jour elles restent tapies dans des terriers où elles resserrent quelques provisions. Elles ont des allures rapides et bondissent sur leurs pattes postérieures avec une grande légèreté. On connaît à l'heure actuelle près de cinquante espèces de Gerbilles dont la grosseur varie depuis celle d'une Souris jusqu'à celle d'un Rat surmulot, mais qui portent toutes à peu près la même livrée, fauve, jaunâtre ou rougeàtre sur les parties supérieures du coi'ps, blanchâtre sur les parties inlérieures. Pour la commodité de l'étude, ces espèces sont réparties en plusieurs sous-genres : Gerbillus, Rhomhomys, Malacolhrix, Psammomys. Dans le premier de ces groupes se placent : la Gerbille indienne {Gerbillus indiens Hardw). que F. Cuvier appelait VHérine et qui se trouve principalement au Bengale; la Gerbille égyptienne (G. œgyptius Desm.), qui a été figurée dès 1801 par Olivier et qui vit en Egypte, en Nubie et en Abyssinie ; la Gerbille de Schlegel {G. Schlegelii Smith), originaire du Cap, d'Angola et de Mozambique; la Gerbille de Selys (G. Selysii Pom.), qui habite l'Algérie, etc. Le sous-genre Rhombomys renferme plusieurs espèces de Perse, des steppes de la Caspienne, du Turkestan et de la Mongolie, telles que : G. opimus Licht; G. meridianus Pall; G- psammophilus A. M. E., ainsi que des espèces africaines comme G. Shawiî Duv. et G. melanurus Riipp. ; le sous-genre Psammom?/s comprend entre autres formes la Gerbille obèse [G. obesiis Rûpp.) et la Gerbille à queue de rat (G. myosurus Wagn.). Enfin, dans un groupe distinct du genre Gerbillus, dans le genre Pachyuromys, créé tout récemment par M. Lataste, se rangent les Gerbilles à queue très-courte, comme tronquée, P. brevicaudatus F. Cuv. et p. Duprasi Lat., venant l'une des bords du fleuve Orange (Afrique australe), l'autre du Sahara algérien. E. Oustalet.
Bibliographie. — Desmarest. Nouv. Dict. d'Hist. nat., 1804, t. XXIV, p. 22. — Illiger. Prodromus syslematis Manimalium et avium, 18H, p. 82. — F. Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaibe. Uist. nat. des Mammifères, 1824-1835, livr. XL. — Ruppel. Atlas Reis. Abijss., 1828, pis. 22, 25, 29. — F. Cuvier. Trans. Zool. Soc. Loiid., 1836, 2, p. 143. — Wagn-er. Schreb. Seing. SuppL, 1843, t. III, p. 292. — P. Gervais. Hist. nat. des Mammifères, 1854, t. I, p. 395. — LociiE. Expl. scient, de l'Algérie, Mammifères, 1867, p. 100 et suiv., et pi. 5. — H. et A. Milne-Edwards. Rech. pour servir à Vhist. des Mammifères, 1868-1874, p. 140. — Alstom. On tlie order Glires. In Proc. Zool. Soc. Lond., 187G, p. 81. — Peters. Reise nach Mossambigue, 1852, Sàugeth., p. 145 et pi. 33, eiMonalsb. Akad. Berl., 1878, p. 200. — Trouessart. Calai, des Mammifères vivants et fossiles. Rongeurs. In Bull, de la Soc. d'e't. scient. d'Angers, 1880, p. 106. — Lataste. Le Naturaliste, 1880, p. 313, et 1881, p. 492.— Huet. Le Naturaliste, 1881, p. 339. £. 0.
GERBOIIK (Antoine-Claude). Né vers 1758, mort à Strasbourg le 23 mai