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la proportion de ces corps ne correspond jamais à ce qu'on nomme un équivalent, mais toujours à deux équivalents ou à un multiple de cette quantité ».
Dès lors il fallait, ou bien doubler toutes les formules de la chimie minérale pour les faire accorder avec les formules organiques, ou bien réduire à la moitié de leurs équivalents toutes les formules delà chimie organique. C'est à ce dernier parti que s'arrêta Gerhardl et il revint ainsi aux formules atomiques de Berzelius. A l'exemple de celui-ci, il considéra l'eau comme formée de deux atomes d'hydrogène et d'un atome d'oxygène. Il choisit la molécule d'eau pour unité de mesure et y rapporta les molécules de tous les corps composés occupant deux volumes à l'état de gaz ou de vapeur. De là un système de formules différant à la fois de celui de Berzelius et de la notation eu équivalents qui a été en usage depuis. Généralisant les vues de Dumas et de Laurent sur les combinaisons organiques, il envisagea les sels, les acides et les oxydes de la chimie minérale, comme constituant des molécules uniques, formées d'atomes dont quelques-uns étaient susceptibles d'être échangés parvoiede double décomposition. Ainsi à l'idée dualistique il opposa l'idée unitaire, à la théorie des combinaisons formées par addition d'élémenls la théorie des composés formés par substitution. Un acide est dès lors un corps hydrogéné dont l'hydrogène peut-être échangé, par double décomposition, contre une quantité équivalente de métal ; de cet échange résulte un sel. Donc les acides et les sels offrent la même constitution, les premiers étant des sels d'hydrogène, les autres des sels de métal. Un sel n'est plus ainsi un composé binaire formé d'un radical oxygéné uni à un métal, mais un groupement unique d'atomes divers. Quant à l'arrangement qu'affectent les atomes dans les composés complexes, Gerhardt les regarde comme inaccessibles à l'expérience et du même coup rejette toute espèce de formules rationnelles; il rejette en même temps les radicaux comme purement hypothétiques et dénués de toute vraisemblance. « Qu'on nous montre un seul de ces radicaux », s'écrie-t-il. Bien entendu Gerhardt n'avait en vue ici que les radicaux ou groupes 'd'atomes doués d'une existence indépendante et capables d'entrer directement en combinaison. Mais il ne tarda pas à reconnaître que dans un grand nombre de réactions les corps composés, après avoir perdu l'un ou l'autre de leurs éléments, forment un résidu susceptible d'entrer en combinaison; c'est ce qu'il appela substitution par résidus. C'était, en somme, une idée de Laurent que Gerhardt adoptait là. Ces résidus ne sont pas autre chose du reste que les radicaux dans le sens moderne du mot.
Mais avant d'en arriver là Gerhardt s'en était tenu aux formules empiriques, qu'il avait prises pour base unique de sa classification.
Il rangeait tous les corps en progression ascendante, suivant le nombre d'atomes de carbone que renferme leur molécule, les composés les plus simples à la base, les plus complexes au sommet de l'échelle. C'est ce qu'il appelait Véchelle de combustion, parce qu'au moyen des procédés de combustion on peut faire descendre les corps d'un ou de plusieurs rangs dans la série, en leur enlevant un ou plusieurs atomes de carbone. Poussé trop loin, ce principe de classification introduisit bien quelque confusion dans la science, mais il en sortit cette idée neuve, si féconde, des séries parallèles ou homologues. Schiel, en Allemagne, avait fait voir les relations de composition qui existent dans les alcools, Dumas avait édifié la série des acides gras, Gerhardt développa et généralisa cette idée et découvrit la loi de formation de ces séries. Dans chacune d'elles les corps sont rangés suivant la progression régulière des atomes de