GILLOT
seur de rhétorique, et trouve là Ozanneau qui y enseignait la philosophie. Mais ce jeune professeur se dégoûte de cette position qui ne satisfait pas ses aspirations. Marié, père de famille, dénué de tout patrimoine, n'ayant même pas le pabulum vitce, il se fait inscrire, malgré les observations de son père, sur les registres de la Faculté de médecine de Paris. Le voilà disciple d'Hippucrate, la bourse vide, mais bourré de grec et de latin, lisant couramment les grands écrivains de l'antiquité, et arrive ainsi au doctorat, le 13 août 1851, non sans avoir été forcé de donner des leçons de grec, de latin, de préparer aux baccalauréat, et même d'accepter une place de professeur d'iiistoire naturelle au Collège Stanislas. Puis, en 1858, un concours pour l'agrégation s'étant ouvert, il se présente, joute avec Béhier, Monneret, Grisolle, Barth, Valleix, Bazin, JNonat, et a le malheur d'échouer. Quatre ans après (1842), il est plus heureux en gagnant le prix de clinique interne fondé par Corvisart ; en 1844, il était nommé médecin du Bureau central, qui l'envoya successivement à l'hôpital du Bon-Secours, à la Salpêtrière (1849), à l'hôpital des Enfants-Malades (1852), et presque en même temps le lycée de Saint-Louis, puis le lycée Louis-Ie-Grand, le choisissaient pour médecin. C'est dans ce dernier établissement qu'il rendit le dernier soupir, victime, comme nous l'avons dit, de son dévouement professionnel. Lorsque nous aurons dit que Gillette fut président de la Société médicale duX" arrondissement, président de la Société médico-pratique, membre de la Société médicale des hôpitaux, président de la Société médicale d'émulation, nous aurons à peu près esquissé la vie si bien remplie, mais trop courte, de cet excellent homme. On a de lui les publications suivantes :
I. Dissertation sur quelques points de pathologie générale. Thèses de Paris, 13 août '1851, in 4°, 24 pp. — II. Des circonstances qui réclament les toniques, et des règles à suivre dans leur emploi. Ttièses de l'aiùs, agrégation, 1858, in-4°, 24 pp. — III. Du sclérème simple. In Arch. gén. deméd., 5' série, t. fV, 1854, p. 657-(i58. — IV. Tumeur cancéreuse occupant profondément la partie interne de l'orbite ulcérée, et étendue aux deux paupières. Extirpation, l'œil étant laissé intact. Guérisoti. In Journ. hebdom. de méd., t. II, 1829, p. 56. Observation prise à l'hôpital Beaujon, dans le service de Blandin. — V. Carie du sternum. In Journ. hebdom. de méd., t. II, 1829, p. 228. Observation prise à l'hôpital Beaujon, dans le service de Blaiidin. — YI. Adhérences accidentelles réunissant trois doigts entre eux et avec la j)aume de la main. In Journ. hebdom. deméd., t. IV, l.'*29, p. 507. Observation prite à l'hôpital Beaujon, dans le service de Blandin. — VII. Article Vieillesse (Maladies de la). Supplément au Dictionnaire des Dictionnaire? de médecine. Paris, 1851, in-8°, p. 809-901. A. G.
GILLOT (Joseph-François-de-Paule). Né à Robécourt, dans le département des Vosges, le 1" avril 1792, commença ses études médicales à Paris en 1807 et concourut en 1809 avec succès pour une place de chirurgien militaire ; reçu externe des hôpitaux à Paris, il venait d'être attaché à la Charité, lorsqu'au commencement de juin 1810 il reçut l'ordre de partir pour l'île de Walcheren, en Zélande, en qualité de sous-aide; il assista, en 1812, à la désastreuse campagne de Russie; blessé et fait prisonnier, il fut dirigé en 1815 sur le gouvernement de Saratov, puis revint en France en 1814. Après la bataille de Waterloo, il abandonna la carrière militaire et alla prendre tous ses grades à Paris. 11 se fixa ensuite à Medon ville, petit bourg situé à deux lieues de son village natal, puis en 1823 passa à Neufchàteau. En 1825, il s'établit à Metz et fut nommé médecin des pauvres, et se créa en peu de temps luie nombreuse clientèle. 11 se distingua en 1852, lors de l'épidémie du choléra, et fut nommé médecin des épidémies de l'arrondissement de Metz. Gillot mourut le 18 août 1868,
Dès 1829, il fit partie de la Société des sciences médicales de la Moselle,
GIMBERNAT (Les deux). 691
devant laquelle il lut un grand nombre d'excellents mémoires, qu'on trouvera énumérés dans la notice que lui a consacrée Eug. Maréchal [Exp. des travaux de la Soc. des sciences méd. du départ, de la Moselle, 1868, p. 59. Metz, 1869, in-8). Mentionnons particulièrement ceux sur le choléra, en 1852, sur X hématocële péri-utérine spontanée (l'un des premiers exemples de cette affection qui aient été publiés), sur les affections utérines, sur les aveugles et les sourds-muets de la vUle de Metz, etc.
Sa thèse inaugurale a pour titre : Dissert, sur les fièvres intermitlentes considérées d'une manière générale. VAtis., 1817, in4, n° 10. L. Un.
GILMJR-HA-PUTTA. C'est, dans l'Hindoustan, le nom d'une substance ayant l'apparence de feuilles sèches et qui est considérée comme efficace contre le goitre. H. Cope pense qu'elle est fournie par le Laminaria saccharina : ce qui expliquerait la réputation du remède, les laminaires appartenant au groupe des Fucus, qui contiennent de l'iode [vog. Laminaire). D.
CilLPIX (Joseph-Dacre-Appleby). Savant médecin anglais, né à Carlisle, en 1745, mort à Bath, le 50 septembre 1854. Il fit ses études à Edimbourg, puis pratiqua son art à Carhsle ; peu après il prit du service dans l'armée et passa vingt-six-ans dans les Indes Occidentales, dont dix-huit dans l'île de Grenade; il y était encore en 1795, lors de la terrible épidémie de fièvre janne ; en 1794, il se trouvait à la Martinique. Il l'ésida plusieurs années (1815-1814) à Gibraltar en qualité d'inspecteur député des hôpitaux, puis revint en Angleterre avec le titre d'inspecteur général des hôpitaux militaires. 11 se retira ensuite à Carlisle, où il fut senior alderman et remplit à plusieurs reprises les fonctions de premier magistrat de la ville. Il eut l'occasion d'étudier de près diverses fièvres épidémiques et eut lui-même beaucoup de peine à s'en sauver lui et sa famille, à la Martinique et à Gibraltar; dans ce dernier poste il fut le seul médecin qui survécut. On a de lui plusieurs bons mémoires :
I. Account of an Epidémie Fever, which occurred at Gibraltar' in tlie Years 1804, 1810 and 1815, taken from Officiai Documents, Military and Médical. In Londan Med.-Chir. Transact., t. V, p. 303, 1814. —II. Copy of a Leller ta Colin Chisholm on the Yellow Fever. In Edinbùrgh Med. a. Surg. Journ., t. X, p. 41, 1814. — III. Remarks on the Fever which occurred at Gibraltar in 1815. Ibid., p. 511. L. Hx.
CilLT/HElM (Rhembebtus). Nommé professeur de médecine à Rostock en 1511, lionoré du titre de docteur en 1514, fut à partir de 1512 médecin des ducs de Mecklembourg, qui lui donnèrent la cure de l'église Saint-Pierre, à Rostock, en 1515. Il conserva cette dernière jusqu'à son mariage en 1521. Nous le retrouvons ensuite à Lunebourg en 1524 et peu après à Lubeck, où il fut nommé médecin pensionné et mourut vers 1555. On cite de lui :
I Liber collectionum aphorismorum Hijpocralis de unaquaquc egritudine a capite usque ad mlam pcdis pcrlractans. Rostochii, 1519. — II. Tradatulus de vera ethymologia atque divina admirabiliqur Theriacc compositions Rostochu 1519. - III. Bericht uber die Schweisssucht aus dem Jahre 1829, publicirt von Lisch in den Jahrbiichern d es Vereins fur mecklenburgiscke Geschichte, etc., Bd. III, p. 74. L. Hx.
«i.nBERXAT (Les deux).
«imbornat (Dox ÂNToriio de). Anatomiste et chirurgien espagnol distingué, fut professeur à Barcelone de 1762 à 1774, puis se fixa à Madrid, où il devint
692 GIMEAUX (Eaux minérales de).
chirurgien oiilinaire du roi d'Espagne, Charles IV, et directeur du Collège royal de chirurgie de San Carlos de Madrid. Gimbernat est surtout connu par un travail remarquable sur l'opération de la hernie crurale ; son nom a été donné {ligament de Gbnhernat) à une dépendance, bien décrite par lui, de l'arcade crurale : aux fibres qui, détachées du pilier inguinal externe, vont se fixer sur la crête pectinéale en limitant en dedans Vanneau crural.
I. Nuevométodo de operar en la hernia crural. Madrid, 1795. Trad. en angl. par Beddoes (london, 1795), en allemand par Sclireger (Nûrnberg, 1817), enfin en français sous le titre : Nouvelle mélhode d'opérer la hernie crurale, traduite et augmentée de notes par G. Brescket. In Joarn. des jjrogr. des se. méd., t. IV, p. 126, el t. Y, p. 1*7, 1827. — II. Dicert. sobre el recto ij abusu de las suturas. Madrid, 1801, in-S». L. Hn.
Cimbernat (DoN Carlos de). Autre médecin espagnol, probablement de la même famille que le précédent, naquit à Barcelone le 17 septembre 1765 et mourut h Bagnères-de-Bigorre le 12 octobre 1834. Il voyagea, aux frais du roi d'Espagne, dans divers pays de l'Europe, pendant les années 1802 à 1804. Il fit par la suite des séjours prolongés en Allemagne, particulièrement à Munich, oîi il fut plusieurs années conseiller d'État avec un traitement élevé ; il acquit é^^alement le droit de bourgeoisie en Suisse et résida dans* cette contrée ainsi qu'en Italie et en France. Enfin, il alla vivre à Madrid, où il fut nommé sousdirecteur du Musée royal d'histoire naturelle. Nous connaissons de lui :
I. Instruction sur les moyens propres à prévenir la contagion des fièvres épidémiques, publiée par ordre du préfet du département du Bas-Rhin. Strasbourg, 1814, in-8°. Traduct. allem. par Bôckinann. Carisruhe, 1814, pet. in-S". — H. Enldeckung des Stichgas in den Mineralquellen zu Aachen und Wiesbaden. In Hufeland's Journ. der Heilk., Bd. XIV, p. 155, 1802, el Bd. XVI, p. 153, 1805, et Gilbert's Annalen, Bd. XXI, 1805. - III. JSotice sur les colonnes du temple de Sérapis, près de Naplcs, qui sont percées jusqu'à une certaine hauteur par les vers marins ou les Pholades. ]nBibl. univ., t. X, p. 295,1819. — lY. Analyse des Schwefelwassers zu Aix in Savoyen. In Buchner's Bepertor. f. d. Pliarm., Bd. XIV, p. 264, 1823. — V. Notice sur le sulfate de soude cristallisé trouvé en Suisse. In Annal, de chimie, t. XXXIII, p. 98, 1826.— VI. Onthe Best Mode of Extracting the Nutritions Portion of Bonesandits Economical Application. In Quart. Journ. Se., t. I, p. 386, 1827. — YII. Articles dans Annales de chimie et de physique, Paist's Mag. f. Heilk., etc. — V. Une traduct. Mexzies. E.iperimenlos en el puerto de Sherness para cortar il progressa di una calentura maligna. Trad. de Ingles. Madrid, 1800, in-12. L. Hn.
€11 m DERIVAT. Ligament de Gimbernat [voy. ci-dessus). — ColhjredeGimhernat. Collyre contre les taies de la cornée, contenant 0,1 de potasse caustique pour 30,0 d'eau distillée. D.
GIMEAUX. (Eaux MINÉRALES de). Athermales, protothermales, o a hypo thermales, bicarboyintées calciques m,oyen.nes, carboniques fortes. Dans le département du Puy-de-Dôme, dans l'arrondissement de Riom, à 6 kilomètres de la ville de ce nom, à 1 kilomètre seulement de Roiizat {voy. ce mot), est un village peuplé de 628 habitants. Cinq sources émergent des terrains cristallisés de la commune et sous les travertins qu'elles ont primitivement i'ormés. La première de ces sources est la plus importante àconnaître, car elle sert seule aux usages médicaux, son eau contribue aussi avec celle des quatre autres à former des pétrifications qui font concurrence à celles de Saint-Alyre et de Saint-Nectaire.
1" La première source de Gimeaux, connue des anciens auteurs sous le nom de Source de Jumac, a son point d'émergence sous le pli de terrain qui est à droite de la route dePromsat. Son débit est de 288,000 litres en vingt-quatre
GIMEAUX (Eaux minérales de). 605
heures ; son eau est claire, transparente et limpide, après qu'elle a laissé déposer sur la paroi intérieure de son bassin une couche notable de rouille, elle n'apijiis d'autre odeurque celle du gaz acide carbonique qui s'en dégage et dont les bulles se fixent en partie dans les vases qui la oonliennent, elle aune saveur piquante, aigrelette, fade, quoique un peu salée et légèrement ferrugineuse. Sa température est de 24»,7 centigrade; sa densité est de i,0028. M. Jules l.efort en a fait l'analyse en i859; cet habile chimiste a constaté que 1000 grammes renferment les principes suivants :
Bicarbonate (ie chnux 1,090
— magnésie 0,741
— proioxyde de fer 0,055
— soude (races.
Sulfate lie soude . , 0,301
— stroiiliane • . . . . 0,021
Chlorure de sodium 0,894
— potassium 0,158
— magnésium 0,029
Silice 0,093
Pliospliate de soude 0,017
loduie de sodium, arséniale de soude, alumine et matière
organique traces.
Total des matières fixes 3,367
„ ( acide carbonique libre 08',839
( oxygène et azote 4 c. c.
2° La deuxième source de Gimeaux sort du même monticule à peine à 1 mètre de dislance de la première. Son eau, qui n'est pas utilisée, a 'd'ailleurs les mêmes propriétés physiques et chimiques, à l'exception de sa température, qui est de 15", 2 centigrade, l'air extérieur étant h i9° centigrade.
3" La troisième source, d'un débit de 6912 litres en vingt-quatre heures, émerge aussi du même talus que les deux autres, et son eau, ayant 15°, 7 centigrade, est reçue dans un ruisseau qui la conduit à une distance de 58 mètres seulement avant qu'elle rencontre les médailles et les autres objets qu'elle doit recouvrir d'incrustations, tandis que l'eau de la première source parcourt plus de 300 mètres avant de servir au même usage et d'avoir eu le temps de se débarrasser des principes colorants, comme le sel de fer qu'elle lient en dissolution et qui se précipite au contv^ct de l'air. Les cristallisations de la troisième source, dont l'eau a parcouru un trajet presque dix fois moins long que celui de la première, sont beaucoup plus colorées, beaucoup moins blanches et par conséquent moins recherchées.
4" L'émergence de la quatrième source a lieu sur le bord même du ruisseau qui partage les communes de Promsat et de Gimeaux; son eau n'a que 12°, 9 centigrade.
5° La dernière source a son griffon sur le chemin de Rouzat à Gimeaux ; son débit est de 6480 litres en vingt-quatre heures et la température de cette eau est de 140", 1 centigrade.
Les incrustations de Gimeaux, dit M. Lefort, sont constituées principalement, comme celles de Saint-Aiyre et de Saint-Nectaire, par du carbonate de chaux qui affecte la forme prismatique. Elles se composent d'une première couche trèsblanche et d'un dépôt plus superficiel ayant une teinte plus foncée et légèrement "risâtre. 100 parties de ces pétrifications sont composées de:
C94 GIMELLE.
Carbonate de chaux 89, '3
— strontiane 0,30
— magnésie 0,16
Sulfate (le chaux 0,08
Oxyde de fer 0,02
Silice, chlore, alumine traces.
Eau 9,71
Total 100,00
Il n'y a point d'établissement à Gimeaux, et l'eau de la première source est employée en boisson par les habitants de son voisinage qui viennent s'y traiter de dyspepsie, de diathèse urique et surtout se reconstituer, ce qu'explique la présence des bicaibonates calciques et ferrugineux qu'elle tient en dissolution.
La durée de la cure est indéterminée.
On n exporte pas l'eau de Gimeaux, mais l'industrie des pétrifications rapporte plus de 20 000 francs par an aux propriétaires des sources de cette station.
A. ROTUREAU.
Bibliographie. — Leghand d'Aiissy. Voyage fait en 1787 et 1788 dans la ci-devant Haute et Basfte- Auvergne. Paris, an. III. In dictionnaire topographique du département du Puy-de- Dôme. Clermont-l'errand, 1814. — Mossier. Analyse de l'eau d'une des sources de Gimeaux, 1842. — NivET (Victor). Dictionnaire des eaux minérales du département du Puy-de-Dôme. Clermont-Ferrand, 1846. — Lefort (Jules). Analyse chimique des eaux minérales de Fiouzat, Gimeaux et Saiiit-Mi/oii (Puy-de-Dôme). In Ann. de la Soc. d' hydrologie médicale de Paris, t. VI, 1859-1800, p. 60-7-2. A. R.
GIMEL (GuiLLERMo). Médecin espagnol distingué, florissait au dix-huitième siècle. Il naquit à Barcelone, où son père fut professeur de chirurgie pendant trente ans, et devint lui-même professeur de médecine à Malaga. Il est l'auteur d'un petit traite sur la syphilis, dont Morejon parle avec beaucoup d'éloges. Pour traiter la maladie vénérienne, il employait les frictions mercurielles d'après la méthode de Deydier et de Goulard.
I. Tratado compléta delmorbo gâlico, en que se trata de su origen, naturaleza y diferenles modos de comunicarse ; de las enfermedades mas frecuentes esternas é internas que produce y conserva; el método mas fa cil y seguro de curarlas y de administrar las fricciones mercuriales por el método de la estincion, segun la mejor pràclica de Ins profesores (raneeses. Tomo I. Mâlaga, 1772, in-8°. — II. Querella del pueblo cristiano contra los médicos sobre la omision en mandar las sacramentos y respuesta de eslos, in-4°.
h. Hn.
Gi:viELLE (Pierre-Louis). Membre titulaire de l'Académie de médecine, de la Société d'émulation, ancien chirurgien major de l'armée, officier de la Légion d'honneur, ce médecin distingué par l'élévation du caractère, et qu'une extrême modestie éloigna du bruit retentissant de la renommée, naquit à Saint- Bonnet- Alvert, dans le département de la Corrèze, le 6 novembre 1790. Élevé d'abord au foyer paternel, il fit ses études à l'école secondaire de Tulle. Entraîné ensuite, comme tant d'autres jeunes gens d'alors, dans la carrière militaire, il entra au service de santé de l'armée en novembre 1808, avec le grade de chirui^gien sous-aide. Il fut reçu peu de temps après docteur en médecine à la Faculté de Paris. Promu aide-major en 1812, et attaché aux ambulances de la Grande Armée, il fut distingué par le chirurgien en chef pendant la campagne d'Allemagne, et montra le plus grand dévouement dans la campagne de France. Après la bataille de Waterloo, Gimelle fit un court passage à l'hôpital du Gros-Caillou, et fut envoyé, comme chirurgien d'un régiment de marine,
GIMENO. 695
aux colonies de la Martinique et de la Guadeloupe, où il séjourna pendant quinze mois. Rentré en France en 1817, il fut attache provisoireiuent, d.'ins son ancien grade d'aide-major, aux cuirassiers de la garde, et obtint bientôt, en récompense de ses services, la faveur d'être placé définitivement à l'Iiôpilal du Gros-Caillou, où il remplit, jusqu'à la lin de sa carrière, les fonctions de chirurgien. Ti erre Louis Gimelle est mort le 19 juin 1865, laissant la réputation, non d'un professeur illustre, non d'un orateur éminent ou d'un écrivain fécond, mais celle d'un praticien expérimenté, sage, modeste et consciencieux. L'Académie perdit en lui un homme de bien et un trésorier modèle. On parle encore dans le YIII" arrondissement de Paris, où Gimelle exerça longtemps la médecine, celle des pauvres, de son aménité, de ses manières affables et douces, et de son dévouement. Ses publications sont peu nombreuses ; cependant ont peut citer les suivantes :
I. De rinflucnce des climats chauds et particulièrement des Antilles sur les Européens, Thèses de Paris. — II. Sur la nature et le traitement de Viritis. In Journ. univ. des se. méd., 1818. — III. Sur les ossifications morbides. Ibid. — IV. De l'emploi de l'iode contre le goîlre et les affections scrofuleuses. \n Mém. de la Soc. niédic. d'émulation, 1821. — V. De l'emploi de l'e'métique, à doses élevées et croissantes, contre les épanchements de synovie dans les articulations, ou hydarthroses. Jn Bull, de l'Acad. de méd., t. V, p. 544. — VI. Divers rapports à l'Académie sur les travaux de pathologie chirurgicale ou de médecine opératoire, travaux auxquels se rattachent les candidatures de Blandin, de Grrdy et de Robert. Voy. Bull, de l'Acad. de méd., t. III, p. 606, 5 mars 1859; t. 111, p. 955, 4 juin 1839; t. V, p. \n, 4 avril 1840; t. VII, p. 1556, 15 mars, 1842; t. VIII, p. 9i1, 23 mai 1823; t. X, p. 322, 255, 26 nov. 1844; t. X, p. 258, 7 janv. 1843; t. XIII, p. 895, 4 avril 1818 ; t. XV, p. 572, 9 avril 1850; t. XVI, p. 624, 18 mars 1851; t. XVI, p. 1212, 9 sept. 1851; t. XVI, p. 1218, 9 sept. 1851 ; t. XYIII, p. 559, 27) mars 1853; t. XXI, p. 749 et 1096, 15 mai 1856 ; t. XXII, p. 75, 28 oct. 1856 ; t. XXV, p. 816, 5 juillet 1860. A. C.
GI.^IEIVEZ (Geronimo). Médecin espagnol du seizième siècle, naquit à Saragosse, d'après les uns, à Epila, en Aragon, d'après les autres. Il étudia les humanités, la philosophie et la médecine à l'Université de Saragosse, et y prit le grade de docteur en médecine et en philosophie. D'après certains auteurs, il aurait fait ses études à Huesca et exercé la médecine à Epila. 11 y a peut-être confusion avec un homonyme.
Quoi qu'il en soit, Gimenez obtint, peu après avoir été reçu docteur, la chaire d'Institutions médicales, à l'Université de Saragosse, et il l'occupa pendant dix ans. Doué d'une éloquence rare, d'une intelligence et d'un tact médical peu communs, il acquit une grande célébrité. Ses leçons étaient suivies par les personnages les plus illustres. 11 fut absent de Saragosse pendant six ans et voyagea dans divers pays pour accroitre le nombre de ses connaissances. Ses ouvrages sont écrits dans un latin d'une pureté extrême.
l. Institutionum medicarum libri quatuor, nunc primum in luceni editi. Epilœ, 1578; ibid., 1596, in-4" ; Toleti, 1578, in-fol. — II. Hippocratis de natura Humana liber. Caesaraugustae, 1589, in-8°. L. Un.
GIMEXO ou JïMEXO (Pedro). Savant médecin et anatomiste espagnol du seizième siècle, naquit à Valence. Après avoir brillamment terminé ses humanités, il se rendit à Pavie, où il écouta les leçons du célèbre Vésaleet fut même, selon Chinchilla, le préparateur de son cours d'anatomie. 11 alla ensuite terminer ses études médicales à Paris et y suivit avec le plus grand zèle l'enseignement anatomique de Sylvius. Mais les troubles de la guerre le forcèrent à quitter cette capitale et il se rendit, eu compagnie de son ami Gemma Frisius, à Louvain.
696 GIMENÛ.
Les dissections étant interdites dans cette ville, Gimeno dut attendre, pour se procurer un squelette, qu'un malfaiteur eut été condamné au garrot et que son cadavre eût été, selon la coutume du pays, exposé hors de la ville, pour être livré en pâture aux oiseaux. Il sortit alors de la ville, à plusieurs reprises, furtivement et la nuit, pour détacher les membres et la tête ; il les enterrait pour les reprendre plus lard et les porter en ville; Gemma l'aida dans celte entreprise dangereuse. Mais pour avoir le tronc il dut attendre une autre occasion, celui du premier condamné étant solidement attaché avec une chaîne. C'est ainsi qu'il réunit à grand'peine le squelette complet, et, pour éviter les soupçons, il annonça qu'il l'avait apporté de Paris.
A son retour à Valence, Gimeno fut nommé professeur de médecine à l'Université et y enseigna avec succès pendant vingt ans, s'il faut en croire Morejon. Chinchilla passe complètement sous silence celte phase de la vie de Gimeno. 11 passa ensuite à l'Université d'Alcalâ de Ilenares en qualité de pvosecleur {medico disector) et prépara les pièces anatomo-paihologiqiies qui devaient servir à son ami, le fameux professeur Francisco Vallès, pour ses commentaires sur le livre De locis affectis de Galien. Dans l'introduction de son ouvrage sur le même sujet, Vallès rend pleine justice au grand savoir et à l'habileté de Gimeno.
On a attribué à l'anatomiste de Valence la découverte de l'un des osselets de l'oreille, l'étrier. Plusieurs auleui's se sont disputé l'honneur de cette découverte; c'est, paraît-il, à Ingrassias qu'il revient ; l'anatomiste italien dit en effet l'avoir trouvé fortuitement à l'époque où il habitait Naples, et Morgagni fixe pour la date de la découverte l'année 1546. L'ouvrage où Gimeno en parle pour la première fois parut en 1549, mais, font remarquer les historiens espagnols, l'auteur pouvait avoir fait la découverte longtemps auparavant. Voici ce qu'on lit à ce sujet dans^Ie livre de Gimeno (fol. 20) : ....organo audltus reponendo dicata vbi nunc recens tria nohU reperta siint ossicida. Duo Andreae Vesalio, praeceptorl noslro,plurhnum observando Caesareo medico viro inconiparabili ; et nobis terliwn idqueminimimomenti, quae a Galeno neque per somniumunquavi exco(jitata fuere, quod ex nostri amantissimi prœceptoris sententia dixeram olim in Gai. in nostris illis publicis disputationibus, tertium illud ossiculum reperlum est a me fréquenter in calvariis quae passim occurrunt exsicatis, postmodum in omnibus recentibus quas privatim soepe agressus suyn ejus rei gratin, id sedulo animadverli. Habet tamen hoc privatim ossiculum illud tertium quod recondatiir interna parte cavitatis organi auditus, qua jugale os ei temporale muscuhnn respicit, ubi nonnihil os ipsi ossiculo reponendo privatim excavalur, ubi quodam modo occiditur et literae A graecorum nobis forma referre videtur, aut diceres triangidum equilaterum, cvjus eminens pars ubi duo latera coeunt in puncto, ea ossea substantia alioqui tenuissima crassescit. non nihil et acetabulum eformat manifestum equidem, scd admodum exile, cui grandius crus ossiculi incudern referentis... eleganter veluti enarthrosi coariicnlatur, laxe quidem, videturque ibi suffulciri et inniti eo crure. L'ouvrage en question de Gimeno a pour titre : Dialogus de re medica, compendiaria ratione, prœter quœdam alla, universam anatomen humani corporis perstringens, summe necessarius omnibus medicinœ candidatis. Valenlire, 1549, in-8°. Cet ouvrage a joui d'une grande réputation en Espagne. Escolano lui en attribue encore un autre, intitulé : Institutiones medicce, mais sans donner la date de sa publication. L. ILn.
(UNGEMBRE (botanique). G97
GV% [Gin, Genièvre). Boisson alcoolique préparée par fermentation et distillation avec les fruits du genièvre, et dans laquelle entre l'absinthe. Elle est très-usitée en Angleterre, surtout dans les basses classes de la société. D.
GIIVAIVI. (Les DEnx).
Ciinani (Giuseppe). Est mentionné par la Biographie médicale pour ses importants travaux en histoire naturelle. Issu d'une fa.nille noble et portant lui-même le titre de comte, il naquit à Ravenne en 1692 et mourut dans cette ville en 1753. 11 fit de nombreuses découvertes en botanique et en zoologie dans ses explorations de l'Italie et du littoral de l'Adriatique. Son cabinet d'histoire naturelle était célèbre dans tout le monde savant. L'Académie de Bologne, dont il était membre, détermina le grand-duc de Toscane à frapper en l'honncui- de Ginani une médaille commémorative portant sur l'une de ses faces l'effigie du savant et sur l'autre les attributs des trois règnes de la nature avec cette inscription dans le champ : Invenit. Nous connaissons de Ginani :
I. Délie novi dei nidi degli uccelli, con iina disserfaiione sopra varie specie di cavalletie (sur les œufs d'oiseaux et les sauterelles). Venczia, "1757, 111-4°, lig. — H. Lellera aW Accad. délie scienze di Dologna sopra il nascere d'alcuni tcstacci niarini; produiione nalurali che rilrovano nel Mitseo Ginani in Ravenna, etc. Lucca, 1 742, gv. 111-4°. — JII. Opère postume nclle quali si conlengono H4 fiante che vegetano nel mare Adrialico, nelle paliidi e nel lerritorio di Havenna, coll' islori a d'alcuni inselli. Y^nezia, 1755-1757, iii-fol. L. 11\,
Oinani (Francesco). Naturaliste italien, neveu du précédent, né à Ravenne le 15 décembre 1716, mort en 1765, eut part à la publication des œuvres posthumes de Giuseppe Ginani et travailla à la description du Museo Ginani. On a de lui :
I. Diss. sur les maladies des grains. Pesaro, 1759, in-4'', fig. — II. Hisloria civile e naturale délie Pinele Ravennate. Roma, 1774, in-4°, fig. L. Un.
GITVCKO. [Voy. Gingko).
GlXGEnBRE. Zingiber L. § 1. Botnniciue. Genre de plantes Monocty- Icdones, appartenant à la famille des Zingibcracées, à laquelle elle donne son nom.
Les Zingiber sont des plantes herbacées qui croissent dans les régions tropicales de l'Asie, dans les Indes Orientales. Leurs souches articulées, formées de renllemenls joints bout à bout, émettent des tiges aériennes, les unes stériles, portant des feuilles engainantes dicliolomes, les autres fertiles, n'ayant que la gaîne des feuilles. Ces dernières se terminent à leur extrémité par des épis strobililormes de fleurs, placés à l'aisselle de bractées imbriquées.
Ces fleurs sont entourées, chacune à leur base, par une bractée, et elles se composent d'un double périgone, dont le verticilie extérieur, à 5 dents, est court, tubuleux, fendu sur un côté; le verticilie intérieur, également tubuleux dans sa moitié inférieure, s'étale en 5 divisions égales. Les étamines sont représentées par 6 pièces inégales, dont une seule généralement fertile. Ces pièces sont sur 2 rangées : des o extérieures, toutes stériles, les 2 latérales sont réduites à une toute petite dent ; la médiane, développée en une soi-te de labelle trilobé. La ran^rée interne de ces étamines se compose de deux filets stériles, linéaires, et d'une étamine fertile, à 2 loges s'ouvrant longitudinalement, surmontées par le connectif qui forme au-dessus d'elles comme un rostre recourbé. L'ovaire inférieur est à 3 loges et contient de nombreux ovules attachés à l'angle interne de ces loges : le style est filiforme; le stigmate en entonnoir.
698 GINGEMBRE (botanique).
Le fruit est une capsule e'paisse, presque une baie, s'ouvrant en trois valves à déhiscence loculicide. Les graines sont nombreuses, munies d'un arille et plongées dans une matière pulpeuse.
L'espèce officinale la plus intéressante et la plus connue est le Gingembre ordinaire, Zingiber officinale Roscoe, Amonuni Zingiber L. C'est une espèce originaire de l'Asie tropicale, mais que la culture a transportée en Afrique et aux Antilles, au Queensland, en Australie ; elle fleurit en septembre. C'est une plante à port de roseau, dont les tiges feuillées, liautes de 90 centimètres à l'",20, ont des feuilles étroites, linéaires-lancéolées, très-lisses en dessus, un peu moins en dessous, munies de longues gaines lisses, qui enveloppent complètement la tige, et qui, à leur point de jonction avec Je limbe, ont une ligule bifide. Les liampes fiorales, bautes de 15 à 30 centimètres, sont enveloppées d'écaillés engainantes et portent, à leur sommet, un épi du volume du pouce, ayant à l'aisselle de bractées, obovales, membraneuses sur les bords, des fleurs de couleur jaune sur les divisions internes du périgone, de couleur presque violacée sur le labelle et le rostre des étamines.
La partie employée dans le gingembre est le rbizome, que l'on dessèche et qu'on nous envoie tantôt couvert de son écorce, tantôt décortiqué. Les morceaux, qui ont au maximum une dizaine de centimètres de long sur 1 à 1,5 de large, sont fortement comprimés latéralement et portent sur leur bord supérieur trois à quatre lobes, également aplatis, courts, obtus à leur extrémité, et montrant en ce point une cicatrice qui représente la trace de la tige feuillée qui en partait. Ces rhizomes sont remplis de fécule, à grains ovoïdes, arrondis, et contiennent des larmes d'une matière oléo-résineuse qui lui donne une odeur aromatique agréable et une saveur piquante.
Les formes principales qu'on distingue dans le commerce sont :
1° Le Gingembre noir ou Gingembre des Barbades. Il est recouvert de son écorce extérieure, qui est devenue d'un gris brun. Il a subi l'action de l'eau chaude : aussi les grains d'amidon sont-ils éclatés ou plutôt réunis entre eux;
2° Le Gingembre de la Chine, en beaux morceaux à cassure nette et brillante, entièrement recouvert de son écorce. Il arrive souvent confit dans le sucre ;
5° Le Gingembre gris ou Gingembre du Bengale, qui n'est dépouillé de son écorce fauve que sur les faces ;
4" Le Gingembre blanc, décortiqué en gros morceaux allongés, de couleur blanche. Cette couleur est souvent due à ce qu'on a blanchi artificiellement la substance au moyen de l'acide sulfureux ou des hypochlorites.
Le gingembre est connu depuis longtemps en Europe. Les Grecs le recevaient déjà de l'Orient, et Ilippocrate y fait plusieurs fois allusion sous le nom de fipiiv/.ov 'iv^tzôv. Dioscoride le désigne sous le nom de 'Ci^^i^ipiq. Pendant le moyen âge, il est mentionné fréquemment parmi les épices.
Deux autres espèces, appartenant au genre Zingiber, doivent être signalées, quoique moins importantes que la précédente. Ce sont :
Le Zingiber Zerumbet Roscoe, plante voisine de la précédente, mais que Roscoe en distingue bien nettement dans son ouvrage sur les Scitaminées. C'est la plante que Piumphius a appelée Lampujum majiis, et Rheede Katoii-Inschi- Kua. La souche, qu'on a désignée parfois sous le nom de Gingembre sauvage, est en morceaux plus gros que le Gingembre ordinaire, à tubercules arrondis, garnis de fibres noirâtres. Elle a une saveur amère et aromatique, mais sans
GhNGEMBRE (emploi médical). »)99
beaucoup d'âcreté. Il ne faut pas la confondre avec la Zédoaire longue, qui est le Zerumbet de Sérapion et de Pomet;
Le Zingiber Cassumunar, de Roxburg et de Roscoe. La souche est formée de tubercules volumineux, articulés, marqués de franges circulaires blanchâtres au dehors, d'un jaune orangé à l'intérieur, très-aromatique.
Cette substance, apportée jadis de l'Inde, sous les noms de Cassumunar ou Cassumuniar, de racine de Bengale et même de Zédoaire jaune, fut préconisée à la fin du dix-septième siècle par un médecin anglais, l'eachy, qui la vantait non-seulement comme stomachique, digestive, mais encore contre la céphalalgie, l'hystérie, l'apoplexie, l'épilepsie, etc. Elle est actuellement complètement tombée en désuétude et n'est même plus connue dans nos droguiers. Pl.
Bibliographie. — IIippocrate. Morb. muL, II, 666. — Deoscoride. Mat. tnéd., IF, 100. — Clusius. Exolic, 212. — Louel. Adversaria, 35. — Riieede. Malabar., XI, 21, tab. 12. — PiLMPHius. Amb., V, 156, tab. 63, f. 1, et 64, f. 1. — I.inné. Specier, 1. — Tussac. Flore des Antilles, III, 12. — Rostoe. Scitamineœ, tab. 83. — Mérat et De Lens. Iiict. mat. méd., VI, 1004. — Endlicmeh. Gênera. 1622. — Berg et Schmiut. Offizinelle Gewâchse, XXXIV, 6. — GuiBounT. Drogues simples, 17° édit., II, 203. — G. Plancuon. Drogues simples, l, 622.
Tl.
§ n. Emploi mctilcai. On utilise uniquement, en médecine et en hygiène alimentaire, les rhizomes ou tiges souterraines du gingembre {Zingiber officinale Rose, Amonium zingiber h., officiii. radiv Zingiberis seu Gingiberis), qui est originaire des Indes, mais est actuellement cultivé dans les zones tropicales des trois continents. Quelle qu'en soit la provenance, on en distingue en pharmacie deux sortes, d'après leur couleur extérieure, le gingembre gris (gingembre noir des Anglais) et le gingembre blanc. D'après la plupart des botanistes et des pharmacologues français et étrangers, le dernier ne différerait du premier que par sa décortication préalable, avant sa dessiccation au soleil, et la suppression de l'immersion dans l'eau bouillante, à laquelle le premier serait soumis; toutefois d'autres auteurs non moins recommandables, tels que Mérat et De Lens [Dictionn. de thérapeutique, t. VI), appuyés sur le travail de Horsfield {Catal. des plantes méd. de Java), Guibourt et G. Planchon {Hist. nat. des drogues simples, t. II, 7*^ éd., Paris, 187(3), qui s'autorisent des observations de Rumphius dans les pays d'origine {Herb. amboin., V, p. 156), persistent à penser qu'il s'agit de deux variétés distinctes {Zingiber album, Z. ruhrum \\.), dont ils donnent minutieusement les caractères différentiels.
Les détails dans lesquels entre Pereira (Materia médira, vol. II, 4"' éd.), d'après Hughes {Natur. Histor. of Barbados, 1750) et P, Browne, sur la préparation du gingembre, ne permettent cependant pas de douter de l'exactitude de la première opinion, tout au moins fiour le gingembre blanc du Mexique et des Antilles, presque uniquement employé jadis par les Anglais, qui l'ont introduit en France en 1815. Guibourt reconnaît d'ailleurs qu'il existe un faux gingembre blanc, obtenu par la décortication du gris et son immersion dans le chlorure de chaux ou dans la chaux, etc. Sans que l'on puisse contester l'existence de plusieurs espèces botaniques de Zingiber, il paraît donc établi que les lé"^ères différences de configuration des rhizomes importés tiennent principalement à la variété des lieux d'origine.
Le gingembre des Barbades, les anciennes sortes du Malabar, du Bengale et de Sierra-Leone, recouverts d'un épidémie desséché, ridé, gris jaunâtre, dont la chute par place, dans les endroits saillants, laisse à nu une couche sous-
700 GINGEMBRE (emploi médical),
jacente brune ou rouge, la surfiice de section étant blanc jaunâtre, constitueraient, d'après Pereira, le gingembre gris des officines; tandis que celui de la Jamaïque et Ifs nouvelles sortes de l'Inde, soigneusement privés de leur épidémie, striés longitudinalement (le gris a seulement quelques anneaux circulaires peu apparents), et d'une couleur blanc jaunâtre ou jaune pâle à l'extérieur, blanche à l'intérieur, fourniraient le gingembre blanc ou écorcé. L'un et l'autre se présentent d'ailleurs en fragments de 3 à 8 centimètres de longueur, de forme cylindrique, noueux, de la grosseur du doigt, ayant rarement réunis plus de deux à trois rendements ovoïdes comprimés, dans le gingembre gris; plus rameux, plus grêles et aplatis dans le blanc, en même temps plus fibreux à l'intérieur. Enfin le tissu du premier est plus dense, plus résistant, mais fréquemment atteint par les vers, tandis que celui du gingembre blanc est plus léger et plus friable sous le pilon (Guibonrt et G. Planchon).
D'après une ancienne analyse de Morin (de Rouen), les rliizomes de gingembre gris renferment une huile volatile, une résine molle, solubledans l'élher, une sous-résine insoluble dans ce liquide, une matière extractive végélo-minérale (azotée), de l'amidon en assez grande quantité, de la gomme, du ligneux, de l'acide acétique libre et de l'acétate de potasse, du soufre et un certain nombre d'autres substances minérales {Journ. de pJiarm., iiïm 18'2o, t. IX, p. 253). Cette analyse diffère peu de celle que Bucholz avait donnée, quelques années auparavant, du gingembre blanc.
L'huile volatile ou essence de gingembre et la résine molle (l'une et l'autre inusitées) paraissent constituer les principes actifs de ces rhizomes, auxquels elles donnent leurs caractères organoleptiques. L'huile volatile, d'un bleu verdàtre quand elle est impure, devient jaunâtre après avoir été cohobée sur l'acide phosphoriquc anhydre. Sa composition, primitivement représentée par C^^IP^SHO, d'après Papousek, estalors celle de l'essence de térébenthine, C-°H^^ (en équivalents); sa densité est 0,893, et son point d'ébullition vers 146 degrés. Ce dernier caractère explique la reniar(|ue, déjà faite par Cullen, qu'il n'est pas nécessaire d'éviter l'ébuilition dans la préparation de l'infusion et du sirop.
Le gingembre, quand il ne provient pas d'une récolte trop ancienne (fait assez commun en France), exhale une odeur aromatique, forte, plus accentuée dans le gris; mâché, il a, de même que ses diverses préparations, une saveur chaude, brûlante même, surtout dans le blanc, piquante et comme poivrée ou camphrée, qui détermine rapidement la salivation; introduit dans les premières voies, il donne lieu ensuite à une sensation de chaleur stomacale et probablement à un accroissement des sécrétions gastriques et intestinales. Ces phénomènes d'excitation peuvent même se généraliser, si la dose ingérée est assez considérable, et se manifester du côté de l'encépliale et de l'appareil génital. C'est sans doute à cette stimulation du système nerveux qu'il faut rapporter les bons effets que les auteurs anciens lui attribuent sur l'acuïté de la vue, de l'ouïe, etc. La poudre, introduite dans les narines provoque l'éternument et peut même, appliquée sur la peau, déterminer du picotement et de la rubéfaction.
Le gingembre {Zingabil des Arabes) est mentionné dans Pline [Hid. nat., lib. Xll, cap. 14) et dans Dioscoride (iib. 11, cap. CLlllI), qui assimilent le Zingiber, de même que plus tard Galien {de Simpl. med., lib. VI), au poivre, pour ses propriétés stomachiques, excitantes et alexitères. Dioscoride connaît également l'usage du gingembre, comme condiment, dans les Indes et dans ce
GINGEMBRE (emploi médical) 701
qu'il appelle l'Arabie Troglodytique, d'où l'on expédiait en Europe dès son époque (probablement premier siècle ap. J. C.) du gingembre confit.
Après avoir joui d'une assez grande vogue dans le moyeu âge et même plus tard, ainsi qu'en témoignent Matlhiole, dans ses Commentaires sur Dioscoride, et le grand nombre de préparations pharmaceutiques dont il faisait partie (thériaque, mithridate, diascordiura, caryocoslin, électuaire diaphœnix, baume de Fioravanli, élixir vitriolique de Mynsicht, etc., etc.). le gingembre est à peu près entièrement délaissé de nos jours, en France du moins. Il est encore, en elïet, fort en usage comme condiment aromatique, pour les sauces, les pâtisseries, etc., non-seulement dans les Indes et en Chine, mais en Allemagne et en Angleterre : dans ce dernier pays, la consommation du gingembre aurait atteint en 1851, d'après Pereira, 35 399 quintaux anglais (50 802 quint, métr.), et aurait ainsi été presque aussi importante que celle du poivre (17 985 quint, métr. contre 19 7128, en 1850, selon le Dictionnaire du commerce et de la navigation, art. Poivre). Depuis, il faut le dire, la consoinmation du poivre a notablement augmenté, tandis que celle du gingembre a diminué.
C'est en Angleterre encore que l'emploi thérapeutique du gingembre est actuellement le plus répandu ; on y a recours dans les dyspepsies, comme stomachique, et surtout contre les coliques, quelle qu'en soit la nature, aussi bien pour les coliques goutteuses ou rhumatismales que dans celles des petits enfants; l'addition du gingembre dans les tisanes destinées à ces derniers est une pratique banale chez les nourrices anglaises [Journ. général de méd., XXX VI, p. 108). Il y est volontiers associé aux purgatifs, pour prévenir les tranchées et les nausées qui en accompagnent fréquemment l'action ; cette pratique est vivement recommandée par Murray {App. medlcam., t. V, p. 56).
L'action stimulante, diaphorétique, des préparations de gingembre, les a fait prescrire comme moyen sudorifique dans les fièvres éruptives, au début des affections catarrhales, contre l'enrouement (et ici on associe l'action topique), et comme moyen de faciliter l'expectoration chez les sujets âgés atteints de catarrhe pituiteux ; dans ces cas, la teinture paraîtrait la meilleure préparation. De l'action attribuée au gingembre contre l'enrouement il faut rapprocher l'emploi topique de sa poudre contre le relâchement de la luette et l'elficacité qu'on lui avait bénévolement accordée contre les paralysies de la langue, la carie dentaire. Son usage comme aphrodisiaque, si vanté par les Arabes, et comme stimulant des sens spéciaux et même des facultés cérébrales, est aujourd'hui à peu près abandonné, de même que l'emploi de sa poudre en épithème, comme rubéfiant, sauf en Angleterre toujours, oii l'on prépare le glnger plaster en mélangeant la poudre avec de l'eau bouillante, comme on le fait en France pour la farine de moutarde.
En résumé, les préparations de gingembre, sans être d'une importance majeure en thérapeutique, peuvent rendre quelques services au praticien, et il convient de les conserver dans nos formulaires. Nous les avons conseillées avec avantage dans les dyspepsies atoniques, flatulentes, chez les vieillards, sans qu'il nous ait été possible de préciser en quoi et dans quelles circonstances elles doivent être préférées, dans ces cas, aux substances douées de propriétés analogues, aux ombellifères, à la cannelle, par exemple; mais il est parfois utile, ne serait-ce qu'au point de vue des appétences particulières des malades, de varier l'arome, la saveur des remèdes prescrits, et, sous ce rapport, le gingembre offre une ressource qui n'est pas à dédaigner. Nous en dirons autant
702 GINGKO.
de son usage dans les états adynamiques, comme stimulant, et dans les maladies où il convient de provoquer la diaphorèsc; nous avons même cru constater une certaine amélioration dans les bronchites chroniques, à la suite de son adminislration, sans que nos observations soient encore assez nombreuses pour nous permettre de rien affirmer. Les contre-indications de son emploi habituel chez les sujets pléthoriques, ou chez les personnes à système nerveux ou vasculaire facilement excitables, découlent suffisamment de ce qui précède, pour qu'il soit inutile d'insister. Nous conclurons donc en disant que, même en laissant de côté les maladies telles que le relâchement de la luette, les paralysies de la langue, etc., contre lesquelles nous possédons ces moyens d'une efficacité moins contestable, il reste assez de faits acquis en faveur du gingembre pour justifier de nouvelles études sur l'action de cette substance.
Formes pharmaceutiques et doses. Les préparations usitées sont la poudre, prise dans du pain azyme ou en pilules, à la dose de 0°%50 à 2 grammes et plus; l'infusion (de 1 à 2 grammes par tasse de 120 grammes d'eau bouillante, en laissant macéier ensuite pendant deux heures : 2 à 4 tasses par jour); la teinture ou alcoolé au 5" (2 à 4 grammes dans une potion; ou 5 à 10 gouttes, sur du sucre, après le repas); le sirop, bonne préparation, presque inusitée en France, faite avec l'infusion ou la teinture (50 grammes et plus dans une potion, comme correctif ou édulcorant); en outre, Béral a proposé, sous le nom de pipéroide de gingembre, un extrait élhéré seize fois plus actif que la poudre. Enfin les Anglais fabriquent une bière de gingembre (par macération des rhizomes dans la bière ordinaire) et font une assez grande consommution, comme bonbon digestif, du gingembre confit dans du sirop, ou condit de gingembre, que Pereira déclare délicieux. Pour cette dernière préparation, les racines fraîches, traitées immédiatement après leur extraction, fournissent le condit de'gingembre de l'Inde, produit de beaucoup supérieur, à celui que donnent les mêmes racines desséchées et dont Venise jadis avait presque le monopole. El. Hk.
CiirvXER-GRASS. Nom donné à Y Andropogon nardus L. {voy. Andropogon). Pl.
GI^'GIDIUM. Sous le nom de TiyyiSiov, Dioscoride désigne une plante dont la racine était comestible, fort bonne à l'estomac et à la vessie. Linné a cru y reconnaître une sorte de carotte, le Daucus Gingidium . Pl.
Bibliographie. — Dioscoride. Materia medica, II, 30. Pl.
Gli^iGKO. Genre de plantes Dicotylédones, appartenant à la famille des Conifères, à la tribu des Taxinées, que l'on nomme maintenant Salisburia. Le Gingko hiloha L. {Salisburia adiantifolia Smith), espèce qui représente ce genre, est un grand arbre dioïque, originaire du Japon, remarquable par ses feuilles ou phyllodcs, longuement pétiolées, cunéiformes, bifides ou incisées, lobées au sommet, coriaces, et parcourues de nervures divergentes en éventail de la base au sommet. Les fleurs mâles sont en chatons filiformes, pédoncules, nus; les fleurs femelles, composées d'un ovule nu, entouré d'un disque. La graine, à la maturité, a un testa charnu et huileux, qui exhale une odeur trèsprononcée d'acide butyrique. Elle contient une amande composée d'un embryon antitrope dans l'axe d'un albumen dense et charnu. Cette amande a une saveur agréable de noisette, jointe à une certaine âpreté. Elle passe pour digestive au
GINOLES (Eaux minérales de). 703
Japon, et on la sert toujours dans les grands repas. — L'arbre est regardé comme sacré en Chine et au Japon, et planté autour des temples.
C'est Ksempfer qui nous a fait connaître le premier le Gingko : l'arbre fut longtemps rare, aussi lui donnait-on le nom d'arbre aux quarante écus. Actuellement, il est cultivé çà et là dans les jardins. On a même, dans certains cas, greffé le pied mâle sur le pied femelle, de manière à en faire des exemplaires monoïques, sur lesquels les graines mûrissent parfaitement. Le jardin des plantes de Montpellier en possède un très-bel exemplaire dans ces conditions. Pl.
BiDLioGRAi'HiE. — K/EMPFER. Amœiùtates exoticœ, 811. — Smith. Linnœ. Transact., III, ôôO. — L.-C. Richard. Coniferœ, 135, t. III, avec atlas. — Lév. Maout et Décmsne. Traité général de botanique, 550. I'l.
(lillMCiKOSiQiJf: (Acide). Schwarzenbach a retiré cet acide du péricarpe des fruits de Gingko biloba. Ces fruits abaudonuent à l'éther environ 9 pour 100 d'une huile jaune, acide, concrétable à 0 degré, qui fournit l'acide gingkosique par saponification. L'acide gingkosique appartient à la série des acides gras et renferme C-^H'^O^. Il fond à 35 degrés.
Cet acide est accompagné dans le fruit du gingko d'un peu d'acide butyrique et d'acide citrique, de gomme, de pectiue, de sucre, etc. {Vierteljakrschr. Pharm., 1857, p. 424), Ed. Willm.
CiiH^GLY ME {'jhj'fk-ojj.o';, chax'nière). Voy. Articulations, quatrième genre.
(liiATEZ (Alexandre). Né à Poussau, dans le département de l'Hérault, en 1802, commença ses études médicales à Montpellier, où il fut le chef de clinique et le secrétaire du professeur Delpech. En 1827, se trouvant à Paris, il voulut prendre part à un concours alors ouvert pour une place de prosecteur; mais l'inscription de sa candidature lui fut refusée par le doyen Landré-Beauvais, sous le prétexte que les règlements universitaires n'admettaient à cette place que les élèves de la Faculté dans laquelle la place était vacante.
Giniez se fit recevoir docteur à Paris en 1828 et soutint sa thèse sur le procédé de la taille bilatérale de Dupuytren, alors encore inédit. Il se présenta l'année suivante au concours pour l'agrégation de chirurgie, mais ne réussit pas, principalement à cause de la difficulté qu'il éprouva à argumenter en latin.
Il concourut derechef pour l'agrégation en 1839; il échoua de nouveau, non qu'il ne se fût montré à la hauteur de ses concurrents, mais à cause de la rivalité qui existait entre l'école de Montpellier et celle de Paris.
En 1837, il épousa la fille de Cullerier, le neveu, et à partir de 1840 se livra tout entier à la pratique ; il prit le cabinet de son beau-père, dont il adopta la spécialité, et jouit bientôt d'une réputation méritée.
Ce savant médecin mourut à Paris le 19 avril 1861, laissant :
l. Essai sur la taille bilatérale. Thèse de Paris, 1828, in-4°, n" 109. —II. De lithotritia. De casibus in quibus celebranda, vel non. Thèse d'agrég. chir. Paris, 1830, in- 4°. — III. Du phlegmon. Thèse d'agrég. chir. Paris, 1859, in-4''. — IV. Divers articles dans le Dictionnaire de la conversation , entre autres : Garde-malade, Gémissements , Rhitio-
plastie, etc. Y. Il a longtemps travaillé à un Traité des maladies vénériennes, qui est
resté inédit, et qui devait renfermer les observations de Cullerier et les siennes; il est fâcheux que'ces matériaux soient perdus pour la science. L. Hn.
GlTVOiiES (Eaux minérales de). Mésothermales, amétallites, carboniques faibles. Dans le département de l'Aude, dans l'arrondissement de Limoux et à
704 GINORA.
56 kilomètres de la ville de ce nom, à 4 kilomèU'es à peine de la station minérale de Campagne [voy. ce mot), deux sources émergent à Ginoles; l'une alimente la buvette et l'autre le> bains de l'établissement, aussi ont-elles reçu les noms de Source de la Boisson et de Source des Bains. Les caractères physiques et chimiques de l'eau de ces sources sont à peu près les mêmes, c'est-à-dire qu'elle est claire, transparente, limpide, incolore, inodore, et que sa saveur est manifestement ferrugineuse. Des bulles gazeuses, grosses et assez rares, la traversent et viennent s'attacher aux parois intérieures des vases qui la contiennent; elle se trouble après avoir été pendant un certain temps en contact avec l'air extérieur, et un dépôt assez peu abondant de rouille tombe au fond des bassins et même des verres avec lesquels on la puise. La température de l'eau des deux sources de Ginoles varie entre 50" et 50°, 5 centigrade. M. Rivot en a fait l'analyse chimique comparative et a trouvé que 1000 grammes de l'eau de cliacune des sources renferment les principes suivants :
soDncE souncE