ROUER
STAIILQDELLE.
BBl/NNEN.
QDELLE.
2U GLEICUE.NBERG (Eacx minérales de),
donnée de l'eau de la principale source de Gleichenberg, la Constantinsquelle, et de la principale source d'Ems, le Krânchen, on sera frappé de leur analogie. En effet, la première tient en dissolution 2 grammes de bicarbonate de soude et 2 grammes de chlorure de sodium, et la seconde l^sPo de bicarbonate de soude et 95 centigrammes de chlorure de sodium. La température et la quantité du gaz acide carbonique di fièrent surtout dans l'eau des deux stations. La chaleur des eaux d'Ems est beaucoup plus considérable, tandis que l'eau de Constantin renferme plus du double d'acide carbonique que la source la plus gazeuse d'Ems. Quoi qu'il en soit, les eaux de Gleichenberg et d'Ems n'ont pas les mêmes prétentions curatives; celles de Gleichenberg sont, en effet, beaucoup plus modestes. Ainsi elles se contentent d'être fondantes et en même temps reconstituantes, comme les eaux bicarbonatées ferrugineuses simples fortement carboniques.
11 faut remarquer enfin que les eaux des sources de Gleichenberg et surtout celles de la Klausnerstaldquelle sont ferrugineuses, à l'exception de la Constantinsquelle, qui ne le sont pas et sont franchement alcalines. Il sufQt donc, pour être complètement renseigné sur l'action physiologique et thérapeutique des eaux de Gleichenbers, de connaître les effets sur l'homme sain et sur l'homme malatle de l'eau des sources de Constantin et de l'Ermite.
L'eau de la Constantinsquelle convient en boisson à tous les sujets scrofuleux, lymphatiques ou anémiques, auxquels une médication alcaline est applicable; son action lluidiliante est tempérée par la présence du chlorure de sodium qui est tonique et réconfortant. Son indication principale est dans les alfections catarrhales des voies aériennes et uropoiétiques, dans les dyspepsies acides, dans les maladies du foie avec trouble» dans la sécrétion de cette glande, dans la diathèse urique et la goutte à son début et dans le diabète sucré. L'eau de la Constantinsquelle ne prétend à aucune iniluence favorable sur l'élément tubercule, elle se contente, comme nous venons de le dire, de combattre utilement les bronchites chroniques si souvent la conséquence de la phthisie pulmonaire dans les diverses périodes de son évolution.
Les eaux bicarbonatées ferrugineuses et carboniques fortes de Klausnerstahlquelle, de Johannisbrunnen et de Rômerquelle. sont très-utilement prescrites en boisson, en bains et en douches, la Klausnerstahlquelle surtout, qui ne renferme pas de bicarbonates de soude et très-peu de bicarbonates alcalins, aux cliloroliques et aux anémiques, qui ont avant tout à rechercher les bénéfices d'un traitement minéral analeptique et reconstituant par une eau ferrugineuse.
Nous avons dit que l'on coupe quelquefois les eaux des sources de Gleichenberg avec le lait ou le petit-lait ; nous ajoutons que quelques malades se rendent à cette station de la StyTie pour suivre exclusivement une cure séro-lactée qu'il? peuvent y faire avec autant d'avantages que dans le Tyrol ou la Suisse.
La durée de la cure est de vingt à trente jours.
On exporte beaucoup l'eau de la Constantinsquelle de Gleichenberg, et pia:^ de iOÛUOO bouteilles tous les ans sont envoyées dans les principales villes de l'Autriche et de la Hongrie. On a le tort, selon nous, de vanter ses qualités eu les comparant à celles de Stelters, car la minéralisation plus accentuée de l'eau de Gleichenberg lui donne une place beaucoup plus élevée dans le cadre hydrologique qu'à l'eau du Nassau. L'eau de la Constantinsquelle, en raison de sa température native, assez basse, supporte beaucoup mieux le transport que celle d'Ems, beaucoup plus chaude à son point d'émergence. A. Rotcreac.
GLEISSEN (Eaux minérales de). 245
BiBUOGRAPHiE. — Prazill. Gleiclienbercj mit hùtoriftchen Notizen der Ilellquellen. Grat7, 1850. — Reil. Mittheilungen Uber die Mincialquellen des Gleichenberg Thaïes. In Baliicofo gische Zeituiig, t. II. A. R.
GLEICHÉl^IACÉES. Voy. FoUGÈRES.
GLEISSEKI (Eaux minérales, cures de petit-lait et bains de Boues de). Athermales, bicarbonatées ferrugineuses faibles, carboniques moyennes. Dans la Prusse, dans la province de Brandenbourg, aux environs de Zielenzig, dans le cercle de Sternberg et à 18 kilomètres de Landsberg, émergent dans une vallée occupée par des prairies et entourée de collines boisées quatre sources connues depuis l'année Ï790 et désignées par les noms de Hauptquelle (source Principale), de Rohrquelle (source du Tuyau), de Wiesenqiielle (source de la Prairie), et deAlaunquelle (source d'Alun). L'eau de ces sources a des caractères physiques et chimiques qui se ressemblent beaucoup : ainsi elles sont toutes claires, limpides et transparentes, après qu'elles ont laissé déposer sur la paroi intérieure de leur bassin de captage une couche épaisse d'un enduit jaune rougeâlre qui n'est autre chose que de l'ocre ; elles sont incolores et inodores ; leur saveur est amère, salée et surtout ferrugineuse; des bulles de gaz agitent leur bouillon et s'attachent comme de petites perles dans les verres qui les contiennent. Leur température varie de 8", 2 à 1 0°,3 centigrade ; leur densité est de 1,004 à 1,005. John, professeur de chimie à Berlin, a fait en 1824 l'analyse de la Hauptquelle de Gleissen et a trouvé que 1000 grammes de son eau renferment les principes suivants :
Bicarbonate de chaux 0,0185
-- magnésie 0,0070
— fer 0,0003
Clilorure de sodium j
— potassium J 0,0123
Sulfate de magnésie )
— ciiaux 0,0135
Silice 0,01-25
Matière extraclive gorameuse et bilumeuse 0,0035
Total des matièbes fixes 0,0678
acide carbonique libre 0,766 pouces cubes
Gm. . . \ azote i
j traces.
oxygène.
Total des gaz 0,766 pouces cubes.
Les établissements de Gleissen contiennent des buvettes, des salles de ba-ns et de douches d'eau et de vapeur, un cabinet pour l'application du dépôt aes sources et surtout de celui de la source Principale et une installation complète qui permet de suivre une cure de petit-lait.
Mode d'aministration et doses. L'eau des diverses sources de Gleissen en boisson se prend à la dose de trois à six verres le matin à jeun et de quart d'heure en quart d'heure. La durée des bains d'eau est de trois quarts d'heure à une heure, celle des bains de vapeur d'une demi-heure, celle des douches d'eau d'un quart d'heure à vingt minutes, celle des douches de vapeur de cinq à dix minutes, et enfin celle des applications de boue varie de vingt minutes à
246 GLEISWEILER (Eau minérale de).
une demi-heure. La quantité du petit-lait est ordinairement de quatre à dix verres par jour que l'on conseille le matin au sortir du lit, et souvent une heure ou deux avant le souper.
Emi'loi thérapeutique. Les eaux de Gleissen en boisson et en bains sont particulièrement recommandées dans les névroses telles que l'hypocondrie, l'hystérie, et leurs effets sédatifs et calmants sont avantageusement opposés à tous les accidents si divers occasionnés par ces états pathologiques. Les douches d'eau sont surtout utiles dans les troubles du mouvement et de la sensibilité qui reconnaissent pour cause une névrose déjà ancienne et qui avait résisté à tous les autres moyens de la matière médicale. Ces eaux administrées à l'intérieur et à l'extérieur, et principalement en applications générales ou locales de boue, ont souvent donné de bons résultats dans les douleurs rhumatismales articulaires et musculaires anciennes, dans les engorgements, même tophacés, consécutifs à la goutte, dans le lymphatisme et dans la scrofule se manisfestant surtout sur les ganglions, dans l'atrophie musculaire localisée et dans toutes les affections utérines où il importe de calmer les douleurs et une sensibilité maladive.
La durée de la cure et de trente à quarante-cinq jours.
On n exporte presque pas l'eau des sources de la station de Gleissen.
A. ROTUREAU.
Bibliographie. — Serlo (M.-S.). Disscrtatio inauguralis de aqvâ minerali inpago Gleissensi iiuper dctecfo. Berolini, 1817. — Fohuey (D.). Das Mincralbad su Gleissen, Untersucht uni Beschreiben von h' John (J.-F.), nebst Bemerkungen iïber die Heilkràfle desselben. Berlin, 1821. — Zeuschner (I).-P\-A.). Ueber den neu enideckten mineralischen Kohlenschlamm im Mineralbad zu Gleissen von Prof. John, nebst Beifïigung des dritien Jahresberichtes ûber dièses Bad. Berlin, 1824. — Dn même et Reuiann. Das Minerai- und Kohlenschlammbad zu Gleissen. Berlin, 1827, 1828, 1829, 1830. — Shmidt W.-L.). Das Minerai- und Kohlenschlammbad 2,21 Gleissen. Berlin, 1852. — Osann (E.). Physicalisch-tnedicinische Darstellimg der bekannten Heilguellen der vorziiglichsten LanderEuropa's. Berlin, 1832, S. 499-501.— Helft (H.). Handbuch der Balneotherapie, etc. Berlin, 1857. k. R.
GLEISWEILER (EaU MINÉRALE, HYDROTHÉRAPIE ET CURES DE PETIT-LAIT ET DE
RAISIN de). Athermcde, chlorurée sodique faible, carbonique moyenne, en Bavière, dans le Palatinat du Rhin, à 7 kilomètres de Landau (chemin de fer de l'Est de Paris à Wissembourg, chemin de fer de Mayence, de Wissembourg à Landau et de Landau à Gleisweiler, une diligence fait le trajet en une heure et quart). Bad Gleisweiler, dans la commune de ce nom qui a 600 habitants, est à 550 mètres au-dessus du niveau de la mer, dans une gorge ouverte seulement au midi et à l'est, et protégée contre les vents froids du nord et les vents humides de l'ouest. Gleisweiler est abrité par la chaîne du Teufelsberg dont le sommet le plus élevé a 620 mètres de hauteur ; son climat est très-doux et sa végétation luxuriante ; ses environs offrent un grand nombre de promenades et d'excursions assez rapprochées qui peuvent se faire à pied, à âne, à cheval, et en voiture. Les promenades les plus fréquentées sont : le joli jardin qui entoure la maison de bains, et au milieu duquel jaillit un jet d'eau qui n'a pas moins de 16 mètres de hauteur; la chapelle Saint-Anne n'est pas à plus de 2 kilomètres ; les ascensions du Teufelsberg, du Ringelsberg, de l'Orensberg, ne demandent pas plus d'une heure, et on découvre sur ces trois montagnes un panorama magnifique. Les excursions les plus aimées des hôtes accidentels de Gleisweiler-Bad se font aux châteaux de Scharfeneck, de Ramberg, de Meister ou de Modenbacher Schloss, aux débris de l'abbaye de à Eusserthal, à Eden-
GLEIZES. 247
koben, Maxburg, à Kropsburg, à Madenburg, à Tnefels, à Neucastel et à Neustadt,etc., etc.
L'eau de la source de Gleisweiler est claire, limpide et transparente; elle n'a ni couleur, ni odeur, des bulles assez nombreuses la traversent et viennent s'épanonir avec bruit à sa surface, le gaz qu'elle renferme s'attache promptement sur la paroi interne des verres avec lesquels on la puise. Son goût est piquant, amer et surtout un peu salé. Sa température est de U%8 centigrade et son analyse chimique exacte n'a jamais été faite.
Les malades qui viennent à Gleisweiler ont moins l'intention d'y faire une cure par l'eau minérale que d'y suivre un traitement hydrothérapique ou d'y entreprendre des cures de petit-lait ou de raisin.
L'établissement hydrothérapique se compose de soixante-dix chambres pour loger les étrangers, d'un grand restaurant, d'une salle de billard, d'un salon de lecture, de deux salles de jeu, de cabinets de bains pour les deux sexes, cl il est pourvu de tous les appareils nécessaires pour un traitement complet par l'eau froide. Le système des douches est surtout parfaitement entendu, car l'eau est amenée de la montagne qui domine l'établissement, et on a effectué sa prise à 100 mètres de hauteur. Elle est reçue dans un réservoir installé à 23 mètres au-dessus des cabinets de bains auxquels des ascenseurs permettent aux malades de descendre de leur chambre et d'y remonter sans la moindre fatigue et sans qu'ils soient exposés aux transitions de la température. La cure de petit-lait de vache ou de brebis se fait dans un chalet suisse adossé à l'établissement principal et fréquenté par un assez grand nombre de personnes qui viennent à Gleisweiler suivre un traitement séro-lacté.
Les vignes qui garnissent les coteaux voisins de Gleisweiler produisent d'excellents raisins qui sont à la disposition des malades auxquels une cure uvale a été recommandée. A. Rotureau.
GLElTERO^. GLETTEROIV. Synonyme de Glouleron [Xanthium strnmarium L.) {voy. Glooteron). Pl.
GLEIZE. Maître en chirurgie et oculiste du Collège royal de chirurgie d'Orléans, était auparavant oculiste du comte d'Artois et du duc d'Orléans. Il était membre de plusieurs sociétés savantes.
Gleize est l'auteur d'une théorie particulière sur la formation de la cataracte «t a indiqué de nouveaux procédés pour l'opérer. On a de lui :
I. Nouvelles observations pratiques sur les maladies de Vceil et leur traitement ; ouvrage fondé sur une nouvelle théorie, etc. Paris, 1786, in-8°. Nouv. édit. augm. Orléans, 18H, in-8°, avec 4 pl. et le portrait de l'auteur. — II. Règlement de vie ou comment doivent se gouverner ceux qui sont affligés de la faiblesse de la vue^ avec les moyens de s'en préserver Orléans et Paris, 1787, gr. in-8°. — III. Mémoire sur l' ophthalmostat de M. Demours et sur une nouvelle manière de s'en servir. In Journ. de méd., chir. et pharm., t. LXXV, p. 281, 1788. — IV. Mémoire sur les avantages du séton à la nuque dans les ophlhalmies humides ou invétérées. Ibid., t. LXXVIII, p. 194, 1789. — V. des staphylomes, de leurs funestes effets sur le globe de l'œil et sur la vue; nouvelle théorie de ces maladies, etc. Ibid., t. LXXXI, p. 369, 1789. — VI. On attribue à Gleize : Réflexions judicieuses contre le duel, 1790, in-8°. L. Hn.
CiLElZES (Jean-Antoine). Philosophe français, né à Dourgue (Tarn), le 26 décembre 1775, mort le 17 juin 1845, au château de la Nogarède, près de
248 GLIRIDÉS.
Mazères (Ariége). Nous le mentionnons ici comme précurseur d'une secte indique'e plus loin.
Désireux d'étudier la médecine, Gleizes se rendit dans ce but à Montpellier et suivit les cours de la Faculté avec le plus grand zèle. Mais la répugnance extrême qu'il éprouva pour les dissections anatomiques le força de renoncer à la carrière médicale. 11 résolut dès lors de se consacrer à l'enseignement et entra à l'École normale en l'an III. Des idées théoriques sur les résultats de l'alimentation animale, seule source selon lui de la cruauté et de la perversité des hommes et même d'un grand nombre de maladies, l'engagèrent à s'abstenir de chair, et il devint végétarien dans toute la force du terme. Ne pouvant même plus supporter l'odeur des viandes, il en vint à s'isoler complètement des autres hommes et passa presque toute sa vie dans la solitude. La Vegetarian Society a placé son portrait dans le local de ses séances, et son système a trouvé l'adhésion de plusieurs écrivains allemands. Pour plus de détails sur sa vie et rénumération de ses œuvres, voy. la Biogr. Didot. L. Hk.
GLKXOÏDE (Cavité). Voy. Omoplate et Crâne {temporal).
GLÙxoiDlEX (Ligament). Voy. Omoplate.
OLIADIXE. Voy. Gluten.
GLICTPHAGES. Voy. Sarcoptides.
GLIO.VE (de yXioi, coUe). Nom des tumeurs colloïdes {voy. Colloïdes).
GLIRIDÉS. Le nom de Gliridés {GUridœ) a été adopté par quelques zoologistes pour désigner une famille de Rongeurs {voy. ce mot) ayant pour type un petit mammifère de notre pays, le Loir ou Glis des anciens auteurs ; mais ce nom doit être définitivement rejeté et remplacé par celui de Myoxidés {Myoxidœ), rigoureusement équivalent. En effet, d'une part, le genre Glis, de Klein, de Brisson et d'Erxleben, ne comprend pas seulement, ou ne comprend pas du tout, le Loir vulgaire, le Lérot, le Muscardin et quelques espèces voisines, mais renferme en revanche des Marmottes, des Rats musqués, des Lemmings, en un mot, c'est un groupe formé d'éléments disparates; d'autre part, le nom de Glis, employé au pluriel sous la forme Glires, a été appliqué par Linné d'abord et ensuite par M. Brandt, par M. Gervais, par M. Alston, non plus à une simple famille de Rongeurs, mais à tous les Rongeurs. Le nom de Myoxidés, tiré de Myoxus, est présenté par les mêmes inconvénients : en effet, Myoxus, proposé par Schreber, il y a près d'un siècle, n'a jamais eu uu sens aussi étendu que le mot Glis, et a toujours désigné un genre bien circonscrit, ne renfermant dans la nature actuelle qu'une seule espèce, le Loir de Buffon [Mus glis de Pallas, Glis de Pline, Muo^o; d"Oppien).
Pour M. Alston, naturaliste anglais, qui s'est particulièrement occupé de l'étude des Rongeurs, la famille des Myoxidés rentre dans la seconde tribu {Myiomorpha) de l'ordre des Glires {voy. Rongeurs) et comprend quatre genres : Myoxus, Muscardinus, Eliomys et Graphiurus.
Le Loir {Myoxus glis L.), seul représentant actuel du grand Myoxus, est un animal un peu plus petit qu'un Rat, ayant le pelage d'un gris brunâtre, tirant
GLIRIDÉS. 249
au blanc argenté sur les parties inférieures du corps et sur les joues, et marque' de brun foncé autour de l'œil. Sa queue, un peu plus longue que le corps, mesure environ 15 centimètres; elle est garnie dans toute son étendue de poils nombreux, de couleur brun ou blanchâtre, disposés en deux séries divergentes, c'est-à-dire suivant le type qu'on appelle distique. Ce Rongeur se trouve dans toute l'Europe centrale et méridionale, depuis le nord de la France jusqu'en Sicile, en Grèce et en Grimée ; il se tient de préférence sur les collines ou sur le flanc des montagnes, dans les forêts de chênes ou de hêtres, et reste pendant la plus grande partie du jour caché dans une crevasse de rocher, dans le tronc d'un arbre rongé de vétusté, ou même dans le nid abandonné d'une Pie ou d'un Corbeau. Le soir il va à la recherche de sa nourriture qui consiste en faînes, en noisettes, en glands, en châtaignes, en œufs de petits oiseaux, en fruits succulents. A l'approche de l'hiver, il amasse des provisions, se construit dans un trou profond un nid de mousse et de feuilles et se retire dans cet asile, en compagnie de quelques individus de son espèce, pour passer la mauvaise saison. Le Loir appartient en effet à la catégorie des animaux hibernants, et il reste pendant plus de la moitié de l'année plongé dans un sommeil profond. Au printemps il se réveille et bientôt après il s'accouple, de sorte qu'au mois d'avril on trouve déjà des petits de cette espèce, tapis dans un nid douillet et soigneusement abrité. Les jeunes croissent très-rapidement et cherchent bientôt eux-mêmes leur nourriture ; mais il tombent souvent alors sous la dent des martes, des belettes et des rapaces nocturnes, qui s'opposent heureusement à la multiplication excessive de l'espèce. D'ailleurs, dans plusieurs contrées de l'Europe on fait la chasse à ces rongeurs et on leur tend des pièges amorcés avec une prune, une poire ou quelques faînes.
En captivité, le Loir est un animal fort désagréable : le jour il passe des heures entières à dormir et mord cruellement la main qui essaie de le sortir de sa torpeur; au contraire, pendant la nuit, il est sans cesse en mouvement et fait dans sa cage un bruit assourdissant. Il paraît cependant que dans l'antiquité on gardait de ces animaux dans des parquets entourés de murs épais, lisses et renfermant des buissons de chênes ou de hêtres, qu'on les nourrissait de glands et de châtaignes et qu'ensuite on les enfermait dans des vases de terre nommés gliriana. On prétend même avoir trouvé dans les fouilles d'Herculanum de ces vases, de forme hémisphérique, que l'on recouvrait d'une grille, et où l'on mettait plusieurs Loirs pour les soumettre à un engraissement méthodique. Les auteurs anciens nous apprennent d'ailleurs que les Romains avaient un goût très-prononcé pour la chair de ces Rongeurs, que les modernes trouvent imprégnée d'un fumet beaucoup trop prononcé.
A la suite du Loir, mais dans un autre genre, le genre Muscardinus (Kaup), se place le Muscardin [M. avellanarius L.), vulgairement appelé Croque-noix. Il est beaucoup plus petit que le Loir, son corps ne mesurant que 7 à 8 centimètres de long, et sa queue à peu près autant, et il a le pelage plutôt fauve que grisâtre, avec le ventre blanchâtre, les pattes rousses, les doigts blancs, la queue brunâtre en dessus et garnie, sur toute sa périphérie, de poils touffus.
Le Muscardin habite à peu près les mêmes contrées que le Loir, mais il remonte davantage vers le nord et se rencontre jusqu'en Angleterre et dans le midi de la Suède. 11 se nourrit aussi de fruits, de baies et de graines, circule ordinairement pendant la nuit et s'endort d'un sommeil très-profond duranj
250 GLISSON.
six mois de Tannée. D'un caractère beaucoup plus doux que le Loir, il s'apprivoise sans difficulté.
Le Lérot [Eliomys nitela Pall.) , type d'un troisième genre de Myoxidés, est souvent appelé Grand Muscardin ou Loir des jardins; il est en effet intermédiaire pour la taille entre les deux espèces précédentes, dont il se distingue d'ailleurs par le mode de coloration, le dos et la tête étant d'un brun roux, les tempes marquées de noir, le ventre blanc, la queue brune en dessus avec l'extrémité noire et plutôt blanche en dessous. Sa physionomie est très-intelligente, la tête, surmontée de petites oreilles couleur de chair, étant éclairée par des yeux noirs, très-brillants. La distribution géographique, le régime et les mœurs du Lérot, ne diffèrent pas sensiblement, du reste, de ceux du Loir commun. Cette espèce est à juste litre détestée des agriculteurs, dont elle dévaste les vergers. Elle est représentée dans l'Europe orientale, en Asie-Mineure, au Japon, en Palestine et dans le nord de l'Afrique, par d'autres formes qui se distinguent par la livrée et les proportions des diverses parties du corps.
Le genre Graphiurus (F. Cuv. et Geoff.) est complètement étranger à la faune européenne; il ne se trouve qu'en Afrique, depuis le Sénégal et l'Abyssinie j usqu'au cap de Bonne-Espérance. 11 se reconnaît à la forme de ses dents molaires, où les plis d'émail sont à peine indiqués à la surface de la couronne, et à la disposition de sa queue, plus courte que chez le Loir, le Lérot ou le Muscardin, et terminée en pinceau. Chez le Graphiure élégant [Graphiurus elegans 0. Gilby) les parties supérieures du corps sont d'un gris brunâtre, avec une bande noire allant de chaque côté de l'oeil à l'oreille; les parties inférieures du corps et les joues sont rousses et la queue tourne au blanc roussâtre. E. Oustalet.
Bibliographie. — Linné. Syst. nat., édit. XII, 1760, I, p. 87. — Brissox. Régn. anim., 1762, p. 11.3. — Erxleden. Syst. régn. anim., 1777, pp. 358 et 459. — Gmelin. Syst. nat., 1788, p. 155. — BcjFFON. Hist. nat., édit. Pillot, 1832, t. XV, p. 192. — P. Gervais. Did. utiiv. d'hiit. nat., 1848, t. XI, p. 202, et Ann. des se. nat., Zool., 3= série, 1853, t. XX, p. 245. — Du MÊME. Hist. nat. des Mammifères, 1854, t. I, p. 573. — J.-F. Brandt. Untersuch. ûb. die craniol. Entwickel. und Classif. der Nager. In Mém. de l'Acad. imp. des se. de Saint- Pétersbourg, 1855, 6= série, 5c. nat., t. VII, p. 127. — Alston. On the Classif. of the Order Glires. In Proe. Zool. Soc., 1876, p. 61. — E.-L. Thouessabt. Cat. Mammif, Rongeons, 1880, 11°" 422 et suiv. — Brehm. Vie des animaux, trad. Gerbe, Mammifères, t. II, p. 90.
GLISCEIVTI (Fabio). Médecin et philosophe italien, né à Vestone, près de Brescia, vers 1550, mort vers 1620. 11 prit le grade de docteur en médecine à l'Université de Pavie et pratiqua avec réputation son art à Venise.
Gliscenti est l'auteur d'un assez grand nombre d'ouvrages parmi lesquels on remarque des commentaires latins sur les Predicabilia de Porphyre et sur les Principia de Gilbert de la Porrée.
Nous citerons encore de lui :
Traltato délia pirtra filosofalc. Trad. en latin par Laurent Strauss : Tractatus de lapide philosophorum. Giessae, 1671, in-S". L. Hn.
CiLlSSorv (François). Médecin anglais justement célèbre, et dont Haller, dans son admirable style laconique, a pu dire : Vir profundœ meditationis, multiplici prœter anatomicam cognitionem lande conspicuus {Bibl. anat., 1, 452). Il naquit en 1596 à Bampisham, dans le comté de Dorset, fut élevé au collège Gains à Cambridge, et s'y fit recevoir agrégé. Il étudia 'ensuite la raéde-
GLOBBÉE. '251
cine et succéda, en 1651, à Winterton, comme professeur royal de médecine à l'Université de Cambridge. 11 se fit agréger au Collège des médecins de Londres, et fut chargé d'y professer l'anatomie. Ses biographes, Bircli, entre autres, le représentent se retirant à Colchester pendant la guerre civile, y pratiquant la médecine et ne revenant à Londres qu'après l'occupation de cette ville par les parlementaires. 11 mourut en 1677, laissant quatre ouvrages qui ont établi sa réputation et le recommandent à la postérité; eu voici les tilres :
I. Analomia hepatis, cui prœmiUuntur quœdam n<l rem anatomicamuniversh speclantia; et ad calcem operissubjiciuntur nonnulla de Lymphœ duclibus nuper repartis. Lond., 1654, in-8°; Amstelodami, 1659, in-12; 1G63, in-1'2; 1681, in-12. — II. De rachitite sive morbo 2}iierili, qui vulgolhe Rickets dicilur. Adscilis in operis societatem Georgio Date et Ahasuero Regemortero. Londini, 1C60, t- édit., in-12; ibid., 1682, in-12. — III. Tractatus de ventricido et inteslinis, cui prœmilitlur unus de partibus conlinentibus in génère, et in specie abdominis. Londini, 1671, in-12; Amstelodami, 1677, in-12. — IV. Tractatus de nalura substantice energilica, seu de vila naturœ ejusque tribus facultatibus. Londini, 1672, in-4°.
On le voit, Glisson s'est surtout occupé de l'anatomie et les leçons qu'il fit sur ce sujet eurent un grand succès et lui attirèrent un grand nombre d'auditeurs. Ses recherches sur le foie, surtout, le placent au nombre des investigateurs du dix-septième siècle qui ont fait notablement progresser la science, et aujourd'hui encore on donne le nom de Capsule de Glmon à l'enveloppe fibreuse du foie se réfléchissant, au niveau du liile de l'organe hépatique, sur les vaisseaux de ce dernier. A. G.
GLOBBÉE. Globba L. Genre de plantes Monocotylédones, appartenant à la famille des Zingibéracées.
Les plantes de ce groupe sont des herbes annuelles, à feuilles distiques, membraneuses, lancéolées, munies d'une gaine fendue, dont les inflorescences terminales sont des grappes ou des épis lâches, souvent fascicules. Les fleurs ont un périanthe dont les trois divisions extérieures forment un tube large, trifide, et les divisions internes un tube grêle à divisions égales. A l'intérieur sont des staminodes sur deux rangs : les extérieurs pétaloïdes, les deux latéraux petits, le moyen formant un labelle développé, adné au filament de l'étamine unique. Celle-ci a un filet qui dépasse l'anthère. L'ovaire est infère, le style filiforme passant à travers les loges de l'anthère. Le fruit est une capsule uniloculaire, trivalve, contenant plusieurs graines munies d'un arille.
La plante du groupe qui intéresse la matière médicale est le Globba nutans L. ou Globbée pendante, dont la souche tubéreuse pousse une tige simple, nue à la base, feuillée à la partie supérieure, qui atteint 15 à 18 pieds; les feuilles alternes sont longues, portées sur de courts pétioles engainants ù la base. Les fleurs rougeàtres forment une grappe tei'minale pendante.
Elle vient dans les Indes Orientales et dans les Moluques, C'est le Globba sylvestris de Rumphius, qui assure que la décoction de sa racine est utile contre les flux rouges et blancs du ventre.
La Globbée uniforme, Globba uniformis de Rumphius, moins grande que la précédente, est remarquable par la disposition de sesfleurs blanchâtres qui formentune grappe droite, courte, sortant latéralement de la partie nue de la tige. — Les fruits sont semblables à des grains de raisin. — Ses racines sont employées en décoction dans les diarrhées et ses fruits contre les coliques. Pl.
BiBLiOGEAPHiE. — LiNNÉ. Gctiera, 1827. — Blume. Enumeratio pl. Jav., t. 62. — Rumphius.
2b2 GLOBULAIRE (botanique).
Amboin., VI, p. 158 et 140, tab. 59, fig. 2, et tab. 62 et 63. — Lamarcr. Dicl. encyclop., II, 750. — EsDLicHER. Gênera, n" 1621. Pl.
GLOBICÉPIIALE. Le genre Globicépliale {Globicephalus Lesson, part.), qui a pour type le Dauphin noir [Delphinus mêlas) de Traill ou Daupliin à tête globuleuse {D. globiceps) de G. Cuvier, appartient à la famille des Delphinidés ivoy. le mot Dauphin) et renferme des mammifères marins de grande taille, pouvant atteindre près de 7 mètres de long. Ces animaux vivent eu grandes troupes et sont particulièrement répandus sur la cote atlantique de l'Araérique du -Nord et dans les mers septentrionales de l'Europe, notamment dans les parages des îles Féroe'. De temps en temps, cependant, on capture sur nos côtes des Gloticéphales noirs, et le 7 janvier 1812 on en a trouvé soixante-dix individus de cette espèce échoués à Paimpol (Gôtes-du-Nord). Leur coloration générale était d'un noir uniforme, avec une tache blanche sous la gorge, se prolongeant par une bande étroite du côté de l'anus. Les mâchoires étaient, sauf chez les jeunes, armés chacune de 18 à 20 dents, l'estomac renfermait des débris de Sèches et de Morue, et le canal intestinal mesurait plus de 40 mètres. On a donné jadis au Globicépliale noir le nom de Globicépliale conducteur, parce qu'on pensait que les troupes de Dauphins étaient constamment placées sous la conduite d'un chef qu'il suffisait de faire échouer pour obtenir toute la bande.
M. le docteur Fischer considère le globiceps de la Méditerranée comme une simple race du Gl. ntelas, auquel il rapporte également le Delphinus feres, de Bonnature et Lacépède, provenant de la Méditerranée ; le Globicephalus Edwardii, de Gray, originaire du Cap de Bonne-Espérance, et peut-être aussi un Globicéphale américain. Il considère au contraire comme distincts le Globicephalm macrorhynchus delà Nouvelle-Zélande et le Gl. guadelupensis ou Gl. mêlas des Antilles. E. Ocstalet.
BiBuoGRAPHiE. — Trail. IS'ickols. JouDi . , 1809, t. XXII, p. 81. — G. Cuvier. Ann. du Mus., 181^2, t. XIX, pi. 1, fig. 2. — Du MÊME. Ossements fossiles, 1821-1824, t. Y, l'« part., n°302, pi. 21, p. 11. — I.Esso.v. Hist. nat. des Cétacés, 1828, p. 278. — Vax Be.neden et P. Gertais. Ostéogr. des Cétacés, 1868, p. 558 et pi. 51 et 52. — P. Fischer. Cétacés du S.-O. de la France. In Actes de la Soc. linn. de Bordeaux, 1881, vol. XXV, p. 185. E. 0.
GLOBLXAIRE. | I. Botanique. La famille si remarquable, quoique trèsrestreinte, des Globulariées (Dicotylédones Gamopétales), renferme dans le genre unique Globularia quelques espèces qui offrent un réel intérêt, non-seulement au point de vue morphologique, mais encore en raison des applications dont ces végétaux sont journellement l'objet, non pas dans la médecine officielle, d'où elles ont été à tort jusqu'ici écartées, mais au moins et sur une large échelle dans la médication populaire.
Le genre Globularia, dont les caractères sont ceux de la famille, renferme des herbes et des sous-arbrisseaux portant des fleurs hermaphrodites, irrégulières, réunies en capitules très-denses, sur un réceptacle convexe et muni de paillettes Calice gamosépale, à tube ordinairement fermé par des poils, limbe à cinq divisions plus ou moins inégales ou bilabié. Corolle peu zygomorphe, hypogyne, gamopétale, à tube cylindrique, à limbe bilabié; lèvre supérieure petite, ordinairement bipartite ou indivise, rarement presque nulle ; lèvre inférieure plus longue, tripartite, trifide ou tridentée. Étamines insérées au sommet du tube, e.xsertes, réduites à quatre par l'avortement de celle qui repose entre les deux lobes de la lèvre supérieure; anthères bilobées, à lobes confluents au moment de l'anthèse
GLOBULAIRE (botanique). 255
et s'ouvrant longitudinaleraeut par une fente unique. Ovaire libre, uniloculaire, uniovulé. Ovule suspendu au sommet de la loge, réfléchi. Style simple, saillant; stygmate simple ou subémarginé bifide. Fruit sec, à une graine, indéhiscent (akène), niucroné par la base persistante du style. Graine réfléchie. Embryon droit, dans un albumen charnu ; radicule très-rapprochée duhile. Stipules nulles. Les véritables affinités des Globulariées, entrevues par Lindley, bien discutées et bien établies par G. Planchon, peuvent être résumées synoptiquement par le tableau suivant :
„. . , 1 Myoporinées.
T> . -.'L' ' ( Globulariées, Gvmnandrées, Sélaeinées. , . \ Verbascées.
Brunoniacées. ! Globulariées, Gymnandrées, Sélaginées
' ' Stilbinees
Les espèces peu nombreuses de ce genre appartiennent à l'Europe méridionale et tempérée ainsi qu'aux îles de l'océan Atlantique. — En France, quatre espèces doivent être signalées : 1" Globiilaria vulgaris L. (avec sa variété élevée au rang d'espèces par Nyman sous le nom de Gl. Willkommi), très-commune dans les coteaux stériles et peu élevés de notre pays; G. nudicaidis L., qu'on peut considérer comme une forme montagneuse des hautes altitudes (alpines et pyrénéennes) du Gl. vulgaris; 2° Gl. cordifoUa L., espèce rampante et radicante avec sa variété nana; 3" enfin G. ahjpuni L., qui est localisée dans la région méditerranéenne ; seule espèce frutescente. — Toutes ces espèces ne sont p;is ci^alemciit disséminées sur la surface de notre pays; au point de vue de la plus large diffusion, c'est le GL vulgaris qui tient la première place.
Des différentes espèces indigènes que nous venons de signaler, deux nous intéressent particulièrement : ce sont Gl.alypum L., Gl. vulgaris L., mais d'une manière inégale, car, de ces deux plantes, la première seule est presque officinale, au moins dans la Provence. Nous nous occuperons donc spécialement de celte dernière à cause de l'idée singulière qu'on s'est longtemps faite de ses propriétés en l'appelant Frutex ierribilis, enfin à cause de l'étude particulière dont elle a déjà été l'objet.
Le Glùhularia alypum L., Sp. plant., p. 159. — Siblhet Smith, FL Grœc, prod. I, p. 78. — Desf., FI. Atl., I, p. H7. — Gouan, FI. Monsp., p. 71. — D. G., FI. Fr., m, p. 428. — Reichenbach, FL Germ. exe, II, p. 364. — Cambessèdes, Monogr. Glob., in Amial. des se. nat., IX, p. 26. — Bertoloni, FL itaL, II, p. 4. — Gren. et Godr., FL Fr., II, p. 754.
Hypoglossnm valentinum. Rar. stirp. Hisp. Hist., Glus., p. 179.
Alypum montis Ceti narbonensium ; herba terribilis vulgo. Pena et Lobel, Adv., p. 158. — Empetron phacoïdes. Dalech. Hist. gen. plant., p. 462. — Maguol.6o< monsjj., p. 253. — Alypum monspelliensium, s ive frutex ierribilis J. Rauhin, I, 598. — Nissole, Hist. Acad. roy. se. (1712), p. 337, pi. 18.
Globularia frulicosa, Myrti folio tridentato. — l ommL Institut (3« édit.), p. 467. — Garidel, Plantes de Provence, 210.
Arbrisseau à feuilles persistantes, formant des buissons de un à deux pieds de hauteur. Racine sèche et rameuse. Souche épaisse, courte, tortueuse, se confondant en arrière avec la racine, émettant en avant plusieurs tioes ascendantes, dressées, feuillées dans toute leur longueur, couvertes sur le vieux bois d'une écorce inégale d'un brun cendré. Rameaux nombreux, les plus jeunes à écorce rougeàlre, parcourus de lignes saillantes, longitudinales. Feuilles alternes sur les jeunes rameaux, fascicules sur les tiges, brièvement pétiolées, obovées, spatulées ou presque lancéolées, entières ou Iridentées, mucronulées
234 GLOBULAIRE (botamqce).
au sommet, coriaces, glabres, présentant sur les deux faces une multitude de points blanchâtres qui ne sont rien autre chose que le produit résineux et pulvérulent de glandes épidermiques spéciales (bicipitées). Capitules denses, globuleux déprimes, solitaires à l'extrémité des rameaux, quelquefois axillaires; involucre composé de bractées ovales oblongues, mucronulées au sommet, scarieuses, ciliées sur les bords, disposées sur plusieurs rangs; réceptacle hémisphérique, à poils courts, muni de paléoles linéaires lancéolées, subulées, longuement poilues sur la partie supérieure de leur face dorsale, ciliées sur les bords, caduques. Fleurs placées chacune à l'aisselle d'une des paléoles. Calice tubuleux légèrement recourbé, profondément quinquéfide, à divisions linéaires acuminées presque égales, garnies sur leur face externe de longs poils jjlanchâtres. Corolles d'un bleu clair, quebjuefois complètement blanches (albinisme), bilabiées, à lèvres très-inégales; la supérieure petite, bilobée, parfois entière, d'autres fois nulle; l'inférieure très-longue, à trois lobes égaux, obtus. Étamines quatre, presque égales, attachées au sommet du tube de la corolle, à filets infléchis dans le bouton, se développant et devenant exsertes après l'anthèse; anthères ellipti(jues-réniformes, fixées par le dos, à loges conflnentes. s'ouvrant par une fente unique longitudinale, prenant immédiatement après l'anthèse une couleur bleu-foncé. Pollen à grains elli[)tiques lorsqu'ils sont secs, lisses, parcourus de trois sillons longitudinaux, devenant presque sphériques lorsqu'on les niouUle. Ovaire oblong, glabre; style géniculé à sa base, recourbé, filiforme; stygmate émarginé, bilobé (les autres caractères sont ceux du genre).
La plante, durant les hivers peu rigoureux de la région méditerranéenne, est souvent eu floraison durant toute l'année ; en tout cas elle est en pleine Heur au mois de janvier, et fructifie au commencement d'avril. Les régions sèches et arides voisines de la mer lui sont particulièrement favorables. On l'a signalée sur les côtes orientales de l'Espagne, en France, de Nice aux Pyrénées, sur toute la longueur de l'Italie, en Grèce, en Orient jusqu'en Perse, dans l'Arabie Pélrée. sur toutes les côtes septentrionales de l'Africiue, dans presque toutes les îles de lu Méditerranée et jusque dans celle de Madère.
Cette plante est vulgairement connue sous le nom de Globulaire turbilh. cette désignation est révélatrice des propriétés drastiques qu'on lui accordait autrefois : le nom de turbith était donné par les Anciens à tout purgatif violent [Turbilh végétal, etc.). En Provence où cette plante abonde et où elle est trèsemployée, de là son nom de Séné des Provençaux, les paysans la nomment eu patois Lengo de passeroun, en Languedoc Lenga passerina. On peut rapprocher, comme le fait M. G. Planchon [Des Globulaires au point de vue botanique et médical. Thèse pour le doctorat en médecine. Montpellier, 1859), à qui nous empruntons beaucoup sur cette question, cette dernière dénomination de celle d'un genre de Thymelées (Passerina) dont elle rappelle l'apparence extérieure. Le Globularia alypum est le Sena falsa des Italiens, le Pichot séné des Languedociens au siècle dernier. Ces qualifications semblent confirmer l'assertion de Bertoloni, qui affirme qu'on mélange au séné d'Alexandrie les feuilles brisées de cette plante.
La Globulaire vulgaire ou Marguerite bleue [Glob. vulgarisL.) est. avons-nous dit, la plus répandue des deux espèces qui doivent nous occuper : en France, cette plante herbacée croît sur tous les coteaux stériles et peu élevés de nature calcaire, dans les pâturages secs. En voici une description sommaire : Ti^es solitaires ou peu nombreuses de 10 à 40 centimètres de haut, droites, simples.
GLOBULAIRE (botanique). 255
Feuilles radicales nombreuses, en rosettes, obovales, mucronées, entières, les caulinaires beaucoup plus petites, lancéolées-oblongues. Fleurs bleues en capitules globuleux, solitaire et terminal. Elle fleurit en mai et juin. Calice velu à cinq divisions lancéolées. Corolle à cinq divisions, les trois inférieures plus longues. Matière médicale. Les feuilles sont la seule partie employée de ces plantes. Nous nous occuperons particulièrement de celles de GL alypumh. Parleur forme spatulée-obovée ou presque lancéolée, leur bord entier ou tridenlé au sommet, leur petit mucro terminal, par leurs dimensions (O^jOlS à0'",02 de long, sur 0"',05 à 0"',075 de large), par leur couleur vert grisâtre, leurs petits points blanchâtres appréciables à la loupe, leur saveur amère, il est facile de les reconnaître, car ces caractères empêchent de les confondre avec aucune autre plante. Si la confusion était possible, il serait facile de l'éviter en s'en rapportant à la structure anatomique de l'organe, telle qu'elle résulte de nos observations. Examinée au microscope, une coupe de feuilles présente entre les deux épidémies tout un mésophylle épais et entièrement uniforme. La feuille appartient donc à une catégorie qu'on peut établir d'après la structure parenchymateuse, en utilisant la nomenclature mise en usage par M. A. Chatin, sous le nom de homogène sijmétriqiie. Formé d'éléments cellulaires très-nombreux et trèsintimement soudés, sans aucun intervalle lacunaire entre les cellules, ce mésophylle ne présente d'interruption que sur les bords pour loger les chambres stomatiques. Les cellules en palissade manquent totalement sur l'une et l'autre faces de la feuille. C'est une constitution à part.
Les cellules du parenchyme ne présentent normalement rien à considérer, mais l'épiderme semblable sur les deux faces mérite une attention spéciale. En allant de dedans en dehors, nous voyons d'abord des glandes nombreuses enchâssées dans cet épiderme et revêtant sur la coupe transversale la forme d'un 8 de chiffre dont la partie inférieure, le pédicule, serait enclavée entre les cellules épidermiques, tandis que la portion supérieure (sécrétante) serait en partie libre au-dessus de cet épiderme et en partie fixée dans la portion cuticulaire des cellules épidermiques. Ces glandes, d'aspect bicipité, sécrètent une matière résineuse et blanchâtre qui les revêt et recouvre l'épiderme tout entier ou tout au moins par plaques (c'est ce qui constitue le piqueté des feuilles visible à la la loupe). Les cellules de l'épiderme renferment chacune uniquement un ou plusieurs cristaux disposés en croix et contenant 2 éq. d'eau. Ces cristaux sont formés d'oxalate de chaux. Les feuilles des autres globulaires françaises ne renferment pas de cristaux dans leurs cellules épidermiques, par ailleurs leur constitution est absolument semblable à celle des précédentes. Enfin toutes les feuilles des globulaires, même celles de Glob. vulgaris qui, par leur forme et leur apparence extérieure, ne ressemblent en rien aux précédentes, présentent cependant une constitution histologique parfaitement semblable à celle de leurs congénères : GL alypum et GL nana. Contrairement à ce que l'on voit dans GL alypum, la feuille de GL vulgaris est pourvue de trois nervures : une médiane qui va de la base au sommet et deux latérales plus courtes, s'arrètant aux deux tiers de la longueur, quoique prenant leur origine au même point que la médiane. Ces trois nervures sont très-visibles à la face inférieure de cette feuille : dans la Globulaire turhith, on ne voit de bien saillante que la nervure médiane, les deux autres n'existent pas. De plus, la feuille de GL vulgaris est verte; elle est grisâtre dans GL alypum. Ces feuilles se distinguent, en effet, seulement des précédentes, en ce qu'elles sont plus charnues et moins
256 GLOBULAIRE (chimie).
dures, et en ce que l'épiderme peu cuticularisé ne renferme pas trace de cristaux dans ses cellules. Douées d'une constitution spéciale et relativement rare dans le règne végétal, les feuilles des Globulaires pourront donc toujours être reconnues, en utilisant les données anatomiques de celles auxquelles elles pourraient avoir été substituées : Cassia obovata Coll., acutifolia Delile, etc., ou Coriaria myrtifolia (Séné et Redoul), qui ne sont pas' homogènes syméiriques ou qui, si elles le sont, ne présentent pas les mêmes assises constitutives [voy. Lemaire, De la détermination histologique des feuilles médicinales, Nancy, 1882) et ne renferment pas de cristaux épidermiques.
§. II. Con!i««itution chimique. La Globulaire a fixé à diverses reprises l'attention des chimistes. Walz {N. Jahresb. fur Pharm., YII, 1857) le premier, en 1875, y a décelé un glycoside nouveau, la Glohularine, un acide lannique spécial, Yacide globulariiannique, une huile essentielle, des corps gras, de la chlorophylle et des matières salines. Dans un travail encore partiellement inédit, fait en collaboration avec MM. Schlagdenhauffen, professeur à l'École supérieure de pharmacie et à la Faculté de médecine de Nancy, et le docteur Moursou, médecin distingué de la marine nationale, nous avons établi, par des moyens sur lesquels ce n'est pas ici le lieu d'insister, (jue toutes les analyses antérieures étaient plus ou moins erronées ou incomplètes.
Les feuilles, après avoir été desséchées, puis traitées par différents dissolvants appropriés (eau, alcool, sulfure de carbone, éthcr) et enfin incinérées, ont donné la composition suivante pour 100 grammes :
çrarames.
Matières solubles dans le suHure de carbone. . . . Corps gras et cire. . . - . 2,85
Traces de tannin et de ma- \
, ,, ,., j tières colorantes . . . . ( „ ,.„
dans lélher < pi i i ■ . j } 2,438
' Olobularine et acide cinna- 1 '
dans l'alcool .
nuque
Traces de tannin et de ma-
,,■.,. ) tières colorantes . . . . i ,,..,,
dans le chloroforme { pi u i ■ . -j ) 11,363
I Globulanne et acide cinna- '
\ mique
Mannite 1,815
Glycose 2,585
Globularine 4,550
Tannin 2,00»
Matières colorantes et ex-
tractives ; résine .... 17,000
Acide cinnamique 1,7»
Pertes 0,85
dans l'eau \ Matières gommeuses et amy-
I lacées 10,15
Résine insoluble 1,25
Cendres 2,105
Eau de végétation 26,20
Ligneux par différence , 15,092
Les feuilles de la Globulaire turbith renferment donc de la globularine^ une faible quantité d'un principe volatil encore incomplètement étudié, une forte proportion de résine {globularétine), de l'acide cinnamique, des cinnamates de potasse et de soude (la présence de Yacide cinnamique offre de l'intérêt dans une plante si éloignée de celles dans lesquelles seules jusqu'ici on l'a trouvé, c'est-à-dire les genres Myroxylon, Myrospermum et Liquidambar ou arbres à
GLOBULAIRE (tiiéiv\peutique). So?
baumes), du tannin et de la mannitc. Les deux principes cristallisables : l'acide cinnamique et la mannite, avaient été complètement méconnus par Walz et à fortiori par les autres chimistes qui se sont malencoiilreusement occupés de cette question {voy. Glocularine). Nous avons dit que c'est à Walz que revient l'honneur de la découverte de la Globularine, mais les propriétés du glycoside de Walz diffèrent de celles que nous lui avons reconnues. En cherchant d'ailleurs à isoler ce composé, d'après le procédé de l'auteur allemand, on n'arrive pas à un produit pur, puisque les extraits alcooliques el aqueux qui servent de base à cette préparation sont chargés de trop de principes étrangers.
Nous n'insisterons pas sur l'erreur commise par Walz au sujet de son acide globularitannique, qui n'est qu'un mélange de tannin ordinaire et de matière colorante. Le principe volatil déjà signalé par Walz se trouve en trop minime quantité dans la plante pour qu'il soit possible d'en fixer actuellement et la nature et la composition. Nous y reviendrons plus tard. La globularétine de Walz n'est probablement qu'un mélange ou tout au moins un produit d'oxydation (le ce dernier, et paraît donner naissance à un produit à odeur de coing et d'ananas trop fugitit pour le saisir. La globularétine et la paraglobularétine de Walz obtenues par l'action des acides dilués sur la Globularine ne sont évidemment que des produits d'altération, puisque dans des circonstances plus favorables, û'est-à-dire aune température moins élevée, il n'y a formation que d'un produit de dédoublement unique entièrement blanc. Néanmoins, quand on chauffe le mélange au delà de 50", la globularétine produite prend un aspect légèrement verdâtre. Il était nécessaire de signaler ces erreurs pour établir le bien fondé (le notre propre analyse et de nos assertions.
La Globularétine ou résine de Globulaire se dissout dans les alcalis et fournit, dans un milieu oxydant, de l'hydrure de benzoïle. Cette modilication s'explique par la formation d'un terme intermédiaire, Vacide cinnamique, el s'accorde entièrement avec les données de l'analyse élémentaire.
Les tiges de Globulaire renferment les mêmes principes que les feuilles, mais en moindre quantité sous le même volume. Vacide cinnamique et la mannite révèlent leur présence dans l'extrait alcoolique par des dépôts de cristaux microscopiques, absolument comme dans l'extrait alcoolique des feuilles.
La composition chimique des feuilles de Gl. vulgaris se rapproche beaucoup de celle de la Globulaire turbith. Les différences portent seulement sur les quantités, qui sont plus faibles, ce qui justifie l'assertion de F.-J. Caziii {Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, 5'^ édit. Paris, 1868), (|uand il dit qu'en augmentant la dose d'un tiers les feuilles de cette espèce peuvent remplacer celles de la Globulaire turbith.
§ m. Thérapeutique. Il est peu probable que les Anciens connussent les propriétés des feuilles de Globulaire. Au moyen âge on lui attribua des vertus terribles [Frutex terribilis). On se demande comment une plante en réalité aussi innocente a pu inspirer des craintes aussi exagérées. Il n'est permis de s'en rendre compte qu'en songeant à son identification, tentée par plusieurs auteurs, avec VAlypum de Dioscoride, qui était un drastique violent, ou à un usage mal réglé et peutêtre à dose mal pondérée de ses feuilles. Cette mauvaise opinion non justifiée a été reproduite jusqu'à notre époque (De Candolle, 3^ édit. de sa Flore française). Cependant Glusius, au seizième siècle, et Garidel, au dix-huitième, avaient déjà réagi contre cette croyance, et Ramel, parfaitement édifié par la faveur dont DICr. ENG. V s. IX. 17
258 GLOBULAIRE (thérapeutique).
jouit cette plante en Provence, dans la médecine populaire, l'employa avec succès dans sa pratique. 11 a montré, dans un mémoire (1874, Journal de méd., de chir. et de phcmn., p. 374), que les feuilles traitées par infusion aqueuse à la dose de 30 grammes sont purgatives, mais qu'à doses répétées de 15 grammes elles sont fébrifuges. Par des études patientes, Ramel dissipa toutes les erreurs anciennes accumulées sur ce végétal au point de vue de sa toxicité, et la purgation à la Globulaire devint très à la mode, mais en Provence seulement et dans un coin très-limité de cette province. Si bien que, lorsqu'on 1815 Loiseleur- Desloncliamps reprit l'étude de ce médicament indigène, il ignorait complètement l€S recherches sérieuses dont cette drogue avait été antérieurement l'objet. Cet observateur confirma les vues de Ramel et, par des expériences faites avec grand soin, porta la conviction dans les esprits prévenus au sujet de l'innocuité et des propriétés purgatives de cette plante. Néanmoins le médicament n'est pas entré dans la pratique, même après le remarquable travail de M. G. Planchon déjà cité, et aujourd'hui encore son usage est absolument cantonné dans la médecine populaire en Provence, et particulièrement dans certaines parties du Var, des Bouches-du-Rhône et des Alpes-Maritimes. Là, il jouit d'une réputation largement justifiée. C'est cet ostracisme peu explicable qui nous a portés à reprendre, MM. Schlagdenliauffen, Moursou et moi, l'étude des Globulaires, travail dont nous avons donné déjà sommairement les principaux résultats chimiques. Au point de vue thérapeutique, grâce aux longues et cansciencieuses expériences cliniques de M. Moursou, nous avons pu, en y joignant des données de l'ordre physiologique, localiser dans les différents produits fournis par l'analyse les diverses propriétés reconnues à la Globulaire. Jusqu'ici tous les efforts des chercheurs avaient porté sur les trois points suivants :
i" Juger de la réalité de l'action purgative de la plante; 2° prouver l'innocuité de son emploi ; 3° la proposer comme succédané du séné exotique.
Pour nous, l'action purgative est incontestable. Il faut faire bouillir 50 grammes en moyenne de feuilles pendant une demi-heure à trois quarts d'heure dans 250 grammes d'eau le soir, et laisser ensuite macérer pendant tout le reste de la jauit, comme font les paysans de Provence, de façon à prendre la médecine le lendenaain matin. Il importe que les feuilles employées aient été cueillies à la fiiU de l'été, avant le commencement des pluies d'octobre. La résine qui est le principe purgatif (Globularétine) et la mannite y sont plus abondantes à ce m^iraent. D'après nos recherches, les doses de 20 à 30 grammes conviendraient aux personnes fortes, celles de 10 à 15 aux convalescents, femmes nerveuses, su;^ets anémiés. On pourra cependant diminuer la dose, si on ajoute à la préparation un sel alcalin qui assurera la prompte dissolution et l'épuisement de la résine purgative.
L'innocuité de l'emploi est absolue dans les conditions énoncées ci-dessus. La décoction des feuilles ne produit jamais de superpurgation aux doses thérapeutiques. La purgation, en outre, n'est jamais suivie de constipation : les selles continuent à se montrer dans les trois ou quatre jours qui suivent l'ingestion, de telle sorte que si, conforn)ément à la méthode de Ramel pour couper la fièvre qutirte, on donne tous les matins, pendant trois ou quatre jours, une décoction de 8 à 15 grammes de feuilles, il pourra vers le troisième jour y avoir superpurgation. C'est le seul cas oij il y ait à prévoir un inconvénient, mais non pas un danger. Un fait qui s'est révélé à nous et que nous devons signaler, c'est qiw la Globularétine, principe purgatif, exerce une action particulière sur les
GLOBULAIRE (thérapeutiqul). 2j9
reins; elle irrite fortement l'organe uropoiétique. Chez quelques malades particulièrement susceptibles, chez les convalescents de fièvre typhoïde, par exemple, à cause de la congestion chronique des reins inhérente à cette pyrexie, nous avons noté une anurie momentanée, des tubes fibrineux en grand nombre dans les urines et des accès de fièvre bien caractérisés. Il pourrait donc très-bien arriver, comme nous l'avons vu, que certains symptômes uréraiques fussent constatés après l'action purgative de la Globulaire dans les cas d'hydropisies tenant à un rein malade. Ce fait s'explique d'autant mieux que, ainsi qu'on le constate cliniquement, la résine purgative augmentant la quantité jde matières extractives, il peut y avoir arrêt de ces matières dans le rein, si l'organe est déjà congestionné ou insuffisant par altération (maladie de Bright) . Voilà donc une deuxième cause d'accidents; il en est une troisième.
Ainsi que nos recherches l'ont établi, le principe actif par excellence de la plante, la globularine, a sur le cœur une action marquée dont les effets s'accumulent, de telle sorte qu'une dose trop forte de globulaire ou encore de petites doses répétées plusieurs jours de suite, dans les accès de fièvre, peuvent , avoir, chez certains malades porteurs d'un cœur dégénéré {impaludisme) ou ^d'une lésion organique du centre de la circulation, un effet dangereux, quelquefois désastreux par syncope.
Il n'est pas douteux pour nous que l'injuste suspicion dont a été frappée cette plante, et dont il reste encore quelque chose même parmi les populations qui en font le plus fréquent usage, provient d'un imprudent ou mauvais dosage et d'accidents survenus dans les conditions sus-indiquées. 11 était donc nécessaire de porter le jour sur ces divers points pour réglementer l'emploi rationnel de cette plante et fixer les limites cliniques de son action favorable.
Comme succédané du séné exotique, nous pensons que les auteurs qui ont essayé cette substitution se sont mis à la recherche d'une impossibilité. Si l'on a voulu seulement proposer à la place d'un purgatif assez désagréable et d'un prix assez élevé un autre purgatif commode, sur, d'un prix à peu près nui, ù la portée de tous, doué d'une amertume presque agréable, sucrée, qui fait que sa décoction est absorbée assez facilement et sans dégoût, on a eu raison. Mais quiconque prétendra trouver les effets du vrai séné dans l'Alypum se trompera étrangement. En effet, d'abord la composition chimique de ces deux produits est absolument différente (malgré ce qu'en a pu dire un pharmacien, qui attribue à la globularine des propriétés comparables à celles de la cathartine du séné, nous verrons bientôt (article Globularine) qu'il n'en est rien) . Or, en raison même de cette différence de composition, il ne faut pas perdre de vue que, tandis que le séné provoque des contractions intestinales violentes qui rendent son emploi utile dans les cas de paralysie saturnine ou autre de l'intestin, de constipation opiniâtre, d'expulsion du taenia après l'action de la pelletiérine (méthode de Bérenger-Féraud), la globulaire n'agit que très-peu sur les contractions intestinales, puisqu'elle ne produit que de très-légères coliques; son action est plutôt lente que rapide comme dans le séné, enfin les selles qu'elle donne sont pâteuses, bilieuses, noires, tandis que celles du séné sont féculentes, fluides, jaunes, intestinales.
Disons maintenant quelques mots sur l'action de la globularine en tant que fébrifuge, propriété qui lui fut reconnue, avons-nous dit, par Ramel, qui employait la méthode des purgations légères répétées coup sur coup pendant plusieurs jours consécutifs à dose de 15 grammes en décoction, après une forte purgation
2G0 GLOBULAIRE (thérapeutique).
primitive. C'est le procédé de traitement que l'on emploie encore aujourd'hui, en somme, contre les embarras gastriques et les accès de fièvre de nos pays : le sulfate de quinine ou les préparations de quina y font seules défaut, et on sait qu'il n'est pas toujours nécessaire d'y recourir. Ce moyen doit réussir, puisque, nous le savons, la méthode des purgatifs répétés est une des meilleures pour faire tomber la température. L'étude de l'action physiologique des principes de la Globulaire nous a montré en outre que la globnlarine modifie profondément la défervescence et le pouls, en même temps qu'elle arrête le mouvement de dénutrition. Rien d'étonnant dès lors que la Globulaire ait réussi comme fébrifuge en Provence (Ramel avoue ne' pas avoir obtenu les mêmes succès en Afrique) et réussisse encore entre les mains empiriques de nos paysans. Si nous ajoutons que la môme plante renferme un principe anlifermentescible et antizymotique dont l'action se rapproche de celle des acides salycilique, phéniquc, thymique, etc.., réputés antifébriles, nous devons reconnaître que, tout, dans le mode de traitement et dans la composition chimique du médicament, milite en faveur du succès de celte médication contrela plupart des fièvres nos/ms. Aussi les praticiens pourrontils, à l'exemple de Ramel, conseiller hardiment dans la médecine des pauvi'es l'usage d'un médicament de prix modique, d'emploi facile, commode et avantageux.
Action physiologique. Nous avons passé en revue, en l'étudiant sur l'homme et sur les animaux, l'action des différents principes, inconnus jusqu'à nous, qui entrent dans la composition à^ la globulaire. Il sera traité de la glohularine et de la globularétine au mot Globulari^e ; nous ne nous arrêterons pas non plus à la inannite dont il a été question ailleurs et qui est, du reste, en très-petite quantité dans la plante. Son action purgative s'ajoute à celle de la globularétine. Nous dirons seulement un mot du principe suivant dont l'action physiologique n'a pas encore été étudiée.
Acide cinnamiqiie et cinnamates. Jusqu'à ce jour l'acide cinnamique n'avait été signalé soit seul, soit associé à l'acide benzoïque, que dans le styrax, le baume de Tolu (où il est pur) , le liquidambar, le baume des Xanthorrea hastilis et arhorea de la Nouvelle-Hollande, dans les vieilles essences de cannelle. Méhu l'a dernièrement trouvé dans un médicament d'épargne, le thé de Chine {Journal de pharmacie el de chimie, t. XX, p. 406). La présence de cet acide dans ce produit si voisin du café pei'met un rapprochement de plus avec les antidéperditifs. Le thé contient, en effet, de la caféine dont l'action a quelque rapport avec celle de la glohularine, une huile essentielle dont le principe volatil de la Globulaire doit se rapprocher, enfin une résine ayant l'arôme du thé comme la globularétine. Pour nous, notre expérimentation sur l'acide cinnamique isolé ou associé, à diverses doses toujours faibles, à la globularétine, nous porte à croire qu'il doit favoriser l'excitation intestinale, et ralentir le mouvement nutritif comme la glohularine. L'extrait de Globulaire débarrassé d'acide cinnamique purge mal. Enfin, l'acide cinnamique et les cinnamates agissent, le fait est bien connu, comme antiseptiques et antifermentescibles.
Pharmacologie. Nous [avons parlé de la décoction des feuilles et de la macération. L'extrait aqueux a été employé par Loiseleur-Deslonchamps (quatre livres de feuilles donnant 800 grammes d'extrait) : il l'a prescrit à la dose de 2«',54 à 5«',50. 11 a obtenu sur lui-même un effet purgatif à la dose de Js^ôO, mais il préfère la décoction. G. Planchon a fait aussi un extrait aqueux sec et mo-i (150 grammes de feuilles pour 60 grammes d'extrait); il a dû élever la
GLOBULARINE. ^Cl
dose à 10 grammes pour avoir un effet purgatif. Aussi G. Planchon comme Loiseleur rejette-t-il cette préparation. L'extrait alcoolique est plus actif : aux doses de 0«%80 et ler,20 nous avons obtenu des effets purgatifs chez quelques personnes, tandis que d'autres résistaient à la dose de Is^bO.
La teinture alcoolique (alcool à 85°, 3, feuilles fraîches) à la dose de i2 grammes représentant 5 grammes de feuilles nous a donné une purgation des plus actives. C'est la meilleure préparation, allant sur le même rang avec la décoction et offrant l'avantage de permettre l'ingestion d'une petite quantité de substance. Mêlée avec un sirop quelconque, cette forme pharmaceutique est très-facilement absorbée.
G. Planchon a essayé la poudre de feuilles sèches. A la dose de 30 grammes elle ne lui a pas paru mieux agir que la décoction, de plus elle produit des nausées. Edouard Heckel.
Bibliographie. — Tournefort. Institut^ p. 466, 205. — Linxé. Gen., n° 88, édit. 1742. — NissoLE. Histoire de l'Acad. roy. des se, 1712, p. 357. — Garidel. Histoire des plantes de Provence, 1715, p. 210. — De .Iussieu. Gênera, p. 97. — Ramel. Mémoire stir l'Alypum. In Jour», de méd., de chir. et de philos., 1784, p. 37i et suiv. — Murray. Apparat, mcdic., 1792, t. VI, p. 19. — MAfiNOL. Bol. Monsp., 253. — Gouan. Mat. méd., p. 58. — Grenier et Gordon. Flore de France, t. II, p. 155. — De Candolle. Prodrome, t. XII, p. 609. — Du m4me. Flore de France, 3" édit., III, p. 428. — Camuessèdes. Ann. des se. nal., Pars IX, p. 15. — GiiBouRT. Histoire nat. des drogues simples, G° édit., t. II, p. 454. — Lïndley. Vegetable Kinr/dom, 3° cdit., 1853, p. 666. — Loiseleur-Deslo.ngchamps. Recherches sur les propriétés purgatives de plusieurs plantes indigènes. In Bibliothèque médicale, t. XLVIII, 1815. — G. Planchon. Dis Globulaires au point de vue médical. Thèse de la Faculté de méd. de Montpellier, 1859. — Barbier. Matière médicale, 5» édit., p. 399. — Cazin. Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes , 3" édit. Paris, 1868, article Globdlaires. — Mérat et de Lens. Dictionnaire universel de matière médicale, art. Globulaire. E. 11.
GLOBULARIIVE. GLOBULARÊTIXE. I. Globularine. GlyCOside ayant
toute l'amertume de la plante qui le fournit, très-soluble dans l'alcool, à rér.ction acide au tournesol, incristallisable, précipité par le tannin, le brome, le chlore et l'iode en solution aqueuse; se dédouble englycoseet résine. Formule G^^H"-"0*. Les globulaires avant le travail encore inédit que nous avons fait en collaboration avec MM. Schlagdenhauffen et Moursou au triple point de vue botanique, chimique, thérapeutique, et dont le résumé a été donné à l'article Globulaire, avait été l'objet des recherches de plusieurs chimistes, parmi lesquels il ne convient guère de citer que Walz {Nettes Jahresb. f. Pharm., Vil, 1857j. Les travaux du savant allemand ont porté seulement sur la globulaire turbith {Globularia AJypum L.). Ce chimiste y a trouvé : un acide tanniquc spécial (G/obularitannique), une huile essentielle, des corps gras, de la chlorophylle, la globularésine et enfin un glycoside, la Globidarine. Il l'obtint de la manière suivante : après avoir soumis à l action de la vapeur d'eau, dans un appareil distillatoire, 2 kilogrammes de globulaire, pour en retirer quelques gouttelettes d'huile essentielle d'une saveur acre et brûlante, il fait sécher les feuilles et les traite à deux reprises par de l'alcool à 86 degrés. Au bout de huit heures environ, il exprime et obtient un liquide brun d'une saveur amère très-désagréable et repoussante. Ce traitement fut renouvelé à plusieurs reprises jusqu'à et que les liquides n'eussent plus qu'une teinte jaune pâle. Il le fit suivre d'un épuisement à l'eau, qui fournit une solution brune presque aussi chargée que le liquide provenant de la première extraction alcoolique. Il enlève l'alcool par distillation et évapore le liquide à consistance d'extrait. Il traite ensuite par l'eau pour séparer la ré^^ine chlorophyllienne et filtre. Le liquide trouble qui
262 GLOBULARINE.
pi-ovient de cette ope'ration fut additionné de litharge finement pulvérisée, puis soumis à l'ébullition pendant plusieurs heures. La matière colorante et le tannin se fixent sur l'oxyde de plomb, et la solution, de brune qu'elle était, devient presque incolore. On jette sur un filtre, et les liquides filtrés, ainsi que les eaux de lavage, furent traités parle charbon animal. On réduit à siccité et l'on traite ce résidu par l'éther qui lui enlève une certaine proportion de matière colorante jaune.
I/extrait aqueux ainsi purifié, redissous dans l'eau, ne se trouble, ni en présence de la potasse caustique, ni sous l'action des carbonates ou bicarbonates alcalins, mais il fournit, après addition de tannin, un abondant dépôt floconneux qui s'agglutine fortement au bout de quelques instants.
Ce précipité résineux est dissous dans l'alcool et bouilli pendant plusieurs heures avec de l'oxyde de plomb qui fixe la totalité du tannin. Le liquide filtré limpide renferme le principe amer entièrement pur. Celui-ci, évaporé à siccité, se présente sous forme d'une masse transparente jaunâtre qui fournit une poudre à peine colorée. Soumis à l'action de la chaleur, il fond, puis se volatilise en se décomposant, sans laisser de résidu sur la lame de platine. C'est à cette substance que Walz a donné le nom de Globularine.
Walz démontre de la manière suivante la fonction chimique de la Globularine : 2 grammes de l'extrait aqueux sont traités par de l'acide sulfurique étendu. Il se produit un trouble qui augmente avec le temps et qui devient plus abondant, surtout par suite d'une légère élévation de la température. Le liquide primitif perd complètement son amertume, et d'incolore qu'il était devient jaune d'abord, puis brun foncé. On jette sur filtre le produit presque noir qui provient de cette réaction. On le lave à l'eau, puis on le traite par l'alcool. On évapore les solutions alcooliques qui abandonnent un résidu poisseux brun. Ce résidu est soluble en partie dans l'éther : il est par conséquent formé de deux substances, dont l'une est soluble dans l'alcool et l'éther, l'autre uniquement soluble dans l'alcool. Walz donne le nom de Globularétine à la première et celui de Paraglohidarétine à la seconde. Ces deux nouveaux corps constituent donc les produits de dédoublement de la globularine, conjointement avec la glycose dont il est facile de reconnaître la présence et la quantité à l'aide de la liqueur de Fehliag.
L'analyse élémentaire de la globularine a fourni à Walz les nombres suivants i
qui se rapprochent très-bien de
nombres théoriques correspondant à la formule G'^H--0' ou C^*^II"0^'*.
En retranchant du poids moléculaire de cette globularine, ainsi constituée,, celui de la glycose, on obtient le résidu suivant C-''H"'-0^ que l'on peut envisager comme formé de globularétine, de paraglobularétine et d'eau.
En effet,
GLOBULARINE. 263
Ce dernier résidu peut être envisagé comme forme de :
Globularétine C^^H^'O^"
Paraglobularétine. . . . C'nV'O' Eau IPO
Total C^^H^'^0»
L'analyse directe des deux produits de dédoublement fournit d'ailleurs des nombres entièrement concordants avec les précédents :
1" Globularétine. Les nombres formés par l'expérience sont :
Ils se rappi'oehent sensiblement de
nombres théoriques qui se rapportent à la formule citée plus haut G'-ll^'O^; 2" Paraglobularétine. L'auteur donne le résultat de ses dosages :
tandis que la théorie exige
par la formule G'-H'^O* qui représente la paraglobularétine.
En somme, pour Walz, la globularine est un principe amer non crislallisable, susceptible de se dédoubler sous l'influence des acides étendus eu globularétine et paraglobularétine.
La globularine (c'est le nom créé par Walz , que nous conserverons pour désigner le principe amer contenu dans les feuilles des globulaires) jouit des propriétés suivantes, d'après nos travaux qui ont porté sur le Globularia alijpum et vulgaris.
Elle est sous la forme d'une matière résineuse, peu soluble dans l'eau, trèssoluble dans l'alcool, l'éther et le chloroforme. Sa réaction est franchement acide au papier tournesol. Elle est incristallisable.
Elle est susceptible d'être dédoublée par glucose et en un principe résineux sous l'influence des acides minéraux étendus. Elle se décompose lentement au contact des mêmes acides , brunit d'abord et finit par se charbonner. La globularine est donc un glycoside. L'analyse élémentaire nous a donné les résultats suivants :