‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.45Chapitre 32 sur 97 · CH^OH · texte numérisé non relu

CH^OH

La structure intime de la glycérine est représentée par la formule CH.OII qui

GH^OH rend compte des synthèses ci-dessus et des diverses transformations de ce composé.

Propriétés. La glycérine est un liquide sirupeux, incolore ou jaunâtre, inodore, d'une saveur sucrée. Elle attire l'humidité de l'air. Sa densité à 15 degrés est égale à 1,26.

Lorsqu'on refroidit la glycérine pure à — 20 degrés, elle devient visqueuse au point de ne plus couler, mais elle ne se solidifie que difficilement. D'après M. II. Roos elle cristallise à — 5 degrés par l'agitation ou par l'addition d'un cristal. On a proposé de purifier la glycérine par congélation; elle se solidifie ensuite beaucoup plus facilement (Nitsche). Cristallisée, la glycérine se présente en prismes orlhorhonibiques incolores, très-réfringents (A. Henninger, Bull. Soc. chim., t. XXIII, p. 434; V.de Lange, Pogfgfend. Annal., Bd. CLII, p. 617). Elle fond à 17-18 degrés. Les cristaux ont pour densité 1,268 et la glycérine liquide provenant de leur fusion, 1,261 à 15°, 5.

La glycérine bout à la température de 290 degrés, mais en se décomposant en grande partie, surtout lorsqu'elle n'est pas pure. Dans le vide elle distille sans altération. Elle bout à 179", 5 sous une pression de 12 millimètres de mercure, et vers 210 degrés sous une pression de 50 millimètres. La glycérine est combustible, mais ne brûle facilement que si elle est chauffée vers 150 degrés.

La glycérine se dissout en toutes proportions dans l'eau et dans l'alcool; elle est insoluble dans l'éther et dans le chloroforme. La solution aqueuse de glycérine se congèle beaucoup plus difficilement que l'eau pure; quand la congélation a lieu, elle ne porte que sur l'eau, et le reste de la solution s'enrichit en glycérine (Fabian). Nous donnons ci-dessous la densité des solutions aqueuses de glycérine, d'après M. H. Schweickert [ZeiUchr.anahjt. Chem., 1869, p. 512) :

pour 100.

Densité.

Eau pour 100.

Densité

l,2Di

La glycérine agit comme dissolvant sur un grand nombre de corps. Ainsi elle dissout en toute proportion le brome, les acides sulfurique, azotique, chlorhydrique, phosphorique, acétique, tartrique, citrique et lactique; l'iodure ferreux, le sulfure de sodium, le chlorure ferrique, la potasse, la soude, l'azotate d'argent, l'azotate mercurique, la codéine (Sturm, in Officine de Dorvault, 1^ édition).

Yoici en outre un tableau, que nous croyons utile de reproduire, indiquant la solubilité d'un grand nombre de substances (Klever, Neu. Jahrb. fur Pharm., Bd. XXXYII, p. 211).

GLYCÉRINE (chimie).

100 parties de glycérine dissolvent:

Di

parties.

arbonate de soude 98

Boras 60

^rséniate de potasse, de soude 50

Chlorure de ziac, tannin, urét 50

Alun 40

lodure de potassium, de zinc 40

Sulfate de zinc 55

Sulfate d'atropine 55

Cyanure de potassium 52

Sulfate de cuivre 30

Cyanure de mercure 27

Bromure de polas^ium 25

Sulfate ferreux 25

Sulfate de strychnine 22,5

Acétate de morphine 20

Acétate de plomb 20

Acides arsénieux et arsénique 20

Carbonate d'ammoniaque 20

Chlorate de soucie 20

Chlorhydrate de morphine 20

Sel ammoniac 20

Lautate ferreux lt>

parties.

Acide oxalique 15

Acétate de cuivre 10

Acide benzoïque 10

Acide borique 10

Chlorure de baryum 10

Bicarbonate de soude 8

Tartrate de fer 8

Bichlorure de mercure 7,5

Sulfaie de cinclionine 6,7

Emétique 5,5

Azotate de strychnine 4

Chlorate de potasse 5,5

Atropine 3

Brucine 2,23

Iode 1,9

Vératrine 1

Quinine, cinchonine 0,5

Morphine . 0,43

Tannale de quinine 0,25

Strychnine 0,25

l'ho^phorc 0,20

Soufre 0,10

Suivant M. Vogel, 1 partie de sucre exige pour se dissoudre 2p,5 de glycérine; la gomme, 5p,5. La glycérine dissout en outre beaucoup d'oxydes, notamment les oxydes de plomb, de cuivre, de bismuth. Elle dissout la chaux, la baryte et la strontiane (Berthelot. — J. Puis, Journ. prakt. Chem., Bd. XV, p. 85; Bull. Soc. chim., t. XXX, p. 124]).

La glycérine s'oxyde au contact de l'air, sous l'influence du noir de platine, en donnant, outre de l'acide carbonique, un acide volatil et incristallisable (Dœbereiner). Oxydée par le peroxyde de manganèse et l'acide sulfurique, elle donne beaucoup d'acide formique (Pelouze).

L'acide azotique fumant, en agissant lentement sur la glycérine, la convertit en acide glycérique C'H^O*. Le mélange nitrosulfurique la transforme eu nitroglycérine (éther trinitrique de la glycérine) {voy. ces mots).

Exposée à une atmosphère de chlore, la glycérine fournit de l'acide chlorhydrique et une matière sirupeuse, d'où l'eau précipite des flocons blancs, fusibles, d'une saveur acre et amère (Pelouze).

Le brome agit comme oxydant sur la glycérine étendue de 20 fois son volume d'eau, en produisant de l'acide glycérique, ainsi que du bromoforme et de l'acide carbonique, résultat d'une réaction secondaire (Barth, Annal, der Chem. u. Pharm., Bd. CXXIV, p. 541). L'action du brome sur la glycérine anhydre donne naissance à de l'acroléine et à un peu de dibromhydrine. L'iode se dissout dans la glycérine sans l'attaquer.

L'iodure de phosphore réagit sur la glycérine en produisant de l'iodure d'allyle Cmn.

Saturée d'acide iodhydrique et chauffée à 100 degrés, la glycérine fournit la triiodhydrine C"'H'P. Chauffée à 145 degrés avec de l'acide iodhydrique concentré elle donne de l'iodure d'allyle ou, si l'acide iodhydrique est en excès, de l'iodure d'isopropyle C-'Hl (Berthelot, Erlenraeyer).

L'action des acides, en général, donne naissance aux glycérides correspondants.

L'acide oxalique peut donner naissance ainsi à l'oxaline (Lorain), mais ce glycéride est instable et se transforme en monoformine G^IP(OH)-(CHO^) qui

BICT. ENC. 4° S. IX. 21

522 GLYCÉRINE (chuiie).

elle-même se décompose par la distillation en acide carbonique, eau et alcool allvlique C^H^(On), C'est ce dernier produit qu'on obtient lorsqu'on chauffe entre 190 et 260 degre's 4 parties de glyce'rine anhydre avec 1 partie d'acide oxalique cristallisé. Si au contraire on chauffe à 100 degrés parties égales d'acide oxalique et de glycérine, (]u'on étend de son volume d'eau, l'acide oxalique se dédouble en acides carbonique et formique. Ce dernier reste dissous et distille avec l'eau lorsqu'on élève la température.

Les agents déshydratants, tels que l'anhydride phosphorique, le chlorure de zinc, le chlorure de calcium, agissent sur la glycérine en fournissant divers produits qui en dérivent par élimination des éléments de l'eau. Ces produits sont notamment Vacroléine C^H*0 (l'aldéhyde de l'alcool allylique), Véther de la glycérine (C''H^)-0^, liquide soluble dans l'eau, distillant à 169-172 degrés, se transformant en glycérine par l'ébullition avec l'eau; \e phénol, C^H^O, qui résulte de la déshydratation d'une double molécule de glycérine. Comme produits secondaires, signalons l'alcool allylique et la glycérine mono-allylique C'''H^(OH)' (OG'II*) (Linnemann et Zotta, Annal. Chem. und Pharm., Suppl. VIII, p. 254; Tollens, Beat. chem. Ge^elL, 1872, p. 68).

La fusion de la glycérine avec la potasse fournit de l'acide acétique et de l'acide fcrmiqne (Dumas et Stas). Le résidu renfei'me, d'après M. Herter, de l'acide lactique.

Lorsqu'on distille la glycérine avec 1 molécule de soude, on obtient le propylglycol normal CII(OH) — CH* — Cn(OH) accompagné d'alcool et d'alcool propylique normal CH^— CH^— CH(OII) (Belohoubek, Fernbach).

Lorsqu'on soumet la glycérine étendue d'eau à l'influence de la levure de bière, elle se transforme en acide propionique, avec production simultanée d'un peu d'acides carbonique et acétique.

Abandonné à 40 degrés avec de l'eau, de la craie et du fromage blanc, la glycérine est partiellement convertie en alcool. Elle est transformée accidentellement en glycose sous l'influence dus matières azotées animales ; cette transformation est régulière sous l'influence du tissu des testicules de coq et autres animaux (Berthelot, Annal. Chim. Phys. (3), t. Ll, p. 546 et 571).

Sous l'influence de la fermentation occasionnée par un champignon du genre Schizomycètes, à une température de 46 degrés, la glycérine fournit beaucoup d'hydrogène et d'acide carbonique; de l'alcool ordinaire et de l'alcool butylique, les acides butyrique et caproïque (Fitz, Peut. Chem. GeselL, t. IX, p. 1548; X, p. 276; XI, p. 1890 [Bull. Soc. chim., t. XXIX, p. 472, et XXXIII, p. 189]).

Essai de la glycérine et sa recherche. La glycérine destinée à un emploi médicinal doit être tout à fait pure. Suivant son mode d'obtention, elle peut renfermer du plomb ou de la chaux. Le premier se reconnaît aisément par l'hydrogène sulfuré. Pour constater la présence de la chaux, on étend la glycérine d'alcool et on y ajoute de l'acide sulfurique : le sulfate de chaux, insoluble dans l'alcool, se dépose.

La glycérine purifiée renferme souvent des composés allyliques (formiate d'allyle, par exemple) ou acryliques qui exercent sur la peau une action irritante. Une semblable glycérine dégage du gaz par l'addition d'acide sulfurique concentré, ce qui n'a pas lieu avec la glycérine pure.

On ne devrait, pour l'usage médical, faire usage que de glycérine distillée dans le vide ou par distillation dans un courant de vapeur d'eau [Bidl. Soc. chim., t. YII, p. 558).

GLYCÉRLNE (thérapeutique). 525

La glycérine est quelquefois falsifiée avec de la glycose, du sucre ou de la lextrine. On reconnaît ces substances par la coloration brune que prend la jlycose sous l'influence de la potasse; si l'on soupçonne le sucre ou la dextrine, 1 faut en opérer d'abord la transformation en glycose par l'action de quelques jouttes d'acide sulfurique. On a aussi recommandé l'emploi du molybdate l'ammoniaque additionné d'acide nitrique, qui donne une coloration bleue sous 'influence réductrice de la glycose oude la dextrine, coloration que ne produit )as la glycérine pure.

Dosage de In glycérine dans le vin. Voy. Vin.

Usages de la glycérine. Outre l'emploi médical de la glycérine, ce corps sert à divers usages industriels. On l'emploie en solution aqueuse, au lieu d'eau seule, dans les compteurs à gaz, parce qu'elle ne se congèle pas par les Toids de l'hiver. On l'incorpore à certaines pâtes pour empêcher leur dessiccation, par exemple, le carmin d'indigo et autres couleurs en pâte (Polil), l'argile i modeler (Barreswill) , etc. Elle sert à dissoudre certaines matières colorantes, :elles que le violet d'aniline (Gros-Renaudj, la gomme, etc., etc. Tichborn l'a recommandée pour l'extraction des principes aromatiques des fleurs; elle se îharge de ces principes qu'on peut alors éliminer par distillation ou par l'agiation avec du chloroforme (Archiv der Pharm., Bd. GLXXIII, p. 278).

Ed. Willm.

§11. Thérapentique. HISTORIQUE. Bien que la découverte de la glycérine par l'illustre Scheele date déjà de plus d'un siècle (1779), ainsi qu'on vient ie le voir, l'histoire médicale du principe doux des huiles ne remonte guère îu delà de l'année 1844. Quelques médecins anglais eurent alors l'idée d'utiliser ce liquide onctueux à la façon du cérat ou des huiles médicinales, contre certaines lésions de la peau, brûlures ou dermatoses. Les résultats obtenus furent assez satisfaisants, et bientôt le nouveau topique fut essavé dans toute l'Europe. Malheureusement, il était à cette époque assez difficile de se procurer un produit suffisamment pur, de sorte que les opinions les plus contradictoires se manifestèrent sur les vertus thérapeutiques de la glycérine, les uns affirmant sa valeur, d'autres, en moins grand nombre, à la vérité, lui refusant toute propriété médicale utile. Cette période de discussion finit vers 1854, car avec les travaux de Cap etGarot, de Trousseau, de Cazenave, de Bazin, Aran, etc., avec ceux de Demarquay surtout, nous entrons dans une ère de réaction favorable au nouvel agent. Aussi bien sa consommation augmentat-elle dans des proportions inouïes, en Europe surtout. Et maintenant la glycérine est universellement employée dans une foule de cas que nous étutlierons bientôt, avec les plus grands avantages. Citons donc avec éloges les noms de nos confrères anglais qui ont introduit ce précieux médicament dans notre matière médicale : Thomas de la Rue, Startin (1844-1845), Yearsley, Wakley, TurnbuU, Wilson, Gartner (1846-1849).

Propriétés physiques. Je ne m'occuperai ici que de celles qu'un médecin doit connaître, sans m'arrêter beaucoup d'ailleurs sur ces propriétés déjà énumérées dans l'étude chimique qui vient d'être faite.

La glycérine officinale est un liquide onctueux, incolore, inodore à froid et légèrement odorant à chaud, d'une saveur sucrée, de consistance sirupeuse et neutre aux réactifs ordinaires, la teinture de tournesol ou le sirop de violette. Pas davantage elle ne doit réagir vis-à-vis de l'acide sulfurique alcoolisé, qui

324 GLYCÉRINE (thérapeutique).

décèlerait son altération par la chaux ; de la potasse, qui indiquerait la présence du sucre, et du sulfhydrate d'ammoniaque qui révélerait celle du plomb. Elle marque de 28 à 29 degrés à l'aréomètre ; elle n'a aucune action sar la luniièri; polarisée et ne fermente pas spontanément.

Abandonnée à l'air, elle en attire l'humidité, et la propoi'lion d'eau qu'elle renferme (12 pour 100 environ [Cap et Garot]) augmente dans des proportions sensibles, qui peuvent être de la moitié de son poids.

Nous verrons plus loin que cette substance dissout un assez grand nombre de médicaments, et ses propriétés dissolvantes participent à la fois de celle de l'alcool et de l'eau. C'est donc une sorte de véhicule universel, précieux pour le praticien auquel il vient en aide dans l'art de formuler.

I. Effets physiologiques. Ils n'ont été bien étudiés que depuis une dizaine d'années seulement, à partir du moment oij l'on a administré la glycérine à l'intérieur couramment dans certaines maladies.

a. Action topique. Quand on étale cette substance sur la peau recouverte de son épidémie, on a aussitôt la sensation légère de fraîcheur, probablement due à ce que, très-avide d'eau, elle attire Thuraidité de l'air. Cette sensation est persistante assez longtemps. Si le contact est prolongé, les cellules épidermiques superficielles sont dissoutes ou plutôt désagrégées; elles disparaissent laissant à nu les couches jeunes de l'épiderme.

On conçoit donc que ce topique donne plus de souplesse à la peau, facilite son fonctionnement cl puisse devenir un cosmétique efficace. Et, comme d'autre part il n'est pas volatil, qu'il ne rancit pas, il constitue une ressource précieuse pour proléger le tégument externe contre les atteintes du froid. Aussi bien, en Russie, est-il d'usage vulgaire pendant l'hiver ; avant de monter en traîneau, on a soin de s'en couvrir d'une mince couche le visage et le cou.

Maintenant que devient la glycérine étalée à la surface de la peau. Est-elle absorbée? Celte question est controversée. Tandis que Hébert, Réveil, affirment son absorption, Demarquay la nie à peu près ou ne l'admet que dans des limites insignifiantes. Je me range à cette dernière opinion. Les expériences nombreuses et très-précises de l'éminent chirurgien auquel nous devons une étude si remarquable du médicament dont nous faisons l'histoire, ces expériences ne laissent aucun doute dans l'esprit. Qu'on étende sur la peau un glycéré d'iodure de potassium, qu'on reste longtemps plongé dans un bain renfermant 30 grammes de cet iodui'e et 800 grammes de glycérine, et l'on ne retrouvera pas trace d'iode dans l'urine. A la vérité ces expériences prouvent simplement que l'iode n'est pas absorbé et n'indiquent rien quant à la glycérine, maison conviendra qu'elles constituent de fortes présomptions en faveur de la non-absorption. D'ailleurs la question n'a qu'une importance secondaiie. Ce qu'il faut surtout retenir ici, c'est qu'une solution d'iodure de polassium dans la glycérine, un glycéré d'iodure de potassium suivant l'expression admise, employée en onction sur la peau, ne laisse pénétrer dans l'économie aucune proportion dosable de l'agent médicamenteux. Tout récemment (1882), dans un article publié par la Gazette hebdomadaire, P. Yigier confirme ces données et va jusqu'à dire que la glycérine empêche l absorption des médicaments par la peau, parce qu'elle ne mouille pas ce tégument.

En se frictionnant à plusieurs reprises avec une solution de 10 grammes d'iodure de potassium dans 30 grammes de glycérine, il n'a pas non plus trouvé traces d'iode dans son urine. De même il a échappé à l'action de la morphine

GLYCÉRINE (thérapeutique). 325

en employant en frictions \in glyce'ré de morphine à 1 grnmme pour 20 de véhicule; à l'action de l'atropine, en se servant dans les mêmes conditions d'un glycéré à 1 de sulfate d'atropine pour ICO de glycérine; et, enfin, il n'a éprouvé aucun symptôme d'hydrargyrisme en s'enduisant le corps d'un glycéré à 5 pour 100 de sublimé. D'oii cette conclusion logique que les glycérés ne valent pas les pommades ordinaires à l'axonge quand on recherche l'absorption médicamenteuse par la peau.

Tous ces faits, je le répète, tendent bien à prouver que la glycérine en onctions sur la peau n'est pas du tout absorbée.

Quand on l'applique sur ce tégument privé de son épiderme, elle manifeste quelques propriétés excitantes. Elle donne aussitôt la sensation de cuisson légère, évidemment par suite de son avidité pour l'eau qu'elle soutire aux tissus avec lesquels elle est en contact. Il est possible, en outre, qu'elle soit absorbée de proche en proche par suite d'un grand pouvoir de pénétration qu'elle possède, lequel a fait dire à Ch. Robin que c'est le meilleur véhicule connu pour l'étude microscopiqvie des éléments des tissus. Si enfin on l'injecte sous la peau, elle manifeste ses propriétés un peu irritantes, toujours en provoquant un peu de cuisson, mais elle ne détermine aucune inflammation et s'absorbe très-facilement. On a mis à profit cette propriété de la glycérine de pouvoir être injectée sans danger sous la peau et la vertu qu'elle possède de dissoudre nos principaux alcaloïdes organiques destinés aux injections hypodermiques en formant des solutions inaltérables, on a mis, dis-je,ces propriétés à profit dans la pratique des injections sous-cutanées.

Propriétés antiseptiques. L'action topique de cet alcool sur les tissus organiques privés de vie n'est pas moins curieuse. Ici donc je placerai quelques considérations sur une remarquable propriété de la glycérine, celle de conserver les tissus animaux ou végétaux en les préservant de la décomposition. Avant même que les chimistes eussent classé cet agent parmi les alcools, on connaissaft sa puissance antiputride. La découverte en est due à Warington et date de 1846. Il montra alors que la glycérine empêchait la viande de se corrompre et qu'elle pouvait conserver cette substance alimentaire. Cette assertion n'est exacte qu'en partie, car la viande qui a subi l'action de la glycérine n'est plus mangeable, même après des lavages répétés qui ne parviennent jamais à lui enlever la saveur spéciale de l'agent conservateur.

Mais il est une application plus sérieuse des propriétés antiseptiques de la glycérine, c'est celle qui a trait à la conservation des pièces anatomiques. Cette substance a ceci de précieux qu'elle n'altère pas les tissus. C'est pourquoi Demarquay et Luton en 1855, van Vetter et Duchenne (de Boulogne) en 1862 et 1867, l'ont proposée pour préparer et conserver les pièces destinées aux études anatomiques ou anatomo-pathologiques.

' Il y a lieu toutefois de faire quelques distinctions. Tandis, en effet, que les matières organiques immergées dans ce liquide ne s'altèrent jamais, au contraire, les pièces simplement injectées avec de la glycérine se putréfient assez vite. Un cadan'e, par exemple, injecté à la glycérine, ne se conserve guère que six semaines.

Dans cette étude de thérapeutique, je n'ai pas à m'étendre sur ces applications toutes spéciales, je me borne à renvoyer le lecteur qui désirerait les connaître dans leurs détails à l'article de Duchenne, publié dans la Gazette des hôpitaux de 1867, n° 84.

326 GLYCÉRINE (thérapeutiquk).

Comme l'alcool ordinaire la glycérine conserve les fruits et les graines avec leurs caractères extérieurs, ainsi qu'il résulte des recherches de Surun.

Enfin, un médecin américain, Andrew (de Chicago), l'a proposée (1860) pour conserver le vaccin, ou plutôt pour créer une sorte de vaccin artificiel en faisant macérer dans la glycérine des croûtes vaccinales, procédé d'ailleurs peu sûr, au dire de Dubreuilh, qui l'a essayé 20 fois sans succès; et je répète qu'un certain nombre de praticiens s'en servent pour empêcher la formation dans leurs solutions d'alcaloïdes destinées aux injections hypodermiques, de ces petits végétaux cryptogamiques qui en altèrent le titre et même les rendent nuisibles.

En définitive, la glycérine est un antiseptique très-puissant et c'est à ce titre que nous la verrons rendre les meilleurs services dans la pratique de la chirurgie et même de la médecine.

b. Effets généraux. Il n'y a pas bien longtemps qu'on prescrit la glycérine à l'inlérieur, c'est pourquoi les recherches sur ses effets diffusés sont relativement très-récentes.

A hautes doses chez les animaux, elle devient un poison assez énergique, ainsi que l'ont démontré les expériences concluantes de Dujardin-Beaumetz et Audigé, en 1876.

Ainsi, en injectant sous la peau d'un chien une dose de cet alcool supérieure à 8 grammes par kilogramme du poids du corps, on détermine des accidents mortels. Par exemple, avec S^^ôO, mort en 24 heures; avec 10, 12 grammes, mort en 15, 20 heures; avec 14 grammes, mort en 3 ou 4 heures. Toutefois, si l'on introduit ces mêmes proportions lentement dans l'organisme, le chien les supporte parfaitement : c'est ainsi que Catillon a pu faire prendre à cet animal 500 et même 700 grammes de glycérine par jour sans le rendre malade.

Les effets observés, désignés sous le titre général de glycérisme aigu, sont ceux qui suivent.

Après l'injection l'animal éprouve évidemment au lieu de la piqûre de la douleur, par suite de l'action irritante du liquide injecté, comme l'indiquent certains de ses mouvements, puis au bout de quelques heures il paraît triste, inquiet; il pisse du sang. Ses muqueuses offrent une sécheresse très-accusée, manifeste à la bouche et aux yeux, et la soif est très-vive. Alors la température du corps s'abaisse, les forces diminuent; l'animal ne marche plus qu'avec difficulté, il se couche, devient somnolent et indifférent à ce qui l'entoure. Enfin la respiration diminue de fréquence, le pouls est faible, la température s'abaisse de plus en plus et la mort arrive par épuisement, ou bien, si la dose est excessive, au milieu de convulsions comme tétaniques qui rappellent le strychnisme.

A l'autopsie, on trouve une congestion du foie très-considéi'able ; l'organe d'un brun rougoâtre n'a plus qu'une médio:re consistance et semble tout à fait altéré. Une hyperémie également très-marquée s'observe du côté de la muqueuse intestinale, ecchymotique à certains endroits. Les reins, les poumons, sont dans le même cas ; ces derniers offrent parfois des noyaux apoplectiques nombreux. Le cœur est complètement distendu par des caillots ou du sang épais et noir.

MM. Dujardin-Beaumetz et Audigé, comparant la série des effets de l'intoxication glycérique à ceux de l'alcoolisme aigu, rapprochent absolument les deux empoisonnements. De sorte que l'étude physiologique comme l'étude chimique de la glycérine démontre que cette substance est bien un alcool.

GLYCÉRINE (thérapeutique). 5-27

Les voies d'élimination, d'après Beaumetz et Âudigé, seraient les reins et le toie. Un médecin américain, Annedon, a fait des observations du même ordre. Expérimentant sur des grenouilles, il a vu que la glycérine injectée sous la peau détermine chez ce batracien d'abord des contractions fibrillaires des muscles, puis une augmentation de l'excitabilité réflexe, la tétanisation des membres antérieurs et, enfin, l'arrêt de la respiration et du cœur.

Pareils effets s'observent encore chez les lapins, et de plus ces animaux ont de l'hématurie. Si le médicament est introduit dans l'organisme par injection veineuse, on constate d'abord une augmentation et ensuite une diminution de la pression sanguine et des contractions cardiaques.

Tous ces effets résultent bien d'une action du poison sur les extrémités périphériques des nerfs cardiaques et non pas sur les centres, car en coupant la moelle ils ne sont nullement modifiés.

En somme, on peut rapprocher fort bien le glycérisrae aigu de l'intoxication alcoolique violente, tant au point de vue des symptômes de l'empoisonnement qu'à celui de l'anatomie pathologique. Et l'on peut conclure des faits précédents que la glycérine agit sur les centres nerveux, la moelle épinière plus particulièrement, dont elle augmente l'excitabilité ; qu'elle altère le sang, rendu plus diffluent, et lèse fortement le foie et les reins principalement, et moins violemment les poumons et la muqueuse intestinale.

A doses faibles, les effets sont tout différents. Un pharmacien distingué de Paris, Catillon, auteur de laborieuses recherches sur ce sujet, rapporte les observations suivantes qui démontrent l'action stimulante de cet alcool sur la nutrition.

Quand on fait prendre chaque jour à des cobayes O^sSO de glycérine mélangée à la nourriture, leur poids augmente de 4/5 à 1/10 du poids primitif. De plus le mouvement de dénutrition se ralentit manifestement, car la proportion de ïurée diminue dans le sang et dans l'urine, comme nous le verrons plus loin, d'après Catillon, ce qui indiquerait que la combustion des matières azotées est ralentie. Il est probable, en effet, que la combustion respiratoire s'exerce surtout alors sur cette substance hydrocarbonée, ce qui épargne d'autant les matériaux combustibles de l'économie; mais poursuivons notre étude physiologique.

Action chez lliomme. Je ne parlerai ici que des effets qui suivent l'ingestion de doses thérapeutiques. La glycérine est un liquide assez répugnant, qu'on avale avec dégoût : il faudrait donc un dévouement bien grand à la science pour rechercher sur soi-même les effets des doses massives. Ce serait là, d'ailleurs, affaire de pure curiosité sans profit pour l'art de guérir.

Pi'is en petite quantité, ce liquide se montre doué de réelles vertus. Voici du reste ce que l'on observe :

La saveur, comme je Lai dit déjà, en est sucrée et assez peu répugnante au début.

Deschamps, d'Avalion, parle de sensation chaude, acre, irritante à la bouche; mais il est probable que la glycérine dont il s'est servi n'était pas pure.

L'estomac la supporte bien, et il faut arriver aux quantités de 50 à 60 grammes, prises à la fois, pour observer des effets laxatifs (Daudé, de Marvejols), précédés de gastralgie et de coliques.

Quand on prolonge l'usage des doses faibles pendant quelque temps, on ne tarde pas à remarquer leurs propriétés reconstituantes et stimulantes de la nutrition.

528 GLYCÉRINE (thérapeutique).

C'est à W. Lauder-Lindsay, médecin écossais, l'auteur d'un des meilleurs travaux que nous connaissions sur la glycérine, qu'il faut attribuer le mérite de cette découverte, parfaitement confirmée par les travaux récents. Il avait indiqué que 5 ou 4 petites cuillerées de cette substance ingérées chaque jour stimulaient a nutrition à ce point que les sujets s'engraissaient ; il la comparait même à l'huile de foie de morue, 1856, pour ses qualités eutrophiques.

Un médecin homoeopathe, Davasse, a confirmé les observations de Lindsay. Pour lui, la glycérine facilite l'assimilation et augmente son activité, et il la place à coté du gluten, de la protéine, de la pepsine. Son usage prolongé, dit-il, développe l'embonpoint (185*Jj.

Des remarques analogues ont été faites par le docteur Benavente, en 1862. Il reconnaissait alors au principe doux des huiles le mérite d'être assimilable, de stimuler l'appétit et d'activer la nutrition; il en faisait, en un mot, un véritable reconstituant.

Plus récemment, Catillon a ajouté de nouvelles preuves en faveur de cette action reconstituante de la glycérine. Voici le résumé succinct de ses expériences conduites d'une manière très-rigoureuse.

Quand on ingère, dit-il, 50 grammes de ce liquide par jour, en trois fois, l'appétit est augmenté, les fonctions digestives se régularisent. L'urée diminue dans l'urine quelquefois, ou bien elle augmente par suite d'une alimentation plus copieuse résultant de cet appétit plus grand dont je viens de parler.

L'analyse de l'air expiré démontre que la proportion centésimale de l'acide carbonique s'élève proportionnellement à la dose de la glycérine ingérée. Du reste, la quantité absolue de l'acide carbonique est plus grande toujours dans cet air. D'où il suit que ce coi'ps est manifestement assimilé et brûlé dans l'économie {Archives de physiologie, 1878).

En présence de ces faits bien observés, il me semble difficile d'admettre l'opinion émise il y a deux ans par Lewin, à savoir que la glycérine est sans action sur la désassimilation des albuminoïdes, car elle ne diminue pas selon lui l'excrétion de l'urée. Tout au plus admettrait-il qu'elle ralentit la désassimilation des graisses, opinion partagée par Tschirwinsky. Et Munk va même jusqu'à lui refuser toute valeur alimentaire.

Je ne saurais pour mon compte adopter une pareille manière de voir. En présence des observations précises de Lindsay, de Davasse, de Benavente, de Catillon, je ne crois pas qu'on puisse ne pas admettre les qualités reconstituantes de la glycérine. J'ai toujours vu ses effets stimulants des fonctions digestives et de nutrition chez les malades auxquels je l'ai prescrite.

Tout récemment encore, dans sa thèse inaugurale soutenue le 14 juillet 1882, Tisné notait une augmentation de poids chez les sujets auxquels il administrait ce médicament. Sur 20 observations, prises chez des malades d'hôpital, 1 seule fois il y eut diminution du poids, c'était dans un cas d'albuminurie avancée, trois fois celui-ci resta stationnaire, 16 fois il augmenta. Eu présence de toutes ces preuves, on ne saurait plus mettre en doute l'action salutaire de la glycérine comme reconstituant.

Un mot maintenant sur les transformations de la glycérine dans l'organisme. Que devient, en définitive, cette substance ingérée par l'homme?

D'après Catillon, une partie passe dans l'urine, une autre se décompose et se résout finalement en eau et acide carbonique.

Elle s'élimine par les reins assez rapidement. Ainsi, prise à la dose de

GLYCÉRINE (thérapeutique). 529

20 grammes, elle apparaît déjà dans l'urine moins d'une heure après l'ingestion ; son élimination cesse au bout de quatre à cinq heures. L'élimination n'est pas absolument proportionnelle aux doses : avec 50 grammes il en passe 5 grammes à 3g^50 par les reins; avec 60 grammes, de 12 à 14 grammes, ce qui indique déjà un certain degré d'intolérance de l'organisme. On ne i^elrouve ce principe, ni dans la sueur, ni dans le sang, ni dans les fèces.

En résumé, les petites doses de glycérine sont bien supportées par l'homme ; elles stimulent ses fonctions digesiives et facilitent sa nutrition. Ce serait donc un aliment de premier ordre.

Je n'ai rien de bien particulier à signaler en dehors de celte action spéciale.

Si l'on force les doses, qu'on dépasse 50 à 50 grammes par jour, alors on peut observer des effets d'intolérance. Les patients se plaignent de pesanteurs d'estomac, de coliques, ont des selles diarrhéiques ou trop faciles et digèrent mal. On a vu cependant des diabétiques supporter jusqu'à 500 grammes par jour. Prise à dose thérapeutique, elle est évidemment absorbée, puis brûlée dans Véconomie, ainsi qu'il résulte des recherches de Gorup-Besanez, qui admet sa transformation en acides propionique, formique, et peut-être acrylique, et de celles de Catillon, qui a noté chez les animaux soumis à l'usage de la glycérine une excrétion plus abondante d'acide carbonique par ks voies respiratoires.

Modifications de l'urine. On recherche aujourd'hui avec juste raison les modifications que peuvent apporter à la composition de l'urine nos principaux médicaments. 11 y a, en effet, dans cette voie une foule de découvertes à faire, qui rendront certainement à la pratique médicale d'immenses services.

La glycérine a été déjà l'objet de semblables travaux, peu suivis et persévérants malheureusement et qui laissent encore bien des points obscurs dans cette question, sur laquelle je dois dire quelques mots malgré tout.

Il est à peu près certain que le principe doux des huiles, ingéré à dose plus ou moins forte, augmente la quantité d'urine; ceci résulte tout au moins des observations de Pavy, de Luchsinger, Ustimowitsch, de Tisné. G. Catillon ditbien qu'en prenant de la glycérine il n'a pas vu sa diurèse augmenter ; mais cette observation unique et négative ne saurait infirmer les résultats précis et positifs des auteurs que je viens de citer.

La composition de cette humeur est aussi manifestement modifiée. Voici quelques renseignements que je trouve dans la thèse de Tisné, qui a étudié récemment avec soin cette question importante. Malheureusement les conditions défectueuses dans lesquelles il s'est placé enlèvent aux résultats qu'il indique un peu de leur valeur. Ses analyses ont, en effet, porté sur l'urine de malades de l'hôpital, astreints, comme on le sait, au régime varié des établissements nosocomiaux, lequel régime modifie par lui-même sensiblement la composition de cette humeur excrémentitielle. Quoi qu'il en soit, lea gros faits restent intacts, ce sont les suivants :

L'urée augmente le plus souvent chez les sujets qui prennent de la glycérine ; plus rarement son chiffre s'abaisse.

Les chlorures seraient dans le même cas, ainsi que les phosphates.

L'alcalinité diminuerait dans le cas d'alcalescence de l'urine.

Luchsinger et Ustimowitsch admettent, comme je l'ai dit déjà, l'augmentation de la sécrétion de l'urine, « qui devient claire comme de l'eau », tout d'abord, et successivement prend une teinte rougeâtre, et rouge de vin ou de sang. Cette coloration nartirijlière tiendrait au passage de l'hémoglobine dans

530 GLYCÉRINE (THÉRAPEnTiQDE).

l'urine, consécutivement à la destruction des hématies par la glycérine qui circule dans les vaisseaux. Des expériences faites sur des animaux et sur riiomrae il résulterait, en effet, qu'après l'action du principe doux des huiles les globules du sang diminuent de volume et de nombre.

Enfin, d'après Ustimowitsch, l'urine rendue pendant l'usage de la glycérine réduit le hioxyde de cuivre, ce qui tiendrait au passage d'un des produits de sa décomposition qu'il ne désigne pas dans cette humeur. Plosz est au contraire plus explicite [Archiv filr die gesammte Physiologie von Pflûger, XVI, p. 155). Il a observé aussi dans l'urine une substance douée d'un pouvoir réducteur énergique, qui précipite en présence des alcalis l'oxyde de cuivre, l'oxyde de bismuth et l'oxyde d'argent. Ce serait, dit-il, vraisemblablement l'aldéhyde de la glycérine, C^H^'OSIPO.

Mais je ne m'étendrai pas sur ces points délicats et controversés d'une question fort peu intéressante pour les médecins, et je terminerai cette étude des effets physiologiques de la glycérine en disant qu'elle n'a, à doses thérapeutiques, qu'une faible influence sur la température : elle tendrait à élever la chaleur animale, mais dans des proportions insignifiantes.

II. Propriétés thérapeutiques. Elles sont de deux ordres : chirurgicales et médicales.

A. Applications chirurgicales. Ce sont celles qui ont tout d'abord appelé l'attention des médecins, car nous avons montré dans notre historique que la glycérine fut prescrite contre les brûlures, lors des premiers essais thérapeutiques qu'on en fit en Angleterre. Elle fut encore employée par un médecin français établi à Odessa, le docteur Dallas, pour le pansement des plaies peu de temps après les recherches des médecins anglais.

C'est, toutefois, à notre compatriote Demarquay que revient le mérite d'avoir montré, dès 1855, quels services considérables on peut en attendre dans les pansements chirurgicaux. « Je ne présente pas, dit-il, cet agent comme une panacée, ni même comme un remède général, mais comme un moyen qui, dans la plupart des cas, offre toutes les ressources nécessaires pour remplir les indications que réclame la guérison des plaies. »

A la même époque, Morpain déclarait qu'elle devait être substituée à l'antique cérat de Galien, car elle tenait les plaies proprement et facilitait leur cicatrisation.

Pour Bertet, 1856, c'était un remède précieux dans le pansement des plaies sales, gangreneuses et fétides.

Enfin à ces témoignages nous ajouterons encore les suivants, que j'inscris ici par ordre de date.

Après avoir essayé le nouveau topique, l'éminent chirurgien H. Larrey, tout en admettant qu'il n'a pas toutes les qualités qu'on pourrait souhaiter, reconnaît que « l'avantage réel, incontestable, de la glycérine, est de nettoyer les plaies de mauvais aspect, de les déterger, de les ramener même à l'état de plaies récentes, si elles sont anciennes. »

Puis Davasse (1859) conclut qu'elle est supérieure à l'axonge, au beurre, au cérat, aux corps gras en général, car « elle est plus diffusible et plus absorbante; elle empêche les concrétions et les adhérences par ses propriétés hygrométriques; elle prévient ou corrige la décomposition putride des liquides exhalés des foyers purulents par sa vertu antiseptique ; elle ramollit et détache les productions pultacées par son pouvoir dissolvant ; enfin, par son action légère-

GLYCÉRINE (thérapeutique). 351

ment stimulante, elle modère l'abondance de la suppm'ation et l'exubérance des bourgeons charnus. »

Enfin, en 1867, après plus de douze ans d'expériences, Demarquay résumait ses nombreux travaux sur ce sujet en disant que « les plaies pansées avec la glycérine offrent le plus bel aspect et sont d'un rouge rosé et humide, indice d'une vitalité robuste. Leurs bourgeons charnus n'ont jamais besoin d'être réprimés et fournissent une cicatrice régulière. Leur suppuration est modérée »

11 ajoute que rarement on voit survenir l'érysipèle, l'infection purulente, la pourriture d'hôpital.

Les citations que je viens de faire résument les principales propriétés de ce précieux topique, celles que lui reconnaissent encore à l'heure actuelle un grand nombre de chirurgiens.

La glycérine a certainement tous les avantages reconnus au cérat et, de plus, ses puissantes qualités antiseptiques, que j'ai déjà fait connaître plus haut, la rapprochent de l'alcool ordinaire, ce qui en fait un topique de premier ordre pour le pansement des plaies. J'ai assisté pendant toute une année, on 1861, dans le service de Maisonneuve, à la Pitié, aux expériences entreprises par ce chirurgien qui l'employait exclusivement dans les pansements, et je dois dire que, si elle n'a pas empêché l'érysipèle, la pourriture d'hôpital, l'infection purulente, de se manifester avec une certaine violence, elle a tout au moins montré ses bons effets vulnéraires et favorisé la guérison de nombre de blessés.

J'entre maintenant dans l'exposé des faits particuliers.

Toutes les plaies peuvent être pansées à la glycérine, qu'elles soient récentes, par traumatisme accidentel ou résultant d'une opération, ou bien anciennes, simples ou compliquées. Le topique est assez facilement supporté; tout au plus donne-t-il une légère cuisson qui ne dure pas.

On peut procéder pour le pansement de la façon .suivante :

On trempe quelques instants dans la glycérine un linge troué; on le laisse suffisamment s'imbiber et, après l'avoir égoutté, on l'étalé sur la plaie; on met par-dessus un plumasseau de charpie et l'on termine à la manière ordinaire en couvrant d'une compresse et soutenant le tout à l'aide d'une bande.

Plus simplement on trempe un gâteau de charpie dans la glycérine, puis on le plaque sur la surface malade.

On a encore proposé d'imbiber de glycérine pure des cardes d'ouate (Gubler), ou de glycérine et de camphre (Tiaret), et d'en recouvrir les plaies.

U serait tout aussi simple d'enduire celles-ci de glycérine pure ou camphrée au moyen d'un pinceau et de recouvrir ensuite de charpie ou d'ouate. Il importe de ne pas ménager trop la substance médicamenteuse, sous peine de voir adhérer aux tissus les pièces du pansement, ce qui a pour résultat de faire souffrir les malades et de détruire le tissu cicatriciel, au moment où l'on met à découvert la plaie pour la panser à nouveau.

P. Yigier conseille beaucoup comme topique pour les pansements ce qu'il appelle le glycéré d'argile ou épithème argileux, dont je donne plus loin la composition.

C'est un mélange de glycérine et de terre glaise, qui constitue une sorte de masse emplastique qu'on étale sur un linge humide, les mains étant mouillées, afin de modeler plus facilement la pâte médicamenteuse au moment de l'appliquer directement sur les plaies. On recouvre aussitôt l'épithème d'un morceau

552 GLYCERINE (thérapeutique).

de taffetas gommé ou de baudruche Hamilton, afin de rempêcher de se dessécher, et l'on termine le pansement comme d'habitude à l'aide de compresses et de bandes. Cette préparation diminuerait la suppuration des plaies et faciliterait leur giiérison.

Ces modes de pansement ont été essayés dans les cas suivants : Brûlures. D'après Demarquay, des linges fins imbibés de glycérine et placés sur les brûlures au premier degré calment les douleurs. Dans les brûlures plus profondes, ce topique facilite la chute des eschares, modère la sécrétion du pus, s'oppose à l'exubérance des bourgeons charnus et procure une cicatrice plus plate et plus régulière qu'avec les pansements ordinaires.

De Bruyne a eu l'idée, qui me paraît ingénieuse, de remplacer l'huile par la glycérine dans notre Uniment oléo -calcaire si précieux, à mon avis, contre ces sortes de plaies, et, pour rendre ce mélange plus calmant, il l'additionne d'élher clilorhydrique chloré ou bichlorure'd'éthyle. Voici d'ailleurs sa formule:

Hydrate de chaux 5 grammes.

Glycérine 130 —

Étiier chlorhydrique chloré 3 —

On imbibe des compresses de ce liquide, et, après les avoir portées sur les plaies, on recouvre de taffetas gommé.

L n pharmacien militaire, Latour, a également proposé de remplacer le liuiment oléo-calcaire ordinaire, d'usage vulgaire contre ce genre de traumatisme, par un Uniment au glycéré de sucrate de chaux. 11 attribue, d'après les essais de Lagarde, à cette préparation l'avantage de préserver les brûlures du contact de l'air, de ne pas adhérer à la peau, de diminuer la douleur et de hâter la cicatrisation. Voici d'abord comment il prépare le glycéré de sucrate de chaux :

Chaux vive hydratée 200 grammes.

Sucre pulvéï'isé 400 —

Glycérine 400 —

Eau 2 kilogrammes.

On mélange le sucre et la chaux; on ajoute l'eau très-lentement, on met le tout dans un flacon, puis après avoir agité vivement on laisse reposer vingt-quatre heures. C'est alors que la glycérine est introduite, et l'on évapore jusqu'à réduction à un litre. Pour obtenir le Uniment oléo-calcaire à base de glycéré de sucrate de chaux, on l'associe à l'huile d'amandes douces ou bien à l'huile d'arachide, dans la proportion de 200 grammes de celles-ci pour 100 grammes du premier. C'est le Uniment à l'huile d'amandes que Lagarde a expérimenté.

Ulcères. Quelle que soit leur origine, qu'il s'agisse d'ulcère simple, scorbutique, scrofuleux, syphilitique, cancéreux même, les pansements à la glycérine peuvent être utiles. Us modèrent la suppuration, enlèvent ou atténuent l'odeur fétide, empêchent le développement des fongosités, donnent aux plaies un aspect propre et satisfaisant, et, quand l'ulcère est curable, ils facilitent sa cicatrisation.

Contre Vulcère simple indolent, Demarquay recommande la formule suivante :

Glycéré d'amidon 100 grammes.

Sulfate d'alumine et de zinc 20 —

Et, s'il est douloureux, il conseille de le panser avec le mélange que voici :

Glycérine 100 grammes.

Laudanum de Sydenham 4à 3 —

GLYCÉRINE (thérapeutique). 553

Les cHA.j;cRES simj)les mêmes, suivant cet habile chirurgien, disparaîtraient facilement après des applications du topique suivant :

Glycérolé d'amidon 50 grammes.

Précipité blauc i —

et les chancres pultacés à l'aide de pansements avec :

Glycérine 30 grammes.

Mitrate d'argent 1 —

Enfin, Van Ilolsbeck a proposé le glycéré de tannin contre les ulcérations anales. Il porte dans le rectum une mèche enduite de ce glycéré.

Et le docteur Mcndelssohn, de Blidah, se loue beaucoup de la mixture dont voici la formule, contre les ulcères simples ou les ulcérations fongueuses ou granuleuses du col de Vutérus :

Créosote pure 2 grammes.

Glycérine 50 —

Alcool 25 —

Pourriture d'hôpital. Plaies gangreneuses. Demarquay avait cru remarquer que celte grave complication des plaies, la pourriture d'hôpital^ disparaissait sous l'influence des pansements à la glycérine acide, et, confiant dans les quelques succès obtenus, il préconisait beaucoup sa méthode. Malheureusement d'autres chirurgiens ont été moins favorisés, de telle sorte que la valeur du topique reste encore à prouver. En tout cas, on peut le ranger à côté de ces agents utiles qui réussissent dans quelques cas et qu'il faut toujours essayer, quand on est en présence de la pourrit\ire d'hôpital, je veux parler du suc de citron, de la poudre de camphre, du perchlorure de fer liquide, etc.

Par ses qualités antiseptiques, la glycérine pure ou bien les glycérés de chlorate de potasse, créosote, goudron, etc., peuvent rendre quelques services dans les plaies gangreneuses.

Us faciliteraient la chute des eschares, préviendraient ou retarderaient leur putréfaction (Demarquay, Bertet). Ces topiques ne font évidemment ni mieux ni plus mal que bon nombre d'autres agents antiseptiques, parmi lesquels on n'a que l'embarras du choix.

Anthrax. Après l'incision cruciale, Demarquay bourrait la plaie de charpie imprégnée de glycérine et recouvrait d'un cataplasme arrosé de ce liquide. Il attribue à ce mode de pansement de bonnes qualités. Et cette manière de voir est partagée par Perlus et Chalut (1856), qui ont expérimenté cette méthode avec succès.

Clapiers. Trajets fistuleux. La glycérine, par sa fluidité spéciale, se prête facilement aux injections : aussi bien est-il simple de la pousser dans les anfractuosités des plaies, dans les trajets fistuleux. On a vu qu'elle diminuait alors l'abondance de la suppuration, rendait le pus de meilleure qualité et hâtait la cicatrisation de ces plaies si rebelles à la guérison.

Lorsqu'il y a lésion osseuse, Demarquay conseille d'injecter le liquide suivant :

Glycérine 100 grammes

Teinture d'iode 30 —

Maladies des ïe0x. Tout en restant sur ce vaste domaine de la chirurgie, nous entrons ici évidemment dans un ordre de faits différents de ceux que nous

554 GLYCÉRINE (THÉR.vrEuiiQUE).

venons d'étudier. Ici la glycérine joue tantôt le rùle capital, tantôt elle n'est qu'un simple adjuvant. On l'a prescrite dans presque toutes les maladies superficielles de l'œil, celles qui frappent les paupières, la conjonctive et la cornée

1" Xérophthalmie. C'est l'une des plus anciennes applications de cette substance dans la thérapeutique oculaire. Elle ne guérit pas cette désagréable infirmité, mais, grâce à ses vertus lubrifiantes, elle facilite le glissement des paupières et devient un précieux palliatif. Taylor a le premier indiqué cet usage, en 1854.

2° Btépharite ciliaire. Le regretté Foucher, qui avait fait de l'étude des applications de la glycérine à l'oculistique l'objet de ses travaux de prédilection, ainsi qu3 va le démontrer la suite de cet article, Foucher combattait cette maladie à l'aide de frictions douces sur le bord libre des paupières, le doigt enduit de ce médicament. Ainsi il faisait tomber les croûtes, rendait un peu de souplesse aux paupières et les préparait ta recevoir des topiques spéciaux quand la glycérine restait impuissante à déterminer la guérison.

C'est alors qu'on agissait, soit avec le calomel, soit avec l'iode, toujours incorporés à la glycérine.

5° Conjonctivite granuleuse. Dans certains cas rebelles, alors que les granulations avaient résisté au sulfate de cuivre, Hairion et Debout se sont bien trouvés de l'emploi du médicament dont voici la formule, porté à l'intérieur des paupières :

Glyoérolé d'amidon 25 grammes.

Poudre de tannin '6 —

Quelques médecins se servent volontiers du glycéré de sulfate de cuivre. Je l'ai moi-même employé avec avantage chez les enfants, prescrivant la solution au centième.

L'éminent de Graefe conseillait la formule suivante :

Glycéré d'amidon .i grammes.

Sulfate de cuivre 10 centùrammes.

i° Ophthalmies catarrhaîe et purulente. Foucher recommandait à titre de collyre dans la première de ces maladies le glycéré de borax ou de sulfate de zinc. Dans la seconde, il se servait de la glycérine seulement pour nettoyer les yeux, ou bien comme topique, immédiatement après la cautérisation au nitrate d'argent.

5» Conjonctivite pustuleuse. La formule suivante est préconisée par de Wecker :

Glyoérolé d'amidon 8 grammes,

Bioxyde de mercure précipité (oxyde jaune) 1 —

6*' Taies de la cornée. On a vanté diverses formules que je reproduis ici :

a. Glycérolé d'amidon 1^ grammes.

Bichlorure de mercure là 2 centigrammes.

La suivante est celle qu'on a donnée, d'après cette remarque, du professeur Gosselin, que l'iode passe à travers la cornée et facilite la résorption de certaines exsudations oculaires :

b. Glycérolé d'amidon 13 grammes.

lodure de potassium 1 -

GLYCÉRINE (thérapeutique). 555

En résumé, les usages du médicament qui m'occupe sont très-variés dans le traitement des maladies oculaires. Foucher l'avait absolument substitué à l'eau distillée dans la préparation des collyres. Voici du reste quelques-unes des formules signalées plus particulièrement par ce chirurgien :

1° Glyrérine pure. . . 30 grammes.

Borax 2 à 4 —

2° Glycérine pure 50 grammes.

Sulfure de zinc là 3 —

3° Glycérine pure 30 grammes.

Sulfate de cuivre là 4 —

-l* GlycériDe pure 30 grammes.

Teinture d'iode 4à 8 —

3° Glycérine pure. 30 grammes.

Perchlorure de fer là -4 —

6° Glycérine pure 30 grammes.

Tannin 2à 4 —

7° Glycérine pure. 30 grammes.

CaJomel 2à 4 —

8° Glycérine pure 50 grammes.

Laudanum de Sydenham 2à 4 —

On voit que le nitrate d'argent ne figure pas dans cette liste : c'est qu'il est décomposé par la glycérine, dit Foucher, comme au contact de toutes les matières organiques. Ce fait serait inexact, d'après Surun. Avec une glycérine parfaitement pure on obtient une solution complète du sel d'argent, laquelle se conserve mieux encore que la solution ordinaire dans l'eau distillée. Voici, par exemple, une formule excellente donnée par Demarquay :

Glycérine pure 50 grammes.

Nitrate d'argent 0,03 à 2 —

Maladies de l'oreille. Je crois qu'il faut rapporter au médecin anglais Wakley le mérite d'avoir introduit la glycérine dans les usages thérapeutiques de l'otiatrie. Il pensa qu'un liquide aussi onctueux et d'une parfaite innocuité pourrait remédier à certaines sécheresses du conduit auditif externe qui gênent beaucoup l'audilion. En effet, la pratique justifia celte idée théorique. 11 portait ce topique dans le conduit auditif à l'aide d'un pinceau ou d'une boulette de charpie (1849).

On peut suivre cet exemple toutes les fois que la surface du conduit auditif est lisse, luisante, dépourvue d'élasticité, mal lubrifiée par le cérumen. L'ouïe redeviendra meilleure et les bourdonnements d'oreille, si désagréables, qui font le tourment des patients, disparaîtront.

Je recommande encore cette prescription quand le cérumen se durcit au fond du conduit auditif externe et le bouche. Généralement je fais injecter à gros jet d'irrigateur de l'eau tiède contenant un quart ou un cinquième de son poids de glycérine. Ou peut encore introduire celle-ci en nature dans le conduit auditif, boucher ce dernier à l'aide d'un tampon de gutta-percha, de laine naturelle ou d'ouate, et terminer par l'injection d'eau tiède, après avoir attendu quelques heures que la glycérine ait ramolli le bouchon cérumineux.

Le principe doux des huiles a même été conseillé dans certaines lésions profondes de l'oreille.

Ainsi Turnbull, modifiant une pratique de son compatriote Yearsley, eonsis-

356 GLYCÉRINE (thérapeutique).

tant à placer au fond du conduit auditif externe une boulette de coton mouillé comme moyen palliatif dans le cas de perforation du tympan, Turnbull trempait la boulette dans la glycérine et obtenait des effets beaucoup plus prolongés, ou bien il introduisait nu fond de l'oreille 10 à 12 gouttes de glycérine pure, en nature, ou étendue de son poids d'eau, indiquant au patient de tenir la tète inclinée et de chercher à l'aide d'un effort à faire pénétrer de l'air à travers la trompe d'Eustache au moment même de l'introduction (1849).

Maladies du nez. On a quelquefois prescrit ce même agent pour combattre la sécheresse de la muqueuse des fosses nasales ou son état croûteux (Davasse).

Puis on en a fait usage contre les affections suivantes :

Coryza. Quand cette affection est simple, c'est-à-dire dans le rhume de cerveau banal, Demarquay recommande des onctions fréquentes au bord des narines avec la préparation suivante :

Glycéré d'amidou 80 grammes.

Laudanum de Sydenham 2à A —

et lorsqu'il s'agit du coryza simple des enfants à la mamelle, si grave et si pénible pour ces petits êtres, il indique les injections de glycérine étendue d'eau.

Dans la forme chronique des adultes, il fait injecter le liquide dont voici la composition :

Eau de roses 60 grammes.

Glycérine 30 —

Tannin 1 —

Ozène. Demarquay a recommandé également les injections de glycérine comme moyen palliatif contre la fétidité du nez. D'autre part, Galligo s'est servi avec succès d'un glycérolé de chlorate de potasse ainsi composé :

Glycérine 100 grammes.

Chlorate de potasse 8 —

que l'on porte dans les narines à l'aide d'un pinceau (1862).

L'ozène nécessite souvent un traitement interne variable avec sa nature scrofuleuse ou syphilitique, et un traitement externe qui doit varier suivant les lésions reconnues de la pituitaire. Les glycérés ou la glycérine ne sont et ne peuvent être que d'utiles adjuvants dans le traitement méthodique de cette triste infirmité.

Maladies de la bouche. La glycérine calme bien les inflammations superficielles de la bouche. Portée directement sur la muqueuse buccale, elle donne de la fraîcheur, diminue la tension des tissus et soulage beaucoup les malades.

Debout recommande même la formule que voici dans le cas de prurit de la dentition :

Glycérine anglaise 30 grammes.

Chloroforme 0,50 à 1 —

Teinture de safran 0,50 à 1 —

On a aussi utilisé ce corps gras dans la stomatite aphtheuse, ulcéreuse, mercurielle, gangreneuse, en collutoire, soit isolément, soit plutôt associé à d'autres médicaments, tels que ceux des formules suivantes :

Glycérine pure 30 grammes.

Acide clilorhydrique là 2 —

GLYCÉRINE (thérapeutique). 337

Cette formule est donnée par Demarquay, q;u l'employait contre les ulcérations de la stomatite raercurielle profonde.

Dans le muguet, Blache père ordonnait une pre'paration ainsi composée :

Glycérine pure 50 grammes.

Sous-borate de soude 10 —

Contre la stomatite spécifique syphilitique, Demarquay conseille les deux formules ci-dessous à titre de collutoires :

i' Glycérine 30 grammes.

Nitrate acide de mercure 1 —

2« Glycérine 30 grammes.

Bichlorure de mercure 1

Enfin, dans un cas de gerçures de la langue, Brinton s'est beaucoup loué des attouchements avec le mélange suivant :

Glycérine 30 grammes.

Borax 2«',50

Eau 120 grammes.

Il est vrai que son malade prenait en même temps de l'iodure de potassium, ce qui peut partager le mérite de la guérison.

Maladies de la gorge et du larïax. Debout a traité avec succès Vangine granuleuse récente par de simples attouchements à la glycérine, et il ajoutait à celle-ci 1 gramme d'iode pour 15 dans les cas anciens.

La formule suivante, empruntée à Demai-quay, m'a souvent réussi dans langine granuleuse des enfants :

Glycérine pure 30 grammes.

Tannin i —

portée directement sur le mal. On peut y ajouter une douche quotidienne à l'aide de l'irrigateur ordinaire, avec le liquide suivant :

Eau 100 grammes.

Tannin 1 —

Glycérine pure 50 —

Dans la laryngite simple, Scott Alison vante beaucoup, quand l'affection est au début, les attouchements de l'épiglotte à l'aide d'un pinceau imbibé de glycérine. La toux est calniée, la raucité de la voix disparaît, et aussi la gêne au devant du cou (1855).

Enfin, on a même conseillé la glycérine en applications topiques dans Vangine couenneuse et le croup. Bouillon-Lagrange, qui signalait cette application en 1859, donnait en même temps le médicament à l'intérieur; il assure que cette méthode lui a procuré de nombreux succès. L'auteur est évidemment tombé sur une série de cas favorables, car jusqu'à présent d'autres faits n'ont pas plaidé en faveur de ce traitement qui n'a que le mérite fort insuffisant de la simplicité.

Maladies de l'ands et du rectum. Voici quelques faits utiles à connaître :

On peut calmer assez facilement les douleurs insupportables produites par des hemorrhoïdes enflammées en les recouvrant de cataplasmes arrosés de glycérine.

On a même cité quelques cas de guérison de la fissure anale par certains glycérolés astringents et les lavements de glycérine. Chaque jour, par exemple, mcT. EKC. 4° s. IX. 22

358 GLYCÉRINE (thérapeutique).

le patient prend un pareil lavement avec 60 grammes du médicament, puis on lui introduit dans le rectum une mèche enduite de la préparation (jue voici :

Glycéré d'amidon 50 grammes.

Extrait de ratanhia 2à 4 —

Yan Holsbeck substitue à ce glycéré la solution de 1 gramme de tannin dans 10 de "Ivcérine et il introduit matin et soir dans le rectum une mèche imbibée de celte solution. Chaque jour il augmente les dimensions de la mèche. Le médecin belge fait tout simplement de la dilatation lente, et ses succès contre cette désagréable maladie peuvent être attribués aussi bien à cette dilatation qu'au glycéré tannique (1856).

Dujardin-Beaumetz recommande le glycéré de chloral au trentième, dont il se loue, contre cette insupportable maladie. Ces divers moyens sont iiioffensifs et devront être essayés chez les sujets pusillanimes qui redoutent à l'excès l'opération de la dilatation, si radicale dans l'espèce.

Enfui, on a encore prescrit quelquefois la glycérine contre cette affection redoutable, la dysenterie, qui s'accompagne ordinairement de lésions plus ou moins profondes du rectum.

Daudé, de Marvcjols, faisait prendre à ses malades deux lavements par jour avec :

Décodé de graine de lin ou de son 150 grammes.

Glycérine pure 30 —

Gt il leur prescrivait la potion suivante par cuillerée à soupe toutes les deux heures :

Glycérine 45 grammes.

Eau de fleur d'oranger et eau Q. S. pour 150 —

Plus récemment, en 1873, Velasco combattit avec succès une véritable épidémie de dysenterie par l'usage de la potion dont voici la composition :

Glycérine 50 grammes.

Alcool 25 —

Acide phénique 25 centigrammes.

Extrait d'opium 5 —

Eau distillée 100 grammes.

L'auteur attribue avec beaucoup de bienveillance le mérite des dix-huit guérisons qu'il a observées à la glycérine. Alors, pourquoi ajoutait-il de l'opium et de l'acide phénique à cette merveilleuse potion ?

Quelques expériences sur des lapins, dont il cautérisait le rectum avec des pastilles de potasse caustique, et qu'il traitait ensuite par les lavements de glycérine avec un succès constant, l'avaient conduit à essayer contre la dysenterie cet agent, auquel il attribue un pouvoir vulnéraire excellent dans les cas d'ulcérations des muqueuses.

Maladies des orgajses gékito-drinaires. Ce sont surtout les vaginites et les métrites simples du col qui ont été traitées par les applications topiques de glycérine pure ou de glycérolés astringents.

Demarquay avait imaginé la méthode que je vais indiquer, à laquelle il attribuait des succès à peu près constants dans la vaginite aiguë.

Après avoir introduit le spéculum dans le vagin, il lavait cette cavité à l'aide du jet d'un irrigateur. de façon à la débarrasser exactement du muco-pus qui l'enduit toujours en pareil cas. Alors il plaçait dans le vagin trois tampons

GLYCÉRINE (thérapeutique). 339

d'ouate rattachés l'un à l'autre en queue de cerf-volant, imbibés du glyce'rolé suivant :

Tannin 25 grammes.

Glycérine 100 —

et il enlevait le spéculum. Le lendemain, la femme prenait un grand bain et retirait ses tampons une fois plongée dans l'eau. Le plus souvent, après quatre à cinq pansements ainsi faits, la malade était guérie. On consolidait cette guérison par quelques injections astringentes.

Bien entendu, ce mode de traitement n'est applicable que quand les accidents aigus se sont un peu calmés sous l'influence d'un traitement émollient.

Lecointe a confirmé les assertions de Demarquay. Chez quatre malades qu'il a traitées suivant les indications de cet éminent chirurgien, il a obtenu trèsvite une guérison complète.

Dans la vaginite chronique les mêmes moyens réussissent fort bien, mais il y a lieu de commencer le traitement par des cautérisations à l'aide d'une solution de nitrate d'argent au quart, et ce n'est guère qu'après quatre à cinq jours de pareils soins qu'on applique le glycérolé de tannin.

Cette préparation est efficace encore, ainsi que je l'ai dit déjà, dans le cas de métrite simple du col, subaiguë ou chronique.

Dans Xhyperesthésie vulvaire, les applications de compresses imbibées de glycérine ont soulagé les malades (Paupert). J'ai, de mon côté, calmé les démangeaisons si cruelles de la vulve à l'aide d'un glycéré de borax à 4 pour 100.

Chez l'homme, la glycérine a été employée dans la balano-posthite, en injections entre le gland et le prépuce, par Soupart (de Gand), eu 1860; contre Yherpes prœputialis, et dans le cas de hleiinorrhagie aiguë, par Soupart, Dallas et Foucher.

J'ai essayé les injections de glycérine ou de glycérolé de tannin sans le moindre succès dans cette dernière maladie , je dirais volontiers avec désavantage.

Dans \dicystite chronique, Tisné a vu se produire de bons résultats de l'administration interne de la glycérine ; non pas qu'elle ait guéri cette désagréable maladie, mais elle a soulagé les patients. Elle calme, en effet, les douleurs, diminue les besoins d'uriner, atténue l'alcalinité de l'urine, et celle-ci devient moins chargée de muco-pus. Tous ces résultats, d'après Tisné, résulteraient de ce que la glycérine empêche l'urine de fermenter.

Enfin, Demarquay la considère comme une sorte de pierre de touche pour distinguer les ulcérations syphilitiques des ulcérations simples. Quand une ulcération suspecte disparaît au bout de quelques jours sous l'influence d'applications de glycérine, c'est qu'elle est simple; spécifique, elle résisterait parfaitement au traitement.

B. Applicatios médicales. Les médecins, comme les chirurgiens, trouvent dans la glycérine un excellent auxiliaire contre bon nombre des innombrables maladies qu'ils ont à combattre.

Tantôt ils s'en servent pour les usages externes, dans le grand groupe des dermatoses, par exemple, tantôt ils la prescrivent à l'intérieur comme agent reconstituant. De là deux variétés distinctes d'applications que nous allons successivement étudier.

I. Maladies de peau. La glycérine fut tout d'abord essayée contre certaines dermatoses, précisément en raison de ses propriétés onctueuses, adoucissantes, calmantes et vulnéraires, ainsi que je l'ai dit déjà dans mon historique. Prescrite

540 GLYCÉRINE (thérapeutique).

timidement d'abord, elle ne tarda pas à envahir presque complètement le vaste champ de la pathologie cutane'e. Aujourd'hui son rôle s'est sagement limité, et nous allons voir que, si elle a été vantée par quelques enthousiastes contre un nombre considérable de maladies de peau, elle n'est réellement utile que dans quelques classes bien déterminées de dermatoses.

a. Affections vésicoleuses. 1° Eczéma. Il n'y a guère à compter sur l'emploi de ce topique dans V eczéma aigu , il n'a qu'une action incertaine ou mauvaise.

« Par contre, dit Devergie, de vieux eczémas qui par leur ancienneté ont pris domicile sur la peau et qui ont tini par modifier lu vitalité de ce tissu pour vivre là d'une façon spéciale, de vieux eczémas recevaient de la glycérine une influence avantageuse par la surexcitation légère qu'elle amenait à leur mode de vitalité. »

L'auteur ajoute qu'il lui a été impossible de guérir un seul cas d'eczéma avec la glvcérine employée exclusivement. On reprochera sans doute à Devergie d'avoir fait ses expériences avec un produit impur, mais il n'en est pas moins vrai que ses observations cliniques donnent à peu près la note exacte dans l'appréciation thérapeutique à porter sur le nouveau remède. Les recherches que j'ai faites dans les auteurs et mes propres observations cliniques m'ont démontré que la glvcérine n'est qu'un simple adjuvant dans le traitement de l'eczéma, un excellent topique qui calme les démangeaisons et donne de la souplesse aux tissus. On a, d'ailleurs, l'habitude de l'associer à des médicaments d'une efficacité moins douteuse. Les formules données sont innombrables, et je n'en finirais pas, si j'essayais de les reproduire ici; je me borne à quelques citations.

Gibert reconnaît à la mixture suivante la propriété de calmer les démangeaisons eczémateuses, de dessécher les excoriations, de taiir les sécrétions et

de résoudre les rougeurs

Glycérine 50 grammes.

Goudron purifié 2 —

Ajoutez à chaud :

Poudre d'amidon lo grammes.

Je préfère pour mon compte remplacer le goudron pai' l'huile de cade dans celte formule de Gibert.

A la même époque (1857), un médecin belge, Anciaux, préconisait la formule ci-dessous :

Alun impalpable 50 grammes.

Précipité blanc 1 —

Mélangez et triturez, introduisez dans un flacon et ajoutez :

Glycérine 90 à 100 grammes.

Un peu plus tard (en 1859), Rodet conseillait, lorsque la période aiguë de l'eczéma est passée, d'étendre sur le mal le Uniment sédatif ainsi composé :

Huile d'amande douce et glycérine ââ 10 grammes.

Oxyde de zinc 3 —

Dans la forme chronique, il ajoutait 2-4 grammes de soufre. Bougard appliquait sur les eczémas chroniques un mélange à parties égales de suie et de glycérine et s'en trouvait fort bien.

GLYCÉRINE (thérapeutique). 541

Plus récemment, Spuirre a conseillé dans la période humide de l'eczéma la formule suivante, qui a le défaut d'être un peu compliquée :

Sous-acétate de plomb liquide 50 g^rarames.

Lilharge 3S —

Glycérine 200 —

On laisse bouillir une demi-heure et on filtre dans une atmosphère chaude. On étend de 8 parties de glycérine le liquide clair ainsi obtenu avant de l'appliquer.

On trouvera au formulaire quelques autres recettes assez en usage encore dans le traitement de l'eczéma.

Herpès. Vidal a proposé le glycérolé de tannin au quarantième contre Vherpes prœputialis (1856), et Demarquay recommande le topique suivant :

Collodiou 100 grammes.

Glycérine 2 —

Pans le zona, Beaudon prescrit :

Glycérine i grammes.

Solulion de perchlorure de fer à 30 degrés 12 —

pour hâter la disparition de cette affection généralement fort bénigne.

b. Affections SQUAMEUSES. Pityriasis. Dès 1845 le docteur Stratin mettait à profit les propriétés onctueuses et calmantes du prurit qu'il avait reconnues à la glycérine contre le pit^Tiasis. Et son exemple fut suivi avec succès par son compatriote Sliaw, de Middlesex Hospital, en 1854; par Demarquay, Paupert et Davasse, en Fi-ance. La formule de Stratin est celle-ci :

Biborate de soude 2à 4 grammes.

Glycérine 15 —

Eau de roses 125 —

Dans le pityriasis de la tête, Henry Guéneau de Mussy a obtenu d'excellents effets de la prescription suivante :

Chlorhydrate d'ammoniaque 0,60 cectigraiumes.

Glycérine 30 grammes.

Eau de roses 123 —

Psoriasis. Nous sommes ici en présence d'une affection profonde, quoique d'apparence superûcielle, et il n'y a plus lieu de compter sur ce topique onctueux qui borne son action modificatrice avantageuse aux simples couches épidermiques. Qu'on l'associe au goudron, dans la proportion du tiers ou du quart de son poids, ou bien à l'huile de cade, on pourra peut-être rendre à la peau envahie par la dermatose ses qualités objectives normales, blanchir le malade, comme on le dit vulgairement, mais on n'aura pas atteint le moins du monde le mal dans sa racine, car bientôt la dermatose reparaîtra tout aussi vivace qu'auparavant.

khthyose. Dans les cas très-légers, la glycérine devient un palliatif à cette abominable maladie. Elle donne une certaine fraîcheur, un peu de souplesse aux régions de la peau affectées aussi longtemps qu'on en fait usage ; son rôle ne va pas plus loin.

c. Maladies pdstuleuses. La glycérine ne peut guérir aucune des dermatoses que comprend ce groupe, c'est encore ici un agent palliatif.

542 GLYCERINE (thérapeutique).

Acné. En applications locales elle modifie tout au plus l'acné sébacée, et prévient dans une certaine mesure la formation des pustules. A l'intérieur elle a réussi chez une malade de Gubler, à la dose de deux cuillerées à soupe par jour. Dans l'acné rosée, Bazin prescrivait volontiers le glycérolé de tannin, mais il n'y a guère à compter sur ce remède dans cette affection qui fait le désespoir des malades aussi bien que celui des médecins.

Impétigo. Au moment de l'éruption, la glycérine et les glycérés sont plus nuisibles qu'utiles. Mais quand la période aiguë est passée, que les croûtes se sont formées épaisses, sèches et dures, ces topiques peuvent être employés avec avantage; c'est au moins ce que j'ai généralement observé dans l'impétigo des jeunes enfants, en me servant du glycéré d'amidon ou de la glycérine anglaise, que j'étale à la surface des croûtes malin et soir.

(l. Aftections papuledses. Tous les médecins sont d'accord sur ce fait important que la glycérine possède à un très-haut degré la vertu de calmer les démangeaisons, symptôme capital dans ce groupe d'affections démangeantes par excellence.

Prurigo. Aux premières applications du topique, dit Demarquay, on voit cesser les horribles démangeaisons du. prurigo podicis, du prurigo senilis.

Lichen. Voici quelques formules généralement prescrites contre diverses variétés de cette affection.

Stratin emploie cette préparation trop complexe :

Acide nitrique étendu 2à i grammes.

Sous-nitrate de bismuth 2 —

Teinture de digitale i —

Glycérine 15 —

Eau de roses 225 —

Demarquay est plus simple. Contre le lichen ordinaire il prescrit :

!• Glycéré d'amidon 30 grammes.

Cyanure de potassium 5 à 10 centigrammes.

2» Glycéré d'amidon 30 grammes.

Oiyde de zinc 4à 8 —

Camphre 2à 4 —

Dans le lichen invétéré :

Glycéré d'amidon 30 grammes.

Huile de cade is'.SO à 6 —

Enfin, contre le lichen agrius, voici deux formules très-recommandées par Hillairet et Chausit :

1° Glycéré d'amidon 30 grammes.

Caiomel 1 —

Tannin 2à 3 —

2° Glycérine 50 grammes.

Teinture d'aloès » 4à 8 —

Cette dernière, au dire de Chausit, a une action très-prompte, puisqu'il suffit de 5 à 6 applications du topique pour amener la cicatrisation des crevasses anciennes.

e. Affections tuberculeuses. Lupus. La glycérine est absolument impuissante contre cette grave maladie. C'est un simple excipient que nous retrouvons dans es formules suivantes, proposées par deux médecins viennois. Ainsi, dans

GLYCERINE (thérapeutique). 543

la variété hypertrophique, Richter fait étendre sur les régions atteintes la solution suivante :

lodiae de potassium 1 gramme.

Iode 1 —

Glycérine 2 —

qu'il recouvre aussitôt d'une mince feuille de gutta-percha pour empêcher l'évaporation de l'iode. Un malade fut guéri au bout de trois mois, après 55 cautérisations.

Hébra a proposé une solution presque identique :

Iode 4 grammes.

lodure de potassium 4 —

Glycérine 8 —

Je n'ai pas besoin de faire remarquer que l'agent actif de ces formules n'est autre que l'iode.

f. Maladies parasitaires. Je ne crois pas que ce soit à titre d'agent toxique pour les organismes inférieurs que la glycérine a été prescrite contre la gale et les teignes. Elle entre dans un certain nombre de prescriptions que je vais indiquer, tantôt comme auxiliaire, tantôt comme véhicule. Elle n'a donc encore ici qu'un rôle bien secondaire.

Gale. La pommade d'Helmerich est un agent merveilleusement actif contre cette dermatose parasitaire, mais elle offre quelques petits inconvénients d'ordre secondaire, et c'est pour la rendre absolument parfaite que Bourguignon a proposé les modifications suivantes :

Glycérine 200 grammes.

Jaune d'œuf n* 2

Essence de lavande, citron, menthe ââ 5 grammes.

Gomme adragante 2 —

Soufre bien broyé 100 —

On mêle les essences et les jaunes d'œufs, on ajoute la gomme adragante pour faire un mucilage, et l'on incorpore la glycérine et le soufre. Une seule friction suffit le plus souvent pour guérir la gale.

Bourguignon considère l'association médicamenteuse suivante comme une excellente pommade contre la maladie parasitaire, moins irritante que la classique pommade d'Helmerich, qu'elle représente tout à fait, et ne salissant pas les vêtements :

Gomme adrasante i gramme.

Sous-carbonate de potasse 50 —

Soufre bien broyé 100 —

Glycérine 200 —

Essences de lavande, menthe, citron, girofle, cannelle. âk 1 —

Il faut faire de deux à trois frictions avec la totalité de cette pomm ade, espacées dans les vingt-quatre heures, pour guérir la gale radicalement. Le prix de revient ne diffère pas de celui de la pommade d'Helmerich, ce qui est à considérer lorsqu'il s'agit des hôpitaux ou des malheureux, tributaires le plus souvent

de l'acarns.

Teignes. Herpès circiné. Pityriasis versicolor. Les teignes ne sont facilement curables que par l'épilation. La glycérine ou les glycérés ne peuvent être ici encore que de simples adjuvants au traitement principal.

3M GLYCERINE (thérapeutiqde).

Deighton, de Clapham, vante le glyce'ré d'hyposulfite de soude. Demarquay conseille, après l'épilation, les onclions avec l'une ou l'autre des préparations suivantes :

1» Glycéré d'amidon 50 grammes.

Soufre 2 —

2° Glycéré d'amidon 50 grammes.

Turbith minéral 50 centigrammes.

qui sont applicables à tous les cas de tricophytie.

Dans le favns, la teigne la plus facilement curable, Lespian s'est bien trouvé de l'emploi d'une mixture dont voici la formule :

Glycérine 10 grammes.

Teinture d'iode 10 —

Tannin 1 —

Calomel 1 —

On badigeonne deux fois par jour les parties malades avec ce mélange.

Dans Vherpès circiné, Bouchut conseille des badigeonnages biquotidiens, avec un mélange à parties égales de glycéré d'amidon et de goudron. Une formule analogue a été donnée par Gibert pour guérir la mentagre.

g. Affections bolleuses. La glycérine ne peut avoir évidemment qu'une action toute locale contre le pemphigus. On s'en sert ici comme s'il s'agissait d'une brûlure. Chez les nouveau-nés atteints de cette maladie, Legroux prescrivait des onctions avec ce médicament sur les régions envahies, et puis on saupoudrait avec de la poudre d'amidon simple ou bien additionnée de calomel.

Le rupia peut être combattu de la même façon. Mais, je le répète, il faut traiter l'état général suivant la nature du pemphigus et du rupia. Ainsi seulement on aura gain de cause.

h. Lésions diverses de la peau. Toutes les fois que le tégument externe est superficiellement altéré, qu'il s'agisse à'énjthème, de crevasses, d'engelures, ou bien d'érysipèle et de variole, on peut encore attendre de bons effets de la glycérine pure des cosmétiques à la glycérine, ou des glycérolés, effets calmants le plus souvent, mais réels.

Ces agents jouent encore un rôle de prophylaxie dans le premier groupe des affections mentionnées ci-dessus. Quelques onctions glycérinées sur les mains ou sur lafacependant la saison froide préviennent le développement d'un érythèrae, de crevasses, et empêchent même la formation d'engelures. Dans la saison chaude, elles préviennent également ou guérissent les piqûres de cousins, moustiques ou autres parasites de l'homme. C'est un moyen d'usage banal aujourd'hui, et que je recommande très-volontiers après bien des expériences favolables.

Voici diverses formules qui me paraissent bonnes, applicables contre les érosions, crevasses de la peau, engelures, fissures du mamelon ou des lèvres, et encore contre le strophidus :

GELÉE DE STRATIN.

Gomme adragante pure 8 à IS grammes.

Eau de chaux 120 —

Glycérine pure 50 —

Eau distillée de rose 100 —

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