‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.45Chapitre 41 sur 97 · TROISIÈME EXPÉRIENCE · texte numérisé non relu

TROISIÈME EXPÉRIENCE

Sucre pour 1000.' Sang de la veine cave inférieure, au niveau des veines sus-

hépaliques 2,05 à 5,00

Sang artériel 1,70

« Ainsi, on le voit, au niveau de l'aboucliement des veines sus-liépatiques dans la veine cave inférieure la teneur en sucre du sang augmente subitement de plus du double. Souvent on voit cette augmentation déjà manifeste dans la veine cave abdominale; mais cela tient à des reflux du sang hépatique produits par les mouvements respiratoires, et non au mélange du sang veineux rénal qui, de même que le sang de la veine cave, est plus pauvre en sucre que le sang artériel. Le sang pur des veines sus-hépatiques est au contraire plus riche... » (Cl. Bernard, Annales de chimie et de physique, 1876).

De ses longues recherches, de la comparaison des divers résultats partiels qu'il avait obtenus. Cl. Bernard avait déduit la conclusion suivante : le sucre formé dans le foie est incessamment déversé dans la veine cave inférieure, trans])orté sans subir le moindre déchet à travers les artères et détruit dans les organes, qui ne renvoient au cœur qu'un sang veineux appauvri en glycose. Cette théorie est loin d'avoir été unanimement acceptée; et sans aborder ici même le problème de l'origine et de la destruction du sucre, en nous en tenant à la simple question de la teneur comparée des divers sangs, il faut dès à présent établir certaines réserves. C'est ainsi que, si Chauveau et Delore ont répété les expériences de Cl. Bernard avec les mêmes résultats et ont constaté l'identité de la proportion sucrée dans le sang de l'artère pulmonaire et dans celui des veines pulmonaires, il ne faut pas cependant méconnaître qu'une certaine quantité de sucre disparaît dans la circulation pulmonaire, quantité variable, il est vrai, qui peut ne pas dépasser 0«'', 15, mais qui peut aussi s'élever à 08%50 et même 0g%64 pour 1000 (Cl. Bernard).

D'un autre côté, Mering, dans des expériences peu nombreuses, mais qui paraissent bien conduites, a constaté l'égalité en sucre des sangs artériel et veineux. Si de nouvelles recherches confirmaient ces résultats, on ne saurait plus conclure à la destruction du sucre dans les organes. Mais, sans contester en aucune façon les chiffres donnés par Bernard, que le nom seul du grand physiologiste suffit à mettre à l'abri de toute attaque, on peut se demander si la conclusion qu'il a tirée de ses analyses comparatives n'est pas discutable. Pour qu'elle fût parfaitement logique, il faudrait démontrer au préalable que la masse totale du sang veineux est égale à celle du sang artériel. Car, si, par exemple, elle la surpassait, il en résulterait que la glycose y serait plus diluée et que, la quantité de glycose restant égale des deux paris, un poids donné de sang veineux contiendrait moins de sucre que le même poids de sang artériel. Or cette démonstration n'est pas faite : au contraire, le sang veineux est plus dilué, puisqu'il constitue le sang artériel après avoir perdu toute l'eau de la respiration (550 grammes environ par jour, Beaunis, PhysioL, p. 448). Notre supposition se ti-ouve ainsi réalisée. La différence est faible sans doute, mais celle de la teneur en sucre l'est aussi tellement qu'on ne doit pas négliger le moindre élément de la question.

De plus, on doit faire observer que le système veineux n'est pas, pour les éléments transportés à la périphérie, la seule voie de retour; il y a aussi le système lymphatique. Or la lymphe contient de la glycose à peu près dans la

GLYCOIIÉMIE. 379

même proporf.ion que lesangarte'riel, non-seulement la lymphe du canal thoracique, où le mélange du chyle introduit des éléments venus de l'extérieur, mais la lymphe des organes avant ou après son passage dans les ganglions. Aussi, si Cl. Bernard a constaté dans quelques expériences que le sang de la veine cave supérieure n'est pas enrichi en sucre par le déversement du contenu du canal thoracique, il n'en résulte pas moins de certains chiffres qu'il a donnés que le sang du cœur droit (1,56) est plus sucré que celui de la veine cave au niveau de l'abouchement des veines sus-hépatiques (1,28). L'excès de glycose n'a pu être apporté au cœur droit que par la veine cave supérieure, et comme dans la même expérience le sang de la jugulaire était très-pauvre (0,67) on ne voit pas d'où il proviendrait, si ce n'est de l'apport des voies lympliatiques. Si la glycose peut ainsi revenir vers le cœur par une autre voie que les veines, le sang de ces dernières peut se montrer relativement dépouillé de cette substance, sans que l'on puisse en inférer qu'elle a été déti'uite dans les organes. De tout ce qui précède, nous retiendrons donc deux faits : 1" le sang veineux est moins riche en sucre que le sang artériel; 2° les veines sus-hépatiques versent constamment dans la circulation une quantité relativement considérable de sucre.

Origines de la glycémie. Glycémie alimentaire. Glycogéme hépatique. La présence du suci'e étant ainsi connue, il faut recliercher quelle est l'origine de cet élément du sang. Les études physiologiques de la digestion nous apprennent que les aliments féculents ou sucrés sont transformés en glycose et ne sont absorbés que sous cette forme. Il serait donc naturel de supposer que le sucre du sang est directement fourni par ralimentation; cette hypothèse, que nous retrouverons depuis longtemps formulée au sujet de la glycémie pathologique, est démentie par l'expérience la plus simple. Un régime uni(piement composé de substances azotées ne fait pas disparaître le sucre du sang : or, comme elles sont absorbées sous forme de peptones, il est bien évident que ce n'est pas de sa nourriture que l'animal a retiré la glycose que contient son sang. L'abstinence a d'ailleurs le même résultat négatif. Chez des lapins soumis à l'inanition, Mayer a rencontré de la glycose dans le sang jusqu'au septième jour. A ce moment elle disparaît, et l'animal meurt de trois à quatre jours après. La teneur du sang en sucre restant la même, quel que soit le régime, ce n'est donc pas dans les produits de la digestion que le sang puise, au moins d'une façon directe et immédiate, la glycose qu'il renferme.

Le foie produit de la glycose, ainsi que semble le démontrer l'analyse du sang des veines sus-hépatiques; telle n'est pas cependant l'opinion de tous les physiologistes, et nous nous trouvons, à cet égard, en présence de trois doctrines bien distinctes. Cl. Bernard et ses élèves considèrent le foie comme l'unique foyer de la glycogénie, au moins chez l'adulte; Bouget, Colin, tout en reconnaissant que cette glande fabrique une quantité notable de glycose, se refusent à lui en reconnaître le monopole et croient que la glycogénie peut appartenir aussi à d'autres organes et à d'autres tissus; Pavy, Schiff, Lussana, refusent absolument au foie la fonction glycogénique ou du moins ne la considèrent que comme un acte résultant de la maladie ou de la mort. Les trois théories ont été défendues et attaquées avec passion. Actuellement, sans nous occuper de savoir si le foie est la source unique ou seulement la plus importante du sucre animal, nous chercherons simplement s'il peut ou non faire de la glycose dans un organisme sain.

L'origine de cette grande querelle est dans les faits suivants, qui sont acceptés

580 GLYCOHEMIE.

par tous et que par conséquent il importe de rappeler dès le début : 1" lorsqu'on retire le foie d'un animal récemment mort ou tué et qu'on le partage en fragments, dont on fait successivement l'analyse, on constate que la richesse en sucre de chacun d'eux est d'autant plus grande que le moment de la mort est plus éloigné; 2° si par la veine porte on fait passer dans un foie récemment extirpé un courant d'eau qui ressort par les veines sus-hépatiques et que l'on prolonge assez l'expérience pour voir sortir un liquide clair, absolumenit dépourvu d'albumine et de sucre, ce même foie contient de la glycose lorsqu'on l'examioe quelques heures après la fin du lavage, et il en contient d'autant plus que ce délai au<'a été plus long (foie lavé). Ces deux expériences qui, nous le croyons, n'ont jauiais été démenties, prouvent qu'il se forme dans le foie du sucre après la mort, et que ce sucre ne se constitue pas aux dépens du sang de la glande, puisque sa production continue même après le lavage complet des vaisseaux.

A cette découverte, dont tout l'honneur appartient à Cl. Bernard, vient s'en ajouter une autre qui en est comme le corollaire et qui est également due à l'illustre physiologiste. Si le foie fabrique du sucre même après la mort, ce ne peut être qu'aux dépens d'une substance capable de se transformer en glycose et qu'il est peut-être possible d'isoler. Cette substance peut en effet être retirée du tissu hépatique : il suffit de faire une décoction de fragments de la glande, le liquide opalin que l'on obtient est filtré, précipité par l'alcool, et la matière blanche pulvérulente que l'on obtient par l'évapoiation est un corps composé; dont on peut opérer chimiquement la métamorphose en glycose. C'est la glycogène de Claude Bernard, c'est lamidon animal, la zoamyline de Rouget; c'est celte matière que dans un article récent Pavy propose d'appeler la bernardine, dans le double but de ne .pas préjuger ses usages et sa nature, et de rendre hommage à celui qui l'a devinée et découverte. L'existence de la glycogène, ou en d'autres termes l'existence à l'état normal d'un amidon véritable dans le foie, est un fait considérable au point de vue de la physiologie générale; il est resté, comme les deux expériences dont nous avons parlé plus haut, absolument indéniable, et, toutes les fois qu'on a tenté de le vérifier, on n'a pu que constater la justesse d'observation de celui qui le premier l'avait reconnu.

Ainsi le foie vivant contient une substance glycogène qui sur le foie mort se transforme en glycose. Mais cette transformation se fait-elle aussi pendant la vie? C'est là que naissent les doutes et les divergences. Négligeant un peu trop les résultats fournis à Cl. Bernard par l'analyse du sang sus-hépatique et sa comparaison avec le sang veineux-porte qui, à l'état de jeûne, contient à peine de glycose, la plupart des physiologistes ont tenté de retrouver le sucre dans le parenchyme même de la glande. Or, quels qu'ils soient, les résultats d'une pareille expérience sont sujets à interprétations multiples. On extirpe à un animal vivant son foie ou une portion de son foie. Si rapidement que soit conduite l'opération, elle demande toujours un temps mesurable : ouvrir l'abdomen, mettre l'organe à nu, exciser un lobe et le faire tomber dans l'eau bouillante qui dissout la glycogène et suspend sa transformation en sucre, toutes ces manœuvres, mêmes celles-là seules qui touchent directement au foie, exigent forcément quelques secondes. Dans tous les cas, le résultat de l'analyse est le suivant : on ne trouve que des quantités extrêmement faibles de sucre. Les adversaires de la glycngénie hépatique s'emparent de cette donnée et soutiennent qu'en réalité le foie normal ne fabrique pas de sucre; pour eux, les quelques

GLYCOHÉMIE. 581

traces qu'on en a rencontrées sont dues au travail de décomposition que les manœuvres opératoires, si brèves qu'on les suppose, ont dû entraîner dans la portion séparée, dans la portion morte du tbie. Quelques-uns même ont cru pouvoir affirmer qu'il n'existait pas un atome de sucre, mais ils sont en petit nombre, et l'on peut considérer comme plus certains les résultats précédents. D'ailleurs les partisans de la glycogéiiie ne voient ni dans un cas ni dans l'autre une objection sérieuse à leur doctrine, ils y voient même une confirmation. Si le foie fabrique du sucre pendant la vie, ce foie ne reste pas dans la glande, il est emporté par le sang veineux au fur et à mesure de sa production, comme en témoigne l'apport incessant de glycose par les vaisseaux efférents dans la veine cave. Quoi d'étonnant dès lors à ce que sur un lobe de foie promptement enlevé on ne trouve que peu ou point de sucre? c'est là un résultat conforme à la tbéorie. Le foie labrique du sucre pendant la vie, il continue cette fonction pendant les premières heures qui suivent la mort, les éléments anatomiques survivant plus ou moins longtemps à la mort de l'individu; et si dans ce dernier cas le sucre s'accumule, c'est que la circulation ne vient plus enlever à chaque instant les produits élaborés.

On a varié l'expérience de bien des façons : on a simplement excisé un lobe, on l'a lié avant de l'exciser, on a imaginé une petite machine qui broie le foie sur l'animal vivant (Marley) ; mais qu'importe? Le résultat tombera toujours sous une des deux interprétations qui ont été signalées. Les uns, ne comprenant pas que les actes organiques soient les mêmes après la mort que pendant la vie, ne verront dans la glycogénie que des phénomènes cadavériques; les autres, ne voyant dans la vie qu'une résultante de fonctions et de propriétés dont l'extinction peut être successive, continueront à admettre que la glycogénie existe pendant la vie et se poursuit quelque temps après la mort. Toute la question du vitalisme se retrouve à l'occasion de ce fait paiticulier, qui n'est pas luimême assez élucidé aux yeux de certains physiologistes pour servir à la trancher. Pour nous, en considérant que le foie vivant est abondamment pourvu d'une matière transformable en sucre, que sur les portions de foie le plue rapidement enlevées on trouve généralement de la glycose, que le sang des veines sus-hépatiques est très-riche en sucre, nous croyons que l'ensemble de ces faits doit suffire à faire admettre que cette glande foi'me du sucre pendant la vie et qu'elle est une source importante, sinon la source unique de la glycémie.

La glycogénie hépatique est intimement rattachée à la glycémie, et son histoire fait partie de celle de cette dernière. Les faits qui sont relatifs à cette fonction du foie ont été remarquablement exposés par M. Chrestien dans l'article Foie {Physiologie}. 11 nous sera donc permis d'être brefs et de rappeler seulement en quelques lignes les points les plus importants, c'est-à-dire : 1" les sources de la giycogène hépatique; 2" les causes chimiques de sa transformation en sucre; 5° Tmllucnce du système nerveux sur ce phénomène.

Sotirces de la glycogène hépatique. C'est à l'alimentation que le foie emprunte les matériaux qui lui sont nécessaires pour constituer la glycogène, mais ces matériaux peuvent indifléremment lui être iburnis sous forme de peptones résultant de. la digestion des aliments azotés, ou sous forme de glycoses résultant de la digestion des sucres des fécules. Les graisses seules paraissent rester étrangères à, la production de la glycogène, fait assez naturel, quand on songe que leur voie d'absorption, les cbylifères, est tout à fait en dehors de l'appareil hépatique. Claude Bernard est l'initiateur de la plupart des expériences dont

382 GLYCOHÉMIE.

on a tiré ces conclusions. 11 les a faites soit en nourrissant d'aliments déterminés des animaux préalablement soumis à l'abstinence, qu'il sacridait ensuite, soit en extirpant une portion de foie à un animal avant de lui donner ime almientation particulière, de manière à connaître la teneur en sucre de son tissu hépatique avant et après l'application de ce régime. Les objections n'ont pas fait défaut. Pour la glycose, on a supposé qu'elle traversait le foie sans s'y arrêter, épargnant ainsi la glycogène accumulée dont la transformation en sucre pouvait sans inconvénient être ajournée (Weiss) ou excitant simplement les éléments de la glande à fabriquer de la glycogène (Vulpian). Pour les aliments azotés, on a fait observer qu'il était presque impossible de dépouiller une viande quelconque des principes amylacés qu'elle contient, observation qui n'est pas sans valeur, ainsi que l'on pourra s'en rendre compte d'après ce qui sera dit plus bas des glycogènes musculaires. Enfin, pour les aliments gras, on a fait une exception en faveur de lu glycérine, dont l'ingestion semble réellement favorable à la production de la glycogène, et M. Colin a tiré une objection indirecte à l'opinion de Cl. Bernard de ce fait que pendant l'abstinence prolongée le sucre du sang disparaît beaucoup plus lentement chez les chevaux gras que chez les chevaux maigres. Malgré ces restrictions, l'opinion primitivement émise est généralement acceptée.

Chaque digestion enrichit le foie qui recueille et emmagasine sous forme de matière glycogène les peptones et la glycose. Dans l'intervalle des repas, il restitue peu à peu au sang sous forme de glycose les raatéi'iaux qu'il a retenus. Rien n'est plus instructif à cet égard que l'analyse comparée à divers moments du sang veineux sus-hépatique, du sang veineux porte et du tissu même du foie. Le débit de sucre par les veines hépatiques est à peu près constant; s'il augmente au moment de la digestion, cet accroissement paraît dû plutôt à la suractivité du foie qu'à la nature des aliments. Le sang porte, très-riche en glycose après un repas de féculents, en contient à peine à l'état de jeune ou après l'ingestion de matières azotées. Le tissu du foie est d'autant plus riche en glycogène qu'on l'étudié chez un animal plus abondamment nourri de substances azotées, féculentes ou sucrées. La conclusion est facile à déduire.

Transformation de la glycogène en sucre. . La transformation de la glycogène en glycose a été attribuée à un ferment. Si on abandonne à lui-même le liquide opalin, provenant d'une décoction de foie, toute la glycogène qu'il contient se transforme en sucre, et l'alcool précipite alors dans ce liquide une substance albuminoïde qui a la propriété de favoriser la transformation de la matière glycogène en sucre et que Cl. Bernard considérait comme un ferment. D'après lui, ce ferment serait contenu dans le tissu même du foie et, suivant que les modifications nerveuses ou circulatoires de la glande favoriseraient son contact avec la glycogène ou le contrarieraient, la production du sucre serait accrue ou diminuée. D'après Schiff, le ferment serait contenu dans le sang, mais il n'y apparaîtrait que lorsqu'une cause quelconque arrêterait la circulation : mort, ligature, caillot. De là l'apparition du sucre après la mort et dans certaines conditions pathologiques déterminées. Dans l'état actuel de la science, il paraît inutile de discuter longuement sur le siège et les caractères de ce ferment. De nouveaux faits sont nécessaires; tant qu'ils ne seront pas produits, les raisonnements sur un pareil sujet s'appuieront sur le vide. Les travaux de M. Pasteur ont si profondément bouleversé les notions reçues jusqu'à présent sur les fermentations, que tous les phénomènes où intervient un pareil acte doivent être

GLYCOIIÉMIE. 585

révisés. Donc, avant de pouvoir établir si la métamorphose delà glycogène en sucre se fait par fermentation, au sens du moins où on l'entend aujourd'hui, toutes les expériences faites à ce sujet doivent être reprises avec la technique et les précautions dont on ne saurait se départir depuis les travaux de l'école de M. Pasteur.

Les relations entre la formation du sucre dans le foie et la sécrétion biliaire ont été recherchées, mais, il faut l'avouer, d'une façon un peu légèi'e. Longtemps on s'en est tenu à ce fait, constaté par Bernard, que la production du sucre dans le foie, constatée par l'analyse du sang veineux sus-hépatique, était en pleine activité de deux à trois heures après l'ingestion des aliments, alors que la bile ne s'écoule en abondance que vers la septième heure de la digestion; et on a conclu que les deux fonctions du foie n'avaient entre elles que des rapports éloignés ou nuls. La déduction est sûrement un peu hâtive. L'écoulement des liquides sécrétés ne coïncide pas toujours avec le travail le plus actif des glandes, et souvent c'est pendant leur repos apparent qu'elles se chargent lentement des produits qu'elles déverseront rapidement et en abondance à un moment donné. C'est ainsi que procède, par exemple, la sécrétion salivaire, et il est évident que pendant cette apparente inactivité Ja glande doit renvoyer au cœur un sang veineux chargé des résidus de son élaboration. Il pourrait se faire que la glycose ne fût qu'un reste de la préparation de la bile; tout au moins la non-coïncidence des heures de déversement des deux substances ne nous paraît pas pi'ouver qu'il n'en soit pas ainsi. D'ailleurs quelques travaux récents montrent qu'entre les deux productions la relation est plus intime qu'on ne l'avait supposé, puisque chez un animal dont on vient de lier le canal cholédoque le diabète artificiel si facilement provoqué à l'état normal par la piqûre du plancher du quatrième ventricule ne peut plus être déterminé (Wickham Legg) et que même cette ligature est suivie d'une diminution de la quantité glycogène contenue dans le foie (Kiilz et Frerichs). Enfin, et c'est là un fait des plus importants, l'action du système nerveux que nous allons immédiatement étudier semble s'exercer parallèlement sur la sécrétion de la bile et la production de sucre, puisque les mêmes expériences agissent daqs le même sens sur les deux fonctions. Cette parité de résultats que la plupart des auteurs ont négligée, les uns ne donnant leur attention qu'à la glycogénie, les autres à la bile, mais que le rapprochement des expériences isolées permet de bien établir, nous paraît être dans l'espèce de la plus haute importance.

Influence du système nerveux sur la glycogénie hépatique. Avant de résumer l'étude des travaux entrepris pour déterminer l'action du système nerveux sur la glycogénie hépatique, il est bon de rappeler que c'est par l'examen de l'urine et non par l'examen du sang qu'on a généralement cherché à contrôler cette action. Cette façon de procéder, comme le fait observer judicieusement Fr. Franck, est tout à fait défectueuse : entre le taux normal 1,50 en moyenne de la glycose hématique et le chiffre 3 pour 100 auquel elle apparaît fatalement dans l'urine, il y a un assez grand intervalle. L'hyperglycémie, qui n'atteint pas ce dernier degré et qui par suite n'est pas accompagnée de glycosurie, est alors méconnue; et comme l'augmentation de la glycose peut ne pas être la même dans les expériences tout à fait analogues, comme elle peut chez un animal dépasser 3 pour 100, alors que chez un autre, opéré de la même manière, elle restera au-dessous, il en résulte que les mêmes expériences donneront souvent des l'ésultats en apparence contradictoires. C'est donc dans le sang et non dans

584 GLYCOHÉMIE.

ruriiif qu'il faut rechercher le sucre, et en agissant ainsi Franck a pu rectifier et concilier bien des faits qui semblaient absolument op[iosés. Nous ajouterons, pour être tout à fait logique, que c'est du sang veineux sus-hépatique et non du sano' artériel qu'il faut faire l'analyse, car rechercher le sucre dans ce dernier, c'est impliciteniunt reconnaître que le foie est la seule source glycogénique et que l'expéiience actuelle ne peut avoir d'action que sur le foie, double pétition de principes qui peut sûrement conduire à des erreurs.

La glycogénie hépatique peut être regardée comme une sécrétion; elle peut être aussi regardée comme le résultat de certains actes nutritifs du parenchyme hépatique. A ces deux titres elle doit ètro iniluencée par le système nerveux, dont l'action s'exerce sur elle suivant le mécanisme des réflexes. La recherche du trajet exact suivi p;ir les excitations qui déterminent la glycosurie a été entreprise par un grand nombre de physiologistes ; nous indiquerons rapidement les résultats des principaux travaux sans nous préoccuper de l'ordre historique qui nous obligerait à de fréquentes répétitions.

Cl. Bernard, ayant sectionné les nerfs pneumogastriques au cou, vil la glycogénie hépatique s'arrêter et le sucre disparaître du sang veineux du foie; puis, ayant excité le bout central de ces nerfs, il vit le sucre se reformer et obtint même de la glycosurie; enfin sur d'autres animaux il sectionna les mêmes nerfs dans l'abdomen et observa que la fonction glycogénique n'était point troublée. 11 conclut de ces expériences que cette fonction était placée sous la dépendance d'une excitation réflexe dont la voie centripète étaient les nerfs vagues et dont le point de départ était sans doute la surface pulmonaire. Les expériences de ses élèves et de ses adversaires ont précisé et rectifié cette première interprétation. On admet aujourd'hui que les excitations d'un grand nombre de points du système nerveux central, tels que les racines spinales postérieures, le pont de Yarole (Schiff), ou périphérique, tels que le sciatique (Schiff, M. Laffont), peuvent, à la condition d'être modérées et suffisamment prolongées, déterminer la glycosurie. En définitive, le point du départ du réflexe, au lieu d'être limité à la surface respiratoire, peut être indifféremment placé partout, et c'est sans doute la nature de l'excitation beaucoup plus que sa voie de transmission qui exerce une influence sur la glycogénie. C'est d'ailleurs un fait analogue à ce qu'on observe pour les autres sécrétions qui succèdent aux réflexes les plus variés; une impression subite, la vue ou le souvenir d'un mets, la nausée excitant la sécrétion salivaire; le froid, la frayeur, peuvent amener une hypercrinie des liquides intestinaux aussi bien que l'action des médicaments purgatifs.

Quant au rôle que joue le pneumogastrique dans la transmission centripète des excitations glycogénésiques, s"U n'est pas exclusif, comme l'avait pensé Bernard, il est du moins prépondérant. M. Vulpian avait cru pouvoir expliquer la différence d'action des sections cervicales et abdominales de ce nerf par la différence de gravité des deux opérations. Dans un mémoire récent, M. Marc Laffont a repris ces expériences avec beaucoup de bonheur. Comme Cl. Bernard il a provoqué la glycosurie par l'excitation du bout central du nerf vague, coupé à la région cervicale; mais ce qui prouve bien que la gravité de l'opération, que l'asphyxie qu'elle détermine n'y sont pour rien, c'est que la seule e.\citalion du bout central du nerf dépresseur de Cyon suffit à produire le même résultat. Filehne avait déjà indiqué ces résultats, mais on ne saurait contester à M. Laftont le mérite de les avoir contrôlés et d'avoir fait ressortir l'importance de la dilatation vasculaire qui est en même temps observée^

GLYCOHÉMIE. 385

Le point précis des centres nerveux où l'excitation se réfléchit pour se propager au foie, c'est le plancher du quatrième ventricule, c'est le noyau d'origine du nerf pneumogastrique. Entre les origines apparentes de ce nerf et celles de l'acoustique, il existe une petite surface dont la piqûre provoque la glycosurie. Cl. Bernard a le premier indiqué et pratiqué cette célèjjre expérience, qui a été répétée un nombre incalculable de fois. Le caractère du diabète artificiel ainsi provoqué est d'être progressif et temporaire, c'est-à-dire que l'urine contient pendant quelques heures, un ou deux jours, des proportions de sucre de plus en plus fortes; puis ce diabète cesse spontanément peu à peu. On s'expli(iue très-bien celte progression delà quantité de sucre urinaire : aussitôt l'opération faite, le foie déverse dans le sang veineux des masses de sucre plus considérables qu'à l'état normal ; la glycosurie apparaît lorsque la proportion de la glycose a atteint 3 pour 1000; elle augmente à mesure que k proportion tend à s'élever au-dessus de ce chiffre. Mais ce qui est plus dilficile àcom[(rendre,c'estque telte glycosurie disparaisse et surtout que désormais elle ne puisse plus être i e[)roduile par le renouvellement de la piqûre du bulbe. Dans ces conditions en effet, si elle est due aune paralysie de nerfs sécréteurs ou vaso-moteurs, pourquoi disj)araît-elle? Si c'est une excitation qui la détermine, pourquoi ne peut-on pas en la renouvelant en renouveler les effets? M. Laffont a encore tenté d'élucider cette question obscure, et semble y être parvenu. 11 a d'abord observé que le foyer d'innervation glycogénique, si l'on peut ainsi parler, est double et comprend deux parties symétriques de part et d'autre de la ligne médiane, de telle façon que. si on pique l'un en prenant bien soin de respecter l'autre, on [.eut au bout de quelques jours recommencer l'expérience avec succès sur le côté opposé. Puis, observant que la piqûre du bulbe est suivie d'une hémorrbagie relativement abondante qui s'infiltre dans les interstices des éléments nerveux et les détruit peu à peu, il a supposé que le premier effet de la piqûre était une excitation du centre glycogénique par le traumatisme lui-mèmc et le second une destruction de ce centre par le sang extraversé. Dans celte hypothèse, on comprend très-bien la disparition spontanée de ce diabète provoqué et l'impossibilité de sa reproduction. Ce qui confirme cette interprétation, c'est qu'une fois la piqûre faile et riiémorrhagie produite, l'excitation du nerf dépressear du côté lésé ne produit plus la glycosurie, celle du nerf opposé sulfisant encore à la provoquer. Quel est le trajet de l'arc réflexe depuis le bulbe jusqu'au foie? Sur cette question les physiologistes sont divisés, et la plupart, malgré de longues expériences, semblent n'avoir fait qu'obscurcir un problème par lui-même si complexe. Pour se faire une idée des ditficuUés que présente une pareille recherche, il suffit de rappeler en quelques mois la disposition des communications nerveuses entre le bulbe et le foie. Uu plancher du quatrième ventricule partent les nerfs vagues qui, l'un directement, l'autre par l'intermédiaire du ganglion semilunaire, gagnent la veine porte, l'artère hépatique et les canaux biliaires. Outre les pneumogastriques, le foie reçoit des filets sympathiques : or ceux-ci suivent des chemins que l'anatomie est impuissante à nous faire connaître, ainsi qu'on peut s'en rendre compte en jetant les yeux sur le schéma ci-après :

Du cou à la région lombaire, le cordon du grand sympathique est étendu parallèlement à la moelle, qui par chaque nerf rachidien lui envoie un ou deux filets radiculaires {ruini communicantes}. Au cou même, ces rameaux se combinent de façon à former un nerf particulier, nerf vertébral. Des six derniers dorsaux naissent sept à huit filets qui se groupent en deux nerfs, nerfs

DICT, ESC. i' s. IX. 25

GLYCOHÉMIK.

splanchiiques, lesquels vont se perdre dans le plexus solaire ; et c'est de ce dernier que naissent les plexus nerveux qui le long des vaisseaux vont innerver le foie. Dans celte sorte de reseau, aucune dissection ne saurait de'couvrir le trajet d'un filet nerveux, et c'est l'expérimentation physiologique seule qui peut nous dire à quelle hauteur les nerfs du foie sortent de la moelle pour se jeter dans le sympathique, à quelle hauteur ils quittent le sympathique pour passer

ArL hep.

— V. Paris.

fleruJ'.Maire

Schéma deslinc à montrer les connexions du foie avec le système nerveux.

B, bulbe. — M, moelle épinière. — G. symp., grand sympathique. — 1,C, 2.C, etc., premipre, deuxième paiie cervicale. — l.D, 2.D, etc., première, deuxième pairedorsale. — l.L, 2.L, etc., première, deuxième paire lombaire. — GCS, GCM, GCI, ganglion cervical supérieur, moyen, iuférieur. — IGT, premier ganglion ihoracique. — GS, grand splanchuique. — TS, petit splanchnique. — P«D, PnG, pneumogastrique droit, gauche. — Art. hép., artère hépatique. — V. porte, Veine porte.

dans les plexus. On le voit, la question est par cela même délicate; et si en outre nous nous reportons aux causes d'erreur qui ont été indiquées plijs haut, si nous ajoutons qu'il faut tenir compte d'un élément nouveau, l'action propre des ganglions sympathiques, nous ne serons pas surpris par l'incertitude des résultats qu'il nous faudra enregistrer.

La voie centrifuge de l'excitation réflexe ne saurait être le nerf pneumogastrique ;

GLYCOIIÉMIE. 387

si sa section suspend la glycogénèse, l'excitation de son l)Out pe'ripliérique ne la rétablit pas. Cette voie suit d'abord la moelle épinière elle-même, car les sections pratiquées à la région cervicale suspendent la fonction glycogénique ; mais, tandis que faites au-dessous du renflement cervico-brachial elles sont suivies non-seulement de la disparition du sucre, mais encore de celle du glycogène dans le foie, après celles qui portent au-dessus de ce renflement on trouve le l'oie gorge de glycogène (Cl. Bernard). De là l'bypotlièse que la moelle cervicale non-seulement sert de conductrice aux excitations glycogénésiq\ies, mais en outre contient un centre qui modifie ces excitations et préside à l'accumulation de la matière glycogène dans le foie.

Au-dessous du cou, les sections de la moelle ne paraissent plus influencer la glycémie, sauf dans quelques expériences dues à Schiff ; et il est à supposer que «'est au niveau de la partie su})érieure de la région dorsale que les filets nerveux cherchés quittent la moelle pour passer dans le sympathique. En effet, Marc Laflont a constaté que l'arrachement des trois premières paires de nerfs dorsaux supprimait les effets glycogéniques de l'excitation du bout central des nerfs vagues. De plus, l'excitation des extrémités périphériques des nerfs ainsi arrachés détermine dans le foie une congestion analogue à celle qui succède habituellement à la piqûre du bulbe et qui accompagne la glycosurie. M. Laffont malheureusement ne dit pas si cette faradisation des trois premiers nerfs dorsaux est suivie de glycosurie ou d'hyperglycémie.

Si les premières paires dorsales constituent une voie de transmission, rien ne prouve qu'elle soit la seule. Sans rien retrancher cà la valeur incontestable des expériences de Laffont, il ne faut pas perdre de vue qu'elles n'expliquent ni ne démentent les résultats obtenus par Cyon, Aladoff, François-Franck et d'autres encore. Ainsi, pour Cyon et Aladoff, l'extirpation des ganglions cervicaux ou seulement du dernier suffit à produire le diabète; Eckbardt avait constaté le même fait par la section du ganglion cervical inférieur ou du premier thoracique. De son cùté, Fianck a constaté que la section du nerf vertébral, qui d'après lui contient les vaso-moteurs du foie, suffit également à entraîner le diabète. U semble donc que la voie centrifuge n'est pas aussi étroite qu'on pourrait le croiie au premier abord et que toute une série de filets sortant de la moelle à diverses hauteurs de la région cervicale et de la région dorsale sont susceptibles de transmettre des excitations glycogénésiques.

A mesure qu'on s'approche du foie et que l'on étudie l'action des filets qui se rendent directement à cet organe, la question, au lieu de se simplifier, s'embrouille davantage. La section des splanchniques ne détermine pas de glycosurie, une fois même entre les mains de M. Franck la section du splanchnique gauche a été suivie d'une diminution de la teneur en sucre du sang. La piqûre du quatrième ventricule ou l'extirpation du ganglion premier thoracique ne déterminent plus la glycosurie, lorsque ce nerf a été sectionné. Tout est d'accord jusqu'à présent, et les physiologistes, sauf Schiff et de Graefe, reconnaissent unanimement ces résultats. Mais il existe deux faits contradictoires qui viennent jeter le trouble dans l'esprit : c'est d'une part que l'excitation du bout périphélique du splanchnique ne provoque pas le diabète, et d'autre part que celui-ci ne cesse pas par la section du nerf, lorsque celte opération n'intervient qu'après la piqûre bulbaire ou l'extirpation du ganglion cervical inférieur (Cl. Bernard, Cyon et Aladoff, Eckbardt, etc.). L'incertitude est donc complète. Peut-on essayer d'en sortir en étudiant de plus près non-seulement la voie, mais la nature de

588 GLYCOIIÉMIE.

cette action nerveuse? S'il s'agit d'une influence sccrétoire, c'est-à-dire d'une action portant directement sur les éléments glandulaires ot étrangère aux modifications de la circulation, le seul moyen de vérifier cette action étant de doser le sucre du sang sus-hépatique ou celui de l'urine, les difticullés plus haut signalées restent entières. Mais les physiologistes qui acceptent cette hypothèse, comme M. Yulpian, reconnaissent qu'en outre de l'action sécrétoire il faut faire une large part à l'influence vaso-motrice, et que les modifications circulatoires du foie sont de la plus haute importance dans le prohième de la glycogéiiie. Il est même un point sur lequel tous sont unanimes, c'est que l'activité de la A\bricalion du sucre est en raison directe de l'hyperémie de l'organe; ils ne tombent en désaccoid que sur l'interprétation de celte hyperémie. Pour Laflont, comme pour Schilf, elle est le résultat d'une dilatation active des vaisseaux; ])0ur Cyon et Aladoff, pour François-Franck, elle dépend de la paralysie des nerfs vaso-constricteurs. Cl. Bernard a oscillé entre les deux hypothèses. Explorant le premier un terrain inconnu avant lui, l'enconlrant dans les expériences dont il était l'niiliateur des résultais en apparence contradictoires, il a dû l'orcémenl hésiter, et semblait attendre de nouveaux laits pour prendre parti d'une façon définitive. En faveur de la théorie vaso-dilatatrice, on peut citer les observations deXaffont sur la piqûre bulbaiie et sur l'excitation des premières paires dorsales; eu faveur de la théorie névro-paralytique on signale les résultats de la section ou de l'extirpation des ganglions sympathiques. Les arguments des uns ne sont ])as détruits par les objections des autres, et les faits signalés paraissent de part et d'autre également vrais. La question reste en suspens.

Dans une série de travaux qu'il n'a malheureusement pas publiés, mais dont il a livré les matériaux à M. Lalïoiit, M. François-Franck a cependant jeté sur elle une vive lumière. Suivant ses observations, l'innervation vasculaire de tous les viscères abdominaux est eu rapport avec deux centres ; le bulbe et le plexus solaire; ce dernier est placé sous la dépendance du premier et centralise toute une série de filets nerveux qui partant de la moelle au niveau de chaque paire rachidienne dans toute la région cervicale, toute la région dorsale et une partie de la région lombaire, passent dans les cordons du grand sympathique et viennent lui apporter après un tiajet plus ou moins long l'influence du système cérébro spinal. Si l'on pique le bulbe ou si l'on coupe le can^linn semi-lunaire du plexus solaire, on agit sur toute la circulation abdominale, la congestion est générale dans tous les viscères, l'hyperglycémie est considérable et la glycosurie rapide. Si l'on n'agit que sur quelques-uns des filets d'union entre ces deux centres, on n'aura tpie des effets partiels et tardifs. Tout se réduit, en un mot. à faire laver le foie le plus complétenjent possible par une circulation active. Aussi, après la ligature de l'artère mésentérique qui prive le foie de presque tout apport de sang par la veine porte, la piqûre du bulbe ne détermine pas la glycosurie, et elle la provoque malgré la ligature de l'artère hépatique qui permet une large irrigation du foie par la veine porte. De même, l'énervement des artères mésentériques entraînant la suractivité de la circulation intestinale et par suite un lavage plus actif du foie produit l'hyperglycéniie; de même encore l'énervement de l'artère hépatique. Si ces très-intéressantes expériences n'ont pas complètement tranché la question, elles ont du moins le mérite de la présenter sous un jour tout nouveau; en laisant du lavage du foie par le sang incomplètement désartérialisé la condition principale de l'Iiyper-

GLYCOHÉMIE. Sî<'J

glycémie, elles concordent avec les faits de Pavy, qui a rendu des animaux glycosuriques en injectant dans leur système porte du sang artériel délibriné, alors que l'injection de sang veineux défibriné reste sans résultat. Ces mêmes expériences tendent à interpréter, à grouper un grand nombre de faits restés jusqu'à présent inexpliqués ou contradictoires. Ajoutons enlin qu'en vi-ant non plus seulement le foie, mais la circulation abdominale tout entière, elles replacent peut-être le problème sur son vrai terrain. Préoccupés de l'idée que le foie est le seul organe glycogénique, la plupart des pbysiologistes n'altacbent qu'accessoirement leur attention aux phénomènes étrangers à cet organe et attribuent à une action purement liépatique toutes les modiOcations de la glycémie sans tenir compte des troubles apportés dans les autres viscères. Jusqu'à présent, nous ignorons l'influence que ces troubles peuvent avoir. Même sans contester au foie le monopole de la glycogénie, Franck a montré qu'il ne fallait pas laisser dans l'oubli les organes avec lesquels celte glande a des connexions vasculaires si intimes. 11 a ainsi ouvert une voie qui ne peut être que féconde.

Un peut résumer en quelques lignes les faits acquis au sujet de la glycogénie hépatique. Le toie forme pendant la vie de la glycose aux dépens d'une substance glycogène accumulée dans son parenchyme; c'est aux dépens des aliments azotés, sucrés cl féculents, qu'il renouvelle et entrelient sa provision de glycogène. La transformation de cette matière en sucre se fait régulièrement sous l'influence d'une action réflexe dont le point de départ peut être partout, mais spécialement dans les surfaces sensibles qu'innerve le pneumogastrique, dont le centre de réflexion est au bulbe, dont les voies centrifuges multiples comprennent toutes les origines du nlexus solaire. L'activité de la production sucrée paraît être en relation directe avec celle de la circulation hépatique.

De la glycogène musculaire. Pendant toute la période où les doctrines de Liebig ont dominé la chimie biologique, le tissu musculaire a été considéré, en raison de sa composition chimique, comme se nourrissant exclusivement de substances albuminoides; cl si dès cette époque un physiologiste avait annoncé que ce tissu contient un véritable amidon, il aurait sûrement rencontré plus de doutes que d'approbation. Bientôt cependant les idées nouvelles sur l'équivalence des forces et la transmutation de la chaleur en travail mécanique tirent soupçonner que peut-être l'activité musculaire était due plutôt à la combustion des hydrocarbures qu'à celle des matériaux protéiques dont l'oxydation produit peu de chaleur. « Après quelques expériences peu concluantes de Lehman et de Speck, après quelques essais plus démonstratifs de Bischoff et Vogt, Fick et Wisliccnus résolurent le problème par une expérience demeurée mémorable; les deux physiologistes firent à jeun l'ascension d'une haute montagne des Alpes bernoises eu ayant soin de déterminer la quantité d'urée éliminée par les reins pendant et après l'ascension : le travail développe par cette ascension pouvait être représenté pour l'un des expérimentateurs par 184 287 kilogrammètres; cependant on n'observa aucune augmentation d'urée pendant et après cet exercice musculaire considérable. Le muscle brûle donc des hydrocarbures et des graisses, et non uniquement des albuminoides, pour donner naissance au travail ou à la chaleur (Kûss. Physiologie, 5« édit., p. 95).

Les travaux plus récents sur la chimie musculaire ont confirmé et complété cette déduction. Pionget et Cl. Bernard les premiers reconnurent la présence dans les muscles du fœtus d'une substance glycogène tout à fait analoi^ue à celle du foie; elle y existe même avant l'époque où le foie en contient et n'est

390 GLYCOHÉMIE.

donc point à ce moment un produit élaboré par la glande et transporté par le sang jusque dans les organes contractiles. Plus tard, on a constaté que la glycogène existe dans les muscles de l'adulte : muscles stries (rouges et blancs), muscles lisses, cœur, et fait partie de leur constitution normale. Les origines de cette glycogène ont été moins soigneusement étudiées que celles de la glycogène hépatique. Elle ne disparaît que sous l'influence de l'inanition prolongée, avant celle du foie, suivant Luclisinger, après celle du foie, selon Nasse el Weiss. Elle s'accumule dans les muscles au repos, quelle que soit la cause de leur inaction : repos volontaire, hibernation, paralysie ]tar section nerveuse. Elle diminue par les contractions spontanées ou provoquées, par le tétanos, ainsi que par la ligature de l'artère nourricière du muscle. En un mot, sa consommation paraît èlro un des actes nécessaires (Nasse) ou tout au moins utiles au processus de la contraction musculaire. La proportion de la glycogène varie suivant les muscles : elle peut s'élever jusqu'à 1 pour 100 et même un peu au delcà (Schiffer).

D'autres substances amylacées ou sucrées se rencontrent dans ces organes. Scherer et Limpricht en ont extrait de la dextrine (4 poir lOOOO); Meissner et Henle y ont ti'ouvé de la glycose; Scherer et Cloelta, de l'inosite, sucre inferraentescible, dont la composition est celle de la glycose augmentée de deux atomes d'eau.

En présence d'une si notable quantité de matériaux ternaires, il était naturel de se demander si les muscles ne sont pas une des sources de la glycémie Cl. Bernard répond négativement à cette question : « La matière glycogène du mufcle subit incessamment une fermentation lactique, et c'est là chez l'animal vivant, comme sur le cadavre, la seule transformation de la matière glycogène du muscle » [Leçons sur le diabète, p. 428). Pour résoudre le problème, il a opéré sur un muscle comme sur le foie. Il l'a abandonné à lui-même, et a trouvé au bout de délais très-variables, non pas du sucre, mais de l'acide lactique ; il a comparativement analysé le sang de l'artère principale d'un muscle et celui de la principale veine efférentc et n'a pas trouvé ce dernier plus riche en glycose. au contraire. Il conclut donc que la glycose du sang se détruit dans les muscles comme dans les autres organes, et que la glycogène musculaire donne uniquement de l'acide lactique.

Cependant, dans cette transformation, le sucre semble représenter une phase intermédiaire inévitable. Comment donc ne pouvons-nous pas la saisir? C'est que le passage du sucre à l'acide lactique est trop rapide. Mais, si on retarde post morlem cette métamorphose, on trouve du sucre. Si, par exemple, on lave un muscle de chien, comme dans l'expérience du foie lavé, et qu'après l'avoir abandonné à lui-même ou vienne à l'étudier, on en retire par la cuisson un liquide qui réduit la liqueur de Fehling et qui pai'aît être une sorte de dextrine. Le lavage dans ce cas a enlevé le ferment lactique (Bernard) et permis ainsi au sucre d'apparaître. Si on plonge un cœur de fœtus dans de l'eau alcoolisée, ce liquide au bout de quelques jours contient du sucre.

De tous ces faits CI. Bernard conclut qu'à l'état normal les muscles ne versent pas de sucre dans la circulation et ne contribuent en rien à la glycémie, mais qu'il n'est pas impossible que , dans certains cas pathologiques, comme, par exemple, un ralentissement des échanges organiques sous la dépendance de troubles nerveux, la fermentation soit arrêtée dans sa phase sucrée et que le tissu musculaire devienne ainsi une des sources de la glycémie patho-

GLYCOIIÉMIE. 391

logique. C'est la théorie que Zinimer a développée dans sa paihogénie du diabète.

Glycémie fœtale, glycogénie (jénéralisée. Avant de rechercher si dans l'organisme adulte il peut y avoir d'autres sources de glycose que le foie et peutêtre les muscles, il est bon de rappeler ce qui se passe dans l'organisme en voie de développement. Cl. Bernard, recherchant à quelle époque de la vie intrautérine déljute la fonction glycogénique du foie, reconnut qu'elle n'existe pas dès les premiers temps de la formation de cet organe : la glande est déjà formée au point de vue de son aspect extérieur et elle ne contient pas encore de matière glycogène. La présence de cette matière ne peut être constatée que plus tard, îti peu près au moment où apparaît la sécrétion biliaire. Cependant, même dans cette période d'inactivité du foie, l'urine du fœtus contient normalement du sucre, et l'on peut admettre par suite que la glycémie et même l'hyperglycémie préexistent chez lui à la glycogénie hépatique. Comme on ne saurait admettre que le sang foetal reçoive directement du sang maternel la glycose toute formée, il faut en chercher ailleurs l'origine. Dans certaines plaques de l'amnios,^ dans les cellules du placenta qu'il qualifia de glandulaires, dans la peau et les muqueuses en voie de formation (tube digestif, voies respiratoires, organes génito-urinaires). Cl. Bernard découvrit la présence de la matière glycogène. 11 distingue les tissus en deux catégories : les uns, tissus de revêtement, que nous venons d'énumérer et qui sont pourvus de glycogène; les autres, tissus intérieurs, qui, à l'exception des muscles où cette substance est très-abondante, en sont totalement dépourvus (os, nerfs, glandes). La différence entre ces deux ordres de tissus est tellement nette que, pour les glandes, le parenchyme est privé de glycogène, tandis que l'épithélium de leurs conduits excréteurs en est irès-fuurni. C'est sans contredit de ce glycogène que vient le sucre fœtal.

La fonction glycogénique dans ces divers organes ne serait pas définitive: à mesure qu'elle se développerait dans le foie, elle disparaîtrait graduellement dans le placenta et les autres parties fœtales, et à la naissance ni les poumons, ni les muqueuses ni aucun organe autre que le foie, ne contiendraient de matière glycogène. De tous ces faits Cl. Bernard avait conclu que la fonction glycogénique, diffuse au début, disséminée sur divers points, se concentrait peu à peu dans le foie où sa constitution définitive entraînait sa disparition dans le reste de l'organisme.

Tout en confirmant la plupart de ces faits. Rouget s'éleva contre cette interprétation, li fit d'abord observer, contrairement à l'opinion de Cl. Bernard, que les éléments anatomiques où la réaction iodée fait reconnaître la glycogène n'ont rien de s[jécial. Les cellules glycogéniques du placenta ou de l'amnios ne sont pas des cellules glandulaires; ce sont des cellules épithéliales de revêtement, auxquelles on ne peut attribuer aucune fonction sécrétoire propre. De plus, la présence de la glycogène, de la zoamyline, comme il l'appela, dans un si grand nombre de tissus, lui parut incompatible avec l'idée d'une fonction localisée, particulière à un organe. Enfin, et c'est là le point le plus grave, il établit que la zoamyline se rencontre dans certains tissus, non-seulement chez le fœtus, mais encore longtemps après la naissance et même chez l'adulte. Aussi, d'après lui, la présence de la glycogène ne serait point liée à une fonction, à une sécrétion particulière, mais à la nutrition même ou au développement de certains organes. Si un élément anatomique fabrique du sucre, ce n'est pas dans le but de doter l'organisme d'un produit qui lui est nécessaire, c'est par

592 GLYCOHÉMIE.

suite de son évolution naturelle; et le sucre ne doit être regardé que comme un produit d'excrétion, de désassimilation analogue à l'urée. Le moment n'est pas encore venu pour nous de discuter ces théories, mais il nous faut dès à présent vérifier si en réalité la présence de la glycogène peut se retrouver dans les organes adultes, s'il peut s'y former du sucre, si, en un mot, la glycémie a des sources autres que celles qui ont déjà été étudiées, c'est-à-dire le foie et le système musculaire.

On ne saurait contester aujourd'hui qu'une substance glycogène analogue à celle du foie se rencontre dans bien des organes oîi Cl. Bernard en avait nié l'existence. L'assertion de Rouget que cette matière existe dans les cellules épilhéhales du vagin et de l'utérus chez l'adulte, dans les enduits buécaux chez les enfants, n'a pas été infirmée. Au contraire, elle semble renouvelée et développée dans une thèse récente de Schiele (Berne, J880) que nous regrettons de n'avoir pas eue entre les mains. Sans doute on est revenu des exagérations de Luys, qui avait cru que des grains de fécule se produisent incessamment à la surface cutanée, et l'on interprète tout autrement le fait qu'il avait exactement observé. Mais on considère la zoamyline comme faisant essentiellement partie de la constitution des tissus de revêtement chez l'homme, de même que la chitine (cellulose animale) entre dans la composition de la carapace des tuniciers. Mais ce n'est pas seulement dans ces organes extérieurs, ce serait dans les parenchymes glandulaires eux-mêmes, dans la rate, dans le pancréas, dans le cerveau (Pavy), en un mot, dans la plupart des organes, que des recherches nouvelles sont parvenues à déceler la substance glycogène; et cette diffusion que Cl. Bernard n'avait admise que comme transitoire chez le fœtus, par exemple, ou chez les mollusques au moment de la mue, serait au contraire le fait normal et permanent chez la plupart des animaux.

Enlîn Pavy l'aurait rencontrée dans le sang même. Bernard avait d'abord pensé que la glycogène ne pouvait exister dans le sang, qu'au contact de ce liquide elle subissait fatalement la transformation sucrée. Dans les derniers temps de sa carrière, comme en fait foi plus d'un passage de ses leçons sur le diabète, il avait rectitié cette première assertion et reconnu que le sang pouvait contenir une faible quantité de glycogène. Mais pour Pavy ce fait, loin d'être accidentel ou sans importance, serait absolument la règle. Voici comment il procède pour s'en assurer : après avoir épuisé par des lavages à l'alcool et des filtrages répétés une certaine quantité de sang défibriné, il prend le résidu qui n'a plus aucune des réactions du sucre, le traite par l'acide sulfurique et la chaleur, et dès lors ce résidu peut réduire la liqueur cupro-potassique ou cupro-ammoniacale et présente tous les caractères d'une solution sucrée. En calculant la quantité de glycogène que peut contenir le sang d'après le chiffre de la glycose ainsi formée, on obtient pour 39 analyses une moyenne de 0,616 pour 1000. Pavy estime que la glycogène ne subit au contact du sang aucune modilîcation significative en sucre et qu'elle y reste jusqu'à un certain point comme élément normal.

Il n'y a rien à conclure de ces faits, sinon qu'on doit apporter dans l'étude de la glycémie la plus extrême réserve. S'ils sont vrais, et rien jusqu'à présent ne vient démontrer qu'ils sont inexacts; s'ils sont vrais, disons-nous, ils ne suffisent pas sans doute à prouver que du sucre se forme dans tous les organes. Cependant on est bien en droit de se demander à quel usage sert tout cet amidon animal, s'il ne S8 transforme; et s'il se transforme, quelles modifications il peut subir

GLYCOHÉMIE. 395

où il ne soit pas obligé de passer par une phase sucrée. Y aurait-il dans tous les organes à glycogène des phénomènes chimiques rappelant ceux que nous avons étudiés dans les muscles? L'étape du sucre serait-elle si rapidement franchie qu'on ne pourrait la surprendre ? Nous l'ignorons. Les hypothèses les plus diverses peuvent être mises en avant: elles ne rencontreront pas encore assez de faits ni pour être vérifiées, ni pour être démenties.

Variations physiologiques de la glycémie. Un a évalué à 2 kilogrammes la quantité de sucre versé dans le sang, pendant vingt-quatre heures (Bouchard). Ce chiffre ne représente qu'une moyenne, calculée d'après le débit, supposé connu, de la veine cave inférieure, et dans l'hypothèse que tout le sucre vient du foie. On voit par là qu'il est sujet à discussion. Il est regrettable qu'on ne puisse l'établir sur des bases plus sûres, car il serait d'un grand secours pour fixer avec netteté les oscillations physiologiques de la glycémie. Ces oscillations sont eu rapport avec la plupart des grandes fonctions : digestion, respiration, circulation, lactation.

Influences digestives. Bien que le sang ne lire pas directement des aliments la glycose, ceux-ci n'en sont pas moins les matériaux de formation de la glycogène, et l'on comprend par suite que la glycémie offre des rapports assez intimes avec la digestion. L'abstinence élève d'abord légèrement le chiffre du sucre, puis elle le fait graduellement diminuer, à mesure que la provision de glycogène s'épuise dans les divers organes (foie et muscles) ; et le moment oîi le sucre disparaît complètement précède de très-peu celui de la mort. Alors même que la privation d'aliments est récente, la piqûre du bulbe ne produit plus ses effels habituels, ou du moins l'hyperglycémie qui eu est la conséquence s'élève rarement assez pour déterminer la glycosurie. De là le conseil de Cl. Bernard de toujours exécuter cette expérience sur un animal bien nourri et en digestion. C'est en effet à ce moment-là que la formation glycogénique dans le foie est le plus active ; et bien que la proportion de sucre dans les vaisseaux sus-hépatiques soit à peu près constante, on observe toujours une légère augmentation de deux à trois heures après le repas. C'est à ce moment que la différence entre le sang sus-hépatique et le sang porte est le plus marquée. A l'état de jeûne, ce dernier est le plus pauvre en sucre de tout l'organisme, après un repas de fécules ou de sucre, il est le plus riche, car alors il mène au foie les produits sucrés de la digestion, sous forme de glycose. Mais le foie les arrêtant au passage ne laisse pénétrer dans la circulation qu'une quantité de sucre régulièrement dosée. Lorsque la veine porte est oblitérée par une ligature, lorsque son écoulement est arrêté comme dans la cirrhose, le sang veineux qu'elle charrie, dévié de son cours naturel, passe dans la circulation générale par les anastomoses sans avoir été élaboré par le foie. Dans ces conditions, lorsque l'animal ou le malade ont ingéré une forte quantité de glycose, tout leur sang se trouve brusquement chargé d'un excès de sucre; et la glycémie qui dépend alors directement de l'alimentation atteint pour quelques heures un chiffre Irès-élevé, la glycosurie peut mçme se produire (Bernard, Lépine, Colrat, Couturier, Robineaiid). Même à l'état tout à fait normal, lorsque l'on a fait avaler à un animal une très-forte quantité de sucre de canne, que le suc intestinal rend absorbable en le transformant en sucre interverti (mélange à parties égales de glycose dextrogyre et de lévulose), on peut observer l'hyperglycémie et la glycosurie passagères. Le chien est l'animal sur lequel on peut le plus facilement faire cette expérience avec succès. L'excès de sucre dans la grande circulation peut être dû soit à l'impossibilité

394 GLYCOIIÉMIE.

où se trouve le foie d'arrêter et de transformer en glycogènc une trop forte quantité de glycose, soit à des reflux qui s'opèrent de la veine cave vers la veine porte à travers le foie et qui, suspendant ou ralentissant le cours régulier de la circulation dans celte dernière, forcent le snng à passer par les anastomoses dans la grande circulation, comme dans les cas de ligature ou de cirrhose (Oernard).

Influences respiratoires, glycémie asplnjxique. Chez un sujet bien nourri, la proportion de sucre dans le sang reste toujours la même et la différence tend à s'effacer entre la teneur respective des sangs veineux et artériel. 11 suffit pour troubler cet ordre de choses de provoquer certains désordres lespiratoires, et suivant la nature de ces désordres on verra le sucre diminuer ou augmenter; ce dernier fait est la preuve évidente que la glycémie n'est pas liée à l'alimentation. A. Reynoso avait entrepris celte étude, mais dans des conditions d'investigation défectueuses; M. Dastre l'a reprise avec plus de précision et de succès; il est arrivé aux résultats suivants. L'asphyxie rapide détermine l'hyperglycémie ; l'asphyxie lente, l'hypoglycémie. Grâce au dispositif de ses expériences où il a procédé aussi bien par simple dépression que par confinement, on peut affirmer que la surcharge du sang par l'acide carbonique n'est pas la cause de ces phénomènes, et qu'il faut les attribuer uniquement à la privation d'oxygène. Dans l'asphyxie rapide, l'hyperglycémie est due à l'excitation du foie par le sang désoxygéné; dans l'asphyxie lente, l'hypoglycémie est le résultat de l'épuisement des réserves sucrées. 11 est regrettable que l'auteur n'ait pas fait la contrepartie de ce premier travail et n'ait pas étudié l'influence de la suroxygénatiou du sang; cette étude n'eût pas manqué de donner des résultats pleins d'intérêt.

Influence des hémorrhacjies. Les pertes de sang font varier le chiffre de la glycémie : ce fait ne doit jamais être perdu de vue dans les expériences, car les dosages du sucre ne peuvent se foire que par des prises successives de sang, et si l'hémorrhagie ajoute son influence propre à celle des agents dont on étudie l'action (excitations nerveuses, ligatures, aneslhésies, etc.), on conçoit de quels éléments complexes le chiffre trouvé représente la résultante. Aussi est-il absolument nécessaire de faire des contre-expériences : si, par exemple, on cherche l'influence de l'asphyxie rapide, recherche qui exige des prises de sang peu abondantes, mais répétées à courts intervalles, on devra prendre deux chiens dans les mêmes conditions; un seul sera soumis à l'asphyxie, mais à tous \tà<. deux, aux mêmes moments on prendra les mêmes quantités de sang ; les dosages exécutés chez l'un donneront les variations de la glycémie par le fait seul des liémorrhagies, et leur comparaison avec les dosages exécutés chez le second permeltiont d'établir l'action propre de l'asphyxie. D'après Cl. Bernard, « quand l'animal a éprouvé des pertes de sang modérées, on voit généralement augmenter la quantité absolue du sucre, ainsi que les diflérences entre le sang artériel et le veineux. Quand l'animal a éprouvé de grandes perturbations par suite d'opérations ou d'hémorrhagies successives, l'égalité au point de vue du sucre tend à s'établir dans les divers vaisseaux sanguins. » L'augmentation du sucre peut même être telle qu'il survient de la glycosurie. Ces résultats généraux ne sont pas d'ailleurs assez précis pour permettre de prévoir quelle sera dans un cas particulier l'influence des liémorrhagies : la quantité de sang perdu, le délai qui s'est écoulé entre les diverses prises de sang, le poids de l'animal, l'état de jeune ou de digestion, peut-être même la sensibilité des réactions nerveuses, sont autant de données qui font varier les conditions du problème :

GLYCOIIÉMIE. 5i)5

car « la glycémie, ainsi que toutes les autres propriétés des liquides et des tissus, manifeste une oscillation physiologique incessante, une soile d'équilibre instable perpétuel, en rapport avec la mobilité des phénomènes vitaux. »

Glycémie des nourrices. A ces oscillations normales de la glycémie se rattache la question de la glycosurie physiologique des nourrices. Eu 185G, M. Blot fit connaître à l'Académie de médecine que l'urine des nourrices et de certaines femmes dans les derniers temps de la grossesse contient du sucre^ que ce fait, loin d'être chez elles exceptionnel et pathoIogi([ue, est nu contraire constant et normal, et que même on peut juger la valeur d une nourrice à la quantité de sucre que contient son urine. Les recherches avaient été faites à l'aide de la liqueur de Fchling, de la potasse caustique, de la fermentation, du polarimètre, et semblaient tout à la fois mettre hors de doute la glycosurie des nourrices et l'assimiler absolument à la glycosurie des diabétiques. M. Leconle contesta cependant le résultat des recherches de M. Blot et attribua à un excès d'acide urique toutes les réactions oi)scrvées par ce dernier. Les recherches ultérieures de \Yiederhold, Schunk, Riedel, Kirschten, Briicke, hvanolf, I.ouvet, de Sinéty, Johannowsky, Kaltenbach, ont donné en grande partie raison à M. Blot et établissent dans les termes suivants la question de la glycosurie physiologique des nourrices. Cette glycosurie est une sorte de diabète par résorption; elle existe toutes les fois que le lait sécrété ne i)eut s'écouler au dehors, ou plutôt toutes les fois qu'il v s « rupture de l'équilibre entre la production et la dépense de la glande mammaire » (de Sinéty). Aussi voit-on cette glycosurie survenir surtout au moment de la fièvre de lait, ou bien lorsque la lactation est suspendue brusquement par suite d'une maladie locale. Si la suppression du lait est due à une maladie générale grave, la glycosurie fait défaut, car dans ce cas c'est la sécrétion et non l'excrétion du lait qui est entravée. Le sucre contenu dans l'urine des nourrices n'est pas de la glycose. mais de la lactose, c'est-à-dire cette variété de sucre que seule dans l'organisme la glande mammaire sait fabriquer. Comme dans tout autre cas, l'apparition du sucre dans ce liquide est la conséquence de sa présence en quantité exagérée dans le sang : sur deux chiennes dont il avait supprimé l'allaitement, de Sinéty a constaté une hyperglycémie qui a duré quelques jours. Cet auteur ne dit pas malheureusement si le sucre trouvé en excès dans le sanc; est de la "Ivcose ou de la lactose. Mais, puisque l'urine contient de la lactose, on ne s'expliquei'ait pas que l'hyperglycémie ne fût pas due à cette variété de sucre.

Influence des toxiques sur la glycémie. L'introduction dans l'économie de certaines substances toxiques modifie le chiffre du sucre hématique. L'arsenic pris à doses suffisamment fortes et prolongées détermine l'hypoglycémie et empêche la piqûre du bulbe de produire. sur la glycogénie ses effets habituels. Les inhalations d'étherou de chloroforme peuvent au contraire être suivies d'une glycosurie passagère ; on a cru pouvoir dans ce cas incriminer l'asphyxie; mais certains auteurs ayant fait observer que l'oxygène du sang peut n'être nullement diminué par les inhalations de chloroforme, cette interprétation parait devoir être rejetée. L'empoisonnement par le curare est également suivi d'une glycosurie ou tout au moins d'une hyperglycémie passagère; mais ce résultat a été interprété de trois façons différentes. Pour Cl. Bernard, qui l'a le premier constaté, il s'agit d'une action spéciale de la substance sur le système nerveux. Schirf d'un côté, Dastre d'un autre, rendent responsables les troubles respiratoires. On sait qu'il e^t impossible de conserver vivant un animal curarisé sans

596 GLYCOIIÉMIE.

lui faire la respiration artificielle. D'après Schiff, c'est à rinfluence même de cette respiration qu'il faut attribuer le diabète; mais Cl. Bernard fait observer que le curare peut rendre un lapin diabétique avant qu'on ail commencé la respiration artificielle. Pour Daslre, « le diabète curarique n'est qu'une forme du diabète asphyxique >) ; toutes les fois qu'en pareil cas le sang contient moins d'oxygène, il contient plus de sucre, et l'on est maître de déterminer l'hyperglycémie et la glycosurie en ralentissant le jeu de l'appareil de la respiration artificielle. Ces résultats, ou plutôt ces interprétations si peu semblables, appellent le contrôle d'expériences nouvelles : provisoirement nous laisserons le diabète curarique au nombre des diiibètes toxiques, ^ous rappellerons seulement qu'il ne peut être facilement produit, ainsi que l'a montré Cl. Bernard, que chez un animal bien portante! en digestion; cette condition est d'ailleurs nécessaire dans la plupart des cas où l'on veut déterminer un diabète artificiel. Chez un sujet à jeun, on peut obtenir l'hyperglycémie, mais assez rarement la glycosurie. Ce ne sont pas les seules substances capables de produire de pareils effets : « Bernard asignalé l'oxyde de carbone; Kùlz,lamétyldelphinine;F.-A. Hoffmann, le nitrite d'amyle; Naunyn, l'acide chlorhydrique; Pavy, l'acide pliosphorique; Almén, la térébenthine; Rosenbach, le sublimé; et j'ai moi-même observé la glycosurie dans l'empoisonnement mercuriel; Leconte, le nitrate d'urane; Levinstein, Eulenburg, Eckhardt, la morphine; Feltz et Ritler, Levinstein, l'hydrate dechloral; Goitz, l'acide lactique ingéré en grande quantité » (Bouchard).

Modifications pathologiques de la glycémie. Les maladies peuvent comme les substances toxiques influencer la glycémie. L'étude de ce point est malheureusement à peine ébauchée. La saignée a été peu à peu proscrite de la pratique médicale depuis l'époque où la présence du sucre a été reconnue dans le sang, de telle façon qu'il est actuellement difficile de pouvoir faire sur cette question une série de recherches suffisantes.

Certaines affections diminuent la teneur en sucre; de ce nombre sont en général les inflammations. Il est probable que les lésions destructives du foie (cirrhose, cancer, etc.) doivent agir dans le même sens et diminuer le sucre, comme elles diminuent l'uiée; mais ce n'est là pour ainsi dire qu'une vue théorique, que l'examen direct n'a pas suffisamment encore sanctionnée.

Dans d'autres cas, le sucre est augmenté dans le sang. Sans nous préoccuper encore de la pathogénie de ces affections, il est une question préalable qu'il importe d'élucider : la glycose pathologique est-elle la même que la glycose physiologique? Pour les Anciens, qui méconnaissaient la glycémie normale, cette question ne se posait même pas; les premiers auteurs qui, après Cl. Bernard, étudièrent le diabète, acceptèrent sans la contrôler l'identité du sucre dans ces circonstances si différentes; et en réalité il semble bien en être ainsi. Cependant Cantani a cru pouvoir édifier toute une théorie sur l'opinion opposée : d'après lui, les diabétiques présentent dans leur urine une glycose semblable à celle du sang normal, .mais leur sang contient une glycose différente, paraglijcose, qui se distingue par ses réactions polarimétriques et qui se transforme en vraie glycose au moment de son passage à travers le filtre rénal. Cette hypothèse que l'auteur étaie de l'analyse du sang de quatre diabétiques a été refutée par Bernard, qui a donné expérimentalement et cliniquement la preuve du contraire. Cependant on ne saurait nier que Cantani ait ouvert une voie nouvelle ; si dans la plupart des cas le sucre diabétique est identique au sucre normal du

GLYCOHÉMIE. 397

sang, peut-être n'en esl-il pas toujours ainsi. Il existe des faits incontestables d'inosurie soit permanente, soit alternante avec la glycosurie. Si de pareils cas étaient fréquemment constatés par des observations précises, il faudrait en tenir compte dans la pathogénie du diabète. Dans la généralité des cas cependant le sucre pathologique est identique à celui du sang normal.

L'hyperglycémie est la lésion fondamentale de tout ce groupe d'affections qu'on englobe sous le nom de diabète sucré. Elle donne au sang des caractères particuliers, entre autres un défaut de coagulabilité que tous les auteurs sont d'accord à signaler. Elle entraîne comme conséquence de l'imprégnation des tissus par le sucre un grand nombre de lésions que l'on trouvera soigneusement décrites dans l'arlicle Diabète. Elle peut aboutir à des décompositions ou à des modiiications chimiques du sang, dont la plus grave et la plus curieuse est l'acétonémie. Mais elle n'est elle-même que le résultat de troubles plus profonds portant sur les fonctions glycopoétiques, et l'aclion et le mécanisme de ces troubles qui font l'objet de la pathogénie du diabète sont loin d'être encore suflisamment connus. Nous verrons plus loin les diverses théories qui ont été pi'oposées et que nous ne pourrons aborder qu'après avoir épuisé l'étude de toutes les questions relatives à la glycémie.

Certaines affections, sans déterminer l'hyperglycémie permanente qui caractérise le diabète véritable, peuvent momentanément se compliquer de glycosurie, c'est-à-dire provoquer un accroissement temporaire du sucre du sang. C'est ainsi que dans divers cas d'épanchemcnt pleurétique, de lièvre typhoïde, de ilmmatisme articulaire aigu, d'insuflisauce aortique, M. Marc Laffont a trouvé des proportions variables de sucre dans l'urine. Les suppurations prolongées, les gangrènes étendues, la cachexie palustre, comptent souvent la glycosurie au nombre de leurs symptômes. La dilliculté est grande de savoir quelle est en p;ireilles circonstances la cause vraie de ces hyperglycémies; si quelques-unes (pleurésie, pneumonie) peuvent être assimilées à la glycémie aspbyxique, la plupart sont d'une interprétation fort obscure. Les troubles circulatoires, les excitations nerveuses, les altéiations du sang, les lésions parenchymateuses des organes glycopoétiques, se rencontrent à des degrés divers réunis chez les sujets qui présentent ces glycosuries, dont une interprétation exacte ne saurait être actuellement établie.

Bock a signalé récemment la présence du sucre dans plusieurs liquides pathologiques (épanchements pleurétiqi^es, ascite, sérosité tie l'œdème) en proportion plus forte que dans le sang normal chez des sujets qui n'étaient nullement diabétiques. Quincke, sur six ponctions pratiquées chezun cirrhotique, a trouvé quatre fois du sucre dans le liquide de l'ascite. Nous-mème, ayant analysé ou fait analyser à trois reprises le liquide ascilique d'un cirrhotique dans le service de M. le professeur Pitres, nous avons pu retrouver du sucre en quantité lliible, mais appréciable. Ces fail s ne sont pas sans quelque importance. Se rattachent-ils à une augmentation de la glycémie insuffisante pour provoquer la glycosurie? C'est peu probable, puisque la cirrhose doit plutôt abaisser qu'élever le chiffre du sucre. Dans les cas de cirrhose, on peut supposer peut-être que le sérum exhalé, provenant des vaisseaux porte, se trouve riche en sucre grâce aux produits de la digestion qu'il charrie avec lui, et que c'est à cette circonstance que l'on doit la présence de la glycose dans certaines ascites. C'est possible, mais cette interprétation ne saurait s'appliquer aux cas où il s'agit d'œdème des membres ou de pleurésie. Y aurait-il alors une production locale de sucre indé-

598 GLVCOHÉMIE.

pendante de l'état du sang? Les lissas malades reprendraient-ils alors leur propriété glvcogénique embryonnaire? C'est à des études plus complètes qu'il -cippaitient de décider à laquelle de ces hypothèses il convient de se ranger ou plutôt s'il n'est pas nécessaire d'en formuler d'autres.

Destruction du suceie dans l'organisme. Nous avons recherché la présence du sucre dans le sang, nous en avons étudié l'origine et les oscillations. 11 nous faut maintenant déterminer comment il disparaît. Eu effet le foie, et dans certaines conditions d'autres org.ines, versent continuellement du sucre dans la circulation, et cependant le chiffre de la glycose hématique reste à peu près constant. Cetétatnepeut s'expliquer que par une destruction ou une élimination <lu sucre égale à la production. A l'état normal le sucre n'est pas rejeté de l'organisme en nature. On ne constate sa présence dans aucune sécrétion, ou du moins il n'y apparaît que rarement et en petite quantité. C'est ainsi que lïrùcke, Pavy et quelques autres, pensent qu'il en existe dans l'urine. Mais la difficulté même du dosage prouve que, si le fait est vrai, la proportion de glycose e>t si minime qu'elle est réellement de nulle importance, et que le rein ne peut' à aucun titre être considéré comme le point d'écoulement du sucre contenu dans le sang. Plus récemment on en a trouvé quelques traces dans la hile; la même réflexion s'ap[)lique à cette découverte. Il paraît plus vraisemblable d'admettre avec Cl. Bernard que les glandes ne sont pas chargées physiologiquenient de l'élimination du sucre, mais que dans certaines conditions non encore déterminées d'alimentation, de pression vasculaire, et peut-être d'excitation nerveuse, elles peuvent enlever au sang un peu de sa glycose, alors même que celle-ci ne dépasse pas ou dépasse de très-peu le taux normal. 11 est bien entendu que ces considérations ne s'appliquent qu'à la glycémie physiologique. Lorsque dans le diabète spontané ou artificiel l'hyperglycémie atteint ou surpasse le chiffre de 3 pour 1000, alors le sucre s'échappe par le rein d'abord, puis par tous les émonctoires; il imprègne les tissus dont il modifie la composition et le fonctionnement. Mais dans tous ces phénomènes l'excès seul de la glycose est en jeu, et ils n'ont rien de commun avec la disparition du sucre dans un organisme sain.

Puisqu'il n'est pas éliminé en nature, il doit être détruit. Où et comment s'opère cette destruction? Tel est le double problème qu'il nous faut résoudre. En se fondant sur la différence de la teneur du sang veineux et du sang artériel. Cl. Bernard a pensé que le sucre disparaît au niveau des capillaires de la circulation générale. Mering et Pavy sont à peu près les seuls qui aient contesté la justesse de ces résultats et soutenu que la proportion est égale dans les deux sangs. Nous avons vu plus haut les objections et les réserves qui ont été formulées. Cl. Bernard lui-même n'avait pas toujouis professé cette théorie; il avait supposé après ses premiers travaux que le sucre disparaît dans les poumons, opinion qui a été adoptée par Alvaro Reynoso et par Jaccoud. Il est de fait que chacun peut citer des résultats en faveur de sa doctrine : si, d'un côté, la plupart des dosages montrent l'infériorité en sucre du sang veineux par rapport au sang artériel, si Chauveau a trouvé une égalité parfaite entre le sang de l'artère et celui de la veine pulmonaii'e, il n'est pas moins vrai que dans la plupart des dosages cités par Cl. Bernard on trouve une différence des plus notables entre la teneur du sang des deux ventricules, l'infériorité appartenant au ventricule gauche, et que même, dans quelques cas, le sang artériel a été moins riche que le sang veineux. En présence de ces contestations, en présence

GLYCOHÉMIE. 599

(les faibles différences signalées qui dépassent rarement 50 centigrammes pour 1 000 et qui sont calculées d'après des quantités minimes de sang, en présence aussi des difficultés de dosage et des innombrables chances d'erreur, nous ne pouvons, malgré la grande autorité de Cl. Bernard, nous décider à considérer la <juestion comme résolue et nous préférons attendre de nouvelles lumières.

Si ce premier point est encore en litige, il est dif(icile de bien élucider le second: le mode de destruction. On a cependant tente de le faire. A. Reynoso, guidé par des idées théoriques et par son opinion sur le lieu de la destruction du sucre, avait pensé que le sucre disparaît par oxydation, ce qui serait en somme d'accord avec les faits plus récemment observés de glycémie asphyxique (Dastre), de glycosurie chez les vieillards dont le poumon atrophié est devenu insuffisant (Dechamhre), de diminution dans la quantité quotidienne d'oxygène absorbé par les diabétiques (Voit et Petteukofer). Mais ce ne sont que dts arguments tbéoriques, auxquels on peut en opposer d'autres tirés des mêmes faits. Qu'importe que l'apparition du sucre en excès dans le sang coïncide avec une désoxygénation plus ou moins forte de ce liquide, si on ne prouve pas en ^ même temps que dans ces conditions il n'y a pas excès de production? Dans un pareil problème il y a deux termes à établir : la quantité produite et la quantité détruite. Toute opinion qui ne voit que l'une des deux est attaquable au nom de l'autre. C'est ce qu'a très-bien compris M. Bouchard qui a cherché à établir son opinion de la façon suivante : la quantité d'oxygène absorbée en un jour est de 850 gramme? ; la quantité de sucre détruite dans le même temps, et calculée d'après la différence des sangs artériel et veineux et le nombre des révolutions circulatoires totales, est de 2 kilogrammes environ; le poids d'oxygène nécessaire pour transformer toute cette glycosc eu eau et en acide carbonique est un peu supérieur à 2 kilogrammes, c'est-à-dire dépasse de beaucoup la quantité d'oxygène quotidiennement consommée. Donc, alors même qu'une partie du sucre disparaît par oxydation, il est matériellement impossible que la totalité subisse ce mode de destruction, puisque tout le gaz respiré n'y suftirait pas. Le procédé est à coup sûr ingénieux, mais les données sur lesquelles sont établies les conclusions sont-elles inattaquables? On connaît sans doute par l'observation directe le poids de l'oxygène respiré par vingt-quatre heures. Mais le nombre des révolutions du sang, mais la différence des deux sangs veineux et artériel, ne sont-ils pas sujets à contestation? Tant que ces points ne seront pas mis hors de doute, la méthode, si bonne en elle-même, proposée par Bouchard, ne sera pas applicable.

Si le sucre ne disparaît pas par oxydation, par quel procédé est-il détruit? Petteukofer et Voit pensent qu'il subit dans le sang des transformations inconnues et qu'il est éliminé sous forme d'eau et d'acide carbonique par la respiration. Blondeau et Hudson Fort croient qu'il passe à l'état d'acide lactique et de lactate de soude, sous l'influence d'une' fermentation dans laquelle les globules sanguins joueraient un rôle important. Pour Cl. Bernard enfin, il servirait à la nutrition des tissus en se détruisant dans les capillaires sous l'influence d'une fermentation. Cette hypothèse d'une fermentation n'ajoute rien, il nous semble, à la question. Tous les actes nutritifs d'assimilation et de désassimilation ne sont-ils pas en effet de^véritables fermentations? Lorsqu'un microbe mis au contact d'un liquide le fait fermenter, que fait-il, sinon lui emprunter les éléments nécessaires à sa nutrition et à sa reproduction, et provoquer par la soustraction de ces éléments des décompositions et des dédoublements dans ce liquide? Lorsqu'une cellule vivante puise dans le sang les matériaux qui lui

400 GLYCOHÉMIE.

sont nécessaires pour vivre et fonclionner, n'agit-elle pas d'une façon tout à lait analogue au ferment ? Le microbe dans ce cas, la cellule dans l'autre, se nourrissent aux dépens du liquide qui les baigne. Les processus sont analogues, sinon identiques ; et c'est peut-être faire une distinction subtile que de vouloir à toute force isoler les ferments dans notre organisme. Pourquoi la cellule même ne serait-elle pas le ferment? Ce qu'il- faudrait rechercher, si réellement, comme le dit Bernard, le sucre sert à la nutrition des tissus, ce serait quels organes, quels tissus, quels éléments anatomiques en consomment le plus, quelles sont les circonstances qui activent ou ralentissent cette consommation. Mais la science est loin d'être assez avancée pour aborder ces études ; et le problème du mode de destruction du sucre, comme celui du point précis de cette destruction, reste encore en suspens.

Rôle physiologique du suciie da>s l'économie. Théories pathogéniques du DiADÈTE. Les pages qui précèdent ont été surtout consacrées à l'étude des faits ; , les hypothèses n'y ont tenu que peu de place. Le moment est venu de faire la synthèse des notions acquises et d'étudier si elles justifient les théories émises pour expliquer le rôle physiologique du sucre dans l'organisme et, question connexe, la palhogéiiie du diabète sticrr. La présence du sucre dans Torganisme a été interprétée de bien des manières différentes : pour les uns, elle s'explique par les phénomènes de l'absorption intestinale, pour les autres la glycose est un produit de l'organisme, mais ceux-ci sont loin d'être d'accord entre eux, et tandis que pour certains elle est un produit purement pathologique, d'autres la considèrent comme une substance utilisable, destinée à la nutrition des tissus et, pour parler le langage classique, récrémentitielle, et les troisièmes enfin comme un résidu, comme un déchet, comme une matière excrémentitielle. Les théories, on le voit, sont nombreuses. Encore faut-il ajouter que chacune de celles que nous avons énumérées comporte plusieurs variétés, de telle façon que le nombre total ne serait pas inférieur à trente-sept.

On ne saurait dès à présent admettre dans son intégrité primitive la théorie alimentaire. Les faits sont trop précis à cet endroit. Le sucre hématique vient si peu de l'alimentation féculente ou sucrée que le premier effet de l'abstinence est d'élever légèrement le taux de la glycémie. Mais ce qui est faux de l'état physiologique ne pourrait-il pas être vrai de l'état pathologique? En d'autres ternies, dans le diabète, l'hyperglycémie ne pourrait-elle pas être due à une introduction exagérée de sucre par les voies digestives? Cette supposition appartient à Bouchardat; pour lui les sucs digestifs du diabétique transforment trop rapidement en sucre les substances amylacées de l'alimentation. De là entrée dans le sang d'une quantité exagérée de glycose, hyperglycémie, glycosurie, diabète (théorie gastro-intestinale). Si certains faits cliniques semblent venir à l'appui de celte théorie en montrant que la suppression de tout aliment féculent ou sucré fait disparaître la glycosurie, d'autres peuvent au contraire être cités où un régime alimentaire purement azoté n'a nullement modifié les symptômes de la maladie. La théorie est donc au moins insuffisante.

Toutes les hypothèses relatives au diabète, qui considèrent la glycémie comme un phénomène absolument anormal, sont condamnées d'avance par les faits que nous avons étudiés et qui paraissent si clairement démontrer l'existence de la glycémie normale. Nous les rappellerons cependant brièvement :

1" Pour Pavy et pour Scliiff, la glycogène contenue dans le foie ne doit pas se

GLYCOllÉMIE. ^01

transformer en sucre à rétat physiologique, parce que pour le premier le ferment nécessaire à celte métamorpliose est tenu par l'influence du système nerveux cà l'écart de cette glycogàne, et que pour le second ce ferment n'existe pas. Mais, quand cette influence s'affaiblit ou disparaît, ou bien quand l'arrêt partiel ou général de la circulation permet au ferment de se produire, la transformation delà giycogène en glycose s'opère : de là l'apparition du sucre dans le foie après la mort ou du diabète pendant la vie. Sans relever ce qu'il peut y avoir de bizarre dans l'isolement où le système nerveux tient ce ferment ou dans sa naissance spontanée à l'occasion d'un simple arrêt du sang, nous nous bornons à renvoyer aux analyses si nombreuses et si concordantes, qui ont toujours constaté la présence du sucre, sinon dans le foie, du moins dans le sang recueilli chez l'animal vivant.

2" Popper a attribué la glycémie diabétique à un tout autre mécanisme : le suc pancréatique à l'état normal aurait pour fonction de dédoubler les graisses en glycérine et en acides gras qui, transportés au foie, s'uniraient à la matière giycogène pour former l'acide cholalique. Lorsque ce suc est altéré ou fait défaut, le dédoublement n'a pas lieu et la giycogène se transforme en sucre (théorie pancréatique). Cette evplication qui a pour elle les nombreux cas d'atrophie du pancréas chez les diabétiques (Lancereaux, Lapierre) n'a jamais été, croyons-nous, vérifiée par la constatation de l'acide cholalique dans la bi!e des diabétiques. Elle nous paraît contredite par ce seul fait qu'un individu sain privé d'aliments gras ne devient pas diabétique ; enfin de nombreuses expériences ont été faites chez le lapin et démontrent que la ligature du canal de "Wirsung suivie de l'atrophie complète du pancréas n'amène pas la glycosurie (Arnozan et Vaillard, 1881; Rémy, 1882).

Ces deux théories, celle de Popper comme celle de Schiff et de Pavy, ont le grave défaut de s'appuyer sur la négation d'un fait reconnu comme vrai : la glycémie physiologique. On ne saurait faire le même reproche à l'hypothèse de Zimmer qui reconnaît au sucre diabétique une origine tout à fait morbide, mais ne nie pas pour cela la présence normale du sucre dans le sang. C'est dans une nutrition anormale des muscles, dans une transformation anormale de leur giycogène, que la glycose diabétique aurait sa source. La grande fatigue musculaire qui est un des premiers degrés du diabète, la disparition de la glycosurie par une gymnastique méthodique, pourraient dans certains cas apporter à celte opinion un appui indirect. Ajoutous que Cl. Bernard ne la réfutait pas d'une façon formelle {voy. plus haut : Glycogénie musculaire), et qu'il ne voyait ni preuves à en donner ni objections pour la réduire à néant. On ne saurait qu'imiter la réserve du graud physiologiste.

C'est par ses propres théories que nous commencerons à étudier celles qui rattachent le diabète à la glycémie normale et doivent par conséquent se préoccuper tout d'abord du rôle du sucre dans l'organisme sain. D'après Gl. Bernard, la glycose est un élément indispensable à la nutrition des tissus. Chez le fœtus, elle se forme d'abord un peu partout en raison de l'activité des processus nutritifs et, à cette époque, l'Iiyperglycémie est un phénomène normal. Puis à mesure, que l'organisme se constitue, le foie prend le monopole de la fabrication du sucre. Chez l'adulte, le foie arrêtant les produits de la digestion qui lui arrivent par la veine porte, glycose et peptones, les emmagasine sous forme de giycogène, grâce à une transformation régressive de l'une et à un dédoublement des autres. Cette giycogène ainsi accumulée est à son tour transformée en glycose et versée mcT. ENC. 4* s. IX, 2i

402 GLYCOHÉMIE.

dans la grande circulation par un débit régulier, que modifient dans certaines limites le travail digestif, l'activité respiratoire et l'influence nerveuse. Parvenu dans le sang, le sucre traverse sans se modifier l'appareil respiratoire, est transporté dans les capillaires, et là sert à la nutrition des tissus, principalement des muscles. Le sang revient par les veines appauvri en glycose, jusqu'au niveau du foie où les veines sus-hépatiques lui apportent sans cesse une provision de sucre destinée à réparer ses pertes. Telle e>t, dans ses principaux traits, la doctrine du maître, relativement à la glycémie normale. Les physiologistes, qui admettent après lui et comme lui la présence normale du sucre dans le sang, n'ont pas tous admis cotte doctrine, et considèrent le sucre non pas comme un produit utilisable, mais comme un résidu de la nutrition des organes. A la tête des dissidents est Rouget, et avec lai Jaccoud. La glycose est un produit de désassimilation comme l'urée, comme la créatinine, et la plupart des tissus sont aptes à en former par le seul fait de leur rénovation. Aussi chez le fœtus trouve-t-on partout de la glycogène (zoamyline), et l'enfant est-il alors le diabétique. Chez l'adulte la glycogène, moins abondante peut-être, se rencontre sur un grand nombre de points, où peut-être elle forme aussi du sucre. Le foie en forme une grande quantité, c'est incontestable, mais en le fabriquant il n'accomplit pas une fonction spéciale, il ne crée pas un produit utile aux autres organes, il fait comme ces organes eux-mêmes, il vit, il se nourrit, et verse dans le sang veineux les déchets de sa nutrition. La glycose, en un mot, n'est qu'un produit excrémentitiel.

Ces deux théories s'appuient sur un grand nombre de faits communs : présence normale du sucre dans le sang, dissémination de la glycogène chez le fœtus, formation considérable du sucre dans le foie. Mais elles diffèrent radicalement sur l'interprétation qu'il convient d'accepter, et le différend ne nous semble pas près d'être tranché. La différence entre la teneur du sang veineux et du sano artériel, alors même qu'elle serait aussi accentuée que Cl. fternard avait cru pouvoir le conclure de ses analyses, ne suffirait pas à le résoudre, si importante cependant qu'elle soit. Car les veines ne sont pas les seules voies de retour, car le sang veineux est plus dilué que le sang artériel, car il pourrait se faire que le sucre se détruisît dans le sang sans être utihsé par les organes (Voit et Pettenkofer), car enfin il est certain qu'une quantité notable disparaît dans la circulation pulmonaire. Bien des raisons ont été invoquées de part et d'autre. La comparaison avec les végétaux où l'on voit les différents amidons subir la transformation sucrée au moment de la maturation a été signalée par Cl. Bernard à l'appui de sa doctrine; d'un autre côté, cette spécialisation chez l'adulte d'une fonction généralisée chez le fœtus a paru singulière aux partisans de Rouget, Mais ce sont là des raisons de sentiment qui n'ont que peu de valeur. Tant qu'on n'aura pas découvert d'une façon précise et incontestable, non-seulement le lieu, mais encore le mode de destruction du sucre dans l'oro^anisme, l'hésitation sera permise entre ces deux théories.

A ces doctrines physiologiques se rattachent parallèlement des doctrines pathologiques entre lesquelles nous serons tenu à garder la même réserve. Pour Rouget « ce n'est pas à une maladie d'organe, mais à un trouble de nutrition de divers tissus, qu'est due la présence dans les liquides excrémentitiels d'une quantité considérable de sucre (diubèle) ou de principes analo"-ues (acide lactique, inosile). Ce trouble de nutrition, cet état diathésique, qui n'est pas sans analogie avec celui qui caractérise l'urée en excès et qui se combine quel-

GiyCOflÉMIE. ^03

quefois avec lui (goutte) résulte de deux éle'ments principaux : l" le de'faut d'assimilation, de transformation en substance amylacée d'une proportion plus ou moins considérable du sucre introduit par l'alimentation dans l'organisme qu'il ne fait que traverser; 2" la désassimilation plus rapide des substances amylacées des tissus. »

La théorie physiologique de Cl. Bernard a donné lieu à plus d'une interprétation de l'hyperglycémie pathologique. Celle-ci peut être due en effet, soit à un excès de production de glycose, soit à un défaut d'utilisation. L'excès de production, dans le premier cas, serait dû à un fonctionnement exagéré du foie, et c'est en effet ce que l'on pensa aussitôt que les premiers travaux de Bernard eurent révélé l'existence de la glycogénie hépatique. Il ne faudrait pas cependant, comme on a tenté de le faire, attribuer à une lésion de l'organe cette hypersécrétion de glycose. Le foie est souvent sain chez les diabétiques, et s'il produit trop de sucre, c'est par suite d'une lésion nerveuse portant sur le pneumogastrique (Masse, de Fleury), sur le bulbe (Bernard), sur le plexus solaire (Munk et Rlebs), et réalisant par suite les conditions d'excitation ou de paralysie vasculaires que nous avons étudiées, ou bien c'est comme conséquence d'un trouble général de la nutrition. Dans celte hypothèse, que l'on doit à Bernard, c'est au milieu de certains troubles nutritifs mal définis, c'est lorsque les tissus dont le sucre est un élément essentiel viendraient à ralentir leurs échanges organiques, que le foie pour lutter contre cette torpeur sécréterait du sucre en plus grande abondance. L'hyperglycémie surviendrait ainsi, non comme phénomène morbide, non comme complication, mais à titre de réaction bienfaisante et compensatrice. Cette théorie n'a pas encore reçu la sanction de l'expérience.

Plusieurs médecins ont pensé que l'hyperglycémie était due non pas à l'excès de production, mais au défaut de destruction. Nous ne reviendrons pas sur la théorie de Cantani qui, s'appuyant sur la différence de la paraglycose du sang diabétique avec la glycose du sang normal, manque de base, puisque cette différence en réalité n'existe pas. Nous laisserons aussi de côté l'opinion de Mialhe, qui attribuait la permanence du sucre dans le sang à un défaut d'alcalinité de ce liquide qui n'a jamais été démontré, cette opinion a du reste été délaissée par son auteur même. A. Reynoso suppose que le sucre se détruit dans les poumons : de là apparition du diabète toutes les fois que la respiration est gênée ou ralentie. Bouchard, qui admet qne la glycose se détruit dans les tissus pour servir à leur nutrition, fait observer que la température des diabétiques est inférieure en général à la normale. 11 en conclut que chez eux la nutrition est ralentie, et que ce ralentissement a pour conséquence la non-utilisation du sucre produit par le foie et par suite l'hyperglycémie. Ainsi ces auteurs, qui admettent les principes de Bernard sur la fonction glycogéniqne du foie, arrivent, relativement à la disparition du sucre, à des théories tout opposées et par suite interprètent très-diversement la pathogénie du diabète. Les faits sur lesquels ils construisent leurs théories sont exacts, mais en revanche que de faits contradictoires ! d'ailleurs en les étudiant de près on reconnaît que ces explications sont possibles, sont vraisemblables, mais que rien ne prouve qu'elles soient -vraies. Les preuves directes font défaut. Tout se passe dans certains cas comme si elles étaient exactes; dans d'autres cas elles sont absolument inapplicables. En de telles circonstances, on ne saurait donc les généraliser.

Au milieu de ce chaos de théories, les médecins qui tentent aujourd'hui de démembrer le syndrome diabète (Jaccoud, Lancereaux) nous paraissent marcher

404 GLYCOIIÉMIE.

dans une voie plus sûre. Comme le fait observer M. le professeur Picot, dans son Trailé des grands processus morbides, il y a autre chose à considérer que la glycosuiie dans le diabète, si important que soit ce symptôme. L'azoturie, qui est la preuve de la désassimilation des matériaux protéiques, est un fait des plus importants à signaler : or tantôt elle coexiste avec la glycosurie, tantôt elle fait défaut. Qui pourrait assimiler complètement deux cas de diabèle l'un avec l'autre sans azolurie? A un autre point de vue, comment pourrait-on comparer deux diabétiques, l'un gras, bien portant et vivant de longues années, l'autre amaigri, aflaibli, emporté en quelques mois par les progrès de la maladie? Que dire de ces cas où l'inosite remplace la glycose dans l'urine? Comment enfin ne pas différencier les faits où la suppression des fécules et du sucre alimentaires, fait disparaître le diabète de ceux où le régime le plus sévère n'amène aucune amélioration? Il est probable que le diabète à une patliogénie multiple, qu'il n'est que la manifestation d'une série de troubles de la nutrition d'origine différente, aboutissant tous à ce résultat commun : l'excès dans le sang des substances sucrées. Le progrès sera l'œuvre des observations patientes et précises ; bien établir les circonstances étiologiques de cliaque cas, les troubles nerveux et les troubles digestifs, surveiller attentivement les progrès de la dénutrition, rechercher dans l'urine la proportion du sucre et des autres matériaux, reconnaître l'influence du régime, du traitement, de l'exercice et de l'inaction, en un mot, ne laisser échapper aucun des points visés dans les diverses théories que nous avons énumérces et faire en outre des autopsies minutieuses, c'est là le travail qu'il faudra s'imposer pour chaque cas, si l'on veut avoir les éléments nécessaires pour surprendre le secret de cette alfection. A ce prix, mais à ce prix seulenK'Ut, la clinique pourra, comme elle l'a fait souvent, devancer la physiologie expérimentale dans la voie des découvertes.

Historique. II y a un nom qui domine toute l'histoire de la glycémie, c'est celui de Cl. Bernard. Depuis 1847, date où il découvrit la présence normale du sucre dans le sang, jusqu'à la fin de sa vie, le grand physiologiste a fait de toutes les questions qui se rullachent au sucre animal son élude de prédilection, et c'est à lui qu'appartiennent la plupart des faits importants. Pendant toute cette période il a édifié pièce à pièce les parties de son système et défendu avec une admirable persévérance les résultats de ses expériences si violemment attaqués. Si au cours de ces longues polémiques il a eu parfois à modifier certaines opinions sous l'inftuence de nouvelles découvertes, il n'a jamais eu à renier les faits qu'il avait avancés : l'interprétation pouvait changer, mais les expériences avaient leurs conditions si bien déterminées qu'elles restaient inattaquables, admirable exemple de la précision et de la méthode qu'il a apportées dans toutes ses recherches !

Avant ses travaux, la présence du sucre dans le sang des diabétiques avait été reconnue, mais on pensait alors que les substances amylacées ou sucrées étaient l'apanage exclusif du règne végétal; et tel était l'empire de cette idée que, lorsqu'on eut constaté la glycémie diabétique, on expliqua ce fait « par un trouble profond qui avait en quelque sorte transformé les fonctions animales en fonctions végétales, en empêchant l'animalisation ou l'assimilation de l'azote des aliments » (Cl. Bernard). A cette période de glycémie pathologique succéda une courte période de glycémie alimentaire. Les études sur les actes de la digestion ayant fait connaître la transformation en glycose des aliments fécu-

GLYCOHÉMIE. 405

lents et sucrés, la pre'sence de la glycose dans le sang fut consulérée comme la conséquence de ces pliénomènes. 11 ne serait pas exact de croire cependant qu'à ce moment (1830-1845) cette opinion régnait à l'exclusion de toute autre. Les avis étaient au contraire des plus partagés. « Les médecins et les chimistes qui ont recherché la présence du sucre dans le sang se sont divisés en plusieurs camps : les uns, tels que Dobson, Rollo, Ambrosiani, Mac Grégor, admirent la présence du sucre dans le sang des diabétiques; les autres, tels que Nicolas et Guedeville, Vauquelin et Ségalas, Henry et Soubeiran, la nièrent; enfin un troisième groupe d'observateurs, tels que Wollaston, Boucbardat (1859), avancèrent que la présence du sucre dans le sang des diabétiques n'est pas une chose constante. » Ces divergences tenaient surtout aux défauts des procédés d'analyse, défauts qui portaient à la fois sur les conditions oii l'on recueillait le sang et sur la nature des réactifs emp'oyés.

En fixant d'une façon précise ces conditions, en établissant la technique nécessaire, Cl. Bernard fait faire un immense progrès ; il découvre le sucre dans le sang normal, en cherchant simplement par une expérience de contrôle si la glycose généralement regardée comme un résultat de la digestion des fécules ne pourrait pas se rencontrer dans le sang d'un animal soumis au régime azoté. Ainsi s'ouvre la période de la glycémie physiologique. Les analyses comparées du sang des divers vaisseaux, les analyses du foie, l'expérience du foie lavé, amènent peu à peu Bernard à la découverte de la glycogénie hépatique et de la matière glycogène. Les contradictions de ses adversaires suivent de près ses découvertes. Leur histoire ne serait maintenant que la répétition des différents points qui ont été exposés au cours de cet article, et il semble inutile d'y revenir. Parmi les travaux qu'a suscités celte étude, beaucoup ont fait faire de réels progrès, quelques-uns ont contribué à l'obscurcir. Trop pressés d'adapter des faits physiologiques encore incomplètement connus à des faits pathologiques incomplètement observés, certains auteurs se sont laissé, entraîner à édifier des théories séduisantes, qui ont troublé les idées, qui ont eu en thérapeutique un retentissement quelquel'ois heureux, quelquefois funeste, et qui ont certainement contribué à retarder la marche scientifique.

Conclusion. S'il est possible de résumer en quelques conclusions les faits si complexes de la glycémie, il nous semble qu'on pourrait les établir de la fiiçon suivante :

1" Le sang normal de l'homme et des animaux contient toujours de la glycose; 2° cette glycose, sauf des cas exceptionnels et spéciaux, ne vient pas directement de l'alimentation, mais elle est fabriquée aux dépens d'une substance glycogène que l'on trouve accumulée dans le foie et peut-être dans quelques autre s organes ; 3" les substances génératrices de la glycogène sont les produits de la digestion, à l'exclusion des corps gras; 4° la transformation de la glycogène en glycose s'opère surtout, sinon exclusivement, dans le foie, sous l'influence du système nerveux et avec des oscillations en rapport avec les variations de la pression vasculaire; 5° la question du rôle pliysiologique du sucre dans l'organisme, de ses qualités excrémentitielles ou récrémentitielles, n'est pas encore tranchée; 6° la pathogénie du diabète, qui probablement est multiple, qui peut reconnaître suivant les cas des interprétations différentes, ne pourra être établie que lorsque le rôle physiologique du sucre sera nettement connu et que des observations cliniques précises auront fourni à cette étude de nouveaux matériaux; 7° le premier progrès à accomplir, celui qui seul pourra permettre les

406 GLYCOHÉMIE (bibliographie).

autres, c'est un progrès d'ordre purement chimique, c'est celui qui consistera à bien connaître tous les corps glycosides, toutes ces substances qui sont intermédiaires à l'amidon ou à la glycogène d'une part, à la glycose de l'autre, substances que certains réactifs révèlent comme identiques à la glycose, que d'autres ne font pas même soupçonner et qui créent ainsi des causes d'erreur inévitables dans tous les dosages [voy. Glycosctue). Arsozxx.

Bibliographie. — Abeles. Présence du glycogène dans 1rs tissus animaux. In Centralbl. f. Mcdiciii, 1876. — Arnozax et Yaillard. Ligature du canal de Wirsung chez le lapin. In Soc. de biol, 1881. — Béchamp. Recherche du glucose dans les liquides fermentes. In Montpellier médical, avril 1875. — Cl. Bebsard. Compt. rend, de l'Acad. des se. de 1847 à 1878. — Leçons sur le diabète, 1877. — Leçons sur les liquides de l'organisme. — Phénomènes de la vie communs aux végétaux et aux animaux. — Phy-'siologie expérimentale. — Substances toxiques et médicamenteuses. — Leçons sur la glycogénie [Rev 'C scientifique. 187'2). — La glycémie et la glycogcnie [Annal, de physique et de chimie, 1870), etc. — Berthelot etDELccA. Sucre formé avec le glycogène hépatique. In Soc. de Biol., 5' série, t. I. — BiLTz. Réaction du sucre. In Zeitschr. f. analyt. Chemie, Bd. XVII, 1877. — Bleile. Sucre contenu dans le sang. In Arch. f. Anat. u. Phyt., 1879. — G. Bock. Sucre contenu dans les liquides de l'œdème. In Arch. de Du Rois-Reymond, 1875. — Bœhm et Hoffmanv. Action du sang défibriné sur les solutions de glycogène. Transform. du glycogène dans le sang. In Arch. f. expenm. Pathol. u. Pharmak., 1877-1878. — Bocchard. Maladies par ralentissement de la nutrition, 188"2. — Bocchardat. Annuaire de thérapeutique, 1859 et suiv. — Bhïcke. Nouvelle méthode de préparer le glycogène. Vienne, 1871. — Chandelox. Influence de la ligat. des artères sur le glycogène des muscles. In Arch. f. diegesanunf. Phys., 1870. — CocTLBiER. Glycosurie en obstruction de la veine porte. Thèse de Paris, 1875. — Colrat. Même sujet. In Lyon médical, 15, 1875. — Dalton. Formation du sucre dans le foie. In Arch. physiol., 1871-187"2. — Dastre. Glycémie asphyxique. Thèse de Paris, 1879. — Dexast. Décomposition du glycogène dans les muscles. In Zeitschr. f. Phys. u. Chemie. — Dbetfcs. Pathoqénie et accidents nerveux du diabète sucré. Thèse d'agrég., 1883. — Duhomme. y'ote sur la glycosurie. In Bull. gén. de thérap., 1880. — Ewald. Présence du sucre dans le sang à l'état sain. In Berlin, klin. Wochenschr., 1875. — Fileh.ne. Glycosurie par irritation du nerf dépreiseur. In Centralbl. f. Med., 1878. — Ftsx. Formation du glycogène et du sucre dans le foie. In Verhandl. der physik. med. Gesellsch. in Wiirzburg, XI, 9"2. — Frasçois- Fba>ck. Du nerf vertébral. In Soc.de biol.. 1878. — Gwtier. Chimie appliquée à la physiologie, à la pathologie et à ^hygiène. — Goldsteix. Formation de la matière glycogène dans le foie. In Verhandl. der phys. méd. Gesellsch. in Wârzburg, VII, p. 1. — Heidexhak. Diabète sucré au point de vue de la glycogénie. Thèse de Kœnigsberg. 1874. — Hoppe-Setleb. Pouvoir rotatoire de la glycose. \a Zeitschr. f. analyt. Chemie, t. IS, p. 503,1875. — Hrssos ¥oR0. Influence de la température sur la disposition du glycogpne et du sucre hépatiques. In î\ew-York Med. journ., 1878. — .Jaccoud. Art. Diabète du Dict. de médecine et de chirurgie pratiques. — Johaxnowskt. Sua-e dans l'urine des femmes en couches. In A7rh. f. Gynàk., XII, 448. — Kaltesbach. Sucre de lait dans l'urine des accouchées. In Zeitschr. f. Geburtshiilfe, Bd. IV. — Ksapp. Dosage du sua-e. In Annal, der Chemie, CL, iv, 1876. — Kostkow. Influence de cei'taines substances sur le glycogène du foie. Saint-Pétersbourg, 1870. — Kllz. Glycogène du foie humain. In Pflùger's Arch., XIII. p. 267. — Krtz et Frerichs. Influence de la ligature du cholédoque sur la quantité de glycogène du foie. In .Arch. f die gesammt. Physiol., 1876. — Laffost. Glycosurie dans ses rapports avec le système nerveux. In Journ. d'anat. et de physiol., 1880. — Lapieerf. Lésions du pancréas dans ses rapports avec le diabète maigre. Thèse de Paris, 1879. — Lcchsinger. Foi-mation du glycoghii% dans le foie. In Pflùger's Arch., VIII, 1875. — Du hème. Remarques sur la physiologie du glycogène. In Ai'ch. /. die gesammt. Physiol., t. XVIII, p. 472. — De vôe. Suspension artificielle de la saccharification cliez les animaux vivants. In Pfliïger's Arch , 1875. — Lussaxa. Glycosurie et glycogénie hépatiques. In Giorn. ven. der scienz. medic, 1875. — Karl Matdl. Origine du glycogène. In Zeitschr. f. Physiol. u. Chemie, 1879. — Mater. Formation du glycogène dans le foie. In Pflùger's Arch., XVII, 167. — Merisg. Voies d'absorpiion du iucre. In Arch. f. Anat. u. Physiol., 1877. — Moriggia. Glucose animal pendant la vie intra-utérine. In Reale acad. der Lincei, 1875. — Mcscules et de Merisg. Action de la diastase et du suc pancréatique sur Vamidon et le glycogène. In Bull, de la Soc. chimiq.,

1879 XXXI. >'aii>yx. Sucre à l'état normal dans la bile des lapins. In Beilin. klin.

Wochenschr., 1875. — Pavy. Sucre dans l'urine normale. In Guy's Hosp. Reports, 1876. — Du MÊME. Nouvelles recherches sur la physiologie du sucre dans l'organisme animal. In ihe Lancet, juillet 1881. — De même. Nouvelles recherches sur le diabète. In the Lancet, p. 5"22, août 1874. — De même. Dosage du sua-e par un réactif cupro-ammoniacal. In Med.

GLYCOL 407

Times and Gaz., mars 1879. — Pettevkofer et Voit. Ueber die Zersetzitngaiwgânge im Ihierkôrper bei Fàlterung mit Fleiscli uiid Fett, 1875. — Picot. Les grands processus morbides, 1878. — Pixk. Diabète sucré au point de vue de la glycogénie. Thèse de Kônigsbei'g, 1874. — Po5>oz. Emploi des liqueurs cupro-potassiques dans le dosage du sucre. In Comptes rendus. 187-2. — QnxcKE. Glycosurie symptomatique. In Berlin, hlin. Wochensclir., 1876. — Rémy. Ligature du canal de Wirsung chez le lapin. In Soc. de biol., 1882. — Richet et Moutard- Martix. Influence d'injections veineuses de sucre sur la sécrétion rénale. In Comptes rendus, 1879. — Rosrs. .\rt. Tisse mdscclaire du Dict. encyclop. — Robiseadd. Glycosurie alimentaire dans les cirrhoses du foie. Th. de Paris, 1878. — Rouget. Des substances amy laides, de leur rôle dans la constitution des tissus animaux. In Journ. de la physiol., 1859. — G. Sai.omox. Formation du glycogène dans le foie. In Cenlralbl. f. d. Mcd., 1874. — ScHEELE. Glycogénie dans lesépithéliums normaux et pathologiques. Thèse de Berne. — Schiffer. Influence de la température sur- la richesse englycogène des muscles de la grenouille. In Centralbl. f. med. Wissensch., 1881. — Seegen. Transformation du glycogène par les ferments salivaire et pancréatique. In l'flùger's Arch., XIX, iOG. — Du même. Action du foie sur les peptones. In Arch. f. die gesammt. Physiol., XXY, 165. — Seegen et Kiutschmer. Formation du sucre dans le foie InAch. f. d. Physiol., XXIV. — De Sinétt. État du foie chez les femelles en lactation. In Soc. de biol., p. 157, 1872. — Du même. Glycosurie des femmes enceintes. In" Soc. de biol., 1875, 1876, 1877. — Tanret et VaLiERS. Identité du sucre musculaire et des sucres végétaux. In Comptes rendus, 1878. — Yulpian. Vaso-moteurs. — Yo> Wittich. Distribution du glycogène dans le foie. In Centralbl., 1875, 8. — Du même. Glycémie et diabète sucré. In Handbuch der Physiologie de Uermann, 1881. — Wobm Mulleh et Hagen. Titrage du glucose dans l'urine huma'ine et les liquides animaux. In Arch. von Pflûger, XVI, 567. — WoRM Muller. Sensibilité de l'acétate et du formiate de cuivre comme réactifs du glucose. In Arch. von Pflûger, XVf, 561. — Zimmer. Muscles, sources de sucre dans le diabète. In Deutsche Klin., 1875. — Consulter en outre les articles ; Diabète, Fœtds, Foie, Glycosurie, Saxg, et la bibliographie de ces articles; les traités du diabète : Seegen, Caxtani, Lécorché, Ctr, etc.; les traités de physiologie de Beacsis, de Béclard, Kdss et Mataias Doval, Loxget, etc. A.

GLYCOL (Alcool éthïlémque). C-IPO- ou C-H\'0II)-. Ce corps a été obtenu en premier lieu par M. Wiirtz, qui en fait connaître les principales propriétés, en partant del'iodure d'élliylène C-H4-. En traitant ce corps par l'acétate d'argent, en présence de l'acide acétique cristallisable, on obtient le composé acétique correspondant. Celui-ci, soumis ensuite à l'action de la baryte bydratée, est converti en hydrate éthylénique et acétate barytique. Ces deux réactions sont exprimées par les équations :

C-^H'P -f 2C-0ni = 2^g^Vgï + C.\H^(C5H-0')' C-H*(C^H-^0')^ + Ba(OH)^ =: C*H*(OHj^ -h (C^tPO^j^Ba

{Armai Chim. Phys. (3), t. LV, p. 400). On n'a pas tardé à remplacer l'iodure •d'éthylène par le bromure, plus facile à préparer, et l'acétate d'argent par l'acétate de potassium (Atkinson, Phil. Magaz. (i), t. XVI, p. 453).

Voici alors comment on opère. On fait bouillir pendant deu.\; jours, dans un appareil à reûux, 1 molécule de bromure d'éthylène avec !2 molécules d'acétate de potassium, dissous dans le double de sou poids d'alcool à 80 centièmes. On sépare la solution du bromure de potassium formé et on distille, en recueillant ce qui passe entre 140 et 250 degrés. Ce produit renferme un mélange de monoacétate et de diacétate d'éthylène, de glycol et de produits condensés. On le saponifie par la baryte et on soumet le produit saponitié à la rectification. On peut aussi effectuer la saponification en chauffant le mélange des acétates avec de l'eau à 100 degrés en tubes scellés (Debus).

On obtient directement du glycol en chauffant pendant dix heures 4 parties de bromure d'éthylène avec 4 parties de carbonate potassique dissous dans i6 parties d'eau, puis soumettant à la distillation (A. Zeller et Huefner, Journ.

408 GLYCOL

Prakt. Chem. (2), t. X, p. 270; Lietzenmeyer, Lieb. Annal., CLXXX, p. 182).

M. Maxwell Simpson a obtenu directement du glycol en traitant le chloroiodiire d'éthylène C^IWCl par l'oxyde d'argent humide ou par l'eau.

Propriétés. Le glycol est un liquide incolore, un peu visqueux, inodore, doué d'une saveur sucrée. Sa densité à 0 degré est égale à 1,125. Il distille sans altération à 197", 5; un mélange d'acétate ou d'eau abaisse beaucoup son point d'ébullition. Soumis au froid produit par l'acide carbonique et l'élher, le glycol s'épaissit sans se congeler.

Le glycol est soluble en toutes proportions dans l'eau et dans l'alcool ; il ne se mélange pas à l'élher. Il dissout la potasse, la chaux, le bichlorure de mercure, le chlorure de zinc, mais ce dernier l'altère.

Le sodium se dissout dans le glycol avec dégagement d'hydrogène, en donnant

le glycol monosodé C-H^ \0H^ ^^ ^^ ^^'^^^ '^^^'^'^^ C-ir'(ONa)^

Action des réactifs. Le glycol est inoxydable à l'air, mais additionné d'un peu d'eau et mis en contact avec du noir de platine, en présence de l'air, il s'oxyde énergiquement et se transforme en acide glycolique C^H''(OH)0^; la réaction peut être assez vive pour enflammer le glycol.

L'acide azotique concentré dissout le glycol et ne tarde pas à produire une vive réaction, qui donne naissance à de l'acide oxalique C^H^O'. En modérant l'action de l'acide azotique, on obtient du glyoxal G^H'O^ et de l'acide glyoxyliqueC^H^O''(Debus).

La potasse transforme de même, à 250 degrés, le glycol en acide oxalique, avec dégagement d'hydrogène.

L'acide chloihydrique et l'acide bromhydrique transforment le glycol en chlorhydrine C*H*(0I1)C1 ou bromhydrine G-H^(OH)nr ; l'acide iodhydrique fournit l'iodure d'élhylène G^H4^ Avec le perchlorure de phosphore, on obtient le chlorure d'éthylène.

L'action des chlorures d'acides sur le glycol conduit aux éthers mixtes de cet alcool diatomique. C'est ainsi que le chlorure d'acétyle fournit l'acétochlorhydrine :

C=IP(011)- + C^ff'OCl = C-ir'<^^J.,jpQ + H^O.

On obtient aussi ces éthers mixtes par l'action d'un mélange d'acides (par exemple, acide chlorhydrique et acide acétique).

Dérivés dd glycol. Oxyde d'éthylène C-H'O. Ce composé, isomérique avec l'aldéhyde, représente l'anhydride ou étiier du glycol. On l'obtient en traitant la monochlorhydrine du glycol par la potasse à une douce chaleur :

C^H''(0H)G1 + KHÛ = C^H'O -+- KCl + H^O.

C'est un liquide incolore, qui bout à 15°, 5 et qu'on peut recueillir à l'état gazeux sur la cuve à mercure légèrement chauffée. La densité de l'oxyde liquide est égale à 0,895. Il est soluble en toutes proportions dans l'eau, dans l'alcool et dans l'éther. Il ne se combine pas, comme l'aldéhyde, avec le bisulfite de sodium, et ne foi'me pas de combinaison cristallisée avec l'ammoniaque. Il réduit le nitrate d'argent, mais moins facilement que l'aldéhyde.

L'oxyde d'éthylène est doué d'une grande puissance de combinaison. Il s'unit directement à l'hydrogène, au brome, à l'eau, à l'ammoniaque. Il se combine.

GLYCOL. 409

à la manière des oxyrles métalliques, aux acides, en donnant les éthors du glycol, et peut même déplacer de leurs sels certains oxydes métalliques, par exemple, la magnésie. Lorsqu'on mélange sm' la cuve à mercure de l'oxyde d'éthylène et du gaz chlorhydrique, il y a condensation des deux gaz et formation de glycol monochlorhydrique.

En contact prolongé avec l'eau, ou bien immédiatement à iOO degrés, l'oxyde d'éthylène s'y combine et produit du glycol.

L'hydrogène naissant convertit l'oxyde d'éthylène en alcool. L'oxygène le transforme en acide glycolique. Le brome s'unit à froid à l'oxyde d'éthylène en donnant Voxybromiire (C-H*0)-Br-, qui se dépose du jour au lendemain en beaux cristaux rouges. Ceux-ci sont décomposés par le mercure, qui s'empare du brome et produit un liquide incolore, doué d'une odeur éthérée, bouillant à 102 degrés

et cristallisant à 9 degrés. C'est le dioxyéthyUne (C-IP)20* ou C-lP^^\c*H*;

densité = 1,048.

L'oxyde d'éthylène, qui s'unit ainsi à lui-même, peut aussi se combiner au glycol. Il produit ainsi les alcools polyéthyléniques^ :

c^ir(oii)^ + c^ipo = (c-iP)^o(on)^

Glycol diétbyléuique.

Cm\OEY 4- 2C-IP0 = (C«H^)'0^(OH)^

Glycol triéthylénique.

C*H^(OH)^ + oC'H''0 = (G2H')*0^(0I1)^

Glycol télréthylénique.

Le glycol diéthylénique est un liquide incolore, épais, distillant vers 250 degrés, d'une densité égale à 1,132, soluble dans l'eau et dans l'alcool. L'acide azotique le transforme en acides glycolique et oxalique et en acide déglycolique C-H'O(CO-Il)*, un isomère de l'acide malique.

Le glycol triéthylénique est un liquide épais, distillant à 285-289 degrés (Wûrtz, Annal. Chim. Phys. (3), LV, p. 427, et LXIII, p. 317 et 355; Lourenço, ibid., t. LXVII, p. 274).

L'ammoniaque aqueuse agit dons l'oxyde d'éthylène avec dégagement dâ chaleur. 11 se produit trois bases : V oxyéthylénamine C-H*.OH.AzH- (isomère de l'aldéhydammonlaque) ; la dioréthylénamiue (C^lPOIl)'AzH et la trioxéthyléuaviine (C-H*OH)\\z. Ces bases sont sirupeuses, solubles dans l'eau, à réaction très-alcaline. Leurs chlorhydrates s'obtiennent directement par l'action de l'ammoniaque sur la monochlorhydrine du glycol (^Yûrtz).

Si l'on traite la chloihydrine parla triméthylamine, on obtient le chlorhydrate

d'une base qui est identique avec la choline ou névrine retirée de la bile et qui

G-H'.OH) constitue l'hydrate de triméthyloxélhylammonium ,p„.,.|Az.OH (Wûrtz,

Compt. rend., t. LXV, p. 1015).

CIP.OII * Si l'on fait usagre des formules de structure du glycol | et de l'oxyde d'éthylène

CH\OII '

CH^v /CH2 — GII2(0H)

I > 0, cet alcool diéthylénique, psr exemple, est représenté par 0^1 CHV XCH* — GH2(0H)

410 GLYCOL.

Éthers du gJijcol. Par sa nature d'alcool diatomique, le glycol donne naissance à deux classes d'éthers. On les obtient, soit en partant du glycol qu'on traite par un acide, soit en partant du chlorure, du bromure ou de l'iodure d'éthvlène. Ces derniers constituent les éthers halogènes complets du glycol. Nous ne décrirons ici que les principaux éthers du glycol.

Monacétine ou glycol monacétique C'H'*(01I)(0G-H^0). On l'obtient en traitant i molécule de bromure d'éthylène par 1 molécule d'acétate de potassium en solution alcoolique, ou bien en chauffant le glycol avec de l'acide acétique. C'est un liquide incolore, huileux, neutre, soluble dans l'eau et dans l'alcool, bouillant à 182 degrés.

Diacétine ou glycol diacétique C-n''(OC=H''0)-. Par l'action de l'acétate d'argent sur l'iodure ou le bromure d'éthylène. Liquide incolore, distillant à 186 degrés, d'une densité égale à 1,128. Il est peu soluble dans l'eau.

Le glycol monohutyrique C-H'(On)(OC'irO) est un liquide insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, bouillant à 220 degrés. Le glycol dibutyrique bout à

/or^H-^0

2-40 degrés. Le glycol acétobutyrique ^'^^\on;iii(\ distille à 208-215 degrés.

Le glycol benzoïqne C-ir(0C''H50)^ cristallise dans l'éther en prismes ortborhombiques fusibles à 67 dcgiés. 11 distille au-dessus de 366 degrés.

Glycol monochlorhydrique (monochlorhydrine) C-H''(0H)C1. On sature le glycol par le gaz chloihydrique, puis on distille. C'est un liquide soluble dans l'eau, bouillant à 128 degrés. La potasse le décompose à froid en dégageant de l'oxyde d'éthylène. Il se produit aussi par fixation directe de l'acide hypochloreux

sur l'éthylène : C^H» -f ClOH = C'H*<^^|^.

La dichlorhydrine n'est autre que le chlorure d'éthylène (liqueur des Hollandais).

Glycol monobromhydrique. G-H''(OH)Br. On l'obtient comme la monochlorhydrine, ou en chauffimt le glycol avec le bromure d'éthylène. 11 est peu soluble dans l'eau et distille à 147 degrés.

Le glycol iodhydrique, C-H''(OH)I, obtenu en chauffant la monochlorhydrine avec de l'iodure de potassium, est un liquide dense, qui ne distille pas sans décomposition.

Glycol sul (hydrique (mercaptan glycolique, thioglycol) C-IP(HS''. Huile incolore, d'une odeur désagréable, donnant, comme le mercaptan, des dérivés métalliques. Ou l'obtient en traitant le bromure d'éthylène par le sulfhydrate de potassium. En traitant de même le glycol monochlorhydrique, on obtient le glycol monomlf hydrique C-H'.OH.SH.

Glycol mononitrique C-ir'(OH)(AzO"'). Par le glycol monobromhydrique et l'azotate d'argent. Liquide jaunâtre, dense, soluble dans l'eau. En traitant le bromure d'éthylène, en solution alcoolique, par l'azotate d'argent, on obtient le glycol dinitrique C-H''(AzO')-. C'est un liquide incolore, mobile, d'une densité égale à 1,4857 et faisant explosion par le choc.

Dérivés éthylés du glycol. Ou obtient la monoéthyline C-H'<^^p,„. en traitant le glycol monosodé par l'iodure d'éthyle. Liquide d'une odeur éthérée agréable, bouillant vers 155 degrés. Lorsqu'on traite ce corps par le potassium, on obtient le glycol éthylpotassiqueC-H'(OK)(OC-H*) qui, par l'action de l'iodure

GLYCOLIQUE. 4H

d'othyle, fournit le glijcoî diéthylique ou diéthyline C^H''(OG^H*)^ composé isomérique avec l'acétal et qui distille à l'23",5. Ed. Willm.

eLTCOLA:MiDE. C-H^VzO^ C'est Vamide de l'acide ghjcoUqiie CH'(OH). COAzH^ isomérique avec le glycocolle ou acide amido-acélique. On l'obtient par la distillation du tartronate d'ammonium :

CH(OH)<^^^'/^^jj, = CO^ + H^O + CH-2(0H)C0AzIP

(Dessaignes, Compt. rend., t. XXXVIII, p. 44). Elle se forme aussi dans l'action de l'ammoniaque sur le glycolide ou sur le glycolate d'éthyle (Heintz, Bidl. Soc. Chim., 1863, p. 212). Elle forme des cristaux incolores, fusibles à 120 degrés. Elle ne donne pas, comme le glycocolle, de dérivés métalliques.

Ed. Willm.

GLTCOLIDE [Anlujdride ghjcoliqne). C-H'O'. Il se forme par la distillation sèche de l'acide t;irtronique C''H''0* (Dessaignes) ou en chauffant l'acide glycolique à 240 degrés (Heintz). C'est une substance blanche, incolore, insoluble dans l'eau froide. Elle fond à 180 degrés (à 240 degrés d'après Norton et Tcherniak). Un contact prolongé avec l'eau transforme le glycolide en acide glycolique. La potasse le dissout pour donner le glycolate de potassium. Il se produit aussi lorsqu'on chauffe le chloracétate de potassium (Kekulé) :

G^H'CIKO' = KCl -f C'H^O'.

L'ammoniaque convertit le glycolide en glycolamide. Les ammoniaques substituées agissent de même en donnant les glycolamides correspondantes, telles que la glycoléthylamine, la glycolanilide. Traitée par l'alcool absolu sous pression, le glycolide est converti en glycolate d'éthyle (Norton et Tcherniak, Bull. Soc. Chim., t. XXX, p. 102). ' Ed. Willm.

GLTCOLILL'RÉE. Voy. HydantoÏjNE.

GLYCOLIQUE (Acide) [Acide oxacétique). C^H'^O' ou CH5(0H).C0=H. Cet acide a été obtenu pour la première fois par Sokolof et Strecker en traitant le glycocolle par l'acide azoteux, d'où le nom d'acide glycolique :

CH2(AzH-2).C0^H + AzO^II = CIP(OH).CO^H -+- Az^ -j- IL'O

Glycocolle. Acide glycolique.

L'acide hippurique, traité par l'acide azoteux, se transforme de même en acide benzoglycolique CII-(C"H^-).CO-H qui se dédouble facilement par fixation d'eau en acide benzoïque et acide glycolique [A^inal. Chem. Pharm., t. LXXX,

Dessaignes l'a obtenu par hydratation de glycolide, préparé à l'aiile de l'acide tartronique.

L'acide glycolique est un produit d'oxydation du glycol (Wiirtz), du glyoxal et de l'acide glyoxylique (Perkin et Duppa), ainsi que de l'alcool (Cloez, Lautemann). Inversement, il prend naissance par hydrogénation de l'acide oxalique (Schulze).

412 GLYCOLIQUE.

L'aride chloracélique, étant traité par un alcali, échange son chlore contre b groupe OU et est ainsi converti en acide glycolique :

CH^CI.CO^II + KHO = CIP(OH).CO'H + KCl

Acide chloracélique. Acide glycolique.

Cette réaction, observée en premier lieu par M. R. Hoffmann {Annal. Chim. Pliys. (5), t. LU, p. 215), a été confirmée par les recherches de MM. Kekulé, Perkin et Diippa, Ileintz. Si l'on chauffe le bromacétate d'argent, le chloracétate de potassium, les iodacétates avec de l'eau, il y a formation d'acide glycolique. Enfin, d'après MM. Fittig et Thomson, l'acide chloracétique lui-même se transforme directement en acide glycolique après quelques heures d'ébullition avec l'eau {Annal. Chem. Pharm., t. CV, p. 286; Phil. Magaz. (4), XVlll, 54; Pogg. Annal., t. CXll. p. 87; Deut. Chem. GeselL, t. IX, p. 1197). M. Kekulé a observé la transformation inverse de l'acide glycolique en acide bromacétique par l'action de l'acide bromhydrique.

Pour préparer l'acide glycolique par oxydation de l'alcool, on dispose dans des éprouvettes à pied des couches successives d'alcool à 90 centièmes (500 grammes) d'eau et d'acide azotique de 1,53 de densité (440 grammes); les liquides se mélangent peu à peu par diffusion et réagissent lentement l'un sur l'autre à la température ordinaire, en dégageant des bulles de gaz. Après quelques jours, la réaction esl achevée. On évapore par petites portions le liquide au bain-marie jusqu'à consistance sirupeuse. On réunit tous les résidus, on les dissout dans l'eau, on sature la solution par de la craie, et on fihrc. La solution renferme les sels de chaux de l'acide glycolique et de l'acide glyoxylique, ainsi que du glyoxal. Pour effectuer la séparation des sels calciques, on les précipite par l'alcool et on reprend le précipité par l'eau bouillante. La solution aqueuse abandonne après quelques heures le glyoxylate de calcium, tandis que le glycolate reste dans les eaux-mères. Le glyoxal se retrouve dans l'eau-raère alcoolique. On peut transformer le glyoxal et l'acide glyoxylique eux-mêmes en acide glycolique par l'ébullition avec un lait de chaux; on augmente ainsi le rendement de l'acide glycolique et on en facilite la purification.

Pour mettre l'acide glycolique en liberté de son sel de chaux, on traite celui-ci par l'acide oxalique.

L'acide glycolique pur forme des cristaux incolores, fusibles à 80 degrés, très-solubles dans l'eau, l'alcool et l'éther. La distillation sèche le décompose en donnant principalement de l'aldéhyde formique.

L'acide glycolique, comme son homologue l'acide lactique, est monobasiqiie, mais diatomique, c'est-à-dire qu'il ne renferme normalement qu'un atome d'hydrogène métallique, un second atome d'hydrogène, celui du groupe OH ayant remplacé le chlore de l'acide chloracétique, n'est remplaçable qu'exceptionnellement par un métal; mais on y substitue facilement un radical alcoolique ou un radical d'acide. Nous décrii ons successivement les glycolates les plus importants, puis les dérivés par substitution alcoolique et par substitution acide.

Glycolates. Glycolate d'ammonium. On ne connaît qu'un sel acide C*H-(On)0-.AzH^C-ll-(OIl)0-, qui cristallise en aiguilles radiées très-solubles et qu'on ne peut sécher à 100 degrés sans décomposition.

Glycolate d'argent. C-II-(Oiï)0-Ag. Il est cristallisable, peu soluble dans l'eau froide, décomposable par l'eau bouillante.

Glycolate de calcium. [C2H-'(OH)0^]-Ca-f-4H20. Il cristallise en fines ai-

GLYCOLS. 415

guilles solublesdans 82 parties d'eau froide et dans 19 parties d'eau bouillante. Séparé de sa solution bouillante, il se présente en cristaux anhydres beaucoup moins solubles.

Glycolate de plomb. [C'H-(OH)0-]Pb. Prismes clinorhombiques ou tables hexagonales. Il existe un glycolate basique à peu près insoluble dans l'eau.

Glycolate de zinc. [C^H^(OH)02]2Zn + SII^'Û. Il se dépose par le refroidissement en croûtes cristallines. Il est soluble dans 26 parties d'eau froide.

Glycolate d'ethyle ou éther glycoUque C-H-(OHjO^G-IP. Liquide incolore, distillant à 150 degrés. Densité = 1.03.

Dérivés alcooliques. Ils s'obtiennent en général par l'action des dérivés sodiques des alcools sur le chloracétate de sodium (Heintz).

Acide métlujlghjcolique. C^H-'fOCir-jO- ouCH-(OCU')CO-H. Liquide incolore, épais, bouillant à 198 degrés, soluble dans l'eau. C'est un isomère de l'acide lactique. Son sel de zinc [C*H-(OG(i'')0-j-Za -h 2H'0 cristallise en octaèdres vhorabiques aigus, solubles dans op,6 d'eau froide et solubles dans l'alcool.

Acide éthyhjlycolique. C^H^'^OC^^IP)0^ Liquide distillant à 206-207 degrés. La chaleur le décompose en produisant de l'acide glycolique et de l'élhylglycolale d'ethyle :

CH^OC^IP CH^OH (:H^ocni»

Page 1