GOHIER
tion de Metz. De 1841 à 1850, il fut successivement attaché aux écoles de Metz^ de Strasbourg et du Yal-dc-Grâce, et partout enseigna avec le plus grand succès. Pendant sou professorat, Coffres fut nommé successivement médecin-major de i" classa en 1842, de 1'* classe en 1845, et chevalier de la Légion d'honneur ea 1848. En 1850, il fut nommé chirurgien en chef de l'hôpital du Gros-Caillou, où il succéda au baron H. Larrey. Deux ans après, il passa au grade de médecin principal de 2- classe, et encore la même année au grade supérieur. A ce moment, il dut partir pour l'Algérie, mais il rentra en France en 1855 et devint chirurgien en chef de l'hôpital militaire de la citadelle de Montpellier, et peu après fut attaché aux salles militaires de l'hôpital Saint-Éloy. Mais il refusa le service des fiévreux qu'on voulait lui attribuer, et pour ce motif fut envoyé à Toulon. 11 y passa deux ans et. en 1858, obtint la direction médicale de l'hôpital de Vincennes, qu'il ne quitta que pour faire des séjours au camp de Châlons en 1864, 1865 et 1866, et pour aller mourir à Toulouse, le 4 juillet 1869. Il était officier de la Légion d'honneur depuis 1860.
« Comme chirurgien d'hôpital ou d'armée, il s'est toujours montré habile opérateur, bon organisateur et plein de sollicitude pour ses malades. De plus, il portait haut la dignité professionnelle et n'a jamais souffert qu'en sa personne elle fût atteinte. H mettait même une sorte de raideur à soutenir ses droits, ce qui a pu parfois lui occasionner quelques tourments. Il n'est pas toujours prudent de défendre ce que l'on croit juste. Le nom de Coffres restera désormais à côté des noms des hommes éminents qui, par leurs travaux et leur habileté pratique, ont jeté sur la chirurgie militaire française l'éclat dont elle brille aujourd'hui » (Bouisson).
Coffres a beaucoup écrit; en 1856 et 1858, la Société de médecine de Toulouse a décerné une médaille d'argent à deux de ses mémoires, l'un Sur la ligatine (les artères, qui parut dans le Joiirn. méd. de Toulouse en 1859-1840, l'autre qui traite De l'emphysème traumatique et principalement de Vemphysème compliquant les plaies de poitrine, qui fut publié dans le même recueil en 1842. A l'époque oîi il enseignait à Strasbourg (1845 et années suivantes), il collabora au Traité de médecine opératoire de Sédillot pour la partie relative aux opérations pratiquées sur les organes urinaires de l'homme et de la femme. Coffres ne manqua pas de mentionner cette collaboration dans l'exposé de ses titres présenté à la Faculté de médecine de Montpellier en 1856, à l'occasioa de sa cïuididature à la chaire vacante d'opérations et d'appareils. En 1850, il publia, dans le Bullet. de thérap., un mémoire, avec figures. Sur le traitement des fractures des membres inférieurs par V appareil de Baudens. Pendant son séjour au camp de Chàlons, il fit une foule d'observations intéressantes qu'il publia dans les tomes Xlll et XIV du Recueil de mémoires de médecine, de chirurgie et de pharmacie militaires. Nous en passons. Mais son ouvrage le plus important est sans contredit son Précis iconographique, etc., cité ci-dessous. Mentionnons de lui :
I. Uasthme. Thèse de Montpellier, 1853. — II. Précis iconographique de bandages,, pansements et appareils. Ouvrage contenant 81 planches, dessinées d'après nature et gravées au burin sur acier. Paris, 1854, 1858, gr. in-12. — III. Conside'rations historiques, hygiéniques et médicales, sur le camp de Chutons. Paris, 1863. L. H.n.
GOHIEB (Jeax-B.vptiste). Vétérinaire français distingué, né en 1776 à Branges (Aisne), mort à Lyon, le l" octobre 1819. Il était fils d'un ancien mare-
GOIIIER (Eau minérale de). 487
chal-ferrant de l'armée; le curé de son village lui donna quelques leçons, et obtint pour lui une place gratuite à l'École d'Alfoit, où le jeune élève, après avoir remporté plusieurs prix, mérita d'être employé comme répétiteur. Conscrit, il fut envoyé dans un régiment d'infanterie, mais bientôt le colonel du 20° régiment de chasseurs le fit passer dans ce corps comme vétérinaire. Un concours s'étant ouvert, en 1802, à l'École vétérinaire de Lyon, pour une chaire de marcchalerie et de jurisprudence vétérinaire, Gohier se mit sur les rangs et fut nommé. Aux succès qu'il obtint dans ses leçons Comme professeur se joignirent ceux que lui méritèrent des mémoires et divers écrits sur son art, fruits de ses observations, de ses recherches et d'une correspondance étendue qu'il entretenait de toutes parts (Biogr. Didot). On a de lui :
I. Des effets des pailles rouillées, ou exposé des rapports, recherches et expériences sur les pailles affectées de rouille délivrées pendant le dernier trimestre de l'an IX aux chevaux du 20" régiment de chasseurs. Lyon et Paris, 1805, in-8°. — II. Mémoire sur une épizootie qui se manifesta dans le mois de germinal au Vïll sur les chevaux du dépôt de chasseurs en garnison à Metz; suivi d'un aperçu de celle qui a régné en thermidor an XI sur les bêtes à cornes de la commune de Trnmois. Lyon et Paris, 1803, in-8°. — III. Tableaux synoptiques des différentes ferrures le plus souvent pratiquées aux pieds des chevaux monodactyîes ou solipèdes. Lyon et Paris, 1803, in-folio, fig. — IV. Mémoires sur les causes qui dans la cavalerie donnent lieu à la perte d'une grande quantité de chevaux. Paris et Lyon, 1804, in-4°. — V. Mémoires et observai, sur la chhwgie et la médecine vétérinaires. Ouvrages couronnés en grande partie par In Société centrale d'agriculture de départ, de la Seine. 1815, 1816, 2 vol. in-S", fig. — \'I. Mémoire sur la maladie cpiiootique gai règne en ce marnent (1814) sur les bêtes à cornes dans le départ, du Rhône et ailleurs. Paris et Lyon, 1814, in-8°, tab. synopt. — VII. Tableau synoptique des coutumes suivies dans la plupart des ci-devant provinces de la France à l'égard des cas rédhibitoires des animaux. Paris et Lyon, 1814, in-fol. — YlII. Grand nombre de manuscrits légués à II. Iluzard père, inspecteur général des écoles vétérinaires. L. Un.
GoniER (Ead minérale de). Âthermale, bicarbonatée feiTtiginetute faible, carbonique faible, dans le département de Maine-et-Loire, dans l'arrondissement et à 21 kilomètres d'Angers, émerge une source connue dans le pays sous le nom de fontaine de la butte de Gohier. L'eau de cette source a un débit peu abondant et elle est submergée pendant les crues du fleuve, sur les bords duquel elle a son griffon. Elle laisse déposer sur les parois intérieures de sa fontaine une couche notable de rouille, elle est ensuite d'une clarté et d'une limpidité parfaites; elle n'a ni odeur, ni couleur, son goût est manifestement ferrugineux ; des bulles gazeuses la traversent rarement et s'attachent en petit nombre à l'intérieur des vases dans lesquels on la reçoit; sa température est de 15", 2 centigrade, l'air extérieur étant à 16°, 8 centigrade. Sa densité n'est pas exactement connue; Ménière et Godefroy, qui en ont fait l'analyse chimique, ont trouvé que 1000 grammes contiennent les principes suivants :
Bicarbonate de magnésie 0,135
— chauï 0,107
— fer 0,050
— manganèse traces.
Sulfate Je chauî 0,073
soude 0,06"
— alumine 0,031)
Chlorure de calcium 0,047
— macnésium 0,023
— sodium 0,017
Silice 0,033
Matière organique azotée 0,017
Principe arsenical traces.
Total des MAUÈnES fixes. 0,601
Gaz acide carltonique et azote iudéterrainss.
488 GOIFFON.
Le rendement de l'eau de la fontaine de la butte de Goliier est trop peu conside'raMe pour qu'on y ait fait construiie un établissement , et celte eau est exclusivement employée par les malades des environs qui viennent lui demander la suérison de leur anémie ou de leur chlorose. A. Rotureau.
GOHL (Johaxx-Damei,). Naquit à Berlin, en 1675, étudia la médecine à Halle, y obtint le grade de docteur en 1698, puis s'établit dans sa ville natale, fut nommé membre de la Société royale et de l'Académie des Curieux de la nature et devint, en 1711, inspecteur des eaux minérales de Freyenwald. Il quitta cette place en 1721 pour celle de médecin du cercle du Haut-Barnim, à "Wrizen 11 mourut en 1 751.
Gohl était un disciple fervent deStahl, et l'on considère sa dissertation inaugurale comme l'œuvre du maître. Il eut à soutenir des disputes fort vives contre Stenzel et Burggrav. Haller, dans un long article qu'il lui a consacré dans sa bibliolbèque de médecine, le caractérise de la manière suivante : a Acris Stahlii assecla et defenxor, chemke et clinicœ addictinr, a bofanicis, anatomicis et elegantioribus studiis alienior. » Nous connaissons de lui :
I. Diss. de morborum œlalum fundamentis patholoriico-llierapeuticis. Halae, 1698, 10-4°. Ihicl., t'O'î, iii-4°. — II. diss. epislolarù- de motus fonici demanstratione per revulsionem et derivalioncm veterum. Halae, 1707, in-4°. — III. Diss. epialolaria de regimine febrium adtlarmn. Halae, 1708, in-4"'. — IV. Hisloria pestis, das ist wahrheilsgemâse Nachricht von der Natur und Cur der Peut inkune T/iesen verfasset. Berlin, 1709, in-4°. Ibid., 1719, in 4°. — V. Gedanken vnm gesiindeii und laiigen Lebeii des Mensclien. Berlin, 1709, in-4°. — VI De pohjpo cordas ex nrgtectis hn'morrhiiidibiis. seit de mnlu aslhtyiatis conriilsivi. Berolini, 1710, in-4°. Trad. en allem. Berlin, 1710, in-4° — VIL Compemlium oder Einleitung zur Praxis clinica- Francofurti, 1715, in-8°. Lipsiae, 1755, in-8°. Berolini, 1759. iii-8°. Ibid., 1755, in-S". — VIII. Ganz générale Instruction von der Tugend und dem Gebrauch des Freyenwalder Gesuiidbruiinens. Berlin, 1716, iii-8'. — IX. Unterricht vom Gebrauch des SeUerwassers. Berlin, l'iO, in 4°. — X. Versuch patriolischer Gedanken ïiber den verwirrten kranken Verstand, besonders in der Thérapie Berlin, 1727, in-8°. — XI. Aufrichlige Gedanken iiber den von Vorurlheilen kranken Verstand. Halle, 1755, in-4^. — XII. Medicina practica clinica et farensis. Lipsiae, 1755, in-4°. — XIII. Abhandlung von der a. 17"20. 1750 und 1751 in der Mittehnark und dem Clberbarnimschen Kreisc grassirenden Viehscuche. Berlin, 1755, in-4°. Leipzig, 1741, in-4°. — XIV. Acta medicorum BeroHnensium in incrementum artis el scienliarum collecta et digesia. Berolini, 1717-1751, 2 vol. in-8°. — XV. Compcndium oder kurze Einleitung sur Praxis chirurgica cum prœfatione J. Trew von den Eigenschaften eines gutcn Chirurgi. Kiirnberg, 1736, in-8°. L. Hs.
eoiFFO\' (Jean-Baptiste). C'est à Cerdon, village du département de l'Ain, non loin de la patrie de notre grand Bicliat, que -naquit ce médecin en 1658. C'est à Montpellier qu'il reçut le grade de docteur en médecine après avoir commencé ses études à Lyon. Un hasard l'ayant appelé auprès d'un commandant militaire grièvement blessé, et le succès ayant répondu à ses soins, il fut désigné pour être médecin de l'armée d'Italie. C'est en cette qualité qu'il accompagna le maré.hal Catinat, envoyé dans la Péninsule pour combattre le prince Eugène, commandant de l'empereur. On sait l'histoire malheureuse de cette campagne, où les Français durent abandonner tout le pays entre l'Adigeetl'Adda. A l'époque de la paix, Goiiïon revint à Lyon où il exerça avec un grand succès jusqu'en 1705, époque où il accompagna le maréchal de Tessé en Espagne. Un assure que le souverain de ce royaume, Charles II, lui offrit la place de premier médecin, mais q>ie Goiffon refusa, aimant mieux aller finir doucement le reste de son existence à Lyon, où ses concitoyens le nommèrent échevinen 1712. C'est là qu'il mourut le 50 septembre J 750, laissant les ouvrages suivants :
I. Béponse aux observations de Cfiicoyneau, ^'entier et Souiller, sur la nature, les éve'nements et le traitement de la peste de Marseille. Lyon, 1721, iii-12. — II. Relations et dissertation sur la peste du Ge'vaudan. Lyon, 1722, in-8°. A. C.
GOITRE (en allemand, Kropf; en anglais, Wen; en italien, gozzo; en espagnol, papera). Ce mot vient du latin yuttur, gorge, gosier ; son emploi pour désigner les tumeurs du corps thyroïde est d'origine relativement récente. Fabrice de Hilden paraît en efl'et être le premier qui désigna sous le nom de gutturosi les individus atteints de ce genre d'affection. Avant cet auteur on comprenait sous la même dénomination toutes les tumeurs de la partie antérieure du cou, auxquelles on appliqua suivant les époques des noms fort différents. C'est ainsi que l'on trouve dans Galenus (Cf. de Compos. medic. per gênera, lib. YI, cap. xiv) et Paul d'Egine (lib. VI, c.ip. xiv) les noms de bronchocele et de tracheocele ; ce dernier en distingue même deux variétés, l'une steatode, l'autre eurysmatode. Les auteurs latins ne créent guère de mots nouveaux: ils emploient ceux que les Grecs leur ont transmis {bronchocele, hernia gutturis) ou se contentent d'adjoindre au mot guttnr quelques épithètes telles que tumidum sen turgidum. L'école de Salerne (de Renzi, Collect. salernit., t. II, p. 463, 599, 602) substitua tout à coup à ces dénominations celle peu significative de botiiim ou bocius. Plus tard, au seizième siècle, Guill. Paradin [Chronique de Savoie, Lyon, 1561, p. 20, 21 [cité par Fodéré, p. 65 et 71]) nous apprend qu'en Savoie les expressions de strumositas et atnimosus sont employées comme synonymes de grosse gorge, de gros gosier, pour désigner un état goitreux. Cette dénomination, basée sur l'étiologie, prouve que les liens unissant la scrofule et le crétinisme n'avaient pas échappé aux observateurs de ce temps. Elle ne fut cependant pas acceptée sans conteste, et dans le siècle suivant nous voyons deux écrivains de talent, Riolan [Opéra omnia, Paris, 1610, p. 652) et Fabrice de Hilden [Observ. et curât, chirurg. Cent. III, 1614, p. 157, 160; Obs. 34 et 35) soutenir, l'un la distinction entre la bronchocele et les strumes ou scroplndes, l'autre se servir indistinctement des deux expressions. Ce fut cette dernière théorie qui prévalut généralement jusqu'au dix-huitième siècle. A cette époque, Kortuni, restreignant encore le sens du mot struma, l'employa exclusivement pour désigner les timieurs du corps thyroïde ; cette expression fit fortune chez les auteurs allemands, qui l'emploient souvent encore aujourd'hui (Virchow, Traité des tumeurs, t. III, p. 195); mais en France on refusa toujours au mot struma cette signilication.
L'organe aux dépens duquel se développe le goitre fut longtemps ignoré, comme en font foi les expressions de bronchocele, de trachéocèle, et toutes les tentatives faites pour préciser son siège exact échouèrent pendant longtemps ; Kortum, le premier, désigna le corps thyroïde comme point de départ exclusif du mal; les recherches de Hausleutner [Honis Archiv, 1810, t. X, p. 7) vinrent confirmer cette opinion. En 1858, Alibert [Nosologie naturelle. Paris, 1858, p. 464), qui appelle le goitre thyrophraxie, en distingua deux formes, l'une simple, l'autre composée, suivant que la tumeur est formée exclusivement aux dépens du corps thyroïde ou que le tissu cellulaire avoisinant participe également à sa constitution. A peu près vers la même époque, Albers [Eriaiiterungen zu deni Atlas der pathol. Anatomie, 1^ part. Bonn, 1839, p. 502) essaya d'établir une distinction entre les goitres développés aux dépens de la capsule et ceux qui naissent du parenchyme lui-même; mais les travaux récents ont montré que cette distinction était impossible et que dans ce "-enre
d'affections tous les éléments étaient intéressés, bien qu'à des degrés différents.
Dans ces derniers temps on a cherché à enlever au mot goitre sa signification primitive et à en faire un terme générique servant à désigner toutes les maladies du corps thyroïde. C'est ainsi que sous les noms de goitre congestif, inflammatoire, cancéreux, hydatique, on a décrit la congestion, l'inflammation, le cancer et les hydatides de la thyroïde. Mais, afin d'éviter toute équivoque, nous conserverons au mot goitre le sens consacré par l'usage, c'est-à-dire que nous comprendrons sous ce nom toutes les tumeurs de la glande d'origine hypertrophique.
On divise les goitres en goitre endémique et goitre sporadique, suivant que leur développement est soumis ou non à une influence tellurique. A ces deux variétés il faut ajouter l'affeclion décrite par Graves et Basedow sous le nom de goitre exopkthalmique ; ce dernier, n'intéressant que secondairement le corps thyroïde, est, dans ce Dictionnaire, l'objet d'un article spécial. Quant au goitre endémique, ses relations étroites avec le crétinis)ne ont nécessité de le décrire en même temps que cette affection. Nous renvoyons donc pour tout ce qui le concerne au travail que nous avons publié ici même, en collaboration avec M. Baillarger [voy. Crétinisme et Goitre endémique).
Nous ajouterons cependant en passant, et sauf à y revenir dans un instant, que cette division étiologique, qui, il faut le dire, est moins bien tranchée qu'elle ne paraît l'être au premier abord, est lom d'être absolue, et que nous l'acceptons faute de mieux, et parce qu'elle facilite la description en établissant des espèces cliniques.
En résumé, cet article sera surtout destiné à la description du goitre sporadique, auquel il est nécessaire de joindre le goitre épidéniique, espèce hybride, encore peu connue , tenant de la thyroïdite par ses lésions et des maladies infectieuses par son mode de développement. Enfin, pour éviter des répétitions inutiles, nous serons amenés forcément à étudier à part les goitres aériens, le cancer, les tubercules et Its kystes hydatiques du corps thvroïde. Celte façon de procéder aura à notre sens l'avantage de réunir eu un seul ciiapitre l'histoire de toutes les lumeuis de cet organe, et d'en faire ressortir plus facilement les points de contact et les dissemblances, tout en répondant mieux aux exigences^ du Dictionnaire.
GOITRE SPORADIQUE. I. Auatomie pathologique. Avant d'entreprendre l'étude des diverses variétés de goitre, il est utile de jeter un rapide coup d'oeil sur la structure et le développement du corps thyroïde. On sait que cet organe est formé de lobes, de lobules et de granulations séparés par des cloisons conjonctives de plus en plus mmces à mesure qu'on envisage une division plus élémentaire ; tous ces lobes sont renfermés dans une enveloppe commune analogue à la capsule de Glisson.
Les granulations qui repi'ésentent ici l'élément primitif sont constituées d'après M. Sappey par des vésicules glandulaires ou follicules clos identiques à ceux de la rate et de l'intestin. Yirchow {Ibid., p. 201) admet au contraire que ces « corps d'apparence vésiculaire sont en connexions multiples les uns avec les autres ; ils auraient des prolongements ramifiés qui se trouvent rarement dans le même plan et qui, par suite, paraissent, suivant la direction de la coupe, tantôt isolés, tantôt réunis, ronds, ovales ou allongés et de grandeurs différentes. » M. Boëchat {Recherches sur la structure normale du corps thyroïde, thèse de Paris, 1875) a rendu cette disposition très-manifeste en injectant dans
le corps thyroïde du chien de la gélatine au nitrate d'argent d'après la mélhode de Ranvier; prâce à ce procédé, il a pu, en exposant les coupes à la lumière diffuse, reconnaître la continuité de la couche épithéliale qui forme à la surface des -vésicules une mosaïque élégante et établit la communication des vésicules entre elles.
Virchow nie cette lame épithéliale, mais il dit que le contenu des vésicules est constitué par un amas de cellules analogues à celles des ganglions lymphatiques. Presque tous les auteurs admettent qu'il est constitué par un liquide limpide et légèrement visqueux qui tient en suspension des cellules et des noyaux de cellules. Souvent aussi, d'après M. Robin, il contiendrait en suspension des sympexions, c'est-à-dire des corpuscules arrondis, transparents et homogènes, caractérisés surtout par leur solidité et leur friabilité. Un autre élément beaucoup plus important, sur lequel nous aurons longuement à revenir plus loin, est la matière colloïde qui existe dans presque tous les follicules, et à tel point que sa présence a été considérée comme normale par beaucoup d'anatomistes. C'est cette substance opaline et grisâtre d'une consistance pulpeuse que M. Robin considère comme formée de corpuscules albuminoides.
Les artères de la thyroïde naissent de la carotide externe et de la sous-clavière, et sont disposées en quatre groupes qui abordent la glande par chacun des angles; elles sont si nombreuses et si volumineuses que , d'après Liebermeistor [Veher einehesondereVrsacheder Ohnmacht [Prag V ierteljahrschr , t. XXXlll, p. 31, 1864]), leur nombre et leur calibre ne seraient guère inférieurs à ceux des artères de l'encéphale; elles sont souvent très-flexueuses, même à l'état normal, et décrivent alors des anses serpentines qui recouvrent les artères carotides, d'oiî le nom d'anses thyroïdiennes ouprécarotidiennes queleura donnéBarkow [Die Verkriimmungen der Gefeisse. Eres lau, 18(39). Une fois engagées dans l'épaisseur de la glande, les artères suivent le trajet des cloisons fibreuses, se divisent chemin faisant en branches de plus en plus ténues, et viennent à la surface des vésicules former un réseau à mailles fines qui les recouvre presque entièrement. Les veines qui leur correspondent, encore plus nombreuses et plus volumineuses que les artères, forment à la surface de l'organe un lacis vasculaire à mailles serrées, et s'y creusent parfois des sillons profonds.
Les lymphatiques, d'après Boëchat (Ibid.), pourraient être suivis jusque dans les espaces qui séparent les vésicules; ces fentes I ympkalicjues sernieni tapissées d'endothélium et formeraient un vaste léseau caverneux, dont l'injection ferait doubler ou tripler le volume de la glande. De ce réseau partent des troncules qui suivent les cloisons interlobulaires et se réunissent en troncs qui vont se jeter, les uns dans les ganglions que recouvre le sterno-cléido-mastoïdien, les autres dans les ganglions situés à l'entrée du thorax.
Le développement de la thyroïde est encore entouré d'une certaine obscurité. Remak le premier admit qu'elle se développait aux dépens du feuillet mterne, par l'intermédiaire de la paroi antérieure du conduit œsophagien, sous forme de bourgeon creux, qui se comblait peu à peu et perdait bientôt toute attache avec le tube digestif. Des recherches récentes entreprises par Mùller (cité par Sappey,t. IV, p. 889) concordent avec celles de Remak; c'est aussi cette opinion qui est soutenue par MM. Poster et Balfour (cités par Sappey, t. IV, p. 889). D'après M. Robin (note manuscrite dans la Revue critique de Berger [Archiv. deméd., p. 82]), au contraire, les muqueuses œsophagienne et laryngo-tiache'ale seraient une dépendance de la portion sous-encéphalique du feuillet
externe, et le corps thyroïde, naissant de la muqueuse laryngo-trachéale, serait formé lui-même aux dépens du feuillet externe. Quelle que soit l'opinion à laquelle on se range, il y a un fait qu'il ne faut pas oublier, c'est qu'à côté de la glande tliyrQïde normale on trouve parfois de petites glandes supplémentaires isolées ou reliées à la glande mère par un pédicule. Ces satellites ont la même structure que la glande principale, et sont les analogues des organes supplémentaires que l'on trouve autour du foie, de la rate, des reins, etc., d'après la loi de diffusion signalée par Béraud.
Les nombreuses classifications proposées pour distinguer entre elles les diverses variétés de goitre peuvent se grouper sous trois chefs principaux suivant que l'on a en vue la variété de la lésion, le point de départ anatomique de la tumeur, ou enfin son contenu. La première, proposée par M. Sanson (Thèse soutenue en 1841 pour une chaire de professeur à la Faculté de Strasbourg), est fondée sur la variété de la lésion et comprend cinq espèces. La deuxième, adoptée par M. Bach {Mém. de l' Acad.de Méd., t. XiX, p. 338, 1855), est basée sur le siège anatomique; elle compte trois grandes variétés, suivant que le point de départ de la tumeur se trouve dans les vaisseaux, le tissu glandulaire ou le tissu cellulaire. L'auteur les a désignées sous les noms de :
A. Goitres vasculaires parencliymafeux;
B. Goitres glandulaires parenchymateux;