GORDON
doute il a rempli son œuvre des receltes les plus extraordinaires, les plus monstrueuses : c'est ainsi que pour le mal caduque ou épilepsie il n'Iiésite pas à déclarer qu'un épileptique étant à terre, en proie à un accès, il suflit pour le faire relever de lui glisser trois fois dans l'oreille ces trois vers :
Gaspar fert myrrham, thus Melchior, Balthasar aurum; Hipc tria qui secum porlabit nomina regura, Solvitur à morbo Christi pietate caduco.
Mais ces erreurs étaient inséparables de l'obscurité profonde qui recouvrait la nature réelle d'un grand nombre de maladies, et de l'idée superstitieuse qui s'y rattachait. Un point nous a frappé dans la lecture de ce Lilium meclicinœ : c'est le conseil qui y est donné aux personnes affaiblies par l'âge de porter des lunettes, ou plutôt l'annonce et la description d'un collyre, « lequel instillé dans les yeux permettrait à ces mêmes personnes affaiblies de lire sa7is lunettes les lettres les plus minuscules. » C'est, comme nous l'avons dit, entre les années 128j et 1505, que Bernard de Gordon lisait son traité à l'École de médecine de Montpellier. Ce traité a eu un grand nombre de copies et d'imprimés, dont nous indiquerons les principales. Dans ces manuscrits, le mot lunettes est constamment représenté par ces mots: oculus bereclinus (Biblioth. nat., ms. lat. 6964 (année 1505), fol. 5'2. v», col. 1 , lig. 54:7054 A. (quatorzième siècle), fol. 69, r% col. 2, lig. 6 (Oibliotli. de la, Fac. de méd. de Paris, nis. n° 62, in-4") ; dans les imprimés il l'est par sine ocularihus (Lyon, 4491, in-4'', fol. 154, V», col. I; Venise, 1496, in-4°, fol. 94, r°. col. 2; Venise, 1498, petit in-fol., fol. 41, V", col. 2; Lyon, 1551, in-8", p. 278, etc.); et un traducteur anonyme, de Rome, qui a rendu en français le Lilium medicinœ en 1577, laquelle translation a été imprimée à Lyon en 1495 (Bibliot. nat. T, d. 29, 56, in-4°), se sert du mot tenc/es ; « Il (le collyre) est de tant grant vertu qu'il fait « à ung homme décrépite de LXX ans lire lettres menues mieux que s'il avoit « une bericles. » Il est donc certain que Bernard de Gordon en 1505, et peutêtre une vingtaine d'années auparavant, applique à des appareils destinés à rendre aux vieillards la lecture facile le mot béricle et non celui d'ocularium qui a été imaginé beaucoup plus tard par les éditeurs de Lyon, de Venise et d'autres lieux. Il est encore hors de doute qu'au commencement du quatorzième siècle les lunettes étaient connues du vulgaire sous le nom de bericles, que les traducteurs de Guy de Chauliac ont rendu par conspicilia vitri seu bericles (G. de Chauliac, Chirurgia magna, Lyon, 1585, in-4, p. 515). Rappelons que Guy de Chauliac écrivait en 1565. D'ailleurs, dans le compte ou testament delà veine Jeanne d'Évreux, morte en 1549, il est fait mention d'un « vericle encerné «n manière de lunette » , et que l'on retrouve dans l'inventaire de Charles V. Quant à l'étymologie de béricle, elle a peut-être son origine dans bis circuhis ou dans bini circuli, et de béricle les Français ont fait aisément bésicle en changeant l'r en s. Béricle paraît être aussi une des formes anciennes pour béryl, qui indiquait une pierre précieuse, un cristal. Voij. Ducange et Littré.
Outre son Lilium medicinœ, Bernard de Gordon est auteur de plusieurs autres ouvrages qui ont été aussi imprimés, A la Bibliothèque nationale de Paris, au département des manuscrits, on trouvera: Un Lilium medicinœ (latin, •6964, année 1505) ; 6965, quatorzième siècle; 7054 A, quatorzième siècle. — <Jn Autidotarius (6966, année 1461). — Un Liber de phlebotomia (6971, quin-