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GRANEL DE RIBAS-ALTAS

malades de la contrée. Ils reconnaissent à ciiaque saison que ces eaux sont apéritives, diurétiques, et qu'elles facilitent la digestion, excitent l'appétit, calment les douleurs de l'estomac et de la première partie de l'intestin, facilitent la sécrétion de la bile et expulsent les sables et les petits graviers qui se produisent dans les reins. L'eau de la source de Grandrif est donc utilement administrée cbez les dyspeptiques, les gastralgiques, chez ceux qui souffrent d'un embarras gastrique non fébrile, d'un catarrhe avec ou sans spasmes de l'estomac, chez les hypocondriaques dont la maladie reconnaît pour cause des troubles appréciables du foie. C'est très-probablement l'élément bicarbonaté alcalin qui agit favorablement dans les états pathologiques dont il vient d'être question. Le gaz acide carbonique que l'eau minérale de Grandrif contient en excès contribue alors à ces heureux effets, surtout quand le médecin veut combatti-e les catarrhes bronchiques, gastro-intestinaux ou ui'o-poétiques. Le fer, au contraire, est l'élément minéralisuteur qui explique l'efiicacité de cette eau dans l'anémie, la chlorose et la dépression des forces précédant, accompagnant ou suivant les affections que nous venons d'indiquer. Est-ce la quantité infinitésimale de son principe arsenical trouvé par Ossian Henry qui peut expliquer pourquoi l'eau de Grandrif a une réputation parfaitement établie de guérir les fièvres intermittentes et leurs accidents consécutifs? Nous sommes loin de l'assurer, mais il n'en est pas moins vrai que tous les confrères qui les ont employées à la source sont unanimes pour reconnaître que cette eau leur a donné des résultats vainement cherchés par eux avec les diverses préparations quiniques.

La durée de la cure varie en raison des effets que l'on veut obtenir et surtout de la durée antérieure et de la persistance de l'affection que l'on doit guérir, mais on peut dire d'une manière générale qu'elle ne doit pas être moindre de vingt-cinq ou de trente jours.

Le docteur Carré a comparé la composition élémentaire de l'eau de Grandrif à celle de Selters. Un coup d'œil rapide jeté sur l'analyse chimique de l'eau de ces deux sources démontre que cette comparaison n'est pas exacte. Dans tous les cas, l'eau de la source de Grandrif n'est exportée qu'aux environs, quoiqu'elle se conserve parfaitement et pendant longtemps daus des bouteilles hermétiquement bouchées. A. Rotureau.

Bibliographie. — Désaux. Analyse de l'eau de Grandrif. Poitiers, 1834. — Carré. Analyse chimique et proprie'te's curatives de l'eau de la source de Grandrif. In Journ. de chimie médicale, sept. 1836. — Lecoq (H.). Recherches analytiques et médicinales sur les eaux minérales de Grandrif avec analyse de ces eaux par Baudin, ingénieur des mines et professeur de chimie industrielle de la ville de Clermont-Ferrand. Clermont-Ferrand, 1838. — NivET (V.). Dictionnaire des eaux minérales du département du Puy-de-Dôme. Clermont- Ferrand, 1846, p. 116-120. — Henry (Ossian), Analyse et appréciation de Veau de Grandrif, suivies de quelques observations cliniques par le docteur Maisonneuve, médecin inspecteur de cette source, brochure in-S" de 18 pages. Clermont-Ferrand, 1859. A. R.

CRA^EL DE RIBAS-ALTAS (JoAQuii\-GASSES-jALo). Médecin espagnol du dix-huitième siècle, né à Valence, fit ses études à l'Université de sa ville natale et y prit les diplômes de docteur en philosophie et en médecine. Il occupa par la suite une chaire à la même université, puis alla se fixer à Madrid, oii il fut membre des conseils du roi.

Granel est l'auteur de divers ouvrages scientifiques ; les seuls qui sont relatifs à la médecine ont pour titres :

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I. Tridente escépiico en Espana, fisica nalural, agricuUura no cultivada y mâgica esperimenlal, para acrecentar las cosechas, aumentar losplanlios, tôdo gcnero de granos y frutos, â mas de ciento poruno; sislema mateindlico, fisico y dlrico, etc. Madrid, 1758, in-8°. II. Enchiridion phijsicum, medicum et juiidicum, 3 -vol. (lui est attribué par Vicenle Jimeno; Morejoii n'a jamais vu cet ouvrage). ^- "'''-

CiR4l\GE^ (Adans.). Ce nom a été donné par Âdanson à un genre de Composées, aujourd'hui classé parmi les Astérées, et qui a été placé par nous {Hist. des plant., VIII, 147) entre les geares Rhynchospennuin et Lœiladia. Le Grangea maderaspataiia Lamk avait été rapporté par Linné aux Armoises, sous le nom à'Artemisia maderaspatana, et c'est le Cotula maderaspalana de Willdenow. Les médecins indiens l'emploient comme stimulant et tonique, et c'est, assure-t-on, un stomachique et digestif de valeur. Le G. latifolia Lamk, qui est le Dichrocephala latifolia DG. et qui croît en Asie, à Madagascar et en Abyssiaie, a aussi des feuilles stimulantes; c'est surtout un coadimeut.

H. Bn.

BiBLioGRipuiE, — Adass., Fum. des pi., Il, 121.^ Rosenth., Syn. pi. diaphoi:, 261. — DC, Prodr., Y, 373. H- Bn.

GRAiVCiER (Bonâventure), OU plutôt Grangieu, car sa signature, que nous avons là sous les yeux, porte bien Grangier. Il se mit sur les bancs de la Faculté de médecine de Paris et fut reçu docteur le 5 août 1572. La conOance de ses collègues le fit monter au décanat, qu'il tint pendant deux ans, du 3 novembre 1582 au 5 novembre 1584. 11 mourut en 1589. Il a fait servir ses talents de poète latin à défendre sa chère école contre les prétentions des chirurgiens. C'est un des plus rudes champions dans la guerre acharnée et interminable entre la Confrérie de saint Cùme et la Compagnie de la rue de la Bûcherie. Les deux poèmes anonymes qu'il a publiés à cette occasion sont pleins de vie, de colère et de haine. Ils portent ces titres : \° Satyra in perfidam chirurgorum quorundam à medicis defeciionem. Parisiis, 1587, in-12 de huit pages; 50 vers; 2" In chirargos emendicato mendicatis versibus auxilio medicorum famœ ohlatrantes. Parisiis, 1577, in-TJ de 6 pages, 170 vers. Granger s'est aussi attaqué à Ambroise Paré, à l'occasion de la publication de ce dernier, de son Discours sur la mumie, les venins, la licorne et la peste (Pans, 1582, in^"^), et le tance vertement dans sa Réponse au discours d'Ambroise Paré sur l'usage de la licorne (Paris, 1583, in-8°). Le seul ouvrage vraiment médical de ce fervent apôtre de la médecine contre la chirurgie est un petit livre intitulé : De cautionibus in sanguinis missione adhibendis. Parisiis, 1578, in-8° de 134 feuillels. Il est dédié au fameux Léoziard Botal.

GRJlXT (Les) . Parmi les nombreux médecins anglais de ce nom, nous ferons une mention spéciale de :

Grant (William). Né à Londres, au commencement du dix-huitième siècle, a fait des études médicales dans cette ville, où il pratiqua la médecine jusqu'à sa mort, le 30 novembre 1786. 11 est célèbre par l'étude des fièvres qu'il observa pendant plus de trente ans, tant à Londres qu'aux environs, et par les divers ouvrages qu'il a publiés sur le sujet. Grant a fort bien analysé les différences qui caractérisent les fièvres contagieuses ou non contagieuses, les

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fièvres putrides, les fièvres catarrhales, les fièvres éruptives ; il a observé avec beaucoup de sagacité l'influence des saisons, de l'air, etc., mais ses ouvrages ne sont pas écrits avec toute la clarté et la concision désirables.

I. An Inquiry iiUo the Natu)-e, Bise and Progress of the Fever most common in London, as they hâve succeded cach other in the Différent Seasons for the lasl Twenly Years, w'ith sonie Observations on the Best Method of Treaiing titem. Londres, 1771, in-S"; 2' édk. avec le titre : Observations on the Nature and Cure of Fevcrs. Londres, 1773, 2 vol. in-8°: traduit en français par Lefèbre de Villebrune, sous ce litre : Recherches sur les fièvres, selon quelles dépendent des variations des saisons, et telles qu'on les a observées, à Londres, ces vingt dernières anne'es-ct, avec des observations de pratique sur la meilleure manière de les guérir. Paris, 1773-1776, in-12, 3 vol. Le troisième volume comprend la traduction de l'ouvrage ci-après. — IL Essay on the Pestilential Fever of Sydenham commonly called the Gaol, Ilospital, Ship, and Camp Fever. Londres, 1775, in-8°. — III. Short Account of the Présent Epidémie Cough and Fever. Londres, 1776, in-S". — IV. A Short Account of the Fever and Sore Throat ivhich bcgan to appear in and about London, Sept. 1776. Londres, 1777, in-S". — V. Sonie Observations on the Origin, Progress and Method of Treating the Atrabilious Tempérament and Goût- Londres, 1780, in-8''. Chapter IV containing the Regular, or Cardinal Fit, 1781, in-S». Chapter V containing the Irregular, or Complicated Goût, 1781, in-8°. — YI. Observations on the Late Influenza Febris Catarrhalis Epidemica of Ilippocratcs, as it appeared in 177.'5 and 1782. Londres, 1782, in-S". — VII. Ces quatre derniers ouvrages ont été réunis sous le titre suivant : Will. Grant's Micellaneous Works. Londres, in-8°. A- D.

Grant (James-Robert). Né en 1775, à Forres, mort à Nottingliani le 10 janvier 1864. Il entra dans le service de santé militaire à l'âge de vingt ans et fit sa première campagne dans les Pays-Bas, sous le duc d'York, en 1795, puis eu 1809 assista à la campagne de l'île de Walcheren, où les fièvres anéantirent la moitié de l'armée anglaise; en 1815 et 1814 il prit part à la campagne de Hollande et de Belgique, en qualité de médecin en clief, puis lors de la campagne de 1815 assista aux batailles de Quatre-Bras et de Waterloo, comme médecininspecteur des hôpitaux militaires ; partout et toujours il se distingua par son dévouement et son incomparable habileté. Il quitta l'armée en 1819 et à partir de ce moment vécut dans la retraite. Grant était chevalier d'un grand nombre d'ordres anglais, russes, etc. L. Ha.

Grant (Klein). Né au début du siècle, étudia la médecine à Londres et à Edimbourg et fut reçu docteur à cette dernière université en 1826, puis membre du Collège royal de chirurgie de Londres en 1829. Il exerça la médecine dans la capitale et y enseigna la thérapeutique au Norlh London School of 3Ie(lici7ie, école fondée par Hunter, puis la médecine pratique à VAldersgate Collège of Medicine; il fut successivement médecin de plusieurs hôpitaux. Grant vivait encore à Londres en 1860. Outre des articles sur la topographie médicale de Londres et des environs, publiés dans le Médical Times, et divers mémoires dans le British and Foreign Medico-Chirurgical Review, etc., il a laissé :

I. Diss. inaug. de inflammatione medullae spinalis. Edinburgi, 1826, gr. in-8°. — II. Observations on the Existing Distinction between Physic and Surgery. London, 1830, in-8°. — III. A publié la 7- édition de Rob. Hooper : Médical Dictlonary. London, 1839, in-8°^ L.Ib-.

Grant (Robert-Edjiond). Anatomiste distingué, naquit à Edimbourg le il novembre 1795 et, après avoir terminé ses humanités à l'École supérieure de sa ville natale, commença en 1809 l'étude de la médecine à l'Université sous Hope et Monro; en 1810 il entra à l'Infirmerie royale d'Edimbourg, puis en 1811 fut reçu membre de l'ancienne Société médico-cliirurgicale qu'il présida en

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1812; à la même époque il entra dans la Société royale de médecine d'Edimbourg et fut également appelé à la présider en 1814. Cette même année le Collège royal de chirurgie lui accorda le diplôme de chirurgien et l'Université celui de

docteur en médecine.

En 1815, Granfc, pour se perfectionner, se rendit à Paris, oii il suivit assidûment les cours de l'École de médecine et du Muséum d'histoire naturelle, puis voyagea eu Italie, en Allemagne, en Autriche, et revint en France, faisant partout des séjours prolongés dans les centres universitaires les plus iini»orlants. Il était de retour à Edimbourg en 1820 et passa alors plusieurs années à explorer les côtes de l'Ecosse, de l'Irlande, et les îles voisines, recueillant une foule de matériaux relatifs à la faune de ces régions, disséquant les animaux, observant leurs mœurs, etc. 11 travailla ainsi sous la direction de John Barclay jusqu'en 1824, où cet éminent anatomiste le chargea d'un cours auxiliaire sur l'anatomie comparée des Invertébrés. Il fut nommé professeur d'anatomie comparée, de zoologie et de physiologie, à University Collège de Londres, en 1827, la même année où il avait été élu fellow du Collège royal de médecine d'Edimbourg.

A partir de ce moment, Graut déploya une activité dévorante. 11 lit des leçons à l'Institution royale de Grande-Bretagne, à l'École de médecine à' AUlerijalestveet, à celle de Windmill-slreet, au Collège médical de Sydenham, à l'Institution de Londres et à une foule d'autres établissements tant de Londres que de la province; en 1857, il devint professeur titulaire de l'Institution royale de Grande-Bretagne, à laquelle il avait dès 1834 fait des leçons très-remanjuées sur la structure, la classification et l'histoire des animaux invertébrés; il fit également pendant deux ans des cours très-suivis sur les animaux rayonnes au Britisli and Foreign Insiltide. En 1817, il fut nommé doyen de la Faculté de médecine d'University Collège, puis membre du Conseil médical de l'hôpital à' University Collège.

Chaque année, il faisait des voyages sur le continent et de préférence à Paris, où il entretenait particulièrement des relations avec Cuvier, Geoffroy-Saint- Hilaire, Lamarck, Latreille, de Blainville, etc. Ses biographes l'ont appelé le Cuvier de l'Angleterre.

Il lut ses premiers mémoires devant la Société d'histoire naturelle weraérienne d'Edimbourg et fut l'un des membres fondateurs de la nouvelle Société médicochirurgicale de la même ville; il fut nommé fellow de la Société royale d'Edimbourg en 18"24 et de la Société royale de Londres en 1836; il faisait en outre partie des différentes sociétés zoologiques de Grande-Bretagne et d'Irlande, de la Société géologique de Londres, de la Société enlomologique et d'une foule de sociétés étrangères.

Grant a publié une foule de mémoires presque tous relatifs à l'anatomie et au développement des animaux invertébiés, et dans un grand nombre on trouve comme un pressentiment des doctrines darwiniennes. Il a donné en outre une classification du règne animal basée sur le système nerveux, qui a eu ses partisans [Todd's Cyclopœdia of Anatomy, 1835); cette classification, qui se rapproche du reste beaucoup de celle de Cuvier, fait des Échinodermes des Cycloneura, des Arthropodes des Diploneura (d'après la paire de cordons nerveux qui réunit les ganglions), des Mollusques àe^ Cyclogangliata, des Vertébrés des Spinicerebrata. Nous mentionnerons encore de lui :

I. Diss. inaug. de circuitu sanguinis in fœtu. Edinburgi, 1814, gr. in-8°. — II. An Essai/ on the Study of the Animal Kiiujdom. 2'' Edit. Loiidon, 1829, in-8°. — 111. lectures ou

298 GRANULATIOXS.

Comparative Analomij and Animal Physiology delivered during the Session 1835-1854. In the Lancef, 1855-1854. — IV. Outlines of Comparative Anatomy. Loudoa a. Paris, 1855- 1841, in-8°. Trad. en allem. Leipzig, 1855, pr. in-8°. — Y. Introdtictory Address on the Sludy of Medicine. London, 1853, in-S". — VI. A Popular View of Homœopathy. Ed. 2. London, 1^56, in-8°. — VII. On the Principles of Classificalion as applied to the Primary Divisio7%x ofthe Animal Kingdom. London, 1858, in-12. — VIII. General View of the Distribution ofExtinct Animais. London, 1859, in-18. — IX. Sur le système vascidaire de l'homme et des animaux. In l'Institut, t. I, p. 92, 1855. — X. Nombreux articles dans London Médical Gazette, Edinburgh New Philosophical Journal, t/ie Lancet, etc. L. H.v.

GR\i\ULATlOX. GRAI\1ILE!« (Pharm.\.cie). Il faut distinguer les poudres granulées et les granules proprement dits.

La granulation des poudres se pratique (procédé Mentel) en recouvrant d'abord de poudre médicamenteuse un noyau central, une parcelle de sucre, puis enrobant le tout d'une couche de sucre {voy. Dragée). Dans le procédé Dordant, on fait avec 1 partie de gomme, 20 parties de poudre médicamenteuse et de l'eau, une pâte qui est étendue en couche mince sur un crible. Par la pression, la pâte passe à travers les trous du crible en petites parties qu'on fait sécher et qu'on recouvre de sucre à l'étuve. La granulation des poudres a pour avantage de les conserver et d'en rendre l'administration agréable.

Les granules sont de véritables petites pilules ne dépassant pas 5 centigrammes, souvent, mais non toujours, recouvertes de sucre. Les granules du Codex sont argentés comme les pilules ordinaires. La granulation vraie, appliquée aux substances très-énergiques et qui doivent être trcs-rigoureusement dosées, est une opération dangereuse. Il en a été fait, depuis quelque temps, sous couleur de dosimétrie, un abus fâcheux. Tantôt de nombreux granules, portant le nom de substances actives et dangereuses, n'ont produit aucun effet; tantôt un seul granule a occasionné de sérieux accidents.

GRANULES DE DIGITALINE.

grammes.

V Digitaline 0.10

Sucre de lait porphyrisé 4,1»

Gomme arabique en poudre 0,90

Sirop de miel Q. S.

Triturez longuement la digitaline dans un mortier de porcelaine avec le sucre de lait, que vous ajouterez par petites portions à la fois; mêlez la gomme arabique, et faites avec le sirop une masse pilulaire bien homogène ; divisez cette masse en 100 granules que vous argenterez {Codex).

On prépare de la même manière les granules à'acide arsénieux, d'atropine, à'hyoscyamine, de strychnine, etc. D.

GBAi\ULATiO^S (MoLÉccLAiREs). On appelle granulations moléculaires ou élémentaires les molécules de substance vivante qui, de l'état amorphe commencent à passer à l'état figuré sans encore avoir atteint la forme de la cellule (voy. Eléments akatomiques) ; granulations graisseuses, celles qui sont presque exclusivement composées de graisses, et se dissolvent dans Téther, mais non dans l'acide acétique [voy. Bkowmen [Mouvement]) . D.

GRiLt^ULATlOiVS (Pathologie), Petites élevures dures et arrondies avec ou sans vésicules qui se forment sur les muqueuses ou à la surface des plaies. Cette lésion est quelquefois assez prononcée pour constituer le cai'actère anato-

GRàNULIE. 299

mique spécial d'une maladie [ophthalmie, phanjngite, métrite, granuleuses). On appelle aussi granuleux l'aspect mamelonné que présente un organe soit à sa surface, soit à l'intérieur, après incision ou déchirement (néphrite granuleuse ; état granuleux du poumon dans la pneumonie, etc.). D.

GRA.XLLES. VoiJ. GrASCLATIOX et DlUGÉE.

GRAA'IXEL'SE (Membrane). Voy. Ovaire.

GRAîVULlE. M. Empis a créé ce mot [De la granulie ou maladie granuleuse. Paris, 1865, Asselin, édit.) pour désigner une affection spéciale, inflammatoire, caractérisée anatomiquemeut par des granulations, fibres plastiques développées dans les organes, les séreuses, etc., et pouvant revêtir en clinique des formes variées : typhoïde, cérébrale, thoracique, péritonéale.

La pensée maîtresse de l'éminent médecin qui tenta de séparer la granulie du groupe des tuberculoses' fut que la granulation, caractéristique analomique de la maladie, n'avait rien de commun avec le tubercule. Il s'appuyait pour soutenir cette opinion sur des examens histologiques dus à M. l'iobin et à M. Bouchut, et surtout sur les différences considérables que l'observation du malade permettait de relever entre les granulies types et les tuberculoses même rapides.

De fait, à l'époque où M. Empis écrivait son beau livre, la tuberculose recevait des assauts multipliés. La dualité allemande, qui réclamait pour la pneumonie caséeuse une anatomie fondée sur l'anatomie pathologique et sur la clinique, triomphait presque partout ; et nous devons reconnaître que la tentative de M. Empis était tout aussi justifiée que celle de Rheinhardt et de Virchow.

Chose singulière! l'étude isolée des formes extrêmes de la tuberculisation conduisait Virchow à reconnaître le caractère tuberculeux précisément et uniquement à cette même granulation que M. Empis voulait rejeter dans les inflammations simples. De sorte qu'il ne s'agissait rien moins que de définir à nouveau le mot tubercule, tant la notion d'unité créée par Lacnnec s'était effacée, tant la confusion des langues régnait sur ce point si important de la science.

Les expériences de M. Villemin, contemporaines du livre de M. Empis, portaient la question sur un autre terrain et fournissaient de nouvelles preuves en faveur de la conception de Laennec ; mais il fallut environ dix ans pour que les expériences de Villemin fussent acceptées sans discussion, et la pathologie expérimentale, qui depuis quelques années a jeté de si vives lumières sur cette question, cherchait encore la technique de ses croyants.

Cependant l'anatomie pathologique, mieux informée, redressait l'erreur allemande en faisant rentrer la pneumonie caséeuse dans la genèse de la tuberculose et en restituant à la granulation de M. Empis son caractère spécifique. La doctrine de Laennec était ainsi reconstituée par les travaux de l'École française (Grancher, 1872, 1875; Lépine, 1872; Thaon, 1875; Ghareot, 1877) avant que les nouvelles expériences de H. Martin, 1880-1881, de Cohnheim, 1881, de Klebs-Toussaint et Koch, 1881-1882, etc., eussent par le renouvellement des méthodes, inoculations en série, inoculations dans la chambre antérieure de l'œil du lapin, coloration et culture des microbes, rajeuni la pathologie expérimentale et confirmé solennellement l'expérience fameuse de Villemin.

Aujourd'hui, les deux termes pneumonie case'euse et granulie ne sauraient être entrevus que dans le sens d'une tuberculose à forme pneumonique et d'une tuberculose à forme granulique. Et c'est ainsi que le terme granulie est resté dans la science, parce qu'il désigne une variété clinique fort importante de la maladie infectieuse parasitaire connue sous le nom générique de tuberculose.

M. Empis a donc le mérite et le bonheur assez rare d'avoir décrit mieux que personne la forme clinique de certaines tuberculisations des organes et des séreuses et de leur avoir donné un nom qui a perdu son sens doctrinal, il est vrai, mais qui i-estera. I. Gra>gher.

CRAXLM. Voy. Gra>a.

GRAWïLLE (Statio.x marine). Dans le département de la Manche, dans i"arrondi?senient' et à 25 kilomètres d'Avranches, est un chef-lieu de canton peuplé de 15568 habitants, Grannonum, et bâti sur une petite presqu'île. Granville est un port très-sur, mais son entrée est assez difficile, son môle est magnifique et sa jetée s'avance assez loin dans la mer et divise le port en deux bassins à peu près égaux. Granville est fortifiée, elle a une école de navigation, un entrepôt de sel marin, une fabrique importante de noir animal, un banc d'huîtres dites dcCancale, des bateaux qui vont à Saint-Pierre- de-Miquelon pour la pèche de la morue, un cabotage, un chantier de construction et des armements pour l'Amérique, un grand commerce d'exportation avec l'Angleterre, des bateaux à vapeur qui conduisent, une et souvent deux fois par semaine, les voyageurs et les marchandises à l'île de Jersey, un tribunal et une cliambre de commerce. Granville est enfin une tête de ligne du chemin de fer de l'Ouest; ce n'était qu'un bourg assez peu important jusqu'au quinzième siècle, en 1440 les Anglais auxquels il appartenait le fortifièrent; les Français s'en emparèrent en 1450. Les Anglais, après l'avoir repris en 1695, le brûlèrent. Les Vendéens en firent le siège en 1795 et ne purent s'en rendre maîtres; les Anglais le bombardèrent en 1805.

La beauté des jeunes femmes de Granville, leur coiffure et leur mise originales qui rappellent jusqu'à un certain point celles des Arlésiennes, étonnent et charment les étrangers peu habitués à trouver dans le peuple des formes aussi remarquables que celles des Granvillaises, qui ont aussi, dit-on, une origiiiL' phocéenne. La plage de Granville est assez limitée, on n'y accède que par \c goulet du Nord, espace resserré qui conduit par une pente rapide aux cabanes et à la grève. Les bains de mer de Granville sont pourtant assez tréquentés pai les habitants des défiartements voisins et même par quelques Parisiens qui s'y rendent aujourd'hui par une ligne lèrrée ininterrompue. Lu Casino est depuis longtemps à la disposition des baigneurs, qui peuvent y passer agréablement leur journée et leur soirée, car il est très-suivi, et on y donne de belles lètes pendant la saison marine. Les hôtes accidentels de Granville ont d'ailleurs de nombreuses promenades à faire à Granville et aux environs. Le roclier qui oppose au nord à la mer une digue infranchissable de plus de 100 mètres de hauteur est sillonné déroules et desentiers qui conduisent à l'église et aux casernes. Le ment Saint-Michel auquel ils peuvent se rendre par mer ou par Avranches et Pontorson; Villedieu-les poêles, petite ville curieuse par l'industrie de ses ouvriers presque tous occupés à la confection de tamis de crin et surtout

GRAPENGIESSER (Les deux). 301

au battage du cuivre au marteau, avec lequel ils font presque tous les ustensiles de cuisine tels que chaudrons, casseroles, bassines et petites chaudières, etc., sont des excursions très-intéressantes. Beaucoup des baigneurs profitent aussi de leur séjour à Granville pour aller visiter les iles anglaises si rapprochées, de Jersey, de Guernesey et d'Aurigny, presque tout entières habitées, la première surtout, par des Français de la côte normande qui ont eu des démêlés avec la justice et qui ont préféré se fixer à Jersey que d'affronter les hasai'ds de l'audience.

Un point de la côte, en face de Granville du côté de la Bretagne, et à 2 kilomètres seulement, Saint-Pair {voy. ce mot), est pour ainsi dire une annexe desT)Dins de mer de Granville, et plusieurs personnes qui aiment la tranquillité ou qui fuient les distractions vont y prendre leurs bains de mer sur une plage d'ailleurs plus étendue et plus unie. La vie n'est pas aussi chère dans les hôtel> et surtout dans les maisons particulières où l'on trouve aisément à se loger à Granville que dans la plupart des stations plus fréquentées et plus élégantes; mais à Saint-Pair les familles nombreuses ou peu riches dépensent encore moins qu'à Granville et s'y fixent de préférence, A. Botdreau.

GR.VXVILLE (AïïGDST-Bozzi). De son vrai nom Bozzi, naquit à Milan en 1783. Il prit, en 1807, du service dans la tlotte anglaise et devint le médecin particulier du duc de Clarence. Il alla ensuite se fixer à Londres, oiî il fut nommé, en 1819, médecin-accoucheur du Westminster gênerai Diitpensanj, puis, en 1824, médecin de l'Infirmerie royale pour les enfants malades et accoucheur du Benevolent Lying-in Institution. Ce médecin distingué était membre de la Société royale de Londres depuis 1817, ainsi que d'un grand nombre d'autres sociétés savantes ; il était chevalier d'un grand nombre d'ordres et, en 1838, avait reçu de l'empereur d'Autriche un anneau portant son chiffre et garni de brillants. L'époque de sa mort nous est inconnue. Nous citerons de lui :

I. An Account of Ihe Physical and Chemical Properti es of the Malambo-Bark, a Species of Wintera, etc. London, 1816, in-8°. — II. An Account of some Experinienls on the Ergnl of Bye. London, 1817, in-S". — III. ^n Account ofthe Life and Writings of Baron Guijlon de Morveau. London, 1817, in-S". — IV. On a New Compound Gas, resulting from Animal Décomposition taking Place in the Living Body, ivith some General P,emarkson Tympanitis. London, 1818, 1822, in-S". — V. Fuither Observations on the Internat Use of Hydrocyanic Acid in Pulmonain/ Complaints., Chronic Catarrhs, Spasmodic Coughs, Asthma, Hooping Cough and some other Diseases, etc. London, 1819, in-S"; ^vew Edit., ibid-, 1820, in- 8'. Trad. en allem. Leipzig, 1820, in-8°. — VI. Practical and Political Observations on the Plague and Contagion, etc. London, 1819, in-8°. — VIL Lelter to Bobinson on the Plagne, etc. London, 1819, in-8°. — VIII. Beport of tlie Practice of Midwifery at t/te Westminster General Dispensary, during 1818. London, 1819, in-S". — IX. Memoirs on the Présent State of Science and Scientific Institutions in France. London, 1820. — X. Boi/al Metropolitan Infirmary for Sich Children Vaccination. London, 1826, in-fol. — XI. Pharmacopœa pauperum, etc. Londini, 1820, in-8°. — XII. The Catecinsm of Health. London, 1851, in-8°. — XIII. Graphie lllmlrations of Abortion and the Diseases of Menstruation. London, 1804 {1833J, gr. in-4°. — XIV. Médical Beform, etc. London, 1838, in-8\ — XV. Guide to the Spas of Germany. London, 1838, in-S", fig. Etc. J,. Uj,.

«RAPEXGIESSER (LeS DEDx).

Cirapengiesser (Carl-Joh.4nn-Christian). Mé'ecin allemand, né à Parchim, dans le Mecklembourg-Schwérin, en 1773, prit le bonnet de docteur à Gottin'^qie, le 4 avril 1795, exerça son art d'abord dans sa ville natale, puis passa à Berlin

302 GRAPHITIQUE.

en 1799. 11 y fut nommé, en 1805, membre du Collège médico-chirurgical, et enseigna avec succès. U était en outre médecin pensionné de la ville, premier médecin du prince royal et médecin conseiller du roi. Grapengiesser mourut le 15 octobre 1815, du typhus qu'il avait contracté en remplissant ses fonctions de médecin eu chef de l'hôpital militaire. Les écrits qu'il a laissés sont peu nombreux, mais intéressants :

I. Diss. inaug. de hydrope plethorico. Gottingae, 1795, in-S". — II. Versuche den Galvanismus zur Heilung einiger Krankheiten anzuwenden. Berlin, 1801, in-8°; 2. verb. Ausg., ibid., 1802, in-8°, iig. ; on trouve un extrait de cet intéressant ouvrage dans la Bibliothèque germanique médico-chirurgicale àe. Brewer et Delaroche. — III. Articles dans divers recueils médicaux. L. Hn.

Grapengiesser (Johann-Hermanis-Carl-Christian). Probablement un parent du précédent, vint au monde à Parchim le 7 février 1785, et fut reçu docteur à Gottingue, le 18 octobre 1808. Il exerça la médecine à Schwérin, devint accoucheur pensionné des domaines ducaux en 1812, fut chargé en 1827 de l'enseignement des accouchements aux sages-femmes, enfin fut médecin da cercle de 1822 à 1841. 11 était conseiller sanitaire depuis 1827. Grapengiesser mourut à Schwérin, le 5 novembre 1867.

On a de lui :

I. Biss. inaug. de viotu iridis. Gottingae, 1808. — II. Apoplexia meningea mit krankhafter Beschaffenheit der Leber. In Horii's Arcltiv, 1821. — III. Heilung einer gânzlichen Ditrchschneidung der Luftrôhre. In Hufcland's Journ., Bd. LXIII. — IV. Wasserscheu aufhôrend bei und nacli dem Aderlass. Ibid., Bd. LXIV. — V. Veber den Scheintod. In Freiviuth's Abendblatt, 1823. L. Hx.

GR.4.PHITE {voy. Carboxe, p. 511). Il a été employé à l'intérieur (5 à lOdécigr.) comme antiputride et altérant, ainsi que dans le traitement des plaies. L. Hn.

GRAPHITIQUE (Acide). Composé oxygéné de graphite, découvert par Brodie et qu'on n'a pu obtenir avec aucune autre variété de carbone.

Pour le préparer, Brodie s'est servi du graphite lamelleux de Ceylan purifié par i'ébuUition avec des acides et par fusion au creuset d'argent avec de l'hydrate de potasse; le produit obtenu, bien lavé, contient 99,96 pour 100 de carbone. On mélange intimement ce graphite avec trois fois son poids de chlorate de potasse et on place le mélange dans une cornue, dans laquelle on verse assez d'acide nitrique pour liquéfier le tout, puis on chauffe au bain-marie à 60 degrés pendant trois à quatre jours, aussi longtemps qu'il se dégage des vapeurs jaunes. La matière est versée ensuite dans de l'eau en excès, lavée par décantation, puis séchée au bain-marie et soumise encore une fois au même traitement par le chlorate de potasse et l'acide nitrique. On répète !a même opération jusqu'à trois, quatre fois, tant que le produit change d'aspect, après quoi on dessèche dans le vide, puis à 100 degrés. L'action des radiations solaires favorise considérablement l'oxydation du graphite.

Dans le procédé suivant, dû à Gottschalk, on introduit le mélange de graphite et de chlorate de potasse dans un ballon refroidi avec de la glace ; on verse alors l'acide nitrique par petites j Drtions et l'on chauffe au bain-marie à 70 degrés. On décante et on reprend le résidu par l'acide nitrique à 50 degrés Baume; l'excès d'acide est chassé par une douce chaleur, le produit lavé successivement

GRAPHITIQUE. 503

à l'alcool et à l'élher, enfin chauffé au bain-marie. La purification est plus rapide que par la méthode précédente.

Berthelot propose de mélanger le graphite avec cinq fois son poids de chlorate de potasse et d'incorporer graduellement de l'acide nitrique fumant à la masse, de manière à former une pâle. Le tout est abandonné dans une petite fiole ouverte pendant plusieurs heures ; on chauffe ensuite pendant trois ou quatre jours sans interruption à la température de 50 à 60 degrés. On étend ensuite la masse avec de l'eau et on lave par décantation avec de l'eau tiède. On répète 4 à 6 fois cette opération.

Le produit obtenu par ce moyen est en lamelles jaune clair, transparentes, appartenant à l'un des types rhombiques, offrant les plus belles couleurs au microscope polarisant, et s'agglomérant par la dessiccation même la plus ménagée en plaques brunes, amorphes et tenaces. Pour faire renaître lu structure cristalline primitive, il faut de nouveau traiter la matière par le chlorate de potasse et l'acide nitrique.

L'acide graphitique est insoluble dans tous les dissolvants neutres, alcalins ou acides; cependant, d'après Brodieet GoUschalk, l'insolubilité dans l'eau et dans l'alcool ne serait absolue qu'en présence des sels. Humecté, il rougit h'gèrement le papier de tournesol bleu. Il se combine avec les alcalis sans se dissoudre ; avec l'ammoniaque étendu il forme une gelée, d'où les acides le séparent en masse gélatineuse convertie par la dessiccation en une substance jaune et spongieuse.

L'acide graphitique paraît se combiner en deux proportions avec la baryte. Ses sels sont hygroscopiques et violemment explosibles. Les solutions alcalines colorent cet acide en noir. Traité par la potasse et lavé à l'eau, il donne un liquide incolore qui brunit ensuite. Le résidu obtenu sur le filtre augmente considérablement de volume et retient 11 à 12 pour 100 d'alcali. Le liquide brun filtré, neutrahsé par l'acide acétique et porté à l'ébullition, redevient alcahn et laisse déposer des fiocons bruns. Tous ces faits montrent bien que l'on a, en réalité, affaire à un acide.

L'acide graphitique, chauffé à 250 degrés, détone avec for^e en devenant incandescent; il laisse un résidu noir, possédant l'aspect du charbon très-divisé et renfermant encore de l'hydrogène et de l'oxygène ; ce résidu constitue le corps appelé par Berthelot oxyde pijrographitique. Cet oxyde est presque entièrement redissous par un mélange de chlorate de potasse et d'acide nitrique, en ne réoénérant que très-peu d'acide graphitique.

La lumière altère et noircit l'acide graphitique. Les agents réducteurs le décomposent aisément. La solution de sulfure ammonique en quantité suffisante pour en humecter les cristaux le modifie en produisant une crépitation particulièreil se trouve converti en une masse présentant l'aspect et l'éclat du o-raphite. Chauffé pendant plusieurs heures à 280 degrés avec 80 parties d'acide iodhydrique d'une densité égale à 2, il se trouve transformé en un composé brun amorphe, cohérent, insoluble dans tous les dissolvants et plus riche en hydrogène; en même temps de l'hydrogène se dégage ; ce nouveau composé a reçu le nom à'oxyde hydrographitique ; il ne déflagre plus et ne se boursoufle pas lorsqu'on le décompose par la chaleur. En le traitant par le mélanoe d'acide nitrique et de chlorate de potasse, l'acide graphitique se trouve ré'^énéré.

D'après les analyses de Brodie, l'acide graphitique a pour composition C"H''0^ Les graphitâtes de baryum auxquels il a été fait allusion plus haut auraient pour

5114 GRAPSE.

composition: C^-'H''0"'.Ba", (C--H'0"')^Ba". Gottschalk assure avoir poussé l'oxydation plus loin et avoir obtenu le composé C'H'Û^, qui serait un corps bien homogène, cristallisé en lamelles jaunes, transparentes. L'oxyde pyrographitique, qu'on obtient le mieux en chauffant pendant quatorze heures l'acide graphitique dans de l'huile de naphte lourde, vers 200 degrés, constitue à peu près 65 pour 100 du produit primitif et a pour composition C-'ll-O*. Ce corps, maintenu à 250 degrés, perd encore de l'eau et se transforme en un produit de formule C'WO'' :

Les différents graphites ne fournissent pas un acide graphitique à propriétés identiques ; d'après Berthelot, le graphite de la fonte donnerait un acide en écailles jaune verdàlre, mieux développées que celles de l'acide graphitique de la plombagine; le graphite électrique, un acide en poudre marron; Slingl a observé que les graphites pulvérulents de Bohème ou de Styrie donnent naissance à un acide en poudre amorphe, jaune.

Brodie suppose que le carbone entre dans les composés graphitiques avec un poids atomique distinct de celui qui correspond aux autres composés du carbone. Celui qui vérifie le mieux la loi de Dulong et Petit serait o5 : en effet 35x0,20187 = 6,0 environ. Dès lors on peut se servir du symbole Gr=53; Gr* étant pris comme équivalent à C", la formule de l'acide graphitique devient : Gr*H'0*, et celles des deux oxydes pyrographitiques : Gr*H-0, Gr-*H*0'^. L. Hahn.

GR.lP.SE [G rapsiis hamk) . Établi en 1801 par Lamarck i(ffisL des anim. sans vertèbres, p. lou), ce genre de Crustacées-Décapodes appartient au groupe des Brachyures, dans lequel il constitue le type de la famille des Grapsidés.

Ces animaux sont caractérisés ainsi qu'il suit : Carapace aplatie, déprimée, presque aussi longue que large, à boi'd antérieur incliné et transverse, à bords latéraux armés de deux ou de trois fortes dents dirigées en avant ; sa surface, le plus ordinairement lisse, est parfois marquée de nombreuses stries, transverses sur les parties antérieures, obliques sur les régions branchiales. Celles-ci, peu développées, renferment en général sept branchies de chaque côté. Pédoncules oculaires courts, placés aux angles antérieurs de la carapace et logés dans des fossettes transversales. Antennes externes petites, sétacées, insérées près de la base des pédoncules oculaires, les internes éloignées l'une de l'autre, repliées et logées dans deux fossettes de la partie inférieure de l'épistome. Pattes-mâchoires externes écartées à la base. Pattes ambulatoires assez robustes, comprimées, striées en travers et pourvues de griffes couvertes d'épines ; celles de la première paire terminées par de grosses pinces lisses, sensiblement égales.

Les Grapses sont terrestres et vivent sur les rivages ou sur les rochers ; quelques-uns, au dire de Cuvier, grimpent sur les arbres et se tiennent cachés pendant le jour sous les écorces. Leur carapace est le plus ordinairement de couleur rouge plus ou moins variée de taches et de points jaunes. La plupart habitent les régions chaudes du globe, mais plus particulièrement l'Amérique centrale et méridionale, où ils sont connus indistinctement sous le nom de Crabes des palétuviers, et oii on les rencontre, parfois en troupes nombreuses, à l'embouchure des rivières. L'unique espèce d'Europe est le Gr. (Leptograpsus) marmoratus Fabr., ou Cancer varius sive marmoratus de Rondelet [Hist. pisc., 566), qui habite la Méditerrannée et les côtes du sud-ouest de la France.

Elle est (l'une belle couleur jaune variée de lignes et de taches d'un brun-rouge, avec les pinces noires.

Parmi les espèces exotiques, au nombre de 50 environ {voy. Milne-Edwards, Mémoire sur la famille des Oajpodiens^ in Ann. Se. nat., ZooL, 5" sér., t. XX (1855), p. 166), les plus importantes sont : Gr. m.aculatus Catesb. {Cancer grapsus L., Gr. pictns Latr.), des Antilles et de Guyenne, qui est figuré dans l'Atlas du Règne animal de Guvier, Crustacés, pi. 22, fig. 1; Gr. {Goniopsis) cruentatus Latr., du Brésil et des Antilles, qui est le Cancer ruricola de DeGeer {Mém. pour servir à VHist. des Insectes, t. VU, p. 417, pi. 25) ; enfin, Gr. harbatus Rumph. {Gr. penicUUger Latr.), des mers de l'Asie, remarquable par les longs poils noirs dont est garnie la face externe de ses pinces, et pour lequel Milne-Edwards a établi le genre Pseudoyrapsus (voy. Hist. des Crustacés, t. H, p. 81). Ed. Lef.

GRJlS (Corps). Voy. Corps gras.

GRAS DE CADAVRE. On a donné le nom de gras de cadavre à une substance découverte par Fourcroy et désignée par lui sous le nom d'adipocire. Cette substance, dans laquelle l'analyse chimique démontre la présence d'acides gras libres ou de leurs savons, se produit aux dépens des cadavres abandonnés à la décomposition dans une terre très-humide et compacte, ou séjournant sous l'eau.

L Descriptio.x des cadavres transformés ex gras et conditions nécessaires a CETTE transformatiox. La découverte de l'adipocire remonte à la fin du dixhuitième siècle ; elle eut lieu à l'occasion des exhumations laites au cimetière des Innocents, de Paris, pour cause d'insalubrité publique (1787-1788). « Depuis 1186, dit Thouret, que le cimetière, déjà très-ancien, avait été enclos de murs par Philippe-Auguste, il n'avait cessé de servir de lieu de sépulture pour le plus grand nombre de paroisses (plus de 20 paroisses). La multitude de morts apportés de tant de lieux avait toujours été très-considérable et plus de quatre-vingt-dix mille y avaient été, pendant l'espace de moins de trente années, déposés par le dernier fossoyeur. Ainsi pressés et amoncelés, ces milliers de cadavres occupaient une surface déplus de 1700 toises carrées. Entassés pour la majeure partie dans des fosses communes de 25 à 50 pieds de profondeur (sur 20 de largeur dans leur diamètre), où l'usage était de les accumuler au nombre de 12 à 1500, c'étaient autant de vastes foyers de corruption que contenait cette enceinte. »

Dans ces fosses communes étaient placés, par rangs très-serrés, les corps des pauvres renfermés dans leurs bières. La nécessité d'en entasser un grand nombre obligeait les fossoyeurs de placer les bières si près les unes des autres qu'on peut se figurer ces fosses remplies comme formant un massif de cadavres, séparés seulement par deux planches d'environ 15 millimètres d'épaisseur sans aucune couche de terre interposée entre eux. Lorsque ces fosses étaient pleines, on chargeait la dernière couche des corps d'environ 55 centimètres de terre et on creusait une nouvelle fosse un peu plus loin. Chaque fosse restait ouverte environ trois ans, temps nécessaire pour la remplir. Vu le peu d'étendue du cimetière comparativement au nombre de morts, le creusement de ces fosses devenait nécessaire à des époques plus ou moins rapprochées; c'était au plus tôt après quinze ans et au plus tard après trente ans qu'une fosse était faite dans le même

CICT. ENC. i" S- ^ 20

lieu. L'expérience avait appris aux fossoyeurs que ce temps ne suffuait pas pour l'entière destruction des cadavres. La première fouille qu'on lit dans une fosse ferme'e depuis quinze ans permit de constater que les cercueils étaient conservés dans toutes leurs dimensions et leur solidité ; qu'à l'exception d'une légère teinte noire dont les bières étaient salies extérieurement, et qui était due à un peu de terre, ces bières avaient conservé leur fraîcbeur. Cependant, elles étaient plus ou moins affaissées les unes sur les autres ; le bois en était sain, et seulement teint en jaune.

Les corps étaient placés sur la planche du fond de la bière ; il existait une distance assez grande entre leur surtace et la planche de dessus ; ils étaient tellement aplatis qu'ils semblaient avoir été soumis à une forte compression. Le linge qui les recouvrait était comme adhérent aux corps qui, avec la forme des différentes régions, n'offrait plus, en soulevant ce linge, que des masses irrégulières d'une matière molle, ductile, d'un gris blanc ; ces masses environnaient les os de toutes parts; elles n'avaient point de solidité et se cassaient par une pression brusque. L'aspect de cette matière, son tissu, sa mollesse, la fît comparer d'abord à du fromage blanc, et cette comparaison était d'autant plus juste que les fils du linge enveloppant y avait laissé leur empreinte et que la surface était comme aréolée. Cette matière blanche cédait à la pression du doigt et se ramollissait par le frottement. L'odeur répandue par les cadavres changés eu adipocire n'était pas très-infecte.

L'examen comparatif d'un grand nombre de corps ainsi modifiés permit de reconnaître que tous n'étaient pas également avancés dans cette sorte de conversion. Chez plusieurs on reconnaissait au milieu des masses grasses des portions de muscles reconnaissables à leur structure fibreuse et à leur couleur plus ou moins rouge. Quant aux cadavres complètement convertis en gras, les masses recouvrant les os offraient partout le même aspect, celui d'une substance grise, généralement molle etductile, parfois sèche, toujours facile à diviser en fragments poreux, percés de cavités, et n'offrant plus aucune trace des membranes, des muscles, des tendons, des vaisseaux, des nerfs ; par leur aspect aréolaire, elles ressemblaient plutôt à du tissu cellulaire.

Par un examen plus minutieux, il fut facile de constater que la peau avait partout subi cette transformation ; les tendons et les ligaments avaient disparu plus ou moins complètement et ne rattachaient plus les os entre eux. La cavité abdominale n'existait plus; les téguments et les muscles de cette région, changés en matière grasse, étaient affaissés et appuyés sur la colonne vertébrale, de sorte qu'il ne restait plus de place pour les viscères : aussi ne trouvait-on presque jamais de traces de ceux-ci ; l'estomac, les intestins, la vessie, et même les organes parenchymatcux tels que le foie, la rate, les reins, et l'utérus chez les femmes, avaient disparu, ou le tout était fondu en masses de matière grasse de volumes variables, depuis celui d'une noix jusqu'à présenter 6 ou 8 centimètres de diamètre, dans les régions du foie ou de la rate.

L'extérieur de la poitrine était aplati et comprimé comme le reste des organes; les côtes, luxées spontanément dans leurs articulations avec les vertèbres, étaient affaissées et couchées sur la colonne vertébrale; on ne pouvait plus reconnaître distinctement la plèvre, le médiastin, les gros vaisseaux, la trachée, ni même les poumons et le cœur; parfois on trouvait à leur place quelques grumeaux de matière grasse, colorés en rouge ou en brun, grâce au sang ou aux autres humeurs que ces viscères avaient renfermés. Cependant on trouvait, dans certains

cas, dans la poitrine une masse irrégulièrement arrondie, de même nature que les précédentes, et qui paraissait appartenir à la graisse et au tissu fibreux du cœur; chez les sujets en question le cœur avait-il été primitivement surchargé de graisse ou avait-il subi la dégénérescence graisseuse? Quelquefois on trouvait, dans l'un des côtés du thorax, une masse de forme ovoïde, qui paraissait en avoir occupé toutes les dimensions, ofl'rantà sa surface des empreintes bien manifestes des côtes, et qui devait être la suite d'un engorgement très-considérable de l'un des lobes du poumon. A sa surface extérieure, la poitrine des femmes offrait souvent la masse glanduleuse et adipeuse des mamelles convertie en matière grasse, très-blanche et très-homogène.

La tète était entourée de matière grasse ; chez un grand nombre de sujets la face n'était plus reconnaissable ; la bouche, désorganisée, ne présentait plus de langue, ni de palais; les mâchoires, désarticulées et plus ou moins écartées, étaient environnées de plaques irrégulières d'adipocire ; à la place de la bouche et dans les orbites se trouvaient quelques grumeaux ou quelques plaques de matière grasse ; les cils et les sourcils étaient conservés, de même que les cbeveux sur le cuir chevelu également converti en adipocire. Dans la boîte crânienne on trouvait régulièrement le cerveau rapetissé, noirâtre à sa surface, et modifié comme les autres viscères.

Les ongles et les os avaient résisté à la saponification, comme les poils ; mais l'intérieur des os était rempli d'adipocire formée aux dépens de la moelle, de la membrane médullaire ainsi que de ses moindres divisions jusqu'aux cellules du tissu alvéolaire ou du dipioé. Certains principes colorants, tels que les pigments de la bile, des glandes bronchiques, de la choroïde et du sang, résistaient également à cette transformation graisseuse.

D'après Thouret, voici dans quel ordre ces modifications remarquables ont lieu : « C'est, dit-il, la peau qui la première subit la transmutation. D'abord son tissu fibreux subsiste; mais le corps adipeux est déjà blanc. Lorsque celui-ci est passé à cet état, il offre encore, en quelques parties, la couleur jaune qui lui est ordinaire. Sous la peau et la couche de graisse déjà transformées, les muscles conservent encore quelque temps leur couleur. Les viscères sont longtemps aussi reconnaissables dans leurs cavités, où on les voit d'abord seulement affaissés, desséchés et ayant perdu beaucoup de leur volume. Mais bientôt ces mêmes parties subissent la conversion et l'on voit se développer dans leur tissu la matière du gras, qui les pénètre enfin profondément. Toute la masse de chairs ayant éprouvé la transmutation, le tissu fibreux subsiste encore dans les masses qu'elle forme, et ce n'est que lorsqu'il n'en reste plus de vestiges que la transformation est complète. Au delà de ce point, la dégradation ou décomposition commence à s'établir. C'est par les cavités que celle-ci s'annonce. On n'observe plus dans le thorax et le bas-ventre qu'une petite quantité de gras, sous forme de débris et comme émiettés. Alors les os sont désarticulés, le sternum et les téguments du ventre sont appliqués sur la colonne épinière, les côtes sont couchées de chaque côté, les vertèbres séparées, et l'on trouve dans les jeunes sujets les épiphyses désunies. La décomposition a lieu ensuite dans les chairs par la partie qui correspond au tissu cellulaire. Ce gras, toujours spongieux et d'une consistance plus rare, se réduit aussi en débris ou fragments plus ou moins atténués. La peau et le corps adipeux se conservent d'une manière plus durable. Us offrent des plaques plus ou moins épaisses et étendues, diversement configurées, le plus ordinairement de forme circulaire, qui s'appliquent sur les os

longs, qu'elles enveloppent et qu'elles touchent immédiatement; elles conservent longtemps leur densité et leur blancheur, le cuir chevelu surtout. Mais ce gras lui-même se détruit à la longue et l'on ne trouve plus enfin à la surface des os qu'une substance peu abondante ou molle comme de l'argile détrempée et un peu épaisse, dont elle a la couleur, ou sèche et comme friable, d'iuie teinte plus rembrunie. 11 parait que c'est le résidu des principes colorants et indestructibles, ou le principe terreux, peut-être, qui restent ainsi encore mêlés d'un peu de gras, mais sur lequel ils sont surabondants. »

Depuis lors, on a retrouvé l'adipocire dans diverses circonstances. .\ous insisterons particulièrement sur une communication de Jul. Kratter, qui constata la fréquence de la saponitication des cadavres au cimetière Saint-Pierre de Gratz. Le sol de ce cimetière renferme une bande d'argile peu épaisse, du reste, recouverte d'humus et reposant sur un terrain meuble et caillouteux. Journellement les fouilles, lorsqu'elles portaient sur des tombes creusées précisément dans la couche argileuse, amenaient des fragments osseux auxquels adhéraient des masses plus ou moins volumineuses d'adipocire, et dans les exhumations on trouvait des cadavres presque entièrement saponifiées. L'attention de Kratter s'est portée sur un grand nombre de cadavres, et particulièrement sur deux, chez lesquels la transformation était très-complète et dont les mains et les pieds seuls manquaient. Ces cadavres étaient aplatis et comme comprimés, et diverses région?, en particulier les hanches et le siège, portaient l'empreinte du linge qui avait enveloppé le corps; parfois des restes de vêtements, rendus friables par la décomposition, étaient adhérents au cadavre. La surface de celui-ci était entièrement colorée en gris noir ou eu brun noir par de la terre très-adhérente. Sur cette couche de terre l'adipocire formait une masse à peu près homogène, blanche ou gris blanc, granuleuse, parfois onctueuse, à l'état frais, et d'une odeur de moisi particulière. Les formes extérieures étaient conservées. En pratiquant des incisions sur les bras ou les cuisses, on trouvait les parties profondes souvent colorées en jauue rougeàtre et la structure fibreuse des muscles plus ou moins conservée, avec des mailles nombreuses formées par les cloisons aponé- ■vrotiques et connectives intermusculaires. Toute la masse était appliquée sur les os, faciles à extraire cependant par suite de la destruction des articulations et de l'absence de périoste. Pour la même raison, on trouvait la tète séparée du tronc; en la détachant, on y trouvait adliérentes les vertèbres cervicales, grâce aux masses saponifiées de l'occiput et de la nuque qui les englobaient.

Le cuir chevelu était remplacé par une couche peu épaisse d'adipocire, mêlée de terre ; eu enlevant la couche terreuse, on trouvait des cheveux encore adhérents. Dans les orbites se trouvaient de petites masses de gras, de même qu'au niveau des joues. Le sternum était appliqué contre la colonne vertébrale; les côtes déprimées et rapprochées entre elles, recouvertes simplement de terre dans une partie de leur étendue, étaient comme enfoncées, latéralement et en arrière, dans l'adipocire, où elles laissaient leur empreinte. Les poumons et les organes contenus dans le médiastin n'étaient plus représentés que par quelques restes informes; à la place du cœur se voyait généralement une masse de graisse arrondie du volume du poing. Dans quelques cas, la forme du cœur était bien conservée, avec des restes des oreillettes et des origines des gros vaisseaux; les parois antérieure et postérieure et la cloison étaient remplacées par des masses d'adipoci\e dont l'épaisseur était en rapport avec celle du muscle cardiaque à ce niveau.

La cavité abdominale n'existait plus ; à la place du foie on voyait parfois une masse irrégulière d'adipocire, d'un jaune de cire. Les autres organes n étaient plus représentés que par quelques restes ratatinés et plus ou moins coriaces. Le tégument abdominal, la peau et les muscles du dos, du siège, de la cuisse et de la jambe, étaient saponifiés dans toute leur épaisseur, jusqu'aux os.

Dans plusieurs cimetières du royaume de Saxe, et toujours dans un terrain argileux, on a trouvé des cadavres transformés en adipocire, comme il lésulle des observations de Reinhard, qui ont porté sur 79 cadavres. Sur ce nombre, 16 cadavres étaient plus ou moins complètement transformés en gras. Quatre d'entre eux avaient été sous terre trois ans environ, les autres de sept à vingtun ans.

Le professeur Reubold a communiqué à E. Hoffmann (de Vienne) un cas très-intéressant de saponification, sur lequel Ludwig donne les détails suivants : « 11 s'agit d'une femme âgée qui fut enterrée au cimetière de Wurlzbourg, en 1868, et exhumée en 1878 sur le désir des siens pour être transférée dans une autre tombe. Le sol oij elle était enterrée était sec à la profondeur de 2 mètres et présentait la coloration gris bleu du terrain calcaire de WurtzLiourg; il était formé de pierres de toute grandeur (cliaux) et de glaise scliisleuse de même coloration ; il n'y avait point de sable. La bière (en sapin) se brise en gros fragments; le bois en est sec et friable.

« L'absence de sable, dans la terre de celte tombe, distingue celle-ci de toutes les autres tombes du cimetière, qui en renferment généralement. Six exhumations pratiquées dans d'autres parties du même cimetière, quelques-unes dans le voisinage de la tombe en question, montrèrent les cadavres dans l'état ordinaire de décomposition; ils présentaient des couches plus ou moins épaisses d'une masse sèche ou onctueuse, douées d'une odeur de putréfjction et appliquées sur des portions de squelette détachées les unes des autres ; les viscères avaient disparu, sauf quelques restes de dépôts noirs sur la colonne vertébrale; on trouvait encore des portions de cerveau offrant une consistance d'onguent.

« L'aspect du cadavre saponifié, dont il a été question ci-dessus, était tout différent. Le squelette de la face est nu, les autres grandes parties du squelette sont recouvertes d'une masse blanc grisâtre abondante qui les maintient reliées entre elles; la cuisse présente l'épaisseur de la jambe d'un individu vivant. Les restes du cadavre placés dans la nouvelle bière remplissent la moitié inférieure de celle-ci.

« Les masses d'adipocire sont sèches, grises à la surface, d'un blanc pur dans leur intérieur, partout d'une apparence spongieuse, grâce aux cavités grandes et petites qu'elles renferment et qui expliquent leur légèreté. Les os ne sont plus articulés entre eux et ne sont maintenus juxtaposés que par les masses dures d'adipocire qui les entourent et qui prêtent encore vaguement au cadavre la forme de l'individu vivant. Ainsi l'épaule existe encore et l'on peut détâcher du cadavre l'omoplate avec la clavicule, le bras et quelques côtes, accompagnées des parties molles du cadavre ; ces dernières s'enlèvent par couches et laissent apparaître les os nettement dépouillés comme dans une préparation anatomique. Les couches de matière saponifiée paraissent offrir encore des traces des aponévroses et de la musculature. Il ne restait plus de traces des intestins ; les articulations de la main et du pied étaient à nu. ^

On voit que les modifications constatées par les divers observateurs ne diffèrent guère. Un fait mérite de nous arrêter, c'est l'état d'aplatissement des cadavres.

les empreintes que les vêtemenfs ont laissées à leur surface, comme s'ils avaient e'té soumis à une forte compression. Dans les fosses particulières, on peut supposer que cette compression est due à la couche de terre qui a fait irruption dans le cercueil, lors de la destruction de celui-ci sous l'intluence de la pourriture; mais les cadavres des fosses communes du cimetière des Innocents se trouvaient dans le même état, quoique les bières fussent le plus souvent intactes et que jamais la masse de terre qui les recouvrait ne fût considérable; cependant la même explication ne peut s'appliquer ici. C'est ce qui a conduit Schauenstein à penser que, dans les deux cas, cette compression est due au développement des gaz émanant du cadavre et ne pouvant s'échapper tant que la bière est intacte : cette explication nous paraît très-plausible. Cette même pression n'est probablement pas sans action sur les phénomènes chimiques qui se passent dans les cadavres.

Selon Ludwig la formation d'adipocire dans les cimetières serait plus fréquente que ne le feraient croire les rares publications qui ont eu lieu à ce sujet. Kratter signale des cimetières de Styrie, à terrain argileux, où de l'adipocire doit se foi'mer certainement selon lui, supposition qui a été confirmée par Knapp pour le village de Deutschiandsberg. E. Hoffmann parle également de deux cimetières, à lui connus, fournissant du gras de cadavre.

Ludwig assure qu'il connaît personnellement plusieurs cimetières en Silésie, où l'on a recueilli des masses considérables de cette substance. A Freudenthab dans la Silésie autrichienne, on lit en 1878 l'exhumation de plusieurs soldats prussiens tombés en 1860 et enterrés dans des tombes isolées. On constata que dans la portion du cimetière oii cette exhumation était pratiquée le terrain était argileux et humide, et qu'il renfermait des masses notables d'adipocire. Le fossoyeur de ce cimetière avait depuis longtemps observé ce phénomène dans les parties argileuses et humides, tandis que, là où le terrain était sec et poreux, on n'avait jamais trouvé d'adipocire dans les exhumations nombreuses nécessitées par la petitesse même du lieu de sépulture. D'après ce même fossoyeur, ces masses saponifiées ne seraient vraiment notables que là où avaient été inhumés des cadavres gras ou obèses.

Ludwig rapporte, en outre, que dans les villages environnant Freudenthal, on trouva fréquemment aussi de l'adipocire, et que les fossoyeurs de ces villages vont offrir de temps en temps au pharmacien de Freudenthal des masses d'adipocire, pesant plusieurs kilos, sous le nom de Spennaceti. Kûchenmeister rapporte un fait analogue : la femme du fossoyeur d'une petite ville d'Allemagne vint offrir à un pharmacien une masse d'adipocire pour la confection de ses onguents; comme celui-ci voulait en porter un fragment au nez et à la bouche pour en reconnaître la qualité, la femme en question l'en empêcha en disant que c'était du gras de cadavre ; elle avoua plus tard qu'elle s'en servait pour alimenter sa lampe à l'huile et pour graisser les chaussures.

Selon Ludwig, dans les régions montagneuses de la Silésie le gras de cadavre est même employé comme médicament. Les guérisseurs et les empiriques, et souvent les fossoyeurs, sont du nombre, y prescrivent l'usage interne de l'adipocire en suspension dans le vin à titre d'excellent diaphorétique.

D'après ce qui précède, il est facile de fixer les conditions qui déterminent la formation de l'adipocire au sein de la terre. Dans les fosses communes du cimetière des Innocents, les cadavres étaient amoncelés en masses énormes les uns sur les autres ; ils ne se trouvaient pas dès lors en contact avec un sol capable

d'absorber l'biimidit'é et, par suite même de leur amoncellement, étaient soustraits aux iniluences atmosphériques. Dans les fosses particulières du cimetière des Innocents, au contraire, creusées dans un sol poreux, on n'a point trouvé d'adipocire. Cette substance ne se forme dans les fosses particulières qu'à la condition que le sol présente une structure particulière, soit argileux, par exemple, que la nappe d'eau souterraine soit élevée ou stagnante (Kratter), ou encore que les eaux de pluie infiltrées soient arrêtées par une couche imperméable comme dans le cimelière Saint-Pierre de Gratz et baignent ainsi les cercueils ; mais, nous le répétons, la condition essentielle, c'est l'obstacle apporté à l'accès de l'air, l'humidité n'étant qu'une cause adjuvante.

D'où la conclusion qu'il ne faut pas choisir, pour établir les cimetières, des terrains imperméables et humides, qui empêchent la putréfaction de suivre son cours normal (on sait que les terrains moyennement poreux conviennent le mieux, les terrains trop poreux activant trop la putréfaction et ne retenant pas suffisamment les produits de la décomposition qui passent alors dans l'air et dans l'eau souterraine).

11 est encore une autre condition qui favorise la saponification des cadavres, c'est le séjour de ceux-ci sous l'eau. Divers exemples de ce genre se rencontrent dans la science. Ainsi Casper mentionne le cas d'un cadavre qui avait séjourné deux ans et demi sous l'eau, dont le squelette était assez bien conservé et les parties molles déjà en grande partie changées en adipocire. Des faits de même nature très-intéressants ont été publiés par E. Hoffmann. Il s'agit de deux cadavres dont les différentes parties du squelette n'étaient maintenues en contact que grâce à la présence d'une certaine proportion de matières molles.

Dans le premier cas, les restes du cadavre se composaient du thorax, réduit presque entièiement à son squelette, détaché du reste du corps entre la septième et la huitième vertèbres dorsales, et auquel le squelette du membre supérieur gauche était encore adhérent, et du bassin avec la colonne lombaire et les quatre dernières vertèbres dorsales. Des restes de parties molles décolorées et répandant une odeur infecte (de scatol) étaient appliqués sur les os et recouvraient également en partie les os des extrémités inférieures encore adhérentes au bassin. La tète et les cinq premières vertèbres cervicales manquaient complètement, de même que les os du membre supérieur droit et ceux de la main gauche, tous absents, sauf l'os pyramidal. Au niveau du thorax, les parties molles n'étaient plus représentées que par une bande d'adipocire de la largeur de la main et de répnissem\de deux à trois doigts, couvrant la face postérieure de la colonne vertébrale et parallèle à elle ; cette masse grasse n'offrait plus de traces de structure appréciable au microscope. La matière molle couvrant le bassin et la colonne lombaire, et ayant encore en partie conservé la forme du siège, est de nature analogue, brun sale et un peu granuleuse à sa surface, grossièrement granuleuse et semblable à de la stéarine dans son épaisseur ; elle répandait en outre une odeur d'une extrême fétidité. Ce cadavre avait dû passer un an sous l'eau, comme il ressortait de l'établissement de son identité.

Le deuxième cas concerne un cadavre dont les restes ont été retirés du canal du Danube à Vienne. C'était le squelette d'un individu adulte ; les os de la jambe et du pied manquaient seuls. Au niveau de l'occiput et de la nuque, ainsi qu'aux joues et dans les orbites, existaient des masses d'adipocire d'épaisseur variable, faciles à détacher des os ; la surface postérieure et latérale droite du borax et les épaules étaient couvertes, comme d'une cuirasse, par une couche

d'adipocire épaisse de deux à trois doigts, grossièrement granuleuse et d'un brun sale à sa surface, de consistance dure, sonore à la percussion. Intérieurement cette matière était à gros grains, presque blanche, à reflet gras et onctueuse au toucher. Son odeur était repoussante. Les deux épaules, les bras et les avantbras, dans leur tiers supérieur, étaient enveloppés d'une couche d'adipocire souvent interrompue, atteignant ailleurs une épaisseur de trois doigts et formant comme une gaine autour de ces organes. Le bassin de même était couvert d'une couche d'adipocire, facile à détaclier, il est vrai, et s'étendant sur la moitié supérieur du fémur, de sorte que la forme générale des hanches et des cuisses persistait. Les extrémités inférieures du fémur faisaient saillie au dehors de ce fourreau d'adipocire, et à l'extrémité gauche la rotule se trouvait encore attachée par l'intermédiaire de son tendon.

Dans ce cas, l'identité ne put être établie; cependant, d'après la conclusion du rapport, ces restes étaient ceux d'un homme de cinquante à soixante ans et le cadavre avait dû séjourner six mois ou plus dans l'eau.

Lecas observé par Taylor,en 18U5, montre qu'il faut bien moins de temps encore pour la transformation : il s'agissait d'un négociant disparu le 5 novembre : or, quelques jours après, il fut déclaré en faillite et, pour que celle-ci eût force de loi, il fallait savoir si l'intéressé était encore en vie au moment de la déclaration. Ou retrouva le corps dans le ileuve, le 12 décembre de la même année, c'est-à-dire trente-neuf jours après que le négociant eut quitté la maison. Les muscles de l'abdomen et les fessiers étaient déjà transformés en adipocire. Gibbs, qui fut appelé à titre d'expert, se prononça, sur la foi d'expériences qu'il institua à cette occasion, pour une période minimum de trente jours comme nécessaire à la formation d'adipocire dans les masses charnues, et conclut que dans le cas présent le corps du négociant avait dû séjourner dans l'eau plus de trente jours et qu'il était probable que la mort remontât au 3 novembre. Taylor rapporte encore un fait analogue arrivé en 1856.

Mentionnons enfin un cas publié par Schauenstein et intéressant à la fois par l'état remarquable de transformation du cadavre en adipocire et par la méprise à laquelle donna lieu l'aspect du cadavre, aspect qui avait fait croire à un crime.

(( Dans laHaute-Styrie, on trouva, le 22 juillet 1876, dans la Mur, un torrent de montagne, à un coude où l'écoulement de l'eau est très-lent, et, sous des broussailles de saules, le cadavre d'une femme de cinquante ans, qui était tombée dans l'eau à deux lieues de là, le 2 mai 1875.

« Quelques lambeaux de vêtements, imprégnés de sable et de vase, se trouvaient seuls encore sur le corps. Le 24 juillet, l'examen médico-légal du cadavre eut lieu. D'après le rapport rédigé à ce sujet, le corps mesurait l'°,50 de long, les membres étaient délicats; les deux mains et la jambe gauche manquaient. « La tête, détachée du tronc au niveau de la quatrième vertèbre cervicale, est comme macérée; le maxillaire inférieur n'offre plus que de faibles points d'attache. Les orbites sont remplies d'une masse caséeuse, d'un blanc de chaux, qui y est comme incrustée et recouverte extérieurement de vase; le nez est absent, les narines renferment des masses d'a?pect analogue, les joues sont remplacées par des inscrustations de même nature. La dure-mère, d'un gris bleu, forme un sac sans ouverture; toute trace de vaisseaux sanguins a disparu. Le cerveau est réduit à un magma de coloration gris d'argent foncé, semblable à une pâte formée de craie lavée et d'huile. La structure du cerveau a disparu

presque partout, sauf à la base où la masse semi-liquide offre une coloration rose et présente encore des vaisseaux et des nerfs réduits à de simples cordons.

« Le thorax est enfoncé (est-ce aplati ?); les deux os de l'avaiit-bras sont rattachés à l'articulation du coude par des restes macérés de ligament. Les deux cuisses sont comme glanduleuses et grossièrement granuleuses à leur surface, grâce à des irixcrnstations qui la tout ressembler à de la chair de poule. La jambe gauche est absente et les deux condyles articulaires du fémur t'ont saillie au dehors. A droite, la face antérieure du genou, de la jambe et du pied, est complètement dépouillée de parties molles; dans la région des mollets on trouve encore des parties cliarnues sous la couche incrustante épaisse d'un pouce.

(( Les parties molles adhérentes au tronc, aux cuisses et aux bras, sont transformées en une masse caséeuse, comme incrustée de chaux; dans le dos, au siège, sur les cuisses et à la face interne des bras, cette couche, dont l'aspect rappelle le fromage de Gruyère, ne présente qu'une épaisseur d'un pouce et laisse reconnaître au-dessous d'elle la musculature rouge pâle.

(t Les poumons se réduisent à un bourrelet épais de deux doigts, d'une coloration bleu de truite, absolument opaque; le cœur, dont les parois présentent de nombreuses incrustations de même nature que les précédentes, forme une poche flasque et vide, suspendue aux gros vaisseaux ; la structure en est encore nettement reconnaissable.

« Le foie est transformé eu un magma rouge brun foncé et onctueux, du volume des deux poings, et les autres viscères abdominaux en lambeaux, cordons ou membranes diversement lacérés, secs, d'un gris de plomb, au point qu'il est difhcile de distinguer les organes du petit bassin, uretère, vessie, ligaments larges, utérus et vagin.

« L'aspect granuleux et glanduleux de la surface du cadavre, la coloration blanc clair et la consistance particulière des couches superlicielles, étaient si frappants, que les personnes qui firent l'autopsie crurent à des incrustations et provoquèrent un examen chimique. On détacha en conséquence des fragments de ces prétendues incrustations et on les mit entre les mains des chimistes. On supposait que le cadavre avait séjourné dans l'une des carrières de chaux, abondantes dans la contrée, et été jeté à la rivière plus tard seulement. On explora, en effet, toutes les carrières en question, mais on ne découvrit rien nulle part qui put faire penser au séjour d'un cadavre.

« Quant à l'analyse chimique, elle fut confiée, comme cela n'arrive que trop souvent, à des personnes ne possédant aucune notion de médecine. On trouva que les incrustations étaient composées de graisse et de chaux ; quant à celle-ci, l'analyse démontra très-justement que ce n'était ni de la chaux vive, ni de la chaux carbonatée. Les chimistes chargés del'analyse exprimèrent, en conséquence, la supposition qu'il s'agissait de chaux unie à un acide gras. Mais l'explication du fait leur échappait totalement et l'autorité judiciaire se trouva tout aussi embarrassée après qu'avant l'analyse chimique. On résolut donc d'exhumer les restes du cadavre qui avaient été mis en terre ; cette opération eut lieu le 51 juillet et l'on envoya à Schauenstein des fragments de parties molles de la cuisse gauche, de l'épaule droite, le pied droit, le contenu de l'orbite gauche et le poumon droit. Grâce à la résistance plus ou moins grande que l'adipocire bien formée oppose à la putréfaction, les fragments de cadavre en question ne présentaient d'autre altération qu'un abondant développement de mucédinées

en divers points, malgré le temps qui s'était écoulé depuis la découverte du cada\Te et le séjour qu'il avait fait sous terre. Il ne s'agis?ait, en somme, que d'une remarquable formation d'adipocire, dont la signification n'était pas

douteuse.

« Les parties molles enlevées de la cuisse et de l'épaule offraient une forme convexe et une épaisseur de 2,5 à 4 et o centimètres. Sous les mucédinées et la vase gris verdàtre qui la recouvrait apparaissait la surface blanche couverte de petites bosselures de 1 à 2 millimètres de diamètre et de 1,5 millimètres de hauteur, semblables à des verrues. Toute cette surface et les bosselures en particulier offraient un éclat gras ou cireux particulier ; dans son épaisseur la masse était homogène, de la consistance d'un fromage assez dur; çà et là, la masse saillante réduite en grumeaux; plus profondément elle était plutôt onctueuse, mais ces dernières parties, abandonnées plusieurs jours dans des verres au sec, durcirent également. La masse ne développait qu'une faible odeur rappellant celle du fromage. Sur des coupes fraîches se remarquait le même éclat gras que l'on observe dans les masses de stéarine destinées à fabriquer des cierges. La substance blanche homogène atteignait en divers points des épaisseurs de 2 à 4 centimètres; au-dessous le blanc n'était plus pur, mais offrait un reflet jaunâtre, en même temps que la masse présentait une sorte de striation ; enfin la couche la plus profonde avait un aspect nettement fibreux, avec des restes de la musculature.

« Le pied présentait à sa surface exactement le même aspect; sur des coupes on pouvait suivre la masse blanche jusqu'à l'os et même dans les interstices des os du tarse. A l'œil nu, on ne distinguait plus que des traces de fibres musculaires. Les os paraissaient très-ramollis et comme pénétrés de la substance nlanche. Le contenu de l'orbite gauche n'était autre chose que le globe de l'œil transformé en une masse d'adipocii'e tout à fait homogène; à son intérieur le pigment choroïdien se reconnaissait fort bien. Le tissu pulmonaire avait conservé sa structure en un grand nombre de points; ailleurs, on observait de petites masses semblables à de l'adipocire disséminées çà et là.

On peut rapprocher de ce cas un autre semblable, observé par Tourdes, dans lequel les téguments étaient couverts de granulations grisâtres qui, au premier abord, donnaient l'idée d'une incinistation calcaire des éminences papillaires de la peau, mais qui n'étaient autre chose que les lobules graisseux, sousdermiques, saponifiés et recouverts de débris de derme {voy. Subuersiox, t. Xll, p. 562).

Les faits qui précèdent mettent hors de doute la possibilité de la formation du gras de cadavre au sein de l'eau, et ici, comme dans la terre humide et compacte, elle est due probablement à l'absence ou à l'insuffisance de l'action oxydante de l'air atmosphérique.

Expériences. Des expériences directes ont été faites pour étudier la transformation de parties de cadavres humains ou d'animaux en adipocire, aussi bien en laissant séjourner ces parties pendant plusieurs mois sous la terre humide qu'en les maintenant sous l'eau ou dans des cuves à macération. Parmi les auteurs qui se sont livrés à des essais de ce genre, nous mentionnerons Gibbes, Bichat, Gûntz, Quain, Ch. \\'etherill, Yirchow, Taylor, enfin Kratter et Schauenstein. Les expériences de ces deux derniers sont particulièrement remarquables et méritent que nous nous y arrêtions. Elles ont eu lieu à l'In- Êlilutde médecine légale de l'Université de Gratz, dirigé par Schauenstein.

GRAS DE CADAYRE. 315

Les portions de cadavre étaient placées dans des cylindres en verre dont les dimensions étaient telles que la pièce qui y était plongée, une l'ois entièrement recouverte d'eau, remplît à peu près le vase et put être déplacée de bas en haut, mais non pas subir de mouvement de rotation. Dans quelques essais, on s'est contenté de couvrir les vases d'une plaque de verre, d'autres fois on empêchait complètement l'accès de l'air en les recouvrant hermétiquement d'un capuchon de caoutchouc ; on les plaçait ensuite dans le vestibule du laboratoire dont la température, pendant toute la durée de l'expérience, était de 15 à 18 degrés centigrades. On se servait tantôt d'eau de fontaine, tantôt d'eau provenant de l'aqueduc de la ville, tantôt d'eau privée d'air par l'ébullition et refroidie à 14 degrés, tantôt enfin d'eau distillée. Mais ces diverses qualités de l'eau n'eurent aucune influence sur la formation de l'adipocire. Notons qu'on observait journellement la marche de la transformation. Voici les principaux phénomènes notés :

Pendant les premiers cinq à sept jours, l'eau devient trouble et des bulles de gaz se dégagent des parties cadavériques ; h l'ouverture des verres on constate une odeur de -putréfaction qui devient de plus en plus accusée. Les huitième ou neuvième jour l'épiderme se détache du derme en formant des sortes de vésicules; les pièces ont perdu en densité et nagent dans l'eau, on y attache des poids pour les maintenir dans le liquide. Quatre jours plus tard, le développement de gaz a notablement diminué, l'odeur de putréfaction est devenue moindre, l'épiderme s'est détachée en larges lambeaux. Dans les vases couverts de capuchons en caoutchouc, les gaz ont distendu ces derniers, on les laisse s'échapper ; dans ces derniers vases tout développement de gaz cesse le vingtième jour en même temps que l'odeur de putréfaction disparaît, et peu de jours après les pièces tombent au fond, les poid*s étaient devenus inutiles. Dans les vases couverts de plaques de verre, ces mêmes phénomènes ne se produisirent que vers le vingt-neuvième ou le trentième jour. Dans les premiers quinze jours, on renouvelait l'eau tous les deux jours, plus tard seulement une fois par semaine, à partir du deuxième mois, deux fois par mois, enfin plus tard seulement à des intervalles de six à huit semaines. Il était bon de noter ces circonstances, attendu que Schauenstein considère précisément comme une condition essentielle pour la formation du gras de cadavre le renouvellement aussi peu fréquent que possible de Veau.

Lorsque tout développement de gaz a cessé, l'eau se couvre d'une membrane grise, épaisse de 2 millimètres, renfermant des bactéries; l'odeur n'en est pas cadavéreuse, mais rappelle plutôt celle «des eaux stagnantes d'un étang ou d'un marécage. L'eau s'éclaircit par la formation d'un dépôt floconneux, puis ne se trouble plus; il n'y a plus de traces d'un dégagement gazeux. L'épiderme se trouve alors presque entièrement détaché, crevé çà et là, et forme autour du membre un sac ample et flottant. Les ongles se détachent également peu à peu. Si alors on retire la pièce du vase, tout l'épiderme tombe en masse avec les ongles. Le derme laissé à nu est revêtu d'une couche mince muco-gélatineuse, reste du réseau de Malpighi. Vers le cinquantième ou le cinquante-deuxième jour, le pannicule adipeux cutané devient rigide et granuleux, blanc, opaque, beaucoup plus compacte et plus ferme que le tissu adipeux normal ; cest là le premier phénomène caractéristique de la formation du gras de cadavre. Cette transformation débute par les couches les plus profondes du tissu cellulaire, la couche musculaire sous-jacente est à ce moment d'un jaune rougeàtre

pâle, très-gonflée, molle, le derme s'en distingue nettement comme une couche (confiée, grisâtre et hyaline, recouverte à sa surface d'un mucus d'aspect vitreux. Peu à peu la couche graisseuse rigide s'épaissit, en empiétant sur le derme, qui forme une bande de plus en plus mince et dont la ligne de démarcation s'efface de plus en plus jusqu'à ce que dans le courant du troisième mois ou plus tard il ne se distingue plus du panicule adipeux avec lequel il se trouve confondu en une masse blanche, absolument homogène, dont la surHice paraît comme granuleuse ou glanduleuse, grâce à la transformation graisseuse des papilles cutanées. D'autre part, la couche graisseuse gagne en profondeur, les couches musculaires les plus superficielles se fondant en quelque sorte avec elle, au moins en partie. Ces couches profondes d'adipocire se distinguent des autres parties blanches et homogènes par une coloration çk et là rosée, ou brunâtre sale quand la pièce a été desséchée, et par la présence de stries longitudinales. Au début de la transformation du tissu cellulaire en adipocire, le tissu musculaire est particulièrement mou et se désagrège facilement, mais après trois mois ou parfois plus tard les couches les plus voisines du tissu adipeux deviennent rigides à leur tour et se fondent peu à peu avec les couches d'adipocire qui les recouvrent. Cependant cette modification des muscles n'est souvent pas encore accomplie au bout d'un temps fort long : témoin le cas de Schauenstein mentionné ci-dessus, qui concerne un cadavre ayant séjourné près de quinze mois dans l'eau. Sur un pied désarticulé dans l'articulation tibio-tarsienne et sectionné en deux moitiés, de telle sorte que celles-ci n'adhérassent plus entre elles que par le tégument plantaire, les muscles ne commencèrent à devenir rigides que vers le cinquième mois, puis se fondirent peu à peu avec la masse d'adipocire du panicule graisseux sous-cutané. Cette préparation, que Schauenstein a conservée à l'état sec, présente, à la place des tendons du fléchisseur des orteils, de simples sillons à contours nets, renfermés dans une masse blanche comme de la craie, et dont le volume correspond exactement à celui des tendons absents. Aussi longtemps que le tissu musculaire est mou et gonflé, le moindre ébranlement suffit pour le détruire, l'émielter et le détacher des masses d'adipocire qui l'entourent. C'est de cette manière qu'on peut expliquer la formation de ces sortes de tubes, déjà décrits par Orûla et Giintz; l'Institut de médecine légale de Gratz possède une masse creuse de ce genre provenant du membre inférieur d'un enfant. 11 s'agissait d'un mort-né dont on avait placé le membre inféiieur gauche dans un cylindre de verre avec de l'eau de fontaine: au bout de sept mois, lorsqu'on le retira de l'eau, le membre se désarticula au genou et au pied; la cuisse forme actuellement un tube rigide, blanc comme de la craie, dans lequel le fémur, dépourvu de cartilages, de ligaments et de périoste, se meut librement. La pai'oi de ce tube a une épaisseur d'environ ô millimètres et est d'un blanc pur ; les couches internes seules présentent une légère nuance jaunâtre due à des restes de tissu musculaire reconnaissable au microscope. ï.a matière dont ce tube est formé est extrêmement fragile.

Des expériences de Kratter ressort encore un autre fait important, c'est que la formation d'adipocire a lieu dans les os en même temps que dans le panicule adipeux et passe par les mêmes phases. Fourcrov, tout en rangeant les os parmi les tissus qui résistent à la saponification, fait cependant remarquer que la moelle et la membrane médullaire, ainsi que ses ramifications, se transforment en adipocire. Rratter a fait voir qu'en même temps les os se ramollissent, et cela non-seulement sur les cadavres qui ont séjourné dans l'eau, mais encore

GRAS DE CADAVRE. 3i7

sur ceux qui se sont transformés en sras dans la terre humide ; c'est te qui a été observé au cimetière Saint-Pierre de Gratz. Ainsi, pendant la transiorniation des cadavres, la moelle des os se change en adi|jocire et l'on trouve toutes les vacuoles des os spongieux, par exemple, remplies d'une masse friable, d'une blancheur de craie, qu'on voit sourdre en quelque sorte sur une coupe de Tos et V former une couche bosselée, comme glanduleuse, pouvant atteindre une épaisseur de 2 millimètres et rappelant l'enduit que produirait de la stéarine ou de la cire tombée goutte à goutte à l'état de fusion sur cette même surface ; une couche analogue s'observe fréquemment sur les extrémités articulaires des os. Il est bon de remarquer encore que l'adipocire qui remplit les cavités osseuses est d'une blancheur de craie, a;sez rigide, friable et beaucoup moins onctueuse que les autres variétés d'adipocire, et rappelle plutôt par sa consistance la substance dont sont formées les bougies stéariques.

Le ramollissement des os marche parallèlement avec la formation de l'adipocire; il finit par arriver à un degré tel que l'os se laisse couper au couteau avec la plus grande facilité. Ce ramollissement se manifeste particulièrement sur les os spongieux, puis sur les os du métatarse, des phalanges, des côtes, et sur le sternum ; il est toujours plus marqué à l'intérieur des os qu'à leur surface ; les épiphyses et les condyles des os longs se trouvent ramollis à un haut degré, tandis que les parties compactes de la diaphyse conservent encore une certaine consistance. Cependant, malgré ce ramollissement, l'aspect et la structure histologique de l'os ne sont pas altérés. 11 n'est ni transparent ni tlexible, comme il arrive pour les os décalcifiés par l'acide chlorhydrique, par exemple ; les lamelles osseuses sont absolument intactes, les fibres de la substance fondamentale ne sont pas gonflées. Tout se réduit au ramollissement et à la perte de résistance au couteau.

Schauenstein cite un exemple à l'appui. En janvier 1877, on retira de la mer un tronçon de cadavre d'homme, dont il ne restait plus que le tronc et les deux cuisses; le dos, le siège et la face postérieure des cuisses étaient recouverts d'adipocire ; le tiers inférieur de la face antérieure des cuisses était dépouillé de peau, et les fémurs à ce niveau étaient comme raclés, formant une surface [lolie, dirio"ée obliquement de haut en bas et d'avant en arrière, sur laquelle la moelle changée en adipocire était mise à nu. Il est évident que le cadavre avait dû séjourner longtemps dans un lieu où le courant n'était pas violent, et c'est là qfie la transformation en gras avait eu lieu. Puis les hautes eaux ont dîi l'entraîner à un moment donné, et c'est ainsi que l'un des tronçons du cadavre s'est trouvé accroché, par la ceinture qui l'entourait encore, à l'un des brise-glace placés en amont du pont; on conçoit que le courant appuyât le corps contre le brise- ^lace et que par le frottement continuel qui en résultait la face antérieure des fémurs ramollis se trouvât usée au point que la cavité médullaire s'ouvrît au dehors.

U. Composition chimique et propriétés dc gras de cadavre. Fourcroy con fondait ou du moins rangeait dans une même classe trois corps ^ras bien distinct, la cétine ou blanc Je baleine, la cholestérine et le gras de cadavre : il désignait ces corps ou la partie fondamentale de ces corps sous le nom d'adi- ■pocire [voy. ce mot). Le gras de cadavre seul a gardé ce nom.

Quant à sa composition chimique, Fourcroy considérait le gras de cadavre comme formé d'adipocire et d'ammoniaque, ou, si l'on aime mieux, comme un savon ammoniacal avec excès de graisse.

Mais Chevreul a hii voir que le gras de cadavre se distingue nettement de la cétine et de la cholestériiie; d'après ses analyses, il est formé d'acide margarique et probablement d'acide oléique, avec un peu de substance anière, un principe coloi'ant orangé qui colore l'acide oléique, des tz'aces d'un principe odorant, d'ammoniaque, de très-petites quantités de chaux et de potasse, et de quelques sels ; les alcalis dont il vient d'être question saturent en partie les acides margarique et oléique, ce dernier étant du reste très-peu abondant relativement à l'acide margarique.

Dès lors le gras de cadavre peut être envisagé comme un savon à double acide et à base ammoniacale. Cependant il peut arriver que l'ammoniaque y soit remplacée par la chaux, quand, par exemple, le gras provient de cadavres ayant subi la décomposition dans de l'eau renfermant du carbonate ou du sulfate de chaux ; il en fut ainsi, du moins pour l'adipocire fournie par un bélier qui avait macéré dans de l'eau de puits.

Mais il peut aussi arriver que des cadavres se transforment en savons calcaires. « Nous avons enlerré, disent Orfila et Lesueur, le 4 décembre 1828, un estomac, une portion de peau avec le tissu cellulaire sous-jacent, deux testicules et un épiploon : tous ces organes appartenaient à l'espèce humaine; chacun d'eux avait été enveloppé d'un linge et placé dans une petite boîte en bois de sapin; ces boîtes avaient été enterrées à la profondeur de deux pieds et demi ; leur exhumation eut lieu le oÛ juillet 1829, sept mois vingt-sept jours après les avoir placées dans la terre. A la place de l'estomac on trouva environ un demigros de gras de cadavre, nullement ammoniacal, mais bien composé d'acides margarique et oléique et de chaux. La peau, assez humide, offrait çà et là l'apparence du gras des cadavres et fournissait à l'analyse un savon calcaire nullement ammoniacal. Les testicules étaient méconnaissables et transformés en gras d'un blanc jaunâtre, véritable savon calcaire aussi. Enfin, l'épiploon avait conservé son aspect et sa structure dans plusieurs points, tandis (jue dans d'autres il n'était plus reconnaissable et se trouvait changé en une masse graisseuse jaunâtre, ayant l'odeur du fromage de Roquefort et composée d'acides gras. » Les auteurs de ces expériences expliquèrent la formation de ces savons calcaires par la décomposition des savons ammoniacaux, formés préalablement, sous l'influence des sels calcaires dissous et entraînés par les eaux de pluie. Ils firent une expérience directe pour le prouver ; un savon ammoniacal pur (stéarate) fut plongé dans une dissolution de sulfate de chaux ; au bout de trois semaines ce savon était entièrement changé en stéarate de chaux et du sulfate d'ammoniaque se trouvait en dissolution.

Quoi qu'il en soit, les vues de Chevreul ont généralement été confirmées depuis. Wetherill a constaté, sur des cadavres de moutons enfouis depuis dix ans dans une terre humide, que l'adipocire est formée d'acide oléique et d'acides gras solides; il analysa en outre du gras de deux cadavres humains provenant l'un d'une fosse âgée de quinze ans, l'autre d'une fosse datant de cinq à six ans, et il le trouva formé d'acide oléique, d'acide palmitique et d'acide stéarique (on sait que d'après lleintz l'acide margarique de Chevreul est un simple mélange d'acide palmitique avec une petite quantité d'acide stéarique). Il y a plus : Wetherill a analysé de l'adipocire fossile provenant du Bison americanm et a constaté qu'elle est composée des savons calcaires des acides gras ordinaires du suif.

AYilliam Gregory trouva l'adipocire d'un cochon, enlerré depuis quinze ans

sur le flanc d'une colline, formée d'acides stéarique, olcique et margarique, à l'exclusion de glycérine, d'ammoniaque et de toute autre base.

D'autre part Ebert, dans une analyse de gras de cadavre, trouva 1 pour 100 d'ammoniaque, 6 pour 100 d'une matière insoluble dans la lessive de potasse (résidus de tissus), puis des acides gras, particulièrement de l'acide palmitique, de l'acide margarique et un acide fusible à 80 degrés et dont la composition correspondait à celle de l'acide oxymargarique, dF'^O^ ; en revanche, il n'y avait point d'acide oléique, pas plus que de la glycérine.

Enfin, dans un échantillon d'adipocire trouvé à Innsbrùck dans des fouilles, E. Barabei'ger découvrit aisément de l'acide oléique et de l'acide palmitique, mais ne trouva pas de trace d'acide sléarique.

Ludwig, qui mentionne cette dernière analyse, a examiné lui-même un fragment d'adipocire, qu'il tenait de Reubëld (de Wurtzbourg) ; en traitant cet échantillon par l'alcool, il obtint une solution d'acides oléique, palmitique et stéarique libres; la partie insoluble (environ la moitié en poids du l'raginent) se composait de résidus de tissus animaux et végétaux et des savons calcaires des trois acides mentionnés. Le même auteur a analysé l'adipocire provenant des deux cadavres l'étirés de l'eau et décrits par E. Hoffmann; il l'a trouvée cornposée d'acide oléique, d'acide palmitique et d'acide sté;iri({ue.

Le gras de cadavre constitue par conséquent un mélange des acides gras contenus dans les graisses neutres de l'organisme, ou bien un mélange des savons ammoniacaux ou calcaires de ces mêmes acides. Ebert seul a mentionné dans l'adipocire la présence d'un acide qui ne préexiste pas dans l'organisme, l'acide oxymargarique.

Propriétés. En étudiant les caractères physiques et chimiques du gras de cadavre, il ne faut pas perdre de vue que ceux-ci varient nécessairement suivant l'époque de sa formation, suivant le tissu d'où il provient, le temps plus ou moins long que le cadavre a séjourné sous la terre ou sous l'eau, et suivant diverses autres circonstances encore. Dans les cadavres qui ne sont sous terre que depuis trois à cinq ans, il est mou et très-ductile, et en même temps très-léger, et renferme une grande quantité d'eau. Dans les cadavres saponifiés depuis trente à quarante ans, il est plus sec et plus cassant, et en plaques plus denses; on a même vu des corps placés dans des terrains secs, dont quelques portions de la matière grasse étaient devenues transparentes; grâce à son aspect, à son tissu grenu et à sa fragilité, cette matière desséchée imite assez bien la cire. L'adipocire, formée depuis longtemps, est plus blanche, plus homogène, et ne renferme plus aucun reste de tissu fibreux; la peau des extrémités surtout est dans ce cas. Lorsque, au contraire, le gras est assez récent, il n'est ni si blanc, ni si homogène que dans le cas précédent ; on y trouve encore des portions de muscles, de tendons, de ligaments. Quelquefois la matière grasse présente des surfaces brillantes de la couleur de l'or et de l'argent comme si elle était recouverte d'une couche de mica. Dans quelques points, on observe des couleurs rouges, orangées et incarnates très-brillantes, surtout dans le voisinage des os qui en sont également pénétrés. Bien entendu, lorsqu'il s'agit d'adipocire trouvée dans des fosses particulières, celle-ci est surtout colorée en brun noir à sa surlace par les matières humiques qui y sont adhérentes.

Le gras de cadavre se ramollit par la chaleur et par le mouvement des doigts ; il fond comme toute autre graisse lorsqu'on le chauffe au bain-marie à la température de l'ébullition. Distillé à feu nu en vase clos, il fournit, d'après Four-

croy, d'abord de l'eau chargée d'ammoniaque et au bout d'un temps assez long une huile qui se fige dans l'allonge, enfin, et beaucoup plus tard, du sous-carbonate d'ammoniaque cristallise. Ghaul'fé au contact de l'air, il s'enflamme et brûle rapidement, en laissant un résidu de charbon plus abondant et difficile à incinérer.

Exposée à l'air sec et chaud, en élé, l'adipocire devient sèche et cassante, blanchit et perd son odeur caractéristique, devient pulvérulente à sa surface ; dans ces conditions, elle a perdu de l'eau et de l'ammoniaque s'est dégagée (Fourcroy). Aussi, après un séjour prolongé à l'air chaud, le gras de cadavre ne renferme-t-il plus d'ammoniaque; il devient alors demi-transparent après avoir été fondu et acquiert plusieurs des caractères de la vraie cire ; c'est cette portion du gras de cadavre, débarrassée d'ammoniaque, qui, pour Fourcroy, constitue la vraie adipocire.

Thouret a observé que le gras de cadavre exposé à l'air humide se couvre de moisissures très- abondantes offrant les couleurs les plus vives et les plus variées.

Délayé avec un peu d'eau froide dans un mortier, le gras de cadavre forme un magma, une pâte molle et homogène; en ajoutant de l'eau, la liqueur devient opaque, semblable à de l'eau de savon, et on y remarque des sortes de stries brillantes et satinées. Le gras augmente toujours considérablement de volume; il absorbe une grande quantité d'eau, mais s'y trouve simplement délayé et non dissous. L'eau que l'on fait bouillir sur le gras de cadavre acquiert la consistance et l'aspect d'un mucilage épais de graine de lin; par le refroidissement, la liqueur forme une pâte ductile qui, étendue d'eau froide, s'y délaye comme à l'ordinaire, sans se dissoudre. Cependant, si le gras a été longtemps exposé à l'air sec et chaud, il ne se délaye plus aussi iacilement dans l'eau.

L'acide chlorhydrique étendu d'eau décompose le gras de cadavre, surtout à une douce chaleur; il se combine avec l'ammoniaque, la chaux, la magnésie, la potasse, etc., toutes bases pouvant se trouver dans le gras de cadavre à l'état de savon, forme des sels solubles avec elles et laisse les acides gras; en ajoutant de la potasse à la solution, on obtient un abondant dégagement d'ammoniaque, si le gras n'est pas calcaire. Si à du gras ammoniacal en fusion on ajoute de la chaux vive, il se dégage également de l'ammoniaque.

Dans les cas où le gras n'est formé que d'acides libres, il se dissout entièrement dans l'éther et l'alcool chaud. Les savons ammoniacaux se dissolvent également dans l'alcool, mais, lorsque le gras est calcaire, il ne s'y dissout pas, ce qui explique la faible solubilité de l'adipocire des os dans l'alcool et l'éther. Si le gras de cadavre est composé d'acides libres et de savons calcaires, un traitement par l'alcool ou l'éther enlève les premiers, tandis que les savons calcaires forment un résidu insoluble. 11 suffit de traiter ce dernier à chaud par de l'acide chlorhydrique étendu pour obtenir les acides gras ; ces derniers sont alors également susceptibles d'être dissous dans l'alcool ou l'éther.

III. Origine et mode de formation du gras de cadavre. On est loin d'être d'accord sur l'origine du gras de cadavre et sur les transformations chimiques qui lui donnent naissance. Les uns ne veulent y voir qu'une modification, une saponification des graisses neutres, préexistant dans l'organisme ; les autres, tout en reconnaissant que la majeure partie de l'adipocire provient de ces graisses, admettent que les substances albumiuoides, en particulier le tissu

musculaire, sont également susceptihles de se transformer en acides gr.s élevés tels que l'acide palmitique, l'ncide stéarique et l'acide oléiquo.

Orfda et Lesueur disent : Le gras de cadavre ne se produit (jue là où il y a de la graisse et une matière azotée; le corps gras fournit les acides margarique et oléique, et la substance animale l'ammoniaque. C'est la théorie de Fourcroy et de Chevreul, c'est celle qu'ont défendue ou défendent encore Gûntz, Wetlierill, E. Hoffmann, H. Reinhard, Gorup-Besauez, Uoppe-Seyler, Nencki, etc.

Nous allons exposer, d'après ces auteurs, les réactions chimiques qui peuvent déterminer la production de l'adipocire aux dépens des graisses neutres. On sait que sous l'influence des ferments de la putréfaction, de même (|ue dans l'ordre physiologique par l'action de la pancréaline et dans les laboratoires par celle de la vapeur d'eau, à une très-haute teuipérature, les graisses se dédoublent en acides libres et en glycéiine. A partir de ce moment, ces acides subissent diversement l'action des circonstances extérieures ; l'acide oléique, grâce à sa facile oxydabilité, disparaît peu à peu; c'est ce qui explique la faible proportion de cet acide dans de l'adipocire depuis longtemps formée. D'autre j)art, les acides gras s'unissent à l'ammoniaque provenant de la décomposition des matières azotées, et les savons ammoniacaux formés peuvent à leur tour être convertis par l'acide carbonique de nouveau en acides gras libres ou par l'action d'une eau calcaire ou dans un sol calcaire humide en savons calcaires.

Ludwig attire particulièrement l'atteiuion sur la nécessité de l'intervention d'un ferment pour déterminer le dédoublement des graisses neutres. Sons cette influence, ces dernières absorbent de l'eau et se comportent comme l'indique la formule suivante pour la tripalmitine :

Cr,Hô(ci«|p.i02)» + 3IP0 = 5C'«IP'0^ -f C^LPO^

Tripalniitine. Acide palmilique. Glycérine.

A l'appui de cette manière de voir, Ludwig mentionne l'analyse faite par lui d'un morceau de suif abandonné depuis au moins deux cent-vingt ans dans un puits de mine du Tyrol, que l'on commença à ex(doiler de nouveau en 1870. Ce fragment avait été trouvé dans une lampe de mineur en terre. L'aspect extérieur rappelait, il est vrai, celui de l'adipociie, et formait une masse assez dure, friable, blanche à l'intérieur ; l'action oxydante avait particulièrement porté sur l'oléine qui était presque entièrement détruite, et la masse se composait surtout de palmitine et de stéarine. Pùen d'analogue à la saponification ne s'est donc passé ici. D'où l'auteur conclut que la transformation des graisses neutres en adipocire exige l'intervention d'un ferment.

Quant aux matières albuminoïdes, d'après les auteurs cités plus haut, la seule part qu'elles prennent à la formation du gras de cadavre, c'est de lui fournir de l'ammoniaque qui saponifie les acides gras libres qu'il renferme.

E. Hoffmann fait particulièrement ressortir, dans la description des cadavres examinés par lui, la disposition particulière des couches d'adipocire à l'éo-ard des os qu'elles entourent comme une sorte de cuirasse ou de fourreau, conservant les formes du vivant au niveau de l'épaule et de la hanche, et ne se trouvant nullement en contact avec le squelette. On peut en conclure, d'après cet auteur, que la formation d'adipocire n'a pas commencé par les couches profondes (musculaires), mais immédiatement sous le derme. En outre, entre la masse d'adipocire et les os existe une sorte de stroma ou réseau formé par les aponévroses et

ZVl GRAS DE CADAVRE.

les cloisons infermuscuJaires. mais d'où la substance musculaire a disparu ou dans lequel elle ne forme plus qu'une masse semi-liquide en putréfaction et sans structure même à l'examen microscopique. Quant à la couche d'adipocire ellemême, on y retrouve la structure cellulaire normale, avec cette différence que les mailles renferment, au lieu de graisses neutres, des aiguilles cristallines d'acides gras; cette couche présente un maximum de densité vers l'extérieur, mais il n'est plus possible d'y reconnaître de traces du derme, au microscope. II. Reinhard conclut également de l'examen de seize cadavres transformés en gras que l'adipocire ne peut se produire qu'aux dépens du panicule adipeui et que les tissus formés de substances albuminoïdes se décomposent comme à l'ordinaire. Ce même auteur tait remarquer que l'adipocire est précisément le plus abondante là où l'organisme renferme naturellement le plus de graisse, et que là cù existait du litsu musculaire la couche se divise en lamelles entre lesquelles la substance charnue a disparu.

L'opinion d'après laquelle de l'adipocire peut se former aux dépens du tissu musculaire, ou, en d'autres termes, que les substances albuminoïdes peuvent dans certaines conditions se transformer en graisse, a de son côté trouvé des défenseurs, et des plus autorisés; nous mentionnerons entre autres Gibbs, Quain, Yirchow, Kûhne, Voit, et en dernier lieu Kratter, dont les observations microscopiques très-récentes doivent attirer toute notre attention; nous y reviendrons un peu plus bas.

Gibbs, Quain et Vircho^' ont pensé que les matières protéiques peuvent fournil' de l'adipocire, parce qu'ils trouvaient que la masse de cette dernière était trop grande pour que le tissu adipeux eût pu suftîre à sa formation.

Kûlme prétend que de la fdjrine du sang, soigneusement lavée et débarrassée de graisse, immergée longtemps dans de l'eau fraîche, fréquemment renouvelée, se transforme en une matière grasse semblable à l'adipocire ; ce fait est absolument en contradiction avec les résultats d'une expérience analogue faite par ■Gay-Lussac.

Voit eut l'occasion d'examiner le poumon d'un cerf suspendu dans l'eau d'un lac de montagne par un chasseur qui l'avait oublié là. Il trouva, paraît-il, à la place de cet oigane, une masse d'adipocire d'un volume égal à celui que pouvait avoir le poumon privé d'air et affaissé.

Kratter est intervenu récemment dans le débat avec des arguments d'une 'haute importance. Il s'est livré à mi examen microscopique soigneux de l'adipocire et des tissus avoisiuauts, et a observé ce qui suit :

La surface cutanée, privée de son épiderme et du réseau de Malpighi, qui disparaissent de bonne heure, comme on l'a vu d'après les expériences du même auteur rapportées plus haut, présente de petites bosselures ou verrues qui sont formées d'un réseau de tissu coujonctif ; les mailles de ce tissu représentent de véritables géodes hérissées de fins cristaux radiés solubles dans l'alcool bouillant. Quand la transformation en adipocire est complète, on reconnaît encore uetter ment la structure libreuse du derme (nous avons vu que, d'après Hoffmann, le derme n'existe plus) ; les tractus fibreux les plus superficiels sont le mieux conservés et le plus denses; çà et là ils sont écartés par des amas de cristaux en masses irrégulières ou en faisceaux rayonnes. Le tissu cellulaire sous-cutané • est représenté par quelques rai'es fibres conjonctives qui ont résisté; mais la masse principale de ce tissu est formée, outre les cristaux disposés comme dans e derme, de blocs, parsemés de faisceaux cristallins, sphériques ou aplatis,

entièrement solubles dans l'éther, et qui ne sont autre chose que les cellules graisseuses du panicule adipeux transformées et privées de leur membrane qui a totalement disparu.

En parlant des os, nous avons déjà fait observer que leur texture est conservée et que les cavités en sont occupées par de l'adipocire; celle-ci diffère nonseulement de l'adipocire des autres tissus par sa solubilité plus difficile dans l'alcool et l'éther, mais encore par ses caractères microscopiques. Elle consiste en blocs très-réfringents, sphériques ou aplatis, en géodes globuleuses formées de fines aiguilles, enfin d'une substance fondamentale grise, amorphe, parsemée de petites géodes étoilées et de petits globules semblables à des gouttelettes de graisse. Les blocs en question résultent évidemment de la transformation des cellules adipeuses de la moelle privées de leur membrane.

Enfin, Kralter a examiné particulièrement les couches d'adipocire offrant encore une coloration rouge pâle et une structure fibreuse (à fibres longitudinales), qui indiquent l'existence de tissu musculaire transformé, selon lui. Sur des coupes dans le sens de la longueur des fibres, on voyait des séries de blocs couverts de géodes cristallines ou en renfermant. Ailleurs, cette disposition était à peine indiquée, les blocs non encore nettement distincts et remplacés par une masse plus homogène, nuageuse, renfermant çà et là des faisceaux cristallins; dans quelques endroits la striation musculaire était encore reconnaissable. On voyait d'ailleurs toutes les transitions à cette matière homogène et aux séries de blocs en question. Par un traitement à l'alcool et à l'éther, cette adipocire musculaire fournissait de grandes quantités de cristaux, soit en géodes, soit en finsceaux de cristaux lamelliformes ou dentritiques. A côté de fibres nettement striées, on voyait des fibrilles en voie de transformation brusquement coupées transversalement ou se terminant en fuseaux sans striation apparente.

On ne peut nier dès lors que Rratter ait dûment constaté, dans cette adipocire d'origine musculaire selon lui, des restes de fibres musculaires. De cette substance musculaire, dit-il dans l'une de ses conclusions, la portion isotrope (c'est-à-dire physiquement ou optiquement homogène) prend au début seule part à la production de l'adipocire, tandis qu'une partie du tissu anisolrope se reconnaît encore par sa striation ou du moins par les amas irré"^uliers de sarcoiis éléments qu'il forme, du moins dans l'adipocire arrivée eu apparence au terme de sa formation. Là même ou aucun élément musculaire n'est plus reconnaissable, l'aspect de l'adipocire rappelle encore la structure du muscle par les séries de blocs qu'y forme la matière grasse.

6e qui, d'après Kratter, doit faire penser que le tissu musculaire prend part à la formation de l'adipocire, c'est la lenteur même avec laquelle se fait cette conversion : ainsi l'adipocire' n'apparaît guère dans les muscles avant le Quatrième mois, à une époque où le panicule adipeux et le plus souvent même le derme se trouvent déjà transformés. Il peut arriver que, par suite de l'accès de l'air ou par des chocs, le tissu musculaire se putréfie, se ramollisse ou se liquéfie et disparaisse avant qu'il ait pu se transformer.

Ainsi, d'après cet auteur, les matières protéiques qui font partie du derme et du tissu musculaire seraient susceptibles de fournir de l'adipocire. A l'appui de cette manière de voir il a invoqué les observations des auteurs qui l'ont précédé. Voici divers arguments sur lesquels il se fonde :

1« La transformation de l'albumjne^n^raisse^t analogue au phénomène de

la maturation du fromage, pendant lequel, d'après les observations de Blondeau, confirmées par Kemmericli, la quantité' de matière grasse du fromage augmente. Brassier n'est pas de cet avis, et Sieber a fait voir que celte augmentation de la matière grasse du IVomage n'est qu'apparente, le fromage total perdant de sou poids par la dessiccation et par la transformation des matières protéiques en peptones et en produits de putréfaction, leucine, tyrosine et sels ammoniacaux des acides gras volatils.

2° La formation de graisse aux dépens de la caséine du lait, observée par lloppe-Seyler. Il n'a pas été fait, que nous sachions, d'objection sérieuse à cet argument; l'évaporation de l'eau n'est pas suffisante pour déterminer une diminution notable du poids de la masse totale du lait. II est bon cependant de remarquer que lloppe-Seyler est précisément l'un des adversaires de la théorie de la transformation des matières alburainoïdes en adipocire.

S" La production d'acides gras volatils dans la putréfaction ou par l'action de certains réactifs destructeurs sur les sul)stances protéiques. Fourcroy a observé ces faits, Iljenko a constaté dans la putréfaction de la caséine dans l'eau la formation d'acides butyrique et valérianique. Il n'y a là qu'un raisonnement par analogie, dépourvu de base sérieuse, car dans l'adipocire on ne rencontre jamais d'acides gras volatils tels que les acides butyrique et valérianique.

4" La formation de matière grasse aux dépens d'organes ou de tissus introduits dans la cavité abdominale d'animaux. ^Yagner d'une part, Husson de l'autre, ont constaté que des testicules, des cristallins, du sang, des muscles de grenouille et même de l'albumine coagulée par la chaleur, introduits dans la cavité abdominale d'oiseaux, se changent en graisse. Burdach, Middeldorpf, Donders et Michaelis, firent des observations analogues. II s'agit ici de la transformation graisseuse de matières albuminoïdes formant corps étranger dans l'organisme, absolument comme certains exsudats ou des fœtus morts, retenus dans l'utérus, se transforment en quelque sorte en adipocire dans un organisme vivant (Voit). Ces faits n'offrent rien d'absolument probant, parce qu'il s'agit généralement de matières non exemptes de tissu adipeux.

5° La dégénérescence graisseuse, envisagée soit au point de vue physiologique, soit au point de vue pathologique. On peut citer entre autres la dégénérescence graisseuse du système musculaire, telle qu'on l'observe dans l'empoisonnement par le phosphore, l'alcoolisme, et après les grandes saignées. Mais est-il bien démontré qu'il s'agit là d'une transformation en gras du contenu albuminoïde des cellules ou du tissu musculaire lui-même?

6° La conversion en graisse dans l'économie d'une portion des aliments albuminoïdes. Ce fait paraît en effet ressortir des expériences de Voit et Pettenkofer. On peut objecter ici que les phénomènes qui se passent dans un organisme mort ne sont pas comparaijles à ceux qui ont lieu dans le corps vivant, à un acte physiologique de digestion, en un mot. Mais cette objection n'aurait aucune valeur, si l'intervention d'un ferment spécial était bien démontrée.

Telles sont les raisons que Kratter fait valoir à l'appui des résultats qu'il a obtenus par ses propres expériences. Mais il reste toujours une objection grave à lui faire, c'est qu'il n'a jamais réussi à obtenir de l'adipocire avec des matières albuminoïdes dépourvues de graisse. Nous avons déjà cité l'expérience de Gay-Lussac qui a constaté que de la fibrine dégraissée ne donne pas d'adipocire. A ce fait Schauenstein en oppose un autre, c'est celui du caillot sanguin entièrement transformé en graisse trouvé dans le ventricule gauche d'un cadavre

GRAS DE GADAYRE. 525

saponifié du cimetière Saint-Pierre de Gratz. Cette masse gris brun foncé, assez dure, se dissout en grande partie dans l'alcool ; la solution se prend par l'évaporation lente en un magma cristallin, qui, repris par l'alcool, cristallise en faisceaux pennés caractéristiques de ce qu'on appelait jadis l'acide margarKiue. Le résidu de la solution alcoolique donne avec la soude un savon d'où l'acide chlorhydrique met des acides gras en liberté.

Dès lors, la masse renfermait des acides gras en quantité beaucoup trop grande, remarque Scbauenstein, pour qu'on puisse les considérer comme représentant la graisse du sang transformée. L'expérience de Gay-Lussac, à notre avis, n'en garde pas moins sa valeur : en effet, dans le cas de Schauonstcin il y avait de la graisse dans le caillot avant le début de la translbrmaliou. Il est vrai que, si l'on admet avec Kraller et un grand nombre d'autres que tout dépend d'un ferment spécial, toutes les objections tombent. M.iis l'existence de ce ferment est-elle bien démontrée; Kralter pense qu'elle est tout aussi bien justifiée que celle du ferment qui intervient dans la maturation du fromage, dans la digestion des matières albuminoïdes. dans la putrélaclioii et autres processus analogues. Ce n'est là qu'une hypotbèse, mais on ne peut nier qu'elle est vraiment plausible.

A côté de l'expérience de Gny-Lussac, on peut citer celle de Cbevieul, qui a maintenu submergés pendant un an dans l'eau distillée des tendons d'élépliants et de la cliair musculaire de bœuf privés de graisse, sans observer la formation d'adipocire,

Orfila et Lesueur firent des observations semblables. Après sept mois vingtsix jours d'inliumation à la profondeur de deux pieds et demi, ils ont vu de la peau, préalablement dépouillée de tissu cellulaire, ne pas s'être transformée en gras; elle était réduite à de petites lamelles inodores, comme tannées, brunâtres d'un côté et fauves de l'autre, difficiles à déchirer, d'une texture filamenteuse.j Au contraire, la peau du même individu, encore adliérente au tissu cellulaire graisseux, inhumé dans le même terrain, le même jour, à la même profondeur et dans une boite pareille, était assez humide, offrait dans certaines parties l'aspect du gras et fournissait à l'analyse un savon calcaire.

Citons encore les expériences de Sécretan, qui opérait sur des matières albuminoïdes privées de graisse qu'il submergeait dans de l'eau courante ou stagnante ou qu'il enterrait; il examinait les produits de la décomposition au bout de plusieurs mois, et jamais il ne trouva de trace d'adipocire.

Nencki se prononce également de la manière la plus formelle contre la théorie défendue par Kratter. D'après ses observations personnelles, la graisse est de tous les tissus animaux celui qui résiste le plus longtemps à la putréfaction. Tandis que les muscles se liansforment entièrement en produits solubles, la graisse reste et se convertit, notamment dans les sels calcaires et l'eau, en partie en savons calcaires qui forment autour des os une masse volumineuse, consistante, semblable à une gaîue de gypse spongieuse.

Enfin, récemment, E. et H. Salkowski ont prétendu que ia chair musculaire, de même que l'albumine du sérum, se transforment par la putréfaction en acides gras élevés dans la série; mais leurs observations ne sont pas probantes car rien ne prouve qu'il se sont servis de substances privées de graisse. Du reste on ne réussit à se débarrasser des dernières traces de graisse qu'en soumettant les substances à l'aclion prolongée de l'étber dans un appareil spécial. Maly a depuis plusieurs années signalé cette condition comme indispensable.

326 GRAS DE CADAVRE (bibliographie).

Enfin Ludwig rapporte d'après J. Ilorbaczewski que le ligament cervical desséche et finement pulvérisé doit être traité pendant plusieurs semaines dans l'appareil à extraction pour être privé entièrement de graisse.

En somme, on ne peut pas considérer comme démontré que les matières albuminoïdes prennent part à la formation du gras de cadavre. D'autre part la quantité d'adipocire dépassant généralement de beaucoup la somme de graisses neutres préexistant dans l'organisme, on peut se demander d'où vient cet excès de matière grasse dans les cadavres saponifiés, La question offre donc encore plusieurs inconnues.

Au point de vue de la médecine légale, ces discussions n'ont du reste pas grande importance. Ce qui intéresse surtout le médecin légiste, c'est de savoir à quel moment la saponification commence, dans quel ordre les divers tissus sont envahis par l'adipocire, après combien de temps enfin la transformation peut être considérée comme complète. Les idées sont loin d'être absolument fixées sur tous ces points.

On peut dire, d'après les observations de Casper, de Taylor, etc., confirmées par Kratter, que dans l'eau aussi bien que la terre humide la saponification commence au plus tôt vers la quatrième semaine; la période écoulée jusqu'alors est désignée par Kratter sous le nom de slade de la ■putréfaction et surtout caractérisée par le gonflement de l'épidermc et la putréfaction du réseau de Malpighi, accompagnés d'un développement de gaz qui cesse complètement vers la fin de la quatrième semaine.

La seconde période ou période de la saponification commençante se caractérise par la transformation du tissu cellulaii'e sous-cutané en adipocire ; comme on Ta vu plus haut, la transformation a lieu des couches profondes vers la surface; ce fait a son importance pour évaluer le temps qu'un cadavre a séjourné dans l'eau, par exemple. En même tenqis la moelle des os se saponiiie. Dans les idées de Kratter cette seconde période pourrait donc être appelée période de la saponification des substances grasses.

Enfin une troisième et dernière péiiode commence après le troisième mois par la formation d'adipocire dans le tissu musculaire. Kratter appelle cette phase période de la saponification des matières albuminoïdes. Le derme se saponifie plus tard encoi'e que le système musculaire.

Quant au temps au bout duquel la saponification est complète, il varie avec les circonstances extérieures au cadavre, et rien de précis ne peut être dit à cet égard. Cependant il est rare que cette transformation soit achevée avant un an ; elle paraît être plus rapide du reste sur les cadavres submergés que sur ceux qui sont inhumes. Pour ces derniers il est probable que la limite inférieure ne s'abaisse pj.s au-dessous de trois ans.

Il est bon encore de remarquer qu'un cadavre inhumé ou submergé peut subir la saponification dans tels de ses points et la putréfaction dans tels autres et que du reste, même dans le cas où il n'y a point de traces de putréfaction, on n'observe jamais la saponification totale d'un cadavre, comme l'ont déjà bien remarqué Devergie et Casper. La connaissance de ces éventualités est nécessaire pour éviter des méprises dans l'étude du gras de cadavre et des circonstances où il se forme. L. Hahn.

Bibliographie. — Les ouvrages qui nous ont surtout servi pour la rédaction de cet article sont le3 suivants : Fourcroy. Mémoire sur les différents états des cadavres trouvés dans les fouilles du cimetière des Innocens en iT86 ei 1787, lu à l'Académie royale des sciences /e«

GRAS DE CADAVRE (bibliogp, aphie). 527

20 et 28 mai 1789. In Annal, de chimie, t. V, p. Wi, 1788. — Du mêsif.. Deuxième mémoire siti- les madères animales trouvées dans le cimetière des Innocens à Paris pendant les fouilles qu'on y a faites en 1786 et 1787. Examen chimique de la madère grasse contenue dans les fosses communes. Ibid., t. VIII, p. 17, 1791. — Thodret. Rapport sur les exhumations du cimelière et de l'Église des Saints-Jnnocens. Paris, 1789, in-4°. Publié- encore in-8°, la même année. — Orfila et Lesueur. Traite des exhumations juridiques, t. I, p. 351. Paris, 1851, in-8°. — Kratter (Julius). Studien ûber Adiporire. In Zeitsclirifl f. Biologie, Bd. XVI, p. 455, 1880. — Lddwig (E.). Art. Leichexfett. In Eulcnhurg's Iteal-Encijclopâdie der gesammten Heilkunde, Bd. YIII, p. 209, 1881. — SowvEysTEi:^. Leichenverânderungen. la Maschka's Handbuch der gerichilichen Medicin, I!d. III, 18H2. ^Nous avons mis largement à contribution les auteurs précédents et leur avons lait de nombreux emprunts.

On consultera encore : Fourcboy. Mémoire lu à la séance de la Société i'oyale de médecine tenue au Louvre le 3 }}iars 1789. — TiiorRET. Mémoire sur la nature de la substance du cerveau et sur la propriété qu'il parait avoir de se conserver longtemps après toutes les autres parties du corps qui se décomposent au sein de la terre. Pans, 1790, in-12. Imprimé aussi dans le Recueil de la Société roij. de me'decinc, année 1789. — Gibus. On tlic Conversion of Animal Muscle inlo a Subàtance much resembling Sperinaceti. In Philos. Transact., 1794. — BicnAi. Analomic générale, t. II. Paris, 1802. — GOmz. Der Leichnam des Neugeborenen in seinen jihysisclten Verwandlungen, etc. Leipzig", 1827. — Devergie. Recherches sur les noyés. In Annal, d'hyg. publ. et de rnéd. lég., cet. 1829. — Gregory (\\illiam). In Annal, der Chemie u. Phannacie, Bd. LXI, p. 502, 1847. — Iuexko. In Annal, der Chemie und Pharmacie, Od. LXUI, p. 2G4, 1848. — Quain (Richard). On Fatty Discases of the Heart. In Med'ico-Chirurgical Transact., p. 121, 1850. — \Vag\er. In Nachrichten der Gesellschaft der Wisscnschaflen zu Gôtlingen, p. 97, 1851. — Middel- BORPF (A.). Yorlâufiger Bericht ûber die Veiànderung der tinochcn und Knorpel in der

Peritonâal-Hôhle lebender Thiere- In Zeitschrift f. hl'in. Medicin, 5. Jain-g., p. 58, 1852.

YiRCHOw. Zur palhologisch-anatomischen Casuislih. 5. Adipocire. In Yerhaiidl. der Wiii'zburger phys.-med. Gesellsch., Bd. III, p. 309, 1852. — Bcrdach. Expérimenta quœdam de

commulatione subslantiarum proteinarumin adipem. Dissert, inaug. Regiomontii, 1853.

HcssoN. In Nachi-ichlen der Gesellsch. der Wissensch. zu Gôtlingen, n° 5, p. 41, 1853. — MicHAELis (Alb.). Die Résorption festcr Exsulate auf dem }Yegc der Feltdeqeneradon in dcn drei Sladien der Tuberculisalion, der Verset fung und der Verkalkung. \n Prager Yierteljahrschrift, 10. Jahrg., BJ. IV, p. 45, 1853. — IIoppe. Ucher den Einfluss des Rohrzuckers auf die Yerdauung und Ernàhrung. In Virchow's Arch. f. palhol. Anal., Bd. X, p. 144,.

1856. — Wetherill (Ch.). In Transact. of the Amcric. Philos. Society, t. xî, ISSsi et extr! dans Journ. f. prakt. Chemie, Bd. LXVIII, p. 26, 1856, et Arch. f. Pharm., Bd. l', p. 203,.

1857. — Taylor (A. -S.). Médical Jurisprudence. London, 1858, in-8°. — 1Ioppe-8eyler (F.). Unfersuchungen ûber die Bestandthcile der Milch und ihrer nâchsten Zersetzungen. In Yirchow's Arch. f pathol. Anat., Bd. XYII, p. 417, 1859. — Voti und Pette.nkofer. In Annal, der Chemie und Pharmacie, Suppl.-Bd. Il, p. 52 et 561, 1862. — Blondeau. Élude chimique du fromage de Roquefort. In Annal, de chimie et de physique, 4' série, t. I p. 208, 1864. — Bkassier. Sur les modiftcalions que le fromage subit en vieillissant. In Annal, de chimie et de physique, i" série, t. V, p. 270, 1865. — Ke.mmericii. Dildung der Milchfette. In Ceniralbl. f. d. med. Wissensch., n" 50, p. 465, 1806. — Ssubotix. Veber den Einfluss der ISahrung auf die quantitative Zusammensetzung der Milch. In Virchow's Arch. f pathol. Anai., Bd. XXXVI, p. 561, 1866. — Kemmebich (Ed.). Beilràge zur Kenntniss der physiologischen Chemie der Milch. In Ceniralbl. f. die medicini-schen Wissensch., n" 27 p. 417. 1867. — KChne. Lehrbuch der physiologischen Chemie, p. 575. Leipzig, 1868, in-8°. —

Voit. Veber die Fettbildung im Thierkôrper. In Zeitschr. f. Biologie, Bd. V, p. 79*1869

Hoppe-Setler (F.). Handbuch der physiol. u. pathologisch-chemischen Analyse', 5. Aufl. p. 560. Berlin, 1870. — Casper u. Limax. Handbuch der gerichtUchen Medicin' ^. Aufl!' 2. Theil, 1871, in-8°. — Pettexkofer und Voit. Ueber die Zersetzungsvorgànge \m Thierkôrper bei Filtterung mit Fleisch. In Zeitschr. f. BioL, Bd. VII, p. 433, 1871. —Des mêmes. Ueber die Zersetzungsvorgànge im Thierkôrper bei Filtterung tnit Fleisch und Fett Iti Zeitschr. f Biologie, Bd. IX, p. 1, 1873. — Ebert. In Bericht der deutschen chemis'chen Gesellschaft in Berlin, Bd. VIII, p. 775, 1875. — KrcHEXMEisTER. Die Feuerbestattunq In Zeitschrift fur Epidemiologie, Bd. II, H. 1, p. 47, 1875. — Kbatter (Jul.), Veber dasVorkommen von Adipocire auf friedhôfen. In Miltheilungen des Yereins der Mr-te in Steier mark fiir das Vereinsjahr 1878, p. 58. - Hofhanx (E.). Zwei aus dem Walser qezoqene menschhche Skelette. Constatirung der Identitât in dem einen, fragliche Identitât lnd«m anderen Falle, nebst Bemerkungen ûber das sogenannte Fettwachs. In Wien med Wnrhen schrift n». 5-7 1879. - Sa.kowskz (Eu. H.). Weitere Beitrdge zur Kenntniss dfr FdulnZ producte des Eiweisses. In Benchte der deutsch. chem. Gesellschaft, XII Jahpo- p 648 1879. - SiEBER (N.). Veber die angebliche Vmwandlung des Eiweisses in Fett beùn Reifen -

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des Boqueforthihes. In Journ. f. prakl. Chenue, Neue Folge, BJ. XXI, p. 203, 1880. — REiNHiRD (II.)- In EIfter Jaliref<bericht des Landex-Medicinal-Collcgium ilber das Mcdiciiialwesen im hôiiigrciche Sac/ise/i auf das Jalir 1879 Leipzig, 1881, in-8'. — Voit ;C- von). Physiologie des allgemcinen Sloff'wechsels und der ErnàJiruiig. In /-. Ilermanii's Uandbuch der Physiologie, Bd. VI. Leipzig, 1881, in-8°. — Kencki. Eiweittskôrper. In Neucs Uandwôrlerhuch der Cheniie, bearb. u. redig. von II. v. Fehiing, Bd. II, p. 1175, 1882. — Voy. encore les Traités de médecine légale, de chimie physiologique, etc. L. H.s.

GR.\SET or GR.\SSET (Yicente). Médecin de Barcelone, y exerçait son art à la liii du dix-huitième siècle et était professeur à l'université de cette ville. En 1785, une épidémie grave de fièvre intermittente ayant éclaté à Urgel et dans plusieurs autres villes de la Catalogne, le conseil de santé de Barcelone le désigna, conjointement avec son collègue Gaspar Balaguer, pour aller étudier et combattre la maladie. Ces deux médecins publièrent l'ouvrage suivant :

Noiieiri de l-i ep/dcniia de tcrcinnos que sr padeeiô en varios pueblos del Urgel y otros parajcs del principndo de Calalitna en el aiio de 1785, etc. Barceïona, 1786, in- 4°.

Graset a encore mis au jour l'opuscule suivant :

Diserlacion sobre la iililidad de los vomitives en nlgunas de las enfermedadex de las mugeres prenadas. Madrid, 1798, in-4° (Mém. de r.\c. de méd. de Darcelone). L. Hn.

GRIS-FOIN'DURE. Nom ancien d'une diarrhée dont les produits contiennent des matières grasses, au départ desquelles on attribuait la rapidité de l'amaigrissement. C'est la dix-huitième espèce de diarrhées de Sauvages [diarrhœa adiposa] ; c'est ]e molten grease des Xnghis. Les matières grasses rendues par les garde-robes, au lieu de venir de l'économie par résorption, comme on le croyait autrefois, sont des produits de la digestion non éliminés. D.

GRASOL'i^ (Jean). Docteur en médecine de l'université deLeyde, membre de l'Académie des Curieux de la Nature, de celle des sciences de Harlem, correspondant de l'Académie royale de chirurgie, pratiquait la médecine à Amsterdam au milieu du dix-huitième siècle. Ses ouvrages, qui sont assez nombreux, annoncent un médecin érudit et un bon observateur (Dezeimeris).

I. Diss. de pldcbolomia. Lugduni Batav., 1720, in-4"'. — II. Exercitatio medico-chirurgtca de scirrho et carcinomate in qua eliam fungi et sarcomata pertractantur. Amstelodami, 1741. in-S". — III. Diss. de generalione piiris, praemio ab Academia regia chirurglca parisiensi anno \'iQ pvoposito condecorala. Amstelodami, 1747, in-S". Edit. nova, en lat. et en holland. Accedit niorbi non salis descripti haclenus brevis delineatio. Hoin, 176i, in-8°. — IV. Van de operatien der heelkonde. Amsterdam, 1748, in-S". — V. De colica piclorum tenlamen; accedit dénatura, sede et origine hydatidum disquisitio. Amstelod., 1752, in-8''. — VI. Tentaminis de colica pictoruin appendh , décadent observaticnum sistens. Amstelodami, 1755, in-8°. Couronné par l'Académie de Harlem. — VII. De jacili luem veneream curandi melhodo. In Journ. britannique, juillet et août 1754, p- 588. — YIII. Autres articles dans divers recueils. L. Un.

GR.4SIIETER (Paul-Fr.-Hermann). Né à Hambourg, étudia la médecine à Gottingue, fut reçu docteur en 1789 et se fixa dans cette ville. L'époque de sa mort nous est inconnue. Les recherches de Grasmever sur le pus et ses caractères distinctifs sont intéressantes. On lui doit en outre une théorie de la génération.

I. Diss. de conceptione et fœcundatione humana. Gottingae, 1789, in-8°. hecus. in Schlegel, Syll. opusc. minor. ad artem obstetr. speetanlium. — H. Supplem. qiiœdam ad dissert, de conceptione. Gottingae, 1789, in-S". — III. Abhandlung vom Eiter und den Mitteln ihn von allen ihm âhnlicken Feuchiigkeiten %u iinterscheiden. Gôttingen, 1790, in-8°.

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