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GRAVEURS

sionnels on a signalé la voussure du dos avec une certaine déformation eu haut et en arrière des épaules.

Le mode de préhension du burin, la pression habituelle du brunissoir, provoquent le développement de callosités et de durillons à la face interne des doigts et de la main. On a remarqué surtout un bourrelet épidermique saillant a l'articulation des deuxième et première phalanges, et parfois la contracture du petit doigt de la main qui tient l'instrument.

La pression de l'instrument à graver, par sa tête sur la paume de la mam, par son manche sur les doigts ; la pression du bord externe de la main sur les planches ou les objets ou )a table à graver; le contact habituel des extrémités supérieures sur les plaques froides de métal et le travail exécuté presque constamment avec les mains placées verticalement, les deux coudes appuyés fortement sur la table et le corps penché en avant : telles sont, selon Vernois, les causes qu'il faut invoquer pour expliquer la présence fréquente de durillons aux phalanges du pouce et de l'index des deux mains, de durillon et de bourse séreuse accidentelle à chaque coude, la subluxation habituelle eu arrière du pouce gauche, le spasme fonctionnel des doigts, l'anesthésie fréquente de la peau des mains et des avant-bras et quelquefois la disposition en griffe des doigts de la main droite avec atrophie des muscles interosseux, toutes affections que l'on rencontre chez les ouvriers graveurs.

Indépendamment de ces conséquences du mouvement professionnel, certains matériaux employés dans la gravure sont, à leur tour, cause d'inconvénients sérieux. Ainsi, dans la gravure à l'eau-forte, les ouvriers sont exposés à l'action des acides sur la peau des mains et des doigts et à celle des vapeurs nitreuses sur les voies respiratoires. Il peut en résulter des accidents analogues à ceux déjà signalés aux articles Bijoutiers et Derochage.

D'autres accidents qui consistent : en céphalalgie, légers troubles des sens, dyspepsie et coliques, doivent être attribués aux vapeurs de l'essence de térébenthine dont les ouvriers graveurs sur métaux se servent habituellement pour appliquer les divers enduits.

Dans la gravure sur verre, on se sert de l'acide fluorhydrique à cause de la facilité avec laquelle cet acide attaque le verre. Mais c'est là un poison trèsviolent et dont la manipulation est on ne peut plus dangereuse. A l'état d'acide aqueux, il détermine par son contact avec la peau des ulcérations très-douloureuses ; quand on s'en sert pour la gravure, il rougit et brùle le plus souvent l'extrémité des doigts.

A l'état gazeux, c'est-à-dire tel qu'on l'emploie pour la gravure quand il se dégage d'un mélange de spath fluor et d'acide sulfurique légèrement chauffé, il peut provoquer des inflammations très-vives des organes oculaires, du coryza intense, et par son action corrosive sur les voies respiratoires une bronchite spasmodique suffocante analogue à celle que détermine l'inhalation des vapeurs hypoazotiques. Un pareil agent ne doit être manipulé qu'avec les plus grandes précautions. On conseillera aux ouvriers qui s'en servent à l'état liquide de faire usage de gants préservateurs ou tout au moins de doigts de gants en caoutchouc. Une ventilation des plus énergiques sera dirigée sur la table de travail. Dans tous les cas, les opérations qui en nécessitent l'emploi ne devraient se faire que sous une hotte fortement aspiratrice ; et ce qu'il y a de mieux encore, c'est de faire usage d'un appareil vitré clos, et muni d'ouvertures pour le passage des avant-bras. Alexandre Layet.

GRAVIT ATlOi\. Le mot gravitation n'a pas un sens absolument bien déterminé : tantôt il signifie la cause qui fait tomber les corps vers le centre delà terre, tantôt il signifie la cause en vertu de laquelle, d'une manière générale, les corps tendent ta se porter les uns vers les autres ; dans ce dernier sens ce mot a la même signification que l'expression d'attraction universelle ; dans le premier sens, il ne diffère pas, au fond, du mot pesanteur. Il n'y a, d'ailleurs, aucun inconvénient à ce double emploi du mot gravitation, car il est bien démontré que l'attraction universelle et la pesanteur ne sont que des manifestations d'une même cause agissant dans des circonstances différentes; la pesanteur est un cas particulier de Y attraction universelle.

La clmte des corps suivant la verticale de chaque lieu, en général (en appelant verticale la direction de la ligne qui, en chaque point du globe, passe par le centre de la terre), la position i[ue prend le fil à plomb suivant cette même direction, la nature de la surface des eaux tranquilles, prouvent que les corps qui sont dans le voisinage de notre globe se comportent comme s'ils étaient soumis à une force attractive émanant du centre du sphéroïde terrestre; cette force constante pour un même corps en un même point est proportionnelle à la masse du corps; elle varie avec le lieu de l'observation, et des mesures prises à diverses altitudes ou à diverses latitudes, c'est-à-dire à des distances différentes du centre de la terre (la méridienne étant, non des cercles, mais des ellipses aplaties), on peut conclure qu'elle est inversement proportionnelle au carré de la distance.

Il importe de remarquer que, pour un corps donné, cette force qui est le yoids du corps n'est pas une force élémentaire, mais qu'elle est une résultante : en réduisant le corps en fragments aussi petits qu'on le veut, en le pulvérisant, en le porphyrisant, on reconnaît que chaque fragment, chaque particule est pesante, que par suite le poids du corps est la résultante, la somme dans ce cas particulier, des poids de chaque particule, de chaque molécule.

Le centre géométrique de la terre, au point de vue matériel, ne présente peut-être aucune particularité spéciale ; peut-être est-il matériellement variable, si la masse interne est en fusion, comme on le suppose généralement. 11 est peu probable, à priori, qu'il soit réellement l'origine de la pesanteur, de la gravitation terrestre. Des observations et des expériences diverses que nous allons rapidement résumer montrent en effet que cette propriété attractive appartient à toutes les parties du globe terrestre, à toutes les masses matérielles que nous pouvons étudier.

A la suite d'observations faites d'abord en Ecosse par Maskelyne et répétées depuis dans d'autres pays, on a reconnu que dans le voisinage dtfs montagnes le fil à plomb ne prend pas la direction de la verticale, qu'il subit une déviation. Cette observation exige une méthode spéciale de mesure : on ne peut en effet comparer la direction du fil à plomb à aucun phénomène mécanique terrestre, car celui-ci serait influencé par les mêmes causes que le fil à plomb et ne pourrait servir à mettre en évidence ses perturbations. On mesure les angles que font les directions de deux fils aplomb placés l'un au sud et l'autre au nord de la montagne avec les rayons lumineux aboutissant à une même étoile, rayons que l'on peut considérer comme parallèles. Ces angles auraient une différence égale à la différence des latitudes (les deux stations étant supposées sur le même méridien), si les fils à plomb étaient dirigés vers le centre de la terre; cette condition n'est pas réalisée, et des nombres observés on déduit que les deux

fils à plomb sont déviés de la verticale, qu'ils sont déviés en sens contraire, se rapprochant l'un et l'antre de la montagne. Autrement, la direction de chaque fil à plomb dénote l'existence d'une force qui n'est pas dirigée vers le centre de la terre, mais que Ton peut considérer comme la résultante d'une force verticale, la pesanteur, et d'une force horizontale que l'on explique naturellement par une attraction émanée de la montagne.

Ainsi, ce n'est pas le centre de la terre agissant comme point isolé qui est l'origine de l'attraction terrestre, ce n'est pas non plus le globe terrestre dans son entier; la force attractive réside également dans une partie du globe terrestre, dans les montagnes qui ont aussi une action spéciale qui s'ajoute à l'aclion du centre du sphéroïde terrestre.

Il est facile de prévoir que l'action ne saurait être localisée dans les montagnes pas plus que dans le centre de la terre et que ces montagnes n'agissent que comme masses matérielles de très-grandes dimensions : dès lors d'autres masses matérielles quelconques doivent agir attractivement, mais avec d'autant moins d'intensité que ces masses seront plus petites. C'est précisément la petitesse de ces actions et, par suite, celle des effets qu'elles peuvent produire, qui les rendent très-difficiles à mettre en évidence. Cavendish y est arrivé cependant à l'aide de l'appareil qui porte son nom : la balance de Caveiidisli. Deux boules d'ivoire sont placées aux extrémités d'une tige horizontale très-légère suspendue en son milieu par un fil métallique long et de faible section, susceptible de se tordre d'une manière appréciable sous l'influence d'un faible couple de torsion. Le levier, abandonné à lui-même, prend une position d'équilibre qui correspond à une torsion nulle du fil.. Si alors dans le voisinage de ces boules d'ivoire on place deux grosses sphères de plomb disposées de manière que leurs actions soient concourantes, on reconnaît que la tige mobile est déviée, indiquant une attraction de chaque masse de plomb sur la boule d'ivoire correspondante : ces forces attractives sont très-minimes, mais elles agissent à l'extrémité d'un long bras de levier ; le couple qu'elles constituent n'est pas né^'liffeable et sufflt à produire une torsion appréciable.

Ces expériences ont été répétées par MM. Cornu et Baille, qui ont pu en déduire certaines valeurs numériques sur lesquelles il est inutile d'insister ici.

Ainsi, comme on pouvait le supposer d'après les remarques faites précédemment, l'attraction n'émane spécialement ni du centre de la terre, ni du alobe terrestre dans son entier, ni des montagnes, elle émane d'une partie quelconque de la matière, elle émane de chaque molécule de matière. Les montao-nes et le globe terrestre n'ont d'action que parce qu'ils sont constitués de molécules matérielles, et les attractions qu'ils exercent sont les résultantes des attractions exercées par chacune des molécules qui les constituent.

On démontre en mécanique, et ce n'est pas ici le lieu d'insister, le théorème suivant :

La résultante des actions exercées par tous les points d'une sphère ou d'un ellipsoïde sur un point extérieur, lorsque les actions élémentaires sont proportionnelles aux masses et en raison inverse du carré des distances, est la même que si la masse entière de la sphère ou de l'ellipsoïde était réunie en son centre.

Ce théorème montre pourquoi la pesanteur qui est la résultante des actions exercées par toutes les molécules du sphéroïde terrestre sur chaque corps est constamment dirigée vers son centre et pourquoi elle varie, comme les actions

élémentaires, proportionnellement à la masse du corps et en raison inverse du carré de sa distance au centre de la terre.

Nous pouvons alors donner la définition du poids d'un corps :

Le poids d'un corps est la résultante de toutes les actions attractives exercées par toutes les molécules de la terre sur chacune des molécules de ce corps.

Une question se présente naturellement après que l'on a constaté l'existence de cette attraction exercée de molécule à molécule ; cette attraction est-elle la même cause qui constitue la cohésion ? il est impossible de répondre à cette question. Les actions exercées entre les molécules et qui ont pour effet de produire la cohésion agissent à des distances infiniment petites, aux distances qui séparent les molécules d'un corps. Les expériences, les observations relatives à l'attraction, à la gravitation, au contraire, correspondent à des distances trèsgrandes ou finies, et n'ont jamais été faites pour des dislances infiniment petites; or, on le sait, il faut se garder soigneusement d'étendre au delà des limites des expériences les résultats fournis par ces expériences. Il serait donc téméraire de vouloir conclure à une analogie entre la gravitation et la cohésion.

Si l'on était assuré de la nature de l'attraction, de sa véritable origine, si l'on savait qu'elle est réellement une force ayant sa raison d'être, sa cause en chaque molécule même, on pourrait être plus affirmatif, car on ne verrait pas bien pourquoi les propriétés d'une molécule (et le fait d'être une cause directe d'attraction est une propriété) seraient modifiées par le voisinage plus ou moins rapproché d'une ou de plusieurs autres molécules. Mais si, au point de vue de la mécanique rationnelle, les choses se passent comme si chaque molécule était la cause première de l'action exercée sur une autre molécule, on est fort éloigné d'être assuré qu'il en est réellement ainsi : par exemple, l'attraction pourrait être le résultat de l'action du milieu ambiant perturbé par la présence de la molécule attirée et par celle de la molécule attirante, et alors on peut imaginer que les actions obéiront à des lois très-différentes suivant que les molécules considérées seront éloignées ou, au contraire, infiniment rapprochées.

Les mouvements des astres dans les espaces célestes, malgré leur apparence compliquée, peuvent être ramenés avec une assez grande approximation à une véritable simplicité : ils obéissent à des lois que Kepler a trouvées et dont elles portent le nom, lois qu'il est inutile d'énoncer.

Kepler résolut le problème de ces mouvements au point de vue cinématique ; mais Newton compléta la solution en traitant la question dynamique. 11 montra que les lois de Kepler peuvent s'expliquer par l'hypothèse de l'existence de forces faciles à définir : tout se passe, a-t-il dit, comme s'il existait entre les astres et le soleil des forces attractives proportionnelles aux masses et inversement proportionnelles aux carrés des distances.

En réalité, les courbes décrites par les planètes ou par leurs satellites ne sont pas aussi simples que l'indiquent les lois de Kepler. Mais c'est que, aussi, il n'y a pas à tenir compte seulement de l'attraction exercée par le soleil sur un astre déterminé, mais bien des attractions exercées sur cet astre par le soleil et par tous les autres astres. Or, ce qui vient à l'appui de l'hypothèse de Newton généralisée, c'est que, si l'on suppose que toutes ces attractions obéissent aux lois précédemment indiquées comme existant entre le soleil et les planètes, on parvient à rendre compte de tous les mouvements effectivement observés, on parvient, on le sait, à prédire toutes les particularités de leur trajectoire plusieurs années à l'avance.

On peut donc dire, avec Newton, que les mouvements des astres ont heu comme s'il existait entre eux une attraction dont l'intensité varierait pi-oportionnellement aux masses et en raison inverse des carrés des distances : c'est là Vattraction universelle.

Ainsi, d'une part, les attractions qui se manifestent sur la terre entre les corps matériels agissant à distance et des attractions que l'on suppose exister entre les astres obéissent aux mêmes lois. Ne serait-ce pas dès lors des manifestations d'une même cause produisant des effets différents seulement parce que les conditions ne sont pas les mêmes? Pour s'assurer qu'il en est ainsi il suffit évidemment de chercher si ces deux causes agissant dans les mêmes conditions produiraient le même effet : si oui, il y a identité de cause, au moins avec une extrême probabilité; si non, l'identité ne pourrait être admise.

Newton a précisément vérifié que les deux causes produiraient le même effet

dans les mêmes conditions : on connaît l'accélération communiquée à un corps

par la pesanteur à la surface de la terre, elle est représentée à Paris par le

nombre 9'", 8088. En supposant que cette attraction obéisse aux mêmes lois

jusqu'à des distances très-éloignées, on peut calculer quelle serait la valeur de

l'attraction exercée par la pesanteur sur un corps placé à la distance où se

trouve la lune et quelle serait la valeur de l'accélération acquise par ce corps.

La distance moyenne de la lune au centre de la terre étant de 60 fois le rayon

9™, 8088 terrestre, cette accélération sera égale à — ^r?:^ — =;0°',0027.

Mais d'autre part, connaissant le mouvement de la lune, on en peut déduire des valeurs de l'accélération centripète due à l'action attractive de notre planète

sur son satellite : si l'on fait le calcul (d'après la formule connue -fpj- ), on

trouve précisément pour cette accélération centripète le nombre 0™,0027, le môme que celui obtenu précédemment, c'est-à-dire que l'action de la pesanteur supposée appliquée à un corps situé à la distance où est la lune produit précisément le même effet que celui que, en vertu de l'attraction universelle, notre planète produit sur son satellite. Comme nous l'avons dit, il y a donc une probabilité très-grande que la pesanteur n'est qu'un cas particulier de l'attraction universelle : cette idée est d'ailleurs corroborée par toutes les recherches qui nous apprennent que, en réalité, la terre ne diffère en rien des autres planètes et que les propriétés générales doivent être partout les mêmes.

Il resterait une question à résoudre, question que nous avons indiquée déjà : l'attraction de la matière par la matière est un fait indéniable ; quelle en est la cause? existe-t-il réellement des forces attractives émanant de chaque corps et agissant à distance sur les autres corps? ou bien ces actions doivent-elles s'expliquer par d'autres causes ayant leur point de départ dans le milieu ambiant? les physiciens ont maintenant une tendance à rejeter les actions à distance : il nous semble qu'ils n'ont pas lort. On a fait diverses hypothèses pour expliquer l'attraction, la gravitation, en supposant cette notion, mais aucune ne nous paraît appuyée sur des preuves assez convaincantes pour que nous croyons devoir nous y arrêter. Nous terminerons en laissant dans le doute la réponse à cette question, réponse dont heureusement il n'est pas besoin de connaître le sens pour pouvoir faire des expériences et des observations sur ce sujet.

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