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GRÊLE

plus vite, peuvent heurter ceux dont la vitesse est un peu moindre, les briser en se brisant eux-mêmes, ce qui produit ces morceaux de glace irréguliers constamment signales dans les grêles exceptionnelles.

11 est aisé de voir d'après cela que la chute de la grêle commence le phénomène et qu'il ne dure que le temps qu'il faut aux gréions pour traverser la couche qui les produit, c'est-à-dire à peine quelques minutes.

Si les températures sont extrêmement basses, il peut arriver que toute l'eau se précipite sous forme de grêle, alors le ciel s'éclaircira ; c'est précisément ce qui arrive après les chutes de grêle principales. Mais si, ce qui arrive souvent, les nuages glacés sont moins importants que les nuages chargés de globules d'eau, il ne tombe que de la pluie dans les plaines basses.

On voit également que la glace formée dans les nuages arrive le plus souvent à l'état de pluie froide dans nos plaines, mais que sur des plateaux de 2000 ou de 3000 mètres de hauteur on recevra de la grêle.

Tous les habitants des plaines qui avoisinent les montagnes savent qu'fmmédiatement après les grandes pluies ou les orages ces montagnes apparaissent toutes blanches ; ce n'est généralement pas de la neige qu'elles ont reçue, mais de la grêle et surtout du grésil ou grêle légère qui s'agglomère promplement et qu'on ne distingue plus de la neige après quelques jours.

La grêle ne tombe que quand le décroissement de la température dans la verticale est très-rapide et quand les nuages inférieurs contiennent beaucoup d'eau ; en hiver, il y a trop peu d'eau dans chaque mètre cube de nuages et on n'a alors que du grésil ou de la neige; de plus, le phénomène ne se produit que quand le baromètre est bas et vers le minimum barométrique. On voit ainsi pourquoi la grêle se produit en été, plutôt au commencement qu'à la tin, pendant que les couches supérieures sont encore très-froides et que l'insolation est la plus forte, au moment de la plus grande chaleur diurne. Aussi grèle-t-il trèspeu pendant la nuit.

Les montagnes ont une influence très-grande sur la chute de la grêle, non pas qu'elles aident beaucoup à sa production, mais nous avons vu qu'on a d'autant plus de chance de recevoir de la grêle qu'on est moins éloigné des nuages producteurs du phénomène. Ensuite, si le vent se précipite vers le point oij le baromètre est le plus bas, ce point se déplace rapidement au milieu des plaines, les montagnes ont précisément pour effet d'arrêter l'air et de retarder beaucoup la progression de l'orage; c'est surtout quand les montagnes offrent un angle ou une concavité au vent orageux que les chutes de pluie ou de grêle ont leur maximum. Quand au contraire une montagne isolée se trouve sur le passage d'une nuée orageuse, elle la partage; il se produit alors de l'orage et de la grêle des deux côtés de la montagne et la partie protégée du vent est aussi garantie de la grêle et de l'orage : c'est ce qu'on voit autour du Morvan.

La grêle, dans sa chute, frappe des zones droites, longues et étroites, qui montrent la connexion de ce phénomène avec les cirrus. Ces bandes n'ont souvent que quelques centaines de mètres de largeur, quelquefois plusieurs kilomètres, leur largeur dépasse rarement 10 kilomètres ; mais la célèbre grêle du 13 juillet 1788 a traversé toute la France du sud-ouest au nord-est, en deux bandes parallèles de plusieurs kilomètres chacune, en faisant un énorme ravage.

On a souvent avancé que les forêts avaient une influence sur les chutes de grêle ; cette opinion ne repose sur rien ; il y a des localités beaucoup plus exposées que d'autres aux ravages de la grêle, mais cela tient à la forme du sol. Si

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dans les plaines on remarque des irrégularités, cela lient à l'irrégularité et au peu de fréquence du phénomène lui-même. En effet, il ne tombe guère que trois fois par an de la grêle aux environs de Paris ; les grêles désastreuses assez fréquentes, dans une certaine étendue, sont très-rares dans chaque localité isolément.

La grêle suit dans sa chute la direction des vents pluvieux dominants, et surtout celle de la propagation des cyclones ou mouvements tournants de l'atmosphère, c'est-à-dire qu'elle vient du sud-ouest ou de l'ouest-sud-ouest, dans k plus grande partie de la France.

Le volume des grêlons n'est généralement que de 5 à 10 millimètres de diamètre; quand ils dépassent un peu ce chiffre, ils font des dégâts aux légumes et aux jeunes fruits; s'ils atteignent le volume d'une noix, c'est-à-dire 5 ou 4 centimètres de diamètre, ils peuvent, s'ils sont abondants, produire des dégâts assez considérables dans les vignobles et les champs de blé ; au delà de ces dimensions, les désastres deviennent graves ; des grêlons de 4 à 5 centimètres détruisent les fruits, brisent des branches, ou au moins leur enlèvent l'écorce, hachent les céréales sur pied, brisent les ardoises et même les tuiles, les vitres aux maisons, etc. Au delà de 5 centimètres de diamètre, les grêlons ne sont pas circulaires, mais ils affectent la forme de morceaux brisés.

Voici un tableau qui indique le poids des grêlons, d'après la valeur de la sphère qu'ils représentent ; la glace est plus légère que l'eau, puisqu'elle flotte sur les rivières, elle n'en pèse que les O/IO*".

Poids Diamètre. en grammes.

1 centimètre O.a

On a cité quelquefois des grêlons énormes, mais, sans s'arrêter à des récits difficiles à croire, voici ce qu'on sait de certain sur les plus gros grêlons authentiquement mesurés ou pesés.

Parent a vu tomber, le 13 mai 1703, à Illiers (Eure-et-Loir), ;des grêlons gros comme le poing (500 à 550 grammes).

Volta rapporte qu'il tomba à Como, en Italie, le 20 août 1787, des grêlons de 275 grammes.

Tessier en pesa d'une demi-livre, dans la grêle du 15 juillet 1788.

Enfin, M. Nouel, professeur de physique au Lycée de Vendôme, cite un grêlon de 301 grammes, tombé à Yilliers, près Vendôme, le 15 juillet 1882, et un autre de 412 grammes, ramassé à Fontaine, commune de Pezou (10 kilomètres au nord-est de Vendôme), dans le même orage. Dans cette dernière localité et dans tous les environs, notamment à la gare de Saint-Hilaire la Gravelle, il y a eu des dégâts considérables, vitres et ardoises brisées, arbres hachés, récoltes entièrement perdues. E. Renod.

GRÉMiL. Lithospermum L. Genre de plantes Dicotylédones, appartenant à la lamille des Borraginées.

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Ce sont des plantes couvertes de poils rudes, à feuilles toutes caulinaires, à grappes feuillées, allongées ù la maturité. Les fleuis ont un calice à 5 divisions ; une corolle infundibulil'orme, presque re'gulière, à o lobes obtus, à gorge nue ou marquée de 5 gibbosités alternant avec les 5 étamines ; un ovaire quadrilobé, surmonté d'un stigmate capité. Le fruit est formé de nucules durs, pierreux, tronqués et imperforés à la base, placés dans le fond du calice.

La plante intéressante dans ce groupe est le Lithospermum officinale \j., qui porte plus particulièrement le nom de Grémil ou Herbe aux perles. C'est une plante à souche épaisse, émettant plusieurs liges herbacées de 50 à 70 centimètres de haut, paniculées, garnies de feuilles sessiles, oblongu'js, lancéolées, aiguës. Les grappes de Heurs sont nombreuses : les unes axillaires, les autres terminales ; les corolles sont blanchâtres, petites, courtement pédouculées. Les fruits sont formés de 4 nucules blancs, lisses et luisants : d'où Je nom à'Herbe aux perles donné à la plante.

Le Grémil croît le long des chemins dans les régions tempérées de l'Europe. On attribuait jadis à ses nucules les propriétés diurétiques et aussi le pouvoir de dissoudre et de désagréger les calculs dans la vessie. Aujourd'hui ces fruits sont complètement inusités. Pl.

Bibliographie. — Linné. Gênera, 181; Species, 189. — Lamarck. Encyclopédie, Dict., IIl, p. 28. — De Candolle. Flore française, 2712. — Grekier et Godro.n. flore de France, 11, p. 517. — GuiuOL'RT. Drogues simples, 7' édit., If, 519. Pl.

GRE1\ (Friedrich-âlbert-C.vrl). Médecin et chimiste allemand, vint ait monde à Bernburg, le i"^^"" mai 1760. Il s'occupa tout d'abord de pharmacie à Erfurt de 1796 à 1782, puis étudia la médecine à Halle et y prit le bonnet de docteur en médecine et en philosophie. En 1786 il y devint professeur extraordinaire de chimie et de médecine, deux ans après professeur ordinaire. U mourut à Halle le 26 novembre 1798.

Gren a laissé la réputation non-seulement d'un chimiste habile, mais encore celle d'un excellent praticien et d'un professeur distingué. Mais son plus grand mérite est d'avoir combattu à outrance le système du phlogistique. Dès l'âge de trente-huit ans il jouissait d'une réputation égale en Allemagne et en France. C'est Gren qui a fondé en 1790 le Journal cler Physik^ que Gilbert rédigea après sa mort sous le titre de Annalen der Physik.

Nous mentionnerons de Gren :

1. Betrachtungen ûber die Gàhrung und die dadiirch erhaltene Producte. Halle, 1784, in-S" (publié sous le pseudonyme de Jaspeu von Pirch). — II. diss. inaug. Observadones et expérimenta circa genesin aeris fixi et pldogisticati. Halae, 1786, in-8°. — 111. Systematisches Handbuch der gesammten Chemie. Halle, 1787-1790, 2 vol. in-S"; 2. Aufl., ibid-, 1794, in-S". — IV. Grundriss der Naturlehre. Halle, 1787, in-S"; 2. Aufl., 1793, in-8°; 5. Aufl. von E. G. Fischer, 1808, in-8°. — V. Grundriss der Pharmacologie. Halle, 1790. 2 vol. in-8°. — VI. Handbuch der Pharmacologie. Halle, 1791-1792, 2 vol. in-S»; 5. Aufl. von Bernhardi u. CuchoLz. Halle, 1813-1815, in-8*. — VII. Grundriss der Chemie. Halle. 1796, in-8°. —VIII. Un grand nombre d'articles dans son journal, dans Crell's Annalen et Crell's Beitràge. L. Hs.

GREIMADE (iVouvelle-). Undes États de la Co/o??i&<(? (î;oî/. ce mot). D.

GBEXADE. Yoy. Grenadier.

GREIMADIER. GREXADE § I. Botanique {Punica T.). Genre de

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plantes dont le nom a été donné à une famille des Granatées ou Punicées par la plupart des auteurs, et qui a été aussi rapporté, comme tribu distincte ou comme type anormal, aux Lythrariacées ou, plus souvent, aux Myrtacées. C'est cette dernière opinion, déjà fort ancienne, que nous avons adoptée, en faisant des Grenadiers une série de la famille des Myrtacées. Les fleurs des Grenadiers sont hermaphrodites et régulières, avec un réceptacle concave, obconique ou â peu près, dont le fond est rempli par l'ovaire adné, pendant que le bord porte le périanthe. Celui-ci est formé de quatre à huit sépales, colorés comme le réceptacle, et comme lui coriaces, épais, valvaires, persistants, et d'un même nombre de pétales iilternes, insérés dans l'intervalle des sépales, membraneux, corrugués, imbriqués dans le bouton. Les étamines sont en très-grand nombre, et elles s'insèrent à différents niveaux sur presque toute la surface interne du tube que le réceptacle forme au-dessus de l'ovaire. Chacune d'elles est formée d'un filet grêle, d'abord incurvé, et d'une petite anthère biloculaire, introrse, versatile et déhiscente par deux fentes longitudinales. L'ovaire infère est surmonté d'un style qui, d'abord flexueiix, renflé en cône à sa base, se termine par une tête chargée de papilles stigmatiques. Il y a dans l'ovaire deux étages de loges superposés ; celles de l'étage supérieur, au nombre de cinq, ont leur placenta pariétal, et celles de l'étage inférieur, au nombre de trois ou plus rarement de cinq, l'ont dans leur angle interne. Les ovules sont, sur chaque placenta, nombreux, multisériés, anatropes. Le fruit est une baie coriace et cortiquée, surmontée du calice persistant et divisée par des cloisons membraneuses en un nombre variable de loges irrégulières et polyspermes. Les graines, sessiles ou supportées par un funicule mou, se compriment entre elles; ce qui déforme leur tégument extérieur, épais, charnu, pulpeux, et qui est la seule portion comestible. Plus extérieurement se trouve un tégument très-dur. L'embryon, dépourvu d'albumen, a une courte radicule et deux larges cotylédons foliacés, auriculés à la base, enroulés l'un sur l'autre en spirale, comme celui d'un grand nombre de Combrétacées. Les Grenadiers, dont on a décrit plusieurs espèces, mais dont il n'y a probablement qu'une seule, sont des arbustes de l'Afrique boréale et, dit-on, de l'Asie occidentale, introduits dans les régions chaudes et tempérées du monde presque entier. Leurs rameaux, parfois épineux, sont chargés de feuilles alternes ou presque opposées, ou fasciculées au niveau des nœuds, obovales-oblongues, entières, penninerves, sans stipules. Leurs fleurs sont axillaires, solitaires, ou groupées en cymes paucitlores, avec de courts pédicelles.

Le Grenadier commun, Miouganier ou Balaustier, Puiiica Granatwn L., dont les P. grandiflora, nana, sylvestris, alba et flora, ne sont que des formes ou variétés, est un arbuste de taille moyenne, dont le fruit est la Grenade ou Pomme de Grenade. On mange dans ce fruit le tégument extérieur delà graine, qui est épais, à facettes, pulpeux, charnu, turgide, sucré, aigrelet, rosé ou blanc. On en prépare des boissons rafraîchissantes, surtout dans le Midi ; elles s'administrent aux fébricitants. On en fait également un sirop. Les autres parties de la plante sont très-astringentes : le péricarpe d'abord (y compris le réceptacle), qui est le Malicorium et sert à tanner et à faire de l'encre. L'écorce de la tige, les boutons et les fleurs, ou Balaustes, étaient aussi très-usités comme astringents. La racine est plutôt recherchée comme ténifuge. On emploie presque uniquement son écorce, dont nous avons donné une figure ^^fig. 2846) dans notre Traité de botanique médicale phanerogamique. Elle se présente en rameaux de longueur variable d'un gris cendré plus ou moins jaunâtre en dehors, jaune

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en dedans, non fibreux, cassants, d'une saveur astringente, mais non amère, comme celle du buis avec laquelle on l'a parfois falsifiée. Coupée en travers, elle présente extérieurement un nombre variable d'assises de phytocystes subéreux, de forme irrégulièrement rectangulaire, à paroi brune et sècbe. Les plus intérieurs ont les parois moins foncées ; ils sont souvent plus petits, vu qu'ils se trouvent en voie de segmentation. Le parenchyme qu'on observe ensuite est formé d'éléments plus irréguliers, à paroi moins sinueuse et claire. Plus intérieurement se trouve le liber, séparé en bandes longues et étroites par des rayons médullaires généralement formés d'une seule série de phytocystes à section rectangulaire. Les phytocystes libériens renferment pour la plupart des masses mamelonnées d'oxalate de chaux. H. Bn.

BiBLioGRAPniE. — T., I/ist. Bei heih., 656, t. 401. — L., Gen., n. 618. — J., Gen., 325. — G.EETx., Fruct., I, 183, t. 38. — Lamk., ///., t. 415. — Payer, Organogr., 465, t. 99. — Gi'iB., drog. simpl., éd. 7, III, 280. — FlIck. et Hanb., Pharmacogr., 257. — Berg et Schm., Darst. o(f. Gen., t. 3, a b. — Bexth. et Trim., Med. pi. — Rosexth., Synops. Plant, diaphor., 942. — H. Bx., in Payer Fam. nat., 371; Hist. des pi., VI, 550, 534, 578, fig. 534-358; Tr. Bot. viéd. phanér., 1023. H. Bx.

§ W. .Hatièrc .>Ii'<lieale et Thérapentlque. ÉCORCE. L'usage de Vécorce de racine de grenadier en tant que vermifuge semble venu primitivement de l'Inde, comme peut-être l'arbuste lui-même, malgré son nom'. Dioscoride, le premier, parle de son emploi; Pline, Celse, semblent répéter leur prédécesseur; mais depuis Marcellus Empiricus, au quatrième siècle, ce médicament était tombé dans l'oiibli.

Buchanan, médecin anglais de Calcutta, rappela à l'Europe l'usage que les Indous font de cette racine contre le taenia depuis un temps immémorial. Le docteur Flemming, Burt, Breton, médecins anglais, Gomès (de Lisbonne), en essayèrent l'emploi avec succès. Le docteur Mérat traduisit en français le mémoire de Gomès à ce sujet et fit connaître en France (en 1825) ce mode d'expulser le tœnia. L'usage s'en est aujourd'hui fort répandu dans toute l'Europe, parce qu'effectivement le succès de son emploi est certain, pourvu toutefois que l'on se place dans des conditions favorables.

La racine de grenadier, décrite plus haut, est plus active que le bois, et c'est elle que on emploie exclusivement comme ténifuge.

Elle contient du tannin, de l'acide gallique, de la mannite ou du moins une substance sucrée, cristalline, s'en rapprochant, nommée grenadine par Latour de Tie, une substance acre nommée punicine par G. Righini, de l'amidon, et enfin plusieurs principes actifs, alcaloïdes nommés par M. Tanret, qui les a découverts depuis peu : Pelletiérine, Isopelletiérine, Pseudopelletiérine et Méthylpelletiérine.

Falsification. On lui a substitué parfois, dit-on, l'écorce de racine de huis, celle d'épine-vineite, celle de mûrier, celle de myrte, mais ces substitutions ne peuvent guère tromper que le vulgaire. L'écorce de racine de grenadier, en effet, outre les caractères assignés plus haut, c'est-à-dire sa couleur plus ou moins fauve en dehors, est jaune terne en dedans, d'une épaisseur variable de 1 à

* Le rimmôn des Hébreux et des Chaldéens était le pui des Grecs, le malus punica des Romains. Le grenadier était appelé Punica parce qu'on le croyait des environs de Carlhage; il compte au nombre des arbres caractéristiques de la région raéditerranéenue, mais la pomme grenade était un des sept fruits de la Terre promise.

GRENADIER (TiiÉRAPEniiQUE). 615

5 millimètres environ. Sa cassure est nette, jaune fauve très-clair. Elle tache le papier en jaune et cette tache bleuit par le sulfate de fer. Son macéré est brun foncé, astringent, peu amer, il précipite très-abondamment par la gélatine; par l'acétate de plomb, il donne un précipité jaune en se décolorant. Le sulfate ferriijue y produit une coloration noire intense. L'écorce de racine de buis est crevassée en long, d'une blanc jaunâtre sale, araère, peu astringente; elle colore à peine la salive, son infusion ne précipite pas par les sels de fer au maximum. L'écorce d'épine-rinettc est très-mince, grise en dehors, brune dans sa tranche et d'un jaune d'or en dedans. Elle est amère, fibreuse, colore la salive en jaune clair. Son infusé n'est précipité ni par la gélatine, ni par le sulfate de fer. L'écorce de mûrier est jaune fauve avec un reflet rougeâtre, tenace, fibreuse, d'odeur fade, mucilagineuse ; mise à macérer dans l'eau, elle la colore en rouge. La liqueur acide au tournesol précipite en jaunâtre par le bichlorure de mercure. Enfin, l'écorce de racine de myrte se leconnaî trait facilement à sa couleur brune rouge à l'intérieur.

La substitution de l'écorce du tronc et des branches à celle des racines est beaucoup plus fréquente, nous dirons même presque habituelle. Elle demande une bien plus grande attention pour être reconnue. Parmi les pharmacologistes qui ont traité ce sujet, les uns n'ont attaché aucune importance à cette substitution, d'autres ont même décrit l'écorce du tronc ou des branches pour celle des racines, les plus récents se sont occupés de cette détermination. Le professeur Cauvet a le premier formulé de véritables caractères distinclifs, mais c'est dans la deuxième édition de ses Éléments d'histoire naturelle médicale surtout qu'il a traité cette question avec succès *.

Sans répéter les caractères extérieurs de l'écorce de racine, il n'est pas inutile de faire remarquer que dans aucun cas celle-ci ne porte la moindre trace des lichens, quelquefois très-dévelojipés, qui recouvrent souvent les écorces dites de Portugal. Comme les très-jeunes branches, les très-vieux rameaux chétifs ou les troncs peu vigoureux peuvent présenter le même caractère négatif qui ne suffit plus alors, et le microscope seul peut venir à notre aide pour cette distinction.

Sur une coupe d'écorce de racine d'âge moyen nous rencontrons : 1° un suber épais, brun, à cellules allongées tangentiellement, les plus extérieures déformées; 2" un parenchyme à cellules quadrilatérales ou inégales, un peu plus épaisses que celles du suber, par places des amas de cellules à contenu granuleux et quelques autres cellules solitaires contenant une masse cristalline arrondie d'oxalate de chaux en màcles ; 5" un liber formé d'éléments à parois minces, à sections subarrondies, les plus grandes, externes; deux sortes de cellules, les unes translucides à fécule, les autres sombres, presque noires, à masses cristallines, juxtaposées dans un même faisceau et formant parfois des séries de faisceau à faisceau. Cette alternance de zones concentriques, translucides et granuleuses, caractérise l'écorce des racines comme celle des tiges; 4" des rayons médullaires formant près du bois des séries simples de cellules, d'abord à peu près carrées, puis, vers la périphérie, élargies tangentiellement, puis devenant doubles, triples, quadruples, pour venir se confondre dans le parenchyme. Les faisceaux libériens présentent naturellement une forme inverse pointue ; leur ensemble figure une rose des vents.

* Voy. pour de plus longs détails sur ce travail de M. Cauvet son article Sur l'écorce de racine de grenadier du commerce, inséré dans le Bull, de la Soc. botanique de France, 1877, nM, p. 20.

616 GRENADIER (Thérapeutique).

En outre, la zone génératrice est étroite, de trois à six rangées de cellules. Lécorce de la tige présente les mêmes éléments sur les très-jeunes branches, mais bientôt, les couches extérieures disparaissant en partie, la zone subéreuse devient nulle ou mince, brisée, le parenchyme cortical est peu développé, surtout dans les branches adultes, mais chétives, à écorce fissurée noirâtre. Dans celles-ci il est borné en dehors par une couche de cellules brunes ou noires affaissées, déformées. Les faisceaux libériens ne sont point appointés à leur sommet.

Dans les vieilles écorces du tronc ou des branches vigoureuses, lexfoliation est large, toute la portion appointée des faisceaux libériens a disparu. Les masses celluleuses qui les forment sont parallèles, séparées par des rayons médullaires à un seul rang de cellules. Ces rayons sont d'inégale longueur, beaucoup d'entre eux sont interrompus ou s'intercalent au milieu des faisceaux. Les faisceaux libériens sont coupés carrément à leur extrémité, ils atteignent la surface extérieure de l'écorce ou n'en sont séparés que par une mince zone cellulaire constituée par les éléments du liber dont les cristaux ont été résorbes. La zone génératrice est à dix ou douze rangs de cellules. Les fibres ligneuses ont les parois plus épaisses que dans les racines.

Le professeur Cauvet décrit encore d'autres caractères des écorces, appartenant à des tiges qui constituent, suivant lui, l'écorce du commerce. Ces caractères, comme les précédents, sont assez difficiles à saisir, nous croyons pouvoir proposer les suivants, qui nous semblent d'une grande précision, faciles à vérifier et suffisants pour distinguer les écorces de grenadier des deux provenances.

Dans les deux coupes d'écorce de vieille racine, les rayons médullaires sont formés d'abord de cellules uniques placées bout à bout. Ces cellules sont allongées radialement, puis tangentiellement, elles deviennent doubles et allongées radialement, carrées ensuite, puis élargies tangentiellement, puis la rangée devient triple et se confond dans le tissu herbacé. Dans les jeunes racines, le nombre des rangées de cellules médullaires continue à augmenter assez lentement avant de se confondre avec le tissu herbacé.

Dans les écorces du tronc et des branches, les rayons médullaires sont composés d'une seule rangée de cellules sur la presque totalité de leur longueur; chez les uns, la rangée devient subitement double, puis immédiatement triple, quadruple, quintuple, en un mot, s'élargit très-rapidement pour venir se confondre avec le tissu herbacé; chez d'autres, cette confusion est presque immédiate.

Les extrémités des rayons libériens se modèlent forcément sur les creux de cette zone mixte fermée par les extrémités des rayons médullaires et la couche herbacée.

Eu outre, les rayons médullaires de l'écorce de tronc et des grosses branches ne sont pas isolément disposés en rayonnant d'une façon rectiligne, mais ils se recourbent pour converger par groupes vers un point situé à la périphérie.

Dioscoride nommait Citiniis et on appelle aujourd'hui balaustes {Balaustia) les fleurs de grenadier non épanouies que l'on lait sécher à l'ombre. Elles sont formées d'une partie sphérique surmontée de quatre à cinq grandes lames calicinales triangulaires fort épaisses, entourant la corolle chiffonnée. Le tout est rouge vif.

Mode d'emploi. On a proposé l'extrait aqueux et l'extrait alcoolique à la dose de 12 grammes, mais l'usage n'en a pas été adopté. Depuis longtemps, la

GRENADIER (Thérapeutique). 617

formule habituellement adoptée pour l'administration de l'écorce de racine de grenadier a été la suivante :

grammes.

Écoice fraîche de racine de grenadier 60 à 70

Eau '50

Réduisez à 500 grammes par décoction. A prendre en trois fois à une heure d'intervalle.

Cette décoction est prise le matin à jeun après un jour de diète. On fait souvent précéder l'administration du tasniacide de celle de 50 à 40 grammes d'huile de ricin, pris vingt-quatre ou douze heures avant, afin de débarrasser l'intestin. Cette précaution nous a semblé inutile, mais il est très-bon, essentiel même, de faire suivre la dernière prise de décoction de grenadier d'une dose un peu forte d'huile de ricin, 40 à 50 grammes.

Une variante de cette méthode est fort employée dans les hôpitaux maritimes de Toulon, où les navires arrivant de Cochinchine amènent beaucoup de porteurs de taenia inerme. Elle consiste à prendre :

grammes.

Écorce de racine de grenadier fraiclic 60 à 90

Eau 500

Laissez macérer quelques heures, puis faites chauffer doucement, et enfin amenez rapidement à 250 grammes le poids du liquide par ébullition.

Le malade mis à la diète depuis la veille ingère ce décocté le matin et se lève, puis aux premiers mouvements qu'il ressent dans l'intestin il prend 40 à 50 grammes d'huile de ricin, et le taenia ne tarde pas à être expulsé, souvent dans la première ou la seconde selle.

Quand on suit la première méthode, il arrive fréquemment que le malade vomit la première dose, quelquefois aussi la seconde, habituellement il garde la troisième qui agit.

On a accusé la racine du grenadier de produire des nausées, des vertiges et des troubles nerveux divers. II est certain qu'en faisant prendre le médicament en une seule fois on s'expose à voir paraître plus intense ce cortège d'accidents, on s'expose surtout à voir survenir des vomissements qui obligent à recommencer l'ingestion le lendemain ou le surlendemain. Cependant, ce mode d'administration devient de plus en plus fréquent dans les hôpitaux militaires. Il est plus facile à surveiller, par conséquent plus sûr. Du reste, nos sujets porteurs de tienia sont sans doute moins sensibles à ces elfels fâcheux du vermifuge, car nous les avons rarement rencontrés.

Nous n'avons guère vu d'insuccès à la suite de l'emploi de cette méthode préconisée par le docteur Laboulbène, à la condition, bien entendu, que le médicament eût été supporté par l'ostomac, pourvu que le taenia ou les taenias eussent un âge tel que les cucurbitins trouvés dans les selles fussent mûrs, c'està-dire gorgés d'œufs, ou bien vidés par perforation, que le malade n'eût pas été soumis depuis un certain laps de temps à un autre traitement taenicide, pourvu enfin que l'écorce de racine de grenadier fût fraîche.

Quand celle-ci est sèche, on a encore les plus grandes chances de succès en la faisant macérer en petits fragments pendant douze heures dans l'eau avant de faire bouillir. Il n'en est plus de même quand on emploie l'écorce du tronc et des branches, même récente, ou bien ces écorces sèches du commerce qui viennent du Portugal et contiennent le produit de la décortication de tout l'arbuste. Dans

618 GRENADIER (Thérapeutique).

ce cas, le succès est quelquefois nul, souvent partiel, c'est-à-dire que des fragments de taenia plus ou moins longs sont seuls rendus ; plus rarement, l'expulsion est complète.

Il ne faut pas se dissimuler que la saveur de la décoction est assez désagréable pour que les malades répugnent à y revenir après un premier échec. On doit en outre éviter de trop rapprocher et de répéter les administrations de taenicides qui, tout en fatiguant le malade, resteraient souvent sans effet. De là la nécessité d'employer autant que possible l'écorce fraîche de la racine, afin de n'avoir plus à y revenir. Mais il vaut encore mieux recourir au Tannate de Pelletiérine par le procédé Tanret [Voy. Pelletiérine).

On est dans l'usage, paraît-il, dans quelques drogueries, de conserver pendant assez longtemps ces racines fraîches dans du sable à la cave. Quelquefois aussi, dans le centre et le nord de la France, on vend pour cet usage des grenadiers élevés en pot, mais l'effet de leur racine est moins sûr. On a prétendu que cela tenait à ce que souvent ces plantes étaient greffées sur myrte, de sorte que le malade, croyant prendre de la racine de grenadier, prenait en réalité de la racine de myrte ; mais cette explication est peu plausible, car le myrte n'est guère plus résistant au froid que le grenadier. En outre, s'il est vrai que la greffe de l'un sur l'autre puisse réussir, elle ne vit pas. C'est, du moins, ce que nous ont assuré des praticiens fort compétents. Il est plus probable que ces plants élevés en pot sont loin d'être dans des conditions normales de végétation, et par suite ne contiennent pas la même quantité de principes actifs que ceux qui, par exemple, bordent les champs dans les campagnes de Provence. L'écorce sèche reste, en somme, le produit que nous devons considérer comme officinal, et l'on comprend la nécessité de s'assurer de son identité.

Fleur. Les fleurs sèches sont astringentes. Leur infusion ou leur décoction est d'un beau rouge. On employait autrefois les balaustes en décoction dans la leucorrhée, les diarrhées, les hémorrhagies passives; on s'en sert encore parfois dans la médecine populaire en gargarisme et aussi comme lotion vaginale.

Elles n'ont aucune des propriétés taenifuges que l'on pourrait leur supposer. Leur dose est la même que celle du malicorium.

Fruit. La grenade, fruit mûr du grenadier, ressemble à une belle pomme un peu anguleuse, couronnée par les lobes persistants du calice qui gardent même à leur base les étamines marcescentes. Sa couleur est brune, mais teintée d'un rose plus ou moins pur et parfois disposé par taches longitudinales. Trèssouvent ce fruit éclate au moment de la maturité, il se partage alors en deux, laissant voir ses grains d'un rose vif, séparés en groupes irréguliers par des cloisons membraneuses jaunes. Chaque grain est polyédrique, allongé dans le sens de son funicule, et présente une pulpe transparente rose entourant une petite graine blanche. Quand on comprime ces grains, il s'en écoule un suc rose, assez fluide, un peu sucré, peu acide. Ce sont ces grains qui sont comestibles. 11 existe une variété de grenade dite à gros grains qui est plus estimée, mais, en somme, c'est un fruit assez insignifiant, recherché surtout par les enfants et que l'on peut permettre aux malades, parce qu'il les amuse en les rafraîchissant légèrement.

Le suc des grains sert à faire un sirop, des limonades, des gelées; par fermentation, il donne un vin dit de Palladius.

On croyait autrefois ce suc taenifuge, mais il n'en est rien.

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