‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.47Chapitre 19 sur 126 · MORT · texte numérisé non relu

MORT

On voit que les lésions aortiques aussi bien que les lésions mitrales peuvent déterminer l'expulsion prématurée du fœtus et entraîner la mort de la mère. Mais c'est le rétrécissement mitral qui serait de toutes les affections cardiaques la plus redoutable pendant la grossesse. Le professeur Sée {Union médicale, 1874), établissant lui aussi au point de vue du pronostic des catégories tranchées, croit que c'est à l'insuffisance mitrale que doit revenir la part la plus lourde dans les accidents. Les matériaux font défaut pour étayer une opinion quelconque sur l'influence des lésions du cœur droit.

Il faut reconnaître que toutes les femmes qui, ayant une affection du cœur, deviennent enceintes, sont loin de présenter des accidents ou une interruption de leur grossesse.

Le traitement des maladies dn cœur dans leurs rapports avec la grossesse comprend le traitement prophylactique, le traitement médical, le traitement obstétrical. Quelques auteurs pensent qu'on doit déconseiller le mariage à une jeune fille atteinte d'une affection cardiaque, tous ne sont pas de cet avis. C'est là une question extrêmement délicate et difficile et qui nécessite la plus grande prudence.

11 sera toujours bon de déconseiller les grossesses successives. Le traitement médical ne diffère guère de celui qui est dirigé contre les alfections du cœur hors l'état de grossesse. Le professeur Peter insiste beaucoup sur les bons résultats obtenus par la saignée dans les cas de troubles pulmonaires et de catarrhe suffocant en particulier.

Quant au traitement obstétrical, il consiste à interrompre la grossesse, si les accidents menaçaient les jours de la femme, en pratiquant suivant l'âge de la grossesse soit l'avortement, soit l'accouchement prématuré.

Varices, On peut observer chez les femmes enceintes des varices des membres inférieurs, des organes génitaux, de l'anus et du rectum, et exceptionnel-

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lenient des varices de l'urèthre et de la vessie, de la paroi abdominale et des seÏQs.

Superficielles ou profondes, pouvant se présenter sous les aspects les plus divers, depuis les varicosités jusqu'à la tète de Méduse, avec ou sans épaississeraent de leurs parois et des tissus voisins, avec ou sans pigmentation des téguments, les varices des membres inférieurs n'offrent pendant la grossesse rien de spécial au point de vue symptomatique.

Nous n'avons donc à étudier ici que leur mode d'apparition et de développement dans ses rapports avec la grossesse.

Voici les résultats auxquels Budin, qui a repris la question après Lesguillons, Richard et Cazin, a été conduit par l'analyse de 500 observations recueillies à la Clinique et à la Maternité, >' résultats qui peuvent évidemment être critiqués, cai" le nombre de ses observations est insuftisant; il ne les donne que pour ce qu'ils valent. »

Les varices superficielles sont fréquentes pendant la grossesse. Tandis que Lesguillons les a rencontrées 1 fois sur 20, Budin assure qu'il a noté dans le tiers des cas les dilatations veineuses chez les femmes enceintes appartenant à la classe ouvrière.

Elles s'observent le plus souvent après plusieurs grossesses, mais parfois c'est pendant la première grossesse, au cinquième ou sixième mois, qu'on les voit survenir; dans certains cas même, dès qu'il y a eu fécondation, un mois après le début.

Elles augmentent au fur et à mesure que la grossesse pendant laquelle elles se sont développées avance.

La durée des varices, lorsqu'elles se sont développées à la suite de la fécondation, est .subordonnée à la durée de la grossesse.

Elles disparaissent en jiénéral complètement ou diminuent tout au moins considérablement de volume après l'accouchement, soit immédiatement, soit dans les quelques jours qui suivent.

Chez quelques femmes cependant, les varices diminuent deux ou trois semaines et même six semaines avant l'accouchement, bien que le foetus continue à se développer.

Lorsque pendant la grossesse le fœtus vient à succomber et continue à séjourner dans l'utérus, les varices s'affaissent.

Les varices reparaissent en général dans les grossesses ultérieures et, lorsqu'elles surviennent dès le début de la gestation, elles constituent un véritable signe de gravidité qui pour ces femmes a une grande valeur. Elles deviennent de plus en plus volumineuses et s'étendent cliaque fois davantage.

Cependant certaines femmes, qui avaient eu des varices à une première grossesse, ne les ont pas vues reparaître dans les grossesses ultérieures ; chez d'autres enfin, les varices existant avant toute fécondation n'ont subi aucun changement.

En dehors de l'âge qui a peu d'influence, des professions qui en ont une marquée, le nombre des grossesses joue un rôle prépondérant. On trouverait en effet les varices 22,5 fois pour 100 chez les primipares et 44,5 fois pour 100 chez les multipares.

On a invoqué successivement pour expliquer l'apparition des varices chez la femme enceinte la compression exercée par l'utérus gravide sur les veines du bassin, la pléthore et l'hypertrophie cardiaque, l'augmentation de rinllux nerveux (Carnes j.

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11 est probable, dit Budin, que ces causes sont multiples et qu'elles ont une action plus ou moins marquée suivant les sujets et les circonstances. Dans l'état acluel de la science, il serait bien difficile de dire ce qui dans chaque cas particulier appartient à chacune d'elles. »

Il est cependant dans l'état actuel de la science une remarque que nous pouvons faire avec Terrier, et dont nous sommes étonné de ne pas trouver la moindre mention dans la thèse de Budin.

« Malheureusement dans l'étiologie des varices on paraît avoir souvent confondu la simple ectasie veineuse qui résulte d'une gêne de la circulation avec les varices véritables qui rcsullent d'un processus spécial. Les recherches anatomiques de Cornil et Ranvier démontrent que les varices résultent d'une phlébite chronique, comparable à l'endartérite chronique et dont la cause encore plus obscure paraît tenir à une prédisposition congénitale, car les varices sont héréditaires. »

Il nous semble qu'il y a là une distinction capitale à établir. Ce que nous observons tous les jours nous montre que le rôle de la grossesse dans la production des varices a été singulièrement exagéré. Il existe des femmes prédis- ])osées de par leur hérédité et leur constitution aux varices, à la phlébite chronique, et chez lesquelles la grossesse rend plus manifestes, augmente des lésions préexistantes.

Q\iant à la disparition complète après l'accouchement, soit immédiatement, soit dans les quelques jours qui suivent, qu'on observeiait en général, comment pourrions-nous la comprendre, si, avec Budin, nous admettions ces altérations profondes des parois veineuses qui peuvent aller jusqu'à la disparition de la tunique moyenne?

Mais de même que les varices peuvent s'accroître pendant la grossesse, elles peuvent diminuer et diminuent parfois considérablement après l'accouchement. Les complications des varices pendant la grossesse ne présentent rien de spécial à noter. Peut-être les ruptures de varices s'observeraient-elles plus souvent chez les femmes âgées et multipares. Elles sont toujours graves et parfois mortelles.

Le pronostic des varices chez les femmes enceintes est bénin (J.-L. Petit et Boyer).

Le traitement, toujours palliatif, sera le même qu'en dehors de la grossesse (repos, élévation du membre, compression). Les craintes de Chaussier, Dubois et Depaul, au sujet de cette dernière qui pourrait déterminer des accidents tels que l'avortement, etc., sont considérées aujourd'hui comme sans fondement.

Varices des organes génitaux. Observées exceptionnellement au niveau des ligaments larges, rencontrées rarement sur le col de l'utérus, les varices des organes génitaux se voient surtout à la vulve, entre la grande et la petite lèvre et le plus souvent d'un seul côté.

Parfois les veines sont seulement dilatées, mais souvent elles sont sinueuses et forment des paquets vasculaires, des ampoules à parois si minces qu'il semble qu'elles doivent se rompre très-facilement.

Généralement les veines dilatées n'occupent pas exclusivement la vulve; elles se continuent surtout chez les multipares avec des varices du vagin, atteignent le clitoris, le mont de Vénus, les grandes lèvres.

Ou observe en même temps, mais pas d'une façon constante, des varices des membres inférieurs.

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Les varices des organes ge'nitaux causent souvent chez les femmes enceintes du prurit, des démangeaisons insupportables, une sensation de gène, de tiraillement, qui augmente dans la station debout.

Mais elles sont surtout à craindre à cause des ruptures dont elles peuvent être le siège, soit spontanément (Hesse d'Emmerich), soit à la suite du grattage (Depaul), d'une chute, des rapports sexuels (Cramer). Cette rupture est toujours un accident grave et, sur 0 cas que Budin a pu réunir, 7 fois la femme a succombé rapidement. Le plus souvent le diagnostic de la rupture n'a été fait qu'à l'autopsie, la femme ayant succombé avant l'arrivée du médecin.

Il faudra donc, lorsqu'on rencontrera pendant la grossesse des varices trèsdéveloppées au niveau des organes génitaux externes, recommander aux femmes d'éviter les traumatismes et parfois même de s'abstenir des rapports sexuels. L'application d'un bandage en T, une compression douce, suffiront le plus souvent à prévenir les accidents. S'il survenait une héniorrhagie, le meilleur traitement à appliquer serait la compression prolongée.

Nous croyons devoir rappeler ici le fait suivant qui nous a été communiqué par notre collègue et ami le docteur Paul Segond, et qui démontre le volume, la forme que peuvent présenter quelquefois les varices au niveau des organes génitaux en même temps que l'influence bienfaisante d'un traitement rationnel.

« Il s'agit d'une primipare de vingt-deux ans, qui était arrivée au septième mois de sa grossesse sans incident, lorsqu'elle fut prise brusquement et sans cause provocatrice appréciable d'une hèmorrhagie assez inquiétante par la vulve. Fort effrayée de cet accident survenu dans la matinée du 28 septembre dernier, elle se fit immédiatement recevoir à l'hôpital Necker dans le service de M. Potain. Appelé dès son arrivée, je constatai ce qui suit :

Une tumeur rougeàtre, globuleuse, un peu aplatie transversalement et grosse comme une mandarine, faisait saillie entre les petites lèvres. Sa consistance partout uniforme tenait le milieu entre celle d'un polype fibreux et la rénitence d'un kyste bien rempli. En écartant un peu les lèvres, on la voyait plonger dans le vagin et, par le toucher, on constatait aisément qu'elle s'implantait sur le côté gauche de ce conduit, à égale distance du col et de la vulve, par un pédicule, gros comme l'index, un peu étalé et plus mou, plus souple que le reste de la tumeur. Pour mieux voir ce pédicule, je fis écarter la petite lèvre droite et j'exerçai une légère traction sur la tumeur. Mais aussitôt une petite déchirure se produisit au niveau du pédicule et un jet de sang me jaillit au visage. Je portai rapidement l'index sur le point qui saignait et, par une compression d'une minute environ, j'arrêtai l'écoulement. Pendant ce temps, la tumeur et son implantation étaient sous mes yeux, et je pus à loisir étudier leurs caractères. De grosses veines sillonnaient le pédicule et leur coloration plus noire que celle de la muqueuse permettait presque leur dénombrement. Mais, au point de jonction du pédicule et de la tumeur, les cordons veineux se perdaient dans la masse principale dont la surface régulière et lisse oflrait en tous ses points une coloration rouge noirâtre parfaitement uniforme. Dans son ensemble, cette tumeur se présentait donc sous la forme d'un polvpe variqueux, long de 8 centimètres environ et n'offrant nulle part ni souffle, ni battement. J'ajoute que le pourtour de l'orifice vulvaire et la totalité du conduit vaginal étaient sillonnés de veines nombreuses et sorsées de sang.

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Dans ces conditions, le diagnostic était fort simple. Mais je n'avais jamais observé de fait analogue et la conduite à tenir ne laissait pas que d'être embarrassante. La femme très-affaiblie par son liémorrbagie antérieure était évidemment en danger, il fallait donc lui éviter à tout prix de nouvelles pertes de sang et la nécessité d'une intervention immédiate devait être discutée. Par contre, la gravité d'une intervention quelle qu'elle fût n'était point discutable, et comme l'iiémorrhagie avait cessé, je résolus d'attendre au lendemain pour prendre une détermination. Afin d'éviter sûrement les dangers possibles delà temporisation, je priai l'interne du service d'exercer une surveillance de tous les instants, de se tenir prêt à saisir le pédicule de la tumeur dans les mors d'une pince à kystes et de m'envoyer quérir à la moindre menace d'iiémorrliagie. Tous ces préparatifs furent beureusement inutiles. Le lendemain matin, 29 septembre, je trouvai la malade très-reposée et la tumeur me parut moins tendue que la veille. Le 50, elle était réduite de moitié et le 4 octobre il ne restait plus à la place du polype variqueux qu'une marisque (lasque ayant à peu près le volume d'une noisette. Six jours de repos au lit avaient suffi pour opérer cette transformation ou même cette disparition à laquelle j'étais, je l'avoue, très-loin de m'attendrc. J'ai su depuis que l'accoucbement s'était fait à terme et dans les meilleures conditions. »

Ilémorrhoïdes. Les hémorrboïdes ne seraient pas fréquentes pendant la grossesse. Budin dans ses 500 observations ne les a notées que 18 fois.

Cazin et Laroyenne les considèrent au contraire comme assez fréquentes. Cazin donne de cette divergence d'opinions l'explication suivante : « La clientèle des maternités, dit-il, se compose babituellement d'ouvrières, de ménagères, de cuisinières, etc., prédisposées par leur profession aux varices des saphènes, tandis que cbez les femmes de la bourgeoisie, des classes élevées, ce sont les hémorrboïdes qui prédominent. Cette variété de varices est, Brodie en avait déjà fait la remarque, plus commune chez les riches, et cela tient sans doute au défaut d'exercice, à la trop grande succulence de la chère et à la constipation. »

C'est à cette dernière cause que Budin attribue le rôle capital dans la production dos hémorrhoïdes. Il nous semble ici encore que c'est à la diathèse arthritique qu'il les faut surtout rapporter, car sur 500 femmes enceintes il en est à coup sûr plus de 18 qui sont constipées.

Rarement les hémorrhoïdes donnent lieu à des accidents pendant la grossesse; un traitement palliatif bien conduit suffit à en atténuer les inconvénients et ce n'est que bien exceptionnellement qu'on pourra être appelé à recourir à la dilatation.

Hypertrophie de la glande thïroÏde. II n'est pas rare, dit Tarnier, que la glande thyroïde s'hypertrophie pendant la grossesse en dehors de toute influence endémique. Habituellement cette hypertrophie est peu considérable et ne produit aucune gêne. Quelques femmes se plaignent cependant de voir leur cou grossir et se déformer.

Cette augmentation de volume de la glande thyroïde diminue quelque peu après l'accouchement, mais il est rare qu'elle disparaisse complètement {Cazeaux, 8^ édition, p. 449). Freund a confirmé la manière de voir du professeur Tarnier, puisque sur 50 femmes il en a trouvé 45 ayant une hypertrophie prononcée. Nous pensons toutefois que cette proportion est exa-

gérée.

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Quelquefois cependant cette hypertrophie s'exagère à chaque grossesse et peut donner lieu à des accidents graves et même mortels comme ceux rapportés par N. Guillot {Archives générales de médecine, 1860), Tarnier et Cazeaux, llowitz {Journal méd. de Saint-Pétersbourg, nouvelle série, 111, p. 472), Freund {Die Beziehungen der Schilddriise zu den weiblichen Geschlechtsorgane, thèse inaug., Strasbourg, 1882).

D'autres fois le corps thyroïde hypertrophié s'enflamme et donne lieu à un abcès qui suppure pendant longtemps (Tarnier).

Si aucun traitement n'est nécessaire dans l'hypertrophie simple, il n'en est pas de même quand les accidents deviennent graves. En face de symptômes d'asphyxie causés par un développement rapide de la tumeur, il faudrait faire cesser le plus rapidement possible la grossesse et pratiquer la trachéotomie, si la suffocation était imminente.

Goitre exophthalmique. D'après les observations publiées, tantôt la grossesse a eu une influence heureuse sur le goitre exophthalmique, tantôt au contraire la maladie s'est aggravée pendant la gestation (Trousseau, Charcot, Benicke, Freund) .

IV- Système nerveux. TROUBLES INTELLECTUELS ET FOLIE DES FEMMES EN- CEINTES*. Chez les femmes enceintes on rencontre une série de troubles intellectuels qui constituent une prédisposition à la folie : angoisses sans motif, perturbations dans le caractère, anxiété, tristesse. Ces troubles mal caractérisés ne sont pas la folie, ils n'en ont pas dépassé les frontières.

Quant à la folie proprement dite des femmes enceintes , elle est beaucoup plus rare qu'on ne le croit généralement. C'est qu'il faut en distraire nonseulement la folie des femmes accouchées et des nourrices, mais encore toute la série des folies toxiques symptomatiques de l'éclampsie. Et alors on arrive aux chiffres suivants :

Sur 92 cas de folie puerpérale Esquirol en note. ..... . 0 appartenant à la folie des femmes enceintes

19 — Palmers 1 —

42 — Hanwell 4 —

11 — Statistique de Vork-Relract. 0 —

6S — Maedonald 4 " —

79 — Marcé 18 —

155 — Tuke 28

"20 — Leidesdorff. ....... 6 —

Ce qui donne 61 cas de folie des femmes enceintes sur 485 folies puerpérales, soit une proportion de 13 pour 100.

Ajoutons que les aliénistes, plus à même que les autres médecins de vérifier le fait, affirment que la folie puerpérale est rare. La démonstration eu est donnée par la statistique de Bertillon {voy. article Mariage), qui montre que ce sont les épouses qui donnent le moins de prise à la folie, puisque sur 1000 femmes on trouve :

Folles, chez les filles 54

— les veuves 5 13

— les épouses 1 9

La folie apparaît d'ordinaire au sixième ou au septième mois de la gestation.

* Les principaux éléments de ce chapitre ont été puisés dans un mémoire inédit sur la folie des femmes enceintes qu'a bien voulu nous communiquer notre ami le D' Durhireau.

lof) GROSSESSE (pathologie).

Esquirol cite cependant des cas où la folie est contemporaine de la conception. Et Marcé sur 19 malades a note que la folie a débuté 8 fois au moment de la conception, T» fois au 3" mois, 1 fois -au 4^ mois, 5 fois au ô" mois, 2 fois an 7'' mois et 2 fois à une époque indéterminée.

Les multipares et surtout les femmes de trente ans sont plus fréquemment atteintes que les primipares.

Une nouvelle grossesse amène souvent une réapparition de la folie (Velpeau, Courot), qui éclate à la même époque de la gestation. On cite le cas d'une femme qui devint aliénée au même mois de sept grossesses successives. Quelques femmes ne deviennent folles que quand elles ont des garçons, d'autres des filles (Marcé).

La folie des femmes enceintes offre plusieurs formes cliniques.

La forme dépressive est fréquente. Les malades, prises de découragement, ont des idées sombres, des tendances lypémaniaques, accompagnées d'iiallucinations dont les idées de suicide et d'infanticide ne sont que trop souvent le résultat (A. Voisin).

Quelquefois le délire devient extatique (Dubrisay, Ann. méd. psijch., 1858> j). 428). On rencontre aussi une forme exclusivement morale caractérisée parla perle absolue des sentiments affectifs. Cbez ces femmes, l'amour et le respect sont remplacés par la haine et la violence. Poursuivant leur mari des accusalions les plus bizarres, elles s'emportent contre leurs parents et leurs enfants dont la vue leur devient insupportable. Perdant toute notion de dignité, elle se livrent aux plus déplorables désordres.

Rarement, au lieu de la dépression, on observe une excitation physique et intellectuelle extraordinaire; les femmes les plus nonchalantes se montrent alors infatigables.

Dans certains cas, le délire n'est que partiel. C'est ainsi que A. Voisin rapporte l'observation d'une femme qui à chaque grossesse éprouvait un besoin irrésistible de dérober (kleptomanie). Cazenave parle d'une femme qui avait pris son mari en horreur. Martin {Hist. des monstres, 1880, p. 290) a vu une malade qui à sa seconde grossesse était prise de temps à autre d'une impulsion qui la poussait à tuer son premier enfant. Du même ordre est la folie de cette mère citée par Georget qui, prise de folie an sixième mois de la sixième grossesse, tua trois de ses enfants, en empoisonna un quatrième et se donna ensuite la mort.

La folio paralytique paraît très-exceptionnelle chez les femmes enceintes; les auteurs ne la signalent pas et nous n'en connaissons qu'un exemple. La rareté de la paralysie générale chez la femme en est la cause.

Les troubles somatiques des femmes enceintes sont les mêmes que ceux de la folie simple en dehors de l'état de gestation. Ils sont fugaces et peu accusés. C'est un état spasmodique des artères se traduisant par la petitesse et la tension du pouls, la richesse des urines en phosphates. Dans quelques cas exceptionnels seulement on observe des poussées congcstives encéphaliques se traduisant quelquefois par de la fièvre, mais toujours par une hyperthermie localisée au bregma ou au niveau des pariétaux et que l'état vultueux de la face peut faire rechercher.

En résumé, rien dans les caractères du délire ne distingue la folie des femmes enceintes de la folie simple en dehors de la gravidité; les troubles somatiques eux-mêmes par leur faible intensité et leur peu de durée expliquent la fré-

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qvience des guérisons spontanées et justifient le diagnostic de folie névropalhique.

Le pronostic n'est pas en général aussi grave que celui de la folie survenant en dehors de l'état de gestation (van Swieten [morbi gravidarum], Montgomery, Burns, Danyau). Souvent la folie disparaît avec la grossesse (EUis). Si cependant elle a apparu non pas au début, mais dans le cours de la gestation, le pronostic n'est pas aussi bénin. C'est ainsi que Marcé sur 19 cas a noté :

Gutrisons après l'accouchement 1

— pendant la grossesse -

Aggravation ,\iirè-i l'accouchenient I

Passages ù l'état chionique 9

Àu contraire, si elle débute aussitôt après la conception, la guérison est la règle. Esquiroi rapporte qu'une femme qui vit la folie apparaître au début de cinq grossesses consécutives guérit chaque fois après l'accouchement.

Le traitement de la folie des femmes enceintes n'offre guère de particularités intéressantes. L'expectation en peut faire tous les frais surtout quand la maladie commence avec la grossesse; mais les toniques, l'hydrothérapie, peuvent rendre des services ^Marcé). Quelquefois la morphine sera indiquée. Dans les cas d'hyperthermie crânienne il ne faudra pas hésiter à employer les vésicatoires et les cautères à la nuque (A. Voisin), et les irrigations continues sur la tête avec le bonnet en tuyau de caoutchouc ou d'étain. Quant à la saignée recommandée par Bûrns, elle est essentiellement irrationnelle, ainsi que l'accouchement prématuré (Bird, British Med. Journ., 1879, et Thornburn, in Lancet, 1879), et l'avoitement provoqué, assez en honneur chez les Anglais, qui sacrifient l'enfant pour obtenir un résultat plus que douteux pour la mère.

A quoi est due la folie des femmes enceintes? Quelles circonstances peuvent en favoriser l'éclosion? En première ligne vient l'hérédité (Veill, th. de Strasbourg). Marcé, Bail, ont démontré que la moitié de ces aliénées appartenaient à des familles suspectes d'aliénation. Et si on fait entrer en ligne de compte, non-seulement les géniteurs, mais encore les ascendants, si l'on considère la diathèsc psychopathique de Griesinger chez les géniteurs, on arrivera à se persuader que l'hérédité joue dans le sujet qui nous occupe, le rôle prépondérant qu'elle joue dans les cas de folie ordinaire. La grossesse n'abdique certainement pas ses droits, mais elle n'est que la cause déterminante. Quant à l'alcoolisme, son influence n'a pas été étudiée; celle de la syijhilis parait nulle.

Il faut encore mentionner quelques causes exceptionnelles capables soit de déterminer l'apparition de la maladie mentale en puissance, soit de la faire naître de toutes pièces.

Dans les observations 1 et 2 de Marcé on voit une vive fraveur être la cause occasionnelle du délire.

Le délire de la grossesse est quelquefois sympathique, c'est le cas surtout des folies qui débutent avec la conception (Boye (J.). Essai sur les rapports des troubles génitaux avec la folle chez la femme. Montpellier, 1880. — Mairet, Rapport entre les lésions de la sphère génitale et l'aliénation mentale chez la femme. In Mojitpellier médical, 1885). Lorsque la maladie survient au septième mois de la grossesse, on peut en rattacher l'apparition à l'anémie générale occasionnée par la gestation. Mais à côté de cette anémie générale il faut placer les congestions encéphaliques passagères, ces congestions qui se

1Ô8 GROSSESSE (pathologie).

reconnaissent aux signes que nous avons indiqués plus haut, et qui cèdent â une tlie'rapeutiqu2 énergique.

La susceptibilité spéciale de la femme enceinte aux impressions extérieures l'a fait de tout temps entourer d'une protection particulière.

La loi du 28 germinal an III consacrait dans une certaine mesure l'irresponsabilité de la femme enceinte. Elle a été abrogée lors de la rédaction du Code civil, qui laisse les femmes enceintes aliénées bénéficier des privilèges accordés aux aliénés, mais punit les crimes et délits comme dans les circonstances ordinaires. C'est au médecin qu'il appartient de décider si la femme est oui ou non aliénée, en recherchant dans ses antécédents héréditaires et personnels, dans les caractères de l'acte commis, dans l'existence ou l'absence de mohiles passionnels (Tardicu, Étude médico-légale sur la folie). Voij. Grossesse

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