MÉDICO-LÉGALE
Des envies. Les envies des femmes enceintes ne légitiment pas l'irresponsabilité. Leurs fantaisies dépassent quelquefois tout ce qu'on peut imaginer. Telle
• est cette femme, non aliénée d'ailleurs, qui voulait manger l'épaule d'un boulanger son voisin, et dont le mari s'entendit avec cet homme qui consentit ;\ se laisser mordre à prix d'argent (Roderic a Castro). Il faut savoir que les femmes enceintes abusent quelquefois de leur situation pour satisfaire des caprices plus ou moins ridicules. S'ils ne nuisent pas à autrui, le légiste n'a pas à intervenir. Mais, quand il s'agit d'un délit ou d'un crime, la femme enceinte sera déclarée responsable, à moins qu'il s'agisse d'une aliénée. On parle beaucoup dans le monde des envies qui portent les femmes enceintes à voler aux étalages; rien n'est plus exagéré. Lasègue [Arch. deméd., 1880), Lunier (Ann. méd.-psych., 1880), n'ont pas signalé un seul vol à l'étalage commis par une femme enceinte; de nos renseignements particuliers il résulte que, toute proportion gardée, ces genres de vols ne sont pas plus fréquents chez les femmes
• enceintes que chez les autres. On conclura donc avec Jôrg (Leipzig, 1857), avec Marcé, Voisin, que la grossesse peut bien provoquer, chez les femmes non aliénées, des troubles nerveux variés, mais non des impulsions irrésistibles, capables d'anéantir le libre arbitre.
Influence de la grossesse sur la marche de la folie déjà existante. Quelquefois cette influence est favorable (Mauriceau, observation 542. — Justus de Berger. Dissertatio de puerperarum mania et melancholiâ. Gottingen, 1745. — Darwin, Zoonomie). Yeill [Sur la folie puerpérale, thèse de Strasbourg, 1851) a vu la folie disparaître pendant deux grossesses, puis s'établir définitivement.
La grossesse peut n'avoir aucune influence. A Voisin a observé un cas tout récent où la grossesse et l'accouchement et même l'allaitement au sein n'ont en aucune façon modifié la marche de la folie.
Plus souvent l'influence est nuisible (Dubois et Désormeaux, art. Grossesse. In Dict. en 50 vol. — Esquirol, t. I, p. 592. — Morel, Bull, de la Soc. méd. prat., 1842). Aussi le médecin doit-il protester énei-giquement contre le préjuge populaire qui conseille la grossesse, soit légitime, soit même extra-conjugale, comme traitement de l'aliénation mentale.
Influence de la folie sur la grossesse. En général la grossesse n'est pas influencée par l'aliénation mentale et l'accouchement survient à terme, quelquefois même sans douleurs. Cependant, quand la folie a débuté dans le cours de la grossesse, il n'est pas rare de voir les enfants naître mort-nés ou mourir
peu d'heures après la naissance. Le fait s'est présenté 5 fois sur 11 cas observés par Marcé.
Influence de la grossesse sur la réapparition de la folie. Dans quelle mesure fait-elle réapparaître la folie chez des femmes ayant eu antérieurement des accès d'aliénation mentale? La statistique, qui seule peut répondre à la question, est malheureusement muette. Ce qui est acquis néanmoins, cest que nnmbre de femmes qui ont eu des accès avant de devenir enceintes n'ont vu aucune complication cérébrale survenir dans le cours de leurs grossesses.
Il en résulte que la grossesse, tout en ne mettant pas à l'abri des retours offensifs de la folie, est loin de les déterminer fatalement.
Paralysies dites gravidiques. Les femmes enceintes n'échappent à aucune des causes qui peuvent produire la paralysie dans les conditions ordinaires ; elles y sont même plus prédisposées que les autres femmes de leur âge (Tarnier ). Reconnaissant la même cause ou des causes différentes, les paralysies peuvent présenter pendant la grossesse les manifestations les plus variées. C'est ainsi que Churchill ( Traité pratique des maladies des femmes, trad. Leblond, 1 88 1 , p. 11 15) compte 12 hémi[)légies, 1 paraplégie, 4 paralysies faciales, 2 amauroses et 3 surdités. Mais il suffit de lire les observations pour reconnaître que ces paralysies reconnaissent des causes bien diverses. D'autres ont noté l'aphasie, l'aphonie, etc. Nous avons actuellement dans notre service une femme enceinte de quatre mois devenue aphasique au deuxième mois de sa grossesse. C'est une hystérique. Charpentier {Contributions à Vhistoire des paralysies puerpérales) range les paralysies puerpérales sous deux chefs principaux: 1" paralysies par lésion organique ; 2" paralysies par action réflexe.
Le docteur W. Theodor von Renz vient de faire paraître un intéressant travail sur les Maladies de la moelle épinière pendant la grossesse. Wiesbaden, 1886. Nous croyons devoir en donner le résumé suivant :
L'auteur a entrepris ce travail à la suite d'une communication sur le même sujet faite par M. JoUy à la réunion des neurologistes tenue à Bade en juin 1885. M. Jolly avait communiqué les observations de deux femmes qui présentèrent dans le cours de leur grossesse une paralysie totale des extrémités inférieures sans contracture. Les réflexes tendineux étaient exagérés, il y avait en outre une diminution notable de la sensibilité. Les extrémités paralysées étaient froides et cyanosées.
Relativement à l'étiologie de ces cas de paralysie, M. Jolly rejette d'abord ridée de paralysies par compression, les symptômes morbides s'étant montrés dès le début de la grossesse, puis celle de paralysie par lésion spinale grave, par une sclérose disséminée, à cause de la disparition dans l'espace de six mois de tous les accidents. M. Jolly n'admet pas non plus qu'il ait eu affaire dans ces cas à une paralysie d'ordre réflexe. Son diagnostic fut plutôt : Paralysie fonctionnelle, de nature hystérique.
Suivant le docteur von Renz, il faut placer parmi les « paralysies de la grossesse » non-seulement les paralysies qui surviennent dans le cours d'une grossesse et disparaissent avec elle ou immédiatement après elle, mais en général toutes celles qui apparaissent dans le cours d'une grossesse, qu'elles soient spinales ou non, et quels que soient le mode et le moment de leur terminaison.
Ces paralysies disparaissent le plus souvent après l'accouchement, mais elles peuvent aussi persister et devenir alors « chroniques ». L'auteur cite
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le cas d'une femme qui présenta subitement, pendant la nuit, une paralysie et une aneslhésie complètes des membres inférieurs, qui persistèrent pendant quatorze ans, jusqu'à la mort de la malade. Sa paralysie ne l'empêcha pas de mettre au monde encore 2 enfants. Un cas analogue a été rapporté par Brachet.
Parmi les paralysies de la grossesse, il faut avant tout ranger les paralysies puerpérales pseudo-spinales. Ces paralysies sont beaucoup plus fréquentes qu'on ne l'admet généralement.
L'auteur décrit 4 cas de paralysies puerpérales d'origine nettement spinale. Dans le \" cas, il s'agit d'une sclérose multiple, survenue chez une femme dans le cours de sa deuxième grossesse et se manifestant par des douleurs lombaires, puis par une paralysie des extrémités inférieures, suivie bientôt par une paralysie des bras. Elle devint enceinte une troisième fois ; pendant celte nouvelle grossesse, les symptômes de paralysie s'aggravèrent considérablement, elle mourut au bout de deux ans.
Chez une deuxième malade, Tauleur eut affaire à laie lésion transversale de la moelle, consécutive vraisemblablement à une compression par une tumeur maligne partie des os. Ces lésions transversales d'origine traumatiqne ont été étudiées expérimentalement par Brachet, puis par Nasse, en 1855. Le cas de von Benz diffère des expérimentations de Brachet, en ce qu'il s'agissait non pas d'un tramnatisme aigu, mais d'une compression lente de la moelle. Une femme âgée de trente-cinq ans devint enceinte en 1867. Vers le troisième mois de cette grossesse, il survint subitement pendant la nuit ime paraplégie des deux jambes. Les jours précédenls, la malade s'était déjà plainte de douleurs vives lancinantes siégeant entre l'épaule gauche et la colonne vertébrale. L'accouchement se fit normalement en 1868. La femme mourut en 1870 par cachexie, ayant conservé tous les symptômes de sa paralysie.
Les deux autres cas consistent en paralysies spinales atrophiques.
a. Femme de trente-deux ans, Iripare. Bans le cours de la dernière grossesse (1878), elle s'aperçoit que les doigts de la main gauche s'affaiblissent de plus en plus ; peu de temps après l'accouchement, il lui est impossible de mettre ses doigts dans l'extension. Pas de douleurs à la nuque ou dans les bras, pas de fourmillements, etc.
Les symptômes de paralysie s'accentuent progressivement, au point qu'en 1882 les bras sont dans une impotence fonctionnelle complète. Contracture des doigts, atrophie des muscles des mains et des avant-bras, surtout des fléchisseurs. Les muscles atrophiés et les nerfs correspondants réagissent plus faiblement aux courants constants; au contraire, excitabilité exagérée au courant faradique. Exagération des réflexes rotuliens. 11 s'agissait vraisemblablement dans ce cas d'une tumeur inira-médullaire (gliome) siégeant au niveau de la moitié antérieure du renflement cervical, avec ou sans dilatation du canal central. Mort au bout de cinq ans.
h. Femme âgée de vingt-neuf ans, septimipare. Pendant la septième grossesse (1868), fourmillements dans l'avant-bras droit et dans la cuisse gauche; pas de douleurs ni spontanément, ni à la pression.
Atrophie progressive des muscles correspondants, paralysie du pouce et de l'indicateur droits, du gros orteil gauche. La femme devint encore enceinte trois fois, sa paralysie persiste toujours.
L'auteur fait observer finalement, que les paralysies de la grossesse ne forment
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pas un groupe à part, leur mode d'apparition et leur évolution ne présentant non de particulier. — Nous ajouterons que le pronostic et le traitement varieront suivant la cause.
V. Appareils des sens. DeS MALADIES DES YEUX PE^'DANT LA GROSSESSE. Ce
chapitre intéressant a été l'objet de la thèse du docteur G. Lulz (publiée dans les Rapports de la clinique ophlhabnologique de Tubingiie, 1884, vol. II, fasc. I,p. 1). Cet auteur a réuni les observations éparses relatives à ce sujet, et, s'il n'est pas possible encore aujourd'hui de séparer les affections de la vue causées par la grossesse de celles qui n'interviennent que comme complication, nous croyons utile de donner ici un résumé de ce travail.
Plusieurs auteurs (Morgagni, Béer, Demours) ont remarqué depuis longtemps que certaines affections de l'organe de la vue, qui se produisent pendant la grossesse, sont en rapport direct avec l'état particulier de l'organisme à cette époque, taudis que d'autres maladies analogues ne constituent qu'une complication accidentelle sans être causées par la gravidité.
Demours explique l'amblyopie survenant pendant la grossesse par le rapport réciproque qui existe entre l'utérus et le nerf optique ; llimly rattache certains troubles de la vue à la paralysie de la rétine occasionnée par la pression de l'utérus gravide sur le ganglion cœliaque et le nerf vague. D'après Deval, les troubles de la vue qui se produiraient au commencement de la gravidité seraient produits par la perturbation nerveuse, ceux qui surviennent plus tard auraient la congestion pour origine. La plupart des cas rapportés par ces différents auteurs n'ont guère qu'une valeur historique, puisque l'examen ophthalmoscopique fait défaut.
Les affections des yeux survenant pendant la grossesse peuvent naître de deux manières :
1° La maladie peut être occasionnée directement par la perturbation profonde que subit tout l'organisme;
2" Elle peut être la suite d'une maladie grave occasionnée par la gravidité : une des causes les plus fréquentes est Valbuminurie qui peut causer l'amblyopie en produisant la rétinite et ïurémie.
La rétinite avait été attribuée à la dégénérescence des vaisseaux rétiniens, dégénérescence causée par lajnéphrite chronique (GuU, Sulton, Sotnischenska) ou par la rétention dans le sang de certaines parties de l'urine (de Graefe, Nagel). La rétinite albumiuurique se produit aussi bien chez les primipares que chez les multipares; chez ces dernières, elle survient tantôt à toutes les grossesses, tantôt à quelques-unes seulement (Brecht). Son époque d'apparition est variable; elle se complique souvent d'accidents cérébraux plus ou moins graves; les attaques d'urémie sont fréquentes et coïncident quelquefois avec des troubles visuels. Le pronostic est favorable; le plus souvent la guérison suit immédiatement l'accouchement. La rétinite albuminurique peut se compliquer de décollement de la rétine; d'après les faits observés (Herter, Schrœder, Brecht, de Graefe), le pronostic paraîtrait plus favorable que dans les cas de décollement en dehors de la gravidité ; le rattachement spontané ne se produit alors en effet que dans des cas tout à fait exceptionnels.
Quant à Vamaurose urémique, le tempérament et la constitution du sujet sont sans grande influence sur son développement; elle naîtrait plutôt par suite de l'ébranlement de tout le système nerveux (Webcr). L'urémie ne serait pas,
W-2 GROSSESSE (pathologie).
d'après Arlt, la cause directe de l'amaurose, qui serait due à la compression des nerls optiques par des vaisseaux sanguins temporairement hyperémiés. Weber admet l'existence d'un agent qui, en ébranlant tout le système nerveux, amènerait la paralysie des nerfs optiques. Hecker attribue l'amaurose survenant dans l'éclanipsie à un œdème rétro-rétinien passager. Forster et Heymann ont constaté la tuméfaction du nerf optique qui indiquerait un accroissement de la pression intia-crânicnne ou \m œdème du cerveau. Dans les cas nombreux où i'ophthalmoscope ne révèle rien, on pourrait admettre la théorie de Frerichs qui explique la maladie par l'intoxication des centres cérébraux par ceitaiues parties de l'urine.
L'ictère de la grossesse peut amener également des troubles de la vue; tels sont les cas rares cités par Landsberg et Na^gelé, dans lesquels il est difficile de déterminer l'inlluence pathogénique de l'ictère sur les troubles visuels.
Les hémorrhagies pendant la parturition sont une cause fréquente de troubles visuels qui n'ont g.'néralement pas de gravité.
Quant aux troubles visuels qui surviennent sans qu'il existe de maladie générale, ils peuvent s'expliquer par l'affaiblissement de la constitution causé par la grossesse (changement dans la composition du sang, troubles digestifs, etc.); lorsque ces accidents surviennent chez des femmes bien portantes, il faut en chercher la cause dans la relation encore peu connue qui existe entre l'utérus et les autres organes.
Certains troubles visuels présentent une certaine analogie avec ceux qui sont causés par des hémorrhagies; la faculté visuelle baisse soit dans un œil, soit dans les deux, en même temps que surviennent d'autres troubles nerveux. Généralement la cécité devient complète. Lorsque la vue n'est pas entièrement perdue, elle diminue généralement dans les grossesses suivantes. L'ophthalmoscope indicjue alors les symptômes de l'atrophie du nerf optique et quelquefois ceux de la névrite optique.
Certains troubles visuels de la gravidité ou des couches se distinguent par leur existence passagère. L'ophthalmoscope indique l'état normal ou tout au plus un léger engorgement des vaisseaux. Le pronostic est favorable. Dans quelques cas de ce genre, on constata l'apparition soudaine de l'amaurose avec attaques d'éclampsie sans qu'on trouve de l'albumine (Coccius). Dans d'autres cas, l'éclampsie était remplacée par des symptômes analogues (Kraus, Weber, Eastlake, Becker). Parfois l'amaurose apparaît spontanément sans être accompagnée de phénomènes nerveux (Desmarres, Ringland, Ullersperger).
Les troubles visuels sont parfois causés par un scotome central : c'est la forme la plus fréquente (Galezowski). Les objets paraissent voilés ou même invisibles; pourtant le scotome est généralement transparent, de sorte que la vision en est gravement troublée. Cette affection dure assez longtemps, deux à trois semaines et quelquefois pendant toute la gravidité. Galezowski croit que Tamblyopie passagère de la gravidité est causée par le spasme des vaisseaux des centres nerveux dans tous les cas où l'examen ophthalmoscopique est négatif; Stellwag et Desmarres l'expliquent par une congestion. Arlt rattache l'amaurose passagère, surtout celle des premiers mois de la gravidité, à une maladie sympathique des nerfs optiques; Lansdberg incrimine une action réllexe. En tout cas, l'issue heureuse, l'absence de signe ophthalmoscopique, semblent indiquer que les tissus des organes n'ont pas subi de transformation pathologique
grave.
GROSSESSE (pathologie). 145-
A côté des amblyopies passagères on peut ranger les cas d'hémiopie (Desmarres) et (le scotouie scintillant (Schœn).
Les troubles dans la perception des couleurs pendant la grossesse sonl mentionnés dans ime courte note parue dans v. Graefes Arch. f. Ophth., 1881, t. Il, p. 10; on y dit que des cas de daltonisme ont été observés par Clemens. Galezowski mentionne des observations analogues faites par Sous.
Différents cas de diminution de la sensibilité de l'œil ont été rapportés par Hecker, Rùstner, Coccius, Spengler, Wachs, Leber, Lutz. Dans tous les cas où l'accouchement a été suivi d'amélioration, la relation entre l'affection et la gravidité n'est pas douteuse. La sup[)ression de la réaction des papilles, sauf dans le dernier cas de Lutz, paraît remarquable. Quant au siège de l'affection, il est probable qu'il se trouve dans les libres des nerfs optiques ou dans la rétine. 11 s'agit probablement d'une diminution de la sensibilité de la couche rétinienne sensible à la lumière, diminution pouvant être causée par des troubles de la nutrition. Hecker croit également qu'un défaut de nutrition de la rétine est la cause de l'héméralopie. Spengler voit dans l'héméralopie une conséquence de la transformation que subit le système nerveux, sous l'influence de causes physiques et morales multiples.
A côté des cas précédents, on peut ranger un cas de glaucome observé par Landbberg : d'après cet auteur, la relation entre l'affection des yeux et la gravidité est prouvée par l'amélioration survenue après l'accouchement, ainsi que par l'aggravation causée par l'inflammation puerpérale. Quoique causés tous deux par la gravidité, l'amaurose et le glaucome constituaient deux affections séparées, attendu que l'amaurose s'était déjà produite antérieurement.
Dans certains cas, la gravidité paraît avoir causé des anomalies dans les vaisseaux de l'œil. Un cas de glaucome hémorrhagique est mentionné par Galezowski. Une hémorrhagie du corps hyaloïde a été observée à la clinique de Tubingue. L'œil droit ne percevait plus que les mouvements de la main, et restait dans cet état. L'œil gauche était moins gravement atteint. L'accouchement n'a pas arrêté l'aggravation graduelle de l'affection, et après plusieurs améliorations passagères la faculté visuelle s'est abaissée au même degré que celle de l'œil droit.
Il existe plusieurs exemples d'hémorrhagies rétiniennes pendant la gravidité (W^ernicke, Kûstner).
Un cas d'anévrysme miliaire a été observé par Galezowski (iîecweiï d'op/i(/iaim.,- 1873), ainsi que certaines affections des conduits lacrymaux.
Démaisgeajsons sans i.merruption sur toute la surface du corps. « Aous avons été consulté, dit Sloltz, plusieurs fois pour des femmes mariées qui aussitôt qu'elles étaient devenues enceintes éprouvaient sur toute la surface du corps (à capite ad calcem) des picotements sur la peau, qu'elles appelaient des démangeaisons, et qui ne faisaient qu'augmenter avec les progrès de la grossesse et ne cessaient qu'après l'accouchement, lequel survenait toujours avant le terme » (article Grossesse. In Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques).
Stoltz rapporte trois observations qui légitiment la gravité du pronostic qu'il porte dans les lignes précédentes. ÏNous-même avons eu l'occasion d'observer deux cas semblables: dans l'un, l'accouchement eut lieu à sept mois; dans l'autre, il se fit à terme.
Quelquefois les démangeaisons ne se produisent que dans des régions limitées
14i GROSSESSE (bibliographie).
(Hebra), et dans ces cas le pronostic est moins grave, raccoucliement allant presque toujours à terme.
On ne sait aujourd'hui quelle est la cause de ces démangeaisons qui quelquefois reparaissent à chaque grossesse et à la même e'poque.
Le traitement qui semble le mieux réussir est l'ingestion d'hydrate de chloral à haute dose {voy. Albumi>urie, Rein, l'Œuf {maladies de), Placenta, Foie, Avorte ment).
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§ III. Grossesse compliquée. Dans ce chapitre nous étutlierons non pas toutes les complications qui peuvent se rencontrer ou survenir pendant l'état de gestation, ce qui serait à l'heure actuelle absolument impossible, mais seulement celles qui par leur fréquence, par leur influence, ont été l'objet de travaux sérieux.
I. Appareil génital. Hernies DE l'utérus. « La présence de la matrice, dit Schultze (traduction du professeur tlei-rgott, p. 407), — du corps de l'organe seulement, — dans un sac herniaire, est très-rare. Parmi les cas signalés dans la littérature ancienne, on n'en a observé qu'après le commencement d'une grossesse. » Nous ajouterons que ces cas auraient été probablement toujours méconnus, si la grossesse n'était venue déceler la situation anormale de l'organe gestateur. Avec Gazeaux, Schultze, Tarnier, nous ferons remarquer que la plupart des observations se rapportant à de soi-disant hernies de la matrice ne sont autre chose que des cas d'éventralion avec antéversion utérine consécutive.
Mais la véritable hernie utérine, celle qui se fait à travers les orifices inguinal ou crural, peut exister, bien qu'on se soit demandé s'il ne s'agissait pas plutôt
152 GROSSESSE (pathologie).
(l'une grossesse extra-utérine développée dans un sac herniaire que d'une hernie utérine (Schultze). Il est vrai que cette dernière est elle-même contestée.
Dans la plupart des cas le déplacement de l'utérus avait eu lieu avant la écoudation (Cazeaux). Les cas dans lesquels l'utérus aurait en se développant dilaté peu à peu soit l'anneau crural, soit l'anneau inguinal, sont loin d'être admis sans conteste.
Quelquefois cependant une hernie antérieure a semblé favoriser la production de la hernie de l'utérus comme dans le cas de Ladisma, rapporté par Cazeaux et publié dans la Gazette médicale en 1840.
Lans la plupart des cas observés il s'agissait de hernies inguinales, bien qu'on ait aussi observé des hystérocèles crurales (Schultze). On a constaté dans la hernie la présence d'une corne devenue gravide appartenant à un utérus bicorne.
D'après les auteurs le diagnostic serait assez facile. La symptomatologie ne présenterait rien de particulier. Quant à la marche, si l'avortement a été le plus souvent observé, on a vu des femmes aller à terme avec un utérus hernie.
Quant au traitement, il doit varier suivant l'époque de la grossesse. Tout à fait au début la réduction pourrait être tentée, mais le diagnostic le plus souvent sera impossible. Dès que la grossesse est reconnue, l'avortement provoqué est indiqué, Scanzoni l'a ])ratiq\ié avec succès. Si la grossesse est à terme, ou assez avancée j)our que l'enlant soit viable, il faut pratiquer l'hystérotomie, comme Ladisma l'a fait avec succès.
Schultze conseille de pratiquer l'opération de Porro et de provoquer des adhérences du moignon utérin dans l'anneau herniaire.
Du PROLAPSUS DE l'utérus. Aiusi que le fait remarquer Schultze, on est étonné de voir le prolapsus utérin entraîner si peu de troubles du côté des fonctions génitales lorsque l'ectopie utérine n'est pas compliquée de métrite ou d'ovarite. Quel que soit le degré du prolapsus, que le col soit au niveau de la vulve, ou soit hernie à travers l'orifice vulvaire, la fécondation est possible.
Lorsqu'une femme atteinte de prolapsus devient enceinte, on peut observer des symptômes et une marclic qui diffèrent suivant que l'utérus en augmentant de volume remonte dans la grande cavité abdominale, ou bien descend de plus en plus.
Dans le premier cas, le prolapsus persiste [ei môme s'accuse pendant les premiers mois, puis, à un moment donné, son volume l'empêche de descendre davantage et bientôt il s'élève; le prolapsus s'atténue, s'amoindrit et même disparaît.
La grossesse évolue jusqu'à terme comme dans les cas normaux. Quelquefois, le prolapsus reparaît au moment du travail.
Dans d'autres cas, l'utérus ne peut, sous l'influence d'une cause quelconque, s'élever au-dessus du détroit supérieur. 11 se produit alors des phénomènes d'étranglement et consécutivement l'avortement. Hùter a signalé deux cas de mort survenus dans ces circonstances.
L'utérus hernie devenu gravide peut-il se développer jusqu'au terme en restant pendant entre les cuisses de la femme, le vagin complètement retourné lui fournissant une enveloppe? Tandis que certains auteurs le pensent, d'autres le nient.
Le traitement pendant la grossesse doit consister à faire garder le repos dans le décubitus dorsal et à tenter la réduction.
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La réduction obtenue, doit-on chercher à maintenir l'organe en bonne situation à l'aide d'un pessaire? Quelques auteurs, redoutant la présence permanente d'un corps étranger, ne sont pas partisans de l'introduction des pessaires; d'autres n'hésitent pas à en conseiller l'emploi. Nous avons deux fois enlevé chez des femmes enceintes de cinq mois des pessaires qui avaient été introduits dès les premiers mois de la grossesse pour remédier au prolapsus. Dans les deux cas, la grossesse alla à terme sans que le prolapsus se reproduisît, même au moment du travail.
Si la réduction est impossible, on serait autorisé, en raison des menaces d'étranglement et d'incarcération, à provoquer l'avortement.
De l'allongement hypertrophique et œdémateux du col de l'utérus pendant • LA grossesse. L'hypertrophie de la portion vaginale du col, pas plus que l'hypertrophie de la portion sus-vaginale, ne met un obstacle absolu à la fécondation. Lorsque la grossesse survient chez une femme atteinte d'allongement hypertrophique de la portion vaginale, elle évolue jusqu'à teime, n'entraînant pour la femme qu'une sensation de gêne, de pesanteur, et quelquefois un certain degré de hernie du col qui apparaît au niveau de la vulve sous la forme d'une tumeur rouge et dans certains cas saignante et ulcérée.
Quant à l'hypertrophie de la porlion sus-vaginale, malgré les observations de Martin, nous croyons avec Howitz (communication au Congrès de Copenhague, 1884) que la grossesse ne présente rien de fâcheux dans son évolution, si ce n'est l'erreur de diagnostic que l'on peut commettre au point de vue de son âge dans les trois ou quatre premiers mois.
L'œdème du col pendant la grossesse a été bien étudié par M. Guéniot {Archivés de médecine, 1872). Rare pendant les premiers mois, il s'observe plus souvent dans les derniers mois. C'est encore une exagération d'un phénomène physiologique. Tantôt le col est simplement considérablement hypertrophié, d'autres fois il constitue une véritable tumeur qui peut apparaître à la vulve. L'œdème porte rarement d'une façon égale sur les deux lèvres.
11 peut être fugace ou permanent. Le simple repos le fait souvent disparaître quand la cause de la compression n'est pas permanente comme la présence d'une tumeur : kyste de l'ovaire, tumeur fibreuse^ etc.
Nous ne croyons pas que l'œdème du col expose aussi souvent qu'on l'a dit à l'accouchement prématuré. Dans six observations où l'œdème du col était très-net et très-accentué, nous avons vu la grossesse aller à terme.
Déviations latérales de l'utérus. Ces déviations sont rares. Elles sont congénitales ou acquises. Le plus souvent elles n'ont aucune influence sur la grossesse. Cependant elles peuvent dans certains cas devenir la cause de différents troubles morbides et même, d'après Lazarewitcli {Des déviations latérales congénitales de la matrice. In Annales de gynécologie, juillet 1885).
Cet auteur a observé chez une malade dont l'utérus occupait congénitalement le côté gauche du bassin, au commencement de trois grossesses consécutives, la diminution de la sensibilité cutanée au niveau de la jambe gauche, avec apparition d'œdème et de varices. Puis ces symptômes morbides augmentaient au point d'empêcher la malade de marcher, et finalement aboutissaient à une fausse couche du troisième au quatrième mois.
Du cancer de l'utérus. La fécondation peut s'observer chez une femme atteinte de cancer de l'utérus. Cette complication de la grossesse a été remarquablement exposée dans la thèse d'agrégation de M. Bar, accoucheur des hôpi-
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taux, à laquelle nous ferons de nombreux emprunts {Du cancer utérin pend/int la grossesse et V accouchement, 1886).
Influence de la grossesse sur le cancer. Contrairement aux ide'es de SiebolJ, le cancer ne subit pas de régression et n'a jamais disparu complètement pendant la grossesse. Dans les cas les plus heureux, le cancer est resté stalionnaire au point do vue de son évolution, et cela aurait été observé pendant plusieurs grossesses successives (Levei-, Gonner).
Mais le plus souvent la grossesse hâte l'évolution du cancer et sa généralisation. Les douleurs se montrent plus vives, les sécrétions deviennent plus abondantes, les hcmorrhagies plus intenses, en même temps que la cachexie fait des progrès assez rapides pour que dans certains cas on ait vu les femmes, épuisées, mourir avant la lin de la grossesse et l'apparition du travail.
Influence du cancer sur la grossesse. En raison de l'état général et de l'état local on observe assez souvent l'expulsion prématurée du produit de conception.
Cohnstein, sur iOO cas, a noté :
Cas où la grossesse est arrivcje à Irrme (JS
Cas où il y eut accoiicliement prématuré .15
Cas où il y eut avorteiiKiit 15
Cas où il y eut accouchement rclarJé -
llermann, sur 151 cas, a noté :
Cas où la Rrosscsse est arrivée à terme 'IT,
Cas où il y eut accouchement prén>aturé 31
Cas où il y eut avorlemeiit 18
Bar a rassemblé 151 cas, et ses chiffres se rapprochent de ceux de Cohnstein; la grossesse arriverait à terme dans les deux tiers des cas.
Le cancer de l'utérus semble troubler singulièrement le développement du fœtus, fait qu'il ne faut pas oublier quand la question de l'opération césarienne se pose alors que la grossesse n'est pas à terme.
Le diagnostic du cancer de l'utérus, toujours difficile à faire au début, est quelquefois difficile pendant la grossesse alors même que la tumeur est assez développée. Ce sont les hémorrhagies qui peuvent constituer la cause d'erreur et faire croire à une insertion vicieuse du placenta.
La difticulté est plus grande encore quand, comme dans le cas de Fischl signalé par Bar, il y a en même temps cancer du col et placenta prœvia.
On a quelquefois confondu la tumeur cancéreuse avec une partie fœtale. 11 faut ajouter que la présence du cancer peut rendre le diagnostic de la grossesse également plus diflicile. Freudenberg a rapporté un cas dans lequel il y avait à la fois cancer du col et rétroversion de l'utérus gravide.
Le traitement du cancer, à moins de circonstances exceptionnelles, doit être palliatif pendant la grossesse. On doit avoir pour but d'empêcher les hémorrhagies, de tarir autant que possible les sécrétions, d'entretenir le vagin aussi aseptique que possible et de soutenir les forces de la malade par tous les moyens possibles.
Le traitement chirurgical, amputation du col, extirpation de l'utérus, est loin de donner de bons résultats. Nous pensons, avec Schrœder, quej'amputation du col est seulement indiquée quand il y a des hémorrhagies graves, fréquentes et. incoercibles.
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L'interruption de la grossesse, conseillée par quelques auteurs, Robert Lee^ Bauer, llermann, est loin de rallier tous les suffrages. Scanzoni et West conseillent d'interrompre la grossesse pour éviter les causes de dystocie de l'accouchement à terme. Pour eux, le moment où doit se faire l'interruption doit varier avec l'importance de l'obstacle à l'expulsion Simpson conseille l'accouchement prématuré le plus tard possible et quand l'accroissement rapide de la tumeur fait craindre qu'un accouchement par les voies naturelles ne puisse se faire^ qu'au prix d'une intervention mortelle pour le fœtus.
Des tdmeurs FiniiEUSES. Si les fibromes utérins ne constituent pas un obstacle absolu à la fécondation, tous les auteurs s'accordent aujourd'hui à reconnaître qu'il existe une relation entre la stérilité et la présence des fibromes utérins. En réunissant tous les faits observés par Michels, Rolirig, Beigel, Winckel, Schrœder, Mac Clintok, Scanzoni, Mangiagalli, Lefour a trouvé que sur 947 femmes atteintes de fibromes utérins 517 étaient stériles, soit 1 sur 2,98. Cette diminution dans l'aptitude à la reproduction a été constatée par tous les auteurs qui se sont occupés de cette question (Lefour, thèse d'agrégation, 1880).
D'après les recherches deChahbazian (thèse, 1882), la proportion des fibromes du col de l'utérus gravide à ceux du corps est plus élevée que celle de l'utérus à l'état de vacuité. Tandis qu'à l'état de vacuité Jafford Lee, sur 74 cas, a trouvé seulement 4 fois des fibromes du col; Guyon sur IH cas 21 fois; Sims sur 114 cas 2 fois, Chahbazian, ayant pu réunir 580 cas de fibromes compliquant la grossesse, en a trouvé 500 au niveau du corps et 80 au niveau du col. Sur ces 80, 58 étaient sous-muqueux pédicules, 10 étaient sous-muqueux. sessiles, 29 étaient interstitiels, 2 étaient sous-péritonéaux.
Influence de la grossesse sur les fibromes. Les corps fibreux s'hypertrophient, se ramollissent et se vascularisent pendant la grossesse et surtout vers la fin (Depaul, Tarnier).
Ceux qui se ramollissent le plus sont ceux qui sont le plus en rapport avec la paroi utérine et ceux dont la richesse en fibres musculaires est la plus accusée, par ordre : myomes, fibro-myomes, fibromes. Ces derniers n'offrent qu'un très-léger degré de ramollissement.
Le ramollissement est généralement moins accusé dans les fibromes du col que dans ceux du corps, il ne se montre qu'à la fin de la grossesse ou au début du travail. Chahbazian pense que cela tient à ce qu'ils sont plus souvent pédicules. A côté de ce ramollissement d'ordre physiologique, il en est un autre d'ordre pathologique. Quelquefois la dégénérescence est telle que toute la tumeur paraît fluctuante et peut être prise pour un kyste. Guéniot et Ashwel, contrairement à l'opinion de la pluralité des accoucheurs, n'admettent que ce ramollissement et nient l'autre. En dehors de l'hypertrophie et du ramollissement, les fibromes utérins sous l'influence du développement et du déplacement du globe utérin peuvent subir un aplatissement et un déplacement. Assez souvent les fibromes deviennent douloureux pendant la grossesse, quelquefois ils subissent la dégénérescence graisseuse, colloïde ou myxomateuse, suppui'ent ou se gangrènent;.
Influence des tumeurs fibreuses sur la grossesse. Les tumeurs fibreuses peuvent être cause de grossesse extra-utérine et d'insertion vicieuse du placenta. Lefour a trouvé, sur 507 cas, 15 fois l'insertion vicieuse, soit 1 sur 25,61 .
Les tumeurs fibreuses, quoique prédisposant à l'avortement, permettent sou-
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y«nt à la grossesse d'aller à ternie. Sur 227 cas, Lefour a trouvé 59 avortcments, soit 1 sur 5,82, et 25 aocouchoments prématurés. Cliahbazian, sur 75 cas de fibromes du col, a noté 8 avortements, soit 1 sur 9,9. Il est rare que dans les cas de fibromes du col la grossesse aille à terme, presque toujours on a observé un accoucbement prématuré. Les bémorrbagies sont assez fréquentes et s'observent le plus souvent au moment de la période qui correspond à celle des règles*. Les complications le plus fréquemment observées sont les symptômes de compression : constipation, rétention d'urine, crampes, névralgies, douleurs insupportables, nécessitant une intervention (Tarnier), de la péritonite. Une complication non moins fréquente est la rétroversion de l'utérus produite par les fibromes.
Enlin les présentations du siège et de l'épaule sont fréquentes dans les cas de tumeurs fibreuses. Le pronostic est en rapport avec le volume, le nombre et le lieu d'insertion des fibromes. Le pronostic est plus grave pour les fibromes du col que pour ceux du segment supérieur et moins que pour ceux du segment inférieur; les fibromes interstitiels sont plus dangereux que les sous-péritonéaux et ces derniers plus que les sous-muqueux.
AUTEURS