‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.47Chapitre 41 sur 126 · OnuSSESSE (médecine légale · texte numérisé non relu

OnuSSESSE (médecine légale

La question de la viabilité se présente ensuite : au point de vue médical elle est une condition nécessaire pour l'opération. « Si c'était uniquement pour sauver l'enfant, dit Gardien, on ne devrait guère y recourir avant six mois révolus. Depaul n'admet pas l'opération pour les femmes qui ne seraient pas au moins au commencement du cinquième mois. L'Académie de médecine, dans ses conclusions (7 mars 18G1), n'a pas fixé d'époque, mais elle exprime comme condition l'aptitude à la vie extra-utérine. La viabilité légale est de cent quatre-vingts jours ; les progrès de l'art peuvent donner des chances de vie à une époque inférieure. En ce qui concerne la viabilité, le doute est possible, et il doit s'interposer en faveur de l'opération, et si, dans cotte incertitude, on a opéré sur une femme morte pour un fœtus non viable, l'opération au moins n'a pas été nuisible. La limite médicale a été fixée à sept mois révolus par M. Stoltz, par d'autres à six ou même cinq, pour tenir compte des chances d'erreur. Nous avons vu que le baptême intra-utérin répond, au-dessous de ces limites, aux scrupules religieux.

L'auscultation et les mouvements ne laissent aucun doute sur la vie de l'enfant, mais la difficulté existe pour les cas de mort apparente; le cœur affaibli vient de cesser de battre ou n'est plus entendu. Le point important est ici de déterminer depuis combien de temps les signes de vie ont cessé. Si les battements du cœur n'ont cessé que depuis quelques minutes, on a la chance encore de les ranimer. La température de l'utérus fournit un indice de vie aussi lon^^temps qu'elle dépasse celle du vagin. 11 y a ici une limite indécise dans laquelle comptent en faveur de l'opération les plus faibles probabilités que la vie n'est pas éteinte.

Pour apprécier les chances de l'opération, on tient compte du genre de mort de la mère. La différence à cet égard est entre les morts ra])ides ou lentes, par cause externe ou par cause interne. On admet que les maladies prolongées, qui ont épuisé les forces de la femme, laissent peu d'espoir ; il en est de même pour les morts par hémorrhagie ou par convulsions. Le plus souvent alors c'est l'enfant qui a succombé le premier. Il en est de même pour les maladies infectieuses à marche rapide, comme le choléra. Les morts subites, de causes diverses, les morts accidentelles, par submersion, par coups sur la tête, par blessures, laissent plus de probabilité de succès.

Combien de temps le fœtus peut-il survivre à la mère? Cette survie peut être de quinze à vingt minutes, dit M. Stoltz, à la condition que l'enfant ait été bien vivant et bien portant au moment du décès de la mère. L'emhryon, dans l'œuf expulsé et intact peut vivre près d'une heure. Letenneur cite un embryon de cinq mois qui, expulsé dans ses enveloppes, le quinzième jour d'une fièvre typhoïde, remuait encore après trois quarts d'heure. Ces faits sont en rapport avec les expériences de Buffon, qui a vu de jeunes chiens vivre pendant une demi-heure et plus, renfermés dans les membranes. Les observations anciennes d'opérations césariennes indiquent des survies prolongées ; la plupart sont peu authentiques. Can"iamella, Dinouard, Debreyne, ont réuni ces exemples fabuleux de succès obtenus après vingt-quatre heures, deux jours et même trois. Nous consentons, dit Kergaradec, à ce qu'on les range très-indistinctement dans la classe des faits contestables ou incertains, pourvu qu'on nous accorde en même temps que le bénéfice du doute doit être acquis aux malheureux enfants. Cette concession est même difficile à faire en présence des résultats que constate l'obstétrique moderne. Velpeau pense que l'opération est inutile une ou deux heures après la mort. Campbell a eu un succès après 10 minutes, Lafargue après 15,

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Rinaut et Depaul après 15 à 20. Depaul cite en même temps 22 insuccès clans des cas d'opération immédiate ou après quelques minutes seulement. Monod a réussi après 12 minutes, l'enfant vécut 5 heures. D'autres observations sont comprises entre 10 ou 20 minules. Le fait de la princesse de Schwartzenberg, victime d'un incendie à Paris en 1810, et dont l'autopsie pratiquée le lendemain aurait fait découvrir un enfant vivant, n'est qu'indiqué par Gardien sans |)rocès-verbal aulhenti(jue. Dans un cas relaté par Kergaradec, en 1846 et qui dotma lieu à des poursuites, l'enfant aurait été trouvé vivant, bien que la femme n'eût été ouverte que le lendemain de l'accident; l'opération n'avait pas été pratiquée par un médecin et cette survie n'était pas prouvée. Les observations modernes ne présentent (jue de rares réussites, même dans les cas d'opérations laites peu de tem[)s après la mort. Beaucoup d'enfants sont extraits morts, d'autres n'ont qu'une vie éphémère dont la durée ne dépasse pas quelques minutes. Le médecin a donné satisfaction à un scrupule religieux et il a rempli son devoir ; bien rarement il a la satisfaction d'une réussite complète.

Les statistiques anciennes indiquent des résultats bien différents. Cangiamella donne une proportion de 88 succès sur 94 cas; Cammazan, en quarante-quatre ans, aurait fait 00 opérations dont 54 auraient réussi, l'une après 48 heures; Amat (de Montréal) a eu 21 réussites presque toutes après quelques minutes ; une ftiuime foudroyée aurait été opérée utilement 3 heures 1/2 après la mort. D'après le tableau de Devillers, sur 79 cas, on aurait obtenu 58 enfants vivants, dont les proportions varient ainsi suivant les époques : de 1560 à 1652, 4 réussites sur 4 cas; de 1702 à 1798, 56 succès sur 47 ; 18 sur 28, de 1801 à 1850. On avait eu ce résultat singulier que les survies étaient d'autant plus fréquentes que les enfants étaient plus jeunes, 6 réussites sur 7 cas, à l'âge de 5 à 5 mois; 16 sur 19, de 6 à 7 mois; 29 sur 45 cas, d^î 7 à 9 mois. Quant à l'époque de l'opération, les grands succès correspoii^ draient aux opérations tardives, d'une heure à quarante-huit hejwes après la mort, 15 réussites sur 17 cas, taudis que sur 56 cas d'opérations "promptes on aurait eu 19 réussites et 17 morts. Les succès des opérations tardives appartiennent au commencement du dix-huitième siècle, à l'exception de deux plus récents dont un daterait de 1807, l'autre de 1816. Sur 79 cas, la durée de la vie compterait par minutes pour 17, par quarts d'heure pour 9, par demi-heure pour 3, par heure pour 16, par jour pour 2, enfin 12 enfants auraient continué à vivre. D'après une statistique de liiecke en 1827, sur 52 cas on compte 25 morts. Un autre relevé portant sur 60 observations faites dans les 10 premières minutes donne 12 enfants vivants et 48 morts; api'ès 12 à 50 minutes, 3 vivants et 15 morts ; de 50 minutes à 1 heure, 1 enfant en vie et 19 morts; après 2 heures, sur 6 cas, un vivant contesté et 5 morts; au delà de 3 heures, sur 25 cas, aucun succès. La réussite après 2 heures aurait été obtenue près de Dusseldorf, en 1825, par une sage-femme qui fit l'opération avec un canif. Dans une autre statistique sur la durée de la vie, sur 17 enfants : 7 ne vécurent que quelques minutes, 7, un quart d'heure à 2 heures; un, 24 heures; un, 5 jours; un, 2 jours. D'après Guéniot [Gazelle des liôpitaux, 1861), un seul aurait continué à vivre.

L'indication première est donc de faire l'opération aussi promptement que possible après le décès. « Dix minutes au plus tard après la cessation de la respiration de la femme, pour avoir la moindre chance de succès. )> 11 est certain qu'après un quart d'heure les probabilités sont très-faibles d'extraire un enfant

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vivant, et presque nulles d'obtenir un enfant qui continue à vivre. On a proposé d'essayer d'abord d'extraire l'enfant par les voies naturelles. Ce procédé aurait l'avantage d'une action immédiate qui pourrait commencer pendant l'agonie ou avant que le décès de la mère fijt certain ; c'est plus facile, plus prompt, à la portée d'une sage-femme, et on évite le délai nécessaire pour clierclier le chirurgien. Mais la pratique n'a pas répondu à cette espérance. Si l'on peut citer quelques cas de réussite de l'extraction par les voies naturelles, dit M. Stoltz, c'est que le travail était déjà avancé. II faut considérer comme de grandes exceptions les cas dans lesquels l'extraction par les ])ieds a donné des résultats heureux, tandis que les enfants extraits par l'opération césarienne naissent vivants, s'ils l'étaient avant. La version est périlleuse; la vie si faible peut s'éteindre pendant les elTorls de traction. M. Letenneur cite l'observation du docteur Battaille qui, par la version faite quelques minutes après la mort de la mère, relira un enfant qu'on put rappeler à la vie, mais qui expira au bout de quelques heures. L'application du forceps n'est guère utile que dans le cas oii la tète fortement engagée dans le canal pelvien peut être facilement et rapidement extraite. Un cas de succès de cette opération post mortem est cité dans la thèse de Miinch. L'accouchement forcé, même avec le débridement du col, n'a pas réussi. L'opération césarienne vaginale est considérée comme une demimesure d'utilité cniUcstiible. L'opération césarienne reste le moyen le plus sur et le plus inolfensif pour le fœtus. On la pratique avec toute la célérité possible, suivant les règles de l'art comme sur le vivant. La recommandation est faite de rechercher si la matrice ne contient pas un second fœtus. Trois ou quatre minutes peuvent suffire pour extraire l'enfant et le médecin a rempli, utilement parfois, le dernier devoir qui se rattache pour lui au fait de la grossesse.

G. Tourbes.

BiBLioGRArniE. — Ces indications comprennent les traités de médecine légale et d'obstétricic qui se sont pins spécialement occupés de la grossesse au point de vue médico-légal, les monographies et les travaux sur les questions spéciales.

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