‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.47Chapitre 91 sur 126 · C. riibiginosum De Vr. — Id · texte numérisé non relu

C. riibiginosum De Vr. — Id

Sapota Achras Mill. [Achras Sapola L.). — Amérique tropicale.

Mimusops Balata G^rtn. — Guyane.

M. Elengi L. — Inde.

M. Manilkara G. Don. — Id.

Bassin Junghiana De Vr. — Malaisie.

B. sericea Bl. — Java.

Keratophorus Wightii Hassk. — Sumatra.

A'. Leerii Hassk. — Java.

K. longipetiolatus Teïsm. — Id.

Cacosmanthis macrophyllus Hassk. [? Payena). Java.

Imbricaria coriacea DC. — Iles Mascareignes.

Liicuma mamviosa GiERTN. — Amérique tropicale.

Dipholi» javanica De Vr. — Java.

D. cuneata De Vr. — Id.

D. sericea De Vr. — Id.

D. argentea De Vr. — Id.

Divers autres Mimusops, Bassia, Payena, etc., qui étaient jusqu'ici indéterminés, peuvent aussi donner une gutta de qualité variable. II faut d'ailleurs bien noter que, dans la liste qui précède, plusieurs plantes à gutta figurent sans

GUTTA-PERCIIA (botanique). 659

tloute chacune sous plusieurs noms, et, de plus, que les Cacosmanthiis et les Keratophoms sont des Payena, et la plupart des honandra décrits, des Dichopsis {PalarjHUim). 11 est certain que la meillein'e des gutta de l'Aniérique est produite par le Mimusops Balata G.€rtn (?), et je tiens de M. Pierre qu'il y a •des Sapotace'es dans l'Archipel Indien qui donnent un meilleur produit que le Palaquium Gutta, aujourd'hui d'ailleurs à peu près épuisé dans les localités où on l'exploitait. Tout récemment, en el'fet, M. Pierre, ancien directeur du jardin hotanique de Saigon, a pu étudier en Angleterre et en Hollande les types des -principaux arbres à gutta qui sont ou qui peuvent être exploités ; il en a trouvé beaucoup de nouveaux, et voici les principaux par lui décrits dans le Bulletin mensuel de la Société Linnéenne de Paris (497, 505, 519, 523).

Le Palaquium Oxleyanum Piehue est un arbre observé par Maingay à Singapour, et pourrait bien avoir été pris pour le vrai P. Gutta, car il a été envoyé sous ce nom à Teysmann, au jardin botanique hollandais de Buitenzorg, il y a une trentaine d'années. W. Hooker, qui a probablement aussi confondu plusieurs espèces sous le nom de Isoyiandra Gutta, avait reçu des échantillons d'Oxley, mais M. Pierre n'a pu les voir dans l'herbier de Kew.

Le p. malaccense Pierue est une nouvelle espèce que Mme Errington de la Croix vient de recueillir dans la presqu'île de Malacca, près de Lakat-Perrak, où l'arbre porte le nom de Gutta terbow mera. C'est un arbre à feuilles elliptiques ou oblongues, courtement acuminées, à 48-56 costules. Ses fleurs ont 12-14 étamines. Il donne une gutta de première qualité, et c'est, d'après M. Pierre, une des meilleures espèces à propager. Espérons que notre gouvernement, ou plutôt des particuliers intelligents, en introduiront la culture, de même que celle d'autres espèces précieuses, dans quelques-unes de nos colonies tropicales !

Le P. formosum Pierre serait aussi une bonne espèce à gutta. Elle a des feuilles oblongues ou oblongues-lancéolées. Ses fleurs sont réunies par 2-6; elles ont des sépales et des pétales ciliés. Son fruit est oblong, atténué aux deux -extrémités. Les costules de ses feuilles sont au nombre de 44-50. L'arbre est commun à Malacca où l'ont récolté Maingay, M. de Saint-Pol-Lias etMmeErr. de la Croix. 11 se trouve aussi à Sumatra, vers Assakan et sur les bords du fleuve Siak, comme le prouve un échantillon étudié dans l'herbier de Leyde par M. Pierre, qui croit qu'on devra probablement rapporter à cette espèce, comme ydiùéié sumatranum, V honandra Gutta, var. sumatrana de Miquel.

Le P. Princeps Pierre, bel arbre de Bornéo, qui peut aussi donner de bonne qutta, egt une espèce à feuilles oblongues ou obovales-oblongues, cuspidées, à 56-62 costules, et à fleurs groupées par 6-8, pourvues d'un épais disque pulviné et d'un ovaire hémisphérique ou ovoide-aigu. De Yriese l'a récolté dans le pays de Jambas.

Le P. borneense est aussi une espèce dont le produit, dit M. Pierre, ne le cède en rien à celui des Palaquium qui précèdent. Il serait, ajoute-t-il, facile de la cultiver et de la sauver d'une destruction inévitable. Ses feuilles sont oblongues-lancéolées ou légèrement obovales, chargées en dessous d'un duvet soyeux roux ou pourpré ; elles ont de 42 à 50 costules. L'arbre était commun jadis, d'après Teysmann, à Pontianak, dans l'ouest; il est devenu rare aujourd'hui.

Aux espèces précédentes M. Pierre ajoute le P. ohlongifolium {honandra Xiutta, var. ohlongifolia De Vr., Tuinbow Flora, ^oo. —Dichopsis Gutta Burck.,

660 GUTTA-PERCIIA (isotankjue).

Plantent, te Biiitenzorg), arbre de Bornéo, à produit estimé, qui vient d'être introduit, dit-on, dans le Jardin botanique boUandais de Buitenzorg.

M. Pierre rappelle que dans les Mimusopi^ on a constaté un produit sinnilaire à la Gutta-Percha, dans plusieurs espèces, telles que les M. petiolaris, maxima et corinceci [Imbricaria], les M. Kanld, elata, Vieillardli, etc. Mais, ajoute-t-il, il a un caractère gélatineux, et aucune expérience sérieuse n'a permis de se faire jusqu'ici une idée de sa valeur industrielle. Il n'en est pas de même du M. Balnta de la Guyane, qui, pour la seule Guyane anglaise, a donné, en 1881, un produit exporté de plus de 47 000 livrer.

11 est vrai qu'un ingénieur des télégraplies a déclaré à M. Pierre que la giitta du M. Balata n'avait pas donné un isolement complet dans les essais de revêtement des cables et fils télégrapbiques. Entièrement pure, cette gntta est presque blancbe. Elle devient rougeàtre après avoir été ramollie dans l'eau bouillante. Conservée à l'air pendant vingt ans, elle n'a rien perdu des qualités des bonnes gutta de Malaisie. Elle n'est pas glutineuse et sa résistance est considérable. Le M. Balata Pierre (nec G^rtn.) a pour synonymes : Achras Balata Aubl., Sapota Muelleri Bl., Mimiisops Balata JIiq. et il/, bidentata A. DC. Comme il ne peut y avoir deux espèces de Miiumops qui conservent le nom de Balata, nous proposerons pour celui dont il est ici question, s'il doit être distingué du M. Balata G/ertn., le nom de M. Pierreana. Quoi qu'il en soit, M. Pierre distingue dans l'espèce cinq variétés, toutes utiles à divers litres, et qu'il a nommées : «, Gutta; p, Melinonis; y, Schomburgkii; §, Sieberi; s, domingensis.

Les Payena, synonymes douteux de Azaloa Blanco, sont aussi des plantes à gutta. Ils ont des laticifères abondants, dont le suc propre ne se concrète pas aussi vite que celui des Palaquium dont le produit est utile. Ici, la gutta est plus blancbe, moins nerveuse, moins estimée; elle a cependant des qualités sérieuses, puisque le picul de 65 kilogrammes 500 grammes vaut à Singapour et à Malacca 75 dollars, et à Padang, côte de Sumatra, jusqu'à 160 francs. Cette gutta est connue sous les noms de Sundek, Balam-brinjin, Balampipit, Bœlan, Varenjin.

Le Payena Leerii B. II. [Gen., Il, 659), qui était pour Ilasskarl un Ceratophorus, donne un des meilleurs de ces produits; il croît à Palembang, dans l'île de Sumatra. Ses feuilles sont ovalcs-oblongues, longuement acuminées, ou elliptiques, arrondies à la base et glabres, avec 50-56 costules. Ses fleurs ont une corolle à 8 lobes arrondis et ciliés, 16 étamines et un ovaire uniloculaire. C'est le Balam Tjatee, Balam tandjœng, Balam tandoenk des indigènes.

Le P. Croixiana Pierre, appelé Sundek par les indigènes, est un grand arbre,, à feuilles ovales ou suboblongues, longuement acuminées, à '24-28 costules, à ileur pourvue d'un ovaire 8-loculaire, à baie oblongue (2, 5 centimètres), qui croît à Malacca où l'ont récolté M. de Saint-Pol-Lias et Mme Err. de la Croix.

Le P. Benjamina Pierre, qui est Vlsonandra (?) Benjamina De Vr., le Ngiatou Wangi des indigènes de Bornéo, est un grand arbre, à feuilles ovaleslancéolées, longuement acuminées et ponctulées. Motley l'a trouvé à Banjermaking, dans l'île de Bornéo.

Très-voisin du précédent, le P. Beccarii Pierre est un arbre de Bornéo, à feuilles oblongues-lancéolées, longuement acuminées, cunéiformes à la base, avec 24-50 étamines. Ses fleurs sont 16-andres et son ovaire 8-loculaire. C'est M. Beccari qui l'a trouvé à Saravvak.

GUTTi-PERGlLV (emploi). COI

Le P. lucida A. DC, de l'Inde, et le P. Lowiana Pierue, de Perak, dans la péninsule Malaise, sont aussi des arbres à guUa, de même (jne les P. paralleloneurn, polyandra, Lamponga, Maingaiji, dasypliglla, sumatrana, Teysmanniana, acuminata, glutinosa, puberida, sericea, Balem, Jiinguhniana et microphylla Pierre. (Juoi de plus navrant et de plus effrayant, pour l'avenir de notre industrie et de notre commerce, que ce fait indéniable qu'aucune de ces «spèces, produisant une substance si utile et dont tous les gouvejnemenls se j)réoccupent aujourd'liui à juste litre, qu'aucane, disons-nous, n'ait été l'objet d'une tentative d'introduction ou de culture dans nos colonies, et que dans Jes cultures du Muséum d'histoire naturelle, l'établissement qui devrait s'occuper du transport, de l'introduction et de la naturalisation de ces espèces, aucune d'elles n'est connue, pas même de nom ! La direction de notre Muséum n'a même pas la moindre notion de ce qu'elle pourrait et devrait tenter dans cette direction; et cependant la Gutta-Percha intéresse même les chimistes, comme le prouvent tant de travaux récents, tant de missions, de recherches et d'études, de la plus haute actualité. II. Bjs.

§ II. Emploi en chirurgie. Dans un mémoire sur la gutta-percha, publié en 1852, l'illustre chimiste Payen étudie successivement les propriétés, la composition élémentaire et les applications de celte substance qui, connue à peine depuis quelques années, était utilisée déjà pour de multiples usages. D'une ténacité forte et d'une grande flexibilité de 0 à 25 degrés, elle s'amollit et devient pâteuse vers 48 degrés. Facile à laminer, à étirer, à mouler, elle est en même temps très-poreuse. Sous l'effet de fortes tractions, elle se laisse allonger de moitié, puis elle se brise. Ces propriétés remarquables, eu même temps que le prix peu élevé de la gutta-percha, permettent de comprendre qu'elle ait pu être utilisée en chirurgie pour la fabrication de tubes, de sondes, de bougies, de spéculums et surtout d'attelles à fracture. Mais l'expérience n'a pas tardé à démontrer que nombre de ces applications étaient sans aucun avantage, que certains de ces instruments étaient même d'un emploi dangereux et exposaient à de graves accidents.

1. Bougies et sondes uréthrales. Formées par une lame mince de guttapercha, dont les bords sont réunis en les chauffant modérément, les sondes sont exposées à se dérouler d'elles-mêmes à la chaleur du corps. Dès 1849, Hawkins signalait un fait de ce genre dans son service de Saint-George's Hospital. II fut assez heureux pour retirer l'instrument en son entier, mais la même année, dans deux autres hôpitaux de Londres, des sondes déroulées et brisées dans la vessie ne purent être extraites que par fragments. Le danger est moins grand pour les sondes et bougies d un seul morceau, fabriquées par étirement à la filière. Celles-ci sont polies, flexibles, résistantes ; par leur ramollissement léger sous l'action delà chaleur du corps, elles s'adaptent à la forme du canal et n'exercent pas de compression dangereuse. Civiale ajoute qu'elles ne s'incrustent ni en dedans, ni en dehors, et qu'après quatorze jours il a pu retirer une sonde aussi nette, aussi souple, qu'au moment de son introduction dans^ l'urèthre. Cependant Gotton, Williams, Aumssat fils, rapportent des cas de rupture ; Ricord, essayant successivement toute une boîte de ces instruments, les voit se rompre par des tractions modérées. C'est que déjà les matières employées dans la iabrication ne sont plus d'une pureté suffisante, et les adultérations deviennent chaque jour plus communes. En vain Bigelow à Boston et Philipps

062 GUTTA-PERCHA (emploi),

en France conseillent-ils de se servir de ces bougies pour prendre l'empreinte d'un rélrécissement, le modèle d'une fausse route que l'on veut éviter; l'expérience est faite, et le manque de sécurité amène bientôt l'abandon complet de cette sorte d'instruments.

11. GuTT.v-PERcii.v COMME AGENT d'occlusion. Eq 1850, le doctcur Robert conseilla l'emploi topique d'une solution de gutta-perchi dans le chloroforme, dans le traitement de quelques maladies de la peau. Étendue avec un pinceau ou avec le doigt, la liqueur, par l'évaporation rapide du chloroforme, laisse sur les parties une mince pellicule, un vernis, dont on peut augmenter l'épaisseur par des applications successives. La douleur est légère et s'éteint très-vite. Robert voit sous cette pellicule isolante un eczéma rubrum des plus rebelles se modifier heureusement. R. Graves se sert de cette solution dans le psoriasis, la lèpre, après la chute des croûtes, en la renouvelant aussitôt que la couche de vernis se fend et se déchire ; il l'emploie également dans la variole pour prévenir les cicatrices difformes. Malheureusement ses observations sont peu probantes, et Aran, après un insuccès et un demi-succès, conclut à la supériorité du collodion. Malgré les éloges d'Eulenberg, la gutta-percha, comme topique dans les affections cutanées, paraît rapidement oubliée, mais elle est encore utilisée par Dcchange comme un vernis protecteur pour prévenir les eschares de dccubitus, par Carey pour former du scrotum une poche artificielle résistante dans le varicocèle. En Allemagne, le nom de traumatïcine donné à la solution chloroformique de gutta-percha montre que son emploi, comme agent d'occlusion, est généralement accepté. Nous n'avons pas à décrire son mode d'application, c'est celui du collodion qui, dans notre pays, est d'un usage journalier.

Dans le même but, le docteur Cousin se sert de la gutta-percha laminée, qui se présente en feuilles très-minces, translucides, très-flevibles, légèrement extensibles et cependant d'une résistance suffisante. Il taille un morceau de gutta, deux à trois fois plus grand que la surface à recouvrir, passe sur ses bords dans une largeur de 2 à 3 centimètres un pinceau imbibé de chloroforme, et l'applique aussitôt sur la peau; l'adhérence est énergique et parfaite. On obtient encore une adhésion plus solide en recouvrant les bords de la plaque et la peau voisine avec la solution de gutta-percha dans le chloroforme, et répétant cette application plusieurs jours de suite. On peut de même souder ensemble deux pièces du tissu, pour former des manchons et des anneaux occlusifs, destinés à la contention des topiques et susceptibles d'exercer une compression légère. Celte toile est imperméable aux liquides, inattaquable par les acides et les alcalis, d'une odeur non désagréable; elle ne s'altère pas par la chaleur du corps.

Depuis bien longtemps j'emploie la gutta-percha laminée, en raison de sa souplesse et de son imperméabilité, pour maintenir humides des pansements appliqués sur les yeux et sur d'autres parties du corps. Mais je me contente de donner au morceau du tissu occlusif des dimensions suftisantes pour qu'il dépasse de quelques centimètres les bords du pansement. II me paraît inutile d'obtenir une adhérence plus intime.

m. Caustiques a la gutta-percha. La porosité de la gutta-percha, la faculté qu'elle possède d'absorber l'eau et les liquides aqueux en assez grande quantité, puis de s'en dépouiller aisément, ont conduit Jlaunoury (de Chartres) à conseiller cette substance pour la fabrication de pâtes caustiques. Robinet réalisa

GUTTÂ-PERCHA (emploi). 663

cette conception, et l'année 1856 vit publier plusieurs travaux sur ces caustiques nouveaux, leur préparation, leurs avantages et leur valeur réelle.

Avec la gutta-percha et la limaille de 1er porpliyrisée on obtient des plaques épaisses de 1 millimètre pour le pansement des ulcères anciens, des plaies sanieuses, des eschares de décubitus. Trempées dans de l'eau à 40 degrés pour qu'elles puissent se bien mouler sur les parties, on les recouvre immédiatement après leur application d'un linge imbibé d'eau froide, afin qu'elles ne s'accolent pas, par leur face externe, à la bande qui va les fixer. Quand on les enlève, après un à quatre jours, suivant les indications, on trouve les bourgeons cliarnus affaissés, la plaie de bel aspect, et la cicatrisation se fait avec rapidité. H suffit de les laver à l'eau froide, de les essuyer; elles peuvent servir indéfiniment et forment pour les plaies un agent protecteur, en même temps qu'un topique précieux. De la même façon on fabrique des plaques de gulta-percha cbargées de sels de plomb, de mercure, de cbarbou, etc.

TiCS plaques vésicantes à la gutta-percha sont faciles à manier et à découper, elles peuvent servir deux fois au moins et agissent en douze heures, qu'elles soient appliquées directement sur la peau ou qu'elles soient séparées du tégument par un papier huilé.

Grâce à la faculté de la gutta de retenir dans ses mailles les caustiques les plus élastiques, les plus déliquescents, tout en permettant leur exsudation lente et leur action spéciale sur les tissus de l'économie, il est possible de préparer des plaques, des cylindres, des pastilles à la potasse et au chlorure de zinc, et de leur donner toutes les formes. Les pastilles à la potasse sont trempées une demi-minute dans l'alcool, puis appliquées et fixées sur la peau; leur action est très-régulière et l'eschare bien circonscrite. La pâte au chlorure de zinc, les cylindres, par leur résistance, sont d'un emploi plus facile que la pâte de Canquoin dans les trajets fistuleux profonds. Lorsqu'on les retire, ils sont peu déformés, mais ils ont perdu une partie de leur poids.

Malgré les avantages signalés par Maunoury, par Gosselin, par Boys de Loury, pour les affections utérines, ces préparations nouvelles n'ont pas reçu la consécration de la pratique. A. la Société de chirurgie, Maisonneuve, Boinet, ne cachent pas leur préférence pour la pâte de Canquoin, et Robert, dans un excellent rapport, fait ressortir les inconvénients et les défauts des caustiques à la gutta-percha. Les plaques à la potasse ont une action plus lente et moins sûre que la pâte de Vienne. Les plaques au chlorure de zinc s'altèrent facilement. Si on les recouvre pour les conserver d'une mince feuille d'étain, celle-ci devient bientôt adhérente et s'enlève incomplètement et non sans difficultés. Leur rigidité les empêche de se mouler aisément sur les parois anfractueuses, d'où résulte une destruction très-inégale des tissus. En somme, les cylindres seuls présentent quelques avantages, en raison de leur dureté qui rend plus aisé leur enfoncement dans les trajets fistuleux.

IV. Attelles, gouttières pour fractures. La propriété que possède la guttapercha de se ramollir à une température peu élevée et de conserver en se refroidissant la forme qui lui a été donnée, en même temps qu'elle reprend sa résistance et sa solidité, la rend précieuse pour la fabrication d'attelles, de gouttières, de moules à fractures. D'après Hamilton, le docteur Oxley (de Singapore) l'a utilisée le premier comme moyen de contention, et, dès 1846, Lyell en Angleterre, Lorinser en Allemagne, bientôt Larrey, Giraldès, etc., en France, ont suivi son exemple. Dans les fractures transversales de la rotule,

66i GUTTA-I'EUCHA (kmiloi).

elle est la base des appareils de Laugier, de Trélat, qui la combine, avec les griffes de Malgaigne, de Le Fort qui rapproche et maintient les plaques à l'aide d'agrafes et d'un lacs de caoutchouc [voij. Rotcle, o" série, t. V, de ce Dictionnaire).

Pour contenir une luxation compjèle de l'extrémité sternale de la clavicule en avant, Lesueur s'est servi avec un plein succès d'un plastron de guttapercha moulé sur la partie supérieure de la poitrine et des épaules. Le même appareil est applicable aux fractures de la clavicule. Uytterhœven (1858) en fait des appareils modelés pour la contention des fractures des membres, Desormeaux la conseille pour les cassures de l" humérus, Guéniot pour les fractures de la cuisse chez les très-jeunes enfants. Nous ne pouvons décrire ici la fabrication de ces appareils spéciaux; le lecteur doit se reporter aux articles consacrés à l'élude des lésions traumaliqnes du bras, de la cuisse, etc. C'est également à l'article M.vxh.laires que se trouve plus naturellement placée la dcscriplion du moule si ingénieux, adopté par tous les chirurgiens depuis les travaux de Morel-Lavallce. Son utilité n'est plus à démontrer, en particuher dans les cas de déplacement difficile à contenir.

Quel que soit cependant le but qu'il se propose, le cbiriu'gien doit s'assurer qu'il a entre les mains un produit de bonne nature, car peu de substances ont été l'objet d'aulanl d'adultérations. La gutta-perclia à cassure granuleuse et d'un blanc grisâtre est impropre à la confection des appareils. La meilleure, dit Gaujot, est de couleur fauve, dure, résistante, quoique se laissant rayer par l'ongle, de texture fibreuse, et douce au toucher. A 50 degrés, elle se ramollit, devient flexible et légèrement élastique. Entre 65 et 70 degrés, elle devient Irès-molle, très-plastique, adhérente, moins tenace. Si la température est plus élevée, la gutta fond et s'altère. Ses avantages sont son inaltérabilité au contact de la plupart des agents chimiques et des liquides putrescibles de l'économie, sa consistance et la rapidité de son refroidissement, qui ne laisse pas aux moules le temps de se déformer. Cependant son prix assez élevé, la difficulté de s'en procurer partout, la complication assez grande de son emploi, et surtout l'odeur fétide qu'elle prend rapidement au contact du pus, l'ont empêchée de devenir d'un usage général. Bien que constituant des moyens de contention solides, légers et faciles à maintenir, les gouttières complètes et les demi-gouttières de gutla-percha sont rarement employées actuellement. C'est qu'en effet leur fabrication est plus délicate que celle des gouttières plâtrées. 11 est nécessaire de les rembourrer, parce qu'elles irritent la peau; il faut les déplacer pour les faire refroidir, et le retrait que subit l'appareil en durcissant peut le rendre blessant pour les parties. Toutefois, pour les fractures du membre supérieur, elles rendent parfois d'excellents services.

Les chirurgiens étrangers, en particulier Ilamilton, se montrent plus favorables à l'emploi des attelles, des gouttières, des moules de gutta-percha. Pour les fractures de la cuisse et des os volumineux, l'épaisseur des plaques doit être de 5 à 6 millimètres; il suffit qu'elle soit de 1 à 2 millimètres pour la contention des orteils et des doigts. Le mode de confection des appareils est très-bien décrit par l'auteur américain: il nécessite, dit-il, une suffisante expérience. On dispose un bassin ou un plateau où il soit possible d'étendre dans toute sa longueur la plaque de gutta. En raison de sa rétraction, il faut donner à celle-ci î/7 environ de plus que la grandeur voulue. On étend ensuite la gutta sur un morceau d'étoffe de coton qui a plus de deux fois la longueur de l'attelle,

GUTTA-PERCUA (i-mploi). 66^

afin qu'une fois replié il puisse l'envelopper complètement ; il doit aussi dépasser l'attelle dans le sens de la longueur, sur une étendue suffisante pour permettre de la remuer et de la soulever par les deux jjouts, sans plonger les doigts dans l'eau chaude. En effet, si l'on n'a pas soin de recouvrir et de soutenir de cette façon la gutta-perclia, elle adhère au vase, aux doigts, à la surface du memhre, en un mot, à tout ce qu'elle touche; elle peut même tomber en morceaux, ou se distendre et se déformer par son ()ropre poids. L'enveloppe d'étoffe adhère généralement à l'attelle et peut être laissée en place indéfiniment.

L'attelle ainsi disposée est placée dans le hassin, et quand elle est assez molle on la retire, on l'applique sur le membre et on l'y modèle avec les doigts. Pour la durcir assez pour éviter sa déformation, on promène à sa surface une éponge imbibée d'eau fraîche. Le résultat obtenu, la plaque est retirée, plongée dans l'eau froide, puis essuyée et séchée avant son application définitive. Pour éviter des altérations à l'air, il est bon de maintenir la gutla dans l'eau fraîche, au moins dans une cave humide. L'oxydation lente (|u'elle subit par une exposition prolongée lui ôte de sa consistance et de sa flexibilité.

Dans la fabrication des attelles, B. Welch de Lakcville associe une plaque mince de gulta à des plaques également minces de bois élastique. La giilta est entre deux plaquettes de bois, et le tout est mis en forme par pression. On peut, dit Hamilton, changer la forme de ces attelles à peu près à sa convenance en les plongeant dans l'eau chaude, mais seulement dans une certaine mesure, et des immersions fréquentes pourraient enlever une partie delà substance. C'est dans les fractures articulaires ou périarticulaires, c'est aux doigts et aux orteils, que les gouttières, les attelles, les moules de gutta-percha, trouvent surtout un utile empli;i.

En Angleterre et en Amérique, plus qu'en France, on s'est servi d'appareils modelés en gutta-percha pour le redressement des pieds-bots. Gaujot croit que cette substance est dans ces cas très-avantageuse par la possibilité de faire ûens. valves amovibles, susceptibles d'être enlevées et replacées à volonté, sans changer la position des parties.

V. Prothèse, Dans un cas de coup de feu du palais avec fracture de la voûte osseuse et lambeau muqueux décollé, Dénucé (de Bordeaux) put, à l'aide d'un obturateur temporaire en gutta-percha, maintenir la muqueuse relevée et obtenir son recollement.

Delabarre fils propose d'utiliser cette substance dans la fabrication des dentures artificielles (1851), parce qu'elle n'éprouve pas d'altération par le contact des liquides salivaires. Chauffée à 100 degrés, au bain-maric, elle devient assez molle pour donner la contre-épreuve exacte d'une sorte de matrice dans laquelle on la fait entrer au moyen d'une pression convenablement exercée. Cette matrice, qui s'obtient au moyen d'un double moulage au plâtre, représente très-exactement le bord alvéolaire. On fixe dans l'arcade ainsi préparée, et au moyen de crampons métalliques appliqués à chaud, soit des dents naturelles, soit des dents en pâte. Quand elle est molle, la gutta est colorée comme les gencives, et cette coloration est durable. 11 nous semble que l'odeur fétide que contractent rapidement ces dentiers suffit pour les faire rejeter.

Pour le moulage des arcades dentaires, Oakiey Coles croit impossible de se ■fier à la gutta-percha, parce qu'elle est sujette à se contracter, et qu'en outre «lie est visqueuse et désagréable à préparer. Tout au contraire, Austen et Darin, en raison de son élasticité et du retrait très-manifeste qu'elle éprouve sous l'in-

666 GUTTIERS.

lluence du refroidissement, de la pression mode're'o qu'elle exige, pensent que, dans certains cas, cette substance peut rendre des services pour le moulage.

Meigs a conseillé l'emploi de pessaires forrae's par un ressort de montre recouvert de gutta-percha et fermés en un cercle de 2 à 3 pouces de diamètre.

En somme, la gutta-percha n'est plus aujourtl'hui utilisée en chirurgie, si ce n'est pour la fabrication d'attelles, de gouttières, de moules, destinés à la contention de certaines fractures. Bien que souvent inférieure au plâtre, elle présente, dans certains cas spéciaux, et principalement dans les fractures des maxillaires, des avantages que l'on ne peut contester. J. Chauvel.

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GUTTA ROSACEA. Voy. AcNÉ et Couperose.

GUTTE (Gomme). Voy. Gomme-gutte.

GL'TTIERS. Ce sont les arbres qui produisent la Gomme-gutte [voy. ce mot) et qui appartiennent au genre Garcin^Vt [voy. ce moi). Pendant longtemps le véritable Gultier fut le G. Cambogia. Plus tard, notamment à l'époque où a été rédigé le mot Garcinia, on était arrivé à cette croyance que la bonne Gommegutte des pharmacies était entièrement, soit à Geylan, soit dans l'Indo-Chine,

GUTTIERS. 667

produite par le G. 3Iorella Desrx. Aujourd'hui, comme on peut Je voir dans notre Traité de botanique médicale phanérogamique (p. 1029), nos idées à ce sujet se sont quelque peu modifiées, et la variété pedicellata du G. Morella (tel était le nom adopté par D. Hanbury) a été considérée par sir J.-D. Ilooker comme une espèce distincte, propre à l'Indo-Chine, et qu'il a nommée G. Hanhunji. C'est un arbre haut de 10 à 20 mètres, à écorce d'un brun plus ou moins rougeàtre, à rameaux jeunes d'unjauneverdàtre, à feuilles opposées, courtement pétiolées, ovales ou elliptiques-lancéolées, atténuées aux deux extrémités, à sommet aigu ou courtement acuminé, entières, glabres, coriaces, penninerves, un peu plus pâles en dessous, où la côte et les nervures obliques proéminent légèrement. Les fleurs sont dioïques : les mfdes sont solitaires ou plus ordinairement groupées en petit nombre dans l'aisselle des feuilles, pédicellées, accompagnées à leur base de quelques petites bractées ; les femelles, plus souvent solitaires, supportées par un pied épais et très-court, subitement rétréci à la base et accompagné de 4 très- petites bractées aiguës. Les fleurs mâles ont un calice de 4 sépales imbriqués, suborbiculaires ou courtement ovales, glabres, et le plus souvent 4 pétales, imbriqués, orbiculaircs, concaves en dedans, épais, charnus et coriaces. Les étamines, insérées sur le sommet convexe du réceptacle, sont sessiles, en forme de clou obconique ou légèrement obpyramidal. Leur nombre est variable, jusqu'à une trentaine ou une quarantaine. Elles s'ouvrent en haut et en travers par un couvercle, à la façon d'une pyxide. La fleur femelle a les mêmes sépales et pétales imbriqués que la fleur mâle; un androcée représenté par une vingtaine de staminodes à lilets inégaux, unis inférieurement en une sorte de couronne membraneuse et surmontés d'une anthère en forme de palette stérile. L'ovaire trapu est à 4 loges uniovulées, surmonté d'un épais et large style, formant cimier, partagé en 4 lobes, eux-mêmes divisés en un grand nombre de lobules stigmaliques inégaux. Le fruit est à peu près sphérique et porte souvent encore le style sur son sommet légèrement déprimé. Ses loges, au nombre de 1-4, renferment chacune une graine épaisse, fusiforme, un peu arquée, ou en forme de quartier. Son double tégument, auquel est interposée une grande quantité de latex concrète, recouvre immédiatement un gros embryon charnu, indivis, mais dont une extrémité présente déjà souvent un rudiment de bec, première ébauche de la gemmule. Toutes les parties de la fleur et du fruit sont gorgées de canaux à gomme-gutte (dimensions : pétiole, 5/4-1 1/4 centimètre; limbe de la feuille, 8-10 centimètres de long, sur 4, 5 de large; fleur mâle, 1/2-2/5 centimètre de diamètre; pédicelle, 1/2-1 centimètre; fleur femelle, 1 centimètre environ de diamètre; fruit, 2 1/2 centimètres; graine, 1 1/2-2 centimètres de long, sur 1-1/4 de large).

Cet arbre est originaire de la Cochinchine et du Cambodge. Il croît spontanément au nord de nos possessions cochinchinoises, à Rançon, dans la province de Saurington, sur la rive droite du Mékong, et à Giang-Ding dans l'île de Phuo-quoc, dans les localités montagneuses où M. Pierre l'a vu exploiter et a récolté lui-même de la gomme-gutte sur sa tige incisée. Son nom indigène est Vang-nua. Il a été planté dans des jardins à Singapour et à Java, on il porte le nom de Roèng. Le latex s'en extrait, principalement au commencement de la saison des pluies, et tous les deux ans ordinairement, à l'aide d'une incision spirale à la base de laquelle s'écoule en abondance le suc, qu'on reçoit dans des tubes de bambou, où il se solidifie. Les tubes étant brisés, le produit appa-

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raît sous forme de cylindres, qui sont exportés par Bankock, Singapour, Saigon. Les niasses de gomme-gulte recueillies et concrétées dans des récipients beaucoup plus larges, sont aujourd'hui relativement tort rares. Ce latex; est épais, visqueux, d'un jaune plus ou moins foncé; c'est une émulsion : par évaporation de l'eau qu'il renferme il laisse déposer une gomme-résine.

La résine forme les 70 ou 75 centièmes des gommes-guttes de bonne qualité, et la gomme soluble les 15 à 20 centièmes.

La résine est la portion colorée et active dans le médicament; elle eu constitue aussi la matière colorante, employée dans les arts. Elle est inodore, d'une £aveur acre, prenant à la gorge, insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, qu'elle colore fortement en jaune. Sa poudre est jaune, mais, réunie en masses, elle est d'un rouge plus ou moins intense. Ce latex est contenu dans leà canaux sécréteurs anastomosés, qui abondent dans toutes les parties du G. Hanburyi et dont quelques-uns sont très-volumineux, dans les liges, par exemple. Là ils siègent principalement dans le parenchyme cortical, le liber, à la périphérie de la moelle, etc.

M. Pierre, directeur dn Jardin botanique de Saïgon, a observé sur place les Guttiors et il nous a donné sur ces arbres, sur les Garcinia en général, des renseignements pratiques d'une telle importance qu'il est nécessaire de les reproduire. D'après lui, tous les Garcinia sont utiles par leur bois. Quand il est jaunâtre ou rougeàtre, il n'a pas de longue durée ou est facilement attaqué par les xylophages. Cependant il est utilisé à une foule d'ouvrages. Quand il est rouge ou rouge brun, il est dur, très-flexible, susceptible d'un beau poli, et peut rivaliser avec les meilleures essences. Tels sont les G. celebica, Benthami et ferrea. Dans ce cas, leurs canaux sécréteurs, au lieu de contenir un suc jaune ou jaune verdàtre, l'ont tout à fait blanc. Ces canaux sécréteurs sont aussi présents dans les feuilles, les organes floraux, le fruit et les .i,'raines. La gomme-résine qui eu résulte a des propriétés bien diverses suivant les espèces. La plus utile est incontestablement la Gomme-Gutte que produisent toutes les espèces de la section Hehradendron, dont nous parlerons plus particulièrement. Quoique utilisé surtout en peinture et en médecine, ce produit trouvera une foule d'applications dans l'industrie, principalement dans la teinture. Dans le G. Cambodgia Christison a constaté la présence d'une huile volatile et d'une substance glutineuse. Dans le G. Xanthocinpniis les sécrétions sont d'un jaune verdàtre et ont aussi un caractère glutineux qui paraît exister dans la majorité des espèces, particulièrement dans celles des sections Mangostana, Kims, Brindonia, Cambodgia et Oxijcarpua.

Cette coloration jaune verdàtre des sécrétions parait commune à toutes les espèces des sections Xanthochymus et Discostigina.

Les écorces des Gutliers sont, en Cochinchine, des produits tinctoriaux dignes d'intérêt. Ainsi, celles du G. Vilersiana, espèce très-voisine du G. Xanthochymus, donnent des couleurs jaune clair, jaune foncé et vert brun. Pour les obtenir, les Kmers réduisent l'écorce, préalablement séchée, en poudre impalpable, et la font bouillir. Quelques bains sufhsent pour teindre la soie en jaune brillant. Pour avoir le jaune foncé, la soie est ensuite trempée dans un bain de rocou et d'alun. Quand après l'avoir plusieurs fois plongée dans l'écorce on la fait macérer dans de l'arak de riz d'un degré alcoolique élevé, et qu'ensuite on soumet à un bain d'indigo, la soie passe au vert foncé luisant, couleur recherchée pour les vêtements des dignitaires du royaume Kmer. Les Cambodgiens

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conviennent que l'écorce du G- Hanhuryi fournit les mêmes teintes que celles qu'on obtient de celle du G. Vilersiana. Les Mois du haut Donguai font usage de celle du G. GaïuUchaudii. 11 est vrai qu'au Cambodge, l'emploi de l'écorce du G. Hanhuryi est chose très-rare. Elle n'est mise en œuvre que secrètement, et en violation du règlement royal qui en interdit l'exploitation. Mais la culture rationnelle de cette espèce permettra d'en utiliser l'écorce avec avantage. De tous les fruits de Garcinia, le plus délicieux est, on le sait, celui du G. Mangostana. Malgré l'autorité de Ruinphius [fuie A. de Caiidolle), je pense que cette espèce n'existe plus à l'état spontané.

Roxhurgh dit que, de toutes les espèces originaires de l'Inde, le G. paniculata est celle dont la matière pulpeuse se rapproche le plus comme goût du G. MamjoUana. Dans le G. lïarmaml'd, non-seulement la pulpe des graines est celle du Mangoustan, mais le sarcocarpe, de couleur ])urpurine, est aussi très-savoiu'eux. 11 est certainement aussi sucré que celui d'une bonne cerise. Dans le G. Flanchoni, le sarcocarpe seul se mange, mais il est assez aigrelet. Les fruits du G. Giffithsii, du G. ntroviridls et du G. pediinculata, sont aussi dans ce cas. Toutes les espèces des sections Camhodgia, Mamilla et Oxycarpus, ont une pulpe très-acerbe, et leur sarcocarpe, très-épais ou charnu, est acidulé. C'est aussi ce qui arrive dans les fruits de la section Drindonia, quoique leur chair, ordinairement de couleur purpurine, soit plus sucrée. Le sarcocarpe est aussi comestible dans les espèces des sections Hehradendron et Discosticjma.

Les graines des Garcinia méritent aussi une attention particulière. Outre la pulpe qui en constitue le revêtement, il y a dans le réseau fibreux (pii forme la couche interne du tégument un dépôt de gomme-résine de nature glutineuse dans la majorité des espèces. C'est une gomme-gutte granuleuse, friable, d'un jaune pâle ou foncé dans celle de la section Hehradendron. Elle est de qualité supérieure à celle que l'on retire de l'écorce. Elle est surtout assez considérable pour que son exploitation devienne avantageuse et augmente sensiblement le rendement d'un arbre. Cette gomme-gutte, quand la graine est bien sèche, peut être retirée par un simple froissement du tégument. Si, au contraire, on iait bouillir la graine, la gomme-gutle qu'elle contient entre en dissolution et ne paraît pas être retirée aussi avantageusement. Ou sait aussi qu'une des particularités du genre Garcinia est d'avoir une grosse radicide embryonnaire, tuméfiée, au sommet de laquelle on ne peut distinguer ni plumule, ni cotylédon. Toute la masse charnue de l'embryon est formée de cellules gorgées d'amidon et d'autres produits dont l'étude mérite une attention particulière. Ces cellules sont séparées par des canaux sécréteurs. Il n'est donc pas étonnant que les nègres de la côte occidentale d'Afrique remplacent la noix de Cola, antidéperdiiif excellent, par la graine de certaines espèces de Garcinia de la section Rheediopsis. Dans d'autres sections, dans celle des Discostigma, par exemple, les cellules des semences contiennent une proportion d'amidon telle qu'on en voit les grains sans le secours du microscope. Dans d'autres, au contraire, on trouve dans leurs cellules une huile assez abondante pour être utilisée. Telles sont les G. echinocarpa et indica. Ces propriétés, et d'autres que l'analyse ferait découvrir, se rencontrent à des degrés divers dans les graines de toutes les sections. Ainsi donc, par leur bois, leur écorce, leur fruit et leur semence, les Garcinia méritent l'attention du forestier, de l'industriel et du colon des pays chauds. Certainement, parmi le grand nombre de sections qui ont été établies pour le classement des espèces de ce genre, aucune n'est

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aussi digne d'intérêt que VHebradendi^on. Dans aucune on ne retrouve autant d'unité dans la symétrie florale et dans les propriétés. Il me suffira pour le prouver de répéter ce que je disais plus haut sous une autre forme, Tinspection du tégument d'une graine permet de dire à priori qu'elle appartient à la section Ilehradendron. La gomme-gutte y est en dépôt granulilbrme et friable. D'après l'étude que je viens de faire, les Hebradendron sont au nombre de quinze et habitent l'Inde, l'Indo-Chine et la Malaisie. 1° Il y a en Cochinchinc deux e-pèces bien distinctes : Le G. Hanhuri/i IIook. f., qui habite la rive gauche du Mékong et s'étend presque jusqu'au Ménam. Il est très-abondant dans le Cambodge occidental, c'est-à-dire dans les provinces de Pusath, Samrongtong, Kanipot, Tpong et Compongson, dans la province de Chanlabung et dans les îles avoisinantes. C'est dans les montagnes de ces provinces que les arbres sont le plus nombreux, et c'est là que se récolle toute la gomme-gutte, dite de Siam et du Gumbodge, qui s'exporte directement en Europe ou en Chine, ou qui est enlre|)0sée à Singapoore. C'est la seule espèce d' Hebradendron dont le produit ail été exploité d'une manière régulière. Nous en parlerons plus loin.

Le G. Gaudichaudii habite, au contraire, la rive gauche du Mékong, depuis le 17" degré de latitude nord jusqu'au 10'^' degré de latitude sud. Cette espèce n'est pas encore cx[iloilée. Cependant les peuplades Mois, qui occupent en majorité celte région, savent utiliser son écorce en teinture, ainsi que je l'ai constaté dès 1865. Autrefois probablement, il y a trois à quatre cents ans, alors que cette région appartenait au Cambodge, sous le nom de Tsiampa, le G. Gaudichaudii dut servir aux Mois à payer une partie de la redevance en nature que leurs frères de la rive droite retirent aujourd'hui du G. Hanburiji. J'ai d'ailleurs extrait de cette espèce une gomme-gutte aussi belle que celle du G. Ilanburyi. Il est Irès-curieux de noter que les Mois connaissent le G. Gaudichaudii sous le nom de Cana, un des noms donnés à Ceylan au G. Morella.

2" Dans l'île de Bornéo, il y a trois espèces : le G. Blumei Pierre offre celte particularité que son réceptacle ou androphore est à peine élevé au-dessus de l'insertion des pétales, et que ses élamines, dont le nombre varie de A à 6, sont portées par des filets trois ou quatre fois plus longs que les anthères. On sait qu'on retire de celte île une gomme-gutte qui passe par le marché de Singapour, et qui provient de Mampara et de Pontianah.

o° Dans l'île de Java, il y a le G. lateriflora Bl., espèce très-voisine du G. Hanburyi, rapportée à VEsula indica de Bontius. Il est probable que cette espèce, dont la fleur mâle n'est pas connue, doit fournir une gomme-gutte rougeâtre, car cette substance existe en abondance dans le tégument de ses

grames.

4" Dans la péninsule malaise, depuis l'empire Birman jusqu'à Singapour, on rencontre les G. Choisyana eiheterandra, qui habitent principalement la côte de Pégu et de Tenasserira, et le Garcinia sp. Pl. et Tri., espèce douteuse, qu'il faudra peut-être rapporter au G. Choisyana. On trouve aussi dans l'île de Kamorta, une des Andamans, le G. calycina Kurz. Ces espèces, sauf le G. heterandra, sont très-mal représentées dans les herbiers.

5° Dans les provinces de Silliet et de l'Assam, situées dans le Bengale oriental, habitent les G. elliplica Wall, et acuminata Pl. et Tri., deux espèces que je crois bien distinctes, mais dont l'affinité est très-grande. Dans le G. acuminata, on rencontre souvent un réceptacle creusé au sommet, et il y a dans celte con-

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cavité une anthère modifiée ou une soite de rudiment de gynécée. C'est le seul Hebradendron qui m'ait présenté ce caractère. Dans cette espèce souvent aussi les anthères ont leurs loges ascendantes le long du connectif avant de devenir circulaires et confluentes.

6" Dans la péninsule de l'Inde, du nord au sud, se rencontrent les G. Wightil T. Akders. et picloria Uoxb., espèces fournissant toutes deux une bonne gomraegutte. Celle du G. Wighlii est rougoàtre. On ne distingue bien le G. pictoria que par son stigmate profondément et nettement sillonné, et par les étamines de sa fleur femelle, disposées en quatre faisceaux opposés aux sépales et bien distincts.

7" Enfin, dans l'île de Ceylan, existe le G. Morella, espèce longtemps confondue avec le G. Cambodc/ia et le G. quœsita, et que dans ces dernières années MM. Hanbury, Thwaites, de Lanessan et T. Anderson, n'ont pas cru pouvoir distinguer des G. Hanburyi, picloria, elliplia, acuminata et lateriflora. Nous avons fait figurer les analyses de presque toutes les espèces du genre, et nous nous sommes attaché particulièrement à ne rien négliger pour permettre la distinction de celles qui composent la section Hebradendron. Pour nous, ces espèces sont légitimes et méritent d'être considérées comme distinctes.

Le G. Morella est assez commun à une altitude de 2000 pieds anglais. D'après l'analyse de Christison, sa gomme-gutte est excellente. Si elle n'a jamais paru sur les marchés, i! faut supposer, d'après le peu qu'en raconte M'"'' Walker, que les indigènes ne savent pas l'extraire. On peut faire la même observation pour la plupart des espèces que je viens d'énumérer.

Il est donc utile de faire connaître les procédés qui sont en usage au Cambodge, de temps immémorial, pour l'extraction de la gomme-gutte du G. Hanburyi. Cet arbre est connu des Cambodgiens sous le nom de Dôni rond, et des Siamois sous celui de Roèng, qui n'est que la corruption du premier. Nous avons dit plus haut dans quelles provinces on rencontrait le G. Hanburiji. Il n'est pas inutile d'ajouter que la gomme-gutte qui actuellement prend le chemin du marché de Bangkok provient presque exclusivement des provinces de Compongson, de Chantabung, de Tponp et de Pusath, provinces ravies par les Siamois au royaume de Cambodge. Il est vrai d'ajouter qu'après avoir assumé, depuis 1868, la protection du royaume de Cambodge, comme successeurs de l'Annara, nous avons, alors qu'aucune circonstance politique ne nous en faisait l'obligation, inconsciemment livré au royaume de Siam la plus belle et la plus riche partie du royaume que nous avions pris l'engagemeut de protéger, c'est-àdire les provinces d'Angkor et de Battanibang, avec le droit de pêche sur la moitié du Grand-Lac, et une partie des provinces de Pusath, de Tpong et de Compongxon, pays produisant la Gomnie-Gutte et le Cardamome, enfin le plus clair du revenu du Cambodge.

Depuis peu, ce qui reste de l'empire Kmer vient d'être enfin organisé, ainsi que la plus simple prévoyance nous le commandait depuis longtemps, car, là où nous devions nous faire aimer en prenant en main la justice, la levée de l'impôt et la direction de l'instruction publique, nous avons laissé pendant vingt ans commettre impunément, en notre nom, toutes les exactions par la rapacité du gouvernement indigène. Ce partage du territoire où se recueille la gomme-gutte a jeté, il n'y a pas de doute, du désarroi dans l'exploitation de cette substance, car la population qui s'en occupe depuis des siècles a subi aussi un démembrement au profit de Siam. Il a rendu aussi plus difficile toute

G72 GUTTIERS.

cvaluation sur l'importance de la production annuelle de celte denrée. On peut pourtant estimer approximativement à 1000 piculs ou à C2 000 kilogrammes la production annuelle de gomme-gulte dans le territoire actuel du Cambodge. D'après la moyenne des prix des dernières années, la somme qu'elle représente est de 500 000 francs, soit o francs le kilogramme. On m'a assuré qu'il fallait compter une somme égale pour les provinces devenues complètement ou en partie si.imoises. La production totale s'élèverait donc à COOOOO irancs. En 1867, d'après l'estimation des marchands cliinois établis au Cambodge, cette gomme-résine rapportait près de 1 million de francs au roi du Cambodge.

D'après les relevés de la douane de Saigon, en 1880, on avait expédié de ce port 405 piculs de gomme-gutte provenant du Cambodge, dont la valeur déclarée était de 19 578 piastres, ou 96 890 francs, en comptant la piastre à 5 francs. En 1881, on n'y avait constaté que 142 piculs, représentant une valeur de 10440 piastres, soit 52 200 francs. L'écart, comme on voit, est considérable. 11 s'ex|dique par le peu de moyens de contrôle qu'a notre douane, et surtout parce (|ue les jiroduits du Cambodge ne passent pas tous par Saigon, les uns prenant directement les embouchures du Mé-Ivong, les autres étant embarqués sur la côte depuis Ilaticn jusqu'à Chantabung. Il est notoire aussi qu'une grande partie de gonmie-gutte s'exporte sous le nom de médecines chinoises, dont la valeur déclarée à Saigon en 1880 dépasse 500 000 francs, ou bien sous le nom de marchandises diverses, dont la valeur en 1881 est de ])lus de 700 000 IVaiics. Cet état durera encore longtemps, car il n'est pas possible, du jour au lendemain, surtout quand l'exportation est libre, de connaître exactement toutes les ressources d'une contrée aussi vaste, et dont les produits, de longue date, prennent la route de la Chine. Quoi qu'if en soit, les arbres à gonmie-gutte ou Dôm rond, sont considérés comme réserve royale. Ils sont respectés dans les défrichements ; et cette mesure, à défaut de toute autre, a permis que cette espèce soit assez commune dans certains districts des provinces dont nous avons parlé.

Ils ne sont l'objet d'aucun soin de culture. 11 ne faudrait pas, toutefois, supi)Oser que ces arbres soient en majorité, comparativement aux individus de ceitaines espèces, telles que, par exemple, le Shorea obtusa [Dôm chlsceu Shehoc), arbre qui fournit la plus grande partie de la gomme-résine du Cambodge. Je suis même porté à penser que, à la faveur des guerres ou des troubles dans lesquels vit le Cambodge depuis tant d'années, les peuplades chargées de son exploitation pour le roi ont ciierclié plutôt à les faire disparaître qu'à les propager. Ces peuplades, connues sous les noms dePnengs, Rdés,Kouys, etc.,. sont tributaires du Cambodge. Quant à la taille des Gnrcinia exploités, il n'est pas rare de rencontrer des arbres dont le diamètre du tionc n'est que de 12 centimètres, et dont l'âge est pourtant d'une trentaine d'années. Cela ne doit pas surprendre. lien est de même pour tous les végétaux croissant spontanément, dont la jeunesse s'écoule à l'ombre de la forêt, privés d'air et de lumière, cl ne trouvant dans un sol déjà épuisé par des végétaux plus grands qu'une nourriture insuflisante. Quelques expériences laites au jardin botanique de Saigon prouvent que les jeunes individus du G. Hiinhuryi, cultivés dans de bonnes conditions, avaient, à âge égal, un développement, après deux ans de plantation, triple de celui d'individus croissant en forêt. Les mensurations, quant au diamètre du tronc, données plus haut et prises sur des arbres venus spontanément, sont donc tout à fait relatives.

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L'écorce des arbres de celle condition, âges d'une tronhiine d'années, est épaisse de 4 à 5 millimètres. Quand arrive le moment de l'exploitation, elle est incisée depuis les premières branches jusque près du sol. L'incision est profonde de 5, 4 millimètres, et n'atteint pas le jeune bois. Elle circule en forme d'iiélice autour du tronc. Elle forme un canal collecteur dont l'ouverture est de 10 à 15 millimètres, et dans leijuel descendent jusqu'à un jécipicnt quelconque, placé sur le sol et an pied de l'arbre, les produits des canaux sécréteurs de gomme-gulte. Ces sécrétions ont lieu depuis la lin de la saison des pluies, en novembre-décembre, jusqu'en avril-mai, c'est-à-dire pendant toute la saison sèche. Quand les pluies recommencent, et quand la végétation se réveille, elles deviennent presque nulles. Elles servent alors à la nutrition des organes cellulaires, tj'est en ce moment que cesse l'exploitation. Elle ne recommencera qu'après dix-huit ou vingt-quatre mois, ce repos étant reconnu nécessaire pour permettre à l'arbre de renouveler son écorce. L'incision hélicoïdale se fera alors dims une direction opposée à la précédente. Les sécrétions conservent longtemps leur lluidilé. Elles sont d'abord recueillies dans un nœud de bambou, long de 20 cenlimètres sur 5 centimètres de diamètre. Une fois en trois jours ou dix fois par mois, elles sont versées dans un nœud de bambou plus grand, dont la longueur est ordmairement de 76 centimètres et le diamètre de 4 centimètres (espèce du genre Melocauna). On estime qu'il faut, pour le remplir les sécrétions, pendant trois jours, de cinquante arbres. C'est dans ce nœud de bambou que la gomme-gutte se solidifie. Elle ne serait complètement résinifiée ou débarrassée par l'évaporation de ses parties aqueuses que quatre à cinq mois après. Ce nœud de bambou, quand il est plein, est bouché avec quel(|ues feuilles et abandonné à lui-même. 11 est ordinairement pendu dans la case du collecteur de gomme-gulte, ou livre immédiatement au mandarin chargé de percevoir cet iu)pôt pour le roi. La gomme-gutte, en séchant, se prend en masse ou tapisse les parois du bambou, laissant ordinairement un vide plus ou moins large au centre de la cavité. Elle forme, à l'état sec, un cylindre strié longitudinalement. Ces stries sont les impressions des faisceaux fibreux de la paroi intérieure du nœud de bambou. Ce nœud de bambou est ordinairement fendu quand la résinificalion est achevée, et on a alors la gomme gutte dite en pain, qu'on trouve sur les marchés en Europe. Sa valeur, d'après Christisou (1857), serait, sans les droits de douane, de 9 à 12 francs le kilogramme. Celle de la gomme-gulte en cylindre serait de 10 à l2f'"-,40 le kilogramme. Une autre sorte, de qualité tout à fait inférieure, vaut environ 2 francs le kilogramme. Ces trois sortes doivent provenir également de Siam et du Cambodge, car on les trouve souvent mélangées. Ce mélange est-il fait par les Chinois, à Singapour, oij se centralise encore le commerce de rindo-Chine et de la Malaisie? Est-il fait au Cambodge ou à Siam? Je n'ai aucun renseignement à ce sujet. Le récif.ient ou nœud de bambou, dont nous avons donné les dimensions, contient 750 grammes de gomme-gulte solidiûée, représentant, dans le pays, 4 à (> francs, et, en Europe, 10 à 12 francs. Nous savons aussi que ces 750 grammes sont le pioduit des sécrétions de cinquante arbres pendant trois jours d'exploitation. Les Kmers, tout en reconnaissant que la quantité de gomme-gutte sécrétée par un arbre n'est pas également abondante pendant les cinq mois que dure l'exploitation, admet lent pourtant que ces cin(|uante arbres fournissent pendant ce temps 57^>'',500. Cela donne un rendement, par arbre, de 750 grammes, valant de 4 à 6 francs. DICT. EîiC. A' s. XI. 45

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Nous savons, par expérience, que 16 mètres carrés suffisent pour permettre à un arbre d'atteindre tout son développement. En ne calculant que sur 600 arbres, nous aurons [600x750 grammes] 450 kilogrammes de gommegutte, comme produit brut de la plantation de l hectare, tous les deux ans, soit [450 kilogrammes X 4 ou 6 francs] une valeur de 1800 à 2700 francs. De huit à quinze ans, trois récolles de 90 kilogrammes chacune peuvent être obtenues d'incisions faites avec prudence. De quinze à soixante-dix ans, durée probable de rexislence de l'arbre, on en aurait 27. Nous ne parlons que pour mémoire du produit de la décortication des rameaux qui seraient élagués, de celui du bois, quand la plantation serait détruite; et cependant on en doit tenir compte. Il suffit de dire que le poids de l'écorce sèche d'un tronc de G. Hanbiiryi, n'ayint que 1 mètre de hauteur et 5 centimètres 1/2 de diamètre, est de 588 grammes, et que celui d'un arbre entier, d'après cette expérience, ne pourrait être inférieur à 1 kilogramme. Or, nous avons dit plus haut que l'écorce donne une teinture très-recherchée et qui mérite d'être connue en Europe. 11 est probable que la façon du sol, le semis, son entretien pendant trois ans, la plantation et les soins qu'elle demanderait, n'exigent pas une dépense supérieure à 1000 francs.

Nous n'avons plus à décrire ici le G. Morella, qui est le Gutlier le plus connu de Ceylan. Les Gutliers qui ont reçu le nom de G. travancorica Boxb. et pictoria RoxB. {Stalogmitis) ont aussi été décrits. Le G. GaïuUchaudii Pl. et Tri. qui, d'après M. Pierre, donne de bonne gomme-gutte en Cochinchine, a des feuilles analogues à celles du G. llanhuriji, mais plus petites, avec des branches et des rameaux plus grêles ; et ses étamines, qui s'ouvrent aussi par un opercule, sont moins nombreuses, car il n'y en a que cinq dans certaines fleurs. Dans la fleur femelle, la portion stigmalifère du style est plus déprimée et moins profondément divisée. Les pétales sont relativement plus grands que ceux du G. Hanbunji, et les fruits plus petits. Les fleurs sont d'un jaune pâle.

H. Bn et L. P.

Bibliographie. — II. Baillo.v, Tr. Bol. méd. phanér., 1052. H. B.n.

GUTTIFÈRES, Nom souvent donné aux Clusiacées, famille de plantes dicotylédones-polypétales, dont les caractères généraux sont les suivants : Les fleurs sont hermaphrodites ou unisexuées, fréquemment polygames-dioïques. Leur réceptacle, développé surtout dans les femelles, est généralement convexe. Il porte des sépales imbriqués, souvent déçusses, qui passent parfois graduellement aux bractées sous-jacentes et sont au nombre de 2-6, quelquefois en nombre indéfini. Les pétales, ordinairement plus grands et plus membraneux que les sépales, sont aussi au nombre de 2-6 ou en nombre indéfini, imbriqués ou tordus, rarement valvaires. Les étamines, hypogynes comme les pétales, sont généralement en nombre indéfini ; il est rare que l'androcée soit iso- ou diplostémoné. Les filets staminaux sont libres, mono- ou polyadelphes, assez souvent réunis en une masse conferruminée ou en faisceaux opposilipétales, et les anthères, extrorses ou introrses, sont parfois sessiles ou immergées dans la masse commune des filets ou du réceptacle saillant. Dans la fleur femelle, l'androcée est représenté le plus souvent par des staminodes, réduits à des filets ou portant des anthères, mais stériles- Le gynécée, qui, dans la fleur mâle, peut être représenté par une masse plus ou moins développée, sans ovules, ou qui peut faire

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totalement défaut, est constitué dans la fleur femelle par un ovaire sessile, accompagné ou non d'un disque et surmonté d'un style tiès-variable de forme. Tantôt c'est une colonne dressée, entière ou partagée en branches stigmatifères, -et tantôt une masse discifornie, qui rappelle celle des Pavots et qui est à tort décrite comme un large stigmate pelté. Les loges ovariennes sont au nombre de l-oo , et chacune d'elles contient un placenta axile ou basilaire, pluri-ou multiovulé. Le Iruit est le plus souvent une baie, d'ordinaire corliquée, coriace, plus rarement une drupe, et plus rarement encore il est septicide et s'ouvre finalement en autant de valves qu'il y a de loges. Les graines sont souvent pourvues deproductions charnues de nature arillaire et d'origine très-variée. L'embryon qu'elles renferment est de deux sortes : on bien il est semblable à celui de la plupart des plantes, avec deux cotylédons libres et distincts, ou bien il est représenté par une masse unique dans laquelle les cotylédons sont unis ou font tout à fait défaut, la radicule étant macropode ou ne se distinguant pas plus que les cotylédons et la gennnule de la masse parenchymateuse de l'embryon indivis. Les Guttitères sont des plantes ligneuses, arbres ou arbustes, partois épiphytes et faux-parasites, riches en suc gommo-rébineux, de couleur blanche, verdâtre ou surtout jaune, renfermé dans de larges et nombreux canaux sécréteurs. Elles ont, A très-peu d'exceptions près, des feuilles opposées ou verticillces, presque toujours épaisses, coriaces, glabres et entières, ça et Ik dentées ou pinnatiséquées {Quiinées) . Elles n'ont pas d'ordinaire de stipules (sauf dans les Quiinées], mais ces organes peuvent être remplacés par une sorte de bourrelet situé au niveau des insertions foliaires. Les inflorescences sont très-variées, axillaires et terminales, souvent en cymes, ou uniflores. Toutes les Guttifères sont tropicales; elles habitent surtout l'Asie et l'Amérique ; leur nombre est moins considérable dans les parties chaudes de l'Afrique. On en compte environ 250 espèces. Leurs affinités les plus étroites sont d'une part avec les Ternstrœmiacées qui ont l'embryon différent et des feuilles alternes, et d'autre part avec les llypéricacées qui les rapprochent des Myrtacées où se retrouve parfois l'embryon indivis d'un grand nombre des €lusiacées. C'est A.-L. de Jussieu qui a établi, en 1789, dans son Gênera planiarum (255), l'Ordre des Guttiers [Guttiferœ). Nous avons admis dans cette famille les cinq séries suivantes :

1. Clusiées. Fleurs polygames-dioïques. Calice imbriqué. Loges ovariennes 1- oo-ovulées. Slyle court, pelté ou à divisions rayonnantes sur le sommet de l'ovaire, à lobes stigmatiques plus ou moins distincts. Fruit finalement déhiscent. Embryon charnu et macropode, à cotylédons tiès-petits ou à peine distincts. A cette série appartiennent les genres Clusia, Quapoya, Havetia, Tovomita, etc., peu utiles en médecine.

2. Symphoniées. Fleurs généralement hermaphrodites. Calice imbriqué. Étamines unies en 5 phalanges oppositipétales. Loges ovariennes en nombre égal à celui des pétales. Style allongé, à 5 branches stigmatifères. Ovules 2-3o , ascendants ou horizontaux. Fruit charnu et indéhiscent. Embryon charnu, indivis, sans cotylédons. Les genres Symphonia et Moronohea donnent des matières grasses et résineuses utiles, telles que la Résine de Mani et la graisse A'Uanzigne de Madagascar. Le Pentadesma butyracea Kotsch. est une des plantes à beurre de l'Afrique tropicale. Le Platonia insignis Mart., du Brésil, à fruit comestible, est une Symphoniée. A cette série appartiennent aussi les Montrousiera de la Nouvelle-Calédonie, dont la plus belle espèce est le M. Gabriellae H. Bi\.

3. Garciniées. Fleurs polygames-dioïques. Galice imbriqué ou vaivaire et

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gamosépale. Etamines oo , libres, 1-adelplies ou en faisceaux. Loges ovariennes uniovulées. Ovule ascendant, à niicropyle inférieur et extérieur. Fruit charnu et indéhiscent. Embryon macropode, à radicule énorme, à cotylédons nuls ou très-petits. Le genre Garcinia, (\\n a donné son nom à cette série, fournit, par (jueKiues-unes de ses espèces, toutes les Gommes-gultes employées en médecine et dans les arts {voy. Guttiers), et des fruits ou graines comestibles, comme ceux des Rheedia, Ochrocarpiis et le Mangoustan.

4. Mammcées. Fleurs polygames-dioiques ou hermaphrodites. Galice imbriqué ou valvaire, gamosépale. Etamines oo , libres ou monadelphes à la base. Loges ovariennes 1-4, uniovulées. Ovule ascendant, à micropyle inférieur et extérieur. Style alongé, pelté, capité ou ramifié au sommet. Fruit charnu, rarement déhiscent. Embryon charnu, à cotjlédons volumineux, épais, plan-convexes, libres ou conferruminés, à courte radicule inlère. Cette série renferme les genres : Mcanmea, Mesua, Knijea, Cnlophylluni; les derniers riclies en sucs résineux, qui, concrètes, constituent des Tacamaques, les baumes de Marie, Focot, etc. Le fruit des Mammea est comestible.

5. Quiinéex. Fleurs polygamcs-dioïques. Calice imbriqué. Corolle poly- ou gamopétale. Etamines oo , libres ou à peu près. Loges ovariennes 2-5-ovulées. Styles grêles et libres. Ovules ascendants, à micropyle inférieur et extérieur. Fruit charnu et indéhiscent. Embryon à cotylédons développés, libres, à courte radicule infère. Cette série est formée du seul genre Quiina dans lequel rentrent les Touroulia, et qui est sans utilité en médecine. H. Bn.

DiDLiOGnAPiiiE. — CiioisY, in Mnn. Soc. d'Ilist. nat. Par., I, 210 ; in dC. Prodr., I, 557. — C\MDEss.,in Me'm. Mus. Par., XVI. 417. — Meissn., Gen., 51 (41). — Bartl., Ord. na<., 292 (Garcinicœ). — Lindl., Introd. Nat. Stjst., éd. 2, 74 [Clusiaceœ). — Esdl., Gen., 1024, (Vd. 'JlG (Clusiaceœ). — Bemh. et IIook. f., Gen. plant.. I, 167, Ord. 27 — II. Bx, Jlist. des plant., VI, 592, Fam. 5l3; Tr. Bot. méd. phanér., 1028. H. Bs.

GUTZEIT (Hugo-Léonard von), que nous trouvons encore écrit Guttceit. Médecin russe, né à Uiga, le 5 décembre 1811, fit ses humanités dans sa ville natale, puis étudia la médecine à Dorpat de 1851 à 1858, et fut reçu docteur avec la dissertation suivante [Diss. de prophylaxi in morbis contagiosis et epidemicis, Dorpati Livon., 1858). 11 exerça ensuite son art à Orel, où il devint successivement médecin du gymnase, membre du conseil médical et chef de l'administration médicale du gouvernement d'Orel. 11 mourut le 9 mars 1882 à sa campagne de Pogoloretz. Nous citerons de lui :

T. Beilrage zur Lehre von den tijpi.schen Fiebern, hauptsàchlich in Bezug auf ihre Behandluny, 1842. — II. Die Cliolera zu Orel im Jalire 1817. Ein Beilrag zur Kenntniss tlieser Krankheit. Leipzig, 1848, in-8"'. — III. Die Pleuritis beschrieben. Hamburgr, 1851, pi'. in-8°. — IV. Dreissig Jahre Praxis. Erfaiirungen am Krankenbett und im ârztlichen liabincl. Wien, 1875-1875, 2 Th., in-8°. L. Us.

«L'Y DE CHALXI.*C (GuiDO deCauliaco). Dans le Proœmium de son livre, ce célèbre chirurgien, après avoir donné un aperçu historique sur la chirurgie dans l'antiquité et après être arrivé à Avicenne, qui vécut entre les années 980-1057, continue ainsi : « Avicenne a traité avec beaucoup de soin de la chirurgie; jusqu'à lui les praticiens étaient en même temps médecins (physici) et chirurgiens. Mais ensuite, soit par paresse, soit par de trop grandes occupations, la chirurgie fut séparée de la médecine et mise entre les mains de mécaniciens : tels furent Roger, Roland et les quatre maîtres qui écrivirent des livres

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spéciaux dans lesquels se trouvent bien des choses empiri({ues sur la chirurgie. Ensuite vint Jamier (Jamierus), qui écrivit une certaine chirurgie brutale, remplie de choses vaines. On trouva ensuite Brunus, qui se rendit assez bien l'interprète de Galien, d'Avicenne et d'Albucasis; pourtant il n'eut pas les livres dcGalien et à peine parla-t-il de l'anatomie. Après Brunus, vint immédiatement Théodoric, qui publia un livre en y mettant tout ce que Brunus avait dit, avec les fables de Ilugue de Lucques. Guillaume de Salicet fut un homme de valeur {valens homo), et composa sur la médecine et la chirurgie deux sommes {sunijuas) et, selon moi, en a bien traité. Laiifranc écrivit aussi un livre, dans lequel on ne trouve guère, sinon dans un ordre différent, que ce qui se lit dans Guillaume de Salicet. En ce temps-là, maître Arnauld de Villeneuve fleurit dans l'une et l'autre Facultés et fit plusieurs beaux livres. A Paris, Henri de Mondeville commença un traité, dans lequel il s'elforce de marier Tiiéodoric et Lanfranc; mais la mort l'a empêché de terminer ce traité. En ce temps-là, maître Nicolas de Reggio,dansla Calabre, très-versé dans les langues grecque et latine, traduisit fort bien les livres de Galien et nous les a transmis, bien jdus parfaits que s'ils eussent été traduits de l'arabe. Enfin surgit une vaine Rosa Anglicanay qui m'a été communiquée, dans laquelle je croyais trouver une suave odeur, et qui ne me donna que les fables de Gilbert (d'Espagne) et de Théodoric. Mais de mon temps furent des chirurgiens opérateurs [opérantes) : à Toulouse, maître ÎNicolaus Cathalanns; à Montpellier, maître Bonetus, fils de Lanfranc (de Bologne), Peregrinus et Mercudantus; à Paris, maître Petrus de Argentaria. A Lyon, où j'ai longtemps pratiqué, Petrus de Bonanto ; à Avignon, maître Petrus de Arelate, et mon compagnon Joannes de Paxina. Et moi, Guido de Cauliaco, chirurgien, maître en médecine, des frontières d'Auvergne, diocèse de Mendes, chapelain commensal de notre Saint-Père le Pape, j'ai vu plusieurs opérations et plusieurs écrits des sus-dits, principalement de Galien, car j'ai eu les deux traductions de ses livres, je les ai étudiés avec le plus de soin que j'ai pu, et j'ai longtemps opéré en plusieurs endroits. Et maintenant je suis à Avignon, l'an 1565, première année du pontificat d'Urbain V, époque où, par l'ordre de Dieu, j'ai compilé cet ouvrage, avec le secours de mes compagnons, d'après les auteurs sus-nommés et d'après ma propre expérience. Les sectes qui florissaient de mon temps parmi les opérateurs de cet art — outre deux générales qid sont encore en vigueur, celle des logiciens et celle des empiriques — furent au nombre de cinq :

« La première fut celle de Roland et des quatre maîtres, qui indifféremment, pour toutes les plaies et abcès, procuraient la sanic et suppuration avec leurs bouillies (puUibus)

(i La seconde secte fut celle de Brunus et de Théodoricus, qui, indifféremment, desséchaient toutes les plaies avec du vin seul.

« La troisième secte fut celle de Guillaume de Salicet et de Lanfranc, qui, voulant tenir le milieu entre les deux premières, pansaient toutes les plaies avec des onguents ou des emplâtres doux.

« La quatrième se^ te fut celle de tous les gendarmes ou chevaliers teutoniques, ou autres gens de guerre, lesquels par conjuration, avec breuvages, huile, laine et feuilles de chou, pansent toutes les plaies.

« La cinquième secte est celle des femmes et de plusieurs idiots, qui renvoient les malades et les maladies à l'intercession des saints, se fondant sur ceci : Le Seigneur m'a donné la maladie ainsi qu'il lui a plu; le Seigneur me l'ôtera

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quand il lui plaira. Que le nom de Dieu soit béni ! Amen ! Je réfuterai plus tard ces sectes. Mais je m'étonne d'une chose, à savoir que ces chirurgiens se suivent comme des grues ; l'un ne parle pas autrement que l'autre ; je ne sais si c'est par crainte ou par amour, mais ils ne daignent écouter que ce que l'habitude et l'autorité approuvent. Ils ont mal lu Aristote, au second livre de la métaphysique, où il est démontré que ces deux choses ferment le plus le chemin de la vérité. Qu'on abandonne telles amitiés ou telles craintes, car Socrate et Platon sont nos amis, mais la vérité est encore plus notre amie. Qu'ils suivent la doctrine dogmatique de Galion, que la thérapeutique ne repose que sur l'expérience et la raison; que l'on ne se contente pas de mots ».

Ces lignes, écrites il y a plus de cinq cents ans, sont le plus bel éloge que l'on puisse faire de Guy de Chauliac, lequel, il faut bien le dire cependant, s'est inspiré plus d'une fois d'un illustre prédécesseur, de Henri de Mondeville, qui écrivit en 1506 nn Traité de chirurgie, et que nous avons fait connaître {Henri de Mondeville, chirurgien de Philippe-le-Bel, roi de France. Paris,^ 1862, in-8«).

Nous possédons un manuscrit qui a été acheté en 1861 à la vente Monmerqué et qui contient des Recherches siir la vie et les ouvrages de Guy de Chauliac, adressées à l'Académie des sciences et belles-lettres de Toulouse par M. Gobet {Nicolas), garde des archives de M. le comte de Provence {Louis XVIII). Nous n'avons garde de ne pas faire profiter ce Dictionnaire d'une si bonne fortune, car nous croyons ce travail de Gobet inédit, et nous lui empruntons quelques renseignements. Notons que Nicolas Gobet est mort vers Tannée 1781.

Guy de Chauliac naquit dans un village de ce nom, du diocèse de Mende, en Gévaudan, sur les frontières de l'Auvergne, dont la seigneurie temporelle et spirituelle appartenait au siècle dernier au prieuré de la Yoùle, ordre de Cluny,^ près de la ville de Chillac, dans le duché de Mercœur, près de Langeac. Le nom de Chauliac existe encore, il est porté par des paysans qui ne se doutent pas appartenir à nn auteur aussi célèbre, mais qui vraisemblablement n'a point d'autre origine que le territoire qu'ils cultivent ; dans presque toutes les habitations du royaume on découvre des noms propres de lieu, portés par des hommes attachés à la glèbe, sans avoir aucune illustration. Les anciens terriers de cette terre prouvent l'existence de sa famille ; les Chauliac étaient et sont encore des laboureurs. Guy fit sans doute ses études au collège de SIende, qui avait alors une certaine célébrité. Il était clerc en 1525. En celte qualité, il assista comme témoin à la fondation d'un obit fait par Guillaume de Blau, seigneur de Giberti^ en faveur du collège de Langeac; il y est nommé magister Guydode CauliachOr clericus {Archives du chapitre de Langeac). C'est à Montpellier qu'il commença à étudier les éléments de l'art qu'il exerça toute sa vie.

Il y avait à Montpellier des professeurs que Chauliac écouta avec le plus grand respect : Raymond de Molieres, bachelier en 1554 et chancelier en 1558, lequel, suivant Guillaume des Innocens, est le même que P»aymond de La Chau de Yinas, auteur du Traité de la peste de 1548. Maître Barthélémy ou Berthomeu, appelé mal à propos Bertuccius, enseignait l'anatomie sur les cadavres;. il faisait, suivant Chauliac, son disciple, quatre leçons : la première était la démonstration des viscères du bas-ventre, quia citiîis puiribilia; la seconde, celle de la poitrine ; la troisième, celle du cerveau, et la dernière, celle des extrémités. Guy mentionne encore P. de Toulouse, P. d'Orlbac ou d'Aurillac^ un médecin boulonnais ; il n'a point nommé les autres, mais il parle d'eux en

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général et rapporte souvent les opinions de la noble étude de Montpellier, dont il était membre; il ne négligea aucun moyen d'acquérir les connaissances de son état; il lut avec le plus grand soin les auteurs anciens de l'une et l'autre traduction des auteurs grecs, c'est-à-dire les versions faites sur les auteurs arabes et celles que Nicolas de Reggio avait traduites sur les textes originaux par le commandement de Robert le Sage, roi de Sicile; il surmonta tous les dégoûts que lui occasionnait la lecture des modernes de son siècle, pour mériter la réputation dont il a eu l'honneur de jouir de son vivant. 11 pratiqua la médecine pendant quelque temps à Lyon; il y fait mention de maître Aymeric, de maître P. de Rossicat, aliàsde. Ronanto, et de maître Odon, qui était aussi distillateur et pharmacien et qui préparait pour son usage tous les médicaments qu'il administrait à ses malades. Pierre Roger, qui de moine de la Chaire-Dieu devint cardinal et ensuite pape en 1542, sous le nom de Clément Yl, s'attacha Guy de Ghauliac ; il le fit son commensal avec les titres de maître en médecine et de lecteur de sa chapelle, emploi qu'il a toujours possédé sous Innocent YI et Urbain V, son compatriote. L'an 1363, il compila sa Grande chirurgie en langue vulgaire, qu'il adressa à ses maîtres, les }ihysiciens et médecins de Montpellier, de Roulogne, de Paris et d'Avignon, particulièrement à ses confrères d& la Cour, de qui il a beaucoup appris, dit-il, en opérant sous leurs yeux, en lisant leurs ouvrages et en écoutant leurs avis. Il fait ensuite une longue énumération des auteurs qu'il a lus : Vidi operationes multas et multa scripta prœdictorum.

La compilation de Guy eut pendant longtemps les plus grands succès ; la multitude d'éditions, de traductions et de commentaires, en est la plus forte preuve ; elle a servi pendant plus de trois siècles de livre élémentaire pour les jeunes chirurgiens, honneur que les auteurs qu'il a cités n'ont pas eu et qu'il méritait à plus d'un titre. 11 conseille d'employer les remèdes simples par préférence dans toutes les maladies; il portait toujours avec lui les secours nécessaires pour assister les pauvres : Ego nunquam consuevi exire extra civitates, nisi mecum portavi bursam clysteriorum et cliqua communia. Et querebam per campos cum modis dictis ad cito subveniendum infîitnis. Et ita reportabam laudem, lucruni et amicoruni copiam (tract. VII, doct. I, cap. 4). On trouve dans son livre un passage remarquable pour servir à l'histoire des lunettes;, après avoir indiqué plusieurs remèdes pour la faiblesse de la vue, il ajoute : Et si ista non valent, ad ocularios vitri aut berillos est recurrendum (tract. VI, doctr. II, cap. 2). A l'article Gordon (Bernard de), nous avons déjà dit que dans son ouvrage intitulé Lilium medicinœ, ce médecin fait aussi mention des béryles (besicles, lunettes) pour corriger la vue; mais bien avant lui» au douzième siècle, l'auteur connu sous le nom de Trotula (les uns- en font un médecin, les autres une sage-femme) fait directement allusion aux lentilles de verre dans l'ouvrage intitulé : De mulierum passionibus, imprimé à Lyon, en 1572, in-16°. Au chapitre 63, Trotula donne la formule d'une poudre pour conserver la vue, puis il, ou elle, ajoute : Pulvis prœdiclus ordinatus est per magistrum Geraldum, cujus probam senex expertus est; qui annis duodecim mus fuit specialis vitreis, ita quod grossas literas sine ipsis videre non poterat; sed postquam mus est hoc ipso pulvere sola una quadragesima liberatus est, in tantum quod toto tempore vitœ suce, vidit et legit literas niinutissimas. Marbode, évèque de Rennes, et qui mourut le 11 septembre 1123» parle aussi d'une pierre précieuse, le bérylle iperyllm) (Marbodœi, De gem~

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marum hipidumque preliosonm formis. Cologne, 1559, in-i2°. Col. 28, r''), laquelle pierre

Infirmis oculis in qua jacet unda medelur.

Un passage aussi de Guy de Chauliac est bien digne d'attention, c'est celui où l'auteur décrit le cerveau; il y a là une véritable tentative de localisations cérébrales. Je copie : Cerehrum, secundum longitudinem, habet très ventricidos, et unusquisque venter habet duas partes, et in cjualibet pai te organisalur nna virtus : In prima parte ventricidi anterioris asdgnatur sensus commimis; in seciinda vnaginitiva; inmedioventviculosituatur cogitativa et rationalis ; in pcMeiiori vero, servativa et memorativa.

On ne connaît |)as l'époque précise de la mort de Guy de Chauliac, mais en se rappelant qu'il fit ses études à Montpellier en 1554, qu'il l'ut cliapelain et chirurgien de trois papes, et que le troisième de ces successeurs de saint Pierre l'ut Uibain V, qui quitta le pontificat en 1570, on n'est pas loin de la vérité eu adincllant que noire illustre chirurgien alla de vie à trépas vers l'année 1580.

I. Chivur<jia magna Caiiliaci : En nom de Deu comenza lo evanlari ho colleclora en part de chiiurgia et de medecina, conijnlat et complil en iayn de nostre senior MCCCLXIII per Guydo de Cauliach cirurgia, mestra en artz et en medecina en la noble estuJi de Montpayler. Tel ei-t le lilre de la cliirurgic de Guy de Cliauliac en laiis-uedocieii, langage de l'autf'iir. L'exemplaire le plus ancien de ce livre se trouve à la bibliolhènue du Vatican, n° 4804. Ile Sainfe-l'alaye l'a fait copier à Rome. Gobot a pu l'examiner et s'est convaincu des fautes sans nombre qui se trouvent dans la version latine. — It. Tractalua de astronomiâ. Suivant l'usage de son temps, Guy de Chauliac avait écrit cet ouviage pour déterminer les jours propres à l'aire des saigni^es ; il recommande d ob-crver les Jowr.s égyptiens, quoique ce soit, dit-il, plutôt pour satisfaire l'esprit des malades que pour l'ulililé. — lU. Tractatus de peste. Guillaume des Innocens, clnrurgien de Toulouse {Im chirurgie méthodique, ou Commenlaiie sur la chirurgie de Guy de Chauliac. Lyon, 1597, in-10, p. 16), dit avoir vu, en 1566, à Montpellier, ce traité dans l'étude de lléroard, le père de Jean lléroard qui fut premier médecin de Louis XIIL Ce même traiié était en 1640 la propriété de Simon Courtaud, éjialetnent médecin de Montpellier, et neveu dudit lléroard. Guy de Cliauliac fut témoin de cette horrible peste qui commença en Orient et se propapfea ensuite dans l'Occident, où (lie dura près de cinquante années. 11 la décrit avec soin et rapporte qu'elle fit ses ravages à Avignon dans la sixième année du ponlificat de Clément VI, son Mécène et son maître. L'an 1548, en janvier, son premier accès dura sept ans Les deux piemiers mois les malades avaient une lièvre continue, le crachemenl de sang, et ils mouraient en trois jours. Les cinq mois suivants, les malades eurent des abcès et des bubons extérieurs, particulièrement sous: l'aisselle et aux aines; ils mouraient en cinq jours. La contagion était si violente dans les premiers temps qu'elle se gagnait non-seulement en habitant avec les pe-tiférés, mais encore en Ips regardant de près ic'est-à-dire en respirant leur soulfle) ; les domestiques fuyaient leurs niaîu-es, on enterrait les morts sans prêtres, le fils ne visitait plus son père, le père ne visitait plus le fils; la charité était morte et l'espérance perdue. — IV. De rupturarum curalione. L'auteur prétend que les vieillaids ne guérissent point de la hernie, et il leur conseille de vivre avec cette infirmité. Lorsque l'on veut tenter une guéiison, il y a six méihodes à employer, savoir : l'amputation du te.-ticule, l'ui-age du cautère actuel, l'emploi du cautère potentiel, la ligature, la suspension du testicule, le point doré. —

V. De subliliauti diceta. Guy a fait cet ouvrage pour Jean de Luxembourg, roi de Bohême, à 1 imitation de Galien et d Arnauld de Villeneuve, qui avaient écrit de semblables traités. —

VI. Begimen papalis. Guillaume des Innocens lui attribue cet ouvrage, il n en est pas resté de ti aces, si lant est qu'il ait été éc it.

La bibliothèque nationale de Paris possède six manuscrits des ouvrages de Guy de Chauliac, savoir : Vil. n° 0910 A. Collcctorium chirurgicum (quinzième siècle). — VTII. n" 6957. Liber de gradibus medicinarum (quinzième siècle). — IX. ii° 6968. CoUeclorium chirurgicum (année 1461). — X. n" 7152. Inveutarium chirurgicale (quinzième siècli-). — XI. n° 7155.

Inventarium. (quatorzième siècle). — XII. n" 7135 A. Invenlarium (quinzième

siècle).

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