GUY DE VIGEVANO
Parmi les éditions latine?, nous citerons : XIII. Venetiis, 0. Scolus, 1490, in-fo!.; 1401, in-fol.; l'.97, in-fol.; 1498, in-lol. ; Veneliis, Sunon de Luere, dcc 1499. in-lol. ; Vc:iieiiis, B. I.ocatellus, 150G, in-lol.; Lyon, Y. de Portonuriis, là57, iii-iol.; Venelii?, D. de Vitalibus, ■1519, in-lol. (avec les ouvrages de Drunus, Tlieodoricus, Rolandus, Lanfrancus, Rogerius, Bertapalia; Lyon, Berauld, 1585, in-i" (édition de Laurent Jeu! ert).
Les abrégés, soit en latin, soit en français, hs traductions française^% les commentaires, sont fort nombreux : XIV. Notabilia supra Guiiloncin, par i. Falcon. Lyon, 1559, in-i". —
XV. Notables déclaratifs sur le Guidon, composas par Jehan Falcon revisités par
Anthoine Romeii. Lyon, 1M5, in-i». — XVI. Le Guidon en français par maislrc Jehan Falcon. Paris, 1484, 111-4°; Lyon, 1485, 1490, in-8°. — XVII. Remarques sur la chirurgie de M" Gu)j de C.hauliac. Lyon, 1G49, in-S°. — XVIII. La grande cliirurgie de Guy de Chaiiliac, restituée par Laurent Joubert. Lyon, 1580, 1584, 1592, 1(159, in-S"; Tournon, 159S 1611, 1G19, in-S"; Houen, 1632, 1G41, 1G49, in-S"; Bordeaux, 1G72, in-8°. — XIX. Les fleurs du grand Guidon, par Jehan Caiiappe. Pons, 1591, pet. in-S» ; Niort, 1598, in-8°. — XX. Prologue et cliapilre singulier de maislre Guidon de Caullac, nouvellement traduit et illustré de commentaires par maislre Jehan Cnnappe. Lyon, 154'2, pet. 111-8°. — XXI. Le Guidon en françoys, par Jehan Canappe. Lyon, 15")8, in-S". — XXII. La pratique en chirurgie de maislre Guidon de Caulinc, translaté de latin en français, par Nicilns Panis. Lyon, 1478, in-fol. — XXIII. Le Guidon en françoys, avec les gloses de maislre Jehan Falcon.. . Aussi les additions de maistre Symphorien Champicr ; avec les additions de tnaistre Anthoine Jiomeri sus l' Antidotaire mises à la fin. Paris, 1537, iii-l'ol. — XXIV. La grande chirurgie traduite par Simon Mingrtousaulx. liordeaux, 167'2, in-8°; Bordeaux ctPaiis, 1685, iii-8°. — XXV. Les fleurs de Guidon, ou sentmces principales de la Grande chirurgie, par Henry de Rochas Pari-, 11)77, in-12. — XXVI. Jean Uaoïd. Les fleurs du grand Guidon. Lyon, 1613, iii-16. — XXVII. Meyssonier, Les fleutsde Guidon, corrigées et augmentées de la pratique de chirurgie. Lyon, 1050, in-12. — XXVHL Verduc, Le maître en chirurgie, ou l'Abrégé de la chirurgie de Guy de Chauliac. Paris, 1691, 1697, 1704, in-12. — XXIX. Franc. Ranchin. Questions en chirurgie sur les œuvres de maislre Guy de Chauliac. Paiis, 1604, in-8°; l027, in-8°.
L'étranger a donné les traductions suivantes : XXX. Guidonis de Gualiaeo ciroico. Inventario overo collectorio che apartien a la parte de la cirogiu .. Venezia, 1493, I, in-t'ol. — XXXI. JVe^ nome de Dio comeza lo invetario over collectorio che. aparlie a la parte de la cirogia. Venezia, 1480, in-foi. (trad. de P. Vaiisco) — XXXII. Guidon de Gualiaro collectorio di tulle le cose notabili spectunli alla arte cyrurgical s. 1- n. d., citée par Uain). — XXXIII. Guido Cauliaco invenlario , 6 coleclorio en la parte chirurgica y médicinal, iraducido al caslellano. Séville, 1498, in fol. — XXXIV. Die cyrurgie van meesler Guido de Cauliaco, warachtich en nootsnkclyc allen den glienen die wercken willen in die cunste van cyrurgien. Aniwerpen, 1507, in-l'ol.
M. Cellarier a publié : XXXV. Introduction à l'étude de Guy de Chauliac. Montpellier, 1856, 1.1-8°. A. C.
GUï DE \'lGEV4]VO. Philippe de Valois rêva un jour de se montrer en Orient et de venger les imllieurs de saint Louis; il s'en ouvrit au Pape, qui l'accueillit favorablement, et oidonna la prédication des croisades. Le roi de France, tenant donc une Cour plénière (octobre 1552), annonça à ses barons l'intention de passer en Terre Sainte avant le mois de mars 1552, prit la croix le 1" octobre suivant, jurant de partir « en dedans trois années », renouvela ce serment le vendredi saint 1555, dans le palais même d'Avignon, provoqua l'adhésion de plus de 500 000 croisés, assembla dans les ports de Marseille, d'Aigues-Mortes, de Lattes, assez de vaisseaux, de caragues, de hus, de cognes, de buissarts, de galères et de barges, pour porter 60 000 hommes, et.... ne partit pas. A l'époque de cet immense enlhi)usiasme pour recouvrer les lieux saints, il y avait à la Cour de France un médecin étranger, nalif de Pavie, auquel Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe de Valois, avait confié la direction de sa santé. 11 se nommait Guy de Yigevano. Ce dernier ne rêva, comme tant d'autres, que voyages à travers les mers, descente sur la Terre Sainte, extermination des barbares et conquête de Jérusalem. C'était un savant homme, versé dans l'étudo des livres de l'antiquité, très-apte aux conceptions
mécaniques et qui avait longtemps médité sur les engins de guerre et sur la stratégie militaire. 11 conçut donc le projet d'écrire, pour l'instruction exclusive du roi de France, un livre dans lequel il enseignerait, non-seulement tous les préceptes d'hygiène propres à conserver la santé du prince et à la garantir contre le poison, mais encore divers modes, tous nouveaux, d'éviter les flèches des Sarrasins, de creuser des galères, de jeter des ponts, d'improviser deséchelles, de construire des navires portatifs, de faire traverser de grands fleuves^ à l'infanterie, de fabriquer les chariots sans chevaux, etc., etc. L'œuvre de Guy de Vigevano nous est parvenue {Blbl. nat., latin, H015, 4"). C'est un volume à deux colonnes, lettres initiales rouges, et enrichi de quelques figures. Il porte ce titre : Thésaurus régis Françie acquisicionis Terre Sancte de ultra mare, nec non sanitatis corporis ejus et vite ipsius prolungacionis, ac etiam cum custodia projeter venenum. Nous ne pouvons, à notre regret, que donner la préface de l'auteur, que nous traduisons : « En la présente année 1555, il fut résolu qu'on traverserait les mers pour conquérir la Terre Sainte. C'est pourquoi les médecins, surtout étant versés dans toutes les sciences, moi, Guy de Vigevano, de Pavie, jadis médecin de l'empereur et maintenant médecin par la grâce de Dieu de très-honorée et très-sainte dame Jeanne de Bourgogne, par la grâce de Dieu, reine de France, réfléchissant jour et nuit sur le meilleur mode de posséder ûicilement et promptement la Terre Sainte, où les Sarrasins sont fournis d'un grand nombre de nappes d'eau salée et douce, d'une foule de vallées et de chàteaux-forls défendus par les murailles et les fossés, — il m'a été donné par Dieu le mode le plus facile de conquérir la Terre Sainte au delà des mers. C'est ce mode que j'écris au sirénissime prince, Mgr Philippe, par la grâce de Dieu, roi des Français. Et comme aucune entreprise de celte nature ne peut être bien conduite qu'à la condition d'une parfaite santé du corps et que la santé ne peut être conservée que par les bienfaits de la médecine, — j'ai donc, pour que notre seigneur roi puisse accomplir sainement son voyage, prolonger sa vie et se garantir du poison, compulsé les auteurs et les fleurs des^ anciens philosophes de l'art médical sur la conservation de la santé et particulièrement sur l'entretien des forces au jour oîi elles déclinent par la vieillesse. Après cela, je reviendrai aux moyens propres à acquérir la Terre Sainte, ce qui n'avait jamais été trouvé avant moi ».
11 y aurait bien des choses à glaner dans ce curieux écrit de 44 pages, auquel il manque malheureusement plusieurs feuillets. A. C.
GUYA.WES (Les). Définition. L'usage a prévalu de donner le nom de Guyane à la portion de l'Amérique du Sud comprise entre le Venezuela et le Brésil. J'exclus donc du territoire autrefois compris sous cette même désignation la Guyane vénézuélienne et la Guyane brésilienne, de beaucoup les plus étendues. Mais, même ainsi restreint, l'espace auquel on réserve ce nom n'en constitue pas moins un triangle immense dont la superficie couvre encore plus de 450000 kilomètres carrés.
C'est ce triangle qui, divisé en parties inégales entre trois puissances européennes, constitue, depuis le traité de 1814, les Guijanes anglaise, hollandaise et française, qui seules feront le sujet de cette étude.
Depuis ce traité, ratifié par celui de 1815, les limites des trois Guyanes, sauf quelques contestations au sujet de la nôtre, ont été fixées de la manière suivante : La Guyane anglaise, d'une superficie de 196800 kilomètres carrés, est limitée
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au sud par le Brésil, à Touest par le Venezuela et à l'est par la rivière Corantyn, qui la sépare de la Guyane hollandaise. Cette dernière, située à l'est de la précédente, et dont la superficie est de 1 15 000 kilomètres carrés, est limitée par la même rivière à l'ouest, par le Maroni à l'est et par les montagnes Tluimucs- Humacs au sud. Enfin la Guyane française, la plus au sud et à l'est, couvre 150 000 kilomètres carrés de surface et se trouve séparée des possessions hollandaises par le Maroni à l'ouest, et, à l'est, admet comme limite provisoire le fleuve Oyapock; de plus, ces trois Guyanes sont baignées au nordpar l'océan Atlantique.
J'ai dit que les limites de notre Guyane donnaient lieu à quelques contestations ; c'est qu'en effet, si l'on s'accorde à lui reconnaître pour limite occidentale le fleuve Maroni, l'entente cesse quand il s'agit de décider quelle est celle des deux branches de ce fleuve qu'il faut considérer comme sa véritable origine, les Hollandais voulant que ce soit l'Awa ou affluent de droite et la France demandant que ce soit le Tapanalioni ou affluent de gauche. De là, on le voit, un premier terrain contesté : celui compris entre ces deux rivières et situé au sud de leur confluent. D'autre part, la diplomatie discute encore sur ce qu'il faut entendre par rivière Vincent- Pinson qui nous a été donnée pour limite le 11 avril 1715 par le traité d'Utrecht. Cependant le Brésil, dans des concessions successives, a proposé, comme devant lui servir de limite, la rive droite de l'Oyapock, puis la rive gauche du Cassipoure, puis le Couani et enfin le Calsoëne situé par 2", 50 environ. Mais la France n'a pas encore cru devoir accéder à ces propositions et voudrait étendre ses droits jusqu'à la branche nord de l'Arouari ou, à son défaut, jusqu'au cours d'eau le plus voisin, en remontant vers le nord.
Les Guyanes comprennent deux zones bien différentes : l'une intérieure occupant le sud et d'origine plutonique, ou terres hautes; l'autre au contraire alluvionnaire qu'on doit considérer comme de formation assez récente : ce sont les terres basses.
Les unes et les autres sont chargées d'une riche végétation. La sélection végétale a su trouver pour chacune d'elles les espèces qui lui conviennent et, grâce à l'humidité et à la chaleur qui sont les heureux apanages de ce climat, elles se sont couvertes de la végétation la plus luxuriante, mais aussi d'aspects les plus différents,
La rive maritime est généralement bordée de palétuviers dont les mille racines adventives, plongeant dans la vase molle, constituent autant de pilotis dont chacun marque un pas de plus fait sur le domaine de la mer. Là cette bande de vase, large parfois de plusieurs centaines de mètres, rend la rive inabordable. C'est sous cet aspect que, d'une manière très -générale, se présente toute la côte de l'Esséquébo à l'Amazone. Du large, elle apparaît comme une bordure éternellement verte, uniformément basse et sans sinuosité. Rien n'est plus monotone. Seules les embouchures des fleuves y font quelques découpures. Çà et là pourtant apparaissent quelques bancs de sable formant des plyges agréables. Mais même sur ces bancs la nature végétale n'a pas voulu renoncer à ses droits. Jusqu'à quelques mètres de la mer pousse une pervenche dont les racines profondes trouvent sur cette plage une nourriture suffisante, et fixent, en même temps, les sables mouvants.
Mais, si la côte présente cette uniformité, il n'en est pas de même pour'les terres qu'elle cache derrière son rideau de verdure. Celles-ci se présentent avec des caractères les plus divers. Ici, ce sont des plaines immenses, toujours noyées, inabordables autrement qu'en pirogue, nourrissantune flore spéciale et servant
de \iviers à des caïmans gigantesques ; on les désigne dans le pays sons le nom de pripris. Plus loin, l'eau semble avoir disparu. Une couche d'Immns assez ferme s'est dépose'e sur la vase durcie et la végétation Ta recouverte : c'est la savane tremblante; malheur à qui s'y confie! il peut disparaître en un instant.
Mais à côté de ces terres dont l'accès est défendu s'en trouvent d'autres presque desséchées et déjà utilisables. Elles se présentent sous forme de pi'airies ou de forêts. Les prairies de la Guyane, il faut le reconnaître, sont loin d'offrir la richesse de celles de certaines autres contrées de rAméri(|ue du Sud. La végétation y est moins belle et les espèces fourragères ])lus rares. Derrière ces prairies, et souvent entre-nièlées avec elles, viennent les forêts. Nous n'y trouvons pas encore les espèces les plus précieuses qui constituent les richesses des terres hautes, mais déjà se montrent des géants végétaux; seules les essences difièrent; celles-ci ne contiennent, en général, que peu de bois propres aux constructions. Ces forêts immenses dans lesquelles les Acotylédones et les Monocotylédoiies jouent un grand rôle s'étendent sans interruption dans les trois Guyanes et, je pourrais le dire, de l'Oréno |ue à l'Amazone.
Nulle part la puissance végétale n'éclate avec plus de luxe. Seul le voyageur qui a traversé ces bois et qui a pu voir cette lutte implacable que le végétal livre au végétal et dont il trouve les preuves à chaque pas, seul ce voyageur, dis-je, peut comprendre le charme que l'on éprouve dans ce spectacle saisissant.
Voilà ce que nous présentent les terrains alluvionnaires.
Le tableau change quand on aboide la seconde zone. D'un sol beaucoup moins riche, elle ne s'olfre pas moins à nous ornée de tout ce que le monde végétai a de plus imposant. Ici, en elfet, la couche d'humus n'a que quelques décimètres d'épaisseur. Au-dessous, vient une terre argileuse, compacte, dans laquelle les racines ne pénètrent pas. Ce n'est que dans les quelques vallées entre-coupant les mornes que l'humus s'est accumulé en plus grande abondance. Et cependant c'est dans ces régions montueuses que la forêt vierge nous apparaît avec ce qu'elle a de plus grandiose. Ce ne sont pas des gorges profondes, des crêtes se perdant dans les nues, le gigantesque des Alpes ou des Pyrénées; non, tout au contraire ; ce n'est qu'un terrain légèrement accidenté, composé de larges plateaux et entre-coupé de vallées peu profondes. Mais ces collines, ces plateaux, sont recouverts par une série de géants dont l'âge se compte par des siècles. Dès que l'on a traversé l'épais fourré qui borde les lleuves il semble qu'on entre dans un temj)le dont les mille colonnes supportent, à oU mètres de hauteur, un magnifique dôme de verdure. L'aspect des Ueuves change également. Ce ne sont plus ici des bords couverts de vase, un cours d'eau lent et uniforme, reflétant surtout le mouvement des marées. Leurs rives se sont encaissées, leurs eaux bouillonnent sur un fond de roches et de sable et lein- courant s'est accru. Enfin leur lit est à chaque instant entre-coupé de rapides et de sauts qui les rendent accessibles seulement aux pirogues et encore conduites par les peuplades familiarisées avec ces dangers.
Tel est l'aspect général des trois Guyanes.
Nous indiquerons plus loin la mesure de leur superficie en regard de leur population, avant de commencer l'étude de la démographie.
Orographie. Les monts Tumucs-Ilumacs, qui constituent l'ossature des Guyanes, dépendent du systèjne de montagnes qui, partant des Cordillères, courent vers l'est, en limitant au nord l'immense bassin de l'Amazone.
Ces montagnes, pour la Guyane française, qui en reçoit l'extrémilé, se composent d'abord des plateaux qui la limitent vers le sud et dont la hauteur a été estimée par Vidal à 1000 mètres et par Crevaux à 600 seulement, et ensuite dans rmiérleur, du massif central divisant les bass.ns de rOya)iock et du -Vlaroni et dont les altitudes vont s'élevant graduellement. Ces altitudes, qui ne dépassent pas une centaine de mètres au niveau des premiers sauts et des montagnes de Kaw, sont de 500 à 400 mètres, au niveau du confluent de l'Awa et du Tapanalioni et atteignent 600 à 700 mètres au-dessus. De plus, dans le nord du premier gradin, on trouve une série de projections volcaniques isolées. Ce sont : la montagne des Pères, de Barloupi et d'Artowans, dans les marais de Kourou ; les montagnes d'argent, de Coumaripou sur la ri\e gauche de la baie de rOyapock; la montagne à Lucas ou Caripo, et le Mensurabo à l'embouchure du même fleuve: les trois Ilermiles, le Carimaré et le Goumarouna entre rOyapock et 1 Approuague; la montagne Serpent dans la comté; le Parana, le Matoury, le Hemontabo, le Montjoly, la Table du Jlahury, les îlots malouins, la montiigne Saint-Martin, celle des Tigres, le Cabassou et la montagne de Baduel dans l'île de Gayenne. Enlin, en mer, les diverses îles telles que celles du Salut, de Rémire, etc. L'altitude de ces diverses montagnes varie de 100 à 200 mètres.
Dans les Guyanes hollandaise et anglaise, le système de montagne reste le même en s'accentuant. C'est ainsi que notre ligne des premiers sauts, au niveau du saut llermina sur le Maroni, apparaît, dans les deux autres, comme une chaîne continue barrant, le plus souvent, le passage aux cours d'eau, ou ne leur laissant que des gorges très-étroites, ce qui donne à leur bassin un aspect
assez étrange.
Celte première chaîne de monlagnes, qui est environ par le 4^ degré de latitude nord, divise complètement les terres hautes de la Guyane hollandaise en deux parties : l'une sud, l'autre nord. Du massif montueux qui en part, et qui s'étend vers le sud, s'élève une autre série de hauteurs reconnues par Vidal, qui lui a donné le nom de Monts des Sources. Plus au sud enlin, on trouve les cimes les plus élevées des Tumucs-Ilumacs qui probablement dépassent les nôtres en hauteur.
Ainsi, le système orographique de la Guyane hollandaise comprend un immense massif de près de 5 degrés de latitude, du 5^ au 2° nord, qui luimême se diviserait eu trois chaînes secondaires et parallèles à la chaîne principale; l'une, la plus au nord, à laquelle je donnerais volontiers le nom de Chaînes des premiers sauts; la seconde, à laquelle je laisserais avec Vidal le nom de Chaînes des Sources, et euQu la troisième ou Twnucs-Huji; .„».
Ces diverses chaînes continuent leiu' trajet dans la Guyane anglaise et même, je l'ai dit, ne font que s'accentuer. Son étendue nord et sud, en effet, est plus considérable, et cette augmentation porte aussi bien sur la largeur de sa bande alluvionnaire que sur la profondeur, vers le sud de .«es régions montagneuses. Tandis, en effet, que les terres les plus nord des Guyanes hollandaise et française sont à peu près par le 0^ degré et que les Tumucs Ilumacs à leur niveau courent par le 2" degré latitude nord, les terres basses de la Guyane anglaise approchent le 9' degré et les dernières montagnes vers le sud s'étendent jusqu'au 1" degré du même hémisphère.
La première chaîne de montagnes oblique, ici, légèrement. Elle traverse le 5" au niveau c'a sa limite est, et de là s'élève lentement de manière à atteindre
le G"^ degré aux confins du Venezuela. Elle paraît moins élevée, mais n'en constitue pas moins un obstacle insurmontable aux cours d'eau qui ne trouvent, pour la francbir, que quelques gorges étroites et encaissées. Mais, de plus, une nouvelle chaîne apparaît au nord de la précédente, affectant un parcours qui lui est parallèle. Continuation des monts Imataca du Venezuela, elle court vers le 2* degré de latitude nord en s'intlécliissant un peu vers le sud et doit probablement être considérée comme l'exagération des premiers reliefs qui limitaient notre Guyane avant le dépôt des terrains d'alluvion. A partir de la chaîne que j'ai appelée chaîne des sauts, et qui est constituée ici par les monts Ayankana, Pacaraïma, Macurapau et Macari, tout le sud de la Guyane anglaise n'est constitué que par un immense massif montneux au milieu duquel les eaux pluviales cherchent pe'niblement un passage. Cependant, au milieu de ce désordre apparent, on y retrouve encore la continuation des Monts des Sources dont les sommets les plus élevés appartiennent aux monts Tariman. Enfin, tout à fait à la limite sud, les Tumucs Ilumacs sont réprésentés par les monts Karamauni, Wassari et Furako.
Ainsi, du nord au sud, quatre chaînes de montagnes s'étagent parallèlement à l'équateur dans la Guyane anglaise : la première, suite dés monts Imataca ne se révélant que par quelques reliefs isolés dans la Guyane hollandaise et ayant probablement constitué les falaises qui primitivement servaient de rivage à notre Guyane; la deuxième, vers le 5'= degré, plus accentuée et presque continue, faisant suite à la chaîne des sauts ; la troisième ou montagne des Sources, descendant vers le sud et venant rejoindre les Tumucs-Humacs dans la Guyane hollandaise en limitant le bassin de Tltani qui nous sert de limite; enfin la quatrième, ou monts Tumucs-Humacs, qui perd un peu de sa continuité à ce ni veau, mais qui reprend ensuile au sud du Venezuela pour courir dans l'ouest jusqu'aux Cordillères.
Hydrographie et topographie. Fleuves, rivières, bassins, etc. Plus de vin^'t fleuves découpent de leurs larges embouchures les rives des Guyanes et conduisent à la mer les eaux pluviales que la zone des calmes déverse sur elles pendant la phis grande partie de l'année.
1*> Guyane anglaise. Toute la portion de cette colonie située à l'ouest de l'Esséquébo et au nord des monts Imataca n'est qu'une vaste alluvion presque encore noyée et insalubre, au milieu de laquelle serpentent, incertaines dans leurs cours, trois rivières : le Barima, le Guainia et le Poméroon. La première prend sa source dans le Venezuela, court d'abord dans l'est, puis décrit une courbe et revient directement dans l'ouest pour se jeter à la mer dans un immense estuaire. La seconde, le Guainia, prend sa source dans les monts Hamaca, reçoit bientôt son affluent, le Barima, et se divise ensuite en deux bras dont l'un va se jeter dans le même estuaire que le Barima après avoir suivi pendant un certain temps un trajet parallèle, et dont l'autre gagne k mer près du cap Nassau. La troisième, le Poméroon, est la moins importante des trois et se jette dans les environs de Calédonia. Dans la division en bassins, on pourrait donner à cette alluvion le nom de bassin de Ylmataca. U Esséquébo qui vient ensuite est le fleuve le plus important des Guyanes. De tous les fleuves de la côte nord, il ne le cède tju'à l'Orénoque. Il en est de même de son bassin. Prenant sa source dans les monts Acaraya, les projections les plus sud des Tumucs-Humacs, vers le 1" degré de latitude nord et le 61' de longitude ouest, l'Esséquébo franchit, par un trajet qui est fort peu connu., l'espace qui
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sépare son origine de la chaîne des monts des Sources, après avoir reçu quelques affluents sur sa rive gauche. Franchissant cette chaîne dans une gorge étroite et courant toujours directement du sud au nord, il traverse la vallée transversale qui la sépare des montagnes des Sauts et reçoit encore sur sa rive gauche un affluent important, le Rupinini. C'est au pied du mont Macari que commence la partie la plus accidentée de son cours, celle qui traverse la chaîne des premiers sauts fortement élargie dans la Guyane anglaise. Plusieurs affluents peu importants se joignent encore à lui sur sa rive gauche. Passant ensuite les derniers reliefs de cette chaîne, et déjà fortement grossi par ces divers affluents, il continue son trajet majestueux jusqu'à son estuaire oiî il reçoit ses deux derniers affluents, le Mazarunietle Cyaziini, qui lui apportent le trihutdes eaux de la portion comprise à l'est de ce fleuve, entre la chaîne des premiers sauts et les monts Itamaca. Le trajet total du fleuve est de 150 lieues, à vol d'oiseau.
L'Esséquebo est donc le fleuve principal de la colonie anglaise ; son bassin l'occupe presque en entier. Son développement a lieu surtout sur la rive gauche ; de ce côté il compte plus de 2 degrés de largeur. Les terres qu'il arrose sont des terres hautes jusqu'à son estuaire ; seul ce dernier traverse des terres d'alluvion. La culture n'a pas encore atteint ses régions élevées, mais il est probable que ses afiluents les plus sud traversent des terrains inépuisables comme richesse aurifère.
Le Démérary n'a qu'un bassin très-limité. Compris, comme le Berbice, entre l'Esséquébo et le Corentyn, dont les sources remontent jusqu'aux Tumucs- Humacs, ces deux fleuves ont un trajet parallèle du sud au nord. Le Démérary naît au pied du mont Macari et par conséquent n'a qu'un trajet direct de soixante lieues environ, pendant lequel il ne reçoit aucun affluent méritant d'être signalé.
Son importance ne vient donc que du choix qu'en ont fait les premiers colons qui bâtirent le chef-lieu de la colonie sur sa rive droite, et des divers centres de population qui depuis se sont fixés sur ses bords à différentes hauteurs. Son bassin très-limité est composé, en grande partie, par des terres d'alluvion dont l'exploitation constitue la principale source de richesses de la colonie.
Le trajet du Berbice est un peu plus long. 11 naît des monts des Sources et se dirige ensuite directement vers le nord. Comme le Démérary il ne reçoit aucun affluent. Ses terres basses seules sont cultivées et contribuent avec celles du Démérary à la prospérité du pays.
La superficie de la Guyane anglaise peut donc se diviser en quatre bassins qui lui appartiennent d'une manière exclusive. Le premier absolument alluvionnaire, celui de Vlmataca; le second occupant la colonie presque en totalité, celui de VEsséquébo; enfin deux autres moins étendus et très-réguliers, ceux du Démérary et du Berhice.
Le territoire de la colonie comprend en outre les affluents de la rive gauche du Corentyn, qui peut être considéré comme le second fleuve des Guyanes. Comme l'Esséquébo, il prend sa source dans les Tumucs-Humacs, mais seulement vers le 1^ degré de latitude nord. Après avoir reçu plusieurs affluents sur la rive droite et le Parti sur la gauche, il arrive à la chaîne des Sources qu'il franchit en donnant lieu à une cataracte des plus imposantes. Son trajet se continue ensuite vers le nord, parallèlement au Berbice dont il est peu éloigné, et arrive à la chaîne des Sauts oîi son cours est entre-coupé par une longue série de rapides, de sauts et de chutes, qui le rendent infrancliissable. 11 s'élargit ensuite
consiilérablement, et se jette dans la mer par un estuaire de 25 kilomètres de large. Son bassin d"aboid large vers le sud se resserre ensuite vers le nord où il n'a guère plus de 75 kilomètres de large.
2° Guyane hollandaise. La rive droite du Corentyn appartient à la Guyane hollandaise qui, do plus, contient les bassins du ISickérie, du Copcnume, du Savamaca et du Surinam. Les bassins du Nickérie et du Coppename sont les analogues des lleuves qui baignent le bassin de l'iniataca. Ces deux (leuves, en effet, prennent leurs sources dans la chaîne des premiers sauts et servent de canaux de drainage, plutôt que de fleuves, à l'immense espace alluvionnaire compris à l'est du Surinam, mire la chaîne des Sauts et la mer. .le désignerai ce bassin sous le nom de Nickéiie-Coppename, et cela avec d'autant plus de raison, ([u'assez loin dans les terres ces deux fleuves ont entre eux une large comuiunicalion naturelle. Ce bassin est forme, vers le sud, par des terres hautes couveites de forets et, dans le nord, par des terres d'alluvion.
Le Sarainaca est le plus grand fleuve appartenant eu propre à la Hollande, et c'est également son bassin (pii est le plus étendu. Il descend de la chaîne des Sources, et, rapidement grossi par des alfluentsqui lui viennent en partie du versant sud de la chaîne des premiers sauts, il se dirige d'abord à l'ouest, parallèlement à celle chaîne, puis ensuite vers le nord pour la couper, et, sans changer de direction, se jette dans un estuaire qui lui est commun avec le Coppename. H ne leçuit aucun ai'Iluent digne d'être sign;dé depuis la chaîne des Sauts jusqu'à son embouchure. Son bassin, très-large vers le sud, puisqu'il conline avec celui du Corentyn, sur ce point, se lesserre ;\ partir de la ligne des Sauts et ne présente plus, vers le nord, qu'une largeur de 50 kilomètres. Composé par des savanes noyées au niveau de l'estuaire et de la dernière portion du fleuve, il contient des savanes très fertiles, surtout au sud, et à partir des premiers sauts des forêts vierges sans fin.
Le Surinam est parallèle au précédent et suit un trajet identique. Prenant sa source à quelques lieues dans l'ouest, il descend directement vers le nord, reçoit quehpies aflluents peu importiMils sur ces deux rives, franchit, par des rapides, la chaîne des Sauts, et s'avance désormais, sans obstacle, dans les terres d'alluvion qu'il féconde de ses eaux. C'est sur ses rives que se trouvent les cultures les plus étendues et à son embouchure qu'est bàli Paramaribo, cheflieu de la colonie. A ce double point de vue, c'est donc le fleuve le plus important.
Lnfin le Commewijne, qui vient se jeter dans l'estuaire du Surinam, est le pendant des fleuves Nickcrie et Coppename. \})i\ canal naturel, entre-coupé de marais, le fdil commimiquer avec le Maroni.
Il sert de canal de drainage à une allnvion très-étendue compose'e, en grande partie, de savanes noyées limitées par le Surinam, le Maroni, la chaîne des Sauts et la mer.
La Guyane hollandaise se divise donc en quatre bassins : deux secondaires ne dépassant pas dans le sud la chaîne des premiers sauts, situés à l'est et à l'ouest, ceux du Mickérie-Coppename et du Commewijne, et deux, plus importants, celui du Savamaca, qui est le plus vaste, et celui du Surinam, qui l'emporte par l'étendue de ses cultures et le chiffre de sa population. Outie les cultures en exploitation dans les terres basses et les richesses en bois qu'offrent les forêts vierges des terres hautes, tous ses fleuv. s roulent de l'or et nul doute que ce soit une nou\elle cause de prospérité [)Our cette colonie.
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3° Guyane française. Le Maroniqui vient ensuite, nous sert de limile avec la Hollande. C'est un des fleuves les plus importants non-seulement par l'étendue des terres qu'il baigne, mais aussi par sa production aurifère et la tentative de colonisation que, depuis vingt ans, le service pénitentiaire fait sur ses rives. Le Maroni descend presque directement du sud au nord, ne subissant que des inttexions légères. Parcourant, à son origine, des terres montagneuses, ses rives sont généralement encaissées et son cours est parsemé de rapides et de sauts. Ses affluents sont, sur la rive française, l'Avoua, Vlnini, et surtout le Maroni, que l'on considérait autrefois comme son origine. Il reçoit ce dernier vers le o« degré 15' latitude nord et le 56°, 25 longitude ouest. A partir de ce point il prend le nom d'Awa, s'élargit considérablement et embrasse de nombreux îlots, puis, se resserrant de nouveau, il continue son cours vers le nord en traversant une série de sauts plus ou moins dangereux, et vient recevoir le Tapanahoni, vers le 4",20' latitude nord et le 56°,50' longitude ouest. Par cet affluent, le bassin du Maroni pénètre profondément sur le territoire hollandais et devient l'un des plus étendus des trois Guyanes. Dès lors il prend le nom de }îaroni, et, après quelques nouveaux rapides, arrive au saut llermina, un des reliefs de la chaîne des sauts. A partir de ce moment, il perd son caractère impétueux. C'est un fleuve majestueux, et qui dans les 75 kilomètres qui lui restent à parcourir n'a jamais moins de 800 mètres de large. Ses affluents depuis sa réunion avec le Tapanahoni sont : VHermina, le Serpent, le Sparwin, le Baleté et le Maïpouri ou Saint-Pierre.
La Mana, qui vient ensuite, a un cours moins étendu. Elle naît sur le flanc occidental du plateau central. La première partie de son trajet est souvent entre-coupée de sauts qui rendent sa navigation impossible même pour des pirogues; la seconde partie, seule, est d'un accès focile. Ses affluents sont YAronaïe peu après son origine et V Acarouany presque à son embouchure. L'un et l'autre sont sur la rive gauche. Malgré son peu d'étendue le bassin de la Mana est important surtout à cause de sa richesse aurifère. De plus les parties hautes qu'il traverse, comme toutes celles de la Guyane, abondent en bois de construction les plus estimés; mais leur exploitation paraît difflcile.
Plus au nord sont des savanes noyées qui le séparent du Maroni. C'est sur les rives de son principal affluent, l'Acarouany, que l'on a établi la léproserie de notre Guyane. Un des bourgs les plus importants de la colonie existe à son embouchure et porte son nom.
Après quelques cours d'eau qui prennent leur source dans les savanes noyées ou dans les légers reliefs qui marquent la chaîne des premiers sauts, YOrganaho, Ylracouba et le Counamama, qui sont échelonnés sur une étendue d'une cinquantaine de kilomètres, on arrive au Synnamary auquel les déportations politiques de la fin du dernier siècle ont laissé une si triste réputation. Né du plateau central, mais un peu plus au sud que le précédent, le Synnamary traverse d'abord des terres montueuses dont le caractère se traduit sur le lit du fleuve par une série de sauts infranchissables descendant plus bas que sur aucun autre cours d'eau. Seule la dernière partie de son cours est plate et d'une navigation facile. Ses affluents très-nombreux sont, sur la rive droite, le Caronabo, la Rivière des Rubis, celle du Péril et celle des Galibis; sur la rive gauche, le plus important est le Coroïbo ou Couriège. Le bassin du Synnamary d'une importance secondaire comme étendue, se relève cependant par sa richesse aurifère et forestière dans le haut du fleuve, et par les terrains d'alluvion qui, à
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droite et à gauche, en dépendent. De Mana jusqu'à Jui, en elfet, s'étend une large bande de savanes encore noyées et par conséquent difficilement abordables. Les eaux pluviales y sont retenues par un banc de sable qui borde la côte à une certaine distance, et par une lisière de palétuviers presque impénétrable.
Mais que des travaux d'assèchement facilitent l'écoulement des eaux, et ces savanes deviendront des prairies naturelles rivalisant avec les plus belles du monde. 11 en est de même sur sa rive droite jusqu'au Kourou. De plus, ici, le plus souvent, les savanes sont sèches au moins une partie de l'année. Je les ai traversées jusqu'à Cayenne, et j'ai été frappé de tout le parti que l'on pourrait en tirer pour l'élevage des bestiaux.
Du Synnamary à l'Approuague, se trouve une étendue de terre de 150 kilomètres environ le long de laquelle arrivent de nombreux cours d'eau, mais dont trois seulement méritent d'être étudiés ; ce sont : le Kourou, la Cayeniie et le Mahuri. Us naissent des derniers prolongements que le massif central de la Guyane jette vers le nord, mais de plus les eaux pluviales des terrains d'alluvion trouvent un débouché par une série de cours d'eau peu étendus qui presque tous ont leur origine dans les savanes noyées. Ce sont le Malmanoury, le Carouobo, le Macouria, V Angélique et le Kaw.
Le Kourou, rendu surtout célèbre par le désastre de l'expédition de 1765, n'a qu'un cours très-restreint. La première partie de son trajet a lieu dans les grands bois et presque aussitôt il entre dans les terrains d'alluvion. Ses deux allluents les plus importants sont le Passoura sur la rive gauche et la Rivière des Pères sur celle de droite. Cette dernière le fait communiquer avec le Macouria.
Devant la ville de Cayenne et dans l'estuaire sur la rive droite duquel cette ville est bâtie, trois cours d'eau viennent se rendre. Le premier, de l'ouest à l'est, est le Moiitsinerij, qui reçoit, à gauche, le Ihimoutou et à droite une large communication de la rivière de Cayenne. Le second est la rivière de Cayenne proprement dite qui elle-même est constituée par la réunion de la rivière des Cascades et du Tonnegrande. Presque au même niveau elle envoie un bras au Montsinery et reçoit une communication des plus importante, de VOyac, la rivière du Tourde-llle. Entln le troisième est la crique Fouillée qui limite, au sud, l'ile de Cayenne et qui fait communiquer la rivière de Cayenne, à son embouchure, avec le Mahuri continuation de l'Oyac.
Le Mahuri, qui baigne la côte est de l'île de Cayenne, a un cours plus étendu que les deux précédents ; mais qui cependant ne justifie pas les changements de nom que lui ont imposés les premiers habitants, 11 prend son origine sous le nom de rivière de la Comté, sur le versant oriental du massif central, reçoit après un court trajet dans des terres montagneuses la rivière Blanche, puis la rivière Galibi, sur sa rive droite. Continuant ensuite vers le nord il traverse quelques sauts et reçoit sur cette même rive un affluent important, YOrapu, après lequel il prend le nom à'Oyac. Considérablement grossi, il poursuit son cours pendant 10 kilomètres environ, donne l'embranchement du Tour-de-llsle et à partir de ce moment prend le nom définitif de Mahuri.
Comme on peut s'en rendre compte, en jetant les yeux sur la carte, ces trois fleuves doivent être considérés comme les constructeurs de l'île de Cayenne dont les projections volcaniques nombreuses ont retenu, par les contre-courants qu'elles produisaient, les dépôts alluvionnaires que transportaient les eaux impétueuses de ces fleuves. Il en est de même des deux grands dépôts, l'un
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compris entre le Montsinery et la rivière de Cayenne. et l'autre entre la rivière de Cayenne et le Mahuri connu sous le nom du Tour-de-l'Isle.
Quand on remonte ces rivières, en effet, on peut s'apercevoir que les terres basses vont jusqu'au confluent du Tonnegrande et de la rivière des Cascades d'une part et jusqu'à l'Oyac de l'autre. Ce n'est qu'au-dessus de ce point que leur lit s'encaisse et que l'on sort des palétuviers. On trouve là une série de monticules comme celui sur lequel est bâti le village de Roura, et bientôt les véritables terres hautes avec tous leurs caractères. Du reste la disposition des terres à droite et à gauche de la série des fleuves qui baignent l'île de Cayenne est la même.
A l'ouest, entre le Montsinery et le Kourou, se trouve l'immense savane sèche de Macouria. A ce niveau, toute la côte maritime est bordée d'une profonde lisière de palétuviers, puis vient un banc de sable couvert d'une végétation assez pauvre, mais donnant au terrain une solidité suftîsante pour permettre de le parcourir. Enfin, au delà, se trouve la véritable savane. Cette savane, peu riche jusqu'à présent en plantes fourragères de bonne qualité, est en grande partie desséchée pendant une bonne partie de l'année. Elle est parsemée jusqu'à une assez grande distance ])ar des bouquets d'arbres de haute futaie, véritables oasis contre les ardeurs du soleil qui donnent à cette partie de la Guyane l'aspect le plus séduisant.
A l'est du Mahury, s'étend, jusqu'à l'Oyapock, l'immense savane de Kmu. Limitée au sud par les montagnes du même nom, la plaine de Kaw est un des points les plus riches, mais aussi des plus malsains de notre Guyane. Elle est presque partout noyée. Un seul cours d'eau, en effet, la rivière Angélique, véritable canal de drainage naturel, tend à la débarrasser de ses eaux pluviales. C'est vers cette plaine que l'ingénieur Torey dirigea ses efforts. Son but était de drainer ces terres inépuisables et d'en faire don à l'agriculture. 11 mourut à la tâche et son projet, qui avait eu un commencement d'exécution, fut abandonné.
VApproiiague naît du versant oriental du massif central, suit un trajet torrentueux jusqu'à la grande crique Roura qu'elle reçoit sur sa rive droite, puis sous l'influence de nombreux petits affluents augmente rapidement d'importance, et, après avoir traversé un saut considérable, est encore grossie par VArataïe, le premier cours d'eau dans lequel ait été trouvé l'or (1855). Continuant ensuite sa route entre-coupée de sauts, elle arrive jusqu'aux terres basses, à peu près au niveau des criques Matarony et Inenj, qui les rejoignent, la première, à droite, et la seconde, à gauche.
A partir de là, son lit s'élargit considérablement, reçoit la crique Coiirouary à droite, et se jette à la mer par une immense embouchure de 10 kilomètres de large environ. Le bassin de l'Approuague, comme nous le voyons, est assez étendu, et acquiert une importance véritable, si l'on tient compte des ressources que peuvent offrir ses terres aurifères et l'exploitation des terrains divers et étendus qu'il comprend. Cette importance augmente encore, si l'on considère comme lui appartenant les immenses terres basses au milieu desquelles elle arrive à la mer : celles de Kaw, d'une part, de Courouai, de l'autre. Mais ces terres semblent, pendant longtemps encore, devoir être inabordables. L'une et l'autre sont presque complètement noyées ; on ne les traverse qu'en pirogue. La disposition des terres sur la rive droite est la même que celle de Kaw. Les montagnes de Y Observatoire de Cassa sont les analogues des montagnes de
Kaw, et au nord vers la côte maritime les montagnes Lucas, à'Argent, à'Acajo2i, de Carimaré ei de Coumarouni, tendent puissamment, avec la lisière des palétuviers, à garder les eaux et à rendre ces terres inhabitables de longtemps.
VOyapock est le fleuve qui nous sert de limite provisoire avec le territoire contesté. C'est après le Maroni le plus grand fleuve qui baigne nos terres. Il naît des Tumucs-Humacs, au point de rencontre de cette chaîne de montagnes avec le massif qu'elle émet vers le nord, environ vers le 2"^ degré latitude nord et le 56° degré longitude ouest. Les sources ne sont qu'à quelques jours de marche de celles du Gori, affluent de l'Amazone. De là il se dirige presque directement vers le nord, reçoit un grand nombre d'affluents peu importants sur ses deux rives, traverse une série de sauts considérables, et vient recevoir le Camopi qui lui apporte le tribut d'un bassin déjà considérable, s'étendant au sud derrière le massif central. Il prend dès lors une grande importance, forme des îlots plus ou moins étendus et traverse la chaîne des premiers sauts à 50 kilomètres de son embouchure.
Ses affluents principaux sont sur la rive droite : le Samacou, le Yari, le Miripi, l'Anotaïe, le Quécicourt, et sur la rive gauche le Camopi, l'Armantabo et le Cabaret.
Le bassin de l'Oyapock est donc étendu surtout dans le sud et se resserre vers la mer. Le fleuve qui l'arrose peut devenir d'une grande importance dans l'avenir par sa communication avec l'Amazone. Mais déjà son or et ses forêts sont une source de richesses et ses terres basses peuvent le devenir prochainement, par des travaux de drainage. Seule, en effet, une faible partie de ses terres est actuellemenl livrée à la culture.
La Guyane française, telle qu'elle est limitée aujourd'hui, peut donc être divisée en six bassins, dont quatre lui appartiennent en totalité et dont deux ne relèvent d'elle que par un de leur versant. Ces deux derniers sont ceux du Maroni et de l'Oyapock. Quant aux quatre autres, trois ont des limites bien marquées, ce sont : la Mana, le Synnamary et l'Approuague. Quant au dernier, je pense qu'on pourrait le considérer comme formé par tous les fleuves qui depuis le Kouron jusqu'au Mahuri descendent du versant nord du massif central et forment cette série d'alluvions dont les principales sont le Tour-de-l'Isle et l'île de Cayenne.
Ici finissent les terres des Guyanes telles qu'on les comprend généralement : Je pourrais donc m'arrêter là. Cependant, comme les terres comprises entre l'Oyapock et l'Arouari nous appartiennent réellement et font bien partie du territoire des Guyanes, je pense qu'il est préférable de joindre leur description à cette étude.
Nulle part, même dans les Guyanes déjà si riches en marais, pripris, terres noyées, l'alluvion en voie de formation, et par conséquent insalubre ne se montre avec des caractères aussi tranchés. Conquête récente, et encore de tous les jours, sur la mer, l'espace compris entre l'Arouari et l'Oyapock ne constitue qu'un vaste marais de 400 kilomètres de côté sur 100 de profondeur en moyenne. Marais, lacs, forêts noyées de palétuviers, s'y entre-mêlent à plaisir et s'y disputent l'empire de ces terres. Des espaces de 50 kilomètres y sont encore absolument impénétrables à l'homme. Il faut arriver à 150 kilomètres de la rive pour y trouver des hauteurs de quelques centaines de mètres.
Les cours d'eau jusqu'à TOuari ne doivent donc être considére's que comme
des canaux de drainage ébauchés par la nature. Dès que l'on entre dans ce terrain, on les trouve en grand nombre, dont les principaux sont le Cacliipour et rOuessa, visité dernièrement par le docteur Lenoël, ainsi que ses affluents le Corripi, TArrocaoua et le Tipoé, dont l'origine commune est dans les vastes savanes de Plomba, et dont les eaux fangeuses ont constitué l'immense delta du cap d'Orange. Sous une forme ovalaire ce delta ne mesure pas moins de 60 kilomètres de long, sur 30 de large. En longeant ensuite la côte qui court presque nord et sud, on trouve dans une étendue de ioO kilomètres une terre de même aspect. On ne connaît d'elle que l'embouchure de quelques cours d'eau; seul, parmi eux, le Counani a été remonté jusqu'à une certaine hauteur. Ces cours d'eau ont reçu les noms de criques Montouvienne, Toucourapa, Sarcelle, Frégate, Lézard. Puis vient la Carsewène, que le Brésil consentirait à nous donner comme limites et dont l'embouchure se trouve environ par 2o,40' nord et So^ô' longitude ouest.
De la Carsewène à l'Arouari, portion du territoire contestée, visitée dernièrement par Coudreau, on ne trouve que des alluvions étagées les unes au-dessus des autres, et, ce qui donne un cachet spécial à cette région, des lacs étendus, profonds et étonnamment poissonneux.
Au milieu de ces mille canaux, qui courent en tous sens dans ces terres vaseuses et tendent à les drainer, on peut cependant reconnaître le cours de trois fleuves, ce sout : le Maïcaré, le Mapa et le Manaïe.
Le Ma'icaré, le plus petit des trois, prend sa source par deux bras différent dans deux savanes noyées, profondes, qui lui servent de réservoirs et de régulateurs. Ses deux bias se réunissent 20 kilomètres plus loin, et, après un trajet de même longueur il se jette à la mer à 15 kilomètres environ au sud de la Carsewène.
Le Mapa, avec des dimensions plus considérables, est la reproduction du précédent. Deux rivières naissant dans des savanes sèches, se jettent dans deux dépressions de terrain qu'elles inondent, et que l'on connaît sous le nom de lac Macary et de lac Mapa. Ces deux lacs, du reste, communiquent largement entre eux. C'est de leur réunion que sort le Mapa, dont le parcours ne dépasse pas 20 kilomètres.
Enfin le Manaïe est de beaucoup le plus important. Il naît environ à 150 kilomètres de la côte dans une région montagneuse et descend rapidement après avoir traversé quelques sauts jusqu'à la rencontre du. Carapapouri. Là, il s'élargit considérablement et, en continuant pendant 50 kilomètres son trajet vers le nordouest, vient se jeter dans le détroit de Maraca, en face de l'île de ce nom. Outre quelques affluents qui lui arrivent presque dès son origine, le Manaïe en reçoit une série d'autres qui tous prennent leur source dans des lacs : tels sont sur la rive droite le Carapapouri qui sort du lac Maprouenne et sur sa rive gauche YOuavène et le Macary, qui traversent chacun une série de lacs étages du sud au nord avant de se réunir à lui. Le Manaïe a au moins 5 kilomètres de largeur dans la dernière partie de son cours. Outre les alluvions qui s'étagent le long de son parcours, nous devons considérer comme lui appartenant l'île Maraca dont le séparent les détroits de Touloury et de Vincent-Pinçon et enfin l'alluvion du cap nord qu'il contribue à former en même temps que l'Arouari.
Enfin ÏArouari que nous demandons comme limite, ne nous appartiendrait que par sa rive gauche. C'est un fleuve assez important. Il descend de l'extrémité est des Tumucs-Humacs et de leur versant sud, affecte un trajet presque
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direct de l'ouest à l'est, cl vient se jeter à la mer, non loin de l'emboucliure de l'Amazone. La plus grande partie de son cours a lieu à travers des savanes, et côtoie, dans sa dernière partie, le delta du cap Nord qu'il contribue à former.
Quoiqu'il soit encore difficile de fixer les limites des bassins de chacun de ces neuves, je pense qu'on pourrait diviser le territoire contesté en cinq bassins principaux : 1° celui du cap d'Orange comprenant les bassins secondaires du Caehipour, de l'Ouassa, de l'Arrocaona et du Corripi; 2° celui du Counani ; o" celui du Mnpa ; 4" celui du Mano'ie; 5'^ enfin celui de VArouari.
Comme on le voit, ce ne sont là que des dépôts d'alluvion et de formation encore trop récentes pour être utilisés, et il est à craindre qu'ils ne constituent, de longtemps encore, qu'un danger pour l'Européen. Cependant, comme une population assez abondante s'est réfugiée sur les bords des fleuves qui les traversent, et que la pèche des lacs paraît donner des résultats assez importants, je pense que la France fera bien de maintenir ses droits sur ces terres qui pourraient devenir précieuses dans l'avenir.
Lacs. Les Guyanes anglaise et hollandaise, ainsi que la Guyane française proprement dite, sont complètement dépourvues de lacs. Si, en effet, elles conliennimt de nombreux espaces couverts par les eaux pluviales d'une manière constante, il n'en est aucun dont la profondeur soit suffisante pour permettre à une embarcation de le traverser en tout temps. Mais, on vient de le voir, le territoire contesté en est richement pourvu. Les principaux sont : le lac Oucwine, ceux de Maïcaré, le lac Mapa, la série de lacs constituant sur la rive gauche du Manaïe un écoulement collatéral, et dont les deux plus au nord sont : le lac Moura et Mapépourou, enfin, sur la rive droite du même fleuve, les lacs Oucapoueinne et Maproiienne.
Le lac Ouewine, perdu au milieu des terres basses qui séparent la Carsewène du Counani, au sud du mont Mayé, n'a que quelques kilomètres de côté. Les lacs du Maïcaré sont également deux lagunes traversées chacune par une des rivières qui constituent ce fleuve. Ils sont vers le l^oQ' latitude nord et le 5o"20' longitude ouest. Ils n'ont également que quelques kilomètres carrés de superlicie. Les lacs collatéraux de la rive gauche du Manaïe sont plus étendus. Le Moura et le Mapépourou sont plus au nord ; ils se déversent dans le Manaïe par rOuewène au sud et le Macary au nord. Des deux de la rive droite, c'est le Maprouenne qui est le plus étendu; il mesure environ 10 kilomètres en tous sens. Le Carapapouri le fait communiquer largement avec le Manaïe. Il est possible qu'il communique également avec l'Arouari, mais cette voie n'a pas été explorée sérieusement et resterait, du reste, sans utilité, le pays n'étant pas habité. Enfin le dernier et le plus important est le lac Mapa. Il a environ 56 kilomètres de long sur 14 de large, mais n'est pas profond et n'est navigable que pour les goélettes à fond plat qui font le cabotage des côtes de la Guyane.
Nous dirons peu de choses des caps, golfes, anses, haies et îles des Guyanes, qui n'offriraient ici que peu d'intérêt. Aucune découpure du littoral ne peut recevoir le nom de baie, ni même d'anse. Les rivières seules pratiquent dans ces côtes si monotones de palétuviers des ouvertures maintenues généralement assez larges par les courants; ce sont de petits estuaires. Nous avons indiqué les plus grands. Ce sont surtout : dans la Guyane française, l'embouchure de rOyapock, qui forme un vaste estuaire entre le cap d'Orange et la pointe Béhague ; celle moins grande du Maroni, entre la pointe française des Battes et la pointe
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hollandaise Galibi, et qui se prolongea 6 milles au large par des bancs de sable rendant la navigation difficile ; enfin l'estuaire de la rivière de Gayenne, qui ne mérite d'être cité que parce qu'il forme la rade sur la rive de laquelle a été bâti le chef-lieu de notre colonie; dans la Guyane anglaise l'estuaire le plus important est celui de l'Essequebo, qui n'a pas moins de 20 lieues marines de profondeur et qui contient de nombreux îlots. Puis vient celui du Corentyn qui lui est commun avec leNickerie; enfin, sur la côte hollandaise, nous devons citer les estuaires du Saramaca et du Coppename d'abord, et ensuite celui du Surinam servant également au Gommewyne.
Parmi les îles, (la Guyane française seule en possède), nous signalerons, en remontant du sud-est au nord-ouest : 1° l'ile Maraca, la plus considérable de toutes et qui n'a pas moins de oO kilomètres en tous sens; 2" les deux Connélables, qui sont des rochers isolés, situés à environ 15 milles dans le nord de l'embouchure de l'Approuague et dont le plus élevé a 50 mètres de hauteur; 5" les îles Remires, qui bordent au nord l'île de Cayenne, et qui sont couvertes d'une très-belle végétation. Elles comprennent Yllet la mère, Vllet le père et le Malingre; ce dernier n'est qu'une roche portant un phare; A" les îles du Salut, qui forment à 7 milles de la côte, vis-à-vis de l'embouchure du Kourou, un groupe de trois îles, les îles Royale, Saint-Joseph et du Diable. Elles sont élevées, accidentées, mais elles ont été presque entièrement déboisées, quand on y a établi un dépôt de transportés ; 5" ce qu'on appelle en général l'île de Cayenne.
Géologie et minéralogie. Les notions qu'on a sur la constitution géologique des Guyanes sont encore bien incomplètes.
Je ferai mon possible, en m'appuyant sur ce que j'ai vu, sur les échantillons que j'ai rapportés, et en profitant des renseignements épars dans les divers auteurs, pour tracer au moins les grandes lignes de ce travail et donner sur cette vaste contrée quelques vues d'ensemble.
On ne trouve dans les Guyanes que deux séries de terrains, les uns appar tenant à l'âge tout à fait primitif (roches feidspathiques, trapéennes), et les autres constitués par des alluvions de formation relativement récentes. Toute la couche si variée des terrains de sédiment fait donc complètement défaut.
Le soulèvement des Tumucs-Humacs, sur le versant nord desquels les Guyanes se déroulent, paraît être contemporain de celui des Andes. Ce serait donc, si l'on admettait l'opinion d'Elie de Beaumont, à la fin de la période tertiaire qu'il aurait eu lieu. Ces montagnes, courant de l'est à l'ouest ne seraient qu'un contrefort des Andes, de même qu'elles-mêmes donneraient naissance à d'autres moins importants, tels que le massif central de la Guyane et la chaîne des sources. L'histoire géologique des Guyanes serait donc des plus simples, si l'on s'en tenait à cette conception. Une seule secousse géologique aurait suffi pour faire émerger du sein des eaux les divers reliefs qui accidentent leur surface et tous ces reliefs seraient contemporains. Mais l'étude de leur composition va nous prouver que la question est plus complexe. Quoique la constitution géologique des Tumucs-Humacs soit incomplètement connue, on sait cependant qu'ils sont surtout composés par des feldspaths compactes, du fer oxydulé et des pyroxènes intimement unis et formant une roche cristalline de couleur grisâtre se rapprochant beaucoup de la diorite. Dans le pays, ces deux roches sont désignées par le même nom, celui de grisou. D'autre part, le massif central, d'après Leprieur, qui en a fait une étude consciencieuse, aurait une corn-
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position un peu différente et plus complexe. Ce massif serait constitué par des roclies également primitives portant des traces indubitables du feu, soit au moment de leur formation, soit ultérieurement, et composées par des feldspaths de diverses natures, des granités, des gneiss, ainsi que par des quartz diversement colorés et en général friables. Mais, de plus, des fentes, que cet auteur regarde comme contemporaines de cette première coulée, se seraient produites dans ces roches, et c'est dans ces fentes que, lors d'une seconde secousse géologique, se seraient formés des filons de roches plus ou moins récentes composées par du basalte noir, des feldspaths, du quartz et autres matières rocheuses de couleurs différentes plus modernes encore que le basalte.
Ces filons diffèrent toujours des niasses dans lesquelles on les trouve. Sur quelques points ils n'ont que quelques centimètres d'épaisseur, mais sur d'autres, par suite de la rétraction des roches primitives, ils forment de véritables réseaux s'entre-croisant en tous sens et atteignant plusieurs mètres, tant en largeur qu'en épaisseur.
De même que dans les Tumucs-Humacs, le massif central ne contient aucune trace do calcaire.
La composition de la cliahie des sources est encore moins bien connue et l'on est par conséquent condamné à la plus grande réserve à son égard. Cependant tous les voyageurs la considèrent comme composée par des granits, et, sa direction se rapprochant surtout de celle du massif central, je suis tout porté à regarder ces deux chaînes comme contemporaines et ayant la même composition géologique.
Quant à la chaîne des premiers sauts et des montagnes isolées du littoral, telle que la montagne d'argent, etc., elles sont comme les Tumucs-Humacs essentiellement composées de roches dioritiques. Ces formations, le plus souvent isolées et conoides, ont été signalées avec la même composition, sous le même aspect et à peu près à la même distance de la mer dans la Guyane hollandaise, par Yoltz, et dans la Guyane anglaise par Schomburgh. Partout elles constituent une zone intermédiaire entre les terres alluvionnaires et le granit.
Si donc on tient compte d'une part de la direction de cette dernière chaîne courant est et ouest comme les Tumucs-Humacs, et d'autre part de l'identité de composition avec ce soulèvement, on arrive facilement à conclure que ces deux reliefs se sont formés à la môme époque et que c'est également à cette époque que le massif central aurait été traversé par les filons que j'ai déjà signalés comme ayant la même direction.
Les divers reliefs de la Guyane seraient donc dus à deux secousses géologiques différentes. A la plus ancienne remonterait le massif central et la chaîne des bouices, courant tous les deux nord et sud, et ce n'est qu'à la seconde que seraient dues les Tumucs-Humacs, la chaîne des premiers sauts et les filons qui traversent le massif central, qui, comme les deux chaînes précédentes, ont une direction est et ouest.
Sur ce fond de roches primitives s'est étendue, sauf sur les sommets, une vaste couche d'argile, ne constituant qu'une nappe de 50 centimètres à plusieurs mètres sur certains points, mais sur d'autres, où sa composition a été modifiée, ayant formé de véritables collines et même des chaînes de montagnes. C'est à cette formation que sont dues les montagnes de l'Approuague, de Kaw, et certaines l'iévations de l'île de Cayenne, tels que Daduel.
Dans les autres Guyanes, cette même couche s'est étendue en nappe de la chaîne des sauts à la mer, et de plus entre cette chaîne et celle du granit elle constitue des terres montueuses et des savanes les plus fertiles. La roche constituant ces montagnes est de la limonite. Elle est composée par du fer peroxyde hydraté, mêlé d'argile et de sable, et offre plusieurs variétés d'aspect et de composition. Tantôt elle est spongieuse, parsemée de petites alvéoles, et tendre au moment de son extraction, elle durcit à l'air; on la désigne alors dans le pays sous le nom de roche à ravet. Tantôt ces alvéoles se rétrécissant; elle devient plus compacte, contracte un aspect métallique, et sa richesse en fer est telle qu'elle constitue un véritable minerai dont il existe des masses considérables, mêlées de kaolin, sur les rives de l'Approuague et de l'Oyapock, ainsi que dans les montagnes de la Gabrielle et de Baduel.
Enfin, sur d'autres points, les principes ferrugineux dinvinuent considérablement et l'on ne trouve plus que des dépôts argileux tels que ceux que l'on voit le long de tous les fleuves, avec une consistance plus ou moins grande, et diversement colorés.
C'est au-dessus de cette argile qu'est venue se déposer une autre couche de transport des plus intéressants : c'est la couche aurifère proprement dite. Elle est composée par des débris de quartz plus ou moins roulés, des sables quartzeux, de titane, de fer, de fer oxydulé, de coryndon et autres matières qui enveloppent généralement l'or. Dans cette couche, ce sont les débris les plus gros qui se sont déposés les premiers. Le sable fin est au-dessus. Quant à l'or, ses parcelles ont traversé cette couche, ont atteint la couche d'argile, et l'ont même pénétrée plus ou moins profondément. C'est donc dans son épaisseur qu'il faut les chercher. Cette couche de galets et de sable ayant transporté l'or s'est déposée surtout dans les lits des criques. Mais ce n'est pas seulement là qu'on la trouve. Elle existe parfois à une distance assez grande de tous les cours d'eau et dans des endroits assez plats. Il faut donc admettre, soit que les lits des divers cours d'eau aient changé avec le temps, ce qui arrive souvent à la Guyane, comme j'ai pu m'en assurer, soit qu'une immense masse d'eau ait parcouru pendant longtemps de larges étendues de ce pays, et qu'en se limitant elle n"a plus constitué que les cours d'eau que nous trouvons aujourd'hui.
Cette même couche aurifère, de même que la couche d'argile qui la supporte et l'a précédée, s'étend également sur toute la Guyane hollandaise en affectant les mêmes dispositions. Déjà on a trouvé l'or dans la plupart des lleuves de cette colonie, et peut-être en est-il de même de la Guyane anglaise. L'or, en effet, est exploité avec succès au Venezuela qui l'avoisine, et ses quartz aurifères sont de tous points identiques à ceux de notre Guyane. Enfin, au-dessus de cette couche, on ne trouve plus que la terre végétale dont l'épaisseur varie. Considérable dans les vallées, elle diminue au fur et à mesure qu'on s'élève, et manque complètement, nous l'avons vu, sui les sommets du massif central. Mais c'est là seulement qu'elle peut faire défaut. Elle est très-miiice sur quelques points de notre Guyane, où la couche du sable fin n'a pas été recouverte, ainsi que dans quelques savanes de la Guyane hollandaise, et notamment dans l'espace compris entre les chaînes des premiers sauts et celle des sources ; enfin dans le sud de la Guyane anglaise on a signalé quelques plaines stériles, tout particulièrement celle du Rupinini.
Telles sont les différentes couches que nous rencontrons dans la zone des ter-
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rains primitifs. Mais, nous l'avons dit, au nord de leurs derniers reliefs ou entre leurs projections isolées, s'est constituée avec le temps une large bande alluvionnaire, qui peut atteindre jusqu'à iOO kilomètres de largeur dans le terrain contesté. D'après le géologue Vollz, il faudrait admettre pour cette zone deux époques différentes de formation : l'une déjà ancienne due au dilivium, et qui, au moins pour la Guyane hollandaise, serait la plus considérable ; l'autre, au contraire, à la formation de laquelle nous assistons encore, due aux eaux des fleuves et au grand courant équatorial. Ce travail, du reste, n'est pas le seul qui s'olfrc à notre observation. Il est préparé, à quelques milles des côtes, par celui des bancs de vase qui les suivent à une certaine distance. Ces bancs sont en urand nombre. Ils disparaissent et se reforment alternativement, en changeant de jilace par un mouvement lent et continu vers l'ouest. Ils proviennent de l'immense quantité de débris végétaux et terreux que charrient les rivières, et qui. pris dans les remous des courants de marée et du grand courant de la Guyane se déposent lentement. Si, plusieurs années de suite, les conditions climatologiques sont les mêmes, les dépôts se forment à peu près au même endroit, et un banc est créé. Mais vienne un ras de marée, vienne même une année extraordinairement pluvieuse, les courants changent de place ; le banc primitif est détruit et transporté plus à l'ouest, où il se reforme. Quelquefois encore les courants des rivières sont assez forts pour mener les vases jusqu'au courant principal qui les enlraînc. Mais en dehors de ces perturbations passagères, je l'ai dit, la loi qui régit les bancs est un mouvement continu vers l'ouest. Le vent en remuant l'eau à leur surface délaie la vase, et les parties les plus légères entraînées par le courant se déposent un peu plus loin.
Le banc de vase qui obstrue l'entrée de la rade de Cayenne est un exemple bien frappant de ce mouvement de translation. Eu 1871, il bordait la côte est, et le chenal était dégagé; en 1875, toute la rade était envahie, et depuis 1877 la côte est se dégage; le banc marche vers l'ouest. Dans peu d'année la rade sera libre.
La mer est toujours très-unie sur ces bancs de vase molle, et les ras de marée eux-mêmes ne s'y font pas sentir. Cela tient à deux causes : d'abord à la grande pesanteur spécifique de l'eau vaseuse, et ensuite à ce que les grosses lames trouvent un fond compressible sur lequel elles ne rebondissent pas. Les principaux bancs de vase molle sont ceux de Gachipour, du cap d'Orange, de Cayenne, de Malmatioury, d'Iracoubo et de Mana.
Le mode de formation de ces terres d'alluvion expliquera certaines particularités de leur composition.
Dans quelques points, dans ceux dans lesquels les terres sont encore noyées et où cependant existait une végétation abondante, on trouve de véritables tourbières en voie de formation ; telle est la plaine de Kavv et certains points du territoire contesté. Sur d'autres points, et notamment dans la Guyane hollandaise, on trouve de vastes dépôts coquilliers, restants de bancs formés autrefois sur le littoral. Entîn d'autres dépôts, au lieu d'être composés par des vases molles, le sont par du sable fin provenant des fleuves.
Les riches terres d'alluvion alternent donc parfois avec d'autres beaucoup moins fécondes. Ces dernières toutefois rachètent cette infériorité par une plus grande salubrité. Tel est le banc qui s'étend de Kourou à Sinnamary. Sur toutes ces terres émergées se forme une terre végétale dont l'épaisseur varie. Considérable dans les bas-fonds et donnant naissance à une végétation des plus actives,
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elle l'est beaucoup moins sur d'autres, où l'on ne trouve que quelques graminées chétives comme dans la plaine de Malmanoury.
Telles sont les quelques notions que j'ai pu recueillir sur la constitution géologique de cette vaste contrée.
Je l'ai dit au début, ce ne sont là que des grandes lignes. Pour en prendre une connaissance complète, il faudrait étudier à ce point de vue chacun de ses bassins pris séparément. Mais, outre que ce travail resterait maintenant forcément très-incomplet, je pense que ce qui précède est suffisant au point de vue auquel j'écris, et que même des détails plus étendus ne sauraient trouver place dans cette étude.
Météorologie. J'étudierai successivement dans ce chapitre : la pression atmosphérique, la température, la pluviométrie, l'hygrométrie, ïanémographie et l'état du ciel.
Pression atmosphérique. Guyane anglaise. Schomburgh qui, de 1855 à 1839, a étudié cette colonie avec tant de soins, a donné, sur le sujet qui nous occupe, des renseignements d'autant plus intéressants qu'une partie d'entre eux ont été recueillis dans le centre des terres et à une certaine hauteur, ce qui manque pour la nôtre. Je reproduis ces observations en entier dans les tableaux suivants.
OBSERVATIONS RELEVÉES A GEORGES-TOWN BAROMÈTRE EN POUCES ANGLAIS ET FRACTIO-NS DÉCIMALES
MOIS
PLUS HAUT
l'LLS BAS.
MOYÏÏN.NES.
PLUS GlîANOES
VARIATIO.NS.
Janvier
Mars
Avril ...
Mai
Juin
Juillet
-Août
Septembre
Octobre . .
Novembre .
Décembre
Ce qui donne comme moyenne annuelle
Comme on le voit, les oscillations sont aussi faibles que possible. On peut cependant remarquer que c'est de mars à août que se trouvent les moyennes les plus élevées, et c'est aussi à la même période que se montrent les oscillations diurnes les plus faibles.
Les observations suivantes ne comprennent que trois mois. Elles ont été prises à Pirara (1858) au milieu des savanes, dans le voisinage du lac Amucu, et à 600 pieds au-dessus du niveau de la mer (latitude de 5",29' longitude 59°, 16'), de six heures à neuf du matin ou de trois heures à six heures du soir. L'influence de l'altitude se traduit ici par une faible différence, mais on peut voir combien ces observations sont comparables avec celles des mêmes mois prises à Georges-Town.