‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.48Chapitre 13 sur 59 · HALLER · texte numérisé non relu

HALLER

sombre, sec (de nature et de cœur), mélancolique et d'une séve'rité de mauvais goût. Mais l'élève, que la nature avait doué du génie poétique, et qui à dix ans avait écrit des vers latins et allemands, se vengea de son coriace précepteur en lui décochant une satire qui dut réveiller les houppes nerveuses de ce dernier. A quatorze ans, A. Haller, qui depuis un an avait perdu son père, alla passer quelques années à Bienne, chez le docteur Neuhans, savant médecin. Peu de temps après, il prenait une résolution qui devait tourner à sa gloire et à celle de la profession médicale tout entière : il se décida à entrer dans le giron hippocratique. En 1725 il part pour Tubinge et y reçoit les premières leçons d'anatomie d'Alexandre Gamerarius et de Georges Duvernoy ; l'année suivante il se trouvait à Leyde, où il suivait les cours du grand Boerhaave, et en 1727, à l'âge de dix-neuf ans, il était reçu docteur après avoir soutenu, sous la présidence de Duvernoy, une thèse dans laquelle il réfuta l'erreur commise par Coschwitz, relativement à un prétendu canal salivaire qui irait des glandes sublinguale et sous-maxillaire à la partie postérieure et latérale de la langue. Cette thèse de Haller, le premier ouvrage tombé de sa plume, porte ce titre : Dissertatio analomica qua viri CI. G. D. Coschwitzii, professorls Ilalsiensis, ductum salivalem noviini per glandiilas maxillares, sublinguales, linguamque excurrentem, cumfiguris œneis, sistit, in-4'*. Mais, suivant l'excellente habitude du temps, Haller, malgré ses lettres de doctorat, ne se trouvant pas, dans un âge aussi tendre, apte à pratiquer son art, se mit à voyager; il consacre deux années à ces fructueuses pérégrinations : il visite la France et s'arrête quelques mois à Paris, où il va s'inspirer aux leçons des Geoffroy, des de Jussieu, J. Le Petit, Ledran, Winslow, embrassant ainsi dans son étude la matière médicale, la botanique, la chirurgie, l'anatomie. En 1729 il était de retour à Berne, sa chère ville natale, non sans avoir entendu, à Bâle, l'illustre Bernouilly, qui y était professeur de mathématiques ; et telle était son avidité pour les connaissance nouvelles, que peu s'en fallut qu'il n'abandonnât la médecine pour la géométrie. Cependant il ne négligea pas entièrement ses anciennes occupations, car durant seize mois qu'il habita Bàle il enseigna l'anatomie à la place du professeur Mieg, qu'une maladie empêchait de monter en chaire, et fit avec Jean Gesner, dans la partie méridionale et occidentale des Alpes, un voyage qui lui donna les moyens de publier son histoire des plantes de la Suisse, ouvrage dans lequel on ne sait ce qu'il faut admirer le plus, ou de l'ordre qui y règne, ou de la peine qu'il a fallu prendre pour rassembler tant d'objets, parmi lesquels il en est beaucoup qui sont des découvertes. A Berne, Haller tenta la clientèle, mais il n'était pas fait pour ce labeur quotidien qui demande souvent plus d'habileté que de science, et il revint à ses chères études. Le grand conseil de la ville, qui connaissait ses talents en anatomie, résolut d'en tirer parti. Un amphithéâtre fut construit en 1754, et Haller l'inaugura avec le titre de professeur. Son discours d'ouverture mérite d'être signalé : Oratio mbitanea, quod veteres eruditione antecellent modernos (Berne, 1754, ia-4»). Hommage rendu à la profonde érudition des anciens, comparés aux modernes. Ce fut à cette époque qu'il fit paraître la première édition de ses odes et de ses épîtres en vers, qui ont été traduites depuis dans la plupart des langues de l'Europe. Nous en reparlerons à la fin de cette notice.

Mais la prodigieuse activité de Haller, une ambition bien légitime, lui faisaient désirer un théâtre plus vaste où il put recueillir le fruit de travaux assidus. Le roi d'Angleterre, George H, qui était en même temps électeur et duc de Hanovre,

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voulant rendre à la ville de Goltingue son ancienne splendeur, y établit en 1750 une université, et Ilaller y fut appelé l'année suivante, pour remplir la seconde chaire de médecine, embrassant l'anatoniie, la chirurgie et la botanique. Son séjour à Gottingue pendant dix-sept années, toutes marquées par des recherches, par des découvertes et par de nombreux écrits, a contribué à la célébrité des professeurs et à celle de l'école à laquelle il était attaché. On a peine à concevoir, dit Cuvier, la rapidité avec laquelle il put, au milieu de tous ses travaux et de son triple enseignement, faire paraître tant d'ouvrages, de commentaires et d'éditions d'auteurs avec des préfaces, se livrer à tant de discussions et depolémiques, et en même temps recueillir les matériaux d'ouvrages encore plus importants. Ce fut lui qui, en 1739, planta le jardin de Gottingue, devint président (I75J) du collège des chirurgiens de cette ville, coopéra à la création de la Société royale, dont il rédigea les règlements; ce fut lui qui établit un hospice de maternité, dans lequel on faisait des cours d'accouchements, qui fonda un cabinet d'anatomie pour lequel il prépara lui-même un grand nombre de pièces.

Cependant, malgré rattachement qu'il portait à l'Université de Gottingue, Haller fut forcé de l'abandonner et de prendre une retraite motivée par une altération de sa santé, et en 1753 les habitants de Berne accueillaient son retour avec une joie universelle. Là encore il sut rendre d'immenses services à son pays. Direction du conseil municipal de Berne, direction des salines de Roche et du bailliage de l'Aigle; organisation de l'Université de Lausanne; arbitrage heureux dans les contestations qui s'étaient élevées entre le Valais et la république, enti'e Genève et Berne; fondation d'un hospice pour les orphelins; promotion de l'établissement d'une école pour la jeunesse patricienne, etc.,. « ces divers travaux, qui consolidaient sa gloire, ne pouvaient qu'accroître les regrets que sa perte inspirait à l'Université de Gottingue Aussi le roi Georges 111 lui hl-il proposer, en 1764, de revenir en cette ville. Ce prince écrivit même en 1769 au sénat de Berne pour le lui demander. Haller se serait peut-être laissé tenter par cette offre, la seule qui put alors le séduire. Mais le sénat employa pour le retenir un lien si honorable qu'il lui fut impossible de résister : par une disposition dont l'État de Berne n'avait jamais donné l'exemple, on rendit un décret par lequel il fut mis en réquisition perpétuelle pour le service de la république. Bientôt après on créa une charge en sa faveur, avec la clause formelle qu'elle serait supprimée après sa mort. Haller aurait perdu tous ses titres à l'estime publii|ue en quittant une patrie qui employait des moyens aussi flatteurs pour l'enchaîner sans retour » (Jourdan et Boisseau.)

Haller est mort le 12 décembre 1777. 11 avait été marié trois fois : 1° en 1731, à Marianne Wytf, fille du seigneur de Malhod. Il eut la douleur de la perdre à Gottingue, dans un accident de voiture qui faillit aussi emporter son illustre époux. C'est à elle qu'il a dédié ses poèmes sous les noms de Boris et Marianne; 2° en 1758, à Elisabeth Buiher, fille d'un conseiller d'État et banneret à Berne; 3" en 1741, à Sophie-Amélie Teichmeyer , fille du docteur Teichmeyer, professeur de médecine à léna. On a frappé plusieurs médailles en l'honneur de l'illustre encyclopédiste. Nous n'en citerons qu'une, et c'est la plus jolie : d'un côté elle représente le buste de Haller sous lequel se lit : J. M. MK. F. (Joannes Melchior Muerikofer fecit), avec l'inscription Albertds Haller. De l'autre côté, les Alpes. Dans les nues un livre ouvert offrant d'un côté une figure anatomique, de l'autre une plante entourée d'une lyre et d'une couronne

IIALLER. 75

de laurier. Inscription: PatrI/E novaserta paravit. Exergue : famam expressit in

AERE MOERIKOFERUS.

La bibliographie hallérienne ayant été faite, et bien faite, un grand nombre de fois, et particulièrement dans la Biographie médicale qui fait suite au Dictionnaire de médecine en 60 volumes (1822, t. V, p. 52), on croit pouvoir se dispenser de la reproduire ici; elle occuperait au moins quatre ou cinq pages en texte serré ; mais on signalera au goût de'licat des personnes qui savent savourer la fine littérature les poésies du médecin suisse. Elles ont paru pour la première fois à Berne, en 4752 (in-8°), — l'auteur n'avait alors que vingt-quatre ans, — sous ce titre : Versuch Schweitzerischer Gedichte; elles ont été réimprimées un grand nombre de fois, et l'on compte au moins vingt-quatre éditions des traductions qui en ont été faites dans presque toutes les langues de l'Europe. On y trouve les traits qui caractérisèrent toujours leur auteur, une grande sensibilité, de la noblesse, de l'élévation et de la pliilosopliie. Tantôt il peint la douce fraîcheur du matin et l'aspect riant que les campagnes lui ont tant de fois offert lorsqu'il se levait dès la pointe du jour pour les parcourir. Ailleurs il exprime dans les ternies les jdus touchants l'ennui qu'il a éprouvé loin de sa patrie, dans ses voyages. Plus loin, il soumet la gloire et la renommée à l'examen le plus impartial et le plus rigoureux. Presque toutes ses poésies sont dédiées à un ami. Si mes chants étaient dignes de la postérité, dit-il au célèbre Gesner, je te proposerais, avec Stehlin et moi, comme un modèle de l'union la plus parfaite. Dans un poème en trois chants, il reolierclie quelle est l'origine du bien et du mal, et il prouve que notre perfection tient à cette sensibilité qui est la source de nos plaisirs et de nos peines. Mais le morceau le plus admiré de tous ceux que Ilaller a publiés est sans contredit celui dans lequel il a décrit les Alpes et les mœurs de leurs habitants. Plus un sujet était grand, plus il convenait à la force et à la vigueur du génie de Ilaller, et plus il lui était facile de l'égaler.

On recommande aussi aux lecteurs les Lettres de feu M. de Haller contre M. de Voltaire. Elles ont été traduites en français par J. L. Kœnig, « ministre du saint Évangile et diacre au temple du Saint-Esprit », et imprimées à Berne (1780, 2 vol. in-12). Quelques lignes empruntées à la préface de Haller montreront le but et la tendance de ces lettres : « Si j'ai trouvé un grand sujet de consolation dans le prompt débit de ces lettres, je suis bien éloigné de l'attribuer à mes talents. Peu initié dans les sciences qui nous fournissent les preuves de la religion, n'ayant eu d'autres guides dans mes recherches théologiques que l'Écriture sainte et quelques historiens, je ne vois d'autre cause au succès de cet ouvrage qu'un reste d'attachement pour la religion, qui, malgré les progrès d'un second paganisme, conserve au Seigneur des serviteurs fidèles auxquels la vérité, quoique dénuée d'ornements, ne paraît pa> moins respectable... Cet homme (Voltaire) vit encore, sa carrière tend au delà de l'âge ordinaire des mortels; il écrit, travaille sans relâche contre son Créateur, qui l'a comblé d'honneurs, de richesses et de talents; il séduit tous les jours et les grands, qui ne se donnent pas la peine de lire les réfutations de ses erreurs, et les femmes, dont toute la science se borne à se soumettre aveuglément aux idées de quelques savants, et les jeunes gens, que l'incrédulité délivre d'im frein désagréable, seule barrière de leurs désirs corrom[ius. 0 toi, juge de la terre ! c'est de ta bonté seule que nous pouvons attendre un changement aussi salutaire; que la lumière puisse éclairer, pénétrer son àme, et mettre fin à la

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révolte d'un être comblé de tant de faveurs! Puissent les fidèles jouir du bonheur de voir le plus audacieux de tes ennemis prosterné à tes pieds, et se trouver réunis avec lui dans le séjour bienheureux que ta grâce toujours puissante et victorieuse leur prépare! » A. C.

HALLES ET MARCHES. Voy. Ville.

HALLIDAT (ÀNDREw). Médecin anglais, né à Dumfries, reçu docteur à Edimbourg, en 1806 {De pneumatosi^ 1806, in-8°), exerça d'abord son art à Ilalesworth, près de Birmingham, puis servit dans l'armée et assista aux campagnes d'Espagne, de Portugal et de Hollande, et enfin à la bataille de Waterloo. Dans l'intervalle il publia : Observations on Emphysema (London, 1807, in-S"); Remarks onthe Présent State of the Lunatic Asylums inireland (ibid., 1808, in-8°); Observ. on the Fifth Report of the Commissionners of Military Inquiry and on the Army Médical Department (ibid., 1809, in-S"); Observ. on the Présent State of the Portuguese Army (ibid., 1811, in-4"); A Memoir of the Campaign 0/I8I0 (ibid., 1816, \n-i°), puis, après son retour à Edimbourg : A Letter ta Lord Binning Containing some Remarks on ihe State of Lunatic Asylums (Edinburg, 1818). Il accompagna le duc de Clarence, plus lard le roi Guillaume IV, dans divers voyages, en qualité de médecin, fut créé chevalier en 1821, puis se rendit comme inspecteur des hôpitaux dans les Indes Orientales et revint avec une santé délabrée, habita Dumfries où il mourut peu d'années après, le 7 septembre 1859.

Ilalliday s'intéressait particulièrement aux aliénés et aux asiles; il a écrit de nombreuses lettres et fait plusieurs voyages pour recueillir des documents sur ce sujet. Il s'est occupé en outre de questions historiques et a entre autres écrit une histoire de la maison de Brunswick et de Lunebourg (1820) et les annales de la maison de Hanovre (2 vol., 1826).

Citons encore de lui :

I. A General View of ihe Présent State of Lunatics and Lunatic Asylums in Great Britain and Ireland, and in some other Kingdoms. London, 1828, in-8°. — II. A Letter to Lord B. Seymour : wilh a Beport of the Number of Lunatics and Idiots in England and Wales. London, iS'iO, in-8°. — IIL The West Indies : the JSatural and Physical History of the Windward and Leeward Colonies. London, 1857, in-8". — IV. A Letter. . . on Sic/mess and Mortality in the West Indies. London, 1859, in-S". L. Ib.

HALL.IIAIK^ (Eduard). Médecin allemand, né à Hanovre, le 10 juillet 1815, étudia la médecine à Berlin depuis 1836, y fut reçu docteur en 1859 [De cirrhosi hepatis), puis exerça son art successivement dans sa ville natale, à Bruxelles, à Berlin, à Gràfenberg, prit la direction de l'établissement hydrothérapique de Marienberg, qu'il conserva plusieurs années, revint enfin à Berlin, où il mourut le 24 février 1855.

Hallmann est l'un de ceux qui ont le plus fait pour donner à l'hydrothérapie une base scientifique. Son premier ouvrage relatif à cette branche de l'art de guérir a pour titre : Kleinere Beitrâge zur luissenschaftlichen Begriindung der WasserciD'en [Preiiss. Vereinszeitung, 1845); il fut suivi de son célèbre ouvrage : Vebereine zweckmàssige Behandlung des Typhus, Berlin, 1844, in-S", qui renferme les observations faites à Gràfenberg sur l'invitation du gouvernement prussien . Nous citerons encore :

I. Zweimit Wasser behandelle Fâlle von Abdominallyphus, etc. Coblenz, 1830. in-S". — II. UeOer Erfahrungen iiber Wassercuren gegen Frauenkrankheiten. In Verhandliuigen der Geselhch. f. Geburtsk. Berlin, 1852. — III. Die Temperaiurverhâltnissc der Quellen. Berlin, 1854-1855, 2 vol. in-S" (voy. Hirsch's Lexic. hervorrag. Aer<te, t. III, p. 50). L. H.n.

i]ALLORA.\\ Voy. O'IUlloran.

HALLSTRÔin (Carl-Em.^nuel). Né à Rasbo Socken, province d'UpIand, le 29 juillet 1792, alla étudiera l'Université de Lund, fut reçu candidat en philosophie en 1816, médecin candidat en 1818, licencié en 1819, termina ses études médicales en soutenant sa thèse de docteur à cette université le 8 juillet 1829. Il fut successivement aux hôpitaux militaires de Stockholm, nommé chirurgien de bataillon et chirurgien major en 1819, puis médecin de province à Umeaa, en 1824. Il est mort le 24 février 1852.

I. Dissertatio inauguralis de organis partum efficientibus. Lund., 1819, in-S". — II. EmbetsberâlCelse for ISIo {[Rhumatisme). In Svenska Làkaïc Sallskapefs Handlingar, t. XI, 1827, p. 148. — III. Angaaende Sâttet att i Westerbotten Uppfôda Barn med. Napp. Ibid., t. XVI, 1829, p. 64. A. D.

HALLUCIXATIOW De tous les phénomènes nerveux qui s'offrent à notre observation, il n'en est pas de plus curieux ni de plus intéressant que l'hallucination. Mais l'étude en e.st hérissée de difficultés; ce n'est pas une tâche peu ardue que de démêler, parmi les innombrables documents qui encombrent la science, ce qu'aujourd'hui l'on peut considérer comme scientifiquement acquis. J'aborderai cette étude sans parti-pris, sans idée préconçue, me plaçant exclusivement au point de vue de l'observation clinique.

Étïmologie. Hallucination ou allucinalion, paraît venir de hallucinatio ou hallucinari, qui veut dire se tromper, s'abuser. Peut-être même faut-il remonter plus haut et le faire dériver de à),Ow,â).w, qui tous deux expriment une incertitude, une inquiétude, une sorte de dévergondage d'esprit (Lélut, Amulette de Pascal, Paris, 1846). Une autre étymologie ferait venir le mot hallucination de lux [ad lucem, adlucinor, hallucinor) ; mais c'est la première qui est généralement adoptée.

Historique. L'hallucination est aussi vieille que le monde. Depuis qu'il existe des hommes, il y a eu des hallucinés. Si haut que l'on remonte dans les annales de l'humanité, on la trouve hantée de rêves, d'apparitions, de spectres, de visions, qui ont eu sur ses destinées l'influence la plus considérable et parfois la plus inattendue.

C'est une hallucination qui, sur le chemin de Damas, changea soudain les résolutions de saint Paul, et fit de l'ennemi le plus acharné du christianisme l'apôtre le plus fervent et le plus énergique de la religion nouvelle.

C'est une hallucination qui, au moment décisif, triompha des dernières hésitations de Constantin, et le lança résoKiment dans la révolution qui, détruisant sans retour le polythéisme antique, marquait l'avènement définitif de la religion chrétienne.

Sans les hallucinations qui, depuis l'âge de treize ans, ne cessaient de hanter Jeanne d'Arc, l'humble paysanne lorraine aurait-elle jamais eu le courage et la résolution nécessaires pour quitter son village, aller à la cour du roi, et se mettre à la tête des armées?

Luther fut un halluciné : il eut des hallucinations de la vue et de l'ouïe qui

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exercèrent une influence puissante sur se* déterminations. On connaît ses luttes avec le diable.

Ignace de Loyola, dangereusement blessé au siège de Pampelune, forcé à une longue inaction, et ayant tourné toutes ses pensées vers la religion, voit la Sainte Vierge qui lui apparaît et Tencourage dans ses projets. Il entend des voix célestes qui lui dictent la mission qu'il va entnprendre.

J'ai choisi ces exemples parmi les plus fameux. Mais combien il serait facile de les multiplier! Socrate, dans l'antiquité, Pascal, tout près de nous, ont été liallucinés. Lhallucinalion se lit à chaque page de la Vie des solitaires de la Tliébaïde, des pieux anachorètes, des saints que l'Église révère. Elle a régné épidémiquemont, aux époques de convulsions religieuses; il est telles périodes de l'histoire où tout un pays, tout un peuple, ont semblé vivre dan«un état de perpétuelle hallucination. Les sorciers du moyen âge n'étaient que de malheureux hallucinés.

Et qu'on ne croie pas que ces faits ne sont plus de notre temps ! Un écrivain, dont le témoignage ne saurait être suspect, raconte ce qui suit : « Dans les premiers jours de juillet, la Sainte Vierge était apparue en songe au prince de Polignac, et lui avait dit : a Va! ton œuvre est bonne, accomplis-la. » Le ministre avait fait part à Charles X de cette intervention surnaturelle, et tous

deux y avaient vu la certitude du succès Ce fait m'a été raconfé par Berryer,

((ui le tenait du prince de Polignac lui-même. En 1846, un an avant sa mort, celui-ci disait encore : « En présence d'une si glorieuse apparition, toute hésitation eût été criminelle! » (Maxime du Camp, Revue des Deux Mondes, l*'''juin 1881, p. 526).

C'est peut-être parce que l'hallucination a été si intimement mêlée à la vie politiijue et religieuse des peuples les plus divers qu'elle n'a pas attiré tout d'abord l'attention des médecins et qu'elle a été si lente à se dégager avec sa valeur réelle de symptôme de maladie.

Cependant Ilippocrate la connaissait. Au premier livre des Épidémies (t. Il, p. 695), chez le quatrième malade, qui est une femme, il dit : « Le onzième jour elle dort, elle se ressouvient de tout, mais bientôt les hallucinations reparaissent. »

Dans les Affections internes (t. VII, p. 287), on lit : « Il lui semble qu'apparaissent devant ses yeux des reptiles, d'autres bêtes de toute espèce, des hoplites qui combattent; lui-même combat au milieu d'eux, et il parle comme voyant des combats et des guerres... » Et Ilippocrate ajoute : « Cette maladie survient surtout en voyage, quand on parcourt une route déserte et qu'une vision frappe d'épouvante. »

Enfin, dans les Maladies des jeunes filles (t. VIII, p. 465) : « D'abord, dit-il, je m'occupe de la maladie dite sacrée, des pertes de connaissance et des terreurs que les hommes éprouvent à un haut degré au point de perdre l'esprit et de croire voir certains démons ennemis, tantôt la nuit, tantôt le jour, tantôt le jour et la nuit. A la suite de ces visions beaucoup se sont étranglés, toutefois plus de femmes que d'hommes, car le naturel de la femme est moins courageux et moins ferme. » Et plus loin (p. 469) : « Les visions lui ordonnent de sauter, de se jeter dans les puits, de s'étrangler, comme étant meilleur et ayant toute sorte d'utilité. »

Asclépiade semble avoir saisi la distinction des hallucinations et des illusions. Sous la dénomination de visuni (y^ivrao-ta), il compi'end deux phénomènes bien distincts : l'un purement psychique, silentibus sensibus; l'autre où se montre

comme élément déterminatif une impression sensori.ile primitive {Ex visis veris ducentes quidam mentis errorem). Cicéron emploie le même terme pour désigner toutes les aperceplions, hallucinations et illusions; il en est de même de Cœlius Âurelianus.

Celse appelle imago, imagines, c désignait sous le nom de

visum, et il établit une espèce de p ">ar le délire hallucina-

toire gai ou[triste : Quidam imaginib a, .,.,,.. ^ .aitur.

Ces détails, que j'emprunte en grande partie à Semelaigne {Études historiques sur V aliénation mentale dans l'antiquité, Paris, 18G9), prouvent que les Anciens avaient une notion assez nette et précise du phénomène de l'hallucination, tout en ne lui accordant qu'une minime importance.

Pendant toute la période du moyen âge, l'hallucination règne en maîtresse, elle domine complètement la scène morbide. Mais elle n'est envisagée que comme œuvre de Dieu ou œuvre du diable; le médecin n'a rien à y voir.

Il en est question de nouveau dans les écrits des médecins des deux ou trois derniers siècles, mais le mot hallucination en était venu peu à peu à désigner exclusivement un trouble de l'imagination. C'est de la sorte qu'il est envisagé par Sagar, Linnaeus, Cullen, Darwin, Arnold, Crichton, etc. Pour beaucoup d'auteurs même, l'hallucination n'est plus seulement un symptôme de maladie, elle constitue à elle seule toute une classe de maladies. Sauvages définit les allucinations des maladies dont le symptôme principal est une imagination dépravée et erronée. Dans l'ouvrage de J. Frank, [g% hallucinations consùin&ni, avec les manies, la classe des vésanies. 11 serait sans intérêt de poursuivre cette revue. Un fait cependant m'a frappé : le mot Hallucination ne se trouve ni dans Y Encyclopédie de Diderot, ni plus tard dans le Répertoire de Ploucquet (1808), ni enfin dans V Histoire de la médecine de Sprengel (1820) ! Preuve du peu d'importance que l'on attachait à ce symptôme.

Esquirol est certainement le premier qui ait donné de l'hallucination une description complète et scientifique, le premier qui ait cherché à en faire la théorie. Son mémoire a été le point de départ d'une foule de travaux que j'aurai l'occasion de citer, et parmi lesquels ceux de Baillarger, de Michéa, de Brierre de Boismont, tiennent le premier rang.

Mais il est arrivé que ces travaux ont été presque tous, sinon tous, faits par des médecins exclusivement voues à l'élude des maladies mentales ; l'hallucination n'a été étudiée que chez les aliénés. Aussi l'on s'est habitué peu à peu à identifier l'hallucination avec la folie elle-même. Halluciné et aliéné sont devenus synonymes. Là est l'erreur. L'hallucination, à elle seule, ne saurait caractériser telle ou telle maladie ; comme la fièvre, comme le délire, elle n'est qu'un symptôme, dont l'importance varie selon les circonstances dans lesquelles on l'observe, et qu'il faut étudier suivant les règles et la méthode qu'en pathologie on applique à l'étude d'un symptôme, quel qu'il soit.

Définition. « Un homme qui a la conviction intime d'une sensation actuellement perçue, alors que nul objet extérieur propre à exciter cette sensation n'est à portée des sens, est dans un état d'hallucination » (Esquirol, t. I, p. 80).

Telle est la définition donnée par Esquirol. Nous croyons devoir la conserver, parce qu'elle donne une idée exacte du phénomène, tout en ne préjugeant rien sur sa nature intime. L'halluciné voit des images, entend des sons, perçoit des odeurs, sans qu'aucun objet extérieur actuel, capable de produire ces sensations, puisse être invoqué comme en étant la cause.

L'hallucination diffère de V illusion ; dans l'illusion, il y a interprétation fausse, erronée, d'une sensation actuellement perçue. « L'illusion, dit Lasègue, est à l'hallucination ce que la médisance est à la calomnie; l'illusion s'appuie sur la réalité, mais elle la brode; riiallucinalion invente de toutes pièces, elle ne dit pas un mot de vrai. »

La distinction entre les deux symptômes, qu'Esquirol a formulée le premier, a cependant été contestée. Autant, de prime abord, elle paraît simple et naturelle, autant en pratique elle est souvent difficile à établir. Beaucoup d'auteurs ne l'admettent pas; Calmeil, dans son article Hallucination du Dictionnaire de médecine, confond dans une même description les illusions et les hallucinations. Sandras, Aubanel, Dechambre, et beaucoup d'autres, professent qu'entre les deux phénomènes il n'y a aucune différence de nature, que c'est un trouble cérébral identique. .l'incline à partager cette opinion. Mais, un article spécial de ce Dictionnaire devant être consacré à I'Illusiox, cette question viendra à son heure, et sera traitée avec les développements qu'elle comporte. Disons cependant dès à présent que, dans un grand nombre de cas, et notamment dans les troubles de la sensibilité générale (illusions ganglionnaires, viscérales), il n'est pas possible d'établir entre les hallucinations et les illusions une démarcatio:î précise, et l'on est amené forcément à les confondre dans une même description.

Svmptomatologie. Tous les sens peuvent être hallucinés : c'est ainsi que l'on observe des hallucinations de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, du goût, du toucher, de la sensibilité générale.

Elles peuvent exister isolées, rester bornées à un seul sens, ou au contraire en affecter plusieurs à la fois. 11 est même des cas où toute la sphère de la sensibilité paraît atteinte, où il n'y a ])as de sens qui ne soit halluciné; c'est ce qui arrive dans les cas que l'on appelle à juste titre la folie sensoriale.

On s'est demandé quels sont les sens les plus fréquemment hallucinés. La réponse pouvait être donnée à priori : ce sont ceux qui nous fournissent le plus grand nombre de sensations, ainsi la vue, l'ouïe, la sensibilité générale.

En outre, les sens qui nous donnent les sensations les plus nettes, les mieux définies, sont ceux aussi dont les hallucinations se distinguent par leur netteté, leur précision. Les hallucinations visuelles et auditives sont, parmi toutes, les plus faciles à observer et les plus distinctes. Le goût, l'odorat, le tact, donnent des sensations moins nettes ; il en est de môme des hallucinations de ces sens. Quant à la sensibilité générale, qui ne nous fournit guère que les sensations assez vagues de plaisir et de douleur, elle donne des hallucinations nombreuses, mais conservant toutes un caractère vague, indéterminé.

a. Hallucinri tiens delà vue. D'après Griesinger, ce sont les plus fréquentes. La plupart des auteurs cependant sont d'un avis différent, et croient qu'on les observe moins souvent que les hallucinations de l'ouïe. Ces deux opinions, en apparence contraires, me paraissent pouvoir se concilier facilement par la formule qu'a donnée Baillarger : « Les hallucinations de la vue, dit-il, sont beaucoup plus rares chez les aliénés que celles de l'ouïe, mais c'est le contraire qui a lieu chez les personnes saines d'esprit » (p. 511).

II est en effet certain que, dans un service d'aliénés, ce sont les hallucinations auditives qu'on rencontre le plus. Elles sont les plus tenaces, les plus durables, et elles accompagnent presque toujours les formes chroniques de l'aliénation mentale. Les hallucinations de la vue sont au contraire beaucoup plus fugaces, plus transitoires ; elles s'observent de préférence dans les formes aiguës de la

folie, dans celles dont la durée est courte. Mais, si Ton songe que les liallucinations visuelles ne manquent jamais ni dans les délires fébriles, ni dans les délires toxiques, qu'elles constituent presque exclusivement les rêves et les hallucinalions hypnagogiques, on sera obligé de convenir que, d'une façon générale, leur fréquence est de beaucoup la plus grande. Cette question n'a d'ailleurs qu'une importance secondaire.

Les hallucinations de la vue sont simples ou compliquées. A l'état rudimentaire, elles consistent en simples lueurs, en flammes, en étincelles, en globes lumineux. Mieux définies, ce sont des spectres, des fantômes, des formes mal dessinées, confuses, indistinctes, diversement colorées, des ombres qui s'évanouissent dès que le malade veut les lixer. Enfin, à l'état le plus parfait, l'image acquiert la plus grande netteté et prend les contours les mieux arrêtés. Certains malades voient toujours une seule et même image : une jeune fille qui avait assisté à une exécution capitale a sans cesse devant les yeux la tcte du supplicié. Un médecin, qui finit par se suicider dans un accès de mélancolie, ne pouvait se retourner sans voir à côté de lui une petite vache noire. Un jeune homme de dix-huit ans, placé depuis quelques mois dans mon service, est poursuivi par l'image de son père, qui s'est pendu il y a un an et dont il a été le premier à découvrir le cadavre.

D'autres fois il y a une succession de figures, d'images : le malade voit passer devant lui tout un cortège de personnages revêtus de costumes éclatants; des files d'animaux, d'êtres fantastiques, défilent devant lui. Ou bien il assiste à des scènes plus ou moins compliquées. Falret père a cité l'observation curieuse d'un aliéné d'un âge miàr, d'une grande richesse d'imagination et d'un esprit très-distingué, qui, pendant les grandes chaleurs de l'été et au milieu d'une belle journée, s'imagina assister du haut d'une tour élevée à la création du monde. Il vit se dérouler sous ses yeux toutes les scènes de la création, telle qu'elle est racontée dans les Écritures; mais il s'y mêlait, d'une manière bizarre, des fables semblables à celles que renferment les Mille et une Nuits (p. 146).

Le naturaliste Lelorgne de Savigny voyait la voûte spacieuse formée d'innombrables faces humaines, toutes également expressives, prenant je ne sais quel air inflexible, et fixant sur lui des regards sinistres.

J'ai connu des malades devant qui se déroulaient les scènes les plus horribles : l'un était obligé d'assister aux derniers outrages que, plusieurs fois par jour, on faisait subir à sa femme, et son impuissance à punir ce lâche attentat le mettait dans une véritable fureur. Un autre voyait ses enfants livrés aux plus cruels supplices. Un troisième a devant les yeux une femme qui lui fait des gestes obscènes; il a beau s'agiter, se mettre en colère, crier : « Va-t'en! vat'en! Je ne veux pas te voir! » en accompagnant ces cris de toutes sortes d'injures, rien n'y fait, la femme reste toujours là.

Les objets qui apparaissent à riialluciné paraissent tantôt agrandis, tantôt au contraire ils sont plus petits que nature.

Tantôt, comme je l'ai déjà dit, ils sont fixes, immobiles, toujours à la même place; tantôt ils se meuvent, paraissant fuir devant le regard. Baillarger a observé à la Salpêtrière une femme qui semblait poursuivre quelqu'un, en tenant les bras écartés d'une façon singulière. Cette femme voyait son fils qui reculait devant elle, et elle s'efforçait de l'atteindre pour lui passer une chemise, qu'elle croyait tenir écartée avec ses bras, de manière à la mettre plus facilement {loc. cit., p. 323).

mcT. ENc. i' s. Xn. 6

L'hallucination de la vue n'est pas rare chez les aveugles ; je parle, hien entendu, de ceux qui sont devenus aveugles après avoir joui de la vue; les aveugles-nés ne peuvent pas avoir d'hallucinations visuelles. Les aliénés aveugles sont presque tous poursuivis par des visions; les uns voient des objets effrayants, des cadavres, des cerciieils; à d'autres apparaissent des images riantes, trèsfréquemment des images erotiques.

L'Iialiiicination peut se produire les yeux ouverts. Bien des hallucinés interpellent vivement les personnages imaginaires qui se montrent devant eux. Pour beaucoup de malades elle ne survient que lorsque les yeux sont fermés. Un officier, placé dans mon service, me raconte souvent que, dès qu'il abaisse les paupières, il voit passer devant lui une succession d'images confuses, mal limitées, les unes lumineuses, les autres noires et obscures. Une nuit il a vu se dessiner sur le mur, en face de lui, un grand crucifix lumineux.

Quelquefois Thallucinalion est interce|)tée par l'interposition d'un corps opaque, ou bien c'est elle qui empêche d'apercevoir les objets placés derrière elle. Beaucoup de malades n'ont d'hallucinations que la nuit, d'autres en sont poursuivis jour et nuit.

En un mot, on peut observer toutes les variétés imaginables. Il en reste une cependant qu'il faut encore signaler, quoiqu'elle soit très-rare. Je veux parler de l'hallucination unilatérale [hallucination dédoubléey Michéa). Dans ce cas, l'apparition ne se montre que d'un côté, et il peut même arriver qu'elle suive le mouvement des yeux. J'ai soigné un vieil officier, atteint d'une affection organique du cœur, ayant perdu un œil par accident il y a quelques années : il était en proie à un délire lypémaniaque, accusant sa femme et sa fille de vouloir rempoivonner et refusant les aliments. Ce malade était tourmenté par des liallucinatioiis de la vue qui ne se montraient que du côté de l'œil bien portant; il apercevait des ombres qui, d'abord très-petites, grandissaient peu à peu, finissaient par remplir l'appartement et lui arrachaient des cris de colère et de terreur; mais, je le répète, ces ombres n'apparaissaient jamais que du côté de l'œil qui lui restait.

Le docteur Despine (in Bail, p. 59) a rapporté l'observation d'un halluciné qui, en dérangeant par la pression du doigt le parallélisme des axes oculaires, parvenait à dédoubler les images qu'il apercevait. C'était un jeune homme, non aliéné, sujet à des crises extatiques pendant lesquelles il voyait la Vierge et l'entendait parler. Saisissant le moment oîi il disait : o Je vois la Vierge! » M. Despine comprima légèrement à travers les paupières le côté d'un des yeux, en demanilant au malade s'il voyait une ou deux images de la Vierge. Il répondit aussitôt : « J'en vois deux, l'une ici, l'autre là. « La distance indiquée n'était pas grande. Cette expérience, répétée à plusieurs reprises, a toujours donné le même résultat.

Comme le fait remarquer Bail, il s'agit là d'un fait très-curieux, mais qui doit être tout à fait exceptionnel. On peut en rapprocher cependant certaines expériences récentes de Ch. Féré, relatées dans le Progrès médical (1881, n" 55), et se rapportant aux hallucinations provoquées chez les hystériques : Une hvstérique étant plongée dans le sommeil hypnotique ou la catalepsie, on lui inculque l'idée qu'il existe sur une table de couleur sombre un portrait de profil; à son réveil, elle voit distinctement le portrait. Si alors, sans prévenir, on place un prisme devant un des yeux, immédiatement le sujet s'étonne de voir deux profils, et toujours l'image fausse est placée conformément aux lois

fie la physique. De même, si, au lieu d'interposer un prisme entre l'œil et l'objet fictif, on presse latéralement sur un globe oculaire, de façon à dérano^er l'axe optique, on provoque la même diplopie, et une double image visuelle se produit cnmme dans les cas cites par Despine et Bail, où il s'agissait d'hallucinations spontanées. Les choses se passent comme s'il y avait un objet réel derrière le prisme.

b. Hallucinatiom de Vouïe. Elles n'offrent pas moins de variétés que celles de la vue.

Dans les cas les plus simples, les malades ne perçoivent que des bruits confus, des sons mal déterminés, de simples bourdoimements, des sons de cloches, des coups de feu, le bruit du canon, le sifdement des balles. Il en est qui entendent des bruissements comme une chute d'eau, ou des cris d'animaux, le chant dun oiseau, le roulement du tambour, etc.

Mais, quand l'hallucination auditive prend sa forme la mieux définie, la plus nette, ce sont des voix. Souvent ces voix se bornent à un seul et même mot, incessamment répété. Un militaire entendait jour et nuit retentir à son oreille le mot lâche! Un de mes malades se croyait poursuivi par les gens de son village qui l'appelaient incendiaire ! Un autre se plaint que tout le monde, en passant près de lui, lui jette le nom de pantouflard !

D'autres fois, le malade est condamné à entendre des phrases entières qui, elles aussi, peuvent être répétées toujours les mêmes, avec une fatigante monotonie.

Souvent c'est une vraie discussion qui s'établit : la voix parle, le malade réplique. Un prêtre se disait insulté la nuit par son domestique, couché dans une pièce voisine, et qui lui criait à l'oieille : Athée! Chaque tois le prêtre répondait : Tu mens, je suis chrétien! Cela durait jusqu'au malin.

Un menuisier, qui, d'un coup de tranchet, s'était enlevé le pouce, parce qu'une voix le lui avait ordonné, et qui se croyait pape, avait des voix qui se chamaillaient dans sa tête; c'étaient des voix catholiques et des voix protestantes. Celles-ci voulaient lui faire abjurer sa religion; les voix cathohques rétorquaient leurs arguments. Le malade en était très-malheureux, « car, me disait-il, je ne veux pas changer de religion ».

Quand un malade parle plusieurs langues, il peut arriver que les voix se servent de celle qu'il ne parle pas d'habitude. Beaucoup d'hallucinés ne sont tourmentés qu'en patois, et ils s'imaginent qu'on a fait venir pour cela des gens de leur village.

La voix peut être claire, distincte; ou bien grave, forte; ou elle peut ne consister qu'en un simple chuchotement.

L'endroit d'où elle part est des plus variables; elle descend du ciel ou elle vient du plafond, ou du plancher; elle sort de la muraille, de la cheminée, de la table de nuit, du fond de la baignoire, etc. Berbiguier, qui a rempli trois volumes du récit de ses hallucinations, entendait la voix de Pinel dans sa cheminée.

Une vieille dame était restée enfermée dans sa chambre pendant trois jours, et elle avait successivement brûlé dans sa cheminée tous les meubles de son appartement, son linge, sa literie; c'était pour empêcher le curé de sortir de la cheminée où il s'était introduit, et où elle entendait sa voix menaçante.

Que de malades qui toutes les nuits bouleversent leur lit, défont leurs matelas, pour trouver le persécuteur invisible qui s'y tient caché et dont ils

sanglier; une autre prétendra qu'il est chaud, ou froid comme la glace, ou tiède. Elle dira que la semence de Satan est brûlante ou glacée, etc.

Nous observons aujourd'hui encore les mêmes phénomènes. Une vieille demoiselle observée par Calmeil affirmait que sa matrice contenait un germe de mulet. Une dame prétendait qu'elle allait accoucher d'un fœtus de singe ou d'une portée de petits chiens. J'ai soigné un malade qui se lamentait à l'idée que sa vache allait mettre au monde un monstre dont il serait le père. Une veuve sexagénaire est assaillie toutes les nuits par le diable qui prend la figure de l'aumônier; elle résiste courageusement et avec succès, grâce à un crucifix qui ne la quitte pas. Un ancien sous-officier se plaint que depuis deux ans, toutes les nuits, il est l'objet de tentatives de pédérastie; il n'a jamais vu aucun des individus qui se livrent sur lui à ces manœuvres odieuses, mais il entend leurs paroles obscènes, et ses sensations sont très-distinctes.

Rien n'est plus commun que d'entendre les malades, hommes ou femmes, accuser le médecin, l'aumônier, des personnes du dehors, de se livrer sur eux aux actes les plus révoltants. Et l'on a vu des malades, des femmes hystériques surtout, articuler des plaintes tellement précises, entrer dans des détails tellement circonstanciés, que non-seulement elles ont porté une atteinte grave à la considération de ceux qui étaient ainsi accusés, mais qu'elles ont même provoqué l'intervention de la justice, qui voulait voir des faits réels dans ce qui n'était (jue simples hallucinations.

Toutes les hallucinations, quelles qu'elles soient, peuvent exister isolées, mais plus souvent elles se combinent diversement les unes avec les autres. L'hallucination de la vue peut accompagner celle de Touïe; non-seulement un personnage quelconque apparaît au malade, mais il lui parle. Swedenborg, au moment de se mettre à table, voit le Père Eternel qui se dresse devant lui et lui crie : « Gourmand, ne mange pas tout! » Presque tous les fous religieux ont des visions et entendent des paroles. Les hallucinations visuelles existent fort souvent en même temps que les hallucinations génitales; des hommes, des femmes, apparaissent au malade, prennent des poses lascives et des attitudes provocantes et lui disent des obscénités. Quant aux hallucinations du goût et de l'odorat, elles sont presque toujours mélangées avec diverses hallucinations du toucher et de la sensibilité générale. 11 est impossible d'énumérer toutes les combinaisons qui peuvent se présenter.

Hallucinations psychiques. Dans toutes les hallucinations que je viens d'énumérer il y a, comme dans toute sensation véritable, deux éléments, un élément psychique et un élément sensoriel. Aussi Baillarger les a-t-il a})pelées hallucinations psycho-sensorielles. Y a-t-il une autre catégorie d'hallucinations dans lesquelles l'élément sensoriel disparaisse, et qu'il faille appeler hallucinations psychiques? C'est l'opinion de Baillarger, que beaucoup d'auteurs ont adoptée. Quelle que soit ma déférence pour une autorité aussi incontestée, cette distinction me paraît soulever de graves objections.

En quoi Baillarger fait-il consister l'hallucination psychique? « Ce sont, dit-il, de fausses perceptions paraissant se rapporter exclusivement au sens de l'ouïe, et qui ne peuvent être confondues avec les véritables hallucinations que par les aliénés. Les malades sains d'esprit qui éprouvent ce phénomène ne disent pas qu'ils entendent parler, mais qu'il leur semble entendre parler. Il y a dans leur tête une conversation tout intérieure; ils entendent la pensée, le langage de la pensée, etc. {loc. cit., p. 584).

Le pliénomène si bien observé par Baillarger est IVéqucut : beaucoup de malades entendent des voix qui ne viennent pas du debors, qui paraissent venir (le l'intérieur de leur corps, de la poitrine, de la gorge, de l'épigastre, ou même de l'intérieur de la tète. Un de mes malades me disait souvent : « On me -vole mes pensées; avant que j'aie le temps de songer à quelque chose, on répète dans ma tête ce que je viens de dire. » Un autre se plaignait que, lorsqu'il arrivait à un mot un peu long, son interlocuteur invisible le prononçait avant qu'il eût le temps de le prononcer lui-même, « comme si, disait-il, il m'en jugeait incapable ».

Les malades disent qu'ils entendent en pensée : mais comment entendre nne pensée, si elle n'est pas formulée dans un langage articulé? Comment une idée arriverait-elle à la conscience, si elle n'avait d'abord revêtu une forme définie, si elle ne s'était concrétée en un mot, en une phrase ? Le malade entend donc en réalité une voix; c'est en quelque sorte une hallucination du langage articulé. Que celle voix parte de l'intérieur du corps, ou qu'elle semble venir du dehors, le phénomène me paraît être de même nature, et je ne crois pas qu'il y ait lieu d'en faire une catégorie spéciale d'hallucinations sous le nom d'halhi- •cinalions psychiques. Il ne s'agit en réalité que d'une variété des hallucinations auditives ; elles sont psycho-sensorielles au même titre que les autres.

Conditions dans lesquelles on observe les hallucinations. Pour compléter la description symplomatique des hallucinations, il faut maintenant étudier les circonstances multiples dans lesquelles elles se produisent, et les modifications qu'elles subissent suivant que ces circonstances elles-mêmes changent.

a. Hallucinations compatibles avec la raison. En première ligne, nous devons ranger les hallucinations qui sont compatibles avec la raison, qui surviennent chez un individu jouissant de l'intégrité de ses facultés intellectuelles. Il y en a quelques exemples fameux cités partout, que je vais cependant reproduire avec détails, parce que ce sont des faits précieux à recueillir et à interpréter pour lu théorie de l'hallucination.

L'aïeul de Ch. Bonnet était sujet à des visions que celui-ci raconte en ces termes : « Je connais un homme respectable, plein de santé, de candeur, de jugement et de mémoire, qui, enpieine veille et indépendamment de toute impression du dehors, aperçoit de temps en temps devant lui des figures d'hommes, ■de femmes, d'oiseaux, de voitures, de bâtiments, etc. Il voit ces figures se donner différents mouvements, s'approcher, s'éloigner, fuir; diminuer et augmenter de grandeur; paraître, disparaître, reparaître; il voit les bâtiments s'élever sous ses yeux et lui offrir toutes les parties qui entrent dans leur construction extérieure. Les tapisseries de ses appartements lui paraissent se changer tout à coup en tapisseries d'un autre goût et plus riches. D'autres fois, il voit les tapisseries se couvrir de tableaux qui représentent différents paysages. Un autre jour, au lieu de tapisseries et d'ameublements, ce ne sont que des murs nus et qui ne lui présentent qu'un assemblage de matériaux bruts. D'autres fois, ce sont des échafaudages; mais, si j'entrais dans un plus grand détail, je décrirais le phénomène, et je ne veux que l'indiquer. Toutes ces peintures lui paraissent d'une netteté pai'faite et l'affectent avec autant de vivacité que si les objets eux-mêmes étaient présents; mais ce ne sont que des peintures, car les hommes et les femmes ne parlent point, et aucun bruit n'affecte son oreille. Tout cela paraît avoir son siège dans la partie du cerveau qui répond à l'organe de la vue. La personne dont je parle a subi en différents temps et dans un âge

très-avancé l'opération de la cataracte aux deux yeux. Le grand succès qui avait d'abord suivi cette opération ne se serait sans doute point démenti, si un goût trop vif pour la lecture avait permis au vieillard de ménager l'organe comme il demandait à l'être. Actuellement, l'œil gauche, qui était le meilleur, est presque sans fonction ; l'oeil droit lui permet encore de distinguer les objets qui sont à sa portée. Mais, ce qu'il est très-important de remarquer, c'est que ce vieillard ne prend point, comme les visionnaires, ses visions pour des réalités : il sait juger sainement de toutes ces apparitions et redresser toujours ses premiers jugements. Ces visions ne sont pour lui que ce qu'elles sont en effet, et sa raison s'en amuse. 11 ignore d'un moment à l'autre quelle vision s'offrira à lui; son cerveau est un théâtre dont les machines exécutent des scènes qui surprennent d'autant plus le spectateur qu'il ne les a point prévues » {Essai analytique stir les facultés de Vâme, t. XIV des œuvres complètes ; éd. Neufchâtel, 1782,

Le libraire Nicolaï (de Berlin) a laissé un récit très-intéressant des hallucinations dont il fut accidentellement assailli : « Pendant les derniers dix mois de l'année 1790, dit-il, j'avais eu des chagrins qui m'avaient profondément affecté. Le docteur Selle, qui avait coutume de me tirer deux fois du sang par an, avait jugé convenable de ne pratiquer cette fois qu'une seule émission sanguine. Le 24 février 1791, à la suite d'une vive altercation, j'aperçus tout à coup, à la distance de dix pas, une figure de mort ; je demandai à ma femme si elle ne la voyait pas; ma question l'alarnia beaucoup, et elle s'empressa d'envoyer chercher un médecin ; l'apparition dura huit minutes. A quatre heures de l'aprèsmidi, la même vision se reproduisit, j'étais seul alors ; tourmenté de cet accident, je me rendis à l'appartement de ma femme ; la vision m'y suivit. A six heures, je distinguai plusieurs figures qui n'avaient point de rapport avec la première.

« Lorsque la première émotion fut passée, je contemplai les fantômes, les prenant pour ce qu'ils étaient réellement, les conséquences d'une indisposition. Pénétré de cette idée, je les observai avec le plus grand soin, cherchant par quelle association d'idées ces formes se présentaient à mon imagination ; je ne pus cependant leur trouver de liaison avec mes occupations, mes pensées et mes travaux. Le lendemain, la figure de mort disparut, elle fut remplacée par un grand nombre d'autres figures représentant quelquefois des amis, le plus ordinairement des étrangers. Les personnes de ma société intime ne faisaient point partie de ces apparitions, qui étaient presque exclusivement composées d'individus habitant des lieux plus ou moins éloignés. J'essayai de reproduire à volonté les personnes de ma connaissance par une objectivité intense de leur image, mais, tout en voyant distinctement dans mon esprit deux ou trois d'entre elles, je ne pus réussir à rendre extérieure l'image intérieure, quoique auparavant je les eusse vues involontairement de cette manière, et que je les aperçusse de nouveau quelque temps après lorsque je n'y pensais plus. Une disposition d'esprit me permettait de ne pas confondre ces fausses perceptions avec la réalité.

« Ces visions étaient aussi claires et aussi distinctes dans la solitude qu'en compagnie, le jour que la nuit, dans la rue que dans ma maison; elles étaient seulement moins fréquentes chez les autres. Quand je fermais les yeux, elles disparaissaient quelquefois, quoiqu'il y eût des cas où elles fussent visibles ; dès que je les ouvrais, elles reparaissaient aussitôt. En général, ces figures, qui appartenaient aux deux sexes, semblaient faire peu d'attention les unes aux autres et marchaient d'un air affairé comme dans un marché; par moments

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cependant on aurait dit qu'elles faisaient des affaires ensemble. A diffe'rentes reprises, je vis des gens à cheval, des chiens, des oiseaux. Il n'y avait rien de particulier dans leurs regards, leurs tailles, leurs habillements; ces figures paraissaient seulement un peu plus pâles que dans l'état naturel.

« Environ quatre semaines après, le nombre de ces apparitions augmenta; je commençai à les entendre parler, quelquefois elles conversaient entre elles, le plus ordinairement elles m'adressaient la parole ; leurs discours étaient courts et généralement agréables. A différentes époques, je les pris pour des amis tendres et sensibles qui cherchaient à adoucir mes chagrins. »

Une application de sangsues mit fm à tous ces phénomènes, le 20 avril 1791. « Durant l'opération, dit Nicolaï, ma chambre se remplit de figures humaines de toute espèce; cette hallucination continua sans interruption jusqu'à quatre heures et demie, époque à laquelle ma digestion commençait. Je m'aperçus que les mouvements de ces fantômes devenaient plus lents. Bientôt après ils commencèrent à pâlir, et à sept heures ils avaient pris une teinte blanche ; leurs mouvements étaient très-peu rapides, quoique leurs formes fussent aussi distinctes qu'auparavant. Peu à peu ils devinrent plus vaporeux, parurent se confondre avec l'air, tandis que quelques parties restèrent encore visibles pendant un temps considérable. A environ huit heures, la chambre fut entièrement débarrassée de ses visiteurs fantastiques. Depuis cette époque, j'ai cru deux ou trois fois que ces visions allaient se montrer, mais rien de semblable n'a eu lieu » (m Brierre de Boismont, p. 55).

J'ai tenu à reproduire ce récit, malgré sa longueur, parce qu'il est plein d'observations curieuses et de remarques intéressantes sur la physiologie pathologique des hallucinations : c'est un témoignage précieux que j'aurai souvent à invoquer.

Andral, au début de ses études médicales, fut vivement frappé de voir, dans un des coins des salles de dissection de la Pitié, le cadavre d'un enfant à demi rongé par les vers. Le lendemain, en se levant et s'approchant de la cheminée pour rallumer son feu, il vit le cadavre dans la cheminée : « Il était bien là, dit-il ; je sentais son odeur infecte. » Cette hallucination dura un quart d'heure {Cow^s de pathol. Int., III, p. 184).

Falret raconte que le professeur Chevreul, entrant un jour dans son cabinet, crut y voir paraître une personne de sa connaissance, et son erreur fut poussée au point d'adresser la parole à cette image fantastique, qui disparut aussitôt. Par une des coïncidences les plus singulières, cette personne venait de mourir {loc. cit., p. 128).

Les faits que je viens de rapporter méritent d'autant plus de nous arrêter qu'ils ont été rapportés par des hommes ayant l'habitude de l'observation scientifique. Mais je crois pouvoir poser en fait qu'ils sont beaucoup moins rares qu'on ne l'imagine. Si chacun de nous faisait appel à ses souvenirs, s'il parvenait à se rappeler d'une façon exacte les troubles sensoriels qu'il a éprouvés, on arriverait, j'en ai la conviction, à reconnaître qu'il n'est personne qui, à un moment donné, n'ait éprouvé plus ou moins d'hallucinations. Telle était déjà l'opinion de Marc : « On peut dire, écrit-il, qu'il est peu de personnes qui n'en aient éprouvé (des hallucinations de la vue). A qui n'est-il pas arrivé, à la suite d'une digestion pénible, d'une vive inquiétude, ou de toute autre cause d'insomnie, de voir, malgré l'obscurité de la nuit, des images fantastiques s'arrètant et passant devant notre vue, comme dans une représentation fantasmagorique,

yo HALLUCINATION.

pour faire pLace à d'autres figures? Combien de fois ces hallucinations n'ont-elles pas e'té prises par les esprits superstitieux jiour des apparitions réelles? » {De la folie, I, p. 188, cd. i840.)

Et ce ne sont pas seulement des hallucinations de la vue qui surviennent ainsi. Si l'on est seul, la nuit, au milieu du silence ; si l'on a le cerveau légèrement surexcité par l'atlentc, par l'inquiétude, par un travail intellectuel, par une abstinence prolongée, etc., on perçoit des sons de cloches, des bruits de pas; on entend des portes qu'on ouvre et qu'on ferme, des paroles confuses; on est ai)pelé par son nom ; et cependant à toutes ces perceptions il n'y a aucune réalité objective.

Aux hallucinations qui surviennent ainsi pendant la veille, qui sont aussitôt rectifiées par rcnlcndement, il faut joindre celles qui caractérisent la période intermédiaire entre la veille et le sommeil, et qui ont été appelées hallucinations Jtijpnagogirjues.

h. Hallucinations hijpnagogiques (de Ot^v^jç, sommeil, et àyw/îij;, conducteur, qui amène). Bien étudiées par Baillargcr, et plus tard par Maury, ces hallucinations apparaissent au moment où le sommeil va arriver. Elles ne se montrent jamais que quand les yeux sont fermés; une fois qu'elles sont apparues, elles peuvent continuer quelques instants après que les yeux se sont rouverts. Elles sont comme le chaos du rêve, dont elles constituent les éléments formateurs. « Je lisais, dit Maury, à haute voix, Le voyage dans la Russie 7ne'ridionaîe de Hommaire de Ilell : à peine avais-je fini un alinéa que je fermais les yeux instinctivement. Dans un de ces courts moments de somnolence je vis, avec la rapidité de l'éclair, l'image d'un homme vêtu d'une robe brune et coiffé d'un capuchon, comme un moine des tableaux de Zurbaran. »

Une autre fois, voyageant en diligence, étant très-fatigué, Maury allait s'endormir. 11 ferma machinalement les yeux, et entendait encore le bruit des chevaux et le colloque des postillons qui relayaient, lorsqu'une foule de petits personnages rougeâtres et brillants, exécutant mille mouvements et paraissant causer entre eux, vinrent s'offrir à lui.

Les visions hypnagogiques n'ont pas toutes celte netteté : ce sont quelquefois des formes indéterminées (Burdach), des masses isolées, claires ou colorées (Millier), ou bien des nébulosités vagues, au milieu desquelles apparaissent des points brillants ou obscurs, des stries nuageuses, errantes (Purkinje),

« J'ai été, dit Millier (II, p. 556), autrefois fort sujet à ce phénomène pour lequel j'éprouve aujourd'hui moins de disposition, mais j'ai contracté l'habitude, toutes les fois qu'il se représente, d'ouvrir les yeux sur-le-champ, et de les diriger sur les murailles ; les images persistent encore pendant quelque temps, et ne tardent pas à pâlir ; on les voit, si l'on tourne la tête, mais je ne les ai pas vues se mouvoir avec les yeux. »

Les hallucinations hypnagogiques ne sont pas seulement visuelles ; il y a également des hallucinations hvpnagogiques auditives, constituées par des bourdonnements, des tintements d'oreilles devenant le point de départ de sons articulés et de voix qui deviennent perceptibles au moment oîi le sommeil apparaît. C'est ainsi que Maury s'est entendu appeler par son nom, que des airs de musique lui revenaient. En général, ce sont des mots ou des phrases courtes, qui retentissent à l'oreille et d'une manière plus faible que les sons réels.

Dans les mêmes circonstances peuvent se produire des hallucinations du toucher, du goût, de l'odorat. Maury a connu un paysan qui, au moment de

s'endormir, senlait une odeur épouvantable; il pensait que ce ne pouvait être que l'odeur du diable, car, quoique sain d'esprit, il était fort superstitieux.

c. Rêve. Tous ceux qui ont étudié les rêves en ont signalé l'analogie par les hallucinations ; il me paraît plus juste de dire que les rêves sont principalement constitués par des hallucinations.

Un des caractères des hallucinations dans le rêve, c'est leur incohérence; Buf'fon en avait déjà fait la remarque. « On se représente bien, dit-il, les personnes que l'on n'a pas vues, ou même celles qui sont mortes depuis plusieurs années ; on les voit vivantes et telles qu'elles étaient, mais on les joint aux choses actuelles et à des personnes d'un autre temps ; on ne voit pas les choses où elles étaient, et on les voit ailleurs où elles ne pouvaient être. »

Quiconque se rappelle un de ses rêves, et tout le monde a rêvé, sera frappé de la justesse de ces observations.

Les hallucinations de la vue dominent dans le rêve. Lasègue, représentant en «ela l'opinion de Morel, prétend même que ce sont les seules qui s'y produisent, et il cite à l'appui l'histoire d'un malade à qui un fantôme blanc apparaissait en rêve, lui montrant une pancarte sur laquelle étaient inscrits les mots qu'il voulait lui dire.

Cependant Homère raconte qu'Agamcmnon, à qui la voix de Jupiter s'était fait entendre pendant son sommeil, entendait encore cette voix retentir à son oreille lorsqu'il fut éveillé. Homère est une autorité que l'on peut contester. Mais les auteurs qui ont spécialement étudié les rêves signalent, outre les images visuelles qui dominent incontestablement, des hallucinations des autres sens. Tartini, s'endorraant de fatigue après avoir vainement cherché l'inspiration, reçoit en rêve la visite du diable qui lui propose d'achever sa sonate, pourvu qu'il lui livre son âme. Tartini accepte, et il entend le diable exécuter sur le violon la mélodie qu'il avait cherchée en vain. Au même instant il se réveille, il court à sa table, et de mémoire note l'air qu'il vient d'entendre. Gruithuisen rapporte qu'après un rêve dans lequel on s'était figuré entendre un coup de canon l'oreille causait de la douleur et tintait; qu'on sentait encore dans la bouche la saveur désagréable du médicament qu'on avait rêvé prendre (Burdach, p. 207). Mallhey (p. 190) cite un malade auquel un ange apparaît en songe, lui approche des lèvres un vase rempli d'une liqueur rouge, d'un goût délicieux et d'une odeur extrêmement suave. L'ange disparut ; à son réveil, le malade sentit encore sur ses lèvres et dans sa bouche le breuvage précieux qu'on venait de lui donner; il s'aperçut en même temps que les mouvements de succion lui en procuraient une plus grande quantité.

Aux hallucinations du rêve il convient de joindre celles qui accompagnent le cauchemar ; cel\es-ci sont généralement pénibles et douloureuses. C'est dans le cauchemar qu'apparaissent les Incubes et les Succubes dont j'ai parlé.

d. Intoxication. L'introduction dans l'économie d'un certain nombre de substances a pour résultat de produire des hallucinations. En première ligne, il faut citer celles qu'on observe dans l'alcoolisme : ce sont principalement des hallucinations visuelles : l'alcoolisé croit voir des légions d'animaux fantastiques, de rats, de souris, de petits chevaux, d'araignées, de chats, qui sortent des murs, du plancher, du lit, et se dirigent sur lui. Au lieu de figures d'animaux, ce sont quelquefois des personnes, des individus grimaçants, des spectres de gens morts depuis longtemps, des hommes armés et menaçants, etc., ou bien des précipices qui s'entr'ouvrent, des flammes qui veulent le dévorer. Un de

mes malades voyait sa chambre se remplir de pétrole enflammé; il grimpait sur son lit, se cramponnait aux barreaux de sa fenêtre ; c'était en vain : le pétrole montait toujours et menaçait de l'engloutir. Ce malade guérit, mais, plusieurs mois après sa guérison, il ne se rappelait cette scène qu'avec une indicible terreur.

Dans un travail récent, Lasègue a assimilé le délire alcoolique au rêve, et, comme dans le rêve, il a prétendu qu'il ne s'y montre que des hallucinations visuelles. Je crois que cette opinion de notre savant maître est trop exclusive : les alcoolisés entendent des bruits, des détonations, des sifflements, quelquefois des injures et des menaces; rarement des phrases entières. Chez eux également on observe des hallucinations des autres sens, et principalement de la sensibilité générale : témoin cet alcoolisé qui sentait un chat grimper le long de ses cuisses et enfoncer ses griffes dans sa chair. Mais ce sont incontestablement les hallucinations de la vue qui prédominent. Elles ont aussi le caractère d'être extrêmement mobiles.

Aux hallucinations de l'alcool ressemblent beaucoup celles qui surviennent à la suite de l'ingestion du haschisch, de l'opium, des solanées vireuses, telles que belladone, datura stramonium, etc. Toutes ces substances ont pour effet de déterminer des troubles sensoriels chez ceux qui les ont ingérées.

Les hallucinations du haschisch, amplement décrites par Moreau (de Tours), Théophile Gautier, etc., sont généralement de nature gaie, voluptueuse. Il paraît en être de même de celles provoquées par l'opium^ au moins dans la première période de l'intoxication.

Les hallucinations qui caractérisent l'empoisonnement par la belladone, le datura, l'aconit, la jusquiame, sont d'autant plus curieuses à étudier, que tout porte à croire que ces substances formaient l'élément actif des drogues emploj'ées dans les initiations, des breuvages qu'on servait aux initiés, des pommades avec lesquelles les sorciers se faisaient leurs onctions avant d'aller au sabbat.

Les troubles sensoriels surviennent en général peu de temps après l'absorption du poison. Un de mes amis avait un jour fait une injection sous-cutanée d'atropine à un malade affecté de douleurs rhumatismales ; il l'avait quitté soulagé, mais moins d'un quart d'heure après on venait le chercher en toute hâte; le malade était descendu dans son jardin, il gesticulait d'une manière bizarre, riait aux éclats, parlait d'une façon incohérente, et voulait grimper le long d'une treille pour attraper des papillons et d'autres insectes brillants qui voltigeaient devant lui. Ces symptômes inquiétants se dissipèrent rapidement.

Le Dictionnaire des sciences médicales rapporte l'histoire d'une compagnie de soldats qui, ayant mangé par mégarde des baies de belladone pour se rafraîchir, éprouvèrent des hallucinations nombreuses.

Baillarger, dans ses leçons cliniques de la Salpêtrière, raconte qu'une cuisinière, ayant pris, pendant qu'elle se trouvait à l'époque menstruelle, une infusion de belladone, se voyait entourée de petits animaux qui marchaient par terre; il y en avait de diverses couleurs et de diverses grosseurs.

Le protoxyde d'azote, au dire de Humphry Davy, détermine des hallucinations qu'il décrit de la manière suivante : « A mesure que mes sensations de plaisir augmentaient, et que je perdais communication avec le monde extérieur, je voyais passer rapidement une série d'images brillantes et visibles, j'entendais des paroles qui se rapportaient à ces images, cela de manière à produire en moi des perceptions nouvelles » {in Michéa, p. 159).

Les inhalations de chloroforme peuvent, dans certains cas, provoquer des troubles hallucinatoires. Baillarger rapporte le fait suivant : une dame se rend chez un dentiste pour subir une opération douloureuse ; elle est accompagnée de son mari. Soumise à l'action du chloroforme, elle s'endort facilement, et demeure insensible en apparence jusqu'au moment du réveil. Mais, à peine sortie du sommeil anesthésique, elle adresse les plus vifs reproches à son mari, qu'elle accuse d'avoir eu des rapports intimes avec elle, en présence de témoins et pendant qu'elle dormait. En vain s'efforce-t-on de la convaincre de son erreur; elle a tout senti, tout entendu, dit-elle ; on a voulu se livrer sur elle à une expérience des plus coupables. Plusieurs mois après, cette dame, très-raisonnable d'ailleurs, était parfaitement convaincue de la réalité de cet outrage imaginaire dont le souvenir l'impressionnait au point de lui faire répandre des larmes abondantes.

Évidemment, dans ce cas, il y avait eu une véritable hallucination génitale, sous l'influence d'un agent toxique.

A cette liste de substances susceptibles de produire des hallucinations, on pourrait en ajouter beaucoup d'autres.

Dans un procès célèbre jugé par la Cour de Paris en 1828, on demanda aux experts si l'acide carbonique peut donner naissance à des hallucinations. Fodéré, Orfda, Portai, Savary, Plisson, Sanson, consultés, admirent le fait en théorie, mais aucun d'eux ne pouvait produire d'observation positive {Procès de la femme DebriCy in Michéa, p. 159).

Michéa cite une observation dans laquelle un homme de trente-deux ans, après une tentative d'asphyxie par le charbon (oxyde de carbone), fut assailli pendant plusieurs jours par des hallucinations de la vue et de l'ouïe.

On a également observé des hallucinations dans les empoisonnements par le plomb, par l'oxyde blanc d'arsenic, par le sulfate de quinine, la ciguë, la digitale, etc.

e. Maladies fébriles. Dans les observations de malades qui remplissent les ouvrages de pathologie, les hallucinations sont fréquemment notées comme un des symptômes de l'état fébrile, symptôme passager, transitoire et d'importance secondaire. Les hallucinations ont été observées dans la fièvre typhoïde, dans les fièvres intermittentes, dans la variole, la pneumonie; en un mot, il n'est aucune maladie fébrile dans laquelle ce symptôme n'ait pu se]produire. 11 importe cependant de distinguer les hallucinations qui surviennent pendant la période aiguë, fébrile, de la maladie, et celles qui tiennent à des circonstances accessoires. Telles sont les hallucinations de cause alcoolique, tenant au délire alcoolique qui vient si fréquemment compliquer les maladies aiguës ; telles sont encore celles provoquées par certains médicaments administrés à dose toxique (opium, belladone, etc.). Enfin il est des hallucinations qui ne surviennent qu'à la période de rémission, ou même seulement pendant la convalescence de la maladie aiguë; faut-il les rattacher à la maladie elle-même, ou ne sont-elles pas plutôt un effet delà faiblesse du malade provoquée soit par une diète prolongée, soit par des émissions sanguines trop copieuses, soit par des hémorrhagies accidentelles, etc. ?

Leuret a observé sur lui-même un fait qui me paraît rentrer dans cette catégorie : (( J'étais attaqué de la grippe, dit-il, et mes confrères ayant décidé qu'une saignée m'était nécessaire, on me tira environ trois palettes de sang. Un quart d'heure après l'opération, je tombai en faiblesse, sans toutefois perdre entière-

♦Ji HALLUCINATION.

ment la connaissance, et cette faiblesse dura pendant plus de huit heures. Au moment où l'on m'administrait les premiers secours, j'entendis très-clairement poser un flacon sur une table qui se trouvait près de mon lit, ei aussitôt après une crépitation semblable à celle qui résulte de l'action d'un acide concentré sur un carbonate. Je crus qu'on avait laissé répandre un acide sur le marbre de la table, et j'avertis de leur imprévoyance les personnes qui m'entouraient. On crut d'abord que je rêvais, puis que j'étais en délire. Alors on essaya de me détromper et l'on m'assura qu'il n'y avait ni flacon sur la table, ni acide répandu. Je compris que j'avais une hallucination, et j'ajoutai foi à ce que l'on me disait plutôt qu'à ce que j'avais entendu. Mais le bruit était tellement distinct que, si je n'eusse été instruit par l'expérience des hallucinés, j'aurais été, comme eux, trompé par ce phénomène insolite » [Fragments psychoL, p. 155).

Je crois que cette ballucinatiou, observée par Leuret sur lui-même, tenait, non pas à la grippe elle-même, mais bien plutôt à la saignée qu'on lui avait faite..

De ces hallucinations il convient aussi de rapprocher celles qui sont si fréquentes à la période ultime des maladies chroniques, et notamment de la phthisie. J'ai vu bien souvent des phthisiques, arrivés au terme de leur douloureuse existence, avoir, pendant les quelques heures qui leur restaient à vivre, les^ hallucinations les plus variées ; ils se voyaient transportés au milieu de riants paysages, dans les sites qu'ils avaient parcourus au temps de leur enfance !

f. Névroses. Certaines névroses côtoient l'aliénation mentale et y aboutissent. Mais, même en restant à l'état de simple névroses, plusieurs d'entre elles se compliquent souvent d'hallucinations. Dans l'épilepsie, il y a souvent des hallucinations qui apparaissent avant ou après l'attaque, et qui diffèrent notablement suivant le moment de leur apparition. Beaucoup d'épileptiques ont, au moment de tomber, comme aura, une hallucination qui leur montre un objet plus ou moins effrayant. Ainsi une jeune fille, dont la première attaque avait éclaté à la suite d'une frayeur occasionnée par une vache, revoyait cette vache à chaque nouvel accès, et criait avec terreur : La voilà!... la voilà! au moment d'être terrassée par une crise.

Après l'attaque, les hallucinations, s'il s'en produit, sont beaucoup moins distinctes ; le malade se croit entouré de flammes, d'objets ayant une couleur rouge, une couleur de sang ; il entend des bruits confus, des détonations, des clameurs indistinctes, des cris, des coups de feu, etc.

L'hystérie peut également s'accompagner d'hallucinations, et surtout d'hallucinations de la vue, survenant également au moment des attaques. Enfin on en a observé dans la chorée et dans la rage. Il convient de noter, à propos de la rage, que cette affection s'accompagne toujours de phénomènes hallucinatoires chez les animaux, et en particulier chez le chien.

L'exlase, le somnambulisme, le magnétisme, doivent-ils être rangés parmi les névroses, ou font-ils partie de l'aliénation mentale? Quelle que soit l'opinion que l'on ait sur celte question, on reconnaîtra que dans ces états les hallucinations sont fréquentes ; ce sont elles qui expliquent la plupart des phénomènes extraordinaires qui les accompagnent, et que le vulgaire est tenté de considérer comme surnaturels.

g. Aliénation mentale. C'est assurément dans les différentes formes de l'aliénation mentale que l'hallucination apparaît comme un des symptômes les

plus fréquents et les plus importants ; si bien que, pendant longtemps, et pour beaucoup d'auteurs, balluciné et fou étaient devenus synonymes.

A une époque où h statistique régnait en miiîtresse, on n'avait pas manqué de l'appliquer au symptôme que nous éludions. Esquirol écrit que 80 aliénés sur 100 sont hallucinés; Baudry, dans une thèse soutenue en IS'iS, n'en trouve que 36 sur 145 malades observés à Bicêtre.

Aubanel et Thore, dans leurs Recherches statistiques (1841), signalent les hallucinalions 116 fois sur 268 cas; enfin Brierre de Boismont a recueilli 1146 observations d'aliénés dont 725 étaient hallucinés. On voit combien ces chiffres diffèrent ; tandis qu'Esquirol trouve les hallucinations 4 fois sur 5, Baudry ne les rencontre que dans le tiers des cas environ, Aubanel et Thore dans un peu moins delà moitié, et Brierre de Boismont dans plus des deux tiers. Pour ma part, je ne saurais leur accorder une grande signification. En effet, dans certaines formes de la folie, l'hallucination est constante ; elle forme même le symptôme pathognomoniquc de l'alïection mentale : telle l'hallucination de l'ouïe dans le délire des persécutions, l'hallucination de la vue dans le délire alcoolique. Il en est d'autres dans lesquelles on ne l'observe pas, ou seulement d'une façon accessoire ou accidentelle. Si l'on réunit des faits aussi disparates, il est impossible d'arriver à un résultat sérieux. Ajoutons encore que beaucoup d'aliénés, réellement hallucinés, savent, pendant des mois et même des années, dissimuler soigneusement leurs sensations maladives.

Les hallucinations sont fréquentes dans la manie. On voit des maniaques qui s'entretiennent avec des interlocuteurs invisibles, qui s'escriment contre des ennemis imaginainîs, qui voient dans leur chambre, sur leurs vêtements ou sur leur lit, des teintes lumineuses, des reptiles, des animaux immondes et malfaisants (Linas). Seulement ces hallucinations, noyées au milieu d'illusions de toutes sortes, ne font pas partie des éléments nécessaires du délire maniaque, elles n'interviennent que d'une manière accessoire, à titre d'accident ou de complication.

Il en est tout autrement de celles qui se manifestent dans la monomanie (expression que j'emploie sans y attacher aucune valeur doctrinale, mais simplement pour faciliter le langage), et qui sont persistantes, fixes, et donnent au délire sa caractéristique.

Dans le délire religieux [monomanie religieuse), les hallucinations visuelles sont fréquentes : Dieu, la Vierge, les saints, apparaissent au malade, et lui dictent sa conduite. Chez un officier, la folie éclate à la suite d'urfe prédication à laquelle il a assisté : la Vierge lui apparaît et lui commande de donner sa démission, ce qu'il fait, et d'aller faire pénitence dans le désert. II erre pendant plusieurs jours dans une forêt des environs de Langres, ne se nourrissant que de mûres sauvages. Épuisé de faim et de fatigue, il voit une nuit la lune se détacher du ciel et tomber à ses pieds, et en même temps se montre à lui un vieillard à barbe blanche, qui lui fait signe de le suivre et qui marche devant lui sur la route de Lyon. On lit dans Mallhey une observation presque identique. Un de mes malades a vu une étoile tomber du ciel aux pieds de son lit : un autre a vu marcher la lune d'occident en orient.

Dans une autre forme de monomanie, dans le délire des persécutions, c'est l'hallucination de l'ouïe qui prédomine, combinée avec les hallucinations de la sensibilité générale. Enfin tous les sens sont hallucinés dans ce que Calmeil a proposé d'appeler la monomanie sensoriale.

93 HALLUCIJJATION.

Y a-t-il des hallucinations dans la paralysie générale ? Pour moi, non-seulement cela ne fait aucun doute, mais je crois même qu'elles y sont très-fréquentes, que peu de paralytiques n'en ont épt-ouvé à un moment donné, et principalement vers la fin de la maladie. Je me rappelle un de ces malades qui passait ses journées à fixer le ciel, bégayant avec enthousiasme : « 11 tombe de l'or! de l'or! de l'or! ». Un autre, qui ne pouvait plus quitter son lit, ne détachait pas ses yeux du plafond et riait aux éclats ; il voyait le ciel s'entr'ouvrir et Dieu, assis sur un trône de diamant, lui faisait signe de venir à côté de lui. Tout récemment j'ai eu dans mon service un paralytique qui se remphssait les oreilles de papier pour ne pas entendre les injures qu'on lui disait ; il voulait acheter le monde, et ces insupportables voix répétaient sans cesse : « Nous ne voulons pas ! Il ne faut pas ! » Ce même malade se cachait sous son lit pour fuir les gens qui voulaient le tuer la nuit, et il refusait de manger, parce qu'on mettait du poison dans ses aliments.

On observe les hallucinations dans la démence : les auteurs de l'article Démence de ce Dictionnaire les signalent dans la démence sénile et dans la démence apoplectique. J'ai connu une vieille femme de soixante-dix-sept ans qui, dans les derniers jours de sa vie, était affolée de terreur par les images effrayantes qui apparaissaient sur le papier de sa chambre.

V imbécillité ne paraît pas par elle-même susceptible de se compliquer d'hallucinations, mais, si chez l'imbécile il se produit, comme c'est souvent le cas, un accès de manie ou de lypémanie, il rentre dans la loi commune et présente les symptômes propres à ces deux variétés de délire.

Quant à l'idiot et au crétin, l'absence complète de l'intelligence paraît rendre impossible la production des hallucinations.

Valeur sé?néio!ogique. Si, de ce qui précède, il faut conclure que l'hallucination est un symptôme presque banal, que l'on rencontre dans les circonstances les plus variées, il n'en résulte pas cependant qu'elle se présente toujours avec les mêmes caractères, ni que le même sens soit indifféremment affecté dans tous les cas. 11 existe, à cet égard, des différences bien tranchées ; elles paraissent soumises à des lois fixes qui, si elles étaient suffisamment connues, permettraient d'établir, d'une manière certaine, la valeur séméiologique de l'hallucination. On pourrait, étant donné une hallucination, décider à priori quelle forme de maladie mentale elle décèle.

Cette étude, si importante, a été généralement négligée; elle offre cependant, comme nous 'allons le montrer, des particularités du plus haut intérêt.

L'hallucination de la vue domine dans le rêve, dans la période hypnagogique, dans les affections fébriles, dans les névroses, dans les intoxications, dans le délire d'inanition. D'une façon générale on peut dire que, chaque fois que l'hallucination n'est qu'un phénomène passager, de courte dui'ée, qu'elle se rattache à un état aigu, c'est sous forme d'hallucination de la vue qu'elle apparaît. Mais cette hallucination de la vue offre des apparences variées suivant les cas.

Dans les intoxications, quelles qu'elles soient, l'hallucination revêt généralement un caractère uniforme : on peut prendre comme type l'hallucination alcoolique, la plus fréquente de toutes. L'alcoolisé voit des légions d'hommes, d'animaux, de personnages fantastiques, toujours en mouvement, tantôt se dirigeant sur lui, tantôt défilant sous ses yeux. Ces hallucinations sont d'autant plus caractéristiques qu'on les retrouve à peu près identiquement les

mêmes chez tous les alcooliques, quelle qu'ait été leur existence antérieure. Il faut remarquer encore que les objets paraissent généralement rapetisses : ce sont de petits animaux, de petits chevaux, des souris, des rats, de petits personnages ah'ublés de costumes bizarres, qui viennent danser et sautiller devant le malade effrayé.

Dans l'épilepsie, il peut y avoir des hallucinations visuelles soit avant, soit après l'attaque. Mais, tandis que les premières n'ont d'autre caractère que celui de se répéter identi(iuement les mêmes avant chaque nouvelle attaque, les hallucinations post-épileptiques ont au contraire quelque chose de spécifique : ce sont des flammes, des globes de feu, des fantômes lumineux, qui entourent le malade. Tout ce qu'il voit autour de lui a une couleur rouge, paraît enflammé. Les hallucinations visuelles des hystériques affectent aussi volontiers une coloration rouge, mais elles sont moins effrayantes que celles de l'épileptique. On peut observer des hallucinations visuelles dans les différentes formes de l'aliénation mentale; elles sont surtout fréquentes dans le détire religieux. Mais elles n'ont rien de spécifique; tantôt elles forment un symptôme de la plus grande importance, tantôt elles ne sont qu'un simple épiphénomène.

Les hallucinations de la sensibilité générale sont caractéristiques du délire hypochondriaque ; elles peuvent exister seules, mais elles se combinent le plus souvent avec les hallucinations auditives qui forment le symptôme jirincipal du délire des persécutions, mais qui sont également fréquentes dans d'autres formes de l'aliénation mentale.

Ce qu'il importe de considérer, c'est l'antagonisme qui semble exister entre les hallucinations des différents sens. Lorsque l'hallucination d'un sens prédomine, les autres hallucinations manquent, ou du moins n'existent qu'à l'état rudimentaire. C'est ainsi que Lasègue c pu assimiler le délire alcoolique au rêve, en se basant surtout sur ce qu'il s'y rencontre exclusivement des hallucinations visuelles : opinion trop absolue, si on voulait la prendre au pied de la lettre. Il est certain cependant que, si l'alcoolique éprouve des hallucinations auditives, ce ne sont guère que des hallucinations ébauchées, des bruits, des sons de cloches, des coups de feu, etc. On peut en dire autant des hallucinations auditives qui surviennent chez l'épileptique, avant ou après l'attaque.

Dans le délire de persécutions, c'est l'hallucination de l'ouïe qui domine, à l'exclusion de toute autre. Si bien que, lorsqu'un persécuté raconte une hallucination de la vue, on peut être assuré que cette halluciiiaiion nouvelle tient à un élément étranger surajouté au délire de persécutions primitif : alcoolisme, épilepsie, intoxication, etc. Lasègue et J. Falrel ont longuement insisté sur celte loi, à laquelle il n'existe que de rares exceptions, comme le démontre l'expérience clinique {Discussion à la Soc. médico-psychoL).

EnoLOGiE. Comme nous venons de le voir, l'hallucination apparaît dans les conditions les plus diverses et dans les états en apparence les plus disparates. En cela, et j'en ai déjà fait la remarque, l'hallucination ne diffère pas des antres symptômes, tels que la fièvre, le délire, etc. Mais, comme dans tous ces ca.<5 l'halluciuation conserve ses mêmes caractères essentiels, il est logique de supposer qu'elle ne se rattache qu'indirectement à ces états si variés, et que, quelle que soit la circonstance oîi elle apparaît, elle est toujours due à une seule et même cause première. Malheureusement cette cause première nous échappe, et sans doute elle nous échappera toujours : nous ne pouvons rechercher que les causes secondes, les causes prochaines, qui sont nombreuses

D!CT. ESC. i' s. X!l. 7

et variées, mais qui, en dernière analyse, ne peuvent agir toutes que sur le système nerveux. Seulement l'aclion des unes est directe, c'est-à-dire qu'elles impressionnent l'appareil sensoriel directement, sans aucun intermédiaire, tandis que les autres n'agissent que d'une manière indirecte, en passant par un autre appareil organique.

A. Causes directes. Parmi ces causes, il faut mentionner en première ligne les traumatismes.

Il est d'expérience vulgaire que, lorsqu'on reçoit un corps violent sur la tête, et notamment sur la face, on a la perception parfaitement nette de points ou de traits lumineux, semblables à des éclairs entre-croisés. Un coup reçu sur l'oreille détermine des bourdonnements, des sons de cloches, des bruissements. D'autres perceptions peuvent se produire dans les mêmes circonstances. Une dame blessée lors de la catastrophe du chemin de fer de Charenton, en septembre 1881, disait qu'au moment du choc elle avait parfaitement perçu une odeur de moisi. Plusieurs personnes ont comparé cette odeur à celle d'une cave humide. Un officier de marine, blessé lors d'un abordage accidentel, avait ressenti à ce moment une odeur de poudre éventée (docteur Decaisne, in Illustration, 4 mars 1882, p. 146).

Ces faits accidentels ne font que confirmer ce qu'avait déjà appris l'expérimentation directe. On sait, par exemple, qu'en pressant l'œil, après l'avoir fermé, on détermine l'apparition d'un cercle de feu, et qu'à l'aide d'une pression moins forte on provoque celle de couleurs, qu'on peut même transformer les unes dans les autres (Miiller, PhysioL, II, p. 255). Suivant Ch. Bell, une pointe, enfoncée dans la rétine, occasionne une étincelle ou le passage d'une flamme. Tortual a constaté que la section du nerf optique, dans l'extirpation de l'oeil, faisait apercevoir au malade des masses considérables de lumière [ibid., p. 259).

Yalentin prétend qu'en piquant les nerfs olfactifs on détermine la sensation des odeurs. Enfin MûUer avance que l'uTitation du voile du palais, de l'épiglotte et de la base de la langue, produit une saveur nauséabonde.

L'électricité fournit également l'exemple d'une irritation qui provoque des sensations diverses dans des nerfs sensoriels différents. Volta, ayant compris ses oreilles dans la chaîne d'une pile de quarante paires de plaques, éprouva un sifflement et un bruit saccadé pendant tout le temps que la chaîne resta fermée. Ritter, en fermant la chaîne, entendit un ton comparable à celui du soi''. L'électricité par frottement détermine une odeur de phosphore dans les nerfs olfactifs. En couvrant la langue avec des métaux hétérogènes, on provoque une saveur acide ou salée, suivant la situation des plaques, dont l'une est appliquée sur la langue, et l'autre dessous {ibid., p. 254).

11 est vraisemblable que les influences chimiques exercent une action semblable, et qu'elles peuvent, dans certaines circonstances, déterminer des sensations subjectives dans les différents sens. C'est peut-être par leur action chimique que s'explique l'influence de quelques-uns des agents toxiques que j'ai énumérés plus haut, et dont l'ingestion est toujours suivie de Papparition de phénomènes hallucinatoires.

Dans la même catégorie de causes il faut ranger les suivantes : la prolongation extrême ou la répétition incessante d'une même sensation : une femme, qui avait passé trois jours à danser, entendait continuellement les airs de danse qu'on avait joués pendant ces trois jours. En sortant d'un concert ou d'un

IIALLUCINATION. 99

opéra, il n'est pas rare que l'on soit poursuivi par la musique que l'on \ient d'écouter, et qu'on l'entende plus ou moins longtemps retentir dans les oreilles. "Genx qui se livrent aux études microscopiques savent fort bien qu'ils conservent longtemps devant les yeux les images qu'ils ont observées dans le cliamp de leur instrument.

La vivacité trop grande d'une impression sensoriale aboutit à la production d'hallucinations : Thomas Ueid, ayant examiné au télescope, de l'œil droit, sans prendre les précautions nécessaires, le passage de Vénus, eut pendant .plusieurs semaines une hallucination visuelle dédoublée. Et Boerbaavo, ayant regardé les rayons de la lune réfléchis au foyer d'une lentille, eut devant les yeux, pendant plusieurs heures, la figure d'un cercle blanc.

Ces causes, dites physiques, et que j'aimerais mieux appeler périphériqties, ont leurs analogues dans les causes dites morales, ou psychologiques, ou centrales.

Une impression morale trop vive agit à la manière d'un traumatisme : une jeune fille assiste à une exécution capitale ; elle s'évanouit au moment où la tète tombe sous le couperet. A son réveil, elle voit devant elle celte tête sanglante, dont l'image, depuis, la poursuit partout. Un jeune homme de dixsept ans, chélif et malingre, découvre le cadavre de sou père, qui vient de se pendre : il ne cesse plus de le voir devant lui. Fodéré [Traité du délire, t. 11, p. 121), raconte qu' « une jeune femme ayant rencontré à la promenade un serpent qui s'était dressé contre elle croyait depuis lors être poursuivie par ce même serpent. Elle le voyait, le touchait, et en était étreinte jusque dans ses parties les plus délicates. « Comme le dit Luys [Traité des maladies mentales, ,p. 400) : « Tous les ébranlements subits et intenses, qui ont vivement impressionné les éléments de la sphère psychique et mis en jeu ses aptitudes émotives, <leviennent par cela même les points de départ de processus hallucinatoires. )> A la répétition incessante ou à l'action trop prolongée d'une même impression ■externe correspondent les impressions morales répétées, la concentration extrême de l'attention sur une même idée ou une même impression morale : c'est ainsi qu'agissent les idées fixes, les passions fortes, les grandes préoccupations, les remords, l'ambition, l'exaltation religieuse, etc., et il est facile d'en citer des exemples : un général, dit Bayle [Méin. cité, p. 41), qui avait joué un grand jrôle dans le dernier gouvernement, et qui avait été dévoré toute sa vie par une ■ambition démesurée, calculait en lui-même les moyens de s'élever, lorsqu'il ■entendit tout à coup un concert de voix qui criaient : « Salut à notre Roi 1 » La première impression qu'il éprouva fut un sentiment de frayeur, mais, au bout •de quelques jours, il se persuada que c'était un grand peuple qui le reconnaissait ,pour roi. N'est-ce pas trait pour trait l'histoire, si admirablement dramatisée par Shakespeare, de Macbeth ?

Luther gravissant sur ses genoux l'escalier de Pilate à Rome, une voix de itonnerre éclata tout à coup à ses oreilles et le terrifia : « Le juste vivra par la foi! » 11 est évident que cette question de la justification par la foi était la question capitale de sa doctrine, qu'elle le préoccupait depuis longtemps, et •qu'elle était l'objet de ses méditations constantes.

C'est pendant que Brutus méditait dans sa tente, la veille de la bataille de Philippes, c'est pendant qu'il se demandait avec inquiétude quelle serait l'issue de la journée qui se préparait, qu'il vit apparaître le spectre de son mauvais "énie.

Les hallucinations dont fut tourmente Maunoui'i, le chirurgien qui avait si cruellement torturé Urbain Grandier; celles qui assaillirent Charles IX après la Saint-Barthélémy, et tant d'autres que rapporte l'histoire, ont été causées par le remords.

Parfois il n'est pas aisé de décider si la cause de l'hallucination est périphérique ou centrale : une dame, dont Baillarger rapporte l'observation (p. 555), reçoit, en passant dans la rue, un pot de fleurs sur la tête : elle est renversée et portée, sans connaissance, dans une maison voisine. La petite plaie qui en e'tait résultée à la tète devient le point de départ d'un érysipèle, guéri au bout d'une huitaine de jours. Mais alors la malade commence à éprouver une hallucination bizarre : il lui semble tout à coup recevoir encore sur la tète le pot de fleurs, comme au jour oià elle a été renversée. La douleur lui arrache un cri, et à peine elle a été frappée qu'elle entend bien distinctement le bruit du pot qui se brise en éclats sur le plancher. Cette hallucination se répète dix, vingt fois par jour. Est-ce le traumatisme, ou la frayeur qu'il a causée, qu'il faut considérer ici comme cause déterminante ?

D'autres causes sont complexes, c'est-à-dire qu'elles agissent à la fois sur la périphérie et sur le centre. Tels sont la solitude, l'obscurité, les ténèbres, le silence de l;i nuit : il est clair que la suppression de la lumière, l'absence de toute sensation extérieure, se combinent avec un sentiment vague de frayeur qui survient presque inévitablement dans ces circonstances, et qu'il faut faire la part de chacun de ces facteurs. Ce sont de préférence les enfants qui, lorsqu'on les enferme seuls, dans l'obscurité, voient apparaître des spectres et des fantômes : ceux surtout dont l'imagination, si naturellement impressionnable, a été nourrie de contes et de récits fantastiques. En f;iisant un retour sur nous-mêmes, nous en trouverions facilement des exemples dans les souvenirs de notre enfance.

B. Causes indirectes. Ce sont celles qui n'agissent sur le cerveau qu'iudidirectement, par le trouble qu'elles apportent dans l'une ou l'autre des grandes fonctions, telles que la circulation, la digestion, etc.

Maury, parlant de ses hallucinations hypnagogiques ou de ses rêves, remarque que les personnes qui y sont le plus exposées sont celles qui, comme lui, ont une constitution facilement excitable, celles qui sont prédisposées à l'hypertrophie du cœur, à la péricardite, aux affections cérébrales {Sommeil et rêves,

Lui-même est plus exposé à ces hallucinations, quand se manifeste chez lui une disposition à la congestion cérébrale, à laquelle il est facilement sujet, et que réveillent les causes les plus insignifiantes : un sommeil incomplet, une nuit passée en diligence, du café noir ou du Champagne, même en petite quantité, absorbés le soir, un travail opiniâtre, etc.

Les hallucinations de Nicolaï paraissent avoir été causées par une congestion cérébrale : une émission sanguine suffit à les faire disparaître. On a cité des femmes qui avaient des'Jiallucinations à la suite de troubles de la menstruation : une jeune fille de dix-huit ans, non réglée, avait des hallucinations de la vue. La menstruation s'étant manifestée chez elle à la suite d'un exercice répété, elle fut complètement débarrassée du symptôme dont il s'agit (Gapuron, in Michéa, p. 196).

Peut-être faut-il rapporter à la congestion cérébrale certaines des hallucinations que l'on observe chez les épileptiques; celles aussi que l'on dit avoir observées à la suite de la pendaison. Ainsi Bacon raconte qu'un g.ntilhomme

ani^lais voulut expérimenter sur^lui-même le supplice de la corde : il survécut à sa folle tentative, et raconta que, dans le premier moment de la suspension, il avait aperçu une flamme pareille à celle d'un incendie, qui s'était peu à peu chano^ée en obscurité ; que plus tard, ayant été rappelé à la vie, des couleurs bleues et pâles, d'une grande magnificence, avaient passé devant ses yeux {ib.,

Si l'action de la congestion, de la plélhore sanguine, n'est pas douteuse, celle de l'anémie cérébrale n'est pas moins manifeste. Leuret eut l'hallucination qu'il a décrite à la suite d'une saignée.

Du reste, et d'une façon générale, ce sont les causes débilitantes qui exercent une action prépondérante, et d'ordinaire, chez le même malade, plusieurs de ces causes sont réunies.

Le jeûne, l'abstinence, déterminent des hallucinations. Falret cite un monsieur de cinquante-quatre ans, ayant toujours joui d'une bonne santé, qui, pendant un séjour à Rome, éprouva un matin, et pendant la veille, de nombreuses hallucinations. Ce qui est remarquable, c'est qu'il n'avait ces hallucinations que les yeux fermés, et qu'il se disait à lui-même : Voilà sans doute les hallucinations telles que les éprouvaient les anachorètes. Son état avait encore un autre point de ressemblance avec celui de ces pieux habitants du désert : ses visions tenaient à une diète rigoureuse qu'il s'était imposée depuis plusieurs jours. Les hallucinations cédèrent comme par enchantement à l'ingestion de quelques aliments.

La privation de nourriture entre sans doute pour une grande part dans les hallucinations des anachorètes, des moines, des solitaires de la Thébaïde, mais cette cause n'est pas la seule : les veilles prolongées, l'exposition au soleil, ardent, la concentration de l'esprit sur le même sujet, sont autant d'éléments éliologiques qu'il faut prendre en considération. Et, pour le dire en passant, on voit par cet exemple combien il est malaisé de faire la part exacte de chacune des causes qui agissent directement et de celles dont l'action n'est qu'indirecte.

Nous trouvons encore la même réunion de causes dans d'autres circonstances : dans les naufrages, dont celui de la Me'rfuse eut un si grand retentissement; dans les voyages à travers le désert, que ce désert soit celui des sables brûlants du Sahara, ou qu'il s'agisse des steppes glacées des pays du Nord. L'extrême chaleur produit les mêmes effets que l'extrême froid, et toujours l'étiologie est complexe : fatigue du voyage, soif ardente, alimentation insuftisante, réverbération fatigante du sable surchauffé ou de la neige glacée, sans parler des angoisses morales et des tourments déterminés par la perspective d'une mort affreuse.

La continence a été signalée comme une cause d'hallucination. On lit dans la JSosologie philosophique (6« édit., 1818, III, p. 276), l'histoire d'un prêtre qui avait les hallucinations les plus effrayantes, et qui guérit par une évacuation naturelle. J'aurais pu ajouter la continence aux causes que j'ai signalées chez les anachorètes.

Les troubles de la digestion sont une des causes les plus fréquentes du cauchemar, des rêves. Les maladies du cœur peuvent également provoquer de fausses sensations. J'ai eu récemment l'occasion d'observer plusieurs aliénés atteints d'affections organiques du cdèur : ils étaient tous tourmentés par des hallucinations de la vue, qui étaient surtout fréquentes la nuit.

102 I1ALLUCL\AT10>.

Que dire maintenant d'un certain nombre de causes dont on a également recherché l'influence : de l'âge, du sexe, de l'hérédité?

Relativement à Vâge, les statistiques de Parchappe, de Michca, et d'autresencore, ne me paraissent guère probantes : elles sont basées sur un trop petit nombre de faits, et ne se rapportent qu'à des aliénés. Tout ce que l'on peut dire, c'est que les hallucinations sont de tous les âges, et qu'on les observe Iréquemment chez les enfants et dans l'extrême vieillesse.

Y a-t-il une différence suivant les sexes ? Les théologiens ont prétendu que les visions et apparitions religieuses sont plus fréquentes chez les femmes que chez les hommes. Mais il est aisé de comprendre combien il serait arbitraire de vouloir établir une formule générale. Les hallucinations alcooliques sont assurément plus fréquentes chez l'homme, parce que c'est chez lui que l'alcoolisme est le plus souvent observé. Au contraire, les hallucinations visuelles, telles que les éprouvent les hystériques, celles qui se rattachent à des troubles de la menstruation, ne sauraient se présenter que chez la femme. Je ne crois donc pas qu'il soit possible de formuler aucune loi.

L'influence des climats ne me paraît pas bien démontrée : d'après tout ce qui précède, les causes productrices des hallucinations sont les mêmes sous toutes les latitudes. On pourrait dire seulement que les hallucinations changent de caractère, l'imagination des peuples du Nord enfantant des fantômes d'une autre espèce que celle des peuples du Sud. Telle est aussi l'influence exercée par les professions, le genre de vie, le milieu, influence purement de forme extérieure.

Y a-t-il à dire quelque chose de Vhérédité? A la rigueur les hallucinations peuvent être héréditaires, puisque les diverses formes de folie le sont. Oiï conçoit d'ailleurs que des parents nerveux et impiessionnables donnent le jour à des enfants également nerveux et impressionnables.

Il me reste à dire un mot des hallucinations épidémiques. Ces épidémies ont existé à diverses époques de l'histoire ; je me bornerai à citer celles, si fréquentes au moyen âge, dont Calm.eil a retracé la lamentable histoire ; celles qui ont signalé les grandes crises religieuses et sociales, les croisades, les guerres de la Réforme. Si l'on recherche comment ces épidémies ont pris naissance, on arrive en dernière analyse aux causes que j'ai énumérées : d'abord une croyance générale, universelle, non discutée, aux apparitions, à l'intervention d'agents surnaturels dans les actes de la vie humaine ; l'enthousiasme religieux et guerrier (comme dans les croisades) ; les jeûnes, les privations, la misère ; les mêmes idées, les mêmes préoccupations, s'eniparant à la fois d'un grand nombre d'individus : autrement, comment expliquer qu'à la prise de Jérusalem par les croisés des milliers de soldats aient vu, au même moment, un même cavalier agitant un bouclier sur le mont des Oliviers? Les épidémies d'hystéro-démonopathie observées dans ces dernières années à Morzine et ailleurs nous montrent avec quelle facilité la même hallucination peut se montrer au même instant chez une foule d'individus placés dans les mêmes conditions de milieu et obsédés par les mêmes idées.

Physiologie pathologique. Une première question se pose, de la plus haute importance : l'hallucination est-elle toujours un signe de folie? Tout individu halluciné doit-il être considéré comme un fou?

Si ce n'était là qu'un simple problème de pathologie, il offrirait par luimême assez d'intérêt pour mériter d'être examiné avec le plus grand soin.

Mais, par la force des choses, cette question a acquis une portée bien plus étendue.

J'ai indiqué le rôle souvent prépondérant que l'hallucination a joué dans les événements politiques et religieux les plus considérables; j'ai rappelé que les hommes les plus illustres, les réformateurs qui ont laissé dans l'histoire de l'humanité la trace la plus profonde, n'ont été souvent que des hallucinés ; que même c'est dans leurs hallucinations qu'ils ont puisé les mobiles déterminants de leurs actions. C'est là un fait historique incontestable, qu'il n'est pas permis de révoquer en doute, mais que l'on ne peut pas expliquer non plus en disant simplement, avec les encyclopédistes, que les hallucinés n'étaient que des imposteurs, parlant de visions et d'apparitions, pour frapper l'imagination populaire. Non, tous ces hommes étaient véritablement hallucinés : on ne comprendrait même pas qu'ils ne l'eussent pas été.

Mais il n'a échappé à aucun observateur, si prévenu qu'il fût d'ailleurs, que les hallucinations que nous observons chez nos malades ont absolument le même caractère, se présentent absolument de la même faron que celles que l'on a constatées chez les personnages historiques.

Dès lors on se trouve en présence de ce dilemme : ou tous ces personnages étaient fous, fous au même titre que ceux que nous renfermons dans nos asiles d'aliénés, ou au contraire ils n'étaient pas fous, et dans ce cas il faut admettre qu'il existe deux espèces d'Iiallucinatious, l'une compatible avec la raison la plus parfaite, l'autre caractérisant l'aliénation mentale.

La première opinion, celle qui veut que tout halluciné soit un aliéné, a été admise et enseignée par des penseurs distingués, parmi lesquels je me bornerai à citer Calmeil, Lélut, Leuret, Maury. Pour ces auteurs, l'hallucination n'est compatible avec la laison que lorsque l'halluciné se rend compte de l'erreur de ses sens, qu'il la rectiOe au moment même où elle se produit. Telles furent les hallucinations de Nicolaï, d'AndraK de l'aïeul de Bonnet, de Leuret lui-même. Evidemment, ils n'avaient pas cessé de jouir de la raison la plus parfaite, ces hommes qui, chaque fois qu'une hallucination se produisait, en constataient la nature véritable. Tout au contraire, les personnages historiques qui ont été hallucinés, Socrate, Jeanne d'Arc, Luther, Loyola, Pascal, et tant d'autres, croyaient à la réalité de leurs visions : ils étaient réellement aliénés.

Cette théorie, on le pense bien, a été vivement combattue; elle heurtait trop violemment un trop grand nombre d'idées reçues pour qu'elle pût s'établir sans conteste. Il était facile de la combattre par des arguments scientifiques : ses adversaires ne surent invoquer que des raisons de sentiment. « Quoi de plus pénible et de plus douloureux, en effet, dit Brierre de Boismont (5* édit. Préface, p. H), que de prétendre que les idées les plus subUmes, les plans les plus admirables, les entreprises les plus grandes, les actions les plus belles, ont été médités ou accomplis par des fous hallucinés, en ajoutant pour correctif : qu'importent les instruments, pourvu que le but ait été atteint? » Et quant aux hallucinations religieuses, la réponse est encore plus simple : « Les apparitions de l'Écriture-Sainte, dit lemême auteur {ibid., p. 559), dans notre conviction, ne s'exphquent que par la puissance divine. »

Qui ne voit ici le grave inconvénient de mêler à une question d'ordre purement scientifique des considérations qui devraient lui rester tout à foit étrangères ! On pourrait objecter d'abord que, « si pénible et si douloureux » qu'il puisse être pour quelqu'un de croire que tout halluciné est aliéné, il faudrait cependant en

passer par là et s'y résigner, pour peu que la chose fût démontrée. En second lieu, alfumer que certaines apparitions émanent de la Divinité, c'est faire acte de foi, et non pas acte de science. Il faudrait en tous cas établir avec précision où commence l'hallucination divine, où finit riialliicination maladive; montrer comment on peut avec certitude les distinguer. Un musulman appliquera le même raisonnement aux visions de Mahomet, un bouddhiste à celles de Bouddha : que pourrait-on leur objecter? La foi, si respectable qu'elle soit, n'est pas un critérium. Il faut rester sur le terrain exclusivement scientifique : les solutions fournies par la science ne sauraient jamais avoir rien de pénible ni de douloureux.

Je crois d'ailleurs qu'il est facile de démontrer que l'hallucination est compatible avec la raison, alors même que l'halluciné ne reconnaît pas son erreur. La croyance à la réalité des apparitions, des rêves, des visions, est de toute éternité. Pendant de longs siècles, et même pendant les siècles de la civilisation la plus raffinée, personne ne s'est avisé de la révoquer en doute. De nos jours, interrogez l'habitant des campagnes, et voyez s'il doute de l'existence réelle des fantômes dont son imagination a peuplé les alentours de son village! Montez plus haut, questionnez ceux qui, plus instruits, rougiraient de croire à des tables jugées dignes d'un aulre âge : écoutez ce qu'ils pensent du spiritisme, du mesmérisme, du somnambulisme 1 Tous croient à la possibilité des apparitions, ou du moins de certaines apparitions. Qu'une hallucination survienne chez eux, ils l'accepteront, ils y croiront, pourvu qu'elle rentre dans le cercle de leurs croyances, de leurs préjugés. Pourtant ils ne seront pas fous, car chez aucun d'eux n'existe cette altération spéciale de l'intelligence qui est la caractéristique de la folie, qui se traduit par ses symptômes propres, par sa marche, son évolution, et qui est tout à fait indépendante de l'hallucination. La folie n'existera que lorsqu'au fait primordial de l'hallucination on verra succéder le travail intellectuel qui constitue le délire, ce qui n'arrive pas nécessairement. Esquirol avait déjà dit : « On peut être halluciné et ne point délirer » (I, p. 95). Je crois donc que l'on peut établir cette première proposition : Y hallucination nest jamais par elle-même un signe de folie.

Mais de quelle nature est ce phénomène, qui reste compatible avec l'intégrité de la raison?

Ici nous nous trouvons en présence d'un grand nombre de théories et d'explications, chaque auteur ayant fourni la sienne. Il est arrivé à la théorie de l'hallucination ce que l'histoire nous apprend de toutes les doctrines médicales : elle a subi l'influence des idées ambiantes, qu'elle a reflétées plus ou moins fidèlement.

L'antiquité, qui peuplait l'univers de génies bons ou mauvais, donnait à l'hallucination une origine surnaturelle : c'était un dieu qui se manifestait à l'halluciné.

Cette théorie continua de régner après l'avènement du christianisme, quand le monothéisme eut définitivement remplacé le polythéisme antique. Jamais peut-être l'hallucination ne fut plus fréquente, plus répandue, que dans les premiers siècles de ferveur religieuse : la croyance à une communication possible entre Dieu et la créature humaine étant alors universelle, il arriva que tout halluciné était considéré et se considérait lui-même comme un privilégié de la grâce divine. Seulement, comme Maury en fait la remarque, on n'avait pas tardé à s'apercevoir que des personnages d'une vie peu exemplaire avaient également des visions, des apparitions, des communications avec les anges, mais les récits

qu'ils en faisaient étaient entre-mêlés de blasphèmes et de jurements ; ces visionnaires avaient souvent des accès de rage et de fureur. On avait dû cesser de les considérer comme des élus de Dieu, et l'on avait été naturellement amené à les regarder comme inspirés par le mauvais esprit, par Satan : d'où la distinction entre hallucinés saints et hallucinés démoniaques, distinction fatale, qui remplit le moyen âge de bi^ichers et de supplices, cl livra aux flammes des milliers de cerveaux détraqués !

Il serait téméraire de dire qu'aujourd'hui même cette théorie ne compte plus d'adhérents. A tout instant, malgré les progrès et la diffusion de la science, nous voyons surgir des événements qui montrent bien qu'au fond de bien des cervelles humaines la croyance à l'intervention divine ou salanique est encore vivace, et qu'il suffit du moindre incident pour la faire épanouir au grand jour. Mais aujourd'hui ces faits restent isolés, la science les combat; autrefois ils étaient universels et scientifiquement expliqués.

Après l'explication théologique est venu l'explication métaphysique : l'hallucination est due au mouvement désordonné des esprits animaux. 11 existe une théorie de ce genre dans Descartes : « Toutes les mêmes choses, dit-il, que l'ànic aperçoit, par l'entremise des nerfs, lui peuvent être aussi représentées par le cours fortuit des esprits, sans qu'il y ait autre différence, sinon que les impressions qui viennent dans 1» cerveau par les nerfs ont coutume d'être plus vives et plus expresses que celles que les esprits y excitent... [Traité des passions de Vâme, art. 26; édit. Cousin, IV. Paris, 1824).

Les mêmes vues sont développées par Malebranche : « Il faut remarquer, ditil, que les fibres du cerveau sont beaucoup plus agitées par l'impression des objets que par le cours des esprits, et que c'est pour cela que l'àme est beaucoup plus touchée par les objets extérieurs qu'elle juge comme présents et comme capables de lui faire sentir du plaisir ou de la douleur, que par le cours des esprits animaux. Cependant, il arrive quelquefois, dans les personnes qui ont les esprits animaux fort agités par des jeûnes, par des veilles, par quelque fièvre chaude ou par quelque passion violente, que ces esprits remuent les fibres intérieures de leur cerveau avec autant de force que les objets extérieurs, de sorte que ces personnes sentent ce qu'elles ne devraient qu imaginer, et croient voir devant les yeux des objets qui ne sont que dans leur imagination. Cela montre bien qu'à l'égard de ce qui se passe dans le corps les sens et l'imagination ne diffèrent que du plus et du moins, ainsi que je viens de l'avancer » [Recherche de la vérité, II, chap. I, p. 42 ; édit. Genoude. Paris, 1857).

De ces théories auxquelles se sont ingéniés les philosophes, un seul point est à retenir : dans la doctrine théologique, l'hallucination est un phénomène qui vient du dehors ; c'est, à tout prendre, une sensation vraie, dans laquelle une puissance surnaturelle simule l'objet qui doit être senti. Dans la doctrine métaphysique également, le cerveau ne joue qu'un rôle passif : ce sont les esprits animaux qui interviennent activement. 11 en est autrement dans la doctrine scientifique : celle-ci attribue l'hallucination à une modification survenue dans la trame nerveuse ; c'est une modification qu'il s'agit de définir et de localiser. Encore verrons-nous dans la rapide revue que nous allons faire que les idées métaphysiques n'ont pas entièrement disparu de la plupart des doctrines qui se sont succédé.

La période scientifique ne commence réellement qu'à Esquirol ; ce sont les théories exposées par lui et depuis lui qui doivent surtout nous arrêter.

Ces théories peuvent être réduites à deux principales : ou l'iiallucination est considérée comme un phénomène purement intellectuel, psychique, qui se projette, pour ainsi dire, de dedans en dehors, ou au contraire il est admis que riiallucination prend naissance dans l'appareil sensorial lui-même.

La théorie psychique a eu pour premier défenseur Esquirol : « L'hallucination, dit-il, est un phénomène cérébral ou psychique, qui s'accomplit indépendamment des sens. L'habitude d'associer toujours la sensation à l'objet extérieur qui la sollicite et la provoque ordinairement fait prêter de la réalité aux produits de l'imagination ou de la mémoire, et persuade à l'halluciné que ce qu'il sent actuellement ne saurait avoir lieu sans la présence des corps légitimes. Les^ prétendues sensations des hallucinés sont des images des idées, reproduites par la mémoire, associées par l'imagination, et personnifiées par l'habitude. L'homme donne alors un corps aux produits de son entendement ; il rêve tout éveillé » (I, p. 95).

Cette explication, toute psychique, de l'hallucination, a été généralement adoptée par les élèves d'Esquirol. Falret écrit : « Création spontanée d'une image, sans participation de la volonté et sans conscience de l'action de l'esprit;, refoulement de cette image au dehors et localisation dans le sens correspondant; enfin croyance à la réalité extérieure de l'objet, par suite de la vivacité de l'image, de la diminution d'activité des sens, et du défaut de contrôle de la réflexion et des autres facultés : telles sont les conditions intellectuelles du phénomène de l'hallucination » (p. 181).

En d'autres termes, pour Falret, l'haHucination consiste essentiellement en une lésion de l'imagination.

Dans la mémorable discussion qui s'ouvrit à la Société médico-psychologique (1855 et 1856), ce sont les doctrines psychologiques qui dominèrent presque exclusivement.

A. Garnier, distinguant soigneusement la perception, opération par laquelle on saisit les objets extérieurs, qu'on sait ne pas exister seulement dans la pensée, et la conception, par laquelle on se représente les objets absents ou imaginaires, sachant bien que ces objets n'ont aucune existence réelle en dehors de nous, admet qu'il y a dans le cerveau une partie destinée à la conception normale, une autre partie destinée à la perception. Dans l'hallucination, l'ébranlement se communiquait de l'organe de la conception à celui de la perception, d'où la fausse perception qui trompe le malade.

Cette opinion fut vivement combattue par Peisse, qui prétend que l'hallucination n'est et ne peut être que l'exagération du phénomène normal de rappel mental des perceptions des sens par la mémoire et l'imagination. Peisse va jusqu'à soutenir que la représentation dans l'esprit d'un objet vu antérieurement, d'un son autrefois entendu, s'accompagne fatalement, nécessairement, d'une sensation visuelle ou auditive. D'où il résulterait, qu'entre la représentation mentale normale et l'hallucination il n'y aurait qu'une différence de degré d'intensité.

Bûchez partage la manière de voir de Peisse : il compare aux hallucinations les représentations mentales volontaires des peintres, des sculpteurs, des poêles. Pour lui, entre les deux ordres de phénomènes, il n'y a d'autre différence que celle-ci : l'hallucination est involontaire, entraîne la conviction erronée d'un objet extérieur qui n'existe pas, tandis que chez le peintre il n'y a qu'une vision intérieure voulue, cherchée, dont il n'est pas dupe.

Maury, qui ne prit pas une part active à la discussion, avait émis une opinion analogue : pour lui, riiallucinarion est un pliénomène de mémoire spontané, réagissant fortement sur les sens au point de les affecter comme ils le seraient par des perceptions extérieures; c'est un phénomène qui a ses degrés, dont les deux grandes divisions peuvent être appelées psycliiques et psycho-sensorielles ; c'est un phénomène qui implique une préoccupation antérieure et un jeu automatique de l'esprit {Sommeil et rêves, p, 162).

Et ce ne sont pas seulement les psychologues qui envisagent de cette façon l'hallucination; il en est de même des médecins les plus autorisés. Parchappe, entre autres, croit que les hallucinations vraies sont toujours encéphaliques, cérébrales, et que la condition organique de leur manifestation est un état vital particulier de la couche corticale du cerveau. De là cette définition, que je ne saurais trouver ni très-claire ni très-concise : « L'iiallucinalion est un état de l'àme dans lequel, pendant la veille, de pures imaginations se produisent spontanément dans la conscience, avec tous les caractères qui appartiennent aux sensations actuelles, etentrahient l'illusion relativement à l'intervention actuelle (les objets extérieurs que supposeraient ces imaginations, si elles étaient des sensations réelles. »

Et Delasiauve, qui définit l'hallucination « une idée sensible susceptible, parla vivacité que lui communique une cause physique ou morale, de représenter pour la conscience la réalité objective. >■

Somme toute, de toutes ces explications il semble résulter que l'hallucinalion ne doit être considérée que comme un phénomène normal un peu exagéré. Lélut avait écrit en propres termes que « l'hallucination n'est presque pas autre chose que le résultat un peu forcé d'un acte normal de l'intelligence, le plus haut degré de la transformation sensorialc de l'idée, le fait des préoccupations dans les arts élevé à la dernière puissance ».

Et Brierre de Boismont, renchérissant sur cette théorie : « La représentation mentale est en germe rhallucinàtion physiologique. Elle existe chez tous les individus, et peut, par l'attention et la volonté, s'élever jusqu'à la vivacité de l'impression. Chez les hommes de génie, l'idéal, qui n'est que la conception à son plus haut degré, s'incarne dans une forme sensible et constitue l'hallucination phijsiologiqve. »

Je reviendrai plus loin, pour la combattre, sur cette théorie de l'hallucination physiologique, qui compte encore d'ardents défenseurs. Je citerai surtout Taine, qui rattache si bien l'hallucination à la représentation mentale, qu'il écrit que l'image, comme la sensation qu'elle répète, est, de sa nature, hallucinatoire. Ainsi l'hallucination, « qui semble une monstruosité, est la trame même de notre vie mentale » (De V intelligence, 5^ édit., Il, p. 31). Il avait déjà dit ailleurs : « On peut définir notre état d'esprit pendant la veille et la santé comme une série d'hallucinations qui n'aboutissent pas » {ihid., p. 25).

Enfin, dans un livre tout récent [Le monde des rêves. Paris, 1882), Max Simon cherche à démontrer que « entre le souvenir, l'imagination, le rêve, l'hallucination, il n'y a guère qu'une différence de degré, et que c'est par le même mécanisme qu'ils se produisent » {Préface).

Assurément, même pour les auteurs que je viens de citer, et qui ne consiilèrent l'hallucination que comme un phénomène psychique, l'action simultanée du cerveau est cependant considérée comme nécessaire. Falret le dit en termes explicites : « En invoquant les lésions de l'imagination, nous ne voulons dire

qu'une chose, à savoir : que Thalluclnation se rattache à une modification cérébrale analogue à celle qui, dans l'état normal, accompagne l'action de l'imagination » (p. 175).

Mais le point capital de la doctrine reste celui-ci, que l'hallucination n'est que le degré le plus élevé d'un phénomène physiologique.

Or déjà, dans la discussion que j'ai très-rapidement résumée, cette opinion avait été vivement combattue. Michéa déclare qu'entre l'hallucination et la représentation mentale il y a plus qu'une différence de degré, il y a une différence de nature. Pour lui, l'hallucinalion n'est point la perception normale, puisque dans celle-ci il y a toujours une cause adéquate, qui manque dans l'hallucination; elle n'est point non plus la mémoire normale, puisque dans celte faculté l'objet présent à l'esprit ne revêt jamais l'apparence d'une perception actuelle. Enfin elle n'est point Yimagination normale, parce que cette faculté fait concevoir la possibilité d'une chose sans que l'esprit attache à cette chose aucune existence actuelle au passé [voy. in Délire des sensations, p. 55). La seule condition qui lui semble nécessaire à l'existence de l'hallucination, c'est un défaut de rapport harmonique, d'équilibre parfait entre l'impiessionnabilité des sens et l'effort réactioimel de l'esprit, c'est la diminution de l'une et l'augmentation de l'autre [ibid., p. 85).

B. de Castelnau rapporte le phénomène à un état morbide sur la nature duquel il déclare ne savoir absolument rien; il considère le problème comme insoluble et se boi'ue à cnumérer les différences qui existent entre l'hallucination et la sensation d'une part, la représentation mentale d'autre part.

C'est de cette façon que Leuret avait tranché la question : « Entre la sensation et la conception, avait-il écrit [Fragm., p. 153), il y a un phénomène intermédiaire que les médecins ont appelé hallucination. L'hallucination ressemble à la sensation, en ce qu'elle donne, comme la sensation, l'idée d'un corps agissant actuellement sur les organes ; elle en diffère en ce qu'elle existe sans objet extérieur. Elle est créatrice comme la conception, mais ce ne sont pas des idées qu'elle produit, ce sont des images, images qui ont pour l'Iialluciné la même valeur que les objets. »

Telle a été également l'opinion de Bourdin, qu'il a récemment développée avec une grande verve dans l'article Hallucination qu'il a écrit pour VEncijclopédie des sciences, lettres et arts (1879) : « L'hallucination, dit-il, consiste en réalité en un trouble spécifique qui n'a d'analogue ni dans les opérations normales de l'esprit, ni dans les formes ordinaires des maladies mentales. L'hallucination ne ressemble à rien. Elle est elle-même, et pas autre chose. C'est un fait primitif dans l'ordre pathologique, comme les facultés mentales sont des faits primitifs dans l'ordre physiologique. »

L'opinion de Sandras est à peu près identique, et elle a d'autant plus de poids que, dans la convalescence d'une maladie grave, Sandras avait lui-même éprouvé des hallucinations. 11 considère l'hallucination « comme un fait étranger, entièrement distinct de la pensée, de la réminiscence, de la sensation normale. Ce n'est ni l'un ni l'autre de ces phénomènes, ni la transformation de l'un dans l'autre. Je ne peux y voir, ajoute-t-il, qu'une manifestation à part, dans les désordres dont le système nerveux nous montre une si étrange collection, h

J'arrive maintenant à la théorie qui place l'hallucination dans l'appareil sensoriel lui-même : mais de ceux qui défendent cette manière de voir, les uns localisent le phénomène dans l'organe sensoriel externe, ou dans le nerf chargé

de conduire l'impression au cerveau ; les autres en placent le siège au sein des portions intermédiaires aux organes des sens et au foyer de perception.

L'origine périphérique des hallucinations a toujours eu un grand nombre de partisans. 11 est à noter qu'elle a été généralement défendue par les physiolof^istes. Burdacli, Mûllcr, et longtemps avant eux Darwin, l'avaient adoptée. Les arguments à l'appui de cette théorie ne manquent pas. Il suffit de se rappeler les expériences de physiologie que j'ai longuement relatées ; les hallucinations qui se produisent dans certains cas de lésions visibles des organes des sens : ainsi un ulcère delà cornée peut provoquer des hallucinations de la vue; une lésion de l'oreille moyenne, des hallucinations de l'ouïe. On cite encore les hallucinations qui surviennent à la suite d'impressions sensorielles longtemps prolongées; celles qui sont unilatérales, etc.

Et ce ne sont pas les physiologistes seulement qui inclinent à placer le point de départ de l'hallucination dans l'organe périphérique : Calmeil semble porté vers cette manière de voir : « L'on peut, dit-il, supposer en théorie qu'il existe des hallucinations symptomatiques, et que le système nerveux périphérique est le point de départ des hallucinations les plus variées et peut-être les plus nombreuses. Que se passc-t-il dans les subdivisions de ce système, au moment où un rayon lumiueux tombe sur la rétine, où des ondes sonores frappent l'oreille, où une particule odorante ou rapide repose sur la membrane pituitaire ou sur la langue; où un objet résistant heurte l'extrémité des doigts? Un mouvement, un ébranlement, une modification, que l'on ne peut saisir, mais que l'on intercepte, comme chacun sait, en coupant le nerf, naît aussitôt dans le réseau nerveux épanoui dans la rétine, dans les nerfs acoustiques, etc. ; tout se propage avec rapidité le long des branches et des troncs nerveux, et va réveiller dans l'encéphale la combinaison matérielle qui correspond à chaque sensation. Par des causes qui restent impalpables, sous l'influence du calorique, de l'électricité, d'un fluide animal, ne peut-il pas s'effectuer dans les organes des sens, et alors que les agents placés au dehors n'y sollicitent plus aucun ébranlement, des modifications intestines analogues à celles qui y ont pris naissance, lorsqu'en réalité ces excitants matériels agissaient sur eux par leur nature et leur contact. Les sens, ainsi mis en action, ne peuvent-ils pas de nouveau réagir sur l'encéphale, y réveiller des sensations qui n'y seraient point nées spontanément? » (art. Hallucinatio.v du Dictionn. de méd. Paris, 1856, p. 547).

Dans ces derniers temps le professeur Bail et Régis ont repris et essayé de faire revivre la doctrine de l'origine périphérique de l'hallucination : dans ses conclusions Bail est allé jusqu'à dire que les hallucinations exigent, pour se produire, une sensation venant mettre en mouvement le mécanisme automatique des centres nerveux (Bail, Leçons sur les maladies mentales, 1" fascicule, p. 87).

Entre ces deux théories, l'une qui fait de riiallucinalion un phénomène purement psychique, l'autre qui en place l'origine dans l'organe périphérique des sens, il convient de placer la théorie mixte de Baillarger, qui, tenant compte du double caractère psycho-sensoriel de l'hallucination, la considère comme un phénomène toujours pathologique, se produisant lorsque sont réalisées les trois conditions suivantes : 1" exercice involontaire de la mémoire et de l'imagination; 2» suspension des impressions externes; 3° excitation interne des appareils sensoriaux.

Cette doctrine emprunte une grande importance à l'autorité qui s'attache à

no HALLUCINATION.

tous les travaux de Baillarger. Elle a été adoptée, par la plupart des auteurs qui sont venus après lui, et en dernier lieu par Motet (art. Hallucination du Dictionnaire de médecine pratique). On peut dire également qu'elle a été le point de départ des travaux qui sont venus postérieurement, parmi lesquels je dois citer surtout ceux qui se sont inspirés des découvertes récentes en physiologie cérébrale.

On sait le rôle que Luys fait jouer aux couches optiques : suivant lui, toutes les impressions périphériques viennent se condenser dans la substance grise des couches optiques, d'oii elles sont irradiées vers les différentes régions de la périphérie corticale. Ile telle sorte que, dans toute perception sensorielle, il existe un stade sensoriel qui a pour domaine tout le système nerveux centripète jusqu'à la couche optique inclusivement, et un stade perceptif qui se produit dans le réseau inextricable de cellules qui constitue la couche corticale du cerveau (Ritli, p. 35).

S'eniparaut de ces données et les appliquant à l'hallucination, Ritti conclut que le processus pathologique de celle-ci est constitué par les éléments suivants : 1" activité spontanée des cellules de la couche optique, activité provoquée par des causes variées ; 2* irradiation de celte activité fictive vers les cellules de la substance corticale; 3° entraînement consécutif de ces mêmes cellules corticales, qui mettent en œuvre les malériaux erronés avec la même logique que s'ils étaient réels {ib., p. 51).

Telle est la théorie physiologique de l'hallucination formulée par Ritti. Elle se trouve en quelque sorte en germe dans celle que Foville proposait en 1829. « Pour moi, écrivait cet auteur, les hallucinations sont liées à la lésion des parties nerveuses intermédiaires aux organes des sens et au centre de perception, ou à l'altération des parties cérébrales auxquelles aboutissent les nerfs des sensations » (art. Aliénatiox mentale du Dict. de méd. et de chir. prat.). Et depuis cette époque il y eut toujours un certain nombre d'auteurs qui émirent des opinions se rapprochant de celle de Foville. Je ne citerai que Bergmann de Hildesheim : « L'hallucination est le résultat de l'éréthisme, de l'hyperesthésie, de cette partie de l'encéphale où l'organe des sens prend son origine, à la région même des parois ventriculaires du cerveau, qui feraient l'effet d'une table de résonnance » [Ann. méd. psych., 1855, I, p. 155), Enfin, en 1869, le docteur Audiffrent rattache les hallucinations à une irritation des gunglions sensitifs, placés dans le cerveau, mais dont il ne précise pas le siège.

Il convient du reste de remarquer que les théories qui, actuellement, régnent dans la science, ont généralement toutes la prétention de s'appuyer sur les données de la physiologie : je n'en citerai que quelques-unes.

Celle de Schrœder van der Kolck mérite de nous arrêter, puisque c'est celle que Krafft Ebing a adoptée dans son Traité des maladies i?ientales^ récemment paru. Schrœder van der Kolck distingue dans la sensation deux phénomènes ou plutôt deux stades ; 1" la perception, qui est l'action produite par l'objet extérieur dans les centres infra-corticaux du cerveau (tubercules quadrijumeaux pour la vision, ganglion oUactif pour l'olfaction, etc.), et 2° Vaperception, dans laquelle l'image se transforme en idée, et qui a pour siège la couche coiticale du cerveau. Quand, par suite d'une cause quelconque, il se produit spontanément une image dans les organes de Vaperception, il en lésulte ou une simple représentation mentale ou une hallucination. Et, suivant Schrœder, il y a simple représentation mentale, quand l'excitation ne dépasse pas les organes

de l'aperception, tandis qu'il y a hallucination, quand elle s'étend jusqu'aux organes de la perception.

Le professeur Taniburini dépossède les couches optiques du rôle que Luys et Ritti leur avaient assigné, pour l'attribuer aux centres sensoriels récemment ■découverts dans l'écorce cérébrale : « La cause fondamentale des hallucinations, <iit-il, est un état d'excitation des centres sensoriels corticaux, c'est-à-dire des points de l'écorce cérébrale ou se perçoivent les impressions reçues par l'intermédiaire des différents organes, et où sont déposées les images mnémoniques sensibles » [Revue scient., 1881, n° 5). Ajoutons que pour Tamburini les illusions ne sont qu'une manière d'être des hallucinations, dans laquelle l'ex- ■citation, au lieu d'être autociitlione, part de l'extérieur, et est simplement transformée et dénaturée par le centre malade.

Il est une théorie fort ingénieuse, quoique un peu compliquée, proposée dans ces derniers temps par le docteur Despine [Ann. méd.-psychol., nov. 1881). Voici comment cet auteur explique la production de l'hallucination : 1" excitation prenant naissance dans les cellules qui conservent les empreintes d'objets antérieuiement connus, ou encore excitation partant d'un point quelconque du système sensoriel et transmise à l'écorce grise du cerveau, y provoquant les idées qui font l'objet de l'hallucination ; '2° le mouvement vibratoire des cellules cérébrales se propage au ganglion sensilif d'un ou plusieurs sens, par une activité centrifuge tout à fait anormale; 3" arrivé à ce ganglion, l'ébranlement y transforme l'idée en sensation, connue le forait l'ébranlement produit dans ce ganglion par une impression venue d'un objet réel, qui serait transmise par l'oigane externe du sens; 4" cette idée, ainsi sensibilisée, est renvoyée au cerveau, organe de perception, et elle sera perçue absolument comme si la sensibilité ganglionnaire avait une origine externe; 5" l'excitation, se propageant du ganglion sensitif au sens externe, l'ait que celui-ci est impressionné comme il le serait par l'objet extérieur, et c'est cette impression du sens externe qui parvient au centre nerveux de perception et qui est perçue. Cette théorie expliquerait d'une manière satisfaisante les faits signalés par Bail, Féré et Despine lui-même, et que j'ai rapportés plus haut.

Je terminerai par une théorie, celle de Meynert : elle s'écarte de celles que je viens d'énumérer, mais elle me parait d'autant plus digne d'être mentionnée que le docteur Kandinsky, qui a soullért pendant deux ans d'hallucinations les plus variées, n'hésite pas à l'adopter : elle lui paraît expliquer le mieux les phénomènes morbides qu'il a éprouvés.

Pour Meynert [Ueber Fortschritte im Verstàndniss der krankhaflen psychischen Gehirnzvstànde, Wien, 1878), h perception se fait uniquement dans les centres infra-corticaux. La couche corticale de la partie antérieure du cerveau a pour fonction d'élaborer les phénomènes purement intellectuels (reproduction et association des idées), mais elle a encore une autre tache, celle de régulariser, de rectilier, d'arrêter, les excitations subjectives qui peuvent venir des différentes parties de l'écorce cérébrale ou des centres sensoriels infra-corticaux. Que si, pour une cause ou une autre, l'activité de la couche corticale est diminuée, ces excitations subjectives ne seront plus rectifiées, elles arriveront à la •conscience comme si elles étaient réellement objectives, il y aura hallucination.

Faut-il continuer cette revue? Elle a son charme et son intérêt, et il serait facile de l'étendre, car quel est l'aliéniste qui n'a dit son mot sur les hallucinations? Mais à quoi bon multiplier les exemples? L'important, c'est de signaler

les idées générales auxquelles peuvent être ramenées les doctrines, bien plus que les points de détail par lesquels elles diffèrent. Il faut conclure à notre tour, et la tâche n'est pas aisée. Je vais essayer de reprendre le problème à son origine et de dégager, en me tenant au point de vue purement clinique, les données qu'il est permis de considérer comme acquises, peut-être arriverai-je ainsi à donner du phénomène une idée claire et précise.

Tout d'abord, il me paraît incontestable que l'hallucination est toujours un phénomène patliologique, qu'il n'existe pas et qu'il ne saurait exister d'hallucination phijnologique. Jamais en effet l'hallucination ne survient qu'à l'occasion d'un trouble, si léger soit-il, dans l'équilibre des fonctions : le rêve lui-même n'arrive pas dans les conditions de fonctionnement absolument normal : « Pendant le sommeil qui succède, chez un homme robuste, à une fatigue modérée, à l'activité générale de la veille, on ne rêve jamais ou presque jamais, mais cet état naturel du sommeil n'est guère moins rare que l'intégi'ité des forces vitales et l'harmonie des fonctions qui constituent la santé pendant la veille. L'excitement du cerveau, l'activité immodérée de la veille, des exercices violents ou inusités, une grande préoccupation morale, une forte contention d'esprit avant de s'endormir, un lit trop chaud, une différence dans la manière habituelle d'être couché, l'oppression, l'embarras, la difficulté dans l'action du cœur et des gros vaisseaux, le travail d'une digestion pénible, etc., voilà les mille causes qui produisent les rêves » (Moreau [de la Sarthe], art. Rêves du Dict. des se. métl., 1820). Maury en a dit autant des hallucinations hypnagogiques.

Il en est d'ailleurs de l'hallucination comme de tout autre symptôme de maladie : la toux, la diarrhée, l'épistaxis, ne seront jamais considérées comme des actes physiologiques ; cependant l'homme qui tousse, qui a la diarrhée, qui saigne du nez, n'est pas pour cela un malade; il n'a rien perdu de ses forces et il continue à vaquer à toutes les occupations de sa vie journalière. Mais la toux, la diarrhée, l'épistaxis, n'en dénoteront pas moins un dérangement des fonctions normales. De même on peut être halluciné sans être malade, sans être aliéné, et cependant l'hallucination est toujours un trouble nerveux. Mais touchant ce trouble nerveux que nous apprend la clinique?

l'' Une première loi que l'on peut formuler est celle-ci : Au point de vue subjectif, l'hallucination et la sensation sont absolument identiques.

Cela ressort de toute évidence du témoign.ige de tous ceux, aliénés ou non, qui ont éprouvé des hallucinations ; « Je voyais distinctement le cadavre, dit Andral, je sentais son odeur infecte. » Un malade, à qui Leuret essayait de démontrer son erreur, lui répondait : « Vous dites que je me trompe parce que vous ne comprenez pas comment ces voix que j'entends arrivent jusqu'à moi; mais je ne comprends pas plus que vous comment cela se fait ; ce que je sais bien, c'est qu'elles y arrivent, puisque je les entends : elle sont pour moi aussi distinctes que votre voix, et, si vous voulez que j'admette la realité de vos paroles, laissez-moi admettre aussi la réalité des paroles qui me viennent je ne sais d'où, car la réalité des unes et des autres est également sensible pour moi » {Fragni. psychoL, p. 203).

Que de fois j'ai essayé de faire comprendre à des malades instruits, intelligents, au courant de toutes les données positives de la science, qu'ils se trompaient, que les voix qu'ils entendaient, les objets qu'ils voyaient, n'avaient pas et ne pouvaient pas avoir de réalité extérieure, qu'il ne s'agissait que d'un plié-

UALLUCINATION. 115

nomène maladif dont leur cerveau était le siège : jamais je ne suis parvenu, et je m'y attendais bien, à en convaincre un seul. Même ils me savaient très-mauvais gré de mes efforts, et le moms qui put m'arriver, c'est qu'ils me tournaient dédai'^neusement le dos, m'accusant de me moquer d'eux.

Tout, dans leur manière d'être, prouve d'ailleurs qu'ils croient avoir affaire à des sensations réelles : les hallucinés de l'ouïe se remplissent les oreilles de tabac, de chiffons, en un mot, de tout ce qu'ils trouvent, pour ne pas entendi-e les voix; une femme s'était introduit une poire dans le vagin, pour empêcher le diable de venir pratiquer le coït; un malade se remplissait l'anus de tabac et de chiffons pour barrer le passage aux légions d'insectes invisibles qui cherchaient à y pénétrer. J'ai vu un aliéné aveugle se mettre un bandeau sur les yeux pour ne pas voir les choses effrayantes qui passaient devant lui. Le même malade se plaignait que sa femme l'eût enfermé dans une maison tout à fait obscure.

11 me paraît donc péremptoirement démontré qu'au point do vue subjectif il n'y a, entre la sensation vraie, complète, et l'hallucination, aucune différence. Le résultat pour le moi, pour la conscience, est identiquement le même dans les deux cas. Et pourtant il reste celte différence fondamentale que, dans la sensation, il y a un corps impressionnant extérieur réel, tangible, tandis que dans l'hallucination il n'y a rien que le souvenir de cet objet.

On comprend dès lors que les psychologues aient songé à rapprocher l'hallucination de la représentation mentale, c'est-à-dire de cette propriété que nous possédons tous d'évoquer par le souvenir des images, des sensations plus ou moins complexes, et de nous les retracer avec plus ou moins de fidélité. De là à ne voir dans l'hallucination que le plus haut degré de la représentation mentale il n'y avait qu'un pas, qui fut aisément franchi. Cependant c'est une erreur, et nous pouvons formuler cette loi :

2** U hallucination et la représentation mentale sont deux phénomènes complètement différents l'un de l'autre. « Jamais, dit avec raison Marcé, la représentation mentale, même portée à son plus haut degré, n'arrivera jusqu'à la production de ces sensations extérieures au malade, si nettes, si précises, qui constituent la véritable hallucinalion. Le musicien qui, en lisant un air, se représente la valeur des sons et prend une idée exacte de la musique qu'il a sous les yeux, n'arrive à ce résultat que par un effort d'imagination ; mais il n'entend pas réellement au dehors de lui les sons musicaux comme riialluciné, il les entend en dedans et en esprit seulement. Et de même, le peintre qui a gravé dans sa mémoire les traits du modèle qu'il est chargé de reproduire ne les voit pas des yeux du corps comme l'halluciné voit le spectre qui se dresse devant lui; il les voit des yeux de l'esprit et mentalement, sans que jamais il puisse arriver à se les représenter matériellement » (Traité, p. 247).

Les hallucinés du reste font parfaitement la différence entre les objets qu"ils voient, qu'ils entendent, et ceux qu'ils imaginent, qu'ils se représentent mentalement. Mcolaï notait une différence très-nette entre le personnage tel qu'il lui apparaissait, et le même personnage tel qu'un instant après il se le figurait par un effort d'attention et de mémoire. Horace Vernet, cité par Baillarger, disait que l'image évoquée par le peintre, si nette et si intense qu'elle fût, ne pouvait jamais être confondue avec une sensation véritable. Et, en citant ce témoignage, Bailîargcr ajoutait fort judicieusement qu'entre la faculté de calculer d'un enfant ordinaire et celle du petit fprodige qu'on produisait sur le DICT. KNC. i" s. Xll. 8

théâtre il y avait une distance énorme : pourquoi n'y aurait-il pas différents degrés dans la représentation mentale ?

Ce n'est donc que cette faculté poussée à un très-haut degré, et non une hallucination véritahle, qui existait chez le peintre anglais cité par Brierre de Coismont (p. 26). Je pense également que c'est ainsi qu'il faut envisager le phéflomène qui se produisait chez Goethe : « Lorsque je fermais les yeux, et qu'en baissant la tète je me figurais voir une fleur dans le milieu de mon organe visuel, cette fleur ne conservait ])as un seul instant sa forme première : elle se décomposait aussitôt, et de son intérieur naissaient d'autres fleurs à péta/es colorés ou parfois verts ; ce n'étaient pas des fleurs naturelles, mais des figures fantastiques, régulières cependant, comme les rosaces des sculpteurs. Il m'était impossible de fixer cette création, mais elle durait tant que je voulais, sans croître ni diminuer. De même, lors(pie je me figurais un disque chargé de couleurs variées, je voyais conlinuellènient naître du centre vci's la périphérie des formes nouvelles comparables à celles que fait apercevoir un kaléidoscope » (MûUer. Il, p. 558). Pour Goethe, ces phénomènes n'avaient évidemment aucun caractère d'extériorité; ce n'étaient pas des hallucinations de la vue dans le sens propre du mot; ce n'était que la rciiréscnfatiou mentale à son plus haut degré. 5" Lhallucination est toi/jonrs un phénomène involontaire. Ce caractère de l'Iiallucination a été établi tout d'abord par Baillarger, et les exemples du contraire, (jue certains auteurs ont rapportés, outre qu'ils sont extrêmement rares, ne me paraissent pas probants. On cite, par exemple, un jeune homme qui aurait eu la l'acuité de provoquer des hallucinations de la vue rien qu'en baissant la tête : en admettant le l'ait comme authentique, ne peut-on pas l'expliquer plutôt par un trouble survenu dans la circulation intra-cràuienne? M. le docteur Parant a publié récemment {Ann. me'd. physiol., mai 188'2) l'observation d'une malade qui aurait eu des hallucinations volontaires : mais l'exemple ne me paraît pas choisi pour entraîner la conviction ; il s'agit d'une aliénée chronique, incohérente, présentant un délire très-complexe.

D'ailleurs les hallucinés qui ont eu conscience de leurs hallucinations s'accordent tous à dire que c'est un phénomène involontaire. Nicolai raconte qu'il essaya souvent de reproduire à volonté les hallucinations visuelles qui l'obsédaient, jamais il ne put réussir à rendre extérieure l'image intérieure. Kandinsky insiste longuement sur le caractère passif des hallucinations; c'est un phénomène qui s'impose au cerveau, que le cerveau subit, mais dans lequel il ne joue aucun rôle; il est incapable de le produire. Aussi longtemps que chez Kandinsky les hallucinations ont dominé, il eût été incapable de tout effort intellectuel, même de lire. Du jour où il put se livrer à quelque occupation, les hallucinations avaient diminué d'intensité et devaient bientôt disparaître.

Chez les aliénés ce caractère de l'hallucination est très-accentué; la plupart souffrent de leurs hallucinations, ils font tout ce qu'ils peuvent pour s'en délivrer; leurs efforts sont vains, et ils subissent, sans pouvoir s'y soustraire, leurs fausses sensations.

4" L'hallucination nest jamais qu'une réminiscence d'une sensation autrefois perçue. L'hallucination ne crée inen, n'invente rien; ce n'est jamais qu'une sensation autrefois perçue, souvent même oubliée, qui soudain reparaît et s'impose au malade. Un aveugle-né n"a pas d'hallucinations visuelles; un sourd de naissance n'a pas d'hallucinations auditives. J'ai cent fois interrogé les malades qui voyaient Dieu, la Vierge, les saints : c'était invariablement sous la forme

qu'ils avaient soit dans les livres de religion qui étaient entre leurs mains, soit dans les tableaux et images qui décoraient l'église ou la chapelle de leur village, que ces personnages leur apparaissaient. Au moyen âge on s'était fait de Satan une certaine idée, en se le iigurait sous une forme déterminée, avec certains attributs : tous les possédés l'ont aperçu sous cette seule et unique forme. Suivant la culture intellectuelle du malade, l'hallucination peut être plus ou moins compliquée, et l'un des exemples les plus curieux est celui que j'ai rapporté d'après Falret. Jamais ce[icndant il ne s'y trouve rien de neuf, rien d'inédit, si je puis employer celte expi cssion ; on est même frappé de la pauvreté d'imagination et de la stérilité d'invention que l'on remarque en général chez les hallucinés, quels qu'ils soient.

h° U hallucination est-elle en rapport avec les occupations, les pensées, les préoccupations actuelles du malade? L'hallucination étant un phénomène involontaire, on comprend très-bien qu'elle puisse survenir sans avoir aucun lien avec les idées et les préoccupations actuelles du malade, sans être amenée par aucune des lois de l'association des idées. Souvent les choses se passent ainsi dans le rêve. 11 y a quelque chose de comparable à ce qui nous arrive dans Vohseision mentale. Que de l'ois sommes-nous obsédés par une idée, une phrase, unmot, quiontsurgi soudainement dans notre esprit, venus nous ne savons d'où, et que rien ne permet d'associer à nos pensées du moment ! Beaucoup de ceux qui ont éprouvé des hallucinations prétendent qu'elles n'avaient aucune liaison avec leurs occupations, leurs pensées, leurs travaux : ce sont les propres termes de Nicolaï... Telle est aussi l'opinion de Kandinsky. On ne peut nier cependant que l'hallucination se rapporte le plus habituellement à des objets qui ont vivement frappé ou fortement préoccupé le malade. Ce n'est que de cette façon que peuvent s'expliquer l'hallucination d'Andral et une foule de celles que j'ai rapportées. Kandinsky lui-même a éprouvé une hallucination qui ne pouvait arriver qu'à un médecin familiarisé avec les études anatomiques : un jour lui apparut une statue en marbre blanc; pendant qu'il la considérait, la tète de la statue fit place à celle d'un cadavre dont les muscles de la face et du cou étaient soigneusement disséqués.

La nature des hallucinations semble souvent déterminée par ce que j'appellerais volontiers la loi des contrastes. Le baron de Trenck, enfermé dans un cachot et mourant de faim, rêvait chaque nuit de repas somptueux; il était assis à une table couverte des mets les plus recherchés et des vins les plus fins. Un de mes confrères, souffrant d'une maladie de l'estomac qui le condamnait à une diète sévère, me racontait qu'en songe il faisait des repas plantureux où il se régalait de ses aliments de pi'édilection. Ceux qui sont assaillis d'hallucinations dans le désert voient des paysages frais et riants, des oasis verdoyantes. Savigny, naufragé sur le radeau de la Méduse, en proie aux horreurs de la faim et de la soif, voyait autour de lui une terre couverte de belles plantations; Corréard, son compagnon d'infortune, croyait parcourir les campagnes de l'Italie.

Cette loi des contrastes, on l'observe également chez les aliénés hallucinés. Etant donné le passé du malade, on peut presque à coup sûr annoncer de quelle nature seront ses hallucinations. Quand un militaire entend des voix, il est bien rare qu'elles nelui reprochent pas le manque de courage, qu'elles ne l'accusent pas de lâcheté; si c'est un magistrat, il s'entendra dire qu'il a condamné un innocent; si c'est quelqu'un qui s'est cru tenu à observer les lois de la chasteté, il est presque certain qu'il ne sera assailli que d'images erotiques. Il semble que les

il6 HALLUCINATION.

halluciualions ne prennent leur source que dans les idées, les sentiments, auxquels le malade a toujours attaché une importance prépondérante.

Brierre de Boismont prétend que l'hallucination physiologique est toujours eu rapport avec les préoccupations habituelles du malade, tandis que l'hallurination patholof/ifjue peut tenir aux causes les plus variées. J'ai dit plus haut qu'à mon sens celte disliuction ne saurait être maintenue. Mais ce qui est hors de doute, c'est que l'hallucination se produit de deux manières bien différentes :

Ou elle survient d'une manière subite (empoisonnements, traumatisraes, etc.), et dans ce cas elle peut n'avoir aucun rapport avec les idées habituelles. Autrement on ne s'cx[»liquerait pas l'uniformité si remarquable des hallucinations de l'alcoolisme, par exemple.

Ou au contraire elle apparaît lentement, graduellement, progressivement : c'est le cas chez la plupart des aliénés; c'est ainsi qu'on peut expliquer l'hallucination religieuse, l'hallucination du remords, etc. Ici évidemment c'est la pensée, une pensée obsédante, qui a été le point de départ du phénomène hallucinatoire. Pour conclure, je dirai que, de quelque façon que l'hallucination se produise, il faut toujours en revenir à ce fait d'observation indéniable, qu'elle donne l'image exacte d'une sensation réelle, complète.

Il faut donc nécessairement admettre que, dans l'hallucination, l'appareil sensoriel est exactement dans le morne état, moléculaire, dynamique, comme on voudra se le (igurer, que dans la sensation, et que le phénomène se passe exactement dans les mêmes organes, centraux et périphériques.

Il n'y a rien là qui ne soit conforme à une loi depuis longtemps formulée par les physiologistes : « Nous ne pouvons avoir par l'effet de causes extérieures aucune manière de sentir que nous n'ayons également sans ces causes et par la sensation des états de nos nerfs » (Millier, II, p. 251). Dans la sensation, c'est un objet extérieur, tangible, qui impressionne l'appareil nerveux à la périphérie. Dans l'hallucination, cet objet extérieur n'existe pas; l'excitation initiale, automatique, involontaire, naît dans l'appareil nerveux lui-même. Mais où? Par ce qui précède, je crois avoir démontré qu'aucune théorie exclusive ne saurait être acceptée. Certaines hallucinations sont de source manifestement intellectuelle ou psychique (hallucinations religieuses) ; d'autres sont d'origine centrale, cérébrale (hallucinations toxiques, alcooliques); il en est enfin qui n'arrivent qu'après une excitation périphérique : à mon avis, ce sont ce qu'Esquirol appelait les illusions; j'aurai à y revenir'.

Mais, quel que soit le point de départ, le phénomène se passe dans les mêmes organes que la sensation elle-même, et c'est la théorie de Bitti qui me paraît celle qui rend compte des faits de la manière la plus satisfaisante, en tant cependant que les couches optiques restent investies du rôle que les travaux de Luys leur ont attribué.

Mauche. Durée. Terminaison. L'hallucination étant un symptôme qui apparaît dans les circonstances les plus diverses et les plus dissemblables, il n'est pas possible de comprendre dans une seule formule les nombreuses variétés qu'elle présente dans son mode d'apparition, sa marche, sa durée.

L'hallucination peut éclater subitement, sans avoir été précédée d'aucun autre

1 Les hallucinations provoquées pendant l'état cataleptique, léthargique ou somnambulique, présentent, bien ce double caractère. Tantôt elles sont suggérées sans que les sens interviennent en aucune façon; tantôt elles dérivent d'une impression périphérique [voij. Rioher, Hysléro-Épilepsk).

symptôme ; il en est ainsi dans les intoxications. Donnez à l'homme le mieux portant une dose suffisante de haschisch ou de datura, vous verrez aussitôt apparaître les hallucinations caractéristiques. 11 en est de même de celles qui se montrent après un jeune prolongé, après des émissions sanguines répétées, pendant la période fébrile d'une maladie aiguë, aux approches d'une crise épileptique, etc.

Dans l'aliénation mentale, au contraire, l'hallucination ne s'établit souvent que d'une façon lente, .progressive, il faut du temps avant qu'elle se soit implantée détinitivement. Nous avons à cet égard le témoignage des malades eux-mêmes. Un lypémaniaque, dont j'ai rapporté l'observation, écrivait: « Depuis l'âge de dix-huit ans, j'éprouvais comme des sauts dans la tête, qui me faisaient dormir sur-le-champ et qui se fortifiaient de plus en plus, et ont fini par devenir des voix, et m'ont déclaré qu'ils étaient des Esprits juifs » {Étude sur la mélancolie, p. 102).

C'est également [après une sorte d'incubation plus ou moins longue que surviennent les hallucinations dues aux idées fixes, aux passions fortes, aux préoccupations, au remords, etc.

Une fois établie, l'hallucination peut avoir une durée passagère, fugace, ou au contraire persister pendant un temps considérable. L'hallucination toxique disparaît dès que le poison a été éliminé; un bon repas chasse celle qui s'est produite sous l'influence d'une dicte prolongée. Celle de l'cpilcptique est aussi fugace que l'attaque qu'elle accompagne. L'hallucination de l'aliéné elle-même présente de nombreuses variétés : tantôt elle dure sans interruption jour et nuit, tantôt elle ne se montre que la nuit, dans le silence et l'obscurité. Les heures de repas, les distractions, les occupations intellectuelles, le travail manuel, peuvent amener un répit, rendre l'hallucination moins impérieuse, ou même la faire cesser complètement.

En résumé, il n'est pas possible de formuler une loi générale.

La terminaison est variable. Une fois qu'elle a disparu, l'hallucination peut ne plus reparaître; il en est ainsi dans les cas aigus. D'autres fois, elle se transforme, change de caractère, et semble en quelque sorte se modeler sur les modifications du délire lui-même. Je viens d'en observer un curieux exemple : Un jeune officier de marine présentait, il y a quelques années, au moment de son entrée, le symptôme suivant : Une voix lui ordonnait d'épouser une jeune fille (qu'il n'avait pas revue depuis de longues années) appartenant à une famille amie. Au bout de quelques semaines, la même voix persistait, mais elle parlait du mariage avec la fille du chef de l'État.

Quand, chez un aliéné, l'hallucination devient moins nette, moins distincte, moins continue, c'est généralement un signe d'amélioration. Un lypémaniaque entendait très- distinctement la voix de sa femme, et celles de plusieurs personnes de sa connaissance; dès qu'il allait mieux, les voix devenaient moins distinctes; il ne les reconnaissait plus aussi facilement, il ne pouvait plus préciser d'où elles venaient. Kandinsky a fait cette remarque sur lui-même : au début, quand ses hallucinations étaient dans toute leur force, il lui était impossible de lire ou d'occuper son esprit à quoi que ce fût. Plus tard, au contraire, quand il prenait \m livre et qu'il y fixait son attention, les hallucinations s'évanouissaient momentanément et lui permettaient de continuer sa lecture.

DiAGivosTic. Le diagnostic des hallucinations semble relativement facile. Il est vrai que, comme il s'agit d'un symptôme purement subjectif, il n'y a que

les dires el la manière d'être des malades qui puissent nous renseigner. Le problème n'offre généralement aucune difficulté : les malades racontent volontiers ce qu'ils voient, ce qu'ils entendent, ce qu'ils ressentent. Pourtant il est des hallucinés, surtout des hallucinés aliénés, qui dissimulent soigneusement leurs fausses sensations : soit qu'ils craignent qu'on n'attache pas foi à leurs paroles, qu'on les tourne en ridicule, soit qu'ils obéissent à une idée délirante, on en voit qui, pendant des années, ont été obsédés par les hallucinations les plus variées, sans que leur entourage s'en soit même douté. L'halluciné qui se trouve dans ce cas est généralement sombre, préoccupé, distrait : quand on lui parle, son attention est ailleurs; ses réponses sont souvent bizarres, ne se rapportent pas à ce qu'on lui demande, et s'adressent plutôt à l'interlocuteur invisible. 11 a des attitudes étranges ; il parle seul, rit aux éclats, ou pleure sans motif apparent; pendant des heures entières, il reste à la même place, fixant obstinément le même endroit. En un mot, c'est par une foule de détails de ce genre, patiemment observés, rapprochés les uns des autres, qu'on peut arriver à établir le diagnostic. D';iilleurs il arrive presque fatalement un moment où, plus fortement impressionné, le malade ne peut plus résister et laisse échapper son secret.

Une autre question de diagnostic fort importante, c'est celle de la cause de l'hallucination, car elle seule permet d'établir le pronostic et le traitement. Il faut donc rechcrciier si l'hallucinalion est d'origine centrale ou périphérique, en d'autres termes, si l'on a affaire à une hallucination vraie ou à une illusion. En admettant même, comme je le fais d'ailleurs, qu'il y ait identité entre les deux phénomènes, il n'en reste pas moins cette différence capitale, que l'illusion tient à une altération périphérique tangible, accessible à nos moyens d'investigation; et l'on peut espérer qu'en faisant disparaître cette altération on fera disparaître du même coup la fausse sensation. Une aliénée observée par Falret croj ait avoir un loup dans l'utérus; elle y avait un polype qui fut enlevé : l'idée du loup disparut aussitôt. On a cité, et nous avons tous observé, un grand nombre- de faits analogues.

Pronostic. L'hallucination implique toujours l'idée d'un trouble nerveux, mais d'un trouble nerveux qui, par lui-même, ne saurait jamais compromettre l'existence, qui même est compatible avec un équilibre presque parfait des fonctions organiques. Tout asile d'aliénés renferme un nombre plus ou moins grand de malades qui depuis dix, vingt, quarante ans, vivent dans un état de perpétuelle hallucination, en conservant tous les attributs d'une excellente santé.

L'hallucination peut être un symptôme fugace, éptlicmère : il en est ainsi dans les affections fébriles, dans les intoxications, dans les névroses; d'autres fois elle est extrêmement tenace, et dure autant que la vie du malade.

L'hallucination peut devenir un symptôme de la plus haute gravité par les déterminations qu'elle inspire au malade. Presque tous les crimes que commettent les aliénés leur sont commandés par leurs hallucinations. C'est pour obéir aux voix qu'ils entendent, aux fantômes qu'ils aperçoivent, qu'ils volent," incendient, tuent, se mutilent, se suicident, et qu'en général ils commettent les actes soudains et imprévus que nous sommes si fréquemment à même d'observer, et qui les rendent si dangereux et si difficiles à surveiller.

D'une façon générale, on peut dire que l'hallucination de la vue est moins grave que celle de l'ouïe et de la sensibilité générale ; elle est aussi moins durable. On peut dire aussi que l'hallucination nette, systématisée, qui a tendance à se

reproduire toujours la même, est d'une guérison beaucoup plus douteuse que l'hallucination rudimentaire, mobile, peu distincte et variable.

Quand un seul sens est iialluciné, le pronostic est moins grave que lorsque plusieurs sens sont alteints simultanément.

En résumé, il n'est pas possible d'établir des règles absolues au point de vue du pronostic : il dépend d'une foule de circonstances accessoires, variables suivant chaque cas particulier. Le peu que je viens de dire se complète par les conside'rations que j'ai fait valoir en étudiant la valeur scméioloyique de riiallucination, et par ce qui s'y rapporte dans l'histoire de chacune des affections dont elle peut être un symptôme.

Traitement. L'hallucination, n'étant qu'un symptôme des maladies les plus diverses, ne comporte pas un traitement, spécial; celui qui lui est ajiplicable varie nécessairement avec l'aflection dans laquelle on la rencontre. L'hallucination toxique (alcoolique ou autre) cesse en général dès que l'agent toxique est éliminé ; un bon repas fait disparaître celle qui est due à l'inanition; une saignée, une application de sangsues, mettent fin à celle qui se rattache à un état congestif.

Aussi bien, quand on parle de méthode ihérapeulique à opposer à Thallucination, n'a-t-on guère eu vue que l'iiallucinalion de l'aliéné, la plus tenace, la plus imiiortanle de toutes ; le rôle toujours capital, souvent même prépondérant, qu'elle joue dans les différentes formes de l'aliénation mentale, a du inspirer tout naturellement l'idée de s'attaquer directement à ce symptôme. 11 convient donc que nous disions quelques mots des différents modes de traitement qui ont été essayés.

C'est à l'hallucination de l'ahéné que Leuret avait imaginé d'opposer son traitement moral, qui mériterait plutôt d'être appelé traitement par révulsion morale. L'expérience a jugé cette méthode : on comprend difficilement aujourd'hui qu'un esprit aussi éminent ait pu la soutenir avec une passion si ardente, car elle ne repose en définitive que sur une eireiu' d'interprétation dans laquelle on est trop communément tombé.

L'hallucination est un fait de sensibilité : l'halluciné voit, entend, sent, et aucun raisonnement du monde ne peut faire qu'il ne voie pas, qu'il n'entende pas. A ce phénomène purement passif succède l'interprétation qu'en donne l'halluciné ; chez l'aliéné elle constitue l'idée délirante. Or, c'est en réalité îi l'idée délirante seule que Leuret s'attaque, et nous savons par expérience cjue l'aliéné n'est en état de raisonner son délire que du moment où il est en voie de guérison.

Le traitement moral, tel du moins que le comprenait Leuret, ne peut donc avoir aucun résultat pratique, et doit être abandonné.

S'il existait un traitement spécifique de l'hallucination, ce ne serait, on peut le dire à priori, qu'un traitement de nature à modifier profondément la sensibilité. Et, défait, les médications qu'on a le plus vantées n'agissent en dernière analyse que comme modificateurs de l'appareil sensitif.

Voici, par exemple, Y isolement, et par ce mot il faut comprendre, non pas que l'halluciné doive être maintenu dans la solitude, ce qui serait le moyen d'aggraver son état, mais seulement qu'il doive être isolé du milieu dans lequel il est devenu halluciné. Il est évident que le premier et le principal effet de l'isolement ainsi compris est de placer l'halluciné dans un milieu nouveau, dans lequel il éprouvera des impressions toutes nouvelles, autres que celles qu'il a éprouvées au début de sa maladie. On voit presque toujours dans ces cas une disparition momentanée, ou du moins une diminution d'intensité des phénomènes hallu-

120 HALLUCINATION (bibliograpuiej.

cinaloires, quelquefois même une guérison déflnitive. C'est de celte façon que je m'explique Également l'innuence souvent favorable des déplacements, des voyages, des changements de résidence.

A côté du Iraitcment moral, signalons les moyens physiques, qui ne sont autres que ceux employés dans les différentes formes de l'aliénation mentale, bains, purgatifs, révulsifs cutanés, régime, travail corporel, exercices physiques, etc. Les révulsifs cutanés donnent souvent de bons résultats ; chez plusieurs malades je me suis très-bien trouvé de l'emploi du séton à la nuque.

Quant aux médications spéciales qui ont été successivement prônées, telles que le datura stramoiiium (Morcau, de Tours), l'opium, le haschisch, l'arsenic, etc., elles ont certainement donné des résultats favorables entre les mains des médecins qui les ont employées. Mais ce qui prouve que ces médications n'avaient rien de spécifique, qu'elles n'ont agi que d'une manière exceptioiuielle, c'est ((u'cUes sont rapidement tombées dans l'oubli.

L'électricité a été essayée, principalement contre les hallucinations de l'ouïe, par Mitivié, et plus tard par Baillarger, qui cite un cas de guérison chez une demoiselle hallucinée depuis plus d'une année.

En résumé, il n'existe aucune méthode spéciale de traitement applicable aux halhuinalions. Chaque cas présente ses indications et demande à être traité en conséquence.

Pour c(nn|)Iéler cette élude, voij. les articles : Alcoolisme, Aliénés, Epilepsie, IIystkhii:, Hypnotisme, Extase, Lypémame, 3Ia.me, Déliue des persécutions. Paralysie générale, Som.namuulisme, etc., etc. J. Christian.

BiDLioGRAPHiE. — l'nc bibliogTaphiecomplète compendrait non-seulement tout, ou à peu près tout ce (|ui a été publié sur l'aliénation mentale, mais encore tous les récils merveilleux d'apparitions, de spectres, de revenants : les ]'ics des Saints seraient une mine inépuisable. Je me borne à signaler les principaux ouvrages que j'ai eus entre les mains. — CALKET(Dom). Traité sur 1rs apparitions des esprits et sur les vampires ou revenants de Hongrie. Paris, 1751, 2 vol. in-1'2. — Mattiiev. Maladies de l'esprit. Paris, 1816, 1 vol. — Pinel (Pli.). Nosographie philosophique, 6° édit. Paris, 1818. — Dd même. Traité médico-philosophique sur l'aliénation mentale, 2° édit., 1819. — Beebiguier. Les farfadets, ou tous les démons ne sont pas de l'autre monde. Paris, 1821, 5 vol. — Cabanis. Rapports du physique et du moral de l'homme. In Œuvres complètes en 5 vol. Paris, l>s25, 1825. — Descartes. Traité des passions de l'ànie, art. 20, édit. Cousin. Paris, lf<24. — Bayle. Mémoire sur les hallucinations. In Bévue médicale, 1825. — Foville (père). Art. Aliénation. In Dict. de méd. et chir. prat. Paris, 1829. — Lecret. Fragments psychologiques sur la folie. Paris, 1834. — Du MÊME. Du traitement moral de la folie. Paris, 1840. — Bottex. Essai sur les hallucinations. Lyon, 181G. — Mai.ebra.xche. Recherche de la vérité, édit. Genoude, II, cliap. i. Paris, 1837. — Calmeil. Art. Hallugixatiox. In Dict. de médec, t. XIV. Paris, 1850. — Du même. De la folie au point de vue pathologique, etc. Paris, 1845, 2 vol. — Bordach. Traité de physiologie, trad. de Jourdan. Paris, 1857, 1841, 9 vol. — Esqdirol. Traité des maladies mentales. Paris, 1858, 2 vol. — Hin-ocRATE. Œuvres complètes, trad. de Littré. Paris, 1859-1801. — AuBANEL. Des hallucinations. Thèse de doctorat. Paris, 1859. — Broussais. De l'irritation et de la folie. Paris, 1859. — Ellis. Traité de l'aliénation mentale, trad. par Archambault. Paris, 1840. — Marc De la folie considérée dans ses rapports avec les questions médicolégales. Paris, 1840. — Annales médico-psychologiques, collection complète depuis 1844, passini. — Moreau (de Tours]. Du haschiscli et de l'aliénation mentale. Paris, 1845. — Lélut. L'amulette de Pascal. Paris. 1846. — Du même. Le démon de Socrate. Paris, 1836. — Du MÊ.ME. Physiologie de la pensée, 1" édit., 1862. — Mfchéa. Des hallucinations, de leurs causes, etc. In Mémoires de l'Académie de médecine, t. XII, 1846. — Du même. Dti délire des sensations. Paris, 1846. — Baillarger. Des hallucinations. In Mémoires de l'Académie de médecine, t. XII, 1846. — Aristote. Psychologie, trad. Barihélemy Saint- Ililaire, t. YI. Paris, 1847. — Muller. Manuel de physiologie, trad. Jourdan et Littré. Paris, 1851. — GmsLAiN. Leçons orales sur les phrénopalhies. Gand, 1852. — Lasègue. Du délire des persécutions. In ArcJi. gén. de méd., 1852. — Du même;. De l'alcoolisme chronique. Ibid., 1853. — Du MÊME. De l'alcoolisme subaigu. Ibid., 1869. — Morel. Etudes cliniques sur les maladies

HALOGÈNES. 121

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n4LOGË]\ES (Coups), Plusieurs chimistes avaient admis autrefois que, quand on mettait en présence un liydracide avec un oxyde métallique, il y avait simplement combinaison de ces deux corps, et par conséquent formation d'un sel analogue à un sel véritable, c'est-à-dire la combinaison d'un acide avec un acide métallique. Mais aujourd'hui tout le monde admet que dans cette circonstance l'hydrogène de l'acide se combine avec l'oxygène de l'oxyde pour former de l'eau, tandis que le métalloïde de l'acide se combine avec le métal de l'oxyde pour former une combinaison binaire : clilorure, bromure, iodure, etc., métallique.

Les combinaisons binaires des métaux avec les métalloïdes susceptibles de former des hydracides avec l'hydrogène, surtout si ces combinaisons sont solubles, présentent des propriétés pliysiques analogues à celles des sels, et le plus souvent, dans des réactions chimiques, elles se comportent comme de simples combinaisons de l'hydracide avec l'oxyde métallique : ainsi, quand on traite le chlorure de sodium par l'acide sulfurique hydraté, il se forme du sulfate de soude et l'acide chlorhydrique est mis en liberté exactement comme si le chlorure de sodium était du chlorhydrate de soude. Mais dans la réalité les choses ne se passent pas ainsi; l'eau de l'acide sulfurique est décomposée, son oxygène le combine au sodium, et l'oxyde formé se combine à l'acide sulfurique. L'hydrogène se combine au chlore pour former de l'acide chlorhydrique qui se dégage.

Il existe donc une grande ressemblance entre ces composés binaiies et les sels proprement dits, dans leurs propriétés physiques et dans un grand nombre de leurs propriétés chimiques; pour cette raison, beaucoup de chimistes les considèrent comme une espèce particulière de sels auxquels ils donnent le nomdese/s haloïdes, et ils appellent corps halogènes les coz*ps simples ou composés (chlore, brome, iode, cyanogène, etc.), qui, combinés aux métaux, forment les sels haloïdes. Lutz.

122 IIALT-ABBAS.

1IALOC;eto>\ Genre de plantes de la famille des Chénopodiacées, établi par C. A. Meyer pour VAnabasis tamariscifoUa de Linné {l'oy. Anadase et Chouan). Ed. Lef.

UALOÏDES (Sels). Voy. Halogènes [Corps).

nALORAGÉES (Halorageœ R. Br.). Groupe de plantes Dicotylédones que l'on s'accorde aujourd'liui à considérer comme une simple tribu de la famille des Onagrariacées [voy. ce mot). Ed. Lef.

HAETÈRES (de rylrrp, balancier, de «).it79ai, sauter). Masse pesante, en ier, en fonte ou en plomb, de forme variable, servant dans un grand nombre d'exercices de gymnastirpie à favoriser le développement des muscles des extrémités supérieuics et du tborax. Les baltères consistent babituellement en deux sphères métalliques reliées entre elles par une barre qu'on tient dans la main. D'un usape très-répandu chez les Grecs, ils ne sont employés dans les gymnases modernes que depuis peu d'années [voy. Gymnastique). L. Hx.

HALT-ABBAS. Ali-bou-el-Abbas, vulgairement connu sous le nom d'Haly- Abbas, dit aussi eî-Madjoussy, le mage, du nom de sa religion, vivait au dixième siècle de notre ère. On fixe la date de sa mort à l'année 99-i. Disciple d'un médecin renommé, Abou-Moussa-ben-Seyar, il le surpassa, car il dut beaucoup à l'étude et à l'observation personnelle.

11 composa le premier ouvrage qui ait embrassé l'ensemble de la médecine et lui donna le nom de Ka77iel essanaat ellhohhya, Traité complet de l'art médical, et de Maleky, le royal, en l'honneur du célèbre xVdhad eddoulah, le protecteur des lettres et des savants, le fondateur de l'hôpital el-Adhedy. Le Kamel se divise en deux parties, théorique et pratique, subdivisées chacune en dix sections ou discours.

La première partie débute par une introduction remarquable, trop longue pour être reproduite ici. Passant en revue tous les grands noms de la médecine grecque et de la médecine arabe, depuis Hippoci'ate jusqu'à Razès, Ali constate qu'aucun médecin n'a composé un traité complet de médecine, et que les quelques ouvrages qui ont une apparence de généralité ont tous de graves lacunes. Freind a été frappé de l'ampleur et de l'excellence de cette introduction. Les discours qui suivent traitent de l'analomie, des agents extérieurs des maladies, de leurs causes, de leurs symptômes et des crises.

La deuxième partie commence par l'hygiène et les médicaments simples. Elle se continue par la thérapeutique des fièvres, des maladies internes et externes, des maladies chirurgicales, et se termine par un formulaire. Sprengel cite cette distribution des matières comme sévèrement scientifique. C'est, en somme, l'ordre adopté plus tard par Avicenne dans le Canon.'

C'est la médecine grecque et particulièrement celle de Galien que l'on retrouve dans le Maleki. Mais, comme le dit Sprengel, « son ouvrage contient une foule de choses qui lui appartiennent, ainsi que des théories nouvelles et des principes inconnus jusqu'alors. Ce médecin assure expressément qu'il a fait la plupart de ses observations dans les hôpitaux, et il regarde comme le premier devoir d'un jeune médecin de s'y instruire. » La diététique, au dire de Dezeimeris, peut être considérée comme un chef-d'œuvre pour son temps. La vogue de ce livre

UAMAMELIS (jiotaniqie). 125

faiblit à l'appnrition du Canon d'Avicenne, dont les proportions plus grandes comportent de plus larges développements.

Le Muleki fut avec le Viatique d'Ebueddjezzar, l'objet des premières traductions de l'arabe en latin. Mais Constantin l'Africain, tout en avouant son rôle de traducteur, dissimula le nom des auteurs, au point qu'on lui en attribua la paternité. Le Maleki fut même sous un autre titre rapporté à Islioq-ben-Soleiraanel-Israïly.

La traduction du Maleki par Constantin parut sous le nom de Pantegni. L'identité de ces deux écrits a été récemment mise dans tout son jour par Daremberg, qui eut cependant le tort de ne pas repousser carrément l'opinion de Thierfelder, qui reporte l'ouvrage à Isaac. La comparaison du latin avec les manuscrits arabes n'eut pas laissé place au doute.

Constantin écrivait sur la fin du onzième siècle. Moins d'un demi-siècle après, en 1127, Éiiennc faisait, à Anlioche, une nouvelle traduction latine du Maleki, cette fois avec le nom de son véritable auteur, et sous le titre de Reyalis dispositio. Si l'on compare les deux traductions, on peut s'apercevoir que Constantin était plus à l'aise sur le terrain de la médecine qu'Etienne d Antioche, mais Constantin, comme s'il eût encore voulu rendre plus obscure l'origine de l'ouvrage, altéra et mutila la fameuse préface, où il introduisit la mention des A' VI livres de Galien arrangés par les Alexandrins pour l'enseignement de la médecine.

Quant à la Regalîs dispositio, on en cite ordinairement deux éditions, imprimées l'une à Venise, en 1492, et l'autre à Lyon, en 1523. Ilaller en cite une autre de 1515.

Les manuscrits arabes du Maleki ne sont pas rares dans nos collections européennes. L. Leclerc.

nA.llAHELIS (L.). § I. Botanique. Genre de plantes Dicotylédones, qui a donné son nom à. la famille des Ilamamélidées, et dont nous n'avons fait que le type d'une série de la grande famille des Saxifragacées. Ce genre est caractérisé par des Heurs liermapbrodites ou souvent polygames, à réceptacle cupuliforme, plus profond dans les Jleurs femelles que dans les màlçs. Les bords de ce réceptacle poitent 4 sépales imbriqués, et 4 pétales alternes, en forme de bandelette involutée, qui peuvent être très-réduits ou même manquer dans les fleurs mâles. Les étamines, insérées périgyniquement, comme le jiéiiantbe, sont au nombre de 4 et alternent avec autant de starainodes oppositipétales. Elles sont formées d'un filet épais et d'une anlbère basifixe, introrse, à loges valxicides et latérales. L'ovaire, rudimentaire ou même nul dans les Heurs mâles, s'insère au fond du réceptacle et est en grande partie libre. Il est biloculaire et surmonté de deux branches slylaires à sommet stigmatifère. Dans l'angle interne de chacune de ses loges se trouvent deux ovules descendants, à double tégument, dont l'un avorte généralement et dont l'autre a le micropyle supérieur et d'abord int''rieur, puis finalement latéral et extérieur. Ce changement est du à une torsion progressive de l'ovule sur son point d'insertion; torsion dont nous avons pu suivre toute l'évolution. Le fruit est capsulaire, en partie ou en presque totalité supère, loculicide et bivalve. Les graines sont oblongues et albuminées, n y a des Hamamelis dans les deux mondes : les uns dans l'Extrême-Orient de l'Asie; les autres dans l'Amérique du Nord. Ce sont des arbustes et des arbrisseaux, à feuilles alternes, insymétriques à la base, penninerves et dentées; à

l'-^'i IIAMAMELIS (emploi médical).

fleurs axillaires ou latéralement portées sur le bois des rameaux, et là solitaires ou rapprocliées en glomérules autour desquels quelques bractées forment un petit involucre.

VHamamelis virginica L. [H. androcjyna Walt.) est l'espèce employée aujourd'hui en médecine. C'est un arbuste de l'Amérique du Nord, souvent cultivé dans nos jardins botaniques oii il fleurit presque constamment. Ses pétales sont jaunes. Aux Etats-Unis, il porte le nom île WUch-Hazel, c'est-à-dire Noisetier de Sorcière. Il a, en elïet, à peu près les feuilles de notre Coudrier commun; et il ne s'agit pas là uniquement d'une ressemblance extérieure. Par leur organisation florale, les Corylées représentent pour nous une forme amoindrie, apétale et dicline, des Ilamamélidées. L'//. virginica est une espèce très-rustique, qui s'accommode très-bien de notre climat et qui se reproduit facilement, soil par boutures ou couchage, soit de graines qui arrivent aujourd'hui assez fréquemment dans le commerce européen. L'espèce a été introduite chez nous en 1756. II. Bn.

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§ II. Emploi médical. L' llamameîis virginica est connu en Amérique sous le nom vulgaire de Witch-Hazel ou Noisetier de Sorcière; ses jeunes pousses serviraient en effet de baguettes magiques aux sorciers pour découvrir la présence de l'eau et les gisements d'or et d'argent. On l'appelle encore Winl.er Bloom, fleur d'hiver, ou Spolted Aider, aune tacheté, ou bien encore Snapping Hazel-nut.

En Amérique, l'hamaraelis virginica est un remède des plus populaires, surtout aux États-Unis. Depuis un temps immémorial les Indiens en connaissent les vertus et ils l'emploient spécialement dans les enflures et les tumeurs de mauvaise nature, ainsi que dans les maladies de la peau; ils pulvérisent l'écorce et en font des cataplasmes qu'ils appliquent sur les parties malades. Quoique ce soit un médicament dont l'étude date à peine d'hier, son introduction en France et en Europe est déjà ancienne; d'après Mérat et de Lens, qui lui consacrent une petite note et constatent ses propriétés astringentes et sédatives, il aurait été apporté en Europe dès 1756 par Bollinson; mais il y fut complètement oublié jusque dans ces derniers temps où les travaux enthousiastes des médecins américains appelèrent de nouveau l'attention sur cet agent; je citerai les recherches de Durliam, R. Hughes. Ilale, John King, A. Lea, etc. En France, il donna lieu aux études de R. Serrand (1881), Tison, Blondeau, Hector Guy, et de notre savant thérapeute Dujardin-Beauuietz.

Van der Espt le premier a fait l'analyse chimique de l'écorce de cette plante. Voici ce qu'il y a trouvé : de l'acide tannique (10 pour 100), de faibles quantités d'acide gallique, des matières cireuses, une matière colorante rouge, de la chaux, de la potasse, du fer, une substance aromatique; après plusieurs essais par des moyens divers, l'auteur est arrivé en outre à conclure à l'absence de tout alcaloïde. M. Hector Guy a recherché en 1884 la constitution chimique des feuilles

HAMAMELIS (emploi médical), 125

dont on se sert également beaucoup en Amérique; elles entrent dans la composition de presque toutes les préparations d'hamameiis; la pharmacopée des États- Unis de 1 880 déclare que ce sont les seules parties de la plante que l'on emploie. L'auteur y a trouvé une matière cireuse, du tannin, une huile essentielle, des matières extractives diverses, mais pas d'alcaloïde. Il pense que l'essence est le principe actif de la plante, car l'extrait fluide si employé et si vanlé en Amérique ne renferme ni tannin ni acide galliqiie; tout porte à croire que la substance aromatique trouvée dans l'écorce par Van der Espt n'est pas autre que cette même huile essentielle.

On emploie en médecine l'écorce et les feuilles. Quoique la pharmacopée des États-Unis (1880) n'adopte que les feuilles, il semble que l'écorce est la partie dont l'usage est le plus répandu. Elles ont toutes les deux une odeur agréable surtout quand elles sont fraîches; lorsqu'on les mâche, elles ont un goût un peu amer et très-astringent; les feuilles laissent en outre un arrière-goût piquant, douceâtre et longtemps persistant. De plus, on éprouve en même temps une impression de rétrécissement de la cavité buccale dont la muqueuse se décolore.

Si l'on ingère ces substances, il se produit une sensation d'ardeur et de constriction épigastrique, les digestions se ralentissent, il y a de la dyspepsie et de la constipation. Ces phénomènes sont ceux produits par l'action du tannin. Si l'on élève les doses, l'analogie est tout aussi réelle, on voit apparaître des indigestions, des vomissements, des coliques, un resserrement douloureux du thorax, des pandiculations, de la dyspnée, de l'accélération des mouvements respiratoires et des pulsations cardiaques.

De l'expérimentation physiologique à laquelle se sont livrés Diijardin-Beaumetz et Hector Guy sur les grenouilles et des lapins il résulte les faits suivants : L'hamamelis n'est pas une substance toxique même à doses très-élevées. Cette conclusion est d'ailleurs confirmée par ce fait que jamais en Amérique on n'a noté d'accidents survenus à la suite de l'absorption de ce médicament.

11 n'a pas d'action bien caractéristique sur le système vasculaire. Les phénomènes de resserrement des capillaires peuvent être attribués au tannin que contiennent soit la teinture, soit l'extrait aqueux; ils ne se produisent pas d'ailleurs lorsque l'on emploie l'extrait iluide qui ne contient pas de matières tanniqucs. Cependant, d'après ses effets thérapeutiques, il y a tout lieu de croire que l'action de ce médicament doit s'exercer sur le système veineux et particulièrement sur la tunique musculaire des veines.

Le fait que ce médicament n'a pas de propriétés physiologiques bien nettes ne suffit pas pour le faire écarter de l'usage médical, car plusieurs agents dont les effets thérapeutiques sont incontestés ne possèdent pas d'action physiologique caractéristique.

Au point de wie thérapeutique l'hamamelis virginica est une substance astringente et sédative. Elle doit sans doute son astringence au tannin et à l'acide gallique qu'elle renferme, et je pense que l'effet sédatif doit être attribué à son huile essentielle. Elle possède en outre deux autres propriétés importantes : c'est un hémostasique indiscutable et elle semble exercer sur le système veineux une action spéciale de tonification.

Gomme astringent, elle est employée surtout sous la forme de décoction faite avec l'écorce. On s'en sert avec avantage dans la diarrhée, la dysenterie, le

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choléra infnntile, dans toutes les inflammations catarrhales des muqueuses avec llux excessifs; elle est utile dans les leucorrhe'es, les vaginites aiguës, les blennorrhagies, les conjonctivites, les bléphariles, les amygdalites, les stomatites diverses; on s'en est loué même dans la métrite parencliymatcuse (Scrrand) et dans l'ovarite. On est allé jusqu'à lui attribuer de l'efficacité contre la dysménorrhée et l'aménorrhée, pi^obablement quand ces accidents sont dus à une métrite. Je m'explique aussi très-bien les bons effets qu'elle produit dans les prolapsus utérin et rectal. En un mot, on peut la prescrire dans tous les cas oîi un astringent local est indiqué.

Son action hémostalique permet d'arrêter toutes les hémorrhagies : épistaxis, hémorrliagies gingivales, hémoptysies, Iiémafémèses, entérorrhagies, héraorrhoïdes ; on a pu faire cesser des hémoptysies graves et rebelles au moyen de pulvérisations faites avec la teinture; elle est avantageuse dans l'hémophilie (Campardon) ; on s'en est loué dans le scorbut et dans le purpura (Preston, Haie). IIo^Ye a réussi dans sept ou huit cas de métrorrhagies se reproduisant depuis longtemps et qu'aucun traitement n'avait pu enrayer. Dans les hémorrhagies graves qui suivent l'avortement des premiers mois de la grossesse, il n'y a pas de médicament dont il ait obtenu de meilleurs résultats; il le considère dans ces cas comme supérieur à l'ergot, mais il lui serait inférieur dans les hémorrhagies qui suivent la délivrance à terme.

Ses succès dans certains cas pathologiques doivent faire admettre une action modificatrice du système veineux. Les Américains regardent l'hamamelis comme un remède héroïque contre les varices et les hémorrhoïdes ; elle jouerait même le rôle d'un véritable agent spécifique contre les hémorrhoïdes; mais, toutes les fois qu'il y aura un obstacle mécanique à la circulation du rectum ou un spasme, il est probable que le médicament n'aura plus une action aussi efficace. Ici les applications locales doivent être associées à l'usage interne.

Dans les varices, les effets sont quelquefois remarquables, mais on ne réussit pas toujours; il est probable qu'on en retirera de bons effets lorsque les veines seront simplement dilatées sans hy-pertrophie de leur paroi. Le docteur Massir, qui a tant insisté sur cette propriété de l'hamamelis, n'emploie rien à l'extérieur; il se contente d'administrer à l'intérieur une cueillérée à café d'exti'ait fluide toutes les quatre heures. De même, Campardon a vu les taches pigmentaires post-variqueuses se décolorer et disparaître après l'administration répétée dune infusion de feuilles d'hamamelis à l'intérieur et sans qu'il soit fait simultanément d'applications topiques.

On a réussi dans les inflammations chroniques du pharynx et du larynx avec dilatation variqueuse des veines de ces organes. Haie l'emploie en outre dans le varicocèle, les phlébites, la phlegraatia alba dolens, les ulcères variqueux et les hémorrhagies veineuses; dans la plupart des cas, il associe l'usage externe à la médication interne. Par analogie, on le'recommande dans toutes les congestions passives et niême dans le traitement des affections nerveuses, très-probablement d'origine congestive. On se félicite de son emploi dans les congestions utérines chroniques lorsque le col est gros sans être dur, que Porifice est entr'ouvert et qu'il y a un peu de leucorrhée.

L'action sédative de l'hamamelis est connue depuis longtemps ; les Indiens l'employaient déjà dans les tumeurs douloureuses. Serrand en a parfaitement constaté les effets analgésiques. Haie a eu des succès dans les céphalalgies gravatives,

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les névralgies utérine et testiculaire. Dans les cas de varices, même lorsqu'on ne réussit pas, il se produit une action analgésique; il en est de même dans les hémorrlioides, )es aiïeclions du pliarynx; et du larynx. On a pensé qu'on en tirerait une influence favorable dans la phthisie pulmonaire au début, où l'on a voulu unir ses propriétés anodines à ses autres vertus.

Les esclaves nègres de l'Amérique du Nord s'efforcent quelquefois d'amener l'avortement au moyen delà racine du cotonnier: l'accident a été prévenu, dit-on, par l'hamamelis: ce fait a du reste été parfaitement confirmé par Durliam, qui le préfère même à tous les autres médicaments employés dans les cas de ce

genre.

Il existe de nombreuses préparations àllamamelis. La décoction est trèsemplovée tant à l'extérieur qu'à l'intérieur. La formule est de 30 grammes de la plante pour 500 grammes d'eau. Il serait bon de savoir si les préparations de feuilles possèdent les mêmes propriétés, la même puissance, que celles de l'écorce. On prépare aussi une décoction avec parties égales d'écorces àllamamelis, à' llydrastis Canadensis et de feuilles de Lobélie : elle est employée surtout contre les conjonctivites.

La teinture est une bonne préparation. En Amérique on emploie la formule suivante :

Ecorcc dUamamelis 1 once.

Alcool 10 —

De 2à 5 gouUcb et au dc'là.

Sous le nom d'extrait fluide d'Hamamelis, on désigne diverses préparations bydro-alcooliques. D'après la pharmacopée de Etats-Unis, sa formule serait la suivante : "

llamamelis en poudie t iCO grammes.

Alcool et eau Q. S.

pour obtenir 100 centimètres cubes d'extrait fluide; se donne par gouttes.

Sous le nom àliazeline, on emploie en Angleterre et en Amérique une eau distillée obtenue avec l'écorce fraîche. Son activité est bien moins démontrée.

Une autre préparation utilisée en Amérique porte le nom dllamamelin ou Hamamélidin. C'est l'extrait sec d'bamamelis pulvérisé; de 5 à 13 centigrammes en pilules. Petit a fait préparer un extrait ayant la connstance des extraits français et une coloration rouge brunâtre ; Dujardin-Bea.metz dans un cas d'entérite chronique a prescrit 2 à 6 pilules par jour renfermant chacune 10 centigrammes de cet extrait.

A l'extérieur, contre les hémorrhoïdes, on peut se servir d'une pommade avec ô grammes de teinture d'hamameliset 50 grammes d'axonge ou bien un onguent préparé avec de l'axonge et une décoction des écorces de chêne, de pommier et de noisetier de sorcière; on peut encore faire usage de suppositoires au beurre de cacao enduit de la substance. Sur les muqueuses du pharynx et du larynx, Serrand a employé un collutoire composé de 20 grammes de teinture d'bamamelis et de 60 grammes de glycérine. Bazile Féris.

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IIAMBERGER (Les).

iianihci-gcr (Georg). Profcsscur de médecine à Tubingue, en 1568. II était né à Dunkelspiel, dans la Souabe, et avait été reçu docteur en 1562, puis nommé médecin pensionné de la ville de Rothenbourg surlaTauber. Il n'a laissé (pic trois disscrlations sans importance : De slomacace et scelotijrbe, vulgo scorhulo nimcupalu (1580, in-4"); De verligine {[^S9, in-'i"); De phrenitide (1589, in-i"). A. G.

Hainhcrgcr (Georg-Erhard). Fils d'un professeur de pbysique et de mathématiques à l'Université d'Iéna, il naquit dans cette ville le 21 décembre 1097, et prit les leçons médicales des professeurs Wedel et SIevogt. Chargé par ce dernier de préparer les pièces nécessaires au cours d'anatomie, il saisit avec empressement l'occasion de faire des progrès dans cette science, et disséqua sous son habile maître avec la plus grande assiduité. Reçu docteur en 1721, il obtenait, cinq ans après, une chaire extraordinaire, devint ensuite professeur de chimie et de médecine pratique, et mourut le 22 juin 1755. Ilambeiger a beaucoup écrit. On lui connaît plus de 00 Dissertations sur divers sujets, mais particulièrement sur l'anatomie et la physiologie. Imbu de bonne heure des idées mathématiques, il a apporté dans ses travaux le reflet constant du calcul et des foret j physiques. Pour lui, les muscles intercostaux externes servent à élever les côtes, tandis que les internes ont pour usage de les abaisser; il y a de l'air entre le poumon et la plèvre; la dilatation du cœur n'est pas active, elle n'est le résultat que de la pénétration du sang dans les ventricules, etc. Toutes ces théories ont soulevé, on le pense bien, une opposition énergique, et Haller n'a pas été le dernier à répondre au système mécanique du médecin d'Iéna. Jourdan [Dict. de med., Biogr. med., 1822) a donné la liste complète des Dissertations et Programmes d'Hamberger; nous ne Ja reproduirons pas ici. Nous nous contenterons d'indiquer les titres de ses autres ouvrages :

I. Elemeyita physices methodo mathematica in usum auditorum conscripta. lena, 1727, in-8°. — II. De respirationis mechanisnio. . . lena, 1748, in-4°. — III. Sendschreiben an Herrn liofrath llaller in Gœttingen, wegen einer in den Gœttingischen gelehrten Zeitungen hefindlichen Recension der Hambergerischen Worrcde zmn Vedelischen Tentamin

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