AMPUTATIONS
[uérisoiis. (
6 morts.
Soit ôô °/„ guérisons et (j6,6G % de moitalité.
Enfin, en ajoutant à ces 120 cas 25 désailiculalions recueillies par Chenu en 1870-1871, ayant donné 25 décès, ainsi que 15 cas de Langenbeck, tous suivis de mort, on a un total de : 156 cas, qui donnent : 11 guérisons =7,05 pour 100 et 145 morts =92,95 pour 100.
Mise en regard des deux autres méthodes de traitement que nous avons déjà examinées, nous voyons que l'amputation dans la contiguïté de la hanche est manifestement inférieure à la conservation par le chiffre de guérison, aussi bien qu'à la résection, car ces deux dernières nous donnent :
ruicrison Mortalité
pour 100. ]iour 100.
Conservation -20.38 "id.&i
«éjection 12,47 87,53
De cette comparaison il résulte que cette opération donne des résultats absolument défavorables; et encore ce chilfre de 7,05 pour 100 de guérison est-il de beaucoup au-dessus de la réalité.
Car, si nous entrons dans le détail des diverses amputations coxo-fémorales primitive, intermédiaire, secondaire et tardive, nous voyons que les chances de guérison sont extrêmement faibles pendant les premiers temps de l'évolution de la plaie. Outre que les conditions de milieu sont ici les mêmes que pour la résection, il faut y ajouter encore les délabrements bien plus considérables des parties, qui engagent précisément à pratiquer la désarticulation de préférence à la résection; l'influence du traumatisme sur l'état général (shock, collapsus) est bien plus notable, et entraîne plus souvent encore l'issue fatale. Aujourd'hui cependant les chirurgiens militaires sont à peu près d'accord pour préférer, dans la plupai t des lésions des membres, l'amputation primitive à l'amputation secondaire. Seule, dit Gastel, la désarticulation coxo-fémorale pour blessure de l'articulation avec fracas osseux, et peut-être aussi l'amputation de la cuisse au tiers supérieur, fait exception à cette règle. Le premier, Jubiot (thèse de Montpellier, 1840) a montré l'avantage dans ces cas-là d'une opération reculée. M. Sédillot aussi, en 1841, « invitait à ne pratiquer cette opération que médiatement, dans la giande majorité des cas de chirurgie d'armée, c'est-à-dire, dans les fractures par coups de feu, soit des trochanters, soit du col, soit de la tête du fémur » .
Et M. Legoiiest, à qui nous empruntons ces dernières lignes, est d'avis aussi qu'il n'est plus permis aujourd'hui de pratiquer cette opération, à moins qu'elle ne soit la seule ressource des chirurgiens. « Nous croyons pour notre part, dit M. Legouest {Soc. de chir., t. V, 1865, p. 164), que la désarticulation de la cuisse ne doit jamais être pratiquée immédiatement, à moins qu'il ne reste au chirurgien que peu de chose à faire pour séparer complètement le membre du tronc ».
262 HANCHE (pathologie).
Il suffit de consulter le travail si complet des chirurgiens américains pour voir que ce n'est pas seulement à un cas de délabrements énormes que se sont bornées pour eux les indications de la désarticulation. Parmi les nombreuses figures qui accompagnent le texte, presque toutes, nous l'avons déjà f;iit remarquer, représentent des lésions dont le foyer principal siège au niveau ou audessous des trochanters et qui se prolongent rarement vers la jointure, mais le plus souvent sur la diaphyse sous forme de fissures ou d'esquilles plus ou moins nombreuses.
Citons encore l'opinion de Langenbeck qui, « pour sa part, a toujours été convaincu que la désarticulation de la hanche devait rester parmi les ressources de la chirurgie militaire et que, si l'on voulait sauver une grande partie des plaies graves par armes à feu de la partie antérieure du col et de la diaphyse du fémur, il fallait, dans tous ces cas, pratiquer la désarticulation autant que possible dans les douze ou vingt-quatre heures ».
Aussi peut-on avec M. Le Fort résumer ainsi les indications de l'opération en question : « Si la fracture de la tête ou des trochanters se prolonge sous forme de fissures assez loin le long du corps du fémur ; si une fracture comminutive de toute l'extrémité supérieure du fémur coïncide avec des délabrements considérables des parties molles ; si la fracture de la tête, du col ou des trochanters, s'accompagne de déchirure de l'artère fémorale, ou d'une autre fracture vers la périphérie des membres, d'une plaie du genou, il faut désarticuler. »
Mais ce «'est pas seulement dans les cas de délabrements énormes que la désarticulation coxo-fémorale a été appliquée. Il est encore un cas, dit M. Legouest {Soc. de chir., t. V, p. 169), « un seul, qui pourrait être considéré comme nécessité absolue d'amputation immédiate : c'est celui de la lésion simultanée de l'artère et de la peau dans le pli de l'aine, sans fracture du fémur; mais encore, si l'on était parvenu à se rendre maître de l'hémorrhagie, il y aurait avantage à attendre pour opérer que les deux ou trois jours qui amèneront le sphacèle du membre soient écoulés; le blessé serait alors complètement remis de la commotion causée par l'accident, et préparé presque graduellement à la perte énorme qu'il va subir ». Peut-être la temporisation donnera-t-elle encore plus de chances de vie au malade et sera-t-il toujours temps d'intervenir plus tard, avec au moins autant de succès qu'en pratiquant la désarticulation primitive.
Nous ne parlerons que pour la condamner absolument de la désarticulation intermédiaire. Comme la résection intermédiaire, pratiquée au moment où la fièvre traumalique s'est allumée, aux accidents primitifs des plaies non encore com|détement disparus s'ajoutent encore ceux qui peuvent provenir de la fièvre et de la suppuration commençante.
Quant à la résection secondaire, moins terrible dans ses suites immédiates, elle est aussi plus encourageante par ses résultats définitifs ; 5 guérisons sur ] 9 opérations, c'est-à-dire 26,31 pour 100, représentent un chiffre assez imposant, surtout si on le compare aux précédents.
Les conditions dans lesquelles opère le chirurgien sont, en effet, bien plus favorables. Le malade a échappé à tous les obstacles de la période primitive et de la période inflammatoire, les lésions sont entrées dans une phase d'accalmie, si l'on peut dire, et les dangers auxquels cherche à parer l'opération ne sont plus d'une nature violente et immédiate. Ce qui fait le succès des opérations secondaires, c'est qu'ici le sujet se rapproche plus de l'état physiologique
HANCHE (pathologie). 265
que dans les périodes précédentes où toutes les manifestations pathologiques atteignent leur acmé (Castel).
Mais, diins les cas où les désarticulés n'ont' pas succombé sous l'influence du traumatisme opératoire, l'issue sera ordinairement fatale, parce que les liquides septiqucs infiltrent une partie des muscles qui entourent la hanche, et sont la source d'accidents septicémiques ultérieurs. C'est la raison pour laquelle Langenbeck n'a pas fait de désarticulation coxo-fémorale pendant la dernière guerre. Mais, comme il est prouvé que par l'ablation des parties infiltrées on peut empêcher le développement de la septicémie, il n'est pas non plus rationnel de rejeter d'une façon absolue la désarticulation pendant cette période d'intiltration. S'il devait donc l'entreprendre, le chirurgien allemand taillerait un lambeau antérieur, comme pour le bras, en disséquant obliquement les muscles antérieurs, après ligature de l'artère fémorale.
Quant à l'ampu(atio7i tardive, c'est elle qui a donné les meilleurs résultats. Les raisons en avaient déjà été indiquées par H. Larrey dans son rapport sur le travail plusieurs fois cité déjà de M. Legouest {Soc. de chir., t. V, p. 580). « Si l'amputation consécutive, dit 11. Larrey, et même encore l'amputation tar- <live ou ultérieure, offrent plus de chances de succès que l'amputation primitive, c'est d'abord parce que le blessé se trouve soustrait à plusieurs des dangers inhérents à la lésion traumatique ; c'est ensuite parce qu'il est, pour ainsi dire, préparé à certaines conditions favorables de l'opération devenue nécessaire; et, à cet égard, son éhit est devenu tout à fait comparable à celui d'un malade chez lequel une affection organique de la totalité du fémur ou seulement de la partie supérieure réclamerait, en dernière ressource, la désarticulation du membre ». Se fondant probablement sur ces raisons et en partie sur sa propre expérience, Beck, chirurgien de l'armée badoise, s'était proposé de traiter par l'expectation, telle qu'on la comprend aujourd'hui, tous les cas de plaies de la hanche, en un mot, d'exclure de parti-pris toute opération primitive, puis, les accidents survenant, de pratiquer la résection secondaire, suivie elle-même, si la guérison ■ne pouvait se faire, de la désarticulation tardive du membre. Quoique résolu à expérimenter ces préceptes dont il avait acquis la conviction, Beck ne put traiter de la sorte aucun blessé, et, si rationnelle que semble au premier abord sa manière de hïve, rien ne prouve encore qu'elle doive être systématiquement adoptée {Chirurgie der Scliussverlelzungen, 1872).
Mais, hâtons-nous de le dire et d'insister sur ce point, que Beck avait déijà été précédé dans cette idée par H. Larrey, qui dit que « dans les fractures comminutives et compliquées du tiers supérieur du fémur par armes à feu il faut tenter, en général, la conservation du membre, sauf à l'amputer plus tard, comme pour une lésion organique, au lieu d'en venir d'emblée à la désarticulation de la cuisse {Rapp. sur le mém. de Legouest. Soc. de chir., t. V, p. 395). M. Le Fort insiste aussi sur l'innocuité relative des désarticulations tardives, mais consécutives à des amputations ; sur sept réamputations faites pendant la guerre de Sécession, on compte plus de guérisons que de morts; sur dix réamputations faites dans la pratique civile, deux malades moururent.
De l'avis de Langenbeck aussi, lorsque dans les cas de fracture étendue de la hanche le moment favorable pour la désarticulation primitive est écoulé, c'est à la résection qu'il faut recourir, comme unique moyen de sauver le blessé, quitte à entreprendre la désarticulation plus tard, lorsque les circonstances seront plus favorables. Car, quant à espérer d'obtenir un membre utile après l'enlèvement
2C4 HANCHE (pathologie).
d'une grande partie de la diaphyse, c'est une illusion, et l'issue heureuse des désarticulations retardées de la hanche pendant la guerre d'Amérique confirme entièrement cette proposition.
Donc, par l'étendue notable des lésions vers le corps du fémur, la résection se trouve restreinte à certaines limites, et au delà de ces limites il faut évidemment recourir à la désarticulation coxo-l'émorale. Quoique jusqu'ici les suites de cette opération pratiquée en temps de guerre aient été encore plus meurtrières que celles de la résection, on peut cependant à l'avenir espérer d'obtenir des résultats meilleurs, à condition qu'avant l'affaissement des malades par la fièvre o» tâche d'annihiler une autre source de dangers, je veux parler de la grande perte de sang pendant 1 opération. Lorsque, d'une façon générale, on aura mis enusage pour cette opération les préceptes indiqués par Verneuil [Bull, de l'Acad. de méd., 2° série, t. VI, 1877, p. 1132) et Rose [Uebei- die Blutung bei der Exarticulation des Obenclienkels und deren Vermeidung. Zurich, 1877, in-8), au moins les opérés ne succomberont plus à l'hémorrhagie survenue pendant l'opération; pour cela, sans qu'il soit besoin de recourir à une compression ailérielle provisoire, et lorsqu'on aura anémié le membre par la bande d'Esmarch et la suspension, il suffira de disséquer transversalement les partiesmolles de dehors en dedans, en ayant soin de couper les gros vaisseaux après les avoir liés, et de lier les petits aussitôt qu'ils auront été sectionnés; en un mot,. on agira comme si la cuisse représentait une tumeur devant être extirpée de la cavité cotyloïde.
111. Luxations traumatJqueu. Ce sout les sBuIes qui dcvrout nous occuper ici. Les luxations pat.hologujues ont été étudiées à l'article Coxalgie (t. XXII, !'■'' série, p. 210) sous la dénomination de luxations spontanées, ainsi qu'à l'article Luxatioas en général (t. 111, 2^' série, 1™ partie, p. 322), où quelques pages sont consacrées aux luxations sgmplomatiques.
Nous avons assez longuement décrit les luxations congénitales de la hanche pour n'avoir pas à y revenir, d'autant plus qu'il en a été question aussi au chapitre des Luxations en général (p. 527).
La description qui va suivre n'aura donc trait qu'aux luxations traumatiques ou accidentelles de la hanche.
Classification. La classification la première en date, et aussi la pins simple, est celle d'ilippocrate; il décrit des luxations en quatre sens : en dehors, en dedans, en avant et en arrière, toujours complètes. Cette doctrine suivie pav toute l'antiquité, plus ou moins altérée au moyen âge, fut reprise au seizième siècle par A. Paré : « Mais le plus souvent la hanche se défloue en dehors et en dedans, en devant et en derrière rarement ». La vraie luxation en arrière d'Hippocrate est donc déjà méconnue, et on lui attribue des symptômes qui la rapprochent de la luxation en dehors.
Au dix-huitième siècle, J.-L. Petit rejeta cette terminologie trop confuse : pour lui, les luxations étaient d'abord en dedans ou en dehors, et se subdivisaient ensuite en luxations en haut et en dedans, en bas et en dedans, en haut et en dehors, en bas et en dehors; seulement il ne comptait cette dernière que pour mémoire, regardant comme impossible que la tète fémorale portée en ce sens ne fût pas attirée en haut par les muscles. Notons aussi avec Malgaigne que J,-L. Petit, contre toute l'antiquité, enseigna que les luxations du fémur pouvaient être incomplètes.
UANCIIE (pathologie). 265>
Duverncy, sans toucher à cette question, admit d'ailleurs la classification de J.-L. Petit, et de plus essaya de distinguer la luxation en bas et en dehors de celle en haut et en deJwrs par la moindre rotation en dedans de la jambe. Ces luxations en dedans el en dehors ne plurent point a Bertrandi, qui aima mieux les mettre en avant et en arrière. A. Cooper, aussi mal satisfait, imagina de les appeler en haut, en bas, en arrière el en haut, en avant et en haut, portant ainsi, dit Malgaigne, la confusion à son comble.
Le défaut de toutes ces classifications, c'est qu'elles prêtent à confusion : en effet, la cavité cotyloïde faisant saillie et regardant en dehors, en avant et en bas, lorsque la tête fémorale s'en échappe, elle peut toujours être dite luxée en. dedans, car, en réalité, elle se rapproche toujours de la ligne médiane du corps^ par rapport au plan du cotyle qu'elle vient de quitter (Malgaigne).
Aussi depuis longtemps avait-on cheiché à désigner les variétés de déplacements selon le point anatomique occupé par la tête fémorale.
Dès la fin du dix-septième siècle, L. Verduc avait imaginé de placer la tête émorale tantôt sur le pubis, tantôt dans le trou ovale, et déjà Duverncy dit couramment : la luxation sur le pubis, la luxation du trou ovalaire ; il supposa aussi que dans les luxations en dehors la tète était logée en bas sur la tubérosité de lischion, en haut au-dessus de la partie externe et supérieure de la cavité cotyloïde, et quelquefois dans le milieu de la partie convexe ds fil ion .
Berlrandi adopte en conséquence, pour ses luxations en arrière et en haut, en arrière et en bas, la synonymie de luxations sur Y il ion et sur l'ischion. A. Cooper, acceptant les luxations sur le pubis et dans le trou ovale, dénomme les deux autres luxations sur le dos de l'ilium et dans l'échancrtire sciatique.
Gerdy [Arch. gén. de méd., 183i, t. VI, p. 155) préfère, pour les trois premières, les noms de luxations sus-pubienne, sous-pubienne, iliaque; mais à la place de la quatrième qu'il rejette il admet la luxation en arrière d'IIippocrate qu'il propose d'appeler sacro-sciatique ; enfin il ajoute une luxation directement en bas, dite ischiatique.
Malgaigne, rejetant toutes ces classifications comme trop entachées de vues^ théoriques, avait, dès 1855 {Gaz. médicale, 27 février 1856), annoncé que les luxations incomplètes étaient fréquentes; j)lus tard même, en s'appuyant surtout d'expériences sur le cadavre, il avait été amené à conclure que toutes les luxations primitives étaient incomplètes, et que les vieilles luxations complètes, trouvées à l'autopsie, ne l'étaient devenues que consécutivement. Mais pour cette articulation comme pour bien d'autres le mécanisme des luxations n'est pas toujonrsle même sur le vivant que sur le cadavre; et l'anatomie pathologique a mis au jour des déplacements primitifs complets, que Malgaigne a même pu reproduire expérimentalement; des résultats acquis il conclut que les luxations incomplètes^ assez communes en arrière, sont de beaucoup les plus communes dans tous les autres sens. Quant aux dénominations à leur donner, considérant que le contour de la civité cotyloïde présente trois échancrures qui livrent le plus souvent passage à la tête fémorale, Malgaigne avait proposé d'imposer, au moins aux luxations en avant, les mêmes noms qu'à leurs échancrures ; et de là les luxations ilio-pubienne, ischio-pubienne. Nélnton, suivant cette idée, a désigné, à son tour, tontes les luxations en arrière sous le nom à'ilio-ischiatique. Mais Malgaig! e avait déjà noté que par l'échancrure ilio-ischiatique se font deux
'See HANCHE (pathologie).
luxations très-distînctes : l'une en haut sur l'ilium même, l'autre en bas sur l'ischion; il appelait la première iliaque et la deuxième ischialique. A ces quatre luxations qui répomlent à celles d'ilippocrate s'en ajoutent d'abord deux nouvelles, dans lesquelles la tête fémorale se déplace au-dessus ou audessous de sa cavité; et ces luxations en bas, à côté de variétés peu importantes, «n offrent une beaucoup plus remarquable, dans laquelle la tète luxée arrive jusfju'au périnée. Voici alors la classification adoptée par Malgaigne :
Luxations en an ii'ie j 1° Iliaques, incomplMes et complètes.
I 2° Iscliiatiques, incomplètes et complètes.
Luxations en avant i ^'' "io-p'ibiennes.
I 4" Iscliio-puliiennes.
Luxations en liant ,';■■ Sus-cotjloïdiennes.
Luxations en bas < f"'" Sous-cotyloïdiennes.
I 7" Sous-pi'rinéales.
Parmi les nombreuses classifications plus récentes, qui tendent, sans peutêtre y parvenir, tt plus de simplicité que les anciennes, j'en citerai principalement deux, rapportées par llamilton, dans son Traité pratique des fractures et (les luxations (traduit par G. Poinsot. Paris, 1884, J.-B. Baillière) et auxquelles le nom de leur auteur et leur date récente paraissent mériter cette exception : ce sont les classifications de Bigelow et de Kocher.
Bigclow {On Dislocation of Hip-joinf, in the Lancet, 1878, vol. I, p. 894) divise d'abord les luxations de la hanche en quatre classes principales, mais, dans chacune de ces dernières, il dislingue un certain nombre de variétés. 11 reconnaît ainsi des luxations :
i° En dehors, dont les variétés sont la dorsale ordinaire et la dorsale avec renversement du membre en dehors;
2" En dedans, avec les variétés périnéale, ovalaire et pubienne;
5» En bas, sur la tubérosité de l'ischion ;
4" En haut, avec les variétés sous-épineuse, sus-épineuse et antérieure oblique.
C'est là, toutefois, une classification anatomique, et Bigelow la juge, au point de vue pratique, inférieure à la suivante, qui rend mieux compte du mécanisme du déplacement et des conditions mêmes de la réduction. Cette fois le nombre des classes est réduit à trois :
i° Luxation dorsale, comprenant la luxation sur la tubérosité de l'ischion, la luxation dorsale smiple, la dorsale avec renversement du membre en dehors, l'antérieure oblique et la sus-épineuse;
2° Luxations ovalaires, avec la variété périnéale et la variété ovalaire proprement dite;
o° Luxations pubiennes, embrassant les pubiennes et les sous-épineuses.
Ce sont là les luxations « régulières », celles qui, grâce à la conservation du ligament ilio-fémoral, se produisent par un mécanisme toujours identique et offrent toujours les mêmes rapports anormaux; mais, à côté de ces luxations fondamentales, Bigelow en admet d'autres, en assez grand nombre, dans lesquelles la déchirure totale de la capsule et surtout du ligament permet à la tête de se déplacer sur n'importe quel point el dans n'importe quelle direction, sans obéir à aucune loi.
A ce point de vue, la classification de Bigelow, tout en étant plus compréhensible, mais aussi plus compliquée que la précédente, n'échappe donc point à l'inconvénient des exceptions.
IIAACIIE (pathologie). 267
Plus dogmatique et plus satisfaisante est la classification de Kocber, qui Va. proposée à la fois pour les luxations de l'épaule et celles de la hanche (Koclier, Die Analogien von Schulter iind Hûftcjelenlduxalionem und ihre Repositionsmelhoden, in Sammlung klinischer Vorlràge, n" 85). Pour Kocher, en effet, ces deux catégories de déplacements articulaires offrent, au point de vue du mécanisme, les similitudes les plus frappantes ; le ligament coraco-huméral est absolument l'analogue du ligament iléo-fémoral ; le pubis représente à la hanche l'apophyse coracoïde; l'os iliaque, l'omoplate. De là une classification commune que le tableau suivant permet de comprendre d'un coup d'œil :
Épaule.
a. Luxation préglénoïdienne (en avani) / 2.
b. Luxot on fous-glénoïjieniie (en basj * "^^
f, Luxavion riiro-glénoïdienne (en arriére) . . d. Luxation sus-glcnoïilienne fen haut) ....
Supérieure.
Inférieure.
\ 4. Inférieure.
( 5. Supérieure.
Sous-coracoï-
dienne.
\xillaire.
Sous-épineuse.
Sous-acromi:ile.
Sus - glénoïdienne'.
Hanche,
Ilio-pubienne.
Ovalaire.
Sons - colyloidienne.
I^t'liiatique.
Iliaque.
Sus - colyloïdiennc.
Cette classification, en dehors du rapprochement fort intéressant qui y a été tenté, ne diffère de la suivante, donnée par llamilton, qu'en ce qu'elle admet au nombre des grandes classes de luxations coxo-fémorales la sus-cotyloidienne et la sous-cotyloïdienne, que leur rareté engage, au contraire, l'auteur en question, ta n'étudier que comme exceptions.
Hamilton admet, en effet [Joe. cit., p. 1005), que les luxations du fémur ont lieu le plus généralement dans i|uatre directions, à savoir : en haut et en arrière sur le dos de l'ilium ; en bas et en arrière dans l'échancrure sciatique; en bas et en avant dans le trou ovale ; en haut et en avant sur le pubis.
Mais on rencontre de temps en temps, dit Hamilton, des luxations qu'on ne saurait légitimement classer dans aucune de ces divisions; même il est à peine besoin de dire que la tête du fémur peut être chassée hors de sa cavité suivant toutes les directions imaginables, en haut, en bas, en dedans, en dehors, et suivant chacune des directions intermédiaires. D'autre part, si dans la grande majorité des cas la tête fémorale prend une des positions qui viennent d'être indiquées, elle peut, dans quelques faits exceptionnels, rester en deçà des limites assignées à telle ou telle classe particulière, ou les dépasser de beaucoup. C'est ainsi qu'on cite des exemples de luxation dii'ecte en haut, dans lesquels on a vu la tête occuper cette portion de la fosse iliaque qui est comprise entre le rebord supérieur de la cavité cotyloïde et l'épine iliaque antérieure et inférieure, ou même prendre une situation plus élevée et venir se placer entre ces deux épines antérieures, ou encore se tenir sur un côté ou l'autre de ces deux points. 11 existe aussi des exemples de luxations directes en bas, où la tête était située dans l'échancrure sciatique, entre le rebord inférieur de la cavité cotyloïde et la tubérosité de l'ischion ; ou plus bas encore, et absolument audessous de cette tubérosité; ou enfin en bas et en arrière, au-dessous de l'épine de l'ischion, dans la petite échancrure sacro-sciatique. La tête fémorale peut se placer en avant de la fosse ovalaire et empiéter sur elle au point de faire saillie au périnée, sur la branche ou même au delà de la branche ischio-pubienne ; elle
Kocher n'admet par la luxation sus-glcnoïdieane de l'épaule.
268 HANCHE (pathologie).
peut se placer sur la face antérieure du corps du pubis, et aussi sur son bord supérieur ; elle peut demeurer appuyée sur le rebord postérieur du cotyle, sans remonter sur le dos de l'ilium ; elle peut aussi, dans chacun des déplacements énumérés, gravir le rebord du cotyle, sans le franchir.
Afin de permettre au lecteur de comprendre mieux la classification de Hamilton et les variétés de luxations exceptionnelles ou irrégulières qu'il indique, nous avons cru devoir dresser le tableau suivant et l'accompagner d'un schéma que nous avons obtenu de la façon suivante : un os iliaque est tenu à peu près horizontalement, l'ischion et l'épine sciatique postéro-supéiieure touchant le plan de sustentation; deux lignes sont tracées, l'une verticale à i/2 centimètre en avant du centre de la cavité cotyloïde, l'autre horizontale à 1 centimètre environ au-dessus de ce même centre cotyloïdien. Ces deux lignes, en s'entre-croisant, délimitent les luxations régulières ; sur les limites des régions qu'elles indiquent viennent se placer les luxations irrégulières.
En arriére eten hsLut
En a\^antetenhaut
En arrière et en bas
avant et en 6as
Rpojzîer
CLASSIFICATION DES LUXATIONS DE LA HANCHE, D APKES HAMILTON Luxations régulières. Luxations irrégulièrer,
.„ Ti •• . 1 T .- . 1 -j- l i' Sous-épineuse.
1° En arrière et en Imuf a. Luxation sus-coiyloidienne. . „ „ '
) z' ùas-c■]>lneu^e.
11° Entre la tubérosité de l'ischion et l'éiiine sciatique.
2° Dans la petite echancrure sciatique.
5° Soiis-cotjloïiliennc.
ô° En avant et en haut c. Intra-pelvienne.
4° En avant et en bas d. Périnéale.
Comme, en somme, une classification de ce genre est toujours plus ou moins artificielle, et qu'elle sert à mettre de la clarté parmi les nombreuses variétés de déplacements qui peuvent survenir dans une jointure, nous avons cru bon de suivre celle de Hamilton, qui nous paraît réunir à la fois le mérite
HANCHE (pathologie). 269
de la simplicité et celui de rassembler dans le même cadre tous les faits observés.
Un mot encore sur quelques généralités relatives aux luxations de la hanche.
On n'est pas généralement d'accord pour savoir quelle variété de luxation est la plus fréquente. Hippocrale signalait comme les plus communes, d'abord la luxation en dedans, ischio-piibienne, puis la luxation en dehors, ou iliaque. Mais d'après les statistiques de A. Cooper, de Syme, d'Edimbourg et de Malgaigne, c'est l'iliaque qui serait de beaucoup la plus commune, puis viennent par ordre de fréquence, l'ischiatique les ilio-pubiennes et les ischio-pubiennes.