HERBORISTE
l'école ou le jury par lesquels ils seront examinés; et ce certificat devra être em■e"i^lrc à la miinicipalilé du lieu où ils s'établiront. »
L'anèté du 25 tliermidor an XI détermine comme il suit les conditions dans lesquelles doit se faire cet examen :
Art. ■43. — Dans les départements où seront établies des écoles de pharmacie, l'examen des herlioristes ?ei a fait par le directeur, le professeur de botanique et l'un des professeurs de mcJeciiie. Cet examen aura pour objet la connaissance des plantes médicinales, les précautions nécessaires pour leur dessiccation et leur conservation. Les ftais de cet examen, lixés à 50 francs à Paris et à 30 francs dans les autres écoles, ainsi que dans les jurys, seront parla^rés également entre les examinateurs des écoles ou des jurys.
Art. 44. — Dans les jurys, l'examen sera fait par l'un des docteurs en médecine ou en chirurgie et deux pharmaciens adjoints au jury; la rétribution sera la même pour chacun des examinateurs.
Art. 45. — Il sira délivré à l'herboriste reçu dans les écoles un certificat d'oxamen signé de trois examinateurs, lequel sera enregistré ainsi qu'il est prescrit par la loi. Dans les jurys ce ceitilicat sera signé par fous les Fnembres du jury.
Art. 40 — Il sera fait annuellement des visites chez les herboristes par le directeur et le professeur de botanique et deux des professeurs de l'École de médecine dans les formes voulues par l'article 29 delà loi. Dans les communes où ne seront pas situées les écoles, ces visites seront fuites conformément à l'article 51 de la loi.
Ainsi donc les herboristes ont leur position déterminée. Ils subissent des examens. Ils sont comme les pharmaciens soumis à une visite régulière; enfin ils sont divisés en deux classes comme les pharmaciens eux-mêmes. En eifet, le décret du 22 août 1856 déclare que :
Art. 14. — Les écoles de pharmacie coofèrent le certificat d'aptitude à la profession d'iierboriste de première cla-se, et qu'elles délivrent en outre, mais seulement pour les départements compris dans leur ressort, les certificats d'aptitude pour la profession d'herboriste de deuxième classe.
Alt. 17. — ... A partir du 18 janvier 1853 les certificats d'aptitude pour les professions de pharmacien et d'iierboriste de deuxième classe seront délivrés soit par les éci les supél'ieuri^s de pharmacie, soit par les écoles préparatoires de médecine et de pharmacie sous la présidence d'un professeur de l'une des écoles supérieures de piiarmacie.
An. 19. — ... les ... herboristes de deuxième classe pourvus des diplômes ou certificats d'apiituile délivrés soit par les anciens jurys médicaux, soit d'après les i ègles déterminées par les articles 17 et 19 ci-dessus, ne peuvent, comme par le passé, exircer leur profession que dans le département pour lequel ils ont été rc(,us; s'ils veulent exercer dans un autre département, ils doivent subir de nouveaux examens et obtenir un nouveau certificat d'aptitude.
Ces dispositions législatives seront sans doute prochainement modifiées, si, comme on le prétend, le diplôme d'herboriste doit être suppritiié. Elles ont cependant leur raison d'être. La vente au détail des drogues simples est interdite aux épiciers et aux droguistes non pourvus du diplôme de pharmacien. La vente des plantes médicinales doit être également défendue à ceux qui n'ont pas acquis par des études spéciales les connaissances nécessaires pour ne pas les confondre les unes avec les autres et pour ne pas commettre par suite des erreurs très-préjudiciables à la saule publique. Ueste à savoir si les gnranlies offertes par le diplôme d'herboriste sont suiïîsanles et s'il ne serait pas utile de réviser la législation à cet égard. Au moins conviendrait-il de modilier la nomenclature des substances que le tableau annexé à l'ordonnance du 20 septembre 1820 a énuméiées et à propos desquelles il soumet les droguistes, épiciers et herboristes, à la visite des mspecteiirs en pharmacie. Peut-être seiail-il non moins opportun d'examiner s'il ne serait pas nécessaire d'autoriser les herboristes à vendre les plantes exotiques aussi bien que les plantes médicinales in-
digènes, sèches ou fraîches, ou les parties usuelles (racines, feuilles, tiges, fleurs) de ces plantes. On comprend que Ton interdise aux hei boristes de préparer eux-mêmes, pour les vendre ensuite, des décoctions, tisanes, emplâtres, ce qui serait empiéter sur le domaine de la pharmacie. On comprend plus difficilement qu'il ne leur soit permis que de vendre les plantes indigènes. Ajoutons que l'herboriste ne peut, à Paiis du moins, cumuler aucun autre commerce que celui de grainetier (Ordonn. du 14 nov. an Xll, art. 7). Cette restriction est-elle observée dans l'espèce? Il est permis d'en douter. Aussi convient-il d'attendre que la révision des lois qui régissent la médecine et la pharmacie vienne mieux définir les attributions de tous ceux qui, en vendant des pioduits parfois nuisibles, sont exposés par ignorance à commettre de dangereuses erreurs. L. Lereboullet.
IIERCLXES (Bains d'). Voy . UEUADIA.
nEREDiA (Les deux).
lleredia (Gaspar-Caldera de). Médecin espagnol, né vers la fin du dixseptième siècle. Sa famille était originaire du Portugal. Reçu docteur à Salamanijuc, il a publié : Tribunal Apollini sacrum, medicum, magicuin et politlcum, etc. Leyde, 1G58, in-fol. — Tribunalis medici illustrationes praclicœ, hoc est, fehrium et symptomatum exactissima curatio, etc., avec le précédent, Anvers, 16G3, in-fol. L. Hs.
Heredia (Pecro-Micuel de). Professeur de l'Université d'Alcala de Henares, médecin du roi Philippe IV, mort vers 1662. Sa réputation s'était répandue dans toute l'Europe. Après sa mort fut publié à Leyde, en 1665, in-ful., un ouvrage considérable de sa façon, s'occupant des fièvres, des maladies aiguës, des maladies épidémiques, de celles des femmes, avec un appendice sur le sommeil, les veilles et la nature et les causes du délire. L. Il-\.
BÉRÉDITÉ. « Quel monstre est-ce que ceste goutte de semence, dequoy « nous sommes produits, porte en soy les impressions, non de la forme corpo- « relie seulement, mais des pcnsements et des inclinations de nos pères? Ceste « goutte d'eau, où loge elle ce nombre infini de formes? et comme portent elles « ces ressemblances d'un progrès si téméraire et si desréglé que l'arrière fils « respondra à son bisaïeul, le nepveu à l'oncle? » Cet émerveillement qu'inspiraient au vieux Montaigne les curieux phénomènes de l'hérédité, il faut, pour ne pas l'éprouver, avoir bien présentes à l'esprit les phases diverses de lu reproduction dans le monde organique. 11 ne sera pas inutile d'en faire ici l'énumération : 1" Reproduction par division, scissiparité; l'organisme se segmente simplement et dans ce cas rien de plus naturel que la ressemblance des Iragments au tout dont ils proviennent; 2" Reproduction par gemmation; ici l'organisme produit n'est pas du même âge que l'organisme producteur; c'est une scissiparité atténuée, mais enfin l'engendré est toujours un fragment de l'engendreur ; 5» Reproduction par bourgeons germinatifs ; un petit groupe de cellules s'isole, grandit, et devient un individu analogue à l'organisme générateur (Tréaiatodes) ; 4° Reproduction par cellules germinales) sporogome) ; une cellule unique se sépare de ses voisines, s'en détache et devient le point de
départ d'un individu nouveau; cette cellule a reçu le nom de spore; 5° Reproduction sexuée; la cellule reproductrice, ou femelle, a besoin d'être imprégnée, fécondée par une cellule mâle.
Comme on le voit, de la scissiparité à la reproduction sexuée il y a toute une échelle de transitions graduée?:, mais, en définitive, quel que soit le mode de reproiluction, le produit est toujours une partie détachée du ou des producteurs : il est donc fort naturel qu'il leur ressemble. Sans doute, dans la reproduction bisexuée des. organismes supérieurs, les éléments qui s'imprègnent mutuellement dans l'acte de la généi-ation sont d'un volume extrêmement réduit relativement aux générateurs, mais cela n'entrave nullement l'iiérédilé. En effet, ce qui se transmet des progéniteurs aux descendants, c'est essenlieliement un mode spécial de mouvement moléculaire ; la quantité de matière transmise importe fort peu.
Ctlte vue fondamentale n'empêche point les phénomènes de l'hérédité d'être infiniment com|ile\es et extrêmement curieux. Notre tâche est maintenant de les résumer succinctement.
I. Les êtres vivants sont éminemment périssables; tout ce qui est organisé est éphémère. A chaque seconde, dans le vaste domaine des règnes végétal et animal, des milliers d'organismes succombent, cédant la place à des milliers d'autres organismes qui surgissent dans la vie. Pourtant, en n'y regard;mt pas de très-près, il semble que l'aspect général de l'univers vivant soit invariable; la forme qui succède est en apparence la leproduction de celle qui l'a précédée. Pour découvrir des différences, il faut, d'une part, scruter de très- près les individus, les confronter l'un à l'autre ; d'autre part, il est nécessaire d'étudier l'évolution du monde organisé dans le temps et dans l'espace. Le fait qui frappe, si l'on n'élargit pas le champ de l'observation, c'est la grande ressemblance des descendants aux ascendants, et lun est tout d'aboid conduit à regarder l'hérédité comme la règle et le défaut d'iiérédité comme une rare exception.
C'est qu'en effet la tendance à la régulière transmission des caractères est pui^sante, car elle résulte d'un less transmis plus on moins fidèlement à travers la chaîne infiniment longue des générations. Les grands types organiques, ceux des classes, par exemple, sont bien rarement troublés par d'importantes perturbations dans leur transmission héréditaire. Jamais un mammifère n'engendre un reptile; jamais un oiseau ne [iroduit un poisson, etc. Les genres, les espèces même, se reproduisent dans leur descendants avec une suffisante régularité: c'est ce qui rend possible la taxinomie des êtres organisés. Pourtant celte régularité exemplaire est entacliée d'irrégularité. Sans doute le descendant est l'image des jjarents, mais cette image n'est jamais un portrait. Parfois même "de violents écarts, dénommés monstruosités, surgissent comme des faits révolutionnaires; et, si l'on étudie attentivement l'histoire du monde vivant, on découvre vite qu'en fait la fixité est seulement apparente, qu'elle se résume en une variabilité lente et constante, ayant pour résultat dei'uier le perfectionnement ou la décadence des types soi-disant fixés.
Comme l'avait déjà remarqué Lucas et comme l'ont signalé après lui Darwin et Ilœckel, deux tendances rivales luttent au sein de chaque être organisé : une loi û'nérédité, par laquelle la nature s'imite, se répèle, et une loi, que Lucas appelle d'innéité, par laquelle elle crée, elle invente. La grande doctrine transformiste nous a appris que cette dernière loi se résume en un effort de l'individu pour s'adapter aux conditions de son existence et en une sélection néces-
saire ayant pour résultat final la survivance du plus apte, de l'organisme qui se plie avec le plus de souplesse aux exigences du milieu naturel ou artificiel. De là une perpétuelle et lente évolution morpliologi(pie et dynamique, une évolution qui est loin d'être toujours progressive, car il s'agit, pour durer, persister, de se soumettre aux fatalités du milieu, quel qu'il soit, cela aveuglément et sans but, sans fin dernière.
Si, dans la presque totalité des cas, le descendant reproduit servilement l'ascendant, c'est qu'il en est simplement la continuation. Dans les modes inférieurs de génération, par scissiparité, gemmation, l'engendré est, comme nous l'avons vu, littéralement un fragment du générateur. Si l'on regarde au fond des choses, il n'en va pas différemment dans le mode beaucoup plus compliqué de la génération ovulaire. Mais alors, dans chaque ovule, sommeille tout un enchaînement de virtualités, de représentations anceslrales, tout le résumé des impressions subies, de l'expérience lentement acquise par d'innombrables générations, d'oîi tendance impérieuse pour l'individu organisé, provenant de l'ovule, à revêtir telle ou telle forme, à sentir et à agir de telle ou telle manière.
De ces tendances les unes sont puissantes, presque irrésistibles ; les autres sont débiles encore. Ces dernières sont ou les plus récemment acquises, les moins consolidées par l'habitude ancestrale, ou au contraire celles qui remontent à une époque extraordinairement lointaine, où les ancêtres ayant une forme, une organisation notablement différentes, devaient s'adapter à des conditions d'existence disparues : sur ces tendances archaïques l'oubli organique se fait; et pourtant, même alors, la force de transmission héréditaire se révèle encore de temps à autre par des poussées inattendues qui, pour un moment, ressuscitent le passé, et dont nous aurons à dire quelques mots en traitant de l'atavisme. Mais auparavant nous étudiei'ons la tendance antagoniste, le penchant à la variabilité dans ses effets et dans ses causes.
II. Tout être organisé, avons-nous dit, est constamment en évolution. Son invariabilité n'est qu'apparente; c'est une illusion résultant de la biièvelé de notre vie individuelle et même de la courte durée de l'expérience consciente du genre humain en regard des énormes périodes géologiques. Ainsi E. Larlet, en comparant les crânes des Mammifères tertiaires à ceux des Mammifères actuels, a constaté que chez les derniers le crâne est plus volumineux et que les circonvolutions cérébrales sont plus complexes, dans les mêmes espèces. La transmission héréditaire s'est régulièrement effectuée, mais les acquisitions des descendants ont peu à peu grossi le patrimoine. C'est là un bel exemple de modification progressive. Les organes rudimentaires, si nombreux, chez les végétaux, les animaux et chez l'homme, attestent que parfois l'évolution est régressive. Nous ne pouvons que rappeler les plus connus de ces organes dégénérés, par exemple, les muscles inutiles du pavillon de l'oreille humaine, la caroncule lacrymale de l'homme, vestige d'une troisième paupière existant encore chez les Reptiles, chez les Oiseaux, chez certains Mammifères. Citons encore les yeux atrophiés de la taupe, des animaux vivant dans les cavernes, l'inutile épaule osseuse de nos orvets, le poumon amoindri des serpents, etc., etc.
C'est que, en dépit de l'hérédité, tout organe inutile ou nuisible tend, par la force des choses, à s'étioler et à disparaître. En même temps d'autres organes, mieux adaptés aux exigences de la lutte pour vivre, se développent. Cette alternance a été appelée loi de compensation ou de balancement de croissance (E. G. Saint-Hilaire), et elle signifie que dans chaque être organisé, les ressources du
budget biologique étant limiléos, toute dépense exagérée nécessite, d'autre part, des annulations de crédit.
Rien de plus naturel que ces modifications organiques par compensation. Mais, dans d'autres cas, nous ne pouvons que constater la corrélation des changements de forme ou de volume de tels ou tels organes : le lien logique nous échappe. Pourquoi les cluiis blancs sont-ils habituellement sourds? Pourquoi, chez nos Mamniileres domestiques, les membres et la tète s'allongent-ils en même temps, etc., etc.?
D'autres observations générales ont été faites, au sujet de la variation des organes. On les a décorées un peu prémahnéincnt du beau nom de lois. Tout d'abord, une fois la fixité héréditaire ébranlée, on voit la tendance à la variation s'accentuer de plus en plus; le nouveau triomphe de plus en plus de l'ancien, et cette règle est aussi vraie en sociologie qu'en biologie.
Autre loi : quand un organe esl extrêmement développé dans une espèce, il est très-sujet à varialioD ; c'est qu'il esl dans l'organisme un nouveau-venu, un usurpateur, que la tradition héréditaire n'a pas encore suffisamment consolide.
Enfin, dans les organismes supérieurs, se reproduisant par génération sexuée, toute variation, quelle qu'en soit la cause, apparaissant pour la première fois chez un individu de l'un ou de l'antre sexe à une époque tardive de la vie, tend à ne se transmettre que chez les individus de même sexe.
Ce fait général est à rapprocher des lois d'hérédité dans les mêmes régions et aux mêmes âges, de l'hérédité homotopique ou bomochronique. Mais ces soi-disant lois sont sujettes à nombre d'exceptions.
Bien des causes en effet peuvent altérer plus ou moins rapidement la régularité de la transmission héréditaire. Les plus simples, les plus facilement observables, sont les changements dans les conditions de l'existence, soit dans l'alimentation, soit dans les milieux extérieurs. Fussent-ils même légers, ces changements ont parfois une grande influence, pourvu que l'être organisé soit soumis pendant longtemps à leur action. Alors les effets s'accumulent; peu à peu la résistance organique est vaincue et, au bout de quelques générations, l'hérédité est sérieusement battue en brèche!
En vertu d'une loi précédemment citée, nos animaux domestiques, dont la fixité morphologique est déjà ébranlée, sont plus dociles aux influences modificatrices. Parmi ces agents perturbateurs de l'hérédité, il en est un dont les éleveurs signalent particulièrement la puissance, c'est l'alimentation surabondante. Fréquemment les animaux trop noiirris, les plantes transportées d'un sol pauvre dans un sol riche, deviennent stériles. Comme le remarque Darwin, on ne peut guère attribuer qu'à l'excès de nourriture les nombreuses et importantes variations subies par nos pigeons domestiques et nos volailles. D'habiles horticulteurs, Hardy and Son, disaient à Darwin que pour conserver une souche intacte ils avaient soin de la cultiver dans un sol maigre et non fumé. En résumé, la fantaisie novatrice semble bannie de l'organisme, quand l'alimentation suffit strictement à l'entretien de ce qui existe.
Citons en second lieu parmi les causes modificatrices dont l'homme peut se servir le plus aisément pour combattre l'hérédité l'exercice, l'usage ou le défaut d'usage des organes, entraînant d'ordinaire plus ou moins l'hypertrophie ou l'atrophie. On le sait, c'était là, aux yeux de Lamarck, la grande cause de la transformation des êtres organisés.
Le brusque changement de climat est aussi une cause active de modification
organique. D'intéressantes observations ont été faites à ce sujet sur nos plantes et nos animaux domestiques. Les changements ainsi provoqués ont été tantôt anatomiques, tantôt physiologiques. Les exemples abondent :
Les cucbons d'Europe, transportés par les Espagnols, en 1509, dans l'île de Cubagna, ont dégénéré en une race ayant des pinces d'une demi-palme de longueur. En Colombie, les vaches, que l'abondance du bétail ne permettait plus de traire, ont subi une atrophie relative des glandes mammaires ; leurs mamelles ont cessé de se remplir de lait en dehors du temps nécessaire à l'allaitement de leur veau. Sous les tropiques, nos moutons perdent leur toison abondante après quelques générations. De même le maïs perd, en Europe, ses caractères après trois ou (pialre générations.
Rappelons enfin l'apparition de races nouvelles eu Amérique, les moutonsloulreset les bœufs natos, dont nous aurons à reparler.
Les modifications physiologiques ne sont pas moins intéressantes. On sait, par exemple, que nos chiens, devenus sauvages, perdent la faculté d'aboyer; que, dans l'Amérique du Sud, les brebis et les chèvres ont deux portées par an, etc., etc. Ces faits prouvent donc à l'évidence que le pouvoir de l'hérédité a ses limilcs.
111. Comme il ressort déjà des pages précédentes, la grande question de l'hérédilé est loin d'être élucidée. Le jour où ses lois seront suffisamment connues, la biologie entrera dans la phase glorieuse, rêvée par CI. Bernard; alors l'hérédité pourra être scientifiquement dirigée, maîtrisée, et elle permettra, dans une plus ou moins large mesure, de modeler les organismes vivants. Pour le présent, nous n'en sommes encore qu'à la période inchoative, celle qui consiste à rassembler des faits souvent contradictoires. De ces faits ceux qui ont trait à la transmission, à la production des sexes, à l'influence du sexe sur l'hérédité, sont intéressants à étudier.
Tout d'abord nous devons signaler un phénomène sur lequel nous aurons à revenir en parlant de l'atavisme, savoir la transmission par la mère des caractères sexuels paternels, primaires et secondaires (cornes, crêtes, etc.), que pourtant elle ne possède pas. Les particularités sexuelles de l'autre sexe existent donc chez la femelle à l'état en quelque sorte virtuel, et cette virtualité peut d'ailleurs se réaliser dans une certaine mesure, chez la femelle elle-même, quand elle perd plus ou moins les attributs de son sc\e, dans la vieillesse, par exemple, ou après l'ablation des ovaires nombre de femelles d'oiseaux (paons, canes) révèlent partiellement les caractères secondaires mâles de leur espèce, et des piiénomènes analogues s'observent chez l'homme après la castration, chez la femme après la ménopause.
Rien d'ailleurs de plus obscur encore que l'influence du sexe dans l'hérédité. Ainsi parmi les chevaux de course anglais on voit certaines juments ou certains mâles transmettre fréquemment leurs caractères à leurs produits, certains autres non. Le fameux cheval de course Éclipse procréa 3 j4 chevaux vainqueurs; une autre gloire chevaline, King Ilerold, eut 497 descendants victorieux; mais le plus souvent pourtant les deux procréateurs ont une influence sensiblement égale sur leur progéniture. Ainsi les chameaux accouplés aux dromadaires ont un pouvoir de transmission équivalent, et ils produisent en nombre égal des petits pourvus les uns d'une bosse, les autres de deux. D'un récent travail de Fr. Gallon il résulte que, dans l'espèce humaine, la taille d'un individu est d'ordinaire intermédiaire non-seulement à celle de ses progéniteurs directs,
mais à la taille moyenne de leurs races, s'ils sont de races diverses. La loi se formulerait ainsi : la stature du produit est égale en moyenne au tiers de la somme de la taille du père, de la taille de la mère et de la taille moyenne de
la race.
Les résultats, peuvent varier avec le type zoologique : ainsi chez les abeilles on voit des individus ayant sur une des moitiés latérales du corps la forme mâle, tandis que l'autre est femelle.
Pourtant, quand les deux progéniteurs possèdent congénitalement une même particularité, il y a grande probabilité qu'elle se transmettra au moins à une partie de leurs descendants; mais ce n'est qu'une probabilité. En effet pourquoi le frêne pleureur lègue-t-il rarement son faciès spécial à ses rejetons, et pourquoi au contraire le chêne pleureur le rétrocède-t-il à la plupart d'entre eux?
En ce qui coneerno la production du sexe lui-même, nous ne sommes guère mieux renseignés, car il semble bien qu'il faille renoncer à la théorie, si simple et si séduisante, de M. Thury (de Genève), qui rattachait la production du sexe mâle uniquement à un plus grand degré de maturité de l'ovule au moment de la fécondation. Rappelons que déj;i llippocrate avait indiqué, comme favorable îi la production du sexe mâle, le moment de la complète cessation des règles, tandis qu'au contraire, disait-il, on obtenait le sexe féminin, si la conception avait lieu un peu avant la fin des règles, mais quand elles avaient abondamment coulé {De la super fétation).
Dans l'hypothèse que nous venons de rappeler, on ne s'est occupé que de l'ovule, mais la qualité du sperme a sûrement une importance équivalente et cette influence est même mieux établie.
En effet des faits nombreux attestent que la débilité du mâle est favorable à la procréation des femelles. De plus, au dire de Lafont-Pouloli, tout cheval 7ja?'esseux à la monte ne procrée que des individus faibles et mal constitués. Enfin, les produits d'un vieux mâle et d'une jeune femelle ressemblent plus à leur mère et d'autant plus que le père est plus décrépit. Notons encore que dans l'Aveyron les brebis turgos, c'est-à-diie ayant été tenues une année éloignées du mâle, produisent l'année suivante plus de femelles que de mâles.
Pourtant, comme en matière d'hérédité les faits contradictoires abondent, la polygamie et les abus sexuels des étalons de nos haras semblent sans effet sur la natalité sexuelle, car leurs descendants mâles et femelles sont en nombre sensiblement égal.
Cependant les variations de la natalité sexuelle, chez l'homme, non-seulement suivant les races, mais même suivant les classes, suivant la profession, semblent bien prouver que la détermination du sexe dépend de circonstances secondaires. 11 vaut la peine de rappeler ces faits si curieux.
En Europe, les naissances mâles, prises en bloc, sont de 1055 contre 1000 naissance féminines. Mais c'est là un fait et non pas une loi, puisque la natalité masculine est notablement plus forte chez les Juifs et, exception plus curieuse encore, chez les clergymen anglais.
En Europe, avons-nous dit, la proportion de la natalité masculine à la natalité féminine est représentée à peu près par 1055 : 1000, mais d'après Quételet, de 1815 à 1820, il naquit au cap de Bonne-Espérance, chez les Européens, 6780 filles et seulement 6604 garçons, tandis que, durant le même laps de temps, il était né, chez les esclaves, 29Ô6 garçons et 2826 filles. Nous ne pouvons que citer ces faits contradictoires, mais ils ne sont pas de mcT. ENC. 4^ s. XIII. 58
b9i HÉRÉDITÉ.
nature à faire regarder comme insoluble le problème de la procréation des sexes à volonté.
Chaque individu, dans une espèce donnée, ayant sa puissance héréditaire propre, indépendamment de la force anceslrale commune qui détermine le tvpe spécifique, on peut dire que, chez les espèces bisexuées, tout individu est le résultat d'un croisement. Mais, la puissance héréditaire étant inégale cliez les deux progénitcurs, le produit est assez rarement la moyenne de ses parents; presque toujours, tout en ayant hérité de caractères partiels appartenant à l'un ou à l'autre de ses auteurs, il incline manifestement vers l'un ou l'autre. Parfois cependant l'un des progénileurs semble annihilé; la prépondérance dans la transmission est toute d'un côté. Pareille chose arrive aussi dans les croisements hybrides des végétaux et des animaux, où le conflit des influences est amplifié et donne des résultats plus frappant : ainsi l'hybride du chacal et du chien se rapproche manifestement du chacal, tandis que l'hybride du chien et du loup ressemble tantôt à l'un, tantôt à l'autre.
Dans le métissage du blanc et du nègre, le produit, le plus souvent intermédiaire, incline cependant tantôt d'un côté, tantôt de l'autre; parfois l'influence de l'un des parents éclipse totalement celle de l'autre. Ainsi Bégon a vu aux Antilles des jumeaux d'une négresse qui étaient, l'un blanc à cheveux longs, l'autre noir et à cheveux crépus (Lucas, II, 46). De même un nègre de Berlin eut, d'une femme blanche, sept filles mulâtresses et quatre filsblancs (Lucas, I, 212).
Les cas d'hérédité croisée, de la mère au fils ou du père à la fille, sont assez communs chez l'homme, et des faits analogues s'observent aussi dans le mélissase des animaux.
Il arrive encore que l'un des parents transmette exactement un caractère isolé : cela se voit aussi chez l'homme dans le métissage.
De tous ces faits si variés, si contradictoires parfois, on peut conclure que ce qui domine habituellement dans l'hérédité, aussi bien au sein d'une même espèce que dans les croisements hybrides et métis, ce n'est pas l'influence sexuelle, mais bien les degrés divers de consolidation soit du type, soit de tel ou tel caractère chez l'un des progéniteurs. Celui des deux auteurs qui appartiendra à la race la plus ancienne, la moins mélangée, aura, quel que soit son sexe, la victoire dans le conflit. C'est sûrement pour cette raison qu'en se croisant avec les autres races humaines les Chinois l'emportent d'ordinaire dans la transmission héréditaire du type.
Une observation intéressante et sûrement applicable à l'humanité a été faite sur les métis des animaux domestiques : le mélange de deux types distincts, divers, a parfois pour résultat de donner des produits fort sauvages : il semble alors que les habitudes sociables des parents se contrarient, se neutrahsent, et laissent par suite libre essor au fonds commun plus ancien, à la sauvagerie première. On a affirmé souvent qu'il en est de même chez les métis humains. Mais, dans ce dernier cas, le fait serait à retenir, car il serait gros d'applications pratiques.
IV. Une variation, quelle qu'en soit la cause, étant produite, il y a évidemment bien des chances pour qu'elle ne se transmette point. Tout d'abord, chez les espèces bisexuées, l'influence de l'un des progéniteurs contrarie d'ordinaire celle de l'autre : la routine iait échec aux tendances novatrices. Mais, dans le cas même où les deux parents seraient dotés de la même particularité nouvelle, chacun d'eux porte en soi la puissante influence de l'hérédité ancestrale, qui par
essence travaille, le plus souvent victorieusement, à réprimer les écarts morphologiques ou physiologiques.
Mais contre cette despotique tradition organique, ennemie de tout changement, lutte une intUience révolutionnaire, la sélection, si admirablement étudiée par Darwin, et que nous ne pouvons ici que mentionner en passant. Toute la doctrine de la sélection se résume d'ailleurs en une observation des plus simples, savoir que toute particularité nouvelle a quelque chance d'être conservée et transmise, si elle donne à l'organisme qui en est doté un avantage quelconque dans l'universelle concurrence vitale.
Bien avant que Darwin eût exposé la théorie de la sélection naturelle l'homme la pratiquait artificiellement, afin de fixer chez nos plantes et nos animaux domestiques les particularités utiles pour lui. Par ce procédé, et en empruntant à l'hérédité elle-même des armes pour la combattre, on a formé jadis toutes nos races d'animaux et de plantes domestiques, et de nos jours cette sélection artificielle est devenue un art véritable. IN'ous nous bornerons ici à en citer quelques cas célèbres. Par une sélection rigoureuse, en croisant entre eux autant que possible des individus analogues, on a créé la variété des moutons mérinos et on est arrivé à porter progressivement la laine des brebis à une longueur de 22 pouces.
La race des moutons ancons, des moutons-loutres, provient aussi, par sélection artificielle, d'im individu né en 1791 et ayant sans cause connue un corps plus long et des pattes crochues plus courtes que celles de son espèce.
Les bœufs îiatos d'Amérique ont une origine analogue, ainsi que la plupart de nos races chevalines, bovines, ovines, porcines, et de nos plantes domestiques.
Veut-on fixer les variétés animales utiles à l'homme, c'est forcément aux croisements consanguins que l'on a recours. Mais la consanguinité, si largement pratiquée par les éleveurs, a été souvent signalée comme dangereuse chez l'homme. Dans ce dernier cas, il semble bien en effet qu'elle favorise la production de la surdi-mutité, mais pourtant, d'une manière générale et quand les progéniteurs sont bien organisés, elle a assez rarement des résultats fâcheux ; son rôle alors est simplement d'élever l'hérédité à sa plus haute puissance et de favoriser entièrement la reproduction des particularités morphologiques et physiologiques, quelles qu'elles soient. Mais par corrélation de croissance ces caractères euxmêmes peuvent provoquer diverses modifications organiques, parfois nuisibles. Amsil escocnons anglais, arrivés par sélection consanguine à un énorme déveopoement adipeux, sont souvent monorchides ou cryptorchides, tandis que les truies perdent l'instinct génésique ou deviennent stériles ; mais il y a là, au moins pour une part, un effet de l'alimentation surabondante provoquant la régression graisseuse.
De même on a remarqué qu'en raison de la fréquence des mariages consanguins il y avait chez les juifs une énorme quantité de sourds-muets.
Chez nos animaux domestiques, la sélection artificielle parvient assez vite à fixer tel ou tel caractère donné. Si les deux progéniteurs, le plus souvent consanguins, possèdent la particularité à fixer, la variété est créée après un trèspetit nombre de générations. Ce nombre varie d'ailleurs avec la natuie du caractère. Selon Autenrieth et Ammon, deux générations suffisent pour obtenir des poulains d'une couleur uniforme. Si le caractère est plus important, les éleveurs demandent six à huit générations pour le fixer et le mettre à peu près à l'abri
des chances d'hérédité en retour, de l'atavisme, de Va tenace inÛuence ancestrale, dont nous allons maintenant nous occuper.
V. Elle est hien puissante cette tendance au retour vers les formes ancestrales disparues; c'est qu'elle représente une habitude organique, que se sont transmise jadis d'innombrables générations. Grâce à elle, il existe dans chaque organisme individuel, à l'état latent, tout un passé disparu, mais qui peut toujours revivre. Les générations^alternantes, celles des biphores, par exemple, pourraient bien n'être que de l'atavisme régularisé.
Chez nos races végétales ou animales domestiquées, la tendance au retour est immanente et elle se manifeste fréquemment, bien plus que chez les types sauvages : c'est que la fixation des caractères domestiques est de date relativement récente. Ainsi sur des plantes, levées de graine, Vilmorin a vu souvent des fleurs revenir aux couleurs primitives par des taches ou des raies, spécialement chez les variétés blanches ou pâles, quoique, précisément chez les variétés de cette couleur, la teinte se transmette assez fidèlement.
De même chez les Scrofulariées, sauvages ou non, on rencontre assez souvent des fleurs à cinq pétales réguliers (pélorisme), attestant que le type personne descend d'ancêtres à corolles régulières.
Chez les animaux domestiques et chez l'homme, ces. revendications ataviques sont fréquentes, curieuses et suggestives. Comme le remarque Darwin, cette persistance, avec laquelle un passé énormément lointain tend à ressusciter, contraste avec l'infiniment petite part matérielle attribuable aux ancêtres dans la constitution des organismes. Après seulement douze générations, celte proportion du sang ancestral n'est plus que de 1/2048, et pourtant elle suffit, même quand elle est bien plus atténuée encore, à déterminer le retour.
Quelle est l'infime proportion du sang de la Colomba livia chez nos pigeons domestiques? Cependant la réapparition de la couleur bleue, propre à cet ancêtre si lointain, se constate fréquemment dans nos colombiers.
Dans la généalogie de nos équidés domestiques, l'ancêtre commun, à pelage zébré, est bien loin dans le passé, et néanmoins il n'est pas rare de voir nos juments accoucher de poulains zébrés, ce qui même a donné lieu à la fable de l'imprégnation perpétuelle de la femelle par le premier mâle qui la féconde.
De même, et cela est moins extraordinaire, les moutons Southdowns sans cornes ont souvent des agneaux mâles pourvus de petites cornes et ayant un pelage noir.
Chez l'homme, l'atavisme reproduit parfois certains caractères qui semblent bien rappeler les plus lointains ancêtres animaux, ceux que les transformistes nous donnent pour de très- anciens aïeux et dont notre évolution embryologique nous retrace en abrégé la série. Citons d'abord les hommes munis d'un appendice caudal ayant parfois 6 à 8 centimètres de longueur et pourvu de vertèbres. Les mamelles surnuméraires viennent aussi de temps en temps, chez la femme, nous rappeler la bassesse de notre origine. On en a vu jusqu'à cinq, et il en est parfois d'inguinales. De même les cas si fréquents de sexdigitatiou sont vraisemblablement ataviques; ils font revivre le souvenir d'ancêtres qui n'étaient même pas mammifères, puisqu'aucun mammifère, bien plus, aucun oiseau, aucun reptile actuel, n'a normalement plus de cinq doigts; ces anomalies nous ramènent jusqu'à certains reptiles éteints [Ichthyopterygin).
L'homme porc-épic, dont le fameux Lambert est le type, a sans doute aussi une origine atavique.
Ces monstruosités par retour ont un caractère commun, celui de se transmettre ensuite avec une grande fidélité. Il semble qu'en ressuscitant le passé recouvre une grande portion de son ancienne énergie. Ainsi on a vu la sexdigitation se transmettre pendant quatre générations consécutives, tantôt en s'atténuant, comme il arriva dans la famille Colburn, tantôt en s'exagérant. Bien plus, les doigts surnuméraires repoussent parfois plus ou moins après amputation. Or le fait de la régénération est aussi, comme on le sait, propre à l'animalité inférieure, et à elle seule.
Cette même puissance d'hérédité spéciale s'observe encore chez les moutons ancons, chez les bœufs halos et vraisemblablement pour la même cause.
Si certaines irrégularités morphologiques sont attrdjuables à l'atavisme, il en est d'autres qui semblent plutôt se rattacher aux tendances novatrices, à l'action des milieux, à certains accidents.
En effet, durant la vie embryonnaire et fœtale, plus encore durant l'ovulation, des causes fort légères peuvent provoquer des monstruosités diverses. Ainsi, pour avoir des poulets monstrueux, il suffit de dresser les œufs de poule sur la pointe, d'en chauffer un peu plus que le reste telle ou telle partie, etc. (fcleoffroySaint-Hilaire, Dareste).
J. G. Saint-Ililaire a constaté que les femmes pauvres, obligées de travailler durement pendant leur grossesse, ou hier» encore les filles-mères contraintes de dissimuler leur état, donnent plus souvent que les autres femmes naissance à des monstres. C'est que, durant l'incubation ou la grossesse, le germe ou le fœtus sont en état de rapide évolution ; en ce moment leurs métamorphoses se succèdent fiévreusement et, si l'une d'elles vient à être troublée, la perturbation réagit sur les suivantes : toute la concaténation peut être perturbée.
L'influence de l'atavisme dans les croisements métis ou hybrides n'est pas moins intéressante à noter. D'habitude, les premières générations croisées sont plus ou moins intermédiaires aux parents, mais peu à peu la descendance fait le plus souvent retour à l'un des premiers progéniteurs, parfois à un antique ancêtre commun au deux types croisés. Ainsi par le croisement de pigeons totalement dépourvus de coloration bleue on obtient toujours, parmi les descendants, des oiseaux colorés en bleu ardoisé. De même le croisement de vieilles et pures races gallines sans trace de rouge a donné plusieurs métis dont le plumage était semblable à celui du G. bankiva (Darwin). N'oublions pas que des faits analogues ont été observés pour l'hérédité psychitjue.
Faut-il aussi rapporter à l'atavisme, mais à uu atavisme des plus lointains, les modifications brusques que fait surgir quelquefois l'hybridation des plantes et qui ont été constatées par tant de bons observateurs?
L'explication semble, comme nous l'avons vu, admissible pour certaines anomalies humaines, mais chez les végétaux l'analogie ancestrale est moins facile à constater. Peut-être ces apparitions soudaines de formes nouvelles tiennent-elles seulement à ce que les hérédités contraires des progéniteurs se neutralisent et laissent le champ libre à la production de types originaux, aussi bien qu"a la résurrection de caractères disparus.
Vil. La transmission héréditaire des particularités physiologiques ou pathologiques offre un intérêt tout spécial; elle est peut-être plus propre que les faits d'hérédité générale ou totale à jeter quelque jour sur les conditions et les modes, si mal connus encore, de l'hérédité. Citons-en quelques exemples :
La longévité est souvent héréditaire. Les centenaires ne s'observent guère que
dans certaines familles. Rappelons le célèbre Thomas Parr, qui mourut à centcinquante-trois ans et dont le fils vécut jusqu'à cent-vingt-sept ans.
Le tempérament est fréquemment transmis et avec lui la couleur de la peau, des cheveux, des yeux, qui en est le signe le plus apparent.
On en peut dire autant de la taille, mais la stature, le tempérament, la couleur, doivent être souvent considérés comme des caractères de race ; leur transmission est donc toute naturelle.
L'hérédité de telle ou telle conformation toute spéciale est plus curieuse, par exemple, celle du timbre de la voix, qui est si fréquente et parfois si complète.
Plus intéressante encore est l'hérédité de certains caractères acquis, les uns anatomiques, les autres physiologiques. Ainsi Walker a constaté qu'en Angleterre les ouviiers ont, dès leur naissance, les mains plus grandes que celles des classes aisées. De même la myopie est infiniment plus commune dans les villes que dans les campagnes, chez les riches que chez les pauvres.
D'inlimes particularités acquises, par exemple, des gestes, des attitudes, même le genre d'écriture, etc., se transmettent des parents aux enfants. Elles attestent que l'homme est variable, modifiable dans une certaine mesure; que l'éducation a prise sur lui et qu'à travers l'individu elle peut agir même sur les descendants.
VIll. Puisque certains caractères physiologiques, innés ou acquis, se peuvent transmettre à la postérité, l'hérédité des aptitudes pathologiques n'a rien de surprenant, car la pathologie n'est qu'une déviation de la physiologie, mais cette transmission est bien autrement utile à connaître. Constatons tout d'abord que les difformations ou mutilations accidentelles ne sont pas d'ordinaire léguées à la descendance. Les mutilations ethniques suffisent sûrement à bien prouver la fausseté de certaines légendes qui ont cours au sujet de la transmission héréditaire des mutilations. Ainsi l'avulsion de certaines dents, l'amputation de certaines phalanges, la circoncision judaïque, les déformations crâniennes, pratiquées durant des siècles, ne sont jamais héritées. De même les mutilations auxquelles nous soumettons nos animaux domestiques semblent sans influence sur la descendance. Quoique, comme le remarque Nathusius [Vortràge ûher Viehzucht und Rassenkenntniss, p. 140), on raccourcisse la queue des moutons mérinos, en France et en Allemagne, depuis plus d'un siècle, l'opération ne cesse pas d'être nécessaire.
Si les mutilations ne sont pas héréditaires, et cela est naturel, puisqu'elles ne résultent ni de la constitution, ni du tempérament, etc., de l'être vivant, il en est tout autrement des maladies ou des infirmités liées à un vice de conformation naturelle.
La surdi-mutité n'est pas toujours héréditaire, puisque sur 47 mariages entre sourds-muets deux enfants seulement étaient atteints de l'infirmité des parents; mais elle l'est fréquemment, comme le prouvent d'autres statistiques. C'est que, encore une fois, l'hérédité est fort capricieuse ou plutôt c'est que nous en ii^aorons les lois.
Parfois la transmission s'effectue au contraire avec une extrême régularité. Dans une famille dont 85 membres sur 600 avaient été atteints de cécité nocturne, pas un seul cas chez les enfants dont les parents étaient indemnes (Darwin, Variation, II, 38).
Dans la famille Lecompte, la cécité fut héréditaire pendant trois générations
et 37 enfants et pstits-enfants devinrent tous aveugles entre dix-sept et dixliuit ans : frappant exemple d'hérédité homoclironique {ibid., II, 83).
Les médecins savent trop que la plithisie est héréditaire, surtout chez les enfants puînés, procréés après l'apparition de la maladie chez les parents, et qu'il en est de même pour bien d'autres affections, spécialement pour le cancer. D'après le docteur Garrod, 50 pour 100 des cas de goutte observés dans les hôpitaux sont héréditaires.
Il est une particularité importante ta noter, c'est que fréquemment l'enfant né avant l'explosion de la maladie chez ses progéniteurs échappe à l'hérédité pathologique.
Mais il est tout un groupe de maladies plus fatalement héréditaires que les autres : ce sont les névropathies de tout genre, et rien n'est moins étonnant, puisque les cellules nerveuses sont, par excellence, aptes à conserver les empreintes.
Bien plus, les maladies des centres nerveux peuvent être héréditairement transmissibles, même quand elles ont été artificiellement provoquées, puisque les femelles de Cobayes, rendues épileptiques par Brown-Séquard au moyen d'hémisections de la moelle épinière, ont parfois des petits pourvus de zones épileptogènes.
Tous les genres de vésanies, manies et monomanies, sont très-souvent héréditaires, et fréquemment la maladie éclate chez le descendant au même âge que chez l'ascendant. Esquirol a vu une famille dont tous les membres furent atteints de folie à l'âge de quarante ans. Si la maladie se transmet à plusieurs générations, on la voit souvent devenir plus précoce, apparaître de plus en plus tôt.
Sur 372 cas de folie, Esquirol a noté l'influence héréditaire 165 fois.
Pour la folie, l'hérédité du côté maternel serait plus fréquente. C'était l'opinion d'Esquirol (I, 53), et Baillarger a vu, sur 455 faits d'hérédité, l'inlluence maternelle prédominer dans les deux tiers des cas [Ann. méd.-psych.y mai 1844, p. 530, etc.).
La grande puissance de transmission héréditaire que possède le système nerveux a m.ême permis d'étudier la genèse de la folie, de suivre l'évolution pathologique des désordres nerveux à travers une série de générations. Cette enquête a montré que très-souvent la folie confirmée n'est que le chaînon terminal d'une longue succession d'anomalies psychiques, débutant parfois par de simples bizarreries du caractère (P. Jacobi. La sélection, 104). Dans tout ce lent travail de genèse pathologique, les habitudes vicieuses, la mauvaise hygiène mentale des ascendants, sont souvent la cause originelle de telle monomanie suicide, de telle manie aiguë, etc., qui éclatera chez les descendants, après trois ou quatre générations.
Chacun de nous dispose donc, dans une assez large mesure, de la santé psychique de sa postérité.
IX. Si obscures que soient encore les lois de cette hérédité mentale, on en peut déjà constater les effets extrêmement intéressants et fort utiles à connaître. C'est souvent à son intluence qu'il faut rapporter, spécialement au moment de la puberté, tel ou tel développement remarquable, que l'on attribue à tort à l'éducation.
Sans doute il éclôt subitement dans certaines familles des talents, des dispositions extraordinaires, bonnes ou mauvaises, qu'il n'est pas toujours possible
de rattacher à l'hérédité. Parfois ces anomalies sont de simples variations dont les causes nous échappent ; souvent aussi elles résultent d'un atavisme plus ou moins lointain.
Beaucoup de grands hommes semblent n'avoir pas eu d'ancêtres et trop souvent ils ne font point souche. Mais ce qui est hors de doute, c'est que toute aptitude extraordinaire correspond à une organisation cérébrale extraordinaire aussi, et que l'éducation ne donne pas. On peut affirmer que tout développement intellectuel hors ligne suppose un cerveau souvent d'un volume considérable, toujours ayant des circonvolutions nombreuses, complexes, recouvertes d'une épaisse couche de substance grise. A quelle conformation cérébrale particulière doit-on d'être poète, musicien, orateur, philosophe, etc.? Nous ne le savons pas encore, mais ce qui est certain, c'est que ces aptitudes sont spontanées, innées, qu'on ne les acquiert point. Déjà llelmholtz a montré que l'inaptitude à percevoir les sons musicaux provient d'une anomalie des nerfs du limaçon. Le talent musical a sûrement pour raison anatomiquc une conformation inverse et aussi un développement particulier du noyau de substance grise, correspondant dans les hémisphères cérébraux au sens de l'ouïe: de là l'inlluonce si manifeste de l'hérédité dans la généalome de nombre de musiciens célèbres (Bach, Mozart, etc.). Si trop souvent nous sommes impuissants à rattacher à une cause héréditaire telle particularité singulière des instincts, du caractère, de l'intelligence, il n'en est pas toujours ainsi. Dans nombre de cas, la chaîne des effets et des causes est visible et nous pouvons même suivre pas à pas la genèse de tel ou tel mode particulier d'activité cérébrale.
A vrai dire tout être organisé, végétal, animal ou homme, est dans toute sa personnalité le résultat de l'hérédité. Chez l'animal et chez l'homme, il n'est pas un organe, pas une fonction, qui ne résume une énorme série d'impressions subies par les ancêtres, d'habitudes contractées par eux dans leur lutte pour vivre. Ainsi tout le travail physiologique, si complexe, de la digestion, chez l'homme et les animaux supérieurs, s'effectue en vertu d'une tendance organique héréditaire, si complètement organisée que les centres nerveux n'en ont même plus conscience. 11 en est de même pour quantité de mouvements coordonnés s'accomplissant sans aucmie intervention de la volonté consciente et aussi pour certains actes des sens spéciaux, par exemple, pour l'extérioration des sons et des images, pour les principaux phénomènes de l'expression : contractions des muscles faciaux, haussement d'épaules, etc. (Darwin).
Chacun de nous d'ailleurs peut, dans une certaine mesure, se créer des instincts qui parfois deviennent héréditaires. A force de répéter un acte, nous parvenons à l'exécuter mécaniquement, inconsciemment; alors l'habitude ne se distingue plus de l'instinct, qui, à vrai dire, comme l'a dit Darwin, n'est qu'une habitude héréditaire.
C'est en vertu d'une de ces habitudes ancestrales et devenues transmissibles par la génération que nombre de jeunes chiens couchants tombent en arrêt, la première fois qu'on les mène à lâchasse; qu'en Amérique les descendants de chiens dressés de longue date à la périlleuse chasse au pécari savent d'instinct la tactique à suivre, tandis que les chiens ordinaires se font dévorer. Il suffit d'un morceau de peau de loup pour inspirer à certains chiens une terreur convulsive, et la paille de la litière des lions et des tigres produit le même effet sur les chevaux. C'est encore instinctivement et en vertu d'une habitude héritée que nos chiens domestiques enfouissent leurs aliments, et, avant de se coucher.
tournent pour fouler une herbe absente. De même, c'est en vertu d'une faculté acquise et devenue héréditaire qu'ils aboient, puisque l'aboiement est une sorte de langage inconnu des chiens sauvages.
De même que les instincts nutritifs et les associations de mouvements dont nous venons de parler, les pench;ints moraux, les désirs, etc., se transmettent fréquemment par hérédité. Exactement comme la beauté et la laideur physique, les penchants vertueux ou vicieux sont le plus souvent innés, hérités. Lucas cite une famille écossaise où le penchant à l'anthropophagie fut héréditaire pendant plusieurs générations. Or, quoique saint Jérôme déclare avoir vu dans la Gaule des Écossais anthropophages, il est siir cependant que l'anthropophagie habituelle est de temps inmiémorial abolie chez tous les peuples de race celtique : il s'agit donc ici d'un atavisme des plus lointains. Le penchant au meurtre, au vol, au viol, la pyromanie, l'ivrognerie, sont souvent héréditaires : c'est un fait d'observation banale. Dans une seule famille, on a compté 80 descendants pervers de différentes manière : un quart d'entre eux fut frappé par la justice et les trois autres quarts étaient composés d'ivrognes, de fous, d'idiots, de mendiants [Kihol, Hérédité psychique, 99). Là, comme partout d'ailleurs, l'hérédité est capricieuse : ainsi sur trois enfants dressés au vol par leurs parents deux résistent, tandis que l'autre, une tille, vole d'instinct (Lucas, I, 476).
Les nécessités sociales, le genre de vie, les mœurs nationales, créent aussi des caractères typiques, des tendances héréditaires. Beaucoup de Français ont encore le Ciractère attribué aux Gaulois par César {De hello gallico, IV, 5); les Bohémiens sont, pour la plupart, incivilisables. Nombre de sauvages élevés à l'européenne ont secoué lu civilisation comme un fardeau, en atteignant l'âge viril. On a vu, entre autres, un Botocudo, reçu médecin par l'Université de Bahia, s'en retourner errer tout nu dans ses forêts natales, etc., etc.
Si restreint qu'il soit, le milieu familial, secondé par l'hérédité, suffit parfois à créer des caractères, des types transmissibles. On a cité bien des fois la vertu des Lamoignon, l'exubérance, la violence et l'intelligence des Mirabeau, etc.
Fréquemment aussi les aptitudes artistiques sont héréditaires. Mozart avait une sœur douée comme lui d'une grande précocité musicale, et son père était violoniste. Beethoven était le fils d'un ténor. Dans la célèbre famille de J. Sébastien Bach on compte huit générations de musiciens. Tout en étant moins fréquente chez les peintres et les sculpteurs, l'influence héréditaire est pourtant commune : Germain Pilon était fils d'un sculpteur distingué; le père de Thorwaldsen était aussi sculpteur; celui de Baphaël était peintre; Van Loo était frère, petit-fils et arrière-petit-fils de peintres. Titien était d'une famille de peintres, etc. Qu'on n'objecte point qu'il y a là un simple effet de l'éducation. En aucun genre l'éducation ne réussit à créer des talents hors ligne ; souvent même elle ne parvient pas à les étouffer.
Si l'on en croit Gallon (Hereditary Genius), les aptitudes intellectuelles seraient héréditaires' plus souvent qu'on ne l'admet d'habitude, et A. de (]andolle est aussi du même avis. L'anthropologie l'affirme d'ailleurs d'une manière générale, puisqu'elle peut sérier les races humaines d'après leur degré de développement cérébral. Suivant Galton, la chance qu'un homme remarquable ait des parents remarquables aussi est de 51 pour 100 pour le père, de 41 pour 100 pour les frères, de 48 pour 100 pour les fils; cette chance varierait selon le sexe. Elle serait plus forte pour les hommes que pour les femmes. Toujours d'après Galton, la probabilité qu'un juge anglais ait dans sa famille un ou
t)02 HÉRÉDITÉ.
plusieurs parents illustres dépasserait le rapport de un à trois. Le même auteur nous apprend que le mode d'intelligence, le développement exceptionnel de telle ou telle faculté, se peuvent léguer aux descendants : sur une liste de cinquante-six poètes, il constate la proportion de l'intluence héréditaire chez la moitié d'entre eux; dans la famille de Richard Porson, helléniste anglais, la bonté de la mémoire était célèbre, proverbiale; ou disait « la mémoire d'un Porson » .
Les caractères dits psychiques, résultant simplement du fonctionnement physiologique des organes et spécialement des centres nerveux, obéissent naturellement aux lois générales de l'hérédité telles qu'elles ressortent des paragraphes précédents. Comme l'hérédité physique, l'hérédité psychique est souvent croisée. Nombre de femmes célèbres ont, comme la célèbre Hypathie, hérité de l'àme de leur père. L'inverse e^t tout aussi fréquent: Buffon, Bacon, Condorcet, Guvier, Forbes, Watt, Jussicu, etc., ont eu pour mères ou grand-mères des femmes remarquables. Le hls naturel de mademoiselle de ïencin, d'Alembert, était surtout lils de sa mère. Parfois l'un des auteurs lègue à l'enfant les formes extérieures, l'autre la constitution mentale. Le seul correspondant noir qu'ait eu l'Académie des sciences, Lislet (Geoffroy), de l'Ile de France, était un métis absolument noir, comme sa mère.
D'où qu'elle vienne, l'hérédité psycliique s'éteint d'ailleurs assez vite. On ne la voit pas d'ordinaire se manifester au delà de trois ou quatre générations. Mais cette brièveté de la transmission est sûrement pour la plus large part imputable aux croisements perturbateurs. Jamais encore on n'a pratiqué la sélection psychique. Ce sont de tout autres considérations, nullement scientiliques, qui déterminent lu plupart des mariages. Bien d'étonnant dès lois que l'étincelle géniale s'éteigne aussitôt qu'elle brille. S'écarter de la moyenne en bien ou en mal, c'est être en état d'insurrection et contre sa propre lignée ancestrale et contre l'humanité tout entière. Aussi les écarts sont vite réprimés. Nul doute cependant que, si l'on voulait appliquer à l'homme la rigoureuse sélection pratiquée par les éleveurs et les horticulteurs, on arrivât aussi à créer des races humaines spéciales. C'est ainsi qu'une i^ace de musiciens s'était formée dans la famille Bach ; c'est ainsi qu'à Sparte on était parvenu à créer un type humain, moralement distinct de tous les autres. Sans doute dans toute société humaine il se fait un perpétuel travail de sélection. Les mieux adaptés triomphent; les autres disparaissent, mais il s'en faut que ces derniers soient toujours les pires et les moins intelligents. Jusqu'ici en effet les sociétés humaines se sont agitées dans un furieux conllit d'appétits grossiers, de passions basses. Trop souvent la sélection sociale, dont nous avons maintenant à nous occuper, est régressive. Mais ce résultat est-il fatal, comme on l'a prétendu? C'est ce que nous allons essayer de déterminer.
X. Qui l'aurait cru? Après s'être tant moqué des corsi et des ricorsi du vieux Vico, on devrait y revenir, si l'on s'en rapportait à nos modernes pessimistes. « Par le fait de la sélection et de la loi fatale de l'extinction des races privilégiées les peuples se civihsent d'abord, montent au faîte de la grandeur, puis déclinent rapidement et disparaissent épuisés, surmenés, anéantis, retombent dans la barbarie et sont remplacés par des peuples plus jeunes, c'est-à-dire chez lesquels la sélection des talents et des énergies s'établit à peine et qu'elle n'a pas encore épuisés » (docteur Jacobi, Sélection, p. 555).
Voilà la formule : elle est faite pour réjouir le cœur des disciples de Scho-
penhauer et de Hartmann. Or elle a un semblant de vérité, si l'on s'obstine à ne voir que les mauvais côtés de la civilisation, si l'on ferme les yeux, afin de pouvoir nier le progrès général, qui pourtant se réalise quand même; si l'on croit que les sociétés de l'avenir seront éternellement de serviles copies des sociétés du passé et du présent. Enumérons les faits :
Tout d'abord, comme nous l'avons dit à l'article Civn.isATio.\, le contact des nations européennes, soi-disant civilisées, est funeste aux races inférieures. iXotre brutalité, surtout nos maladies et nos vices, détruisent rapidement les types humains attardés. Mais l'exemple des Cherokees, des Chickassaws, etc. {voy. Civilisation), prouve cependant que le fait n'a rien de fatal. C'est une question de mesure, de tempérament. Nulle race ne saurait franchir en quelques années l'espace que les types humains les mieux doués ont mis des milliers d'années à parcourir. Pour ne pas détruire les races mineures, il suffirait de s'y intéresser.
On nous cite surtout, comme exemple de dégénérescence héréditaire dérivant fatalement de la sélection sociale, l'histoire lamentable des dynasties princières. L'exemple typique serait la descendance d'Auguste : toute une série de débauchés, d'hjstériques, d'épileptiques, de scrofuleux, de phthisiques, etc., s'éteignant par stérilité. La plupart des dynasties européennes ont subi la même dégénérescence, qui se reproduirait d'une manière analogue dans toutes les familles aristocratiques ou privilégiées, dans tous les corps fermés. Point de famille noble, dit Uenoiston de Chàteauneuf, dont la durée réelle dépasse trois cents ans {Mémoire statistique sur la durée des familles nobles en France). A Piome il fallait recourir à des anoblissements en masse pour prévenir l'extinction des patriciens, etc. Soit. Mais ce qui énerve et détruit les princes et les nobles, ce n'est pas la situation privilégiée, c'est le déplorable usage qu'ils en font. C'est que la sélection sociale a, dans ces cas, été régressive ; c'est qu'elle a donné le pas aux natures brutales, vicieuses, qui, une fois le frein social secoué, se sont abandonnées sans contrainte à leurs instincts inférieurs. Si, en Angleterre, les familles de pairs disparaissent, il n'en faut pas accuser la pairie, mais l'avidité d'aristocrates moralement dégénérés, qui épousent des héritières stériles.
Autant en peut-on dire de nos familles bourgeoises, enrichies par le commerce, l'industrie, par de gros héritages. Là aussi on pourchasse les héritières. Et il faut, surtout dans ce dernier cas, invoquer en outre une cause de? plus simples, la surabondance alimentaire, qui sûrement doit stériliser l'homme, comme elle stérilise les animaux. Je ne parle encore que de la stérilité involontaire. Mais, encore une fois, rien de tout cela n'est inhérent à la position sociale elle-même, mais bien au mauvais usage qu'en font des natures inférieures.
En trente-trois ans, nous dit-on, la population de la France ayant augmenté de 11,25 pour 100, celle des asiles d'aliénés a augmenté de 249,55 pour 100 (Lunier, Anti. »ieV/.-;jsî/c/i., janvier 1870), et des résultats analogues s'observent dans les autres contrées de l'Europe. Au contraire la folie serait très-rare chez les races non civilisées. Humboldt l'a cherchée en vain chez les indigènes de rAmérique. Selon Moreau (de Tours), il y aurait très-peu d'aliénés en Egypte et en Nubie. On pourrait se borner à répondre que, comme toute chose, le cerveau s'use d'autant plus qu'il travaille davantage. Mais les tristes résultats de la civilisation tiennent sûrement, pour la plus grande part, à notre vicieuse organisation économique, imposant à un grand nombre d'individus des souf-
frances pliysiques et morales nullement nécessaires à nn bon fonctionnement social. A coup sur la Chine est une nation civilisée, et pourtant le docteur Williams, après y avoir résidé douze ans, nous dit que l'aliénation mentale est trèsrare dans le Céleste empire.
« La civilisation, nous assure le docteur P. Jacobi, est le résultat de l'accumulation des habitants sur im territoire plus ou moins restreint » {Sélection, p. 535); et, d'autre part, les docteurs Lagneau, Stark, etc., nous démontrent, chiffres en mains, que les familles s'éteignent dans les villes. D'après le docteur Starck, la mortalité urbaine serait le double de la mortalité rurale. Mais là non plus il n'y a rien qui résulte d'une inexorable loi. Si la population s'entasse dans les villes, c'est que l'industrie capitaliste a besoin de bras et draine les campagnes. La vie urbaine elle-même n'est pas nécessairement homicide; elle l'est seulement pour les malheureux, les salariés, exploités à outrance et dans de lamentables conditions hygiéniques. A Paris, la mortalité des quartiers riches est fort inférieure à celle des quartiers pauvi'es et les épidémies frappent bien plus durement les seconds que les premiers. On ne saurait trop le répéter : les faits sociaux sont essentiellement modifiables; ils n'ont en aucune façon la rigueur des lois cosmiques ou physiques. Que signifient tous ces exemples lamentables et bien d'autres encore qu'on y pourrait ajouter? Sim]tlement que notre civilisation moderne suit une mauvaise route : mais qui peut nous empêcher de rebrousser chemin?
Le sacrifice des populations au Moloch moderne, au dieu Mammon, à l'industrie, n'est pas plus nécessaire que ne l'était, en Espagne, la sélection inquisiloriale, qui, nous dilGalton, a sacrifié, bon ou mal an, mille individus choisis parmi les plus intelligents, les meilleurs. Comme les particuliers, les nations îbnt souvent fausse route et, si elles s'y acharnent, elles déclinent et disparaissent, cela pour le plus grand bien de l'humanité. Telle a été la tragique destinée des anciens empires sémitiques, de l'Egypte, de Rome, etc. Cette fin lamentable, tous l'avaient méritée, mais tous auraient pu durer et vivre, s'ils n'avaient dévié du droit chemin. D'ailleurs aucune de leurs découvertes, de leurs conquêtes utiles, n'a été perdue pour leurs successeurs.
i\os l'^tats modernes doivent-ils périr comme les grandes nations primitives? Cela dépendra de leur degré de moralité. Toutes les dégénérescences, faussement attribuées à la civilisation elle-même, tiennent presque uniquement au mammonisme, à l'amour extrême de l'argent, qui aveugle la majeure partie de l'humanité dite civilisée. Piien de plus impartial que l'hérédité; elle transmet fidèlement ce qu'on lui donne. Maudsiey a mis le doigt sur la plaie de nos civilisations mercantiles, quand il a constaté que « l'extrême passion pour la richesse, absorbant toutes les forces de la vie, prédispose à une décadence morale et intellectuelle », que la descendance de l'homme, qui a beaucoup travaillé pour s'enrichir, est dégénérée physiquement et mentalement, quelle est égoïste, sans moralité, instinctivement fourbe, etc. Mais le mot civilisation ne veut pas dire « fureur d'accumuler » . Or de cette fureur dérivent toutes les maladies sociales, que l'on s'efforce de considérer comme essentielles à la civilisation. Qui dit civilisation dit développement moral et intellectuel. Donc, si nos sociétés sont malades, c'est qu'elles manquent d'intelligence et de moralité.
Prenons un exemple : la natalité française va décroissant toujours et produirait, dans un temps que l'on peut évaluer, l'extinction de la nation. Est-ce là un résultat fatal? Nullement. Il tient, pour la plus grande part, à une large
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pratique de ce que Mallhus a appelé Moral Restraint. Mais le mallhusianisme n'a d'autre raison d'être que le mode actuel de répartition du capital : de bonnes lois y remédieront, quand on le voudra.
Or il en est de même de toutes les fatalités soi-disant inéluctables, complaisamment énumérées pas nos amateurs de pessimisme.
Si mal connues que soient encore les lois de l'hérédité, elles peuvent s'utiliser aussi bien pour le progrès continu que pour la décadence. La civilisation n'est pas une roue de manège. Le progrès incessant est la condition de la durée, et une nation peut vivre indéliniment, à la seule condition d'en être digne.
Gh. Letourneau.
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UERDOLOT (Les deux).
Herhoidt (.JoH.\>' Da.mel). Né le 10 juillet 1764 à Apenrade, dans le Slesvig, lils d'un chirurgien qui dirigea ses pemières études, il fut reçu praticien de bonne heure et attaché au corps de santé de la marine. 11 a occupé les postes les plus importants de la carrière médicale civile et militaire. Reçu docteur en 1802, sa thèse ayant pour titre : Devita imprimis fœtus hiimani ejusque morte sub parlu, il devient professeur de médecine à l'Université de Copenhague en 1805, médecin en chef de l'hôpital Frederick eu 1819, plusieurs fois doyen du Collège de santé, recteur de l'Université, médecin d'État, directeur des hôpitaux maritimes, etc. 11 a publié un grand nombre d'ouvrages sur la cause de la cécité, les monstruosités, la matière médicale, etc. Il s'est beaucoup occupe comme doyen et recteur des réformes à apporter dans l'enseignement de la médecine, l'hygiène hospitalière, etc. Il a perfectionné certains procédés opératoires, est l'inventeur d'une pince hémostatique, etc. ; a tra'duit en danois, avec Rafn, divers ouvrages français, entre autres : la Vie et la mort, de Bichat. 11 s'est occupé d'électricité médicale et n'a cessé de donner jusqu'à sa mort, arrivée le 18 février 1836, les preuves d'une grande activité. Nous citerons parmi les ouvrages de Herholdt :
I. Uebersicht der vornehmsten Ursachen der Blindheil. Copenhague, 1787, ia-8''. — II. Afhandling om et nyi bîoodstillcnde Instrument. Copenhague, 1790, in-S". — III- Observatio de affeclibus morbosis virginis hafniensis. cui plurinue acus e variis corporis partibus excisœ et extradée sunt. Copenhague, 1822, in-8°. — IV. Arkiv for Làgevidenskabens Historié i Daninark. Copenhague, 1823, in-8°. — V. lieskrivelse over et menneskeligt Misfoster. Copenhague, 1828, 1829, in-4°. — YI. Samlinger til den danskc Medicinalhisforie. Copenhague, 1833-1855, in-S". A. D.
606 HÉRISSANT (Les deux).
Ilerholdt (Johan-Frederik-Wilhelji). Né à Apenrade le 21 janvier 1778, frère du précédent, a fait comme lui ses études à Copenhague, est devenu chirurgien militaire, a passé son examen devant l'Académie de chirurgie en 1800, ce qui lui pei^mit d'être nommé chirurgien en chef de la flotte. Il est mort à Copenhague, le 18 août 1834. A. D.
UKRUO\DAViLLU OU ino:vDEVii.K>E (Henri de). Chirurgien français du quatorzième siècle, fut disciple de Jean Pitard, premier chirurgien de Saint- Louis, de Théodoric et de Lanfranc. Il enseigna à Montpellier, où il eut pour élève Guy de Chauliac, puis vint à Paris où Philippe le Bel l'admit, vers 1285, au nomhrc de ses archiâtres; il enseigna également à Paris. Il composa en 1306 cinq traités sous le titre de Chirurgia et AntUlotarium; la Sorbonne en possède un manuscrit dont l'écriture est du quinzième siècle. L. Hn.
DEUICIUIU. Genre de Champignons-Basidiomycètes, du groupe desHydnacés, établi par Persoon pour quelques espèces àllydnum chez lesquelles le réceptacle charnu est pourvu de longs aiguillons hyménophores, placés sur le sommet du cliapcau ou du stipe quand le chapeau manque.
Les llericùwi font le passage des llydnum aux CInvaria. Des quatre espèces connues, les plus intéressantes sont VU. eruiaceum Bull, et 17/. coralloides Scop. Le premier est V Hérisson ou Barbe des arbres de Paulet {Traité des champ., 2, p. -424, pi. 193). Son chapeau, très-grand, convexe, cordiforme, d'abord blanc, puis jaunâtre, est tantôt sessile, tantôt supporté par un pédicule court, simple et latéral ; il est garni à son sommet d'aiguillons minces, pendants et étages, longs de 2 à 5 centimètres. VU.erinaceum croit dans les grands bois sur les vieux troncs de chênes et de hêtres. Il est comestible. On l'accommode comme le champignon de couche, dont il a le goût. L'//. coralloides est également comestible, mais il est moins estimé. C'est la Corne de cerfoa la chevelure des arbres couleur de chair, de Paulet {loc. cit., 2, p. 427, pi. 195, fig. 34). On le trouve dans les forêts sur les vieux arbres, surtout sur les chênes. Il est dépourvu de chapeau. Son stipe, d'abord blanc, puis jaunâtre, est ramifié en broussaille et les rameaux sont garnis, à leur extrémité, de longs piquants charnus en forme de poinçons et très-fragiles. Ed. Lef.
llERl^VG (Eduard von). Physiologiste allemand, né à Stuttgard le 20 mars 1799, mort dans cette ville le 28 mars 1881. Il fut professeur depuis 1822 à l'École de médecine vétérinaire de Stuttgard dont il devint le dn-ecteur par la suite. Il s'occupa beaucoup des parasites, publia plusieurs ouvrages de médecine vétérinaire, collabora au Canstatl's Jahresbericht , etc. Il a fait des recherches remarquables sur le pouls : Versuche ilber das Verhàltniss zwischen der Zahl der Puise und der Schnelliglceit des Blutumlaufs {Tiedemann's u. Treviranus" Zeitschrift, 1828, 1833; Griesingers Archiv f. physiol. Heilk., 1850, 1855). L. Hn.
HÉRISSANT (Les deux).
Hérissant (François-David). Savant anatomiste du dernier siècle, a publié des travaux importants. L'un de ses plus intéressants mémoires est celui qui traite de la respiration et des mouvements propres du poumon ; ses recherches