‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.49Chapitre 3 sur 22 · SO · texte numérisé non relu

SO

Fig. 1. — Ilémaloscope vu de face, grandeur naturelle.

La disposition de ces diverses parties est représentée en coupe dans la figure 2,

La lame inférieure (/i) est séparée de la lamelle supérieure (/s) par un espace prismatique S représenté en noir (et un peu exagéré dans la figure).

La lame inférieure porte à ses deux extrémités les agrafes de laiton, celle de gauche a, g, maintient les lames en contact, celle de droite présente un talon

DICT. ENC 4" S. XIIL 3

54 IIEMATOSGOPIE.

{t), ayant 5 dixièmes de millimètres d'épaisseur, qui détermine l'écartement des deux lames ; ces deux agrafes forment les deux rainures ou coulisses dans lesquelles la lamelle supérieure glisse à frottement doux {voy. lig. 1 et 2).

Une échelle graduée en millimètres est gravée sur la plaque inférieure, elle s'étend de 0 à GO millimètres. Il résulte de celte disposition que, si l'on fait pénétrer du sang entre les deux lames, celui-ci forme une couche dont l'épais-

Lt é

Fig. 2. — Coupe do l liémaloscope.

seur varie de gauche à droite entre 0 et 500 millièmes de millimètres ou micra.

On peut mesurer l'épaisseur de cette couche au niveau de chaque division de l'éclicUe : en effet, chaque longueur de 1 millimètre correspond à 5 millièmes de millimètres, en d'autres termes, la pente de la lamelle supérieure est de 5 millièmes de millimètres pour 1 millimètre.

Pour calculer l'épaisseur en millièmes de millimètres ou micra il faut simplement multiplier le chiffre de réchelle par 5.

Lorsqu'on introduit du sang entre les deux lames en en déposant quelques gouttes sur la tranche inférieure, ce liquide pénètre par capillarité et s'étend en couche d'une épaisseur graduellement progressive, de sorte que la coloration nulle à U devient rougeàtre, rouge, carminée et de plus en plus intense vers 60.

Le sang présente donc une teinte progressivement plus foncée de gauche à droite, ainsi qu'on peut le voir dans la figure 1. Il est évident que la teinte sera d'autant plus foncée que le sang contiendra une plus grande quantité d'oxyhémoglobine ou matière colorante active, ce qui permet la mesure comparative et même quantitative de la richesse du sang en matière colorante active.

Introduction du sang dans l'hématoscope. Pour examiner le sang recueilli sur un animal, il suffit d'en laisser tomber quelques gouttes dans la rainure inférieure que forment les plaques de verre, au-dessus de l'inscription « hématoscope d'Uénocque », en inclinant les plaques de façon que le sang pénètre entre elles par l'action de la pesanteur et par capillarité.

La capacité de l'espace prismatique est de 90 millimètres cubes, mais en pratique il faut obtenir six gouttes de sang pour bien remplir l'hématoscope.

Pour examiner le sang de l'homme il faut pratiquer à la partie externe de la pulpe du petit doigt une piqûre à l'aide d'une lancette ou, de préférence, au moyen de Vaiguille hématoscopiqne ; disposée de manière à pouvoir pratiquer une piqûre ne dépassant pas une étendue linéaire de 1 millimètre ; cette lancette minuscule porte un talon qui en limite la pénétration dans les tissus, elle peut être rendue aseptique par le flambage, ou par tout autre moyen.

Pour faire pénétrer le sang entre les lames, on applique le bord inférieur de l'hématoscope au niveau de la piqûre, et le sang tomhant directement dans la rainure se distribue également entre les deux lames :

L'hématoscope simpliûe l'analyse spectrale de la matière colorante du sang et de ses diverses modifications.

En effet, si l'hématoscope chargé de sang pur est placé devant la fente d'un

IIlUlATOSCOPIE. 55

speciroscopc, on peut étudier les bandes d'absorption que présente l'ox^hémo- "lobine sous dilTérenlcs épaisseurs. En faisant mouvoir lentement riiématoscope de "auche à droite, on constatera successivement l'apparition des deux bandes d'absorption caracléristiqiies de V oxyhémoglobine, puis leur élargissement, et enfui leur confusion, en même temps que la disparition de l'espace vert qui les séparait ; en d'autres termes, on observe le sang sous des épaisseurs variant de 0 à 500 millièmes de millimètre, et par conséquent c'est à peu près comme si l'on examinait des dilutions graduées de sang variant entre 1/00 et 1 (en admettant que le liquide servant à la dilution n'ait aucune action sur les principes colorés du sang) [Comptes rendus de la Soc. de biuL, p. 700, 760, i iC [188ij). Toute modification de la matière colorante est facilement étudiée ; le mélange d'oxyhémoglobine et d'hémoglobine réduite, la présence de la métliémoglobine, de l'hémoglobine oxycarbonée, et en définitive tous les dérivés de l'hémoglobine, présentent dans l'hématoscope leurs réactions spectrales caractéristiques.

L'hématoscope peut servir non-seulement à l'analyse qualitative de ces divers composés, mais encore à l'analyse quantitative du plus important d'entre eux, l"oxyhémoglobine [Comptes rendus de la Soc. de biol., p. 12, 62, 70, 081 [1885]). Principe de la méthode. Lorsqu'on examine avec le spectroscope le sang contenu dans l'hématoscope, et qu'on étudie l'espace intermédiaire entre le moment d'apparition des deux bandes caractéristiques de l'oxyliémoglubine et celui où les bandes sont confondues, c'est-à-dire la disparition du vert, on perçoit, à une certaine épaisseur du sang, un aspect caractéristique des bandes, que j'ai décrit sous le nom de phénomène des deux bandes également obscures et qui peut être formulé comme il suit :

Théorème. Le sang contenant 14 pour 100 d'oxyhémoglobine, examiné à la lumière du jour sous une épaisseur de 70 millièmes de millimèlre avec un spectroscope à vision directe, à une dislance ne dépassant pas 1 millimètre, présente les deux bandes caractéristiques de l'oxyhémoglobine avec une teinte noire également obscure. Elles ont aussi une étendue égale dans le spectre, si on les mesure en longueurs d'ondes ; elles occupent les espaces de 550 à 550 et de 570 à 590 millionimètres ou ),.

U est facile de comprendre que le phénomène des deux bandes égales étant pris pour type se produira sous des épaisseurs différentes suivant que le sang est ]dus ou moins riche en matière colorante active ou oxyhémoglobine, et, lorsqu'on étudiera le sang dans un hématoscope, on percevra les deux bandes égales sous une épaisseur d'autant plus grande que le sang sera plus anémique. C'est l'étude de la loi de ces variations qui permet de faire l'analyse quantitative de l'oxyhémoglobine avec l'hématoscope.

Procédés. Tous les spectroscopes peuvent servir à examiner le sang dans l'hématoscope, à condition d'appliquer la plaque sur la fente, ou à distance fixe, de l'éclairer convenablement et d'en présenter successivement les diverses divisions de 0 à 60, au-dessous de la fente.

Le premier procédé très-simple est applicable aux examens rapides que comportent la clinique et les expérimentations on les observations doivent être multipliées en un court espace temps.

11 consiste à examiner le sang à l'aide d'un spectroscope à vision directe : tenant l'hématoscope de la main gauche et verticalement, on se place devant une fenêtre de façon à recevoir la lumière solaire diffuse ou d'un rédecteur de porcelaine blanche.

56 IIKMATOSCOPIE.

Prenant le spectroscopc de la main droite, on applique la fente en dedans de l'agrafe ganche de riiématoscope, près du zéro, et on fait glisser l'instrument de façon à examiner successivement les diverses parties de la division 0 à la division 60.

On peut ainsi observer des phénomènes identiques à ceux que présente l'exaniea de solutions plus ou moins concentrées de sang. Les deux bandes apparaissent vers 5 à i niillimèlres ; elles deviennent plus foncées, égales vers 14; puis elles s'élargissent en s'estompant vers leurs bords, l'espace intermédiaire "vert se rétrécit, diminue, et entin disparaît.

On note les divisions auxquelles ces trois phénomènes sont observés, de façon à pouvoir comparer les trois résultats.

Une rclielle de concordance permet de lire sans calculs la quantité d'oxyliémoglobine contenue dans le sang, sous les diverses épaisseurs auxquelles on observe le phénomène des deux bandes égales. Il est indispensable, si l'on veut pouvoir comparer et discuter les résultats obtenus, de les exprimer suivant cette notation (|ui est basée sur les lois (ïahwrption spectroscopiqiie, et sur des examens ré|)étés de sang pur, de sang défibriné, de sang dont le fer a été dosé, et dont la capacité respiratoire a été mesurée.

Cette échelle indique quelle est la quantité d'oxyhémoglobine correspondante à la distance en millimctres à laquelle la fente du spectroscope est placée pour constater le phénomène des deux bandes égales.

Dans le second procédé, au lieu de pratiquer les recherches avec les mouvements de la main, on emploie des appareils dénommés hémato-spectroscopes qui sont disposés de manière (jue, l'hématoscope étant fixé sur un support comparable à celui d'un microsco[)e, on peut exécuter tous les mouvements mécaniquement et en outre, grâce à une échelle latérale, détermmer en longueur d'onde l'étendue et la position des bandes. Ces appareils servent à l'étude et à la démonstration. Enfin Y hémalo-^pectroscope double, instrument formé de deux hématoscopos à vision directe réunis sur une fente commune, permet à deux personnes d'étudier les phénomènes spectroscopiques et de se contrôler réciproquement dans leurs examens. En somme, avec l'hématoscope on détermine la quantité d'oxyhémoglobine, on connaît la richesse du sang en matière colorante active; il reste à apprécier la durée de le réduction de l'oxyhémoglobine dans les tissus.

11. Mesure oe i.\ durée de la réduction de l'oxyhémoglobine a la surface soususGuÉALE DU l'OLCE. Lorsqu'on examine à la lumière du jour la surface de l'ongle du pouce avec un spectroscope à vision directe, on aperçoit la première bande d'absorption du sang, masquant le jaune et s'étendant à droite de la raie I); quelquefois ou reconnaît aussi un peu pins loin vers la raie E, dans le jaune vert, la seconde bande, mais plus étroite et moins foncée. Si l'on applique autour de la première phalange du pouce une forte ligature avec un tube de caoutchouc, et «pie l'on observe l'ongle avec le spectroscope, on voit, au bout de quelques secondes, la deuxième bande pâlir et disparaître, puis après un temps de vingt-cinq à trente-cinq secondes on voit apparaître le jaune, la première bande pâlit peu à peu et finit par disparaître, de sorte que le spectre est continu, quoique présentant assez longtemps une légère teinte sombre entre D et E. Ces phénomènes se succèdent en un temps variable, entre quarante et quatrevingt-dix secondes. J'appelle virage le moment d'apparition du jaune, et durée delà réduction tout le temps qui sépare l'application de la ligature de la dispa-

UKMATOSCOPIE. 37

ritiou complète de la bande principale (a), la seule dont on ait à se pre'occuper. Aussitôt qu'on enlève la ligature, on voit réapparaître celte bande et elle olïre même une plus grande intensité qu'avant l'application du lien.

Ces phénomènes s'expliquent facilement : en eiïet, la ligature isole dans le pouce une certaine quantité de sang artérialisé, on perçoit pendant quelque temps les bandes de l'hémoglobine oxygénée, puis la réduction par les échanges interstitiels se fait, l'oxygène est consommé et, l'hémoglobine réduite ne présentant pas de bande d'absorption assez intense pour être perçue à travers l'ongle, le spectre réapparaît sans bande d'absorption.

Diverses expériences ont démontré que le sang extrait alors de la pulpe du pouce est de coloration veineuse et contient de l'hémoglobine réduite. On peut donc considérer la durée de la réduction comme représentant le temps nécessaire pour la consommation de l'oxygène du sang dans le riche réseau vasculaire placé sous l'ongle du pouce.

Pour apprécier cette durée de réduction il faut procéder méthodiquement; on peut pour la clinique se servir d'un spectroscope à vision directe tel que le fabrique à Paris M. Lutz, suivant mes indications, ou bien des petits spectroscppes de poche de Duboscq, de Nachet, de Verlein, etc. Le sujet à observer étant placé près d'une fenêtre de façon que l'ongle reçoive la lumière solaire plus ou moiuj diffuse, on applique la pai'tie inférieure du dis(jue qui porte la fente sur la portion cutanée de la phalangette du pouce située entre la lunule et l'articulation de la phalangette, on incHne le spectroscope au-dessus de l'ongle de façon à voir le spectre et la bande a de l'oxyliémoglobine, et alors on enroule rapidement autour de la phalange un tube de caoutchouc de façon à faire une ligature bien serrée ; on note alors au moyen de la montre à secondes le moment où la bande caractéristique disparaît, et l'on a ainsi la durée de la réduction [Gazette hebdom., 1886, p. 69r>).

La durée de réduction varie entre vingt-cinq et quatre-vingt-dix secondes, la moyenne oscille entre cinquante-cinq et soixante-cinq secondes, elle varie chez le même individu suivant les diverses conditions de l'état physiologique, la diète, le repos, le sommeil, l'état de la digestion, les efforts, l'influence du froid, des bains, des ablutions, mais ces variations sont peu étendues et passagères. Les oscillations normales se font entre cinquante-cinq et soixante-cinq secondes, des efforts répétés, les bains, peuvent faire varier la durée entre quarante-cinq et soixante secondes, mais les modifications sont bien plus considérables suivant les états pathologiques et suivant les médications. Je n'insiste pas sur les nombreuses observations que j'ai faites à ce sujet, parce que, la durée de la réduction dépendant non-seulement de l'activité des échanges entre le sang et les tissus, mais aussi de la richesse du sang en oxyhémoglobine, il est indispensable de réunir ces deux facteurs et de les comparer l'un avec l'autre pour apprécier l'activité des échanges qui déterminent la réduction de l'oxyhémoglobine ou en d'autres termes la consommation de l'oxygène.

m. Mesure de l'activité de la réductio.n. Pour rendre ces résultats comparables, il a fallu établir une unité d'activité de réduction et je l'ai déterminée de la manière suivante :

L'expérience m'a montré que chez l'homme vigoureux et bien portant dont le sang contient 14 pour 100 à' oxyhémoglobine la durée de réduction est de soixante-dix secondes, chez les individus dont le sang contient 13 pour 100 d'oxyhémoglobine la durée de réduction est de soixante-cinq secondes. Si l'on

58 IIÉMATOSCOPIE.

admet que la réduction se fait uniformément, on conclura que le premier en une seconde aurait consommé 14/70 pour 100; le second 13/65 pour 100, soit l'un et l'autre 0,2 de la quantité d'oxyhémoglobine du sang. C'est cette quantité qui est prise ]iour unité d'activité de réduction et une formule très-simple permet de calculer l'activité correspondante à des durées de rédaction et à des quantités d'oxyhémoglobine déterminées.

.,..,,, ,, . quantité d'oxyliémoglobine . ,, ,

L activité de réduction ou £= -, — -, — , , , — ^ X<J, en d autres

durée de réduction

termes, l'activité de réduction exprimée en unités d'activité est égale à 5 fois le quotient du chiffre exprimant la quantité d'oxyhémoglobine pour 100 par le chiffre exprimant la durée de la réduction. Dans la pratique cette formule peut être simplifiée de la manière suivante : on divise par 2 le quotient de lu quantité par la durée et l'on multiplie ]iar 10.

L'activité de réduction ainsi évaluée exprime l'activité des échanges entre le sang et les tissus dans une partie de l'organisme, la phalange du pouce, c'est-àdire un organe comprenant la peau et son tissu sous-cutané, les vaisseaux souscpidermiques, en plus du tissu tendineux et un os : la phalangette. On peut considérer les résultats obtenus comme exprimant une grande partie des. phénomènes d'échanges et en particulier le phénomène de la consommation de l'oxygène du sang par les tissus; nous possédons par conséquent un moyen nouveau d'apprécier l'activité des échanges et l'élude de ses variations, dans l'état de maladie, qui offre une importance considérable.

Variations de racllvUé de réduction. J'ai fait un grand nombre d'observations sur les modifications de l'activité chez deux cents individus différents et dans les conditions les plus diverses de santé, de maladie, et sous l'influence des médications les plus habituellement appliquées.

Je ne puis ici qu'en résumer les principaux résultats. L'activité de réduction oscille au-dessus et au-dessous de la normale égale à 1. Elle peut être voisine de la normale, c'est-à-dire de 0,80 à 120. Elle peut être augmentée et exagérée, c'est-à-dire de 1,25 à 2,50. Elle peut être diminuée, c'est-à-dire de 0,40 à 0,75.

La diminution de Vaclivité a varié entre 0,40 et 0,75 dans 25 cas, dans 9 cas, elle a été voisine de la moitié de la normale, dans 16 cas, elle est au-dessous des 3/4 de celle-ci. Il s'agît dans la plupart des observations de chloro-anémies, d'anémies par métrorrhagies répétées et dephthisie. L'activité la plus faible a été trouvée dans des cas d'anémie pernicieuse, d'anémie chez des cuisiniers, enfin dans le diabète et chez des épileptiques.

En génénil, la diminution d'activité est en rapport direct avec la diminution d'oxyhémoglobine, mais il y a des exceptions. Par exemple, des épiletiques avec

11 et 13 pour 100 d'oxyhémoglobine ont présenté une activité faible de 0,60. Dans un cas d'embarras gastrique avec 13 pour 100, l'activité n'était que 0,75. Dans la chlorose avec 11 pour 100, l'activité peut descendre à 0,60. Dans la croissance au moment de l'établissement des règles, j'ai noté une activité de

12 pour 100 d'oxyhémoglobine; enfin, chez les individus obèses, l'activité se ralentitnotablement et indépendamment de l'anémie.

h' augmentation de Vactivité de réduction a été observée dans 29 cas se répartissant ainsi: 9 cas de 1,50 à 1,75 et même 2, soit 1 fois 1/2 à 2 fois la normale, avec une quantité d'oxyhémoglobine de 8 à 14 pour 100; 15 cas de 1,40 à 1,45, avec une quantité d'oxyhémoglobine de 10 à 14,5 pour 100;

HÉMATOSCOPIE. 59

ô cas de 1,22 ù 1,26, avec une quantité d'oxyhcmoglobine de 10 à M, 5 pour

Ces faits comprennent des observations prises à l'état de santé, ou chez des hommes à tempérament sanguin, des arthritiques, des herpétiques, pendant les manifestations congestives ou inflammatoires, telles que les congestions pulmonaires, l'angine et la fièvre herpétique, les accès de rhumatisme subaigu, le purpura rhumatismal, enfin certains cas de glycosurie.

L'exagération de l'activité peut avoir lieu même avec des quantités d'oxyhémoglobine faibles, de 8 à 9 ou 9,5 pour 100 dans l'irritation spinale, l'alcoolisme, chez des individus sanguins à la suite d'hémorrhagies.

L'influence de douches chaudes, de bains de piscine, peut doubler momentanément l'activité de réduction. Une marche prolongée, des efforts musculaires répétés, augmentent l'activité de réduclion.

L'activité moyenne, c'est-à-dire variant de 0,80 à 1 et 1,2, a été obsei'vée dans cent soixante-quinze cas et dans des conditions si variées qu'il n'est pas possible d'en donner un résumé même succinct. Un fait prédominant et remarquable est que l'activité de réduction peut al teindre la normale, alors même qu'il y a une quantité faible d'oxyliémotrlobinc : par exemple, chez un goutteux, à la fin d'un accès, l'activité a été de 1 avec 7,5 pour 100 d'oxyhcmoglobine; elle a été également normale avec 9 pour 100 chez un arthritique alcoolique, avec 9,0 pour 100 chez une cuisinière anémiée, avec 9 pour 100 chez une tuberculeuse, 10 pour 100 chez une femme affectée d'asystolie. 11 n'est pas rare de trouver l'activité normale avec 11 pour 100, et ce fait s'est présenté chez plusieurs médecins.

Il s'établit dans ces cas une sorte de compensation entre la durée de la réduction et la quantité d'oxyhémoglobine, d'où il résulte qu'avec un sang pauvre les fonctions s'exécutent d'une manière satisfaisante, grâce au ralentissement ou à la rapidité des échanges suivant les cas, mais cet équilibre peut être rompu par une complication accidentelle ou pathogénique. C'est ce que l'étude de l'activité de réduction démontre, soit dans le sens de la diminution, comme chez les chlorotiques au moment de l'établissement des règles et pendant la croissance, soit dans le sens de l'exagération, comme chez les arthritiques, les herpétiques, les cardiaques, les emphysémateux.

Applications thérapeutiques. Les médications produisant des modifications de l'activité de la réduction, qu'il est très-intéressant de constater et de suivre dans le cours du traitement, afin d'apprécier l'effet produit par les agents thérapeutiques sur la quantité d'oxyhémoglobine et sur l'activité des échanges. C'est ainsi qu'on peut déterminer l'action de la médication ferrugineuse arsenicale, sulfureuse, par l'arséniate de fer, les alcalins, les iodures, et en général de tous les médicaments qui agissent sur la composition du sang ou modifient la nutrition.

Par exemple, chez un pléthorique emphysémateux, l'iodure de potassium à la dose quotidienne de 1 gramme pendant vingt jours a modifié l'activité de réduction de façon à l'abaisser de 1,25 à 0,80, en même temps que la quantité d'oxyhémoglobine est descendue à 15 pour 100. Dans des conditions opposées un vieillard athéromateux, avec congestion pulmonaire, dyspnée, cyanose des extrémités, présentait une hématose incomplète, de façon que le sang ne renfermait que 9 pour 100 d'oxyhémoglobine mélangée avec de l'hémoglobine réduite et une activité de 0,50 ou moitié de la normale ; chez ce malade l'u-

40 IIÉMATOSCOPIE.

sage de l'iodure de sodium (6 grammes en six jours) a doublé l'activité de la réduction, c'est-à-dire l'a ramenée à l'unité, pendant que le sang renfermait 10 pour 100 d'oxyhémoglobine.

L'héniatoscopie offre une utilité incontestable pour l'étude des médications thermales ou hydrothérapiques ; elle permet d'apprécier l'action thermale et hydrorainérale pour ainsi dire jour par jour et avec les incidents divers qui peuvent se produire : c'est ainsi que j'ai constaté que les grandes douches d'Aix peuvent amener l'exagération de l'activité de réduction de 1 à 2 et même davantage. La piscine avec mouvements de natation a amené une élévation de l'activité de 1,20 à 2,50, c'est-à-dire qu'elle a doublé. De même à Saint-Ilonoré-les- Bains j'ai constaté une augmentation de l'activité de réduction. A la suite de bains de piscine, celle-ci s'est élevée dans les premieis bains de 0,75 à i ou de 1 à 1,25, la rapidité de la réduction après la piscine a été observée chez plusieurs individus concurremment avec l'élévation du pouls.

I/hématoscopie permet en outre de reconnaître le mélange de l'hémoglobine réduite avec l'oxyhémoglobine, et ce phénomène se produit dans les états asphyxiques, dans l'agonie, dans l'état de cyanose et en général lorsque l'hématose e>t incomplète; ce mélange existe daus le cas de maladie bleue où il est cependant possible d'observer le pliénoinène de la réduction au pouce.

L'héniatoscopie peut démontrer la présence de la méthémoglobine dans le sang, mais jusqu'à présent cette constatation n'a été faite que sur des animaux.

Les applications de l'hématoscopie à la physiologie et à la toxicologie ne sont pas encore nombreuses, cependant mes recherches sur la paraldéhyde, sur l'antipyrine, l'acétophénol. la thalline et l'anlifibrine, ont démontré que, lors même que ces toxiques donnés comme agents thérapeutiques n'amènent pas de profondes modifications dans le sang, ils agissent sur l'activité de la réduction en même temps que sur la quantité d'oxyhémoglobine contenue dans le sang.

A doios toxiques, on pourra retrouver par Ihématoscopie la méthémoglobine et même en apprécier la quantité relative. J'ai pu ainsi déterminer chez ce cobaye l'époque d'apparition de la transformation du sang en méthémoglobine et la durée de l'élimination de la méthémoglobine. Les deux modes d'examen du sang qui constituent l'hématoscopie peuvent être employés conjointement ou séparément [Comptes rendus de la Soc. de bioL, 1885, p. 669; 1884, p. 146).

Chez les cobayes on peut étudier la durée de la réduction par un procédé analogue à celui de l'examen du pouce chez l'homme : en effet, si l'on examine au spectroscope la surface plantaire de ces animaux lorsque celle-ci n'est pas noire, on peut observer la bande principale de l'oxyhémoglobine et, si l'on applique une ligature avec un tube de caoutchouc autour du cou-de-pied, on peut observer la disparition de la bande et mesurer la durée de réduction : celleci est en moyenne de 00 à 70 chez les cobayes dont le sang contient 15 à 14 pour 100 d'oxyhémoglobine.

Les procédés complémentaires de l'hématoscopie sont la reproduction photographique du sang contenu dans l'hématoscope, et l'étude diaphanométrique ou chromométrique du sang à l'aide d'un hématoscope d'émail.

La photographie du sang sera décrite à l'article Photographie (médicale) du Dictionnaire, il nous suffit de dire qu'elle est un moyen de contrôler les résultats observés au spectroscope. Le second procédé est basé sur l'appréciation de la transparence du sang observé en couche mince d'épaisseur progressive.

Sur une plaque d'émail blanc sur laquelle sont tracés des chiffres, des lettres

HÉMATOXYLON (emploi). 41

et (les divisions millimétriques servant d'échelle, on superpose l'iiémaloscope chargé de sang. La partie peu épaisse et peu colorée du sang laisse lire les lettres et les chiffres, mais les uns et les autres disparaissent dans la partie épaisse et plus colorée; il est évident qu'on lira d'autant plus de lettres et de chiffres que le sang sera moins chargé de matière colorante ou oxyhénioglohine. L'échelle de cliiffres a été établie de façon que les chiffres correspondent à des quantités d'oxyhémoglohine déterminées, et le dernier cliiffre lu distinctement indique la quantité d'oxyhémoglobide contenue dans 100 grammes de san"' avec une approximation suffisante pour que ces résultats soient com|)arables. Le procédé diaphanométrique permet d'ajiprécier la quantité d'oxyhémo"lobine et surtout la présence d'hémoglobine réduite dans le sang extrait des vaisseaux et introduit dans l'hématoscope. A. IIiïinocque.

HÉMATOSIXE. Lecanu a décrit sous ce nom l'hématine {voy. Hémoglouise). a. 11.

nÉMATOXYLii\E. C'H'^O^ -f-o(l*0. Matière colorante, isolée du Lois de campêche pour la première fois, en 1810, par Chevreul, sous le nom àliématine; ce nom a été changé depuis en celui dliématoxyline pour ne pas la confondre avec l'hématine du sang. En ISiS, Erdmann a extrait ce corps, non plus au moyen de l'eau et de l'alcool, comme ses prédécesseurs, mais au moyen de l'éthcr, et l'a obtenu sous forme de petits prismes jaune de miel, dont la poudre est blanche ou jaune pâle ; ces cristaux possèdent une saveur douceâtre qui rappelle celle du jus de réglisse et se dissolvent peu dans l'eau froide, aisément dans l'eau chaude, l'alcool et l'élher, qu'ils colorent en jaune. L'hématoxyline se dissout dans les alcalis avec une coloration rouge pourpre ou violette qui passe au jaune, puis au brun. L'alun et les sels de plomb la précipitent de ses solnlions.

La solution ammoniacale laisse déposer par évaporation des cristaux violet foncé (ïhématéine ammoniaque ou hématéate d'ammoniaque, dont 0. liesse, en 1858, a déterminé délinitivement la composition, ainsi que celle de l'hématoxyline. Vhématéine (CHV''O^YAz s'obtient en précipitant la solution d'hématéine ammoniaque par l'acide acétique; elle constitue un dépôt rouge brun, volumineux. On peut l'obtenir sous forme de grains cristallins d'un noir violacé, à reflets métalliques; elle se dissout dans l'eau et la colore en pourpre foncé. Elle repasse à l'état d'hématoxyline quand on la traite par le zinc et l'acide sulurique, ou par l'acide sulfureux.

L'hématéine colore l'alcool en brun rouge et l'éther en jaune d'ambre ; elle 'précipite en bleu les sels de plomb et de cuivre. Enfin sa solution ammoniacale donne avec la plupart des sels métalliques des laques bleues ou violettes. C'est l'hématéine qui agit dans la teinture par le campêche.

Rappelons encore que l'hématoxyline est très-employée dans la technique histologique à l'état de solution dans l'alcool ; ce réactif colore spécialement les noyaux des cellules. On l'emploie en outre mélangée avec l'éosine.

L'hématoxyline n'est guère employée en médecine {voy. Hiîmatoxylo>). L. Hk.

nÉMATOXYLOlX. g I. Botanique. Voy. CamPÊCHE, 1" sér., t. XII, p. 30.

§ II. Emploi médical. C'est en 1746 que ce médicament fut introduit pour la première fois dans la pharraaoopée de Londres sous le nom de Lignum

42 UÊMATOXYLON (emploi).

tinctile Campechense. Aujourd'hui ce sont les médecins de langue anglaise qui le prescrivent encore soit en Grande-Bretagne, soit aux colonies.

L'hémaloxylum n'est autre que les copeaux du bois de Campèclie, employé dans l'industrie et désigné par les botanistes sous le nom (Vllematoxylon Campcchianum {Logwood, Peachwood ou Campechy-ivood des Anglais; Kampeschenholz et Blauholz des Allemands et Campeggo des Italiens).

Importé sous forme de bûches de teinte brun noirâtre à l'extérieur, rouge foncé ù l'intérieur, ce bois est réduit en copeaux de couleur d'un rouge violacé, d'odeur douce et de saveur astringente, qualités qu'ils partagent avec les produits d'autres végétaux de la famille des Légiimineuses-Césalpiniées.

La substance colorante qu'il renferme a reçu le nom d'hématoxyline. Les copeaux de bonne provenance en contiennent 9 à 10 pour 100 de leur poids.

Action et usages THÉRArEUTiQUE?. Les propriétés physiologiques du bois de Campèclie et de l'hématoxyline sont encore à étudier. On le considère cependant et on l'emploie comme astringent et comme tonique.

En Angleterre, Ralfe, Corrigan, Wilks, Wilshire, Budd, ont fait connaître des cas de dysenterie et de diarrhées rebelles contre lesquelles ils en firent usage avec succès. On l'a recommandé également contre la diarrhée chronique des enfants, mais en remarquant la IVéquence des phlébites après son administration.

C'est encore à titre d'astringent et de tonique que l'hematoxylon a été administré contre les fièvres adynamiques des pays chauds, que M. Cotton l'a employé comme topique sur les plaies et que l'extrait de Campèche a servi au pansement des cancers, des fongus hématodes et des ulcères phagédéniqucs dans les observations publiées en Angleterre par Woodward, Dermates et autres.

Mode d'administration et doses. La décoction de bois de Campèclie s'obtient avec un mélange de 50 grammes de bois de Campèche et de Ss^TS de cannelle pour 000 grammes d'eau. Telle est la décoction antidy sente rique de Ralfe.

Le même observateur recommande encore Vextrait aqueux du bois de Campèche., préparé par l'infusion pendant vingt-quatre heures d'une partie du bois concassé dans dix parties d'eau bouillante. On réduit ensuite au bain-marie jusqu'à consistance convenable. La dose d'extrait varie de 10 à 50 grammes.

Dans le traitement de la dysenterie, Ralfe combine l'emploi de l'hématoxyline avec celui de l'huile de ricin. D'après ses statistiques, il aurait obtenu six guérisons dans une série de onze dysentériques chez lesquels la durée du traitement aurait été de trente-trois jours. Comme le remarquent les auteurs qui ont fait l'essai de ce médicament, ces statistiques ne sauraient être décisives, puisque dans plusieurs cas le médecin anglais prescrivait l'ipécacuanha en même temps que l'extrait de Campèche.

Un des effets les plus constants est la coloration rouge des urines après l'administration de la décoction de bois de Campèche. Quant aux vertus thérapeutiques de ce bois, elles sont fort douteuses. Ch. Éloy,

Bibliographie. — Corrigan. The L. Med. Becoi-d, 1848, t. I, p. 43. — Hutchinso\. Eodcm loco, 1858, p. 276. — Budd. Eodem loco, 1856, p. 49.— Wilks. Med. Times and Gaz., 1862, t. I, p. 258. — AYiLSHiRE. The Lancet, 1862, t. II, p. 63. — Desmartes. Eodem loco, 1862, t. II, p. 252. Woodward. Eodem loco, 1862, t. II, p. 362. — Cottox. Med. Times and Gaz., 1875, t. II, p. 125. — Flùckiger et IIanbury. Histoire des drogues d'origine végétale, trad. par de Lancssan, 1878. — Ralfe. The Lancet, 1880, t. I, p. 321. — Gdeler et LAnuÉ. Commentaires thérapeutiques du Codex, 1885, p. 43. — Roux. Traité des maladies des pays chauds, 1886. Ch. É.

HÉMATOZOAIRES. 43

nËMATOZOAiUE!^. On appelle Hématozoaires {auj.a, sang; 'ÇSio-j, animal) les animaux qui vivent, soit normalement, soit accidentellement, dans le sang d'autres animaux. Ces parasites ne constituent point un groupe zoologique naturel, puisqu'on trouve parmi eux des Protozoaires et des Vers (Trématodes, TS^ématodes).

Une étude générale des hématozoaires ne saurait être présentée ici, en raison même de la grande diversité de ces êtres. Nous ne pouvons que considérer successivement les liématozoîiires appartenant aux différents groupes zoologiques.

Si nous devions n'envisager ici que ceux de ces aniniaux qui se peuvent observer chez l'Homme, notre làclic serait aisée : il nous suffirait de faire l'iiistoirc de la Bilharzia haematobia, de consacrer quelques lignes à un helminthe douteux, Hexathyridium venariim, et de dire quelques mots des cas, d'ailleurs fort rares, où des Distomes erratiques ont été rencontrés dans l'appareil circulatoire; il nous faudrait encore r.ittacher secondairement à notre étude la Filaria sangiunis hominis qui, malgré son nom, est réellement parasite du système lymphatique, mais dont les embryons se trouvent en grande abondance dans le sang (Foî/. Helminthes, n° 34). Ainsi compris, cet article exposerait sans doute ce qu'on sait à l'heure actuelle des hématozoaires de l'Homme, mais il ne donnerait qu'une idée fort imparlai te des hématozoaires en général et de leur importance pathologique : nous étudierons donc non-seulement les hématozoaires de l'Homme, mais aussi ceux des divers animaux.

Hématozoaires appartenant au groupe des Protozoaires. Les Protozoaires hémalobies appartiennent au groupe des Flagellés. Dans l'état actuel de nos connaissances, il serait prématuré de charcher à en donner une classification méthodique : leur structure et surtout leur provenance sont en effet si imparfaitement connues, que certains auteurs se refusent encore à les considérer connue des parasites véritables et ne voient en eux que de simples éléments anatomiques modifiés.

Des recherches ultérieures démontreront sans doute leur présence possible dans le sang d'animaux appartenant aux différents ordres de Vertébrés. Jusqu'à présent, on les a surtout l'encontrés chez les animaux à sang froid (Batraciens, Poissons). Hs semblent être rares chez les Oiseaux; quant aux Mammifères, on ne les connaît encore que chez les Rongeurs et les Insectivores.

Kûnstler a rencontré un organisme de ce genre dans le sang du Cobaye. Avant lui, Gros, Chaussât et Lewis, avaient vu des parasites analogues.

Gros assure que le sang d'un Mulot lui a présenté des « vermicules » si nombreux, que tous les globules en avaient l'air animés. Ces hématozoaires étaient si petits qu'ils étaient à peine reconnaissables à un grossissement de 400 diamètres. Suivant le même observateur, le sang des Taupes renferme souvent les mêmes animalcules.

Chaussât a rencontré plusieurs fois dans le sang du Rat noir [Mus rallus Lin.) des animalcules microscopiques ayant la forme de Filaiies : leurs mouvements étaient très rapides. Ces parasites ne s'observent presque jamais chez les jeunes Rats, mais se voient presque toujours chez les adultes : Chaussât semble les considérer comme de jeunes Nématodes, mais nous ne doutons pas qu'ils soient fort analogues, sinon identiques à ceux dont il va être question ; la même remarque est applicable aux hématozoaires signalés par Gros.

Lewis a observé à Calcutta, dans le sang de plusieurs Mus decumanus et Mus rufescens en parfaite santé, un nombre considérable d'organismes en forme

44 HEMATOZOAIRES.

(le bâtonnets, capables de modifier plus ou moins leur forme et pourvus, à l'une de leurs exlnémilés, d'un long flngellum au moyen duquel ils se déplacent avec une grande vivacité; l'animalcule en mouvement a son flagellum dirigé eu arrière. Le corps est transparent, auhiste, long de 20 à 50 j/ et large de 0,8 à 1 p; le flagellum est d'une extrême finesse et au moins aussi long que le corps.

Les organismes dont il s'agit appartiennent incontestablement au groupe des Flagellés, plus spécialement à celui des Monades ; ils diffèrent des TrA'panosomes par l'absence de membrane ondulante. Ces parasites sont très-fréquents dans les espèces dont nous avons cité les noms, puisque Lewis les a rencontrés dans 29 pour 100 des cas. Ils n'exercent aucune inHueuce sur la santé de l'animal. Récemment, Danilewsky les a désignés sous le nom à'Herpetomo7ias Lewisi.

C'est à Wedl que revient le mérite d'avoir le premier constaté d'une façon certaine l'existence de Protozoaires dans le sang des Oiseaux; ses descriptions sont mallieureusement trop vagues pour qu'on puisse se prononcer sur la véritable nature des organismes observés par lui. Il décrit et figure chez Loxia coccothraustes des hématozoaires ovales, à peu près aussi gros qu'un globule sanguin et dont l'un des pôles, séparé par un étranglement, porte une couronne de cils vibratiles; l'organisme tourne en rond sur lui-même.

Wedl signale encore, chez le même Oiseau, l'existence d'hématozoaires si nombreux que chaque goutte de sang en renfermait de 50 à 50; ils mesuraient 75 à 130 [X de long sur 5 à 6 u de large et se déplaçaient par un mouvement en hélice; ils étaient assez épaissis, effilés à une extrémité, obtus à l'autre.

Ces organismes, que Wedl décrit trop sommaiiement, ont la plus grande analogie avec les hématozoaires décrits plus haut chez le Rat. Ils ne ressemblent pas moins à ceux que Danilewsky a observés chez des Oiseaux de groupes assez divers [Accipitridae, Laniadae, Corvini, etc.). Le naturaliste de Gharkow rattache, il est vrai, ces productions aux Cytozoaires, dont il sera question plus loin, et veut voir en elles déjeunes Grégarines,

Ce dernier observateur a encore rencontré dans le sang des Oiseaux un Trypanosoma avium, organisme fusiforme plus ou moins allongé, effilé à ses deux extrémités. L'une de celles-ci porte un flagellum assez long, de la base duquel part une membrane ondulante qui s'étend jusqu'à l'extrémité opposée, en faisant autour du corps un à deux tours de spire. Le corps renferme un noyau arrondi et homogène; au moment de la mort apparaissent aussi des vacuoles qui parfois se fusionnent en une seule. Cet hématozoaire se meut en spirale: le flagellum est dirigé en avant. Les j)lus grands individus sont trois à cinq fois aussi longs qu'un globule rouge du sang.

Le sang des Chéloniens peut également renfermer des parasites de cet ordre : Leydig y a observé des Trypanosomes et Kûnstler a vu chez la Tortue boueuse « un parasite fort rare, qu'il croit être très-voisin du Trypanosoma. »

Danilewsky nous a fourni à ce propos des renseignements plus précis. Dans le sang de Tortues [Emys lutraria) qui étaient restées plusieurs mois sans manger et se trouvaient par conséquent fort amaigries, cet observateur a trouvé un nombre immense de Monades très mobiles; ces mêmes parasites se voyaient aussi dans la lymphe, l'urine, la bile, etc. C'étaient des Hexamitus, c'est-à-dire des Flagellés caractérisés par la présence de quatre flagellums mobiles eu avant et de deux longs tentacules immobiles en arrière.

Quant à la provenance de ces Monades hématobies, Danilewsky pense qu'elles

HÉMATOZOAIRES. i5

sont venues de l'inleslin et que les alte'rations subies par la muqueuse intestinale pendant la période d'inanition ont favorisé leur passage dans le sang.

La première observation de Protozoaires dans le sang des Batraciens est due a Glû^eet date de 1842. Cet observateur trouva dans le cœur d'une Grenouille un or"-anisme microscopique de forme allongée, terminé en pointe à ses deux extrémités et portant sur le cùté droit trois appendices assez longs (probablement une membrane ondulante] qu'il faisait mouvoir avec beaucoup de rapidité ; en même temps il se déplaçait très- vivement. Le corps était transparent et ne présentait pas la moindre trace d'organisation.

Peu de temps après, ce même animalcule fut retrouvé par Mayer, qui lui donna le nom iVAma'ba rotatoria, i)uis par Gruby, qui le désigna sous celui de Trypano!^oma sanguiiiis.

Von Siebold admit l'identité de VAinœba rotatoria Mayer avec le Tri/panosoma sancjninis Gruby : semblable manière de voir a été adoptée par Cbaussat, auquel le Trypanosome n'a pas paru aussi rare qu'à Gruby.

Wedl, en 1850, retrouva cet organisme dans le sang de la Hainette. Hay Lankester le revit chez la Grenouille en 1871 ; le croyant nouveau, il lui donna le nom d'Undidina ranarnm. Par la suile, Grassi le vit également chez la Rainette et le Crapaud commun. Davaine, au dire de Chaussât, l'avait lui-même observé chez l'Alyle accoucheur; on l'a vu encore chez les têtards.

On considère actuellement les Trypanosomes comme des êtres particuliers : on s'accorde à les ranger parmi les Flagellés, dont ils constituent le genre le plus simple. Mais, avant que cette notion fût généralement admise, on a émis sur leur nature les opinions les plus diverses. Remak, Creplin et von Siebold, ne pouvaient consentir à voir en eux de véritables animaux; ce dernier auteur les considérait comme des membranes flottantes, de provenance inconnue. Gaule a émis une opinion non moins s-ingulière : pour lui, il ne s'agirait point là de parasites, mais de simples leucocytes, dont il aurait pu suivre sous le microscope la transformation en Trypanosomes; inversement, les Trypanosomes pourraient redevenir des globules blancs.

Le Trypanosome n'est point le seul Protozoaire qui se rencontre dans le sang de la Grenouille. Mayer y a encore observé un autre organisme, qu'il appela Paramaecium loricalum ou coslalum. Cet hématozoaire a clé revu et figuré par Wedl chez la Grenouille (fig. 5, h, i; fig. 6) et chez la Rainette (fig. 9 et 10); Ràttig, Gaule et Grassi, eurent également l'occasion de l'observer : ce dernier lui donna le nom de Paramecioides coslalus.

Enfin, Danilewsky a pu rencontrer encore, dans le sang de Grenouilles qui avaient passé l'hiver dans le laboratoire, des llexamitus analogues à ceux qu'il avait vus déjà chez la Tortue.

Les Protozoaires hématobies sont connus chez les Poissons depuis 1841. A cette époque, Valentin décrivit dans le sang de la Truite commune des animalcules longs de 7 à 15 ;/, doués de mouvements amiboïdes ; ils exécutaient des mouvements très-rapides, le plus souvent sans changer de place, mais pouvaient aussi se déplacer, en décrivant dans leur marche de véritables cercles.

Remak observa lui-même dans le sang de la plupart des Poissons de rivière, et particulièrement chez le Brochet, des hématozoaires qui n'étaient sans doute autre chose que des Trypanosomes. Il leur recoimaît une partie membraneuse transparente et des prolongements dentés, qui disparaissent quand l'animalcule reste en repos. C'est assurément le même organisme qui a été revu par Berg et

40 HÉMATOZOAIRES.

Creplin chez le Brochet et par Gros chez diverses espèces (Goujon, Motelle, Perche, Sterlet, Lotte, Tanche, etc.) : les animalcules de la Motelle étaient nombreux, très-vifs, amiboïdes, et présentaient l'aspect d'un ruban qui se tord et se plisse dans tous les sens; ils étaient longs de 43 ^, larges de 1 p seulement. Gros dit encore avoir vu quelques-uns de ces organismes à l'intérieur des globules sanguins; peut-être s'agit-il, dans cette observation, des curieuses productions cellulaires que nous étudierons plus loin sous le nom de Cytozoaires.

Un hématozoaire différent de ceux-ci a été rencontré par Chaussât dans le sang du Barbeau : cet auteur le compare avec raison à VAmœba rotnloria Mayer, qui n'est, comme nous l'avons dit, qu'une forme du ïrypanosome de la Grenouille.

VYedl a observé dans le sang de la Tanche des parasites fort analogues à ceux qu'avait décrits Uemak; il les retrouva chez le Goujon et vit en même temps, chez ce dernier, des organismes différents qu'il appela Glohularia radiata sangulnis. Il est difficile de se prononcer sur la nature de ce dernier, dont la description est incomplète et les dessins assez imparf.iits : on est frappé seulement de son analogie avec Trichodina pedic}il)tx, Infusoire péritriche assez fréquent dans l'intestin de la Grenouille. L'helminthologiste viennois rencontra également dans le sang du Goujon et de la Tanche, parfois en nombre considérahle, des « petites Pilaires n un peu plus longues que les globules rouges. Ces productions ressemblent beaucoup à celles que Gros a observées chez la Motelle et, comme celles-ci, doivent sans doute être considérées comme des Cytozoaires.

Uneétude plus récente, et aussi plus complète, des hématozoaires des Poissons, est due à Mitrophanow. Le naturaliste moscovite décrit sous le nom d'Haemaiornoiias cobUis un organisme rencontré par lui dans le sang de Cobitisfûssilis. C'est un étie long de 50 à 40 u, large de 1 à 1,5 pt, doué d'une extrême agilité; le corps piésente sur un de ses côtés une large membrane ondulante entourée en spirale et est pourvu, à l'une de ses extrémités, d'un long flagellum qui est toujours dirigé en avant pendant la marche. Au moment de la mort, flagellum et membrane se rétractent et l'organisme prend l'aspect d'un simple grumeau sarcodique.

Mitrophanow lait également connaître sous le nom d' Ilœmatomonas carassii un hématozoaire de Carassius vulgnris. Ce nouvel organisme est très-semblable au précédent, si ce n'est que sa taille est plus forte, sa membrane ondulante plus étroite et son agilité moins grande.

Enfin, Danilewsky a retrouvé ces mêmes organismes chez différents Poissons [Cypriniis carpio, C tinca, Cobitis fossilis, C. barbatida, Esox lucius. Perça flitviatilis, etc.). 11 leur donne le nom de Trypanosoma pisciiun et en distingue deux variétés, qui correspondent assez exactement à celles qu'a reconnues Mitrophanow.

CvrozoAir.ES. Nous devons maintenant dire quelques mots de productions singulières que Ray Lankester avait aperçues déjà dans le sang de la Grenouille en 1871, mais dont l'étude détaillée a été faite par Gaule et par Danilewsky.

En examinant les globules rouges du sang de Grenouille défibriné et porté à une température de 50 à 52" C, dans une solution de chlorure de sodium à 0,6 jjour lUO, Gaule vit apparaître dans la cellule, à côté du noyau, des corpuscules mobiles, allongés et pointus à leurs deux extrémités (fig. 1, B). Ces corpuscules, que Gaule appelle Cytozoaires, sortent de la cellule, qu'ils peuvent traîner un certain temps après eux, accomplissent des mouvements pendant un

UÉMATOZOAIRES.

laps de temps plus ou moins long, puis entrent en repos, meurent et disparaissent par dissolution dans le plasma.

Les Cytozoaires ne sont point préformés dans le sang; ce ne seraient point davantage des parasites, et l'opinion d'Arndt, qui les prenait pour des Spirncliètes, serait inexacte. 11 faudrait les considérer comme des particules de la substance du noyau.

Dans des organes comme la rate, le foie, la moelle des os, ils se développent

Fig. 1. — Cytozoaires de la Grenouille, d'après Gaule.

A. Cellule splénique avec Cytozoaires. — B. Globule rouge du sang dont le protoplasma renferme un

Cytozoaire.

aux dépens des hématies bien plus facilement et bien plus vite que dans le sang lui-même. Pour la rate, l'intervention de la chaleur est inutile et il suffit d'ajouter la solution saline au suc de cet organe pour les voir apparaître ; Gaule pense même que les globules rouges acquièrent seulement dans la rate la faculté de leur donner naissance. Il est du reste à noter qu'ils se développent tout aussi bien dans les cellules propres de la rate (ûg. 1, A), dans les cellules hépatiques et dans les cellules de la moelle des os.

L'époque à laquelle les Cytozoaires se montrent le plus facilement, et en plus grand nombre, coïncide avec le moment où la Grenouille ne prend plus aucun aliment et vit uniquement des réserves qu'elle a faites pendant sa période d'activité ; ce sera, pour les grosses Grenouilles en automne, pour les petites au printemps.

Ces organismes s'observent également dans les tissus des animaux vivants. Qu'on fixe instantanément les tissus par le sublimé corrosif en solution aqueuse concentrée ou par l'acide nitrique à 5 pour 100 et qu'on fasse intervenir les réactifs colorants (violet de gentiane), on verra fréquemment dans les cellules, à côté des noyaux, de petits « noyaux accessoires » qui se comportent à l'égard des réactifs de la môme façon que le noyau lui-même et qui ne sont autre chose que les Cytozoaires.

Si on chssocie dans l'acide osmique une rate fraîche de Grenouille, on ne trouve point de Cytozoaires et on ne voit dans chaque cellule que le noyau et le protoplasma granuleux, mais, si on laisse mourir les éléments de la rate et qu'ensuite on provoque, par les moyens énoncés plus haut, l'apparition de ces organismes, on pourra dès lors les fixer par l'acide osmique.

Ces productions ont une structure compliquée : par l'action des réactifs, on

48 IIÉMÂTOZOAIUKS.

y peut reconnaître un noyau et un protoplasma formé de deux substances bien distinctes : l'une, qui se colore par la nigrosine, occupe les deux extrémités; l'autre, sur laquelle se porte l'éosine, se présente sous l'aspect de deux grains entourés d'un espace clair et disposés de chaque côté du novau.

I,es hématies ne sont pas les seuls éléments capables de produire des Cytozoaires, encore que le phénomène s'observe plus aisément chez elles : chaque espèce de cellule peut avoir les siens. De plus, leur aspect varie d'une espèce animale à l'autre : ceux de la Grenouille rousse (hffèrcnt de ceux de la Grenouille verte. Chez les Batraciens urodèles (Salamandre, Triton), ils sont, comme les globules rouges, de grandes dimensions, et présentent un llagellum. Les hématozoaires flagellés que Danilewsky a trouvés chez la Tortue et dont nous avons parlé plus haut ne seraient autre chose que des Cytozoaires, d'ajirès l'opinion de Gaule, (^hez l'Homme lui-même, on peut observer de semblables organismes, et on en reconnaîtrait même deux lormes : l'une Oagellée, l'autre vermiculaire, comme chez la Grenouille; ils prennent naissance au moment précis où le sang quitte les vaisseaux et se tondent aussitôt dans le plasma : pour les voir, il tant donc avoir recours à des i)iocédés de fixation instantanée.

Quelle est la signification physiologique des Cytozoaires? A l'état normal, c'est seulement dans la rate, quelquefois aussi pourtant dans le foie, qu'ils sortent des globules sanguins : ils pénètrent alors à l'intérieur de certaines cellules spléniques ])articulicrement riches en protoplasma. Ces cellules, que Gaule désigne sous le nom de cellules nourricières, lorment des amas épars dans la substance de la rate, à la façon des follicules chez les Mammifères : c'est à leur intérieur que prendraient naissance les jeunes hématies.

En automne, les Cytozoaires commencent à s'emmagasiner dans les cellules nourricières. Celles-ci augmentent alors de taille et se chargent, vers le milieu de l'hiver, d'un pigment particulier ayant la même couleur que l'hémoglobine. Au commencement du printemps, on distingue déjà à leur intérieur de jeunes globules rouges, qui seront mis en liberté au moment où l'animal sortira de son sommeil hivernal.

Tandis que les jeunes hématies se forment de la sorte, les vieilles, celles qui ont donné naissance aux Cytozoaires, se détruisent peu à peu : elles s'accumulent dans la rate et dans le foie. Pendant l'hiver, la masse totale du sang de la Grenouille va donc sans cesse en diminuant; au printemps, elle augmente brusquement.

11 est intéressant de remarquer que certaines conditions peuvent provoquer l'apparition de ces phénomènes qui, normalement, s'accomplissent pendant la saison froide : la captivité, un hiver particulièrement chaud, la sécheresse, la lumière, sont de ce nombre. Il en est de même pour certains poisons : par exemple, une dose de 0,6 à 1 milligramme de pilocarpine détermine la production de jeunes globules rouges dans l'espace de quelques heures : on voit alors le nombre des globules augmenter dans une proportion considérable, grâce à l'apparition d'éléments encore incomplètement développés.

Telle est, exposée dans ses traits essentiels, la théorie de Gaule. Pour cet auteur, les Cytozoaires ne seraient nullement des parasites, mais bien des productions normales de l'organisme. Nous devons ajouter que cette opinion, défendue avec persévérance par son auteur, n'a rencontré jusqu'à ce jour que des contradicteurs.

Ray Lankester n'hésite pas à considérer les Cytozoaires du sang de la Gre-

HÉMATOZOAIRES.

nouille comme de véritables parasites ; il veut y reconnaître les corpuscules lalciformcs d'un Sporozoaire (Coccidie) et propose de leur donner le nom de Drepanidirnn ranarum.

L'étude de ces productions a été reprise avec détails par Danilewsky. A l'exemple de Ray Lankester, le naturaliste russe les considère comme des parasites, qu'il rattache aux Sporozoaires; il les décrit sous le nom général de Ilaemogregarina.

Cliez les Oiseaux, les Cytozoaires prennent encore naissance à l'intérieur des hématies : ils grandissent peu à peu, s'allongent et prennent une forme vermiculaire; ils finissent par devenir libres et |)ar acquérir un noyau. Nous avons indiqué plus haut, à propos des Protozoaires hématobies des Batraciens, quelles semblaient être alors leurs relations avec les organismes fdariformes qu'il n'est point rare de voir nager librement dans le plasma.

Danilewsky a pu suivre d'une façon plus complète l'évolution des Cytozoaires chez la Tortue {Emys lutraria). Ces organismes se montrent enfouis dans la substance d'un plus ou moins grand nombre de globules rouges, à côté du noyau (fig. 2, A, C, C, D) ; on peut les voir encore, mais bien plus rarement.

Fig. 2. — Haemogregarina Stepanowi des globules rouges du sang de la Toriue (Emys lutraria)

d'après Danilewsky.

A, B, C, D, différentes formes de Cytozoaires renfermés daus les globules rouges, à côté du noyau. — E, F, le Cytozaire sort du globule. — G, Cytozoaire nageant librement dans le plasma sanguin.

nageant dans le plasma, G. Les globules qui les hébergent ne se distinguent des normaux ni par la forme ni par la structure; on les voit seulement acquérir de grandes dimensions, quand le parasite augmente lui-même de taille et acquiert son complet développement. Celui-ci tranche sur la substance du globule par sa plus grande transparence et par son aspect gris clair; il rejette le noyau sur le côté. Quand il a atteint son maximum de taille, il peut mesurer jusqu'à 50 |x, c'est-à-dire qu'il est souvent plus de deux fois plus long que le globule, à l'intérieur duquel il se replie sur lui-même.

La croissance du parasite se fait aux dépens de la substance du globule, qu'il absorbe peu à peu : ce dernier est réduit finalement à une mince couche périphérique, qui forme autour du Cytozoaire une sorte de capsule incolore. Quand celui-ci a achevé sa croissance, il déchire son enveloppe, E, F, et commence à nager dans le plasma ; jusqu'alors il était resté immobile ; les restes du globule DICT, EKC. 1" s. Xllf. 4

50 HÉMATOZOAIRES.

se retrouvent alors dans le sang, sous forme d'un sac percé à l'une de ses extrémités ; le noyau se voit encore à l'intérieur ou à côté de ce sac.

Le Cytozoaire devenu libre a une structure des plus simples, G : c'est un corps cylindrique, allongé; l'une des extrémités est arrondie et dirigée en avant, l'autre est effilée et tournée en arrière. La partie moyenne du corps renferme un noyau elliptique, pourvu d'un nucléole.

Lu forme libre représenterait l'état adulte d'un Sporozoaire que Danilewsky appelle Haemogregarina Stepanowi. L'opinion du naturaliste russe diffère donc notablement de celle de Ray Lankester, qui rattachait aussi les Cytozoaires aux Sporozoaires, mais les considérait comme analogues aux corpuscules falciformes.

Les Cytozoaires du Lézard [Lacerta viridis, L. agills) ressemblent beaucoup aux précédents : ils sont parfois si nombreux, qu'on les trouve chez plus de 20 pour 100 des globules. Pour la commodité de la description, on en peut distinguer deux formes, l'une inlra-cellulaire, l'autre libre dans le plasma, mais ces deux formes ne représentent que deux états successifs d'un même parasite; les animalcules libres sont toujours bien plus rares que les intra-ccllulaires, Danilewsky distingue encore trois formes parmi ces derniers.

Tous ces faits rendent assurément fort vraisemblable l'opinion d'après laquelle les Cytozoaires, loin d'avoir la signification et l'importance hislogénique qui leur est attribuée par Gaule, seraient de simples parasites du groupe des Sporozoaires. Néanmoins, dans l'état actuel de la science, il est bien difficile de se prononcer sur ce point. On n'est pas mieux fixé sur l'origine de ces parasites et sur leur mode de pénétration dans le sang.

Les Cytozoaires n'ont pas encore été étudiés d'une fa^on suivie dans le sang de l'Homme, bien que Gaule dise les y avoir rencontrés. Danilew.->ky croit pouvoir leur rapporter les organismes trouvés dans le sang par Richard, Laveran, Marcbiafava et Celli, dans les cas de malaria. En effet, les « éléments cylindriques en croissant » décrits par Laveran et les « formes en croissant » signalées par Marcbiafava et Celli se développent à l'intérieur des globules rouges.

Hématozoaires appartenant au groupe ues Trématodes. A part les Bilharzies, dont nous aurons à parler longuement à la fin de ce chapitre, les Trématodes se voient rarement dans le sang. Parmi les observations actuellement connues, quelques-unes sont indiscutables, quelques autres sont douteuses : de ce nombre est celle de Treutler, sur laquelle les auteurs sont loin d'être d'accord.

Cet auteur a décrit, en 1793, sous le nom A' Hexalhyridium venanim, un Ver plat qu'il aurait extrait de la veine tibiale antérieure, ouverte spontanément, chez un jeune homme, pendant que celui-ci se baignait à la rivière.

L'observation de Treutler a donné lieu à bien des controverses : il était en effet difficile de l'admettre, tant qu'on ne connaissait point d'exemples plus authentiques de la présence de Distomes dans les vaisseaux sanguins. Mais ce fait, longtemps considéré comme douteux, est aujourd'hui démontré. On peut donc admettre que les Hexathyridiiim venarum de Treutler n'étaient autre chose que des Disloma lanceolatum ou, plus vraisemblablement, de jeunes D. liepaticum, ainsi que semblent l'indiquer les ramifications latérales portées par chacun des deux caecums intestinaux.

Un cas plus remarquable, et dont l'authenticité ne peut être l'objet du plus léger doute, est celui de Duval, professeur d'analomie à l'École de médecine de Rennes. On en trouvera l'histoire détaillée à l'article Douves.

Il convient de rapprocher de ce cas ceux où des Distoraes ont été trouvés dans

HÉMATOZOAIRES.

al

des tumeurs sous-cutauées. Ces Vers, sans aucun doute, e'iaient primitivement libres dans le sans : entraînés avec celui-ci, ils se sont arrêtés dans les capillaires et leur présence s'nst manifestée par la production d'une tumeur. A cette catégorie appartiennent les cas de Giesker, de Penn Ilarris, de Fox et de Dionis des Carrières, dont on trouvera le résume à l'article Douves.

A côté de ces observations, citons encore celles de Leared, de Scbmitz et de von Baer, qui, il est vrai, ne se rapportent pas à l'Homme. Le premier de ces iiuteurs a trouvé, dans les cavités du cœur d'une Tortue, de jeunes Distonies longs de 5 millimètres, larges de i millimètre environ : il leur donna le nom de Distoma constrictum. Des œufs qui provenaient sans doute de ce parasite étaient en suspension dans le sang; ces mêmes œufs ont encore été rencontrés dans le cœur d'une autre Tortue appartenant à une espèce différente.

Schmitz a observé à Berlin, en 1826, dans les vaisseaux mésentériques du Sonneur à ventre de feu [Bombinalor igneus), des hématozoaires dont il donne une description trop incomplète pour qu'on puisse les classer si!uement. H semble du moins probable qu'il s'agissait de petits Trémalodes; Diesing leur a donné le nom dllexathyridium affine, les rangeant ainsi dans le même groupe que le parasite vu par Treutler.

Des hématozoaires appartenant à l'ordre des Trématodes ont encore été trouvés par von Baer dans le sang de certains Mollusques lamellibranches [Anodonta ventricosa) : ce célèbre anatomiste leur donna le nom de Distoma duplicalum. Ils nageaient librement dans le sang de l'oreillette et du ventricule et des parasites de même espèce se trouvaient logés dans l'organe de Bojanus, sous la peau du dos, dans le foie, le pied, les branchies, etc.

BiLUARziA HAEMATOBiA Gobbold. Ce Trcuiatode appartient à un groupe remarquable de Distomes unisexués. Il a été découvert en 1851 dans le sang de la veine porte par Bilharz, alors professeur à l'École de médecine du Caire. On trouvera à l'article Bein, relativement à cet helminthe, quelques documents auxquels il ne sera pas bors de propos d'adjoindre ici le résultat d'observations plus récentes.

Le mâle (fig. 5, f,g,li) est long de II à 14 millimètres; sa largeur peut atteindre 1 millimètre; il est à peu près gros comme un Oxjure et d'un blanc d'opale. L'extrémité antérieure du corps est nettement aplatie et porte les ventouses : celles-ci sont à peu près d'égale taille, situées à peu de distance l'une de l'autre, et font une notable saillie à la surface du corps ; elles ont un diamètre d'environ 260 IL.

En arrière de la ventouse ventrale, le corps s'épaissit assez brusquement, puis conserve la même épaisseur jusqu'à l'extrémité caudale, terminée en pointe arrondie. Le corps semble tout d'abord cylindrique, mais un examen plus attentif permet de reconnaître qu'il est lui-même aplati, plus aplati même que la partie antérieure. L'apparence cylindrique tient à ce que la face ventrale s'est enroulée sur elle-même en gouttière; cet enroule

Fig. 3. — Bilharzies mâle et femelle fortement grossies, d'après Bilharz.

a,b,c, femelle en partie contenue dans le canal gynécopliore du mâle. — f, g, II, le mâle. — t, ventouse buccale. — k, ventouse ventrale.

52 HEMATOZOAIRES.

ment est si complet, que les deux bords chevauchent l'un sur l'autre. 11 se forme de la sorte, à lu partie postérieure du corps du mâle, un canal incomplètement clos qui sert d'abri à la femelle. Ce canal a été reconnu par Bilharz, qui lui donna le nom de canalis gynaecophorus ; quand la femelle est fécondée et qu'elle grossit par suite du développement des œufs, les lèvres du canal s'écartent l'une de l'autre, mais jamais assez pour ne plus la retenir et pour la laisser tomber.

La partie antérieui'e du corps n'occupe que la huitième ou la neuvième partie de la longueur totale; le tégument en est lisse et mou. Le reste du corps est au contraire orné, sur sa face supérieure ou externe, d'un grand nombre de papilles surmontées de petites épines. La face ventrale, c'est-à-dire l'intérieur du canal gynécophore, est elle-même pourvue d'innombrables petites saillies coniqvies, très-serrées les unes contre les autres; seule, la ligne médiane du canal reste lisse. Les deux ventouses ont \in aspect chagriné, grâce à la juxtaposition d'un nombre considérable de granules aplatis qui se trouvent disposés à leur surlace interne.

Au-dessous de la cuticule se voit une double assise musculaire : la couche longitudinale, (jui est la plus importante, est formée de cellules fusiformes, parallèles entre elles, bien distinctes les unes des autres et longues de 50 p; Ja couche diagonale est constituée par des faisceaux très-espaces les uns des autres. Le parenchyme du corps est formé de cellules conjonctives serrées, dont le noyau mesure 4 \>.. L'enroulement de la partie postérieure du corps n'est point dii à l'action des muscles.

L'appareil excréteur est représenté par deux canaux clairs et étroits, de largeur inégale, non ramifiés, qui sont situés dans les parties latérales du corps, mais se réunissent en arrière, suivant la ligne médiane, en un canal unique; celui-ci, après un court trajet, s'ouvre à l'extrémité de la queue. Au point où les deux branches latérales s'anastomosent, on voit également aboutir un fin canalicule, qu'il est possible de suivre quelque temps sur la ligne médiane.

Le tube digestif commence à la ventouse antérieure ou buccale ; il se renfle en un pharynx de petites dimensions, puis se continue, sous forme d'un canal étroit et sinueux, jusqu'à la ventouse ventrale ou postérieure. Immédiatement en avant de celle-ci, il se divise en deux branches, dont chacune se porte dans la partie latérale correspondante et présente un diamètre transversal de 40 ja au maximum. Les deux branches intestinales poursuivent leur trajet d'avant en îirrière, puis finissent par se réunir en un seul cfecum, dont le fond se trouve situé à peu près à 0'""%34 de l'extrémité caudale.

Les organes génitaux ont une structure des plus simples. Un peu en arrière de la ventouse postérieure, au point précis oii la partie antérieure du corps, lisse et aplatie, se continue avec la partie postérieure, on voit cinq à six vésicules testiculaires arrondies, serrées les unes contre les autres, larges de 120 ;:a et disposées en alternance suivant la longueur. Ces vésicules aboutissent à un canal déférent que limite une paroi propre et qui s'ouvre presque aussitôt dans le fond du canal gynécophore par un orifice qui semble être circonscrit par un bourrelet. A sa terminaison, ce canal présente du côté gauche un diverticule constitué par une vésicule séminale à paroi contractile. L'appareil copulateur fait défaut : il n'existe pas de poche du cirre.

La femelle (fig. o, a, h, c) est plus longue que le mâle, dont elle diffère con-

HÉMATOZOAIRES. t;5

sidérablement par sa complication anatomique; elle mesure de 15 à 20 millimètres. Son corps est plus élancé, presque cylindrique, et rappelle par son aspect général celui des Nématodes. Elle est d'une grande ténuité, fine comme un fil de soie, et passe aisément inaperçue dans le sang de la veine porte, si on n'a soin de verser celui-ci en mince nappe sur une assiette, pour l'examiner attentivement : elle se présente alors sous la l'orme d'un filament blanchâtre, tandis que le mâle, environ quatre fois plus épais, est enroulé sur lui-même en une sorte de grumeau.

Sur une coupe transversale, le corps de la femelle présente une forme trèsvariable. Depuis la ventouse buccale jusqu'à la ventouse ventrale, la section a l'aspect d'un ovale aplati. La distance entre ces deux ventouses est seulement de 0"'",225, malgré la taille relativement considérable de l'animal; elles font saillie à la surface du corps et ont un diamètre de 0""",08. A la ventouse postérieure commence un profond sillon qui s'étend le long de la ligne médiane de la face ventrale et qui correspond au canal gynécophore du mâle; ce sillon s'efface vers la partie moyenne du corps, mais réapparaît dans la région caudale et se continue jusqu'à l'extrémité postérieure.

Le corps s'épaissit progressivement d'avant en arrière et son épaisseur va de Qmm 07 à 0'"'",28. La cuticule n'ost pas complètement lisse, mais porte de fines épines cylindriques, qui sont particulièrement développées dans la région caudale, où elles forment un revêtement serré à la surface du sillon ventral : ces épines sont dirigées en avant et s'opposent peut-être à ce que la femelle glisse dans le canal gynéco))liore.

La ventouse buccale, étirée en avant en une pointe mousse et profondément échancrée sur les côtés, conduit par lui étroit orifice dans un large pharynx en forme de bocal et à faible musculature. A celui-ci fait suite un œsophage sinueux qui, immédiatement en avant de la ventouse ventrale, se divise en deux branches dont la largeur est considérable, mais qui se rétrécissent notablement, aux points ou les organes génitaux viennent à les comprimer. En arrière de ces derniers, les deux branches intestinales se réunissent, comme chez le mâle, en un tube assez large, qui se contourne d'ordinaire légèrement en spirale et se termine en un cul-de-sac dont le fond est séparé de l'extrémité caudale par une distance de 0™™,12 à O^^jSS.

Dans les premières portions du tube digestif, l'épithélium est souvent mal développé, surbaissé, indistinct; plus loin, mais surtout après la fusion des deux branches latérales, il est encore irrégulier, mais devient plus puissant, sans que pourtant on y puisse recoimaître de hautes cellules cylindriques. Les cellules cubiques ou cylindriques surbaissées portent à leur surface libre des filaments protoplasmiques granuleux analogues à ceux qu'a décrits Sommer chez la Douve hépatique. Ces prolongements remplissent en grande partie la cavité intestinale; ils se séparent parfois des éléments sous-jacents, sous forme de masse cohérente, et laissent derrière eux des cellules à contours bien accusés et à sommet arrondi. Plus l'intestin est étroit, plus sa paroi devient visible ; celle-ci est certainement contractile, bien qu'on ne puisse encore rien dire de précis sur les muscles qui entrent dans sa structure.

L'appareil excréteur est très-développé ; sa disposition générale est la même que chez le mâle. Deux larges canaux, qui occupent les côtés et qu'il est facile de suivre jusque vers le milieu de la longueur du corps, s'anastomosent entre eux; à leur confluent aboutit également un petit canal médian. Ces différents

oi HEMATOZOAIRES.

canaux sont tapissés par un é(iitliélium vibratile; ils constituent par leur rencontre une poche collectrice longue de 80 à 180 pi; cette poche communique avec l'extérieur au moyeu d'un orifice étroit et contractile, percé à l'extrémitt' caudale.

Les organes génitaux femelles ont la même structure générale que chez les Dislomes, si ce n'est qu'ils sont plus dissociés, en raison de l'allongement exceptionnel du corps.

L'ovaire ou germigène est de forme ovale allongée; on le trouve dans l'angle que constituent les deux branches intestinales en se fusionnant en un cul-de-sac unique. Il est lobé, épais, long de 0'""',4 ; son épithélium est formé de cellules polyédriques très-distinctes et de taille différente, suivant leur état de maturité. Les cellules ovulaires les plus mûres sont ovales et entourées d'une couche d'albumine, substance qui s'accumule çà et là en grande quantité à l'intérieur de l'ovaire et sépare les ovules les uns des autres.

De l'extrémité postérieure de l'ovaire part un canal qui se réfléchit aussitôt en avant et se dirige vers l'orifice sexuel : ce canal est l'oviducte ; on voit souvent à son intérieur des ovules en plus ou moins grand nombre, reconnaissables à la réfringence de leur vésicule germinative. Après un assez long trajet, il s'est uni au conduit qui provient des vitellogènes.

Ceux-ci sont représentés par deux organes glandulaires longs de 12 à 14 millimètres et situés de chaque lôlé du cœcum intestinal. Ils émettent de toutes parts des canaux courts et à mince paroi, de l'union desquels résulte un canal unique, le conduit vitellin.

L'oviducte et le conduit vitellin suivent la même direction ; ils s'enroulent l'un autour de l'autre, mais sans quitter pourtant la ligne médiane, serrés qu'ils sont de part et d'antre par les branches intestinales. Ils sont d'ailleurs assez faciles à distinguer l'un de l'autre : le conduit vitellin augmente progressivement de calibre, jusqu'à acquérir une largeur à peu peu près égale à celle de l'oviducte; il est en outre caractérisé par son contenu, formé d'éléments vitellins cellulaires, à grosses granulations, agglomérés entre eux et de même taille que les ovules.

L'oviducte et le canal vitellin finissent donc par s'anastomoser : le canal unique qui résulte de leur fusion se jette immédiatement dans la glande coquillière. Celle-ci a la forme d'un fruit légèrement effilé par sa partie supérieure et supporté par un court pédoncule; elle semble ne pouvoir contenir qu'un seul œuf à la fois. Elle est revêtue intérieurement d'un épithélium glandulaire, dont les cellules cubiques sont disposées en séries longitudinales, ce qui détermine une sorte de striation ; cet épithélium se surbaisse peu à peu, pour se continuer jusque dans le pédoncule. Le produit sécrété par la glande se dispose autour de l'œuf dont il forme la coquille; la cavité du pédoncule produit ellemême l'éperon dont tout à l'heure nous reconnaîtrons l'existence à la surface de l'œuf. Cet éperon, d'après Frifsch, serait exactement terminal, quand l'utérus débouche dans le fond même de la glande coquillière; il serait latéral, quand l'orifice utérin est situé eu dehors de l'axe de la glande.

Par son extrémité antérieure, située à 0"'°',6 en arrière de la ventouse ventrale, la glande coquillière donne naissance à l'utérus, canal large et sinueux, limité par une mince paroi, qui se dirige d'arrière en avant et se termine par un rétrécissement subit. Au delà de celui-ci se voit une chambre spacieuse, à paroi épaissie, longue de 160 u, large de 100 p.. Cette chambre ou réservoir séminal

IIÉMATOZOAIRliS.

se continue finalement par un vagin étroit et musculeux, long de 180 pt, large de 50 u., qui débouche au dehors par une vulve située immédiatement en arrière de la ventouse ventrale, comme l'orifice sexuel du màle.

Nous avons dit déjà que Je canal gynécophore, formé par l'enroulement du corps du màle sur lui-même, était destiné à donner abri à la femelle, lors de l'accouplement. Le corps de cette dernière est trop long pour être contenu en entier dans le canal : il s'en échappe par chacune de ses extrémités, mais surtout en arrière; les parties qui sont ainsi pendantes représentent plus de la moitié de la longueur totale de la femelle-

Lcs deux animaux en copulation sont disposés ventre à ventre. Par suite de l'absence de tout organe d'accouplement, le sperme s'écoule dans le canal gynécophore et fuse sans doute, le long du sillon ventral de la femelle, jusqu'à l'orifice vaginal qui l'aspire par capillarité. Cette manière de voir est d'autant plus vraisemblable, qu'on n'a pas observé jusqu'à présent d'une façon certaine le canal de Laurer qui, chez les Distomes, servirait de poche copulatrice et fait communiquer avec l'extérieur le point du tube génital femelle où l'oviducle et le conduit vitallin se fusionnent.

L'œuf (lîg. 4, a, b) est de forme allongée, assez régulièrement ovale, et mesure 160 ,a sur GO //; il porte à l'un de ses pôles un éperon effilé, long de 20 pt et terminé par une pointe très-acérée. A part cet appendice, dont le rôle important va nous être révélé tout à l'heure, la coque de l'œuf est absolument lisse; elle est du reste très-mince, doublée intérieurement d'une seconde enveloppe ovulaire et dépourvue du clapet caractéristique de l'œuf des Distomes hermaphrodites.

L'éperon est d'ordinaire exactement polaire, c'est-à-dire situé à l'une des extrémités du grand axe de l'œuf; parfois, il est plus ou moins latéral : nous avons indiqué plus haut quelle disposition anatomique semblait être cause de cette variation. Certains observateurs ont voulu en conclure à l'existence de deux espèces distinctes de Bilharzies, mais cette manière de voir doit être définitivement rejetée : on trouve en effet tous les intermédiaires entre l'œuf à éperon polaire et l'œuf à éperon franchement latéral. De même, on peut voir, dans certains cas, l'éperon diminuer de taille, au point que l'œuf semble dépourvu d'appendice, mais on ne saurait considérer cette variété d'ovule comme caractéristique d'une espèce particulière de Bilharzie, puisque, cette fois encore, on peut trouver toutes les transitions entre l'œuf à éperon et l'œuf à coque inerme : Harley admettait que cette dernière variété était propre à l'espèce nominale Bilharzia capensis, du Gap de Bonne-Espérance, alors que B. hcematobia d'Egypte avait toujours des ovules éperonnés.

L'embryon ne se développe qu'après la ponte, mais son évolution commence fréquemment avant que l'œuf soit expulsé : aussi, en examinant avec attea-

Fig. 4. — Œufj de Bilharzia haemalobia.

a, œufs renfermés dans un mucus épais (LO diamètres). — b, œufs contenus dans l'urine (100 diamètres). — c, embryons libres ciliés.

56 IIÉMATOZOAlRIiS.

lion un assez grand nombre d'ovules éliminés avec l'urine, en trouve-t-on toujours quelques-uns à Tintérieur desquels l'embryon est déjà complètement l'ormé.

La segmentation est totale et semble être régulière. Elle aboutit à la formation d'un embryon cilié, assez semblable à celui des Distomes et ressemblant, comme lui, à un Infusoire holotriche; sa masse interne est encore remplie par un amas cellulaire et ne présente aucune trace de différenciation. Cependant une cavité somatique n£ tarde pas à se creuser, en même temps que k région céplialique se trouve indiquée par la production d'une sorte de mamelon conique, au niveau duquel les cils vibratiles disparaissent. En ce même point naît alors par invagination un organe particulier qui plonge dans la cavité somatique ; on voit en même temps apparaître, vers le pôle opposé, deux ou trois grosses masses arrondies et réfringentes, véritables germes de Rédies qui se meuvent librement dans la cavité et dont le nombre ira en augmentant.

Le caecum ne se développe parfois qu'après l'éclosion; plus rarement, ses brancbes latérales se sont déjà formées avant l'éclosion.

Jusqu'à ce moment, l'embryon était demeuré immobile; il devient alors le siège de vigoureuses contractions, qui se produisent surtout dans la région antérieure. Celle-ci vient lieurler par saccades et à de courts intervalles la paroi de l'ovule, qu'elle clicrche à briser comme ferait un bélier. Sous ces chocs répétés, la coque se déchire longitudinalemeut sur ^s deux tiers de sa longueur; presque toujours la jucmière rupture se fait entre l'éperon et la région médiane. L'embryon apparaît donc au dehors, mais il est rare qu'il parvienne ù se dégager d'un seul coup, et de nouveaux efforts sont nécessaires pour qu'il puisse atteindre ce résultat. Au moment de sa sortie, il s'élrangle en son milieu à la façon d'un sablier, par suite de l'étroitesse de la déchirure pratiquée dans la coque ; quand il est définitivement mis en liberté, sa forme redevient promptement ovalaire (fig. 4, c). ^

La rapidité avec laquelle l'embryon sort de l'œuf varie notablement suivant la nature du liquide au sein duquel se l'ait l'éclosion : d'après Cobbold, deux minutes sufhraient dans l'eau pure; si l'on ajoute quelques traces d'urine, l'éclosion serait beaucoup plus lente et exigerait cinquante-cinq minutes; elle ne se ferait pas dans l'urine pure et les embi^ons ne donneraient aucun signe de vitalité. Zancarol a eu pourtant l'occasion de trouver l'embryon libre dans la vessie et même dans le parenchyme rénal ou dans la muqueuse du gros intestin.

A partir du moment de l'éclosion, le tégument cihé de l'embryon s'épaissit notablement et l'on voit s'y développer un appareil aquifère, constitué essentiellement par deux troncs principaux qui se dirigent d'avant en arrière en suivant un trajet sinueux et en émettant un certain nombre de brandies anaslomotiques; on ne trouve pas de pore excréteur à l'extrémité postérieure.

Pendant que cet appareil se développe, le caecum que nous avons vu se former au pôle antérieur de l'embryon donne bientôt naissance, par une invagination nouvelle, à deux poches latérales, que Cobbold croit pouvoir comparer aux lemnisques des Échinorhynques. Finalement, les masses sarcodiques réfringentes augmentent de nombre et de volume, à l'intérieur de la cavité somatique.

Quand la formation de ces corpuscules a pris fin, l'embryon cilié ne tarde pas à se ronipre : les globules sarcodiques, dans lesquels il faut sans doute voir des Rédies en voie de développement, sont ainsi mis en liberté, et on les trouve

HÉMATOZOAIRES. 57

nageant et se contractant au sein du liquide amijiant. L'embryon se vide donc peu à peu, comme le lait le Sporocyste des Distomes; quand tous les globules se sont séparés de lui, il continue encore à nager pendant quelque temps, bien que réduit à sa cuticule ciliée.

A cela se bornent nos connaissances sur le développement de la Bilbarzie; les phases ultérieures de l'évolution sont encore inconnues et on ne pourrait sans doute les étudier avec succès que dans les pays infestés. Cobbold a entrepris le premier des expériences d'infestation avec l'embryon infusoriforme : il le mit en présence de Mollusques d'eau douce, de petits Crustacés, de Poissons; il essaya de faire pénétrer les œufs cliez des larves de Diptères, chez des Entomostracés, des Écrevisses, des Limnées, des l'alucHues, des Planorbes, et chez d'autres espèces de Mollusques fluviatiles : toutes ces tentatives demeurèrent infructueuses, il vit simplement les embryons éclore et émettre leurs germes contractiles. Dans une autre série d'expériences, le même observateur put voir l'embryon essayer de pénétrer dans le corps de V Hélix alliaria.

Des tentatives du même genre furent faites par llarley : pensant que la Bilbarzie se développait directement, sans passer par un bote intermédiaire, ce dernier fit avaler des embryons à des animaux vertébrés tels que le Chien et le Lapin: il n'obtint aucun résultat.

Cette môme question fut encore reprise, sans plus de succès, par Sonsino; les expériences étaient faites avec des œufs sépaiés de l'urine aussi soigneusement que possible, puis divisés en deux lots : un premier lot servait pour les expériences faites directement sous le microscope, le reste était mis dans un aquarium renfermant un certain nombre de Gastro|iodes d'eau douce [Yivipara nnicolor, Cleopatra cijclostomoides, CL bulimoides, Physa alexandrina et Melaniatuherculata] ; on ne retrouva pas la moindre trace des œufs ni de leurs coques dans aucun organe de ces Mollusques, malgré l'examen le plus attentif. Le résultat ne fut pas plus favorable avec des larves d'Insectes, avec de petits Coléoptères ou Névroptères aquatiques.

En présence de tentatives aussi infructueuses, Sonsino considère comme assez probable que la Dilharzie, qui s'éloigne à tant de points de vue des autres genres de Distoracs, ait pour hôtes intermédiaires des animaux appartenant à d'autres classes que ceux chez lesquels se fixent ces derniers, ou même puisse accomplir tout son cycle évolutif en passant par une première phase de liberté dans les eaux, puis en pénétrant chez un hôte unique et déflnitif (Homme, Singe) ; peutêtre même se développerait-elle sans génération alternante.

Nous croyons devoir faire les plus expresses réserves à l'égard de cette opinion; malgré l'insuccès des expériences que nous venons de rapporter, il demeure probable que la Bilbarzie passe par un hôte intermédiaire et que celui-ci est un Gastropode.

L'infestation se fait par les eaux de boisson, soit qu'on ingère l'hôte intermédiaire lui-même, et alors il s'agirait d'un Mollusque de petites dimensions, soit plutôt qu'on avale la Gercaire nageant librement dans l'eau. Cette larve, autant qu'on en peut juger par analogie, doit être armée d'une dent perforante, grâce à laquelle elle s'enfonce dans les parois intestinales et tombe dans une des branches d'origine de la veine porte.

On a supposé que le parasite pénétrait dans l'organisme à travers la peau et, par suite, on a interdit formellement les bains de rivière. Cette interdiction ne nous semble aucunement justifiée : encore que nous ignorions les phases

58 HÉMATOZOAIRES.

ultimes du développement, il y a de sérieuses raisons d'admettre que l'helminthe pénètre réellement par la voie que nous avons indiquée plus haut. C'est donc l'usage d'eau non filtrée ou bouillie qu'il faut rigoureusement proscrire dans les pays contaminés; l'usage des bains est iiidilférent.

La Bilharzie se rencontre à l'état adulte dans la veine portî et ses branches (notamment dans la veine splénique) dans la veine rénale et dans les plexus veineux de la vessie et du rectum. On a vu de quelle manière la larve pouvait s'introduire dans le système porte, mais la présence du parasite dans les veines du petit bassin ou dans les branches de la veine cave est moins facile à comprendre. Le fait n'est pourtant pas inexplicable.

Les veines du système porte sont, comme on sait, dépourvues de valvules : rien ne s'oppose donc à ce que la Bilharzie descende, par la veine mésentériquo inférieure, jusque dans les veines rectales. De celles-ci elle peut passer également dans les veines hémorrhoïdales moyennes et inférieures, qui s'anastomosent avec les branches pelviennes de la veine cave; des hémorrhoïdales inférieures elle peut remonter dans les veines honteuses internes et gagner les veines vésicales par l'intermédiaire du plexus de Santorini.

Le parasite se nourrit de sang : on en retrouve les globules en grand nombre dans son tube digestif. Kiichenmeisler admet qu'il puise ce sang dans les vasa vasorum bien plus que dans le torrent circulatoire au sein duquel il est plongé; cette opinion nous semble peu soutenable.

Les œufs sont pondus par amas dans les vaisseaux sanguins : le cours du sang les entraîne dans les capillaires de divers organes, où ils s'accumulent et déterminent à la longue des lésions dont la nature est très variable, suivant l'organe qui en est le siège. Ces lésions et les symptômes qui les accompagnent ont été étudiés déjà par de nombreux observateurs : Bilharz, Griesinger, Harley, Sonsino, Mantcy, Guillemard, etc. Les recherches les plus complètes et les plus récentes sont dues à Zancarol, Damaschino, Belleli et Kartulis.

Quand le parasite est logé dans les plexus veineux de la vessie, les voies urinaires deviennent le siège de graves lésions pouvant amener la mort. La vessie présente des dimensions fort réduites, mais ses parois sont extraordinairement épaisses; la muqueuse est indurée en certains points par des dépôts d'acide urique, mais la lésion principale consiste en des ulcérations recouvertes de pus sanieux.

En incisant l'organe, on constate que la muqueuse est très-épaissie ; elle crie sous le couteau et a presque la consistance crétacée. Au microscope, le chorion muqueux se montre infiltré d'un grand nombre de leucocytes et d'une petite quantité d'oeufs. Ceux-ci sont au contraire en extrême abondance dans le tissu conjonctif sous-muqueux ; ils remplissent également la lumière des vaisseaux sanguins. La plupart de ces œufs sont morts et ont subi déjà la dégénérescence calcaire, mais quelques-uns, pondus plus récemment, étaient encore vivants au moment de l'autopsie : ils sont reconnaissables à ce qu'ils fixent plus ou moins énergiquement les réactifs colorants. 11 est intéressant de noter que, suivant Sonsino et Belleli, les œufs qui farcissent ainsi les parois de la vessie sont presque toujours armés d'un éperon terminal, tandis que les œufs dont nous constaterons plus tard la pi'ésence dans l'épaisseur du rectum ont d'ordinaire un éperon latéral.

La couche musculaire de la vessie a acquis elle-même une épaisseur considérable : le tissu conjonctif intermusculaire est hypertrophié, mais l'hypertrophie

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porte principalement sur les fibres musculaires. Celles-ci sont tout à fait normales; la dégénérescence hyaline qu'on leur a parfois attribuée n'est peut-être qu'un phénomène cadavérique. Dans les parties les plus superticielles de la tunique musculaire on trouve encore un assez grand nombre d'amas d'œufs, notamment au voisinage des vaisseaux. Des œufs isolés s'observent encore dans les parties profondes, mais on les voit devenir de plus en plus rares à mesure qu'on se rapproche de la couche conjonctive sous-périlonéale et finalement ils ne se rencontrent ])lus au sein de cette dernière. Nous avons dit déjà que la vessie était considérablement rétrécie : sa cavité intérieure est si restreinte que parfois elle peut à peine contenir une grosse noix. Cette modification tient uniquement à l'épaississement excessif de la couche musculaire.

Quant au fait que les œufs s'accumulent surtout dans la couche sous-muqueuse de la vessie, il semble tenir à une cause purement mécanique. Les veinules de la couche muqueuse sont de dimensions capillaires et sont, par conséquent, trop étroites pour livrer passage aux œufs : ceux-ci s'arrêtent donc dans les vaisseaux plus larges de la couche sous-muqueuse; il en résulte que des ruptures vasculaires se feront dans ce même tissu, au sein duquel les œufs pourront de la sorte s'accumuler en extrême abondance et d'une façon continue.

Les œufs qui se déposent ainsi dans la couche sous-muqueuse se comportent à la façon de corps étrangers, et leur présence, jointe aux hémorrhagies consécutives à la rupture des veinules, suffit à expliquer les lésions présentées par la vessie. L'inflammation de la muqueuse est le phénomène initial : au début, les éléments cellulaires se multiplient activement, des lambeaux d'épithélium se détachent; par la suite peuvent intervenir des altérations secondaires de l'urine,^ la muqueuse peut s'ulcérer et suppurer, des dépôts uriques ou calcaires se font dans son épaisseur et finalement elle s'hypertrophie de façon à présenter à sa surface des sortes de verrues ou de papilles.

Ces papilles s'observent fréquemment : elles se hérissent en colonnes et sont de plus grande taille que dans les cas de catarrhe simple de la vessie. 11 faut reconnaître aussi qu'il est difficile de rencontrer des circonstances qui favorisent davantage la production d'un catarrhe exceptionnellement grave : le passage des œufs dans les veines vésicales est continu, l'accumulation de ceux-ci dans les tissus va sans cesse en augmentant et les altérations consécutives de l'urine vont elles-mêmes en s'exagérant.

Les œufs ne se trouvent qu'en très-petite quantité dans l'épaisseur de la couche musculeuse : aussi l'énorme hypertrophie de cette dernière ne peut-elle être attribuée à la présence de ces corps étrangers; elle est plutôt consécutive au catarrhe de la muqueuse.

Des lésions analogues à celles que nous venons de rencontrer dans la vessie s'observent également dans le tiers inférieur des uretères. Ici les œufs sont en très-petit nombre, en sorte que la lésion doit encore être considérée comme consécutive à la lésion vésicale et à l'altération de l'urine : comme il arrive dans les cas de catarrhe chronique de la vessie, la lésion se propage le long de l'uretère et remonte finalement jusqu'au bassinet et au rein. L'uretère est élargi, tortueux et rétréci par places ; sa muqueuse est irrégulière et comme tomenteuse ; d'autres fois, son canal demeure à peu près normal, mais sa paroi acquiert une énorme épaisseur.

Les modifications dont les uretères sont le siège ont un retentissement immédiat sur le rein. Par suite des rétrécissements que nous avons signalés sur le

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trajet de ces conduits, le cours de l'urine se trouve plus ou moins gèué, d'autant plus que le rétrécissement va parfois jusqu'à l'oblitération complète : l'urine s'accumule en amont de l'obstacle, d'où les dilatations dont nous avons également parlé. Le même effet mécanique détermine, dans les cas particulièrement graves, une profonde altération des reins : l'organe augmente considérablement de volume, le bassinet se dilate, la distinction des deux substances corticale et médullaire devient fort difficile et le tissu rénal peut se réduire à une couche presque homogène, bosselée et dont l'épaisseur est au plus de 5 à 4 millimètres; çà et là, quelques petits abcès miliaires se voient dans le parenchyme, surtout à la surface. 11 s'agit, en somme, d'une véritable hydronéphrose, qui détermine tout d'.-ibord des lésions atrophiquos du rein et qui finalement peut tuer le malade par urémie ; la mort arrive encore assez souvent par albuminurie.

Par quelle voie les œufs de la Bilharzie arrivent-ils jusqu'aux uretères? Les veines de ces organes vont se jeter, les supérieures dans la veine rénale, les movennes dans la veine sperinatique et les inférieures dans la veine ihaque primitive. L'œuf, pondu dans les plexus du petit bassin, peut être entraîné par le courant sanguin jusque dans les veines hypogastrique et iliaque primitive ; mais, en raison de son inertie, on ne conçoit guère comment il peut remonter de cette dernière jusque dans l'épaisseur de l'uretère. Aussi doit-on croire à une migration accomplie par la femelle suivant le trajet que nous venons d'indiquer plutôt qu'à une communication anastomotique entre les veines du petit bassin et celles de la partie inférieure de l'uretère.

Cette migration est, d'autre part, le seul phénomène qui nous explique les cas où les œufs se rencontrent dans le rein, dans le bassinet et dans les portions supérieures de l'uretère. Les œufs sont toujours trop peu nombreux dans le parenchyme rénal pour qu'on puisse leur attribuer les graves lésions dont nous avons décrit plus haut le type extrême: dans des cas plus bénins, l'affection rénale consiste en une simple inflammation, eu une néphrite parenchymateuse; il peut se former aussi des kystes ou des calculs rénaux (d'où les coliques néphrétiques notées déjà par Ilarley), l'organe peut devenir le siège d'une cirrhose plus ou moins intense.

Le point de départ est, comme nous l'avons vu, l'altération vésicale : celle-ci consiste essentiellement en une cystite chronique avec hypertrophie de la tunique musculeuse. Dans les premiers temps, la maladie est caractérisée par une hématurie fréquente, s'accompagnant de cuisantes douleurs et de ténesme. L'Iiématurie a semblé si caractéristique que l'on désigne ordinairement sous le nom d'hématurie d'Égyple la maladie parasitaire qui nous occupe, maladie dont suivant la gravité des cas les manifestations sont diverses et qu'il serait préférable d'appeler bilharziose. Le passage du sang dans l'urine ne se fait pas dans le rein au niveau du glomérule de Malpighi, mais bien dans l'uretère ou dans la vessie : nous savons déjà que les œufs du parasite s'accumulent dans les capillaires de ces organes et eu provoquent la rupture; la petite liémorrhagie ainsi produite se fraie un chemin vers la cavité de la vessie d'autant plus aisément que la muqueuse est elle-même fortement enflammée et que son épithéliura se desquame.

L'urine est d'abord tout entière sanguinolente, mais peu à peu elle devient plus claire, et c'est seulement à la fin de la miction que sont expulsés des flocons muco-purulents, à l'intérieur desquels le microscope permet toujours de reconnaître la présence d'un grand nombre d'œufs et même d'embryons libres. On

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trouve encore dans l'urine des lambeaux d'épitliélium, de nombreux globules de pus et une quantité variable d'œufs et parfois même d'embryons libres. Ajoutons que le diagnostic de bilharziose ne saurait être porté avec certitude, tant qu'on n'a pas rencontré dans l'urine l'œuf caractéristique.

Nous avons vu que des calculs se forment parfois dans le rein. De semblables productions pathologiques prennent encore plus souvent naissance dans la vessie. Le nodule central de ces calculs est toujours constitué par un ou plusieurs œufs.'

On doit encore ranger au nombre des accidents consécutifs à l'accumulation des œufs dans l'épaisseur de la vessie la production fréquente de fistules urinaires, qui viennent s'ouvrir à la surface du périnée, plus rarement dans le rectum. Ces fistules s'établissent dans les cas les plus graves, quand des infiltrations purulentes, parties de la muqueuse, se répandent dans toute l'épaisseur de la vessie, puis se fraient un chemin au dehors. Dans certains cas, on voit pourtant la fistule s'établir chez des individus ne présentant que des lésions vésicales peu accusées et s'ouvrir dans la portion membraneuse de l'urèthre : la fistule est alors probablement occasionnée par des abcès dus eux-mêmes à l'ariêt des œufs dans l'épaisseur des tissus du périnée.

Pour en finir avec les lésions de l'appareil gcnito-urinaire, ajoutons que les œufs lie la IJilharzie se rencontrent encore très-fréquemment dans les vésicules séminales et dans la prostate; ces organes sont alors plus ou moins hypertrophiés.

Le gros intestin, et en particulier le rectum, présente ordinairement des lésions analogues à celles que nous venons de décrire longuement dans la vesîie et les organes voisins. La surface muqueuse est hérissée d'une foule de saillies mamelonnées et rapprochées les unes des autres. Ces saillies, très-volumineuses pour la plupart, ressemblent à de petits polypes dont la longueur atteint et dépasse parfois 10 à 15 millimètres; leur surface est légèrement villeuse et est criblée de petits orifices glandulaires. Dans l'intervalle de ces tumeurs, la muqueuse intestinale est tantôt d'aspect à peu près normal, tantôt au contraire lisse et comme vernissée ; ce dernier aspect lient à ce qu'une cicatrice s'est formée à l'endroit qu'occupait précédemment une ulcération consécutive à une perte de substance.

Si l'on fait au niveau des saillies polypiformes une section comprenant toute l'épaisseur de l'intestin, on constate que les œufs du parasite sont surtout accumulés dans l'épaisseur de la couche muqueuse, à l'intérieur de laquelle ils forment des amas considérables, visibles à l'œil nu : à la lumière oblique, ces amas se présentent sous l'aspect de trauiées miroitantes, ayant jusqu'à 1 millimètre 1/4 d'épaisseur et se poursuivant au sein même des excroissances morbides. On voit en outre un certain nombre d'œufs épars dans la muqueuse, entre les glandes en tube ou plus rarement dans leur lumière; quelques autres sont logés dans les follicules clos. En revanche, on n'en rencontre aucun ni dans l'épaisseur même des tuniques musculaires, ni dans la couche sousséreuse.

Sonsino, Zancarol et Damaschino s'accordent à reconnaître que la plupart des œufs renfermes dans l'épaisseur du gros intestin ont une épine latérale; Belleli dit au contraire que cet appendice est d'ordinaire exactement terminal. Cette différence d'opinion entre des observateurs également distingués montre bien le peu d'importance qu'il faut attribuer à l'éperon, puisque sa situation est diffé-

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