‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.49Chapitre 9 sur 22 · HÉMOSTASE · texte numérisé non relu

HÉMOSTASE

méthode; cette douleur n'est pas particulière à la compression élastique, car elle a été notée de même lorsqu'on a employé les divers autres modes de compression mécanique et la compression digitale. Néanmoins la compression exercée avec le lien constricteur ayant paru insupportable, on a cru devoir l'alténuev à l'aide de l'anesthésie, soit locale, par les injections hypodermiques de morphine, soit générale, par les inhalations d'éther ou de chloroforme. On a pu ainsi prolonger suffisamment la compression pour obtenir la solidification du sang dans le sac. lY. Signalons encore une belle application de la bande élastique pour remédier aux hémorrhagies puerpérales graves. Dans un cas de ce genre, M. le docteur Prouff, de Plouescat (Finistère), appelé auprès d'une femme presque exsangue, appliqua d'abord une bande élastique sur tout le membre inférieur droit; un mieux sensible survint; des douleurs se manifestant dans le membre, on enleva la bande, mais après en avoir appliqué une seconde sur le membre gauche. Au bout de deux heures de celle auto-transfusion (Guéniot). On enleva définitivement la bande. La guérison eut lieu sans encombre {Bull, et mém. de la Soc, de chir., 1879, p. 500).

Forcipressure. Ce mot, Créé par M. Verneuil, sert à désigner l'emploi des pinces comme moyen d'hémostase par compression d'un vaisseau entre les mors de ces pinces laissées à demeure pendant un temps plus ou moins long, variant de quelques minutes à plusieurs heures.

Ce moyen a déjà été pratiqué à la fin du siècle dernier par Desault et Percy. Sans vouloir insister ici sur l'historique de la forcipressure, qui a été traité avec tous ses détails par M. Yerneuil dans le mémoire qu'il a lu à la Société de chirurgie en 1875, nous pouvons dire que divers chirurgiens ont eu recours pendant les opérations à l'hémostase temporaire au moyen de pinces à verrous, de serres-fines (Vidal de Cassis, Ancelet), de serres-fortes (Sédillot), jusqu'au jour où, en 1865, M. Kœberlé modifia la pince à anneaux de Charrière en y ajoutant un cran d'arrêt, et songea à l'utiliser comme agent d'hémostase en chirurgie courante; cette pince figurait à l'Exposition universelle de 1867; les pinces hémostatiques, proposées de nouveau en 1867 par ÎNunneley (de Leeds), furent modifiées en 1868 par M. Péan, qui en fit construire de divers modèles dans le but de les employer d'une manière exclusive dans les opérations.

Les documents relatifs à celte question ont été communiqués en 1874 à la Société de chiruigie par M. Kœberlé, puis par M. Yerneuil eu novembre 1874 et le 4 janvier 1875, etc. : c'est le premier travail complet sur la question; le 16 et le 23 janvier 1875 parurent dans la Gazette médicale de Paris les leçons de M. Péan, professées l'année précédente et recueillies par MM. Deny et Exchaquet. M. Kœberlé fit connaître qu'il employait ses pinces comme moyen d'hémostase définitive sur les petits vaisseaux, et seulement comme moyen temporaire sur les artères de gros calibre. Sur celles-ci il appliquait un fil à ligature à la fin de l'opération. M. Péan voulait supprimer complètement la ligature et employer les pinces d'une manière méthodique, raisonnée, pour obtenir l'hémostase temporaire, définitive et préventive, pour toutes les artères et dans les opérations de longue durée [voy. la thèse de Delage, Paris, 1878). La publication de ces travaux a contribué pour une large part à vulgariser d'une manière définitive la forcipressure en chirurgie opératoire.

Les premières applications de la forcipressure ont été faites dans des circonstances imprévues où le chirurgien s'est trouvé dans l'impossibilité absolue d'ar-

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rèter l'hémorrhagie d'une autre manière; ayant une pince sous la main, il l'a placée sur le vaisseau et l'a laissée jusqu'à ce qu'il pensât que l'hémostase était assurée.

Cette forcipressure de nécessité, comme l'a appelée M. Verneuil, a été pratiquée avec des pinces diverses, soit la pince à pansement, soit la pince à ligature, la serre-fine, etc. Les bons résultats obtenus dans ces cas, qui paraissaient désespérés, ont attiré peu à peu l'attention des chirurgiens sur cette méthode, jusqu'au jour où la réunion par M. Verneuil des faits publiés mit en lumière d'une manière définitive tous les services qu'on en pouvait attendre.

La fabrication de pinces pouvant répondre à tous les besoins permit alors d'employer la forcipressure dans presque toutes les opérations sanglantes. M. Verneuil avait en effet démontré : que la forcipressure était d'une exécution facile et rapide, peu douloureuse, permettant aux chirurgiens d'opérer presque sans aides; que le séjour des pinces au milieu des tissus était absolument inoffensif et ne donnait lieu à aucun travail inflammatoire. Mais, bien qu'il eiit ajouté qu'elle n'exigeait aucun instrument spécial, on ne pouvait cependant, pour les opérations dans les cavités, s'en tenir à la pince à pansement ou à polypes ; aussi les varia-t-on de mille manières.

Les instruments dont on s'est servi sont en effet de divers modèles comme longueur, épaisseur et disposition des branches, et des mors, qui sont droits, courbés en T, triangulaires, losangiques, etc. Leur mode d'application diffère suivant l'organe opéré, et nous devons renvoyer aux opérations pratiquées sur les divers organes {langue, utérus, amputatio7is, ablations de tumeurs, etc.). Dans les opérations sur la surface externe du corps on applique facilement les pinces sur tous les vaisseaux, au fur et à mesure de leur division, et on ne fait la ligature qu'à la fin ou lorsque le nombre des pinces dans le champ opératoire devient gênant pour le chirurgien. Cette application successive des pinces au cours d'une opération diminue beaucoup la durée de celle-ci. Lorsque par suite de la situation profonde du vaisseau la ligature est trop difficile ou parfois impossible, on peut laisser la pince en place vingt -quatre ou quarante-huit heures jusqu'à ce que la formation du caillot ait assuré l'hémostase.

Celle-ci se produit par l'écrasement des tuniques interne et moyenne de l'artère et par la formation d'un caillot; dans les petites artères, l'écrasement suffit à lui seul pour assurer l'hémostase; on peut alors retirer les pinces au bout d'un quart d'heure, d'une demi-heure, c'est-à-dire après l'opération, avant le pansement; pour les artères de moyen calibre, du volume de la l'adialc ou des artères utérines, par exemple, il faut laisser les pinces en place de vingt-quatre à quarante-huit heures. Les tuniques artérielles adhèrent alors entre elles, et, avec l'aide du caillot, cet accolement des parois constitue l'hémostase temporaire; il se développe ensuite une endartérite, localisée à l'extrémité des vaisseaux, dont les végétations forment une cicatrice qui détermine l'hémostase définitive.

Ces termes d'hémostase préventive, temporaire et définitive, ont encore été employés dans un autre sens par M. Péan.

L'hémostase préventive se pratique dans certaines régions où les pinces peuvent être appliquées sur les vaisseaux importants qui s'y rendent et empêcher ainsi l'hémorrhagie pendant l'opération : telles sont les ablations de tumeurs pédiculées, les opérations sur les lèvres, les joues, le nez, la langue; sur les lèvres du bec-de-lièvre pendant l'avivement pour empêcher Thémorrhagie par les coronaii'es labiales; sur le scrotum pendant la castration; sur les ligamentii

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larges de l'utérus pendant l'hystérectoraie vaginale (Richelot). Les pinces peuvent rester jusqu'à ce qu'on pense que le caillot est forme', comme dans la castration et l'hystérectomie, ou être enlevées après l'application des épingles ou des sutures, comme dans le bec-de-lièvre.

V hémostase temporaire consiste dans l'application des pinces sur les vaisseaux divisés dans une opération, ou après celle-ci quand on enlève la bande élastique, par exemple, après les amputations suivies d'hémorrhagies en nappe. Lorsque tons les vaisseaux sont saisis et l'bémorrhagie arrêtée, on jette un fil sur les plus gros, on tord les plus petits, et on enlève les pinces au fur et à mesure pour procéder au pansement ou aux sutures, comme dans l'ovariotomie, ou dans les opérations oià il est nécessaire de ne pas laisser de corps étranger dans la plaie.

V hémostase définit ire consiste à laisser les pinces sur les vaisseaux depuis le moment de l'opéralion jusqu'à celui où on pense que le caillot est assez résistant pour former une barrière efficace au sang. Elle remplace alors la ligature, mais ne peut s'appliquer aux artères d'un gros calibre, à la fémorale, par exemple. Dans les amputations pratiquées de cette manière, les pinces sont ramenées dans les angles de la plaie, qu'on réunit et qu'on panse comme à l'ordinauc, les pinces servant en quelque sorte de drain. On les entoure d'ouate antiseptique, de gaze iodoformée, etc., pour qu'elles n'irritent pas les tissus. On agit de même pour les pinces laissées dans le vagin après l'hystérectomie. On peut remplacer les pinces par un drain après leur ablation.

La forcipressure a été aussi employée à la cure des anévrysmes, en appliquant une pince au lieu de la ligature sur l'artère mise à nu au-dessus de la tumeur, mais cette manière de faire est restée à l'état d'exception.

Uncipresslon. Ce moyen, imaginé par Vanzetli (de Padoue) pour arrêter les hémorrbagies artérielles, consiste à appliquer dans une plaie profonde, dont on ne peut pratiquer l'hémostase par les moyens ordinaires, des crochets portés dans le fond de la plaie ; ces crochets maintiennent les bords de la plaie écartés, et, par suite de leur pression sur le vaisseau, ou du changement de direction qu'ils lui impriment, arrêtent l'hémorrhagie. Comme ces crochets doivent rester assez longtemps en place, vingt-quatre à quarante-huit heures, et qu'il faut obtenir une tension continue, on les fixe à un gros fil et l'autre extrémité de celui-ci à im point immobile, le bois du lit, un bâton, ou mieux l'appareil destiné à immobiliser le membre. La douleur causée par les crochets est, en général, passagère et moindre que celle que produirait une pince.

M. Verneuil, qui fit un rapport sur le mémoire de Yanzetti à la Société de chirurgie, dit que l'uncipression est passible d'un certain nombre des objections justement adressées à l'acupressure, dont elle se rapproche d'ailleurs sous plus d'un rapport (Bull, de la Soc. de chir., 1874, p. 562).

Quoi qu'il en soit, la grande vogue obtenue par la forcipressure depuis cette époque a fait oublier l'uncipression.

Hémostase par attitude du membre. La flexion OU l'extension forcées de l'avant-bras sur le bras déterminent l'arrêt du pouls radial; dans la demiflexion du membre, on obtient le même résultat par une contraction volontaire et énergique du biceps; c'est sur la circulation artérielle qu'on a prise par ces moyens, qui ont déjà été appliqués plus d'une fois; l'hémorrhagie de la main s'arrête en pareil cas par suspension de l'abord du sang, et l'hémostase exige

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une tension violente du tendon aponévrotique du biceps. La même attitude du membre, sans contraction volontaire du muscle, peut ne pas modifier l'apport du sang artériel, mais gêner seulement le retour veineux, parce qu'alors l'expansion fibreuse du biceps n'est pas suffisamment tendue pour effacer le calibre des deux ordres de vaisseaux.

Dans un cas d h-imorrhagie provenant de l'incision d'un panaris du pouce, mais incoercible parce que le membre était dans celte atiitude, M. Yerneuil ordonna au malade de laisser retomber son bras et fit cesser toute contraction musculaire; l'hémorrhagie s'arrêta aussitôt {Gaz. hehd., 1862, p. 645).

Dans une intéressante thèse soutenue en 1867 sur les mouvements forcés et leur emploi thérapeutique, M. Merlateau a démontré que l'extension forcée pouvait diminuer et même arrêter complètement la circulation du sang dans les artères en déterminant l'aplatissement des vaisseaux, et que la flexion forcée pouvait obtenir le même résultat en produisant un angle aigu du vaisseau au niveau de la flexion. On trouvera dans cette thèse tous les documents relatifs à la question et en particulier ceux qui ont été fournis à l'auteur par M. Verneuil sur les modifications de la circulation du membre supérieur pendant la flexion forcée de l'avant-bras sur le bras {Juiirn. de physioL, 1858, t. 1, p. 506).

La thèse de iM. Stopin (Paris, 1869) renferme encore, sur le traitement de l'anévrysme poplité par la flexion de la jambe sur la cuisse, des documents nombreux qui n'ont pu être insérés dans l'article Axévrysme.

Élévation verticale du membre. Ce procédé d'hémostase a été imaginé et érigé en précepte par Houzé de l'Aulnoit en 1876. 11 consiste, après une blessure vasculaire ou une opération (amputation de parties des membres), à maintenir le membre entier ou le moignon dans la position verticale pendant un temps qui varie de deux à huit heures, lorsqu'on ne peut faire la ligature.

En 1849, Malgaigne avait tenté d'obtenir l'hémostase en fléchissant à angle droit l'avant-bras sur le bras et en maintenant l'avant-bras dans une position verticale à l'aide de coussins, mais celte idée était tombée dans l'oubli.

Houzé de l'Aulnoit recommandait d'avoir recours à l'élévation verticale du membre après avoir enlevé le bande élastique. Si les vaisseaux principaux du membre donnent, on en fait la ligature, sans s'occuper des petits vaisseaux, qui se ferment par la position verticale.

Lorsque l'hémorrhagie est arrêtée et la plaie exsangue, on peut appliquer le pansement, qui est toujours antiseptique. Eu 1881, au moment de la communication de ce procédé au Congrès de l'Association française pour l'avancement des sciences, à Alger, Houzé de l'Aulnoit l'avait employé avec succès dans vingt cas : quatre grandes amputations, dont une de l'avant-bras au tiers moyen, une désarticulation du poignet chez un adulte et une de jambe au tiers supérieur chez un enfant, et une autre chez un adulte, avec ligature seulement des gros troncs; — se[jt amputations de doigts; — six cas d'hémorrhagie de la main ou de l'avant-bras ; — deux résections très-étendues du tibia (vo(/. Comptes rendus du Congrès d'Alger, p. 812, et aussi la thèse de Prévost, Lille, 1881).

Ce procédé fut aussi l'objet d'une communication de Lister à l'Académie de médecine de Paris en 1878; il démontra les effets physiologiques de l'élévation verticale du membre sur la circulation, qui est très-ralentie et même suspendue dans les artères, et la reconnut comme moyen puissant d'hémostase. U l'avait employée avec succès dans une désarticulation du poignet où il n'avait pu trouver l'artère cubitale qui continuait à donner du sang.

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M. Gosselin, en 1878, et M. Desprës, en 1879, y eurent également recours avec succès dans plusieurs cas d'hémorrhagie de la paume de la main [voy. la thèse de Zigliara, Paris, 1879).

En 1880, Esraarcli, sans citer les travaux antérieurs, fit au Congrès de Berlin une communication sur le même sujet.

Houzé de l'Aulnoit recommande de se mettre en garde contre quelques causes d'insuccès; l'hémorrhagie peut survenir après le pansement, si celui-ci exerce une compression trop forte au-dessus du foyer traumatique : il faut donc avoir soin que la compression soit exactement répartie, ou plus forte à l'extrémité du moignon que dans le reste du pansement; elle peut encore avoir lieu par suite d'un épanchement de sang sous la peau ou sous l'aponévrose par le fait du pansement et comprimant les veines au-dessus de la plaie; enfin, par l'étranglement des parties molles, dû à l'inflammation des tissus situés entre les vaisseaux divisés et la partie supérieure du membre.

De rhémostase dans les amputations sans compression préalable» M. \orneiul

a préconisé en 1870 une mélliode opératoire consistant à faire l'amputation des membres comme s'il s'agissait d'enlever une tumeur, c'ost-à-dire de sectionner les tissus à petits coups, tout en donnant aux lambeaux la forme voulue, et de lier les vaisseaux au fur et à mesure de leur division. Xolre maître avait été conduit à cliercher les procédés de celte méthode à la suite de quelques cas de phlébite survenue après la compression digitale au pli de l'ahie dans les amputations de la cuisse et de la jambe; les malades étant morts de pyohémie, on avait pensé que cette complication pouvait être attribuée jusqu'à un certain point à la pénétration de fragments de caillots septiques dans le torrent circulatoire et provenant de la phlébite ingumale. J'ai moi-même contribué à établir l'importance de ces accidents [Gaz. hebd., 1870, p. 456) et un autre élève de M. Yerneuil, M. Pillet, a décrit dans sa thèse (1872) tous les procédés applicables aux différentes amputations sans compression préalable de l'artère principale du membre. Voici comment il résume les préceptes généraux à suivre dans ces opérations :

Les temps de l'amputation sont exécutés de façon que l'hémostase des gros vaisseaux se fasse au début, dans le cours ou à la fin de l'opération.

La ligature des petites artères se fera absolument comme dans l'ablation d'un cancer du sein, par exemple, c'ost-à-dire à mesure que les vaisseaux seront coupés. Si le chirurgien trouve gênant de quitter à ce moment le couteau pour la pince, il pourra toujours utiliser un procédé employé déjà par M. Maisonneuve et d'autres chirurgiens et qui consiste à saisir les vaisseaux avec des pinces à verrou de petites dimensions, qui ne gênent en rien les mouvements de l'opérateur (l'emploi des pinces hémostatiques, qui n'était pas encore vulgarisé à cette époque, trouverait aujourd'hui son application tout indiquée dans ce genre d'opérations, et y rendrait de grands services).

Les instruments tranchants à employer se réduisent à un simple petit couteau solidement emmanché, à tranchant droit ou convexe, à lame robuste, longue de 12 à 15 centimètres. A la rigueur un simple bistouri à lame fixe pourrait suffire.

On se servira de préférence du procédé à lambeaux : antérieur et postérieur. Dans le premier temps, le chirurgien trace avec la pointe du couteau les lambeaux au moyen d'une incision comprenant la peau et le tissu cellulaire souscutané. 11 procède alors à la recherche de l'artère principale, si elle est super-

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ficielle, sinon il cherchera à la découvrir en se servant des donne'es anatomiques connues. Il suffira la plupart du temps de couper un ou deux muscles recouvrant l'artère et les veines et nerfs qui l'accompagnent.

Cela fait, la rétraction des fibres musculaires coupées laisse libre un vaste espace dans lequel le chirurgien peut introduire son doigt et, en écartant ou même déchirant les parties situées au-dessus du point où doit se faire l'amputation, chercher sans craindre de causer des accidents dans ces parties, puisqu'elles doivent être sacrifiées.

La position de l'artère bien établie par le toucher et la vue, il ne reste plus qu'à l'isoler au moyen d'une sonde cannelée, à la soulever avec une aiguille de Deschamps munie d'un fil, et à la lier. Dans certains régions, où les artères présenlent de larges anastomoses, comme à l'avant-bras et à la jambe, il est bon de mettre une double ligature et de couper le vaisseau entre les deux fils : on évite ainsi i"af(]ux du sang par le bout inférieur, qui donne presque autant que le supérieur. M. Yerneuil recommande aussi de lier les grosses veines, car chez certains sujets le reflux physiologique ou pouls veineux s'étend souvent très-loin et, si les valvules de la veine étaient insuffisantes, on pourrait avoir à craindre des hémorrhagies veineuses. Ces ligatures ne présentent, du reste, aucun inconvénient, et de nombreux chirurgiens y ont recours sans scrupule dans les amputations.

Les vaisseaux liés, on achève le lambeau jusqu'à l'os, en taillant les chairs

en biseau et de dehors en dedans. On dénude l'os et on fait avec la pointe du

bistouri une incision circulaire du périoste, au point où doit se faire la section.

Le premier lambeau ainsi terminé, on procède de la même manière pour le

second, et on sectionne l'os selon la méthode habituelle.

M. Yerneuil s'est aussi servi d'un second procédé aussi facile que celui que nous venons de décrire, quoique au premier abord il semble présenter de grandes difficultés. 11 achève d'abord son premier lambeau (antérieur) de la façon indiquée précédemment, puis il dénude l'os en avant et un peu sur les côtés, passe un instrument quelconque, une paire de ciseaux courbes de préférence, entre l'os et les parties molles sous-jacentes, en ayant soin de le raser le plus près possible, et il le sectionne avant de s'occuper du lambeau postérieur. L'os scié, il taille ce lambeau de dehors en dedans, ou de dedans en dehors, selon qu'il le trouve plus commode.

Comme M. Yerneuil le disait plus récemment, ces essais ont perdu beaucoup de leur valeur depuis les belles applications de l'ischémie artificielle à la chirurgie opératoire des membres ; on trouvera plus aisé de rouler une bande de caoutchouc que d'aller à la recherche des vaisseaux, ce qui exige sans contredit des connaissances anatomiques précises. Mais il peut se trouver encore certains cas particuliers où ces procédés seront utiles et les chirurgiens feront bien de s'y exercer. En effet, outre qu'on pourrait bien n'avoir à sa disposition ni aide habile pour faire la compression, ni bande de caoutchouc, il ne faut pas oublier que l'ischémie artificielle n'est pas exempte d'inconvénients : aussi pour certaines opérations, telles que la désarticulation de l'épaule et de la hanche, l'amputation du bras et de l'avant-bras, ces procédés sont-ils aussi bons que possible (Yerneuil, Mém. dechir., t. II, p. 12, 1878).

Hémostase chirurgicale par médication interne. Lorsque l'Ilémorrhagie qui

survient à la suite de plaies accidentelles ou chirurgicales est sous la dépendance de l'état constitutionnel du sujet, par exemple, chez les cardiaques, les liépa-

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tiques, les paludiques, la médication interne a été employée avec succès pour arrêter l'écoulement du sang. Chez les cardiaques, la digitale, chez les paludiques, le sulfate de quinine, administrés comme d'ordinaire, ont déterminé ce résultat (Verneuil, Mém. de chir., t. III).

Un des plus beaux succès obtenus par l'emploi du sulfate de quinine a été relaté par M. llémard. A la suite de l'extraction d'une dent survint une hémorrhagie que ne purent arrêter ni les tamponnements de l'alvéole, ni les cautérisations au fer rouge, ni la ligature de la carotide primitive. 11 survint même des héraorrhagies par la plaie de la ligature. Les pertes sanguines ne cessèrent qu'après l'administration du sulfate de quinine. Le malade était albuminurique, et c'est à cette dyscrasie que M. Yerneuil a attribué la persistance de l'écoulement sanguin [Bull, et mém. de la Soc. de chir., 1879, p. 552), On trouvera d'autres faits du même genre dans la thèse de M. Luigi : Contribution à l'histoire de Vhémorrhagie comécutive à V extraction des dents, Paris, 1876.

Chez les sujets atteints d'une affection du foie, on observe souvent, entre autres liémoriliagies, des épistaxis rebelles à tous les traitements. M. Verneuil, se fondant sur la relation qui existe entre l'affection du foie et l'épistaxis, a fait appliquer, dans plusieurs cas où cette affection était manifeste, un vésicatoire sur la région hépatique, et arrêté définitivement l'hémorrhagie. L'emploi de ce moyen révulsif n'est pas nouveau, puisque Galien recommandait d'appliquer des ventouses sur le foie lorsque le sang coulait par la narine droite et sur la rate quand il coulait par la narine gauche, mais il était resté dans le domaine de l'empirisme, puisqu'on ignorait la relation pathogénique qui existe entre les affections du foie et les hémorrhagies, et était d'ailleurs tombé dans l'oubli le plus profond {Congrès de l'Association française, à Reiras, 1880, p. 990, et Acad. de méd., séance du 26 avril 1887).

M. Alex. Harkin, de Belfast, a aussi employé avec succès l'application des vésicatoires sur la région hépatique dans des cas d'héraorrhagies nasales, buccales, hémorrhoïdales, survenues chez des sujets présentant une affection du foie {the Lancet, 30 octobre 1886, t. II, p. 815).

Association des différents procédés d'hémostase- Dans une grande opération,

il est rare qu'on n'ait recours qu'à un seul des moyens énumérés précédemment. Le plus souvent on fait appel successivement ou simultanément à plusieurs d'entre eux.

Dans une amputation de membre, par exemple, on applique d'abord soit la bande élastique, soit le tourniquet, soit la compression digitale de l'artère principale à la racine du membre, ou bien on pratique la ligature de cette artère au niveau de la base des lambeaux, etc. Pendant l'opération, quelques vaisseaux venant à donner, on les oblitère par la forcipressure ou par la compression digitale. Après la section du membre, on fait la ligature des vaisseaux principaux, on applique encore des pinces sur les artérioles béantes, ou une éponge imbibée d'une solution antiseptique froide, etc.

Dans les ablations de tumeurs, on exécute la section des tissus avec l'écraseur linéaire, ou le galvano-cautère, ou le thermocautère, ou la ligature élastique, tous procédés qui réalisent l'hémostase en même temps que la diérèse ; ou bien on applique des pinces sur les vaisseaux avant ou après leur section, ou bien encore on en fait la ligature double, et on coupe les tissus entre les deux ligatures.

Après les opérations, on a recours à divers moyens destinés à favoriser l'hémo-

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stase définitive dans les vaisseaux, ou à prévenir les hémorrhagies secondaires : pansements antiseptiques, qui provoquent le resserrement des vaisseaux, ou évitent l'inflammation de la plaie, la destruction des extrémite's ou de la continuité des vaisseaux dénudés, le ramollissement des caillots, ramollissement qui se produit si souvent chez les opérés atteints de fièvre septique; — médication interne à l'aide de médicaments au premier rang desquels se place le sulfate de quinine, puis l'ergotine, etc.

C'est surtout dans l'ablation des tumeurs sanguines, des angiomes, que l'association de moyens hémostatiques nombreux est nécessaire. Un fait communiqué à la Société de chirurgie par M. Richelot en est un exemple remarquable.

Dans un cas de tumeur érectile volumineuse du front, dont les vaisseaux afférents et efférents étaient très-augmentés de volume, M. Verneuil applique d'abord une bande élastique autour de la tête pour emprisonner le sang dans la tumeur et empêcher l'accès du sang par la périphérie. Mais le sang abonde de la profondeur par les artères dilatées des os du crâne, et une double hémorrhagie a lieu par la petite plaie d'une ponction évacuatrice et par une ulcération de la tumeur : on en fait l'hémostase avec la forcipressure. On trace alors une incision autour de la tumeur avec le galvano-cautère, mais le sang jaillit des deux lèvres de l'incision et on applique des pinces à pression continue ; chaque fois qu'on approche d'une grosse veine, on fait à droite et à gauche du vaisseau une ponction profonde et on passe au-dessous de lui une sonde cannelée qui sert à glisser un stylet muni d'un fil ; on cherche alors à couper la veine entre les deux ligatures, mais les fils sont tropVapprochés ou les vaisseaux mal étreints : un flot de sang jaillit sous le couteau, on l'arrête par la forcipressure. Le pourtour de la tumeur est ainsi séparé avec le galvano-cautère, les ligatures successives et la forcipressure; enfin la tumeur ne lient plus que par le milieu de sa base; on la détache rapidement du crâne; trois ou quatre jets de sang rutilant s'élèvent de la voûte osseuse; impossible de placer des pinces sur les orifices des vaisseaux crâniens dilatés ; la compression digitale aussitôt exercée par les aides permet au chirurgien d'abattre en quelques instants les dernières adhérences de la tumeur; il reste une vaste surface de la voûte crânienne dénudée, sur laquelle le fer rouge est appliqué sans que l'hémorrhagie s'arrête. Des rondelles d'amadou maintenues avec les doigts triomphent enfin de l'écoulement et l'opération est terminée. Au cinquième jour, la température ayant monté à 39 degrés, on fit des pulvérisations phéniquées sur la plaie et on administra le sulfate de quinine. La guérison fut assez rapide.

Ainsi dans ce cas on a employé la bande élastique, le galvano-cautère, la forcipressure, la ligature, la compression digitale, la cautérisation, la compression avec des rondelles d'amadou, et enfin le sulfate de quinine. C'était un cas compliqué nécessitant des moyens complexes. Dans une autre région (Tillaux) on aurait pu encore combiner l'écraseur pour pédiculiser la tumeur et l'anse galvanique pour la disséquer [Bulletins et mémoires de la Société de chirurgie, 1881, p. 637). L.-H. Petit.

HÉIU0TACH09IËTRE. Foî/. CIRCULATION, p 419.

HEMPEL (Adolph-Friedr.-Heinr.). Médecin allemand, né à Neustrelitz, le 5 août 1767, mort a Gottingue, le 28 février 1834. Il fut nommé privat-docent dans cette ville en 1789, professeur extraordinaire en 18U8, enfin professeur

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ordinaire en 1819, et enseigna l'anatomie avec un grand succès. Ses principaux ouvrages sont: Anfangsgriinde der Anatomie. Gôttingen, 1801, in-8'', et nombreuses éditions ; Einleitung in die Physiologie and Pathologie, Gôttingen, 1818, in-8°; plusieurs éditions. L. Hn.

HEX'CKEL 00 nEKKEL (Joachim-Friedrich). Chirurgien et accoucheur allemand, né à HoUand, le 4 mars 1712, mort à Berlin le l*""" juillet 1779, Il étudia à Konigsberg, à Berlin et à Paris, servit dans l'armée, fut reçu docteur à Francfort-sur-l'Oder en 17 45, puis enseigna la chirurgie à Berlin et à la mort de Meckcl fut nommé directeur de la clinique d'accouchements. Henkel contribua à propager en Allemagne les principes de Rœderer et de Fried. Il était membre correspondant de l'Académie royale de cliirurgie. 11 a publié à Berhn un grand nombre de monographies et de recueils d'observations chirurgicales et obstétricales qui renferment des faits intéressants. L. Hn.

IIEXDRICKSZ (PiETEiî). Né en 1779 à Enkhuizen dans les Pays-Bas. II fit partie du corps de santé militaire de son pays. Chirurgien de 5" classe en 1791, attaché à divers hôpitaux, il devint professeur exlraordinaire en 1818 à Groninguc etprofesseur ordinaire à Amsterdam en 1828. Il s'occupa surtout d'ophthalmologic et fut le fondateur d'un institut spécial qu'il dirigea jusqu'à sa mort en 1845. Nous citerons de lui:

I. BIjdragen tôt den tegcnwoordigen staat van het animalisch magnelismus in ans vaderland. Groningue, 1814, 1818, in-8°, édition allemande par Fr. Berd. Halle, 1818, in-8°. — W.Ordeelkundigebesclirijvtng vaneenige de?- voornaamste Itcelkundige operatiën verrigt id het iiosQcomium academicum te Groningen, années 1810 à 1815. Groningue, 1816, in-S"; année 1816-1817, Amsterdam, 1822. — III. Oratio de chirurgorum nostratium laudibus optimis excolendœ artis'chirurgiœ incitamenlis. Groningue, 1810. — IV. Over de aanwending van de herooking van Morveau en van het chlorutetuni sodae in het %iektenhuis te Groningen. Groningue, 1827, in-8°. — V. Kort ovenicht vegcns de behandelde lijders en ven'ichte operatiën in het nosocomiumte Groningen, 1826-1827. Groningen, 1828, in-8°.— VI. Oratio de medicina et chirurgia non sine utriusque damna separandis. Amsterdam, 1829, in-S». A. D.

UEXDY (James). Médecin anglais, reçu docteur à Edimbourg en 177-4, médecin général de la milice, l'un des médecins du dispensaire général de la Barbade, s'occupa spécialement de recherches sur le système lymphatique (Edimbourg, 1774; Londres, 1775) et chercha à démontrer que la maladie dite des Barbades a son siège dans ce système {Treat. on the Glandular Disease of the Barbadoes, London, 1784, in-8°; trad. en fr. in Mém. Soc. méd. d'émul. de Paris, t. IV. Un nouvel opuscule sur ce sujet parut à Londres en 1789). L. Hn.

nErvKE (Adolph-Christ.-Heinr.). Médecin allemand, né à Brunswick, le 12 avril 1775, mort à Erlangen, le 8 août 1843. Nommé professeur extraordinaire dans cette ville en 1806, il obtint en 1816 la chaire de clinique et de médecine légale et la direction de l'Institut clinique de l'Université.

L'ouvrage le plus important de Henke est : Lehrbuch der gerichtl. Medicin, Berlin, 1812, in-8''; 12«édit. par Bergmann, ibid., 1851, in-8». Citons encore: Handhuch der allgem. u. spec. Pathologie, Berlin, 1806-1808, 5 vol. in-8°; Darstell. u. Kritik der Lehre von den Krisen, Kûrnberg, 1806, in-8''; Handb. zur Erkemi. u. Heilung der Kinderkrankheiten, Frankf. a. M. 1809, in-S";

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