HIPPOPOTAME
partie du crâne et que, malgré le volume e'norme de la tête, l'espace réservé au cerveau est des plus restreints. La tète, surmontée de petites oreilles roulées en cornet, est d'ailleurs fortement aplatie en dessus et se termine par un mufle épais à la partie supérieure duquel sont percées les narines. Les yeux, trèspetits, comme chez les Porcins, sont également rejetés vers le haut, de telle façon que lorsque l'animal nage il peut, en tenant la tête presque complètement immergée, continuer à respirer et à voir ce qui se passe autour de lui. Des muscles spéciaux permettent d'ailleurs, au besoin, l'occlusion complète des fosses nasales.
Le cou des Hippopotames est très-court et très-épais, la peau qui le revêt pendant inférieurement et le corps, exlrêmement massif, se termine en arrière par une queue très-grèle et repose sur des pattes relativement beaucoup moins hautes que celles des Porcs et des Sangliers, mais terminées également chacune par quatre doigts. Ces doigts cependant ne sont pas disposés tout ù fait de la même façon que dans le genre Sus {voy. le mot Porc), car ils reposent tous sur le sol par leur extrémité, qui est coiffée d'un sabot, et ils sont confondus à leur base sous une membrane commune.
La peau des Hippopotames est très-épaisse; c'est un véritable cuir dont la surface, parsemée seulement de quelques poils très-rares, présente une coloration brune ou grisâtre, sauf aux articulations, au pli de l'aine, autour des yeux et sur les lèvres, où elle passe au rose chair. Ces téguments glabres et lubrifiés par une exsudation continuelle paraissent sur certains points distendus par la graisse sous-jacente ; ils enveloppent le corps comme un sac informe, dessinent de gros plis dans le voisinage des pattes, simulent un goître sur la gorge et donnent à l'animal un aspect hideux qu'exagère encore l'expression bestiale de la face.
C'est surtout lorsqu'il baille ou lorsqu'il se dispose à engloutir des aliments qu'un Hippopotame se montre dans toute sa laideur. Sa gueule, fendue jusqu'aux yeux, s'ouvre alors comme un four et montre les mâchoires énormes, garnies d'une armure formidable. A la vue de ces fortes incisives, de ces canines recourbées comme des crocs et de ces molaires puissantes, on n'est plus disposé à taxer d'exagération les récits de voyageurs qui nous représentent l'Hippopotame comme une bête extrêmement dangereuse. Rûppell raconte en effet qu'un Hippopotame mit en pièces quatre bœufs paisiblement arrêtés près d'une roue d'irrigation et qu'un autre animal du même genre, après avoir été frappé de 25 balles, faillit culbuter la barque qui portait les chasseurs et faire expier à ceux-ci leur attaque imprudente.
Les Hippopotames causent en outre à l'agriculture de très-grands dommages, car ils ne se contentent pas de dévorer dans les marais ou sur le bord des fleuves les joncs, les papyrus, les lotus, les nénuphars et autres herbes aquatiques, mais ils sortent de leurs retraites après le coucher du soleil pour explorer les champs du voisinage dont ils ont bientôt fait d'anéantir les récoltes.
C'est dans l'eau toutefois que ces grands Mammifères passent la majeure partie de leur existence et c'est là qu'ils circulent le plus facilement, leur niasse pesante se trouvant par l'immersion affranchie d'une partie de son poids. Doués d'un naturel sociable, ils se réunissent souvent par troupes de six ou huit individus pour vivre dans une même contrée, qu'ils échangent contre une autre résidence quand ils en ont épuisé les ressources. Souvent même, pendant la saison des pluies, ils effectuent d'assez longs voyages. Lorsqu'ils se sentent parfaitement