‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.50Chapitre 31 sur 71 · SOURCE SOURCE · texte numérisé non relu

SOURCE SOURCE

DE LOUIS. DE l'empereur.

Chlorure de sodium 4,793852 10,494255

— potassium 0,171494 0,027724

— magnésium 0,506533 0,832326

— calcium 0,728064 1,730425

Bicarbonate de chaux 0,374588 0,068012

— magnésie 0,009125 »

— fer 0,041780 0,035222

Sulfate de chaux 0,015457 0,016388

Silice 0,019814 0,008678

Bromure de magnésium, alumine, phosphate

d'alumine et chlorhydrate d'ammoniaque.. » traces.

Total des matières fixes 6,662507 15,271230

Gaz acide carhonique libre. 1176",89501 2802",6884S

IIOMBURG (Eaox minérales de). 211

o° ISenquelIe ou SlaMhrunnen. Le griffon de cette source a été trouvé à 67 mètres de profondeur. Son eau est beaucoup moins gazeuse que celle de la Ludwigsquelle et de la Kaisersquelle. Elle est limpide, piquante, et a une saveur ferrugineuse. Elle est aussi légèrement salée. La température de l'air extérieur étant de 17 degrés centigrade, celle de l'eau est de 10 degrés centigrade. Sa densité est de 1,01089. L'eau de la Neuquellc est celle qui supporte le mieux le transport. Elle forme en effet, plus lentement et moins abondamment, un précipité ferrugineux lorsqu'elle a été enfermée avec précaution dans un vase liermétiquement boucbé. Son analyse est au tajjleau qui suit la quatrième source.'

4» Elisabethquelle ou Kurbriinnen. Cette source est, avec h précédente, celle que l'on emploie le plus It l'intérieur, et son efficacité a surtout contribué à la réputation de l'établissement minéral de Homburg. L'eau arrive directement au milieu d'un bassin à la surface duquel viennent éclater les bulles de gaz qui traversent l'eau. Leur volume est assez gros, mais elles sont peu nombreuses. L'eau d'Elisabethquelle, dont le débit est de 11,600 litres en vingtquatre beures, est moins limpide que celle des autres sources, et, lorsqu'on la laisse dans un verre, exposée au contact de l'air, elle couvre bientôt les parois d'un sédiment jaune rougeàtre qui renferme des carbonates de cbaux, de magnésie et de fer. L'intérieur du bassin et les tu])es qui servent à l'écoulement de l'eau sont incrustés de ce même sédiment. La saveur de l'Elisabetbquelle est ferrugineuse et salée et, lorsqu'on la boit, il semble qu'elle contient une plus grande quantité de gaz acide carbonique que ne le fait supposer la petite proportion de Itulles qui la traversent. La température de l'air extérieur étant de 16°, 5 centigrade, celle de l'eau est de 10", 5 centigrade. Sa pesanteur spécifique est de 1,011550. Le professeur Liebig a fait, en 1845, l'analyse de l'eau de la Neuquelle ou Stablbrunnen; Hoffmann a fait, en 1856, celle de l'eau de l'Elisabetbquelle ou Kurbrunnen. Ces cbimistes ont trouvé dans 1000 grammes les principes suivants :

KEnQUELLE EllSABEinQnELlE

OU STAHLBRUSNEN. oc KCRBncXNE.N.

Chlorure de sodium 7,986452 14,80i265

— calcium 1,066752 1,676544

— magnésium 0,552992 0,838272

— potassium 0,017664 0,192000

Bromure de magnésium. ....... traces. 0,015360

Sulfate de chaux 0,iil4o92 0,026264

Bicarbonate de chaux 0,755408 1,111910

— fer 0,095696 0,417945

— manganèse » 0,010368

Silice 0,051488 0,010568

Alumine, crénate, apocrénate, substances

organiques traces. traces.

Total des matières fixes. . . . 10,497024 19,155276

Gaz acide carbonique libre 1265", 57 1277",22051

Établissemext. Jusqu'en 1850, les malades n'avaient à Hombur"- qu'une quarantaine de baignoires à leur disposition établies cbez des particuliers. Un bâtiment spécial, construit à droite du Kursaal, et composé de trois éta^res offre tous les moyens balnéaires que l'on rencontre dans les autres stations les mieux organisées. Au rez-de-chaussée sont les cabinets de bains de vapeur, de bains russes et de douches de toute sorte. Les baignoires sont au premier et au second étage, 24 pour chaque sexe. Au-dessus de chacune d'elles a été

212 HOMBURG (Eadx minérales de).

nstallé un appareil de douches en pluie. Dans un réservoir au sommet de la maison ont été établis deux compartiments inégaux où est contenue l'eau froide ou chauffée, que des tuyaux conduisent à toutes les salles de bains et de douches. Le plus grand de ces compartiments contient l'eau minérale, et le plus petit l'eau ordinaire, en sorte que l'on peut prendre des bains avec l'eau minérale chauffée ou Teau ordinaire froide. On trouve aussi à l'établissement deHom- Lurg de l'eau-mère que l'on fait venir des salines de Nauheim.

Mode d'administration et doses. Les eaux de Homburg s'administrent en boisson, en bains d'eau et de vapeur, en douches, en injections, en lavements et en lotions. La dose varie d'un quart de verre à quatre et même cinq verres, pris le matin à jeun et de quart d'heure en quart d'heure. Le gaz qui se dégage des sources et qui se fixe en perles bruyantes et d'un assez gros volume à l'intérieur des verres aide à les rendre plus faciles à assimiler. Mais il est aussi dans certains cas nuisible, et certains buveurs doivent attendre que l'eau minérale en soit privée par son exposition à l'air pendant un certain temps, quelquefois même après qu'on a fait chauffer artificiellement l'eau de ces sources, fortement carboniques. La durée des bains d'eau dont on a fait élever la chaleur est d'une demi-heure à une heure quand ils ne sont pas additionnés d'eau-mère ; dans ce dernier cas, ils ne doivent pas être prolongés plus de trente minutes. La durée des douches varie de cinq à quinze minutes. Elle doit être courte, lorsque l'eau est administrée à la température des sources. Le séjour dans les étiives humides est en géjiéral d'un quart heure. Les douches vaginales sont administrées de deux façons : ou sur les appareils fixes établis dans des cuvettes spéciales, ou au moyen d'instruments apportés par les femmes qui ont l'habitude de s'en servir. Les lavements se prennent de la même manière que les douches vaginales, mais sont administrées le plus souvent sous la forme de douches ascendantes, auxquelles sont réservées des cabinets particuliers. Les lotions sont pratiquées par l'eau chlorurée carbonique pure ou par l'eau mère des salines de Nauheim, dont on imbibe quelquefois des compresses que l'on tient sur les parties du corps oii une révulsion puissante et nécessaire.

Effets physiologiques et thérapectiques. La composition élémentaire de la source d'Elisabeth est surtout caractérisée par le chlorure de sodium. Le Stahlbrunnen renferme une assez grande quantité de bicarbonate de fer pour être rangée dans la classe des eaux martiales. La Ludwigsquelle n'a pas un caractère aussi tranché. Nous allons donc étudier séparément l'eau de l'Elisabethquelle et du Stahlbrunnen sur les personnes en santé et sur les malades. La première, comme toutes les chlorurées fortes, amène la constipation lorsqu'elle est prise à faible dose; elle est purgative, au contraire, lorsqu'on en boit trois ou quati'e verres. Elle est désagréable, salée, amère, et le gaz acide carbonique qu'elle contient suffit à peine pour qu'on puisse surmonter le dégoût qu'elle fait éprouver. Après quelques jours cependant elle inspire moins de répugnance. Il arrive qu'elle occasionne de la pesanteur d'estomac et un peu de malaise, mais, en général, on la digère assez facilement. Elle n'est pas diurétique. Elle détermine toujours des borborygmes, qui sont suivis de coliques assez fortes. Lorsqu'on la prend à dose purgative, elle produit une diarrhée, très-appréciable et même des garde-robes tout à fait liquides. Elle procure toujours une augmentation notable de l'appétit et une digestion plus prompte, quel que soit le degré de son effet purgatif. Quand elle a amené plusieurs jours de suite des selles liquides, il n'est pas rare qu'elle détermine de la cuisson à

IIOMBURG (Eaux minérales de). 215

rextrémilé inférieure du tube intestinal, et quelquefois même elle de'veloppe des hémorrhoïdes, surtout chez les personnes qui y sont sujettes. L'eau d'Elisabethbrunnen est tonique tout en étant purgative, et, au lieu de faire e'prouver un état de défaillance, ceux qui la boivent se sentent mieux disposés et plus forts. Elle active et augmente les menstrues des femmes. Cette eau produit ou diminue l'embonpoint, suivant son mode d'emploi et le tempérament des buveurs. Les personnes maigres, irritables, bilieuses, ayant ordinairement des digestions pénibles et de la constipation, digèrent mieux et arrivent à l'embonpoint, si elles emploient, à dose purgative, l'eau de la source Elisabeth. Les sujets lymphatiques et obèses deviennent moins gras, maigrissent même, mais sans éprouver, à cause de l'effet tonique des eaux chlorurées à dose laxative, l'affaiblissement qui suit les purgations pharmaceutiques. Nous n'avons que peu de mots à dire de l'action physiologique de la source ferrugineuse de Homburg, la Stahlbrunnen. Cette action est beaucoup moins caractérisée que celle de la source Elisabeth. L'eau de la Neuquelle ou Stahlbrunnen à petite dose produit une constipation plus forte que l'Elisabethquelle, mais, bien qu'elle soit ferrugineuse, elle a quelquefois un effet laxatif, bue en quantité de deux ou trois verres. L'effet purgatif n'est jamais aussi marqué qu'à l'Elisabetlibrunnen. Même lorsqu'il n'est pas apparent, l'eau du Stahlbrunnen a du moins cet avantage de ne pas être constipante. On sait en effet que les eaux ferrugineuses déterminent habituellement cet accident, d'autant plus regrettable qu'il existe pour ainsi dire toujours chez les personnes épuisées ou chlorotiques. L'eau de la Neuquelle est assez désagréable à boire, moins cependant que celle de la source Éhsabeth. Elle n'augmente pas non plus la quantité des urines. L'action physiologique des sources dont les eaux servent en bains est à peine marquée. Quelques personnes cependant, qui emploient en bains les eaux de la Ludwigsou de la Kaisersquelle, se plaignent d'avoir la peau plus rugueuse et moins souple, et, même après une cure externe assez longtemps prolongée, de voir se développer sur certaines parties de leur corps du prurigo, de l'eczéma, etc., ou des furoncles. On regardait autrefois connue d'un pronostic très-favorable, surtout lorsque la maladie était interne, l'apparition de toutes les manifestations cutanées qui suivaient l'usage des eaux et étaient regardées connue critiques. IS'ous considérons maintenant, au contraire, ces éruptions comme une complication qu'il faut avoir grand soin d'éviter, pour qu'on ne soit pas obligé d'interrompre ou même de suspendre le traitement hydrominéral, avant qu'il ait donné tous les résultats que l'on eu peut attendre. On attribuait à un effet général des bains minéraux les accidents qui se manifestaient à l'extérieur ; on ne croit plus aujourd'hui à cette action bienfaisante. On pense plutôt que la peau est dans toutes ses parties un foyer de chaleur favorisant Tévaporation de l'eau fortement chlorurée qui mouille le corps au moment de la sortie du bain, et que, par suite, il se forme de petits cristaux jouant le rôle de corps étrangers irritants, et stimulant assez énergiquemeiit les pores pour enflammer les points où ils sont déposés. C'est avec intention que nous ne rappelons pas les effets physiologiques des bains additionnés d'eau-mère ; nous renvoyons à ce que nous avons dit aux articles Eau- mère et Ealx iinÉRALES ex gé.néral. Les remarques que nous avons faites sur les effets physiologiques des eaux des sources de Homburg vont nous permettre d'en indiquer brièvement les effets thérapeutiques. Leur emploi en boisson à dose faible, c'est-à-dire d'un quart de verre à un demi-verre, est indiqué toutes les fois qu'on veut obtenir la dirainu-

214 HOME (Les deux).

tion du nomlire des garde-robes, et dans tous les cas où la diarrhe'c, dont on découvre difficilement la cause, occasionne fréquemment un dépérissement que l'on ne peut arrêter par aucun autre moyen. On peut aussi espérer un résultat favorable de l'usage à petite dose de la source Elisabeth, même lorsque le cours de ventre a pour cause l'état d'inflammation chronique, si difficile à guérir, de la membrane muqueuse du gros intestin. L'eau de la même source est utile, mais à dose plus élevée, dans les dyspepsies provenant d'un état saburral des premières voies, ou d'une anomalie de la quantité ou de la qualité des sécrétions de l'estomac ou de l'intestin. Prise à haute dose, elle est indiquée encore chez les personnes qui, sans être précisément malades, ont une constipation habituelle et opiniâtre. Il importe alors d'en continuer l'usage assez longtemps à une dose laxative, pour que les évacuations alvines s'accomplissent tous les jours et deviennent régulières. Les mêmes eaux sont données avec succès aussi aux sujets qui souffrent de la disparition d'hémorrhoïdes fluenles, l'emploi méthodique des eaux d'Elisabeth devant presque certainement amener la réapparition du sang. Les personnes obèses et d'un tempérament lymphatique, dont la santé se trouve altérée par un développement exagéré de la graisse dans le tissu cellulaire, se trouvent bien de l'emploi des eaux d'Elisabethbrunnen à dose fortement purgative.

Flnfin l'usage de l'eau de cette source, combinée avec les bains additionnée d'eau-mère, convient aux personnes lymphatiques et même scrofuleuses, mais il faut faire observer que les eaux de.Xauheim et de Kreuznach {voij. ces mots) ont, dans ces circonstances, une vertu bien autrement puissante. Aussi les enfants de Homburg ou des environs qui sont scrofuleux ou lymphatiques sont envoyés à la station de Nauheim.

Les contre-indications de l'eau de l'Elisabetlibrunnen sont les mêmes que celles des sources chlorurées fortes. Les eaux de la Ludwigsquelle, et surtout du Stahlbrunnen, sont employées avec succès dans certaines anémies, mais principalement dans celles qui sont symptomatiques d'une chlorose confirmée. Il convient d'y avoir recours toutes les fois qu'il est besoin de reconstituer le sang et de remonter l'économie tout entière. L'eau des sources de Homburg, employée à l'extérieur, guérit ou améliore certaines maladies de la peau qui proviennent d'une constitution scrofulcuse, et dans lesquelles on n'a pas à craindre un état aigu. Elle est utile en applications locales, lorsqu'il est nécessaire de stimuler, à l'aide d'injections ou de douches ascendantes , composées d'une eau fortement chlorurée , la muqueuse des organes génitaux de la femme ou du gros intestin des deux sexes. La durée de la cure est de vingt à trente jours.

On exporte l'eau de toutes les sources de Homburg, mais surtout celle de la Neuquelle, qui se conserve le mieux. A. Rotureau.

H031E (Les oedx).

Home (Sir Everard). Célèbre chirurgien anglais, né à Edimbourg en 1765,. mort à Chelsea le 31 août 1852, fut d'abord médecin militaire, puis devint successivement premier chirurgien du roi, professeur honoraire du Collège des chirurgiens, premier chirurgien de l'hôpital Saint-Georges et de l'hôtel des Invalides de Chelsea, etc., etc. Ses ouvrages se rapportent à la chirurgie et à l'anatomie humaine et comparée. Les plus remarquables sont ceux Sur les rétrécissements de l'urèthre et de V œsophage (Londres, 1795, in-S"; 5« édit..

UOMICIDE. 215

1805, et autres éditions), Sur les maladies de la prostate (Londres, 1811, 1818, 1822, in-S"; en français, Paris, 1820, in-S"), et son traité d'anatomie comparée : Lectures on Comparative Anatomy, etc. (London, 1814-1822, 4 vol. in-4»). L. Un.

Home (Francis). Médecin écossais, reçu docteur à Edimbourg en 1750, fut ensuite professeur de matière médicale à cette Université. Il a le mérite d'avoir le premier signalé le croup comme une maladie spéciale et de l'avoir bien décrit (Edimbourg, 1765, in-8" ; traduit en français par Ruelle, Paris, 1809, in-8"). Citons encore de lui : Principia medicinae, Edinb., 1758, in-8'' ; 5* édit., ibid., 1770, in-8'^; trad. en français par Gastellier, Paris, 1775, in-12". — Médical Facts and Experiments, Edinb. a. Lond., 1759, in-8°. — Clinical Experiments, Historiés and Dissectio7is, Edinb., 1780, in-S"; London, 1782, in-8''. L. Hn.

liomciDE (Folie). Historique. L'histoire des opinions émises en ce siècle sur la folie homicide peut se diviser en deux phases distinctes. Durant Ja première, qui va jusqu'en 1850, on la considérait comme une entité morbide distincte, et, à la suite d'Esquirol, on en faisait une monomanie. Avec l'illustre médecin de Charenton on enseignait que, a dans certains cas, le monomaniaque homicide ne présente aucune altération appréciable de l'intelligence ou des affections. Il est entraîné par un instinct aveugle, par quelque chose d'indéfinissable qui le pousse à tuer » [Note sur la monomanie homicide [Médecine légale des aliénés, de Hoffbauer, p. 512]). Celle théorie adoptée parBrierre de Boismont, Marc et tous les aliénistes de l'époque, a été, dès le principe, vivement combattue par les magistrats et par certains avocats, Elias Reguault, entre autres {Du degré de compétence des médecins dans les questio7is judiciaires, etc. Paris, 1850). Mais ces attaques, quelques vives qu'elles fussent, ne purent modifier les idées admises, jusqu'au jour où l'observation clinique vint substituer l'autorité des faits à celle de la théorie. C'est le travail accompli durant la seconde phase.

On s'attaqua d'abord à la doctrine de la monomanie en général. Les objections contre cette forme morbide, de même que les arguments qu'on peut invoquer en sa faveur, furent longuement exposés dans une mémorable discussion qui eut lieu en 1854 à la Société médico-psychologique (voy. Annales médicopsychologiques, 1854, t. VI). Déjà, deux ans auparavant, M. Bariod, dans une thèse remarquée [Étude sur les monomanies instinctives. Paris, 1852), avait réfuté la théorie d'Esquirol, à l'aide même des observations du maître. Grâce à ces travaux, ainsi qu'à ceux de Falrel père, de xMorel et de tous ceux qui suivirent leur enseignement, il est aisé de démontrer aujourd'hui que ces diverses maladies mentales, décrites sous le nom de monomanies, ne sont en réalité que des états symptomatiques qui s'observent dans les formes morbides les plus opposées. Ainsi, en ce qui concerne spécialement la monomanie homicide, que nous avons particulièrement en vue dans cet article, il ne fait plus doute pour aucun observateur qu'il n'existe pas une maladie se manifestant par le seul instinct aveugle de tuer, mais qu'au contraire Vacte homicide est un symptôme d'aliénation. Il importe d(mc de faire ressortir les conditions pathologiques spéciales dans lesquelles cet acte se produit, ainsi que les mobiles qui poussent les aliénés à tuer.

Symptomatologie et valeur diagnostique. Il y a des aliénés qui luent ; le but de la science est de rechen^her dans quelles formes de vésanie rentrent ces malades à quelle période de leur affection ils sont particulièrement poussés à cet acte morbide, à quels motifs ils obéissent, de quelle m.anière ils accomplissent le meurtre, etc. L'état actuel de la science permet de donner des réponses satisfaisantes sur la plupart de ces questions.

Que la tendance à l'homicide puisse se produire dans les conditions pathologiques les plus diverses, les partisans les plus déterminés des monomanies l'ont eux-mêmes admis. C'est Esquirol lui-même qui a écrit les phrases suivantes, qui sont comme le sommaire de cet article : « Les aliénés attentent à la vie de leurs semblables ; les uns, devenus très-susceptibles, très-irritables, dans un accès de colère frappent, luent les personnes qui les contrarient ou dont ils croient être contrariés ; ils tuent les personnes qu'ils prennent à tort ou à raison pour des ennemis dont il faut se défendre ou se venger. Les autres, trompés par des illusions des sens ou par des hallucinations, obéissent à l'impulsion du délire. Quelques-uns tuent, motivent leur affreuse détermination, raisonnent leurs actions et ont la conscience du mal qu'ils commettent. Quelques autres sont des instruments aveugles d'une impulsion involontaire, instinctive, qui les pousse au meurtre. Enfin on observe des idiots qui, par défaut de développement de l'intelligence, dans l'ignorance du mal comme du bien, tuent par imitation » {Des maladies mentales, éd. belge, t. 1, p. 57G).

Suivant en cela l'exemple donné par M. E. Blanche dans son volume sur les Homicides commis par les aliénés (Paris, 1878), nous allons passer en revue les diverses formes de folie, aujourd'hui admises, dans lesquelles peut se produire le symptôme homicide, et l'on verra qu'elles rentrent toutes, ou presque toutes, dans l'une des catégories indiquées par Esquirol.

Dans la manie simple, aiguë ou chronique, l'homicide est rare. Le maniaque, comme on sait, se met facilement en colère, pour un motif futile, pour une simple contrariété. C'est dans ces moments de fureur, de paroxysme, qu'il peut se porter à des violences à l'égard des personnes qui l'entourent; saisissant le premier objet qui lui tombera sous la main, une bouteille, une chaise, sa fourchette, etc., il se précipitera sur celui dont il croira avoir à se plaindre et s'acharnera sur lui, jusqu'à ce qu'il ait épuisé sa fureur, puis, le meurtre commis, il ira s'asseoir tranquillement, sans plus s'occuper de sa victime. On a vu aussi certains maniaques blesser et même tuer des personnes de leur entourage en leur lançant à la tête soit un verre, un bol, soit tout autre objet qui se trouve à leur portée.

Dans les formes mélancoliques l'homicide est plus fréquent et présente des caractères particuliers qu'il importe de faire connaître.

Le mélancolique peut être poussé au meurtre par des motifs divers. Parfois il obéit à un ordre impératif qui lui est donné par une hallucination de l'ouïe, soit que ce soit la voix de Dieu, celle d'un ami, d'un parent ou d'un inconnu. Tel est le cas de ce jeune homme, cité par Esquirol {Noie sur la monomanie homicide, loc. cit., p. 515), « qui depuis six mois n'avait dit un mot, ni exécuté un mouvement volontaire, saisit une bouteille pleine et la jette à la tête d'un domestique. Il reste immobile et silencieux ; il guérit après quelques mois. Interrogé alors pourquoi il avait jeté cette bouteille : « Parce que, répondit-il, j'entendis une voix qui me dit : Si tu tues quelqu'un, tu seras sauvé. Je n'avais pas tué l'homme que je voulais atteindre, mon sort ne devait pas changer, je

restai silencieux et immobile ; au reste, la même voix me répétait sans cesse depuis six mois : Si tu bouges, tu es mort ». Un autre mélancolique, d'après le même auteur, qui avait déjà fait une tentative de suicide par pendaison, donne un jour, tout à coup et sans provocation, plusieurs coups de son vase de nuit à son voisin, se jette sur lui et veut le tuer; il eût exécuté ce dessein, si l'on ne fîit accouru. Le malade interrogé répond avec calme qu'il a entendu ses deux frères lui dire de tuer son voisin, qui veut lui faire du mal.

D'ordinaire, les malades mélancoliques — surtout ceux qui vivent dans des craintes et des angoisses perpétuelles — cbercbent la lin de leur existence douloureuse dans le suicide. Mais il en est, parmi eux, qui semblent n'avoir pas l'énergie nécessaire pour se tuer eux-mêmes; ils tentent alors d'arriver à la mort par un moyen détourné, ils commettent un crime entraînant la peine capitale. On ne saurait eu trouver un exemple plus frappant que celui de cette femme de la campagne, cité par Esquirol {loc. cit., p. ol8), qui, voulant mourir et n'ayant pas le courage de se tuer, répétait souvent : « 11 faut que je tue quelqu'un pour qu'on me fasse mourir. » Elle avait fait des tentatives sur sa mère. A la Salpêtrière, où elle avait été placée, elle essaya de tuer une employée. Sans cesse elle disait : « Faites-moi mourir, ou je tuerai quelqu'un. »

Une autre catégorie non moins curieuse de mclancoli(]ues est celle de ces malades qui tuent leurs enfants, en quelque sorte par excès d'affection. « Ce sont, comme le dit excellement Krafft-Ebing, des parents qui, ployant sous le coup de l'infortune, du besoin et de la détresse, ne voient dans l'avenir, à travers le voile de leur dysestbésie psychique et du sentiment maladif de leur impuissance, que misère et famina pour eux-mêmes et pour les leurs ; ils ne se sentent pas la force d'aller en avant et se décident à mourir, mais la pensée qu'ils laisseront leurs enfants sans secours, sans appui et sans affections dans ce monde de douleur, les fait frémir : ils les tuent donc pour les envoyer dans un monde meilleur et se suicident ensuite. Toutefois le suicide ne leur réussit pas toujours, soit faute de moyens suffisants, soit parce que l'horreur même du premier acte de ce terrible drame le fait suivre d'une détente générale ; ils se jettent alors dans les bras de la justice et la supplient de mettre un terme à leurs souffrances » (Krafft-Ebing, La responsabilité criminelle et la capacité civile dans les états de trouble intellectuel, traduit de l'allemand par Châtelain. Paris, 1875, p. 75).

Les cas de ce genre d'homicide commis par des mélancoliques ne sont pas rares ; on en lit de fréquents exemples dans les journaux. Ce sont communément des mères qui, dans un accès de tristesse, de crainte de l'avenir et de dégoût de la vie, ne veulent pas quitter ce monde en y laissant ce qu'elles y ont de plus cher. Elles emmènent leurs enfants au bord d'une rivière ou d'un puits, les y précipitent et s'y jettent après eux. Ou bien, après avoir commis le premier crime, elles reculent épouvantées et vont se livrera la justice, convaincues que l'échafaud ne lardera pas à les réunir à ceux qui sont morts.

Enfin, le mélancolique semble agir sous l'influence d'une impulsion violente et instantanée, mais celte instantanéité n'est qu'apparente, car le malade a subi en lui-même une lutte longue et pénible, et celte soudaineté de l'acte criminel n'est que « la péripétie ultime d'un combat silencieux où la volonté a été vaincue » . Tel ce malade, dont M. Max Simon relate l'histoire [Crimes et délits dans la folie. Paris, 1886, p. 49), a interné depuis longtemps et qui se montrait parfaitement calme. Ses idées délirantes s'étaient, semblait-il, considéra-

blement affaiblies; mieux encore, elles paraissaient avoir complètement disparu : on songeait a rendre ce malade ù la liberté. Sa femme, du reste, le redemandait avec instance. Elle venait le visiter tous les jours en attendant le moment de sa libération définitive, lorsque dans une de ses visites l'aliéné la frappa avec une pierre qu'il avait soigneusement cachée. Rien n'avait pu faire prévoir cet acte de violence, qui amena la mort immédiate de la victime de celte agression. Ce meurtre accompli, le malade se répandit en larmes, déplorant son triste sort, et déclarant que, depuis plus d'une semaine, il était poursuivi du désir de tuer quelqu'un; que, la veille, il avait failli assaillir le directeur de la maison. Il avait eu cependant la force de triompher de son penchant homicide; mais^ l'impulsion était devenue trop forte,, le hesoin trop irrésistible, la lutte trop pénible, il avait dû céder, et c'est pourquoi il avait frappé et tué sa femme, que pourtant il aimait ».

Dans la folie religieuse, cette forme de vésanie relativement rare à notre époque, on observe l'homicide, et les malades, soit qu'ils soient théomanes ou qu'ils soient démonomanes, croient faire œuvre pie on tuant leurs semblables. Tout le monde connaît l'histoire de ce paysan allemand, qui crut devoir renouveler le sacrifice d'Abraham sur la personne de son fils unique, âgé de quatorze ans; l'enfant y consent, et il est égorgé par son père. L'hallucination est souvent dans ces cas la grande instigatrice de l'Iiomicide. M. Bail raconte le fait de celte dame qui, « réveillée au milieu de la nuit par une apparition céleste, vit un ange qui lui ordonnait d'envoyer au ciel sa petite fille âgée de dix-huit mois. Elle se leva et, après avoir couronné son enfant de roses blanches, elle prit un couteau et lui ouvrit le cou » {Leçons sur les maladies mentales. Paris, 1880, p. 475).

A la suite de ces cas de meurtres commis par des théomanes trouvent place ceux commis par des démonomanes. La tendance à tuer, les préoccupations violentes, s'observent principalement chez les malades qui se croient possédés du démon. Une démonomane disait à Esquirol : « J'ai commis toutes sortes de crimes; j'ai tué, volé; le diable répète sans cesse de tuer, d'étrangler même mes enfants; en une minute je commets plus de crimes que tous les scélérats n'en commettent en cent ans : aussi ne suis-je pas fâchée d'avoir le gilet de force : sans celle précaution, je serais dangereuse... » [loc. cit., t. I, p. 246). L'idée de damnation peut pousser au même acte criminel : tel cet homme, cité par Pinel, qui, au sortir d'un sermon, se croyant damné, rentra chez lui et tua ses enfants pour leur épargner le même sort.

La folie religieuse est une des variétés délirantes qui se communiquent : c'est ainsi qu'on voit les membres de toute une famille, en proie aux mêmes idées mystiques exaltées, se livrer en commun aux actes insensés qui eu sont la conséquence. Qu'une idée homicide vienne à germer dans le cerveau de l'un, elle trouvera partie prenante ; tous les membres de la famille coopéreront au meurtre, croyant accomplir une œuvre pie. Tel ce fait récent, qui s'est passé dans le Morbihan et dont M. Taguct, médecin de l'asile de Lesvellec, a rendu compte dans les Annales médico-psychologiques (n" de juillet 1850, p. 50). Il s'agit d'un cas Je fohe religieuse à cinq (la mère, deux filles et deux garçons). L'aîné de la famille, Ange, donna, le premier, des signes d'exaltation religieuse et entraîna dans l'orbite de ses conceptions délirantes sa mère, son frère et l'une de ses sœurs. L'autre sœur, Eslher, absente pendant quelques semaines, tomba, elle aussi, dès son retour dans le même état de mysticisme que son

entourage. Ce fut elle qui, la première, vit la sainte Vierge, mais bientôt elle se reconnut possédée du démon et déclara qu'elle ne pouvait plus prier. « Dès ce moment, sa mort fat résolue par Ange qui, seul, semble avoir joué ici un rôle réellement actif. La nuit s'était passée en prières, il était près de sept heures du matin lorsque Esther, sur l'ordre de son frère, se mit à genoux, laissant tomber sa tête sur un banc. « Tu vas renoncer, disait Ange, au démon, à ses œuvres et à ses pompes. » « Tuez-moi, répondait la malheureuse fille, je mérite la mort. » Ange ordonna à sa sœur aînée d'aller ciiercher une de ces grosses épingles dont les femmes de la Bretagne se servent pour attacher leurs fichus à leurs collerettes, en même temps il mettait un maillet entre les mains de son frère. Après avoir mis deux clefs en croix sur la tempe gauche de la victime, qui ne faisait aucim mouvement, il donna l'ordre de frapper. La mort semble avoir été instantanée. Tous les trois s'acharnent sur le cadavre; pendant que sa sœur lui traverse le cou, la cuisse, les pieds et les mains avec sa longue épingle, Ange pratique trois ouvertui'es avec un vilebrequin pour donner issue au démon.

La mère avait assisté en priant à cette scène sauvage; tout à coup Ange et sa sœur s'étaient jetés sur elle pour l'étrangler ; leur frère fut assez heureux pour leur faire lâcher prise. Aucun des deux n'a ]iu donner un mobile à leur tentative d'assassinat sur leur mère (Taguet, loc. cit.).

Le délire hypochoiulriaque peut, dans certaines conditions, pousser ceux qui en sont atteints à des tentatives de meurtre. Ce sont surtout les hypochondriaques qui attribuent leurs maux à des influences extérieures, qui s'imaginent que ce sont les médicaments qui leur sont prescrits par tel ou tel médecin qui les rendent malades. Ils se vengent alors des souffrances qu'on leur fait endurer; ils veulent supprimer la cause de leur maladie. Les annales judiciaires contiennent l'histoire de plusieurs hypochondriaques de ce genre ; nous ne citerons que celle de ce cocher de cabriolet, du nom de Bourgeois, qui tira un jour deux coups de pistolet sur le docteur Bleynie, de Paris, et le manqua. Voici quels étaient ses griefs : Ayant gagné une fraîcheur dans les intestins, qu'un autre médecin n'avait pu lui guérir, il s'était adressé au docteur Bleynie qui lui prescrivit des bains chauds. Ceux-ci ne faisant qu'empirer son mal et qu'affaiblir ses intestins, il retourna chez le même médecin, qui lui conseilla des bains de rivière. Il en prend et « ils empirent sa fraîcheur d'une manière abominable )). Bourgeois avait consulté plusieurs autres médecins, qui ne furent pas plus heureux dans leur thérapeutique. Aussi prend-il en haine tout le corps médical. S'il n'est pas mort du traitement de tous ces médecins, cela tient à une influence surnaturelle et il se croit « réservé pour découvrir leurs crimes et les punir. » Comme sa haine s'est tout particulièrement portée sur Blovnie, c'est sur lui qu'il se vengera, et cet acte de vengeance devient pour lui une œuvre humanitaire. Aussi, lorsqu'il est arrêté après la perpétration de son ciime, il ne cherche pas à s'excuser, à en repousser la responsabilité ; il la revendique hautement, exprime le regret d'avoir manqué son coup et se déclare tout prêt à recommencer, s'il était mis en liberté.

Du délire hypochondriaque doit être rapproché le délire de persécution. Dans cette forme de folie, en effet, l'homicide présente des caractères presque identiques à ceux observés dans la variété précédente.

Les persécutés, ainsi que nous l'avons écrit dans notre article Persécution {Délire de) de ce Dictionnaire, ne tuent que lorsqu'ils sont sujets à de véritables

220 UOMICIDE.

0 exaltations critiques ». Ces crises paroxystiques peuvent être diversement provoquées : tel malade commettra un meurtre pour se venger de l'injure persistante que lui font entendre les hallucinations de l'ouïe; tel autre y est poussé par ses idées d'empoisonnement ; celui-ci cherchera à se défaire de celui qu'il considère comme le chef de ses persécuteurs, ou comme le représentant de la puissance occulte qui le tourmente; celui-là, voulant obtenir justice des persécuteurs, tuera afin de pouvoir passer en justice et confondre ceux qui, depuis si longtemps, l'accablent de leurs injures et de leurs immondes accusations.

Comme l'hypochondriaque dont nous avons rapporté plus haut l'histoire, le persécuté homicide, son ciime commis, ne cherche pas à fuir. Lorsqu'on vient l'arrêter, il ne fait aucune résistance; parfois même il va se livrer lui-même à la justice. Il n'exprime aucun regret de ce qu'il a fait, aussi il ne dissimule ni ne s'excuse. Il raconte volontiers et la manière dont il a accompli son crime et les motifs qui l'y ont incité. Convaincu qu'il a fait acte de justice, qu'il était en droit de légitime défense, il n'a rien à cacher et peut hautement revendiquer la responsabilité de son crime.

Dans le délire alcoolique, l'homicide est fréquent. 11 s'observe surtout dans la forme aiguë de ce délire, dans le delirium Iremens. Le malade, sous l'inlluence du progrès de l'intoxication, arrive au paroxysme. « L'homicide est une des conséquences ordinaires et faciles à prévoir de cette marche du mal ; tout le monde sait comment il s'accomplit, l'alcoolique, errant, incertain de sa direction matérielle et morale, torturé par des hallucinations terrifiantes, frappe à la manière des bêtes fauves quand la peur les envahit » (Blanche, lac. cit., p. 9).^

II n'est pas rare de voir l'alcoolique tuer sa femme et ses enfants. En effet, une des formes du délire alcoolique, c'est la jalousie. L'alcoolique croit que sa femme le trompe, que ses enfants ne sont pas de lui ; cette idée l'obsède et, sous l'influence de l'intoxication progressive, le malade arrivé au paroxysme prend pour victimes de sa fureur homicide sa femme, ses enfants, parfois même un de ses amis qu'il considère comme le complice de l'adultère de sa femme. Très-souvent 1 alcoolique, après avoir ainsi vengé son honneur, tourne contre lui-même l'arme dont il vient de se servir et se tue.

Le délire épileptique se rapproche beaucoup, au point de vue symptomatique, du délire alcoolique, s'en rapproche surtout par l'impulsion à l'homicide. L'épilepsie fournit, en effet, un grand contingent de faits à la folie homicide. Avec M. Blanche {lac. cit., p. 10) nous diviserons en trois groupes ces faits selon les procédés les plus habituels par lesquels le meurtre est commis.

Dans une première catégorie se rangent les épileptiques impulsifs qui, « l'oeil ardent, le visage en feu, la vue troublée, à peine assez conscients de leurs actes pour les mener à fin, se précipitent sur le passant inconnu, le couteau, le marteau ou le bâton à la main, et le tuent, si le hasard ne permet pas qu'il échappe à cet assaut inattendu. »

Dans la seconde rentrent ces épileptiques « à crise non convulsive, latente, prolongée, qui épient et semblent combiner leur agression, mais qui en réalité ne sont pas encore arrivés au point ou, selon l'expression de M. le professeur Lasègue, ils seront mûrs pour la violence; ce sont ceux qu'on voit se promener pendant des heures avant d'agir, à l'aspect étrange plutôt qu'effrayant, et doublement dangereux parce qu'ils sont demi-maîtres d'eux-mêmes. »

La troisième comprend les épileptiques à petit mal, chez lesquels, en dehors des attaques, il s'est produit un trouble mental durable. Les plus redoutables de tous, ils agissent « en vertu d'une délibération poursuivie, patiente, et ne faisant explosion que si l'état congestif du cerveau, manifesté par ses signes habituels, a acquis une intensité suffisante pour déterminer la violence terminale. ))

Dans tous ces cas, sauf cependant dans ceux de la dernière catégorie, les malades sont inconscients de l'acte accompli et n'en ont qu'un souvenir confus ou luil. La plupart, une fois revenus à eux, expriment les plus amers regrets des violences ou des crimes commis, ils ne peuvent en comprendre les motifs et n'en connaissent les particularités que par ce qui leur en est rapporté.

A côté des épileptiques, dont ils se rapprochent d'ailleurs par la manière dont ils perpètrent le crime, peuvent se placer les malades que le professeur Lasègue appelait les cérébraux. Sous ce nom il comprenait ces individus qui, à une époque quelconque de leur existence, ont été atteints par un choc cérébral, traumatique ou non, et qui, après l'évolution plus ou moins régulière de la première heure, reprennent les apparences de la santé, lorsque tout à coup, parfois après de longues années, survient une explosion délirante, échappant à toute cause appréciable et dont la forme ainsi que les caractères surprennent par leur singularité. Ces accès délirants subits, transitoires, d'une marche irrégulière, peuvent se manifester sous forme de tentatives instantanées d'homicide. Et à ce propos Lasègue cite l'histoire d'un garçon boucher qui tua sa mère en lui lançant à la tête un poids d'un kilogramme attaché à une corde. En remontant dans l'histoire de ce parricide, on put établir que, tout enfant, à l'âge de deux ou trois ans, il subit des accidents cérébraux graves, attribués à une chute et qui auraient exigé un traitement de plusieurs années; qu'il était sujet à des crises pendant lesquelles il présentait un délire limité de persécution avec irritabilité, tendance à l'isolement, etc. C'est pendant une de ces périodes critiques qu'il accomplit son crime qu'il avait longuement ruminé et dont il avait une complète conscience.

La conscience de l'acte commis, tel est un des caractères principaux qui différencient la crise du cérébral de celle de l'épileptique. Aussi Lasègue proposaitil de lui donner le nom d'accident épileptoide.

Dans la folie puerpérale, l'homicide s'observe parfois. Marcé a réuni, dans son Traité de la folie des femmes enceintes, etc. (Paris, 1858), un certain nombre d'observations médico-légales de femmes enceintes qui ont tenté d'empoisonner leur mari, d'autres qui ont tué leurs enfants, comme cette femme, mère de cinq enfants, et enceinte de cinq mois, qui précipita dans un puits trois de ses enfants et s'y jeta ensuite elle-même; elle avait fait demander celui de ses enfants qui était encore en nourrice, et avait envoyé au cinquième, qui était en pension, un gâteau empoisonné (Marcé, loc. cit., p. 128).

Pendant le travail de l'accouchement et chez les nouvelles accouchées, c'est le crime de l'infanticide qu'on observe. iS'ous renvoyons pour l'étude de cette importante question de médecine légale aux articles L\fA.\nciDE et Puerpérale (Folie).

La folie hystérique se complique rarement d'impulsions homicides. Sauf certains cas de mélancolie hystérique à forme anxieuse etavec impulsions irrésistibles, on n'observe guère chez les hystériques que des menaces de moi't, soit qu'elles veuillent intimider certaines personnes pour en obtenir quelque chose, soit

qu'elles emploient ce moyen pour prévenir l'infidélité d'un époux ou d'un amant.

Nous n'avons pas à parler ici de l'homicide commis sous l'influence de la suggestion hypnotique, mais nous ne saurions passer sous silence le meurtre que peuvent commettre certains individus dans l'état de somnambulisme nalurel. La littérature médicale rapporte un certain nombre de cas de ce genre, dont le plus connu est celui de ce religieux somnambule qui, dans un de ses accès, voulant tuer son supérieur, s'introduisit, un couteau à la main, dans l'appartement de celui-ci, s'approcha de son lit, heureusement non occupé, et y porta trois grands coups de son arme, tellement fournis qu'après avoir perce' les couvertures la lame entra profondément dans le matelas.

Ces individus ne se souviennent pas au réveil de l'acte qu'ils ont commis dui'ant le sommeil somnambulique, ou bien ils croient simplement avoir rêvé. Parfois ce n'est que dans les accès suivants qu'ils se souviennent de ce qu'ils ont fait dans les accès précédents.

Du somnambulisme naturel nous rapprocherons Yétat intermédiaire entre le sommeil et la veille. Dans cet état, que les Allemands appellent « ivresse du sommeil » [Schlaftrunkenheil), le retour à la conscience complète n'étant pas complet, les conceptions et les illusions du l'êve persistent et obscurcissent la raison qui les confond avec la réalité; il peut s'y produire de véritables hallucinations plus ou moins terrifiantes, avec réactions motrices, se traduisant par des actes violents et même par des homicides. Qui ne connaît le cas de ce paysan allemand, dont Marc raconte tout au long l'histoire (De la folie considérée dans ses rapports médico-judiciaires, t. 1, p. 56)? Réveillé brusquement au milieu de la nuit, il frappe d'un coup de hache un fantôme qu'il aperçoit devant lui. Il immole ainsi sa femme, avec laquelle il avait toujours vécu en très-bonne intelligence. Jusque-là il n'avait jamais donné de signe de folie, et il n'en donna point après cet accident, l^on moins caractéristique est le fait cité par Taj'dieu [Étude médico-légale sur la folie, p. 22-4). Il s'agit d'un soldat qui, entendant sonner la diane, croit à une soudaine attaque de l'ennemi, saisit ses armes et frappe ceux qui l'entourent.

Nous ne rappelons ici que pour mémoire les impidsions homicides avec conscience^ renvoyant pour leur description à notre article Folie avec coNSCiEiscE de ce Dictionnaire (4'' série, t. 111, p. 519).

Si nous passons à l'étude de la folie héréditaire, nous voyons combien sont fréquents chez ceux qui en sont atteints ces instincts pervers qui les poussent au meurtre, le commettant souvent avec des raffinements de cruauté. C'est dans cette classe des héréditaires qu'il fimt ranger ces aliénés persécuteurs qui font des tentatives d'homicide, qui tuent même quelquefois, afin d'attirer l'attention sur eux, afin de pouvoir passer en justice et confondre ceux dont il croient avoir à se plaindre.

Lorsqu'on descend plus bas l'échelle de la dégénérescence, on trouve Y imbécillité et Vidiotie. Dans ces deux états se rencontre assez fréquemment la tendance instinctive au meurtre. Tel le fait, cité par Maudsley {Crime et folie, p. 149), d'un imbécile, comptant plusieurs aliénés dans sa famille, qui, se sentant le besoin de tuer quelqu'un, avait, pour satisfaire ce désir, aiguisé un couteau, puis, suivant le premier venu, un petit garçon, il le terrassa et frappa avec acharnement sa victime jusqu'à ce qu'elle ne fût plus qu'un cadavre. Nous ne saurions passer sous silence l'histoire de cet imbécile de l'hospice de Saltz-

bourg, qu'on voulut effrayer par l'aspect d'un homme simulant un mort qui ressuscite. Dans cette intention, un infirmier se couche sur un banc, enveloppe' dans un linceul ; on ordonna à l'imbécile do veiller le mort. S'aperccvant que le mort faisait quelques mouvements, il l'avertit de rester tranquille; malgré cet avis, le prétendu mort se soulève; l'imbécile va prendre une hache, coupe d'abord un pied au prétendu mort, et sans être arrêté par les cris de ce malheureux il lui tranche la tête d'un second coup; après quoi il reste calme auprès du cadavre. Aux reproches qui lui furent faits, il répondit froidement : Si le mort était resté tranquille, je ne lui aurais rien fait (lisquirol, loc. cit., t. II, p. 103).

De même que l'imbécile, V idiot peut commettre des meurtres. On connaît les faits classiques de Gall. D'abord, celui de ce garçon de quinze ans qui, dans un accès brutal de lasciveté, maltraita tellement sa sœur, qu'elle faillit en mourir. Puis cet autre idiot qui, après avoir tué les deux enfants de son frère, vint le lui annoncer en riant (Gall, Sur les fonctions du cerveau, t. I, p. 429).

L'imitation joue un grand rôle chez ces êtres dégradés: ils exécutent, en effet, machinalement, instinctivement, ce qu'ils ont vu faire par d'autres, sans avoir aucune conscience de la valeur et de la signification de l'acte commis. L'exemple le plus frappant, en ce qui concerne l'homicide, en est celui de cet idiot qui, ayant vu tuer un cochon, crut pouvoir égorger un homme et l'égorgea.

Dans la paralysie générale et dans les diverses formes de démence, l'homicide est très-rare. D'ordinaire les paralytiques généraux qui veulent commettre un meurtre s'y prennent si mal que, fort heureusement, leurs tentatives avortent, leurs moyens d'action étant mal combinés ou même puérils. C'est le cas de ce paralytique à la première période qui, prétendant avoir contre un chirurgien des hôpitaux des griefs sérieux, voulait aller le tuer. Il prend une canne et un poignard et, ces armes à la main, il demande à deux sergents de ville l'adresse du chirurgien, ajoutant qu'il a l'intention d'aller le tuer (Darde, Bu délire des actes dans la paralysie générale. Thèse de Paris, 1874. Obs. XXll).

Médecine légale. Le diagnostic médico-légal d'un acte homicide commis par un aliéné doit reposer non-seulement sur la manière dont cet acte a été commis, sur les circonstances qui l'ont précédé et suivi, mais encore sur les antécédents pathologiques du meurtrier, sur toute son évolution morbide. La notion d'irresponsabilité ne peut se déduire que d'une connaissance certaine, précise et complète, de la maladie mentale de l'individu qui a commis un meurtre et qui est soumis à l'examen des médecins légistes. Le diagnostic médico-légal se réduit donc, là comme partout, en une question de diagnostic médical. Pour la plupart des affections mentales dans le cours desquelles ceux qui en sont atteints peuvent être incités à tuer, ce diagnostic ne présente pas de difficultés insurmontables; le plus difficile est parfois de porter la conviction dans l'esprit de ceux par qui le médecin est consulté. Gela est surtout vrai lorsqu'il s'agit d'un meurtre commis dans le somnambulisme naturel ou dans l'état intermédiaire entre la veille et le sommeil.

En ce qui concerne ces deux états, les avis sont partagés lorsqu'il s'agit d'apprécier la responsabilité de ceux qui, s'y trouvant, commettent des actes criminels. Fodéré [Traité de médecine légale, t. I, p. 259), convaincu qu'on ne saurait accomplir durant le sommeil que des actes dès longtemps médités et fortement imprimés dans l'esprit, volontaires par conséquent, considère le som-

224 MUMlLlUh.

nambule criminel comme responsable parce que, s'il a exécuté son crime étant endormi, il l'a conçu éveillé et libre. Et il appuie son opinion sur la démonstration métaphysique suivante : « Celui dont la conduite est toujours conforme aux devoirs sociaux ne se dément pas quand il est seul avec son àme ; celui, au contraire, qui ne pense que crimes, que faussetés, que vengeances, déploie durant son sommeil les replis de son inclination dépravée, que la présence des objets extérieurs avait tenus enchaînés durant la veille. Si cet homme commet alors un crime et que sa vie soit suspecte, on peut, ce me semble, considérer ce crime comme une conséquence naturelle des mauvais principes de ses idées et juger cette action d'autant plus libre qu'elle a été commise sans aucune gêne, sans influence quelconque. Loin de considérer cet acte comme un délire, je le regarde comme des plus indépendants qui puissent être dans la vie humaine; je vois le somnambulisme comme un creuset dans lequel la pensée et l'intention se sont absolument séparées de leur gangue, de la matière. »

Cette opinion de Fodéré n'est guère admise de nos jours ; elle a été vivement critiquée par Tardieu {loc. cit., p. 222 et suiv.), qui donne sur ce point délicat de médecine légale des conclusions qui sont universellement adoptées : « Les actes du somnambule sont de tous points analogues à ceux de l'individu qui, obéissant à l'inlluence directe de ses conceptions délirantes et de ses idées fixes, est exonéré de toute responsabilité. C'est Là le côté pathologique par lequel nous réclamons et retenons, à leur grand bénéfice, les malheureux somnambules qui auraient, pendant leur sommeil, pu commettre des actes criminels. »

Quant à l'individu qui, réveillé en sursaut, commet un crime, il ne peut en être rendu responsable. C'était bien l'opinion de Lasègue qui enseignait que (( l'homme qui, au moment où il s'éveille, est brusquement envahi par un sentiment violent, n'est pas dans des conditions de liberté morale semblables à celles oii il se trouverait dans l'état de veille, alors que l'esprit est ouvert à toutes les suggestions de la conscience » {voy. Tardieu, loc. cit., p. 225).

L'aliéné homicide, reconnu irresponsable, est d'ordinaire, après une ordonnance de non-lieu, séquestré dans un asile d'aliénés. Ce malade, venant à guérir, doit-il être remis en liberté? Nous avons déjà eu l'occasion de traiter cette question à propos des persécutés homicides ; ce que nous avons dit des persécutés peut s'appliquer ti tous les autres aliénés : nous renvoyons donc le lecteur à l'arlicle Persécution {Délire de) de ce Dictionnaire (2*' série, t, XXIII, p. 591). Ant. RiTTi.

UOIUICIDE. Médeci>e légale. Lcs lois qui protègent la vie humaine et qui répriment les attentats contre les personnes donnent lieu à d'importantes applications médico-légales. L'homicide, hominis cœdes, violenta vilse hominis ademptio, l'action de tuer un homme, la plus grave infraction au pacte social, est une de celles qui exigent le plus immédiatement et le plus nécessairement l'intervention de l'expert médecin. Au point de vue du fait matériel comme à celui de l'intention de l'auteur de l'acte, des problèmes se présentent, pour lesquels la science fournit à la justice les plus utiles éléments de conviction. Tous les moyens de donner la mort sont mis en usage, ils sont examinés dans leurs effets et dans leur mode d'emploi; le caractère de l'événement et les circonstances du fait sont déterminés en ce qui concerne la victime et l'auteur de l'acte. Les mobiles se rattachent à toutes les passions humaines : la cupidité, la

IlOMICIDF. 228

haine, la vengeance, la colère, la fureur, la débauci.e, sont en jeu, avec eur influence sur la liberté morale. A côté des constatations matérielles les plus détaillées cl les plus minutieuses se trouvent les questions si graves qui se rapportent à la volonté et à l'intention, aux troubles de l'intelligence et à la responsabilité.

L'homicide se produit sous des formes variées, avec des spécialités d'une "rande importance; il porte suivant les circonstances des noms consacrés par Tusao'e et admis dans le langage juridique. Les espèces se composent de faits qui n'ont pas la même valeur morale ou juridique et qui sont frappes de pénalités différentes. Une division ancienne partageait rhomici';c en six classes (Chauveau et Faustin-Ilélie, théorie du Code pénal. Paris, 1872, t. 111, p. 395) : manibus atque inslrumento, lingua, consensii vel permisso, sigjiis, incantalionihus, toxico ac veneno. On l'a aussi ramené à deux classes : l'homicide simple, avec quatre circonstances: necessitate, casu, cidpa, dolo; l'homicide délibéré, ayant aussi quatre modes : ex proposito, ex insidiis, proditorie, per assassinhim, celui que Ion fait commettre par un tiers à prix d'argent. D'après l'ancienne jurisprudence française, l'homicide se divisait en quatre classes : il était nécessaire, accidentel, par imprudence et volontaire; ce dernier était licite ou illicite, sans délibération, ex impetu iracundiœ, avec dessein formé à l'avance, in animo occidenli, ex iniervallo antequam committatur. Le Code pénal actuel, comme celui de 1791, n'a fait à peu près que recueillir cette ancienne division : L'homicide est volontaire ou involontaire; l'homicide volontaire est légitime ou illéqilime; l'homicide involontaire est puni, dans des conditions déterminées. Le Code pénid actuel, titre 111, chapitre i""', section 1''% caractérise et punit les divers crimes contre la vie des personnes : le meurtre, l'assassinat, le parricide, l'infanticide, l'empoisonnement; section 2*", les blessur-js et coups volontaires ayant entrahié la mort sans intention de la donner ; section 5% l'homicide, les blessures et les coups involontaires, les crimes et délits excusables, les cas où ils ne peuvent être excusés, l'homicide, les blessures et les coups qui ne sont ni un crime ni un délit.

Yoici, d'après les comptes rendus de la justice criminelle, la statistique des accusations pour les cas de ce genre pendant quatre années :

Meurtres «5 122 156 125

Tentatives de meurtres 65 63 55 68

Assassinais 136 112 151 129

Tentatives d'assassinat 86 87 103 79

Parricide H 16 17 16

Infanticide l'I 191 170 173

Empoisonnement 16 o 8 13

Blessures ayant occasionné la mort sans

intention de lu donner 105 102 121 128

Avortement 19 19 23 21

Homicide involontaire ii3 ^31 ^08 422

Homicide involontaire de nouveau-nés. . 44 59 52 69

Exposition d'enfant ^^ 50 57 56

j Condamnés 35 23 30 39

Supplices., j Exécutés 4 3 7 12

Au point de vue des applications médico-légales nous examinerons dans l'ordre suivant les faits qui se rapportent à l'homicide : le meurtre, l'assassinat, le parricide, l'infanticide, l'empoisonnement, les circonstances aggravantes, l'homicide suite d'incendie, d'avortement, de castration, les blessures ayant occasionné la mort sans intention de la donner, le duel, le meurtre politique, l'homicide

DICT. ESC. 4° s. XIV. 15

excusable, l'homicide qui n'est ni crime ni délit, l'homicide légitime, l'homicide légal, les supplices, l'homicide conventionnel et la complicité de suicide, l'homicide involontaire, le recel du cadavre de la personne homicidée.

1" Le meurtre. Le Code pénal (art. 295) définit le meurtre : l'homicide commis volontairement. Le coupable de meurtre est puni des travaux forcés à perpétuité, lorsque cet acte n'est pas accompagné de circonstances aggravantes (504). La condition du crime est d'abord que l'individu soit un être humain, à quelque race qu'il appartienne; ici se plaçait autrefois la question des monstres dont le meurtre n'était pas punissable. 11 est nécessaire que l'individu ait été vivant au moment même où il a reçu le coup : ainsi dans une rixe où les blessures sont multiples aucun des coups portés après la mort n'entraînera de responsabilisé. Mais, si l'individu vivait encore, quoique déjà mortellement frappé, toutes les blessures comptent, et un dernier coup qui éteint la vie caractérise le meurtre. Il importe ici que le médecin constate pnrmi les blessures multiples celles qui ont été faites pendant la vie ou après la mort, leur gravité relative, leur léthalité plus ou moins prompte; il essayera de déterminer parmi plusieurs blessures mortelles celle qui en réalité a causé la mort. Le code allemand (§ 227) prévoit le cas où, dans une rixe commune, la mort est causée par une réunion de blessures qui séparément ne l'auraient pas occasionnée; la responsabilité s'étend alors à tous ceux qui ont pris part à l'acte. D'après le code autrichien (143), si dans une rixe un individu est tué, chacun de ceux qui lui ont fait une blessure mortelle est responsable du meurtre, mais, si la première blessure a tué, il n'y a plus de meurtre pour les autres. Éteindre les derniers restes de la vie pendant l'agonie, même dans un but d'humanité, constitue le meurtre; on ne discute plus la question autrefois soulevée du droit d'abréger une agonie douloureuse. L'erreur sur la personne n'atténue pas la responsabilité et laisse au meurtre son caractère et ses conséquences légales.

La condition matérielle du meurtre est la mort de l'individu qui a subi la violence, mais, s'il survit, la tentative, conformément à l'article 2 du Code pénal, est assimilée à l'acte accompli, si elle n'a manqué son effet que par des circonstances indépendantes de la volonté de son auteur. Le médecin détermine la cause de la mort, les moyens matériels mis en usage : blessures, strangulation, pendaison, submersion, asphyxies par causes diverses, inanition, action du froid {voy. les articles qui concernent ces genres de mort). La cause immédiate de la mort est recherchée, les délabrements mécaniques, la destruction d'organes nécessaires au maintien de la vie, l'arrêt subit de fonctions essentielles, les hémorrhagies internes et externes, considérées dans leur source et leur abondance, les indices de commotion, de syncope, d'asphyxie plus ou moins rapide. Les causes secondaires présentent une appréciation plus difficile : la mort a lieu par l'intermédiaire d'accidents dont il faut établir le rapport direct avec la blessure, l'indammation consécutive, la résorption purulente, les septicémies, le tétanos, l'épuisement par ime suppuration prolongée, les complications imprévues, les maladies préexistantes aggravées par la blessure, la bbssure ellemême aggravée par ces maladies. La coïncidence des états traumatiques et pathologiques est signalée; on frappe un homme ivre, il tombe atteint d'une hémorrhagie cérébrale mortelle : est-ce le coup ou l'excitation de l'ivresse qui a rompu les vaisseaux? Les constatations médicales sont appelées à mettre en évidence l'élément matériel du crime.

La question du délai dans lequel la mort doit avoir lieu pour constituer le

■meurtre est posée dans deux articles du Code. Dans le cas de violences exercées contre des magistrats ou des fonctionnaires : « Si la mort s'en est suivie dans les quarante jours, le coupable sera puni des travaux forcés à perpétuité » (231). Pour le crime de castration (art. 516), « si la mort en est résultée avant l'expiration des quarante jours qui auront suivi le crime, le coupable subira la peine de mort ». Dans toute autre circonstance, on n'a pas à s'occuper de l'époque où la mort survient, il suffit d'établir le rapport direct de causalité entre la mort et la blessure, mais il est de toute évidence que, si la vie se prolonge, le rapport est plus difficile à établir par suite de l'intervention de causes accessoires. En Aii£;leterre, il y a homicide, d'après la jurisprudence, bien que l'effet de la ■lésion ait été seulement d'accélérer la mort ; la limite d'un an et un jour y est fixée pour le terme de la responsabilité ; Taylor cite l'exemple d'une responsabilité admise treize jours avant l'expiration du terme légal. Cette question du délai se retrouve dans la législation hébraïque [Exode, cap. ii, § 5, v. 20 et 21), à l'occasion du meurtre d'un esclave.

Le caractère de l'événement est déterminé, suivant les genres de mort, par les signes distinclifs de l'accident, du suicide et de l'homicide. L'élément intentionnel se compose de la volonté de frapper et de l'intention de donner la mort, ïl faut reconnaître si le coup a été porté ou si la victime s'est elle-même précipité sur l'arme. On a frappé volontaiiement, mais sans intention de tuer, la mort a eu lieu, c'est un autre crime que le meurtre. L'intention homicide est le fait caractéristique : qui percusserit hominem, volens occidere, morte moriatur [Exode, c. xxi, v. 12). Cette volonté doit être actuelle, instantanée, se produisant au moment de l'acte; le projet conçu à l'avance constituerait la préméditation. Les preuves médicales de l'intention homicide ont une grande importance ; elles sont soumises à l'appréciation du juge, il n'y a point ici de preuve légale déterminée. Le choix de l'arme, plus ou moins meurtrière, l'emploi de l'arme à feu, le siège des blessures, occupant le crâne, le cou, la région du cœur, leur .profondeur, leur direction, la multiplicité des coups, les diverses circonstances de l'événement, fourniront des indices sur la volonté et l'intention.

La tentative de meurtre, manifestée par un commencement d'exécution, est considérée comme le crime même, si elle n'a manqué son effet que par des circonstances indépendantes de la volonté de son auteur. L'expert est appelé à constater les traces de ce commencement d'exécution et à en déterminer la valeur, comme pour le crime accompli, au point de vue du fait matériel et de l'intention. 11 faut aussi que les moyens dont on a fait usage pour essayer de donner la mort aient été capables de l'occasionner.

La question de la liberté morale et de la responsabilité se présente en outre, comme pour toutes les autres infractions, conformément à l'article 64 du Code pénal : « Il n'y a ni crime, ni délit, lorsque le prévenu était à l'état de démence au moment de l'action, ou lorsqu'il a été contraint par une force à laquelle il n'a pu résister ». Au diagnostic de l'aliénation mentale s'ajoutent les caractères particuliers que présente le meurtre commis par des alién.^s.

2" L'assassinat. Cette expression venue d'Orient, au temps des croisades, est entrée plus tard dans le langage juridique; elle s'appliquait d'abord, suivant l'ordonnance de Blois, « à ceux qui, à prix d'argent, se louent ou s'engagent pour tuer, outrager, occire, et à ceux qui les auront loués ou induits pour le faire ». Le code de 1791, article 11, titre 2, donne au mot un sens plus large, c'est l'homicide commis avec préméditation, sans addition d'autre circonstance. « L'homicide

commis avec prémétiilalion sera qualifié d'assassinat et puni ie mort ». Le code de 1810 accepte cette définition et la complète : article 296. « Tout meurtre commis avec préméditatirn ou guet-apens est qualifié assassinat ». La pré.^néditation est définie par l'arlicle 297 : c'est le dessein formé avant l'action d'attenter à la personne d'un individu déterminé ou même de celui qui sera trouvé ou rencontré, quand même ce dessein serait dépendant de quelque circonstance ou de quel(iue condition. Le guet-apens (art. 298) consiste à attendre plus ou moins de temps, dans un ou divers lieux, un individu, soit pour lui donner la mort, soit jiour exercer sur lui des actes de violence. C'est une des formes de la préméditation. « Tout coupable d'assassinat sera puni de mort » (art. 502). Celte peine se retrouve dans toutes les législations anciennes : Quicumque effuderit humanum sanguinem, fundatur sanguis illins [Genèse, cap. ix, v. 6). On lit dans VExode (c. xxi, v. 14) : « Si quelqu'un lue son prochain de dessein prémédité, et lui ayant dressé des embûches, vous l'arracherez même de mon autel pour le faire mourir ». La préméditation aggravait le meurtre, au point que son auteur était retiré de la ville de refuge pour être puni de mort [Deutéronome, c. xiv, v. 11 à 13). Dans l'ancien droit français, ordonnance de 1547, c'était la mort sur la roue. La plupart des législations modernes ont maintenu la peine de mort contre le meurtre commis avec préméditation (Code italien, art. 551 ; Code allemand, 2M),

Les questions médico-légales relatives à l'assassinat sont d'abord toutes celles qui se rapportent au meurtre, en ce qui concerne le fait matériel et l'élément intentionnel, la volonté de donner la mort. Il faut ensuite y ajouter les preuves qui attestent le desrein prémédité, les menaces entendues, les signes d'une violente inimitié, la trahison de l'attaque, subite et sans provocation, l'attente dans un lieu déterminé, la préparation des armes et des insti'uments. Tandis que le meurtrier se sert de l'arme que le hasard à mis à sa portée, l'assassin s'est muni à l'avance des instruments du crime. L'expert détermine la nature de l'arme et la manière dont elle a été employée; le nombre et la gravité des blessures, vulnerum muUitudo et atrocitas, fournissent aussi des indices. La violence des coups prouve la fureur et l'intention de tuer plutôt que la préméditation ; mais certains caractères des blessures, la précision du coup, la surprise de la victime pendant le sommeil, les précautions prises pour donner le change, sont des indices du dessein prémédité. Les tortures et actes de barbarie (505) sont punis de mort comme l'assassinat.

5" Le parricide. « Est qualifié parricide le meurtre des père ou mère, légitimes, naturels ou adoptifs, ou de tout autre ascendant légitime » (C. pénal, 299). « Toul coupable de parricide sera puni de mort, sans préjudice de la disposition particulière contenue en l'article 15, relativement au parricide » (502). « Le coupable condamné pour parricide sera conduit sur le lieu de l'exécution en chemise, nu-pieds et la tête couverte d'un voile noir. 11 sera exposé sur l'échafaud, pendant qu'un huissier fera au peuple lecture de l'arrêt de condamnation, et il sera immédiatement exécuté à mort » (art. 15). « Le parricide n'est jamais excusable » (art. 525). L'arlicle 86 assimilait au parricide l'attentat contre la vie du souverain. Telles sont les dispositions relatives au parricide que contient notre Code pénal. C'est un meurtre qui a sa qualification spéciale et qui est caractérisé par deux faits, l'homicide volontaire et la qualité de la personne.

Si le parricide n'était pas prévu par Moïse et par Solon, il était frappé des peines les plus rigoureuses et ayant un caractère exceptionnel par la plupart

des législations antiques. La peine qui depuis les Dcccmvirs était en ujage à Rome consistait à coudre le coupable dans un sac et à le jeter dans le Tibre ; on aggrava ensuite le supplice : cideo inseritur cwn cane, gallo gallinaceo, et vipera et simia; deinde in mare profundwn culeo jacfetur! Plus tard, le parricide fut livré aux bètes et ce genre de supplice prévalut. En France, sous l'ancien régime, le parricide, après avoir fait amende honorable, avait le poing coupé, puis il était roué vif, brûlé, et ses cendres étaient jetées au vent. Si c'était une tille, elle était pendue ou brûlée. Le Code de 1791 avait prononcé la peine de mort, sans aggravation matérielle; le Code de 1810 (art. 13) avait rétabli la peine du poing coupé immédiatement avant l'exécution ; cette disposition fut abrogée par la loi du 28 avril 1852 (art. 12), et le supplice reste seulement accompagné de formalités spéciales.

lies applications médico-légales sont les mêmes que pour le meurtre. Le crime est le même, qu'il y ait eu ou non préméditation. Le second élément du crime est la qualité de la personne, père ou mère légitimes, naturels ou adoptifs, et tout autre ascendant légitime. En ce qui concerne l'enfant naturel, il faut qu'il y ait eu une reconnaissance régulière et formelle; on a cependant [.cnsé que la possession d'état, lenfant étant inscrit sous le nom de la mère, ayaiit été traité et élevé par elle comme son fils, pouvait être considérée comme une preuve de la maternité. Pour les enfants incestueux ou adultérins, auxquels l'article 762 du Gode civil accorde des aliments, on a admis encore le parricide, dans le cas où la preuve de la filiation résulterait de circonstances particulières. Les questions médicales relatives à la paternité peuvent se présenter dans les cas de ce genre. L'excuse n'est jamais admise pour le parricide, mais le fait justificatif de la légitime défense peut se présenter, il était admis par le droit romain : In fdio occklenli patrem ad siti defensionem homicidium non est impulahile. Des circonstances atténuantes peuvent aussi être déclarées, conformément à l'article 403 du Code pénal. Dans la discussion de la loi du 28 avril 1832, on avait demandé que cet article ne fût pas applicable au parricide, mais cette proposition a été rejetée. Des faits médicaux peuvent servir de bases à ces atténuations.

¥ Vinfanticide est défini par le Code (art. 500) « : le meurtre d'un nouveauné ». Tout coupable d'infanticide sera puni de mort (art. 503). Ce crime est un de ceux qui donnent lieu aux plus importantes applications médico-légales ; l'expert intervient pour établir les laits principaux de la cause. Est-ce un nouveauné? A côté des conditions indiquées par la jurisprudence se place la détermination de l'âge de l'enfant et de la durée de la vie après la naissance. A quel moment doit-on le considérer comme né? L'action de tuer l'enfant pendant le travail constitue-telle un infanticide? Des législations étrangères déclarent qu'il en est ainsi; l'infanticide est le meurtre de l'enfant pendant la naissance ou immédiatement après (Code ail., § 217; Code belge, 458-459). La vie de l'enfant doit être prouvée ; à défaut de témoignages qui le plus souvent manauent, c'est le médecin qui établit que l'enfant a vécu. La viabilité n'est pas une des conditions du crime ; une vie temporaire est aussi respectable que celle qui peut durer. La loi ne fait pas ici la distinction établie en matière civile (Ce, art. 725) et qui n'admet pas à Phéritage l'enfant qui n'est pas né viable. D'autres législations ont adouci à cet égard la pénalité. La non-viabilité peut être une occasion de circonstances atténuantes. C'est le médecin qui constate la cause de la mort de l'enfant ; en ce qui concerne la mère, il donne son avis sur les questions qui

230 UOMICIDE.

se rattachent à la liberté morale et à la responsabilité et à celles qui se rapportent à l'accouchement.

La peine de mort est appliquée à l'infanticide; à cet égard la loi française dépasse en sévérité les autres législations. Le Code italien (art. 532) admet une notable diminution de pénalité pour le cas où l'enfant est illégitime ; la même distinction existe dans le Code allemand (§ 217). Tout individu qui prend part à ce crime, comme auteur ou complice, est frappé de la même peine. En ce qui concerne la mère, la loi du 25 juin 1824 av;iit admis une atténuation. La circonstance que la conception de l'enfant a été le résultat d'un viol ne modifie pas la pénalité. L'article 405 qui permet de déclarer des circonstances atténuantes a diminué notablement la sévérité dans l'application de la loi ; l'infanticide est le crime pour lequel ces circonstances sont le plus souvent déclarées, et, quand il y a une tendance à l'indulgence, c'est plutôt en faveur de la mère que pour les autres auteurs du crime qu'elle se produit.

La volonté de tuer doit être démontrée, comme pour le meurtre, mais ici il n'est pas nécessaire de prouver la préméditation, qui semble inhérente à ce genrfr de crime. S'il n'y a pas eu volonté de tuer, c'est un homicide par imprudence, négligence, inattention, qui peut être poursuivi directement, ou après un acquittement en matière criminelle.

Parmi les crimes ou délits aggravés par la condition d'âge de l'enfant se trouvent Vexposilion et le délaissement dans un lieu solitaire. D'après l'article 551 du Code pénal, si l'enfant au-dessous de sept ans, exposé et délaissé dans un lieu solitaire, a succombé par suite de ce fait, « l'action sera considérée comme meurtre », et les coupables subiront la peine du meurtre. Ici encore les constatations médicales établiront le genre de mort, effet du froid, inanition, morsures d'animaux.

5° ^empoisonnement. « Est qualifié empoisonnement tout attentat à la vie d'une personne par l'effet de substances qui peuvent donner la mort plus ou moins promptement, de quelque manière que ces substances aient été employéesou administrées, et quelles qu'en aient été les suites » (art. 501). Tout coupable d'empoisonnement sera puni « de mort » (302). Ce crime suppose une perversité plus grande : Plus est hominem extinguere veneno qiiam occidere gladio, disait la loi romaine. Les supplices les plus graves atteignaient le coupable sous l'ancien^ régime; la plupart des arrêts des cours de parlements portaient la condamnation à être brûlé vif. D'après le Code de 1791, le condamné allait en chemise rouge au lieu du supplice. Aujourd'bui c'est la peine de mort, sans qu'il y ait lieu de démontrer la préméditation, inhérente d'ailleurs à un crime de ce genre.

Ce crime suppose deux conditions, la volonté de tuer, l'emploi d'une substance capable de donner la mort. La volonté se prouve par les actes de préparation et d'exécution. L'achat du poison, sa préparation, sa remise à un tiers pour qu'il l'administre, indices de l'intention, ne caractérisent pas encore la tentative. Le premier acte d'exécution, c'est le mélange du poison aux aliments ou à la boisson que la personne doit prendre ; si ce mélange est retiré avant d'être mis à la disposition de la personne, la tentative n'est pas caractérisée ; elle existe au contraire quand le mélange est mis à la disposition de la personne ; l'action est consommée au moment où la personne a pris ce mélange, dès que le poison a été avalé, introduit dans l'organisme par une voie quelconque. Le repentir, les actes immédiats pour sauver la victime, l'administration d'un antidote par la personne qui a versé le poison, n'effacent plus le crime; on en tiendra compte,

s'il y a lieu, comme de circonstances atténuantes. Si la préméditation semble inséparable de ce crime, on peut cependant supposer qu'une personne administrant un médicament à un malade y verserait tout à coup, avec une intention criminelle, une dose de substance toxique, destinée à être prise en plusieurs jours; cet acte instantané, mais volontaire, n'en constituerait pas moins le crime d'empoisonnement.

Le second élément du crime, c'est que la substance puisse donner la mort ; ici la question est purement médicale, puisqu'il n'existe point de classification légale des poisons. Si l'on a administré une substance inoffensive ou une substance seulement nuisible, malgré l'intention la plus évidente de donner la mort, on n'a pas commis le crime d'empoisonnement. Dans le cas de substance nuisible, l'auteur de l'acte est atteint par l'article 317, qui prévoit le cas où l'on a administré des substances qui, sans être de nature à donner la mort, sont nuisibles à la santé. L'empoisonnement ne serait pas caractérisé dans le cas où la substance toxique aurait été mêlée à une autre substance capable d'en neutraliser les effets. De même une substance non vénéneuse, mais le devenant par son mélange avec une autre, constituerait un agent d'empoisonnement, si elle avait été administrée dans le but de donner la mort. La question de la dose, suffisante ou non pour tuer, ne cbangepas les conditions du crime; il suffit que la substance soit de nature mortifère et qu'elle ait été donnée dans l'intention de tuer. 11 n'est pas nécessaire d'ailleurs que la substance ait produit la mort ou même des accidents graves pour constituer le crime, l'attentat est caractéiisé dès que la substance vénéneuse a été ingérée et qu'elles qu'en aient été les suites. L'empoisonnement lent, à petites doses répétées, se trouve dans les mêmes conditions. L'empoisonnement dans toutes les circonstances est démontré par les preuves chimiques, symptomatiques et anatomiques.

6" Les circonstances aggravantes pour le meurtre sont indiquées par les articles 504, 551 et 555 du Code pénal ; les premières se rapportent à la coïncidence d'autres crimes ou délits, les secondes à la qualité de la personne. « Le meurtre emportera la peine de mort lorsqu'il aura précédé, accompagné ou suivi un autre crime » (504). L'aggravation résulte de la simultanéité des deux actes. Les preuves médicales peuvent être décisives, en ce qui concerne, par exemple, le meurtre avant ou après le viol. La tentative de meurtre ou celle de l'autre crime suffit pour l'aggravation. En ce qui concerne le délit, le rapport de causalité est nécessaire. « Le meurtre emporteia également la peine de mort, lorsqu'il aura eu pour objet soit de préparer, faciliter ou exécuter un délit, soit de favoriser la fuite ou d'assurer l'impunité des auteurs ou complices de ce délit » (504).

La qualité des personnes aggrave également la peine ; dans le cas de violences exercées contre les fonctionnaires ou agents désignés aux articles 228 et 250 du Code pénal, « si la mort s'en est suivie dans les quarante jours, le coupable sera puni des travaux forcés à perpétuité » (251). Pour caractériser l'aggravation, il suffit d'un fait matériel. Mais, si les coups avaient été portés aux agents dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de leurs fonctions, avec l'intention de donner la mort. Je coupable sera puni de mort (253). Les preuves médicales se rapporteront à l'intention homicide aussi bien qu'à la cause de la mort.

La mort occasionnée par un incendie volontairement allumé constitue un crime capital : « Dans tous les cas, si l'incendie a occasionné la mort d'une ou de plusieurs personnes se trouvant dans les lieux incendiés au moment où il a

éclaté, la peine sera la mort » (art. 454). Sera puni de la même peine quiconque aura volontairement mis le feu à des voitures ou wagons contenant des personnes, ou faisant partie d'un convoi qui en contient. L'article 455 frappe de la même peine ceux qui auront détruit au moyen d'une mine des édifices, des navires, magasins ou chantiers. Quelque soit le moyen de destruction, celui qui aura renversé des édifices, des chaussées, des ponts, provo:{ué l'explosion d'une machine à vapeur, s'il y a eu homicide, sera puni de mort (437). C'est ici que se placent la question des cartouches explosihles, employées comme moyen d'homicide, parfois aussi de suicide, et celle des accidents provoqués sur les chemins de fer. La tentative d'homicide au moyen de l'incendie d'une maison habitée constitue un crime distinct de celui d'incendie : il y a alors deux tentatives, l'une d'homicide, l'autre d'incendie. La mort, résultat d'inondations provoquées par la rupture de digues ou par tout autre moyen, constitue un meurtre auquel s'applique la même aggravation ; certaines législations étrangères, le Code belge, renferment des dispositions précises à cet égard.

7° La loi du 28 avril 1852 a admis une nouvelle catégorie de blessures volontaires, celles qui occasionnent la mort sans intention de la donner, et qui jusqu'alors étaient punies comme le meurtre, sans qu'il lut besoin de rechercher si l'accusé avait eu l'intention de tuer. « Si les coups portés ou les blessures faites volontairement, mais sans intention de donner la mort, l'ont pourtant occasionnée, le coupable sera puni de la peine des travaux forcés à temps » (art. 509). Lorsqu'il y aura eu préméditation ou guet-apens, la peine sera, si la mort s'en est suivie, celle des travaux forcés à perpétuité (510). Le médecin recherche si la mort est la conséquence de la blessure ; il apprécie également les complications imprévues et insolites, l'état préalable de la victime, qui, sans changer le caractère de l'acte, peuvent devenir l'occasion de circonstances atténuantes. Au point de vue intentionnel, la volonté de frapper et l'absence de l'intention de tuer sont les deux faits caractéristiques, auxquels le médecin ajoute le complément de preuves qui jésultent du choix des armes, de leur mode d'emploi, du siège et de la nature des lésions.

Celui qui a causé la mort d'une femme par des manœuvres abortives n'a pas commis un meurtre, puisqu'il n'avait pas la volonté de tuer ; on ne peut lui appliquer l'article 515 qui punit l'homicide par imprudence, négligence, défaut de soins; l'article 517 relatif à l'avortement ne s'occupe pas du cas où il y a eu mort; c'est l'article 509, § 4, relatif aux blessures volontaires ayant occasionné la mort sans intention de la donner, qui trouve ici son application. Celui qui, par des violences volontaires pour faire avorter une femme, a causé sa mort, commet deux crimes, celui d'avortement puni par l'article 517 et celui de blessures ayant entraîné la mort, dans les conditions prévues par l'arlicle 509. Le Code belge (art. 552) prévoit le cas de mort par manoeuvres abortives et le frappe de peines particulières. L'avis de l'expert est décisif dans les cas de ce genre.

8^ Le duel, qui a son origine dans le combat judiciaire, a été sous l'ancien régime l'objet de la répression la plus sévère, qui ne l'a pas empêché de rester dans les mœurs. Aboli par Henri II, proscrit par le concile de Trente en 15(35, il a été frappé en France de Ja peine capitale par les édits successifs de 1602, 1652, 1679, dispositions qui restèrent en vigueur jusqu'en 1791. Alors le Code nouveau reste muet sur le duel et les anciennes ordonnances sont abolies. Le Code de 1810 ne fait aucune mention du duel, et, pendant vingt-sept ans, l'absence ou la rareté des poursuites fait prévaloir l'opinion que cet acte ne constitue

ni un crime ni un délit. Une jurisprudence différente s'établit en 1857 par Tarrêt célèbre du 22 juin, confirmée ensuite par plusieurs autres arrêts de la Cour de cassation. Le duel est assimilé à l'homicide volontaire accompli ou tenté, suivant les résultats du combat. S'il y a eu intention démontrée de donner la mort, la préméditation aggrave l'acte et, suivant les circonstances, les articles 295 et 296 sont appliqués, avec les conséquences légales qui résultent de la qualification du crime. S'il n'y a pas eu l'intention de donner la moit, et que cependant elle ait eu lieu, ce sont les blessures volontaires prévues par l'article 509; le même arlicle fait varier la peine suivant l'étendue du dommage matériel. Les témoins peuvent être considérés comme complices. S'il n'y a pas eu d'intention homicide, et si aucune blessure n'a été produite, c'est une tentative qui échappe à la répression. En face de cette jurisprudence, l'acquittement n'en est pas moins la règle, lorsque le duel n'est entaché ni de déloyauté, ni de perfidie, et qu'il a eu lieu régulièrement et d'après les conditions arrêtées par les témoins. Le combat volontaire, la simultanéité, la réciprocité de l'attaque et de la défense, les conventions arrêtées à l'avance, la présence de témoins, donnent à cet acte un caractère qui en fait au moins un délit spécial. C'est le principe qui domine dans les législations étrangères. Les codes d'Italie, d'Espagne, de Belgique, d'Allemagne, contiennent une législation spéciale sur le duel. En Italie (art. 995), les témoins ne sont considérés comme complices que s'ils ont poussé au duel. D'après le Code allemand (§ 207), celui qui a tué ou blessé son adversaire n'est puni, conformément aux dispositions générales sur le crime d'homicide, que s'il a transgressé volontairement les règles conventionnelles ou traditionnelles du duel. Une disposition particulière (§ 209) indique que les médecins ou chirurgiens appelés pour assister au duel seront exempts de peine.

Les questions médicales sont celles qui se lapportent au fait matériel et à l'intention homicide. Le choix de l'arme à feu indique plutôt cette intention, qui est nettement expriuiéo par la distance à laquelle sont placés les combattants. La déloyauté, la trahison, peuvent devenir évidentes par le siège et par la direction des blessures. Même en cas d'acquittement, il y a toujours un quasi-délit qui peut donner lieu à une réparation civile. L'expert aura à apprécier l'étendue du dommage matériel. Au duel se rapportent encore des questions professionnelles qui ont été discutées à l'occasion du Secret médical. Le médecin assistant à un duel pour donner ses soins au blessé est-il tenu au secret professionnel, même quand la trahison a transformé le duel en assassinat? Il est difficile de ne pas résoudre la question par la négative, et le médecin d'ailleurs en prêtant son assistance peut se réserver ce droit. M. Brouardel nous a exprimé la même opinion sur cette exception au secret. Le Code pénal belge à cet égard, comme dans toute autre circonstance, impose l'obligation de témoigner.

9" Le meurtre politique, célébré suivant les cas ou réprouvé par l'histoire, donne aussi lieu à des applications médico-légales. L'antiquité nous le présente à toutes les époques (Egger, Étude d'histoire et de morale sur le meurtre politique chez les Grecs et chez les Romains. In Mémoires de la royale Académie des sciences de Turin, t. XXXIII, série 2, 1866). Jaël et Judith ont précédé Harmodius et Aristogiton, dont la statue était placée dans l'agora, près de la tribune aux harangues. « Je porterai le poignard sous la branche de myrte; votre gloire durera toujours parce que vous avez tué le tyran ». « Je tuerai de ma main celui qui aura renversé la démocratie à Athènes, » dit le serment rap-

25i HOMICIDE.

porté par Andocide. La monographie que nous citons indique les autorités diverses pour ou contre le meurtre politique, et parmi les premières se trouvent Démoslhène et Cicéron. Une ressemblance de mœurs et de révolutions entre les sociétés antiques et modernes, peut-être l'éducation classique, ont amené à toutes les époques et aux plus récentes la reproduction des mêmes actes. Tantôt c'est un seul individu qui l'exécute, accusateur, juge et bourreau du tyran, tantôt c'est la foule soulevée qui pousse jusqu'au meurtre le fanatisme politique. La science possède quelques rapports dans les cas de ce genre, ayant surtout pour but d'établir le fait matériel. On a aussi à reconnaître si la tentative de meurtre était réelle ou seulement comminatoire. Il est des cas oiî, comme dans celui de Piclugru, on a à distinguer le suicide de l'homicide. Les faits médicaux tendent parfois à établir une présomption de complicité. Les actes de ce genre, inspirés par un motif public, supposent une perversité morale moindre que les crimes prives; le fanatisme politique ou religieux en est le mobile, lu surexcitation intellectuelle les accompagne, et la question de la liberté morale se pose avec toutes ses conséquences au point de vue de la responsabilité. Les constatations médicales interviennent pour constater l'état mental de l'auteur de l'acte.

10° L'Iwmicide excusable se présente dans des conditions particulières déterminées par la loi. L'excuse, tout en laissant subsister un fond de criminalité, a pour conséquence une diminution de la peine. L'article 526 indique les atténuations de la peine, lorsque le fait d'excuse est prouvé. Quatre cas se présentent ici avec des applications médico-légales.

Le meurtre, les blessures et les coups sont excusables, s'ils ont été provoqués par des coups ou des violences graves envers les personnes (o21). Dans la provocation, l'acte se passe après la violence subie; la passion, la colère, la vengeance, sont en jeu et poussent au meurtre; pour qu'elles l'excusent, il faut que l'acte soit immédiat. Le médecin intervient pour apprécier la réalité des violences alléguées comme excuse, leur gravité et leur cause. Des traces matérielles attestent les violences ; la menace cependant avec une arme meurtrière, un coup de feu tiré sans vous atteindre, suffisent aussi pour excuser l'acte, et même suivant les circonstances pour faire admettre la légitime défense. Un autre cas d'excuse s'applique au meurtre qui a été commis en repoussant pendant le jour l'escalade ou l'effraction des clôtures, issues ou entrée d'une maison habitée (522).

Des applications spéciales se rapportent au meurtre commis par l'époux sur l'épouse et sur son complice, dans le cas de llagrant délit d'adultère. L'article 524 du Code pénal déclare que le meurtre de l'époux sur l'épouse, et de celleci sur son époux, n'est pas excusable, à moins que la vie de celui qui a commis le meurtre n'ait été en péril, au moment même où il a eu lieu. Dans le cas d'adultère, le meurtre commis par l'époux sur l'épouse et sur son complice, surpris en. flagrant délit dans la maison conjugale, est excusable. Le Code français n'accorde pas la même excuse à l'épouse qui a surpris son mari. Le Code belge (415) et le Code italien (561) mettent les deux époux sur la même ligne uu point de •vue de l'excuse, pour le meurtre commis dans le cas d'adullère. Le Code italien y ajoute le cas où les parents surprennent, dans la maison paternelle, leur fille avec son complice, s'inspirant du droit romain qui dans les cas de cegenre donnait au père le droit de tuer sa fille avec son complice {Digeste, 48, ad kg. Jul., 20 et 22). Les constatations médicales peuvent ici démontrer le

flagrant délit par l'état des organes génitaux et par la présence des spermatozoïdes encore en mouvement.

Le quatrième cas se rapporte au crime de castration, qui sera considéré comme blessure excusable, s'il a été immédiatement provoqué par un outrage violent à la pudeur (525). L'attentat sans violence ne suffit pas pour excuser le meurtre; les traces de cette violence pourront être constatées. On a admis que la violence sur un tiers pouvait aussi excuser l'acte.

La minorité de seize ans est encore un cas d'excuse légale prise par les articles 66 et 67. Les circonstances atténuantes, admises par l'article 465 du Code pénal, et dont la déclaration abaisse la pénalité d'un ou de deux degrés, sont illimitées, non définies et laissées à l'appréciation du juge; elles ont souvent, en ce qui concerne le meurtre, pour point de départ des faits médicaux.

11" L'homicide qui nest ni crime ni délit. L'homicide légal est celui qui est commandé par la loi. « Il n'y a ni crime ni délit lorsque l'homicide, les blessures et les coups, étaient ordonnés par la loi et commandés par l'autorité légitime » (527). Ces deux conditions doivent être réunies, elles donnent surtout lieu à des discussions légales. L'ordre donné par le supérieur est une cause de non-imputabilité pour l'agent, lorsque celui-ci a eu la croyance raisonnable qu'il ne commettait pas un délit. La répression d'une émeute, le meurtre d'insurgés, rentrent dans les cas de ce genre; la médecine légale fait connaître dans quelles conditions les coups ont été portés.

L'homicide légitime est celui qui est justifié par la nécessité de la défense personnelle, ou par d'autres circonstances déterminées par la loi. Il n'y a ni crime ni délit lorsque l'homicide, les blessures et les coups, étaient commandés^ par la nécessité actuelle de la légitime défense de soi-même ou d'autrui (528). La légitime défense suppose un péril imminent, la vie en danger au moment du meurtre. On ne pourrait plus l'invoquer, si l'on frappait l'agresseur au moment où il prenait la fuite. Le siège de la blessure, sa direction, fournissent ici des signes décisifs. La légitime défense est l'exercice d'un droit dont il faut justifier l'usage. Le danger doit être actuel, absolu. Le meurtre est commis au moment de l'attaque qui ne peut être repoussée autrement. Les bornes de la légitime défense ne doivent pas être dépassées, mais ici on tiendra compte de la frayeur,, du trouble d'esprit de la personne attaquée, pour justifier l'excès de la défense. Le Code allemand prévoit ce cas (§ 55) : « L'excès de la légitime défense ne sera pas punissable lorsque l'auteur dans le trouble, la crainte ou la terreur, aura dépassé les bornes de la défense. « Le viol, l'attentat à la pudeur avec violence, aussi bien que le danger de mort, justifient les actes de défense allant jusqu'au meurtre. On considère encore comme pouvant user de ce droit le complice de l'adultère dont la vie est menacée par le mari ; l'enfant même qui, attaqué par son père, n'a échappé à la mort que parle parricide. Dans tous les cas de ce genre les preuves médicales peuvent attester la nécessité de cette légitime défense.

Deux cas sont encore compris, par l'article 529, dans la nécessité actuelle de la défense : 1" si l'homicide a été commis en repoussant pendant la nuit' l'escalade ou l'effraction de clôture, ou l'entrée dans une maison habitée; cette justification avait déjà été donnée par la législation hébraïque [Exode, xii, c. 22, v. 2) ; 2" si l'homicide a eu lieu en se défendant contre les auteurs de vol ou de pillage exécutés avec violence.

12° Les supplices constituent l'homicide légal, la peine exemplaire au plus haut degré, dont l'application devient de plus en plus rare. Les questions

médico-légales qui s'y rapportent ont été exposées à l'article Sltplices; elles sont relatives au choix du genre de mort, au mode d'exécution, à l'élat du condamné. L'article 12 du Code pénal déclare que « tout condamné a. mort aura la tète tranchée. « Les dates du 10 décembre 1789, à l'Assemblée constituante, du 5 juin 1791, du 20 mars 1792, à l'Assemblée législative, se rapportent au ciioix de cette peine, appliquée pour la première fois le 2 7 mai 1792. On sait l'importance des discussions médicales qui eurent lieu à celte époque et qui précédèrent l'adoption de ce mode de supplice. Une aggravation de forme est appliquée au parricide (15). Le cas de grossesse fait retarder le supplice (27). L'exécution a lieu sur une place publique dans la commune désignée par l'arrêt (70). En Angleterre, en Allemagne, eu Suède, dans une partie des Etats- Unis d'Amérique, l'exécution a lieu dans l'intérieur delà prison. Le corps du supplicié est rendu à la famille, à la charge de le faire inhumer sans aucun appareil ; la science a utilisé ces tristes occasions d'étude.

15° L'homicide convention>iel, complicité du suicide. Le suicide n'est ni un crime ni uu délit; fournir à quelqu'un les moyens de se tuer, c'est un acte contraire à la morale, mais ce n'est pas un fait punissable. En n'incriminant pas le suicide, la loi absout les complices. Dans le droit romain aucune culpabilité n'existait pour le suicide accompli par dégoût de la vie, par désespoir, dans les angoisses de la douleur, mais celte culpabilité existait et pouvait entraîner la conllscalion des biens, lorsque le suicide avait eu pour but d'éviter la peine d'un crime capital, dont il semblait l'aveu. Le droit canon réprouve le suicide et l'Église lui refuse ses prières, à moins qu'il n'ait eu lieu per furorem, per imaniam. Dans l'ancien régime, la tentative même était punie, et, d'après l'ordonnance de 1670, le procès était fait au cadavre, traîné sur la claie et privé de sépulture. D'après la jurisprudence actuelle, le concours apporté à cet acte n'entraîne aucune responsabilité, mais^à la condition qu'il se borne aux préparatifs, et que la main du complice reste étrangère au fait lui-même. Cédant aux supplications d'un camarade mortellement blessé, on lui donne le pistolet qu'il demande, ce n'est encore qu'une complicité du suicide, mais l'acte change de nature, si la main de l'ami dirige l'arme et presse sur la détente.

Ici se présente la question de Vhomicide conventionnel. A cet égard, la jurisprudence est certaine : il n'y a de suicide que si la personne se donne ellemême la mort. La victime a beau consentir, solliciter ardemment, ordonner même : celui qui frappe, qui pend, allume le brasier, fait boire le poison, commet un meurtre; les deux éléments s'y trouvent, le fait matériel, la volonté de frapper, l'intention de donner la mort; c'est un homicide et non une complicité de suicide. Sans doute il y a ici une atténuation, la volonté de tuer ne s'accompagne pas de l'intention de nuire; il n'y a pas de violence, on cède à une fausse pitié, à un dévouement mal entendu. « Tu ne tueras point, tu n'as pas le droit de disposer d'une vie humaine. » L'action est évidemment coupable, mais c'est un crime spécial, distinct du meurtre et de l'assassinat, et l'on comprend que plusieurs législations étrangères aient frappé de peines particulières cet homicide demandé ou consenti. D'après le Code allemand (g 216), quiconque se sera décidé à commettre un homicide volontaire sur les instances expresses et sérieuses de la personne tuée sera puni d'un emprisonnement de trois ans au moins. -Une disposition analogue se trouve dans le Gode espagnol, dans celui du Brésil et de la Louisiane. Une tentative de suicide, faite immédiatement

après le meurtre ne l'excuse pas, tout en pouvant être une circonstance atténuante; l'expert déterminera jusqu'à quel point elle a été séi'ieuse. Celte question se pose dans le suicide mutuel, lorsque les deux individus se frappent réciproquement et en même temps, et que l'un d'eux survit. La convention d'attenter à la vie l'un de l'autre n'enlève pas au lait le caractère du meurtre. Quand, dans la chambre où le cliarLon est allumé, sur deux personnes une seule succombe, il faut recherclier si l'autre ne s'est pas arrangée de manière à survivre.

Le suicide est accompagné du meurtre, lorsque des personnes irresponsables, des enfants, sont placés dans la même atmosphère délétère. Dans l'antiquité, le meurtre par ordre était une des formes du suicide. Le consentement de la victime peut être arraché par la force et la contrainte, lorsqu'on lui laisse le choix entre le fer et le poison, ou qu'on la menace de tourments, si elle ne consent pas à se donner la mort. Les recherches médicales auront surtout pour but d'établir que la volonté était libre," que l'individu s'est frappé lui-même et que le complice du suicide s'est borné à des actes d'assistance.

14° V homicide involontaire est puni par l'article 519 du Gode pénal d'un emprisonnement de trois mois à deux ans et d'une amende de cinquante francs à six cents francs, lorsqu'il est accompagné des circonstances suivantes : maladresse, imprudence, inattention, négligence, inobservation des règlements. Des questions médico-légales se rapportent à ces divers cas, dans les circonstances suivantes : accidents dans les manufactures, responsabilité des patrons, imprudence des ouvriers, accidents de chemins de fer, de voitures, de chasse, d'armes à feu, homme ivre repoussé et qui meurt par suite de la chute, empoisonnement accidentel, vases altérés ou ayant contenu du poison, aubergiste qui refuse de recevoir un voyageur mourant, lorsqu'il l'a aidé à descendre de voiture, responsabilité pour les animaux domestiques , rage communiquée, aliéné séquestré qui meurt de froid ou d'inanition, ou étouffé par l'application de la camisole. La loi du 24 septembre 1874 sur la protection des enfants du premier âge constate que cet article est applicable à la nourrice qui, par une négligence grave, a été la cause de la mort de l'enfant. Tous ces cas donnent lieu à une expertise qui porte sur les causes de la mort et sur les circonstances du fait. L'article 319 s'applique aux docteurs en médecine, officiers de santé, pharmaciens et sages-femmes, dans tous les cas qui se rapportent à l'une des cinq conditions prévues: maladresse, imprudence, inattention, négligence, inobservation des règlements, et qui peuvent se résumer en erreur grossière ou négligence grave {voy. Responsabilité médicale). Indépendamment de la peine, la responsabilité civile (C. c, art. 1382) est engagée dans les cas de ce genre.

15° Le recel du cadavre d'une personne homicidée ou morte des suites de coups ou de blessures constitue un délit puni par le Code pénal (art. 359) d'un emprisonnement de six mois à deux ans et d'une amende de cinquante francs à quatre cents francs, sans préjudice de peines plus graves, s'il y a eu participation ou crime. Ce délit ne constitue pas pour le crime de meurtre la circonstance aggravante prévue par l'article 304.

Dans ces questions si variées qui se rapportent à l'homicide, la médecine intervient pour établir le fait matériel, et elle fournit à la justice d'importants éléments de conviction, en ce qui concerne la volonté et l'intention, concourant ainsi à caractériser l'acte. G. Tourdes.

"238 IIO.uuCLJUiMQUE.

no:uME. Voy. Femme.

1IO:tioa!VISIQL'E (Acide). O^IVO^ Cet acide est rhomologue immédiatement supérieur de l'acide anisiqiie, C^^IPO*; il n'en diffère que par C'IP en plus. On l'obtient en chauffant à 100 degre's une solution alcoolique de chlorure (Tanmjh^ ou éllier chloroanisique, et de cyanure de potassium; il «'est formé du chlorure de potassium et du cyanure d'anisyle, on filtre et après avoir évaporé l'alcool on ajoute de l'eau et on agite la solution avec de l'éther qui dissout le cyanure d'anisyle, après avoir chassé l'éther par évaporation, on fait bouillir l'éther anisocyanhydrique avec une solution de potasse. La solution alcaline est traitée par l'acide chlorhydrique qui précipite le nouvel acide formé à l'état huileux, on le purifie par des traitements successifs par l'éther, le carbonate de soude et l'acide chlorhydrique et on le fait enfin cristalliser dans l'eau.

Propriétés. L'acide homoanisique cristallise en paillettes nacrées, il entre en fusion à 85 degrés, il est volatil sans décomposition, peu soluble dans l'eau froide, il est très-soluble dans l'eau bouillante, l'alcool et l'éther. Cest un acide monobasique. Lutz.

HOMOCOUMARIXE, C'^IPO'. Schotten l'a obtenue impure en chauffant Valdéhvde parahoniosalicylique avec son poids d'acétate de sodium et un excès d'anhydride acétique. En ajoutant de l'eau, il se sépare un produit Imileux qu'on dissout dans l'éther et qu'on débarrasse de l'aldéhyde non transformée par le bisulfite de sodium et de l'acide homocoumarique par le carbonate de sodium. On obtient des cristaux doués de l'odeur de la coumarine, fusibles entre 60 et 88 degrés, constituant un mélange. L. Hn.

nOMOCBÉATlXE. C^H"Az'0-. On l'obtient au moyen de la méthylalanine CIPCH(Azll.CIP).CO-H, formée dans l'action de la méthylamine sur l'éther a-chloropropionique. On mélange des quantités équivalentes de méthylalanine et de cyanamide en solution aqueuse concentrée, puis on y verse quelques "outtes d'ammoniaque et on laisse séjourner le tout dans une capsule pendant plusieurs jours. On lave ensuite les cristaux formés avec de l'éther et avec de l'alcool, enfin on fait cristalliser plusieurs fois de suite dansTeau ammoniacale.

L'homocréatine forme des cristaux clinorhombiques incolores, anhydres, presque insolubles dans l'alcool, peu solubles dans l'eau froide, aisément solubles dans l'eau bouillante; elle est douée d'une saveur amcre très-prononcée. Chauffée à 150-160 degrés, elle se décompose.

Avec de l'acide chlorhydrique elle donne de fines aiguilles de chlorhydrate d'homocréaiinine, C^lPAz"'O.ACI, très-solubles dans l'eau et dans l'alcool; rhomocréatinine fournit un chloroplalinatc cristallisable en octaèdres. L. Hn.

HOMOCUMIXIQEE (âcide). C^'H^''0'*. C'est un homologue supérieur de l'acide cuminique, G^^H^OS différant de ce dernier acide par 2C-H-. On l'obtient en décomposant par une solution de potasse caustique l'éther cuminocijanhijdrique ou cyanure de cumyle. On prépare le cyanure de cumyle en décomposant à 100 degrés une solution alcoolique de chlorure de cumyle par du cyanure de potassium, il se forme du chlorure de potassium et du cyanure de cumyle que l'on sépare par l'éther après avoir chassé l'alcool par distillation.

HOMŒOPATHIE. 259

La solution éthérée laisse par révaporation le cyanure de cumyle que l'on traite par la potasse caustique qui le transforme en homocuminate de potasse, <l'où l'acide chlorhydrique précipite l'acide hoinocuminique ; on le purifie par plusieurs cristallisations dans l'eau.

L'acide homocuminique cristallise en petites aiguilles, il entre en fusion <i 52 degrés, il est volatil sans décomposition. Très-peu soluble dans l'eau froide, il est plus soluble dans l'eau chaude et tr?s-soluble dans l'alcool et l'étlier. C'est un acide monobasique dont les sels sont généralement cristallisables. Lutz.

HOHŒOPATHIE. On désigne sous ce nom, dérivé de deux mots grecs (ouLoio-;» semblable, et ucfôo;, maladie), une méthode thérapeutique qui consiste à traiter les maladies à l'aide d'agents qu'on suppose doués de la propriété de produire sur l'homme sain des symptômes semblables à ceux qu'on veut combattre.

Cette doctrine, comme le dit Fonssagrives, pourra bientôt célébrer son centenaire, car c'est vers 1790 qu'elle a été imaginée par Samuel Ilahnemann (de Leipzig). Pour comprendre comment il y fut amené, et pour se rendre compte du succès qu'a obtenu cette étrange oenception, il est indispensable de se reporter à l'époque où elle s'est produite.

A la fin du siècle dernier, la médecine flottait indécise entre les tendances anatomiques de Haller et de Morgagni, l'animisme de Stahl et le solidismc de CuUen. Les doctrines mécaniciennes du dix-septième siècle étaient presque oubliées et tout le génie de Boerhaave n'avait pas suffi pour les faire vivre. Le système de Brown, que l'Angleterre avait accueilli avec tant de faveur, n'avait fait que peu d'impression sur le continent. Le spiritualisme régnait en maître dans les écoles; le vitalisme s'y était introduit à sa suite, et c'était un thème sur lequel chacun brodait à sa guise. Samuel Ilahnemann fit comme les autres.

11 exerçaii la médecine à Leipzig, après avoir été reçu docteur à Erlangen, et s'était surtout occupé de chimie, lorsque parut le Traité de matière médicale de Cullen. Hahnemann entreprit de traduire cet ouvrage. Arrivé à l'endroit du livre, où le médecin écossais explique l'efficacité du quinquina dans la fièvre intermittente par son action tonique sur l'estomac, il ne fut pas plus satisfait de cette théorie que ne l'avait été l'auteur lui-même, et, pour arriver à trouver mieux, il se décida à expérimenter le médicament sur sa propre personne. 11 en prit en se couchant une forte dose et eut, à ce qu'il paraît, un accès de fièvre pendant la nuit; ce fut pour cet esprit inventif un trait de lumière. Le principe de la médecine des semblables était trouvé.

Jusqu'alors, en effet, la médecine, d'accord avec le bon sens, avait admis comme un axiome la proposition de Galien : Contraria contrariis curantur; le hasard venait de mettre Hahnemann sur la trace d'un principe diamétralement opposé. Il l'a formulé lui-même dans les termes suivants, après avoir renouvelé l'expérience : « Ces essais, dit-il, ont flùt apparaître à mes yeux l'aurore d'une thérapeutique plus rationnelle, en m'apprenant que les seules maladies curables sont celles dont la collection des symptômes a la plus grande ressemblance avec la totalité des accidents dont les remèdes peuvent provoquer l'apparition » ; que tout médicament qui produit sur l'homme sain un ensemble de symptômes correspondant, par leur nature, à ceux d'une maladie, est susceptible de guérir

540 IIUMŒOPATHIE.

celle-ci, et d'autant plus sûrement que la similitude des symptômes est plus complète.

Après avoir fait celte découverte, il multiplia ses expériences et ses recherches sur les propriétés pathogéniques des médicaments, et en publia successivement les résultats. Toutefois ce ne fut qu'eu 1810 qu'il fit paraître à Leipzig son Organon de l'art de guérir. C'est dans cet ouvrage qu'il a exposé sous forme de propositions l'ensemble dé sa doctrine et c'est d'après cet ouvrage que je vais l'exposer.

11 y a dans l'homceopathie deux choses bien distinctes : la thérapeutique des semblables et la posologie infinitésimale.

La première, basée sur les expériences que j'ai précédemment relatées, peut se résumer ainsi : La maladie consiste en un changement invisible opéré dans l'intérieur du corps et que nous ne pouvons connaître que par les symptômes qui se traduisent à l'extérieur. Ces derniers sont la seule chose dont le médecin ait à se préoccuper, la seule qu'il ait à combattre par ses remèdes. La maladie n'existant que par la totalité des symptômes, le médecin n'a qu'à les faire disparaître tous pour guérir la maladie.

La méthode honiœopathiiiue est basée sur la loi naturelle des guérisons. L'observation montre en effet qu'une affection dynamique dans l'homme vivant est anéantie, d'une manière durable, par une autre plus forte qui lui est très-semblable et n'en diffère que par son essence, tandis que deux maladies dissemblables, survenant en même temps, chez le même individu, ne peuvent que s'aggraver réciproquement.

La nature a ainsi montré la voie à la médecine et lui a prouvé qu'elle ne pouvait guérir que par l'administration de remèdes homœopathiqiies, c'est-àdire susceptibles de faire naître un état pathologique semblable à celui dont il s'agit de triompher. L'art est, sous ce rapport, supérieur à la nature; il agit plus vite et plus sûrement. La nature en effet n'a que peu de maladies qui puissent agir homœopathiquement sur les autres; encore ce secours est-il accompagné de beaucoup d'inconvénients, tandis que la médecine possède une quantité innombrable de remèdes homœopatliiques qui produisent sur-le-champ leurs effets, et le mal aitificiel qu'ils détecmiuent s'évanouit de lui-même, aussitôt après l'accomplissement de la guérison. Les médicaments rendent l'homme plus intensivement et plus certainement malade que les causes excita tives naturelles des maladies. Son corps est bien plus disposé à subir l'action pathogénique des puissances médicinales que celle d'une maladie naturelle.

La puissance curative des remèdes est donc fondée sur la propriété qu'ils ont de faire naître des symptômes semblables à ceux de la maladie et surpassant en force ces derniers. L'affection médicinale l'emporte parce qu'elle est analogue et plus intense. La puissance morbifique naturelle qui existait antérieurement et qui n'était qu'une force sans matière cesse par là d'exister et la maladie médicinale s'éteint à son tour, laissant dans son état d'intégrité primitive l'être ou la substance qui conserve et anime le corps.

Tel est en résumé le principe de la doctrine qui a remplacé l'ancien axiome galénique par une formule diamétralement opposée et qui a pris pour devise : Similia similibus ciirantur. 11 me reste maintenant à exposer le second élément de l'homœopathie : la recherche des spécifiques, leur mode d'emploi et la puissance des doses infinitésimales. C'est encore à VOrganon que je vais faire ces emprunts :

HOMŒOPATIIIE. 241

Il est indispensable, avant d'employer un médicament, de connaître tous les symptômes et tous les cliangements de la santé qu'il peut produire. Cette uolion ne peut pas s'acquérir en l'administrant aux malades parce que les symptômes qu'il fait naître se mêlent à ceux de la maladie naturelle et se trouvent ainsi masqués.

Le moyen d'expérimentation le plus sur et le plus naturel consiste à donner les médicaments séparément et à doses modérées à des personnes saines, en observant quels changements ils produisent dans l'état du corps et de Tâmc, ou, en d'autres termes, quels éléments de maladie ils sent capables d'engendrer. 11 est préférable encore d'expérimenter sur soi-même, car les observations recueillies sur sa propre personne, par un médecin sensible et libre de préjugés, sont toujours préférables : il ne peut pas se méprendre sur ses sensations, tandis qu'il peut être (rompe volontairement ou involontairement par les autres.

Que le médecin essaie les propriétés des médicaments sur les autres ou qu'il agisse sur-lui-même, il faut qu'il prenne les mêmes précautions, au point de vue du régime, de l;i régularité de la \ie, du repos, de l'observation, en un mot, des préceptes de l'hygiène. Il faut surtout qu'il n'emploie que des médicaments d'une pureté parfaite et qu'il les administre sous la forme la plus simple. Aucune substance hétérogène ne doit y être ajoutée et ne doit être prise pendant le jour de l'expérience, ni pendant les jours suivants. Les médicaments ne doivent jamais être donnés qu'un à un et n'avoir pour véhicules que des substances inertes.

La recherche et la détermination des propriétés homœopathiques des médicaments n'est pas chose facile. 11 arrive, par exemple, que des sujets, en apparence identiques, éprouvent des effets tout différents par suite de l'emploi du même remède. Parfois même l'administration d'un remède produit des résultats dissemblables chez le même expérimentateur, lorsqu'il le prend plusieurs jours de suite : on ne peut donc arriver qu'en multipliant, en variant les expériences, mais en se tenant toujours dans les conditions de simplicité indiquées.

Il faut éviter également d'attacher trop d'importance aux détails. La maladie naturelle, comme la maladie artificielle, se compose d'un nombre presque infini de symptômes et il est rare qu'un même remède reproduise d'une manière parfaite tous les symptômes d'une maladie. Il est impossible, dit Ilahnemann, que le médicament couvre exactement par ses symptômes ceux de la maladie comme se couvrent deux triangles qui ont des côtés et des angles égaux : aussi faut-il négliger les phénomènes mal définis qu'on retrouve dans toutes les maladies, et que provoquetit tous les remèdes, pour ne s'attacher qu'aux caractères saillants, singuliers, extraordinaires, véritablement pathognomoniques. Lorsqu'on les retrouve à la fois dans la maladie naturelle et dans l'affection provoquée, on est certain qu'on est tombé sur le remède qui convient, et la guérison ne se fait pas longtemps attendre.

C'est qu'en effet le caractère particulier des traitements homœopathiques réside surtout dans la rapidité avec laquelle ils opèrent la guérison. Si le remède est bien choisi et employé comme il faut, la maladie, quelque maligne, quelque riche en souffrances qu'elle soit, passe en quelques heures, si elle est récente, et en quelques jours, si elle a déjà une plus longue existence. Tous les vestiges du mal disparaissent, on ne s'aperçoit presque pas des symptômes du remède, et la santé se rétablit en traversant des phases rapides, quoique insensibles. Une maladie récente est anéantie pour l'ordinaire par la première dose, sans incom- DICT. ENC. i" s. XIV. 16

242 UOMŒOPATUIE.

modité importante. Toutefois, quelque bien choisi que soit un remède homœopathiquc, il détermine toujours quelque symptôme qui ne se trouve pas dans la maladie à laquelle on l'oppose et qui par conséquent occasionne une certaine perturbation; mais ces phénomènes insignifiants sont promptement anéantis par l'énergie de l'organisme et les malades qui ne sont pas excessivement délicats ne s'en aperçoivent même pas.

Chez ceux qui présentent cette impressionnabilité particulière, il y a, pendant la première heure, un accroissement des phénomènes qui font croire au malade que son état a empiré; mais cette aggravation apparente n'est autre chose que la maladie médicinale, surpassant un peu en force le mal originaire qui lui est semblable et se dissipant au bout de très-peu de temps, pour faire place à la santé.

Pour que les remèdes homœopathiques produisent ces effets si rapides et si inoffensifs tout à la fois, il ne suffit pas qu'ils soient bien choisis et d'une pureté parfaite, il faut de plus qu'ils soient donnés à très-faibles doses. Les expériences pures établissent en effet d'une manière absolue que ces doses ne peuvent jamais être assez faibles pour rendre leurs symptômes inférieurs en force à la maladie naturelle et qu'ils ont le pouvoir de guérir celle-ci, tant qu'ils conservent l'énergie nécessaii'C pour provoquer, immédiatement après avoir été pris, des symptômes un peu plus intenses que les siens.

Si la chose paraît inconcevable, si Ton s'étonne que des substances très-raréfiées puissent encore produire des effets sensibles, cela tient à ce qu'on ne comprend pas les effets de cette raréfaction et qu'on se forme des idées erronées sur l'essence des substances médicinales. On a coutume de considérer celles-ci comme des matières mortes et de n'en estimer les effets que d'après leur mesure ou leur poids relatif, mais on ne réfléchit pas que nous autres, faibles mortels, connaissant souvent à peine la surface des choses, nous ne pouvons concevoir les véritables vertus des matières médicinales qu'en faisant la plus grande attention à tous leurs effets et en les jugeant sans prévention. Les substances médicinales ne sont pas des matières mortes dans le sens vulgaire ; leur véritable essence est dynamique et consiste en des forces immatérielles. Elles nous semblent mortes quand elles se présentent à nos yeux comme masses, dans leur état de crudité, mais ce n'est qu'une mort apparente. Les facultés intérieures ne sont qu'enchaînées et se trouvent pour ainsi dire dans un état d'engourdissement dans lequel elles demeurent jusqu'à ce que l'industrie humaine les ait développées, mises en liberté, et leur ait ouvert une carrière analogue à leur destruction. J'ai reproduit textuellement ce passage pour ne pas l'affaiblir et pour donner \me idée de ce mysticisme qui nous paraît si étrange aujourd'hui, tant nous avons perdu l'habitude de nous payer de mots et de croire aux propriétés occultes, aux forces immatérielles et mystérieuses.

C'est en raisonnant de la même façon qu'Hahnemann se rend compte de la singulière propriété qu'il attribue aux substances médicamenteuses d'agir d'autant plus énergiquement qu'elles sont plus raréfiées. C'est par la préparation qu'on leur fait subir, dit-il, qu'on parvient à dégager entièrement leurs vertus immatérielles et qu'on leur ouvre une carrière infinie pour exercer leur immense activité. Les manœuvres auxquelles on les soumet sont dans l'ordre de leur puissance : la pulvérisation, la trituration et la dilution. En morcelant les drogues on en augmente déjà l'efficacité. En effet, si l'on avale des noix voraiques de 20 grains de poids, on ressentira un effet beaucoup moindre qu'en prenant

IIOMŒOPATIIIE. 245

1 seul grain d'une poudre ordinaire de cette drogue, mais, si on rend la poudre plus fine, à force de la broyer, on n'aura besoin que d'une dose dix l'ois moindre pour obtenir le même effet. Toutefois la pulvérisation la plus fine ne suffit pas pour développer les facultés occultes des drogues et pour les rendre aussi elfîcaces qu'elles peuvent le devenir réellement.

L'extraction de l'essence médicinale au moyen de fortes teintures est préférable. Une goutte de teinture de quinquina, contenant la dixième partie d'un grain, a plus d'activité qu'un grain entier de la poudre impalpable de celte substance; mais les propriétés dynamiques du remède concentrées de cette manière ne font encore que commencer à se déployer; la dilution, suivant la métbode homœopathique, est seule capable de dégager entièrement leurs vertus immatérielles.

Pour se rendre un compte exact de ce qu'il faut entendre par dilution et de l'exiauïté de la dose à laquelle on arrive par ces atténuations successives, il suffit d'exposer le mode de préparation liomœopatliiquedes médicaments. Mettez, dit Halmemann, une goutte de teinture de quinquina dans un verre contenant cent gouttes d'esprit de vin ou d'un autre liquide également incorruptible ; secouez cette mixture par di.v coups énergiques donnés de haut en bas, et vous aurez une liqueur tellement active que chaque goutte aura autant de valeur thérapeutique que la goutte de la teinture concentrée. Chaque nouvelle union intime d'une goutte de mélange avec cent gouttes d'esprit de vin développera de nouveau les vertus médicinales de la préparation. A chaque nouvelle dilution ou division, le médicament homœopathique acquiert un nouveau degré de puissance par le frottement ou la secousse qu'on lui imprime, et on est forcé de s'arrêter dans cette voie, de peur d'aller trop loin. La puissance des préparations homœopathiques est telle que, lorsqu'on a affaire a un malade très-sensible, le meilleur moyen d'arriver au résultat le plus prompt est de faire respirer le sujet, une seule fois, dans un petit flacon contenant une dragée grosse comme une graine de moutarde et imbibée du liquide médicinal.

Pour donner une idée des effets surpi'enants que produisent ces substances raréfiées, Hahnemann prend l'exemple suivant. « L'or, dit-il, dans son état massif, ne nous offre qu'une matière grossière et inactive, incapable de produire le moindre effet médicinal. Battez cette masse en feuilles aussi minces que vous voudrez, ce sera toujours de l'or massif où les forces médicinales se trouvent dans une mort apparente. On peut avaler de ces feuilles jusqu'à la quantité de plusieurs grains, et ni un homme bien portant ni un malade n'en ressentiront aucune influence sur leur santé. Mais, si vous usez de la préparation homœopathique, c'est-à-dire, si vous broyez, pendant une heure entière, d'une manière énergique, 1 grain de ces feuilles d'or avec 100 grains d'une substance non médicinale, par exemple, avec du sucre de lait, vous avez déjà une poudre douée de beaucoup de propriétés médicinales. Broyez de. nouveau 1 grain de ladite poudre avec 100 autres grains de sucre de lait et continuez le même procédé jusqu'à ce que 1 grain de la dernière préparation ne contienne plus qu'un quadrillionième de 1 grain d'or, et vous aurez une poudre dans laquelle toutes les forces médicinales qui sommeillent pour ainsi dire dans l'or massif seront portées à un degré merveilleux. Qu'un malade mélancoUque, ayant la vie en horreur et se sentant pressé par des angoisses insupportables de tenter le suicide, qu'un tel malade, dis-je, flaire seulemeut, pendant quelques moments, un flacon contenant 1 grain de la poudre susdite, et après une demi-heure il

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sera délivré du démon qui semblait le posséder et son humeur deviendra semblable à celle d'un iiomme qui a l'aspect sain. » Quel médecin raisonnable, ajoute IJahnemann, pourrait après cela persévérer dans l'ancienne opinion que les clTets des substances médicinales se règlent d'après la quantité de leur poids matériel? 11 est certain que pour pousser l'incrédulilc jusque-là il faut une rare obstination, une indilTércnce bien coupable ou un esprit bien pervers.

J'ai exposé cette singulière doctrine sans commentaires et en la prenant textuellement dans les liviesdii maître; je vais maintenant tâcher de la discuter en m'efiorçant de la prendre au sérieux, pour ne pas encourir le reproche que ses adeptes ont l'habitude d'adresser à ceux qui combattent leurs idées. Commençons par le principe lui-môme.

Est-il vrai que les maladies consistent dans des changements invisibles et qui ne nous sont révélés que par leurs symptômes, que ce soient des troubles purement dynamiipies, en un mot? Ces idées sont aujourd'hui si loin de nous qu'on a ([indique peine à les discuter. On comprend qu'elles aient eu cours à l'époque où elles se sont produites et où les doctrines vitalistes étaient dans tout leur éclat. Mais aujourd'hui qui donc croit encore aux maladies sans matière? Les progrès de l'anatomic et de la physiologie pathologiques ont fait justice de cette ontologie. L'expérimentation sur les animaux et l'observation sur l'homme ont montré qu'il n'est pas do trouble de la santé qui ne repose sur un fond matériel, sur une altéi-ation palpable de quelque partie de l'organisme. Sauf quelques affections du système nerveux qui ne tarderont pas à rentrer dans la loi commune, les lésions anatomiques de presque toutes les maladies sont connues et la science du diagnostic consiste précisément à remonter du symptôme observé à l'altération organique, et c'est sur ce fond réel et non sur son apparence que se portent les efforts de la thérapeutique.

Ilahnemann ne s'occupe pas de cela. L'ensemble des symptômes, voilà la seule chose à laquelle le médecin doive s'attacher. Le reste n'existe pas pour lui et;il supprime ainsi du même coup l'anatomie et la physiologie pathologiques. Cette simplification qui dispense des études les plus longues, les plus ardues, parmi celles qu'ont à poursuivre les médecins, n'a pas dû nuire à la doctrine homoeopatbique. Elle lui a sans doute suscité de nombreux adhérents parmi les f'ens du monde, qui ont tant de plaisir à s'immiscer dans les choses de l'art de guérir et à s'improviser praticiens.

Est-il vrai, est-il conforme à l'observation, qu'une maladie ne puisse être détruite que par une autre de même nature, mais plus forte, qui vient s'y substituer? Quand on cherche les preuves de cette assertion étrange dans les écrits d'IIahnemann, on n'en trouve qu'une seule. C'est toujours la petite vérole qu'il prend pour exemple. 11 a trouvé, dans les annales de la médecine, cinq ou six observations dans lesquelles des ophthalmies et même la cécité, des cas de surdité, de dyspnée, de ténesme dysentérique, ont disparu à la suite de l'apparition de la [letite véi'ole, et, comme celle-ci détermine habituellement des phénomènes analogues, il en conclut à la substitution. La faculté préservatrice de la vaccine est un exemple de plus de ce mode de superposition de deux maladies dont l'une étouffe l'autre.

C'est sur des explications pareilles, sur de fausses analogies, sur quelques faits exceptionnels convertis en règle générale, qu'est édifiée toute la doctrine des semblables. L'action substitutive des médicaments n'est pas appuyée sur des preuves plus sérieuses. Toutefois Ilahnemann s'est donné plus de peine pour la

HOMŒOPATHIE. 245

justifier. 11 s'est appliqué tout d'abord à prouver qu'elle avait été observée de tout temps, et les cinquante premières pnges de VOrganon sont consacrées à des citations empruntées aux ouvrages des médecins de tous les temps depuis Hippocrate jusqu'à Stahl.

C'est d'abord le choléra-morbus qui, d'après le livre des Épidémies, est guéri par l'ellébore, qui produit un flux de ventre analogue. C'est la suette anglaise, qui guérit par les sudorifiques, la dysenterie, dont on triomphe par les purgatifs, le tabac, qui produit la nausée, le vertige, l'angoisse, et qui débarrassa Diemerbroek de toutes ces incommodités, pendant qu'il traitait les maladies épidémiques en Hollande ; c'est l'agaric, qui cause les tremblements, les convulsions, le mal caduc, et qui les guérit; l'huile d'anis, qui fait de même pour les maux de ventre, la millefeuille, qui cause l'hématurie et l'épistaxis et qui guérit les flux de sang; c'est le colchique, le séné, le jalap, le dictame, la clématite, l'eufraise, la noix muscade, le bourgène, la belladone, la douce-amère, la scrofulaire, qui ont aussi de ces effets à double tranchant.

Je pourrais en citer encore une centaine d'autres, car l'auteur n'a pas eu de peine à multiplier les exemples, mais j'ai voulu seulement donner une idée de sa manière de raisonner et du peu de sévérité qu'il y apporte. Les observations recueillies par ses adeptes et par lui ne sont pas plus probantes, bien qu'ils aient agi sur eux-mêmes. On se demande à quelles singulières hallucinations ils étaient en proie, pour avoir obtenu de pareils effets de substances connues de tout le monde et qui ne produisent rien de semblable sur les autres. On est conduit à penser qu'à force de se tàter, de s'écouter vivre, de prêter l'oreille aux moindres sensations, ils en sont arrivés à des perceptions imaginaires.

Ainsi, la pulsatille, par exemple, avait déjà révélé à liabnemanu 279 symptômes différents: mais voilà que Jahr, par une analyse plus subtile, est arrivé à lui en reconnaître 1155. On y voit figurer le vertige, le criquement dans la tête en marchant, le goût, dans la bouche, commode la viande pourrie, l'anthropophobie et la méfiance, etc., etc. Un autre, en prenant du charbon, a senti sa vue se raccourcir, il a vu surgir sur son front une tumeur rouge, pendant que les gencives se décollaient, que son humeur devenait chagrine et que le dégoût de la vie s'emparait de lui. A d'autres l'arnica a donné des douleurs de luxation, du malaise dans le périoste, des rêves lubriques, de la susceptibilité et de la tendance à prodiguer les injures. Le platine fait entendre des bruits de voiture. Si l'àme est contente, le corps souffre. L'expérimentateur qui fait usage de ce métal a un premier jour sombre, mais, le second, il voit tout en rose et il peut arriver, eucoutinuant, jusqu'à ressentir le délire des grandeurs.

Au milieu de tout cela il est impossible, comme le fait observer Gubler, de trouver un seul remède qui reproduise fidèlement l'ensemble des symptômes d'une de ces maladies qu'on obser\e tous les jours, comme la pneumonie, la fièvre typhoïde, la péritonite ou l'érysipèle. Comment donc s'y prennent les homœopathes pour produire avec leurs médicaments des affections susceptibles de se superposer à celles-ci? Ils ont recours à des combinaisons de remèdes pour imiter cette combinaison de symptômes et attaquent chacun d'entre eux avec uu médicament particulier.

Lorsque, fatigué de tous ces raisonnements, on cherche dans les ouvrages du maître quelques exemples particuliers, quelques faits de maladies guéries par sa méthode, on est tout étonné de n'en pas trouver. Cet homme qui en appelle toujours à l'expérimentation, à l'étude des faits, n'a pas donné d'observations.

24'3 HOMŒOPATHIE.

On n'en trouve que deux dans ses ouvrages et il en est une qui est reproduite partout. C'est celle de la femme S..., cetle blanchisseuse forte et déjà mûre qui éprouvait des élancements dans la fossclte du coeur, quand elle faisait un faux pas, qui ne pouvait dormir que jusqu'à 8 heures du matin, éprouvait des nausées, ressentait des sueurs abondantes, et qui fut guérie du jour au lendemain pour avoir pris une goutl.e entière de suc de bryone non étendu, celte substance ayant la propriété de reproduire l'ensemble des symptômes dont la femme S... était affectée. Ces choses-là ne se discutent pas.

On cherche tout aussi inutilement dans les œuvres d'IIahnemann une preuve ayant quelque valeur en faveur de la doctrine des semblables. Ce principe sur lequel tout l'édifice repose n'esl-il donc qu'une illusion pure, qu'une rêverie éclose dans la cervelle d'un thaumaturge allemand?

C'est l'opinion de presque tous les médecins étrangers à la secte et qui n'ont pas de parti-pris. Il s'en est cependant trouve pour plaider les circonstances atténuantes et l'un d'entre eux a occupé dans la médecine fi'ançaise un rang trop important pour qu'on ne doive pas tenir le plus grand compte de son appréciation. Trousseau, dans la première édition de son Traité de thérapeutique et de matière médicale paru en 1857, a bravement intitulé un de ses chapitre» : Médication substitutive ou Jiomœopathicjue, en faisant de celle-ci une des quatre scctions<^e la médication irritante.

Trousseau jugeait rhomœopatliic tout aussi sévèrement que les autres médecins de son époque, mais il croyait devoir faire des réserves sur quelques points particuliers. Voici du reste comment s'expliquait à cet égard cet esprit si net et si puissant :

« La doctrine homœpoalhique, en tant que doctrine, ne mérite certainement pas le ridicule que les applications thérapeutiques des homœopathes lui ont valu. Lorsque llahnemann émit ce principe thérapeutique : Similia similibus curantur, il prouva son dire en l'appuyant sur des faits empruntés à la pratique des médecins les plus éclairés. De toute évidence, les phlegmasies locales guérissent souvent par l'application directe des irritants qui causent une inflammation analogue, inflammation thérapeutique qui se substitue à l'irritation primitive.

« Ce qui était vrai dans les maladies externes l'était certes beaucoup moins pour les affections internes; mais Hahnemann, ébloui par la vérité d'une idée qu'il avait entrevue et formulée, s'exagéra bientôt, comme tous les novateurs, l'importance de sa découverte.

« Ses disciples, comme il arrive toujours, débordèrent bientôt le maître et l'entraînèrent dans leurs idées exagérées ; et le mysticisme germanique venant bientôt s'y mêler, la thérapeutique homœopathique devint à ce point singulière qu'elle dut avoir de nombreux partisans, car il n'est idée si absurde qui ne trouve des médecins pour la soutenir et des malades qui se jettent au-devant de l'expérimentation. »

J'ai tenu à reproduire exactement ce passage, parce que c'est le seul soutien que les disciples d' Hahnemann aient trouvé parmi les médecins qui ne se sont pas inféodés à sa doctrine et parce que la secte en a tiré vanité et profit.

Pour leur avoir fait une concession pareille, il semble que l'illustre professeur de thérapeutique, que le grand clinicien que je viens de nommer, ait dû trouver dans sa pratique des preuves péremptoires de cette substitution qu'il déclare évidente, mais, lorsqu'on projette sur ce sujet la lumière des découvertes

IIOMŒOPATIIIE. 247

scientifiques récentes, on s'aperçoit qu'il n'y a eu de sa part que des erreurs d'interprétation. La médication substitutive n'existe pas. Lorsqu'on guérit une phlegmasie locale par l'application directe d'un irritant, ce n'est pas une substitution qui s'opère, c'est toute autre chose, ainsi que je vais le montrer, en passant en revue les faits sur le compte desquels Trousseau s'est mépris. On peut avec Gubler les ranger en cinq catégories.

La première, la plus favorable à la théorie, se rapporte aux cas dans lesquels on guérit une inflammation spécifique des muqueuses par la cautérisation. Il n'est pas de praticien qui n'ait constaté les heureux effets qu'on obtient, à l'aide des applications de nitrate d'argent, dans l'ophthalmie purulente, dans la blennorrliagie, dans l'angine diphthéiitique, la stomatite ulcéro-membraneuse, etc., etc. La cautérisation détermine une cuisson très-vive, une augmentation momentanée de l'inflammation, mais au bout d'un laps de temps très-court celle-ci a changé de caractère : de spécifique elle est devenue bénigne, et, à partir de ce moment, elle marche franchement vers la guérison. C'est l'exemple le plus frappant de la substitution homœopathique, mais ce n'est qu'une apparence.

Ce n'est pas en provoquant une inflammation simple qui anéantit l'autre et prend sa place qu'agit le nitrate d'argent. C'est en détruisant les germes infectieux qui entretenaient et propageaient la maladie. Ce n'est pas de la substitution, c'est de Vantisepsie. Le nitrate d'argent agit dans ce cas comme les lotions de sublimé dans la teigne et l'herpès tonsurant. Celles-ci ne guérissent pas parce qu'elles irritent le cuir chevelu, mais parce qu'elles font périr les spores de Vacliorion et du trichophyton.

C'est par un mécanisme analogue, c'est par l'astriction opérée sur les capillaires, par une sorte devésication circulaire, que le crayon de nitrate d'argent appliqué sur les confins d'un érysipèle l'arrête dans sa marche, et qu'une application du même médicament, sous forme liquide, faite sur la partie déjà envahie, la modifie avantageusement.

L'emplâtre de Vigo qu'on applique sur les pustules varioliques les fait avorter en les soustrayant à l'action de l'air et de la lumière et en les maintenant dans des conditions constantes de température et d" humidité, mais ce n'est pas en y substituant une éruption d'une autre nature et propre au mercure.

On doit expliquer de la même façon les bons effets des vapeurs irritantes dans les affections chroniques des voies respiratoires et le triomphe des purgatifs dans le traitement des affections intestinales qui, comme la dysenterie, la diarrhée des pays chauds, se traduisent pourtant par des selles fréquemment répétées. Il n'y a là ni substitution ni action homœopathique, et le principe même de la doctrine est dénué de tout fondement.

Voyons maintenant quelle est la valeur des médicaments qu'emploient les adeptes de cette doctrine, et ce qu'il faut penser de l'action de ces médicaments à dose infinitésimale. A cet égard encore Ilahnemann, bien qu'invoquant toujours l'observation et l'expérience, ne donne aucune preuve de ce qu'il avance et se borne à des assertions : « Il s'agit maintenant, dit-il, de savoir combien chaque dose d'un médicament homœopathique choisi pour un certain cas de maladie doit être petite pour opérer la meilleure guérison. Ce n'est pas par des conjectures théoriques que ce problème peut être l'ésolu. Non; les scrutations de l'esprit et les argumentations subtiles n'en viendront jamais à bout, ce n'est que par des essais purs, des observations soigneuses et des expériences exactes, qu'on y parviendra. Or ces expériences pures offrent sans exception le résultat sui-

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vaut : quand la maladie ne se fonde pas sur une corruption considérable d'un viscère important, la dose n'est jamais trop petite, si elle peut produire, immédiatement après avoir été prise, des symptômes semblables un peu plus forts que ceux de la maladie naturelle. »

Avec cette conviction on peut aller loin dans la voie des atténuations, et les homœopathes ne s'en sont pas fait faute. A la trentième dilution, celle qu'Hahnemann avait adoptée en dernier lieu, il n'existe plus qu'un décillionième de grain de substance active, et François Arago a pris la peine de calculer qu'un décillionième de grain est à un grain tout entier ce qu'est un caillou par rapport à la masse entière du soleil.

Déjà, du temps d'ilalinemann, les esprits simples que la doctrine n'avait pas illuminés faisaient remarquer que l'atmosphère des villes manufacturières renferme des quantités de poussière de charbon véritablement homœopathiques et que cependant les habitants n'ont point l'humeur chagrine, la tumeur rouge au front et le déchaussement des incisives inférieures que cette substance produit dans les expériences pures ; que les eaux des rivières et des lacs qui renferment des quantités pondérables de silice et de chaux devraient produire des accidents formidables; on lui avait fait remarquer qu'il devrait suflire délaisser tomber une goutte d'un remède actif dans le lac de Genève pour rendre médicamenteuse toute la masse de ses eaux, mais Ilahnemann répondait : de semblables objections proviennent de ce qu'on se méprend sur le sens du mot de raréfaction. Cette opération a en effet un double but : le mélange intime de la substance active avec toute la masse du véhicule et le développement de ses propriétés dynamiques par la trituration. Ces deux choses sont absolument impossibles à obtenir, quelle que soit la puissance des appareils dont on se sert, lorsqu'il s'agit d'une goutte de liquide médicamenteux jetée dans un lac ou d'un grain de poudre médicinale mêlé à un quintal de farine.

Tout réside en effet dans ces deux choses : la trituration pour les poudres et la dilution pour les liquides. Elles doivent être faites suivant uu rhythme, avec une régularité de mouvements et un ensemble do précautions sur lesquelles le créateur de la méthode a minutieusement insisté. C'est à l'aide de ces pratiques qu'on développe jusqu'à l'infini les vertus dynamiques, les forces immatérielles qui dorment engourdies dans les substances médicinales, jusqu'au moment où le génie de l'homme les met en liberté.

A ceux que cet étrange réveil laisse incrédules et qui ne consentent pa.s à croire à la puissance curative des doses infinitésimales les homœopathes opposent l'exemple qu'on cite dans tous les cours de physique pour prouver l'extrême divisibilité de la matière : le grain de musc, (|ui peut, pendant un temps illimité, communiquer son parfum à tous les corps qui l'entourent, sans perdre sensiblement de son poids, et l'action immédiate, intense, que produisent sur les personnes nerveuses les odeurs fragrantes comme celle de l'étlier auxquelles on ne saurait nier, disent-ils, une espèce de puissance métaphysique. Enfin, leur argument le plus spécieux est celui qu'ils tirent des poisons morbides, des agents infectieux, des virus, dont la moindre quantité suffit pour déterminer les maladies les plus formidables.

Cette objection, il faut en convenir, avait au temps d'Hahnemann une valeur réelle, mais aujourd'hui on sait à quoi s'en tenir à cet égard. Si la moindre parcelle d'un agent infectieux suffit pour empoisonner l'organisme tout entier, c'est parce que cette parcelle contient quelques-uns de ces êtres microscopiques

HOMŒOPATIIIE. 249

qui ont la puissance de se multiplier à l'infini lors(|u'ils se trouvent placés dans un milieu convenable et qui rencontrent dans les liquides de l'économie tous les éléments nécessaires à leur prodigieuse multiplication.

« En définitive, comme l'a dit Gubler, les deux grands principes promulgués par Hahnemann ne supportent pas la discussion. Le premier, celui du similia similibus, devient insoutenable dès qu'on fait cesser les malentendus par une définition rigoui-euse des termes et par une plus saine interprétation des faits. Le second, celui des doses infinitésimales, manifestement absurde, conduit à une pratique ridicule et bouffonne. »

On s'est demandé de tout temps dans le monde médical comment une doctrine fondée sur des bases aussi peu sérieuses avait pu se répandre, se propager et survivre près d'un siècle à son inventeur. Cela tient à des causes multiples et qu'il est indispensable de scruter, si l'on veut se rendre compte de l'influence que l'homoeopalbie a exercée sur la tbérapeutique, des transformations qu'elle a subies et des concessions qu'elle a dû faire dans la pratique pour conserver sa vogue dans le milieu tout spécial où elle a toujours régné.

J'ai dépeint, au commencement de cet article, le chaos dans lequel les doctrines médicales étaient tombées à l'époque où l'homœopathie fit son apparition. Elle cadrait avec elles. Les puissances occultes des substances médicamenteuses pouvaient marcher de front avec les facultés merveilleuses du principe vital. D'une autre part, la pathologie grossière de l'humorisme, son indigeste pharmacopée, appelaient une réforme dans la médecine. Stahl et Hahnemann le sentirent également. Ils airivèrent tous deux par des voies différentes à une thérapeutique négative, et en somme on est en droit de penser, avec Trousseau, que l'homœopathie n'est pas autre chose que l'expectation de Stahl, avec la grandeur de moins et une mystification de plus.

Cette sorte de roman mystique était de nature à séduire les esprits, dans la patrie des l'èveurs et des utopistes, et cependant elle y rencontra une opposition énergique. C'estàGeorgenthal, dans un hospice d'aliénés, que Hahnemann en fit les premières applications sur l'homme. Les succès qu'il y obtint l'engagèrent à élargir sa sphère d'action. Il vint s'étabhr à Brunswick, puis à Kadigslutter, mais bientôt il eut à compter avec la jalousie des confrères et avec les intérêts des pharmaciens dont sa doctrine ruinait le commerce. Procédant par millièmes de grain, forcé de préparer lui même ses remèdes pour ne pas se mettre à la merci d'adversaires intéressés à faire échouer ses traitements, il se vit appliquer les règlements qui interdisent aux médecins l'exercice de la pharmacie et fut obligé de quitter le pays.

Je ne le suivrai pas dans ses pérégrinations à travers l'Allemagne. Les persécutions auxquelles il fut en proie l'en chassèrent et le mirent dans la nécessité d'émigrer définitivement. Il vint se fixer à Paris en 1834 et il y est mort le 3 avril 1845, à l'âge de quatre-vingt-neuf ans.

L'homœopathie était déjà quelque peu sur le retour lorsqu'elle franchit le pont du Rhin, avec son inventeur, pour élire domicile en France. Elle s'était répandue en Italie, en Angleterre et même en Russie. Partout elle avait rencontré la réprobation du corps médical et des sociétés savantes, mais partout aussi elle avait été accueillie avec faveur par les hautes classes de la société que les choses étranges et nouvelles ont le privilège de séduire et qui avaient fait dans le siècle précédent la fortune de Mesmer. Forte de la protection de quelques grands personnages, elle voulut s'imposer à la médecine. Ses adeptes jetèrent le gant

250 IIOMŒOPATllIE.

aux médecins allopathes, réclamèrent le grand jour de la discussion et des expériences publiques.

Partout où cette faveur leur fut accordée ils en furent pour leurs frais. A Naples, où l'homéopathie pénétra en 1829, sous le patronage du docteur Nicolas Lassaga, l'autorité fut obligée de révoquer, au bout de quarante-cinq jours, l'autorisation qu'elle avait donnée au docteur Cosme (de Kovatiès) de faire à l'hôpital clinique des essais auxquels ce médecin finit lui-même par renoncer. En Prusse, le ministre chargé de l'instruction publique et des affaires médicales fit parvenir à toutes les administrations provinciales une circulaire par laquelle il les engageait à surveiller les médecins homœopathes et à les empêcher de vendre des médicaments. A Saint-Pétersbourg, le conseil médical, après avoir expérimenté ce traitement, le déclara inutile ou dangereux et proposa de l'interdire dans tous les ctablissemenls sanitaires dépendant du gouvernement.

La doctrine d'IIahnemann n'eut pas beaucoup plus de succès en France. Après y avoir joui d'une vogue momentanée, elle arriva promptement à la phase des mécomptes. La première mention qui en ait été faite, dans notre pays, est contenue dans une thèse soutenue en 1820, à la Faculté de Strasbourg, par Théodore Bœckel. Ce travail n'avait eu aucun retentissement et l'homoeopathie était parfailetnent inconnue parmi nous, lorsqu'elle franchit la frontière en passant par la Suisse et l'Alsace. Elle s'implanta à Lyon et y fit de nombreux prosélytes. Le docteur Guérard, un des nouveaux convertis, obtint du professeur Pointe une salle de 50 lits avec liberté de choisir ses malades et de les traiter à su guise. Au bout de dix-sept jours, il renonça lui-même à l'expérience, ce qui n'empêcha pas la nouvelle méthode de faire son chemin. Bientôt les journaux de Paris en célébrèrent à l'envi les merveilles. Trois traductions françaises de VOrganon parurent en deux ans. Deux d'entre elles furent publiées à Paris et une à Lyon. L'homœopathie eut sa société, son journal spécial, et se crut en mesure de se produire au grand jour.

Elle s'adressa d'abord aux médecins des hôpitaux. En 1854, Curie et Léon Simon leur firent parvenir une circulaire dans laquelle ils exprimaient le désir de soumettre leur mode de traitement à des épreuves publiques. Bailly mit des malades à leur disposition, dans son service de l'IIôtel-Dieu, mais au bout de cinq mois ils renoncèrent à poursuivre l'expérience, les résultats ayant été complètement négatifs. Il en fut de même des essais faits à la Pitié par Andral avec la conscience et la bonne foi qu'il apportait dans toutes ses recherches. Ces échecs ne découragèrent pas les disciples d'IIahnemann, mais ils se décidèrent à frapper à une autre porte. Au mois de janvier 1855, la Société homœopathique demanda au ministre de l'Instruction publique l'autorisation sans laquelle elle n'avait pas d'existence légale. Elle annonçait en même temps l'intention de fonder un dispensaire où tous les malades seraient traités gratuitement suivant la nouvelle méthode et exprimait l'espoir de fonder plus tard un hôpital de clinique pour perfectionner l'enseignement. Le ministre demanda l'avis de l'Académie de médecine. Celle-ci nomma une Commission composée de Husson, Renauldin, Guéneau de Mussy, Lherminier, Boulay, de Sens, Lisfranc, auxquels on adjoignit les deux Andral et Adelon (séance du 27 janvier 1855). Après une discussion qui occupa plusieurs séances, l'Académie fit au ministre une réponse qui se terminait par la conclusion suivante : « Pour ces considérations et pour ces motifs, l'Académie estime que le gouvernement doit refuser de faire droit

IIOMŒOI'ATHIE. 251

à la deniantle qui lui est adressée en faveur de l'homœopalhie n (se'ance du 2-4 mars 1855).

A l'époque où la doctiine d'IIahnemana se livrait en France à cette levée di boucliers, elle était tombée en Allemagne dans un tel discrédit, qu'un professeur de Berlin, auquel Marc avait demandé des renseignements à ce sujet, lui répondit qu'il n'y avait plus dans la capitale de la Prusse que trois homœopathes, dont un fripon et deux ignorants. liabnemann n'appartenait ni à l'une ni à l'autre de ces deux catégories. C'était un illuminé, mais il était de bonne foi. 11 croyait à sa mission providentielle et se regardait comme un envoyé de Dieu sur la terre pour y faire tout le bien compatible avec ses facultés et pour révéler au monde l'art dont il était en possession et l'immense profit que l'bumanité devait en retirer. Dieu, rimmanité, les dilutions et les globules, se brouillaient dans le cerveau de ce rêveur comme dans celui de ses premiers adeptes.

11 n'en a peut-être pas été de même de leurs successeurs. On sait en effet que rhomœopatbie n'est pas morte avec celui qui l'avait inventée et l'histoire de la médecine nous a offert dans ce siècle un étrange contraste. Tandis que le système de Broussais, soutenu par ce terrible athlète, avec l'appui enthousiaste du corps médical tout entier, n'a pu résister à la force de l'évidence, la doctrine vague et nébuleuse d'ilahnemann, malgré l'opposition des médecins de tous les pays, s'est maintenue jusqu'à nos jours, sans gagner, mais aussi sans perdre de terrain.

Ce succès relatif tient à des causes diverses. L'homœopathie a pour elle la bénignité séduisante de ses moyens d'action. A côté des procédés à outrance de la doctrine physiologique elle peut être regardée comme une innocente mystification thérapeutique. Elle a été, de plus, puissamment aidée par l'incontestable habileté de ceux qui l'exploitent et par l'ascendant qu'ils savent prendre sur le personnel crédule et névropathique qui forme le fond de leur clientèle.

Privés du secours de la matière médicale par leur posologie, ils se sont appliqués à tirer tout le parti possible des ressources de l'hygiène, et surtout du régime. Ces puissants moyens maniés avec un talent réel leur ont valu de nombreux succès, dans des cas oti d'autres médecins moins habiles avaient complètement échoué.

Les progrès de la chimie et de la pharmacologie leur sont également venus en aide. La découverte des principes immédiats a mis entre leurs mains des substances douées d'une extrême activité sous un très-petit volume et qui se prêtent admirablement à la forme extérieure des préparations homœopathiques. Des globules renfermant 1 milligramme de digitaline, d'atropine, de morphine ou de tel autre alcaloïde végétal, constituent des remèdes fort actifs. Ce sont là sans doute des doses massives pour les homœopathes, mais nul ne sait ce qui s'élabore dans leurs officines. Toujours est-il qu'il est prudent de ne pas s'en rapporter à l'étiquette. J'ai vu la dilatation de la pupille se manifester à la suite de l'administration de globules d'atiopine prescrits par des disciples d'Hahnemann, et je suis convaincu qu'il est d'autres préparations dans lesquelles il entre des substances actives à des doses parfaitement pondérables.

Les homœopathes du reste ont fait à cet égard des concessions à leurs adversaires et la posologie infinitésimale n'est plus pour eux un dogme sacré. « L'application du principe homœopathique, dit Arréat, n'entraîne pas la nécessité d'administrer les médicament-j à telle dose atténuée plutôt qu'à telle autre. Il suffît de bien choisir le remède et de guérir. »

252 IIOMŒOPATIIIE.

Certains homœopathes poussent si loin l'esprit de tolérance et de conciliation, qu'ils mélangent volontiers les pratiques grossières de l'allopathie, avec les pratiques éthérées de la médecine hahnemannienne. lien était ainsi du reste du vivant de l'inventeur. En 1855, Orlila, conduit à exposer devant l'Académie de médecine son jugement sur les doses homœopatliiques, reconnaissait n'avoir trouvé aucune substance appréciable dans les médicaments soumis à son analyse par la justice, mais il se hâtait d'ajouter que les homœopathes ne s'en tenaient pas là. Ils n'hésitent pas, disait-il, pour la plupart, à donner les médicaments à doses massives. D'autres, tout en prescrivant leurs globules, pour sauver les apparences, saignent, appliquent des sangsues, des vésicatoires, et ordonnent le sublimé, l'opium ou tel autre médicament actif à des doses suffisantes pour produire de bons effets.

Enfin, il est des éclectiques complaisants i\u\ traitent les malades à leur gré par l'allopathie ou par l'homœopathie. Ceux-là sont évidemment des faux frères, car, comme le dit Fonssagrives, on comprend Paracelse brûlant son Galien, mais on ne se l'imagine pas se promenant dans les rues de Bâle avec son Galien sous un bras et son Archidoxa sous l'autre.

(( Si Uahnemann revenait au monde, conliiuie l'éminent professeur de Montpellier, il serait scandalisé de i'émieltement de sa doctrine. Les doses infinitésimales s'en vont; la spiritualisalion des médicaments, leur dynamisation par l'atténuation des doses, semble également avoir fait son temps. Le principe des semblables, l'arche sainte de l'homœopathie, surnage encore, mais, il y a quelques années, un des adeptes les plus sérieux delà doctrine, le docteur Kidd, est venu déclarer qu'il ne se croyait nullement lié par ce principe et qu'il l'appliquait seulement dans les cas où ['expériLiice lui avait démontré la nécessité de le faire. La robe sans couture d'Hahnemann est en lambeaux, elle flotte au vent de toutes les hérésies, et il sera bientôt aussi difficile d'avoir la formule doctrinale de l'homœopathie que celle du protestantisme. Elle a le sort des doctrines fausses qui vont s'émiettant de plus en plus et qui finissent par avoir autant de législateurs que d'adhérents. »

Le nombre des médecins homœopathes n'augmente pas. Au lieu d'en accuser la fragilité de leur doctrine, ils s'en prennent à la coalition que les intérêts et les passions ont, disent-ils, organisée contre elle, comme si la persécution avait jamais empêché la vérité de faire son chemin. Ils se plaignent aussi de la conspiration du silence, des obstacles qu'on a mis à la libre expansion de l'homœopathie, en lui refusant l'entrée des hôpitaux et la discussion au grand jour. Tout cela leur est plus utile que préjudiciable, et ils le savent bien. Aussi ont-ils renoncé à faire du bruit autour de leurs agissements. Ils n'ont pas ûiit parler d'eux depuis bien des années, depuis le fameux procès intenté en 1858 à VUnion médicale, dans la personne de MM.Richelot, Gallard et Amédée Latour, par douze médecins homœopathes, à propos d'un article paru dans ce journal et dans lequel pas un d'eux n'avait été désigné. Ils réclamaient 50 000 francs de dommages et intérêts pour le préjudice causé par cet article à leur considération et à l'exercice de leur art.

Cette affaire ne tourna pas à leur avantage. Le tribunal, par un jugement en date du 10 décembre 1858, les déclara non recevables et condamna les demandeurs aux dépens.

Depuis cette époque, ils ont renoncé à toute attitude agressive. Ils ti-aitent leurs affaires entre eux, ne se mêlent pas aux autres médecins et évitent les

IIOMŒOPATHIE. 255

sociétés médicales. Ils ont pourtant leurs réunions. Ils se sont assemblés en congrès à Paris en ISoI, en 1855 et en 1867; à Bruxelles en 1856; enfin, ils ont eu leur congrès international lors de l'Exposition universelle de 1878. Cette fois, ils n'ont pas pu se poser en victimes ni accuser l'autorité de partipris. Leur congrès fut autorisé par un arrêté ministriel et ils se réunirent au palais du Trocadéro, les 12, 13 et 15 août 1878.

Les adhérents étaient au nombre de 115, dont 74 de Paris, 27 de la province et 14 de l'étranger. Le procès-verbal des trois séances a été publié dans les Comptes rendus sténographiques qui ont paru à la suite de l'Exposition. Ce document permet de se rendre compte du terrain que l'homoeopathie avait conquis à cette époque et des transformations qu'elle avait subies.

En ce qui a trait au premier point, il p;iraît que c'est dans l'Amérique du Nord qu'elle s'est le plus sérieusement implantée. Elle y compte de nombreux hôpitaux, des facultés, des collèges, avec un enseignement régulier et complet. Tous ces établissements sont ouverts aux femmes. L'Angleterre n'a qu'une école, c'est le London School of Ilomœopathy. L'Autriche est encore moins bien dotée. Cependant la Chambre des députés austro-hongrois a créé, il y a une vingtaine d'années, une chaire d'homœopathie, à l'Université de Buda-Pesth. Dans le reste de l'Europe, la doctrine d'Ilahnemann est dans le marasme et ne s'enseigne pas. Tel était du moins l'état des choses, le 14 août 1878. lorsque le docteur Claude fit au Congrès l'exposé de la situation.

Quant à la doctrine, les communications faites au congrès international n'ont fait que confirmer ce que j'ai dit plus haut de l'état d'anarchie dans lequel elle est tombée. Le docteur Jousset notamment a déclaré qu'il s'était formé une école mixte pour réagir contre la tyrannie de la posologie infinitésimale. Cette école professe que les médicaments agissent à toute dose. Elle administre certains d'entre eux, comme le lycopode, la silice, le cuivre, à la trentième et même à la deux-centième dilution, mais elle n'hésite pas à employer le sulfate de quinine, le fer, le mercure, l'iodure de potassium, à des doses exprimées en centigrammes et même en grammes. Ce schisme a trouvé de nombreux adhérents.

On vit, à ce même congrès, la métallothérapie faire alliance avec l'homœopathie et ïisopathie y fit son entrée sous le patronage du docteur Thibault, de Nantes, h'isopathie est une méthode ingénieuse qui consiste à faire prendre aux malades, sous forme homœopathique, les produits pathologiques qu'ils ont eux-mêmes exci^élés. Ainsi M. Thibault a guéri une douzaine de malades atteints de coliques hépatiques en leur administrant, en trituration et en dilution, les calculs biliaires qu'il avait trouvés dans leurs selles. Il n'a pas été moins heureux avec une vingtaine de gens en proie à la gravelle urique en leur faisant boire des dilutions provenant de leurs propres urines. Pour les goutteux, ce sont des tophus en trituration qu'il leur donne, mais il insiste sur la nécessite de n'administrer le produit morbide qu'au malade qui l'a fourni et pas à d'autres.

Quand on émet de pareilles idées et qu'on les discute, on fait bien de rester en famille. C'est ce que font les homœopathes. Le grand jour de la libre discussion ne saurait convenir, en effet, à une doctrine dont les principes ont été sapés dans leurs fondements par les découvertes scientifiques modernes et dont les adeptes ont abandonné les pratiques, pour ne plus conserver que le nom, pour ne plus garder que l'enseigne. E. Rochard.

254 HOMOFLUORESCÉINE.

Bibliographie. — Haiineuans (Samuel). Exposition de la doctrine homœopalhique ou Organon de l'art de guérir, traduit par Jourdan, 5" édition augmentée de commentaires et précédée d'une notice sur la vie, les travaux et la doctrine d'IIahnemann, par le D"' Léon Simon père. Paris, 1873. — Du même. Trailé dematilre^ médicale homœopat/iique, comprenant les pathogcnics du traite' de matière mc'dicale piure et du traité des maladies chroniques, traduit par Léon Simon. Paris, 1877-1885. — Du même. Doctrine et traitement homœopatliique des maladies chroniques, traduit par Jourdan, 2' édition, 1846. — Bigel. Examen théorique et pratique de la méthode curalive du docteur Hahnemann, 1827. — Lécn Simon (père). Leçons de médecine homœopalhique. Paris, 1836. — Léon Si.mon (fils). Conférences sur l'homceopalhie. Paris, 1869. — Sollier (J.). La vérité sur t'homœopathie. Marseille, 1838. — Trousseau (A.) et Pidoux (H.). Traité de thérapeutique et de matière médicale, 1" édition, 1857, 8' édition, 1868. — IUpou (August). Histoire delà doctrine médicale homœopathique. Paris, 1847. — Teste. Traitement homœopalhique des maladies aiguës et des maladies chroniques des enfants. Paris, 1856. — Arkéat. Eléments de philosophie médicale ou théorie fondamentale de la science des faits médico-biologiques. Paris, 1858. — Crétin (A.). Procès intenté à MM. lUchelot, gérant, et Gallard, rédacteur de l'Union médicale, par MM. Pctroz, Léon Simon, Chargé, Molin, Love, Le Boucher, Crétin. Paris, 1858. — Fkébaclt. Des rapports de la doctrine médicale homœopathique avec le passé de la thérapeutique. Paris, 1853. — Perrossel (F.). U homœopathie au Sénat. Paris, 1864-1865. — Du même. Lettres nouvelles ou nos conférences sur V homœopathie ou la vérité en médecine. Paris, 1860. — Cateli.an. Histoire et statistique de V homœopathie en France. Paris, 1876. — Jahu. Principes et règles qui doivent guider dans la pratique de Vhomœopathie. Exposition raisonnée des points essentiels de la doctrine médicale d'IIahnemann. Paris, 1857. — Gubler (A.). Leçons sur V homœopathie faites à l'hôpital Deaujon, le 14 mai 1871. — Jousset. Éléments de médecine pratique. Paris, 1879. — Fonssagkives (J.-B.). Principes de thérapeutique générale, 2° édition. Paris, 1884. — Archives de la médecine homœopathique, puliliées par L. Simon, G. Jalir et Croserio. Paris, 1842. — Archives de la médecine homœopathique, publiée par une société de médecins de Paris, 1S54-1857. — Bibliothèque homœopathique, publiée par la société Ilahnemaunienne fcdérative, 1808- 1875. — Bibliothèque homœopalhique de Genève, 1855-1837. — Revue critique et rétrospective de la matière médicale homœopathique, sous la direction des docteurs Chargé, Petroz et Roch. Paris, 1840-1841. — Congrès médical homœopathique. Comptes rendus des travaux de Paris, session de 1851 et de 1855, de Bruxelles, 1856, de Paris, 1867. — Congrès international d' homœopathie, tenu à Paris les 12, 13 et 14 août 1878. Compt. rend, sténographiques du comité central du congrès et conférences de l'Exposition universelle internationale de 1878. Paris, Imprimerie nationale, 1879. £. R.

1I0.1I0Ë0*»I\E. Voy. HOMOFLIORESCÉIKE.

UOitiOFLL'ORESCÉiXE. C-""H^^O^ L'homofluorescéine est un dérivé de l'orcine. On la prépare en dissolvant 10 parties d'orcine dans 20 parties d'une solution saturée de clilorure de sodium; on ajoute ensuite 80 parties de lessive de soude au dixième et 6 ou 8 centimètres cubes de chloroforme. On soumet le tout à l'ébuUition au réfrigérant ascendant et, au bout de quelques minutes, il se forme un précipité d';iiguilles cristallines qu'on purifie par cristallisation dans Teau bouillante ; on a ainsi le sel de sodium de riiomoflaorescéine :

oC^lPO- + 2CÎ1CP + 6NaOII = C^'-H'^O^ + 6NaCl H- TH^O.

Orcine. Chlorororme. Komofluorescéine.

On isole Thomofluorescéine de son sel sodique par cristallisation dans un grand excès d'acide acétique bouillant ; par refroidissement elle se dépose en aiguilles présentant l'aspect de la niurexide.

L'homofluorescéine est peu soluble dans l'eau, l'alcool et l'acide acétique froids, insoluble dans l'éther et le chloroforme.

D'après son origine, l'homofluorescéine n'est autre chose que de la triméthylfluorescéine, G-2°lF(CH-f 0^

Elle s'unit aux métaux pour former des sels; les sels alcalins et alcaline-

HOMOLLE (Les deux). 255

terreux sont solubles dans l'eau et cristallisables, les autres sels généralement insolubles et amoi'phes.

L'honiofluorescéinc donne divers produits de substitution. Parmi les dérivés bromes, citons la tétabromo-homofluoresce'ine , C^-'H'*Br*0*, encore appelée homoéosine ; on l'obtient en ajoutant une quantité calculée de brome à une solution acétique d'homofluorescéine. L'homoéosine se dépose en lamelles rouge brun.

On connaît des dérivés amidés, nitrés, etc., de l'homofluorescéine. Nous ne ferons pas l'histoire de ces composés. L. IIn.

HO.IIOGAÏACOL,. L'un des noms du créosol (voy. ce mot). L. Hn.

nO.\IOGÉ\'ÉSIE. Voy. HïBRlDITÉ.

HO:tiOL.\CTiQi;E (Acide). C*I1*0^ C'est un homologue inférieur de l'acide lactique, CIPO^ Cloëz a trouvé cet acide dans les eaux-mères de la fabrication du fulminate de mercure. Ce serait selon Cloëz un isomère de l'acide glycollique, ne différant de ce dernier qu'en ce qu'il est incristallisable. M. Dessaignes est d'avis, au contraire, que l'acide liomolactique n'est que de l'acide glycollique [voy. ce mot) impur.

Pour extraire cet acide des eaux-mères, il commence par les saturer par de la craie, puis il évapore la solution au bain-marie; le résidu constitue un liquide noir très-complexe, il renferme, outre l'homolactate de chaux, de l'azotate, de l'acétate et du formiate de la même base. Ce liquide soumis à l'évaporation spontanée laisse une masse cristalline formée par les sels calcaires, moins le nitrate qui reste dans les eaux-mères; on décante et on lave les cristaux avec de l'alcool à 51 degrés pour éliminer tout l'azotate. Les cristaux dissous dans l'eau sont décolorés par le charbon, puis décomposés par la quantité d'acide oxalique strictement nécessaire, on filtre, puis on soumet à la distillation; les acides formique et acétique passent et l'acide liomolactique reste dans la cornue sous la forme d'un liquide sirupeux plus ou moins coloré et très-acide; on le transforme de nouveau en sel de chaux que l'on fait cristalliser à plusieurs reprises et qu'on décompose entîn par l'acide oxalique ; l'acide liomolactique mis en liberté est concentré dans le vide.

C'est un liquide sirupeux incolore et inodore; il attire l'humidité de l'air; l'alcool et l'élher le dissolvent parfaitement; sa saveur est franchement acide; il dissout le fer et le zinc avec dégagement d'hydrogène. 11 forme des sels parfaitement définis. LuTz.

no.^OLLE (Les^deux).

Homoiie (àugcstin-Ecgèxe). Picçu docteur à Paris, en 1834, mort le 18 aoiit 1883 à l'âge de soixante-quinze ans, est connu par ses travaux de chimie pharmaceutique, ceux en particulier sur la digitaline et l'apiol. L. Hx.

Komolle (Georges). Fils du précédent, né à Paris, en 1845, mort prématurément le 24 novembre 1885. Il fut chef de clinique de la Faculté et soutint en 1875 une thèse remarquée Sur les scrofulides graves de la muqueuse biiccopharyngienne. Il a publié en outre une série de travaux importants sur les

TTTn^TTjnuTJTTÏJ»

maladies des enfants, sur la pleurésie, le traitement de rempyème, etc., et donné de bons articles au Dict. de méd. et de chir. pratiques. L. Un.

IIOIVIOLOGUES (Composés). Dès que, en chimie organique, le nombre des combinaisons s'est accru, on s'est aperçu de l'analogie extrême que certaines d'entre elles présentent, autant sous le rapport des caractères physiques et chimiques que sous celui de la composition et des me'tamorphoses qu'elles sont aptes à subir. De là la division de ces combinaisons en un certain nombre de groupes dont chacun obéit aux mêmes lois de transformation, et autour duquel viennent se ranger une foule d'autres combinaisons résultant de la métamorphose du premier, ou susceptibles de s'y transformer par des réactions inverses. En examinant maintenant les caractères de plusieurs de ces groupes on reconnaîtra facilement les mêmes analogies qui les unissent. On a surtout remarqué ce genre de rapports entre les composés organiques dont la composition ne diffère que par n fois C-IP, n étant un nombre entier. Ces combinaisons portent le nom de corps Jiomolocjues.

Un exemple fera mieux comprendre cette homologie. Prenons la série des alcools dite série grasse, dont la composition peut être représentée par la formule générale G2"[i'^" + ^0^

Ces alcools sont :

Alcool raéthylique C-il^O- » = 1

— étiiylique C^IIW « = 2

— propionique. . C*H'0= n =■ Z

— buiylique C«fl'°0* ra = 4

— aniylique C'OH'-G- w = 5

— caproique C'-H'*0' n = 6

— œnanthylique C'Ml'eQs n = 1

— caprylique C'^H'^O- « = 8

Sous l'influence des agents d'oxydation, tous ces alcools se transforment d'abord en aldéhydes, puis en acides volatils et odorants. Toutes ces aldéhvdes, tous ces acides, forment encore des séries dont les membres sont également homologues entre eux, ne différant que par "C^fP.

En examinant les acides de la série grasse, dont chaque équivalent sature la même quantité de base, nous trouvons les formules suivantes pour ces acides :

Acide formique C-H-Q*

— acétique C*H^O*

— propionique CH'^O*

— butyrique. C*H*l)*

— valérique CoB'^O*

— caproïque C'-H'-O*

— œuantUylique C'*H<*0*

— caprylique C'8H«0*

— pélargonique CH'^O*

— caprique C=''tI-<'0*

Acide stéarique C'^H^'O*

En comparant ces acides sous le rapport de leur solubilité, leur point d'ébullition, leur point de fusion, et en prenant pour cela le premier terme, l'acide formique, et l'un des derniers termes, l'acide caprique, par exemple, on ne découvre au premier abord aucune analogie : en effet, l'acide formique est caustique, soluble dans l'eau en toutes proportions, se soHdifiant seulement bien au-dessus de zéro, entrant en ébullition à 100 degrés, tandis que l'acide caprique présente l'aspect dune huile grasse, se sohdifiant déjà à 27 degrés, il n'est

IIOMOPTERES. 257

nullement caustique et extrêmement peu soluble dans l'eau. La différence entre l'acide forraique et l'acide stéarique, l'un des derniers de la série, est bien plus marquée encore, mais que, au lieu de comparer les termes extrêmes, on fasse le même examen sur deux termes contigus, l'acide formique et l'acide acétique, par exemple, ou bien ce dernier acide avec l'acide propionique, etc., on verra qu'il est très-difficile de les distinguer sans une analyse rigoureuse et spéciale. Les différences deviennent de plus en plus sensibles en laissant entre deux termes quelconques l'intervalle d'un terme, puis de deux termes, puis de trois termes, etc., on verra alors que la différence très-faible entre deux termes contigus devient de plus en plus grande à mesure qu'on examine des termes plus éloignés; en un mot, ces différences suivent une progression parfaitement régulière. Un exemple de la régularité de cette progression nous sez'a donné par le point d'ébullition de ces acides :

L'acide formique bout à lOf

— acétique igC

— propionique 140"

— imtyrique Ifii"

— valérique 175'^

— caproïque ^02"

Ce que nous venons de dire de la série des acides homologues est également vrai pour tous les dérivés homologues de ces acides et des alcools, les aldéhydes, les hydrocarbures, les élhers, etc.

Composés homologues de la série aromatique. La formule générale de la série des hydrocarbures, base des composés aromatiques, est : nC^"H-"~^ Gomme pour la série grasse, les membres de la série aromatique diffèrent par nC^H-.

Combinés avec 2 équivalents d'oxygène, ces hydrocarbures forment les phénols correspondants ; ces phénols et tous leurs dérivés forment des séries dont tous les membres sont homologues.

Série des paraffines ou hydrocarbures saturés. Les membres de celte série ont pour formule générale C'^"!!^"'*'^ (i'oy> Paraffines). Cette série commence par le gaz des marais, C^H', et finit par la paraftine, C"H", avec les intermédiaires, les hydrures (ïéthyle, depropyle, de butyle, d'amyle, de caproïle, etc.

On peut juger par ces exemples de l'utilité de la connaissance de ces séries homologues. L'un des buts principaux de la chimie organique consiste précisément à sérier les composés qui ne le sont pas encore, car par la similitude de constitution des membres d'une même série on peut conclure à la similitude des métamorphoses que présentent ces membres; quand on les traite par les mêmes agents, ils subissent chacun le même mode de transformation et donnent des produits homologues entre eux.

Quelques composés homologues ont reçu des noms particuliers, nous allons les passer en revue :

Benzine C"H«

Toluène C'*H»

Xylène C*'H'»

Cumène C"H"

Cymène C"H'*

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