HONTEUX INTERNES (VAISSEAUX
bouquets de ramuscules flexueux et contournés en spirale, les artères hélicines, qui seront décrites ultérieurement à propos de la verge (voy. Verge).
b. Artère dorsale de la verge. Elle traverse d'arrière en avant le ligament suspenseur de la verge et vient se placer sur la face supérieure des corps caverneux qu'elle longe de haut en bas jusqu'à la base du gland. Elle y chemine de chaque côté du sillon médian, parallèlement à celle du côté opposé, dont elle n'est séparée que par la veine dorsale de la verge, laquelle est impaire et médiane. Dans ce trajet, l'artère dorsale de la verge abandonne quelques artérioles aux corps caverneux eux-mêmes et émet en dehors cinq ou six rameaux qui contournent de haut en bas le corps caverneux correspondant et viennent se terminer dans la portion spongieuse de i'urèthre, en s'anaslomosant avec les divisions antérieures de l'artère bulbeuse. Arrivée au gland, la dorsale de la verge s'anastomose avec celle du côté opposé, de façon à former à la base du gland une espèce de couronne artérielle, d'où s'échappent de nouveaux rameaux et ramuscules pour le gland et pour le prépuce,
La description qui précède s'applique à l'homme. Chez la femme, la honteuse interne, tout en conservant dans sa distribution le même type général, présente quelques particularités qui résultent naturellement de la disposition toute spéciale de ses organes génitaux externes. C'est ainsi que : 1° \a. périnéale superficielle se termine dans les grandes lèvres, qui répondent aux bourses; 2» la périnéale profonde se termine dans le bulbe du vagin, qui est l'homologue du bulbe de I'urèthre; 5" l'artère caverneuse, très-grêle, se rend aux corps caverneux du clitoris; 4° la dorsale de la verge enfin, transformée en dorsale du clitoris, également très-grêle, se distribue à la muqueuse du clitoris et aux téguments qui la recouvrent.
Anomalies. L'artère honteuse interne peut naître plus haut ou plus bas que d'habitude. Plus fréquemment, elle fournit l'hémorrhoïdale moyenne, qui se rend au rectum. L'artère bulbo-uréthrale ou périnéale profonde peut être double et, dans un cas cité par Theile, elle naissait de la honteuse interne au moment oià cette artère se partageait en ses deux branches terminales. Mais les variations les plus intéressantes de la honteuse interne ont trait au mode d'origine de ses deux artères terminales, la caverneuse et la dorsale de la verge. Ces deux vaisseaux peuvent en effet provenir {accessory pudic de Quain) des sources les plus diverses : de l'hypogastrique directement, de la vésicale inférieure (Quain), de l'obturatrice et même de Tépigastrique. Dans un cas de Cruveilhier, la dorsale de la verge était fournie par une honteuse externe ; « elle se détachait de cette dernière immédiatement au-dessus de l'embouchure de la veine saphène dans la veine fémorale, décrivait à l'aine une courbe à concavité inférieui'e et venait se porter sur les côtés de la face dorsale du pénis. )> Il n'est pas extrêmement rare de voir les deux artères dorsales de la verge s'unir l'une à l'autre par des anastomoses ti'ansversales que l'on peut, avec Cruveilhier, comparer à l'artère communicante jetée entre les deux artères cérébrales antérieures.
II. Velne. La veine honteuse interne (pudenda) ramène à l'iliaque interne le sang veineux de la verge, du périnée et de la partie inférieure du rectum. Tout le sang apporté à la verge par les deux artères dorsales et les deux artères caverneuses aboutit à une seule veine, la veine dorsale profonde de la verge. Impaire et médiane, cette veine chemine d'avant en arrière dans le sillon médian
-'U IIOOIWNE.
supérieur du pénis, entre les deux artères dorsales. Arrivée de la racine de la verge, elle traverse le ligament supérieur du pénis d'abord, puis l'aponévrose périnéale moyenne, et vient se jeter dans le plexus de Santorini, riche plexus veineux situé entre le pubis et la prostate, immédiatement au-dessus de la portion membraneuse de l'urèlhre {voy. Prostate).
De la partie postérieure et externe de ce plexus naissent les veines honteuses internes. Suivant le même trajet que des artères homonymes, elles descendent le long des branches ischio-pubiennes, recueillent, chemin faisant, les veines périnéales superficielles, les veines bulbeuses om périné aies profondes, les veines liémorrhoïdales inférieures qui proviennent de la partie inférieure du rectum, et viennent endn s'ouvrir dans la veine hypogastrique, en contournant de bas en liaut l'épine sciatique.
Chez la femme, la veine honteuse interne, homologue de celle de l'homme, naît du clitoris, recueille dans son trajet les veines périnéales et hémorrhoïdales supérieures et vient s'aboucher également dans la veine hypogastrique. L. Testit.
HONTEUX (Nei\f). Voy. Sacré {Plexus).
IIOOKER (Sir William-Jackson). Célèbre botaniste anglais, né à Exeter, le G juillet 1785, professeur à l'Université de Glasgow, devint en 1840 directeur du jardin royal de Kew, mort le 12 août 1865. Ses ouvrages, extrêmement remarquables, se rapportent surtout à la botanique systématique et aux flores des contrées les plus variées.
Son fils, Joseph-Dalton-IIooker, médecin et botaniste distingué, né en 1816, s'est livré à de grands voyages, en particulier dans les régions antarctiques et l'Inde, dont il a publié les flores ; il a succédé à son père dans la direction du jardin de Kew. L. Hn.
HOOPER (Robert). Médecin anglais, reçu docteur en 1805 à l'Université Saint-Âudrews, fut médecin de l'Iiôpital de Marylebone, à Londres, et mourut le 6 mai 1855. 11 a publié des ouvrages importants Sur ianatomie pathologique du cerveau (1826, in-4°), Sur Vanat. path. de llulérus (1852, in-4°), etc., etc., et en outre des manuels qui, tels que le Physicians Vade-Meciim et le Médical Diclionary, sont encore aujourd'hui entre les^mains des étudiants. L. H.>.
noORlV ou HO0R\E (Johann van). Célèbre accoucheur suédois, d'origine néerlandaise, né à Stockholm le 16 février 1661, étudia à Leyde, Amsterdam et Paris, et fut reçu docteur à Leyde eu 1690. A son retour à Stockholm, en 1(392, il lut agrégé au Collège royal de médecine et fit des leçons sur l'anatomie et les accouchements. Il a popularisé en Suède les doctrines de Mauriceau, de Portai et de Deventer; par ses vues sur le placenta prxvia, la version podalique, etc., il devança son siècle. Il publia en 1697 un Manuel des sagesfemmes, qui eut plusieurs éditions, et auquel il ajouta une seconde partie en 1725. On lui doit encore d'autres travaux remarquables sur les accouchements. Hoorn était le premier médecin du roi Frédéric (1720). Il mourut le 11 juin 1725. L. Hn.
HOORIVE (Johann van). Anatomiste hollandais, né à Amsterdam en 1621,
IIOI'ÉINE. 271
mort à Leyde le 13 janvier 1670. 11 servit dans les troupes de la république de Venise, puis visita les Universités d'Italie, Bàle et Montpellier, fut reçu docteur à Bâle et à son retour à Amsterdam obtint une cbaire d'analomie et de chirurgie, qu'il échangea en 1645 pour une semblable à Leyde. 11 a vulgarisé quelques découvertes anatomiques qu'il s'attribua à tort. 11 a décrit le canal tlioracique qu'il a le premier observé chez l'homme (Leyde, 1652, in-4"), les conduits salivaires, entre autres le canal connu depuis sous le nom de Warthon (Leyde, 1656-1657, in-4")^ il a publié en outre Microcosmus, etc. (Leyde, 1660, in-12"), et un grand nombre d'éditions; trad. en franc., Genève, 1675, in-12°), manuel d'anatomie longtemps classique, puis Microtechne, etc. (Leyde, 1665, in-12°, et plusieurs éditions), des dissertations, des observations variées, etc. Tous ses ouvrages furent réunis par Pauli : Opuscula anatomicochirurgica (Leipzig, 1707, in-8°). L. Hn.
IIOPE (James). Né à Edimbourg en 1801, fit ses études médicales dans cette ville, où il fut reçu docteur en 1825. 11 y séjourna ensuite quelque temps pour s'y perfectionner dans l'étude de la médecine et de la chirurgie, puis il se rendit à Paris où il suivit les cliniques des grands hôpitaux, celle de Andral en particulier. Pietourné en Angleterre, il devint successivement médecin de l'infirmerie de Marylebone, professeur de médecine et médecin à l'hôpital Pioyal de Saint-Georges, membre de la Société Royale de Londres, etc. Il est mort dans cette ville, le 15 mai 1841. Outre un ouvrage sur la pathologie et la physiologie du cœur (Londres, 1832, 1855, in-8"), il a publié :
Principles and Illustrations of Morbid Anatomu , adapled to the Eléments of M. Andral and to the Cyclopedia of Practical Medicine, with Descriptions, etc. Loiidon, 1854, in-8°; Philadelphia, 18i5, iii-8°; trad. en allemand, 18Ô6, in-S"; en russe, 1837, in-S». Cet ouvrage, qui a eu un grand succès, contient 47 planches coloriées, d'après les dessins originaux de l'auteur, et un texte de 400 pages. A. D.
HOPÉI^E. On donne ce nom à un principe actif retiré du houblon (hops, en anglais). On avait déjà retiré du houblon et en particulier des cônes une matière blanche, jaunâtre, à laquelle on avait donné le nom de lupulite, substance qui se trouverait dans la poussière jaunâtre contenue dans les glandes du houblon, le lupulin {voy. ce mot).
11 y aurait deux hopéines : l'une blanche cristallisée, l'autre brune. La première aurait été découverte par Williamson et Springmuhl ; on la rencontre dans une espèce particulière de houblon, le houblon sauvage d'Amérique, qui en contiendrait 0,15 pour 100 environ, tandis que les houblons européens en renfermeraient à peine 0,05 pour 100-
Le procédé d'extraction de l'hopéine, d'après Williamson, serait fort coûteux. C'est à peine si 400 kilogrammes de houblon donneraient 400 grammes d'hopéine pure cristallisée. Celte hopéine blanche cristallisée se présente sous la forme d'une poudre blanche ayant toutes les réactions des alcaloïdes et en particulier celle de la morphine. Le 26 janvier 1886, en présentant cette substance à l'Académie (Dujardin-Beaumetz, Sur l'hopéine blanche cristallisée. In Bullet. de VAcad. de méd., séance du 26 janvier 1886, t. XV, 2^ série, p. 156), j'ai montré, en me basant sur les expériences de Petit et de Bardet, l'identité parfaite qui existe entre ce corps et la morphine, et cela à ce point que j'ai pu affirmer l'existence d'une fraude commerciale qui, sous le nom d'hopéine,
272 HOPFF.
vendue 4 à 5 francs le gramme, donnait au commerce de la morphine aromatisée avec du houblon, morphine dont la valeur ne dépasse pas 40 à 50 centimes le gramme.
Depuis ma communication, aucune réclamation n'a été faite à ce sujet et, malgré la promesse des droguistes américains et anglais, on n'a pas encore pu retrouver cette hopéine blanche cristallisée dite de Williamson. Jusqu'à nouvel ordre donc on doit admettre que l'hopéine blanche cristallisée n'existe pas. Cependant, avant d'être lancée dans le commerce, cette hopéine blanche avait été expérimentée par Roberts (de New-York) et par Smilli (Roberts, Ueber Hopein. In Deutsche medizin. Zeitung, n" 80, p. 878. — Smith, Versuche iiber die Wirkung des narkotischen Prinzips des Hopfens [Hopein]. Ibid., n" 60, p. 685, 1885). Les effets obtenus avaient été les suivants: avec des doses moyennes de 25 milligrammes, elle produisait chez l'homme le sommeil. Lorsqu'on élevait les doses jusqu'à 4 et 5 centigrammes, il survenait des phénomènes d'intoxication, caractérisés par des vomissements, des nausées et du rétrécissement de la pupille. Ce sont là des phénomènes absolument analogues à ceux que détermine la uiorphine. L'identité de la composition chimique est ici complétée par l'identité de l'action physiologique, et nous sommes en droit de penser que Roberts et Smith n'ont eu à leur disposition sous le nom d'hopéine que de la morphine.
L'Iiopéiite brune est un corps brun non cristallisé que l'on a retiré du lupulin à l'aide de l'éther de pétrole. Ce corps ne contient pas d'alcaloïdes et est presque complètement formé de substances résineuses : aussi devrait-on plutôt lui donner le nom de hopein. Cet hopein doit se rapprocher beaucoup conmie composition de lalupulite de Pelletan. Cette substance a été expérimentée par Éloy et Iluchard {De l'hopéine, ses propriétés hypnotiques et son emploi clinique. In Union médicale, 1886). Éloy s'est servi d'une solution d'hopéine brune dans un mélange de 2 parties d'alcool à 90 degrés et de 5 parties d'eau.
Lorsqu'on injecte I milligramme de cette solution sous la peau des cobayes, on observe tout d'abord une période d'excitation, puis une période de torpeur avec impotence réelle des membres. Il n'y a aucun trouble pupillaire. Le lapin paraît résister plus que le cobaye à l'action de cette hopéine brune et il faut atteindre les doses de 5 milligrammes 1/2 pour observer de l'engourdissement musculaire. Aussi Éloy conclut-il à la nocuité faible de l'hopéine brune.
Huchard a administré cette hopéine à un grand nombre de malades. Il aurait obtenu 12 fois sur 15 un sommeil calme et paisible, et cela à la dose de 2 centigrammes. Ce sommeil serait exempt de rêves et de cauchemars et, au réveil, on ne constaterait ni céphalgie, ni embarras de la tête. L'hopéine jouirait donc de propriétés hypnotiques réelles qu'il faut rapprocher des propriétés sédatives que Ton avait autrefois attribuées au lupulin. 11 y aurait donc une grande analogie d'action entre l'hopéine brune et le lupuHn. Malheureusement, l'hopéine brune a une composition chimique très-variable et ne constitue pas un corps chimiquement défini. Aussi cette hopéine brune n'est-elle pas sortie de la voie expérimentale pour entrer dans le domaine de la thérapeutique. Dujardin-Beadmetz.
HOPF (Christian-Gottlob). Né à Bahlingen (Bade), le 15 juillet 1765, a fait ses études médicales à Tubingue où il a été reçu docteur en 1794. Il fut nommé la même année professeur extraordinaire de médecine à l'Université,
puis alla se fixer à Stuttgart, où il devint médecin en chef et conseiller d'État du royaume de Wurtemberg. Il est mort dans cette ville le 12 juillet 1842. Hopf est l'auteur d'un grand nombre de mémoires sur la médecine légale, l'iiygièiie, la vaccine, le magnétisme animal, etc. A. D.
HÔPITAUX. HOSPICES. Du latin Aosj^Va/e, hospitinm, ayant pour origine commune hospes, hôte. D'après quelques écrivains, hôpital dériverait du verbe opilulari, secourir.
Primitivement, cette appellation d'hôpital ne comportait pas un lieu destiné aux malades, mais bien une maison d'Iiospifalilé. Toutefois, grâce aux fatigues et aux privations éprouvées par les gens qui venaient ainsi demander l'hospitalité, il arriva que ces établissements se remplirent peu à peu de malades. Si bien que, dans la suite, on conserva le nom d'hôpital aux maisons qui furent créées non plus pour y recevoir des voyageurs, mais comme lieux destinés spécialement aux malatles.
On désigna alors, pendant longtemps, sous le terme générique d'hôpital, tout établissement recevant non-seulement les malades et les blessés, mais encore les vieillards, les infirmes, les enfants abandonnés, etc. Selon la juste observation de Raige-Delorme (Dicl. en oO vol., t. XV, p. 559), à la fin du siècle dernier, la mauvaise organisation des maisons qu'il servait à designer et les idées pénibles qu'il retraçait à l'imagination avaient fait perdre à ce mot la noble signification qu'il avait dû avoir à son origine : aussi, afin d'atténuer ce que cette dénomination pouvait avoir de choquant pour des hommes devenus de libres citoyens, on lui substitua celle d'hospice, qui jusqu'alors avait été réservée aux maisons de refuge pour les religieux. Aujourd'hui, les deux expressions sont employées, mais non indifféremment : l'hôpital est l'établissement destiné aux malades, tandis que l'hospice est affecté aux vieillards, aux infirmes, aux incurables, etc.
I. Historique. Les hôpitaux existaient-ils dans les sociétés anciennes? Cette intéressante question, longuement traitée par de nombreux auteurs, et en particulier par Mongey {Dissertation sur r antiquité des hôpitaux. Paris, 1780), Murât, J.-A. (Des causes et de l'origine de l'établissement des hôpitaux. Montpellier, 1813), Percy et Wuillaume [Les Anciens avaient-ils des établissements publics en faveur des malades? Paris, 1815), Dumas [Des secours publics en usage chez les anciens. Lyon, 1814), reprise plus tard par V. Trélat {Mémoire historique et critique sur les hôpitaux. In Journal des progrès des sciences et institutions médicales, 1828, t. XI, p. 192) et par Félix Roubaud {Des hôpitaux au point de vue de leur origine, de leur utilité, etc., Paris, 1855, in-12), n'a cependant pas été épuisée par ces médecins érudits. Tout en leur faisant de larges emprunts, j'aurai plus d'une fois l'occasion de compléter leurs citations et même de modifier en quelques points leurs conclusions.
Si l'on pouvait en croire la tradition, les hôpitaux auraient existé en Éfrvpte dès la plus haute antiquité : El Dschanhari dit dans le Sihâh : El Maristan sio'nifie une maison pour les malades. El Ustad Ibrahim Ben Wesif Sihàh raconte dans son livre sur VHistoire d'Egypte que Managinsch ben Oschmùm, l'un des plus anciens rois coptes de cette contrée, fut le premier qui bâtit des hôpitaux'pour le traitement des malades (Macrizi, Description des hôpitaux du Caire, trad. par Malherbe. In Joiirmd de la Société de médecine de la Loire-Inférieure, 1848). En réalité, aucun établissement public destiné spécialement et uniquement aux DICT. ENC. i^ s. XIV. 18
malades, ne paraît avoir existé dans l'antique Egypte. Pendant fort longtemps médecine et sacerdoce furent confondus et, d'après Creuzer [Les religions de V antiquité comidérées principalement dans leurs formes symboliques et mythologiques, trad. par Guigniant, t. If, p. 257), les principaux temples dans lesquels les prêtres égyptiens exerçaient la médecine étaient ceux d'Isis, d'Osiris et de Sérapis. Diodore de Sicile (lib. I, cap. xxv) et Strabon [Géographie, lib. XYII) rapportent que les malades venaient la nuit dans ces temples pour y recevoir des songes, comme plus lard en Grèce dans ceux d'Esculape. On invoquait surtout le dieu Sérapis et ses tem[tles désignés sous le nom de Serapiums étaient les plus fréquentés par les malades.
On ne trouve non plus nulle trace d'institutions bospitalières chez les Hébreux, et, si les Égyptiens en avaient possédé, ils les leur auraient certainement empruntées comme tant d'autres qu'ils rapportèrent de leur captivité.
Dom Galmet, dans son travail : Sur la médecine et les anciens médecins des Hébreux, Pastoret, dans son étude : Sur Moïse considéré comme législateur et comme moraliste, sont complètement muets sur ce point. Wagner [De statu medicinœ apud Veteres Ebrœos, 1775. Witteberga})n6 traite pas davantage celte question. Tout ce que l'on sait, c'est que les malades et les infirmes se rendaient auprès des piscines publiques, dans les carrefours, sous les portiques, pour recevoir de prétendus guérisseurs ou simplement des passants des conseils plus ou moins salutaires [La Mischna ou recueil des divers articles de la loi orale, par le rabbin Juda surnommé Uakadosch).
Il en était de même chez d'autres peuples anciens, les Mèdes, les Perses, par exemple: « Us transportent, dit Hérodote [Clio, lib. 1, g 197), les malades à la place publique, chacun s'en approche et, s'il a eu la même maladie ou s'il a vu quelqu'un qui l'ait eue, il aide le malade de ses conseils et l'exhorte à faire ce qu'il a fait lui-même ou ce qu'il a vu pratiquer à d'autres pour se tirer d'une semblable maladie. 11 n'est pas permis de passer auprès d'un malade sans lui demander quel est son mal ». Maxime de Tvv [Dissertaliones, t. XII, édit. F. Didot, 1840, p. 44) signale les mêmes faits dans des termes presque identiques.
Djus l'Inde les hôpitaux, au moins pour les humains, étaient totalement inconnus. Les animaux étaient mieux partagés : « La croyance à la métempsychose, dit Mongey, y avait fait fonder des lieux de secours et de culte pour les chiens, les chats, les lions, etc.; l'homme seul avait été oublié. » Buffon ne fait évidemment que rappeler une institution fort ancienne lorsqu'il signale dans son Histoire des quadrupèdes (t. III, p. 163) des établissements analogues pour les singes : « H y a, dit-il, dans Ahmedabad, cupilale du Goudzerat, deux ou trois hôpitaux d'animaux où l'on nourrit les singes estropiés, invalides, et même ceux qui sans êtie malades veulent y demeurer. » Les recherches de la Société de Calcutta sur les antiquités indiennes n'ont fait que confirmer cette absence de maisons de secours pour les malades dans les temps anciens.
En Chine, non seulement les hôpitaux n'ont pas existé dans les siècles passés (Sonneret et Solvyns : Voyage aux Indes et à la Chine), mais on n'en trouve pas encore actuellement. « Les hôpitaux manquent absolument à Pékin; il n'y a point non plus d'hospices spéciaux pour les aliénés. 11 existe un asile pour les mendiants les plus nécessiteux et une sorte d'hospice pour les enfants trouvés, établissements qui n'ont rien de médical à proprement parler » (Morache, Étude sur Pékin, p. 40). A ce point de vue, comme à tant d'autres, la société chinoise n'est pas plus avancée qu'il y a trois ou quatre mille ans. Les Anglais qui,
en 1870, ont fondé à Hongkong l'hôpital de Tungwah, n'avaient trouvé dans cette ville que des dijing-liouses (des maisons de mourants) où l'on apportait les agonisants et où l'on ne leur fournissait que de l'eau {Chinese Cnstoms Med. Reports. Analyse par Durand-Fardel, in Gaz. méd. de Paris, 18 mars 188!2). Les hôpitaux, dans lesquels les malades se pressent en foule à Tien-tsin, à Shanghaï, Amoï, Fou-tdiéou, Ning-po, sont tous de fondation européenne (Elisée Reclus, Géographie universelle, t. VII, p. 610).
Les choses ne se sont pas passées autrement au Japon. Si l'on pouvait s'en rapporter à la tradition, dès le neuvième siècle des établissements hospitaliers auraient été crées dans ce pays; You-fonçai, de la famille de Fonzivara, avait fondé un hôpital pour les pauvres de son clan, et les Tatsibana, les Arivara et les Cho, n'auraient pas tardé à en faire autant (Léon Ardouin, Aperçu sur l'histoire de la médecine au Japon, 1884). Ce qui est certain, c'est qu'à l'exception d'un hôpital fondé à Nagasaki par les médecins hollandais, ce pays ne possédait pas encore, à l'époque des traités, d'établissements pour le traitement des malades. Mais avec son zèle ordinaire pour l'imitation des institutions européennes le Japon s'est mis à la couotruction des hôpitaux et, à la lin de l'année 1878, il en possédait 159 dont 55 entièremeut édifiés au moyen de contributions volontaires [Miltheilungen von Fetermann, II, 1881).
Les villes de la Grèce possédaient presque- toutes sous le nom de Geroniœ (Suidas, De Prytaneo), de Gerusiœ (Vitruve, De architeclurâ, lib. Il, cap. vin), des édifices publics où les vieillards qui avaient rendu des services éminenls à la patrie étaient entretenus aux frais de l'État. Le Cynosarge était l'un des prytanées dans lequel étaient recueillis les enfants abandonnés et le A'e«0(:/oc/<m»i ouvert à tous les étrangers ne recevait que des gens bien port;ints. Mais nulle part il n'est fait mention d'édifices spéciaux destines aux malades, et on chercherait en vain dans les anciens auteurs grecs l'expression voaoxof/Eîov, composée à une époque relativement récente, d'où dériva le mot latin nosocomium et qui pour la signification répond exactement à notre mot hôpital. On ne la trouve pas non plus dans rùv.,p.aTo)dyo; d'Hésychius de Milet.
Tout secours n'était cependant pas refusé aux pauvies malades, car il y avait dans la plupart des villes de la Grèce, à côté des médecins exerçant pour leur propre compte et d'une façon toute privée « 'Utco-sùovTE; », d'autres médecins publics « lîopoa-tîvouTîî » , qui allaient soigner les gens à domicile ou dans les M-pzia. mis à leur disposition et qui étaient soldés parle trésor public (Vercoutre, Revue archéologique, 1880, p. 309). Ces taTpsta paraissent avoir été des hôpitaux rudimentaires; non-seulement on y pratiquait des pansements et des opérations, on y donnait des consultations, mais on y soignait des blessés atteints de lésions graves, de fractures, par exemple, et qui par conséquent devaient y séjourner (Dechambre, La médecine publique dans l'antiquité grecque. In Gaz. hehd., 1880, p. 741). C'est en se basant sur un passage du livre de la collection liippocratique intitulé : De l'officine du médecin, et dans lequel est signalée l'existence d'instruments divers, d'attelles en particulier, dans les ia.TpiLoc, que notre si regretté directeur s'arrête à cette conclusion; mais les malades n'y étaient point admis gratuitement et, ainsi que l'a le premier fait remarquer Prosper Ménière {Études médicales sur les poètes latins. Paris, 1856, p, 59), ces établissements étaient bien plutôt des maisons de santé que de véritables hôpitaux. Dans une scène bien connue des Ménechmes, Plante nous édifie complètement sur ce point.
Pendant longtemps la médecine, peu en honneur à Rome, n'y fut l'objet d'aucun
service public. Il est bien difficile de considérer comme tel l'installation de l'officine d'un médecin, Àrchagathus, venu du Péloponnèse à Rome (219 avant J.-C), qui, d'après Pline, s'installa dans le carrefour Acilius. Il opérait, pansait, donnait des conseils aux malades de la classe pauvre, mais sa fureur de couper, de brûler, lui valut bientôt d'échanger le nom de Vulnercaniis conlve celui de Carni- /è,'-, et les cris des opérés, la vue du sang, firent rapidement congédier l'opérateur.
Sous la République, ou pour mieux dire jusqu'aux premiers siècles de l'ère chrétienne, les Romains n'eurent pas plus d'hôpitaux que les Grecs. Les seules réunions de malades qui existèrent chez eux se composaient de gladiateurs blessés que les médecms des jeux secouraient dans les officines attenant aux cirques. Les Valetiidinaria, destinés "a recevoir les esclaves malades, étaient de véritables infirmeries, mais ils faisaient partie de la maison des grands et n'avaient nullement le caractère d'établissements publics de secours, d'hôpitaux. Pendant longtemps les esclaves malades ne reçurent même pas de soins, et l'enqjereur Claude, d'après Suétone, fut l'auteur d'un décret qui déclarait libres, après leur guéiison, ceux que leurs maîlres exposaient dans l'île du Tibre consacrée à Esculape, pour se dispenser de les faire soigner — tœdio medeniU — quand ils tombaient malades. Ce décret fit, sinon créer, du moins améliorer les ) aletudinatia; Coluuielle [De re rusticâ, lib. XI, cap. i) recommande qu'ils soient propres et bien tenus : Benè ordiiiata ac saluhria lanytienlibiix pncbeanlur. Ces établissements étaient nombreux et parfois un assez grand nombre de malades y étaient réunis (Sénèque, De Ira, lib. I, cap. xvi. — Tacite, De omtoribus dialogus, cap. xxi) ; il y en avait même de très-vastes, au rapport de Celse, qui, par parenthèse, ne loue pas la médecine qu'on faisait dans ces maisons de santé.
D'après Mercurialis {Varise Lect., lib. I, cap. xiii), des salles garnies de lits existèrent dans les temples d'Esculape ('Ac7z).v3-t£ta) et c'est là seulement que nous pouvons trouver des installations ayant un peu d'analogie avec nos hôpitaux. Les malades qui s'y rendaient recevaient non-seulement la visite nocturne du dieu lui-même, décrite si malignement par Aristophane {Plutus, acte IV), mais les prêtres et les Zacores leur donnaient des soins; ils pouvaient en outre consulter les tablettes appendues aux colonnes et aux murs du temple, les stèles commémoratives sur lesquelles étaient consignés les noms des malades qui avaient obtenu leur guérison, leur genre de maladie et les remèdes qui avaient été employés, comme l'indique Strabon {Geoyr., lib. III, lib. XVI et XVIII) pour les Asjlépieia de Canope, d'Epidaure, de Cos, de Titane, de Tricca, etc. Ce fut là que prit naissance la médecine d'observation.
De récentes recherchts de M. Paul Girard {VAsclépieion d'Athènes, d'après de récentes découvertes. Paris, 1882) il résulte que les Asclépieia se composaient d'un temple qu'abritait la statue du dieu, de portiques, sorte de galeiies couvertes largement aérées donnant asile aux hôtes passagers du sanctuaire, et d'une source fournissant l'eau nécessaire aux traitements élémentaires que le dieu prescrivait à ses malades, aux purifications, aux ablutions des suppliants. Le célèbre asclépieiou d'Epidaure, ainsi disposé, possédait en outre un théâtre [Pausanias, lib. II, cap. xxvii) et des gymnases existaient dans plusieurs autres temples (Sprengel, Histoire de la médecine , t. I, p. 162). Ces temples, confjtruits généralement dans des endroits fort salubres, au milieu de jardins, entourés de bois, soavent à pioximité de sources thermales, présentaient un ensemble de conditions hygiéniques bien propres à faciliter Je rétablissement
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de ceux qui venaient y chercher la fiuérison. D'autres diviniiés paitageaient du reste avec Esculape le pouvoir de rendre la santé aux malades; on se renikiit aussi dans les temples d'Apollon, de Diane, de Minerve, de Mercure, d'Hercule, de Pan, pour obtenir des giiérisons, et aux portes d'Athènes existait un établissement, leTratwvfov, placé SOUS l'invocation de Péon, médecin homérique des dieux (Eug. Fournier, Gazette hebdomadaire, 1882, p. 218). Le temple de Viikain à Memphisdont parle Galien [De compositione medicamentorum secundian gênera, lib. V, cap. Il) était aussi très-fréquenté par les malades. Tous ces temples où s'exerçait la médecine avaient, comme le remarque Dernier {Essais de médecine, p. 42, Paris, 1689), en raison de ce fait, de très-vasles dimensions.
Après leur guérison, les malailes reconnaissants jetaient des pièces d'or ou d'argent dans la source sacrée {Paiisanian, lib. 1, cap. xiv) ou nffraient au temple soit des tableaux représentant des suppliants sauvés, des objets figurés en relief sur le bois, la pierre, un mêlai (tuttoi), soil plus fréquemment la reproduction de la partie du corps où ils avaient souffert confectionnée en or, en argent ou en toute autre matière précieuse. Ces offrandes, véritables ex-voto, auxquelles on donnait le nom de àya'Jrj-jLâra [Diodore de Sicile, cap. xxxvm, 7), étaient conservées précieusement. Bœttiger Cb.-Aug. avait déjà émis l'opinion que le temple d'Esculape de l'île du Tibre était uu vrai hôpital destiné aux indigents [Sur le culte d'Esculape dans l'île du Tibre, lu Spren'^el, Beitrœge zur Geschichte der Medicin. Halle, 1794, t. Il, p. 165), et plus tard, en 1858, Schneider [Ueber Errichtung von Kranlienhàusern in den Amtssiâdten) prétendit que presque tous les temples d'Esculape, d'isis, d'Osiris et de Sérapis, possédaient un édifice spacieux, avec des lits destinés aux malades, qui devait être considéré comme un vrai hôpital. En 1842, Clioulant [Ueber den animalischen Magnetismus — tine Vorlemng gehalten in der Gesellschaft Albina zu Dresdenam [2 Febrvar 1840. Dresde, 1842, in-S", p. 10)s3 montra encore plus affirmatif: selon lui, les temples d'Esculape étaient réellement des hôpitaux remplis de malades qui allaient j chercher des secours. Hccker, dans son Histoire de la médecine [Geschichte der Heilliunde, t. H, p. 185), n'admet pas les rapprochements qu'on a ainsi voulu établir entre les tem(ile5 d'Esculape et nos hôpitaux. Daremberg [Revue archéologique, 1869, t. XIX, p. 262) et Malgaigne [Essai sur l'histoire et l'organisation de la chirurgie et de la médecine grecque avant Hippocrate, p. 540), allant encore plus loin dans celte voie, ne veulent trouver dans les pialiques des prêtres d'Esculape qu'un insigne charlatanisme. Sans admettre complètement cette appréciation, il faut reconnaître que les temples où, selon Pausanias, il n'était permis à aucun malade de mourir, à aucune femme d'accoucher, ne constituaient pas de réels hôpitaux tels que nous les concevons aujourd'hui : ainsi que le fait remarquer Auguste Gauthier [Recherches historiques sur l'exercice de la médecine dans les temples chez les peuples de l'antiquité. Paris, 1844, p. 257), que penser d'un hôpital d'où il faut sortir à l'heure de la morl?
Aussi la conclusion du savant travail de M. Paul Girard ne me paraît-elle admissible que si l'on substitue le mot établissement à celui d'hôpital : « L'asclépieion était un établissement à la fois civil et religieux, où les riches venaient chercher d'utiles conseils, où les pauvres trouvaient un asile et où les médecins eux-mêmes se rendaient pour puiser de salutaires inspirations et placer leur art sous le patronage du dieu qui en est l'inventeur. »
L absence d'hôpilaux chez les Grecs et les Romams s'explique facilement.
ainsi que l'observe V. Trélat, par le fait de la division bien tranchée de la population en maîtres et en esclaves, ces derniers n'étant prisés qu'autant qu'ils pouvaient se rendre utiles à leurs maîtres.
Ce manque total de vraies maisons hospitalières dans l'antiquité a cependant été souvent contesté, mais on n'a jamais pu fournir de preuves démonstratives de leur existence. D'après un auteur anonyme (Londres, in-12, 1778, p. 30, Recherche?, liktoriquea sur V hospitalité des Anciens), àes asiles publics pour les malades auraient été fondés de bonne heure chez les païens et « ce fut d'eux que les chrétiens prirent l'idée des hôpitaux ». Il n'y a là qu'une simple affirmation, et je crois qu'on ne saurait trouver avec le docteur Bonnemaison [Loisirs médicaux. Toulouse, 1874) une preuve de la réalité de ces hôpitaux dans l'existence des Parabolaiii. Signalés seulement par Tbéodose le Jeune (Cof/ic/s Theodosiani, lib. XIY, tit. 2), en ces termes: Qui ad curanda dehiliiim œyra corpore depuiantiir — qni pro consnetiidine curandigerunt experientiam , ils sont considérés par Daniel Leckrc [IJist. de la médecine. La Haye, in-4°, 1749, p. 576) comme des élèves se destinant à l'art de guérir et par Besnier {Essais de médecine, p. 561) comme de simples servants attachés à des établissements où l'on donnait des soins aux malades, mais à coup sur ils n'étaient pas employés dans des hôpitaux dont on ne trouve nulle part l'indication tant soit peu précise, ni le moindre vestige archéologique (Ch. Ravel, V officine des anciens médecins grecs et romains n'était point un hôpital, in-8'', 1881).
150 ans avant J.-C. le grand prêtre Hircan avait installé à Jérusalem un établissement qui, destiné à recevoir et à soulager les malheureux et les malades, était cependant encore loin de présenter les conditions d'un réel hôpital. La société romaine telle qu'elle était constituée, nous le répétons, ne comportait pas l'existence de réels asiles publics pour les malades, et c'est seulement lorsque la religion du Christ vint enseigner à tout homme qu'un être humain souffrant était un frère à soulager que de vrais hôpitaux furent et purent être crées. Les hôpitaux sont une inspiration de la charité chrétienne, mais c'est seulement lorsque la religion nouvelle put être librement pratiquée, lorsqu'elle exerça sur la société sa bienfaisante influence, que de pareils établissements purent être fondés. Leur absence pendant les trois premiers siècles de notre ère ne saurait constituer un argument contre l'origine toute chrétienne des hôpitaux.
En 258 après J.-C, le chef des diacres Laurent, ainsi que beaucoup d'autres chrétiens, réunit à Rome un grand nombre de malades et de pauvres aux besoins desquels l'Église pourvoyait, mais rien n'indique qu'ils aient été rassemblés dans une maison commune.
En 350 l'empereur Constantin fit construire un hospice dans sa nouvelle capitale, à Byzance, et sous son règne, deux riches personnages, Sampron et Eubule, fondèrent pour les pauvres infirmes deux hôpitaux qui prirent le nom de leurs bienfaiteurs. Un incendie détruisit ces établissements peu d'années après leur fondation (Petrus Gyllius, De topographiâ Constantinopoîeos. De Xenodochiis Sarapronis et Eubuli, t. VI, lib. Il, cap. viii), et ils furent reconstruits par Julien l'Apostat, neveu de Constantin, vers le milieu du quatrième siècle. Cet empereur, ne voulant pas être surpassé par les chrétiens, créa lui-même plusieurs autres maisons pour les malades, et, mieux inspiré en cela que bon nombre de nos modernes administrateurs, il s'en rapporta pour leur installation beaucoup plus à la science de son médecin Oribase qu'au talent des architectes. Il mourut précisément au moment oii il venait d'exprimer dans une lettre à Arsace le
projet de donner un grand développement à ces établissements de bienfaisance : « Fais donc élever, lui écrivait-il, dans toutes les cités de la Galatie, desbospices pour les voyageurs, athi que tous puissent jouir de notre libéralité, non-seulement ceux qui professent notre religion, mais les autres encore, s'ils sont tombés dans le dénûraent. Car, tandis qu'aucun des juifs ne mendie et que ces Galilcens sacrilèges nourrissent leurs pauvres et les nôtres, il est vraiment bonteux que nos procbes mêmes soient abandonnés par nous qui devrions les secourir » [Epiatola XLIX Ad .h-saciitm, pontificem Galatiœ).
En 355, saint Épbipbane [Adversùs hœreses, lib. III) affirme que les hôpitaux et les bospices sont déjà communs. Le premier dont il soit fait mention est celui de Sébnste, fondé par l'évèque Eustathe dans le Pont où sous le nom de Ptochotrophium il recevait les pauvres, les étrangers, les estiopiés et les infirmes {Donhlei, Leçons d'histoire ecclésiastique, 1879, t. I, p. 57ti-578).
C'est seulement en 380 ou 381 que fut fondé en Occident, à Rome, le premier bôpital proprement dit. Dans une de ses lettres adressée ad Oceanum et qui n'est autre cbose que l'éloge funèbre de Fabiola, saint Jérôme nous apprend que cette illustre Romaine institua la première un asile public pour les malades : Prima omnium voo-ozoaeïov instituit in quo œgrotantes colligeret de plaleis et consumpa languoribus alque inediâ miseroriim niembra foveret. Cette maison était évidemment tout à fait distincte des asiles connus sous le nom dliospitia, à'hospitalia, àa Xenndochin , puisque dans la même lettre saint Jérôme, parlant des autres œuvres charitables de Fabiola et de son époux Pammachias, ajoute : Emitîir hospitiiim et ad hospitium turba concurrit, Xenodochium in portu Romano situm lotus pariter mundus audivit. Les établissements connus sous le nom dliospitalia n'étaient pas non plus de véritables hôpitaux, puisqu'ils sont ainsi définis dans le Code Justinien (lib II, tit. vi) : hospitale dicitur venerabilis et pius locus in quo recipiunlur et hospitantur iufirmi, senes miserabiles et pauperes. Vitruve (De architecturâ, lib. V, cap. x) nous apprend de son côté qu'on désignait sous le nom d'hoi^pitalia les appartements destinés à recevoir les étrangers dans les maisons des riches.
C'est aussi vers la même époque, en 372, que saint Basile éleva aux portes de Césarée l'asile qui devint célèbre dans tout l'Orient sous le nom de Basiliade. « Avance un peu hors de la ville, dit saint Grégoire de Naziance dans son Panégyrique de saint Basile, et vois dans cette cité nouvelle ce sanctuaire de la piété. C'est là que la maladie, endurée sans murmure, semble une épreuve bénie, et que la charité éclate dans son œuvre » [Orat. XLIII. Funebris oratio in laudem Basilii Magni). Saint Basile rapporte en outre (Epist. 143) que de son temps il existait plusieurs hôpitaux dans la ville d'Amasie.
L'empereur Justinien fit construire, sur le chemin du temple de Jérusalem, un hospice pour les étrangers et pour les pèlerins, en même temps qu'un véritable hôpital, le fameux hôpital Saint-Jean. Ce fut là qu'on vit pour la première fois une association particulière d'hommes charitables se consacrer au service des malades. Sous le règne de .ce prince, Bélisaire fonda à Rome plusieurs maisons analogues dont l'une fut établie sur la voie Flaminienne.
Les successeurs de Justinien continuèrent à construire de pareils établissements de charité; non-seulement on vit s'élever des hôpitaux pour les malades [nosocomii), mais encore des hospices pour les vieillards [gerontocomii), pour les étrangers (xenodochii), pour les orphelins {brephotrophii, orphanotrophii), etc. A un moment donné, il n'exista pas moins, d'après Ducange [Historia
Bizantina dupllci commenlario iUitstrata, etc. Paris, 1680, lib. IV, cap. ix), moins de Irente-cinq établissements de charité ù Constantmople. Les premiers sultans Mahomet II, Bajazet, conlinuïrent les traditions léguées par les empereurs grecs ; ils fondèrent de vastes et riches hôpitaux et, si l'on en croit ce que rapporte Lovicerus dans son Histoire des Turcs, ils en firent construire même pour les animaux. — Jusqu'à la fin du sixième siècle, l'Orient seul et la capilale du monde chrétien possédaient des iiôpitaux. Dans les égli^es, d'après Grégoire de Tours, il existait un lieu spécial destiné aux malades, et le quart des levenus religieux leur étnit consacré ; c'est seulement à celte époque que les villes de l'Occident, suivant l'exemple ([ui leur était donné, se mirent à construire de nombreux établissements de charité.
Sous l'impulsion des évèques, on fonda des Hôtels-Dieu contigus aux églises, comme les asiles annexés aux temples d'Esculape dans le monde païen, et les Teniarkhaneh d'autrefois, /??iaret.« aujourd'hui, placés près des mosquées dans les pays musulmans ; ils étaient administrés par l'autoiité ecclésiastique, et les clercs y donnaient à la fois les secours temporels et spirituels. Selon Mongey, riiùpital de Lyon fut le premier fondé en France (en 542, sous le règne de Childebert), et il avait précédé d'au moins un siècle ceux de Reims et d'Autun.
Paris ne tarda pas non plus ù posséder un hôpital, car Grégoire de Tours, qui se trouvait en 577 au synode tenu en cette ville, parle de l'hôpital Saint-Julienle-Pauvre, qui était annexé à l'antique église de ce nom, et dans lequel on recevait les voyageurs bien portants et les malades (Moreri, Grand Dict. historique). Un semblable asile existait près de l'église Saint-Benoît, sur la pente du coteau des Thermes.
L'Hôtel- Dieu, étubli dans un couvent de femmes, placé sous l'invocation de saint Christophe, ne fut installe que vers Tan (350, sous Clotaire III, et en partie aux frais de saint Landry, vingt-neuvième évêque de la cité. Erchinoald, maire du palais, eut aussi, paraît-il, beaucoup de part à cette bonne œuvre. L'hôpital était admini.4ré par douze bourgeois de la ville et dirigé par l'évêque de Paris; le quart des revenus ecclésiastiques était affecté à son entretien, et tout chanoine qui mourait ou changeait de résidence devait léguer son lit aux malades (Statuts du Chapitre de 1168). — Ce n'est pas seulement dans notre pays que surgirent les hôpitaux à cette époque. Les Arabes en fondèrent un grand nombre, et Léon l'Africain rapporte que la ville de Fez en construisit de trèsriches. Dès le huitième siècle, Cordoue en posséda un magnifique. En Asie, les Arabes créèrent aussi vers le même temps des espèces d'hôpitaux qui portaient le nom de Marastins {El Maristan). Ils étaient ouverts généralement aux voyageurs, aux indigents, mais les malades n'y étaient admis qu'en payant. Le premier qui exista en Egypte fut bâti au Caire vers 972 de notre ère par Ahmed ben Tulun (Macrizi, Description des hôpitaux du Caire, in Journal de la Société de médecine de la Loire-Inférieure. 184:8). En 950, Rhazès était à la tête de celui de Bagdad. « Il prit quelque teinture de médecine et s'établit dans un hôpital ; il crut que c'était là le gxand livre du médecin » (Diderot, Opinions des anciens philosophes). Les villes fournissaient l'édifice qui portait, comme en Perse encore aujourd'hui, le nom de Palais de la santé, et quelquefois, disent Percy et Wuillaume, de Palais de la mort, à cause de l'infidélité et de l'avarice de ses administrateurs. Bientôt les croisades et les misères sans nombre qui en furent la suite contribuèrent à rendre les hôpitaux de plus en plus nécessaires. Des fléaux tels que la lèpre, la peste, obligèrent à multiplier
les asiles pour les malades et, dès le douzième siècle, les établissements connus sous les noms de ladreries, maladreries, léproseries, lazarefs, se répandirent dans toutes les villes, dans toutes les bourgades. Au treizième siècle, en France seulement, d'après Rondonneau de la Motte, il existait plus de 2000 maladreries, et un écrivain de cette époque, Mathieu Paris, n'estimait pas à moins de 19 000 le nombre des léproseries qui existaient alors dans la chrétienté.
On ne saurait admettre, avec de Yolney [Voyage en Syrie et en Egypte), que l'origine de l'expression lazaret se trouve dans le nom de l'asile du Caire destiné aux aveugles. « Ils viennent, dit-il, des villages s'établir au Caire à la mosquée des fleurs [El Azhar) où ils ont une espèce d'hôpital. Lazaret me paraît venir de là ». Cette origine, bien recherchée, que donne l'auteur des Ruines, ne saurait être disculée ; lazaret provient tout directement de lazar^its, en bas latin : ladre, lépreux; et du reste, ainsi que le fait remarquer Muratori, ces établissements, placés sous le patronage de saint Lazare, avaient dû tirer leur nom de celui du saint auquel ils étaient consacrés.
Dans les siècles qui suivirent, on continua à accroître le nombre des hôpitaux. Louis IX agrandit l'Hôtel-Dieu de Paris, fonda en 12oi la maison des Quinze- Vingts, non pour trois cents de ses soldats atteints de cécité en Palestine, comme on le dit généralement, mais pour trois cents aveugles pauvres de la ville de Paris. C'est à Orléans qu'il institua, sous le nom de Sanitas, un asile pour les aveugles revenus de la Terre-Sainte. Il créa en outre l'hôpital de Compiègne. qui fut inauguré avec une grande solennité, et « il fit semblablement faire, dit le sire de .loinville [Mémoires, chap. xxv), la Maison-Dieu de Pontoise et celle de Yernoul ». Vers la fin du quinzième siècle, sous le règne de Louis XI, on vit s'élever de nombreux hôpitaux ; c'est à cette époque que fut construit en particulier celui de Beaune. Sous François l", l'Hôtel-Dieu reçut de nombreux accroissements ; il fut spécialement doté d'un nouveau bâtiment par le cardiual Duprat, qui porta pendant longtemps le nom de salle du Légat. A cette époque, la situation des hôpitaux était tout ce qu'il est possible d'imaginer de plus déplorable. Dans des lettres patentes du 14 mars 1515, on lit en effet le passage suivant : « En l'infirmerie qui est de six toises de largeur seulement, il y a six rangées de licts, chacun lict de trovs pieds de largeur ou environ, en chacun desquels il y a troys ou quatre malades qui nuisent fort les uns aux autres, et en ladite infirmerie il y a sept ou huit licts où se couchent vingt-cinq ou trente entfans, lesquels enffans sont tendres et délicats à cause du gros ayr qui est en ladite infu-merie et meurent la plupart tellement que de vingt n'en reschappe pas ung. »
Henri IV agrandit encore l'Hôtel-Dieu et posa en 1604 la première pierre de l'hôpital Saint-Louis. Marie de Médicis fonda l'hôpital de la Charité qu'elle confia à des frères de Saint- Jean de Dieu appelés tout exprès d'Italie. Sous Louis XllI, Richelieu fit installer les Incurables (hommes), Bicètre, la Pitié, et la propagande ardente de saint Vincent de Paul provoqua non-seulement l'institution des sœurs de Charité, mais encore la création de nombreuses maisons de bienfaisance. Enfin Louis XIV institua l'hôpital des Enfants-Trouvés, les Invalides et l'hôpital Général, aujourd'hui la Salpêtrière, qui devait donner asile à 6000 personnes. Mme d'Aiguillon contribua pour une large part à la construction de ce dernier hôpital. « Qui ne sait, dit Fléchier (Ora/so« funèbre), que l'établissement d'un grand hôpital dans cette capitale du royaume qui renferme tant de grandeurs et tant de misères tout ensemble a été un des plus grands ouvrages de
ce siècle! Elle (la duchesse) fut l'àme de cette entreprise, elle encouragea les uns, elle sollicita les autres, elle donna l'exemple à tous. » Jusqu'alors cet exemple avait été unique; les Hglises d'abord, puis les souverains, avaient seuls présidé à la fondation des hôpitaux, mais au dix-huitième siècle s'élevèrent à Paris plusieurs établissements hospitaliers dus à la bienfaisance de généreux particuliers : Beaujon, Mme ^Vcker, Cochin, etc.
Ce. n'était pas seulement en France que les hôpitaux se multipliaient : l'Angleterre nous avait devancés dans cette voie, et la Russie elle-même ne restait pas en arrière. Pierre le Grand et Catherine 11 en édifiaient à Moscou et à Saint- Pétersbourg qui l'emportaient de beaucoup sur les établissements analogues de la plupart des autres contrées de l'Europe.
Généralement, les hôpitaux avaient été construits sans nul souci des règles de l'hygiène, du reste à peine soupçonnées jusqu'alors, et en outre ils laissaient à désirer autant au point de vue de l'administration que de la salubrité. Les clercs, auxquels la gestion en avait été confiée, les avaient convertis en bénéfices et, ainsi que le dit l'abbé de Fleury [Histoire ecclésiastique, t. XXXIV, p. 105), les ordonnances de France avaient décidé que les administrateurs des hôpitaux ne seraient ni ecclésiastiques, ni nobles, ni officiers, mais des marchands et autres simples bourgeois, c'est-à-dire de bons pères de famille instruits des affaires et de l'économie, et que l'on put facilement obliger à rendre compte [voy. l'article âssist.vncc de ce Dictionnaire).
Malgré ces prescriptions, fort incomplètement exécutées du reste, des abus de toute sorte avaient persisté, et les hôpitaux, objets d'une légitime répulsion, étaient devenus, comme on disait à cette époque, des lieux d'infection oîi l'on trouvait bien plutôt la mort que la guérison. Alors surgit un homme qui s'imposa pour mission de découvrir le mal dans toute son étendue et de tâcher d'y porter remède. Élu shériff du comté de Bedfort, en 1780, John Howard put voir les abus de près et ils lui inspirèrent le désir d'y remédier. Après avoir visité toutes les prisons et tous les liôpitaux d'Angleterre, il parcourut l'Europe entière pour étudier les établissements analogues que possédait chaque nation, et c'est à la suite de ces longues et pénibles investigations que parut l'ouvrage célèbre sur l'état des prisons, des hôpitaux et des maisons de force [An Account of the Présent State of the Prisons, Houses of Correction and Uospitals).
Les hôpitaux de France lui parurent encore plus défectueux que ceux d'Angleterre ; s'il estime l'Ilôtel-Dieu de Lyon le meilleur hôpital qu'il y ait dans notre pays et s'il fait quelques éloges de l'hôpital de la Charité à Paris, il n'hésite pas à déclarer que l'Hôtel-Dieu et l'hôpital Saint-Louis, en 1785, sont les deux plus mauvais hôpitaux qu'il ait jamais visités et qu'ils sont une honte pour la ville de Paris. Au-dessus d'une des portes de l'Ilôtel-Dieu on lisait, paraît-il, ces mots : « C'est ici la maison de Dieu et la porte du ciel ». Cette inscription qui n'était, en somme, guère plus rassurante que le lasciate ogni speranza de VEnfer du Dante, ne faisait malheureusement qu'indiquer une bien triste réalité.
Après avoir signalé le mal, Howard indiqua le remède, et on pourrait encore aujourd'hui tirer profit de ses judicieux conseils. « Tout hôpital, dit-il, doit être construit sur un sol élevé, voisin d'une rivière, à quelque distance de la ville. Les salles seront cintrées, les bâtiments sans étages superposés comme à Bologne et à Florence ; des chambres aérées et des réfectoires particuliers seront disposés pour les convalescents comme à Lyon, Pétersbourg et Vienne. Il
y aura une promenade spacieuse pour exciter les malades à prendre l'air, à faire de l'exercice, comme à Haslar et à Plymonth, etc. ».
On n'avait pas, il faut cependant le dire, attendu jusqu'à ce moment pour songer à améliorer la situation des malades dans les hôpitaux, qui n'inspiraient que de la répugnance à ceux qui venaient y demander des soins et du découragement aux médecins.
Lors d'un premier incendie de l'Hôtel-Dieu en 1757, on avait déjà pensé à sa translation. En 1772 éclata un nouvel incendie qui dura onze jours, détruisit la partie comprise entre la rue du Petit-Pont et le carré Saint-Denis, et coûta la vie à un grand nombre de malades. Personne ne put plus contester les dangers qu'entraînaient le défaut d'espace et l'accumulation des bâtiments; le cri général avait été : Qu'on sauve les malades et que l'hôpital brûle! On pensa de nouveau à son déplacement ; l'opinion publique se prononça énergiquemcnt en faveur de cette solution, et une souscription pour la construction d'un antre hôpital atteignit rapidement la somme énorme pour le temps de deux millions de livres (Mercier, Tableau de Paris, ch. cxni). Mais les fonds furent employés par le ministre Loménie de Brienne pour couvrir des dépenses ordmaires auxquelles son incapacité peu scrupuleuse n'avait point su faire face (Maxime Du Camp, Les Hôpitaux à Paris. In Renie des Deux Mondes, t. LXXXVIII, p. 513. 1870).
Aussi, malgré une délibération des administrateurs de l'IIôtel-Dieu, en date du 11 janvier 1775, et qui concluait à la translation de l'hôpital dnns la plaine de Grenelle, les choses restèrent en l'état, et rien n'avait été modifié, lorsqu'en 1785 l'empereur Joseph II visita l'Ilôtel-Dieu. Que les observations désobligeantes laites par le souverain étranger (Joîfrna/ des sciences et des arts, 1787) aient contiibué à déterminer le gouvernement à s'occuper enfin de l'organisation des hôpitaux, le fut est hors de doute. Mais les idées généreuses, philanthropiques du dix-huitième siècle commençaient à porter leurs fruits. En 1768, Yoliaire avait écrit : « Vous avez dans Paris un Hôtel-Dieu où règne une contagion éternelle, où des malades entassés les uns sur les autres se donnent réciproquement la peste et la mort » [Lettre à M. Paulet sur son Histoire de la petite vérole, 22 avril). Il ajoutait : « Personne ne songe à y remédier. »
Marmontel, plaidant avec chaleur la cause des pauvres, avait démontré que, de 1757 à 1772, la mauvaise installation de l'IIôtel-Dieu avait coûté la vie à plus de 80 000 personnes. On ne pouvait fermer les yeux plus longtemps sur une aussi triste situation, et les projets de réforme ne pouvaient manquer d'éclore.
Dès 1 77-i, Antoine Petit, qui proposait pour hôpital un bâtiment circulaire à quatre étages avec des salles disposées en rayons, avait publié un mémoire Sur la meilleure manière de construire un hôpital, dans lequel on trouve quelques bons préceptes : « Il faut, disait- il, que l'emplacement d'un hôpital soit tel que les malades y trouvent rassemblées le plus commodément possible et avec les plus petits inconvénients pour ceux qui se portent bien toutes les choses qui peuvent concourir à leur prompt et parfait rétablissement. Ces choses sont principalement la pureté de l'air, la bonté, la salubrité et l'abondance des eaux, la propreté, la facilité du service, enfin le repos et la tranquillité dont les malades ont surtout besoin ». On ne peut évidemment que sousciire à de pareils principes.
En 1777, un membre de l'Académie des sciences, Leroy, avait lu devant cette compagnie, à la rentrée publique de Pâques, un travail qui aurait dû
être lu dès 1773, à la rentrée publique de la Saint-Martin, si un ministre auquel il dut être communiqué n'avait engagé très-expressément l'auteur à ne pas le lire, de peur qu'il ne donnât l'alarme. Ce travail porte pour tilre : Précis d'un ouvrage sur les hôpitaux dans lequel on expose les principaux résultats des observations de plujsique et de médecine qu'on doit avoir en vue dans la construction de ces édifices, avec un projet d'hôpital disposé d'après ces principes. Suivant ce projet, l'iiôpilal comportait 2000 lits dans 24 salles sans éla;.'es, élevées sur des soubassements de 2 mètres de hauteur, et espacées entre elles de 10 mètres. Les salles de 80 lits devaient avoir 1.50 mètres de longueur, 9 mètres de largeur et 8 mètres de hauteur. L'ouvrage de Leroy oublié, on ne saurait dire pour quelle raison, pendant plus de dix ar.s. ne fut imprimé qu'en 1787 dans les Mémoires de l'Académie. Tout serait à citer dans ce travail où l'on trouve exposés les grands principes de l'hygiène hospitalière telle que nous pouvons la concevoir aujourd'hui : « Je vis, dit-il, avec le plus grand étonncment que, loin de profiter des observations de la physique et de la médecine moderne, on nous donnait en 1775 des projets tels qu'on aurait pu le faire un ou deux siècles auparavant. En effet, sacrifiant, comme c'est assez la coutume parmi nous, le principal à l'accessoire, les auteurs de ces projets semblaient avoir oublié (}ue la décoration n'est que la plus petite partie d'un pareil édifice. Une salle d'hôpital est, si cela se peut dire, une véritable machine à traiter les malades. iSi l'on excepte l'espèce de soubassement sur lequel je propose d'établir les salles pour qu'elles soient suffisamment élevées au-dessus du terrain, elles pourraient être bâties très-légèrement et même en bois, si on voulait. Comme ces salles n'en auraient certainement pas d'autres au-dessus d'elles, elles ne demanderaient à être fondées ni très-sulidement ni avec des murs très-épais. Une extrême propreté et un air aussi pur qu'il est possible, c'est, on ne peut trop le dire, la vraie et seule mesure à prendre. Un tel hôpital demande un emplacement étendu. Il vaudrait infiniment mieux pour les malades qu'ils fussent établis seul à seul dans des lits, même sur de la paille, sous des tentes placées dans une cour ou dans un jardin, que de les multiplier dans les salles et de les entasser dans des lits de la manière horrible dont cela se pratique à l'Hôtel-Dieu. »
Ce fut un mémoire, publié seulement huit ans plus tard, en 1785, par le sieur Poyet, architecte et contrôleur des bàiiments de la ville, et par Cogneau, intitulé : De la nécessité de transférer et de reconstruire l'Hôlel-Dieu de Paris, avec un projet de translation de cet hôpital, qui détermina, l'année suivante, la nomination d'une commission de membres de l'Académie des sciences pour examiner celte proposition et étudier d'une façon générale l'hygiène hospitalière. Cette Commission, composée de Lassone, Daubonton, Tenon, Bailly, Lavoisier, Delaplace, Coulomb, Darcct et Tillet, publia trois rapports sur le projet d'un nouvel Hôtel-Dieu, la création de quatre nouveaux hôpitaux et l'examen du plan d'hôpital du sieur Poyet. Bailly, condensant dans un brillant rapport les éludes de ses collègues, de Tenon et de Lavoisier en particulier, posa en fait (22 novembre 1786) que l'Hôtel-Dieu était le plus imparfait de tous les hôpitaux parce qu'il était le plus ancien, que toute réforme y était difficile, et qu'il fallait remuer cette énorme masse. Le type d'hôpital (à forme circulaire et devant contenir 5000 malades) proposé par Poyet était repoussé, et les commissaires ajoutaient : « Nous devons dire que l'idée de cette forme d'hôpital appartient à M. Leroy, de cette Académie, qui l'a exposée dans un manuscrit lu en 1787,
non encore imprimée et dont nous regrettons de n'avoir pas eu connaissance. » La Commission se prononça pour la forme linéaire double, avec quatorze pavillons sur deux files séparées par une cour de 120 toises de longueur sur 28 de largeur, le tout entouré d'une rue ou d'un boulevard de 24 pieds de large. Au milieu de chaque file deux pavillons devaient servir de pharmacie et de cuisine. Mais la Commission qui, dans son premier rapport, n'admettait de salles de malades qu'au rez-de-chaussée et au premier étage, accepta plus tard dans son troisième et dernier rapport « trois rangs de salle » pour économiser le terrain et faciliter le service d'un hôpital qui devait contenir 1200 malades.
Tenon, qui fut en réalité la cheville ouvrière de la Commission, s'était rendu en Angleterre, en compagnie de Coulomb, pour y visiter tous les établissements de cliaiité. Les deux commissaires)' furent accueillis avec le plus grand empressement et, si ces visites ne furent pas suivies des réformes qu'on était en droit d'en attendre, on leur dut au moins le premier ouvrage un peu étendu sur la construction des hôpitaux. Dans des mémoires souvent cités {Cinq mémoires sur les hôpitaux, imprimés par ordre du roi. Paris, 1788), Tenon, en exposant la triste situation des hôpitaux de France et de rilôlel-Dieu en particulier, et en leur comparant les hôpitaux anglais, prépara des reformes que la routine et des difficullés financières relardèrent encore pendant de longues années. « II est évident, disait-il, qu'il n'est point d'hôpital aussi mal situé, aussi resserré, aussi déraisonnablement surciiargé, aussi dangereux, qui réunisse autant de causes d'insalubrité et de mort que l'IIôlel-Dieu. Qu'on se représente une longue enfilade de salles contiguës oîi l'on rassemble des malades de toute espèce, et oiî l'on entasse souvent o, 4, 5 malades dans un même lit. les vivants à côté des moribonds et des mourants. Quelquefois les lits étaient à deux étages, et sur l'impériale on établissait une seconde couche de malades. L'air infecté des exhalaisons de cette multitude de corps malsains portant les uns aux autres les germes pestilentiels de leurs infirmités et le spectacle de la douleur et de l'agonie de tous côtés offert et reçu : voilà l'Ilôtel-Dieu ». Dans un pareil encombrement, chaque malade n'avait pas une toise d'air à respirer, la seule salle Saint-Charles- Saint-Antoine contenait quelquefois jusqu'à 818 malades; la population totale était illimitée; en 1709, elle s'éleva jusqu'à 9000 personnes. Les femmes grosses et accouchées étaient dans quati'e salles, au-dessus des blessés et des fiévreux ; elles couchaient 5 ou 4 dans chaque lit et, lorsqu'on onlr'ouvrait les rideaux, il s'en dégageait une buée chaude infecte qui donnait à l'atmosphère une telle consistance qu'en la traversant on la voyait se fendre et reculer de l'un et l'autre côté (Tenon, Préface, p. 29). Alors que la mortalité était de 2 sur 24 à l'hôpital de Lyon, de 2 sur 22 à l'hôpital Saint-Esprit (de Rome), elle était de 2 sur 9 à l'Hôtel-Dieu.
En Angleterre, oii avaient déjà paru en 1771 les Observations sur les hôpitaux de John Aikin [Thoughts on Hospitals. London, 1771), et les études de Coxe en 1781 [Account ofthe Prisons and Uospitals in Russia, Sweden and Danemark), Tenon avait pu constater l'infériorité de nos hôpitaux : au lieu d'établissements destinés à des milliers de malades, les plus vastes en Angleterre n'en recevaient que 400 à 500, et il avait pu admirer l'hôpital de Plymouth composé de quinze pavillons isolés, dibtribués sur une cour carrée, reliés par une galerie ne s'élevant qu'au premier étage et offrant un magnifique et immense promenoir. Tenon proposa de multiplier les hôpitaux, d'en créer quatre pour remplacer l'Hôtel -Dieu, et de les leporter tous dans les quartiers excentriques, à l'exception
cFun seul destiné à servir d'hôpital de secours. Il pensa aussi à isoler les malades atteints d'affections contagieuses et, fait peu connu, l'École militaire devait recevoir celte nouvelle destination. Mais ce projet, comme tant d'autres, fut bientôt oublié, et l'IIôlel-Dieu ne fut point déplacé. On se contenta d'y apporter quelques changements utiles, mais bien insuffisants. Le 15 avril 1791, tous les membies de la Commission hospitalière donnèrent leur démission qui fut acceptée, et ils furent remplacés par Moulinot, Thouret, Aubry, Dumesnil et Cabanis. On cessa alors d'enterrer dans l'église de l'Ilôtel-Dieu, on éloigna la tuerie, la foute de suifs et la fabrication de chandelles, qui étaient établies dans cet hôpital; on ne réunit plus avec les malades ordinaires, les aliénés, les femmes en couches, et enfin les lits à plusieurs places fuient divisés par une cloison. Là se bornèrent les améliorations.
A la suite d'un rapport rédigé par Tenon, Sabatier et Leroy, un décret de la Convention, en (hite du 7 ventôse an II, avait décidé que le ci-devant couvent du Val-de-Gràce serait destiné à former un hospice pour les femmes en couches et les enfants abandonnés, mais cette installation fut de bien courte durée, car le 51 juillet 17,95 la Convention nationale convertit le Yal-de-Gràce en hôpital militaire (Servier. Le Val-de-Gràce, 1887).
En même temps que Tenon d'autres médecins se préoccupaient de la grave question de l'hygiène hospitalière, et émettaient des idées vraiment progressives. Dès 1782, iMaret {Mémoire sur la construction d'un hôpital dans lequel on détennine quel est le meilleur moyen à employer pour entretenir dans les infirmeries un air pur et salubre. In ISouv. Mém. de Dijon, 1782, 2*= série, p. 25) condamnait avec raison les dômes centraux et, reconnaissant l'importance de la ventilation naturelle, indiquait les moyens qu'il croyait les plus propres à l'assurer. Il proposait aussi de placer les malades atteints de fièvres éruptives dans de petites salles spéciales. — Chirol, médecin et architecte, conseillait en 1787 d'établir des couloirs communiquant avec les salles où on pourrait, pendant la journée, passer les lits des malades, afin d'aérer plus complètement les salles où ils passent la nuit [Idées neuves sur la construction des hôpitaux appliquées à celle des hôpitaux de Paris, p. 29 et 50).
Iberti, en 1788, insistait sur la nécessité d'avoir des bâtiments baignés par le soleil et balayés par le vent ; il voulait qu'ils fussent disposés sous forme de croix giecque {Observations générales sur les hôpitaux, suivies d'un projet d'hôpital). Chaussier proposait, en 1790, de construire les bâtiments isolés au centre de plantations agréables et salubres, de répartir les malades par catégories, d'occuper et de délaisser alternativement les salles [Observations sur quelques abus dans le service des officiers de santé militaires aux régiments et aux hôpitaux militaires. Dijon, 1790), et Cabanis [Observations sur les hôpitaux, 1789) conseillait de supprimer les grands hôpitaux et de les remplacer par des établissements moins vastes et plus nombreux.
En 1802, Cattet et Gardet, dans leur Essai sur la contagion (p. 451), indiquaient que les salles devaient être surtout bien aérées, renfermer 20 lits distants de 6 à 8 pieds chacun, que les bâtiments ne devaient avoir qu'un seul étage, que les fenêtres devaient être opposées et aussi élevées que le plafond. Ils signalaient encore la nécessité d'jsoler les malades atteints d'affections contagieuses, d'installer des salles de rechange, des salles de bains et de fumigations pour les hardes. En 1805, Clavareau, architecte, dans un Mémoire sur les hôpitaux civils de Paris, tout en voulant réunir un trop grand nombre de malades
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dans le même établissement, émet quelques idées excellentes : Tout hôpital devrait avoir des infirmeries de réserve soit dans les temps d'épidémie, soit pour suppléer les salles qu'il faut de temps en temps assainir. Une voûte est préférable à un plafond et des solives recouvertes à des solives apparentes, afin que les miasmes morbifiques puissent en être plus aisément détachés et cliassés par le courant d'air. Le fumigeoire doit être ])lacé près du déjjôt spécial des vêtements. Quelques années plus tard, de Tredern voulait que les salles, qui sont l'âme même de l'hôpital, fussent construites de manière à ne pas retarder l'effet salutaire de l'air. « Point d'angles, dit-il, dans lesquels l'air puisse séjourner sans être renouvelé, point de ces espaces entre les soliveaux du plafond, réservoirs perpétuels d'air infect, point de ces cloisons ou alcôves qui cmpêcbent la circulation » {Dispositions sur les bases foiidamentales d'après lesquelles les hôpitaux doivent être construits [thèse de Paris, 1811, n" 104]).
Enfin, on lit dans le Traité d'hijcjiène publique et de médecine légale de Fodéré (t. YI, p. 598. Paris, 1813) : « En supposant que je fusse assez heureux pour fonder un hôpital, je le bâtirais sur un lieu sec et élevé, au voisinage autant que possible d'une eau courante, sur un plan suffisamment incliné. J'y voudrais un enclos ombragé pour la promenade des malades. Les salles seraient élevées, spacieuses, percées de tous côtés d'amples fenêtres ; elles ne contiendraient que deux rangs de lils distants de 1 mètre l'un de l'autre ; ces lits seraient en fer, sans rideaux, etc. »
Pendant que les médecins posaient si judicieusement les principes de l'hygiène nosocomiale, les administrateurs et les architectes, au moins dans notre pays, s'obstinaient à suivre*les anciens errements et, tandis (jue nous continuions à construire ^de vastes hô[titaux, massifs, monumentaux, à l'étranger, prhicipalement en Angleterre et en Russie, on mettait à profit les idées émises primitivement pour la plupart dans notre pays et qui y restaient à l'état de lettre morte. Dès 1852, on avait bâti à Saint-Pétersbourg l'iiôpital d'Obboukoff, en tenant compte des exigences d'unebonne hygiène. Cet hôpital se composait de deux sortes de bâtiments séparés par un grand jardin: les uns, solidement construits, ayant un rez-de-chaussée et un étage divisés en salles de 2 à 12 lits; les autres, légers, n'ayant qu'un rez-de-chaussée divisé en deux parties, l'une formant une salle de 20 lits, l'autre consacrée à une galerie couverte et donnant sur les jardins. Les premiers bâtiments étaient destinés à l'habitation d'hiver, les autres à celle d'été: ainsi, quand les uns étaient occupés, les autres étaient vacants (Leuret, J^ote sur quelques-uns des établissements de bienfaisance du nord de l'Allemagne et de Saint-Pétersbourg . In Annales d'hygiène j)uhlique et de médecine légale, t. XX, 1558). Jusqu'en 1840, en France, on ne sortit pas de la routine, et à cette époque on pensa réaliser un grand progrès en construisant Lhôpilal Lariboisicre qui reproduisait à peu près exactement les plans proposés autrefois par Tenon. Le nouvel établissement, considéré comme un type d'hôpital, pris pour modèle à Nantes, à Madiid, et qui devait être le d Versailles de la mis'ère », fut loin de donner les heureux résultats qu'on se croyait en droit d'en attendre. En 1862, à l'Académie de médecine, après la lecture d'un mémoire de M. Léon Le Fort [Sur les résections de la hanche), et les résultats comparés de cette opération en France et en Angleterre; en 1865, à la Société de chirurgie, à la suite d'un remarquable travail de M. Ulysse Ti'élat [Élude critique sur la recon^ structionde l'Hôtel-Dieu, 1864), s'engagèrent deux mémorables discussions dans lesquelles furent posés les vrais principes de l'hygiène hospitalière. Et cependant,
alors qu'il s'agissait de reconstruire l'IIôtel-Dieu, malgré les énergiques et unanimes protestations des médecins et des chirurgiens des hôpitaux, on s'obstina à suivre les anciens errements, et la Tommission médicale composée de Broca, Giraldès, Hardy, llérard, Lallier, Marjolin,Trélat, Vidal, chargée d'exprimer son opinion sur le nouvel Hôtel-Dieu, n'hésita pas à déclarer par l'organe de Lorain, son rapporteur, « qu'il ne répondait pas aux conditions exigées pour un hôpital dans l'état actuel de la science et de l'hvgiène ».
Plus récemment, l'hôpital Tenon à Ménilmontant a été construit en s'inspirant sur bien des points encore des mêmes principes erronés. Enfin, c'est à la suite d'une consultation demandée à la Société de médecine publique par le Conseil municipal de Vichy pour la construction d'un hôpital et d'un excellent rapport de M. Rochard qu'eut lieu, en 1885, nue savante discussion, dans laquelle furent de nouveau posés les principes de rfiygiène hospitalière.
Aujourd'hui seulement on paraît donc avoir enfin compris qu'il fallait, abandonnant les préjugés et la routine, en venir à appliquer les données scientifiques, (ju'il fallait, chose tiisie à dire, faire entrer dans la pratique des idées émises pour la plupart depuis plus d'un siècle, que l'architecte et l'administrateur, devaient suivre pas à p;is les conseils de l'hygiéniste. C'est en s'inspirant de ces saines idées qu'on vifiit de construire les nouveaux hôjiitiiux de Saint- Denis du Havre et le grand hôfiital de Montpellier.
La meilleure solution n'a certes pas encore été donnée à toutes les questions d'hygiène nosocomialo, mais de nombreux et incontestables progrès ont été réalisés, et dans l'étude qui va suivre nous aurons pour but de les exposer aussi comitlétement que possible.
A la fin du siècle dernier, des hommes, plus généreux que réfléchis, effrayés de l'insalubrité des hôpitaux, avaient songé à les supprimer au lieu d'en entreprendre la réforme; les secours à domicile devaient pouvoir les remplacer avantageusement. De Chamousset avait proposé de décharger l'administration du soin des malades en les confiant à une compagnie qui les traiterait à l'entreprise avec prime accordée aux guérisons. Lui même offrait de gérer pour 50 livres seulement par guérison ; les soins donnés à ceux qui succomberaient restaient à sa charge. Dupont de Nemours avait aussi demandé la suppression des hôpitaux dans un mémoire sur : La naliire, la forme et rétendue des secours à donner aux pauvres malades dans une grande ville.
Si les philanthropes qui, dans la Constitution de l'an III, avaient fait inscrire un article de par lequel la patrie devait des secours à tous les malades et blessés, article que le Directoire fut du reste obligé de rapporter deux ans plus tard, si, dis-je, ces mêmes hommes avaient consulté Y Esprit des lois, Montesquieu leur aurait fourni une réponse aussi sage que pratique. Au chapitre xxiv, Des hôpitaux, du livre XXIV, on lit ce passage : « Aureng Zeb, à qui on demandait pourquoi il ne bâtissait pas d'hôpitaux, dit : « Je rendrai mon empire si riche qu'il n'aura plus besoin d'hôpitaux. » Il aurait fallu dire : « Je commencerai par rendre mon empire riche et je bâtirai des hôpitaux ». Plus loin il ajoute : « Les nations riches ont besoin d'hôpitaux parce que la foj'tune y est sujette à mille accidents ». Et, comme le fait remarquer Villermé (Quelques réflexions sur les établissements de charité publique. In Annales d'hygiène publique, t. 111, 1850), les secours à domicile ne peuvent avoir de résultats que pour prévenir la misère et non pour la soulager.
11 faudrait du reste, pour pouvoir supprimer les hôpitaux, que tous les malades
qui viennent y chercher des soins eussent un domicile, mais les indigents, souvent dépourvus d'asile fixe, logeant dans des garnis insalubres, abandonnent souvent en les quittant le foyer infectieux où ils ont puisé leur mal, et pour eux l'hôpital, fùt-il imparfait, présente des conditions hygiéniques bien plus satisfaisantes. Quant à ceux qui possèdent un domicile, combien aussi n'en est-t-il pas pour qui l'hôpital, en comparaison de leur propre demeure, trop souvent privée d'air el de lumière, est un vrai modèle de salubrité? Enfin, le changement de séjour, on le sait, suffit parfois pour guérir certaines maladies, des fièvres intermittentes peu tenaces, par exemple, et, ce qui n'est pas non plus à dédaigner, le pauvre trouve à l'hôpital le calme physique et moral qui, au milieu des siens, lui fait si souvent défaut. Pour toutes ces raisons, les hôpitaux, dans l'état actuel de la société, répondent à un réel besoin, et les esprits vraiment sages les ont toujours considérés comme nécessaires. Le temps où les établissements de ce genre, dit Tenon, deviendront inutiles, est trop éloigné de nous pour que le soin de les perfectionner ne soit pas encore longtemps un des objets les plus dignes des travaux des hommes éclairés et de la vigilance de l'administration. Quelque forme qu'on adopte, dit Cabanis {Quelques principes et quelques vues sur les secours publics. Paris, 1793), d'ailleurs, pour la distribution des aumônes et des secours, une administration bienfaisante ne peut se passer d'hôpitaux. Dans une brochure imprimée en 1797 et intitulée : Essai sur l'établissement des hôpitaux dans les grandes villes, l'auteur, Locquéan, s'exprime ainsi : « Je respecte infiniment l'emploi de ces moyens (les secours à domicile) , je pense qu'ils ne sauraient être trop encouragés, mais autant ce système est louable renfermé dans de justes bornes, autant il devient danaeieux, si on veut le rendre unique et exclusif». Si les hôpitaux doivent être conservés, il appartient, par contre, à une sage administration d'empêcher qu'ils deviennent, comme l'a dit Arthur Young, un encouragement à la paresse, et ils ne doivent recevoir que ceux qui en ont bien réellement besoin.
Ce n'est pas seulement comme établissements de charité que les hôpitaux sont nécessaires : sans eux, l'enseignement clinique et par conséquent l'étude de la médecine deviendrait, sinon impossible, au moins bien difficile. Suivant le mot de Pariset {Éloge de Laennec), comme l'astronomie, la médecine doit avoir ses observatoires; ce sont les hôpitaux.
Au lieu de songer à les supprimer, on tend aujourd'hui bien plutôt à les multiplier et, au lieu d'être un des fléaux de la civilisation, ils doivent au contraire en devenir un des grands bienfaits. D'une part, certaines opérations "^raves (ovariotomie, par exemple), d'une exécution difficile dans une maison particulière, paraissent du reste y réussir moins bien que dans de petits hôpitaux où Ton peut mettre les opérés dans les meilleures conditions hygiéniques. D'autre part, l'isolement des malades atteints d'affections contagieuses, dont la nécessité n'est plus contestée, ne saurait être pratiqué aussi efficacement au milieu d'une ville, dans l'intérieur d'une famille, que dans un hôpital spécial, installé selon les règles de l'hygiène moderne. Pour ces deux catégories de malades en particulier, on a dû songer à créer des établissements destinés à recevoir les personnes appartenant aux classes aisées de la société; c'est en Anoleterre aue dans ces dernières années cette question a été surtout agitée, et les Home HosnitalSf Ilospitdls for the Well to do ou simplement lesPaying Hospitals sont évidemment destinés à se multiplier.
Il s'en faut qu'on soit arrivé à résoudre complètement ce problème complexe : DICT. ENC. i' s. XIV. 19
Etant donné un grand nombre de malades et de blessés, offrir à chacun, je ne dirai pas les mêmes chances qu'à domicile, mais les plus grandes chances de guérison. L'hôpital n'est pas encore devenu cet atelier perfectionné de guérison que l'avenir nous permet d'espérer. Bien qu'on ne puisse comparer les hôpitaux d'aujourd'lmi aux auberges mal tenues où jadis la charité entassait ses hôtes, les influences nosocomiales, quoique atténuées, existent encore, et c'est dans leur étude que l'on doit trouver les vraies bases de l'hygiène hospitalière, qui n'est en définitive que l'art de les prévenir et de les combatti-e.
II. hruENCES ^osocoMIAI,ES. L'air que respire un homme sain dans un espace clos n'est pas seulement modifié dans sa composition chimique; il devient encore nuisible, toxique même, par le fait de l'exhalaison de matières organiques longtemps méconnues et qui ont été successivement qualifiées de miasmes humains, physiologiques (Becquerel), miasmes de l'encombrement (Douchardat), miasmes putrides (Gavarret), miasmes zoohémiqnes (Fonssagrives). Si des individus bien portants altèrent ainsi l'air non renouvelé qu'ils respirent, une réunion de malades doit, à priori, vicier encore bien davantage l'atmosphère qui les entoure.
Lavuisior, le premier {Mémoire sur les altérations qui arrivent à l'air dans plusieurs circonstances où se trouvent les hommes réunis en société. In Mém. de la Société royale de viéd., 1782-1785, p. 486), se livra à des recherches sur la composition de l'air dans les hôpitaux. Après avoir établi que l'air atmosphérique contenait: oxygène 21, azote 78 et acide carbonique i, il recueillit à l'Hôpital général de l'air dans le dortoir le plus bas, le plus encombré, et cet air lui fournit la composition suivante : Oi=22, C0- = 3, Az=z75 a la partie supérieure de la salle; 0 = 23,5, C0^= 1,5, Az = 75 à la partie inférieure. Ces modifications dans la composition chimique de l'air ne pouvaient suffire à expliquer rinsalubrité proverbiale des hôpitaux et, reconnaissant lui-même l'insuffisance de ces analyses, il se pose [Œuvres de Lavoisier, édit. Dumas, 1. 11, p. 683) une série de questions sur la nature des émanations que l'homme développe dans l'état de santé et de maladie et sur les précautions qu'on pourrait prendre pour neutraliser ou pour détruire l'influence dangereuse de ces émanations.
Séguin, dans un mémoire lu à l'Académie des sciences le 15 février i792, Sur la salubrité et l'insalubrité de l'air atmosphérique dans ses divers degrés de pureté. In Annales de chimie, t. LXXXIX, p. 251), reprit les expériences de Lavoisier et obtint des résultats auxquels l'imperfection des méthodes d'analyse ne permet pas d'accorder la moindre confiance. A l'hôpital de la Salpètrière, dans deux dortoirs encombrés de malades et tenus hermétiquement clos pendant douze heures, l'air, d'après les observations de Ségum, aurait présente à peu près la même composition que l'air extérieur, malgré une odeur infecte insupportable qui régnait dans ces salles. De plus, l'air provenant de la partie supérieure n'avait pas fourni plus d'acide carbonique que celui qui avait été recueilli au niveau du plancher.
Les résultats imparfaits, mais bien dignes d'attention, obtenus par Lavoisier, furent successivement confirmés par Gay-Lussac, De Humboldt [Journal de physique de La Métherie, 1805), par Cadet de Gassicourt, d'Arcet et Marc [Annales d'hygiène publique, 1829) ; mais les premières recherches empreintes d'exac titude sont en réalité dues à F. Leblanc [Recherches sur la composition de l'air confiné. In Annales de chimie et de physique, 5" série, t. V, 1842).
A riiôpital de la Pitié, dans la salle de Notre-Dame du Rosaire, il constata, après deux heures et demie de clôture, une altération de l'air déjà bien appréciable (oxygène 0,2291 et acide carbonique 0,0002); après une nuit enlière, l'oxvgènc n'étant plus que 0,2272, l'acide carboniijue s'éleva jusqu'à près de o/lOOO (0,0028). À l'hôpital de la Salpètrière, dans des salles basses et encombrées de malades, où l'atmosphère était lourde et répandait une odeur fort désagréable, l'acide carboni({ue s'éleva jusqu'à 0,008, tandis que Toxygène subissant une diminution proportionnelle s'abaissait jusqu'à 0,225. De ces expériences Félix Leblanc tirait entre autres conclusions les suivantes : lorsque dans un milieu clos la quantité d'acide carbonique dépasse 1 pour lOO, le si'jour y devient dangereux et la dose de 5/1000 de ce gaz accumulée dans une enceinte, par le fait de la respiration, est une limite qu'il ne faut pas laisser franchir. Poumet [Mémoires sur la ventilation clans les hôpitaux. In Annales d'hygiène, t. XXXll, p. 5, 1844) avait constaté dans sept salles de l'Ilùiel-Dieu, de la Charité, de la Pitié, de Saint- Louis, qu'après douze heure£ de clôture l'air y contenait 0,006 d'acide carbonique, en même temps qu'il dénotait par son odeur une forte proportion d'éléments miasmatiques.
D'expériences entreprises par Ramon de Luna {Études cliniques sur Vair atmosphérique à Madrid, traduit de l'espagnol par 11. G. Gaultier de Claubry. In Annales d'hygiène, 1861, t. XV) il résulterait que l'air des chambres à coucher closes, d'une capacité insuffisante et après un séjour de sept à huit heures, contiendrait 16 fois plus d'acide carbonique que l'air recueilli à l'extérieur.
Chalvet {Gazette des hôpitaux, 1861, p. 65) a trouvé à l'hôpital Saint-Louis ls'',725 d'acide carbonique pour 500 litres d'air analysé la nuit et 0?'',955 à Qs',b6o pour les moyennes du jour et de la nuit.
Les analyses de Pettenkofer ont fourni au point de vue de la quantité d'acide carbonique des résultats fort précis. Dans une salle ventilée de la Maternité de Munich, il constata au niveau du plancher 0,00220, 0,00240, 0,00227 d'acide carbonique (en volume), et au niveau du plafond 0,00269, 0,00265. Dans une autre salle non ventilée il trouva, à0'",17 du sol, 0,0057 et 0,0059 d'acide carbonique, etàO-^.ôO au-dessous du plafond, 0,0068 et 0,0074 du même gaz (Peclet, Traité de la chaleur, i" édit., t. III, p. 607). Au lieu de 5/1 OUO tolérés par F. Leblanc, Pettenkofer pense que pour rester salubre l'air ne doit pas contenir plus de 1/1000 d'acide carbonique, c'est-à-dire le double de la quantité qu'on y trouve à l'état normal.
Les analyses de De Ghaumont consignées dans la dernière édition de r////^/è?îe de Parkes {A Manual of Practical Hygiène, o" édition, p. 105) ont donné les résultats suivants : La quantité maximum d'acide carbonique constate'e dans 1000 volumes d'air a été de 2,057 à l'hôpital militaire de Portsmouth, 1.909 à Thôpital civil, 0,750 à Herbert Hospital, 0,741 à Hilsea llospital et 1,554 à Saint-Mary's Paddington (Pteyjori on the Sanitary State of Saint-Mary' s Hospital Paddington, July 1875).
De nombreuses analyses pratiquées en 1876 à Barnes Hospital Soldiers Home par Edward S. Wood et annexées à un rapport du docteur Huntington il résulte, entre autres faits intéressants, qu'alors que l'acide carbonique contenu dans l'air au niveau du parquet est de 0,479 pour 1000 volumes, il s'élève à 0,677 à 12 pieds du sol au milieu de la salle; d'autres expériences faites parW. M. Mew permirent de constater dans une salle jusqu'à 1,120 de GO- pour 1000 volumes
(l'air {On Ilealing and Ventilation. In Johns Hopkins Hospital Reports and Papers lelating to Construction and Organisation, n" 5, on Heaiing and Ventilation). S'associant à Parkes, De Ghaumont et Degen, Huntington estime que pour rester saluljre l'air ne doit pas contenir plus de G ou 7 dix-millièmes d'acide carbonique au maximum. A Tliôpital de Pendleburg, Angus Smilha constaté que, lorsque la quantité d'acide carbonique atteignait 644 millionièmes, l'air devenait étoulfant et désagréable (Hogg et Lutaud, Hôpitaiix d'isolement en Angleterre, p. l'24, 188(3). Bien que ce gaz se répande, se diffuse dans toute rasmosplière d'une pièce close, comme l'ont démontré Lassaigne, Pettenkofer et Roscoe, il ne s'y distribue pas uniformément; nous avons déjà vu qu'il était toujours plus abondant près du plafond qu'au niveau du plancher, et il est aussi bien établi qu'on le trouve en plus grande quantité près des cloisons que près des fenêtres. Ce sont là des faits qu'il importe de retenir. Wood et Cowles ont en outre constaté que, avec un renouvellement d'air de 40UÛ pieds cubes par heure dans des salles occupées par un seul malade, la quantité de COétait égale (0,00149) au bout de deux heures de séjour, malgré la différence de capacité et de hauteur de ces salles.
Dans une thèse récente {Recherches sur lair confiné. Paris, 1880, n" 556), Aristide Brand a repris cette question de la composition chimique de l'air dans les lieux habités et en particulier dans les hôpitaux. Il résulte de ses observations personnelles que l'air libre recueilli au milieu du Jardin des Plantes contenait 0 = 20,800, Az = 79,161, CO- = 0,059; celui de la salle Saint-Louis à la Pitié, après trois heures de fermeture des fenêtres, présentait la com|)Osition suivante: 0 = 20,766, Az = 79,lô6 et CO- = 0,098. L'air de la salle Saint- Raphaël (service de médecine) contenait le matin avant toute ventilation 0 = 20,700, Az = 79,170 et 00^=0,111. Enfin celui de la salle Saint- Gabriel (service de chiiurgie) renfermait après cinq heures et demie de clôture 0 = 20655, Az=:79,170 et CO^^0,197. 11 est nécessaire d'ajouter que ces deux dernières observations sont données sous toutes réserves, l'air ayant été recueilli le malin par un garçon de service. D'une façon invariable, la quantité d'acide carbonique a été, comme dans toutes les expériences déjà signalées, trouvée plus considérable à la partie su|jérieure de la salle qu'au niveau du plancher, et l'auteur de ce consciencieux travail estime que la dose d'acide carbonique ne doit pas dépasser 2/1000 dans un lieu habité.
A priori, il était permis de supposer que pendant la lièvre un malade devait expirer une quantité plus grande d'acide carbonique qu'un homme à l'état normal. Les premières expériences faites dans ce sens ne parurent pas favorables à cette idée et donnèrent à Senator et à Traube des résultats négatifs (H. Senator, Beitràge znr Lehre von der Eigenwdrme und dein Fieber. In Virchow's Arch. f.pathol. Anat., 1869, vol. XLV, p. 551). Il ne s'agissait, il faut le dire, que d'une fausse interprétation des phénomènes observés et, si l'on avait trouvé dans l'air qui avait passé par le poumon du fébricitant moins d'acide carbonique qu'à l'état normal, on n'avait pas tenu compte de ce fait que, la fréquence de la respiration faisant passer une plus grande quantité d'air par la surface pulmonaire, il fallait calculer non l'acide carbonique contenu dans tel volume d'air expiré, mais bien l'acide carbonique produit dans un espace de temps donné. Leyden {Unters. iïber das Ficher. In Deutsches Archiv, t. V, 1869) et Liebermeister [Ueber die quant. Bestimmung der Wârm production im kalten Bade. In Deutsches Archiv, 1868, vol. V, p. 217), en procédant de
cette façon, ont constaté que pendant la fièvre la quantité d'acide carbonique exhalé s'élevait dans la proportion de i à l,b, et c'est au moment oi^i la température est le plus élevée que l'élimination d'acide carbonique atteint son maximum : en une demi-henre, un malade îi pu en éliminer la quantité énorme de 54s^2 (consulter la thèse d'Ed. Weber, Des condiliom de l'élévation de température pendant la fièvre. Paris, 1872).
En même temps que la proportion d'acide carbonique augmente dans une atmosphère confinée, l'air s'y charge de vapeur d'eau exhalée, soit par le poumon, soit par la surface cutanée, qui seit de dissolvant aux substances putrescibles et concourt ainsi à l'altération miasmatique de l'air. Wiederhold [Die Aiisscheidung (ester Stoffe durch die Lungen. In Deutsche Klinik, 1850, n" 18) a en outre trouvé dans l'air expiré du chlorure de sodium, du sulfate d'ammoniaque, de l'acide borique, des urates de soude et d'ammoniaque. Enfin, lorsque la pièce close est chauffée et éclairée, l'analyse chiniipic permet d'y constater l'existence d'oxyde de carbone qui, comme l'acide carbonique, s'accumule à la partie supérieure. Dans les hôpitaux les plus insalubres, on n'a jamais observé d'asphyxies résultant des altérations chimiques de l'air, qui auraient dû se produire, si l'atmosphère en était arrivée à contenir une quantité insuffisante d'oxygène et un grand excès d'acide carbonique. Tout nuisible (ju'il puisse être, ce gaz ne constitue pas la cause principale de l'insalubrité dans les hôpitaux; tout l'acide carbonique du monde, a dit Boudin, ne produira jamais ni typhus ni pouriture d'hôpital. Mais son analyse exacte dans un air vicié n'en est pas moins importante, car il est démontré que les miasmes organiques sont en proportion directe de la quantité d'acide carbonique contenue dans l'air confiné ; c'est ce qui résulte en particulier de nombreuses expériences faites à Gravesend, Netley, Aldershot et Ililsea (Parkes, loc. cit., p. 104). Mantegazza [Elementi d'igiene, p. 229), pour prouver que dans une telle atmosphère c'est bien la matière organique et non l'acide carbonique qu'il faut principalement redouter, a imaginé l'expérience suivante : 11 place des oiseaux sous deux cloches contenant de l'air vicié ; dans l'une se trouve une soucoupe remplie de chaux vive qui absorbe l'acide carbonique, et dans l'autre du charbon qui absorbe les matières organiques tenues en suspension ; les animaux placés sous cette dernière cloche résistent beaucoup plus longtemps que ceux qui consomment l'air resté chargé ds matières organiques. De son côté, Pettenkofer [Annalen der Chimie und Pharmacie, 1862) a démontré que l'air contenant 1 pour 100 d'acide carbonique était presque intolérable lorsque ce gaz provenait de la respiration, tandis qu'au contraire, s'il était obtenu artificiellement, on pouvait séjourner dans un pareil mélange sans éprouver aucune impression désagréable. Quand l'air vicié provient de la respiration de malades, il détermine encore plus rapidement des sensations pénibles. De Chaumont {On the Theorij of Ventilation. In Proceedings of the Royal Society, 1875) a ainsi montré que l'odeur des matières organiques devient perceptible dans les hôpitaux, lorsque l'acide carbonique atteint 0.166 pour 1000, tandis que dans les casernes il faut qu'il atteigne 0,208 pour impressionner désagréablement.
Ces matières organiques, véritables immondices de l'atmosphère (Boussingault), trouvent dans l'air les éléments nécessaires pour leur putréfaction : humidité et chaleur. C'est à cette décomposition putride que doit être attribuée l'odeur spéciale des lieux clos habités, Vodeur de renfermé (Angus Smith). Ces substances, de provenance humaine, avaient déjà été constatées par Thenard et
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Dupuytren qui, en agitant de l'eau distillée dans un amphithéâtre de dissection, avaient obtenu une eau qui ne tarda pas à abandonner des flocons de matière animale et qui finit par se putréfier. Moscati, en suspendant des globes de verre remplis de glace dans l'air des salles d'hôpitaux, y recueillit par condensation une eau souillée par une matière organique qui la rendait putrescible. Smith, en faisant passer de l'air expiré à travers de l'eau, y découvrit de même une certaine quantité de matière organique qui ressemblait à de l'albumine impure, et Beauih'imont signale des résultats analogues [Traité de chimie générale et expérimentale, 1844, t. I, p. 544).
Graham, étudiant ces mêmes substances, constat! qu'elles flottaient dans l'atmosplière avec la vapeur d'eau et se dissolvaient dans de l'eau condensée; prévoyant ce que la science actuelle tend à démontrer, il se les représentait plutôt sons la l'orme de particules pulvérulentes que sous celle de miasmes insaisissables.
Dès 1861 Eiselt, de Prague {Eiterhôrperchen in der Luft, eine aëroskopische S'Atdie. In Wochenbl. der k. k. Gesellschaft der JErzte. Wien, 1861, p. 96), pendant une épidémie de conjonctivite purulente, fit à l'aide d'un aéroscope analogue à celui de Poucliet des expériences sur l'air contenu dans une salle où se trouvaient 53 malades. Des particules organiques ne tardèrent pas à se déposer sur une plaque de xevre enduite de glycérine, mélangées avec des globales de pus facilement reconnaissables au microscope.
En 1858, Monier [Comptes rendus de l'Acad. des sciences) avait proposé la solution de permanganate de potasse pour déterminer les matières organiques contenues dans l'air; en 1859, Smith avait eu recours à la même méthode et avait même proposé pour cet usage un instrument spécial qu'il désigna sous le nom de septomètre [Journal de pharmacie, 1859, t. XXXVI). L'année suivante Piamon de Luna employa les mêmes procédés pour analyser lair de Madrid ; mais ces expérimentateurs avaient opéré sur l'air brut tenant tous ces corps étrangers en suspension, tandis que 0. Réveil et H. Roger agissant sur l'air parfaitement tamisé firent les premiers au point de vue de l'hygiène l'analyse mécanique et chimique de l'air, 0. Réveil vérifia à l'iiôpital de Lariboisière l'existence de matières organiques dans l'atmosphère des salles ; il les recueillait sur une série de lames de platine mouillées et criblées de trous à travers lesquels l'air s'engageait.
Chalvet, en 1862, alors interne de l'hôpital Saint-Louis, usant de procédés plus précis encore, constatait que l'air renfermait une plus forte proportion de matières organiques dans les salles de chirurgie que dans celles de médecine ; au voisinage d'un malade atteint de pourriture d'hôpital cette proportion était énorme [Recherches microscopiques sîir la présence des matières organiques dans l" atmosphère. In Gaz. des hôpit., 1862, et Considérations sur V influence de Vhygiène dans la pathologie. Thèse de Paris, 1865, n° 54).
En condensant sur des ballons l'efroidis la vapeur d'eau de l'air d'habitations collectives, casernes, hôpitaux, J. Lemaire [Recherches des miasmes fournis par le corps de l'homme. In Acad. des sciences, 16 sept. 1867, et Miasmes dans les maladies contagieuses. In Académie des sciences, 28 sept. 1868) y constata, en l'examinant au microscope, après quatre heures de condensation, des bactéries, des vibrions, des monades de diverses espèces, et crut pouvoir supposer que ces infiniment petits étaient les générateurs des maladies contagieuses.
Non-scTileracnt les matières organiijues provenant de l'air expiré vicient l'atmosphère confinée de lieux habités, mais elles s'accumulent sur les parois des salles qui s'en imprègnent. Kuhlmann, soumettant à l'analyse la poussière obtenue par le grattage à la superficie de la couche de badigeonnage à la chaux qui tapissait les murs, y trouva 46 pour 100 de matières organiques (Devergie, Bulletin de V Académie de méd. In Discussion sur la salubrité des hôpitaux, 1862, p. 589). A. Guérin a fait aussi analyser par M. Lutz, pharmacien de l'hôpital Saint-Louis, les poussières recueillies sur les poutres de ses salles et, bien que ce nettoyage fût pratiqué tous les trois mois, elles contenaient une quantité énorme de matières animales que M. Lutz ne rencontra pas dans les poussières provenant de sa chambre à coucher (F. Guyon, Eléments de chirurgie clinique, p. 457),
Recueillant à l'aide d'une éponge trempée dans l'eau distillée les poussières adhérentes aux murs d'une salle de chirurgie de la Pitié qui venait d'être évacuée et les examinant au microscope, Nepveu (Société de biologie, séance du 13 juin 1874) y trouva en grand nombre des micrococcos bien actifs, quelques diplococcos, des micro-bactéries et de rares streptococcos. Ces poussièi'es contenaient en outre des cellules épithéliales, de la matière colorante du sang, de la matière colorante bleue, des globules de pus et des globules rouges. Morton avait déjà constaté l'existence des cellules purulentes dans de l'air qui avait passé sur des linges tachés de pus frais. Watson, à Netley, a trouvé dans l'air d'une salle de phtbisiques non-seulement des corpuscules purulents, mais encore des corps arrondis qui n'existaient point dans l'air extérieur et dans les appartements ordinaires ; Bakewell a aussi constaté dans des salles de varioleux l'existence de nombreux globules de pus accompagnés de débris de croûtes (Médical Times and Gaz., décembre 1872), et de Chaumout, dans les salles des blessés {Accident Ward) de Saint-Mary's Ilospital, a recueilli, outre des fibres de lin, de coton, des débris d'insectes, des spores variés, des cellules d'épithélium cutané, d'épithélium nucléolaire de la langue et quelques globules de pus.
Les petits organismes vivants que contient normalement l'atmosphère sont infiniment plus nombreux dans une salle d'hôpital que dans l'air extérieur. Dans YA7înuaire de M ontsouris cour 1881, M. Micquel a consigné les observations suivantes : tandis que l'air recueilli dans les salles de l'Hôtel-Dieu (service de M. Germain Sée) fournissait 600 bactéries par mètre cube, on n'en trouvait le même jour que quelques centaines dans la rue de Rivoli et seulement 82 dans le parc de Montsouris. L'année suivante [Annuaire de Montsouris 1882), p. 485) le même expérimentateur voyait à la Pitié, dans les salles de M. Verneuil, les microbes au mois de novembre s'élever au chiffre de 15000 et plus par mètre cube d'air, tandis qu'au mois de juin leur nombre s'était abaissé jusqu'à 4500. La ventilation presque permanente pendant l'été par les fenêtres permet d'exphquer ces énormes différences. En moyenne, sur 100 bactériens, il trouvait 91 micrococcos, 5 bacilles et 4 bactériums.
De même que la vapeur d'eau, les matières organiques se diffusent moins rapidement que l'acide carbonique dans l'atmosphère d'une salle et surtout bien moins également. Elles séjournent surtout autour des malades qui les produisent : c'est ainsi que de Chaumont signale qu'il a trouvé à Saint-Mary's Ilospital des cellules de pus spécialement dans l'air entourant les lits « luhich had a had Réputation for Erysipelas ». De même que l'acide carbonique, par contre, les
matières organiques sont plus abondantes près des cloisons qu'à proximité des fenêtres.
Tous les faits qui précèdent démontrent l'existence, dans l'air des salles d'hôpitaux, de matières organiques, mais jusqu'à présent les procédés chimiques employés pour leur dosage sont encore dans une période d'essai, et la quantité d'ammoniaque nlbuminoide, c'est-à-dire provenant de la décomposition des matières organiques, ne saurait donner une idée très-exacte de la proportion de ces substances contenues dans l'air.
Smitli (Uol;ert-Auguste), en essayant l'air de chambres à coucher par la solution de permanganate de potasse, suivant la méthode dite de Wanklyn en Angleterre, trouva dans l'une 0'"*-''',190l par mètre cube d'air et 0™»s5o46 dans l'autre (Air and Uain, the Beginning of a Chemical Climatology. London, 1872, p. 456). Moss [theLancet, 1872), après avoir constaté 0"'8%0886 d'ammoniaque albuminoïde dans l'air extérieur, en constata i"^s''J)01 dans les salles de l'hôpital général de Porlsmoulh. De Cliaumont, répétant ces expériences, a trouvé dans l'air des salles de blessés de Saint-Mary's ilospilal 0"'i'''',69l5 d'ammoniaque albuminoïde, tandis que l'air extérieur n'en renfermait que O'"^'-, 5519. Enfin Ira Remsen (de Baltimore) a obtenu dans une série d'analyses de 0"'8'',210à 0'"^'%4o0 d'ammoniaipie albuminoïde par mètre cube d'air (Prelimiîiary Report on an Investigation concerning the Best Method for deterniining the Amoiint of Organic Malter in the Air. In National Board of Health Bolletin, t. I, Washington, 51 janvier 1880).
Dans leur mémoire sur la condition de l'air qu'il convient d'introduire dans les habitations chauffées et ventilées artificiellement [Congrès d'hygiène de Paris, 1878, t. I, p. 299), Geneste, Herscher et Somasco, ont indiqué pour apprécier la richesse de l'air en matières organiques un instrument auquel ils ont donné le nom d'aéroxyniètre et qui est basé sur ce principe qu'une solution faible de chlorure d'or prend à l'ébullition une coloration d'un vert d'autant plus foncé que la quantité de matières organiques contenues dans la solution est plus grande. Avec une solution titrée de chlorure d'or, un colorimètre gradué de 0 à 20, on peut apprécier le degré de viciation de l'air en essayant la vapeur d'eau du local condensée sur un vase en verre à mélange réfrigérant.
Il résulte de ces diverses recherches que la quantité des matières organiques contenues dans l'air vicié par la respiration serait bien infime, 1 mètre cube n'en contiendrait guère plus de 50 centigrammes; 2 mille litres n'en renfermeraient que 1 gramme environ. Quelque faible que soit la proportion de ces substances, elles n'en ont pas moins une importance considérable et leur action malfaisante ne saurait être mise en doute. Gavarret, Polli, Hammond, ont démontré par des expériences sur les animaux que l'air vicié, débarrassé de l'excès de vapeur d'eau et d'acide carbonique contenant seulement les matières organiques, constituait un poison très-actif. Hammond vit mourir une souris en quarante-cinq minutes dans une pareille atmosphère et Parkes a observé des hommes qui présentèrent pendant un et même deux jours des phénomènes fébriles très-accentués pour avoir respiré dans un semblable milieu pendant trois ou quatre heures. Dans une enceinte close, des animaux succombent alors inême qu'on leur fournit la quantité d'oxygène nécessaire à leur respiration et qu'on absorbe l'acide carbonique à mesure qu'il se forme (Gavarret, Supplément au Dict. desdict., art. Air. Paris, 1861).
La viciation d'un air non renouvelé par les produits de l'expiration est un
fait hors de toute contestation; l'homme sain lui-même vicie tellement l'air confiné que le professeur Mapother trouva dans une chamhre où avaient couclié 12 personnes l'air trois fois plus altéré que dans une salle de dissection contenant 9 cadavres (Félix Guyon. Éléments de chirurgie clinique, p. 454). Mais on ne saurait donner à ces substances organiques le rôle exclusif ni même prépondérant dans la production des maladies infectieuses et infectio-contagieuses.
Aujourd'hui que les mémorables travaux de Pasteur, après avoir démontré que les fermentations sont dues à l'action de corpuscules-germes contenus dans ralmojpbèi'e, établissent que les maladies infectieuses et contagieuses ont une origine analogue, aujourd'hui que la contagion cesse d'être un être mystérieux insaisissable pour devenir presque tangible, pour prendre corps, pour ainsi dire, il est rationnel d'admettre que les molécules organiques détachées du corps des malades ont surtout de l'importance parce qu'elles enveloppent et peut-être transportent les réels germes spécifiques. Outre leur action spéciale particulière, bien incontestable, elles jouent probablement le rôle de véhicule vis-à-vis des infiniment petits, des microbes spécifiques. La transmission des maladies parasitaires est bien certainement favorisée d'une semblable façon; Tilbury Fox en particulier a trouvé des sporules et du mycélium de trichophyton dans les salles où l'on traitait des enfants atteints de teigne tonsurante ; Gailleton (de Lyon) a constaté des faits analogues, et on rencontre également ïachorion Schœnleinii dans le voisinage des malades atteints de favus. Récemment Eiselberg a découvert des cocci de l'érysipèle dans l'atmosphère de salles de chirurgie [Arch. f. kUn. Cliir., 1887, XXXV, 1, p. 1).
Ainsi que l'a fait remarquer Wernick (A.), la pullulalion parasitaire (vibrions, bactéries, etc.) ne réussit que dans un milieu adéquate. De même qu'il faut un liquide spécial de culture pour que chaque germe se développe et acquière des qualités virulentes, de même pour devenir un milieu propre à la multiplication, à l'activité spécifique des microbes, l'air doit être altéré, vicié préalablement d'une certaine façon (Die Entwickelung der organiùrten Krankheitsgifte. Berlin, 1880). C'est ainsi qu'il est permis aujourd'hui de comprendre l'action nocive de l'air vicié par l'homme sain ou malade et, si l'on ne peut encore s'adresser aux germes parasites directement, il est au moins possible de s'opposer à leur pullulation et à leur action nocive en purifiant l'air altéré par les émanations humaines, en empêchant la formation du milieu dit adéquate par Wernick. Chalvet avait déjà en 1861 pressenti ce rôle des matières organiques de l'air : Nul doute, dit-il, que cette couche de poussières mixtes qui revêt les murs ne puisse donner naissance à des gaz susceptibles de favoriser le transport dans l'air de corpuscules qui jouent peut-être un rôle important dans la constitution de l'atmosphère nosocomiale. Et du reste pareilles idées avaient déjà été émises, longtemps auparavant, en 1776, dans un mémoire couronné par l'Académie de chirurgie et portant pour titre : Comment l'air par ses diverses qualités peut-il influer dans les maladies chirurgicales? eic. L'auteur, Lombard, s'exprimait ainsi : « L'air chauffé pendant la nuit met en mouvement les particules les plus subtiles des odeurs, les dilate, les féconde et les rend susceptibles du plus grand mal. La contagion (de l'érysipèle, de l'infection purulente) est due au transport d'un malade à un autre, de corpuscules infectants qui s'échappent des matières puriformes que rendent les plaies {Mémoires de l'Académie de chirurgie, t. V, p. 109. »
Pendant quelque temps, on a pensé que l'absence complète d'ozone constatée
par Scoutetten {L'ozone ou recherches chimiques météorologiques, physiologiques et médicales, sur Voxygène électrisé. Metz, 1856) etBérigny Ad. {Observations faites à Versailles avec le papier ozométrique de Schœbein, 1855) devait être considérée comme une altération importante de l'air à ajouter à celles que l'on connaissait antérieurement. Mais, Scoutetten lui-même ayant constaté le même fait dans des lieux réputés très-salubres, on peut, sans témérité, dénier à l'absence de ce corps toute valeur pathogénique.
Dans un hôpital, l'air n'est pas seulement altéré par les diverses émanations de provenance humaine ; bien que là soit la cause principale de la viciation de l'atmosphère, il faut y ajouter l'évaporation des tisanes, des bains pris dans les salles, des draps et alèzes mouillés, des crachoirs, des cataplasmes, des fomentations, du sang des saignées et des ventouses, des matières vomies, des urines, des chaises de nuit, etc. (Michel Lévy). Mieux encore que les réactifs chimiques, nos organes sont habiles à déceler les plus faibles doses des diverses émanations. Certaines maladies présentent même des odeurs spéciales que l'on découvre facilement lorsque, selon l'expression de Corvisart, l'odorat a été préparé par une éducation convenable. La dysenterie, les maladies typliiques, qui donnent à l'haleine une odeur toute particulière, la gangrène pulmonaire surtout, peuvent souvent être pour ainsi dire diagnostiquées à l'aide de l'odorat. Cette impression désagréable que dans le langage populaire on désigne sous le nom d'odeur de fièvre est surtout intense, chacun le sait, le matin, avant qu'on ait ouvert les fenêtres; elle accuse l'accumulation des miasmes pendant la nuit. Dans des salles de Beaujon, recevant par heure et par malade 47 mètres cubes d'air, Boudin put encore la constater : il ne trouva exemptes d'odeur que les salles de cet hôpital où la ventilation s'élevait à 67 mètres cubes par heure et par malades. Dans certains hôpitaux, de Chaumont a trouvé encore une] mauvaise odeur perceptible alors que chaque malade recevait par heure 5000 pieds cubes.
L'homme, comme on l'a dit maintes fois et avec raison, est un réactif d'une singulière susceptibilité : avec une précision inimitable, il accuse les variations les plus légères du milieu qu'il habite. Mais d'un autre côté, comme l'a observé Bouchut au Congrès de Bruxelles, les milieux les plus odorants ne sont pas toujours les plus dangereux et le sens de l'odorat seul ne saurait être un guide sur pour révéler la nociveté de l'air. Lorsque les procédés scientifiques sont impuissants à déceler les germes infectieux, l'état sanitaire des personnes placées dans ce milieu salubre en apparence vient révéler l'existence de l'infection miasmatique de l'air. A son plus faible degré, la malaria nosocomiale peut se borner à déterminer les accidents désignés, surtout en Allemagne, sous le nom de gastricisme d'hôpital (embarras gastriques, diarrhées, ictères légers, etc.).
Quand à la somme des exhalaisons humaines normales viennent se joindre des émanations pathologiques plus ou moins abondantes, quand, en d'autres termes, aux miasmes résultant de l'encombrement viennent se joindre les produits de la maladie, l'infection acquiert sa plus haute intensité, et l'on voit apparaître des maladies telles que le typhus, la pourriture d'hôpital, l'infection purulente, la fièvre puerpérale, l'érysipèle, qui, comme le dit M. Léon Colin, sont l'expression la plus élevée du miasme nosocomial et qui portent toutes, pour ainsi dire, une marque de fabrique.
Nées sous l'influence de l'infection miasmatique, elles se propagent par contagion ; sévissant souvent à la fois dans le même milieu, elles ne paraissent point
provenir cliacune d'un agent spécifique jtarliculier. Le typhus règne souvent en même temps que la pourriture d'iiôpital et la parenté étroite qui existe entre l'érysipèle et la fièvre puerpérale ne saurait plus être contestée. Comme toutes les maladies miasmatiques, ces affections présentent pour caractère spécial de se renforcer dans le milieu qui leur a donné naissance, d'acquérir chaque jour plus de gravité par le fait d'une intoxication continue et progressive. Il se crée dans ce milieu redoutable q^ue présente un hôpital aéré d'une façon incomplète et insuffisante, encombré, en un mot, ce que Rilliot et Barlhcz ont pu appeler avec raison un climat pathologique, et ce climat favorise le développement de germes morbides qui n'auraient pu se développer dans d'autres conditions. C'est à cet état infectieux de la salle d'hôpital encombré que Simpson a si justement donné le nom A' Hospitalism {the Worlis of sir J.-Y. Simpson, vol. II).
La voie la plus large ouverte aux miasmes pour pénétrer dans l'économie est la membrane muqueuse des voies aériennes, mais cette voie d'absorption, bien que de beaucoup plus importante, n'est cependant pas unique. S'il est contestable que la déglutition d'une salive chargée d'émanations infectieuses puisse être une source d'intoxication, on ne saurait nier la possibilité de l'absorption à un faible degré, il est vrai, par la peau intacte, même revêtue de son épiderme.. Toute dénudation cutanée d'origine pathologique (plaies, ulcères, etc.) ou thérapeutique (incisions vésicatoires, etc.) devient, on ne doit pas l'oublier, une surface éventuelle d'absorption douée d'une bien réelle activité.
Un homme sain s'empoisonne lui-même lorsqu'il respire un air insuffisamment renouvelé, lorsque, suivant l'expression d'Axenfeld {Des influences nosocomiales, p. 'il. Thèse d'agrégation. 1857), il rumine l'air d'un espace trop resserré ; d'aliment par excellence l'air en passant par le poumon devient un poison délétère. Un malade, à fortiori, fùt-il seul, ne saurait séjourner impunément dans l'air confiné qu'il vicie lui-même; en même temps que les produits toxiques éliminés deviennent à la fois plus actifs et plus abondants, l'absorption s'opère d'une façon plus énergique par des surfaces plus nombreuses. Si au lieu d'être isolés les malades sont agglomérés, il se produit entre eux un échange perpétuel d'émanations morbides; il y a d'une façon continue prêt et emprunt d'agents miasmatiques et contagieux. Il est un fait bien acquis, c'est que l'intensité d'action des miasmes nosocomiaux ne s'accroît pas seulement en raison directe du nombre des malades que l'on réunit dans un espace limité; pour traduire la chose d'une façon tangible, on pourrait presque dire que, quand le chiffre des malades croît en proportion arithmétique, la puissance du septiose, d'après l'expression de Piorry, augmente en progression géométrique.
Suivant les maladies dominantes, les miasmes nosocomiaus varient singulièrement d'intensité : lorsqu'il s'agit de maladies chroniques apyrétiques n'entraînant aucune suractivité des fonctions et sécrétions de l'organisme (rhumatisme, affections organiques diverses, etc.), l'atmosphère ambiante ne se charge pas outre mesure d'émanations humaines comme lorsqu'il y a agglomération de maladies aiguës dans le décours desquelles les éliminations pulmonaires et cutanées deviennent abondantes, à la fin desquelles, dit Londe, il se produit une sorte de dépuration. Dans une agglomération de malades, certaines affections et tout spécialement le scorbut, la diarrhée et la dysenterie chronique, paraissent singulièrement favoriser l'apparition du typhus : expression fort élevée de l'empoisonnement nosocomial (J. Arnould, Guillemin).
Le rôle de l'encombrement, bien que prédo.minant, n'est pas exclusif dans la
pathogénie hospitalière; il est un certain nombre d'autres facteurs puissants, quoique secondaires, et qui, se rapportant soit à la nature de l'affection primitive du malade, soit à la période de la maladie, soit à la constitution, au sexe, à l'âge du sujet, modifient considérablement la réceptivité morbide.
La violation de l'atmosphère dans une salle dhôpital sera d'autant plus intense et d'autant plus rapide que les maladies en traitement auront entraîné des changements ]ihis grands dans la quantité et la qualité des produits absorbés et expulsés. L'absorption sera, cela va de soi, d'autant plus active qu'il s'agira d'un sujet exténué par de copieuses excrétions par une longue abstinence, surtout lorsqu'en même temps les surfaces absorbantes se seront multipliées, lorsqu'il s'ajoutera à celles que la maladie a créées toutes celles que l'art lui-même se sera ingénié à produire. Il est un fait aujourd'hui bien démontré, c'est que l'absorption des substances toxiques, miasmatiques contenues dans l'ail s'exerce à la surface d'une plaie beaucoup plus activement que par toute autre voie. Gaspard, il y a près d'un siècle, avait déjà signalé ce danger non-seulement pour les blessés, mais encore pour les femmes en couches, dont la vaste plaie utérine fournit ime si large surface à l'absorption. 11 est de fait, en outre, que non-seulement les accouchées, mais même les femmes enceintes, ont une réceptivité remarquable pour les miasmes infectieux et les empoisonnements pyohémiques.
Les sujets actuellement atteints d'une maladie aiguë semblent, au contraire, pui&er dans cette circonstance même une sorte d'immunité passagère. Ce n'est pas pendant la période aiguë des fièvres ou phlegmasies que les agents miasmatiques en circulation dans un hôpital insalubre en inlluencent sensiblement les habitants. Mais, une fois cette période franchie et celle de déclin, de résolntion, arrivée, l'économie est d'autant plus exposée à l'action des causes morbides nouvelles que l'affection antécédente a déterminé un affaiblissement plus prononcé, ce qui revient à dire qu'un organisme, épuisé par la maladie, présente le minimum de résistance à l'infection nosocomiale. C'est surtout pendant la convalescence des maladies graves que l'on voit apparaître comme maladies secondaires les exanthèmes aigus, spécialement chez lesjeunes enfants. — A part les affections puerpérales, il serait bien difficile d'établir l'influence du sexe sur les manifestations morbides dues aux miasmes nosocomiaux.
Quant à la constitution individuelle, on ne saurait arguer de sa force ou de sa faiblesse pour préjuger du degré de résistance qu'elle pourra opposer à l'infection hospitalière. Dans un milieu miasmiatique, qu'il s'agisse de fièvre puerpérale, d'ophthalmie purulente, de diphthérite, etc., tous ceux qui se trouvent exposés à l'action infeclio-contagieuse paraissent sans distinction payer un égal tribut. Bien plus, n'a-t-on pas vu, comme l'a fait remarquer Chomel, les maladies épidémiques sévir sur les sujets robustes plus que sur les personnes faibles et valétudinaires?
On peut admettre comme proposition générale que la tolérance du séjour nosocomial est en raison inverse de l'âge. Le vieillard chez lequel la fonction de l'absorption, comme tous les actes de la nutrition du reste, ne fait qu'aller en s'affaiblissant, est exposé dans un milieu infecté au minimum de danger, et l'adulte lui-même doué d'une force de résistance bien plus grande s'oppose beaucoup mieux que l'enfant à l'action toxique du milieu nosocomial. A cet âge, la circulation est plus active; les excrétions plus abondantes et fétides au milieu desquelles les jeunes enfants sont plongés vicient rapidement l'atmosphère et.
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comme ils absorbent avec facilité, ils s'imprègnent en quelque sorte de leur propre méphilisme (MicbelLévy).
C'est dans les bôpitaux qui leur sont destinés que les influences nosocomiales se trouvent poriées à leur maximum de puissance : sur 100 décès, à Paris, à l'hôpital des Enfants, il y en a plus de 60 qui sont dus à des maladies contractées dans les salles; et ce n'est pas sans raison qu'on a pu dire que les enfiints y meurent de la maladie qu'ils y contractent et non de celle pour laquelle ils y sont entrés. Un enfant, dit Trousseau (Journal dex Débats du 19 novembre 1845) est amené avec une tluxion de poitrine, il guérit et pendant la convalescence il contracte la coqueluche dont est atteint un autre malade. Pendant le cours de cette maladie nouvelle, la rougeole, la scarlatine, viennent l'assaillir, et quelquefois enfin, lorsqu'il semble avoir triomphé de ces causes successives de destruction, il est pris d'une ophtbalmie qui a déjà frappé d'autres enfants autour de lui et il ne retourne dans sa famille qu'aveugle ou défiguré. Les exanthèmes aigus sévissent tout spécialement dans les hôpitaux de l'enfance où ils trouvent un terrain propice pour la reproduction de leurs germes, et ces maladies qui en ville sont considérées comme bénignes y deviennent très-meurtrières. En Angleterre, cette influence dangereuse au possible de la réunion d'enfants atteints de maladies aiguës est tellement reconnue que l'on a songé à supprimer les hôpitaux spéciaux d'enfants et à répartir les petits malades, à les distribuer dans les établissements destinés aux adultes.
Les individus qui, par besoin ou par profession, séjournent dans les milieux infectés de miasme nosocomial, y acquièrent une force particulière de résistance ; chez eux l'habitude émousse Timpressionnabilité, ils subissent une sorte d'acclimatement, imparfait, il est vrai, mais cependant indéniable : il se produit comme une imprégnation, une sorte de vaccination lente qui peut rendre parfois réfractaires à l'explosion de la maladie infectieuse les personnes qui vivent ainsi dans les milieux miasmastiques.
11 serait bien difficile de dire exactement quelles influences l'infection nosocomiale exerce sur les maladies primitives apportées à l'hôpital. Les maladies aiguës inflammatoires sont celles que le séjour dans les hôpitaux semble modifier le moins dans leurs symptômes. D'une façon générale, les affections y présentent plus qu'ailleurs les caractères de l'adynamie; imporfées du domicile du pauvre, elles trouvent dans le milieu nosocomial, dans une atmosphère chargée de miasmes septiques, tous les éléments nécessaires à leur aggravation. Le rétablissement est souvent lent, la convalescence pénible, il y a tendance à la chronicité.
Les états chloro-anémiques et les troubles nerveux, qui y sont si souvent liés, se perpétuent indéfiniment à l'hôpital. Les individus atteints d'affections chroniques trouvent dans les influences nosocomiales un obstacle parfois invincible à leur guérison, la nutrition ne se rétablissant que bien exceptionnellement chez ces pauvres cachectiques cloîtrés dans un hôpital. Souvent aussi, il faut le dire, le régime alimentaire de l'établissement ne saurait leur convenir. Le séjour de nos hôpitaux ordinaires est en particulier funeste aux tuberculeux, qui viennent y mourir en foule et parfois après que la maladie, passée à l'état chronique, a repris les allures d'une phthisie aiguë.
Les maladies franchement contagieuses trouvent dans les hôpitaux, il est vrai, des éléments plus nombreux de propagation, mais il est de fait que la maladie de chacun n'y acquiert pas plus de gravité, que leur réunion n'augmente en rien la puissance de réceptivité, pourvu toutefois qu'on les installe dans de
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bonnes conditions, qu'on n'arrive pas à l'encombrement. Que l'bôpital soit plus ou moins peuplé, la maladie évolue à peu près de la même façon : le germe contagieux joue un rôle bien plus considérable que les circonstances au milieu desquelles il exerce son action. De 1815 à 1825, les malades atteints de variole furent dirigés sur l'hôpital de la Pitié et placés dans un quartier séparé; malgré les conditions hygiéniques assez peu satisfaisantes de ce service. Serres ne remarqua pas d'aggravation de la maladie par le fait de la réunion des varioleux. A Stockwell Small-pox Hospital, quel que soit le chiffre des varioleux admis, la mortalité oscille toujours entre 18 et 20 pour 100 d'après les statistiques fournies par lesAtinuals Reports of the Metropolitan Asijlums. Enfin pendant le siège de Paris, 1870-1871, Léon Colin, [Traité des maladies épidémiques, p. 188) a pu constater que l'accumulation en quelques mois de près de 8000 varioleux dans un établissement unique, à Bicètre, où 00 salles toujours remplies étaient contiguës, n'a amené aucun danger nouveau ni poiu" les malades ni pour le personnel hospitalier.
Ce qui est vrai pour la variole l'est aussi pour la scarlatine, qui est plus commune en été, alors que les conditions génératrices des miasmes de l'encombrement sont réduites à leur minimum et, ainsi que l'a fait remarquer Laveran père, c'est par suite d'une insalubrité générale et non de l'influence réciproque des malades atteints de rougeole que cette affection dans les hôpitaux présente parfois une gravité particulière (Des influences nosocomiales sur la marche et la gravité de la rougeole, in Gazette hebdomadaire, 1864). Pour cette dernière maladie cependant Ferrand (Union îne(/îca/e, 25 octobre 1875) et Oyon [Recherches sur les causes de la gravité de la rougeole à F hospice des Enfants- Assistés de Paris. Thèse inaugurale, Paris, 1874) pensent que l'agglomération dans une même salle d'individus atteints de cette affection en augmente la gravité par le fait de la condensation du miasme morbilleux.
L'accumulation de malades atteints de gangrène d'hôpital, de fièvre puerpéiale, d'affections en un mot, nées de l'infection nosocomiale, et qui se répandent, se multiplient ensuite par contagion, a une tout autre gravité. Une fois créé, le foyer infectieux acquiert une puissance toxique qui s'accroît en raison du Jiombre d'individus agglomérés. Quant au typhus, Murchison (i T réalise of the Continued Feversof Great Britain, 2"^édit., 1875, cliap. vin, p. 689) ayant démontré que de 1862 à 1865 la mortalité avait été sensiblement la même au London Fever Hospital et dans des hôpitaux généraux, on paraît devoir admettre que la réunion des malades qui en sont atteints dans des salles spéciales n'est point à redouter. Tout au contraire, la dysenterie, ladiphthérite, l'opbthalmie ])urulente, acquièrent, lorsqu'elles se développent dans le milieu nosocomial, une puissance de propagation et une gravité tellement exceptionnelles qu'il faut bien admettre c[u'elles y trouvent un nouvel élément pathogéiiique.
Le muguet des enfants est pour ainsi dire une maladie hospitalière, au moins pour les cas graves; cliez les enfants bien nourris, bien logés, il ne se montre que sous forme bénigne. Il en est de même pour le sclérème des nouveau-nés : Copland considère comme la cause la plus active de cette maladie l'influence d'un air vicié tel que celui que les nouveau-nés respirent dans un hôpital trop resserré et il fait remarquer que, si le sclérème est plus fréquent en hiver qu'en toute autre saison, cela tient à ce que par les temps froids on n'a souvent point la précaution d'entretenir une ventilation suffisante et de renouveler l'air vicié des salles.
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Il serait impossible d'établir la proportion de la mortalité à l'hôpital et en ville ; les statistiques comparatives font défaut et elles ne sauraient du reste avoii' une grande valeur, puisque les maladies les plus graves, spécialement pour les enfants, sont surtout celles que l'on réserve au traitement hospitalier. Le genre de malades, leur vie antérieure, tout diffère et contribue à rendie les comparaisons impossibles.
L'infection nosocomiale présentait jadis quelques singularités dont on pourrait aujourd'hui avec les théories microbiennes facilement fournir l'explication. Parfois, dans le même établissement, certaines salles présentaient une salubrité très-différente, bien qu'en apparence elles se trouvassent identiquement dans les mêmes conditions hygiéniques. On a encore vu se créer des foyers tout à fait partiels d'infection, aussi facilement explicables : c'est ainsi que Vidal (de Cassis) a signalé un lit fatal à la Charité dans lequel les blessés qu'on y plaçait étaient souvent atteints de gangrène, et que Philippe lîoyer rappelait fréquemment à ses auditeurs l'histoire des séries malheureuses du rang noir de la salle Sainte- Marthe à l'Hôtel-Dieu.
Enfin, il est depuis longtemps démontré que dans le même bâtiment les salles du rez-de-chaussée ou du premier étage sont toujours moins insalubres que celles des étages supérieurs. Ce fait, signalé déjà par Ilunter ef Pastoret, et sur lequel nous aurons l'occasion de revenir, doit s'expliquer par l'accumulation des miasmes dans les parties élevées : comme les odeurs, ils tendent toujours à monter (Oppert, Die Einrichtung von Krcuikenhaiisern. Berlin, 1859, in-4"). La nécessité d'un air pur domine toute l'hygiène hospitalière. Quand même toutes les autres conditions d'un bon service : alimentation, modes de pansement, méthodes curatives, composition du mobilier, soins donnés par le personnel, seraient réalisées d'une façon idéale, si l'air est vicié d'une façon permanente, ou si, ce qui revient au même, il est fourni en quantité insuffisante, les chances de guérison restent précaires et le chiffre de la mortalité ne saurait s'abaisser. Aussi peut-on dire, sans exagération, que s'opposer à la viciation de l'air, ce pain du poumon, suivant l'expression de Max Simon, que maintenir les malades dans une atmosphère absolument pure, doit êti'e, sinon l'unique, au moins de beaucoup la plus grande préoccupation. — En dehors des influences d'ordre physique, il en est d'un autre ordre, de l'ordre moral, qui, bien que beaucoup moins importantes, ne sauraient cependant être complètement négligées. Gardons-nous de croire, dit Axenfield, qu'il n'y ait pas des malades que la nostalgie, la tristesse, la terreur même, assiègent dans ce séjour nouveau peuplé d'infortunes et où les affections de famille ne pénètrent qu'à des intervalles réglés. Cet état spécial de la sensibilité générale et de l'imagination doit certainement avoir sa part d'influence sur l'issue de la maladie. Quant à l'action morale réciproque des malades les uns sur les autres, elle est incontestable dans certaines affections nerveuses, dans l'ijyslérie, par exemple : tout le monde connaît les attaques d'hystérie yjar imitation; enfin la vie en commun des aliénés, réunis dans des asiles, a souvent, ainsi que l'a fait remarquer Jules Falret, pour résultat non pas de favoriser une sorte de contagion morale de la folie, mais de monotoniser dans une certaine mesure les délires par le fait d'une discipline uniforme qui réprime toute manifestation spontanée d'une idée délirante.
Les différents faits de l'ordre chimique et physique d'une part, clinique de l'autre, que nous venons de passer en revue, nous ont fait connaître les causes, jusqu'à présent dévoilées, de l'insalubrité des hôpitaux, des méfaits uosocomiaux.
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ei c'est à prévenir les diverses circonstances qui peuvent favoriser l'infection hospitalière que l'hygiène doit s'appliquer. Il appartient au me'decin, armé de ces faits, de faire connaître les règles qui doivent présider à l'installation et au fonctionnement des hôpitaux : celui-là seul qui connaît les causes du mal doit pouvoir recliercher et indiquer les moyens de les combattre. Â mon avis, dit Stromejer [Maximen der Kriegsheilkunst. Ilannover, 1861), il n'y a pas de lâche plus difficile pour un architecte que de construire un bon hôpital : il ne saurait se passer des conseils et de l'ex^jérience du médecin. L'hygiène hospitalière, a dit Ulysse Trélat [Annuaire scientifique, 1860), a pour sujet le malade et pour objet la création — et l'entretien, ajoute avec raison M. Guyon — du milieu le plus favorable à sa guérison, c'est-à-dire des conditions dans lesquelles la marche naturelle de la maladie et sa cure ne sont traversées ou troublées par aucun élément étranger. Ce degré de perfection n'est certes pas encore atteint, mais chaque jour de nouveaux progrès se réalisent, la période de découragement est passée et on ne pourrait plus dire aujourd'hui comme Bouchardat, en 1 849 : « Si nous avions une grande opération à subir, nous aimerions mieux l'endurer dans un grenier sur un grabat avec du pain et une cruche d'eau que de courir les chances d'un empoisonnement que la science et la prévoyance humaine la plus éclairée ne permettent pas d'éviter.
m. Emplacement et choix du terrain. Pendant fort longtemps, un hôpital fut malheureusement considéré comme un des édifices publics devant faire l'ornement de la cite et, sans se préoccuper de ce que l'emplacement adopté pouvait avoir d'insalubre, on continua à élever, à grands frais, de monumentaux établissements au milieu des villes. On oubliait qu'un hôpital plongé dans l'atmosphère urbaine était, de par cette situation, condamné à l'insalubrité, que si l'air dans des salles de malades devait être abondamment fourni, il devait aussi, et surtout, être fourni absolument pur, et que la rapidité de son renouvellement ne pouvait compenser sa violation dans l'intérieur d'une ville. Du reste, en même temps que la ville est une source d'insalubrité pour un hôpital, celui-ci, dont l'isolement ne peut jamais être qu'illusoire au milieu do quartiers populeux, constitue à son tour pour la ville un foyer de transmissions morbides. Les quartiers de Paris situés sous le vent des hôpitaux dans lesquels sont reçus des varioleux et des diphthériques prennent une part exagérée aux épidémies de ce> deux types, et à Londres les établissements spéciaux pour la petite vérole ont été accusés, non sans quelque raison, d'être préjudiciables à la population environnante.
En 1824, Dupuytren à l'Institut avait loué la position heureuse, la bonne exposition, la salubrité de l'Hôtel-Dieu, et en 1865, pendant la remarquable discussion de la Société de cbirurgie sur l'hygiène hospitalière, il s'est trouvé encore deux orateurs qui ne repoussèrent pas la construction du nouvel Hôtel- Dieu en plein Paris. Pour Broca, l'emplacement de la Cité n'était ni meilleur ni pire qu'un autre; il ne pouvait devenir mauvais que si l'on y entassait un trop grand nombre de malades, et il devait être considéré comme bon, si l'on n'y en plaçait que 500. Gosselin, contestant les avantages que pouvaient présenter les hôpitaux installés à la campagne, ne trouvait nullement mauvais l'emplacement choisi pour le futur Hôtel-Dieu. On ne saurait souscrire à une pareille opinion, quand on songe à ce qu'est l'atmosphère de Paris où plus de 2 000 000 de poitrines, dit M. Ulysse Trélat, versent par vingt-quatre heures
700000 à 800 000 mètres cubes d'air expiré, où une incessante activité accumule tous les eflluves des corps humains ou animaux, où une industrie chaque jour grandissante inonde l'air de détritus de toute espèce; quand on songe, en un mot, à celte atmosphère qui, vue des hauteurs de Montmartre, apparaît comme un nuage poudreux, immobile, enveloppant la grande ville.
Ce qui est vrai pour Paris ne l'est pas moins pour toute autre agglomération humaine, et la statistique démontre que, toutes choses égales d'ailleurs, la mortalité dans les hôpitaux est proportionnelle à la population des villes où ils sont situés.
MM. BristoNveet Holmes [Reports on the Ilospitals of Ihe United Kingdoni. In the Lancet, 1864), chargés de visiter les hôpituux du Royaume-Uni, ont dressé un tableau statistique et comparatif de la mortalité après les amputations laites pendant les aimées 1860 à 1864 dans les hôpitaux de Londres, dans ceux des grandes villes d'Angleterre et enfin dans ceux des petites villes, auxquels ils donnent le nom d'hôpitaux ruraux. Ce tableau est résumé de la façon suivante par le professeur Léon Le Fort :
Mortalité pour 100 opérés.
Amputation Amputation Amputation Ampulatioii
de la cuisse. de la jambe. du bras. de l'avant-bras.
Hôpitaus de Londres. . . 56,0 30,6 22,9 13,1
— provinciaux.. 3i,5 21,0 26,3 7,6
— ruraux.. . . 2i,0 16,9 17,7 8,3
M. L. Le Fort a pu seulement pour les villes de Londres, Birmingham, Bristol, Leeds, Liverpool, Sheffield, Edimbourg, Glasgow et Dublin, classer ces hôpitaux d'après leur situation à l'extérieur ou à l'intérieur des cités, et, en examinant à ce point de vue les résultats fournis par les amputations de cuisse, il arriva aux résultats .'■uivants :
Hôpitaux situés au centre de la ville : 59,1 pour 100 de mortalité;
Hôpitaux situés à la circonférence ou en dehors de la ville : 24,2 pour 100 de mortalité.
M. Verneuil, analysant [Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, 1862, p. 3) les rapports officiels du docteur Otsolig pour les années 1858, 1859 et 18G0, sur l'état sanitaire des hôpitaux civils de l'empire russe, avait déjà signalée l'énorme difleience de mortalité que les opérations ciiirurgicales présentaient d'une part dans l'un des principaux hôpitaux de Saint-Pétersbourg [Arbeiter-Hospital) et de l'autre dans la somme des hôpitaux de province.
Au cours de la discussion à la Société de chirurgie, deux médecins de province, MM. Ragaine (de Mortagne) et Jules Mengy (de Réthel), vinrent encore fournir de nouveaux faits à l'appui de la supériorité des hôpitaux situés dans les petites localités. Sur 86 opérations graves, très-variées, pratiquées en vingt-ans, le premier n'avait pas eu un insuccès et n'avait jamais vu survenir ces graves complications qui dans les grandes villes sont l'effroi du chirurgien. Le second n'avait pas perdu un seul amputé sur 25 ou 50 opérés de 1822 à 1850 et, depuis 1860, 6 amputations lui avaient fourni six guérisons.
Comparant la mortalité des hôpitaux militaires de Paris à celle de l'Hôpital de Vincennes, M. Legouest (Discussion sur rkijgiène et la salubrité des hôpitaux, p. 66) établit que, tandis qu'il moui^ait 4445 malades pour 100 au Val-de-Giâce et 48S0 pour 100 au Gros-Caillou, il n'en succombait que 2110 pour 100 à Vincennes. Ces établissements recevant tous des hommes du même âge, vivant DICT. ENC, 4« s. XIV. 20
dans les mêmes conditions, rien ne paraît plus naturel que d'admettre que le taux de la mortalité indique leur degré respectif de salubrité.
La nécessité d'éloigner les hôpitaux des quartiers populeux d'une ville était reconnue par l'administration do l'Assistance publique, alors même qu'elle projetait la reconstruction de l'Ilôtel-Dieu dans la Cité. On peut lire en effet dans la légende annexée au projet du nouvel Hôtel-Dieu : « Celui qu'on recueille à l'hospice n'a rien qu'à gagner en santé et en calme à quitter les quartiers où les habitants se disputent l'air et la lumière pour se rapprocher de la campagne ». Mais, une fois de plus, des vues théoriques fort saines durent céder le pas à des considérations d'un ordre nullement hygiénique. Se basant sur ce fait que dans certaines villes, entourées d'une zone palustre, à Rome en particulier, le centre de la cité est plus salubre que la périphérie, M. Léon Colin ne voudrait pas qu'on acceptât comme loi générale la nécessité de placer les hôpitaux partout et toujours dans un quartier excentrique. Les localités palustres devant toujours être évitées, cette exception s'impose tout naturellement.
En dehors de la question de salubrité, qui à elle seule est cependant suffisante pour faire éloigner les hôpitaux de l'intérieur des villes, il est d'autres faits qui militent aussi on faveur de leur installation en dehors des centres d'habitation. Tenon avait déjà insisté sur les inconvénients que les divers bruits d'une ville répercutés jusque dans un hôpital pouvaient avoir sur la marche et l'issue de diverses maladies; c'est même à cette cause qu'il n'hésitait pas d'attribuer le défaut de succès de toutes les opérations de trépan pratiquées à l'Hôtel-Dieu. Sans donner autant d'importance aux bruits extérieurs, il est bien certain que le calme de la campagne est plus favorable aux malades que les échos bruyants de la grande ville.
On peut poser en fait qu'un hôpital ne doit pas être construit pour occuper ou remplir un espace choisi de terrain, que c'est au contraire l'emplacement qui doit être recherché suivant le plan préalablement adopté pour l'hôpital. Or, vouloir élever un hôpital au milieu d'une ville, c'est souvent s'astreindre à Fédifier sur une surface restreinte qu'imposent soit des convenances architecturales, soit le prix élevé des terrains.
Cette dernière considération a dû souvent peser d'un poids considérable, et c'est certainement autant par raison d'économie que par raison d'hygiène que. dans un grand nombre de villes d'Europe, on a placé les hôpitaux vers la circonférence ou même tout à fait en dehors des villes. C'est vers la circonférence que sont placés ceux de Saint-Pierre à Bruxelles, des Juifs à Hambourg, de Bavière à Liège, les Hôpitaux catholique, Juif, et la Charité royale de Berlin, le grand hôpital de Vienne, etc. C'est en dehors des habitations ou même des limites de la ville que sont placés ceux d'Aix-la-Chapelle, de Bonn, de Munster, de Hanovre, de Brème, de Kiel, de Copenhague, de Dantzig, de Leipzig, de Dresde, de Prague, de Trieste, de Munich, d'Augsbourg, de Stuttgard, de Francfort, de Zurich, etc. C'est en dehors de Moscou que sont situés les hôpitaux de la ville, de Galitziu, de Marie, de Paul I", le Grand-Hôpital militaire, etc. C'est en dehors de Saint-Pétersbourg que se trouvent les hôpitaux que renferme l'Académie médico-chirurgicale. Si à Londres les grands hôpitaux sont placés pour la plupart à l'intérieur de la ville, cela tient surtout à l'organisation spéciale de l'assistance publique qui, devant tout à l'initiative des particuliers, a conduit tout naturellement à la fondation d'hôpitaux là où le besoin s'en faisait sentir, c'est-à-dire au centre des habitations, et cela avec d'autant plus de
facilité que l'hygiène hospitalière n'avait guère encore montré les dangers des agglomérations de malades intra- urbaines. Mais aujourd'hui on a, en Angleterre comme ailleurs, compris la nécessité de reléguer les hôpitaux hors des villes.
On a fait à l'installation des hôpitaux en dehors des villes un certain nombre d'objections qui, sérieuses en apparence, ne résistent pas à la discussion. Tout d'abord, a-t-on dit, les hôpitaux doivent être placés de manière à rendre les secours prompts et faciles, par conséquent ils doivent être répartis dans les différents centres d'agglomérations ouvrières. Si tous les malades avaient besoin de secours immédiats, l'objection aurait une énorme valeur, mais il est, on le sait bien, loin d'en être ainsi, et les entrées d'urgence pour accidents : fractures compliquées, hémorrhagies, etc., ne représentent certainement pas un dixième du chiffre total des entrées. Pour ces malades, auxquels on ne saurait sans inhumanité et sans danger pour leur vie imposer un long trajet pour arriver à l'hôpital, il devient nécessaire de conserver quelques hôpitaux de secours au milieu des quartiers populeux, en reportant les hôpitaux généraux à l'extérieur des villes, où, avec les moyens faciles et rapides de communication que l'on possède aujourd'hui, la plupart des malades peuvent être transportés non-seulement sans danger, mais encore sans fatigue, et où ils bénéficient d'un air pur que n'aurait jamais pu leur offrir l'hôpital intra-urbain.
A l'Académie de médecine, en 1862, pendant la discussion sur l'hygiène hospitalière, le directeur de l'Assistance publique, M. Davenne, avait considéré l'éloignement des hôpitaux comme fâcheux « parce qu'il privait les malades des visites de leur famille et qu'il obligeait un ouvrier à perdre une journée de travail pour se rendre à l'hôpital où se trouverait l'un des siens ». A cette objection, comme le dit L. Le Fort, on pourrait tout simplement répondre ; Le but de l'hôpital étant avant tout de guérir le malade, il vaut mieux que les visites soient plus rares ou plus difficiles, si en éloignant le malade des siens on augmente ses chances de guérison. Et du reste, à Paris en particulier, il ne faudrait pas croire que les malades réunis dans un hôpital ont leurs familles à proximité. Sur 72 malades couchés dans la salle Sainte-Jeanne à l'Hôtel-Dieu, M. L, Le Fort a constaté que 18 arrondissements sur 20 étaient représentés et que plus de la moitié de ces malades appartenaient à des arrondissements éloignés. Le nouvel hôpital Tenon, tout éloigné qu'il est, se trouve bien plus rapproché de la population qu'il doit desservir, et dansu ne grande ville, en éloignant les hôpitaux des quartiers centraux, en les plaçant même en dehors des faubourgs, on les rapproche évidemment de ceux qui y viennent demander des secours. Enfin, on a encore objecté qu'un hôpital situé hors des grandes villes impose aux médecins €t aux étudiants des déplacements considérables. On pourrait se contenter de répondre que l'hôpital est fait pour le malade, non pour le médecin, et que les commodités du personnel médical ne doivent avoir qu'un intérêt fort secondaire. Mais aujourd'hui, dans une ville, les distances ne peuvent plus guère entrer en ligne de compte, et du reste, comme le disait en 1865 M. Verneuil, les élèves ont des jambes robustes pour les porter jusqu'à l'endroit où ils peuvent s'instruire. De tout temps les cliniques bien faites dans les hôpitaux excentriques n'ont pas été les moins suivies. — Al'étranger, où les hôpitaux sont le plus souvent éloignés de l'intérieur des villes, l'enseignement ne paraît nullement souffrir de cette disposition. A Saint-Pétersbourg, c'est tout à fait en dehors de la ville, de l'autre côte de la Neva, que se trouve l'Académie médico-chirurgicale, le plus grandiose établissement d'instruction médicale qui existe au monde et qui ren-
ferme toutes les cliniques. A Berlin, le grand hôpital de la Charité, et à Vienne le trop grand hôpital (général, situés à l'extrémité des fauhourgs, contiennent aussi tous les services cliniques.
Au point de vue de la salubrité, la supériorité des hôpitaux installés au milieu de Tair pur de la campagne étant désormais incontestée, des administrateurs bien inspirés trouveraient dans le produit de la vente des terrains sur lesquels s'élèvent les hôpitaux urbains des ressources plus que suflisantes pour acheter des emplacements beaucoup plus vastes en dehors des villes et y installer les constructions légères et peu coûteuses qui tendent aujourd'hui à prévaloir. Tout en réalisant de sérieux bénéfices, ils pourraient donner satisfaction à l'un des plus grands desiderata de l'hygiène hospitalière. Entrant complètement dans cet ordre d'idées, M. Tollet a établi que les \ô grands hôpitaux de i'aris (non compris l'Ilôlcl-Dieu, la Clinique et la maison de Santé) occupaient 40 hectares qui, à raison d'un prix moyen de 150 francs par mètre carré, produiraient un prix de vente de GO millions, et que les 5600 malades qu'abritent ces hôpilaux pourraient être placés dans 18 hôpitaux suburbains qui ne coûteraient au maximum, terrain compris, que 1 400 000 francs, soit ensemble seulement 25 millions.
Avec les sommes dépensées pour la construction de Lariboisière et de l'Hôtel- Dieu, ainsi que l'a établi M. Rochard, on aurait pu entourer Paris d'une ceinture de IG hôpilaux de 500 lits, fonder 24 hôpitaux de secours et créer un système de transports aussi confortable que possible. Lariboisière a coûté 10 445 140 francs, l'Hôtel-Dieu GO millions environ; total : 70 445140 francs, ce qui équivaut à 16 hôpitaux de 500 lits à 5000 francs le lit (chiffre suffisant pour un hôpital excentrique) qui auraient coûté 40 millions, plus 24 hôpitaux de secours de 100 lits à 6000 francs (ce qui suffirait même au centre de Paris, parce que ces petits hôpitaux n'ont pas besoin de dépendances) qui auraient coûté 14 400 000 francs. Les 10 400 lits seraient donc revenus à 54 400 000 fiancs et ii serait encore resté à l'Assistance publique une somme de 16 millions de francs pour établir son système de transports et pour le matériel devenu nécessaire, tandis quelle a dépensé la somme entière pour fonder 1000 lits en tout.
On ne saurait poser de règles fixes pour guider dans le choix de l'emplacement le plus convenable pour un hôpital. D'une façon générale, on peut dire qu'un hôpital doit être placé dans un lieu découvert, autant que possible sur un terrain présentant une pente légère, et au point intermédiaire entre le faîte et la ligne des déclivités, afin de se trouver notablement au-dessus de la nappe d'eau souterraine et de ne pas être embarrassé par l'accumulation des eaux pluviales. Alors que les secours donnés aux malades étaient considérés comme une aumône inspirée par la religion, on pouvait mettre l'Hôtel-Dieu « à l'ombre de Notre-Oame », mais aujourd'hui un hôpital, quelque respectables que soient de pareilles traditions, ne doit être à l'ombre de rien. Le terrain qu'il recouvre. Largement accessible aux vents du sud et de l'est, doit, autant que possible, être abrité du côté du nord dans les pays froids; dans nos climats tempérés, la position d'un hôpital doit être telle qu'en toute saison il soit, autant que faire se peut, baigné par le soleil et balayé par les vents qui souftlent habituellement.
Pendant longtemps on a considéré le voisinage d'une rivière comme une chose fâcheuse pour un hôpital, mais aujourd'hui les opinions sont modifiées à cet éoard et la grande quantité d'eau nécessaire à un pareil établissement doit au contraire militer en faveur de son installation à proximité d'une rivière. Quand
l'eau n'est pas souillée de détritus organiques et son cours rapide, un pareil voisinage ne peut qu'être avantageux, en particulier au point de vue de l'évacuation des immondices et des eaux ménjigères provenant de rhô()ital. Les courants atmosphériques qui s'engouffriut entre les rives encaissées d'un cours d'eau ne peuvent être qu'un important élément de salubrité. L'ancien Ilôtel-Dieu, baignant dans la Seine, enveloppé dans ses brouillards, loin d'avoir eu à souffrir de ce voisinage, a toujours été moins insalubre que la Charité et d'autres hôpitaux encore plus éloignés de ce fleuve. Les principaux hôpitaux de Lyon .sont placés sur les bords du Rhône, sans qu'il paraisse en résulter d'inconvénients pour ces établissements, et on n'a pas cru transgresser les règles de l'hygiène en construisant le nouvel Ilôtel-Dieu de Nantes entre deux bras de la Loire. On a même, dans ces dernières années, non-seulement conseillé l'installation d'hôpitaux flottants (Félix Rochard, Projet de créalion d'un hôpital sur Veau. Paris, 1872), mais sur la Tamise, où le vaisseau Dreadnought (ancienne Caledonia) avait déjà servi d'hôpital pour les marins de toutes les nations, on a aménagé deux bateaux, ï Atlas et le Castalia, pour recevoir des varioleux.
C'est sur un sol sec, perméable, calcaire ou sablonneux, que doit être construit un hôpital ; les terrains argileux peu perméables, très-rélenlifs, devront être rejetés. Les terrains d'alluvion seront autant que possible évités et, si l'on est obligé de construire sur des terres cultivées, la couche végétale devra au préalable être soigneusement enlevée. Lorsqu'on est obligé de bàlir sur un sol plat, ou à pente insuffisante, il devient nécessaire de recourir à un drainage artificiel dans le sous-sol servant à conduire les eaux soit dans un puits absorbant, soit à un cours d'eau.
A Rourges, à l'hôpital militaire, le terrain (calcaire très-perméable) présente une pente de 1 centimètre par mètre; à Montpellier, le nouvel hôpital Saint-Élo: s'élève sur un terrain qui a une pente de 22 millimètres, et on n'a pas eu besoin de drainer.
Le terrain sur lequel on se propose de bâtir un hôpital doit être bien dégagé autour des bâtiments, pour permettre la libre circulation de l'air et de la lumière, et on ne saurait ap[)rouver la conduite des architectes de Lille qui, suivant les errements de Vauban, ont construit le nouvel hôpital Sainte-Eugénie en l'adossant aux remparts. Sur le terrain choisi doivent s'élever de nombreuses plantations : outre l'effet moral bienfaisant que produit la vue des arbres et de? fleurs, les jardins, vrais réservoirs d'air, assainissent l'atmosphère par le fait du dégagement d'oxygène, d'ozone et d'émanations aromatiques; enfin les plantations peuvent encore servir d'écran sanitaire entre les divers quartiers de l'établissement. Il va sans dire que l'emplacement destiné à un hôpital doit être en dehors de la sphère d'action nocive de tout établissement industriel insalubre, .de tout foyer d'infection. Le voisinage des cimetières est tout particulièrement à éviter, et on peut citer comme dérogation à ce précepte hygiénique un hôpital construit à Rerlin dans ces dernières années, le Stcedtisches allgeineùies Krankenhaus, qui, établi à l'extrémité du Friedrichshain, en dehors de la ville, se trouve beaucoup trop rapproché du cimetière Saint-Georges. — A l'étianger, en Relgique, en Russie, en Italie, en Angleterre, en Allemagne, quand il s'agit de choisir l'eniphcement destiné à un hôpital, on consulte le coips médical et on suit ses avis; en France, au contraire, jusqu'en ces derniers temps au moins, si on le consultait, on ne l'écoutait que bien rarement. Malgré les éloquents plaidoyers des membres les plus distingués de la Société de chirurgie contre Ir.
reconstruction de l'Hôtel-Dieu dans la Cité, le nouvel hôpital n'en a pas moins été élevé sur un terrain humide et bas qui n'a dû son exhaussement qu'à l'accumulation des débris de plusieurs siècles et où se sont infiltrés les déjections de nombreuses générations. Exposé au nord, soustrait à la bienfaisante influence du sud, au loin par la Montagne-Sainte-Geneviève, couvert d'un côté par Notre- Oame, à l'ombre de laquelle il se trouve matériellement, abrité vers l'ouest par le Tribunal de commerce, le Palais de justice et la caserne de gendarmerie, cet emplacement réunit les plus mauvaises conditions.
Déjà en 1852 M. d'Argout avait émis une idée qui avait donné lieu à un projet tracé par M. Gau : construire entre le quai Montebello et la rue Galande une infirmerie de 200 lits et 4 hôpitaux excentriques de chacun 200 lits. Si, s'obstinant à construire un hôpital dans la Cité, l'administration avait consenti à suivre les conseils des médecins, elle aurait pu, comme l'a indiqué M. Marjolin, utiliser la portion de terrain qui longe l'ancien quai du Marché-Noir où on aurait construit des bâtiments ayant leur exposition au midi et abrités des vents du nord par le tribunal de commerce. S'il avait été nécessaire de créer un second hôpital pour foin-nir un nombre de lits égal à celui de l'ancien Hôtel- Dieu, on aurait pu, suivant le conseil de L. Le Fort, le construire dans l'île Louviers. Là, au bord de la Seine, dont l'eau encore pure de souillures coule claire et rapide, sur un sol exposé de toutes parts et sans obstacles aux salutaires rayons du soleil, à l'abri des courants d'air violents qui régnent peu sur un terrain découvert ayant en face de lui les vastes jardins du Muséum, suffisamment éloigné des habitations par le Grenier d'abondance et les terrains de la Bastille, on eut pii installer à peu de frais un hôpital dans des conditions presque aussi bonnes qu'à l'extérieur de Paris. Coste {Dict. en 60 vol., art. Hôpital) avait déjà proposé de créer un hôpital « dans le vaste espace qui, à peu de distance de la barrière Chaillot, s'élève en amphithéâtre sur la rive droite de la Seine en perspective immédiate de l'École militaire » .
L'emplacement du nouvel hôpital Tenon, à Ménilmontant, est loin de prêter aux mêmes critiques que celui de l'Hôtel-Dieu ; placé sur un des points les plus élevés de Paris, dans un quartier encore presque désert, entouré par quatre larges rues qui l'isolent, présentant en face de l'entrée principale, rue de la Chine, un vaste square qui en constitue pour ainsi dire une dépendance, cet hôpital se trouve dans des conditions hygiéniques très-satisfaisantes.
Le nouvel hôpital Saint-Denis est construit en dehors de la ville entre le parc de la Légion-d'Honneur et les glacis du fort de l'Est ; il ne sera jamais entouré de maisons et l'aération y sera d'autant plus assurée que l'altitude est assez grande : le sol des salles se trouve à 53'",48 au-dessus du niveau de la mer et à 2"", 57 au-dessus de la place du marché oiî s'élève l'anticjue basihque (L.-E. Dupuy, Progrès médical, 1881, p. 842). La municipalité de Montpellier, devançant l'administration de l'Assistance publique, et voulant substituer à l'hôpital Saint-Eloi, « qui réunit toutes les conditions que l'on doit se proposer d'éviter lorsqu'on élève un hôpital » (Dubreuil), un étabhssement construit d'après les données de l'hygiène hospitalière moderne, s'est adressée à des médecins et elle a accepté le projet qui lui avait été soumis par la commission consultative des professeurs de la Faculté et de l'École supérieure de pharmacie. L'emplacement adopté par cette commission, situé au nord de la ville, occupe une surface d'environ 9 hectares, absolument uni, et semble remplir toutes les eonditions que l'hygiène la plus sévère est en droit d'exiger. Il se trouve à
HOPITAUX. ôU
proximité de deux routes départementales qui longent deux de ses faces opposées, à 2100 mètres de la mairie et seulement 1900 de la Faculté de médecine. Protégé d'un côté par un certain relief du terrain des vents froids et humides du nord-est, il présente en face, à 2 kilomètres environ, une -autre colline parallèle à la première et qui lui sert d'écran contre les marécages du littoral. Éloigné de tout établissement insalubre, il est légèrement déclive, et le ruisseau de PJssesaumes situé en contre-bas en est distant de 868 mètres; enfiu son inclinaison et la porosité d'un banc épais de calcaire, sur lequel repose une couche assez épaisse de terre végétale, suffisent pour assurer l'écoulement des eaux et rendre tout drainage inutile (E. Bertin, Le nouvel hôpital Saint-Éloi de Montpelliei\ In Annales d'hygiène et de médecine légale, t. Il, 3'' série, 1879). Dans ces dernières années, on a inauguré à Pans un nouvel hôpital, l'hôpital Hichat, situé à la porte Saini-Ouen, pour lequel on a utilisé le poste-caserne auquel on a adjoint quelques nouvelles constructions, et c'est tout à fait en dehors de Paris, à Créteil, à Alfort, qu'il est question de construire denouveau,x hôpitaux pour recevoir les varioleux en particulier. Ces choix ne sauraient qu'être approuvés et il y a tout lieu d'espérer que désormais les administrateurs s'en rapporteront aux hygiénistes pour décider de l'emplacement des hôpitaux.
IV. Étekdoe. Contenance. En même temps qu'il présente les conditions d'exposition, d'inclinaison , de composition géologique que nous venons de signaler, le terrain sur lequel on se propose d'élever un hôpital doit pi'ésent«r une grande étendue : au lieu d'entasser, de superposer, comme on le faisait jadis, le plus grand nombre de malades dans le moins d'espace possible, on doit tout au contraire s'appliquer à en réunir le plus petit nombre possible sur le plus grand espace. La Société de chirurgie a estimé à 50 mètres carrés par malade le minimum de superficie, et ce chiffre, qu'il faut autant que possible chercher à dépasser, doit s'accroître non pas proportionnellement, mais progressivement avec le nombre de malades. En acceptant les évaluations de L. Le Fort, si on prend comme minimum de superficie pour 100 malades 2500 mètres carrés, on doit en fournir 7500 pour 200 malades, 15 000 pour 300, 20 000 pour iOO, 57 500 pour 500, 52 500 pour GOO, 70 000 pour 700 et enfin iOOOOO pour 800. A l'hôpital Saint-Louis, à Paris, chaque malade représente 97 mètres carrés, à Cochin 177, à Beaujon 56, à Necker 45, à la nouvelle Maison de santé 42. La Charité n'en fournit que 30, l'ancien Hôtel-Dieu n'en fournissait que 28 et la Pitié seulement 20. — Avec 625 malades et 52 000 mètres carrés de superficie, l'hôpital Lariboisière fournit à chacun environ 83 mètres carrés, tandis que le nouvel Hôtel-Dieu avec ses 21 600 mètres carrés de superficie, si on avait maintenu le chiffre primitif de 800 malades, n'aurait laissé à chacun d'eux que 27 mètres carrés. La moyenne des surfaces est représentée par le midi avec 80 mètres carrés et Sainte-Eugénie avec 75. Le nouvel hôpital de Ménilmontant, qui recouvre une surface de 51 764 mètres carrés, fournit à. chacun de ses 760 malades environ 96 mètres carrés de superficie, et le nouvel hôpital de Montpellier, qui doit contenir 600 malades répartis sur un terrain de 84 000 mètres carrés, disposera par conséquent de 140 mètres carrés pour chacun d'eux. L'hôpital récemment construit à Saint-Denis, destiné à 130 malades et à 56 vieillards, occupe une superficie de 24 000 mètres carrés, ce qui représente, pour chaque individu, une surface de 160 mètres carrés environ.
A l'étranger, on a dans ces dernières années parfois largement dépassé ce
cliiflre déjà bien satisfaisant : l'hôpital de Wladiniir, constrnit en 1876, dans la banlieue de Moscou, et destiné seulement à 180 malades, recouvre une surface de 155 449 mètres carrés et par conséquent fournit à chaque malade une superficie de 740. La Commission sanitaire anglaise, composée de John Sulherlaud, AV. 11. Burrell et Douglas Galton, a trouvé pour les hôpitaux urbains un chiffre variant de 60 à 80 mètres carres par malade. Pour les hôpitaux de la province et de l'étranger, le chiffre varie de 50 à 1!20, 150 mètres, mais le plus souvent il oscille entre 50 et 90 (General Report of the Commission appointed for approving the snnitary Condition of Barracks and Hospitals, 1861).
Au point de vue de l'étendue de l'hôpital, il importe énormément de tenir compte des catégories de malades auxquels il est destiné ; il est bien évident que, s'il doit recevoir des blessés graves, des femmes en couches, des sujets atteints de maladies contagieuses, l'espace devra être bien plus libéralement dispensé que s'il s'agit d'individus présentant des maladies chroniques, constitutionnelles, de vieillards infirmes, incurables, etc.
Lorsqu'on dispose d'un terrain fort étendu, lorsqu'il est possible de laisser un grand espace libre entre chaque bâtiment, d'isoler, pour ainsi dire, chaque construction, il est certain qu'on peut, sans compromettre la s;ilubrité de riiôpilal, augmenter dans une certaine mesure le nombre des malades; mais, outre les diflicullés qu'entraîne pour le seivice' la réunion d'un chiffre élevé d'individus sur 'un terrain fort étendu, on ne saurait sans danger concentrer dans le même établissement, quelque vaste et quelque bien installé qu'il soit, un nombre illimité de blessés ou de malades. Pendant la guerre de la Sécession, les Américains ont pu réunir avec avantage plusieurs milliers de blessés ou de malades dans des hôpitaux improvisés, mais ces énormes agglomérations n'auraient pas manqué d'entraîner de graves dangers, si, au lieu d'être temporaires, elles avaient dû être permanentes.
Les malades, le fait est aujourd'hui admis et démontré, guérissent mieux dans les petits hôpitaux que dans les grands, et on peut dire d'une façon générale qu'un hôpital est d'autant meilleur qu'il contient un moins grand nombre de lits. M. L. Le Fort, compulsant les chilfres insérés dans \eBlue Bookde\S&A et les statistiques antérieurement publiées de Guy's Hospital et de l'infirmerie de Glasgow, a pu réunir 25'28 amputations de cuisse et de jambe qui lui ont fourni les résultats suivants :
Mortalité pour 100 amputés.
Cuisse. Jambe.
Hôpitaux n'excédant pas 100 malades. . . . 25,3 17,7
— renfermant de 100 à 200 malades. 50,7 19,2
— lenfei-raant de "200 à 400 malades. 37,5 22,4
— renlermaut 400 malades et au delà. 40,0 5:2,1
— de Pans en 1861 74^0 70,0
En prenant pour exemple seulement les amputations de cuisse pratiquées pour causes pathologiques, moins variables dans leur gravité que les causes traumatiques, l'influence du chiffre des malades paraît encore plus évidente sur le taux de la mortalité :
Mortalité pour 100 amputés.
Hôpitaux n'excédant pas 100 malades 6,6
— renfermant de 100 à 200 malades 20,2
— renfermant de 200 à 400 malades 24,0
— renfermant 400 malades et au delà 35,9
Sir James Simpson a, de son côté, établi une statistique comparative de la mortalité, à la suite des nmputations dans les hôpitaux de Paris et dans les hôpitaux de Londres, et qui lui a fourni les chiffres suivants :
Mortalité pour 100.
Hôpitaux de Paris en moyenne 62
— anglais de ÔOI) à 600 lits H
— anglais de 201 à 500 lits ôU
— aticlais de 101 à 2(i0 lits l'ô
— anplais de 26 à 100 lits. 18
— anglais de 26 au moins U
Chambres isolées à la campagne 11
Pendant la discussion de 1862 à l'Académie de médecine, Malgaigne avait déjà fourni des chiffres analogues. Pour les amputations de cuisse de cause pathologique, il avait trouvé une mortalité à Paris de 60 pour 100, à Londres seulement de 21 pour 100 et à l'hôpital de Massachusetts à Boston de 19 pour 100. Pour l'opération de la taille, il était arrivé aux chiffres de 57 pour 100 de mortalité à Paris, de 22 à Londres, et de 12 seulement dans l'intérieur de l'Angleterre. Le docteur Furr (in the Twenty-fourth Animal Report of the Registrar General) et M. Lawson Tait {An Essay on llospitnl Mortality. London, 1877) ont établi des tables desquelles il ressort que la mortalité va régulièrement en progressant avec l'importance de l'hôpilal. La statistique de ce dernier auteur ne porte pas sur moins de 179 hôpitaux.
Déjà en 1777 Leroy, dans le remarquable mémoire que nous avons longuement cité dans la partie histoiique, s'élait prononcé en faveur des petits hôpitaux : « Un grand hôpital, dit-il, j'entends un hôpital qui contient un grand nombre de malades, est par la nature même des choses un grand mal et la source inévitable d'une mortalité beaucoup plus grande parmi ses malades, tout étant supposé de même que s'ils étaient traités ailleurs ». Tenon demandait {Quatrième mémoire, p. 227), au lieu d'un seul grand hôpital, quatre petits établissements et enfin Cabanis {Œuvres complètes^ t. Il, p. 427) a écrit, au commencement de ce siècle : « Dans les grands hôpitaux, les plaies les plus simples deviennent graves, les plaies graves deviennent mortelles et les grandes opérations ne réussissent presque jamais : voilà des faits reconnus de tous ceux qui ont vu avec leurs yeux et qui parlent avec leur conscience ».
La contenance d'un grand nombre d'hôpitaux, même de construction récente, est évidemment beaucoup trop considérable : l'hôpital Général du Havre renferme 1055 lits, la Charité de Berlin n'en contient pas moins de 1100, l'hôpital Général de Vienne 2200, l'hôpital de l'Académie médico-chirurgicale de Saint-Pétersbourg 1000 à 1 200 disséminés, il est vrai, sur une surface de plusieurs kilomètres, et l'hôpital Majeur {Ospedale maggiore) de Milan ne renferme pas moins de 5500 lits.
Quelque étendue que soit la superficie occupée par de semblables hôpitaux, leur salubrité est inévitablement compromise par l'agglomération de malades aussi nombreux. Voulant contester la supériorité des petits hôpitaux sur les grands, Bouchardat s'appuie sur une statistique comparée de l'Ilôlel-Dieu avec ses 1000 lits et de l'hôpital Necker alors qu'il ne contenait que 120 lits et de laquelle il résulterait que la mortalité était plus élevée dans ce dernier. D'après la statistique décennale de 1855 à 1864, les hôpitaux la Pitié et Lariboisière auraient eu, pendant cette période, un chiffre de mortalité plus élevé que celui de l'ancien Hôtel-Dieu, quoique la population y fût moindre. M. Gosselin à la
Société de chirurgie, renchérissant encore sur cette manière de voir, n'hésita pas à admettre que, si les opérations graves réussissent mieux dans les petits hôpitaux que dans les grands, il fallait attribuer ces résultats favorables en grande partie à la provenance des blessés campagnards dans les petits hôpitaux, citadins dans les grands. Comparant, comme M. Bouchardat, entre eux les hôpitaux de Paris, et sans fournir de chiffres précis, il affirme pour les amputations de cuisse et de jambe avoir obtenu plus de succès dans le grand hôpital de la Pitié qu'à Cochin ou à la Clinique. Mais M. Trélat put immédiatement faire remarquer d'une part que l'hôpital Cochin bâti pour recevoir 58 malades en contenait 119, et qu'il devait en conséquence être considéré comme un liôpital encombré ayant perdu ses avantages de petit hôpital, et d'autre part qu'un relevé des grandes opérations pratiquées à l'hôpital des Cliniques de 1855 à 1862 prouvait que la proportion des guérisons y était très-supérieure à celle que l'on obtenait dans les autres hôpitaux. On pourrait du reste répondre que les hôpitaux de Paris, petits et grands, présentent tous des conditions d'insalubrité à peu près égales par le fait même de leur situation au milieu de la grande ville, et qu'il pourrait se faire que l'emplacement plus ou moins favorable au point de vue de l'aération d'un grand hôpital vînt compenser et au delà ses causes d'infériorité provenant du nombre des malades.
Mais, à la Société do chirurgie. Boinet, s'inscrivant en faux contre les assertions de (Josselin, démontra facilement qu'à Paris comme ailleurs les petits hôpitaux sont plus salubres que les grands. Que l'on compare, dit-il, par exemple. Necker, Cochin, Saint-Antoine, tels qu'ils étaient de 1825 à 1840, à Necker, Cochin, Saint-Antoine, tels qu'ils sont aujourd'hui, et l'on verra la différence qui existe entre ces deux époques pour le résultat des opérations. 11 y a moitié de différence [Discussion à la Société de chirurgie, p. 65). Les agrandissements qu'on a successivement fait subir à ces hôpitaux ont diminué d'autant les conditions de salubrité qu'ils présentaient autrefois; depuis qu'ils sont devenus de grands hôpitaux, qu'on a diminué les cours et les jardins pour y construire * de nouvelles salles, les opérations n'y réussissent pas mieux que dans les autres hôpitaux. Jusqu'en ces derniers temps, tous les grands hôpitaux fournissaient d'aussi fâcheux résultats et Chapplain, en parlant de celui de Marseille {De V influence des anciens hôpitaux sur les opérations), ne faisait qu'exprimer l'opinion générale lorsqu'il disait : « Le chirurgien n'accorde qu'en tremblant les secours de son art aux malheureux qui les réclament à cet hôpital, tant la mortalité a une large part dans son œuvre. »
En dehors du nombre, il serait injuste de ne pas faire entrer en ligne de compte la qualité des malades que reçoivent les hôpitaux, et si, par exemple, à l'Académie de médecine en 1862, E. Trébuchet a pu établir que la mortalité chirurgicale était de 1 sur 16 à Cochin, tandis qu'elle était de 1 sur 29 à la Charité, c'est précisément, en partie au moins, parce que le premier reçoit des ouvriers travailbut dans des usines ou dans des carrières, et que les lésions graves y sont beaucoup plus communes qu'à l'hôpital de la Charité.
La viciation atmosphérique étant en raison directe du nombre des malades qui se trouvent réunis, il est évidemment tout naturel que les petits hôpitaux soient préférables aux grands : tout y gagne, l'air en pureté, le malade en soins attentifs, la gestion en régularité, le contrôle en précision. Les grands hôpitaux sont le refuge des abus, fatiguent la surveillance de détail, énervent le dévouement et accumulent l'insalubrité (Michel-Lévy). Aujourd'hui, en préférant aux
grands hôpitaux des hôpitaux petits et nombreux, nous ne faisons que reprendre la tradition du moyen âge. C'est à l'époque de la Renaissance que l'on cessa de fragmenter les établissements et qu'on les remplaça par de vastes bâtiments- (Yiollet-le-Duc) : les hôpitaux du moyen âge, dit Léon Maître {L'assistance publique dans la Loire-Inférieure avant 1789. — Étude sur les Léproseries, aumôneries, hôpitaux généraux et bureaux de charité. Nantes, 1880, p. 164- 165), étaient aussi petits que les nôtres sont vastes. Ils se composaient en général d'une chapelle, d'une grande salle commune et de quelques chambres pour séparer les sexes, d'un jardin et d'un cimetière.
Installé dans de bonnes conditions, suivant toutes les règles de l'hygiène moderne, un hôpital ne saurait aujourd'hui èti^e affecté à plus de 500 malades : c'est le chiffre maximum adopté par la Société de chirurgie. Ch. Sarazin [Dict. de méd. et de chirurgie pratiques, t. XVII, p. 695) considère comme sans inconvénients des établissements hospitaliers possédant jusqu'à 800 lits. Pour Michel Lévy, le chiffre de 400 paraît être une limite désirable, Marjolin ne voudrait pas d'hôpitaux possédant plus de 500 lits, et c'est à 200 que Verneuil en fixe le maximum. Du reste, le nombre de malades que l'on peut réunir doit évidemment varier suivant la destination particulière de l'établissement. Yioq d'Azyr [Encyclopédie méthodique, t. YII) avait déjà foit remarquer que le peu de succès des opérations chirurgicales dans les hôpitaux ne pouvait laisser aucun doute sur le danger qu'il y avait de rassembler les malades en grand nombre dans le même lieu et surtout de réunir certaines maladies dans un seul appartement. Si l'hôpital doit recevoir des vieillards infirmes, incurables, il va sans dire qu'il n'y aura aucun inconvénient à élever un peu le chiffre de sa population. Mais, au contraire, s'il est destiné à des blessés, à des femmes en couches, e'est-à-dire aux malades qui créent le plus facilement l'infection nosocomiale, et qui demandent à être disséminés le plus possible, le chiffre en sera toujours trop élevé.
On ne saurait non plus sans danger agglomérer des malades atteints d'affections infectio-contagieuses (pourriture d'hôpital, fièvre puerpérale, etc.), dont la gravité, nous l'avons déjà indiqué, augmente en raison du nombre d'individus atteints qui se ti^ouvent réunis, et, si les maladies franchement contagieuses, les fièvres éruptives en particuher, ne s'aggravent pas dans les mêmes circonstances, elles n'en nécessitent pas moins une large dissémination, pour éviter d'une part l'encombrement et d'autre part la formation de foyers morbides susceptibles d'étendre au loin leur action.
Déjà en 1771 John Aikin avait insisté sur la nécessité de disséminer les blessés graves, les malades fournissant une abondante suppuration. Dionis [Cours d'opérations de chirurgie, S*" édition, p. 512, 1782) avait constaté que les opérés de trépan périssaient tous à l'Hôtel-Dieu de Paris « à cause de l'infection de l'air qui agit sur la dure-mère et qui y porte la pourriture ». Il ajoutait : « C'est à quoi les administrateurs devraient faire attention, vu que l'hôpital est assez riche pour avoir dans un des faubourgs de Paris un lieu où ils mettraient ceux qui seraient blessés à la tête. Par ce moyen, ils en échapperaient beaucoup, mais il ne s'en sauve pas un seul, manque de cet expédient qui ne dépend que d'eux ». Fodéré ne voulait pas qu'on traitât dans les hôpitaux « les malades qu'on devra opérer du trépan, les fractures composées, les plaies larges qui doivent suppurer longtemps, les plaies d'opérations, accidents peu susceptibles de guérir dans les hôpitaux et en outre très-sujets à vicier l'air » . Enfin Percy,
voyant dans le rang noir à l'Hôtel- Dieu 95 malades sur 100 être atteints de pourriture d'hôpital, déclare avec Pouteau que les hôpitaux sont plus nuisibles qu'utiles aux blessés. — Après de semblables observations, ce n'est pas sans étonnement que l'on découvre dans Boyer cette phrase : Dans les hôpitaux, les salles des blessés peuvent contenir une plus grande quantité de malades que les salles dites de fiévreux, parce que les exhalaisons des premiers sont moins corruptrices de l'air [Traité des maladies chirurgicales, 5'' édition, t. I, p. 136). 11 est au contraire un fait aujourd'hui bien établi, c'est que la réunion de blessés graves, sans qu'il y ait encombrement, suffit pour amener de graves complications et, comme l'a dit Sédillot {Du traitement des fractures des membres par armes à feu, Gazette médicale de Strasbourg, 1870), une vérité fondamentale s'est fait jour et n'admet plus de discussion : il faut placer les blessés dans des conditions hygiéniques et pour cela les disséminer. Si les petits hôpitaux favorisent celte dissémination, il ne faut pas oublier que c'est à la condition que les salles ne seront pas encombrées, que le nombre des lits n'y sera pas trop grand; en multipliant les lits, on perd vile le bénéfice des hôpitaux occupés par un petit nombre de malades. C'est en s'inspirant de ces idées que Cabrol a proposé en 1875 la création de villes sanitaires composées de simples pavillons contenant fort peu de lits (10 à 12) et disséminés au milieu de parcs ou de vastes jardins. Yirchow a de même conseillé la création de villages à malades, et en Angleterre les petits hôpitaux ruraux désignés sous le nom de Cottage-Hospitals sont la réalisation de ces principes de dissémination.
D'après sir James Simpson, les opérations y réussissent cinq fois plus {five Times more successful) que dans les monumentaux hôpitaux des villes. Réunissant d'une part 2098 amputations pratiquées à la campagne et de l'autre 2089 amputations pratiquées dans 11 hôpitaux de Londres, il arriva aux résultats suivants :
A la campagne Dans les hôpitaux
pour 100. de lu ville pour 100.
MorUlité totale 10.80 41,00
Amputations lie cuisse 18,30 46,50
— de jambe 13,30 44,00
lie bras 4,50 57,00
— a'avanl-bras 0,50 16,40
Sans pousser les choses jusqu'à l'exagération et songer à créer des hôpitaux antiseptiques (Jaslreboff, de Saint-Pétersbourg, in Revue d'hygiène, 1884, p. 954), on ne saurait admettre avec G. Otis qu'on peut aujourd'hui négliger les principes de l'hygiène nosocomiale : les hôpitaux doivent être propres comme les pansements.
Aujouid'hui qu'un immense progrès a été réalisé avec les pansements antiseptiques, qu'on peut, pour ainsi dire, isoler les plaies du milieu ambiant, l'idéal de l'hygiène hospitalière doit consister à obtenir l'isolement, aussi complet que possible, du blessé lui-même, et à annihiler ainsi toute inlluence nosocomiale. Comme Malgaigne l'a dit, il y a vingt-cinq ans, à l'Académie de médecine, les conditions les meilleures, et par conséquent les plus désirables, sont celles d'un opéré qui habite seul sa chambre où il reçoit seul la visite de son chirurgien.
V. Plan d'e.nsemble. DisposrnOiN générale. C'est sans s'astreindre à aucun plan fixe que pendant longtemps on construisit les hôpitaux; l'emplacement
désigné et le goût de l'avchitecle décidaient de la forme, du nombre des bâtiments et de leur disposition. Ainsi qu'on peut s'en convaincre en feuilletant le volumineux ouvrage de M. Husson [Étude swr les hôpitaux considérés sous le rapport de la construction, de la distribution de leurs bâtiments, etc. Paris, 1862), rien n'est plus disparate et plus irrégulier que la disposition des anciens hôpitaux. Ayant souvent subi des agrandissements successifs, leur plan général se trouve totalement différent de l'aspect primitif et les bâtiments nouveaux n'ont fait, le plus souvent, qu'en augmenter l'irrégularité. La plupart des anciens hôpitaux de Paris, Necker, Saint-Antoine, Beaujon, Cochin en particulier, se sont ainsi agrandis, nous l'avons déjà vu, aux dépens de leur salubrité, et on peut citer tout spécialement, comme hôpital fuit de pièces et de morceaux, sans grand soupçon des règles de l'hygiène, l'hôpital Saint-Sauveur de Lille, bâti de 1821 à 1864 : de temps en temps on y élevait un étage ou on convertissait en salle de malades les débarras ou le magasin à paille (llouzé de l'Aulnoit. L'hôpital Saint-Sauveur de Lille, in-8°, 1866). A Londres, de même, King's Collège Hospital forme un ensemble de bâtiments de différentes épaisseurs et de formes irrégulières, et ces constructions élevées successivement échappent à toute classification (Blondel et Ser, Rapport sur les hôpitaux civils de la ville de Londres. Paris, 1869, in-4").
Tant qu'on se borna à élever des hôpitaux massifs, monumentaux, on ne multiplia pas les bâtiments et on crut avoir satisfait aux exigences de l'hygiène en réunissant de nombreux malades dans de vastes constructions à plusieurs étages : on ne faisait ainsi que condenser, emprisonner, accumuler les miasmes et les ferments morbides.
Le plan le plus simple, et qui n'est pas non plus sans' présenter certains avantages, consiste en un ou deux grands bâtiments, ayant la forme d'un parallélogramme, et exposés de façon à pouvoir être largement éclaiiés, ensoleillés et ventilés. Cette disposition a encore aujourd'hui des partisans et M. Gosselin en particulier la considère, non sans raison, comme préférable à des pavillons trop rapprochés les uns des autres qui ne permettent pas la libre circulation de l'air. Au bâtiment central principal on a ajouté soit un bâtiment perpendiculaire, de manière à figurer un T comme à l'ancienne infirmerie de Glasgow ou au Ziekenhuis, rrraison de malades (de lîotterdam [R. Marjolin, Notice sur ïhôpital de Rotterdam. Paris, 1862]), soit deux bâtiments également perpendiculaires et formant la croix latine comme à l'hôpital de Santa Maria Nuova à Florence.
On a pu encore additionner le bâtiment central de deux ailes se prolongeant seulement en arrière comme à Saint-George's llospital à Londres ou déployer les deux ailes également en avant et en arrière comme à Bliddlesex Hospilal, à San Ambrogio de iMilan, de manière à former la lettre H.
Le rectangle de Vauban fut pendant longtemps adopté comme type aussi bien pour les hôpitaux que pour les casernes; John Aikin trouvait qu'aucune autre forme ne lui était comparable, et c'est d'après ce plan que furent édifiés un grand nombre d'hôpitaux existant encore de nos jours (Saint-Antoine â Paris, ancien Val-de-Grâce, etc.). Avec un hôpital ainsi construit, les quatre corps dcbâtiment emprisonn 'nt une cour carrée où le soleil pénètre peu, où la ventilation est presque nulle, où l'air ne peut se renouveler que par en haut, comme dans un puits. On crée ainsi une stagnation miasmatique, une vraie mare aérienne. Parfois les bâtiments en se rencontrant à angle droit constituent plusieurs cours intérieures : c'est la disposition que présente l'ancien hôpital de
^18 HUFJIAUX.
€uy à Londres. L'hôpital communal de Boulogne-sur-Mer présente aussi deux cours fermées que circonscrivent les quatre façades non interrompues des bâtiments. Tout en conservant à l'hôpital la forme générale d'un quadrilatère, on a souvent modifié la disposition des bâtiments de manière à rendre moins difficile le renouvellement de l'air. C'est ainsi qu'à Saint-Barthelemew's Ilospital de Londres, qui est formé de quatre grands pavillons entourant une cour centrale, on a laissé un espace libre à chaque angle ou qu'on a supprimé, comme à l'hôpital Bethanian à Berlin ou à celui de Hambourg, un des côtés du quadrilatère.
La plupart des anciens hôpitaux de Paris (Neckor, la Pitié, Sainte-Eugénie, le Midi, Lou reine, eic.) sont aussi composés de bâtiments qui se rencontrent à angle droit, en laissant toujours les cours intérieures ouvertes d'un côté.
La disposition angulaire ou en équerre a été adoptée pour l'infirmerie de Bristol et l'hôpital de Charing-Cross à Londres en particulier,
Iberti avait proposé pour la disposition des bâtiments la forme d'une croix grecque et l'hôpital de Saint-Louis-de-Gonzague à Turin a été construit d'après ce plan. Il se compose de quatre pavillons qui partent en divergeant comme les branches d'un X d'un bâtiment central ; ces pavillons sont réunis deux à deux par des bâtiments qui joignent leurs extrémités, et il en résulte entre deux ailes du même côté deux cours triangulaires complètement fermées, ce qui constitue une condition très-fàcheuse pour la ventilation de l'hôpital.
Antoine Petit avait proposé de donner aux bâtiments la forme de rayons convergeant vers un dôme central, et cette disposition, dont la première idée est due à Desgodets, architecte des bâtiments du Roi sous Louis XIV (Lois du bâtiment, 1748) ne pouvait, suivant la remarque de Michel Lévy, que favoriser la propagation du méphitisme dans tous les sens.
Le plan conçu et exécuté par Bunel, de pavillons rayonnants autour d'une demi- circonférence et réunis par une galerie, n'était en réalité qu'une réminiscence du plan d'Antoine Petit. On peut citer, comme exemple de cette disposition, l'asile d'aliénés de Montdevergne (Vaucluse), qui se compose de 10 pavillons formant le demi-cercle, séparés par des jardins et reliés uniquement par une arcade complètement ouverte du côté de la cour semi-lunaire centrale. C'est une disposition analogue que présentera l'hôpital dîi à la générosité de la duchesse de Galbera que l'on construit à Gènes [Ospedale di San Andréa apostolo) : sur la façade ayant la forme d'un vaste portique semi-elliptique viendront s'appuyer comme autant de rayons divergents 7 pavillons séparés par de vastes jardins. Poyet, lorsqu'il fut question de reconstruire l'flôtel-Dieu, avait déjà proposé la forme circulaire, qui a été appliquée par les Américains, pendant la guerre de la Sécession, dans leurs plus beaux hôpitaux provisoires. Dans le plan de Poyet, deux galeries circulaires et concentriques enveloppent dans un double cercle l'emplacement occupé par l'hôpital ; entre les deux galeries s'élèvent les pavillons destinés aux malades au nombre de seize et allant de l'une à l'autre, en divergeant comme des rayons. On peut se représenter cet hôpital ainsi disposé comme une roue dont les pavillons seraient les raies.
L'arrangement le plus simple est celui dans lequel les pavillons sont parallèles et réunis entre eux et aux bâtiments administratifs par une galerie rectiiigne. Ils sont disposés sur un rang, par exemple, à l'hôpital de Clermont-Tonnerre à Brest, à l'hôpital militaire de Malte et dans l'Episcopal Hospital de Philadel-
HOPITAUX. r,19
pliie. Dans d'autres hôpitaux on les trouve disposés sur deux rangs, à droite et à gauche d'une grande galerie de communication, comme à l'iiôpital militaire de Woolwich, au Judiciary Square Ilospital de Washington, à l'hùpital de Blackburn, etc. — Aujourd'hui la forme linéaire double, déjà proposée par la Commission de l'Académie des sciences en 1786, tend à prévaloir : c'est d'après ce plan qu'ont été construits l'hôpital Lariboisière, le West-Philadelphia Ilospital, l'hôpital militaire de Bourges, l'hôpital civil d'Oran et le nouvel hôpital Saint-Éloi de Montpellier.
On peut citer comme disposition tout à fait distincte celle des bâtiments de Boston free Hospital, qui se compose de six pavillons divergents : de trois des côtés d'un bâtiment carré central, destiné aux services administratifs, parlent à angle droit trois galeries couvertes qui se dédoublent et donnent naissance à six galeries formant un quart de cercle et allant en divergeant. A l'extrémili' de chacune d'elles s'élève un pavillon.
Les hôpitaux à pavillons peuvent d'une façon générale être groupés, comme l'a indiqué Frédéric Sander [Essai sur riiistoire, la statistique, la construction et l'organisation des hôpitaux, in Congrès dliygiène de Bruxelles, 1876, t. I, p. 210), en trois catégories : 1° les hôpitaux à pavillons séparés, isolés; 2" les hôpitaux à pavillons reliés par des corridors ; o° les hôpitaux à pavillons reliés seulement du côté de leurs pignons par de petits corridors et des cages d'escalier. L'hôpital de Friedrichshain à Berlin et le nouvel hôpital Saint-Thomas à Londres i^eprésentent le système de pavillons purs et simples, indépendants. L'hôpital de Rudolf de Vienne, ouvert en 1865, représente Je système de pavillons à corridor, et les hôpitaux Tenon à Ménilmontant, de Saint-Éloi (nouveau) à Montpellier, figurent le troisième type.
Les hôpitaux à pavillons ne présentent de bonnes conditions hygiéniques qu'autant que les bâtiments destinés à recevoir les malades sont vraiment indépendants les uns des autres et suffisamment espacés. Quelle que soit la disposition adoptée, il faut que les pavillons soient assez éloignés les uns des autres pour pouvoir en quelque sorte constituer autant d'hôpitaux distincts. C'est ce qui n'a pas été compris en particulier à l'hôpital Saint-Jean de Bruxelles, à l'hôpital Rudolf de Vienne et enfin à l'hôpital Lariboisière où les pavillons hauts de 56 à 57 mètres sont séparés par un espace insuffisant de 20 mètres. Les locaux administratifs, la chapelle, les couloirs intérieurs d'union, rapprochent encore cet hôpital, que l'on voulait fragmenter, de l'ancien type des bâtisses d'un seul bloc.
11 ne faut pas que les bâtiments se fassent ombre, qu'ils se couvrent, suivant l'heureuse expression de M. Ulysse Trélat, comme des capucins de carte, qu'ils s'imbriquent, pour ainsi dire. Le nouvel hôpital civil d'Oran, composé de 14 ou 15 pavillons disposés en séries parallèles, serait passible de ce reproche, si dans des pays chauds comme l'Algérie le rapprochement des bâtiments ne présentait pas de réels avantages pendant les chaleurs. — Le nouvel hôpital de Sainte- Eugénie à Lille, bien que composé de deux pavillons assez largement espacés, ne réalise cependant pas de fort bonnes conditions hygiéniques, parce que d'une part chaque pavillon, à deux étages élevés sur le rez-de-chaussée, projette une ombre énorme sur l'espace intermédiaire, et que d'autre part cet espace est luimême presque annulé par le fait que les bâtiments administratifs le barrent en avant en réunissant les deux pavillons de malades et qu'une chapelle le comble en arrière. Le nouvel hôpital militaire de Bourges, si recommandable à tant de
II un 1 il u A.
points de vue, a aussi ses deux lignes parallèles de pavillons réunies par un bâtiment transversal destiné aux services adniinisiratil's et qui s'oppose à la ventilation venant de la vallée de l'Auron dans la direction que commande le mieux riiopital; il eut bien mieux valu ajoiter un pavillon de plus à chaque rangée et laisser le champ libre à la ventilation dans le grand jardin médian. L'hôpital communal [Kommmie Hospilalet) de Copenhague, admirablement situé entre un petit lac et un grand jardin public (Poulsea, Reinte médicale du Danemark. In Journal de thérapeutique de Gubler, 1874, p. 909 J, présente de même des pavillons parallèles réunis par deux bâtiments transversaux qui constituent un obstacle énorme à la libre aération (Max. Yernois, Annales d'hygiène publique, 1866, juillet, t. XXXI, p. 5).
Dans le nouvel Hôtel-Dieu, les pavillons, incomplètement isolés, puisqu'ils sont réunis entre eux par des constructions, d'une égale hauteur, qui leur sont perpendiculaires, se trouvent séparés les uns des autres par un préau ou intervalle de 25 mètres de largeur sur 54 mètres de longueur : la largeur de ces préaux étant inférieure au double de la hauteur des iiàtiments, il en résulte que le rez-de-chaussée ne doit jamais voir le soleil. A l'hôpital Tenon, à Ménilmontant, les quatre bâtiments principaux, perpendiculaires à la grande façade, sont suffisamment espacés les uns des autres pour ne pas nuire réciproquement à leur aération. Dans le nouvel hôpital civil de Montpellier, les pavillons hauts seulement de 9 mètres seront séparés par des jardins d'une largeur de 18 mètres : la distance entre deux façades sera donc exactement égale au double de la hauteur des bâtiments.
C'était le chiffre minimum fixé, par Devergie {Rapport sur les conditions hygiéniques à remplir dans la création des hôpitaux ASQb). Il est bien évident que cet écarlement doit être pioportionnel à la hauteur que l'on doit donner aux pavillons, mais on peut poser en règle générale que la distance entre deux bâtiments devrait être au moins le triple de leur hauteur. La Société de chirurgie, qui en 1865 acceptait encore les pavillons à plusieurs étages et devant contenir de 50 à 100 malades, demandait entre chaque bâtiment un intervalle de 80 à 100 mètres, « de manière à obtenir une séparation efficace et une libre et facile aération extérieure. »
Les pavillons isolés et suffisamment espacés doivent en outre être orientés de telle façon que le soleil réchaulfe et éclaire leurs façades pendant la plus grande partie du jour. Il faut, dit miss Nightingale (Notes on Hospitals. London, 1859), que sous notre climat brumeux tous les hô|)itaux soient constriuts de telle sorte que les parties recevant directement le soled soient aussi considérables que possible. Vraie pour l'Angleterre, cette proposition est applicable aussi à notre pays. Le regretté professeur Broca, sceptique sur ce point d'hygiène hospitalière comme sur beaucoup d'auli^es, pensait que le choix de l'orientation des bâtiments éiait une chose indifférente. Une pareille opinion ne saurait être acceptée; rorienlalion des bâtiments ne présente pas nioins d'importance que l'exposition du terrain sur lequel ils sont construits. Dans notre pays, au moins, l'orientation au nord doit être évitée; celle de l'est à l'ouest, qualifiée de royale par M. Broca parce qu'elle est celle des |)alais des Tuileries et de Versailles, est de beaucoup préférable; elle avait déjà été conseillée en 1811 par de Tredern. Pour le nord de la France, pour Paris en particulier, la meilleure orientation paraît être du nord-est au sud-ouest: c'est celle qu'on a adoptée pour les salles du nouvel hôpital Tenon et qui permet l'insolation des bàlimenls pendant la
plus grande partie de la journée. Dans les pays chauds, l'orientation sud-ouest, avec une façade exposée au nord et l'autre au sud, doit être préfe'rée.
Les avis sont fort partagés sur cette question d'orienlalion des bâtiments. A Saint-Jean de Bruxelles, l'orientation est presque est-ouest, tandis qu'elle est nord-sud dans les pavillons du nouvel hô[)ital civil de Gand. En Allemagne, généralement la direction est-ouest est adoptée, à l'hôpital de Friedriclishain cependant elle est nord-sud, à Leipzig huit baraques ont l'orientation sud-ouest et six autres l'orientation opposée. D'après Knauff, à égalité de distance entre les pavillons, ceux-ci se dérobent moins de lumière l'un à l'autre quand leur grand axe est dirigé de l'est à l'ouest que lorsqu'il s'étend du sud au nord (Dos neue academische Kyankenhaiis in Heidelberg, in-4", atlas. Munich, 1879).
Il résulte des recherches et des calculs de Vogt que l'orientation doit toujours être méridionale pour obtenir la plus grande somme d'aération, de lumière et de chaleur solaire [Zeitschrifl fi'ir Biologie, 1879, et Revue d'hygiène, 1879, p. 987, analyse par Zuber).
Aujourd'hui que le temps des constructions massives, da BIoclc- System, semble définitivement passé, que les bâtiments légers, les baraques, voire même les tentes, dans certaines circonstances, sont destinés à remplacer ces édifices, qui n'étaient bien souvent (pie les somptueuses antichambres des cimetières, on a dû songer à grouper les nombreux bâtiments t[ui doivent constituer un hôpital, de manière à faciliter le service tout en les tenant isolés les uns des autres.
Tout d'abord on les a disposés sur une seule ligne soit parallèlement, soit obliquement, soit perpendiculairement au côté principal du terrain, de manière à leur donner l'orientation la plus favorable. Quand les bâtiments ne doivent pas être par trop nombreux, un dispositif avantageux consiste à les aligner alternativement en avant et en arrière d'une ligne déterminée. Grâce à cet arrangement, ils ne s'enlèvent les uns aux autres ni l'air ni la lumière et la communication directe entre eux reste possible.
On peut, avec MM. Demoget et Brossard {Étude sur la construction des ambulances temporaires, 1871), ranger en trois groupes les différentes dispositions susceptibles d'être adoptées : dans les hôpitaux du premier groupe les pavillons sont placés sur les deux cotés d'un angle, comme ils l'ont été à l'hôpital de Lincoln à Washington, de Hampton, et à l'hôpital du Polygone à Metz; dans le second groupe on peut réunir les hôpitaux à pavillons l'ormant une couronne ou une demi-couronne et disposés suivant les rayons de la circonférence.
Réminiscence du plan de Poyet, cet arrangement circulaire a été adopté en Amérique pour les hôpitaux provisoires de llammond, de Sedgwick dans la Louisiane, de Hicks (en demi-cercle) dans le Maryland, etc., enfin le troisième groupe comprendra les hôpitaux dont les pavillons sont placés normalement ou à peu près normalement à un passage couvert en forme de fer-à-clieval (demiellipse), comme à l'hôpital de Mac-Dougall en New-Jersey, ou bien d'ellipsoïde aplatie, comme à l'hôpital provisoire Mower près de Philadelphie, à l'hôpital de Decamp près de New-York, ou bien encore perpendiculairement aux quatre côtés d'une grande cour centrale carrée ou rectangulaire comme à Yarmouth Hospital. On a encore proposé de disposer les bâtiments de manière à former les quatre côtés d'une grande cour centrale et tout en conservant pour chacun d'eux les avantages d'une facile et complète aération.
Pour les hôpitaux de grande dimension, surtout s'ils doivent être temporaires, la forme circulaire présente des avantages incontestables. La longueur DICT. EUC. 4« s. XIV. 21
tiuril AUA.
des communications couvertes s'y trouve réduite a son minimum, et le service se trouve ainsi facilité, mais, étant donne l'orientation différente de chaque bâtiment, ils se trouvent exposés suivant le courant atmosphérique qui prédomine à être infectés les uns par les autres. Les dispositions du troisième groupe ne devi'ont être appliquées que lorsque le terrain ne permettra pas d'en employer d'autres.
L'arrangement on échelons réunit des conditions favorables pour l'aération, la ventilation, mais il a le grave inconvénient d'occuper une surface considérable, et pour relier entre eux les divers bâtiments les communications couvertes doivent présenter une longueur considérable. En outre le service, en raison même de l'étendue de l'établissement, exigerait un personnel nombreux et serait plus difficile à surveiller.
Le tableau suivant, que j'emprunte à M. Hillairet {Le nouveau système de construction de M. V ingénieur Toile t pour casernements et hôpitaux militaires . In Gazette hebdomadaire, 1875), indique la surface de terrain nécessaire pour édifier un hôpital de 500 lits, d'après les plans dressés par M, Tollet: