‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.50Chapitre 4 sur 71 · S HE · texte numérisé non relu

S HE

1S8G. — TiiiKRY. Contribution à l'étude du diagnostic des chancres rrncriens. In Progrès médical, n° 51, 1886, n" 1, 1887.

VI. Nature et pathogénie de l'herpès. — Vidal. Inoculabililé de quelques affections cutanées. In Mém. et Comptes rendus du eongrès méd. de Genève, 1877. — Douaid. Expér. sur l'inoculabilité de quelques lésions de la peau. In Mém. et Bulletin de la Soc. de méd. de Bordeaux. 1875. — Leloir. Recherches clin, et anat.-pathol. sur les affections cutanées d'origine nerveuse. Thèse de Paris, 1882. — MornsoD. Etude clinique sur l'asphyxie locale des extj-émités et sur quelques autres troubles vaso-moteurs dans leurs rapports avec la fièvre intermittente. In A7-ch. de méd. navale, 1880. — Barth. Paihogénie et plujsiologic patliol. de l'herpès zoster. In Ann. de dermatologie, 1882. — Délétang. Contribution à l'étude de la pnlhogrnie de l'herpès phhjcténoide. Thèse de Paris, 1885. — Bouchard. Leçons sur les auto-intoxications, in-8". Paris, 1887. — Jaccold. Auto -infection et infection intrinsèque. Leçon d'ouverture du cours de clinique médicale, nov. 1886, et Commun, à l'AcaJ. des se, avril 1887. — Landodzï. Eirvre zoster et exanthème zoslériforme. Leçon clinique. In Semaine médicale, 20 sept. 1885. 11- F.

IIERPKTIDES. Le progrès qiii chaque jour va grandissant dans les choses (le la médecine, les transformations qui s'opèrent dans les idées et dans les doctrines d'une part; d'autre part, la lenteur obligée d'une publication aussi importante que celle de ce Dictionnaire, sont cause que le lecteur trouvera souvent au cours de l'ouvrage des démentis véritables donnes à des articles écrits antérienrenicnl, et (inelquefois les mêmes sujets traités sous des noms différents et d'une manière tout opposée. Ces réflexions s'imposent surtout à propos de l'article que comporte le mot écrit eu tète de ces lignes. Ce mot herpélides. évoque dans l'esprit le souvenir déjà un peu éloigné de doctrines nosologiques qui, après avoir eu un retentissement énorme, tendent sinon à tomber dans l'oubli, du moins ù subir une transformation importante. C'est ainsi qu'il y a une quinzaine d'années nous n'eussions été nullement embarrassé pour écrire sur les herpéiides une compendieuse monographie, et qu'aujourd'hui nous réduisons volontairement notre article à une étude à peu près purement historique, ce terme à' herpéiides aussi bien que sa signification nosographique n'ayant plus cours dans le langage médical et dermatologique du présent.

On sait que le mot à' herpéiides servit à désigner les manifestations cutanées de la maladie constitutionnelle que l'on nommait herpelis. Sans empiéter sur l'article qui traitera de I'Herpétisme et renseignera le lecteur sur la signification du mot et les vicissitudes de la chose, nous rappellerons seulement que certains pathologistes, et plus particulièrement Bazin, avaient admis un groupe de maladies dites constitutionnelles et composées de la syphilis, la scrofule, ïarthrilis et V herpelis; chacune de ces maladies étant susceptible de se traduire à la peau par des éruptions diverses. Le terme de syphilides étant communément employé depuis Alibert et Biett pour dénommer celles qui relevaient de la syphilis, on se servit, par analogie, des expressions scrofidides, arthritides et herpéiides. pour désigner les affections cutanées dépendant des autres diathèses. C'est ainsi que, sous l'influence de ces idées, parurent divers travaux dans ce sens; M. Hardy, par exemple, pubha en 1864 des Leçons sur la scrofule et les scROFLLiDES et $ur la syphilis et les syphilides: l'emploi de ces diverses expressions était alors monnaie courante. C'est ainsi qu'avant cette époque même Gintrac, dans son Cottrs théorique et clinique de pathologie interne (t. V, 1859, Paris), avait admis cinq ordres d'affections cutanées subordonnées aux diathèses herpétique, syphilitique, scrofuleuse, cancéreuse et arthritique. Gintrac subissait l'inlluence des théories déjà en vigueur à l'hôpital Saint-Louis où Bazin et M. Hardy avaient dans leur enseignement distingué à côté de la classe des syphi-

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lides la classe des scvofulides^ et après celle-ci celle des dartres, retour aux théories dermatologiques anciennes et rupture manifeste avec la classification si claire et si élémentairement simple de Willan. Gintrac approuve complètement la formation de ce groupe « très-naturel » et, « pour consacrer le rapprochement et l'étroite connexité des affections qu'il cmhrasse, il propose de désigner celles-ci sous la dénomination commune d'herpétides. l'our les mêmes raisons, il conviendra d'appeler cancrides les maladies cutanées issues de la diathèse cancéreuse, et arthrilides celles auxquelles peut donner lieu la diathèse arthrlUijue » [loc. cit., p. 421). Le terme herpelides, forgé avec le radical herpei pris dans son vieux sens de synonyme de darlre, semhle donc appartenir en premier à Gintrac. Mais, tandis que M. Hardy conserva dans son langage terminologique le mot darlre, Bazin répudia cette expression qu'il jugeait vulgaire et trop vague et, reprenant pour son compte les termes employés par Gintrac à.' arthrilides et d'herpélides, leur donna ou crut leur donner des significations précises. C'est donc, à vrai dire, Bazin qui fit la fortune de ces expressions qui reviennent à chaque instant dans son œuvre et qui, depuis lui, sont peu à peu tomhées, comme nous le disions, dans l'oubli. Au surplus, le lecteur trouvera dans ce Dictionnaire l'exposé des idées de Bazin, écrit par le maître lui-même, et aux articles Autuiutides et Dartres une élude complète de ce qu'il entendait par ces mots et aussi, par contre, par celui dlierpétides. iVous n'avons donc pas à nous étendre sur les caractères, les formes, le diagnostic des herpétides, tout cela se trouve dans les articles auxquels nous renvovons le lecteur : nous ne ferions en y revenant que des redites, et des redites inutiles, puisque, nous le répétons, au taux du langage et du classement dermatologiques actuels, le mot et la chose n'existent plus. Nous nous contenterons de rappeler brièvement quelles étaient les affections classées sous cette étiquette.

Pour Gintrac, la classe des herpelides comprend la presque totalité des affections cutanées chroniques; herpelides devient synonyme de dartres, et l'on sait si l'on a étrangement abusé de ce mot, tandis qu'il consacre aux arthritides quatre pages à peine, qu'il énumère seulement sous ce nom les accidents cutanés des goutteux, éphidroses, collections de matière plâtreuse, tophi de toute sorte, et qu'il signale seulement en pas-sant la coïncidence chez les goutteux du lichen, du prurigo et de l'eczéma : la description des herpétides tient dans son livre plus de 125 pages et embrasse les affections les plus diverses.

11 distingue. — I. Des Herpétides érythémato-papuleises comprenant : i° érythème chronique; 2'^ urticaire chronique; 5" lichen chronique; A'' prurigo.

— II. Des Herpétides squameuses qui sont : 1" le pityriasis; 2" le psoriasis.

— m. Des Herpétides vesicclecses : \° psjjdracia; 2" eczéma chronique; ô" pemphiyus chronique; 4" rupia. — Enfin IV. Des Herpétides pustulecses : 1° ecthyma chronique; 2" impétigo.

Quant à Bazin, il étendit singulièrement, comme on va le voir, le groupe des affections arthritiques, à ce point que celui-ci prit bientôt le pas sur son con^^énère, le groupe herpétique. Montrer comment Bazin ari'iva peu à peu à édifier sa doctrine, comment par des transformations successives furent établis les dogmes de Varthritis et de Yherpétis, et les classifications qui s'y rattachent des arthrilides et des herpétides, nous entraînerait bien au delà des bornes de notre sujet. Force nous est donc de renvoyer de nouveau le lecteur aux articles

ÀRTHRITIDES, DaRTRES et HeRPÉTISME.

Après des modifications diverses, il s'arrêta, pour les arthritides, à une clas- DICT. E.NC. i' s, XIV. 4,

^0 lilHliËliU1.0.

sification qui reposait sur l'ordre successif d'apparition des manifestations culane'es dans l'évolution de la maladie constitutionnelle. Les arlhrilides se divisaient en trois sections [Leçons théoriques et cliniques sur les affections cutanées de nature arthritique et dartreuse, 2'' édit., 186S).

SECTION I. Arthritides primitives, pseuuo-exakthématiqces. 1" Arthritides pseudo-exanthëmatiques érythémateuses : érytlième noueux, érythème papulotubercnleux, urticnire lie'morrhogique. — 2" Arthritides pseudo-excaithématiques vésiculeuses : herpès circinë (non parasitaire), liydroa vésiculeux. — ô" Arthritides pseudo-exanthématiques squameuses : pityriasis arthritique.

SECTION II. Arthritides vclgaires. 1" Arthritides vidgaires érythémateuses: acné rosée ou couperose, intertrigo. — 2" Arthritides vulgaires pustuleuses : acné arthritique, sycosis ou mentagie. — 5" Arthritides vulgaires vésico-squameuses : eczéma circonscrit, hidrosadénite exulcérative, herpès successif et chronique, hydroa vacciniforme. — 4" Arthritides vulgaires squameuses : pityriasis chronique et circonscrit, psoriasis arthritique, psoriasis buccal. — 5" Arthritides vulgaires papideuses : prurigo arlhriliiiue, lichen arthritique.

SECTION 111. Arthritides irrégulières et malignes. — 1" Arthritides malignes érythémateuses : urticaire chronique. — 2" Arthritides malignes vésiculeuses : eczéma nummulaire, eczéma suintant généralisé. — 5'^ Arthritides malignes huileuses : hydioa huileux, pemphigus chronique. — -4" Arthritides maliqnes phlegmoneuses : hidrosadénite, ecthyma, furoncle.

Nous avons rapporté tout au long celte classihcation parce qu'elle dilïère un peu dans les détails de celle que Bazin donne, postérieurement d'ailleurs à celle que nous reproduisons, à l'article Arthritides de ce Dictionnaire (p. ôo2).

Voyons maintenant ce que comprenait le groupe des herpétides. Le plan général de leur classiûcation est le môme : même division en sections et en classes.

SECTION I. IIerpiôtides pseudo-ex.a.^thkmatiques. 1" Herpétide pseudoexanthématiqiie érythémateuse : roséole miliaire. — 2" Herpelide pseudo-exanihématique vésiculeuse : eczéma rubrum généralisé.

SECTION II. Herpétides vulgaires, l" Herpétide vulgaire pustuleuse : mélilagreou impétigo herpétique. — 2" Herpétide vulgaire vésiculeuse : eczéma symétrique. — 5" Herpétides vulgaires squameuses : pityiùasis herpétique, psoriasis herpétique. — 4" Herpétides vulgaires papuleuses : prurigo herpétique, lichen herpétique.

SECTION 111. Herpétides malignes. 1" Herpétides malignes érythémateuses : urticaire chronique ou cnidosis herpétique, épinyctide. — 2'^ Herpétide maligne huileuse: pemphigus chronique. — 5" Herpétide maligne et tardive : herpétide exfoliatrice.

Et encore cette classification (1868) avait-elle déjà subi des modifications. Bazin éliminait de son premier groupe des herpétides l'urticaire fehrile, le pityriasis ruhra aigu, Y herpès phlycténoide, Vlierpès zona et le pemphigus aigu, affections qui n'offraient pas de rapports assez nets avec l'herpétis et qu'il

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rangeait dans le groupe des pseiido-emnthèmes idiopathiques. C'étaient d'ailleurs les mêmes affections qu'il avait éliminées déjà du groupe arthritique.

Mais, quoique ainsi réduit, le groupe lierpélique ne présentait, pas plus (|ue le groupe arllirilique, à vrai dire, une indivulualité bien maïquée. Malgré les efforts du classificaleur, malgré les subtilités de diagnostic et la mulliplicalion des caractères différentiels, arthritides et herpétides avaient plus d'analogies que de divergences. Ces classifications, fondées sur la nature constitutionnelle plus ou moins exacte de l'affection cutanée, n'avaient pas de base sûre, et l'on pouvait s'étonner pour le moins de voir la même affection figurer à la fois parmi les arthritides et parmi les herpétides : la même dermatose était donc tantôt arthritique, tantôt herpétique.

Ce sont ces difficultés et ces subtilités de classification qui ont un peu obscurci l'oeuvre si belle et si grande de Bazin; ce sont elles qui parfois découragent le lecteur, fatigué des redites fréquentes et obligé de chercher de ci de là les éléments nécessaires pour l'étude complète d'une affection cutanée. Qu'on fasse abstraction de ces classements, et l'œuvre de Bazin reste superbe, féconde en descriptions faites de main de maître.

Les différences étaient si peu marquées entre les deux dialhèses et leurs groupes de manifestations cutanées, que la confusion était pour ainsi dire inévitable. C'est ce qui arriva dans la suite; les partisans les plus convaincus de la diatbèse ont renoncé à faire une distinction réelle entre l'arlhritis et l'herpétis et, soit que le nom à^irlhriiisme ait prévalu, soit qu'ils aient préféré celui d'herpétàme, la chose décrite sous l'un ou l'autre nom reste, à quelques nuances près, la même {voij. Heispétisme).

Insister davantage est inutile; disons seulement que, dans ce sens général, le mot herpétides prend une signification qui embrasse énormément de troubles morbides.

Pour Gigot-Suard, par exemple, les herpétides sont toutes les manifestations de l'herpétisme; et ce ne sont plus seulement des affections cutanées, mais encore des déterminations muqueuses et viscérales. Les unes sont primordiales, les autres ultimes. Les herpétides primordiales sont cutanées ou muqueuses ; parmi les herpétides cutanées les unes sont sèches, exanthéinatiques (érvthème simple, roséole, couperose), boutonneuses (prurigo, érythème noueux, urticaire; les autres sont sécrétâmes, à produits solides (psoriasis, pityriasis, lichen herpétide exfoliatrice) ; à produits liquides ou demi-liquides (diaphorèse, acné, furoncle, hidrosadénite) ; à produits liquides ou demi-liquides concrescibles (herpès, eczéma, impétigo, pemphigus, ecthyraa, acné sébacée concrète) ; les autres enfin n'ont pas de lésion apparente (hyperesthésie cutanée). Les herpétides muqueuses peuvent occuper les diverses muqueuses, oculo-palpébrale et lacrymale, de l'oreille, de la bouche, du larynx, des bronches, de l'estomac, de l'intestin, des organes génito-urinaires. Enfin au bout de cette échelle pathologique apparaissent comme phénomènes ultimes la phthisie et le cancer les affections nerveuses, etc. C'est le terme herpétide, employé comme épithète pour toutes les manifestations qui peuvent assaillir au cours de leur existence certains individus entachés constitutionnellement de cette diathèse, que Gi^ot- Suard appelle de préférence herpétisme, mais pour laquelle semble prédominer aujourd'hui l'appellation d'arthritisme, réserve faite de ce que l'on doit scientifiquement admettre sous ce nom.

La conception est exacte, ce n'est certainement pas nous qui la contredirons-

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mais, si l'on admet que certains tempéraments prédisposent plus que d'autres à des formes morliides de nature déterminée, on ne peut voir là qu'une question de prépar.'jiinn de terrain et non l'évoiution d'une maladie constitutionnelle qui durerait alors aulantqne l'individu et se traduirait à intervalles plus ou moins espacés par des poussées du côté des divers appareils, à la façon de ce que fait la syphilis. Une semblable assimilation ne peut être faite, et c'est pourquoi, prise dans ce sens de manifestation d'une maladie nommée lierpétis, comme la syphilide est la manifestation de la syphilis, l'expression d'herpétide ne saurait plus èlre admise : le mot herpétlde n'a plus sa place en nosograplue cutanée et ne peut servir à une classification.

IÎerpiîtide jialigxe exfoi.iatrice. Cependant nous écrivons encore ce mot en tête delà seconde partie de cet article. Mais il n'a pour nous aucune signification doctrinale. Bazin a désigné sous ce nom une maladie cutanée qu'il a le premier bien étudiée et qu'il considérait comme une des formes graves des manifestations herpétiques. C'est celte maladie que nous allons étudier, abstraction faite de tout sens particulier à attacher au mol herpélide, que nous conservons par usage et en souvenir de celui qui le premier l'étudia : le véritable nom de celte affection serait plutôt dennatite exfoliatrice généralisée secondaire on érylhrodermie généralisée exfoliante secondaire, comme nous l'expliquerons tout à l'heure. Mais au fond le nom n'a qu'une importance secondaire, si l'on est bien d'accord sur ce qu'il signifie ; d'ailleurs, la maladie en question n'ayant jias sa place dans ce Itictinnnaire au mot Dermatite, force nous est de la placer ici, en répétant encore une fois qu'il n'y a aucun rapport à établir entre l'expression dont nous nous servons par usage et ce que nous venons de dire des herpétides en général.

Sous le nom àlierpétide maligne exfoliatrice de Baùn nous entendons une afiectiou cutanée généralisée à toute la surface du tégument, caractérisée par une teinte rouge uniforme de la peau et une desquamation abondante, et qui est elle-même secondaire à une autre affection cutanée. Ce dernier caractère la différencie immédiatement des autres érythrodermies généralisées exfoliantes (Besnier) qui sont d'emhlée primitives, affections dont le groupement n'est pas encore définitif, sur lesquelles l'eutenle n'est pas encore absolument faite ni entre les dermatologistes français, ui entre Français et étrangers.

L'individualité de l'herpétide exfoliatrice, telle que nous la décrivons, est loin d'être admise par tout le monde. Confondu avec les pityriasis rubra, la dermatite exioliatrice généralisée ou maladie d'Erasmus Wilson, l'érythèrae scarlatiniforme récidivant, le type ne peut être dégagé que si l'on en établit le caracièie principal, la nature toujours secondaire de la maladie. Bazin lui-même a été cause de nombreuses confusions en admettant pour cette entité morbide deux formes, l'une, primitive, et l'autre, secondaire. L'herpétide exfoliatrice primitive de Bazin n'est pas une véritable herpétide exfoliatrice au sens que nous réservons maintenant à ce nom; nous reparlerons d'ailleurs de ces distinctions en faisant le diagnostic de l'herpétide exfoliatrice. Ce que nous décrivons est différent du pityriasis rubra et des autres dermatoses précitées ; c'est une affection cutanée, sorte de cachexie cutanée, à laquelle peuvent aboutir ultérieurement des dermatoses telles que le psoriasis, l'eczéma, le pemphigus. etc. Voyons donc comment évolue cette affection cutanée, quelles transformations subit la dermatose primitive.

Tableau clinique. « La transition des genres primitifs, dit Bazin (Leçons sur

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les affections cutanées de nature arthritique et dartreuse, 2'^' édit., 1868, p. 459), à l'herpétide exfoliatrice, se fait d'une manière insensible. Dans le pemphigus, elle a lieu par suite de la prolongation de la période squameuse; dans l'eczéma, la sécrétion devient moins abondante, tandis que les S(|uamcs persistent et se multiplient eu prenant quebiues-uns des caractères de celles du psoriasis ou du pityriasis. Dans le psoriasis, la rougeur et le soulèvement de la peau, qu'on observe ordinairement au début de l'alTection, s'elTacent peu à peu, et les squames deviennent plus minces en même temps que plus abondantes. Dans le pityriasis culin, une trausiormation en sens inverse s'observe; les squames, de minces et légères, deviennent plus étendues et ])lus loniluentes. Dans l'un et l'autre cas la desquamation épidermiqueest le seul phénomène objectif et organique qui persiste et c'est elle qui parvient à dominer la scène. Lorsque l'herpétide exfoliatrice est établie, l'éruption couvre, conmie nous l'avons dit, presque toute la surface du corps. A peine si quelques régions, telles que la face, la paume des mains et la plante des pieds, sont parfois épargnées. Les squames se produisent et se succèdent incessamment; elles sont tidlement abondantes qu'elles se détachent sans cesse de la surface cutanée ; le matin on les trouve amoncelées j)our ainsi dire sous les flancs et sous les membres des malades. Ces squames sont minces et légères, transparentes comme des pelures d'oignon ; leurs dimensions sont très-variables, les unes sont petites et analogues aux écailles de son, d'autres sont plus larges et plus irrégulières.

La peau est à ce moment d'une sécheresse remarquable; toutes les sécrétions de l'économie sont même taries ou du moins ralenties, pour augmenter pour ainsi dire l'abondance de la sécrétion épidermique, qui est alors devenue la fonction principale. Les troubles de la sensibilité cutanée sont variables; assez souvent un prurit assez intense et continuel tourmente les malades; dans d'autres cas, les démangeaisons sont faibles ou coniplélemeut nulles, elles ont fait place à une sorte d'insensibilité relative, qui contraste avec l'intensité qu'elles avaient avant que l'affection générique primitive parvînt à la forme exfoliatrice. Un amaigrissement plus ou moins profond ne tarde pas à se manifester; toutefois, pendant un certain temps du moins, les fonctions digeslives peisistent intactes; la fièvre peut faire défaut et le malade résiste encore à la déperdition incessante qui se fait à la surface de son corps. Mais après quelques mois de lutte les forces s'épuisent, la fièvre hectique se développe et le malade tombe dans un marasme de plus en plus profond. A cette période ultime il n'est pas rare de voir la desquamation devenir moins abondante, tandis que de nouvelles affections se déclarent et viennent liàter la terminaison funeste. On observe alors, soit des hydropisies qui de passagères et partielles qu'elles étaient dans les premières périodes de l'berpétis deviennent permanentes et générales; soit une diarrhée colliquative, soit quelque affection viscérale, qui souvent enlève encore les malades avec plus de rapidité. »

Nous avons reproduit dans son ensemble le texte de Bazin, afin de montrer comment il avait décrit d'emblée cette maladie à l'étude de laquelle on n'a fait après lui qu'ajouter des détails complémentaires. La desquamation toujours fort abondante s'accompagne cependant dans quelques cas rares (Brocq, Guibout) d'un suintement. Ce suintement est surtout marqué dans les plis, particulièrement aux aines.

Il faut noter que dans l'herpétide exfoliatrice les phanères (poils et ongles) sont généralement peu atteints, contrairement à ce qui se passe dans la der-

^* " HERPÉTIDES.

malite cxfoliatrlce généralisée, par exemple, où la chute des ongles et des poils •est la règle (Broeq). Cependant il ne i'aut pas établir dans ce cas de règle absolue pouvant servir au diagnostic, et la chute des phanères peut avoir lieu au cours de Iherpétide exfoliatrice.

M. le docteur Besnier a attiré notre attention sur un point assez particulier de la symptomatologie de cette dermatose. C'est la production de véritables arthropathies analogues à celles que Ton observe dans le rhumatisme subaigu et pouvant s'accompagner ultérieurement de délbrmatious articulaires et de rétractions des membres.

Parmi les phénomènes généraux de la maladie, la fièvre peut quelquefois se montrer avec une assez grande intensité. 11 faut noter avec les démangeaisons signalées par Bazin la sensibilité très-marquée au rol'roidissementque présentent presque tous les malades. Quand on fait déshabiller un malade atteint d'herpélide exfoliatrice on le voit bien vite fiissonner, demander à reprendre ses vêtements qu'il ne peut quitter sans inconvénient et nous ajouterons sans danger. Cette sensibilité particulière au froid a été cause en effet pour quelques-uns de ces malades de complications pulmonaires, congestions, pneumonies rapidement sui\ies de mort.

Parmi les complications viscérales omises par Bazin il faut citer eu premier lieu les complications rénales : on sait les relations étroites qui existent entre l'appareil urinaire et l'appareil cutané; que la lésion rénale soit cause ou effet, nous ne le savons pas, mais celte lésion existe fréquemment. On observe chez ces malades des néphrites, le plus souvent néphrites interstitielles s'accompaguant d'albuminurie et de leur cortège symptomatique ordinaire : l'urémie doit donc rentrer parmi les formes de complications terminales auxquelles peuvent être exposés ces malades.

AxATOîiiE PATHOLOGIQUE. Les examous in>tulugiques manquent un peu pour que l'on soit absolument renseigné sur les lésions de la peau qui caractérisent l'herpétide exfoliatrice. Cependant une autopsie d'Iierpétide exfoliatrice consécutive à un psoriasis ayant été faite récemment à l'hôpital Saint-Louis, dans le service de M. le docteur Vidal, nous allons donner les résultats de l'examen qui fut fait par .M. Paul Raymond, interne du service (voy. Annales de dermaloJocjle, 1887, nM, p. 51).

Les papilles du derme étaient très-augmentées de volume, et la plupart s'étendaient jusqu'à la couche cornée dont elles n'étaient séparées que par quelques cellules du corps muqueux, rares et petites. Ces cellules faisaient même défaut, par place, de sorte que les papilles étaient immédiatement recouvertes par la couche cornée; « ce qui semble expliquer les douleurs et la sensation de brûlure qu'accusait la malade lorsque cette couche cornée, venant à disparaître, laissait à nu le sommet des papilles. » Dilatation et congestion des vaisseaux papillaires; diapédèse abondante de globules rouges et blancs. « Le derme, à sa partie moyenne et surtout à sa partie superficielle, est infiltré d'un grand nombre de cellules embryonnaires. A mesure qu'on approche de l'hypoderme ces cellules deviennent moins nombreuses, et les couches profondes du derme sont à peu près saines. La prolifération cellulaire débute par la périphérie des vaisseaux. >) Les nerfs sont sains ; la myéline estjpartout homogène, et les filets nerveux suivis jusqu'au sommet des papilles sont reconnus sains. On ne trouve aucune altération appréciable des glandes sudoripares et des follicules pileux. En somme, derniite intense, mais superficielle. « Du côté de l'épi-

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derme on constate les lésions suivantes : la couclie des cellules cylindriques est à peine visible. On trouve à sa place une surface foncée peu distincte, dont les limites avec les papilles sous-jacentes ne sont pas franchement arrêtées, par suite de Tintiitration cellulaire qui pénètre les bourgeons interfiapillaires. Ces cellules semblent plus petites qu'à l'état normal et comme légèrement aplaties. Les cellules polyédriques sont devenues réfringentes : nombre d'entre elles sont arrondies et vésiculeuses, avec refoulement du noyau. Leurs dentelures ont disparu, leurs noyaux sont aplatis et allongés transversalement. La couche de ces cellules est dans son ensemble Irès-amincie : on ne voit guère qu'une ou deux rangées de petites cellules polyédriques, })uis celles-ci s'aplatissent et se continuent insensiblement avec le slratum granulosum.

« Celui-ci est également d'épaisseur moindre. 11 ne présente pas la coloration si nette qu'on trouve à l'état normal, en traitant les coupes par le picro-carmin. Celte coloration commence dans les cellules aplaties du cor()s muqueux et arrive par degrés à un rouge un peu plus vif au niveau du slratum granulosum. Le noyau de ces dernières cellules est très-allongé transversalement.

« La couche cornée est considérablement augmentée d'épaisseur. Elle est formée de cellules aplaties colorées en jaune })àle rosé, et qui contiennent un novau allongé coloré en rou^e. Ces cellules constituent des lamelles imbriquées qui se séparent en certains points en suivant une sorte de plan de clivage, foi'maat ainsi des vacuoles qu'on trouve par places remplies de globules sanguins. On trouve de même, en d'autres points, des globules de sang qui ont détaché cette couche cornée de la couche sous-jacenle : ces points correspondent généralement au sommet des papilles.

(( Les limites de la couche cornée et du slratum eranulosum sont mal Iracées : on voit qne le processus de kéiatinisalion n'est pas complet, et que les cellules représentant la couche cornée sont des éléments dont les phases d'évolution ont été hâtées et interrompues par la rapidité de la marche de la dermatite. » En dehors de ces lésions si intéressantes de la peau, la malade dont il s'agit avait présenté des altérations viscérales dont quelques-unes avaient entraîné la mort. Il y avait de la congestion pulmonaire double, mais ce qui dominait tout le reste était une néphrite interstitielle extrêmement avancée. Les deux reins étaient petits, atrophiés. Celui de gauche pesait 50 grammes : sa substance corticale était réduite à o millimètres; elle était granuleuse. La substance médullaire envahie par la dégénérescence graisseuse mesurait à peine l centimètre d'épaisseur. Au milieu de ces deux substances existaient des kystes de la dimension d'une grosse lentille, remplis de sérosité claire, limpide, jaunâtre. Le rein droit présentait les mêmes lésions de néphrite avec une poche kystique énorme, contenant environ deux cuillerées à soupe de sérosité citrine, et des poches secondaires plus petites qui ont envahi toute la substance rénale. Le parenchyme n'existe plus; il est converti en une substance d'un blanc jaunâtre et granuleuse.

Une autopsie faite récemment, dans le service de M. le docteur Besnier, à l'hôpital Saint-Louis, et dont M. Bouisson, son interne, a bien voulu nous communiquer les résultats encore inédits, conlirme dans ses points principaux l'histologie que nous venons de rapporter. Dans ce cas, les reins présentaient seulement un commencement de sclérose.

Etiologie. De la description que nous venons de faire, de l'énoncé même de notre définition, il résulte que l'herpétide exfoliatrice, telle que nous la com-

5li IIERPÉTIDES.

prenons, est une arieclioii secondaire. Les maladies de la peau susceptibles de se terminer par cette complication sont, par ordre de fréquence : le psoriasis, l'eczéma, le pemphigus; peut-être lïiudi ait-il, avec Cuclianaa Baxter, ajoutera ces maladies le lichen invétéré. Sous quelle infiiience se fait celle transformation, il est diflicile de le préciser. C'est ordinairement chez des sujets d'âge avancé et atteints depuis longtemps de l'une de ces dermatoses que l'iierpétide apparaît. A mesure que les poussées de la maladie primordiale se produisent (cela est exact, surtout le psoriasis), on les voit augmenter en étendue, si bien que les espaces occupés par l'éruption l'emportent de beaucoup sur la peau restée saine, et peu à peu par poussées successives l'envahissement général de la peau se fait, envahissement définitif, ou seulement temporaire, mais qui indique en tout cas les tendances fâcheuses de la maladie. Peut-être les lésions des reins que l'on trouve souvent dans ces cas jouent-elles quelque rôle favorable à la production de cette dermatose; il faudrait pour cela acquérir la preuve que les reins sont ainsi malades antérieurement à la transformation en herpétidc, au lieu d'être la conséquence de cette herpétide elle-même.

Diagnostic et NosonRAPHiE dk i.'nEiiPÉTiDE exfoliatrice. Le diagnostic de l'iierpétide cxfoliatrice ne présentera guère de dilTicultés pour le médecin qui, ayant assisté à l'évolution de la dermatose qui a précédé, aura pu suivre les poussées de plus en plus intenses et étendues de cette dermatose et qui, prévenu de cette redoutable complication ultime, l'aura pour ainsi dire vue évoluer et se compléter sous ses yeux. Mais, si l'on se trouve en présence de cas constitués, complets, c'est par l'élude attentive de l'éruption en elle-même, puis par celle des anamnesliques, que l'on parviendra comme nous allons le dire à formuler son diagnostic.

Les caractères principaux de 1 éruption de l'iierpétide sont la rougeur généralisée du tégument et l'exfuliation, caractères qui éliminent d'emblée la plus grande masse des éruptions cutanées, mais nous laissent en présence d'un petit groupe de maladies, peu connues justement, qui semblent avoir avec l'iierpétide exfoliatrice d'étroits rapports, et dont il importe d'établir autant que possible l'individualité. Il n'y a pas bien longtem]is que la confusion la plus grande régnait sur ce point de la dermatologie, et si, après les beaux travaux des dermatologistes français Besnier, Bichaud, et plus particulièrement Brocq, la lumière semble se faire pour nous, il s'en faut de beaucoup que l'accord soit fait sur ce point, surtout avec les dermatologistes étrangers. Pour prendre une idée de la difficulté qui réside dans ce sujet, nous engageons vivement le lecteur à lire les remarquables études que M. Biocq a publiées, et auxquelles nous renvoyons pour le détail des choses, ne pouvant donner ici qu'un résumé succinct de la question {voy. Brocq, Éhide critique et clinique sur la de^-matite exfo- Uatrice généralixée, ou mieux maladie d'Erasmus Wilson, Th. de Paris, 1882. — Etude critique et clinique sur le pityriasis rubra. In Arch. gêner, de médecine, 1884).

Jusqu'à nouvel ordre, et par un classement qui n'est peut-être pas définitif, on admet à l'école de l'hôpital Saint-Louis un groupe de maladies cutanées ayant pour caractères distinctifs l'envahissement total de la surface cutanée, se traduisant par une teinte rouge uniforme et une desquamation généralisée. Ces dermatoses, érylhrodermies généralisées exfoliantes, comme les appelle d'un nom significatif M. Besnier, peuvent être ramenées à cinq variétés, qui sont : 1" Vérythème scarlatiniforme récidivant; 2° la dermatite exfoliatrice

IIERPETIDES. 57

généralisée (type d'Erasmus Wilson, Vidal et Brocq) ; 3" le pityriasis ruhra (de Ilébra); ¥ \epiUjririsis ruhra pilaire (type Desnier-llicliaud) ; 5° ïherpétide maligne exfoliatrice.

De ces cinq variétés, la cinquième, celle dont nous nous occupons, est secondaire, les quatre autres sont primitives. C'est là un caractère des plus importants, qu'il faut mettre en première ligne, pour éviter toute erreur : c'est faute de s'entendre exactement sur la nature toujours secondaire de la maladie que nous appelons herpétide maligne exfoliatrice qu'ont eu lieu et qu'ont encore lieu les conl'usions les plus remarquables.

D'ailleurs Bazin lui-même prépara le premier ces confusions. Frappé en effet de voir des sujets, jusqu'alors indemnes de maladie cutanée, présenter tout à coup d'emblée les pliénomèncs morbides que nous avons décrits, il conclut à une forme primitive di' l'iieipélide maligoe exfoliatrice, bien que sa description se rapporte plutôt à la forme véiitablement secondaire.

Ce que Bazin avait pris pour des formes primitives dlierpétide exfoliatrice n'étaient pas des herpétides exfoliatrices au sens que nous réservons dès lors à ce mot, mais c'étaient soit des dermatites exfoliatrices généralisées, soit des piti/riasis rubra, maladies primitives. Ce fait de la nature secondaire de l'iierpétide maligne exfoliatrice doit donc dominer tout le reste pour établir le diagnostic de cette maladie.

Vérijthème scarlaliniforme desquamatif est « une sorte de pseudo-exanthème caractérisé par un début assez franc, fébrile, simulant celui de la scarlatine, par une rougeur intense généralisée du derme, j)ar une exfolialion lamellense de l'épiderme, et par une guérison complète en l'espace de trois à six semaines; il ne semble pas être contagieux. Les dermatologistes qui ont crée ce groupe, MM. les docteurs Besnier et Féréol, ont ajouté au nom d'érglhcnie scarlatini forme desquamatif l'épithète de récidivant, parce qu'il est fréquent d'observer quelque temps après la première atteinte une nouvelle poussée éruptive en tout semblable à la première, quoique un peu moins forte, puis une troisième, une quatrième, etc. (Drocq). » L'érylbènie scarlatiniforme est donc une maladie aiguë; elle s'accompagne, de plus, de phénomènes fébriles au début comme les maladies aiguës.

La dermatite exfoliatrice généralisée (type d'Erasmus Wilson, Vidal et Brocq) est une maladie de l'adulte, caractérisée à sa période d'état par une exfoliation lamtlleuse, abondante et longtemps répétée de l'épiderme, par la chute des phanères (poils et ongles), par des phénomènes généraux, fièvre, prostration, affaiblissement marqué; elle est parfois mortelle, mais ordinairement elle se termine par guérison complète, après une durée moyenne de quatre mois, mais qui peut se prolonger jusqu'à huit ou dix mois {voy. Brocq).

Quant au pityriasis rubra de Ilébra, c'est une affection chronique caractérisée dans toute son évolution par la rougeur de la peau et une desquamation assez fine. La maladie débute ordinairement par un point pour s'étendre peu à peu, plus ou moins rapidement, à toute la surface du tégument : elle n'est pas généralisée d'emblée comme les types précédents. Elle évolue très-lentement, en plusieurs années, s'accompagne de cachexie et se terminerait par la mort. C'est une forme de maladie cutanée, très-rare, du moins en France.

A côté de celte forme grave, mortelle, de pityriasis rubra, il faudrait peut-être admettre une autre forme analogue, mais se terminant favorablement, une sorte de pityriasis rubra bénin. En tout cas, malgré les apparences, il y

5!i HERPÉTIDES.

a des analogies entre les trois types morbides précédents : éryihème scarlatiniforme, dermatile exfoUatrice, pityriasis rubra, et l'on peut se demander avec Brocq si l'on se trouve en présence de trois dermatoses absolument distinctes, ou si l'on doit les considérer comme des processus d'une seule et même nature. L'avenir seul nous renseignera sur ce point, mais pour la question qui nous occupe, ce qu'il nous faut retenir avant tout, c'est que, si à un moment donné de leur évolution, à leur période d'état, ces maladies offrent des ressemblances avec riierpétide, elles en diffèrent absolument en ce qu'elles sont des maladies primitives, tandis que l'hcrpétide est secondaire.

La même raison de diagnostic s'impose pour le pityriasis rubra pilaire, maladie également primitive, qui a avec le pityriasis rubra proprement dit de nombreux poiuls de contact, mais qui est une affection distincte, que l'on pourrait peut-être rapproclier du psoriasis (nrocq). Ne pouvant entrer dans de grands détails sur ce sujet, nous renvoyons le lecteur à l'excellente tlièse de Kicliaud (th. de Taris, 1877).

C'est donc principalement par les commémoralifs et par la connaissance de la dermatose aiitécédenle que se fera le plus ordinairement le diagnostic d'Iierpétide exfoliatrice.

Mais il peut être parfois délicat de reconnaître, au cours de ces dermatoses (pii peuvent se terminer par herpétide, si l'on a affaire à l'herpélide elle-même venant terminer la scène, ou seulement à une poussée aiguë comme on en observe parfois au cours de l'eczéuia, du psoriasis et même du licbcn plan.

Les poussées aiguës de ïeczéina, et cette variété d'eczéma connue sous le nom d'eczéma rubrum, ne sont jamais généralisées : il y a toujours des parties du tégument qui restent saines; il est rare qu'il n'y ait pas eu quelque point de suintement et, quand l'éruption sèche, la desquamation parfois croùtelleuse de l'eczéma diffère de la desquamation en minces et grandes squames de 1 herpétide. De plus, ces éruptions ont une marche rapide et ne s'accompaguent ordinairement pas de mauvais état général.

Le psoriasis, dans sa variété dite psoriasis scarlatiniforme, peut être généralisé, rebelle et de longue durée. Le psoriasis scarlatiniforme diffère cependant de l'herpélide exfoliatrice type par la moins long\ie durée des poussées, par la rougeur beaucoup plus vive dei téguments, par la moindre abondance des squames, et par des phénomènes d'inllanmiation cutanée beaucoup plus intense (Brocq).

Les poussées aiguës et presque complètement généralisées du lichen plan (Lavergne, th. de Paris, 1885) sont rares, ne desquament ordinairement pas comme l'herpétide exfoliatrice, ne se généralisent pas autant, ont une couleur rouge moins prononcée et présentent toujours sur les points périphériques des papules isolées de lichen.

« Eu résumé, dit Brocq, pour que l'on soit en droit de donner à une éruption le nom d'herpétidc exfoliatrice, il ne suffit pas qu'elle soit constituée par une rougeur du derme fort étendue, il faut encore que l'éruption primitive ait perdu ses caractères, qu'elle soit devenue méconnaissable, très-rebelle, absolument Généralisée, caractéi'isée par une exfoliation lamelleuse abondante, par de la rougeur du derme, et par un acheminement graduel vers un elat gênerai grave )> (loc. cit., Étude sur le pityriasis rubra, p. 19).

Pronostic. De tout ce qu'on vient de lire il résulte que le pronostic de l'herpélide exfoliatrice est grave, et que la terminaison souvent funeste de la

IIERPÉTIDES (bibliographie). 59

maladie lui mérite justement l'e'pitliète de maligne que lui avait appliquée Bazin. Cependant cette terminaison par la mort n'est pas la règle absolue, et Ton a cité sinon des guéiisons détlnilives, du moins des rémissions de plus ou moins longue durée (Guibout, Leçons sur les maladies de la peau, 1876, p. -462). 11 faut savoir qu'une affection cutanée passée à l'état d'iicrpélide exfoliatrice peut revenir à son type primitif, et qu'à côté des cas où la terminaison par la mort est régulière et imminente il y en a où l'évolution de la maladie se fait chroniquement, pendant de longs e£|iaces de temps, et où la mort est le fait d'une complication intercurrente jdus que des progrès de la maladie elle-même.

Jusqu'à un certain point on peut comparer, avec Ciocf[, l'iierpélide exfoliatrice, aboutissant de certaines dermatoses, à l'asystolie, terme des affections cardiaques. Un malade peut avoir plusieurs attaques de cachexie cutanée, de même qu'un caidiaque peut avoir plusieurs attaques d'asystolie. Et de même que dans celte dernière maladie, si ce n'est pas aux premières poussées, c'est à l'une des poussées suivantes que le malade est emporté soit du l'ait de la cachexie croissante, soit du fait d'une coni[ilicalion. Cette éventualité doit donc rester présente à l'esprit du médecin quand il se trouve en face d'eczémas, de psoriasis tenaces, à poussées chaque fois phis étendues, plus envahissantes, et surtout si l'état général de la santé s'altère. 11 doit dès lors combattre le plus possible cette tendance à la généralisation et surveiller la santé générale, car, la maladie arrivée à l'état d'herpétide exfoliatrice constituée, le traitement à lui opposer est le plus souvent incflicace.

Traitement. Il s'adresse d'abord à l'état général. Il faut s'attacher à relever les forces du malade de toutes les façons possibles : relever surtout l'état des fonctions digestives dont la débilité ne permet souvent pas d'avoir recours à des médicaments actifs. 11 laut s'attacher à combattre les complications et surtout s'efforcer de les prévenir, et, pour ce qui est des complications ihoraciques, par exemple, épargner soigneusement au malade tout refroidissement qui peut être l'occasion pour lui d'une congestion pulmonaire mortelle.

L'arsenic, la médication alcaline, ont été tour à tour employées sans résultat bien appréciable : le mauvais état des voies digestives s'oppose ordinairement à l'administration de l'arsenic. On a préconisé l'emploi de l'acide phénique à l'intérieur.

Le traitement local essaiera de calmer l'inflammation de la peau et en même temps de la soustraire aux influences extérieures. On emploie les onctions de corps gras, axonge fraîche, vaseline, glycérine, glycérolé d'amidon, huile de foie de morue, liniment oléo-calcaire et enveloppement ouaté comme pour les brûlures. Enfin peut-être pourrait-on tenter dans quelques cas, où ce mode de traitement très-difficile à suivre pourrait être appliqué, l'emploi des bains continus préconisé par Hébra.

On s'attachera également à combattre dès le début les tendances aux rétractions, à placer dans le principe les membres dans des situations favorables pour ne pas être obligé ensuite de s'attaquer plus ou moins violemment à ces déformations. Henri Feulard.

BrBLioGRAPHiE. — Pour la bibliographie des IIerpètides en général, voy. la bibliographie des art. Arthritides, Dartres et Herpétisme.

Herpétide exfoliatrice. — Bazin. Leçons théoriques et cliniques sur les affections cutanées de nature arthritique et dartveuse, 2=édit., 1868, p. 555-437. — Guibout. Leçons cli-

60 HERPÉTISME.

niques sur les maladies de la peau, in-8". Paris, 187G, p. 455. — Buciianan Baxteh. Dermatite exfolialrice géncralisée. In Gazelle inedicale de l'avis, 1879. — Guiisout. IlcrpéUde maligne exfolialrice. In Union médicale, 1880, t. I, p. 361-375. — Brocq. Étude critique et clinique sur ladermatite exfolialrice r/c'iiéralisée ou mieux maladie d'Erasmus Wilson. Thèse de Paris, 1882. — Dl:hhin&. Traité des maladies de la peau, trad. Barthélémy et Colson, in-8°. Paris, 1883, voij. la note de la page 582~380. — Bhocq. Etude critique et clinique sur le pityriasis rubra. In Arc/i. gén. de médecine. Paris, 1884, mai, .JLiin, juillet. — Raymond. Herpétide exfolialrice maligne consécutive à un psoriasis. lu Annal, de dermatologie et syphilis, 1887, n" 1. "• '•

iierp3<:t1!§ue:. Synonymie. Dartre, Ilerpétis, Diallièses dartreuse et herpétique.

L'herpélisme est une doctrine ayant pour objet d'expliquer et de déterminer l'origine, la nature de certaines dermatoses et des manifeslalions nerveuses et viscérales qui coïncident ou alternent avec elles. On trouvera dans le cours de cet article les diverses dclinilions proposées par les auteurs. Dans l'état actuel de la science, on ne saurait en adopter aucune. L'herpélisme est discuté par tous, nié par queltpies-uns ; c'est dire qu'il manque absolument de base scientifique, et, comme tous les systèmes de ce genre, qu'il laisse la porte ouverte à tontes les interpréiations. Aussi nous bornerons-nous à recbercber ses origines, à montrer ses phases successives, enfin à établir quelles sont actuellement les opinions en présence.

1. L'idée de rattacher les dermatoses à une altération générale de la santé est aussi vieille que la médecine. A côté des éruptions critiques dues au dépôt sur la peau de la matière morbilique non éliminée par les sécrétions, Ilippocrate signale des affections cutanées essentielles qui ne sauraient être considérées comme des dépôts, mais comme des maladies [PrédicL, liv. II), et ces maladies sont dues à une altération de la pituite {De affect., par. 261). Il mentionne également les relations des dermatoses avec les hémorrhoïdas, celles-ci constituant un flux salutaire qui préserve d'un grand nombre de maladies parmi lesquelles les affections cutanées {Des humeurs, p. 57. — Èpid., liv. Yl,p. 61). Ilippocrate avait employé l'expression d'herpès (ipTr/;?, des^TTciv, ramper), mais ce n'est qu'avec Galien que ce terme prend une signification déterminée. Pour le médecin de Pergame, les herpès sont dus à une altération de la bile, à la bile jaune, et ces herpès sont de trois espèces : la première (epTtoç y.îpypicuç) répond à l'herpès de Willan ; la deuxième {ip-r[ç iGdio^e-jo;) réunit toutes les formes de l'eczéma ; la troisième {ïoTrr,; 'Aw.ra'-^JoSr.;) se rapporterait, d'après Bazin, à la scrofnlide maligne crustacée ulcéreuse. Le mot herpès était donc pour Galien ce que devait être pour les vieux auteurs français le mot dartre: il s'appliquait à toute une classe de maladies cutanées diverses de forme, mais de même nature.

Le mot dartre ne commence à paraître qu'à l'époque de la Renaissance, et, d'après Bazin, on le trouve employé pour la première fois par Guy de Chauliao, qui distinguait les teignes ou affections siégeant à la tète, et les dartres siégeant sur le reste du corps. Mais cette signification du mot dartre a été abandonnée, et sous ce nom la plupart des médecins désignaient un groupe d'affections cutanées, dissemblables sous le rapport de la forme ou des caractères extérieurs, mais identiques par leur origine et leur nature; dans les ouvrages écrits en latin, on trouve le mot dartre remplacé par le mot latin herpès.

L'herpès de Galien et la dartre des vieux auteurs français contiennent en germe les doctrines de la dartre et de l'herpétisme.

HERPETISME. dl

II. Ces doctrines prennent corps dans le traité de Lorry (1777), à qui l'on

doit la grande division en affections cutanées intrinsèques et extrinsèques (1" De

affectibiis qui in culem propellunlur a ritio inlin^ latente; 2° De morbis in

ipm cute nascentihu>). Lorry consacre nn important chapitre aux herpès et

emploie à diverses reprises les expressions de mal ou de virus herpétique. Il

signale une série de caractères que l'on retrouvera dans la définition de l'herpé-

tisme, la récidivité, l'hérédité, les rélrocesùons viscérales : « Verum summa

« inest differeutia inler unum aut alterum hcrpetum erunipcntium impetum,

« sîppe maxime violentum, sed cito, si qiiid in his malis cilum est, deferves-

« centem, et /ie>'/;e<es habita contractas, semper renovatos, cei^sariles aliqiiando,

« mox vero redivivos, ita ut sive generationis jure, sive alia quacumqiie

« causa sangnis possit dici herpeliciis, aut potins lympha plane herpetica. Hi

(( vix cessant nnquam herpetes, et cessantibus illis in viscera fertur humor

(( plane corporis e.rtraneus iliaque aut mole altolit, aut dolore affxcit, imo

« conficit ulceribus lentis atque tarda suppuratione » {Tract, de morb. cul.,

Et, d'après le tableau qu'en trace Lorry, la maladie, arrivée à ce degré, aboutirait à l'hydropi'iie et à la phthisie.

A cela ne se bornent pas les manifestations du mal herpétique. L'auteur signale les maladies des oreilles, la cataracte, l'apoplexie et l'hémiph'gic : niorbos ad herpetum naiuram revocandos. Il mentionne les rapports et les alternances des herpès avec les hémorrhoïdes, la goutte, le rhumatisme, les douleurs vagues et la diarrhée (p. 508). Plus loin, il indique les herpès qui sévissent trèspeu à l'extérieur, et rapporte le cas d'un malade atteint d'herpès dont le lils eut à l'âge de la puberté alternativement de l'asthme et des herpès (p. 511). Il insiste encore sur la longue durée de la dartre vive, sur ses récidicives venant inopinément interrompre la convalescence, sur l'impossibilité de rien affirmer en matière de guérison définitive, sur les accidents viscéraux qui succèdent en hiver aux éruptions de l'été. Chemin faisant, il parle des répercussions et des accidents graves qui résultent des traitements trop énergiques. Ailleurs, cherchant à localiser dans les glandes lymphatiques le mal herpétique, il signale comme autre localisation la muqueuse de Schneider, d'oii les coryzas répétés, les amygdalites, etc. (p. 504).

Les herpès sont dus, d'après Lorry, à quatre causes principales : i'^ l'hérédité: 2" la contagion; o" le froid et les écarts de régime; 4" diverses infections (vénérienne, scorbutique) qui déterminent les herpès par une sorte de métamorphose. Quant à la nature intime de l'altératiou de la lymphe qui leur donne naissance, l'auteur avoue ne pas la connaître; il pense qu'il s'agit d'une àcreté particulière et d'un épaississement qu'il attribue, conformément à la tradition hippocratique, à une diminution des éliminations urinaire et cutanée, et à un défaut de coction des humeurs.

III. Le célèbre traité de Lorry est de 1777. En 1774, le Collège des médecins de Lyon avait proposé un prix destiné à élucider la question des dartres, et pour cela établi le programme suivant : I" Quelles sont les différentes espèces de dartres? 2" Quels sont les différents principes des dartres? 5" Quels sont les moyens de distinguer les différents principes des dartres? 4" Quelles sont les maladies internes que les vices dartreux produisent? 5" A quels sjmptômes peut-on reconnaître les maladies internes que les vices dartreux produisent? 6" Gomment peut-on combattre les différents principes des dartres dans leurs

W ^ HE II l u X lOiU u.

différents ctats? Le lauréat de ce concours fut de Roussel, dont le mémoire fait c|)o |ue {Dissertai io de vaiiis herpetum speciebtis, causis, sijmptomalibus, morbls ah herpetica lue oriundis, etc., 1771)). Dans ce travail d'ailleurs fort érudit, l'auteur parait avoir trop insisté sur les causes hypothétiques de» dartres, sur les altérations humorales qui les déterminent. C'était la grande préoccupation des médecins de cette époque.

Peu après paraissait le Traité des dartres de Poupart [2'^ édit., 1784), rédigé également d'après le plan du Collège des médecins de Lyon. Poupart était l'ami de Lorry, et son livre, comme il le dit dans sa préface, reproduit sur bien des points les idées de cet auteur, mais on y trouve des observations personnelles qui ne manquent ni d'intérêt ni de vérité. Ainsi il estime, avec Tissot {Traité des nerfs et de leurs maladies), que l'Iuimeur dartreuse occasionne des troubles nerveux de toute espèce. Le portrait qu'il fait du dartreux mérite d'être reproduit : « Le virus dartreux peut vicier peu à peu la masse du sang, et alors ses effets sont presque insensibles. Les malades éprouvent un malaise général. Toutes leurs fonctions se font avec peine. Les uns ont de l'enrouement le matin et ne recouvrent la liberté de la voix qu'après l'excrétion de crachats fort épais qu'ils rendent avec peine; leurs gencives sont quelquefois gonflées, livides, et saignent facilement; ils sont sujets aux aphthes et à de petites ulcérations dans diverses parties de la bouche; d'autres digèrent mal et perdent l'appétit; d'autres enlin rendent des urines fort épaisses et sont affectés de différentes manières relativement aux parties intérieures sur lesquelles le virus dartreux est plus disposé à se fixer La plupart de ceux chez qui le virus dartreux agit intérieurement sont tristes, languissants, mélancoliques. Us éprouvent souvent des douleurs à la tète ou à d'autres parties, comme au foie, à la rate, etc. lis sont sujets aux enchifrènements, aux insomnies. Ils sont aussi quelquefois dans un état d'abattement; leur peau est sèche, aride, plus ou moins jaune et basanée. Ils maigrissent, sont sujets à l'oppression, à la mélancolie, à quelques mouvements de fièvre. Leurs malaises sont plus marqués dans'certains changements de temps. L'air froid et humide leur est tout à fait contraire « (p. 118).

Au point de vue doctrinal, Poupart ne fiiit que reproduire les hypothèses de Lorry et de Roussel, mais en y ajoutant une notion de la plus haute importance, celle de la diversité des causes de la dartre. Il y a un seul principe immédiat des dartres, c'est l'acrimonie qui, suivant son intensité, produit telle ou telle forme de dartre. Mais, s'il n'y a qu'un principe immédiat des dartres, il y a mille causes qui peuvent lui donner naissance : les maladies aiguës (fièvres putrides, etc.); les maladies chroniques (humeur goutteuse héréditnire) ; la gale (l'auteur insiste beaucoup sur les répercussions et les dartres consécutives au traitement rapide et radical de la gale) ; le virus vénérien acquis ou héréditaire ; les aliments trop acides ou trop alcalins modifiant le chyle et conséquemment la lymphe (importance du régime longuement développée) ; la suppression des lochies, des hémorrhoïdes ; le scorbut ; le virus scrofuleux ; diverses irritations locales ; la contagion directe. Et plus haut, à propos des diverses espèces de dartre, Poupart développe surtout cette idée que la diversité des espèces (djrtres farineuse, écailleuse, miliaire, érysipélateuse, croùteuse, rongeante, etc.) répond à des différences de degré, mais qu'en réalité ces espèces ne doivent être distinguées que par les causes diverses qui les produisent (dartres vénériennes, scorbutiques, etc.). « Ce sont ces noms que l'on peut regarder comme utiles à la guérison, puisqu'ils servent à déterminer le traitement propre à combattre le mal

IIERPETISME. G5

dans son principe. » Ainsi Poupart reconnaît encore un vice ou un virus dartreux. mais il ne s'agit plus pour lui que d'une altération humorale aecondairc, laquelle résulte de causes trcs-Jiverscs. La dartre n'est pas pour lui une maladie essonlielle,

IV. Telles étaient les idées généralement admises sur la nature des dartres et du virus herpétique au moment de la réforme Willanique. La n74lhode nouvelle que le célèbre médecin d'Edimbourg introduisit en dermatologie laissait de côté les causes et la nature des affections cutanées. Dès ce moment d'ailleurs les tendances solidistes et localisatrices commençuient à se faire jour. Pierre Frank [Traité de médecine pratique, 1792 à 1820) admettait que les causes des maladies cutanées résidaient, tantôt dans l'inlluence sympathique des premières voies, tantôt dans l'altéralion des humeurs et leur action sur la peau, d'autres fois dans le vice de l'organe lui-mrme. « Peut-être, disait-il, serionsnous fondé à dire que le virus herpétique, comme tous les virus spécifiques, se forme dans la peau, sans aucune altération primitive du sang; que les vaisseaux de l'organe cutané impressionnés par certaines causes sécrètent à son préjudice cette liqueur acre et caustique, de même que les vaisseaux des caulh:u-ides élaborent naturellement un principe irritant, mais qui n'est pas dangereux pour elles. » Laissant île côté ces questions de nature, Joseph Frank (1821) distinguait les maladies cutanées aiguës ou exanthèmes, et les maladies cutanées chroniques ou impétigines, les unes et les autres symptomatiques ou essentielles; les impétigines symptomatiques étaient dues cà des maladies générales, telles que diathèses inflammatoire, gastrique, arthritique, carcinoraateuse, scrofuleuse, scorbutique, vénérienne, spasmodique. D'après Bazin, les impétigines gastriques de J. Frank répondent à ses herpétides.

V. Jusqu'au commencement de ce siècle, les dermatoses étaient restées dans le domaine de la médecine générale, et leur histoire restait subordonnée aux doctrines humorales encore eu honneur. Alihert, le fondateur de l'enseignement dermatologique en France, resta fidèle à la tradition, ex[diquant la connnunauté d'origine des maladies dartreuses par l'existence d'un vice ou d'une humeur dartreuse. Mais sa classe des dartres devait être considérablement réduite par ses successeurs ; d'ailleurs le démembrement opéré par l'élude plus attentive des affections cutanées, ôtait tout intérêt aux questions de doctrine. Pendant quelque temps, et sous l'induence féconde de la réforme de Willan, l'esprit d'analyse devait dominer l'étude de la dermatologie, et le moment n'était pas aux systèmes. Aussi voyons-nous Biett et ses élèves, Scbedel et Cazenave, s'occuper bien plus du siège anatomique ou de l'évolution des lésions cutanées que de leur nature. La même préoccupation se retrouve chez Rayer et chez Gibert.

Cependant les partisans les plus décidés des idées nouvelles reconnaissaient les rapports de quelques dermatoses avec des états particuliers de la constitution. « Qui ne sait, dit Payer, que plusieurs des maladies que l'on désigne vulgairement en France sous le nom de dartres, telles que l'eczéma, le lichen, le psoriasis, sont souvent héréditaires, et qu'elles se manifestent parmi les individus d'une même famille, lors même qu'ils sont placés dans des conditions sociales différentes? Ce qui n'est pas moins incontestable, c'est que, dans une foule de cas, il est impossible de rattacher à une cause extérieure le développement ou la disparition d'une foule d'affections herpétiques, et, lorsque l'on compare la lenteur de leur marche, la fréquence de leurs récidives, à la facilité et à la promptitude de la guérison des éruptions artificielles, on est naturellement

64 lit II I.C; 1 J O Jllll.

conduit à penser que les premieis sont sous la dépeiulance d'états parliculiers de la constitution, états que quelques auteurs ont désignés collectivement sous le nom de constitution dartrcuse » {Traité des maladies de la peau, S"" édit. 1835, introd.). Quoique élève deBiett et vulgarisateur de la méthode Willan, Gibert reconnaît que les mots vice dartreux, âcreté, alcalinité du sang et de la lymphe, dérivent d'une hypothèse, mais expriment un fait, c'est l'existence d'une cause interne qui provoque, entretient et perpétue un grand nombre de dermatoses {Rev. méd. 1841, t. Il, p. t>89). Enlin, pour Dcvergie, la dénomination de vice dartreux répondait à un inconnu très- réel, un état morbide de l'économie dont la nature nous échappe et qui préside au développement de certaines maladies de la peau {Consid. gén. sur les causes premières dex affections cutanées. In Bull, de la Soc. des hôp., 1850).

L'idée d'un état constitutionnel propre aux dartreux s'imposait donc aux dermatologislcs les moins enclins aux hypothèses et aux systèmes : aussi ne fautil pas s'étonucr que la tâche de réhabiliter et de moderniser la dartre ait tenté des esprits observateurs et général isateurs comme Bazin et M. Hardy. Mais avant d'exposer leur doctrine l'ordre chronologique nous amène à parler de deux médecins dont les travaux sur l'herpétisme ont été trop oubliés : nous voulons parler d'Amédée Fontan (de Luchoii) et de Ginirac.

M. C'est Fonlan ipii parait avoir employé pour la première fois le terme d' lier pet isme [liecherclies sur les eaux minérales des Pyrénées, 1855, 2*^' édit.). A côté du rhumatisme, du lympliatisme, du syphilisme, du podagrisnie et du cancérisme, il avait placé l'herpétisme, maladie due à un virus ou principe herpétique. Celui-ci dans ses migrations peut se porter dans le conduit auditif, dans les narines, aux yeux, au voile du palais et à la gorge (granulations) , aux bronches, à l'estomac (gastralgie et gastrites chroniques;; à l'anus (iiémorrhoides, prurit, fissures) ; au prépuce (herpès) ; dans l'urèthre (blennorrhée) ; dans la vessie (cystites, incontinence d'urine des enfants) ; à la vulve (prurit) ; au vagin (leucorrhée); à l'utérus (granulations et excoriations du col); sur les centres nerveux (paralysies, certaines folies); sur les nerfs (névralgies); sur les muscles et les tendons (rétractions et déviations). A ces manifestations d'ordre varié il faut ajouter les dilatations des capillaires comme dans l'acné rosée, les hémorrhoides, les varices et peut-être aussi les auévrysmes et certaines artérites avec gangrène. Quant à l'origine de l'herpélisme, « il y a, dit Fontan, des affections herpétiques qui se transmettent par contact et surtout par hérédité ; il y a quel([uefois plusieurs générations dans les familles qui ont eu la même alTection interne ou externe : ainsi l'herpétisme alterne quelquefois avec des hypochondries et même des folies ; il en est de môme des rhumatismes, mais beaucoup d'alfections herpétiques sont transmises par l'acarus de la gaie ; le sillon de l'acarus peut être considéré comme le chancre de l'herpétisme « . En dépit des hypothèses et des erreurs de ce système, il n'est que juste de signaler les judicieuses observations de Fontan sur les relations de l'herpétisme avec l'angine granuleuse, avec divers phénomènes nerveux, avec les varices et Farlérite.

L'année même oij Fontan publiait ses recherches, Gintrac consacrait, dans son Traité de pathologie interne (t. Il), un important chapitre à la diathèse herpétique. « Je me sers, dit-il, du mot herpétique pour désigner cette diathèse parce que je n'en connais pas de préférable. On pourrait aussi bien l'appeler eczémateuse, impétigineuse, mais ce serait en circonscrire le domaine plus que de raison. Il demeure bien entendu que la désignation dlierpétique ne s'applique

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pas à une forme isolée, à l'affection vésiculeuse de la peau qu'on nomme herpès, mais qu'elle s'étend à l'ensemble des dermatoses chroniques. » Après avoir éliminé les dermatoses syphilitiques et scrofuleuses, il ajoute que la diathèse herpétique est encore la source la plus féconde des affections cutanées chroniques, papuleuses, vésiculeuses, pustuleuses, squameuses, etc., mais (pic l'état constitutionnel qu'il désigne sous ce nom se traduit encore par d'autres manifestations surtout du côté des muqueuses : « Des ophthalmies rebelles, surtout des blépharites du genre de celles qui produisent la lippitude ; des inflammations chroniques du conduit auditif externe, avec écoulement purulent; des aplilhes souvent renouvelés sur les lèvres, les parois buccales, la langue; des phlcgmasies avec squames et fissures sur ce dernier organe; certaines laryngites chroniques, des pharyngites, des gastrites également lentes dans leur cours, alternant avec des affections cutanées, papuleuses ou vésiculeuses; des leucorrhées opiniâtres, avec légère inflammation de la vulve et du vagin , précédées d'éry thèmes, d'eczéma ; des éruptions analogues sur la face interne du prépuce, à la marge de l'anus ; des dysuries, des stranguries produites par une plilegmasie de la vessie, avec coïncidence herpétique; des écoulements uréthraux. A ces maladies on peut ajouter diverses névroses, des engorgements glanduleux et des lésions parenchymateuses » (p. 420). Au point de vue étinlogique, Gintrac distingue : 1" les causes organiques, parmi lesquelles l'hérédité ; 2" les causes hygiéniques (régime, climats, etc.); 5" les causes spécifiques : applications irritantes sur la peau, exanthèmes aigus, gale. Quant à sa nature, « la diathèse herpétique, comme les autres états constitutionnels, consiste en un mode d'altération fort obscur qui réside, sans doute, aussi bien dans les solides que dans les fluides. » VU. Pendant que ces idées de diathèse herpétique prenaient corps dans l'esprit d'observateurs plus préoccupés de la médecine générale que de la dermatologie, Bazin et M. Hardy reprenaient à l'hôpital Saint-Louis l'étude des dartres; ils montraient que la nature commune de ces éruptions justifiait la réintégration de la dartre rayée par Willan du vocabulaire dermatologique. Toutefois Bazin substituait à celte expression celle d'herpétis et désignait sous le nom A'herpétides déjà employé par Gintrac les éruptions qui en dépendent. La dartre de M. Hardy diffère d'ailleurs notablement de l'herpétis de Bazin.

Pour M. Hardy, on doit admettre sous la dénomination de maladies dartreuses des affections non contagieuses de la peau, constituées par des lésions élémentaires diverses, tendant à s étendre au delà de leur siège primitif, affectant habituellement une m.arche chronique, disposées aux récidives, s' accompagnant le plus ordinairement d'une sensation de cuisson ou de prurit, disparaissant sans laisser de cicatrices et se développant fréquemment sous Vinfluence de Vhérédilé. On lirouvera à l'article Dartre l'exposé des dermatoses classées par M. Hardy sous cette dénomination ; ces dermatoses sont l'eczéma, l'impétigo, le lichen, le pityriasis et le psoriasis. Il nous paraît plus important de rappeler les diverses manifestations signalées par cet auteur du côté des muqueuses, des viscères et des nerfs : « Il est ordinaire d'observer chez les dartreux des gastralgies et des dyspepsies, avec ou sans prédominance des acides de l'estomac. Assez souvent on observe chez les dartreux des affections de la langue avec développement exagéré des papilles ou avec des ulcérations, avec des plaques épithéliales dans la bouche, de l'angine granuleuse, des bronchites, des coryzas, et surtout les différentes variétés de l'asthme, avec ou sans emphysème pulmonaire. La leucorrhée, les ulcérations superficielles du col DICT. EKC. 4° s. XIV. 5

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utérin, sont assez communes chez les femmes atteintes d'éruptions dartreuses. Chez l'homme les blennorrhagies dartreuses sont rares, mais on ne peut les nier.... Je dois signaler encore comme une chose fre'quente chez les dartreux l'existence de névralgies, principalement des névralgies faciales et sciati(]ues. » M. Hardy signale l'alternance que l'on observe quelquefois entre les éruptions externes et les affections internes. « Ce ne sont pas là, dit-il, des métastases, à proprement parler ; ce sont des effets d'une même cause agissant successivement ou simultanément sur la peau et sur les membranes muqueuses, et dans ce balancement même il ne faut pas voir une répercussion, mais le fait de cette loi si bien formulée par Ilippocrate et qui indique que, lorsque deux maladies existent simultanément, la plus grave efface l'autre. » Enfin M. Hardy a observé fréquemment le cancer chez les dartreux, et il signale le fait sans reconnaître entre ces deux maladies une identité de nature.

Relativement à l'étiologie des maladies dartreuses, M. Hardy admet une disposition innée, le plus souvent liéréditaire. La transmission héréditaire est directe ou plus ou moins éloignée. « Dans la majorité des cas, c'est la même maladie qui se transmet, soit avec la même forme, soit avec les caractères d'une autre variété. Ainsi dans la famille d'une personne atteinte d'eczéma on retrouvera soit la même affection, soit de l'impétigo, du lichen ou du pyliriasis, que je considère comme ne constituant que des variétés de l'eczéma; dans telle autre famille on ne constatera comme antécédent morbide que du psoriasis. Malgré des ressemblances telles que ces deux maladies doivent être placées dans le même cadre nosologique, je ne les ai vues que bien rarement exister simultanément ou successivement chez les membres d'une même famille. » Enfin, pour expliquer l'existence des maladies dartreuses, pour se rendre compte de leurs récidives, de leur transmission héréditaire et de leurs complications, M. Hardy admet une maladie constitutionnelle spéciale, faisant partie de l'individu, une diathèse à laquelle, dit-il, on a le droit de donner le nom de diathèse dartreuse (Hardy, art. Dap.tre. In Dict. de méd. et de chir. prat.).

L'herpétis de Bazin diffère à bien des égards de la dartre de M. Hardy. Le domaine en est moins étendu, Bazin rapportant les affections darireuses de M. Hardy à^trois maladies constitutionnelles distinctes : Yarthritis, i'herpétis et la scrofule. « 11 n'existe pas pour nous comme pour M. Hardy une famille naturelle d'affections cutanées que l'on puisse appeler dartres. Ces dartres se rattachent à trois principes, à trois maladies constitutionnelles, et forment trois groupes différents et par les caractères objectifs des affections qui les composent,, et par le traitement qu'ils réclament. Nous avons appelé l'un de i es groupes scrofulides bénignes ; nous proposons de nommer les deux autres arlhrilides et herpétides, groupes qui répondent aux impétigines arthritiques et gastiiques de J. Frank n [Leçons cliniques sur les affections cutanées de nature arthritique et dartreuse [Consid. gén., p. 7]). D'autre part la dartre ou l'herpétis n'est pas pour Bazin une diathèse, mais une maladie constitutionnelle. Les deux expressions sont, il est vrai, synonymes pour M. Hardy; pour Bazin, au contraire, la diathèse est une maladie caractérisée par la formation d'un seul produit (tubercule, cancer, lymphadénome), la maladie constitutionnelle ét.int une maladie à longues périodes caractérisée par un ensemble de produit morbides et d'affections très-variées qui sévissent indistinctement sur tous les systèmes organiques.

On trouvera à l'article Dartre de Bazin la description de l'herpétis faite par

JlERrÉTlSME. 67

lui-même. Nous rappellerons seulement sa définition : Maladie constitutionnelle non contagieuse, non inoculable, se traduisant par des affections ayant spécialement pour siège la peau, les nerfs et les viscèi^es, et spécialement caractérisée par les récidives, l'extension graduelle, la ténacité des affections cutanées, et par l'abondance excessive de la prolifération épidermique. Cette ténacité, celte extension graduelle et indéfinie des affections cutanées, jointes à l'absence de manifestations articulaires, sans parler des caractères objectifs propres aux arthrilides et aux herjiéticLes, distinguent l'herpétis de l'arthritis.

Mil. Les leçons de Bazin marquent une ère nouvelle dans Ihistoire de la dartre et de l'iierpétisme. En insistant sur les rapports d'un certain nombre de dermatoses dites dartreuses avec l'arthritis, rapports déjà entrevus par Galien et signalés par Lorry, cet éminent pathologiste devait amener un mouvement d'idées qui s'est continué jusqu'à nos jours, et qui aboutit à la négation de l'herpétisme absorbé par l'arthritisme, ou à sa subordination étroite à cette maladie. Deux noms s'attachent à cette phase de l'histoire de l'herpétisme : Noël Guéneau de Mussy et Pidoux.

N. Guéneau de Mussy qui, dans son Traité de V angine glandxdeuse (1857), admettait l'herpétisme comme une forme morbide distincte, s'exprime ainsi dans un travail plus récent : « Plus j'étudie les maladies des races, plus mou expérience me permet d'embrasser dans mes observations un grand nombre de générations successives, plus je suis dispose à regarder l'herpétisme comme une forme dérivée ou dégénérée de l'artliritisme. Dans l'état actuel de la science, il faut conserver l'herpétisme comme un groupe diathésique provisoire, et alors même qu'il y rentrerait, comme je suis porté à l'admettre, il serait toujours un épisode distinct et important dans la grande histoire de l'arthritisme..,. Je crois avoir vu des manifestations arthritiques succéder à des éruptions herpétiques, d.ms le sens que Bazin donne à ce mot, et j'ai vu presque toujours la généalogie de l'herpétisme remonter à des ancêtres goutteux » [Herpétisme utérin ou affections herpéliformes de l'utérus. In Arc/i. gén. deméd., 1871). Guéneau de Mussy ajoute que les caractères distinctifs des arthritides et des herpétides, tels que les donne Bazin, ne sont pas toujours nettement délimités, qu'il existe entre elles des transitions insensibles, confusion qui s'explique « par la commune origine de ces groupes de dermatoses sorties toutes deux, mais par une filiation inégalement directe, de la souche arthritique. »

C'est surtout des manifestations de l'herpétisme du côté des muqueuses que s'est occupé N. Guéneau de Mussy, et cet herpétisme interne est caractérise par les antécédents, les manifestations cutanées concomitantes au précédentes et par les troubles fonctionnels. Ainsi sur 45 cas d'angine granuleuse, affection essentiellement herpétique, cet éminent clinicien avait constaté 41 fois les signes de la diathèse dartreuse, soit en même temps que l'angine, soit antérieurement à celle-ci. Quant à l'herpétisme utérin, il pourrait revêtir la plupart des formes que Willan etBateman ont prises comme fondement de leurs classifications (herpès, eczéma, acné, etc.) ; mais, une fois fixée sur la muqueuse utérine comme suiles autres muqueuses, la fluxion dartreuse y développe des lésions qui peuvent perdre graduellement leur caractère primitif et se confondre dans les manifestations de l'inflammation catarrhale qui en est la conséquence. Les différentes formes de l'herpétisme du col peuvent aboutir à des érosions granulées. Enfin l'on observe concurremment des douleurs lombo-abdominales ou sacro-inguinales, s'irradiant souvent sur le trajet des nerfs cruraux ou des nerfs sciatiques,

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quelquefois bilatérales, souvent plus prononcées d"un côté, surtout à gauche; ces douleurs sont exagérées par la marche, la station debout et le coït. « Quelquefois les malades ressentent une pesanteur, une pression douloureuse dans la région sacrée, très-souvent des tiraillements à l'hypogastre avec tendance à la défaillance; de la micturition avec dysurie, de la gastralgie, des céphalalgies à forme névralgique ou à forme de migraine, l'irritabilité du caractère, l'hystéricisme, revêtant assez souvent la forme hypochondriaque, complètent le tableau des retentissements que la métrite catarrhale herpétique peut produire sur le système nerveux. » Très-souvent encore le catarrhe herpétique est accompagné d'éruptions prurigineuses de la vulve, qui s'exaspèrent aux périodes cataméniales.

Les idées dePidouxsurrherpétisme, comme celles de N. Guéneau de Mussy, ont subi quelques variations, ainsi qu'il résulte des discussions qu'il a provoquées à la Société d'hydrologie médicale de Paris (4861 à 1864). Primitivement il semblait reconnaître l'existence d'une maladie dartreuse essentielle, caractérisée et par des manifestations cutanées, et par des douleurs viscérales. « Les viscéralgies les plus rebelles et les plus déchirantes sont produites par ce vive pathologique. » Plus tard, ce n'était plus pour lui que la résultante bâtarde et secondaire de ses trois maladies chroni(|ues capitales ou primitives, la scrofule, l'arthritisme et la syphilis.

IX. Les âcretés de la bile, de la lymphe et du sang, imaginées par les Anciens pour expliquer les dermatoses dai treuses, ne correspondent-elles pas à quelque altération humorale susceptible d'être déterminée par l'analyse chimique? On comprend tout l'intérêt de cette question au double point de vue de la pratique médicale et de la doctrine : mais les recherches faites dans ce sens n'ont donné jusqu'à présent que peu de résultats. On doit cependant à Gigot-Suard [VHerpétisme, 1870 — l Uricémie, \ 875) des observations et des expériences ingénieuses dont le but était de donner à l'herpétisme une caractéristique humorale. Gigot- Suard définit ainsi l'herpétisme : Maladie constitiUionnelle, chronique, héréditaire ou acquise, non contagieuse, continue ou intermittente, caractérisée par des manifestations variées qui se produisent simultanément ou alternativement sur la peau et divers systèmes organiques, lesquelles manifestations ont pour cause directe la présence en excès de principes excrémentitiels dans le sang, notamment de ceux qui s'y trouvent en très-petite quantité à l'état normal et qui ne sont pas excrétés par la peau, tels que les urates, les oxalates, les hippurates, la xanthine, la créatine, etc. » Cette viciation du sang s'opérerait dans les circonstances suivantes : 1° production exagérée des principes excrémentitiels dans le sang, par suite d'une anomalie des fonctions de nutrition; 2° insuffisance de l'excrétion rénale, la nutrition restant normale; 5" perturbation simultanée de la nutrition et de l'urination.

Gigot-Suard a tenté de donner à sa théorie la sanction expérimentale, et dans ce but il a soumis des chiens à l'ingestion quotidienne d'une dose d'acide urique de 20 centigrammes au moins et de 4 grammes au plus, pendant une période de temps qui a varié depuis un mois jusqu'à deux mois. Sous cette influence l'alcalinité du sang diminuait, et des lésions diverses, d'ordre surtout congestif, se produisaient du côté des tissus et des organes. La peau en particulier présentait la plupart des lésions élémentaires décrites en dermatologie, lésions accompagnées de prurit et de la chute des poils. Mais, quelque intéressantes que soient ces constatations, elles ne montrent qu'une chose, c'est la possibilité de l'uri-

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cémie intervenant comme facteur étiologique dans certaines dermatoses, dermatoses qui mériteraient dès lors d'être distraites de l'Iierpétisme pour être rattache'es à la goutte. Et d'ailleurs le parallèle tenté par l'auteur entre l'uricémie spontanée et l'uricémie expérimentale ne suffit pas : il importerait de prouver que l'uricémie existe dans toutes les dermatoses dites herpétiques, ce que l'expérience n'a pas vérifié.

X. Une tentative d'un autre ordre a été récemment faite par M. Lancereaux. Au lieu de restreindre le champ de l'herpélisme, il l'a étendu en y faisant rentrer la plupart des manifestations arthritiques de Bazin, puis il a cherché à établir une pathogénie nouvelle de cette maladie.

M. Lancereaux définit l'herpélisme : Maladie coastitntionnelle à longues périodes^ essentiellement héréditaire, non contagieuse, caractérisée par des désordres dynamiques des trois grandes fonctions nerveuses et des lésions trophiques des téguments, des systèmes locomoteur et sanguin. De même que la plupart des maladies chroniques, l'herpélisme traverse deux phases successives caractérisées, l'une par des désordres purement dynamiques, l'autre par des lésions matérielles.

Les désordres fonctionnels ou dynamiques de la première période ont pour point de départ habituel le système nerveux sensitif. dont l'impressionnabililé et l'excitabilité réflexe sont toujours plus ou moins exagérées chez les herpétiques. Ce sont d'abord des désordres de la sensibilité : prurit surtout localisé aux organes génitaux et à l'anus ; névralgies accompagnées de phénomènes congeslifs et œdémateux, névralgies occupant de préférence les nerfs de la face, quelquefois aussi les nerfs sous-occipitaux, les branches nerveuses intercostales et lombaires, plus rarement le grand nerf sciatique; viscéralgies (gastralgie, entéralgie, cystalgie, hystéralgie) ; migraines. A ces troubles de la sensibilité s'associent des désordres du mouvement consistant en accidents spasmodiques des différents appareils : spasmes des voies repiratoires (le spasme glottique et les diverses espèces d'asthme) ; spasmes des organes circulatoires (palpitations cardiaques et artérielles) ; spasmes des voies génitales et urinaires (spermatorrhée, vaginisme, spasme de la vessie); spasmes des voies digestives (œsophagisme, spasme stomacal, spasme anal). Le système nerveux vaso-moteur est également le siège de divers désordres : hyperémies (fluxion hémorrhoïdaire) ; hémorrhagies (épistaxis, hémoplysies, gastrorrhagies et entérorrhagies, mélrorrhagies) ; hydropisies d'origine névropathique; (hypercrinies, sueurs et séborrhée, diarrhée, polyurie). Enfin l'on observe chez l'herpétique des désordres intellectuels : « L'herpétique, en raison du développement excessif de son sjslème nerveux, et surtout de sa vive sensibilité physique et morale, est un être dont les facultés mentales ne sont pas parfaitement pondérées. Il est ordinairement mobile, indécis, triste, inquiet, préoccupé de sa santé, bypochondriaque, en un mot; quelquefois aussi il laisse voir d'autres désordres plus sérieux (claustrophobie, agoraphobie), de sorte que son esprit peut présenter toute une série de phénomènes divers depuis la versatilité la plus insignifiante jusqu'à la monomanie la plus complète, celle de la maladie en particulier. »

Les lésions matérielles de la deuxième période ne sont pas moins variées que

les désordres fonctionnels. Ces lésions portent surtout sur les tissus peu vascu-

laires et sont subordonnées à une même condition pathogénique, le désordre de

'innervation nutritive. Ce sont en premier lieu des lésions cutanées, à savoir les

herpétides exanthématiques décrites parles auteurs; du côté des os, Lancereaux

'0 HERPÉTISME.

décrit une ostéite liypertrophianle des épiphyses qui se rapproche de l'ostéite déformante de Paget; du côté des articulations, des monoarthrites et des polyarthrites aiguës, mais surtout des arthrites chroniques déformantes partielles et généralisées qui ne sont autres que les diverses formes du rhumatisme chronique. Pour Lancereaux celui-ci diffère absolument de la goutte et du rhumatisme articulaire aigu par son origine, ses caractères anatoraiques et cliniques; au double point de vue de l'hérédité et de ses relations pathologiques il mériterait d'être rangé dans l'herpétisme. « Charcot fait remarquer sa coïncidence avec les migraines, Vidal avec la dyspepsie et la diarrhée, Cornil avec l'asthme et reni[)hysème, etc. Si nous ajoutons maintenant que, dans sa période avancée, celte arthrite coexiste d'une façon pour ainsi dire constante avec l'altération du système artériel, il n'y a pas lieu de douter de l'existence d'une relation intime entre ces diverses manifestations.... Notée H fois sur 41 cas par Charcot, l'hérédité de l'arthrite déformante serait beaucoup plus commune, si, au lieu de n'envisager comme héréditaire que les cas où il a existé des lésions articulaires chez les ascendants, on regarde comme tels ceux oij, en l'absence de tout désordre articulaire, il n'y a pas moins de plusieurs des affections coexistantes du ihumatisme chronique, à savoir : migraines, névralgies, asthme, urticaire, hémonhoidos, etc. »

D'autres lésions, du même ordre que celles du rhumatisme chronique, s'observent du côté des tissus fibreux. Ce sont la sclérose ou rétraction de l'aponévrose palmaire, l'arc sénile de la cornée, l'épaississement de la sclérotique et du tympan, l'ankylose des osselets. Enfin l'herpétisme se manifeste par des lésions particulièrement intéressantes du côté des veines et des artères : ce sont les varices et l'atliérome artériel avec ses conséquences au point de vue de la nutrition des viscères. Ces lésions, fréquemment héréditaires, sont l'expression d'une maladie générale, et leur coexistence avec un certain nombre d'alfectious résultant d'un désordre du système nerveux porte à penser qu'elles sont subordonnées à l'action de ce système et dépendent d'un désordre primitif de l'innervation vaso-motrice ou trophique. 11 resterait encore à déterminer si ce désordre est direct ou réflexe et si certains principes irritants du sang, l'acide urique, par exemple, ne seraient pas de nature à lui donner naissance. Mais c'est là une hypothèse sans preuves.

En résumé, M. Lancereaux considère l'herpétisme comme une névrose de nature indéterminée, de même que le diabète et la goutte, névrose dont la cause réelle nous échappe. L'uricémie invoquée par quelques auteurs n'est pas une cause, mais le résultat d'un désordre nutritif lié au mauvais fonctionnement de l'appareil nerveux. La prédisposition héréditaire domine l'étiologie, et ce qui se transmet, c'est une manière d'être anormale du système nerveux qui préside aux désordres multiples et variés de l'organisme.

Ainsi envisagé, l'herpétisme comprend la plupart des manifestations de l'arthritisme de Bazin. Il en diffère toutefois par une notion capitale au point de vue de la doctrine : « Sous le nom d'arlhritisme, dit M. Lancereaux, sont généralement réunies des maladies absolument distinctes, comme le rhumatisme articulaire aigu, la goutte, le rhumatisme articulaire chronique; cette dernière affection difléranl des deux précédentes par son origine, ses caractères anatomiques et cliniques, il fallait bien la placer dans un autre cadre, et trouver un mot pour désigner l'ensemble des désordres pathologiques qui rentrent dans ce même cadre. Le mot herpétisrac étant tout créé, nous lui avons donné la préfé-

IIERPÉTISME. 71

ïence, d'autant plus que la plupart des affections dartreuses des Anciens accompagnent ou précèdent les désordres articulaires désignés sous le nom de rhumatisme chronique. »

XI. Nous avons montré comment s'est développée la doctrine de l'herpétisme, mais il résulte de cet exposé que l'on est loin de s'entendre sur la nature et les affinités de cette maladie. Trois opinions principales sont en présence :

1" L'herpétisme est une maladie essentielle et nettement distincte de l'arthritisme. C'est l'opinion de Bazin, de MM. Hardy, Guibout et Lancereaux, avec certaines dissidences sur sa nature et ses limites.

2" L'herpétisme n'est qu'une résultante ou une modalité de l'arthritisme. Cette opinion, surtout défendue par N. Guéneau de Mussy et Pidoux, rallie un ^rand nombre de suffrages.

o» L'herpétisme n'existe pas. Les manifestations dites lierpétiques appartiennent à l'arthritisme, ou bien dépendent d'autres causes mal définies.

Cette dernière opinion est celle de M. Bouchard, qui dans son livre sur les Maladies par ralentissement de la nutrition se refuse à admettre l'existence d'une dialhèse dartreuse, tandis qu'il considère qu'un grand nombre de dermatoses aiguës ou chroniques sont arthritiques, que plus spécialement beaucoup sont rhumatismales. On sait d'autre part qu'un certain nombre d'affeitions cutanées sont rapportées par ce savant observateur à la dilatation de l'estomac.

Les relations de certaines dermatoses avec la goutte et le rhumatisme sont, à n'en pas douter, ce qu'il y a de plus net et de plus tangible dans l'étiologie des affections cutanées. Mais ces rapports sont-ils constants ?

Notre savant maître M. Ernest Besnier a discuté avec autorité cette difficile question à l'article Bhumatisme de ce Dictionnaire. Après avoir montré la nécessité d'établir une distinction entre le rhumatisme et la goutte, entre les arthritides goutteuses et les arthritides rhumatismales, il donne ainsi le résultat de ses observations à l'iiôpital Saint-Louis : « Depuis plusieurs années je cherche sans relâche chez ces malades arthritiques de par leur dermatose la goutte ■constitutionnelle ; elle fait toujours défaut : les uns sont des scrofuleux confirmés qui, vers la puberté ou à l'âge adulte, sont devenus soit rhumatisants articulaires, soit frappés de rhumatisme des nerfs, des muscles, etc. ; les autres ont seulement quelque caractère extérieur d'arthritisme indéterminé, l'alopécie précoce, par exemple, ou sont soumis aux causes du rhumatisme, mais n'en ont jamais présenté de manifestation préalable; quelques-uns, parmi ceux-ci, ont des antécédents de famille plus ou moins rhumatismaux; mais il en est un grand nombre, le plus grand nombre, chez qui l'hérédité ne montre rien que la prédisposition générale à toutes les maladies de dépression, et parmi ceuxlà presque tous ont présenté dans l'enfance une ou plusieurs de ces affections classées en bloc dans la scrofule par le seul fait de leur développement dans le jeune âge (classification d'ailleurs entièrement à refaire). Ainsi donc des rhumatisants, des scrofuleux, des débilités, des victimes de l'alcoolisme, de la mi:^ère, des sujets dont le classement constitutionnel est très-discutable, voilà les sujets chez qui l'on rencontre les dermopathies qui répondent plus ou moins exactement au type des arthritides de Bazin » (p. 715).

Si les antécédents goutteux font le plus souvent défaut chez le malade de l'hôpital, il n'en est pas de même chez le malade de la ville, et, dans son important article Goutte, M. liendu rappelle que la plupart des médecins ont pu voir -dans leur clientèle des dermatoses succéder à des accès de goutte, les remplacer

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