‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.52Chapitre 29 sur 67 · FIN DE LA LETTRE I · texte numérisé non relu

FIN DE LA LETTRE I

JABIRU. Les Jabiru^ [Mijcleria L.) sont de très-gramls Échassiers {voy. ce mot) qui vivent dans les régions tropicales de l'Afrique et de l'Amérique, dans l'Inde et en Australie, et qui, par les traits principaux de leur organisation, se rapprochent des Gigognes [vojj. ce mot). Leur corps, relativement svelle et fortement déclive en arrière, repose sur des pattes hautes comme des e'chasses, et leur tête, portée par un cou grêle et décharné, est armée d'un bec formidable aux mandibules pointues et légèrement retroussées à la pointe. Chez les Jabirus du Sénégal [Mijcleria senegalensis Sli.) le bec est d'un rouge vif avec une lar"^e bande noire au milieu, tandis que chez les Jabirus de l'Inde et de l'Austmlie [Mycteria australis Lath.) et chez les Jabirus de Cayenne et du Brésil [M. aniericana L.) les mandibules sont d'un noir uniforme et les pattes d'un rou^e vermillon. D'autre pari, dans cette dernière espèce la tête et le cou sont dénudés et présentent à peine quelques villosités sur la nuque, la peau étant parfaitement lisse et d'un noir mat, reliaussé par un collier rouge et une tache occipitale de même couleur. Chez le Jabirus d'Australie au contraire ces mêmes parties sont couvertes de plumes serrées, d'un vert foncé, à reflets dorés, bleus ou pourprés, dont les teintes éclatantes contrastent avec la couleur blanche immaculée de la plus grande partie du corps, mais se trouvent répétées sous les ailes, ornées également de plumes d'un vert métallique. Entîn, chez le Jabiru du Sénégal, qui porte à peu près la même livrée que l'espèce australienne, on remarque une paire de caroncules [lendunl de chaque côté du menton et simulant, avez la zone rouge de la base du bec, une sorte de selle, ce qui a valu à l'espèce africaine le nom vulgaire de Cigogne à bec sellé [Saddlebllled Stork), d'oiî Ch.-L. Bonaparte a tiré le nom génésique d' Ephippiurhynclius.

D'après le voyageur Schomburgk, les Jabirus d'Amérique forment souvent des troupes nombreuses à l'embouchure des grands fleuves et paraissent avoir le caractère sociable des Marabouts, dont ils se rapprochent par leur tête dénudée; au contraire, les Jabirus d'Australie, que le naturaliste Bennett a pu étudier dans leur pays natal, se montrent d'humeur farouche et se tiennent dans des endroits découverts, sur des bancs de sable qui s'avancent dans la mer ou au milieu des marais salants, où ils sont très-difficiles à surprendre. On parvient cependant de temps en temps à capturer quelques-uns de ces oiseaux bizarres, qui sont expédiés en Europe et viennent prendre place dans les jardins zoologiques. En captivité les Jabirus peuvent être nourris avec de la viande et du poisson. E. Odstalet.

Bibliographie. — Gould (J.). Birds of Auslralia, t. VI, pi. 51. — ROppel. Atlas, pi. 4.

Bensett. Galherings of a Naturaliit in Australasia, 1860, p. 195. E, 0.

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550 JABORANDI (botanique).

JARORAi\Di. § I. Botanique. Nom originairement donné au Brésil à des médicaments sudorifiquos, sialogogues, dépuratifs, etc., produits par des plantes qui appartiennent à des familles très-diverses, principalement à des Pipéracées et à des Rutacées. Les Jaborandi que les médecins européens emploient actuellement appartiennent à ces dernières et au genre Pilocarpus. Ce sont des Zanlhoxylées, de la sous-série des Pilocarpées, dans laquelle le gynécée a ses carpelles réunis en un seul ovaire pluriloculaire. Ils ont des fleurs hermaphrodites ou plus rarement polygames, à réce()tacle court et le plus souvent déprimé en dessus. 11 donne insertion à un court calice entier ou 4-5-denté, et à 4-5-pétales, plus longs que le calice, triangulaires, étalés, puis réfléchis, valvaires ou légèrement imbriqués dans le bouton. Leurs étamines sont en même nombre que les pétales et alternent avec eux ; elles ont un filet inséré sous le disque, ordinairement subulé, incurvé dans le bouton, et une anthère courte, souvent large, inlrorse, versatile et à deux loges déhiscentes par des fentes longitudinales. Le gynécée est entouré d'un disque souvent épais, glanduleux; il est formé de 4, 5 carpelles oppositipétales, libres ou connés à la base, plus ou moins profondément encadrés par le disque et comme plongés dans sa masse, surmontés de styles libres dans une étendue variable, bientôt unis en une colonne dont le sommet se partage en 4, 5 lobes dilatés, stigmatifèrcs. Chaque carpelle renferme deux ovules collatéraux ou superposés, descendants ou presque horizontaux, à micropyle supérieur et extérieur. Le fruit est formé de 4, 5 coques, loculicides et bivalves, dans lesquelles l'endocarpe, déhiscent élastiqucment en deux moitiés, se sépare en même temps de l'exocarpe. Les graines, ordinairement solitaires dans chaque carpelle, sont descendantes, ovoïdes, et renferment sous leurs téguments un embryon charnu, sans albumen, à cotylédons épais entre la base desquels est cachée la radicule courte et supère. Les Pilocarpxis sont des arbustes glabres ou plus rarement chargés de duvet, dont toutes les parties sont glanduleuseâ-ponctuées. Ils ont des feuilles alternes, opposées sans stipules, et des fleurs disposées en épis ou en grappes, simples, souvent trèsallongés, terminaux ou axillaires, sur l'axe desquels s'insèrent de nombreux pédicelles qui portent presque toujours une ou plusieurs bractéoles vers le milieu de leur hauteur ou près de leur sommet. Ils sont tous originaires de l'Amérique tropicale et subtropicale.

Les jaborandi du genre Pilocarpus sont fournis, entre autres, par les p. pennatifolins LtM. et Selloaniis Eugi., qui tous deux contiennent de h pilocarpine (Hardy) et sont d'ailleurs très-voisins l'un de l'autre. Le P. pennatifolius est un arbuste de 1 à 2 mètres de haut, rameux, à branches dressées, dont l'écorce est grisâtre, tachetée de blanc. Les jeunes pousses sont glabres ou pubescentes. Les feuilles alternes sont longuement pétiolées, imparipinnées, à folioles opposées ou subopposées, brièvement pétiolulées, au nombre de 5-H, ovales-oblongucs, souvent un peu insymélriques à la base, obtuses, émarginées ou un peu aiguës au sommet ; les bords entiers, légèrement réfléchis ; glabres, coriaces, d'un vert clair; la nervure médiane proéminente en dessous; tachées de ponctuations pellucides. Les fleurs sont disposées en longues grappes chargées de fleurs pédicellées, à calice court, pubescent, cilié, à pétales étalés, ovales-aigus ou courtement lancéolés, épais, coriaces, de couleur acajou, à anthères d'un beau jaune d'or. Le fruit est formé de cinq carpelles (ou d'un nombre moindre par avortement) ovales, un peu comprimés sur les côtés, d'un brun jaunâtre pâle, marqué de rides arquées et de ponctuations glanduleuses*

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La graine est ovoïde ou un peu réniforme, noirâtre, glabre et lisse. Dimensions : feuille, 25-50 cent. ; foliole, 70 cent, sur 4; inflorescence jusqu'à 40 cent.; pédicelle; au Brésil dans les provinces de Mato-Grosso et de Gujaba; elle croît aussi dans la province de Saint-Paul, d'où elle a été introduite dans nos serres; elle y fleurit très-bien presque tous les bivers.

Le p. Selloanus E.ngl. a une tige dressée, recouverte d'une écorce rougeâtre. Ses feuilles sont formées de trois paires de folioles oblongues, obtuses, courlement pétiolulées, à bords rétléchis, entiers, à nervures médiane et latérales pi'oéminentes en dessous ; elles sont d'un vert blanchâtre, glabre des deux côtés et ponctuées ; leur pétiole semi-cylindrique est un peu aplati en dessus et glabre. Les grappes terminales sont près de trois fois aussi longues que les feuilles, avec un pédoncule arrondi, pourpré et glabre, et des pédicelles minces, étalés, six fois plus longs que les fleurs, pourvus de bractéoles à la base et au milieu. Les pétales sont lancéolés, aigus, coriaces, pourvus intérieurement d'une côte saillante. L'ovaire est globuleux, déprimé et glabre. Cette plante a dans ses diverses parties les mêmes dimensions à peu près que l'espèce précédente. Ses fleurs sont les mêmes, autant qu'on en peut juger sur les échantillons secs. Elle est originaire du Brésil méridional, où elle a été récoltée par Sellow, mais sans lieu précis d'indication. M. Balansa a vu employer à l'Assomption et récolter pour l'expédier en Europe comme Jaborandi le P. Selloanus, car la plante observée par lui me paraît identique à celle de Sellow.

Mais est-il bien certain que les P. pennatifolius et Selloanus, malgré quelques différences secondaires, soient deux espèces distinctes plutôt que deux formes ou variétés d'une même espèce? C'est ce que l'état de nos matériaux ne nous a pas permis de décider. On a, il est vrai, distingué le P. Selloanus par des feuilles à ^2-5 paires de folioles, glabres des deux côtés, des pédicelles floraux grêles, six fois aussi longs que le bouton, tandis que le P. pennatifolius aurait 1-3 paires de folioles, avec des poils en dessous, principalement sur les nervures. Mais il y a beaucoup de feuilles du P. Selloanus qui ont 4 paires de folioles, et les folioles du P. pennatifoUus type, même jeunes, sont tout à fait, sur nos échantillons vivants ou secs, dépourvus de poils sur les nervures, soit en dessus, soit en dessous. Peut-être d'ailleurs les Jaborandi du commerce sont-ils aussi fournis par d'autres espèces voisines du genre Pt/ocarpiis, telles que le P. grandiflonis Engl. On a aussi parlé d'uri Jaborandi dont les feuilles membraneuses ont des nervures et un rachis recouverts de poils roux et serrés (Holmes) ; c'est encore évidemment une autre plante.

Outre la pilocarpine qui est leur alcaloïde actif, les Jaborandi renferment une essence volatile, la pilocarpène. Les réservoirs de cette essence sont des glandes internes dont la structure est la même que dans les Citrées et beaucoup d'autres Rutacées. Les Pilocarpus et la pilocarpine ont été introduits dans la thérapeutique comme diaphorétiques et sialagogues d'une grande énergie {voy. ci-après).

Mais les Jaborandi dont on s'occupe tant actuellement en Europe ne sont pas ceux qui furent célèbres dans l'ancienne médecine. Dans TAmérique du Sud, notamment au Brésil, ce nom a été de temps immémorial appliqué à toute une série de plantes très-diverses, mais présentant un ensemble de qualités communes, comme d'être aromatiques, stimulantes, diurétiques, sudorifiques, alexipharmaques, etc.

55'2 JABORANDI (action physiologique).

Au milieu du dix-septième siècle, Pison et Marcgraff indiquaient déjà trois Jaborandl qui sont probablement tous des Piper. Celui qu'au Brésil on appelle encore aujourd'hui le vrai Jaborandl est le Piper [Serronia] Jaborandi, célèbre comme sternutatoire, masticatoire, guérissant les catarrhes oculaires et « dérivant des pituites vers la bouche ». Ce poivre est quelquefois cultivé dans nos serres. Plusieurs autres Piper américains servent aux mêmes usages et portent le même nom vulgaire [Artanthe mollicoma Miq.). Le Zanthoxylum eleguns Engl., espèce piquante, très-aromatique, du Brésil, est aussi un Jaborandi. Le Monniera trifoliata L., Guspariée herbacée dont nous avons parlé, est ÏAlfavaca de cobra, autre Jaborandi de l'Amérique tropicale. Marcgraff le vente comme sialogogue, diurétique, sudorifique; il compare sa saveur à celle du Pyrèlhre, et Pison l'a vu guérir d'une façon merveilleuse un empoisonnement par des champignons. 11 y a aussi des Jaborandi dans la famille des Scrofulariacéos : ce sont des Herpestes, tels que VH. gratioloides, i'H. Monniera et 1'//. colubrina, que les Péruviens emploient comme alexipharmuques. H. Bn.

§ IL Action physiologique. Le jaborandi, arbrisseau qui croît au Brésil et dans d'autres contrées de l'Amérique du Sud, est un agent nouvellement introduit en thérapeutique. 11 fut apporté en France vers la fin de 1875 par Couthino (de Pernambuco). Bâillon en détermina les caractères botaniques et différencia nettement le jaborandi d'autres et nombreuses plantes qui portent en Amérique le nom de jaborandi {voy. ci-dessus).

Les indigènes de l'Amérique du Sud paraissent avoir devancé les Européens dans l'emploi médical du jaborandi. Ils l'employaient en effet, et tout empiriquement du reste, cela va de soi, comme sudorifique, sialagogue, et contre la morsure des serpents, mais avant sa pénétration en Europe le jaborandi n'avait pas été étudié scientifiquement, et sa pharmaco-dynamique était entièrement à faire. Goutinho avait constaté sur lui-même les effets sialagogues et diaphoréliques du jaborandi. Peu après, A. Gubler et Rahuteau publiaient les résultats obtenus avec les feuilles de cet arbrisseau, soit au point de vue purement pharmaco-dynamique, soit au point de vue thérapeutique (Goutinho, Journ. de thérapeutique, 1874, p. 161, 167. — A. Gubler, Ibid., 1876. — Rabuteau, Soc. debioL, 1874).

A la suite A. Robin, Gubler encore, Bochefontaine et Galippe, Vulpian, Hardy et Bochefontaine, etc., en France; Sydney Ringer, A. Gould et W. Murrel en Angleterre; Guido ïizzoni et G. B. Ghiocconi, Fubini, en Italie, et d'aulres ailleurs, apportèrent leur contingent à l'étude physiologique et clinique du jaborandi (A. Robin, Journal de thérapeutique, 1874-1875. — Féréol, Ibid., 1875, p. 45. — A. Gubler, Journ. de pharm. et de chimie, 1875. — Bochefontaine et Galippe, Gazette méd., t. IV, p. 154. — Vulpian, L'École de médecine, 7 juin 1875. — Hardy et Bochefontaine, Gaz. méd., t. IV, p. 309. — Sydney Ringer et A. Gould, The lancet, 1875, p. 157. — Sydney Ringer et W. Murrel, Brit. Med. Journ., 1875, p. 543. — G. Tizzoni et B. Ghiocconi, Clin, di Bologna, 1875. — Fubini, VOsservatore, 1878).

G'est là la première période d'étude du jaborandi. Jusque-là on ne connaît que l'action de la plante elle-même, l'action de l'infusion des feuilles ou de l'écorce, les effets de divers extraits plus ou moins purs de la plante, mais on ne sait absolument rien du principe actif lui-même. Dans une deuxième

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période, on ne s'occupe plus, au contraire, que de la recherche et de l'e'tude du principe actif, de ce que nous connaissons maintenant sous le nom de Pilocarpine.

En premier lieu, on a suppose que le principe actif du Pilocarpus était une huile essentielle aromatique renfermée dans les vacuoles dont les feuilles sont creusées. Mais les essais expérimentaux ne confirmèrent pas cette supposition ; l'huile essentielle de Pilocarpus pinnatifolius ne produit pas les effets de l'infusion des feuilles, pas plus du reste que l'eau distillée des mêmes feuilles.

Le principe actif du jaborandi est un alcaloïde. Après avoir été nié par Rabuteau, cet alcaloïde a été mis hors de doute par Byasson et E. Hardy (Byasson, Journ. de thérapeutique, 10 mars 1875. — E. Hardy, Rev. des se. méd., t. XI, p. 767, 1875). Depuis, cet alcaloïde, appelé Pilocarpine, a été extrait en grandes quantités par \V. Gerrard en Angleterre, Petit, Duquesnel en France, Merck en Allemagne et par bien d'autres. On parvient aujourd'hui à en retirer à peu près 70 grammes (à l'état de chlorhydrate) par 100 kilogrammes de feuilles.

Comme l'expérimentation sur les animaux et les études cliniques sur l'homme ont démontré que l'on obtient absolument les mêmes effets avec la pilocarpine (nitrate ou chlorhydrate) qu'avec le jaborandi lui-même, l'emploi des sels alcaloïdiques a remplacé l'usage premier de l'infusion de feuilles de l'arbrisseau brésilien. Voyons les effets pharmaco-dynamiques de cette substance.

Action du jaborandi et de la tilocarpixe sur la sécrétion. Si l'on administre à l'homme sain ou malade une infusion de feuilles de jaborandi (5 à 4 grammes pour 150 d'eau) ou si on lui fait une injection hypodermique de 5 à 10 milligrammes de chlorhydrate de pilocarpine, on voit paraître très-rapidement (en moins d'une minute souvent après l'injection hypodermique) les phénomènes qui marquent le début de l'action du médicament.

Tout d'abord la face rougit, les artères battent plus vigoureusement et il survient des phénomènes de tension vers la tête; dans certains cas, on a noté des troubles passagers de la vue et de l'ouïe. Bientôt api'ès la peau se colore sur toute sa surface, se recouvre d'une légère moiteur et la salivation commence; les phénomènes caractéristiques du jaborandi sont en voie d'évolution.

La sudation, variable dans sa rapidité et son abondance avec les individus, ne tarde pas à augmenter, et en même temps la salive coule à flots. L'hypersécrétion atteint même d'autres glandes que celles de la peau et que les glandes salivaires. Peu après que la diaphorèse et la sialorrhée ont paru, les larmes coulent aussi en abondance, et les glandules de la muqueuse naso-pharyngienne comme celles de la muqueuse trachéo-bronchique sécrètent en abondance. En général, c'est la salivation qui paraît la première, mais c'est tantôt elle, tantôt la diaphorèse, qui prédomine. Dans certains cas, l'un des deux phénomènes peut même faire presque complètement défaut, et en général des doses faibles de jaborandi ou de pilocarpine ne donnent lieu qu'à la salivation.

La sudation a une durée très-variable; en moyenne, elle dure de deux heures à deux heures et demie et cesse en dernier lieu là où elle a commencé (A. Robin). La salivation dure presque le même temps, et pendant tout le temps de l'hypersécrétion salivaire on ressent un certain degré de chaleur dans la bouche et de tension dans la région des glandes partotide et sous-maxillaire.

La quantité de salive rejetée pendant la durée de la période sialagogue du

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jaborandi peut être estimée en moyenne à 500 centimètres cubes, 100 centimètres au minimum et 1200 au maximum (A. Robin). Les qualite's physicochimiques de cette humeur ne seraient pas fondamentalement modifiées. La salive sécrétée sous l'action de la pilocarpine est plus visqueuse, plus riche en carbonates, chlorures, sulfates, sulfocyanure de potassium et matières coagulablespar la chaleur, mais ces modifications n'ont rien de caractéristique. Comme la salive normale, cette salive transforme l'amidon en sucre (A. Robin, Bourgarel), et, alors que A. Robin y a reconnu une augmentation d'urée (08'",716 par litre au lieu de 08%450), Bourgarel, Bail et Hardy, l'ont trouvée moins riche en ce dernier corps (Bail et Hardy, Soc. de hiol., 1874).

La quantité' de sueur a également fait l'objet d'assez nombreuses recherches. Pour mesurer cette quantité, on s'est servi d'un manchon en toile gommée ou en caoutchouc qu'on fuait sur un membre. On déterminait ainsi la quantité de sueur produite par une surface déterminée et par un calcul proportionnel quelle quantité avait déversé toute la surface de la peau (A. Robin, Fubini), ou bien on pesait avant et après le sujet soumis à l'action du jaborandi. Dans ces dernières conditions, la perte du poids du corps diminuée du poids de la salive recueillie représente évidemment la quantité de sueur sécrétée, à la condition, bien entendu, qu'il n'y ait pendant ce laps de temps, aucun ingesla ou excréta d'aucune sorte (Scotti, Curschmann, Stumpf, Pitois). Weber a noté une perte de poids de 2 kilogrammes après une diapliorèse abondante; Scotti, Curschmann, ont évalué cette jierte de 1000 à 2000 grammes. En opérant par le premier procédé, A. Robin a évalué à 500-500 centimèlres la quantité de sueur sécrétée sous l'influence de l'infusion de feuilles de jaborandi.

La qualité de la sueur est modifiée en ce sens qu'elle contient plus de chlorures et plus d'urée que la sueur normale. Ainsi, alors que suivant .Favre et Funke la sueur renfermerait de 08'',440 à ls",550 d'urée par litre, la sueur de la diaphorèse jaborandiquc en contient jusqu'à 2 grammes et même 2b',690' (Bail et Hardy, A. Robin). Les chlorures également, qui sont dans la sueur au chiffre de 5 grammes en moyenne (Favre, Scliottin), montent à o8^680 (A. Robin). L'augmentation de l'urée dans la salive et la sueur sous l'influence de la sialorrhée et de la diaphorèse provoquées par le jaborandi ou la pilocarpine ne doit pas être oubliée, car ce fait est susceptible d'applications thérapeutiques importantes dans le cas d'urémie. Peut-être l'idée de suppléer en partie le rein par la glande sudoripare n'est-elle pas tout à fait illusoire dans ces circonstances. L'excitation des glandes salivaires pendant la sialorrhée peut aller jusqu'au gonflement et la douleur (Lorain, A. Robin); ce gonflement est incontestablement le fait de l'afflux du sang dans les glandes, de l'accumulation du liquide sécrété et probablement aussi d'un peu d'irritation du tissu glandulaire provoquée par l'hypersécrétion.

Voilà les effets types de l'action pharmaco-dynamique du jaborandi ou de son alcaloïde, qui, suivant Sydney Ringer et A. Gould, seraient toujours moins accusés chez l'enfant que chez l'adulte.

Pendant la durée des phénomènes que nous venons de décrire, i! y a soif et inappétence, sensation de froid au moment de l'acmé (Sydney Rmger et Gould), parfois des nausées et des vomissements, de légères coliques et un peu de diarrhée. Mais ces derniers effets ne surviennent que lorsque les malades ont mangé peu de temps avant de prendre le jaborandi, ou lorsqu'ils avalent la salive qui inonde leur bouche au lieu de la rejeter (Vulpian). Enfin nous devons

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signaler que l'on voit assez fréquemment, au début de l'action du médicament, survenir des besoins impérieux d'uriner et d'aller à la garde-robe, de la strangurie passagère et de ruréllu-orrhée (Vulpian, A. Robin). Ces i)etits accidents disparaissent en vingt-quatre ou trente-six heures. 11 est moins fréquent de voir de la diurèse, plus rare encore de voir de la lourdeur de tète, des vertiges (Vulpian, Galippe, Marlindale), des troubles de la vue (perversion de l'accommodation) et de l'ouïe (bourdonnements d'oreille), des sentiments de défaillance.

Quand tous les effets hypercriniques du jaborandi ou de la pilocarpine sont épuisés, la soif et l'inappétence peuvent persister un certain temps; la gorge et la peau sont desséchées et arides, il y a de l'abattement pénible qui dure d'ordinaire quelques heures.

Que l'on se serve de l'infusion de jaborandi ou de l'injection sous-cutanée de nitrate ou de chlorhydrate de pilocarpine, l'action physiologique fondamentale est la même, que l'on fasse boire 5 à 4 grammes de jaborandi en infusion, qu'on fasse boire ou que l'on injecte sous la peau I à 2 centigrammes d'un des sels de pilocarpine, dissous dans i/4 ou 1/2 centimètre cube d'eau. C'est ce qui ressort pleinement des expériences de V.. Hardy et Boclicfontaine, Sydney I\inger, Langley, Weber, Curchmann, Rosenskrantz, Fraenkel, Leyden, Scotti, Luchsinger, Adamkiewiecz, Vulpian et autres, et des essais cliniques de Gubler, Siredey, Constantin Paul, A. Robin, et de tant d'autres. Seulement, alors que les effets caractéristiques de la pilocarpine se manifestent au bout d'un temps très-couit, en moins d'une minute même, ceux de l'infusion de jaborandi demandent un temps plus long à paraître, quelques minutes d'ordinaire. L'injection de l'infusion de jaborandi ou de la pilocarpine dans les veines agit plus rapidement encore. Au bout de quelques secondes la salive coule en abondance et, si l'injection est faite dans l'artère faciale (Langley) de manière à faire pénétrer l'injection directement dans les vaisseaux des glandes salivaires, la salivation survient avec une rapidité surprenante, parfois même avant que l'injection soit terminée (Langley, The action of Pilocarpin on the submaxillarij Gland, etc. In Studies from the Physiol. Laboratorij in the L'niversity of Cambridge, 1877, p. 420. — Vulpian, Étude physiol. des poisons. In Rev. des se. biologiques, t. IV, p. 486, 1879). Vulpian a obtenu 8 centimètres cubes de salive de la glande parotide à l'aide d'une canule introduite dans le canal de Sténon, en quinze minutes, chez un chien pilocarpine, et Gillet de Grandmont a pu recueillir 8 kilogrammes de salive en une heure sur un cheval soumis à l'action du nitrate de pilocarpine (Gillet de Grandmont, De l'action dunilrate de pilocarpine, etc. In France médicale, 1878, p. 51oj.

La sueur obtenue chez les animaux à la suite d'injections sous-cutanées ou intra-veineuses de niti'ate de pilocarpine est franchement alcaline, ce qui n'a pas lieu de nous surprendre, s'il est vrai que chez le chat (Vulpian) aussi bien que chez le cheval (Cl. Bernard) la sueur est toujours alcaline, mais ce qui est plus curieux chez l'homme, s'il est vrai que chez lui la sueur due à l'action du jaborandi soit aussi alcaline (Straus), car chez l'homme la réaction de la sueur normale est acide (Thénard, Berzehus, Meissner, Andral, Ch. Robin, Lehmann, Wûrtz, etc.). De leur côté, Favre, Gillebert d'Hercourt, A. Robin, admettent que la sueur provoquée par le jaborandi, acide dès le début comme la sueur normale, finit par devenir alcaline, cela, selon A. Robin, « parce qu'au bout d'un certain temps de sudation les matériaux contenus dans le sang, qui doi-

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vent donner naissance au corps volatil auquel la sueur doit son acidité, n'existent plus en assez grande quanlité pour pouvoir s'osmoser à travers 1 élément glandulaire, qui ne sépare plus alors que les autres principes dialysables... » (Cl. Bernard, Leçons sur les liquides de l'organisme, t. 11, p. 85, 1859. — Straus, Rev. des se. médicales, 1880, p. 515. — Favre, Comptes rendus de lAcad. des se, 1852. — Gillebert d'Hercourt, Gaz. méd. de Lyon, 1852. — Andral, Comptes rendus, t. XXVI, 1848, p. 649. — Tourlon, Thèse de Lyon, 1879). Les observations et les réflexions d"A. Robin sont donc absolument opposées à l'opinion de Lucbsinger cf Trumpy, qui admettent que l'acidité de la sueur est une acidité d'emprunt, qu'elle tirerait des acides gras de la matière sébacée, opinion également opposée aux constatations de Tourton, qui a vu que la sueur est toujours acide là où il n'y a pas de glandes sébacées (paume des mains [voy. Cli. Debierre, art. Jaiîorandi du /)/c/. de thérapeutique de dujardm- Bcaumetz, t. III, p. 199. — Lucbsinger et Trumpy, Pfli'igers Arch., t. XVIll, p. 494, 1878]).

Chez les animaux comme dans l'espèce bumnine, il y a exagération de la sécrétion lacrymale, des sécrétions naso-pliaryngienne et tracbéo-bronchique, à peu près constamment, puisque Stumpf a observé ces phénomènes 54 fois sur 50, Chez eux aussi ou observe l'iiypersécrction lactée notée par Sydney Ringer, Gould et A. Robin, chez les nourrices. Enhn on a vu expérimentalement que sous l'influence du jaborandi la bile coulait plus abondamment dans l'intestin, et qu'il en était de même du suc pancréatique i^Vulpian, loc. cit., p. 504-506). Au contraire, ni la sécrétion du suc gastrique ni la sécrétion urinaire ne seraient influencées par la pilocarpine, au dire de Vulpian, ce qui est en contradiction avec les observations de Pélicier et de Carville (Garville, Soc. de biologie, 1874). Gubler, Leyden, Rendu, Notlinagel et Rossbach, Langlet, Alessandro, Aubert, etc., ont cependant noté l'augmentation de la diurèse chez l'homme soumis au jaborandi.

A haute dose, le jaborandi (forte infusion injectée dans le sang) a déterminé de la diarrhée sanguinolente et divers phénomènes toxiques qui ont abouti à la mort de l'animal (A. Robin, Gornil, Bochefontaine, Galippe, Vulpian).

Action du jaborandi et de la pilocarpine sdr le cœur, lr sang et la CIRCULATION. Eu cc qui concerne la pression artérielle, les recherches de A. Robin, Gillet de Grandmont, Riegel, Bardenhewer, Kahler et Soyka, Weber, etc., s'accordent pour admettre une diminution de pression, mais trèsfaible pour les doses thérapeutiques (Guida, Tizzoni et Chiocconi). Des doses un peu élevées ralentissent les mouvements du cœur; une forte quantité a-t-elle pénétré dans le sang, le pouls, après s'être ralenti, remonte progressivement, mais devient tililbrme et perd de son énergie (Vulpian). Si chez l'animal dont le cœur est ralenti on sectionne les nerfs vagues, les battements du cœur ne s'accélèrent plus; injecte-t-on alors de l'atropine dans le sang, le cœur accélère ses battements, qui deviennent en même temps plus réguliers (Vulpian). Appliqué directement sur le cœur, l'extrait aqueux de jaborandi en arrête les mouvements comme fait la muscarine; laisse-t-on ensuite tomber une goutte d'une solution de sulfate datropine sur ce cœur, on voit presque aussitôt ses battements reprendre leur cours. Il en est de même lorsque le cœur est considérablement ralenti chez la grenouille par une injection sous-cutanée de pilocarpine : une goutte d'atropine projetée sur ce cœur lui fait reprendre ses m)uvements.

JABORAIVDI (action PHYsroLOCiQaE). 537

L'antagonisme entre le jaborancU et l'atropine est donc un fait aussi bien établi pour le cœur que pour les glandes salivaires, sudoriparcs et mammaires. On sait, en effet, que la salivation et la sudation déterminées par la pilocarpine peuvent être entravées par l'emploi de l'atropine. N. Scbuk a fait observer que la pilocarpine n'est pas un poison cardiaque bien énergique. Pour le démontrer, il fait passer à travers le cœur d'une grenouille une solution de pilocarpine dans le sérum de lapin. Une solution à 1/4 de milligramme par centirnètie cube est sans action sur le travail du cœur; une solution à 1/2 milligramme détermine d'abord de l'accélération, puis le ralentissement des battements ; enfin une solution au millième produit d'emblée le ralentissement. Une solution contenant 4 milligrammes par centimètre cube arrête le cœur en diastole, mais l'énergie musculaire du cœur est criuservée, et le lavage au sérum fait disparaître les effets de la pilocarpine (Scbuk, Action de la pilocarpine, etc., Kiew, 1881 [en russe]).

Dans leurs expériences, Ilarnack et Mcyer {Arch. f. exper. Path. u. Phann., t. XII, 1885) ont également constaté que la pilocarpine abaisse la tension vasculaire et ralentit le cœur dans une première phase d'activité, ce qu'ils attribuent à l'excitation des libres des nerfs pneumogastriques dans le cœur, et que dans une seconde phase le cœur reprend son rhylhme et ses mouvements ordinaires en même temps que la pression vasculaire remonte au chiffre normal. Avec une forte dose la pression continue à baisser et le cœur se ralentit tout en conservant son énergie; de plus fortes doses finissent par l'arrêter. A ce moment les nerfs vagues ont perdu leur excitabilité (Langley, Ilarnack et Meyer) et le centre vaso-moteur dans la moelle est en même temps paralysé. Il en résulte une dilatation passive des petits vaisseaux qu'on peut fort bien voir sur l'oreille du lapin blanc. Ilarnack et Meyer enfin ont observé que la pilocarpine, injectée à très-fortes doses, donne lieu à des accidents convulsifs qui frappent surtout les muscles respirateurs. Pour eux, il y aurait dans le jaborandi deux alcaloïdes bien différents, l'un qui cristallise, h pilocarpine, et agit à la façon de la nicotine; l'autre, qui ne cristallise pas, la jaborine, et se comporte par rapport au cœur, aux glandes, à l'intestin et à la pupille, d'une façon analogue à celle de l'atropine. Langley a prétendu qu'une injection de deux à trois gouttes d'une solution de pilocarpine à 0 pour 1 00 est susceptible d'arrêter les phénomènes inliibitoires ordinaires à l'excitation électrique du nerf vague chez la grenouille.

D'après les observations de Gillet de Grandmont [loc. cit., p. 539), sous l'influence de l'action du jaborandi, les globules sanguins augmenteraient passagèrement de nombre, en moyenne de 700 000 par millimètre cube. Guérard a noté le même phénomène, qui s'explique fort bien du reste, si l'on se rappelle que le sang subit une forte spoliation aqueuse sous l'influence du jaborandi ou de son alcaloïde; il perd de l'eau et sa concentration augmente i^Guérard, cité par Spillmann, Arch. gén. de méd., 1879).

Action sur la température. On n'est pas d'accord en ce qui concerne l'action initiale du jaborandi sur la chaleur animale. Alors que A. Robin, Green, Pelicier, Webcr, Scotti, Frommùller, Pitois, admettent que la température rectale monte dans la première période d'action de la substance médicamenteuse (période de diaphorèse), Sydney Ringer et Gould, Riegel et Berdenhewer, Dumas, au contraire, estiment qu'elle baisse de 0^,22 à 0°,77 (Dumas, Thèse de Paris, 1875). Cette incertitude et ces contradictions cessent, si l'on envisage

558 JABORÂNDI (action physiologique).

l'état de la température vers la fin de l'action excito-sécrétoire ; tout le inonde admet alors l'abaissement thermique.

Action sur l'œil. L'instillation d'une solution de pilocarpine dans l'œil re'trécit la pupille (Sydney Ringer et Gould); le myosis survient au bout de quelques minutes, atteint son maximum à peu près au bout d'une demi-heure et cesse après trois heures (Spillniann), la dose de pilocarpine étant de 1 milligramme. Ce myosis diminue, si l'on instille de l'atropine dans l'œil, d'où l'antagonisme entre la pilocarpine et l'atropine existe aussi bien pour la pupille que pour le cœur ou les glandes. Mais il faut remarquer que cet effet du jaborandi sur la pupille n'a pas lieu dans toutes les conditions expérimentales. Ainsi injecte-t-on l'extrait de jaborandi dans la veine crurale d'un chien (Bochefontaine et Galippe) ou dans la veine jugulaire d'un chat (Pelicier), au lieu d'observer du myosis on remarque de la mydriase (Pelicier, Contribut. à l'étude du jaborandi. Thèse de Berne, 1875). Cet effet est le résultat iVulpian, Bochefontaine et Galippe) de l'excitation des extrémités intra-abdominales du grand sympathique. Si, en effet, les nerfs vago-sympathiques sont sectionnés au cou, les injections intra-veineuses de jaborandi ne donnent plus lieu à la mydriase (Vulpian). On s'explique dès lors que Bérenger ait pu accorder à la pilocarpine des effets mydriatiques.

Chez les grenouilles, au dire d'Edvvin Gysi (Thèse de Berne, 1879), l'injection de nitrate de pilocarpine (2 milligrammes) dans la cavité abdominale donne lieu au myosis, alors que l'injection de fortes doses (6 à 10 miligrammes) produit au contraire de la mydriase. Les pupilles de la tortue d'Europe enfin seraient insensibles à l'action de la pilocarpine.

Selon Albertoni [Arch. f. exper. Path., 1880), outre le myosis, le nitrate de pilocarpine instillé dans l'œil donnerait lieu à un spasme de l'accommodation. D'autre part, aussi bien chez les animaux (chats, chiens) que chez l'homme, une heure ou deux après l'instillation de quelques gouttes d'une solution à 1 pour 100 de pilocarpine la myose disparaît et fait place à la dilatation de la pupille, mydriase qui se prolonge de deux à soixante heures suivant la dose de pilocarpine employée. Soustrait-on l'iris à l'influence du grand sympathique en sectionnant ce nerf, la pilocarpine ne donne plus lieu qu'au myosis, et ce qu'il y a de curieux, c'est que la section de l'oculo-moteur n'empêche pas la substance médicamenteuse de produire le même effet pupiilaire. Albertoni, Harnack et Meyer, en présence de ces phénomènes, inclinent à penser que la pilocarpine rétrécit la pupille en agissant sur les filets intra-oculaires de l'oculo-moteur. Enfin Martindale a observé sur lui-même un affiùblissement de la puissance d'accommodation des yeux aux diverses distances, consécutif à l'ingestion d'une infusion de jaborandi. John Tweedy, E. Bardenhewer, de leur côté, ont remarqué que, lorsqu'on instille dans l'œil l'infusion de jaborandi, on rapproche les limites de la vision distincte, qu'en un mot on rend l'œil myope par augmentation de la tension intra-oculaire et accroissement secondaire de son diamètre bipolaire {voy. Gillet de Grandmont, loc. cit., p. 515 et suiv. Paris, 1878. — 0. Kônigshôfer, Centralhl. f. vissensch. Med., p. 815, 1875).

L'excitation que produit la pilocarpine sur les filets du grand sympathique qui animent l'iris (ganglions intrinsèques), cette substance la produit également sur les fibres nerveuses du même nerf qui animent l'estomac, l'intestin, la vessie et l'utérus, d'où la contraction des parois de ces organes sous l'action des fortes doses de jaborandi ou de pilocarpine, effets toujours arrêtés par

JABORANDI (action physiologique). 539

l'atropine. On a en effet noté que les injections de pilocarpine exagèrent les mouvements péristaltiques de l'intestin (excitation du plexus d'Auerbach), qu'elles peuvent exciter les contractions utérines, provoquer l'hématurie (Langley), l'hémoptysie (Lewin) et l'épistaxis (A. Robin). Nous ajouterons encore, pour terminer l'histoire pharmacodynamique du jaborandi et de son alcaloïde, que pour certains auteurs (Sydney Ringer et Bury, Schmitz, Coppcz) les injections sous-cutanées de pilocarpine seraient susceptibles d'activer la croissance des cheveux et de faire reprendre un développement normal à la moustache des hémiplégiques, dont Vun des côtés a subi un temps d'arrêt (Sydney Ringer et Bury, The Praclitioner, J876. — Coppez, France médicale, 1879).

Antagonisme entre la ph-ocarpiae et l'atropine. L'hypersécrétion salivaire et sudorale est arrêtée par une injection de sulfate d'atropine en quelques secondes. Commence-t-on par injecter l'atropine, le jaborandi ou son alcaloïde est impuissant à provoquer ensuite ses effets excito-sécrétoires ordinaires (Vulpian, Sydney Ringer et Goubl, Luchsinger, Carville). Ostrumolf avait observé déjà que l'absorption préalable de sulfate d'atropine empêche, chez les chats, la production de sueur, lorsqu'on cherche à la provoquer sur les pulpes digitales du membre postérieur de cet animal par la faradisalion du nerf scialique. L'atropine arrête donc tout aussi bien les effets excito-sécrétoires déterminés par l'excitation des filets du sciatique que ceux que produit l'action de la pilocarpine. E. Hardy, dès 1875, avait constaté l'antagonisme de l'atropine et de la pilocarpine sur le cœur; Yulpian a observé que l'atropine arrête également les sécrétions biliaire et pancréatique provoquées par la pilocarpine, et nous avons vu que cet antagonisme se poursuit jusque dans les effets sur la pupille des deux alcaloïdes.

En proportionnant avec soin les doses relatives de jaborandi et d'atropine, Langley [Brit. Med. Journ., 1875) aurait pu obtenir d'abord l'arrêt du cœur par la première substance, puis le retour des mouvements cardiaques en faisant intervenir la seconde, enfin un nouvel arrêt du cœur en agissant à nouveau avec l'extrait de jaborandi. S'il en est réellement ainsi, l'antagonisme réciproque entre l'atropine et l'extrait de jaborandi est un fait hors de doute. Il est vrai que les expériences de LangJey ont été faites sur la grenouille, et qu'il ne faut pas se hâter de conclure de celle-ci à l'homme.

Toxicité du jaborandi et de la pilocarpine. Vulpian a pu injecter dans les veines d'un chien de taille moyenne une infusion de 10 à 12 grammes de feuilles de jaborandi sans déterminer la mort, et il lui a fallu 30 centigrammes de nitrate de pilocarpine dissous dans 25 centimètres cubes d'eau et injectés dans le sang vers le cœur pour donner la mort à un autre chien. Si donc 20 à 30 centigrammes de nitrate de pilocarpine sont nécessaires pour tuer un chien de 15 kilogrammes, il faudrait à peu près U',ôO du même sel alcaloïdique pour tuer un homme de taille ordinaire.

Cependant l'homme supporte assez mal la pilocarpine, et des doses de A à 5 centigrammes donnent déjà lieu à un malaise extrême : sensation de distension du crâne, état nauséeux, vomissements, faiblesse générale et abattement, respiration entre-coupée, pouls très-rapide et presque imperceptible (après une augmentation d'énergie initiale), frissonnement, vue trouble, hébétude, tous accidents suivis d'un sommeil lourd et pesant et de paresse musculaire et cérébrale pendant un ou deux jours (Pitois, Thèse de Paris, 1879).

550 JAHORANDI (action physiologique).

Aux phénomènes précédents enfin il peut s'ajouter des coliques assez violentes, des épreintes rectales très-pénibles et de la diarrhée. Del Toro, Sziskai et Fronmûllcr, ont observé des cas d'empoisonnement avec des doses analogues, et ce ne serait pas sans inconvénients sérieux qu'on dépasserait certaines doses de pilocarpine (Del Toro, La Cronica oftalm., 1882. — Sziskai, Wien. med. Woch., 1881. — Fronmiiller, Memorabilien, 1882). On peut obtenir tous les effets pharmacodynamiques désirables en thérapeutique avec \ on 2 centigrammes de nitrate ou de chlorhydrate de pilocarpine en injection sous-cutanée : il serait donc inutile et peut-cire imprudent de dépasser ces doses.

Les lésions anatomo-pathologiques que l'on rencontre à l'autopsie des animaux morts empoisonnés par la pilocarpine relèvent toutes d'une violente congestion viscérale. L'estomac et l'intestin sont remplis de liquide sanguinolent; la muqueuse de ces viscères est iiyperémiée et présente des plaques ecchymotiques ; le foie, les reins, le poumon, la rate, sont vivement congestionnés, et à la surface de la rate, du poumon et de l'endocarde, il y a des ecchymoses.

Théorie de l'action du jaborandi. Le mécanisme de l'action hypercrinique du jaborandi ou de la pilocarpine (c'est tout un) a été diversement conçu. Pour les uns, le jaborandi excite les glandes salivaires et sudorales directement, en s'éliminant à travers leurs culs-de-sac épithéliaux sécréteurs (Gubler) ; pour d'autres, cette substance stimule l'activité nerveuse qui préside aux sécrétions des glandes, aussi bien du foie et du pancréas que des glandes salivaires et sudoripares (Caiville, Bochefonlaine, Vulpian) : corde du tympan pour les glandes sous-maxillaires et sublinguales, rameau de Jacobson et fdets du glosso-pharyngien pour les parotides, fibres excito-sécrétoires du grand sympathique.

L'hypothèse de A. Gubler n'est pas admissible, parce qu'il y a des phénomènes expérimentaux qui autorisent à penser que la sécrétion salivaire est sous l'action du système nerveux.

La glande sous-maxillaire reçoit deux ordres de filets nerveux, ceux de la corde du tympan et ceux du grand sympathique. Eh bien, l'excitation de la corde augmente d'une façon remarquable la sécrétion de la glande sous-maxillaire (Schiff, Ludwig, Cl. Bernard), et la faradisalion des filets nerveux fournis à la même glande par le sympathique arrête la sécrétion expérimentale provoquée par l'excitation de la corde du tympan (Czermak) après une courte période d'exagération sécrétoire (Eckhard et Adrian). Continuons l'exposé des expériences faites sur la matière, nous ne tarderons pas à arriver au point décisif pour notre démonstration.

keuchel, dans un travail fait au laboratoire de Cidder, a vu que la faradisalion de la corde du tympan ne donne plus lieu à l'hypersécrétion de la glande sous-maxillaire chez les animaux soumis à l'influence de l'atropine, bien que celle faradisalion exerce toujours sur les vaisseaux de la glande les modifications (dilatation, circulation plus active) signalées par Cl. Bernard et Heidenhain. L'atropine semble donc paralyser le pouvoir excito-sécrétoire de la corde, tout en respectant son pouvoir excito- dilatateur sur les vaisseaux (vaso-dilatation). De plus, si l'animal est faiblement atropine, le cordon sympathique conserve ses propriétés sécrétoires spéciales sur la glande (Heidenhain, Carville, Langley, Vulpian) : soumis à la faradisation, le bout supérieur du cordon cervical du grand sympathique donne lieu à l'écoulement salivaire (salive épaisse et filante sympathique) comme chez un animal simplement curarisé.

JABORAINDI (actio physiologiqii;). 5 il

Que conclure de cette expérience? x\e peul-on pas penser que, si l'atropine abolit l'action excito-sécrétoire de la corde du tympan sur la glande sousmaxillaire, c'est en modifiant d'une façon inconnue dans son essence les extrémités périphériques des filets glandulaires de ce nerf, mais non pas en modifiant les propriétés sécrétoires des cellules glandulaires? 11 n'en saurait êlre autrement, car sinon la faradisation du sympathique cervical ne pourrait plus rendre à la glande sous-maxillaire ses propriétés sécrétoires chez un animal atropine. Par contre, ne peut-on pas admettre que la corde du tympan et les filets du sympathique ne se terminent pas d'une façon idenlique dans la glande salivaire, et que par suite l'atropine puisse agir sur les extrémités terminales des filets de la corde alors qu'elle laisse intactes les extrémités terminales des filets du sympathique? Ces faits, entre parenthèse, prêtent un sérieux appui, quoi qu'il en soit, aux physiologistes qui admettent l'existence des nerfs glandulaires, et dans tous les cas ils suffisent pour prouver que la sécrétion salivaire n'est pas uniquement sous la dépendance de la dilatation vasculaire.

L'expérience suivante de Vulpian montre plus nettement encore que l'opinion de Gubkrr touchant le mécanisme de l'action sécrétoire du jaborandi n'est pas admissible.

Si à un chien curarisé et soumis à la respiration artificielle on fait une injection de 1 à 2 centigrammes de sulfate d'atropine et que, lorsque les effets de l'atropine sont bien manifestes, on fait une injection intra-veineuse de jaborandi (2 à 5 grammes de feuilles pour 40 d'eau), pas une goutte de salive ne s'écoule par la canule placée dans le canal de Wharton (Valpian, Garville, Bochefontaine). Et cependant, ne venons-nous pas de le dire? l'atropine paraît laisser intacte l'activité fonctionnelle des cellules glandulaires de la glande sousmaxillaire. Si donc le jaborandi n'exerce plus son action sialagogue ordinaire, ce n'est pas parce qu'il excite directement le travail des cellules épithéliales des glandes salivaires. Chez un animal fortement curarisé, la pilocaipine n'exerce plus non plus son action excito-sécrétoire ordinaire, et cependant le curare n'agit pas sur les éléments glandulaires eux-mêmes, mais bien sur les extrémités nerveuses périphériques. La conclusion semble fatalement s'imposer : le jaborandi exerce son action sialagogue par l'intermédiaire du système nerveux. Si, portant nos investigations plus loin, nous envisageons maintenant quelle est la partie du système nerveux qui supporte l'influence du jaborandi, nous pouvons immédiatement dire que' la médiation des centres nerveux n'est pas indispensable, car les effets du jaborandi sur les glandes sahvaires sont les mêmes, que les nerfs destinés à ces glandes soient intacts ou coupés (Carville et Bochefontaine). INous sommes donc conduits à admettre que le jaborandi porte son action sur les nerfs qui se rendent aux glandes, et, pour en finir tout de suite avec cette question, nous dirons qu'il est probable que le jaborandi porte son action sur la plaque unissante intermédiaire aux filets nerveux et aux éléments glandulaires, à l'instar du curare (Vulpian).

Le mécanisme de la sécrétion de la sueur est analogue au mécanisme de la sécrétion salivaire. Comme les glandes salivaires, les glandes sudorales sont pourvues de nerfs (Langerhans, Coyne). Une impression vive des nerfs du goût par une substance sapide suffit pour faire apparaître presque instantanément la sueur à la face (Brown-Séquard), cela évidemment par action réflexe. C'est du reste ce qui se passe journellement, quand l'enveloppe de l'organisme, excitée par des vibrations lumineuses et caloriques intenses, porte aux centres nerveux

542 JABORANDI (action physiologique).

cette impression : les glandes sudoripares entrent en action et la sueur perle à k surface de la peau.

Dupuy (d'AHort), Vulpian et d'autres, ont du reste montré qu'en coupant le sympathique cervical cliez les Solipèdes on donne lieu à une abondante sécrétion de la sueur de la face et du cou du côté intéressé, en même temps qu'à la congestion de la conjonctive, des naseaux, et à une augmentation de température. Or l'électrisation du vago-sympathique ou du ganglion cervical supérieur arrête cette sueur (Cl. Bernard) et donne lieu à des phénomènes vaso-constricteurs remarquables (Vulpian, Raymond, Bocliefontaine) : l'influence du système nerveux sur la sécrétion sudorale est donc manifeste.

Les expériences récentes entreprises sur le chat ne laissent du reste aucun doute à cet égard. Ainsi, la section du nerf sciatique empêche les actions réflexes excito-sudorales généralisées de se produire sur les pulpes digitales de la patte postérieure du chat correspondante à la section, tandis que la faradisation du hout périphérique de ce nerf donne lieu à une abondante sudation sur ces pulpes digitales (Ostrumoff, Luchsinger, Kendall, Navrocki, Vulpian, etc.). La section du sympathique abdominal (Ostrumoff, Luchsinger) arrête cette sudation. Les nerfs sudoraux proviennent donc du grand sympathique et les actions sudorales généralisées réflexes ont pour point de départ un centre bulbaire (Navrocki), puisque la section de la moelle épinière entre la huitième et; la neuvième vertèbre dorsale produit l'apparition d'une sueur" abondante sur les pattes d'un chien (Judée, Soc. de Mol. , 1885).

La pathogénie de son côté montre les relations qui existent entre le système nerveux et le fonctionnement des glandes sudoripares.

Gairdner (d'Edimbourg) rapporte un cas d'anévrysme de l'aorte et du tronc brachJo-céphalique dans lequel on a constaté du rétrécissement de la pupille et des sueurs froides du même côté de la face (excitation du sympathique). Yerneuil, dans une ablation de parotide, plaça un jour une ligature provisoire sur la carotide : à la suite il survint de la congestion de la face de ce côté et exagération de la sueur. Ogle, de son côté, a rapporté le curieux fait suivant : A la suite d'une cicatrice du cou du côté droit, il y eut rétrécissement de la pupille, rougeur et chaleur de ce côté de la face, et le côté opposé seul avait conservé le pouvoir de suer. Ce fait, suivant la remarque de Vulpian, montre qu'à la suite d'une paralysie d'un des cordons cervicaux du sympathique les excitations provenant des centres nerveux n'ont plus d'action sur les glandes sudoripares de la moitié de la face du côté lésé.

En somme, les glandes sudoripares sont innervées par des fibres qui proviennent en grande partie du sympathique, et qui ressemblent sous beaucoup de rapports aux nerfs vaso-moteurs. Elles se comportent à l'égard des glandes sudoripares comme la corde du tympan vis-à-vis des glandes sous-maxillaires et sublinguales ou comme l'auriculo-temporal vis-à-vis de la parotide. Ce sont là des nerfs excito-sudoraux. A côté de ceux-ci il paraît aussi y avoir des nerfs d'une autre catégorie, àe.s nerfs suspensifs ou fréno-sudoraux, pour employer l'expression de Vulpian, comme certains phénomènes d'arrêt semblent devoir le faire admettre, dans le ca§, par exemple, oiî l'on arrête brusquement les sueurs d'une patte de chat, provoquées à l'aide de la pilocarpine, en faradisant le bout périphérique du nerf sciatique. Vulpian avait cependant abandonné cette idée des nerfs fréno-sudoraux que Is. Ott continue à défendre, mais que les effets mhibitoires aujourd'hui bien mis en évidence rendent à peu près inutiles

JABORA.NDI (action physiologique). S45

(Vnlpian, loc. cit., p. 117. — Ott, Journ. of Anat. and Phys., 1879, p. 45).

Nous savons que la sueur est sécrétée sous l'influence du système nerveux, revenons maintenant à l'action de la pilocarpine sur la diaphorèse.

Nous savons que le jaborandi donne lieu à une sudation abondante, et nous savons également que l'atropine peut arrêter cette diaphorèse. Ici, comme pour les glandes salivaires, on peut facilement reconnaître que l'action de la pilocarpine et de l'atropine porte sur les extrémite's périphériques des nerfs sécrétoires et non sur les troncs nerveux eux-mêmes, puisque la section de ceux-ci n'empêche pas l'action propre de l'atropine ou de la pilocarpine. L'atropine paralyse les extrémités des nerfs sécrétoires des glandes sudoriparcs et la pilocarpine, au contraire, excite le travail des mêmes extrémités nerveuses. C'est toujours le même mécanisme que pour la sécrétion de la salive, et cette opinion apour elle les faits observés par Luchsinger (1877), Nawrockiet Vulpian (1878), Is. Ott (1879), à savoir que, quand après la section nerveuse la dégénération des nerfs sudoraux est complète, la pilocarpine est impuissante à provoquer la sécrétion des glandes sudoripares correspondantes.

On a cependant observé des cas dans lesquels quelques semaines après la section nerveuse et avant la régénération la pilocarpine avait conservé son action sudorale (Marmé, Luchsinger). C'est ce qui a fait penser à Luchsinger que l'irritation directe de la substance glandulaire (théorie du Gubler) pourrait bien avoir une certaine part dans la sécrétioi» de la sueur sous rinfliience de la pilocarpine, et Ilogyes défendait aussi plus récemment encore la même opinion, mais on peut toujours supposer que quelques filets nerveux aient pu échapper à la dégénérescence ou bien que pendant un temps assez long les appareils nerveux terminaux dans les glandes sudoripares maintiennent leur intégrité (Luchsinger, Fflugers Arch., 1880. — Straiis, Revue des se. médicales, 1880. — Hogyes, Jaliresbericht de Hoffmann et Schwalbe, 1881).

De même que pour la sécrétion de la salive il est impossible d'admettre que l'action de la pilocarpine sur les glandes sudoripares soit le simple résultat de l'irrigation sanguine plus active, avec d'autant plus de raison qu'on peut voir la peau paie et exsangue dans la fièvre intermittente se recouvrir d'une sueur abondante. De même, électrise-t-on le bout périphérique d'un nerf sciatique coupé, on resserre les vaisseaux du membre au point d'en arrêter une hémorrhagie, et cependant on provoque en même temps la sudation (Vulpian).

Dans leurs expériences, Navvrocki et Luchsinger, ayant encore obtenu un peu de sudation en faradisant le nerf sciatique ou en injectant de la pilocarpine sous la peau, malgré la ligature préalable de l'aorte abdominale, en avaient conclu que la sudation est jusqu'à un certain point indépendante de la circulation et sous la dépendance, en partie du moins, des centres nerveux, mais Robillard a fait voir qu'un pied qui n'adhère plus à la jambe de l'animal que par le nerf tibial ne sue plus sous l'influence de la pilocarpine, malgré la persistance de la communication nerveuse avec les centres, et que d'autre part l'asphyxie, qui agit exclusivement sur les centres nerveux, n'en laisse pas moins intacte la propriété sudorale de la pilocarpine (Nawrocki. Centralbl. f. die med. Wiss., p. 945. 1880. — Robillard, Thèse de Lille, 1881, p. 30-31).

En résumé, il ressort des faits expérimentaux que nous venons d'exposer que le jaborandi impressionne d'une même façon et les glandes sudoripares et les glandes salivaires. L'afflux sanguin n'est qu'une cause adjuvante, et l'irri-

54i JABORANDI (action thysiologique).

talion directe des cellules glandulaires par le jaborandi est encore à prouver. La véritable cause de la salivation et de la sudation réside dans des influences nerveuses. Le mécanisme intime de ces influences nous est inconnu, mais il doit être le même pour toutes les glandes dont la pilocarpine active la sécrétion : foie, pancréas, mamelles, glandes salivaires et sudoripares.

Ouel est maintenant le mode d'action du jaborandi sur le cœur?

Nous savons qu'une injection intra-veineuse d'infusion de jaborandi rend les battements du cœur irréguliers et qu'elle les ralentit considérablement. Nous savons aussi qu'une injection d'atropine suffit à rendre au cœur son rbythme et sa rapidité et que, lorsque l'injection d'atropine a été faite au préalable, l'injection de jaborandi n'a plus aucun effet sur le cœur. Cette action paralysante du jaborandi sur le cœur, qui ne s'exerce plus (Vulpian) ou bien moins (Langley) sur les animaux curarisés, est bien plus énergique avec l'infusion fraîche de jaborandi qu'avec un vieil extrait aqueux, beaucoup plus également qu'avec les sels solubles de pilocarpine.

Quoi qu'il en soit, l'action du jaborandi sur le cœur est une action paralysante; cette substance arrête le cœur en diastole, comme la muscarine, mais avec beaucoup moins de puissance, vraisemblablement en excitant les extrémités péripliériques dts nerfs modérateurs du cœur, c'est-à-dire les pneumogastriques.

Arrivons enfin à l'explication des effets myositiqucs du jaborandi sur la pupille.

Nous avons vu que la piiocarpine donne lieu chez les Mammifères à un myosis comparable à celui Je la fève de Calabar. Le mécanisme de ce myosis n'est autre que celui de l'ésérine, c'est dire qu'on le discute toujours. L'atropine dilate la pupille, dit-on, en excitant les extrémités périphériques des filets nerveux sympathiques de l'iris. On peut donc présumer que la pilocarpine, comme l'ésérine du reste, agit en sens inverse pour produire le myosis. Mais est-on bien sur de la théorie mydrialique de l'atropine? Peut-on admettre sans hésiter que lia pilocarpine excite vigoureusement les nerfs glandulaires, alors qu'elle agirait comme substance paralysante sur les filets iriens du cordon cervical du sympathique? Dans de telles conditions, on est forcément conduit à se demander si l'atropine n'agit pas plutôt en paralysant les extrémités des fibres iriennes du nerf oculo-moleur commun, et la pilocarpine en excitant ces mêmes extrémités (Vulpian, loc. cit., p. 127-128).

En ce qui concerne l'action de la -pilocarpine sur l'estomac et l'intestin, on peut admettre que c'est là un phénomène d'excitation du sympathique abdominal, sous l'influence duquel l'estomac et l'intestin se resserrent et se contractent. Fait-on agir alors l'ati'opine, le tube gastro-intestinal se relâche (Spillmann, Rev. méd. de l'Est, 1879. — Morat, Lyon médical, 1882). Ces faits expliquent l'efficacité de la pilocarpine dans l'incontmence d'urine et de l'atropine dans l'œsophagisme (Girard, Bull, de thér., t. XCVllI, 1880). Ils prouvent de plus encore que sur l'intestin comme sur les glandes salivaires et sudorales, liris et le cœur, l'atropine est l'antagoniste de la pilocarpine.

Relativement à cet antagonisme nous ajouterons les considérations suivantes :

L'action antagoniste de la pilocarpine et de l'atropine n'est pas encore suffisamment élucidée. Ce que l'on sait bien, c'est que la pilocarpine accélère le cœur et rétrécit la pupille, tandis que l'atropine ralentit le cœur et dilate la pupille. On sait de plus que l'atropine paralyse les filets modérateurs cardiaques

JABORANDl (action i'htsiologique). 545

du nerf pneumogastrique. Mais comme Morat a établi que la pilocarpine paralyse les éléments excite-moteurs (nerfs accélérateurs) contenus dans le sympathique cervico-thoracique, il s'ensuit qu'avec les deux substances les filets vago-sympathiques sont plus ou moins paralysés, d'où avec l'une accélération, et avec l'autre ralentissement du rhytlime cardiaque (Worat, Soc. de biologie, 4 août 1885), L'antagonisme de l'atropine et de la pilocarpine est donc un antagonisme direct, c'est-à-dire que l'action dynamique du jaborandi est neutralisée par l'action qu'exerce l'atropine sur la fonction des mêmes éléments anatomiques. C'est donc là un antagonisme bien différent de celui que l'on observe entre la stryciinine et le chloral, la strychnine et le curare.

L'antagonisme entre la pilocaipine et l'atropine est- il réciproque? ou bien l'atropine est-elle capable de neutraliser les effets de la pilocarpine, alors que celle-ci serait incapable d'annihiler l'action de l'atropine ?

Des recherches de Langley et de Yulpian il résulte que cette réciprocité est bien réelle, aussi nette que celle que Prévost (de Genève) a trouvée entre la muscarine et l'atropine. Mais pour faire la preuve de cette assertion il est besoin de prendre certaines précautions opératoires. Oui, il est possible de triompher de l'action de l'atropine à l'aide de la pilocarpine, mais à la condition expresse que l'on mettra en présence l'une de l'autre dans les points oià ces substances se rencontrent pour agir en sens ojiposc une très-faible quantité d'atropine ("2 à 7) milligrammes iujectés sous la peau) et une quantité relativeuient considérable de pilocarpine (5 centigrammes) injectés dans le tissu de la glande salivaire lui-même (Yulpian) ou dans l'artère iaciale (Luchsinger). On conçoit que dans de pareilles conditions la quantité d'atropine qui arrive dans la glande salivaire doit être extraordinairement faible, puisque cette substance injectée sous la peau doit se diffuser dans tout l'organisme, tandis que la dose de pilocarpine se porte tout entière dans la glande elle-même.

L'antagonisme des deux alcaloïdes est également réciproque en ce qui concerne les glandes sudoripares, puisque, si à un chat atropine on injecte, dans une des pulpes digitales d'un des membres, 1 centigramme de chlorhydrate de pilocarpine, on voit quelques minutes après la pulpe dans laquelle l'injection a été faite se couvrir de gouttelettes de sueurs, alors que les pulpes des autres membres restent absolument sèches (Luchsinger). C'est exactement l'expérience que Straus a réussie chez l'homme. Cet observateur a remarqué que, quelque faible qu'ait été une injection hypodermique d'atropine, elle est toujours suffisante pour empêcher Vaction générale des injections sous-cutanées de pilocarpine. Or, dans ces conditions, une injection de ce dernier alcaloïde fait sourdre tout autour de la piqûre de Vinjeclion, mais seulement là des gouttelettes de sueurs. D'autre part la contre-épreuve a été réalisée par Straus avec un plein succès. En injectant sous la peau des doses excessivement faibles d'atropine, on peut arriver à restreindre l'action de cette substance sur les glandes sudoripares à la région où l'injection a été pratiquée, de telle sorte que, si l'on injecte ensuite dans une autre région 1 à 2 centigrammes de pilocarpine, une sueur abondante couvre la peau, à l'exception du point, souvent très-circonscrit, où l'injection d'atropine a été faite. La réciprocité d'antagonisme entre l'atropine et la pilocarpine en ce qui concerne les glandes sudorales est donc aussi bien prouvée que celle qui existe entre les deux mêmes alcaloïdes relativement aux glandes salivaires. Il en serait de même en ce qui touche l'action de ces substances antagonistes sur le cœur, d'après les expériences de Langley. Mais DICT. ENC. 4' s. XYl. 55

5i6 JABORANDI (thérapeutique)

Vulpian, répétant ces expériences, n'est pas parvenu à arrêter complélement le cœur à l'aide de la pilocarpine. La question reste donc en suspens.

Nous demanderons-nous enfin conimeiit l'atropine, agissant sur les mêmes éléments anatomiques que la pilocarpine, parvient à arrêter ou à empêcher l'action de cette dernière substance? La pilocarpine rencontre dans ces conditions le même obstacle que la faradisaliou (des nerfs salivaires, sudoraux et pneumogastriques) trouve devant elle chez les [animaux atropines. Mais quel est le mécanisme de celte action suspensive? Savons-nous seulement par quel mode agissent sur les glandes, le cœur ou l'iris, les principes actifs de la belladone et du jaborandi? Nous arrivons bien à supposer, dit Vulpian, « que le mode d'action de la pilocarpine consiste dans une excitation des extrémités des fibres nerveuses excito-sécrétoires, pour ne parler que des glandes, et le mode d'action de l'atropine dans une paralysie de ces mêmes extrémités terminales. Mais quel est le mécanisme de l'excitation dans un cas, de la paralysie dans l'autre? Nous n'en savons rien. » A plus l'orle raison ignorons-nous comment se produit l'antagonisme d'action entre les deux substances.

§ m. Emploi thérapeuticine. Le jaborandi ne s'adresse ni à des entités ni à des espèces morbides, mais seulement à des symptômes (A. Gubler). Au triple litre de sialagogue, sudorifique et spoliateur, ce médicament est indiqué toutes les fois qu'un de ces effets sera utile à la curation d'une maladie.

Les maladies dans lesquelles le jaborandi et son alcaloïde ont été employés sont très-nombreuses. De ce nombre sont les catarrhes de la muqueuse respiratoire, les liydropisies, les empoisonnements par des substances toxiques ou morbilîques, certains engorgements inflammatoires, certaines maladies de la peau, des yeux, des oreilles, etc.

1° Maladies de la muqueuse respiratoire. A titre d'agent sudorifique (dérivation) et expectorant on conçoit que le jaborandi puisse contribuer à guérir nombre d'affections catarrhales des voies respiratoires. Nombre d'auteurs ont en effet observé les bons résultats de la pilocarpine dans le coryza, Vang me simple, la trachéo-bronchite, la bronchite calarrhale, la bronchorrhée, la pneumonie elle-même. Avec elle la toux, la dyspnée, s'amendent très-vite dans la bronchite aiguë; dans la bronchorrée l'expectoration devient plus facile, la toux et la dyspnée diminuent, et bientôt l'expectoration est moins abondante (Gubler, Vulpian).

Dans ïemphysème pulmonaire compliqué de bronchite, la dyspnée et la respiration sifflante avec accès de suffocation sont le plus souvent calmées de suite et la bronchite heureusement modifiée par le même moyen [voy. Tailleignc, De remploi de la pilocarpine dans la bronchite et la pleurésie. Thèse de Paris, 1880). Gubler et Maillard ont pu enrayer la grippe par la sudation abondante provoquée par la pilocarpine. Dans tous les cas d'asthme où il a employé le jaborandi, Gubler a vu la dyspnée diminuer et l'accès d'asthme considérablement raccourci. A Uobin, Lavraud, etc., ont fait la même observation, et llamilton aussi en ce qui concerne l'asthme spasmodique (A. Robin, Étude mr le jaborandi. \i\ Journ. dethe'r., t. II, p. (3G8-67J, 1875. — Lavraud, (Thèse de Paris, 1885). Dujardin-Beaumetz et Berkart ne sont toutefois pas aussi affirmatifs que Gubler en ce qui concerne l'action bienfaisante de la pilocarpine dans l'asthme. Inférieure pour eux à la morphine, la pilocarpine serait cependant 1^ moyen le plus efficace pour s'opposer à la congestion des bronches et à

JABORANDI (THiîr.AriiuTiQUE). 547

la formation des bouchons muqueux qui obstruent les voies aériennes (Dujanlin- Deaumctz, Clin, thér., t. II. — Herkart, BrU. Med. Jourii., 1880). Kuur, Kuesler, ont employé la pilocarpine dans la coqueluche, et A. liobin, F. Giralt, Benito Bordaz, etc., ont rapporté des observations d'angine lonsillaire inflammatoire dans lesquelles le jaborandi eut le meilleur efiet {Cronica medica quirunjica delà Ilabana, 1875, et Journ. de thér., t. III, p. 655, 1880). Toutes ces aflëclions à frigore, dit Gubler, sont une des meilleures applications de la pilocarpine, car elle joint alors à ses propriétés stimulantes la propriété de déterminer une action sécrétoire excessive, propre à conjurer l'inflanmiation ou à l'amoindrir.

Vœdème de la glotte a pu être dissipé par les injections de pilocarpine (Souray, Lavraud), et Créquy a cité un cas de pleura-pneumonie guéri en quinze jours par deux doses de jaborandi {Soc. de thér., 1875).

2" Pleurésie et hydhopisies diverses. Des nombreuses observations qui ont été produites sur la matière on peut conclure que le jaborandi est un médicament précieux ]iour favoriser la résorption des épanchements pleurétiques. Non-seulement il est utile au début de la pleurésie ordinaire ((iubler, Lavraud), mais aussi, et surtout, dans les formes de pleurésie lente à épanchement modéré (Landrieux), et même quelles que soient leur ancienneté et leur abondance (Grasset). 11 faut seulement ajouter qu'il Jaut insister sur les injections de jiilocarpine lorsque le liquide épancbé subil des (lux et reflux (Grasset), et qu'il faut cesser le médicament pour recourir à d'autres moyens quand les frottements pleuraux apparaissent (A. Robin, loc. cit., p. GiU. — Grasset, Journ. de thér., t. III, avril 1876. — Créquy, ibid., 40 avril 1875.

— Landrieux, Ibid., 10 juillet 1879, p. 485-488. Wenaere, Thèse de Paris, 1870. — Lequesnc, Journ. de la Soc. rnéd. de Caen, 1875. — Cassandro, il Morgagni, 1875. — Bouchuf, Paris médical, 1879, p. 155. — lluchard, Journ. de méd. et de chir,, 1881. — Coriveaud, Gaz. des hôp., 1882 (50obs.).

— Farge, Gaz. hebd., 1882. — Dupré, Montpellier médical, 1881. — Tauleigue. Peter, Gaz. des hôp., 1882).

Au premier abord, le jaborandi semble indiqué dans toutes les hydropisies. La sudation et la salivation abondantes qu'il provoque sont en effet des causes spoliatrices bien faites pour faire couler les liquides séreux épanchés. De fait, ce médicament a réussi nombre de fois dans les œdèmes, l'anasaniue, la péricardite, l'iiydrothorax, les épanchements pleurétiques. Mais, lorsque l'hydropisie est le fait d'une affection cardiaque avancée, il faut être très-réservé sur ce traitement, car le jaborandi et son alcaloïde possèdent une action parésianle sur le cœur, et dans certains cas on a pu observer de ce chef des accidents graves (Brun, Kohler, Leudet, Massart, Denucé, Ghalot). Malgré cela, Leydcn recommande le jaborandi, et Renzi et Rummo, Fraenkel, Rosenkrantz, en ont retiré de leur côté de bons résultats dans quelques cas d'asystolie, par suite de la disparition de l'œdème pulmonaire (Leyen, Berl. Idin. Woch., 1877. — Brun, Centrcdhl. f. Gynàh., 1877. — Ghalot, issoc. franc, pour l'av. des se. Montpellier, 1879. — De Renzi et Rummo, Riv. clin, e terapeutica, 1885).

5" l.M0XICAT10.>S PAR LES POISOXS MÉTALLIQUES ET l'aTROPIÎJE. Ou a pCUsé qUC

la pilocarpine pouvait activer l'élimination par la peau, les glandes salivaires et d'autres émoncloires, certains poisons introduits dans l'organisme. De là est sortie son indication dans les empoisonnements par l'arsenic, le mercure, le plomb (Teders-Armidt, Bardenheser, Weniberg, Filippo Lussana, etc.). Il est

548 JABORANDI (thérapeutique).

inconlcs!al)Ic (|iie ctt emploi est rationnel, car le mercure et l'arsenic s'éliminent par la })eau, les glandes salivaires et le foie, et la pilocarpine fait couler la sueur, la salive et la bile. En ce qui concerne le plomb toutefois, X. Robin conclut de ses expériences que, si ce métal se retrouve dans la peau, les quantités qu'on \ décèle sont contenues dans l'épiderme i^furfur épidermique), mais ne proviennent pas de la sueur. Ce sont les émanations plombiques qui imprégneraient la peau. Quoi qu'il en soit, A. Gubler pense que le jaborandi est susceptible d'amener une délente dans les accidents saturnins. Dans buit cas rapportés par A. Robin, il a calmé les coliques, procuré la garde-robe, et dans quelques cas il a ramené le sommeil et Tappélit et amélioré temporairement l'analgésie et la paralysie des extenseurs; Vulpian cependant, qui l'a employé plusieurs fois cliez les saturnins, n'en a absolument rien retiré et, malgré les louanges de Tedersmidt, cet éminent observateur arrive à la même conclusion dans l'empoisonnement mercuriel (Bardenbeser, Berl. Idin. Wocli., 1877. — F. Lussana, lo SperbneuLale, 1880).

L'atropine est antagoniste de la pilocarpine et réciproquement. L. Juliasy a rapporté un cas de guérison à." empoisonnement par l'atropine à l'aide de la pilocarpine {lilin. Monatsbl. f. Augenlieilk., 1883).

4" Imtoxications l'AR DES PRINCIPES iiNFECTiEux. Le rhumatisme articulaire ai(ju a quelquefois cédé devant la puissance diapliorétique de la pilocarpine. Cependant des observations d'.4. Robin, qui a administré niétbodiquement le jaborandi à quinze rbumatisants du service de Gubler à Deanjon, on peut conclure que ce médicament n'a modifié ni la marclie ni la durée de la maladie ; il n'a })as davantage empèclié les complications (péricardite, endopéricardite, pleuro-pneumonie) de survenir. Tout ce qu'il a paru faire, c'est diminuer la douleur et la fluxion articulaires et calmer la fièvre. Le médicament a été administré plusieurs fois (3 à 5 en moyenne) dans cbacun des cas, et on a noté une diminution de l'urée des urines de 15,5 pour 100, de 11,7 pour 100 de l'acide urique, et de 7,1 pour 100 dans les cblorures (A. Robin, lac. cit., p. 590-592). Des recherches d'Â. Robin encore et de Stumpf on peut conclure que le jaborandi peut guérir les douleurs de la fluxion articulaire du rhumatisme subaigu. Dans le rhumatisme musculaire, le même médicament a agi avec efficcicité entre les mains de Gubler (A. Robin, loc. cit., p. 637).

Quant à la goutte, il est rationnel de penser que l'action diaphorétique énergique de la piloctirpine puisse en calmer les accès douloureux; peut-être même l'action sudorale et la salivation peuvent-elles concourir à l'élimination des déchets organiques incomplètement oxydés qui encombrent les tissus (acide urique, etc.), dans la diatbèse goutteuse. Lavraud obtint un succès avec cette substance dans un accès de goutte, et Maillard (de Dijou) a rapporté une observation qui semble bien dire qu'une dose de jaborandi ait jugulé une métastase goutteuse vers la plèvre.

Ferrini a cité un cas de tétanos rhumatismal guéri par le jaborandi, et Bompart un autre de tétanos chronique, guéri également par le même moyen.

Le jaborandi ouvrant la porte à l'élimination des principes morbifiques, des venins et des virus, il était rationnel de l'employer contre une maladie virulente par excellence, la rage. C'est ce que firent plusieurs cliniciens, entre autres, Denis-Dumont etDartigue, et, paraît-il, d'abord avec succès. Mais des recherches de Nocart sur les animaux, et de Balzer, Germain Sée et Dujardin-Beaumetz, chez l'homme, on peut aujourd'hui conclure que la pilocarpine n'a sur la rage

JABORAINDI (thérapeutique). 549

aucun effet ni prophylactique, ni sédatif, ni curalif (Denis-Dumont, Un cas de rage déclarée, guérison. Acad. de méd., 1882, et Bull, de thér.y t. Cil, p. 514- 515. — Darligue, Acad. de méd., 1882, et Bull, de thét\, t. CIII, p. 39. — Nocart, Arch. de méd. vétérinaire, 1882. — Dujardin-Beaumetz, Acad. de méd. 1882).

Les Indiens font usage du jaborandi contre les morsures des serpents. L'emploi de h méthode expuhive est ici en effet d'un usage très-logique, mais peut-on en espérer davantage que dans le tétanos et la rage? Sans doute, la « méthode sudalive » a paru prévenir l'hydrophobie, d'après les faits observés par Dioscoride, Celse, Semmola, Gosselin [voy. Monvenoux, Thèse de Paris, 1876), mais l'a-t-elle réellement prévenu? Quoi quil en soit, Josso a rapporté un succès avec le jaborandi dans le cas d'une morsure de vipère [Gai. hebd., p. 855, 1882).

G. Lewin a essayé la pilocarpine dans la syphilis. Il a traité par ce moyen 52 malades, mais, bien qu'il dise que la maladie a été heureusement modifiée 25 fois, il avoue qu'il préfère lui le sublimé [Charité Annalen, vol. V, p. 489. 1880). La méthode est jugée.

A priori, le jaborandi paraît indiqué dans tous les cas de maladies infectieuses : c'est un moyen d'éliminer de l'organisme les matières infectieuses qui l'encombrent et l'empoisonnent. Mais de la théorie à la pratique il y a souvent

très-loin Vulpian s'est demandé quelle serait rinlluenee de la pilocarpine

dans les fièvres éruptives o\iV^\din{\\hn\e. ait de la difficulté à efllcurir? Verneuil a observé deux cas d'énjsipèle traumatique de la face traités avec succès par le jaborandi. Or l'érysipèle est une maladie infectieuse. On peut donc supposer que la diaphorèse provoquée par la pilocarpine ail pu favoriser l'élimination par la peau du poison érysipélateux (Oave, Journ. de Ihér., t. IV, p. 127). De son côté, Testa a employé le jaborandi eu infusion dans 5 cas A'oreillons. 11 tire les conclusions suivantes de sa praliijue : 1° le jaborandi est un remède efficace dans le traitement des oreillons; 2" administré à temps, il peut prévenir la marche ultérieure de l'affection ; 3° il a le pouvoir de combattre et même de prévenir les métastases [il Morgagni, juill. 1878, p. 544). Dnpré a également employé ce moyen avec succès, et Emery-Desbrousse et Czernicky [Gaz. hebd., p. 214 et 280, 1875) l'ont préconisé contre Vorchite ourlienne. Mais, quand on étudie minutieusement la marche et l'évolution de l'orchite ourlienne, on n'est pas convaincu de l'efficacité de ce traitement dans celte affection. Quant à éviter la métastase testiculaire dans les oreillons à l'aide du jaborandi, c'est là un point de doctrine qui nous paraît très-douteux et qui a besoin d'une plus ample démonstration que celle qui a été fournie jusqu'alors.

Dans la fièvre intermittente, on a aussi utilisé la pilocarpine. Dans ses recherches sur ce sujet, Gubler n'a pas observé que le jaborandi ait diminué les accès ni éloigné leur retour. Depuis cependant II. Uokitansky, Gaspard Griswald, Picot, ont employé le même médicament avec un certain succès. Des observations de ces auteurs il résulte en effet que la pilocarpine est un utile succédané du traitement par la quinine, car elle a atténué l'intensité des accès, elle en a diminué la durée, et elle aurait même pu en prévenir le retour et finalement en amener la disparition. Picot ajoute même que le nitrate de pilocarpine est doué de propriétés fébrifuges énergiques, qu'il empêche l'accès fébrile de survenir, qu'il n-uérit le plus souvent la fièvre palustre, amenant, comme le sulfate de quinine, le retrait de la rate (H. Rokitansky, Journ. de thér., t. II, p. 798. —

550 JABORANDI (thérapeutique).

G. Griswald, New-York Med. Record, 1875, elNeiv-York Med. Journ., 1880. — Picot, Jonrn. de thér., t. Il, p. 878).

Dans les cas de fièvre typhoïde avec peau sèche, aride et brûlante, avec sécheresse et fuliginosités de la bouche, avec tenipciaturc excessive, les injections de nitrate de pilocarpine ne seraient pas sans efficacité pour ramener l'IrLimidilé de la muqueuse buccale et faire tomber la fièvre (Conliniio, Wunnebroucq, Leyden, Richard Ryder). Gubler cependant, qui a employé ce moyen dans deux cas, n'en a retiré aucnn profit.

Lt\. fièvre jaune elle choléra lui-même ont été traités par la pilocaipine. Nous croyons qu'il est inutile d'insister sur ce mode de traitement.

En raison de sa puissante action sialagogne et hypercrinique à la surface des muqueuses des voies aériennes, la pilocarpine a été administrée pour favoriser la désintégration et le détachement des fausses membranes dans \à diphtérie àe la gorge et du larynx. Cette application est discutable. Sans aucun doute il est possible que les fausses membranes de Vangine coitenneitse et du croup soient entraînées mécaniquement pendant l'action de la pilocarpine; sans doute on peut supposer que l'action sudorale et sialogogue de cette substance puisse faire sortir de l'économie les matières infectieuses qui créent la diphthérie, mais le premier résultat est peut-être un avantage très-restreint et, quant à la seconde supposition, elle n'a encore que la valeur d'une simple hypothèse. Nous considérons encore comme absolument insuffisant le traitement de la diphthérie par la pilocarpine, malgré les observations favorables de Guttmann, Lax, Giulio, Lepidi- Cliioti, H. -F. Williams, Demme, Lemoyne, Masini, Guaita, Dehio, Lereboullet, Frydensberg, Gréza, Faludi, Tayac, P. Gassin, Bastiue, Armes, Vogcl, etc. Que dire en effet des 81 diphthériques, dont 15 très-gravement atteints, de Guttmann, et qui tous guérirent par le traitement à la pilocarpine? Du reste, à côté des succès, il y a les insuccès. Notre opinion est en effet appuyée sur les résultats négatifs de baskewitsch, Neumeisler, Alfôldi, Weise, Archambaultet Poussou, Schmid, Dehio, Masini, Gunita, etc. Pour nous en tenir aux observations d'Archambault, que nous indiquent-elles? En 1882, cet auteur et Pousson ont traité 26 enfants frappés de diphthérie pharyngée et laryngée par les injections sous-cutanées de pilocarpine, faites en même temps que l'administration d'un régime tonique : 19 moururent! Le traitement de la diphthérie par le jaborandi et son alcaloïde se présente donc comme un moyen peu efficace pour combattre le processus infectieux diphthéritique. Si les uns (Guttmann, etc.) n'accusent que des succès, alors que les autres (Archambault) ont une mortalité de 57 pour 100, cela tient, non pas à la méthode de traitement, mais à l'âge des sujets, et surtout à la gravité des cas (Guttmann, Wiener med. Blàtter, 1881. — Schmid, Wienernied. Presse, i88i. — Weise, Berl.kUn. Woch., 1881. — Laschkewitsch, Beuts. Arch. f.klin. Med., Rd. XXX, p. 194, 1881. — Archambault et Pousson, Union médicale, 1882. — Know, Berl. klin. Woch., 1882. — Courtois, Thèse de Paris, 1881. — Tayac, Thèse de Paris, 1882. — Dujardin-Beaumetz, Bict. dethérap.,t. 111, p. 215-217).

Avec plus d'efficacité ce médicament agit dans les accidents urémiques et éclamptiqiœs. L'albuminurie au premier degré semble bien être la maladie contre laquelle doive lutter avec plus d'avantage le jaborandi. En effet, il y a à la fois congestion du rein et infiltration du tissu cellulaire par la sérosité. La sudation et la salivation sont donc tout naturellement indiquées : 1° pour diminuer le travail fonctionnel du rein (on sait qu'il y a balancement fonctionnel

JABORANDI (théuapeutique). 551

entre le rein et les glandes sudoripares) et le décongestionner; 2^' pour favoriser l'élimination de la sérosité infiltrée. L'observation clinique a-t-elle conQimé ce que la théorie indiquait? A s'en rapporter aux observations de Vulpian, A. Robin, P. Block, etc., on peut dire que si le jaborandi est susceptible d'améliorer les bngliti(|ues, il ne les guérit pas. Voici au reste comment Albert Robin résume son opinion à ce sujet : Dans la maladie de Bright, à sa première péiiode, période de congestion, si le jaborandi rend des services; il diminue l'anasarque ainsi que la quantité d'albumine déversée par les urines, tout en améliorant quelques symptômes (douleurs lombaires, anorexie, insomnie, etc.), et en marquant quebiucfois un lem|»s d'arrêt dans l'évolution de la maladie. Tant que le mieux se maintient, l'albumine diminue dans l'urine de 4 à il pour 100, et l'urée y augmente de 10 à 11 pour 100 (A. Robin). Puis vient l'instant où la maladie reprend sa marche en avant ; la diminution de l'urine, la réapparition de l'hématurie et des cylindres fibrineux, marchent de pair avec elle (A. Robin, loc. cit., p. C72, 702, 708 et 711. — P. Rlock, Thèse de Paris, 1878).

Dans ra«rt.sYfrry(/e « h fricjore » avec albuminurie, dans VaUnaninuriesymplomatique d'affections fébriles, le jaborandi agit favorablement en diminuant la congestion rénale et en opérant une dérivation vers la peau. Dans 8 cas, A. Robin a observé o fois la guérison après une, deux ou trois administrations de jaborandi. Rendu, Langlet, Alessnndro Cantieri, C. Marc Andersen, Rardcnheuser, l'raenkel, Leyden, Curschmann, Nothnagcl et Rossbach, Ilaniilton,Druel,Filippo Lussana, Bruen, etc., ont également rapporté des cas favorables à la méthode. A'on-sculement dans les diverses variétés d'albuminurie le jaborandi peut augmenter la diurèse, diminuer l'albumine des urines, mais encore il peut avoir pour résultat assez ordinaire de faire disparaître les liquides qui infiltrent le tissu cellulaire sous-culané (anasarcjue) ou gorgent les poumons (œdème pulmonaire), parfois la plèvre et le péricarde. Rendu cependant a noté que dans la néphrite interstitielle le jaborandi est plutôt nuisible qu'utile. C'est probablement à des cas de ce genre que se rapportent les insuccès de Steavenson, bien que, dans les mêmes circonstances, A. Cantieri ail obtenu de bons résultats des injections de pilocarpine (Rendu, Journ. de tJiér , t. II, p. 857. — Alessandro Cantieri, lo Sperimentale, p. 20. 1879. — C.-M. Andersen, Glasgow. Med. Journ., 1879. — Bruen, Philad. Med. Times, 1877. — Langlet, Union méd. du Nord-Est, 1877. — Druel, Bull. méd. du Nord,]). 508. 1882). J'ajoute cependant que G. Sée a trouvé la pilocarpine absolument inefficace dans le mal de Bright (G. Sée, Bull, de thér., 1881).

Dans Vurémie et Véclampsie puerpérale, la pilocarpine paraît avoir donné d'excellents résultats, du moins Bidder,J. Murphy, Hamilton, Bœgebad, Fehiing, Scmraola, Mook, Leven, Procbownick, Goldtammer, Lavraud, Augier, etc., ontils traité avec succès l'urémie des brigbtiques et l'éclampsie des femmes en couches à l'aide des injections sous-cutanées de pilocarpine. Dans ces circonstances, les attaques d'éclarapsie sont assez souvent jugulées et le coma profond qui existe dans l'intervalle des accès disparaît. C'est ce que l'on observa à la Maternité de Bruxelles. Mais, bien que F. Lussana ait conseillé l'emploi du jaborandi dans l'urémie pour favoriser l'élimination de l'urée par les glandes salivaires et sudoraIes,il ne paraît pas aussi certain que les injections de pilocarpine aient eu de bous résultats contre l'urémie elle-même. Dans les cas de lésions graves du rein, ce médicament, comme beaucoup d'autres du reste, est absolument impuissant, et nos conclusions ici sont conformes à celles que nous avons

552 JÂBORaNDI (thérapeutique).

données relativement aux néphrites. Il nous faut ajouter toutefois, que certains auteurs n'ont rien obtenu de la jùlocarpine dans l'éclampsie, et que d'autres l'ont même trouvée dangereuse (Sànger, Scheurlein, Jenkins, G. Sée, etc.). Il est donc encore des réserves à faire sur ce mode de traitement dans l'éclampsie (Goldtammer, Berl. klin. Woch., 1878. — Bidder, Anahj. In Gaz. méd., p. 481, 1879. — Thomayer, Wiener vied. Presse, 1885. — Prochovnick, The Dublin Med. Se, 1878. — Ilamilton, Brit. Med. Journ., 1881. — James Murphy, Amer. Journ. of Obst., p. 1251. 1885. — Bagehodl, Deutsch. Med. Woch., p. 251. 1879. — Semmola, Bivista clin, terapeutica, p. 242. 1882. — Fehling, in Paris médical, 1879. — Lavraud, Thèse de Paris, p. 123-lo4i. — Augier, Jonrn. des se. méd. de Lille, 1882. — Sànger, Presse méd. belge, 1881. — Jenkins, Med. and Su7'g. Reports, 1879).

5" Do JABORANDI ET DE LA piLOCARPiNE EN OBSTÉTRIQUE. Un Certain nombre d'accoucheurs (Massmann [de Pétersbourg], Schauta [de Vienne], Van der Mey, L. Kleinwacliter, etc.), ont soutenu (]ue les injections de pilocarpine excitent la contraclilitc utérine, et qu'à ce litre ces injections sont indiquées dans l'accouchement ]irématuré, pour favoriser le travail normal (Siiuger, Koester, Brennecke) ou combattre l'inertie utérine. Mais d'autres (Marti, Autel, Welponer, Parisi, Ilycrnaux, Saenger, Bergesio Cuzzi, Kromer, Macau, Chantreuil, etc.), n'ont pas observé ces protendues vertus ocytociquos de la pilocarpine. A ce sujet ou peut résumer comme suit la question avec Marti Autel, qui a analysé toutes les expériences et les observations sur la matière : 1" dans un certain nombre de cas, les injections sous-cutanées de pilocarpine ont eu un résultat absolument négatif, elles n'ont pas déterminé l'apparition des contractions utérines (Welponer, Parisi, Hyernaux, Sauger); 2" il en a été de même dans un certain nondjie d'expériences faites sur les animaux (Hyernaux, Chantreuil); 3° cependant les injections de pilocarpine semblent pouvoir déterminer presque aussitôt des contractions utérines lorsque la femme ou l'animal en expérience sont déjà en travail ou arrivés au terme de la gestation (Kleinwàchter, Sànger); 4° dans certains cas, les contractions observées après les injections ont déterminé l'accouchement (Massmann, Schauta, Sànger) : 5" de là il semble rationnel de conclure que, si à terme ou pendant le travail la pilocarpine peut avoir une réelle action sur les contractions de l'utérus, avant le terme de la grossesse les injections hypodermiques de celte substance sont presque constamment inefficaces pour provoquer l'avortement (Massmann, Wien. med. Woch., 1878. — L. Kleinwàchter, Arch. f. Gynalc, t. XIII, 1878. — Van der Mey, Congrès d'Amsterdam, 1879. — Schauta, Wien. med. Woch., 1878. — Sauger, Arch. f. Gynak., 1879. — Hyernaux, Bull. del'Acad. roy. de méd. de Bruxelles, n°7, 1878 et 1879. — M. Autel, Thèse de Paris, n» 185, 1879. —Koester, Berl. Idin. Wochensch., 1879. Résultais obtenus à la Maternité de Bruxelles, Journ. de méd. de Bruxelles, p. 515, 1881).

6" Du JABORANDI ET DE LA PILOCARPINE DANS DIVERSES MALADIES. A titre

d'agent de spoliation, grâce à ses propriétés sialagogues, sudorifiques et diurétiques, la pilocarpine a pu combattre avec avantage la pohjurie, simple ou azolurique, et jusqu'à la polyurie diabétique (Iluchard, Diuel et Vannebroucq, Hoffcr, Ducroux), les sueurs noclurnes (Murrell, Iluchard, Kealing), les transpirations fétides des pieds (Armaingaud), la sudation proftise unilatérale (^S. Ringer et S. Bury), la sialorrhée de la grossesse (E. Labbée), l'obésité. On l'a vue encore augmenter la sécrétion lactée, résoudre une mammite

JABORANDI (thérapeutique). 555

(Slehmann), une parotidite (Testa), guérir le hoquet rebelle (Ortille, Ruhdorfer, Ogier, Stadler\ Vanurie (Prenliss), calmer les douleurs de Vataxie (Jennings) ou de certaines névralgies, produire des effets œsthc'siogènes (Lannois, lluchard), et faire disparaître nombre d'accidents hystériques (Adam Wroblewski).

Son aciion sur la peau, dont elle modifie les sécrétions, pouvait faire présager que la pilocarpine aiderait à modifier les dermatoses. Sous son influence, en effet, la peau devient souple, onctueuse, et les poils poussent plus vigoureusement. Aussi bien motlifie-t-elle avec avantage les affections squameuses, Veczéma et \e psoriasis, sans cependant pouvoir en amener la guérison (Cliéron, Sclimidt, Fick, Laloy, Pitois); elle réussit mieux dans le prurigo (0. Simon), le prurit anal des vieillards, le prurit vidvaire, Vurticaire chronique et Yalopécie pitijriasique (Pick, André, G. Schmilz, Coppezl.

Les applications de la pilocarpine en oculistique et en ctologie ont un certain intérêt, bien ipie l'on en ait exagéré la valeur dans ces circonstances. Elle rétrécit la pupille, diminue la pholopliobie, calme les douleurs périorbitaires et réduit la tension intra-oculaire. C'est pourquoi on l'a conseillée et appliquée avec des résultats divers dans les affections de la cornée : éruptions phlycténulaires et herpétiques, ulcères, etc., contre l'iritis, le glaucome, les coi'ps /luttants du corps vitré, l'atrophie papillairo conimençjute, le décollement de la rétine, et, à titre d'agent modificateur de l'accommodation et d'agent myosique, contre la paralysie de l'accommodation et contre la mydriase (W. Williams, G.-V. Beranger, Galezowski, Alexandroff, J.-M. Duclos, Abadie, de Wecker, Gillet deCrandmont, FieuzaI, Dransart, Chalot, Euslache, Dujardin, Albertoni, Dianoux, Josse, Mecklenburg. [Pour la bibliographie, voy. Dict. de thérap. de Dujardin- Beaumetz, t. III, p. 219]).

Dans plusieurs cas d'affections du labyrinthe enfin Politzer, Moos et 0. Wolf, Lucse, ont obtenu une certaine amélioration de l'audition à l'aide dos injections hypodermiques de pilocarpine.

Toutefois Bœke (de Pesth) considère la médication par la pilocarpine comme peu encourageante; on peut cependant en obtenir quelques bienfaits, et Rohrer, Roosa et Cozzolino, Thomas Barr, ont obtenu des améliorations de l'ouïe dans les aftections syphilitiques du labyrinthe ou non, à la dose de 5 milligrammes, en pilules, 5 fois par jour, mais c'est une médication à employer quand on désespère de toute auti'C [Congrès d'otologie, Bruxelles, 1888).

Modes d'emploi et doses. Lorsqu'on se servait du jaborandi, on administrait surtout la poudre de feuilles à la dose de 4 grammes, en infusion dans 250 grammes d'eau, comme sudorîfique et sialagogue, chez l'adulte. Les extraits aqueux, peu usités, se prescrivaient aux doses de 50 centigrammes à 1 gramme; la teinture alcoolique, à celle de 2 à 6 grammes.

Depuis que nous connaissons la pilocarpine, le jaborandi est délaissé. Cet alcaloïde, à l'état de nitrate ou de chlorhydrate, est administré en injections hypodermiques, rarement par la bouche ou en lavement. La potion trop vantée de Gutlmann contre la diphthérie se compose de chlorhydrate de pilocarpine, 2 à 4 centigrammes; pepsine, 6 à 8 centigrammes; acide chlorhydrique, 1 à 2 gouttes; eau distillée, 120 grammes, à prendre une cuillerée à bouche d'heure en heure. Cette préparation peut se prescrire égale:nent en lavement, et ce mode d'emploi vaut mieux que le précédent, car avec lui on n'a pas à craindre les vomissements qui surviennent parfois lorsqu'on donne le médicament par la bouche (Dujardin-Beaumelz}.

554 JAGAMAR.

En injections sous-cutanées, véritable méthode clinique d'employer les sels de piJocarpine, la prescription se fait comme suit :

Enu (lisiillée 50 î^rammes.

JNili'alc de pilo^'arpinc 50 eeniigrammes.

Une seringue de Pravaz pour commencer, soit Os%01 de sel pilocarpique, quitte à augmenter, s'il est besoin. En moins d'une minute le médicnment, administré de cette façon, a manifesté sa présence dans l'organisme et commencé ses clfets caractéristiques. Cu. Debierre.

tlACAMAR. Les Jacamars furent d'abord réunis aux Martins-Pèclieurs, et c'est Brisson qui le premier, en 1760, les plaça dans un genre particulier, qu'il appela Galbula, d'un nom emprunté au poêle latin Martial et appartenant sans doute au Loriot vulgaire. Plus tard ces oiseaux furent rapprochés des Promérops par Levaillant et des (lucpiers par l'urmeister pour être de nouveau rangés, quelques années plus tard, par Grayel par Ch. Lucien Bonaparte, dans le vnisiiiage des Marlins-Pèclieurs et des Touroucous. Enfin dans ces derniers temps le professeur llurloy a démontré que les Jacamars, qui constituent maintenant une petite famille sous le nom de Gaihulidés {Golbulida^], ont de grandes affinités avec les Barbus ou Bucconidés. Ces affinités toutefois résident principalement dans la charpente osseuse et sont masquées extérieurement par de grandes différences dans le plumage et dans la conformation du bec. En effet, tandis que les Barbus sont des oiseaux à la livrée modeste, teintée de noir, de brun et de fauve, aux mandibules relativement épaisses, plus courtes que la tète et garnies à leur base de soies rigides simulant une sorte de barbe, les Jacamars portent, [lour la plupart, un costume somptueux, d'un vert brillant, à reflets dorés, cuivrés ou pourprés, et ils ressemblent beaucoup aux Guêpiers par leur bec effilé, tout en différant essentiellement de ces derniers oiseaux par la disposition de leurs doigts. Chez les Guêpiers, en effet, [voy. le mot Guêpier), qui appartiennent à l'ancien groupe des Syndactyles de G. Cuvier, le doigt médian est uni sous une partie de son étendue au doigt externe, qui n'est pas réversible ; chez les Jacamars, au contraire, comme chez les Pics, les Coucous, les Perroquets et les autres membres de l'ancien groupe des Grimpeurs, le doigt externe est libre et rejeté en arrière du côté du pouce. Les Jacamars ont d'ailleurs une distribution géographique toute différente de celle dos Guêpiers : au lieu d'hahi(er les contrées chaudes et tempérées de l'Ancien Monde, la Papouasie, l'Australie et quelques îles de l'Océanie, ils sont confinés dans les régions tropicales du Nouveau Monde. On les trouve au Mexique, au Guatemala, en Colombie, à la Guyane, au Brésil, dans la Bépublique de l'Equateur, au Pérou et en Bolivie, mais ils ne se rencontrent pas aux Antilles. Ils se tiennent les uns dans les forêts touffues, les autres à la lisière des bois, et se nourrissent exclusivement d'insectes. Leur mode de nidification est encore mal connu : on croit cependant qu'ils doivent déposer leurs œufs soit dans des trous creuses dans la p;u'oi d'une tranchée abrupte, soit dans le creux d'un arbre, à la façon des Pics.

Parmi les espèces les plus connues de la famille des Galbulidés nous citerons le Jacamar vert {Galbula viridis Latli.), le Jacamar à queue rousse [G. rnficauda Cuv.), le Jacamar à bec blanc ou Venetou {G. albirostrù Lotb.), le Jacamar à longue queue [Galbula ou IJrogalba longicauda Briss.), etc.

E. OUSTALET.

JACARANDÂ. 555

Bibliographie. — Audebert et Vieillot. Oiseaux dorés, 1802, iii-4% avec planches. — SCLATER (Pli.-L.). A Monograph of the Jacamars and Puff Birds, 1882, 111-4° avec planches col. E. 0.

J4CA^A. Les Jacanas, qui forment l'ancien genre Parra de Latliam et la famille des Pnrridœ de M. de Sélys-Longchamps, sont de petits Kcliassiers, voisins des Uàles [mij. ce mot), mais de formes beaucoup plus svcltes et particulièrement remarquables par le développement extraordinaire de leurs ongles, qui constituent des sortes de dagues presque aussi longues que les doigts et qui augmentent singulièrement lu base do sustentation de l'animal. Le bec des Jacanas est mince et allongé et leur front est parfois recouvert, comme cliez les Poules Sultanes et les Poules d'eau {voij. ces mots), par une plaque cornée, audessous de laquelle on dislingue une paire de caroncules suspendus aux commissures des mandibules. Les ailes sont assez longues et de forme plus ou moins arrondies et souvent armées d'un ergot inse'ié sur le corps; leur queue est tantôt trè.s-courle, tantôt prolongée, conmic une queue de Faisan, grâce au développement inusité des quatre rectrices médianes ; leurs tarses, généralement élevés, s'articulent avec des doigts eflilés, et leur plumage est peu serré, mais toujours lustré et teint de couleurs vives.

Ces oiseaux babitent les contrées tropicales de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique, ainsi que l'île de Madagascar, l'Australie, la Nouvelle-Guinée, Célèbes, Java et quelques ilcs voisines. Ils vivent au milieu des marécages et se nourrissent d'insectes, de larves et de graines qu'ils vont cbercber eu courant, avec une incroyable légèreté, sur les feuilles des nénupbars et des autres plantes aquatiques. Leur cri est fort singulier et ressemble à un ricanement, ou au gloussement d'une poule ou au minulement d'un cliat. Dans les contrées où ils ne sont point inquiétés ces jolis Écbassiers se laissent facilement approcber, mais ailleurs ils sont devenus Irès-farouches. Avec leurs semblables ils se montrent d'humeur peu sociable, chaque couple cherchant à repousser par la force toute incursion sur ses domaines. Leur nid n'est pas toujours placé dans la même situation; certaines espèces les disposent sur des herbes llotlantes, tandis que d'autres les construisent sur la terre ferme.

On connaît actuellement une dizaine d'espèces de Parridés qui se répartissent «n deux genres, le genre Parra (Lath.), comprenant les Jacanas à queue courte, à front recouvert d'une plaque cornée, et le genre Hij Irophasianus (W'agl.), renfermant une seule espèce asiatique, dépourvue de plaque frontale et pourvue d'une longue queue gracieusement recourbée. Cette espèce, appelée llijdrophasianus chirurgus (Scop.), habite l'Inde et la Chine méridionale et porte une livrée fort élégante, variée de brun, de noir, de jaune d'or et de blanc pur. Le costume de certains Jacanas proprement dits, tels que le Parra jacana Gm. de la Gupne et du Brésil, le Parra african (Lath.) d'Afrique, le P. albiniicha (Is. Geoff) de Madagascar, offre également un mélange de couleurs fort agréables à l'œil, du noir, du brun roux, du vert jaunâtre et du blanc, rehaussés par la couleur rouge de la callosité frontale et des caroncules. E. Oustalet.

Bibliographie. — Gray et MricnELL. Gênera of Birds, t. III. p. o88, et pi. 159, 1 et 2. — "Vieillot et Oudaut. Galerie des Oiseaux, pi. 204. — Gould (J.). Birds of Australia, t. VI, pi. 75. E. 0.

JACARAIMDA. [Jacaranda Juss.). Genre de plantes de la Aimille des Bignoniacées, composé d'arbres à feuilles opposées, bipinnées, à fleurs bleues

b56 JACOBSEN.

ou violettes, disposées en grappes de cyines. Ces fleurs sont irrcgulières avec un calice campanule et un ovaiie biloculaire.

Les Jacaranda croissent dans les régions tropicales de l'Amérique. On en connaît une trentaine d'espèces; l'une d'elles, J. brasilianaPevs., est employée, dit-on, comme sudorifique. Ed. Lef.

JACÉE. Voy. Centaurée.

JACIXTIIE. Voy. HVACINTHL'S.

JACKSOX (Les).

Jackson (Rouert). Médecin anglais, mort à Carlisle, le 6 avril 1827, comme inspecteur des hôpitaux militaires. Il servit à la Jamaïque, dans l'Amérique du Nord, et lit d'importantes observations sur le typiius et les fièvres contagieuses; la plupart de ses ouvrages, publiés de 1791 à 1821, sont relatifs à ce sujet. L. Un.

Jackson (Samuei.). Professeur à l'Université de Pennsylvanie, reçu docteur à Philadelphie en 1808, a publié un ouvrage sur la fièvre jaune (Philailelphie, 1821), The Prmciptes of Medicine {ihid., 1832), etc. L. Ii\.

Jackson (James). Professeur à la Uarward University, médecin de l'hôpital général de Massachusetts, reçu docteur à Boston en 1809, a publié entre autres un traité de médecine en 1825. L. H.n.

JACKSo:\i^iEîMXE (Épilepsie). Voy. Epilepsie.

JACOB (Membrane de). Voy. Rétine.

JACOB (Arthur). Né à Knoofkin, près Maryborough (Irlande), le 13 juin 1790, mort à Barrow-in-Furness, le 21 septembre 1874, fut professeur d'anatomie et de physiologie au Collège royal de chirurgie de Dublin, et publia de 1819 à 1859 des travaux remarquables sur l'anatomie et la pathologie de l'œil. L. Hn.

JACOBÉE. Voy. Seneçox.

JACOBI (Garl-Wigand-Maximilian). Né à Dùsseldorf, le 10 avril 1775, mort le 18 mai 1858. 11 voyagea en Angleterre, servit ensuite dans l'administration bavaroise, enfin en 1820 fut chargé d'organiser l'asile d'aliénés de Siegburg. Il se distingua dans la psychiatrie et mérita le titre d'Esquirol de l'Allemagne. Ses principaux ouvrages ont été publiés de 1850 à 1844; le plus important a pour titre : Die Haiiptformen der Seelenstôriingen (Leipzig, 1844, in-S"). L. Hx.

JACOBSe:^ (Holger). Médecin danois, né à Aarhus en 1650. Fils d'un évêque, il était destiné à embrasser la carz'ière sacerdotale, mais il abandonna la théologie pour la médecine. Il fit plusieurs voyages en Hollande, en Italie et

JACQUES (Les). 557

en France. Il a publié à Paris des Observationes de ranis et lacertis (1676). Plus lard, fixé à Copenhague, il y professa l'anatomie de 1686 à 1691. On lui doit un catalogue de la bibliothèque royale de cette ville, publié en 1696.

jA.COBSO>l (PiAMEAU de). Voij. Glosso-pharyngie.n [Nerf).

JACOB^O:^ (Ludvig-Levin). Né à Copenhague, le 10 janvier 1785, mort le 29 août 1843. Il servit dans l'armée comme chirurgien et s'occupa d'anatomie comparée; dès 1809, il découvrit l'organe dit de Jacobson, dans les fosses nasales des Mammifères. En 1811-1815, il suivit à Paris les leçons de Cuvier et publia dans le Nouv. bullel. des sciences plusieurs mémoires importants, et entre autres la découverte du nerf dit de Jacobson. Il servit comme chirurgien dans l'armée française jusqu'à la bataille de Leipzig, puis dans la légion aiiglo-hanovrieune. Vers la fin de sa carrière il découvrit le lithotripteur vésical qui porte son nom. L. ILn.

JACQUEMIER (Jean-Marie). Né à Tutegny (Ain) en 1806, mort à Paris en juin 1879. Reçu docteur en 1857, il s'occupa spécialement d'accouchements et publia entre autres : Rech. d'anal, et de physiol. su?- le développ. des êtres organisés (Paris, 1857, in-4''), puis un Manuel d'obstétrique (Paris, 184j, 2 vol. in-S"), un Manuel des accouchements (Paris, 1846, 2 vol.) el Développement de Vœuf humain (Paris, 1851). Jacquemier a collaboré à ce Dictionnaire. L. Un.

JACQUES (Les).

Jacques (Frère). Voy. Beaulieu {Jacques de).

Jacques de Dondi. Voy. DoKDI.

Jacques de Forlî (Jacopo d\ FoRLi 0 DELLA Torre). Professa, suivant Monti, dans différentes localités de l'Italie, pendant la seconde moitié du quatorzième siècle et au commencement du quinzième; on le voit surtout à Bologne, où il occupa une chaire de logique (1557), puis une de médecine (1384) et en dernier lieu une de philosophie (1402) ; entre temps, on voit son nom sur les registres de Padoue de 1599 à 1402. Il semble être revenu à Bologne en 1402 pour professer la philosophie, comme nous venons de le dire, puis en 1407 il serait de nouveau retourné à Padoue enseigner la médecine théorique aux appointemenis de 600 ducats. Il semblait s'être fixé là d'une manière définitive quand la mort l'emporta le 12 février 1415. Sa grande réputation entrahiait à sa suite une foule d'étudiants partout où il allait.

Longtemps après sa mort et jusqu'au seizième siècle les professeurs devaient de temps en temps faire une lecture publique de ses commentaires sur Vars parva. Dans ses commentaires sur la génération d'après Avicenne, il adopte toutes les rêveries, toutes les subtilités de la scolastique : ainsi, il croit que le fœtus à huit mois n'est pas viable, parce que cette époque est sous l'influence de Saturne. On a imprimé de lui :

l. Expositio in primum Avicennae canonem, cum quaestionihus e j us dem. y eneliis, 1547,

558 JÂGER (Les).

iii-fol. — II. Anliqua Hippocralis translalio (Constantini Africain) supra septem sectioiies per l'heod. Garam habita cuin Jacobi Forlivieiisis et Maisilii a Sancta Sophia expositionibus. Ouaestiones, etc. l'apiae, 1512, in-fol. — 111. Comment, in Artem Galeiii cum quaestionibus XCI. Papiae, 1514, iii-l'ol. — lY. Expositioni aureum Avicennae capilulum de generationc cmbryi, ac de extensione graduum formationis fœtus in utero. Pypiae, 1479, in-fol.; Venet., 1501, et ibid., 1518, in-fol. L. Un.

JACQUIER. Voy. Artocarpe.

JAOELOT (Les).

Jadeiot (Jean-Nicolas). Né à Pont-à4Iousson en 1728, mort dans cette ville le 25 juin 1795, fut (.le|mis l'âge de vingt-cinq ans professeur d'anatomie et de physiologie à l'Université de sa ville natale, et passa à Nancy lors du transfert de l'Université dans cette cité. II a publié entre autres :

I. Mém. sur les caii-ies de la pulsation des artères. Nancy, 1771, in-4''. — II. Cours complet danatomie. îNancy, 1775, in-fol. — III. Pharmacopée des pauvres, etc. Nancy. 1784; nouv. édit., 1800. L. Ib.

Jaiiciot (,Iean-François-Nicolas). Fils du précédent. Né à Nancy, reçu docteur dans cette ville en 1791, servit dans l'armée, puis fut à Paris médecin de l'hôpital des Enfants Malades et de l'hospice des orphelins et a publié plusieurs mémoires sur ces établissements, et de plus : Descrip. anatom. d'une tète humaine extraordinaire, etc. Paris, 1799). L. Un.

JÂGEK (Les).

Jagcr (Christian-Friedrich). Né à Stuttgard le 15 octobre 1759, mort à Ttibingue en 1808, fut professeur dans cette ville et médecin du roi de AA'urtemberg. Ses ouvrages s'occupent surtout de j)olice médicale et d'hygiène publique; sciences qui avant lui étaient généralement négligées dans le Wurtemberg. L. H.\.

Jîiger (Christoi'H-Friedrich vou). Fils du précédent, né à Tubingue, le 2 novembre 1775, mort à Stuttgard le 9 mai 1828. Il fut médecin du roi et de la cour, directeur du cabinet d'histoire naturelle, et fit avec von Thomet les plans d'un hôpital qui fut inauguré en 1821. Ses ouvrages sont relatifs à la chimie, à l'histoire naturelle, à la médecine, etc. L. Hn.

Juger (Georg-Frielrich von). Frère du précédent, né à Stuttgard le 25 décembre 1785, mort dans celte ville le 10 septembre 1866. 11 succéda à son frère comme directeur du cabinet d'histoire naturelle, enseigna la chimie et l'histoire naturelle au gymnase de Stuttgard, fut membre du comité supérieur de médecine, conseiller sanitaire, etc. Jager a été l'un des naturalistes les plus émiiients de l'Allemagne; nombreux sont ses ouvrages sur la chimie biologique, l'anatomie comparée, la zoologie, la paléontologie, la géognosie, etc. L. Hi\.

Jiiger (Michael). Né à Wurtzbourg, le 10 août 1795, mort le 2 février 1858, fut professeur de cliirurgie à l'Université et directeur de la clinique chirurgicale et ophthalmologique d'Erlangen. Il collabora activement au Dictionnaire encyclopédique publié par la Faculté de Berlin, au Eandhuch de Rust, au

JALiVP (thérapeutique). 559

Hambvôrlerhuch de Walther et Radius, etc., et publia un grand nombre d'ouvrages estimés. Jager contribua surtout aux progrès de la cliirurgie des os et des articulations, des résections, etc. L. Hn.

JAGUAR. Le Jaguar {Felis onça L.) est une espèce de la lamiile de Félidés qui est propre aux légions chaudes du Nouveau-Monde et qui, tout en ressemblant aux Panthères de l'Ancien-Monde, s'en distingue par la disposition des taches de sa fourrure aussi bien que par sa taille plus forte, son corps plus trapu, sa queue relativement moins allongée {voy. le mot Panthère). E. Olstalet.

JALAP. § I. Botanique. Nom vulgaire de plusieurs racines purgatives produites par des plantes de la famille des Convolvulacées.

Le jalap digilé ou J. de Tampico [Piirga de Sierra Garda des IVIexicains) est fourni par Ylpomœa sinudana llanb. et le J. fusiforme ou J. mâle^ J. blanc, J. léger, par Ylpomsea orizabensi.s Ledan {Convulvidus orizahensis Pell.). Mais le Jalap vrai ou J. officinal provient de V Exogonium Jalapa H. Bn., qui est ï Exogonium purga de Bentham, ÏJpomsea Jalapa de Nutteu et le Purga jalapensium de Schiede.

Quant aux Jalaps faux, que l'on emploie quelquefois comme succédanés du Jalap vrai, ils sont fournis par des plantes de la famille des Nyctaginacées, notamment par le Mirabilis Jalapa L. ou Belle de nuit {voy.

MiRARILIs).

VExogoniuin Jalapa IL Bn. est une herbe vivace, à rhizomes allongés, minces et rameux, donnant naissance, de distance eu distance, à des racines advenlives, qui se rcnllent plus ou moins à la base et deviennent napifornies. Ses tiges aériennes, cylindriques et tordues, longues île 2 à 4 mètres, portent des feuilles alternes, à limbe sagitlé. Les fleurs, régulières et hermaphrodites, ont un calice à cinq sépales, une corolle longuement tubuleuse, à lindje étalé, pentagonal, de couleur vineuse avec des reflets violets, et un androcée formé de cinq étamines externes, de longueur inégale. L'ovaire, biloculaire, est terminé par un style à deux lobes sligmatifères capités. Il devient à la maturité une capsule globuleuse renfermant un grand nombre de graines dont l'embryon est pourvu de larges cotylédons foliacés.

UE.vogonium Jalapa croît dans les parties occidentales du Mexique, surtout aux environs de Jalapa. On le trouve dans les bois humides des montagnes, à une hauteur d'environ 2000 mètres. Ses racines sont récoltées principalement au printemps et exportées par la Vera-Cruz dans le monde entier. Ed. Lef.

§- IL Thérapeutique. La racine de jalap renferme de la gomme, de l'amidon, du sucre incristallisable (19 pour 100), de l'albumine, de la silice, divers sels et une résine (10 à 20 pour 100), qui en est le principe actif.

La résine se trouve dans le commerce soit roulée en baguettes tordues, soit en blocs irréguliers; elle est brunâtre et comme vernissée, piquetée de points clairs et très-fragile avec section brillante, cristalline; elle se laisse facilement écraser en une poudre jaune d'or. L'odeur de la résine de jalap est Hiible, un peu nauséeuse, sa saveur douceâtre, analogue à celle du beurre rance, avec arrière-goùt acre. La salive la ramollit et la transforme linaleraent en une pâte très-gluante.

560 JÂLAPINE.

La résine du commerce est impure; elle s'obtient en traitant la racine de jalap en tranches par l'alcool, puis précipitant par l'eau. On concentre le produit poisseux par l'évaporation. Si l'on filtre la solution alcoolique sur du noir, on obtient un corps blanc friable.

Cette résine est composée de deux corps distincts, la jalapine {voy. ce mot) et la convolvuline, deux glycosides homologues,

La facile solubilité de la résine de jalap dans les solutions alcalines explique sa dissolution partielle dans la salive. Elle n'agit du reste qu'à la condition d'être dissoute par la bile, ou plutôt par le taurocholate et le glycocholate de soude de celle-ci [voy. Scammo.née, |). 198). Le suc gastrique, acide, ne la dissout pas. Portée directement dans l'intestin grêle au-dessous du duodénum ou dans le gros intestin, la résine de jalap reste sans action; il en est de même chez les cirrhotiques.

La résine de jalap est un purgatif hydragogue très-énergique à la dose de 20 à 50 centigrammes. Elle provoque des mouvements péristaltiques de l'intestin cl parfois des nausées et des vomissements. A doses élevées, on remarque de la superpurgation, de l'entérite; la mort peut s'ensuivre. Elle jouit du reste des mêmes propriétés thérapeutiques que la scammonée {voy. ce mot), et, si elle est d'une administration moins facile qu'elle, surtout chez les enfants, elle a l'avantage d'être beaucoup moins inégale dans son action, et par suite d'une efficacité plus grande.

On prescrit la résine de jalap en pilules, incorporée au miel, au sucre, au savon médicinal, etc., associée au calomel, etc. La résine est quatre fois plus active que la racine. Celle-ci s'emploie en poudre, à la dose de 2 grammes, et entre dans la composition de V eau-de-vie allemande [voy. Eaux, p. 649).

Voici encore, d'après le Codex, laformule d'une émulslon purgative au jalap :

Résine de jalap 50 centigrammes.

Sucre blanc 50 grammes.

Ilydrolai de fleurs d'oranger 10 —

Jaune d'œuf n° 1/2

Eau 120 grammes.

Quant aux indications du jalap, elles sont à peu près les mêmes que celles de la scammonée. Signalons-en simplement l'utilité dans les affections cérébrales et cardiaques, les hydropisies, la péricardite, pour rappeler la menstruation et le llux hémorrhoïdaire, etc.; il est vermifuge. C'est un irritant local. On doit en éviter l'emploi dans la congestion des organes pelviens et l'inllammalion du canal alimentaire. L. Hn.

JA.LAIP1]\E. C^'^IP^O'^ La jalapine, encore appelée scamnionme ou pararhodéorétine, est une glycoside résineuse, extraite de la racine de jalap et de la scammonée ; c'est un homologue de la convolvuline, dont elle se distingue surtout par sa grande solubilité dans l'élher. Elle se dédouble, soit en glycose et on jalapinol, sous l'influence des acides, soit en glycose et en acide jalapique, sous l'influence des bases et de l'émulsine. Elle est amorphe, sans saveur, incolore, translucide, fond à 150 degrés, se décompose à une température plus élevée, brûle avec une flamme fuligineuse; elle est très-peu soluble dans l'eau, très-soluble dans l'alcool, l'éther et le chloroforme; les acides sulfurique et chlorhydrique la transforment eu acide jalapinolique. La jalapine

JAMAÏCINE. 561

est un purgatif hydragogue, non drastique, utile dans les hydropisies et la constipation [vqij. Jalap). L. IIjn.

JALAPIXOL. G^'-H^-'O^ Produit de dédoublement de la jalapine, cristallise, fond à G2 degre's; il est sans odeur, de saveur irritante, à réaction fiùblement acide; très-peu soluble dans l'eau bouillante, il se dissout aisément dans l'alcool et l'éther et se dissout dans les alcalis en donnant de Yacide jalapinolique par élimination d'eau. L. ILn.

JALAPIXOLIQUE (âcide). C"'H'''0''. S'obtient par action des alcalis sur le jalapinol et par dédoublement de la jalapine. Ce sont de petites aiguilles blanches, sans odeur, à saveur ii'ritantc, très-solubles dans l'alcool et l'étber;

fond vers 64 degrés. L. 1L\.

JALAPIQL'E (Acide). C^II'^'O^^. L'acide jala|»ique ou scammoniqiie ee forme quand on traite la jalapine par les bases. 11 est amorphe, translucide, très-bygroseopique, inodore, à saveur acre, fond vers 120 degrés, se décompose à 150 degrés, est Irès-soluble dans l'eau, moins dans l'éther. Ses sels sont amorphes. L. tin.

JALLE¥RAC (Eau MINÉRALE de). Athemiale , amétalUle, carbonique moyenne. En Auvergne, dans l'arrondissement et dans le canton de Mauriac, à 1 kilomètre de la route qui conduit d'Aurillac à Clermont-Ferrand, près du confluent du ruisseau qui se jette dans la petite rivière de Mars, émerge une source sortant d'une roche granitique. Son eau n'est pas complètement claire, sa saveur est peu marquée et un |teu fade. Son odeur est sensiblement sulfureuse, quoique l'analyse chimique n'ait pu doser ce principe gazeux. Sa température est de 15 degrés centigrade. Mossier en a fait l'analyse approximative. 11 a trouvé dans 1000 grammes les principes suivants :

Bicarbonate de soude 0,31

— cliaux 0,2i

— magnésie 0,05

fer 0,04

Sulfate de cliaux 0,08

Clilorure de todium, de calcium, d'alumine et de silice. . . . traces.

Total des matières fixes 0,72

Gaz acide carbonique libre 23 pouces cubes.

Aucun établissement de bains et de douches n'a été construit auprès de la source, dont l'eau est exclusivement employée en boisson par les habitants de la contrée. Elle est apéntive, désobstruante, légèrement laxative chez quelques-uns. Elle s'administre dans les fièvres intermittentes périodiques et dans la cachexie qui en est la conséquence. Elle s'emploie avec succès dans les embarras gastriques et intestinaux, et, comme elle est légèrement ferrugineuse, convient dans toutes les affections oiî il importe de reconstituer et d'augmenter les globules rouges du sang.

On ïi exporte qu'aux environs l'eau de Jalleyrac A. R.

JAMAÏCINE. Alcaloïde extrait de l'écorce de Geoffroya jamaicensis Murr.

DICT. KSC. 4' S

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