‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.52Chapitre 43 sur 67 · SEMESTRE D HIV[;R · texte numérisé non relu

SEMESTRE D HIV[;R

Juillet 242

Aoùi 164

Septembre 108

Oclolire 104

Novembre 116

Décembre 223

Soit 89 pour 100 dans la saison chaude, et 11 pour 100 seulement pour la saison fraîche. 11 en est, à plus forte raison, de même poiu" les pays tempéiés, où les différences sont plus tranchées entre les diverses périodes de l'année. Ou le voit dans le tableau ci-dessous encore emprunté à Ilirich {voij. page suivante).

Ainsi pas d'épidémies dans les quatre premiers mois de l'année, c'est-à-dire pendant l'hiver; en mai, trois épidémies commencent, deux à la Nouvelle- Orléans, une à Charlestown. C'est en juillet et en août qu'ont débuté la plupart des épidémies; en octobre, il n'y en a eu que quatre. La terminaison des épidemies a lieu souvent en novembre (38 fois), plus fréquemment eu octobre (49 fois). La période de la fièvre jaune, dans ces parages, correspond donc à l'été et à l'automne. En Europe, il en est absolument de même : les épidémies observées en Espagne, en Portugal, à Livourne, ont toujours eu leurs débuts de juillet à septembre et se trouvaient toutes terminées en décembre au plus lard. Toutes les localités où règne endémiquement la fièvre jaune sont situées dans des régions où l'état hygrométrique de l'air est voisin du point de saturation; dans celles où la maladie paraît accidentellement, elle ne se montre que dans la saison humide où la même condition atmosphérique se trouve réalisée. Dans un rapport très-travaillé sur l'épidémie qui a régné, en 1853, à la Nouvelle-Orléans, le docteur Edward Bartou a consacré beaucoup d'effoi ts à soutenir que la fièvre jaune ne débute jamais que par un état hygrométrique supérieur à 0,74 et qu'elle cesse de régner épidémiquement quand cet état est tombé à 0,58. On ne s'est pas souvent donné la peine de reprendre et de continuer ces recherciies, mais il est certain que les années de sécheresse ne sont nulle part des années de fièvre jaune. Nous connaissons cependant des localités où la fièvre jaune a régné pendant la saison sèche. On a vu, d'autre part, des pluies abondantes et continues amener la terminaison d'une épidémie, mais alors peut-être en raison du refroidissement qu'elles entraînaient.

L'influence des vents, abstraction faite de l'action désastreuse qu'exercent sur les malades les mouvements brusques et violents de l'atmosphère, serait nulle, s'ils n'étaient de puissants modificateurs de la température. Partout les vents favorables à la fièvre jaune sont ceux qui apportent la chaleur et l'humidité : ceux du sud, du sud-est et du sud-ouest aux Antilles, au Mexique, sur les côtes des États du sud de l'Amérique du Nord, à Siena-Leone, etc. Au contraire, les vents du nord et du nord-est dans le golfe du Mexique, ceux du sud et du sudouest, sur les côtes du Brésil et de la Plata exercent une action bienfaisante par le reiroidissement qu'ils déterminent: on m \n un pampero amener une terminaison brusque de l'épidémie.

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JAUNE (FIÈVKE). 675

L'un des traits les plus singuliers du caractère de la fièvre jaune est sa prédilection marquée et presque exclusive pour les localitées placées sur le littoral maritime, ou sur les bords des grands fleuves dans leur portion navigable. C'est ainsi que, dans le Sénégal, elle a été portée jusqu'à Bakel (500 kilomètres); dans l'Amazone, elle s'est propagée jusqu'au confluent du Rio-Negro (1000 kilomètres) et dans la vallée du Mississipi, elle a pu régner épidémiquement à Memphis et se propager jusqu'à Cincinnati et jusqu'à Saint-Louis, sur le Missouri. Ce ne sont pourtant pas exclusivement les localités riveraines qui se trouvent atteintes; mais d'ordinaire, la maladie ne se montre pas au delà de quelques milles du rivage. Il y a encore toutefois des exceptions à celte règle : au Mexique, la fièvre jaune a été observée à Cordova à plus de 100 kilomètres dans l'intérieur; en Espagne, dans les grandes épidémies du commencement de ce siècle, elle a été constatée dans un certain nombre de villes assez éloignées des côtes et des bords des grands cours d'eau.

La constitution géologique du sol ne paraît pas, quoi qu'on en ait dit, exercer d'influence sur la fièvre jaune. Aux Antilles, on l'observe aussi bien sur le terrain volcanique de la Basse-Terre que sur le sol calcaire de la Pointe-à- Pitre (Guadeloupe), à Fort-de-France qu'à Saint-Pierre (Martinique). On la voit sur les alluvions du Brésil, du Pérou, des Guyanes comme sur les formations tertiaires des États-Unis. Ce qu'il y a de certain désormais, c'est que ce n'est pas une maladie palustre : on pourrait citer de nombreux exemples oiî l'on a vu régner la fièvre jaune dans des localités oà ne se montrent jamais les fièvres maremmatiques. Ce n'est pas que les mouvements du sol ne puissent exercer une certaine influence. D'après Thomas, la première épidémie observée à la Nouvelle-Orléans se serait produite au moment où l'on établissait le canal Carondelet. Mais, comme le dit avec toute autorité le professeur Ilirsch, un argument décisif à cet égard, c'est la prédilection de la fièvre jaune pour les villes et généralement pour toutes les agglomérations humaines. A l'inverse des manifestations du paludisme qui reculent devant le peuplement, la fièvre jaune ne sévit que dans les villes, grandes ou petites, surtout dans celles où la population est dense, et sa prédilection est marquée pour les quartiers sales, mal ventilés, encombres, surtout s'ils sont voisins du bord de la mer ou des rives d'un fleuve, ainsi, par exemple, les quais d'un port, pour les groupes d'habitations qui bordent les canaux stagnants, les rivières mal asséchées. C'est là, d'ordinaire, que débutent les épidémies et qu'elles se confinent parfois. C'est là qu'elles constituent, dans certaines maisons ou certains groupes de maisons, dans certaines rues ou groupes de rues, des foyers où les atteintes se multiplient, mais autour desquels la maladie ne se montre pas, jusqu'au jour où l'une des personnes qui y pénètrent y prend le mal et va former ailleurs le centre d'un nouveau foyer d'infection. Les bourgades peu importantes, les villages voisins des villes contaminées restent généralement indemnes, malgré le maintien des communications réciproques : si la maladie y est apportée, elle s'éteint d'elle-même sans causer de grands ravages. Par là, comme par beaucoup d'autres traits de sa physionomie, la fièvre jaune se rapproche des typhus. Gomme eux encore, elle peut suivre les troupes en marche et les décimer (colonne du Logo, au Sénégal, en

La fièvre jaune a mie prédilection marquée pour les navires. Elle ne s'y développe jamais spontanément; du moins, n'a-t-on aucun exemple d'un navire infecté sans avoir communiqué avec la terre; mais, dans les limites géogra-

GTG JAUNE (FIÈVRE).

pliiques déterminées plus haut, elle va partout oîi ils vont, pénètre partout avec eux ; elle y persiste même longtemps après qu'ils ont dépassé ces limites, en faisant ainsi ses plus actifs et ses plus ordinaires agents de propagation ; elle y adhère si énergiquement que les mesures les mieux entendues, telles que les déchargements sanitaires les mieux conduits, ne suffisent pas pour l'en extirper. Aussi était-on réduit naguère à hrûler les bâtiments, et Mêlier fit saborder y Anne-Marie à Saint-Nazaire. A bord des navires comme à terre, la fièvre jaune s'attache surtout aux logements encombrés, mal ventilés (faux-ponts); elle peut se localiser à une cabine, un pont, une portion du navire (cas de V Edgar où les passagers fuyant l'épidémie s'étant réfugiés à l'arrière, sur la dunette, sans oser aller sur lavant, restèrent indemnes). Il est établi par beaucoup d'exemples que la fièvre jaune s'attache de préférence à certaijies cargaisons, et les faits sont assez nombreux qui permettent d'incriminer surtout le sucre, le charbon et le bois. On sait aussi qu'elle adhère aux vêtements, linge et objets de literie qui ont appartenu aux malades ou qui ont seulement séjourné dans quelque foyer. Un fait récent, très-discuté d'abord, mais désormais élucidé sans contestation possible, permet d'en fournir une preuve certaine : c'est le transport de la fièvre jaune de Corée à Bakel, en 1878, par les bagages de notre infortuné confrère Massola. Il est parfaitement exact que le premier cas observé dans le poste fut celui du brigadier d'artillerie qui ouvrit les malles de ce médecin, lequel ne fut atteint lui-même qu'après avoir donné des soins à quatre malades. L'épidémie curieuse, observée à Madrid en 1878, en fournit une démonstration presque aussi péremptoirc. Un détachement de troupes espagnoles rentrant de Cuba débarqua à Sanlander et fut immédiatement dirigé sur Madrid. La fièvre jaune éclata parmi les hommes du détachement dès qu'ils ouvrirent leurs bagages : il y eut 50 cas dont 50 décès. Il n'y eut aucune propagation autour d'eux. Les bâtiments d'habitation se laissent également imprégner par la fièvre jaune : ainsi, en 1862, le transport V Allier, revenant du Mexique, débarqua des malades au lazaret de la Pointe-du-Bout, en rade de Fort-de-France (Martinique). Ils y restèrent trois semaines. Après leur départ, le lazaret fut assaini et évacué pendant un mois. Au bout de ce temps, il fut réoccupé, mais on y vit bientôt reparaître la fièvre jaune.

Ilirsch emprunte au journal the Lancet un fait encore plus remarquable observé aux Bermudes. Un certain nombre de marins étaient occupés au nettoyage de l'hôpital de la quarantaine, quand un navire de guerre arrive des Antilles avec des cas de fièvre jaune. Le travail est suspendu, les marins rappelés, et l'on débarque les malades. Vingt-sept jours après que le dernier convalescent a rejoint son navire, qui a été dirigé sur Halifax, les huit matelots qui avaient commencé le nettoyage reprennent leur ouvrage. Dans les huit jours qui suivirent, deux d'entre eux furent pris de fièvre jaune et moururent ; six jours plus tard, un troisième; les cinq autres furent alors envoyés à Halifax sous la conduite d'un médecin qui prit lui-même la fièvre jaune.

Il est bien difficile, après avoir été conduit ainsi à reconnaître que la fièvre jaune s'attache aux navires, aux cargaisons, aux bâtiments d'habitations, aux vêtements et aux objets de literie, de croire que le malade lui-même ne puisse pas servir au transport de la maladie, et les expériences héroïques de Chervin et autres ne prouvent désormais qu'une chose : c'est qu'on n'y réalisait pas toutes les conditions nécessaires pour que la maladie se reproduisît. Les faits nombreux et incontestés d'adhérence de la maladie aux habitations, aux vêlements.

JAUNE (FIÈVRK). 677

aux navires, à leur cargaison, de transport de la fièvre jaune par cos moyens d'une localité à une autre, dont les exemples avérés ne se comptent plus, impliquent de toute ne'cessité l'existence d'un agent distinct de lorganisme, pouvant vivre en dehors de lui, conserver à l'état latent toute sa puissance et déterminer toujours dès qu'il se retrouve en conllit avec cet organisme, dans des circonstances favorables, les mêmes séries d'accidents, à l'intensité près, et les mêmes lésions anatomiques. Cet] agent actif, ce germe qu'on n'a pu saisir encore, mais dont il n'est pas possible de nier l'existence matérielle, nous connaissons toutes les conditions dans lesquelles il apparaît, se multiplie et disparaît, puisque ce sont celles dans lesquelles nous voyons la fièvre jaune a{)paraître, se propager et s'éteindre. Il existe depuis une époque ancienne dans certaines localités de la zone torride placées sur la côte américaine de l'Atlantique, sur un sol insalubre, au voisinage immédiat de la mer, dans une atmosphère maintenue à une température qui ne descend jamais au-dessous de 20 degrés. Il paraît acquérir toute son activité par une température de 26 degrés, en présence de circonstances particulières qui ne sont pas toutes connues, surtout au moment de l'arrivée dans la localité d'un grand nombre d'étrangers et principalement d'Européens. Mais ces conditions atmosphériques ne sont évidemment pas les seules nécessaires à son existence, puisqu'elles se trouvent réalisées dans bon nombre de lieux oii la fièvre jaune n'est jamais apparue. Ce poison matériel est peu volatil, attendu que rien n'est moins prouvé que sa transportabilité par l'air; en revanche, il s'attache énergiquement aux habitations, aux vêtements, aux objets de literie, aux navires, à leurs chargements, surtout à ceux de sucre, de bois ou de charbon. Il peut être transporte, grâce à cette adhérence, d'une localité à une autre et y donner lieu à la fièvre jaune, s'il rencontre au lieu d'arrivée des conditions météorologiques analogues à celles de la localité d'où il est parti ; mais ici encore, il est certain que ces conditions ne sont pas les seules nécessaires, puisqu'elles existent en beaucoup de lieux oîi la fièvre a été importée et oii elle n'a pu sévir. II perd de sa puissance à mesure que la température baisse. Une chute brusque du thermomètre peut interrompre soudainement son activité. La température de zéro peut mettre fin à ses manifestations, momentanément tout au moins, car elles peuvent reprendre après un certain temps de silence, si la température leur redevient favorable. Il perd également de sa puissance au bout d'un temps plus ou moins long d'activité, par le fait même, sans doute, de sa pullulation, car toutes les épidémies se terminent par des cas de moins en moins graves et de moins en moins nombreux. Jusqu'à présent, ce germe n'a pu exercer son action loin de la mer ou d'une grande rivière, mais sa prédilection marquée pour les agglomérations humaines le rend à cet égard des plus menaçants pour les villes même situées loin des cours d'eau.

En présence des faits qui précèdent, impliquant nécessairement l'existence d'un agent assez ténu pour avoir échappé jusqu'ici à tous les moyens de recherche, assez mobile et capricieux pour que, dans un même groupe humain justiciable de ses effets, il épargne les uns, frappe les autres, produise des accidents, tous de même nature sans doute, mais de gravité et de portée très-différentes, comment se défendre de penser qu'il s'agit d'un être doué de la propriété mobile et capricieuse par excellence, la vie? Qu'il opère directement ou par l'intermédiaire d'un poison chimique, né de son conflit avec l'organisme, il n'importe guère étiologiquement. Et quand l'étude des épidémies force d'admettre la niulti-

plicalion, la pullulation, puis ratU'nuatiou spontamîe de l'agent morbigène, riiypoUièse ne devient-elle pas encore plus le'gitime? Une substance cbimique n'aurait point ces allures; elle déterminerait des accidents, variables sans doute, suivant la dose absorbée, mais elle atteindrait tous ceux qui auraient été exposés ensemble à son action. Aussi ne saurait-on s'étonner des nombreux essais qui ont été tentés pour découvrir le microbe de la fièvre jaune et faire entrer cette affection dans le cadre des maladies pastoriennes. Dès 1880, le docteur Domingos Freire publiait à Rio de Janeiro le résultat de ses recherches sur la cause, la nature et le traitement de la fièvre jaune-. Il décrivait sous le nom de Crijptococcus xanthogenicus le parasite de l.> fièvre jaune. Il a poursuivi ses travaux qui l'ont conduit à proposer et même à pratiquer des inoculations préventives qui ne paraissent pas avoir réussi. Ses expériences ont été vigoureusement contestées de toutes parts et par ceux mêmes qui avaient semblé d'abord en admettre les résultats. Eu 1881, Decoréis croyait avoir aperçu dans le sang les corpuscules-germes de la fièvre jaune. Mais, lors de l'épidémie du Sénégal, en 1881, le docteur Talmy, formé à ces recbercbes sous la direction de M. Pasteur lui-même, fut envoyé en mission spéciale dans la colonie, et ses liquides d'expérimentation étudiés à Paris ne donnèrent que des résultats négatifs. En 1885, aux îles du Salut (Guyane), le docteur Rangé a fait de louables efforts pour mettre à profit sous ce rapport l'épidémie qu'il observait, mais ses expériences, vu le défaut d'outillage, n'ont pas pu être conduites avec la rigueur nécessaire. Pendant l'épidémie qui suivit, la même année, à la Guyane, un autre médecin de la marine, le docteur Le Danlec recueillit les éléments d'un travail qui fait l'objet de sa thèse inaugurale [liecherches sur la fièvre jaune. Thèse de Paris, 1886). « Ses préparations, étudiées à Paris, ne lui ont fourni de micro-organismes ni dans le sang, ni dans les reins, ni dans le foie, ni dans les centres nerveux. La culture du vomissement noir lui a donné trois variétés de bacilles dont l'un est prédominant. La coloration par le procédé de Gram lui a fait voir un grand nombre de microorganismes dans l'épaisseur de la muqueuse stomacale qui s'exfolie. Dans le contenu du gros infestin, il a rencontré, pendant la première période, des bacilles longs, grêles, peu colorés, et pendant la deuxième période, des bacilles se rapprochant de ceux de la fièvre typhoïde ». Après ces constatations, reste à résoudre l'éternelle question de savoir quel rôle pathogénique jouent les bacilles observés. C'est ce que dira plus tard l'expérimenfation lorsqu'on aura pu obtenir des cultures pures et les inoculer, dans des conditions convenables, à un animal Busceptible de contracter la fièvre jaune.

De même que la fièvre typhoïde et les fièvres éruptives, la fièvre jaune confère à l'organisme qui, sans périr, en a subi les atteintes, une immunité remarquable : on n'a pas deux fois la fièvre jaune. Pas plus que pour les autres pyrexies, cette immunité n'est absolue, et si tout le monde admet sans conteste qu'elle persiste pour chaque sujet pendant tout le temps qu'il habite les pays où règne la fièvre jaune, l'opinion à peu près unanime des auteurs est que cette immunité se perd par un séjour prolongé dans les pays tempérés, ou même dans les régions de la zone torride où la fièvre jaune n'a jamais paru. On peut cependant penser avec Corre qu'il y a là quelque exagération et, sans aller jusqu'à croire avec Wucherer, que l'immunité ainsi acquise ne se perd jamais, on peut dire qu'elle persiste beaucoup plus qu'on ne l'admet généralement. 11 ne serait pas difficile de citer nombre de médecins européens qui, ayant eu la fièvre jaune

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en Amérique, sont revenus dans leur pays, y ont séjourné plus ou moins longtemps, et ont pu braver plus tard impunément de graves épidémies de fièvre jaune.

La fièvre jaune est probablement de toutes les maladies celle qui affecte la conduite la plus différente à l'égard des diverses races humaines. La race noire jouit d'une immunité à peu près complète qui a, de tout temps, frappé les observateurs. Cette immunité n'appartient pas seulement aux noirs nés et élevés dans les pays à fièvre jaune, elle est également dévolue aux noirs nés en Afrique. L'exemple le plus probant et le plus célèbre de cette immunité est fourni par le bataillon égyptien, formé de noirs, originaires pour la plupart du Darfour et du Kordofan, qui prit part à l'expédition du Mexique et séjourna dans les Terres- Chaudes sans donner lieu à un seul cas de fièvre jaune. Le même avantage appartient, dans une certaine mesure, aux mulâtres. Ainsi, dans l'épidémie de Shreweport, en 1873, la mortalité des gens de couleur ne dépassa pas 6 pour 100, tandis que celle des blancs s'éleva à 26 pour 100; de même à Savannah, où le rapport de l'une à l'autre mortalité fut de 15 à 2. Cette immunité d'ailleurs semble décroître avec la quantité de sang noir existant chez les métis. II semble aussi que cette immunité des noirs puisse se perdre par un séjour prolongé dans les latitudes élevées, puisque l'on voit assez souvent, à ce qu'il paraît, dans les États du sud ou dans les Grandes Antilles, des noii's arrivant du nord mourir de fièvre jaune. Les créoles blancs et métis, nés et élevés dans les pays à fièvre jaune, jouissent dune immunité non moins complète, qui peut se perdre toutefois par un séjour plus ou moins prolongé sous les hautes latitudes. Quelques auteurs ont pensé même que celte immunité n'existait que pour la localité où elle avait été conquise; mais c'est une opinion qui se trouve démentie par les faits, et notamment par le séjour que tirent à la Vera Cruz, pendant la campagne du Mexique, les marins et les soldats des compagnies créoles (métis) recrutés dans les îles françaises de la Martinique et de la Guadeloupe, qui ne fournirent, d'après le témoignage de Gorre, que « trois cas fort douteux ». Une égale immunité existerait pour la race chinoise (Eyssaguirre au Pérou, Selsis à la Havane) ; d'autres observateurs pensent que les Chinois peuvent contracter la fièvre jaune; on en a vu des cas chez les Annamites déportés à la Guyane. Celte immunité n'existe ni pour les Peaux-Rouges, ni pour les Hindous, ni pour les Arabes. En résumé, l'immunité ethnique ne paraît dévolue qu'à la race nègre, mais les hommes de toutes races peuvent acquérir l'immunité individuelle, soit par une atteinte de fièvre jaune, soit peut-être aussi par le seul séjour prolongé dans les localités à fièvre jaune. « Les chances d'immunité, disait Dutroulau, paraissent en rapport avec le temps de séjour dans les foyers, mais il n'y a d'acclimatement acquis que pour ceux qui ont traversé une précédente période épidémique sans avoir quitté le pays, et qui tous ont été plus ou moins imprégnés du principe épidémique, surtout pour ceux qui ont eu une première attaque de fièvre jaune complète. » Pour beaucoup d'auteurs, en effet, l'immunité dont jouissent les créoles leur serait acquise par le seul fait de leur naissance et de leur séjour dans le pays ; pour d'autres, cette immunité serait due à de légères attaques de lièvre jaune qu'ils auraient subies pendant leur enfance. Le relevé suivant emprunté à Rey montre nettement la situation favorable que crée à l'étranger un séjour prolongé dans les pays à fièvre jaune. Sur 100 étrangers morts de la fièvre jaune à Rio en 1876, on a trouvé que :

AvaiL'iU passé dans la ville ilc 1 jour à 6 mois il

— de 6 mois à 1 an 50

— de 1 an à C mois 14

— de 2 ans à 5 ans i

— de i ans à 6 ans 2

11 est vrai qu'où ne peut dire ici quelle est la proportion par rapport aux habitants de chaque catégorie, et qu'on ne sait pas si le petit nombre des décès de ceux qui ont un long séjour ne correspond pas à l'immunité acquise par une atteinte antérieure. Dans la dernière épidémie des îles du Salut, sur 87 Européens qui furent atteints de fièvre jaune, 25 comptaient de 1 mois à 1 an de séjour : ils fournirent 15 décès (56 pour 100) ; 55 comptaient de 1 à2 ans, ils donnèrent lieu à 14 décès (26 pour 100) ; 5 comptaient de 2 à 5 ans, 5 de 3 à 4 ans, 2 de i à 5 ans, 1 de 5 à 0 ans; ces derniers groupes n'eurent aucun décès. Ce qui tendrait à prouver que l'immunité acquise ne tient pas seulement aux modifications apportées à la constitution des sujets par des inlluences purement climatiques, c'est qu'elle n'existe pas pour les individus nés et élevés dans des localités de la zone torride placées dans les mêmes conditions de climat, mais où la fièvre jaune n'a jamaisfparu.

11 y a d'ailleurs des degrés dans la susceptibilité des blancs eux-mêmes à la fièvre jaune. Ainsi, pour l'épidémie de 1855, à la Nouvelle-Orléans, qu'il a si minutieusement étudiée, Barton a trouvé que, parmi les individus originaires (les pays compris dans la liste suivante, sur 1000, il en était mort :

Nouvelle-Orléans et Louisiane 3,58

Antilles, Amérique du sud, Mexique 6,li

Arkansas, Mississipi, Alabania, Géorgie, Caroline du sud. . 15,^22

Espasnc et 'ta'ie 22,06

Caroline du nord, Virginie, Maryland, Tennessee, Kentucky. 50,69 New-York, VermonI, Massachusetts, Maine, Rbode-Island,

Conneciicut 52,85

Oliio, Indiana, Illinois, Missouri 44,25

France 48,15

Amérique anglaise 50,21

Grande-Brelayue 52,19

Allemagne. , 132,01

Russie et Scandinavie 163,26

Irlande 204,97

Suisse et Autriolie 220,08

Belgique et Hollande 328,94

Ces chiffres font vivement ressortir ce fait que, d'une manière générale, les blancs sont d'autant plus susceptibles de mourir de fièvre jaune qu'ils sont nés dans un pays de latitude plus élevée.

Diagnostic. La fièvre jaune, dans son développement complet, présente un ensemble de symptômes plus ou moins constants, si accentués et si frappants, se succédant dans un ordre tel qu'il ne paraît guère possible de se méprendre sur la maladie qu'ils caractérisent. Le génie essentiellement épidémique de la fièvre jaune, ses tendances si marquées à l'irradiation la différencient d'ailleurs nettement des autres pyrexies offrant avec elle des anniogies de marche ou de symptômes. Sa prédilection singulière pour les blancs purs non acclimatés est un autre trait absolument particulier. Aussi n'est-ce pas dans les foyers d'endémicité que le diagnostic peut être difficile. Là, on est toujours plus ou moins sur ses gardes. Mais, dans les localités où la maladie n'est pas endémique, les premiers cas qui s'offrent à l'observateur et qui sont généralement inattendus, isolés et sporadiques, peuvent réellement, par la soudaineté de leur apparition, l'irrégularité

de leur marche et la brusquerie trop fréquente de leur terminaison, créer des difficultés sérieuses et donner lieu à des hésitations dont on retrouve les traces dans tous les comptes rendus d'épidémies. Et cependant, il n'est jamais plus nécessaire d'arriver rapidement à un diagnostic certain qu'en présence d'une maladie qui a pu, dans certains cas, faire périr plus de 80 pour 100 des malades atteints et qui, par conséquent, nécessite de graves et promptes mesures de salut public. Ces difficultés sont surtout grandes dans les pays où régnent en même temps la fièvre dite bilieuse intlammatoire et les fièvres paludéennes. La fièvre inflammatoire offre avec la première période de la fièvre jaune des analogies assez grandes pour que certains auteurs aient cru voir en elle une forme atténuée de la fièvre jaune. Cette opinion ne paraît pas pouvoir être admise, pour diverses raisons qu'il n'est pas à propos de discuter ici. La confusion qu'on pourrait faire entre les deux affections, à leur début, ne saurait d'ailleurs durer longtemps : il suffit que les accidents soient graves pour écarter dès l'abord l'hypotlièse de la fièvre inflammatoire; puis la comparaison des relevés de la température et du pouls accusera tout de suite dans la fièvre jaune la discordance caractéristique. Dans la fièvre inflammatoire, la rémission a généralement lieu dès le deuxième jour, elle est complète et s'accompagne d'une améliorationde tous les symptômes; dans la fièvre jaune, la rémission n'arrive qu'au troisième ou au quatrième jour, elle est rarement complète et l'atténuation des accidents ne se fait que peu à peu. Enfin, l'albuminurie est exceptionnelle dans la fièvre inflammatoire; elle existe toujours dans les cas un peu sérieux de fièvre jaune. Quand la seconde période s'établit et que le vomissement noir arrive, il y a longtemps qu'on est fixé sur le terrible mal auquel on a définitivement affaire.

De toutes les manifestations paludéennes, ce sont les fièvres bilieuses qui pourraient susciter le plus de difficultés. Toutefois, le début lent et insidieux (le la fièvre bilieuse simple, ses frissons répétés, ses nausées, ses vomissements bilieux, son ictère biliphéique précoce, contrastent avec l'invasion soudaine et bruyante, le frisson unique, les phénomènes gastriques peu accentués, bientôt calmés d'ailleurs, et avec l'ictère tardif et héniaphéique de la fièvre jaune. Ce serait plutôt la grande bilieuse, la fièvre hémalurique, la fièvre jaune des acclimatés et des créoles, qui pourrait donner lieu à une confusion, si son frisson prolongé, l'apparition précoce des urines noires, celle de l'ictère intense et nettement bilieux, les douleurs persistantes dans les hypochondres, son type fébrile intermittent ou rémittent, ses hémorrhagies peu abondantes et rares, le plus souvent réduites à de simples épistaxis, ne contrastaient aussi avec le frisson bref, les urines rares mais claires, l'ictère plus tardif, hématique d'ailleurs, la douleur lombaire initiale, le type fébrile continu ou sub-rémittent, les hémorrhagies graves, multiples et surtout stomacales (vomissements noirs) de la fièvre jaune. 11 faut joindre à cela que la fièvre bilieuse hématurique se montre surtout pendant la saison fraîche et que la fièvre jaune préfère la saison chaude. Mais ce ne sont pas seulement les paludéennes bilieuses, c'est aussi l'accès palustre grave qu'il faut parfois différencier de bonne heure d'avec la fièvre jaune. Le frisson est toujours long et grave dans la fièvre maremmatique ; la prostration des forces est dès le début considérable ; elle s'accompagne de douleurs contusives générales, tandis que le frisson court de la fièvre jaune est suivi d'une rachialgie bien nette et souvent violente, et que les forces sont conservées, La marche de la fièvre dans l'accès paludéen est d'ailleurs caractéris-

tique : ce sont des paroxysmes quotidiens séparés par des rémissions plus oa moins complètes, tandis que dans la fièvre jaune le paroxysme initial est suivi d'une descente graduelle du mercure, et que le pouls, d'abord élevé, dur et tendu, lléchit et se ralentit indépendamment de la température. Jusqu'à présent, il n'y a guère eu lieu de se préoccuper, au point de vue pratique, du diagnostic différentiel de la fièvre jaune et de la fièvre à rechute ; mais outre que certains observateurs ont cru déjà avoir constaté l'existence de la seconde de ces deux maladies sur le domaine territorial de la première, il est constant qu'elles gagnent l'une et l'autre du terrain et que, d'autre part, elles ont un certain nombre de points de ressemblance. Toutefois, sans insister sur les phénomènes de début, qui sont différents (prostration des forces et abattement dans le typhus récurrent, maintien des forces et réaction dans la fièvre jaune), on peut faire remarquer que les liémorrhagies et les vomissements noirs sont exceptionnels dans la fièvre à rechute, tandis qu'ils font partie des symptômes typiques de la fièvre jaune. Dans celle-ci, d'ailleurs la rechute est rare et trèsgrave ; dans l'autre, elle est très-fréquente, mais généralement bénigne.

11 faut citer enfin une maladie qui, pour n'être pas spéciale aux pays chauds, ne s'y observe pas moins assez fréquemment et qui présente avec la fièvre jaune de grandes analogies symptomatologiqiies : c'est l'atrophie jaune, aiguë du foie, qui se termine d'ordinaire par une série d'accidents qu'on ne peut s'empêcher de comparer à ceux de la deuxième période de la fièvre jaune. Mais l'ictère grave se distingue par la lenteur et le caractère généralement insidieux de ses débuts, par la précocité de l'ictère, qui est nettement bilieux, par la prostration des lorces qui s'accuse prématurément, en sorte qu'il n'y a rien dans l'atrophie jaune, aiguë, qui puisse être rapproché de la première période de la fièvre jaune.

Traitemekt. Il faut faire ici l'aveu qu'il n'y a jamais eu, qu'il n'y a pas encore de médication rationnelle de la fièvre jaune. Cet aveu est d'autant plus pénible qu'il s'agit véritablement d'un des plus cruels fléaux qui puissent frapper l'humanité, puisque la mortalité, qui varie d'ordinaire, suivant les épidémies, de 14 à 25 pour 100, ou de 50 à 60 pour 100 a pu aller, en 1878, au Sénégal, jusqu'à dépasser 81 pour 100 des malades atteints, et qu'une bonne moitié des médecins qui ont combattu cette épidémie a succombé à ses atteintes. Dans combien de batailles une armée a-t-elle vu périr la moitié de son effectif? La thérapeutique de la fièvre jaune en est donc encore à la période de tâtonnements; les médications systématiques ont depuis longtemps disparu à la suite d'éclatants échecs, les bains froids après les saignées. Dès qu'apparaît un médicament de quelque puissance, dont les propriétés semblent répondre aux idées qu'on a sur quelque indication de la maladie, il est tout aussitôt dirigé contre elle, et c'est ainsi que l'on a vu échouer successivement le sulfate de quinine, le permanganate de potasse, le salicylate de soude, etc. Ces essais n'ont rien que de légitime s'ils sont conduits avec sincérité et avec prudence. Ce n'est pas que nous soyons absolument désarmés en présence de la fièvre jaune : en dehors des cas bénins, des formes légères qui guérissent par les plus simples moyens, il est des cas sérieux où la thérapeutique peut intervenir non sans avantage à la condition, comme le dit très-justement Rangé, de « veiller l'éclosion des symptômes, pour les combattre dès qu'ils apparaissent ». La médication de la fièvre jaune est donc purement symptomatique, et tout le monde aujourd'hui paraît s'en tenir à la formule générale de Dutroulau : « dans la première période, saignées déplétives, évacuants purgatifs, sudorifiques, tempérants et révulsifs

cutanés; dans la seconde période, toniques, astringents, excitants, reconstilutifs et antispasmodiques, suivant les cas, et en même temps que les moyens propres à combattre les localisations ».

Traitement de la première période. Les émissions sanguines ont jouéjadis un grand rôle dans le traitement de la fièvre jaune. La" saignée générale a trompé de si robustes convictions, elle paraît aujourd'hui préparer si mal l'organisme aux accidents de la seconde période, qu'elle est tombée en grand discrédit, moins toutefois que dans la plupart des autres maladies. Corre lui-même, qui proscrit d'une manière générale les émissions sanguines, pour ne pas amoindrir la résistance de l'organisme contre les influences qui le menacent, reconnaît qu'elles peuvent être de quelque utilité quand il s'agit d'Européens du nord, récemment arrivés, et dont la température s'élève au-dessus de 40«,5 : « une saignée de 250 à 300 grammes amène souvent alors, dit-il, une détente manifeste, sans laisser les forces trop déprimées pour la lutte qui va suivre ». C'était déjà le sentiment de Dutroulau, qui, repoussant les saignées successives, admettait qu'une saignée fût large, pourvu qu'elle fût précoce, c'est-à-dire faite dans les premiers vingt-quatre heures. Passé ce délai, il est presque toujours trop tard pour tirer du sang sans inconvénient grave. Faite dans de bonnes conditions, « la saignée, dit Dutroulau, occasionne un bienêtre et particulièrement un amendement des douleurs que tous les malades accusent ». Il convient d'en user de même pour les saignées locales qui trouvent leurs indications dans les congestions de certains organes : sangsues aux apophyses mastoïdes contre l'hypéréniic intense du cerveau , ventouses scarifiées à la région lombaire contre la rachialgie par trop intense, à la région thoiacique contre les congestions pulmonaires. Mais en les prescrivant, il faut toujours avoir devant les yeux la débilitation générale qui peut être le prix de l'amélioration locale et les chances d'hémorrhagie que crée pour l'avenir toute voie ouverte au sang. Les médicaments antithermiques ne trouvent guère leur indication dans une maladie où la température ne se maintient jamais longteaips à la hauteur atteinte dès les premiers jours.

La médication purgative est celle qui trouve le plus fréquemment son application dans la fièvre jaune. Elle a été de tout temps mise en usage et tout le monde en a reconnu les bienfaits. Son emploi est d'ailleurs rationnellement indiqué en présence des congestions diverses qui se produisent dans plus d'un organe, et notamment au cerveau. C'est du reste la méthode traditionnelle, celle à laquelle ont toujours eu recours les indigènes des Antilles, par exemple, qui emploient de diverses manières la casse et l'huile de ricin. C'est de ce dernier médicament qu'on fait le plus souvent usage au début de la fièvre jaune; il a l'avantage de débarrasser l'intestin sans lui imposer de fatigue; on peut se servir également des sels neutres et du calomel. Rangé, dans l'épidémie de 1885, aux îles du Salut, a eu beaucoup à se louer du calomel qu'il a donné à doses fractionnées pendant tout le cours de la maladie (ls'',50 en 15 paquets, un toutes les lieures). « 11 est, dit-il, facilement supporté par l'estomac, n'excite pas les nausées et les vomissements comme les sels de magnésie et l'huile de ricin, détermine des évacuations abondantes, agit sur le foie, diminue l'hypertliermie et peut-être agit-il comme microbicide? » On l'emploie de préférence, d'ordinaire, à doses massives, soit seul, soit associé aujalap. Les vomitifs ne sont indiqués qu'au début des accidents, quand il y a embarras gastrique spécialement marqué. C'est à l'ipéca seul qu'en cas pareil on doit

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avoir recours, l'émélique cause une trop grande débilitatioQ et, comme l'a vu Dutroulau, irrite l'estomac et prépare le vomissement noir.

Le bain froid a été systématiquement employé autrefois dans la fièvre jaune; il n'a donné que de mauvais résultats et a dû être mis de côté. Il n'en est pas ainsi du bain tiède plus ou moins prolongé, additionné ou non du jus de plusieurs citrons, donné à la suite d'un bain de pied sinapisé, et pendant lequel, suivant le conseil de Dutroulau, on maintient des compresses froides sur la tète. Les lotions à l'éponge, au moyen d'eau aromatisée de jus de citron, de vinaigre parfumé, d'eau de Cologne, etc., procurent au malade une sensation agréable, un véritable soulagement; Rangé en a fait faire jusqu'à dix par jours: six pendant la journée et quatre pendant la nuit. De tout temps on a reconnu la nécessité de faire largement ibnctionner la peau; Corre insiste sur cette médication et recommande en outre les diapborétiques; il conseille l'infusion de thé chaude, ou mieux l'infusion de jaborandi additionnée ou non de 4 à 5 grammes d'acétate d'ammoniaque.

A une époque où l'on voulait faire rentrer la fièvre jaune dans le cadre des maladies paludéennes, on a préconisé le suU'ate de quinine : on le donnait alors au moment de la rémission, au début de la seconde période, pour prévenir le second paroxysme; mais ce sel n'a jamais rien enrayé du tout; il a paru, au contraire, augmenter l'hypostliénie, qui fait l'un des dangers de cette phase de la lièvre. Depuis, on l'a employé prématurément, à titre d'antithermique. On sait ce qu'il fimt penser de l'hyperlhermie dans la fièvre jaune. Corre est d'avis que le sel quinique est sans danger à doses sages, mais complètement inutile. Selsis y est revenu et donne la quinine sous forme de bromlijdrate, pour combattre les accidents nerveux, qui sont des phénomènes ultimes dus le plus souvent à l'urémie, sur la(|uelle la quinine n'a évidemment aucune action.

L'idée d'appliquer au traitement de la fièvre jaune les substances antiseptiques devait naturellement venir à l'esprit de tous ceux qui voient dans cette maladie, avant que le fait ne soit démontré, une affection microbienne. Dans l'épidémie des îles du Salut, Rangé a employé avec avantage les lavements phoniques (50 centigrammes d'acide phénique pour 150 grammes de véhicule), lia constaté que ces lavements étaient suivis d'une forte transpiration. Sous l'empire des mêmes idées, Paul Gibier préconise l'antisepsie intestinale suivant la méthode du professeur Bouchard dans la fièvre typhoïde. C'est là une idée logique et qui méiite d'être prise en considération, puisque le tube intestinal est le seul point de l'organisme où l'on ait rencontré des bactéries, et que l'on gagnera toujours quelque chose à stériliser ce milieu de fermentation. D'ailleurs n'est-ce pas sous l'influence d'une préoccupation du même genre que l'on a toujours conseillé la médication purgative dont tout le monde a reconnu les avantages pratiques?

Traitement de la seconde période. Lovs(}u'on en est arrivé à la deuxième période, dont les phénomènes, comme on l'a vu, sont si variables, il n'y a plus d'autre médication à faire que celle des symptômes, en soutenant les forces de l'organisme. Pour y parvenir, on s'efforce de nourru- le malade au moyen de lait, de bouillon, on lui prescrit du vin et de l'alcool, aidé ou non de préparations de quinquina; la potion de Todd peut rendre les pins grands services; enfui, quand les forces s'abîment complètement, les injections hypodermiques d'éther doivent être largement mises en usage. Le délire, généralement tranquille et plein d'illusions, l'agitation qui ne dépasse pas certaines limites, nécessiteront seulement des applications froides sur la tête. La somno-

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lence et le coma pourront motiver des révulsifs plus ou moins énergiques sur la imtjue ou sur les membres inférieurs, ou des moyens dérivatifs sur le tube intestinal. Quant aux autres accidents, ils seront combattus de la manière suivante : aux vomissements qui s'accompagnent d'une épigastralgie si pénible, ou opposera, comme moyens internes, la glace, les boissons gazeuses froides, le Champagne frappé, la potion de lUvière, des limonades minérales, le perchlorure de fer, ou le sous-nitrale de bismuth à doses massives ; comme moyens externes, les compresses froides, les sinapismes, les vésicatoires au creux épigaslrique, et mieux que tout cela, les injections hypodermiques de morphine, qui seules calment le hoquet. Rangé s'est bien trouvé, contre ces deux symptômes, de la morphine et la liqueur d'Iloffmaim, à l'intérieur. Les hémorrhagies seront combattues : à l'extérieur, par les applications de glace, de perchlorure de fer, par tous les moyens liémostatiques médicamenteux ou chirurgicaux ; les narines seront au besoin tamponnées, les piqûres de sangsues saisies entre les mors d'une pince; à l'intérieur, on conseilla l'ingestion de morceaux de glace, les boissons glacées, le perchlorure de fer, les limonades minérales, l'ergot de seigle, l'ergotine en potion ou en injections hypodermiques. La suppression des urines nécessitera, d'abord, l'exploration par la sonde pour reconnaître si les urines ne sont pas seulement retenues dans la vessie, puis, dans le cas de suppression réelle, les frictions térébenthinées sur les lombes, les lavements nitrés et camphrés. Les ulcérations et les eschares seront surveillés et pansées, suivant les indications, au moyen de topiques non irritants.

La convalescence de la fièvre jaune doit être l'objet d'une surveillance attentive. Il faut savoir, en effet, que si les rechutes sont rares, elles sont toujours graves. Il convient d'instituer un traitement tonique, d'alimenter le malade avec précaution, un écart de régime pouvant avoir les plus sérieuses conséquences. Si le sujet est profondément débilité, il sera nécessaire de le renvoyer dans son pays ou tout au moins de le diriger sur quelque station élevée en altitude où il puisse regagner ses forces perdues.

Prophylaxie. Une aussi grave maladie, contre laquelle tous les moyens thérapeutiques échouent si souvent et si misérablement, mérite plus que toute autre qu'on s'occupe de la prévenir. La prophylaxie de la fièvre jaune tient tout entière dans les pages consacrées plus haut à l'étude de son étiologie. L'espace accordé à ce travail ne permet pas de reprendre une à une les conditions étiologiques pour en déduire les règles à suivre avec tout le développement nécessaire. 11 est cependant indispensable de compléter ce qui a été dit antérieurement en recherchant quelle est la durée de l'incubation de la fièvre jaune. Cela n'est pas aussi simple qu'on pourrait le croire, car, dans l'ignorance oîi nous sommes de la cause efficiente de la fièvre jaune, il £st impossible de connaître avec précision le moment où le malade a subi l'inlluence morbigène. On ne peut donc pas déterminer exactement la période de temps minimum nécessaire à l'incubation, mais on peut savoir du moins dans quelles limites cette durée varie. Rien n'est plus favorable à cette recherche que ce qui s'observe dans les épidémies confinées à une étroite localité ou à un navire. Ainsi, par exemple, dans l'épidémie des îles du Salut, à la Guyane, en 1885, la maladie ayant éclaté, sans importation, dans l'île Royale, alors que la colonie voisine était demeurée indemne, le surveillant G... arrive de France par un transport, le 26 février , il est atteint le 6 mars. L'incubation s'est opérée dans cette durée de huit jours. Mme A... vient de l'île Saint-Joseph à l'île Royale pour faire ses

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couches, qui ont lieu la nuit même de son arrivée. La fièvre jaune so déclara cinq jours plus tard. Deux malades entrent à l'Iiôpital pour conjoiiclivite; jis sont atteints de fièvre jaune huit jours après leur entrée. Voici maintenant un cas d'incubation plus courte : deux médecins font une autopsie, douze heures plus tard, l'un d'eux est saisi par la fièvre jaune (Range'). On ne pourrait pourtant affirmer, dans ces derniers cas, d'une manière positive, que la période d'incubation n'a duré que le temps indiqué, car les hommes atteints de conjonctivite vivaient dans l'île avant leur iiospitalisation et se trouvaient soumis à l'influence épidémique générale, et le médecin si rapidement frappé devait depuis quelque temps déjà voir des malades atteints de fièvre jaune. Les épidémies qui atteignent les navires fournissent des renseignements concordants. Le 9 mai 1870, l'aviso le Latouche-TréviKe, dont j'étais médeciii-niajor, arrive à Portau-I'rince. D'après le consul généial, il n'y avait alors en ville que des cas sporatiques de fièvre jaune. Le bâtiment laisse tomber l'ancre très-loin de la ville, devant Bisoton, et les communications indispensables avec la terre sont établies par l'inlermédiaire d'une embarcation montée par des noirs faisant déjà partie de l'équipage. Le lendemain, 10, l'aviso est accosté par un bâtiment de commerce, VAvchUecLe Renaud, venu du mouillage intérieur pour lui fournir son charbon. Le il, au matin, en présentant à, la visite un mousse atteint d'embarras gastrique sans gravité, le capitaine de ce navire déclare qu'il n'a pas encore eu de malades depuis son arrivée. Dans la journée, cependant, le consul génér.il nous fait avertir que la fièvre jaune vient d'éclater à bord des autres bâtiments de commerce mouillés dans la rade intérieure. Les deux navires se séparent définitivement le H au soir. Le 15, dans la soirée, un cas très-net de fièvre jaune se déclarait à bord du Latonclie-Tréville. L'incubation aurait donc duré trois jours s'il fallait la faire dater de l'arrivée, et deux seulement si, comme il est probable, la fièvre jaune nous fut donnée par l'entremise du cliarbon embarqué.

On s'accorde généralement à penser que l'incubation peut durer de quelques heures à douze ou quatorze jours (Blair). C'est sur celte base qus sont calculés les délais imposés par les règlements français aux provenances suspectes de fièvre jaune. E. Rochefort.

JJIUIVE (LI.4WE). Sous ce nom et sous celui de Liane bœuf, on emploie de temps immémorial aux îles Maurice, Rodrigues, Réunion, Madagascar, la racine du Danais fragrans Comnierson (Rubiacées), à titre de fébrifuge. A l'état frais, elle agirait par son suc comme un vulnéraire des plus énergiques. Comme tonique et fébrifuge, elle est employée en décoction dans l'eau.

Matière médicale. jCette racine cylindrique et ordinairement de la grosseur d'un fort porte-plume, atteint jusqu'à 5 à 6 centimètres de diamètre. Son écorce d'un rouge brun foncé est striée assez profondément dans le sens longitudinal ; à l'état sec elle présente à la cassure une couleur jaune orange vive, le bois est jaune réglisse et peu dense, la saveur du tout est légèrement douceâtre sans arrière-goùt bien manifeste.

A l'examen anatomique, cette racine présente, d'après Bourdon, quia fait de cette plante une étude approfondie (thèse deBordeaux, Faculté de méd., 1882) : [° une couche subéreuse formée de 4 à 5 rangées de cellules allongées tangentiellement et colorées en ronge foncé violacé ; les cellules épidermiques sont exfoliées; 2° une couche herbacée à cellules arrondies, dont la plupart sont

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