L. Hx
IIVSUIiA DE RElIi. VOÏJ. ClRCOJiVOLUTIOiNS et CoRPS STRIÉS.
iniTEBCOSTAE.E (xÉVRALGIE). On donne le nom d'intercostale à la névralgie des nerfs intercostaux. Chaussier, qui, au commencement du siècle, décrivit le premier avec quelque précision les caractères spéciaux aux affections douloureuses des nerfs, mentionne la névralgie intercostale dans son célèbre tableau syuoplique.il en attribue la première observation à Siebold. Lefait unique de Siebold concerne une jeune fille qui éprouva entre la 8*^ et la 9'' côte une douleur très-vive. Celte douleur suivait, dit-il, la distribution des nerfs situés entre les deux côtes, revenait par accès irréguliers et persista opiniâtrement toute la vie. On trouva par la dissection le nerf rougeàtre, amaigri, et il se demande si ce n'est pas une névralgie intercostale. Bassereau prétend que Fouquier, dès 181C, avait eu souvent l'occasion d'observer ce symptôme morbide et le signalait journellement aux élèves de son service, leur en indiquant les principaux caractères. C'est seulement en 1818 que parut un mémoire de P.-L.-A. Nicod, première étude complète de la question. L'habile chirurgien de Beaujon appuie son travail surplus de 200 cas qu'il dit avoir observés; il indique la plus grande fréquence de la névralgie chez la femme, sa localisation plus habituelle à gauche, son siège de prédilection aux septième, huitième et neuvième espace. Tantôt unique, tantôt compliquée d'autres névralgies, elle est le plus souvent périodique. Malgré le manque de précision, l'absence d'observations prises avec assez de détails, le mémoire de Nicod établit clairement l'histoire de la névralgie qui nous occupe. H n'eut cependant pas un grand retenlissemeut^; Les travaux qui suivirent de près, sauf quelques observations éparses et
dont le lecteur curieux retrouvera l'indication dans le livre de Valleix, sont peu importants. Ollivier en France (1826), Brown Isaac Porter en Angleterre, la décrivent en même temps que d'autres alfections douloureuses ayant une autre origine ou dont elle n'est qu'une manifestation isolée, et en particulier avec l'irritation spinale.
Laennec, qui sut si bien observer tout ce qui a Irait aux localisations morbides ihoraciques, paraît ne pas avoir méconnu la névralgie intercostale et, quoiqu'il ne l'isole peut-être pas suffisamment des autres affections douloureuses de la poitrine, il est facile de la reconnaître dans la description qu'il donne des névralgies pulmonaires :
« Il n'est pas rare de trouver des sujets qui, sans présenter aucun signe physique ou autre d'une maladie organique quelconque du poumon, et souvent avec une santé florissante d'ailleurs, éprouvent dans l'intérieur de la poitrine des douleurs vives, quelquefois même très-aiguës, passagères ou de longue durée, intermittentes ou continues. La douleur est tantôt bornée à un point, tantôt étendue, tantôt fixe, tantôt mobile; quelquefois elle se répand par moments sur les parois de la poitrine et les parties environnantes, en suivant le trajet des nerfs intei'costaiix, des nerfs Ihoraciques antérieurs, du plexus brachial et des diverses branches qui en naissent.
«11 me semble que, aux caractères de ces douleurs, on ne peut guère méconnaître des névralgies, affections dont le siège est bien certainement dans les nerfs, puisqu'elles en suivent le trajet, mais dont l'anatomie pathologique ne nous a point encore révélé la nature, puisque l'autopsie a donné jusqu'ici des résultats variables. Souvent on n'a trouvé aucune lésion notable du nerf affecté, quelquefois on l'a trouvé atrophié, d'autres fois plus volumineux que dans l'état naturel. Dans quelques cas rares on a vu le névrilème rougi par l'injection de ses vaisseaux ; on l'a trouvé entouré d'une matière gélatiniforme transparente, sans aucun caractère d'inflammation, et enfin quelquefois, mais très-rarement, on l'a vu infiltré de pus. Des lésions aussi variables doivent, ce me semble, faire soupçonner qu'elles sont dues à l'affection douloureuse qui constitue la névralgie, loin d'en être la cause. »
En 1840 Bassereau, dans une thèse inaugurale des plus remarquables, réunit les observations éparses de cette maladie et en établit les caractères d'une manière plus précise. Valleix publie vers la même époque d'abord un mémoire isolé, puis son traité des névralgies, dans lequel il établit d'une façon définitive la symptomatologie de cette affection et en fixe les points douloureux; il reconnaît cependant lui-même que les recherches de Bassereau sont antérieures aux siennes. Depuis les travaux de Valleix, l'histoire de cette affection est définitivement admise et classée dans les cadres nosologiques.
On sait que dans les névialgies la douleur suit le trajet du nerf affecté et s'exaspère à la pression en certains points, toujours les mêmes, et dont on peut par l'anatomie prévoir d'avance le siège. Point d'émergence d'un tronc nerveux ; point où un filet nerveux traverse les muscles pour se rapprocher de la peau dans laquelle il vient se jeter; point oii les rameaux terminaux d'un nerf viennent s'épuiser dans les téguments; endroit où les troncs nerveux par suite du trajet qu'ils ont à parcourir deviennent très-superficiels. Ces divers points correspondent en somme à l'origine des rameaux perforants. Les douze paires dorsales donnent chacune une branche antérieure et une branche postérieure. La branche postérieure perfore le3 muscles de la gouttière et ses filets se répan-
dent dans la peau. La branche antérieure, véritable nerf intercostal, chemine entre les deux côtes, d'abord profondément, puis dans l'épaisseur des muscles et devient superficielle au voismage du sternum. Vers le milieu du trajet le nerf se divise. Les deux premières paires envoient un rameau au bras, les autres à la peau du thorax. Donc la paire rachidienne peut être considérée comme fournissant trois rameaux perforants, et la névralgie intercostale se traduira par trois foyers douloureux à la pression ayant leur siège à ces trois émergences. Avant d'entrer plus au long dans la description de ses symptômes et de sa marche, disons un mot de sa fréquence et de son éliologie; nous en exposerons ensuite les symptômes et le traitement.
La névralgie intercostale est très-fréquente ; Valleix l'avait observée chez un enfant, mais le fait est rare. On l'observe peu aux âges extrêmes, mais plus souvent de dix-sept à quarante ans. Les femmes, Bassereau et tous les auteurs l'ont constaté, y sont bien plus exposées que les hommes, et cela dans la proportion de 51 contre il.
Le climat, des influences générales banales, ne font pas naître cette névralgie plus spécialement qu'une autre. En dehors du tempérament dit nerveux, nous citerons comme causes générales prédisposantes l'anémie, la chlorose, le lymphatisme, l'intoxication saturnine; comme causes locales directes, il faut mentionner le traumatisme, la carie des côtes, les affections des organes thoraciques, poumon, cœur, aorte, et principalement la tuberculose pulmonaire. Erb ajoute la dilatation des veines du canal vertébral. Les maladies de la moelle épinière donnent plutôt lieu à de fausses névralgies intercostales.
Bassereau avait remarqué la coïncidence fréquente des affections utérines avec la névralgie intercostale. 11 avait même constaté dans un grand nombre de cas, par le toucher vaginal, un point douloureux au côté du col correspondant. Il avait cru pouvoir conclure à l'origine utérine réflexe de l'affection qui nous occupe. C'était une interprétation erronée d'un fait réel. La douleur hypogastrique, les troubles utciins, la douleur dans un point h côté du col, sont des signes qui se rapportent à la névralgie lombo-abdominale. Dans les sept cas qui font le sujet de la discussion de Bassereau, il est clair qu'il y avait coïncidence de névralgie lombo-abdominale et de névralgie intercostale. Les affections douloureuses de l'utérus et de ses annexes et les troubles de la menstruation se rencontrent chez beaucoup de femmes atteintes de névralgies, mais pas plus spécialement de névralgie intercostale; ce fait a été établi parles statistiques consciencieuses de Valleix et confirmé depuis.
Beau rechercha dans l'estomac ce que Bassereau avait cru trouver dans l'utérus, et il se demanda si la dyspepsie ne serait pas l'origine et la cause de la névralgie intercostale. — 11 a commis également une erreur. — Dans le groupe hétérogène des dyspeptiques rentrent pour une large part les anémiques, les chloroanémiques, les névropathes et les rhumatisants, tous tributaires, à des titres divers, des névralgies. La névralgie intercostale n'est dans ces cas ni cause, ni effet, elle est la traduction des mêmes désordres dans la nutrition des mêmes diathèses.
Nous ne nions pas cependant que des phénomènes réflexes de voisinage puissent donner lieu à une névralgie intercostale.
Elles sont alors, comme le dit Peter, la réaction du contenu sur le contenant, et il cite comme exemple un fait de cohque hépatique accompagné de névralgie
intercostale. ChantemesseetLe Noir, Bouchard également, l'ont notée, et le plus souvent bilatérale, dans la dilatation de l'eslomac.
La maladie occupe le plus souvent le côté gauche. Tous les espaces peuvent en être affectés, mais elle siège de préférence aux sixième, septième et huitième. Le début est généralement insidieux. Elle se développe graduellement sans atteindre du premier coup son maximum d'intensité et disparaît avec la môme lenteur. Chez quelques sujets la névralgie est intermittente, s'apaisant pour un temps et faisant à des intervalles plus ou moins éloignés des retours offensifs, elle peut affecter le caractère intermittent : d'une durée variable et généralement très-longue, elle passe parfois à l'état chronique et devient très-rebelle à tous les traitements.
Les points douloureux sont au nombre de trois dont l'anatomie a fait prévoir le siège. Un point postérieur situé au voisinage du trou de conjugaison, un peu en dehors de chaque apophyse épineuse; un latéral vers le milieu de l'espace intercostal; un antérieur. Ce dernier moins bien limité est situé entre le sternum et le point d'union des côtes aux cartilages, à droite ou à gauche de la ligne blanche, lorsqu'il est épigastrique; entre les cartilages à la région précordiale. Le point postérieur est situé en dehors de chaque apophyse épineuse et à peu près vis-à-vis du trou de conjugaison. Ce point douloureux est très-limité. Trousseau en a contesté le siège et le plaçait sur les apophyses épineuses mêmes des vertèbres et non dans la gouttière. Le point douloureux apophysaire est en effet comnmn à beaucoup de névralgies, et Armaingaud a insisté sur ce fait. Cependant, si dans la névralgie intercostale qui n'est pas en rapport avec une maladie des centres nerveux on recherche le siège de la douleur à la pression en explorant successivement avec un seul doigt la crête des apophyses épineuses et la gouttière vertébrale, c'est dans la gouttière très-près de la ligne médiane qu'on fera naître la douleur profonde. Le diamètre moyen de cette région sensible était dans les observations de Yalleix d'environ o centimètres et, loisqu'il acquérait une étendue plus grande, c'est toujours vers l'espace intercostal qu'il s'avançait et non du côté des vertèbres. L'étendue des autres régions douloureuses est à peu près la même. On distingue plusieurs ordres de sensations douloureuses : elles sont spontanées, constantes ou intermittentes ; elles peuvent être provoquées. La douleur constante siège sur tout le trajet du nerf, continue et contusive; c'est une sensation sourde qui peut disparaître par courts intervalles, s'exaspère par la toux, les mouvements brusques, les fortes inspirations, l'élévation des bras. D'une façon intermittente celte sensation est remplacée par des élancements et par un sentiment de déchirure ou de piqûre dans les points d'élection. Généralement ces élancements suivent le trajet du nerf du rachis au sternum, mais ils peuvent partir des trois points d'émergence à la fois. Yalleix les a vus partir en même temps du point antérieur et du point postérieur pour paraître se rejoindre vers le milieu de l'espace. Chez un malade ils apparaissaient dans ce milieu même et divergeaient ensuite vers les deux points extrêmes. Il arrive aussi qu'ils restent fixés sur un seul point.
La douleur provoquée est la plus constante. Elle se retrouve toujours dans les trois points classiques, elle est comparable à celle qu'on produit quand on exerce une pression sur une région meurtrie et réveille parfois les pénibles élancements.
La peau est souvent douloureuse, mais, si on prend la précaution d'en soulever un pli entre les doigts et de presser au-dessous, la douleur est provoquée au
siège des rameaux perforants. L'hyperesthe'sie de la peau est quelquefois si marquée que le simple frottement des vêlements devient très-pénible. Quelquefois au contraire il y a de l'aneslhésie cutanée. La peau peut aussi être le siège d'une éruption particulière qui accompagne, précède ou suit la névralgie : c'est le zona intercostal. Toute lésion capable d'amener d'une manière quelconque une irritation d'un tronc ou d'un rameau nerveux peut faire naître un zona siégeant sur le territoire cutané correspondant. Le zona peut être aussi l'expression d"un élat infectieux dont l'agent morbide, microbe ou ptomaïnes, exercerait par sa localisation une influence marquée, dans le cas qui nous occupe, sur les nerfs intercostaux ou les ganglions spinaux. Landouzy fait remarquer, pour appuyer cette manière de voir, que la maladie est cyclique et ne récidive pas. Il n'y a pas lieu d'exposer ici ces diverses théories, nous voulions seulement noter la corrélation qu'il peut y avoir entre la névralgie intercostale et l'apparition de vésicules d'herpès sur le trajet du nerf. Rappelons seulement que le zona n'est pas nécessairement une névralgie (Landouzy) et que la névralgie s'accompngne quelquefois de zona.
Ces névralgies à troubles trophiques sont généralement des névrites. Un trouve alors dos altérations des ganglions spinaux et d'autres fois les signes d'une névrite parenchymateuse périphérique : segmentation de la myéline, prolifération des noyaux des segments interannulaires, disparition du cylindreaxe, atrophie plus ou moins complète des fibres nerveuses [Pitres et Vaillard). Déjà au début de ce travail je citais une observation de névralgie intercostale, la première dont l'histoire ait été publiée, dans laquelle on trouva par la dissection le nerf rougeàtre amaigri. L'histologie permet aujourd'hui de constater des lésions moins grossières, mais elles ne sont pas constantes dans la névralgie intercostale.
La maladie retentit faiblement sur les autres fonctions organiques. On a signalé comme phénomènes moteurs consécutifs des troubles respiratoires. Elle est apyrélique en général et ne trouble pas les fonctions digeslives. Pourtant Yalleix a signalé quelques troubles gastro-intestinaux et un cas dans lequel des vomissements ont paru être la conséquence de la névralgie dorso-intercostale : Woillez a observé un certain nombre de faits de même genre.
Le diagnostic est généralement assez facile. Les points douloureux doivent être recherchés. On explorera avec la pulpe du doigt successivement chacun des espaces intercostaux du rachis au sternum et on trouvera un ou plusieurs des points douloureux. Dans les cas douteux on compare avec le côté sain. Lorsqu'un malade souffre d'un point de côté, cette exploration est nécessaire même en dehors des autres examens, la névralgie pouvant veuir compliquer d'autres affections pulmonaires ou cardiaques. Rarement le malade indique d'une façon précise les trois points douloureux, comme dans le cas d'une petite fille, citée par Yalleix. qui, se présentant à la consultation du bureau central, dit : h J'ai mal là, là et là », en montrant successivement avec l'extrémité de son doigt le point postérieur, le point médian et le point antérieur-
Le diagnostic différentiel doit principalement être fait avec la pleurodynie, les affections aiguës des voies respiratoires, les maladies du cœur, la colique hépatique, les affections de l'estomac, les maladies de la moelle.
La pleurodynie occupe une large étendue et n'a pas de foyers douloureux d'où partent des élancements. On provoque de la douleur en saisissant à pleines mains les masses charnues de la paroi thoracique, mais on n'en fait naître
aucune en pressant dans l'espace intercostal et sur les points de Valleix.
La pleurésie et la pneumonie donnent lieu à un point décote limité; la fièvre, les signes d'auscultation, l'absence des trois points, permettent d'éviter la confusion.
Les maladies de la moelle ont également leurs caractères spéciaux, elles donnent lieu à des fausses névralgies généralement bilatérales.
Les douleurs thoraciques par carie vertébrale ou fracture de côte augmentent à la pression de certains points, mais situés sur la côte même ou sur la vertèbre, et non dans l'espace intercostal.
Les affections douloureuses et dyspnéiques du tborax sont assez nombreuses, la névralgie occupe généralement plusieurs espaces. Il en résulte un endolorissement général assez étendu du côté du thorax et, malgré la présence d'élancements et d'irradiations douloureuses, cette forme de névralgie passe facilement inaperçue et donne plus souvent lieu à des erreurs de diagnostic que les affections douloureuses d'autres cordons nerveux ; à un examen superficiel elle peut donner le cliange et faire croire à une maladie bien plus grave. Lorsque la douleur siège dans le cinquième espace, le point antérieur correspond à peu près à la pointe du cœur. 11 est réveillé par les battements de l'organe. Si le patient est en même temps névropathe et anémi(iue, il aura des palpitations, on entendra un bruit de souffle, il se croira atteint d'une affection cardia(|uo. Mais on sait que les maladies de la mitrale sont indolores, et la recherche des trois points névralgiques empêchera de croire à cette fausse maladie du cœur. Le diagnostic devient plus embarrassant dans le cas de névralgie des premiers espaces compliquant l'angine de poitrine en la faisant supposer. La douleur de Vangor pectoris donne la sensation toute spéciale de la vie qui s'éteint. Rien de semblable dans la névralgie.
Cooper a décrit d'une manière distincte la névralgie mammaire. La glande mammaire reçoit ses nerfs dos intercostaux, mais elle peut être isolément le siège de douleurs dans lesquelles on ne saisit pas aussi nettement les points de Valleix, sauf celui qui est situé près des vertèbres. Le palpation révèle quel(|uefois alors la présence d'un nodule un peu hypertrophié et douloureux. La marche de la maladie et l'examen des autres symptômes de voisinage éclairerait le diagnostic et empêcherait de croire à ces fausses maladies du sein.
A ces fausses maladies du cœur et du sein que Peter a fort bien décrites il faut ajouter les fausses maladies de l'estomac. Le point épigastrique peut faire croire à une maladie de cet organe, mais il ne dépasse pas la ligne médiane. Enfin cette même névralgie peut aussi être prise pour une maladie du foie. Lorsqu'on a diagnostiqué anatomiquement une névralgie intercostale, il reste, point généralement plus malaisé, à remonter à sa cause. Est-ce une névralgie ou une névrite, de quelle altération générale ou locale dépend-elle? Les troubles trophiques feront penser à la névrite. Les affections locales des organes voisins feront supposer la nature réflexe de l'affection. Le plus souvent les névralgies du côté gauche sont de cause générale qui rentrent dans l'étiologie banale de toutes les névralgies, trois méritent une mention spéciale parce qu'ils impriment à ce syndrome les caractères distincts. Ce sont le rhumatisme, la chloroanémie, la tuberculose.
La névralgie rhumatismale survient dans le cours d'un rhumatisme articulaire aigu, précède les manifestations articulaires, les suit ou alterne avec elles. Dans d'autres cas elle succède à une impression de froid. Si le sujet qui en est
porteur présente les attributs de l'artliritisme avec ou sans cette cause occasionnelle, la maladie peut être dite rhumatismale. Elle a généralement une évolution rapide, débute brusquement et Unit de même. Il y a aussi des névralgies rhumatismales à forme lente et chronique, elles se rapprochent alors de celle des chloro anémiques, et il est assez difficile de les en distinguer.
L'anémie est pour ainsi dire la règle chez les sujets atteints de névralgie intercostale. En 184.0, quand la médication spoliatrice était si en honneur, Yalleix etles divers auteurs quis'élaienl occupés de ce syndrome avaient remarqué l'inefficacité des émissions sanguines. Chez les chloro-anémiques elle est trèsfréquente et elle est en même temps très-rebelle, disparaissant pour revenir et disparaissant lentement de même qu'elle s'est installée graduellement.
Les névralgies de toute espèce, et spécialement la sciatique, sont fiéquentes chez les tuberculeux. Mais le nerf intercostal est aussi très-souvent atteint chez eux. Il donne lieu alors plus souvent à une éruption de zona et la névrite a plus d'une fois été constatée à l'autopsie. Sa marche est chronique.
La névralgie intercostale ne met pas par elle-même la vie en danger, elle est seulement d'une durée dans certains cas très-longue. Son pronostic dépend de la cause qui lui a donné origine.
Le traitement est symplomatique ou causal. La médication symptomatique est surtout locale. On aura recours aux révulsifs ; pointes de feu, vésicaloires sur les points douloureux, badigeonnages iodés, sinapisation, douches chaudes et froides. A ces actions locales on peut joindre la médication anodine et narcotique, les liniments anodins, les injections hypodermiques : morphine, atropine, antipyriiie, chloroforme. Nus^haùm a pratiqué l'élongation du nerf.
La médication causale qui peut s'appliquer concurremment s'adressera d'abord aux causes locales, si elles existent : affection de l'estomac, du foie, du poumon. On devra, suivant les cas, comhattre le nervosisme, presque toujours en cause, ainsi que l'anémie. Pour cela on aura principalement recours à l'hydrothérapie et aux ferrugineux. La diathèse rhumatismale sera atteinte par le salicylate, l'antipyrine, les sudation^, et dans les cas chroniques les sulfureux, les alcalins, les eaux thermales. Dans la tuberculose, elle ne donne pas lieu à des indications spéciales. On appliquera la médication locale et on soutiendra les forces. Les vésicaloires volants souvent renouvelés nous ont toujours donné d'excellents résultats.
Le froid est, l'ennemi des nerfs. Les sujets exposés à la névralgie inlercostale devront avoir la paroi thoracique chaudement couverte. Conseillez une couche de ouate iodée ou un emplâtre agglutinatif, quand la maladie est à son déclin. Après la guérison l'usage de flanelle. L. Mkjxari».
INTERCOSTAUX (MuscLEs;. Les intercostaux sont des muscles larges et minces, situés, comme l'indique leur nom, dans les espaces intercostaux, et réunissant, pour chacun d'eux, la côte qui est au-dessus à la côte qui est audessous. Au nombre de deux pour chaque espace, ils se superposent de dehors en dedans et se distinguent en intercostaux externes et intercostaux internes. De plus, ils sont en nombre égal à celui des espaces intercostaux : on compte donc, de chaque côté du tronc, H intercostaux externes et 11 intercostaux internes. Conformément à la nomenclature adoptée pour les côtes, ou les désigne sous les noms de 1", 2% 3% etc., en allant de haut en bas.
Revêtant la forme de l'espace qu'il est destiné à combler, chaque intercostal desure toute la hauteur de cet espace. Mais il est un peu moins long que lui.
de telle sorte que, partant de l'une des extrémités de cet espace, il ne peut aller jusqu'à rextrémité opposée. C'est ainsi que les intercostaux externes, qui s'étendent en arrière jusqu'à l'extrémité vertébrale de l'espace, s'arrêtent en avant à l'articulation de la côte avec son cartilage costal. De même, les intercostaux internes, qui, en avant, commencent au sternum, ne dépassent pas en arrière l'angle des côtes. Toutefois les uns et les autres sont prolongés jusqu'à l'extrémité qu'ils n'atteignent pas par une lame aponévro-
tique.
Insertions, l" Les intercostaux externes sont constitués par une série de petits faisceaux parallèles, à la fois charnus et tendineux, s'insérant, d'une part, sur le bord inférieur (lèvre externe) de la côte qui est au-dessus; d'autre part, sur le bord supérieur (lèvre externe) de la côte qui est audessous. Ces faisceaux se dirigent obliquement de haut en bas et d'arrière en
avant.
2° Les intercostaux internes sont formés également de faisceaux parallèles qui s'insèrent, en haut, sur le bord inférieur (lèvre interne) de la côte qui est au-dersus; en bas, sur le bord supérieur (lèvre interne) de la côte qui est audessous. Ces faisceaux se portent obliquement de haut en bas et d'avant en arrière et croisent en sautoir, par conséquent, ceux des intercostaux externes dont l'obliquité est dirigée en sens contraire.
Rapports. Les intercostaux externes sont recouverts par les différents muscles qui viennent prendre attache sur la région costale, savoir : L; grand et le petit pectoral, le scalènc postérieur, le grand dentelé, les petits dentelés postérieur et supérieur, le grand dorsal, etc., etc.
a. Les intercostaux internes répondent à la plèvre, dont ils sont séparés, en avant, par le triangulaire du sternum, et, en arrière, par la série toujours incomplète des muscles sous-costaux.
S. Dans chaque espace, l'intercostal externe et l'intercostal interne sont séparés l'un de l'autre par un espace triangulaire à base supérieure, très-marqué en arrière, mais s'atténuant progressivement en avant où les deux lames musculaires- arrivent en contact. Cet espace, dont la base correspond exactement à la gouttière de la côte, loge le nerf et les vaisseaux intercostaux, superposés comme suit dans le sens vertical et de haut en bas : la veine, l'artère, le nerf.
Action. Les physiologistes sont généralement d'accord pour rattacher le rôle des intercostaux à la fonction respiratoire. Mais sont-ils inspirateurs? soiU-ils expiraleurs? En d'autres termes, élèvent-ils les côtes ou les abaissent-ils? On a émis à ce sujet et sans pouvoir s'entendre les opinions les plus contradictoires. On trouvera longuement exposée dans les traités classiques la longue série de ces opinions; nous croyons inutile de la reproduire ici, chacune d'elles pour ainsi dire devant être invariablement suivie d'une réfutation.
Les intercostaux externes et les intercostaux internes, continuant au thorax les deux importantes lames musculaires de l'abdomen, le grand oblique et le petit oblique ne paraissent jouer, relativement à la cavité qui loge l'appareil cardio-pulmonaire, que l'office de simples parois élastiques. La transformation même d'un grand nombre de leurs faisceaux constitutifs en tissu iibreux nous indique nettement qu'ils n'ont à jouer, dans la mécanique du thorax, qu'un rôle bien secondaire. Nous estimons, avec Cruveilhier, qu'ils n'interviennent jamais par leur contractilité dans la respiration ordinaire. Ils ne doivent entrer
DICT. ENC. 4,° S. XVL ^
en jeu d'une façon véritablement active et se contracter que dans les ad es respiratoires exagérés et anormaux, pour lutter contre la ])ression aérienne également exagérée et anormale, que cette pression vienne du dehors, comme cela se produit dans une forte inspiration, ou qu'elle vienne du dedans, comme cela s'observe dans une expiration violente ou contrariée.
Anomalies. Les anomalies des intercostaux ne présentent qu'une médiocre importance. On a vu quelques intercostaux externes s'étendre jusqu'au sternum et quelques intercostaux internes se prolonger, de même, jusqu'à la colonne vertébrale. L'extension de l'intercostal externe est normale, du reste, pour certains espaces. « Le bord antérieur de chaque intercostal externe, dit Theile, se reporte de plus en plus en avant dans l'espace intercostal, à mesure que le muscle devient plus inférieur; à partir du A" espace intercostal, il atteint le cartilage; au 7^, au 8" et au 9'\ il se trouve dans l'intervalle des cartilages; enfin, au iO'' et au 11% il s'étend jusqu'au sommet de la 11'^ et de la d2^ côtes. »
Il n'est pas très-rare de voir les derniers intercostaux externes et internes se fusionner partiellement, les premiers avec le grand oblique, les seconds avec le petit oblique; ces connexions n'ont rien que de ttès-naturel, les muscles intercostaux n'étant que la continuation des deux obliques, lesquels ont été fractionnés au thorax en segments indépendants par l'apparition des côtes. On conçoit dès 'ors que les côtes surnuméraires, une 7" cervicale et une 15*= dorsale, par exemple, entraînent comme conséquence l'apparition d'intercostaux surnuméraires.
Schœmaker (Hollcmd's Archiv, Bd. II) a constate sur les intercostaux internes la séparation de la portion osseuse et de la portion cartilagineuse. Cette disposition, qui se rencontre le plus fréquemment au niveau des 3"^, 4^, 5* et 6^ espaces intercostaux, est fort rare; elle a été mentionnée de nouveau en 1871 par Macalister. J'ai rencontré moi-même sur trois sujets ces interstices séparatifs, la première fois dans le o*" espace intercostal, les autres fois dans le 4"^. Quoique peu étendus, ils n'en divisaient pas moins le muscle intercostal interne en deux portions : une portion interosscuse située en arrière {muscle intercostal) proprement dit, et une portion intercarlilagineuse située en avant {muscle interchondral). L. Testlt.
IXTERCOSTAUX (Nep.fs). Les nerfs intercostaux {nervi intercostales seu snbcostales), ainsi appelés parce qu'ils parcourent d'arrière en avant les espaces intercostaux, sont constitués par les branches antérieures des douze paires dorsales. Ils sont destinés aux parois du thorax et à celles de labdomen. Ils sont au nombre de douze et se distinguent en 1*^% 2% 3«, 4% etc., en allant de haut en bas; le premier occupe le premier espace intercostal ; le douzième est situé au-dessous de la 12*^ côte.
Les nerfs intercostaux présentent des caractères généraux qui permettent de les comprendre dans une description commune, et aussi des caractèies particuliers qui les distinguent les uns des autres.
I. Caractères communs aux nerfs intercostaux. Les nerfs intercostaux prennent ce nom immédiatement en dehors des trous de conjugaison, au moment où les troncs rachidiens (nerfs dorsaux) se bifurquent chacun en une branche antérieure et une branche postérieure. Ils répondent à ce niveau au ligament
transverso-costal supérieur, qui sépare l'une de l'autre, pour chacune des paires dorsales, ces deux branches de bifurcation.
Dès son origine, chaque nerf intercostal abandonne deux filets anastomotiques [racines communicantes) au cordon du grand sympathique {voij. ce mot); un filet siipérieur ou ascendant, qui se rend au ganglion thoraciquc situé audessus; un filet inférieur ou descendant, (\m se porte dans le ganglion thoracique situé au-dessous. Après avoir fourni ces deux rameaux, il se dirige en deiiors vers l'espace intercostal correspondant : il chemine d'abord entre le muscle intercostal externe et la lame fibreuse qui prolonge jusqu'aux corps vertébraux le muscle intercostal interne, il s'engage ensuite entre les deux intercostaux et conserve cette situation jusqu'à l'extrémité antérieure de l'espace intercostal oij il se termine.
Dans son trajet dans l'espace intercostal, il est situé tout d'abord à égale distance de la côte qui est au-dessus et de la côte qui est au-dessous, mais, eu atteignant la région de l'angle, il s'infléchit en haut pour se rapprocher du bord inférieur de la côte qui est au-dessus et s'accole alors au côté inférieur des vaisseaux intercostaux, qui cheminent parallèlement à lui, en occupant la gouttière costale.
Les nombreux rameaux que fournissent les nerfs intercostaux au cours de leur trajet se distinguent en rameaux musculaires, rameaux sous-costaux, rameaux anastomotiques, rameaux costaux ou perforants.
1" Rameaux musculaires. Très-nombreux, toujours très-grêles et d'une longueur très-variable, ces rameaux se perdent dans les muscles intercostaux internes et externes, dans les sous-costaux, dans le triangulaire du sternum, dans les snr-costaux, dans les muscles de l'abdomen. On voit se détacher en outre des quatre premiers nerfs intercostaux, d'après Rieliinder, des filets trèsdéliés, qui viennent se distribuer aux quatre digitations du muscle petit dentelé poste'rieur et supérieur. De mémo, les trois avant-derniers nerfs intercostaux (9% 10% W") envoient des filets au petit dentelé postérieur et inférieur.
2" Rameaux sous-costaux. On peut désigner sous ce nom des filets excessivement grêles qui, après avoir perforé le muscle intercostal interne, se portent sur la face interne, soit de la côte qui est au-dessus, soit de la côte qui est audessous. Ils se terminent dans le périoste, dans l'os et probablement aussi dans le feuillet pariétal de la plèvre.
5° Rameaux anastomotiques. Indépendamment des rarai communicantes, signalés plus haut, qui unissent les nerfs intercostaux aux ganglions du grand sympathique, quelques nerfs intercostaux s'anastomosent avec les nerfs intercostaux voisins par de petits filets qui croisent soit verticalement, soit obliquement, la face interne des côtes.
4" Rameaux cutanés ou perforants. Ces rameaux sont au nombre de deux pour chaque nerf : un rameau perforant latéral et un rameau perforant antérieur.
Le rameau perforant latéral se sépare du nerf intercostal à la partie moyenne de l'espace intercostal. 11 perfore alors de dedans en dehors le muscle intercostal externe et se partage immédiatement après en deux rameaux secondaires : l'un antérieur, qui se porte d'arrière en avant et vient se distribuer à la peau de la région antérieure du thorax; l'autre postérieur, qui se dirige en arrière et s'épuise dans la peau de sa paroi latérale.
Le rameau perforant antérieur constitue la partie terminale de l'intercostal;
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toujours moins volumineux que le précédent, il arrive à la peau, dans le voismage de la ligne me'diane antérieure, et se partage immédiatement après en deux aroupes^de filets : des filets internes, qui se distribuent à la peau de la région médiane du tronc; des filets externes, qui se portent d'avant en arrière à la rencontre du rameau antérieur du nerf perforant latéral et s'épuisent, comme ce dernier, dans la peau de la paroi antérieure du thorax,
II. Caractères particuliers des différents nerfs intercostaux. 1" Premier nerf intercostal. Le premier nerf intercostal se distingue de tous les autres nerfs mtercostaux par sa ténuité. Il ne représente, du reste, qu'une bien faible portion de la 1'^'' branche dorsale, la plus grosse portion de cette branche allant constituer le plexus brachial {voy. ce mot). Le premier intercostal se caractérise encore par ce fait qu'il ne possède pas de rameau perforant latéral. L'équivalent de ce rameau devrait être recherché, d'après Schwalbe [Nervenlehre, in Hoffmanns llandbuch), dans une partie des fibres qui sont apportées au plexus brachial par la branche antérieure de la première paire dorsale et qui viennent s'accoler soit au nerf brachial cutané interne, soit à son accessoire.
Le premier nerf intercostal contourne le bord externe de la première côte, s'étend jusqu'au sternum et là se distribue à la peau.
2° Deuxième nerf intercostal. Le deuxième intercostal est remarquable en ce que son rameau perforant latéral, au lieu de se distribuer à la peau du thorax, se porte en dehors, pénètre dans l'aisselle, s'y anastomose avec l'accessoire du brachial cutané interne et finalement s'épuise dans la peau de la région interne du bras.
Il résulte des recherches du professeur Cunningham {Journal of Anatomy and Physiology, t. XI, p. 539) que le deuxième intercostal envoie ordinairement (27 fois sur 57 sujets) un rameau anastomotique à la branche qui de la première paire dorsale se rend au plexus brachial.
3» Troisième nerf intercostal. Son rameau perforant latéral débouche, comme celui du nerf précédent, sur la paroi interne du creux de l'aisselle; il abandonne un petit filet à la peau de la région mammaire et vient se distribuer ensuite à la peau de la face interne du bras, en s'anastomosant avec l'accessoire du brachial cutané interne.
4» Quatrième et cinquième nerfs intercostaux. Ces deux nerfs se distin- «Tuent par les trois particularités suivantes : a, le filet postérieur de leur rameau perforant latéral se distribue à la face postérieure de l'épaule; b, le filet antérieur de ce même rameau est principalement destiné à la glande mammaire et au mamelon; c, leur extrémité antérieure, enfin, fournit, au voisinage du sternum quelques filets au muscle triangulaire du sternum.
5° Sixième et septième nerfs intercostaux. Ces deux nerfs rentrent absolument dans la description générale; ils présentent cependant, comme caractères distinclifs, quelques rameaux plus ou moins grêles qu'ils abandonnent à la partie supérieure des muscles grand oblique et grand droit de l'abdomen.
6" Huitième, neuvième, dixième et onzième nerfs intercostaux. Ces quatre nerfs sont situés tout d'abord dans les espaces intercostaux formés par les fausses côtes ; arrivés à l'extrémité antérieure de ces espaces, ils perforent les insertions costales du diaphragme, croisent obliquement les cartilages costaux, s'engagent entre les muscles larges de l'abdomen, auxquels ils abandonnent de nombreux
INTEIIGOSTAUX. 53
filets, et atteignent ainsi le bord externe du grand droit. Là ils fournissent un premier rameau perforant antérieur qui traverse d'arrière en avant le bord externe de ce muscle et se distribue ensuite à la peau, puis ils pénètrent dans la gaine du muscle grand droit, donnent plusieurs filets à ce muscle et, finalement, perforent son bord interne {deuxième rameau perforant antérieur), j)Our venir se distribuer à la peau de la région médiane de l'abdomen.
Il résulte de la description précédente que le muscle grand droit de l'abdomen est traversé d'arrière en avant par une double rangée verticale de rameaux perforants, destinés à la peau, et qui correspondent l'une au bord externe du muscle {perforant externe), l'autre à son bord interne {perforant interne).
Quant aux rameaux perforants latéraux des 8% 9'', 10'' et 11'' nerfs intercostaux, ils perforent le grand oblique avant de se rendre au territoire cutané, auquel ils sont destinés, et suivent pour l'atteindre un trajet de plus en plus oblique en bas et en avant.
7" Douzième nerf intercostal. Le 12'^ nerf intercostal, auquel on ne donne ce nom que par analogie, puisqu'il ne chemine pas dans un espace intercostal comme les nerfs précédents, sort du canal racbidien entre la 12" vertèbre dorsale et la l'"'^' lombaire. Après avoir envoyé un rameau anastomoti(iue au l" nerf lombaire, il croise en avant les insertions costales du muscle carré des lombes, longe le bord inférieur de la 12*^ côte, s'engage entre les muscles tranvcrse et petit oblique et se termine de la même façon que les quatre branches précédemment décrites.
Le rameau perforant latéral du 12'" nerf intercostal se dislingue de tous les autres par son trajet et sa distribution : après avoir traversé le muscle grand oblique, il se porte verticalement en bas dans le tissu cellulaire souscutané, croise la crête iliaque et s'épanouit alors en de nombreux et longs rameaux destinés à la peau de la région fessière.
III. Anomalies. Les nerfs intercostaux se divisent quelquefois en deux rameaux, lesquels cheminent parallèlement dans les espèces intercostaux et se réunissent de nouveau après un trajet plus ou moins long; une telle disposition rappelle de tous points les anastomoses longitudinales ou elliptiques des artères.
Les anastomoses que nous avons décrites ci-dessus entre les nerfs intercostaux voisins sont loin d'être constantes : on les observerait le plus souvent, d'après M. Krause, entre le 2'" et le i'\
Il n'est pas extrêmement rare de voir le l" nerf intercostal s'épuiser dans les muscles intercostaux et manquer ainsi de rameau perforant antérieur.
La branche cutanée fessière du 12° nerf intercostal peut être fournie par le 1" nerf lombaire; dans ce cas, le rameau perforant latéral du 12'^ nerf intercostal, moins développé que d'habitude, se distribue aux téguments compris entre la 12e ^ôte et la crête iliaque.
L'anastomose du 12'' intercostal avec le 1'^'^ nerf lombaire est très-variable dans son volume, mais elle l'est aussi dans sa situation : c'est ainsi qu'elle peut se faire le long du bord externe du carré des lombes ou même dans l'épaisseur de la paroi abdominale.
Ces variations anatomiques des nerfs intercostaux, auxquelles on pourrait en ajouter quelques autres, sont, comme on le voit, peu étendues : elles n'ont, du reste, en médecine ou en chirurgie, aucune importance. L. Testut.
54 llNTKRCOSTAUX.
IXTERCOSTAUX (Vaisskaux). I. Artères. Les artères iiitercostales, aiiisi appelées parce qu'elles parcourent d'arrière en avant les espaces intercostaux, sont au nombre de douze de chaque côté (Sœmmerring, Weber), la 1" occupant le premier espace intercostal, la 12"= cheminant .avec le 12'" nerf intercostal au-dessous de la 12" côte.
Origine. \)e ces douze artères intercostales, les deux ou trois premières proviennent d'un tronc commun, V intercostale supérieure, issu lui-même de la sous-clavière. L'aorte tlioracique fournit toutes les autres, c'est-à-dire les dix ou les neuf dernières, que l'on appelle pour cette raison intercostales aortiqiies.
L'artère intercostale supérieure se détache de la partie postérieure ou inférieure de la sous-clavière, tout près de la cervicale profonde, souvent par un tronc commun avec cette dernière, puis elle se porte en bas en longeant la côte externe du grand sympathique, croise successivement le col de la 1" et de la 2"^ côte et émet en dehors deux ou trois branches pour les deux ou trois premiers espaces intercostaux. La 1'''= de ces branches, destinée au 1^'' espace intercostal, s'anastomose constamment avec les divisions antérieures de l'acromiothoracique, branche de l'axillaire.
Les intercostales aortiques naissent régulièrement de la face postérieure de l'aorte, presque toujours isolément, quelquefois cependant par des troncs communs à deux artères voisines. A l'exception des deux premières qui sont légèrement obliques en haut et en dehors, toutes les intercostales aortiques se portent horizontalement vers les espaces intercostaux auxquels elles sont destinées, formant ainsi avec le (ronc artériel dont elles émanent un véritable angle droit. Du reste, elles se logent profondément dans les gouttières transversales des corps vertébraux, en arrière du grand sympathique et de la plèvre.
Volume et rapports. Le volume des artères intercostales est sensiblement égal à gauche et à droite. Les faits d'observation ne justifient nullement Ihypothèse admise par quelques anatomistes, à savoir que les intercostales droites l'emportent en volume sur leurs homologues du côté gauche.
11 n'en est pas de même au point de vue de la longueur et des rapports : l'aorte étant située à gauche de la ligne médiane, les intercostales droites sont naturellement plus longues que les intercostales gauches. En outre, les intercostales droites croisent successivement dans leur parcours l'œsophage, le canal thoracique, la grande veine azygos et le cordon sympathique du côté droit; les intercostales gauches se contentent de croiser le cordon du sympathique correspondant et la petite azygos.
Distribution. Le mode de distribution des branches intercostales est le même pour toutes les artères, qu'elles proviennent de l'intercostale supérieure ou qu'elles naissent de l'aorte. Avant d'atteindre les trous de conjugaison elles abandonnent quelques fins rameaux aux corps vertébraux sur lesquels elles cheminent. Arrivées au devant des trous de conjugaison, elles se partagent chacune en deux branches ; V une postérieure, l'autre antérieure.
1" La bt^anche postérieure, qu'on appelle communément branche dorsospinale, se dirige en arrière el se divise presque aussitôt en deux rameaux, un rameau spinal et un rameau dorsal : a. Le rameau spinal pénètre par le trou de conjugaison correspondant et arrive dans le canal rachidien, où il se termine en partie sur les corps vertébraux, en partie sur la moelle épinière et ses enveloppes [voy. Moelle); b, le rameau dorsal, continuant le trajet de la
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branche dorso-spiuale, débouche dans les gouttières vertébrales et se distribue en fins rameaux aux muscles spinaux et aux téguments qui les recouvrent.
2" La brandie anlévieure ou intercostale proprement dite, beaucoup plus volumineuse que la précédente, glisse tout d'abord entre la plèvre et le muscle intercostal externe; elle s'engage ensuite entre les muscles intercostal externe et intercostal interne, et vient finalement se loger dans la gouttière costale, entre la veine qui est au-dessus et le nerf qui est au-dessous. Elle chemine ainsi d'arrière en avant jusqu'au tiers antérieur de l'espace intercostal; arrivée là, elle abandonne la gouttière costale pour se placer à la partie moyenne de l'espace et se partage bientôt après en deux rameaux, l'un supérieur, l'autre inférieur, lesquels vieiment s'anastomoser par inosculation avec les intercostales antérieures correspondantes, branches de la mammaire interne.
Dans leur trajet demi-ciiculaire autour du thorax, les artères intercostales abandonnent de nombreux rameaux aux côtes, aux muscles intercostaux, à la plèvre et au tissu cellulaire sous-pleural, à la glande mammaire et à la peau du thorax. On observe à peu près constamment un rameau long et grêle qui se détache de lartère intercostale au moment de son passage au-dessous de l'intercostal interne, gagne le bord supérieur de la cote qui est au-dessous et se distribue, après un parcours variable, au périoste de cette côte et aux muicles qui s'y attachent.
II. Veines. Les veines intercostales correspondent exactement aux artères de même nom. De même que chaque artère intercostale se divise, au devant du trou de conjugaison qui lui correspond, en deux branches, une branche dorsospinale et une branche intercostale proprement dite, de même les veines intercostales résultent de la fusion au même niveau : 1" d'une branche intercostale proprement dite, qui chemine d'avant en arrière dans l'espace intercostal parallèlement à l'artère et au-dessous d'elle ; 2" d'une ou de plusieurs branches dorsospinales, qui proviennent du canal rachidien ou des gouttières vertébrales.
Ainsi constituées, les veines intercostales se dirigent en dedans en suivant les gouttières des corps des vertèbres, recueillent encore quelques veinules émanant de ces corps vertébraux et se terminent de la façon suivante :
Il existe vingt-quatre veines intercostales, douze pour chaque côté du corps, une pour chaque espace intercostal. On les désigne comme les artères sous les noms de 1''% 2'=, 3% etc., en procédant de haut en bas.
1° Des douze veines intercostales droites, les deux ou trois premières aboutissent à un tronc unique, le tronc commun des veines intercostales supérieures droites, lequel vient se terminer, suivant les cas, soit dans le tronc brachiocéphalique correspondant, soit dans la veine cave supérieure, ou bien encore dans la grande veine azygos; ce tronc est, du reste, inconstant, car il n'est pas très-rare de voir les premières veines intercostales droites s'ouviir isolément dans l'un ou l'autre des troncs veineux précités. Les neuf ou dix dernières veines intercostales droites se jettent séparément dans la grande veine azygos {voy. Azygos).
2» De même, des douze veines intercostales gauches, les six ou sept premières se jettent dans un même tronc, le tronc com,mu7i des veines intercostales supérieures gauches, les cinq ou six dernières s'ouvrent isolément dans la petite veine azygos. Quant au tronc commun des veines intercostales supérieures gauches, il descend obliquement le long de la face latérale gauche de la
colonne vertébrale, augmente de volume au fur et à mesure qu'il progresse, et vient s'ouvrir tantôt dans la grande veine azygos, tantôt dans la petite azygos. Il est plus rare de le voir se terminer dans le tronc veineux bracliio-céphalique.
Le mode de terminaison des veines intercostales, tel que nous venons de l'indiquer, n'est pour ainsi dire qu'un schéma basé sur des moyennes. Leur mode d'abouchement soit dans les troncs communs, soit dans les azygos, varie en effet à l'infini, et il est pour ainsi dire impossible de trouver deux sujets présentant à ce point de vue des dispositions [absolument identiques. Il serait à la fois fastidieux et inutile d'énumérer ici môme les principales variétés; nous renvoyons à ce sujet le lecteur à l'article de M. Krause inséré dans Ilenle's Handbuch (zweite Auflage, Bd. III, S. 407) et au mémoire de Morrison [the Arrangement of the Azygos and Super ior Intercostal Veins), publié dans le Journal of Anatomy de 1879, p. 346-549.
III. Lymphatiques. On compte d'ordinaire dans chaque espace intercostal deux vaisseaux lymphatiques. Nés des muscles intercostaux et de la plèvre, ils suivent de dehors en dedans le trajet des vaisseaux sanguins correspondants; ils reçoivent aussi comme les veines intercostales, au niveau des trous de conjugaison, un ou plusieurs affluents lymphatiques provenant des gouttières vertébrales et du rachis. Ces vaisseaux lymphatiques aboutissent aux ganglions dits intercostaux.
Les ganglions intercostaux occupent la partie la plus interne des espaces intercostaux; on en compte deux ou trois pour chaque espace, quelquefois quatre, rarement un plus grand nombre. On en rencontre parfois entre les deux muscles intercostaux, mais la plupart d'entre eux s'appliquent contre la paroi latérale de la colonne dorsale.
Les lymplialiques effcrents des ganglions intercostaux suivent un trajet différent, suivant que l'on considère les ganglions des trois ou quatre premiers espaces ou les ganglions des huit ou neuf derniers. Les premiers se portent en haut et viennent s'ouvrir : ceux du côté gauche dans le canal thoracique, ceux du côté droit dans la grande veine lymphatique {voy. ces mots). Tous les autres descendent verticalement vers la base du thorax, en formant de chaque côté de la colonne vertébrale deux troncs qu'on a comparés non sans raison aux veines azygos, quoique progressant en sens inverse. Ces deux troncs descendants traversent de haut en bas Torilice aorlique du diaphragme, pénètrent dans l'abdomen et s'ouvrent dans la citerne de Pecquet. L. Testut.
lî%TEBDlCTIO^ DES A.L,IÉ!\ÉS. En jurisprudence civile on donne le nom d'interdiction à l'action d'ôter à quelqu'un la libre disposition de ses biens, et même de sa personne, quand on reconnaît qu'il est hors d'état de se conduire. Appliquée à l'aliéné, cette mesure est essentiellement protectrice. En effet, la loi, assimilant ce malade à l'enfant, non-seulement lui enlève l'administralion de sa fortune, mais en outre elle le prive de sa liberté et confie à un tiers la surveillance de sa personne et de ses intérêts.
Les sociétés modernes, qui peuvent à juste titre se glorifier de ce qu'elles ont fait pour l'assistance des aliénés, n'ont toutefois pas innové en ce qui concerne la protection à accorder à la personne et aux biens de ces malades. Elles ont trouvé dans la législation romaine un modèle qui méritait d'être imité.
Le droit romain est riclie en prescriptions concernant la capacité civile des aliénés. 11 s'occupe des effets de la folie sur la puissance paternelle, sur le mariage et le divorce, sur la tutelle et la curatelle, sur la puissance dominicale; il indique les conséquences juridiques de cette maladie sur les droits du patrimoine : sur l'acquisition et la perte des droits réels, sur l'acquisition et l'extinction des droits de créance, sur l'acquisition et la répudiation des hérédités, sur la transmission de l'hérédité de l'insensé, etc. (Cf. De la capacité juridique des aliénés et de leur liberté individuelle, par René Fusier, Paris, 1886.) Toute cette partie de la L'gislation romaine est, de tous points, trèsremarquable, mais ne se rapportant que d'une façon indirecte au sujet traité dans cet article : nous ne nous y arrêterons point. Il importe surtout de faire connaître ce que cette même législation a fait pour remédier à l'incapacité des aliénés et sauvegarder leurs intérêts.
C'est dans la loi des XII Tables (cinquième siècle avant Jésus-Christ) que se trouve la première disposition réglant la situation légale des aliénés; il y est dit, en effet : Si furiosus escit, ast ei custos nec escit, adgnatorum gentiliumque in eo pecuniaque ejus potestas esto. Ce texte ne se réfère qu'au furiosus ei non h tous les aliénés; de plus, cette curatelle, déférée de plein droit aux plus proches agnats du furieux ou aux gentiles, cessait à défaut des uns et des autres ; enfin le but de la loi n'était pas la protection de l'aliéné, mais bien l'intérêt de ses héritiers présomptifs.
Cette loi fut heureusement complétée par la Lex Plœtoria (deux cents ans avant Jésus-Christ), qui parle de curateurs donnés vel propter laxiviam, vel propler dementiam. 11 ne s'agit plus alors seulement des furiosi, mais aussi des mente capti, des sourds, des muets, et, en un mot, de tous ceux qu'une infirmité permanente rend incLipables de gérer leur fortune, qui perpétua viorho laborant. Enfin, à ré[)oque de Justinien (sixième siècle après Jésus- Christ), celte question de la curatelle des aliénés reçut son complet développement. Nous allons essayer de résumer le plus brièvement possible les principes de cette législation (Cf. Legrand du Saulle, Recherches sur la situation juridique des fous et des incapables à l'époque romaine. Appendice à l'Etude médico-légale sur l'interdiction des aliénés. Paris, 1881).
On a vu dans quels cas s'appliquait la curatelle; il faut ajouter que, pour avoir un curateur, l'aliéné devait être pubère et sui juris. En effet, les impubères fous n'avaient nul besoin de curateurs, puisqu'ils avaient un tuteur.
A qui était déférée la curatelle? Elle était, d'après la loi, naturellement conférée aux agnats. Si ceux-ci faisaient défaut ou étaient incapables d'administrer, voici ce qui se passait : à Rome, le préfet de la ville, ou le préteur, et, dans les provinces, le président, nommaient les curateurs.
Pour cette nomimition certaines formalités étaient à remplir : les parents de l'aHéné ou, à leur défaut, ses alliés ou ses amis, devaient en faire la demande. Cette demande était faite au domicile d'origine ou d'habitation du malade, ou bien là où se trouvaient ses biens, s'il n'en avait pas au lieu de son domicile. En l'absence de toute requête, le magistrat devait nommer d'office un curateur dès qu'il avait connaissance de la folie. Avant de nommer le curateur, le magistrat procédait à une enquête, afin de s'assurer si la maladie était réelle, car il paraît qu'on simulait la folie pour éviter les charges civiles, sous prétexte qu'on était en curatelle. Cette enquête avait aussi pour but de constater si le curateur présentait des qualités suffisantes de capacité et de moralité.
La loi romaine s'occupnit aussi des incapacités et même des excuses en matière de curatelle, celle-ci étant considérée comme une charge publique obligatoire pour tous les citoyens.
En principe, tout citoyen majeur de vingt-cinq ans pouvait être curateur de l'aliéné. Mais Justinien déclara incapables d'être curateurs les militaires, les moines et les évêques; en outre, le père ne pouvait être curateur de sa femme, le père du mari curateur de sa bru, le fiancé celui de sa fiancée. Le fils ne pouvait obtenir la curatelle de son père ou de sa mère qu'à la condition d'avoir une conduite bonorable.
Quant aux excuses, elles étaient nombreuses : la maladie, la pauvreté, le nombre des enfants, les charges publiques, etc., mais elles étaient toujours laissées à l'appréciation du magistrat.
Le curateur nommé, il ne pouvait entrer en fonctions qu'après avoir donné les garanties suivantes : 1" il devait faire dresser un inventaire complet et détaillé de tous les biens de l'aliéné; 2" il devait donner caution d'administrer en bon père de famille, c'est-à-dire présenter une personne solvable qui répondît de l'exécution de sa promesse; 5° enfin il lui était imposé, d'après le Code Justinien, de jurer sur les Saintes Écritures et en présence de Tévèque et de trois notables.
Quant aux fonctions du curateur, elles avaient un double objet : veiller sur la personne de l'aliéné et administrer ses biens.
« Au point de vue de la personne de l'aliéné, les devoirs du curateur, dit René Fusier {loc. cit., p. 82), consistent à faire donner à son pupille les soins voulus pour sa guérison et à veiller à ce qu'il jouisse d'un bien-être en rapport avec sa situation pécuniaire : il s'opposera, par exemple, à ce que le mari maltraite sa femme folle et spécule sur sa folie, et, pour y arriver, il devra se pourvoir auprès du magistrat compétent pour contraindre le mari à assurer à sa femme les soins et le traitement qu'exige son état et ce seciuidum dotis quantilatem. D'autre part, le curateur est responsable des actes délictueux que pourrait commettre le fou confié à sa garde et qui, grâce à la négligence de son curateur, s'échapperait de la demeure oîi il est soigne ».
En ce qui concerne les pouvoirs du curateur quant au patrimoine de l'aliéné, ils étaient très-étendus, mais non absolus : il devait administrer, mais il nv pouvait disposer : mais ce n'est pas le lieu d'entrer dans le détail des actes qui lui étaient permis ou défendus.
Comment cessait la curatelle des aliénés? A Rome, d'après Ulpien, l'aliéné, à la différence du prodigue, ne subissait pas d'interdiction et n'encourait d'autre incapacité que celle provenant du fait même de sa maladie. En recouvrant le libre exercice de sa raison, il recouvrait en même temps sa capacité pleine et entière. La curatelle cessait donc de plein droit à chaque intervalle lucide, quelle qu'en lut la durée, sauf à renommer un nouveau curateur au retour de la folie. Mais Justinien décida que, pendant les intervalles lucides, le curateur suspendrait ses fonctions, mais garderait son titre, et cela afin que les nominations de curateurs fussent moins fréquentes et ne devinssent pas ridicules.
On voit donc que, sous Justinien, la curatelle ne prenait fin que lorsque la guérison du fou était absolue.
« La curatelle finissait encore : i° par la mort du fou; 2" lorsque celui-ci devenait esclave jîoe civili; s'il était fait prisonnier par l'ennemi, la curatelle n'était probablement que suspendue, sauf à continuer, si, à son retour, le pri-
sonnier était encore en état de folie; 5° lorsque le fou perdait le droit de cité, mais cela ne senilile guère possible, puisqu'il ne pouvait encourir aucune peine » (Legrand du Saulle, loc. cit., p. 475).
Si nous faisions un historique complet de la question, nous devrions exposer maintenant ce qu'ont ùnt pour la situation juridique de l'alién'i 1' « ancien droit » et le « droit intermédiaire ». S'il s'est produit de-ci de-là quelques améliorations, il faut avouer qu'elles ne sont pas nombreuses et que la législation romaine est encore le monument le plus complet que l'histoire du droit puisse nous fournir sur la matière.
La loi française s'est sur plus d'un point inspirée des sages dispositions des législateurs romains, ainsi qu'on le peut constater à la lecture des articles suivants de notre Code civil, relatifs à l'interdiction des aliénés :