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X. Conservation du lait. Comme on l'a dit plus haut, quand on abandonne if lait à lui-même, il se passe dans sa masse un phénomène assez semblable à celui qui s'observe dans le sang tiré de la veine ; la crème, ou partie butyreuse, plus légère, monte à la surface, entraînant avec elle une partie de la caséine contractée
([111 renferme dans àes mailles les globules de beurre, à jjeu [irès comme le réseau formé par la Goagulation de la fibrine retient les globules du sang pour constituer le caillot. En môme temps, l'oxygène de l'air, agissant sur le sucre de lait, di'fermine une sorte de fermentation qui le transforme en acide lactique, et en quantité d'autant plus considérable que la température est plus élevée. Il en résulte la coagulation complète de la caséine et la dissociation des parties constituantes du lait; le sérum, ou pelit-lait, se sépare de la masse coagulée. C'est cette dissociation, si rapide en été et qui ne permet pas de garder alors le lait plus de vingtquatre heures, qu'il s'agit de suspendre ou môme d'arrêter.
On peut donc se proposer soit de retarder la coagulation du lait, soit de l'empêcher indéfiniment.
1° On remp-lit assez facilement la première indication. Ainsi, Gay-Lussac a constaté qu'en faisant bouillir du lait chaque jour pendant quelques instants, le hquidi; peut se conserver intact pendant des mois entiers ; mais c'est là un moyen trop incommode et trop coûteux pour qu'on l'emploie au delà de quelques jours, et, d'ailleurs, il donne au lait un saveur peu agréable.
D'autres ont proposé de mettre le lait dans un vase de fer-blanc dont le couvercle creux et profond renferme des fragments de glace. Ce moyen n'a également qu'une durée temporaire : on peut aussi envelopper les vases avec un manchon contenant de la glace ou un mélange réfrigérant. (Donné.) Les marchands se bornent à placer les jarres qui le renferment dans des baquets contenant de l'eau trèsfroide.
La décomposition du lait étant due suitout à l'acidification du sucre de lait, on a pensé à retarder celle-ci par l'emploi des alcalins. Ainsi, comme l'ont proposé Darcet et Petit [Rev. méd., 1859 ; 1. 1, p. 214), le carbonate et mieux le bicarbonate de potasse à la dose de 1 gramme environ par litre de lait, permet au liquide de résister à la dissociation de ses éléments. Une dose plus élevée prolongerait certainement la résistance, mais en donnant un très-mauvais goût. Ce procédé, usuellement et trèslégitimement employé par les marchands, ne saurait être regardé comme une falsification ; il y a là avantage pour tout le monde.
La matière dont le vase est formé joue, dans la conservation temporaire du lait, un rôle assez important pour que nous ayons à le faire connaître ici. M. Bouchardat, qui a entrepris une série de recherches très-intéressantes sur cette question, est arrivé aux résultats suivants : « Comme principe d'application, l'expérience nous a démontré qu'un des moyens de conserver le lait est de ne point le transvaser dans des vases de matières dilférentes ; car, dans ce cas, la durée de sa conservation est toujours de beaucoup diminuée Du lait recueilli dans des vases de fer-blanc, puis transvasé dans des vases de verre ou d'étain, etc., s'y conservera beaucou]j moins longtemps que s'il y avait été primitivement placé ; il se produit ainsi une perturbation favorable à la prompte coagulation. Le soufre conserve le lait très-longtemps, mais il y devient sensiblement acide et se coagule par l'ébulhfion. Les vases de zinc, d'antimoine, de bismuth, de laiton, de cuivre et de fer, le conservent très-bien ; g ais l'innocuité des premiers est très-contestable; quant au dernier, il communique assez vite au lait une saveur très-désagréable. Au résumé, je pense que pour l'usage économique, il faut s'en tenir aux vases de fer-blanc, en évitant de transvaser. » {Joiirn. de pharm., t. XIX, p. 472 ; 1853.)
2° Reste maintenant à faire connaître les procédés de conservation. On peut les ranger sous deux chefs : ou bien le lait garde sa liquidité, ou bien il est réduit à l'état sirupeux ou même solide.
A. Pour la première catégorie, le procédé le plus ancien est celui d'Appert, qui,
après quelques tâtonnements peu satisfaisants, avait adopté cette manière d'agir -. réduire le liquide de moitié par le chaulfage à la vapeur, ajouter en les délayant bien quelques jaunes d'œuls; puis mettre en bouteille, à la manière ordinaire ; soumettre ensuite à l'ébullition pendant deux heures. [Le livre de tous les ménages, ¥ édit., Paris, 1851, in-8°, p. 82.) Outre l'addition des jaunes d'œufs, qui modifie la composition naturelle du lait et augmente le prix de revient, cette préparation, qui d'ailleurs se conserve sans altération, a l'inconvénient de laisser la crème se séparer.
M. Mabru a modifié très-avantageusement le procédé Appert. Il introduit le liquide dans des boîtes métalliques terminées à leur partie supérieure par un tube vertical en plomb, qui communique avec un réservoir contenant également du lait. Toutes les parties de l'appareil sont exactement remplies par le lait. On met ensuite les bouteilles, au nombre de 12 ou 1-5, dans un grand vase fermé, dans l'intérieur duquel on fait arriver de la vapeur d'eau. Le lait est chaufie alors à 75 ou 80°, et, par suite de la dilatation qu'il éprouve, une partie du liquide s'élève dans le réservoir supérieur, oià il se trouve à l'abri de l'air par une couche d'huile qui en recouvre la surface. L'air se dégage compltUement par le tube vertical. Au bout d'une heure, on laisse refroidir jusqu'à la température d'environ 20" centigrades. Le volume du lait diminue par le refroidissement, mais remplit également la bouteille et le tube qui la surmonte. Alors, on ferme hermétiquement le vase en comprimant le tube à l'aide d'une pince ; on coupe le tube au-dessus du point comprimé, et on y applique de la soudure d'étain. Ainsi, le lait est conservé dans des bouteilles à l'abri, et comme il n'y a pas d'espace vide, le Hquide ne ballotte pas dans l'intérieur du vase et ne détermine pas la séparation du beurre. (Poggiale, Gaz. méd., 1850, p. 701.)
Des expériences ont démontré l'excellence de cette préparation, à laquelle l'Académie des sciences a accordé une récompense.
De son côté, un Anglais, M. Bethel, a pris un brevet d'invention pour la conservation du lait et de la crème. Son procédé consiste à faire bouillir ces substances, e'. à les charger ensuite d'acide carbonique à l'aide de la machine dont on se sert pour la fabrication du soda-water, puis on les met en bouteilles. On a remarqué qu'au moment oii l'on débouchait celles-ci, tout le lait s'échappait en mousse écumeuse. Pour y remédier, on a imaginé de substituer aux bouteilles ordinaires des vases munis d'un appareil syphoïde. [Journ. de Pharm., 3" sér., t. XVII, p. 374 ; 1850.) Mais cet appareil est toujours assez coûteux, et le lait, ainsi préparé, occupe nécessairement, ainsi que les précédents, beaucoup de place. De là l'idée de la réduction, si nécessaire pour la marine et pour les voyages.
B. Plusieurs procédés ont été proposés dans le but d'obtenir un produit aussi restreint que possible sous le rapport du volume. Les uns se sont bornés à ramener le liquide à la consistance de sirop ou de miel, d'autres l'on resserré jusqu'à l'état solide.
M. Martin de Lignac s'est arrêté à la première forme de concentraticn ; il s'assure d'abord que le lait provient de vaches bien portantes, nourries en prairies et dans les meilleures conditions possibles, puis il procède comme il suit : « J'évapore, dit-il, le lait préalablement sucré, à raison de 75 grammes par litre, sur une large bassine chauffée au bain-maiùe à .une température qui n'excède jamais 100°, et en ayant soin d'agiter incessamment avec une spatule. L'épaisseur de la couche de lait ne doit pas dépasser 1 centimètre. Lorsque le lait est arrivé à la consistance de miel, ou à peu près, qu'il est réduit en raison de 200 grammes en poids pour litre de lait
normal, on l'enferme dans des boîtes en fer-blanc que l'on soumet, remplies, à l'ébullition dans un bain-marie pendant 10 minutes, et que l'on clôt enfin à la soudure à l'étain. Pour obtenir le lait normal, on ajoute une quantité d'eau égale à quatre fois le poids de la conserve, et l'on porte à l'ébuUition. [Compt. rend, de ÏAcad. des se, t. XXIX, p. 144 ; 1849.)
Lorsque l'on veut se servir de ces conserves, on ouvre la boîte ; la substance s'y ti'ouve à l'état pâteux, un peu jaunâtre, légèrement translucide. On en délaye lu quantité que l'on doit consommer dans 5 fois son volume d'eau tiède. Ce liquide reprend à l'instant l'aspect laiteux primitif et sa saveur accoutumée. La boîte, une fois entamée, se conserve 10 à 12 jours sans s'altérer.
Une commission, dont M. Payen était le rapporteur, a pu apprécier les avantages de ce procédé qui a résisté à l'épreuve décisive des longs voyages sur mer, et sa supériorité au point de vue économique.
Le lait préparé, dit M. Payen, suivant l'ancienne méthode Appert, coûtait de 1 fr. 20 à 2 fr. 25 le litre ; celui de M. de Lignac se vend 2 fr. 50 la boîte d'un demi-litre, dont le rendement réel est de 5 litres, quand il est étendu d'eau. Chaque litre revient donc effectivement à 0 fr. 83 c, tout sucré. (Précis théor. etprat. sur les subst. aliment., p. 161 ; Paris, 1865, in-8°.)
Viennent enfin les conserves solides, sous la forme de tablettes, de poudre, etc. Voici quelques-uns de ces procédés.
Braconnot en avait proposé deux : 1° épuiser le fromage frais par l'eau bouillante, y ajouter du bicarbonate de soude, et faire dissoudre dans l'eau bouillante ; on concentre ensuite au bain-marie en agitant continuellement ; le produit sec se conserve indéfiniment ; 2° coaguler le lait porté à 45° de température, à l'aide de l'acide chlorhydrique ; exprimer le caillé et le traiter par le bicarbonate de soude. Il se forme une bouillie épaisse à laquelle on ajoute du sucre pulvérisé, et alors on obtient une crème artificielle qui peut être conservée ainsi et reproduire du lait quand elle est étendue d'eau : additionnée d'une plus grande quantité de sucre, elle se transforme en sirop qui, étendu en galettes minces et exposé à l'air, a fourni une matière blanche, sèche, facile à écraser, et d'une conservation indéfinie. Braconnot vantait l'excellence de son produit; mais, en réalité, ce n'est pas là du lait véritable, c'est tout au plus un succédané. {Ann. de chimie., 2*= sér., t. XLIII, p. 357 ; 1850.)
De son côté, M. Grimaud a imaginé un procédé qui consiste à faire traverser le lait par un courant d'air froid qui lui enlève la partie aqueuse et finit par le réduire en une pâte sèche. L'addition d'une certaine quantité d'eau rend à celle-ci ses qualités premières. Il y a là assurément l'avantage du petit volume, mais, dit-on, le goût de cette conserve est peu agréable.
M. Keller, pharmacien à Vevay, a aussi, avec des procédés analogues à ceux de M. Martin de Lignac, préparé des conserves solides sous forme de tablettes. La dissolution de la plaque coupée en petits morceaux ne s'opère qu'à la faveur d'une ébulhtion assez prolongée ; on abrège la dissolution en râpant la tablette. Il a aussi préparé du lait en poudre qui ne renferme que 3 p. 100 d'eau, tandis que les tablettes en contiennent 6 p. 100. {Ann. d'iujg., 2« sér., t. XXIX, p. 516; 1868.)
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, XI. Modifications du lait par les allments et les médicaments. L'importance de cette question n'échappera à personne et nous a paru mériter quelques développements; nous traiterons successivement : 1° des changements détermines dans le lait par l'emploi de certaines substances alimentaires de nature végétale qui peuvent inodiiler seulement les qualités de ce liquide ou même le rendre toxique; 2° de ceux que déterminent divers médicaments pour la plupart empruntés au règne minéral.
l" Action des aliments végétaux. A. Simples modifications. Parmentier et Deyeux, dans leur beau travail couronné par la Société de médecine, se sont beaucoup occupé de ce sujet, ils en ont faitl'objet de nombreuses expériences. Et, tout d'abord, ils ont reconnu ce fait curieux, que le changement de nourriture, même pour une autre plus substantielle, commence par diminuer le rendement du lait ; que les fourrages aqueux et insi[)ides donnent un lait séreux et fade; ils ont observé également que les plantes aromatiques augmentent les éléments crémeux et caséeux. Du reste, ils ne reconnaissent comme \ entablement gnlactopoiétiques que les substances qui 'abondent en sucs alimentaires, et desquelles les forces digcstives j^euvent tirer le parti le plus avantageux. On regarde généralement comme fournissant un lait de moindre qualité les pommes de terre, les cosses de pois, la drèche, les feuilles de choux, les navets, etc.
Relativement à l'action de certains principes sur le lait, on cite l'observation d'une femme qui, chaque fois qu'elle mangeait des asperges, voyait l'urine de son nourrisson prendre l'odeur caractéristique. La saveur des semences d'anis passe manifestement dans le lait. Cullen croyait même que cette substance donnée aux nourrices pourrait servir à calmer les coliques des enfants. Parmentier, Deyeux ont donné de la chicorée sauvage et de la chicorée frisée à des vaches, mais sans effets sensibles ; l'oseille, à la dose de 15 kilogrammes par jour, n'a pas augmenté la coagulabilitc du lait, et diffjrentes plantes de la famille des labiées ont bien rendu le lait plus savoureux, mais sans lui communiquer leur parfum.
L'odeur de l'ail n'a paru qu'à la sixième traite chez une vache qui en prenait une tête par jour, divisée dans ses aliments. Le beurre provenant de ce lait avait l'odeur d'ail; même résultat pour les poireaux et les oignons. Dans ces cas l'odeur, presque nulle au moment de la traite, va en augmentant à l'air libre. Parmi les matières colorantes, gaude, pastel, garance, safran expérimentées, la garance seule a donné au lait une teinte rougeâtre, à laquelle le beurre ne participait pas, et le lait conservait encore cette nuance cinq à six jours après la suppression de la gai'ance. De son côté, M. Pehgot a trouvé dans le lait d'une ânesse nourrie aux carottes pendant un mois, un résidu jaune orangé, exhalant l'odeur de cette racine.
Ainsi, dans beaucoup de plantes, les quahtés d'odeur, de saveur, de couleur, sont détruites par le travail de la digestion.
Enfin, on a reconnu que la gratiole, l'euphorbe, etc., rendent purgatif le lait des vaches qui en ont mangé. {Voy., pour le lait de femme, l'article Allaitement.)
B. Lait rendu toxique par des plantes vénéneuses. Cette question d'intoxication médiate est assurément très-sérieuse, et cependant elle n'a pas été l'objet de recherches en rapport avec son importance réelle ; on ne possède, à cet égard, que quelques obser\ations trop souvent dépourvues de détails suffisants. Ainsi, à l'occasion d'un fait pubhé par Taylor, sur un empoisonnement par une viande altérée,
ICO LAIT.
le rédacteur du Journal d'Edimbourg (t. LXII, p. 181; 1844) rappori'e que dans certaines parties de l'Amcnque du Nord, à l'est des Alleglianies, il y a des pâturages qui rendent le lait des bestiaux très-vénéneux, sans (jue les animaux deviennent malades ; la chair participe à ces propriétés nuisibles. L'atïection qui résulte dv l'usage de ce lait est connue sous les noms de Milksickness ou Trembles. Quelles sont ces plantes, en quoi consiste l'empoisonnement ? C'est ce que l'on ne dit pas. Plus récemment, en Amérique encore, on i^emarquait un état maladif chez des personnes qui faisaient un usage abondant du lait, et, chez les enfants en particulier, il survenait un dépérissement très-marqué. En remontant à la source, on apprit que ce lait provenait de vaches renfermées et entassées dans des écuries dépendantes de grandes distilleries ; que là, elles étaient nourries exclusivement des résidus des substances végétales employées à la distillation, et consistant particulièrement en maïs, pommes de terre, céréales de toute sorte ayant subi la fermentation alcoolique. Les vaclies ainsi nourries iournissaient des quantités énormes de lait, le double ou le triple, dit-on, de la production ordinaire. Elles tombaient promptement malades et succombaient au bout de deux ou trois ans, conservant jusqu'à la fin cette abondante sécrétion lactée. Les médecins attribuèrent les désordres dont ces animaux devenaient victimes, à ce qu'il reste une certaine proportion d'alcool dans les résidus de la dislillation et qui empoisonne lentement à la manière de cet agent toxique. Au total, l'empoisonnement serait dû à un aliment vicié dans sa composition. {J. de cliim. méd., A"- sér., t. 692, 1858.) Ce fait aurait assurément grand besoin d'être éclairci. Une femme et ses cinq enfanls furent pris de vomissements, avec petitesse de pouls, fixité du regard, les paupières mi-closes, dilatation de la pupille, etc., peu d'instants api'ès avoir pris du lait de beurre provenant d'une chèvre qui, a-t-on dit, avait mangé de YArethusa cynafium. (Bonorden in Uust's Mag., t. XXYII, p. 193; 1828.) Voici quelque chose de plus catégorique. Le 27 novembre 1861, dix ou douze officiers du vaisseau anglais le Marlborough, en station à Malte, et le chirurgien de bord, M. Mackey, auteur de l'observation, furent pris de défaillances avec vomissements bUieux, refroidissement des extrémités, diarrhée, etc. Assez légère chez quelques-uns, plus grave, inquiétante même chez d'autres, cette attaque se termina au bout de cinq'àsix heures de durée. Les mêmes faits furent observés le même jour chez quelques autres hommes de l'équipage et chez d'autres officiers ou matelots des divers bâtiments de la même station. Or, toutes les personnes attaquées, et elles seules, avaient fait usage de lait à leur déjeuner, et ce lait était- exclusivement du lait de chèvre. L'auteur apprit bientôt que ces animaux étaient avides d'une certaine plante très-dangereuse qu'ils broutaient quand on les laissait sortir et errer dans l'ile. Cette plante, nommée tenhuta , est une sorte d'euphorbe [Euphbrbla paralias ou Euphorbia helioscopia) , dont les habitants coimaissent si bien les effets nuisibles, que dans les actes passés entre les administrations de charité et les fournisseurs, il est stipulé que l'on veillera à ce que les chèvres ne soient pas conduites dans des pâturages oià se trouve le tenhuta. Les laitiers maltais assurent reconnaître facilement le lait altéré par cette euphorbe; un peu de hquide mis dans la paume de la main et étalé avec le doigt laisse apercevoir des filaments jaunâtres. M. Mackey n'a malheureusement pas poursuivi expérimentalement ses recherches et s'est contenté de ces on dit.
Comme on le voit, il y a là toute une étude à faire et nous la recommandons vivement aux observateurs. 2° Passage des médicaments dans le lait. Ce sujet a déjà, depuis assez long-
temiis, attiré l'attention des chimistes et des médecins, en raison de l'importance qui peut en rcsiiller pour la thérapeutique, à laquelle ou fournirait ainsi des laits médicamenteux . Des recherches assez nombreuses ont été entreprises tant en France qu'en Allemagne, et ce passage pour quelques substances est très-controversé ou douteux, il nous faut donc exposer à cet égard l'état de la science.
Disons d'abord, avec Parmentier et Deyeux, que quand ou veut administrer aui animaux des subslances actives, il faut prcndre^garde à ne pas préjndicier à leuJ santé, car alors ils fournissent de mauvais lait ; il faut leur donner en même tem[ s un excellent régime. D'un autre côté, il résulte des expériences de MM. Chevallier et 0. Henry, que les animaux auxquels on administre des médicaments ne donnent qu'une quantité de lait bien intérieure à celle qui est fournie par les animaux de la même espèce et placés d'ailleurs dans les mêmes conditions ; 2° que le lait obtenu après l'administration des médicaments, prend presque toujours, lors({u'on le chaulfe, une couleur jaune café au lait ; 3" que ce lait contient moins de parties solides, et une plus grande quantité de beurre.
De là, la nécessité de grandes précautions, quand on entretient des animaux pour fournir en permanence un lait chargé de médicaments énergiques, dans le buî d'em[)èLlier que ce liquide ne devieinie lui-même altéré dans sa composilion et •en quelque sorte pathologique ce qui le rendrait alors plus nuisible (ju'ulile. il i'aut surtout tenir compte de l'expulsion plus ou moins facile par les autres sécrétions ou excrétions. C'est ce qu'ont très-bien senti M. Labourdette, et, après lui, M. Bouyer, etc., qui ont cherché à combler cette lacune dans les ressources de la thérapeuti(ine, et qui ont créé, dans ce but, des étabUssements spéciaux. {Voy. le Rapport de M. Bouley et le Mémoire de M. Richelot.)
Examinons maintenant les dilTérentes substances qui ont été expérimentées, nous nous appuyerons spécialement sur les recherches de deux auteurs allemands, M. llarnier, el , plus tard, M. Lowald.
Antimoine. Il va de soi que ce métal passe d'autant plus facilement dar.s le lait qu'il est donné sous une forme plus soluble. L'émétique, par exemple, s'y rencontrera plus tôt que le soufre doré, mais il disparaîtra aussi plus prompiement. La présence de l'antimoine ne pouvait plus être constatée quatre-vingls heures après l'administration de quatre grains de tartre stibié, tandis que cinq jours après l'emploi du soufre doré, le métal se trouvait encore. (Lewald.)
Arsenic. Une chèvre prend vingt-cinq gouttes de la solution de Fowler, et, cinq heures après, le lait en contenait manifestement. Une autre expérience montra le métal au bout de dix-sept heures; après soixante heures, il avait disparu. (Lewald.) Il résulte aussi des expériences d'un vétérinaire distingué, M. Hertvvig, que l'arsenic admi'uislré à des vaches, connue moyen de traitement, et à des doses élevées peut détenniner l'empoisonnement très-prompt de la viande et du lait, et cela pendant un temps assez long, qui n'a point été suffisamment déterminé, mais qui s'étend certainement à trois semâmes. {Schtnidt's Jahrbb., t. CX, p. 85; 1861.) Le lait arséniqué est aujourd'hui préparé en grand par M. Labourdette.
Bismuth. M. Lewald fait prendre à une chèvre une dose de sous-nitrate dfe bismuth, et dès le lendemain on put constater une iaible réaction du métal clans le produit de la sécrétion mammaire ; dans quelques expériences semblables, toute trace de bismutli avait constamment disparu le troisième jour. Il tut constaté (pie la plus grande partie du médicament sortait par les selles sous forme de sulfure. Le lait n'en renfermait donc qu'une faible quantité. MM. Chevallier et 0. Henry ont vu, au contraire, le bismuth passer en telle quantité dans le lait, que lors de
DICJ. li.NC. -J S. 1. -] 1
la calcination du résidu dans un creuset d'argent, .le métal de ce creuset devint cassant et friable par suite de son alliage avec le bismuth.
Borax. Après l'administration répétée deux fois en deux jours de treize doses de 2 grammes de sous-borate de soude, on put, au bout de vingt-quatre heures, retrouver de l'acide borique dans les produits de la sécrétion mammaire. Ces expériences ont été faites sur une chèvre. (Harnier.)
Cuivre. Je n'ai pas vu citer d'expériences entreprises sur ce métal. Voici un fait d'empoisonnement qui a donné Heu à quelques contestations. Des accidents d'intoxication avaient été observés chez une quinzame de personnes qui avaient consommé le lait d'une chèvre morte empoisonnée pour avoir bu du bouillon trèsaigre conservé dans un ^ase de cuivre non ctamé. Y avait-il là, pour les personnes malades, intoxication cuivreuse, ou bien seulement des accidents causés par le lait d'un animal malade? Il aurait fallu que le lait fût analysé, et il ne le fut pas. Quelques expériences physiologiques auraient aussi été nécessaires. [Journ. gén. rfe mfrf., t. CI, p. 255; 1827.)
Fer. Le docteur Lewald, après s'être assuré de -la proportion de fer normalement contenue dans le lait d'une chèvre, fit [rendre à cet animal chaque jour 20 gouttes de teinture de chlorure de fer; dès le lendemain les réactifs signalèrent l'augmentation du fer noi'mal, il en fut de même après l'administration d'une dose d'oxyde noir de fer. Seulement ici le luétal se montra et disparut plus tard que dans le cas précédent D'autres, Harnier, Simon, n'ont pu trouver de traces de ce passage du fer, que soutiennent d'ailleurs MM. Marchand, Chevallier et 0. Henry, etc. Sui\ant MM. Rombeau et Roseleur, le lait des femmes qui prennent du fer contient plus de ce métal qu'il ne s'y en trouve à l'état ordinaire, et la limaille de fer en fournit plus que le lactate. Le fait principal parait donc bien établi.
Iode, iodure. Cette -substance est assurément celle qui a donné lieu au plus grand nombre de recherches, à cause de l'importance que l'on attachait à se procurer un lait iodé, qui devait être si précieux pour les jeunes enfants scrofuleux ourachitiques. Au total, voici ce qui résulte de l'expérimentation. M. Pehgot administre à une ànesse, six jours durant, 30 grammes d'iodure de potassium, puis analysant le liquide mammaire il y trou\e le métalloïde. M. Lewald nous fournira quelques détails assez curieux. Administré pour la première fois, soit sous la forme de teinture, soit sous celle d'iodure, le métal ne se révèle qu'au bout de quelques jours, mais alors, si on l'administre de nouveau, au bout de quatre heures on peut constater sa ^'sence et il persiste pendant plusieurs jours après qu'on a cessé de l'administrer. En même temps la chèvre fournissait une plu^ grande quantité de lait que de coutume, l'iode ne se trouvait jamais dans le sérum, mais seulement dans le caséum. C'est surtout à l'iode que M. Labourdette s'est attaché dans ses recherches, et, à force de soins, il a réussi à faire prendre perdant des années entières l'iodure de potassium à ses vaches de manière à obtenir d'une manière continue des produits iodés. D'après le docteur Righini (mém. trad. par le docteur Janssens in Joz<rw. de Bruxelles, t. XXXV, 1862, et XXXVl, 1866), on a traité avec succès des enfants rachitiques en faisant prendre à leurs nourrices de l'iodofornie à la dose de 1 gramme par jour sous forme de sirop.
Mercure. Ici la question a été très-controversée. Des chimistes éminents armés de toutes les ressources de la science moderne, les Peligot, les Chevallier et 0. Henry, n'ont pu trouver de mercure dans le lait d'animaux soumis à l'usage du mercure et même à doses très-élevées, intus et ext^a. M. Harnier n'a pas été plus heureux sur une chèvre qui succomba à l'intoxication hydrargyrique, et cependant
il y a ce fait bien connu et bien anciennement connu, que les enfants syphilitiques guérissent [arfaitenient quand leur nourrice est soumise au traitement mercuriel. Il faut dire pourtant que d'autres observateurs ont réussi. Ainsi M. Lewald, après avoir fait prendre pendant plusieurs jours, à une chèvre, des doses de 2 grammes de caloniel, a positivement constaté la présence du métal dans le produit de la sécrétion mammaire. Enfin, M. Labourdette, et, après lui, M. Bouyer, font actuelleiiient, à volonté, du lait mercurialisé.
Orfila a communiqué le fait suivant qui est la preuve physiologique du fait aujoui^d'hui chimiquement constaté. Des paysans qui avaient pris du lait d'inie vache soumise à des frictions hydrargyriques pour la destruction des tiques et ellemême atteinte de ptyalisme, éprouvèrent, à un degré très-marque, les symptômes de la stomatite spécifique. {Ann. d'iujg., l'^^ série, t. XXXIX, p. 453; 1848).
Plomb. M. Falke a fait prendre par jour, à une vache, deux gros de sel de Saturne, donnés en trois portions ; le lait analysé par le professeur Artus n'a donné que des quantités à peine reconnaissables de plomb. [Schmidt^s Jahrhb., t. CI, p. 240; 1859.) M. Lewald, qui a poursuivi ces recherches expérimentales avec une rare persévérance a reconnu très-positivement le passage du plomb et, surtout, la continuité pendant plusieurs jours de ce passage, après que l'on avait cessé d'administrer les composés saturnins. Connue le fait observer cet auteur, il semblerait que le métal se dépose dans divers organes et qu'il reste en dépôt, dans ces espèces de magasins, pour en être bientôt retiré par l'absorption qui le conduit ensuite aux différents appareils sécrétoires chargés de l'éliminer.
Sels. Des expériences assez nombreuses ont été faites sur les différents sels à base terreuse, nous devons les rappeler ici. Le carbonate et le bicarbonate de soude passent dans le lait, tous les auteurs sont unanimes à cet égard, et le bicarbonate lui communique des quaUtés alcalines très-prononcées. Une phrase mal comprise de M. Peligot à fait croire que cet éminent chimiste avait dit le contraire. Or, il fait seulement observer que le lait d'àncsse fraîchement tiré exerce une réaction acide, mais qu'il devient très-alcalin sous l'inllnence du bicarbonate. M. Peligot a reconnu la présence du chlorure de sodium (sel marin) à la saveur et à l'analyse, chez une chèvre qui en avait pris 10 grammes par jour; les autres expériences concordent parfaitement. Le sulfate de magnésie, le sulfate de soude, ayant été administrés à une chèvre trois fois à la dose de 4 grammes dans l'espace de deux heures, par M. Harnier, il a trouvé dans le sérum de l'acide sulfurique qui n'existe pas à l'état normal. Suivant les recherches de Mil. Chevallier et 0. Henry, confiruiées par M. Marchand, le nitrate de potasse, les sulfures de potassium et de sodium sont réfractaires.
M. MaiYhand [Encijcl. Wôrterb., t. XXIII, p. 529, Berhn, 1840) avait prétendu que les sels à acides organiques entrent dans le lait seulement sous forme d'acide carbonique. M. Harnier a repris cette question. Il administre à une chèvre 30 grammes de tar traie potasse, et, à une autre, 45 grammes d'acétate de la même base. Cet observateur n'obtient, par l'addition d'acide acétique, ni dans le lait, ni dans le liquide évaporé à une douce chaleur, la moindre parcelle de gaz ; faisant passer des vapeurs de lait fortement chauffé à travers de l'eau de chaux, le précipité n'est pas plus abondant que de coutume. De recherches diversement modifiées il conclut que les sels à acides organiques ne passent pas dans le lait.
Zinc. L'oxyde de zinc, le plus insoluble des composés de ce métal, se retrouve dans le lait aussi bien qu3 les composés solubles, cela avait déjà été vu par MM. Chevallier et 0. Henry. Les expériences de .M. Lewald lui ont fait trouver le
métal au bout de quatre à dix-huit heures après une dose de 1 gramme seulement De même que le fer, ï\ dis[iaraît très-vite; au bout de soixante heures il n'y en a plus trace. M. Ilarnier confirme ces mêmes faits.
Valcool pai'aîttout à fait réfraclaire. M. Lewald n'a pu le reconnaître chez une chèvre à laquelle il avait fait prendre de l'eau-de-vie, et cependant quelques personnes ont prétendu (Marchand) que des signes d'ivi'esse s'étaient manifestés chez des enfants dont les nourrices avaient pris une certaine quantité d'alcooliques.
Le question reste litigieuse pour le sulfate de quinine. Suivant MM. Chevallin' et 0. Henry, le sulfate de quinine donné à la dose de 1 gramme à plusieurs reprises n'a pu être retrouvé. De son côté, M. Landerer, un chimiste distingué, a publié {Arch. der Pharm., t. GXLI, p. 167) une note relative à une femme qui, en raison delà fièvre intermittente dont son nourrisson était affecté, prit une demi-drachme de sulfate de quinine, le lait avait un goût amer et contenait des traces de quinine.
Enfin l'opium et la morphine, administrés à une chèvre, n'ont produit aucun effet à des lapins auxquels on en faisait prendre le lait.
L'importance de ces recherches nous parait légitimer l'étendue que nous avons cru devoir leur consacrer. E. Beaugraind.
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XU. Bromatologie, thérapeutique et toxicologie. Ce qui a trait déjà, dans l'article Alimentation (t. III, p. 2H), à la diète lactée, réduira ce que nous avons à dire de l'emploi du lait comme aliment et comme médicament. Mais il est indispensable de nous arrêter un instant sur ce sujet. Outre que la diète lactée ne comprend pas toute l'histoire bromatologique et thérapeutique du lait, elle n'a dû être l'objet, dans des généralités sur l'alimentation, que d'un exposé sommaire, qu'il ne sera pas inutile de développer ici.
I. Le lait, on l'a souvent rappelé, est un type d'aliment complet, plastique et respiratoire. Il renferme à la fois une matière grasse (beurre), des matières azotées (caséine, albumine et lacto-protéme), une matière sucrée (sucre de lait), et lies sels divers, parmi lesquels le phosphate de chaux, indispensable à la nutrition 1-js os; le tout dans un état favorable de dilution.
Le lait est un aîtment doux, qui porte ou entretient le calme dans l'organisme, et par son action locale et par son action générale. Il ne stimule pas les voies dioestives, ne leur impose pas d'opération laborieuse, ne leur présente, au contraire, (lue des substances aisément assimilables ou d'une facile absorption, et ne laissant presque pas de résidu. Il transmet au torrent circulatoire un chyle qui ne nécessite qu'un travail peu actif d'hématose. En même temps donc qu'il nourrit sans fatigue, et pour ainsi dire à peu de frais, il fournit peu à la combustion, n'élève que faiblement la température du corps, et n'accélère pas sensiblement la circulation. 11 est diurétique, mais pas autant qu'on pourrait l'induire de la polyurèse qu'il détermine souvent quand on en fait la base du traitement de l'hydropisie; car celle-ci se juge par le flux uriuaire en bien des cas où les diurétiques n'ont pas fait partie du traitement, ou sont restés longtemps inefficaces. Le lait, bien dioéré, tend à développer l'embonpoint. Du reste, il existe, sous ces divers rapports, des différences corrélatives aux espèces animales qui fournissent le lait. Ainsi, le lait de chèvre (qui doit au genre de nourriture de la laitière d'être aromatique) et celui de brebis, riches en beurre et en caséine, sont les plus nourrissants. II faut se rappeler seulement que le premier l'emporte en matières albuniinoïdes, et le second en matières grasses. Viennent ensuite, par ordre d'infériorité, les laits de vache, de femme, d'àuesse et de jument. Ce dernier est, chez nous, de peu d'usage, mais on utilise fréquemment le lait d'ànesse, qui, pauvre en beurre et en caséine, est riche en eau et en sucre, et constitue un aliment très-léger. Le lait de chamelle et celui de truie, employés par les anciens, ne le sont plus aujourd'hui, du moins dans nos pays.
Il est bien entendu que ces indications sont très-généialcs, et sont susceptibles de nombreuses exceptions. Cette boisson peu sapide, peu salée, est loin de convenir à tous les estomacs, même en état de santé. Elle est généralement mieux supportée par les enfants et par les vieillards que par les adultes, mieux par les personnes nerveuses ou sanguines que par les personnes lymphatiques, et, toutes choses égales, mieux à la campagne, dans les lieux élevés, que dans les grands centres de population et les localités basses et humides. M. le docteur Ardoin (de Draguignan) a écrit un mémoire intitulé : Effet énervant du lait. {Gaz. hebd., 1854, p. 805.) C'est un tableau chargé, mais non tout à fait imaginaire, des effets débilitants que détermine quelquefois l'usage copieux et prolongé du régime lacté, même chez des individus de constitutions très-diverses.
L'état de crudité ou de cuisson du lait, sa température influent également sur sa digestibilité, et également aussi avec des variations dont il ne serait pas toujours aisé de rendre compte. Le lait nouvellement trait est celui qui réussit d'ordinaire le mieux, ce qui tient sans doute à ce qu'il n'a encore subi à aucun degré le travail intime qui aboutit à l'acescence et à la dissociation des éléments. On entretient plus ou moins longtemps cet état de pureté par l'ébullition répétée; aussi, est-il bon de ne prendre qu'après l'avoir fait bouillir un lait qui n'a pas été consommé presque aussitôt après la traite. Dans cet état, il est généralement mieux supporté froid que chaud. Darcet dit avoir observé sur luimême que le lait chaud et sucré amenait rapidement l'acidification de l'urine»
malgré l'usiige interne de 1 eau de Yichy {Ann. dechir. et de phijs., t. XXXI). La mauvaise digestion du lait se traduit par deux ordres de symptômes assez distincts. Tantôt, il y a pesanteur épigastrique, éructations, nausées, parfois même vomissement. On suppose que le liquide ne subit pas assez rapidement la coa^-ulation, qui est le prélin)inaire indispensable du travail digestif; supposition d'autant plus plausible, que la régurgitation ramène parfois l'aliment sans altération prononcée. Tantôt, il survient de la diarrhée avec ou sans coliques, et souvent le flux succède de très-près à l'ingestion du liquide. On admet alors, au contraire que le caséum s'est coagulé rapidement et en masse. Quoiqu'il en soit, on prévient souvent le premier effet en faisant boire de temps à autre un peu d'orangeade ainsi que le pratiquait Haller, ou bien par l'addition de sucre (qui se transforme rapidement en acide lactique), de sel marin, d'eau de Seltz artificielle, de bière, de diverses eaux minérales gazeuses, telles que celle de Vais ou de Saint-Alban, d'infusions aromatiques, de rbum, de kirsch, d'eau d'anis, etc. Et le meilleur moven préventif du second effet, c'est-à-dire de la diarrhée, est d'ajouter au lait un peu d'eau de chaux médicinale ou un sel alcalin. Il est aussi d'observation que, dans ce cas spécial, il y a avantage à prendre le lait à une température assez élevée. Rappelons, au sujet de ces diverses combinaisons, que le mélange de lait et d'eau est Ylnjdrogala, celui de lait et de vin Vœnogala, et celui de lait et de bière (plus en honneur en Angleterre) le zythogaîa.
Le lait, soit pur, soit uni au sucre et aux œufs, entre dans un grand nombre de préparations cuhnaires (potages au pain, au tapioca, etc.). Il sert à confectionner des crèmes et d'autres mets délicats, qu'il serait puéril d'énumérer. Mêlé au punch ordinaire, il forme \e punch au lait des Écossais. On appelle bavaroise un mélange de lait et d'infusion de thé, Ibrtement édulcoré avec le sirop de capillaire.
II. L'emploi thérapeutique du lait est sans doute aussi ancien que la médecine. On le trouve déjà réglementé dans l'aphorisme 64 du cinquième livre. Comme cet aphorisme est cité partout, et presque toujours présenté comme ayant reçu une consécration plus de vingt fois séculaire, nous croyons devoir le rappeler ici : « Donner du lait à ceux qui ont de la céphalalgie, c'est mauvais. 11 est ég.ilenieut mauvais (d'en donner) aux fébricitants, à ceux dont les hypochondres météorisés sont parcourus par des borborymes, à ceux qui sont altérés (siticulosis), à ceux qui dans une lièvre aiguë, ont des évacuations alvines vicieuses, et à ceux qui rendent beaucoup de sang par les selles. Il convient au contraire aux phthisiques quand ils n'ont pas une fièvre trop violente. Il est également bon d'en donner dans les fièvres lentes et de longue durée, pourvu qu'il n'y ait aucun des signes qui viennent d'être mentionnés, et quand la constipation est extraordinaire. » (Traduction de Daremberg.)
Après Ilippocrate, la liste serait longue des médecins qui ont traité des effets du lait dans les maladies : Dioscoride, Arétée, Galien, Colins Aurélianus, Alex, de Tralles, Avicennes, Amatus Lusitanus, Vischer, Costeo, BaricelH, Guy- Patin, Fr. Hoffmann, van Swieten, Morgagni, Sydenham, Petit-liadel, Baumes, Chrestien, etc. Nous n'insisterons pas sur cet historique, tracé dans un bon mémoire de M. le docteur Pécholier, auquel nous renvoyons. {Gaz. méd. de Montpellier, 1846.) M. Pécholier montre le lait conservant, comme agent médicinal, sa renommée, jusqu'à la période de la polypharmacie arabiste, de l'alchimie et de l'astrologie, puis la recouvrant, vers la fin du seizième siècle, pour ne plus la perdre. Mais en même temps, il établit que les théories médicales jouent souvent un grand et fâcheux rôle dans les opinions exprimées sur ce sujet par
les anciens médecins, sans en excepter Hippocrate. Nous partageons entièrement son avis. Sans méconnaître l'importahce des indications générales transmises par nos ancêtres, il est impossible de ne pas sentir combien elles perdent de leur valeur quand on essaye de les transporter du vague domaine de la vieille pathologie sur le terrain plus solide, mieux défini et mieux éclairé du diagnostic moderne. La chaleur faisant tourner le lait et le coagulant, cet aUnient ne peut convenir dans la fièvre; voilà la théorie. M. Littré fait remarquer que, d'après le livre même des Épidémies, Pytoclès donnait à ses malades, dans des affections aiguës, du lait étendu d'eau. Et véritablement, nous ne croyons pas que les Pytoclès de nos jours (car il y en a) aient, plus que l'ancien, à se repentir de cette pratique. Que veut-on dire, d'ailleurs? Le lait possède-t-il quelque propriéti' secrète, qui serait hostile spécialement à la fièvre? Qui oserait le dire, et qui serait en état de le prouver ? C'est donc comme aliment qu'il doit être rejeté, et U vaudrait mieux apparemment lui substituer du bouillon ou quelque féculent. Mais alors, il ne faudrait pas ranger, comme on le fait et comme on a raison de le flure, lo lait parmi les aliments doux, sédatifs, modérateurs de l'hématose. Tout cela se comprend mal. De môme pour les affections bilieuses, qui n'a vu le lait réussir, on dépit dé tous les aphorismes, dans les maladies gastro-hépatiques avec « selles bilieuses, borborygmes, et météorisation des hypochondres ? » Hippocrate luimême prescrivait d'ailleurs le lait dans les fièvres bilieuses, le flux hépatique et l'inflammation, ainsi que le rappelle M. Péchoher, d'après Restaurant. (Ilippncratis de Natura lactis, etc.)
Pour l'usage médicinal, on communique quelquefois au lait des qualités spéciales parle mode d'alimentation de la laitière. Nous ne reviendrons pas, eu ce qui concerne le lait de femme, sur ce qui a été dit à l'article Allaitement. Ce n'est pas le Ueu non plus d'étudier les applications particulières des laits rendus médicamenteux. Nous nous contenterons de rappeler qu'il est souvent utile de conmiuniquer aux laits d'ànesse, de chèvre, de brebis, de jument, par le choix des aliments, tantôt mucilagineux, tantôt aromatiques ou amers {voy. plus haut, paragr. xi), des qualités diverses en rapport avec les maladies auxquelles ils sont destinés. Les anciens se préoccupaient beaucoup de ce point de vue, qui est nécessairement négligé dans les grandes villes, mais que n'oublient guère les médecins des campagnes, et surtout les familles qui élèvent les animaux à leur
usage
Voyons maintenant à quels états morbides s'adresse, avec plus ou moins d'efficacité, le régime lacté.
L'une des indications les plus fréquentes est celle de la convalescence des maladies aiguës, quand l'organisme sollicite des moyens de restauration en même temps qu'il n'est en état de les supporter que dans une faible mesure. Presque toujours dans ces cas, à moins qu'il ne s'agisse d'enfants, c'est le lait de vache qui convient, surtout coupé de quelque eau minérale ou infusion digestive. Viennent ensuite les maladies du foie et du tube digestif, celles de l'appareil respiratoire, celles du cœur, les hydropisies, les névroses, diverses affections diathésiques, telles que l'herpès, la goutte, le cancer, la syphilis, ou certains états pathologiques généraux, chroniques ou aigus, comme la fièvre hectique ou la variole. L'appréciation des efiets de la diète lactée doit rester attachée à l'histoire de chacune des affections dans lesquelles on a coutume de la mettre en usage. "Aussi nous bornerons-nous à quelques considérations sur certains points peu susceptibjes de trouver place dans d'autres articles, et, pour le reste, à de courts aperçus
a. Les affections inilammatoires ou subinnammatoires du foie et du tube gastrointestinal sont peut -être celles qui appellent le plus fréquemment le régime lacté. Quand l'estomac a été longtemps surchargé d'aliments, excité par l'abus de hqueurs alcoohques, on fait bien de commencer parle lait d'ànesse, surtout s'il y a constipation. Dans les autres cas, on prescrit le lait de vache. Si pourtant il existe une diarrhée habituelle, le lait de chèvre est préférable. On ne donne pas le lait dans la dyspepsie llatulente, non plus que dans les dyspepsies gastralgique et acide. On l'administre, au contraire, dans l'ulcère simple de l'estomac (Cruveilhier, Rokitanski, Schûtzenbergcr) ; dans la dysenterie chronique, où nous ne craignons pas de dire tout de suite qu'il fait souvent merveille, et dans la diarrhée chronique non consécutive à la dysenterie, mais liée à l'entérite. (Pécholier, Auphan, Renaud de Loche, etc.) En lavement, il est quelquefois utile contre les inflammations de la partie inférieure de l'intestin, et chez les enfants il remédie souvent mieux que -tout autre liquide à la constipation. Est-ce parce que la coagulation lail déposer sur place une matière molle qui ouvre aisément la voie aux matières fécales? Quelques praticiens emploient comme laxatif léger, surtout après l'opération de la hernie étrangl.:.e, les lavements de lait additionnés de cassnnnade
b. Le lait d'ànesse elle fait de chèvre, suivant le degré d'acuité du mal ou 1 état des fonctions digestives, se partagent le traitement de la bronchite chronique et de la phthisie par la diète lactée. Autrefois on avait aussi recours au lait de lemme, ce qui présentait, comme on le pense bien, d'assez graves difficultés .Le que dit Baumes sur ce point mérite néanmoins d'être consulté. C'e^t surtout contre la phthisie qu'on a préconisé les laits rendus plus riches ou médicamenteux par 1 intermédiaire des aliments : subst;uices féculentes, plantes aromatiques, sel marin (A. Latour), iode (Labourdette), etc., etc. {Voy. para-r xi )
c. M. Péchoher a eu la pensée de substituer la diète lactée au traitement de Valsava, dans 1 anévrysme actif du cœur. Il relate deux observations, dont la première mente grande considération. Le sujet avait pris, il est vrai, de la digîta'e pendant quatre mois, mais l'avait ensuite entièrement supprimée, et néanmoins. au bout de dix-huit mois, une amélioration notable dans l'état physique du cœur et dans la circulation ne s'était pas démentie.
J Le même auteur a apporté un contingent très-utile à la question des effeîs curatifsdu régime lacté dans Vhydropisie. La question posée depuis Hippocrale avait ete remise à l'ordre du jour par Chrestien (de Montpellier), da'ns un mS q 1 a obtenu une sorte de célébrité, et qui pourtant à mes yeux serait loin de sullae a assurer la restauration de ce moyen de traitement, s'il n'avait reçu le secours de recherches ultérieures. Ce mémoire, écrit en 1831, à une Ze oVh médecine ét.t entrée, par la physiologie et l'anatomie pathologicjue, dans'Ls voies de observation exacte, paraît empreint d'un singulier dédain pour le diagnostic l^ans les huit cas d ascite qui y sont relatés, l'étiologie du mal est si léoèrement, SI vaguement touchée, qu'on en est réduit à essaver de s'en faire .oi-mêm'. une idee; enoore n'y parvient-on pas toujours. Quoi qu'il en soit, ces observations ne laissent pas que d'être instructives en ce que, par le fait il y a eu iiK
^Ta2^T^'^'^"'^'":'r'' '''^' ""^^'^ ^' l'épanchement, celui-ci dimi. rllT^^' régime était rigoureusement suivi, et se reprodmsant quand It régime était discontmue. Ces résultats ont été ultérieurement confirmés par le(
de 1 a.c,tc n est pas due alors à la vertu, diurétique du lait, mais bien à une in-
LAIT. KJî)
lluence exercée sur les fondions de l'absorption. Plusieurs expérimeiilalcurs ont, (lu reste, modifié le Irartemenl de Ghrestien. M. Serres (d'Alais) ajoute à l'usage du lait celui de l'oignon. Il se propose : « 1" de mettre l'organe sécréteur des vmnes à la diète par l'abstinence de toute boisson ; 2° de l'exciter légèrement a\ec l'oignon, de nourrir le corps avec le lait, sa nourriture première, sans l'irriter. I/oignon est mangé cru après une soupe au lait, avec un peu de sel et du pain en quantité modérée. » Ce traitement a été expérimenté par MM. Claudot, Ossieur et Dieudonné, mais surtout par M. Guinier, qui s'en est bien trouvé et qui, à l'exemple de son collègue, M. Pécholier, a montré combien l'action diurétique était insuffisante à rendre compte des résultats obtenus, et comment aussi il ne serait pas d'une bonne clinique d'adresser la même médicalinn à toutes les espèces d'bvdropisic. Cet auteur rapporie un cas de guérison de l'aiiasarque, dans la maladi:'. de Bright, parla diète lactée et l'oignon cru.
e. Dans l'ordre des névroses, c'est contre l'épilepsie et l'hvstérie que le régime lacté a été plus spécialement préconisé.". Contre la première de ces maladies il l'a été notamment par Tissot, Cbeync, Cbresticn, Dclasiauve, etc. Clievne le regarde comme curatif, et im médecin, le docteur Creydcn, aurait sinon fait disparaître, du moins fort diminué, par l'usage exclusif du lait |)endant quatorze ;ms, les accidents épileptiques auxquels ils élait sujet. Quant à ce qui concerne l'hystérie, on trouvera dans la lettre de Sydenham à G. Cole (paragr. 278) un pnssage bon à rappeler en un temps où la réaction contre les niédicntions antijiidogistiques amène d'autres excès au profit des médications toniques et excitantes. Sydenham signale les bons effets de la diète lactée chez certaines malades traitées en vain par le fer et le quinquina, et plus particulièrement chez celles (jui étaient atteintes de colique hystérique. On me permettra de dire, à cette occasion, qu'il m'arrive souvent de prescrire, et de prescrire avec succès, l'usaqe exclusif ou à peu près exclusif du lait froid chez les chloro-anémiques, dans cetîe forme, propre aux jeunes filles nubiles, qui s'établit très-rapidement et qni s'acconqoagne de dégoût pour toute espèce d'aliment, de répugnance invincible pour les aliments gras, d'insomnie et de clialeur à la peau avec fréquence du pouls par intervalles.
f.\)Aus l'herpès, dans le cancer, dans la goutte, dans h cachexie syphilitique, la dicte lactée a été préconisée soit en vue simplement d'atténuer le régime dé modérer le travail nutritif, de réduire la quantité des produits excrémc^ititiêls ; .^oit dans l'espérance de porter une perturbation salutaire jusque sur le plasma duquel dérivent les formations organiques. M. Fonssagrives {Hygiène alimentaire, 2« édit., p. 627) emprunte aux journaux de médecine le fait d'un confrère qui, porteur d'un bouton cancéreux de la hce, récidivant après chaque extirpation, guérit par un emploi régulier de la diète lactée. Mais c'est au sujet de la goutte que le régime a été le plus discuté. Sydenham s'en montrait partisan déclaré, à la condition qu'on s'y soumit pour ainsi dire indéliniment. Barthez Zimmermann ont surtout fait ressortir les autres indications qu'apportent :\ l'emploi d'une médication aussi exclusive certaines particularités de la santé des goutteux. On trouvera toutes ces indications résumées au chapitre v du Traité des maladies goutteuses de Barthez.
g. Enfin, toutes les fièvres hectiques, quelle qu'en soit l'espèce, sont passibles de régime lacté, en l'absence d'autres indications spéciales; et, parmi les pyrexies aiguës, il en est une contre laquelle on a vanté l'usage du lait intus et extra; nous voulons parler de l'exantlième variohque. D'après les préceptes con-
no LATT.
signés quel(iues années auparavaiil dans un article du docteur Fritz, M. Vandenzande a employé cette médication dans mie épidémie de variole. Le lait était bu fraîchement trait à la dose de un à trois verres ; on en prenait aussi coupé d'eau par moitié. A l'extérieur, on l'appliquait au moyen de compresses, et dans certains cas graves, on administrait des bains de lait coupé de di'coclion de graine de lin. {Bull, de thc'r., XXXIV, p. 233; 1850.) Si les bons résultats annoncés par M. Vandenzande ne sont pas illusoires, c'est un nouvel argument de fait contre l'aphorisme hippocratique cité phis haut.
Nous venons de signaler une application de l'usage externe du lait. Il serait bien superflu et dilficile d'ailleurs d'éiiumérer toutes celles qui peuvent être indiquées dans la pratique. Les bains de lait, même coupé, sont plus du domaine de la coquetterie que de celui de l'hygiène et de la Ihérapeutique. Mais on emploie fréquemment le lait en bains locaux, en lomentations, en injections, dans nombre d'affections des membres, du pénis, du conduit auditif, des organes génitaux. 11 constitue un bon gargarisme dans le? angines inflammatoires, surtout mêlé à des décoctions émollientes.
IIL II nous reste à dire un mot de l'emploi du lait en toxicologie. On sait qu'il intervient, d'une manière un peu banale, dans tous les empoisonnements par les substances qui n'ont pas d'antidotes, surtout dans les empoisonnements par les champignons. Mais il n'est lui-même l'antidote (s'il l'est) que d'un tiès-petil nombre de substances toxiques. La réaction qu'il présente avec l'hydrochlorate d'étainetle sulfate de zinc, dit M. Guérard, doit le faire préférer à tout autre agent comme contre-poison de ces deux préparations métalliques. {Dictionn. en 30 vol.) art. Lait.) Dans sa dissertation inaugurale, M. Rupin conclut de diverses expériences chimiques et physiologiques au peu d efficacité du lait contre les intoxications par les sels cuivreux, les mercuriaux et les antinioniaux. On tirerait, suivant lui, un meilleur parti de ce Hquide dans l'empoisonnement aigu par le plomb.
Ajoutons enfin que M. Gorré dit s'être très-bien trouvé de l'emploi du lait dans un cas d'empoisonnement par la noix vomique.
Voy. Bronchite (Chronique), Cancer, Cœir (Maladies du), Diarrhée, Etain (Sels d'),FoiE (Maladies du). Goutte, Hydropisie, Noix vomique, Plomb, Variole, Zinc (Sels de). A. Dechambre.
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LAIT (petit-). 171
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LAIT VÉGÉTAL. Suc propre (latex), ordinairement colon' en blanc comme le lait, et retiré des tissus de plusieurs végétaux. Le Laitvégétnl par e\cellence est le latex de YArbre à la vache ou Galactodendron utile K. (Voy. ce mot.) Beaucoup d'autres plantes contiennent des liquides laiteux, mais non alimentaires, et souvent même vénéneux, tels sont les Laits des Euphorbiacées, Papavéracées, Apocynées, Asclépiadées, Gampanulacées, Artocarpées, Ghicoracées, Convolvulacées, Sapotées, etc. Un grand nombre d'entre eux sont des médicaments actifs. [Voij. Latex.) Plusieurs plantes sont appelées vulgairement laits, soit parce qu'elles contiennent aussi un suc opaque, soit parce que quelques-mies rappellent la coloration du lait. Ainsi, on nomme :
Lait d'oiseau, VOrnithogalum umhellatnm.
Lait de Sainte-Marie, de là Vierge, le Silybum Marinnnm,
Lait doré, VAgaricus deliciosus;
Lait battu, le Fumaria officinalis; '
Lait d'âne, les Sonchus;
Lait de cochon, YHijoseris radicata;
Lait de couleuvre, plusieurs Eupborbes, notamment VEuphorhia Cyparissias [voy. ces mots);
Lait de Tigre, un champignon indéterminé, qu'on appelle en Chine To-Emi, au rapport de J. Breynius. [De fiingo sinensi antidotali Lac Tigridis dicto, ir Mise. cur. nat., 1773-74, 292.) H. Bn.
LAIT (Petit-). Voy. Petit-lait.
17Î LAITaON.
I.AETS .i5E';;BBfHKAtt;:!^-. A l'arlicle Lait, il a été question des moyens de rendre iiiédicanientcux le lait de la femme ou des animaux, par l'ingestion de certaines substances (sel marin, iode, etc.). On a dû aussi ]iarlcr à cette occasion de certaines préparations destinées à remplacer le lait , telles que le lait de Liebig. \\ ne reste à indiquer ici qu'un petit nombre de liquides laiteux, appelés par cette raison laits médicinaux, quoique n'ayant aucun rapport avec le produit de la sécrétion lactée.
Lait d'amandes. {Vojj. AMA?y'Dr;.)
Lait ammoniacal. Enmlsion qui se prépare en divisant de la gomme ammoniaque mêlée à la gomme arabique dans du sirop de capillaire, et ajoutant ensuite une eau distillée aromatique. {Voy. Gomme ammo.niaque.)
Lait de chaux. On donne ce nom à de la chaux divisée, tenue en suspension dans l'eau. [Voy. Cmaux.)
Lait de poule Nom donné à une préparation qui est administrée comme adoucissante. Elle se prépare en mêlant ensemble un jaune d'œuf, 15 grammes de sucre, 4. grammes d'eau de fleurs d'orangers et 50 granmies d'eau chaude. Il se prend en une ou deux fois, et le plus ordinairement avant de se coucher.
Lait purgatif. Ce nom est dojnié à du lait de vache dans lequel on a suspendu, soit de la poudre de scammonée, soit de la poudre de résine de scammonée. [Voy.
ScAWMOJiÉE )
Lait de soufre. Liquide laiteux obtenu en décomposant un polysulfure alcalin ])ar un acide. L'opacité de la liqueur est due à du soufre très-divisé qui est en suspension dans la liqueur, mais qui finit par se précipiter. [Voy. Soufre.)
Lait végétal. On donne ce nom aux sucs laiteux que l'on rencontre dans les végétaux : sucs des euphorbiacées, des apocynées, des chicoracées, des papavéracées, etc. Ces laits végétaux sont dus, pour la plupart, à des résines, à du caoutchouc, à des gommes-résines, tenus en émulsion dans un sérum, et constituant \ù latex. {Voy. page 171.) T. Goblev.
LAiTao^^ {So7ichus L.), ou encore Laiteron, Lasseron, Laceron, Laisseron. Genre de plantes, de la famille des Composées, tribu des Chicoracées, sous-tribu des Lactucées, et très-voisin des Laitues par son organisation. Ses fleurs sont disposées en capitules, et toutes semblables entre elles. Le réceptacle est convexe, nu, et porte un mvolucre formé de bractées nombreuses, hnbriquées, disposées sur plusieurs rangées. Les fleurs, insérées chacune dans une petite fossette du réceptacle, ont une corolle ligulée et cinq étamines syngénèses. Les fruits sont des achaines un ])eu comprimés, à côtes légèrement saillantes, réunies par des saillies rugueuses transversales. Leur sommet est tronqué, non prolongé en bec; il est pourvu d'une aigrette à poils grêles, uziifornies, pluriscriés, groujjés en faisceaux à leur base. Les Laitrons sont des plantes herbacées qui croissent dans toutes les ]iarties du globe. Leurs organes sont glabres ou hérissés, presque tous gorgés d'un latex laiteux. Les feuilles sont alternes, souvent sessiles, plus ou moins auriculées, hastées à la base, pinnatifides. Leurs fleurs sont réunies en cymes de capitules, et leurs corolles sont jaunes. Les Launea de Cassini appartiennent à ce genre. Les espèces employées sont les suivantes :
1. Laitron comestible {Sonchus oleraceus L., Spec, 1116. — S. lœvis Vill. — S. ciliatus Lamk. — Lepicaune spinulosa Lapeyr.). Mauvaise herbe, glabre, laiteuse, vulgairement nommée Iat7 d'âne, Liarge, Laitine de lièvre elde lierre, Palais de lièvre. Sa tige est dressée, fistuleuse, haute de deux à huit dcci-
LAITUE (botanique). 170
mètres, chargée de feuilles fortement découpées. Sa racine est annuelle, fusiforme. On peut manger cette plante, cuite ou crue en salade. Dumont d'Urvillc rapporte que, privé de végétaux frais, il s'en est nourri avec plaisir, dans le voyage de l'Ast^'olabe, sur les côtes de la Nouvelle-Zélande oîi la plante a peut-être été transportée par les Européens. Le suc est, dit-on, apéritif et passe pour augmenter la sécrétion lactée. On emploie les feuilles à l'aire des cataplasmes émollients. Le suc a été autrefois préconisé comme calmant. Du temps de MatthioJe {Comment., 21 6), on employait ce végétal comme aliment en Italie: il y porte le nom de Sonco.
2. Laiteron doux [Sonchus tenerrimus L., Spec, 1117. — • S. pectinatus DC). Espèce annuelle, bisanuelle ou vivace, qui habite la région méditerranéenne et qui a des feuilles molles, pétiolécs, et des achaines non bordés. Sa ti'^e est glabre, fistuleuse et fragile. On se sert de ses feuilles comme aliment, surtout en salade. A Naples, on en extrait le suc qui s'administre comme calmant. On y appelle la plante Cardillo.
3. Laiteron rude {Sonchus asper Vill., Dauph., 111, 158. — S. spi7iosus l^xuK. — S. fallax Wallr.). Considérée par plusieurs auteurs comme une simple forme du S. oleraceus, cette plante s'en distingue par des fruits lisses, marginés, avec six côtes long tudinales. Ses feuilles sont- épaisses, fermes, luisantes, entières ou dentées, crépues ; les caulinaires sont pourvues d'oreilles arrondies, contournées en hélice et appliquées contre la tige. C'est aussi une mauvaise herbe, commune dans les cultures. Sa racine est Y andcn liadix Soncld des ollicines; elle était employée comme émoUiente, adoucissante ; son suc était considéré comme apéritif, stomachique. Elle servait à préparer une teinture jaune.
4. On a encore employé les S. arvensis L., paliisti'is L., alpinus L., conmie alimentaires, apériiifs. Le S. floridanus L. est le Mulgedium floridanum L., plante usitée dans l'Amérique du Nord, comme pectorale et alexipliarmaque.
H. Bn.
L., Gen., n. 908. — Cassini, in Dict. se. nat., XXV, 151. — Reiciienc, Hort. bot., t. 139. — IIayne, Arzneuj., t. 48. — Endl., Gen., n. 5U05. — Mér. et Del., Dlct., VI. 459. — Ducii., Répert., 126. — Rosextii., Syn. plant, diaplior., 509. — Grès, et Godr., FI. fi., II, 324.
LAI île {Lactuca L.). § I. Botanique. Genre de plantes de la famille des Composées, tribu des Chicoracées, dont le nom a été donné à la sous-tribu des Lactucées, par Lessing ( S */noj;s., 155). Les capitules y ont un réceptacle à surface conve.\.eou presque plane. Us portent uninvolucre dont l'ensemble présente, avant l'épanouissement, une forme cylindro-conique ou oblongue. Les bractées de cet involucre sont en nombre vaàable, inégales, imbriquées sur plusieurs séries. L.s fleurs sont peu nombreuses, toutes semblables entre elles, insérées sur la surface ou dans de petites fossettes du réceptacle dépourvu de paillettes. Le réceptacle particulier de chaque fleur a la forme d'une petite gourde à goulot rétréci, puis légèrement dilaté eu un bord qui porte l'aigrette et la corolle. L'aigrette, très-développée dans le fruit, est formée de pods simples, unisériés. La corolle est ligulée, bleue, blanche ou jaune; les étamines sont syngénèses. Les fruits sont des acharnes lisses, avec une seule ligne saillante à la surface, ou quelques stries plus ou moins élevées. Leur sommet se prolonge en une sorte de longue tige, qui n'est autre chose que h; goulot si court des ovaires, et dont l'extrémité ddatée porte l'aigrette. Les Laitues sont des plantes herbacées annuelles ou vivaces, communes dans les régions boréales et tempérées de l'Amérique, de l'Europe et de l'Asie. Tous leurs organes sont ordinairement gorgés d'un suc laiteux abondant, elles vaisseaux lacticifèrcs
174 LAITUE (botanique).
s'y reiicoulreiit jusqu'au voisinage de leur suiiace. Les feuilles uiiericures sont sinuées, puiuatifides ou roncinées. Les feuilles supérieures présentent des découpures moins profondes, ou sont entières; plus haut, elles deviennent d'étroites bractées. Elles sont, ou glabres, ou garnies d'aiguillons sur les nervures et les bords, souvent sagittéesàla base. Les capitules sont groupés en grappes de cymes terminales ou axillaires. Les espèces employées sont les suivantes :
l. Laitue cultivée {Lacluca sativa h., Spec, 1118). Cette plante est annuelle. Elle a une tige d'abord courte, chargée de feuilles rapprochées, ovales, arrondies presque entières, plus ou moins ondulées, atténuées à leur base, et primitivement toutes imbriquées, de manière à former un gros bourgeon à axe épais, charnu, succulent, de môme que les nervures des feuilles, surtout la principale! Plus tard, la tige s'allonge jusqu'à la hauteur d'un ou deux pieds, pleine, glabre, rameuse, et les feuilles qu'elle porte sont sessiles, cordiformes, subauriculées,' entières ou denticulées sur les bords. Les capitules stipités sont réunis en une vaste inflorescence fastigiée, qu'on a appelée à tort un large corymbe. A la base des axes, se trouvent, ou des feuilles plus petites que les feuilles caulinaires, ou des bractées amplexicaiiles, subauriculaires, d'autant plus étroites qu'elles sont situées plus haut. Les bractées imbri(|iiées de l'involucre forment une sorte de sac ovoïdeallongé, glabre. Le réceptacle porte douze à Quinze fleurs à corolle jaune, insérées dans de petites fossettes de la face supérieure à peu près plane du réceptacle. Les fruits sont des achaines oblongs, étroitement marginés, et un peu hérissés vers le sommet. Ils sont d'un brun grisâtre, et le bec qui les surmonte, à peine plus long qu'eux, est blanc comme l'aigrette. 11 y a des formes de cette plante dont les feuilles sont dentées, d'autres dont les nervures dorsales sont aiguillonnées, d'autres encore (form. laciniata), dont les feuilles radicales sont laciniées, tandis que les caulinaires sont ou laciniées ou entières. C'est cette variété que Rolh a nommée [Cat., l,90)Lactuca laciniata. Cette plante est semée tous les ans, dans nos jardins et nos champs, pour les usages économique et médical. Comme la plupart des espèces cultivées ainsi de toute antiquité, celle-ci a une origine fort douteuse et fort débattue. Peut-être n'est-elle qu'une forme du Lactuca Scanolal., et M. Alph. de Candolle admet cette origine comme probable {Gcocjr. bot., 845). Dioscoride était sans doute de cet avis, puisqu'il appelait Tridax la laitue cultivée, et Tridax sauvage, le I. Scariola. Hérodote rapporte qu'on cultivait déjà notre I. sativa chez les Grecs et chez les Perses du temps de Canibyse. M. Alph. de Candolle pense que les raisons données par MM. Koch, Moris et Bischoff, de l'identité spécifique des I. sativa et Scariola, sont pércmploires. La patrie probable de ce dernier serait l'Europe orientale ou l'Asie occidentale.
La plupart des auteurs s'accordent à ne considéier que comme des modifications du L. sativa, modifications produites par une culture qui remonte à un temps immémorial, les L. capitata, romana, laciniata, palmata et crism Ce qu'il y a de particulier dans ces différentes formes d'une même plante, c'est que les semis répétés reproduisent d'une façon à peu près coustanle, non un type unique primitif qui reparaîtrait par voie de retour, mais bien ces variétés tranchées, qui sont de celles qu'on appelle fixé&s, soit par la s, leciion, soit par tout autre moyen. L'atavisme, règle ordinaire des variétés végétales, n'existerait donc pas ici ; et c'est là un fait que nous livrons aux méditations des savants que préoccupe la question des espèces et des races.
Le L. capitata est la Laitue pommée de nos jardins. Réservée pri;icipalement pour les usages alimentaires, elle produit encore à la fois du Lactucurium,
LAITUE (botanique). 175
de la Thridace, et l'une des quatre petites semences froides. Aussi, Guibourt l'appelle-t-il la Laitue officinale. C'était, pour Linné, le Lactuca saliva capiiata. Les feuilles qui forment par leur rapprochement son gros bourgeon, sont sans aiguillons, ondulées, bosselées, et à nervures très-charnues. Sa tige renferme, vers sa pi'riphérie, un riche réseau de vaisseaux lacticit'ères pleins d'im suc propre laiteux, blanc, amer, d'une odeur vireuse (Lactucarium). Ses feuilles sont vertes ou teintées, lavées, tachetées ou bordées d'un brun plus ou moins pourpré.
La Laitue romaine ou Chicon [L. sativa romana), uniquement employée comme légume, a les feuilles sans bosselures ni ondulations, atténuées en bas, arrondies au sommet, concaves en dedans, dressées, imbriquées entre elles et réunies en un gros bourgeon obové.
he Lactuca laciniata ou L. sativa laciniata est la Laitue épinard, à peu près uniquement employée comme aliment. Ses feuilles allongées, profondément découpées, sont analogues pour la forme à celles de certains Pissenlits.
Le L. palmata est la Laitue Chicorée des jardins; ses feuilles se rapprochent en effet de la forme palmée.
Le L. crispa ou L. sativa crispa est la L. frisée ou crépue, nom qui indique aussi la forme de ses feuilles. Réservée pour les usages économiques, elle posséderait probablement, comme les formes précédentes, toutes les propriétés thérapeutiques du L. sativa. Toutes ces plantes peuvent donner de la tlnidace, du suc laiteux, des matières colorantes jaune et vert noir avec les alcalis et les sels de fer, de l'huile renfermée dans les graines et quelquefois exploitée.
IL Laitue sauvage ou Scariole {Lactuca Scariola L. — L sijlvestris L\MK, Dict., m, 106. — L. verticalis Gâter.). Cette espèce qu'il ne faut pas confondre avec la Scarole ou Escarole, qui appartient au genre Chicorée [voy. ce mot), est une plante bisannuelle, à tige haute de 1 à 2 mètres, dressée, rameuse dans sa portion supérieure, pleine, charnue, à tissu d'un vert pâle, d'un vert plus ou moins blanchâtre ou violacé à la surface. Elle est nue, ou chargée d'aiguillons dans sa moitié inférieure. Les feuilles qu'elle porte sont glabres et presque toujours hérissées sur les bords et sur la nervure dorsale d'aiguillons ou de poils spinescents. Elles sont oblongues ou longuement obovales, les caulinaires entières ou roncinées-pinnatifides, amplexicaules-sagittées à la base. Leur base subit, à partir d'un certain âge, une légère torsion qui les dévie à leur point d'insertion et rapproche un de leurs bords de la tige. Les fleurs, qui sont d'un jaune très-pàle, sont groupées en petit nombre, pour former des capitules sti piles, trèsnombreux, rapprochés en fausses grappes sur des rameaux qui s'étalent et se disposent en ce qu'on appelle une panicule pyramidale. Les achaines sont d'un brun grisâtre, oblongs, étroitement bordés, striés, hérissés au sommet, avec un bec blanc supportant l'aigrette, de même longueur que l'aciiaine. Le L. angustana d'Ahioni {Fl.pedem., II, 224, t. 52, fig. I) n'est qu'une variété inte- ; \ ^rata de cette espèce, avec des feuilles entières, denticulées, sans aiguillons sur i Ja nervure dorsale.
i Le L. Scariola est une herbe commune dans les terrains incultes, pierreux, les champs abandonnés, le bord des fossés, des chemins; elle fleurit de juin à août. Un suc propre, laiteux, abondant, est contenu dans les vaisseaux laticifères qui abondent vers la périphérie de ses tiges et rameaux, dans les nervures de ses leuillcs, etc. 11 donne à la plante une odeur vireuse et une saveur très-amère. Toutes ses propriétés sont, en un seul mot, celles de la Laitue vireuse que quelques auteurs regardent comme une simple variété du L. Scariola; mais ces pro-
^""^ LAITUE (kotamqoe).
priâtes sont moins prononct'es. Elle fait toutefois partie de la pharmacopée ailemande, sous le nom de Herba Lactiœœ sylvestris.
III. Laitue viveuse ou papavéracée (Lactuca virosa L. Spec, 1117). Cette plante dont presque toutes les parties sont gorgées d'un suc lactescent, et présentent une odeur vireuse, désagréable, atteint une hauteur d'un mètre à un mètre et demi environ. Ses branches, dressées, simples à la base, rameuses dans la porficn supérieure, naissent d'une racine bisannuelle. Les rameaux sont arrondis, glabres glauques, souvent teintés de violet. Ils portent des feuilles alternes, grandes vers le bas de la plante, ovales-oblongues, à nervure dorsale couverte d'aiguillons, à bords entiers et denticulés ou sinués, plus rarement roncinés, à base sagittée' amplexicaule ; glabres et glauques, plus petites et tendant vers la forme entière en haut de la plante. Les fleurs sont jaunes, groupées en capitules très-nombreu-stipités, réunis en une fausse grappe ou panicule pyramidale étalée. Les écailles fié l'involucre sont dressées, lancéolées, imbriquées. Le réceptacle est presque plan en dessus, avec des alvéoles peu profondes répondant à la base des fleurs dont on compte une vingtaine dans chaque capitule. Les achaines sont oblongs, d'une couleur noire pourprée, comprimés, bordés d'une membrane saillante, surmontés d'une aigrette soyeuse, à poils blancs, nacrés, articulés, supportés par un lon^^ bec blanchâtre égalant l'achaine. ""
Celte plante, dont plusieurs auteurs n'ont fait qu'une variété virosa du L Scariola, et que MM. Cosson et Germain {FI. par., édit. 1, 455j ont appelée integrifoUa, croit dans les endroits incultes, sur le bord des chemins, sur U murailles, au milieu des pierres, dans les haies; elle est assez rare, relativement au L Scariola. Les fleurs s'épanouissent dès la iin de juin, jusqu'au mois d'août On dit qu'elle se comporte quelquefois absolument comme une plante annuelle. V. iNous ne ferons que citer les L. canadensis, L. perennis, L saliqno L. quercma, qui sont comestibles, le L. elongata Mueul., originaire de PeiJ sylvame et qui est parfois mélangédans les pharmacies auxl. virosa et Scariola, lel. taraxacifolia Schum., employé à la Guyane comme succédané de l'opium' lesl. indicahwY.. et Tsitsa Siec, cultivés comme alimentaires dans l'Inde et aii Japon. LeL. canadmsis est, dit-on, employé dans l'Amérique du Aord, sous le nom de Chicorée blanche, comme laxatif, rafraîchissant. Ses IKiits servent à préparer des émulsions. Le L. perennis, espèce indigène à fleurs violacées qui croit sur les coteaux calcaires, pierreux, est considéré comme rafraîchissant, dépuratif. On l'emploie dans quelques campagnes, sous les noms vulgaires de Gresdlotte, Chevrdle, Licochet, ou Laitue de bruyère.
Le nom de Laitue a encore été donné à un graiid nombre de plantes appartenant a d'autres genres. Ainsi on appelle vulgairement : Laitue de lièvre, de lierre, de muraille, les Laitrons ; L. de chien, le Pissenlit et le Petit-Chiendent {voy. ces mots) ; L. d'âne, les Cardères ; L. de brebis, les Mâches ; L. de chouette, \t Beccabumja ;
h de murailles, plusieurs Laitrons et le Prenanthes muralis ; L. de mer, les Vives. {Voy. ces mots.) n g,,.,
i., Gen.,n.%9. - Ccrtn., De fruct., If, 561, t. 158. - Less., S,jnops., 135. - KocH
Rcpat., 124. -Rica. (A.), Elcni., éd. 4, II, 92; Dict. de mcd. en dO vol., XYII 470 lEu ,UA, Elem. met. méd., éd. 4, II, p. II, 54. - Gue.v. et Godr., FI. de Fr., ll/^l?.' - HosENTH., 6(/«. ;;/. dinpk., 509. — ExDi.., Gcn., n. 5008
LAITUES (bromatologie). 477
g II. Bromatologie. La laitue jouait dans l'alimentation des anciens un rôle considérable et dont l'origine remontait fort loin. C'était affaire de goiàt, de traditions et d'idées médicales vulgaires dont quelques-unes ont résisté au temps et à l'examen. Les Hébreux faisaient figurer les laitues sauvages dans le repas pascal, qu'elles constituaient avecles pains sans levain et l'agneau immaculé. L'amertume de ces feuilles leur rappelait symboliquement les tristesses de l'exil sur Ift terre d'Egypte. Pythagore et ses adeptes considéraient la laitue comme susceptible d'éteindre les désirs génésiqucs; ils l'employaient à ce titre, et le nom d'sùvou;/iov, qu'ils lui avaient attribué, consacre leur croyance sous ce rapport; elle s'est, du reste, perpétuée jusqu'à nous, et semble, quoi qu'on en ait pensé, avoir une base réelle.
Les Grecs n'avaient pas les laitues en moins grand honneur comme aliment. Au dire de Pbne, ils en distinguaient trois espèces; la laitue de Laconie, ou laitue sessile, était particuHèrcment estimée en Grèce; on la prenait à la lin du dîner, d'où le nom de requies ciborum qui lui était donné habituellement ; ou (pielquefois au commencement, et (singulières vicissitudes des coutumes!) c'était sous forme de salades, lactucœ oleo acetoque conditœ {Pitiacns), que ce légume ouvrait les repas; on le considérait comme susceptible dexcitcr l'appétit. J'ai trouvé dans Âlcipbron, sophiste grec du troisième siècle, une assez curieuse indication de l'usage que les Grecs faisaient de la laitue dans leurs repas. Le sixième fragment de cet auteur [Alciplironis rhetoris Epistolœ, edit. Seiler. Lipsia:, 1850, p. 164) fait allusion à la laitue frisée ou crépue et à la laitue sessile (at Sk oZlcct P'ja-payoi;, itj.'ftpîiv cillât 6p(/.~/i-.ia.L) . (( On dit, ajoute-t-il, quc c'est celle que préfère Vénus. » Le récit des scènes qui suivirent l'usage des laitues dans la nuit de débauche que décrit ce fragment, est de nature à démontrer que la laitue n'était pas toujours réfrigérante ; mais il s'agissait, il est vrai, de laitue cultivée.
Les Romains avaient pris aux Grecs leur goût pour ki laitue. Elle figurait dans tous leurs repas tantôt avant la série des mets à titre d'apéritive, tantôt venant la clore à titre de sédative et pour calmer l'estomac, brutalisé par les extravagances gastronomiques que l'on connaît. Martial se demande, dans des vers cités partout, pourquoi, par une inversion dans les habitudes de la table, on plaçait au commencement des festins l'usage de la laitue réservée jadis comme dernier plat. Les excentricités des Romains présentaient bien d'autres problèmes aussi peu solubles. Cette révolution peu sérieuse dans les destinées de la laitue s'accomplit sous le règne de Domitien. Les Romains attribuaient à la laitue l'avantage de favoriser les fonctions alvines. « Ventri movendo utilis, » disait à ce propos Martial, reflétant, du reste, une opinion médicale très-accréditée avant lui. On sait la fortune qu'Antonius Musa donna à la laitue en guérissant par ce moyen son royal client devenu hypochondriaque. Peu s'en fallut qu'elle n'atteignit celle du chou, mis au pinacle, comme on sait, par le philosophe cynique Chrysippe. On se mit à en cultiver dans tous les jardins, comme on en servait sur toutes les tables, et Dioclétien trouvait dans la culture de cette plante, à Salone, une ample compensation au gouvernement du monde qu'il avait volontairement abdiqué. II est fâcheux pour le christianisme que ce goiit pastoral ne l'ait pas pris deux ans plus tôt. La persécution sanglante de l'an 303 lui eut été sans doute épargnée.
En somme, on le voit, la laitue, pour aliment vulgaire qu'elle soit, a une histoire. De nos jours déchue comme tant d'autres choses, elle ne figure plus sur nos tables que comme légume herbacé vert, et l'on ne se doute guère qu'elle ait été si longtemps investie du pouvoir de ramener le sommeil, d'éteindre les ardeu/' \ ùiCT. E^c. i's. l. 12
178 LAITUES (thérapeutique).
de l'imbition et d'émousser l'aiguillon gcnésique. Nous dirons tout à l'Iieure ce qu'il faut penser de ces vertus qui lui étaient généralement attribuées chez les anciens.
La laitue constitue chez nous une branche importante de la culture maraîchère. Elle comprend un assez grand nombre de variétés comestibles. (Voir plus haut.) Une culture inteUigente, en accélérant le développement des laitues comestibles et en soustrayant leurs parties centrales à l'action de la lumière, diminue l'arôme vireux naturel à ces plantes, les blanchit, attendrit leur tissu et fait prédominer leurs propriétés alimentaires au détriment de leurs propriétés thérapeutiques.
Les diverses laitues sont employées comme salades ; leur usage est par conséquent passible des réserves à faire à propos de cette dernière catégorie de mets dans le régime des convalescents ou des valétudinaires ; la laitue pommée, soumise à certaines préparations, constitue des mets d'une digestion très-facile et d'un goût agréable. La laitue au jus de viande est un des meilleurs légumes qu'on puisse prescrire aux malades. Si on ne doit pas trop compter sur son action hypnotique, il convient au moins d'invoquer sa digestibililé facile et son utilité pour remédier à la constipation des gens alités ou inactifs. Golumelle, en la vantant comme aliment de convalescence, faisait sans doute allusion à ce double avantage. Le reproche qui lui a été adressé par Hippocrate d'être froide et de relâcher le ventre {De dieta, lib. 11, 65), avant d'être lactescente, ne paraît guère justifié et ne saurait faire tort à un aliment qui occupe une place utile dans la série des légumes herbacés.
g III. Thérapeutique. Les anciens accordaient trop d'importance à la laitue envisagée comme aliment pour ne pas avoir mis l'attention la plus sérieuse à l'étude des elfets qu'elle produit sur l'économie. Au reste, ils faisaient de même pour toutes les substances alimentaires dont ils cherchaient à déterminer, avec subtilité sans doute, mais avec un soin louable, les propriétés les plus importantes, vires alimentorum, comme on disait alors. Il faut remarquer que dans leurs descriptions ils embrassent en même temps la laitue vireuse et la laitue cultivée. C'est ce qu'il est bon de ne pas perdre de vue pour comprendre le cas qu'ils faisaient de cet alimen t médicamenteux.
Galien est un de ceux qui l'ont étudié avec le plus de complaisance. Il fait ressortir son action sédative et ne la signale comiîie indigeste que quand on en a usé en proportions considérables. {De locis affectis, lib. III, cap. ii.) Alors commencent aussi les effets narcotiques « graves inducit somnos. » Il insiste en plusieurs passages sur l'analogie qui existe entre le suc de la laitue et celui des autres narcotiques, en particulier de la ciguë, du pavot. {De tempéraments, lib. III, el De aliment., lib. II, De lactuca). Oi\ sait l'usage personnel qu'il faisait de la laitue. Son goût pour cette plante est cité partout, mais trop souvent de seconde main et par suite, d'une façon inexacte. Il n'est donc pas hors de propos de restituer le propre texte de l'auteur. « Porrô, dit-il, dum essem juvenis, venir iculusqae mihi infestaretur bili, lactuca qua ipsum refrigerarem utebar; quum vero ad œtatem declinantem perveni, hoc ipsum olus fuit mihi contra vigilias auxiliù quce senibus esse annexée videntur. » {De alim., hb. II.) U s'agit ici de l'insomnie des vieillards et non pas, comme on l'a dit, de l'insomnie due à des travaux excessif.. Cette dernière interprétation est plus intéressante, mais elle est moins exacte,
un des compatriotes de Galien, Oribase de Pergame, qui vivait au milieu
LAITUES (thérapeutique). 179
du quatrième siècle , a insisté également sur les propriétés principales de la laitue, « qui, en sa qualité de légume froid et aqueux, convient dans toutes les inflammations aiguës, les érysipèles légers, et dont la graine arrête les flux spermatiques, et convient particulièrement aux individus qui ont des pollutions nocturnes trop abondantes. » {Oribasii Synopseos, lib. III, cap. xii, et De virtute simpl, lib. II, de rébus a 9 incipientibus) .
Le premier Tétrabible d'Aetius {Sermo i) répète à peu près ce que Galien et Oribase avaient dit de la laitue; son action hypnotique et rafraîchissante, son utilité contre les pertes séminales sont signalées par lui ; mais il ajoute à ce qu'en avaient dit ses devanciers quelques indications sur l'emploi extérieur des préparations de laitue, en ophthalmologie en particulier. Etmiiller, dont l'érudite compilation fut pour le dix-septième siècle ce que celle d'Oribase avait été pour le quatrième, dit de la laitue : « Elle fait dormir, diminue la chaleur, combat les accidents bilieux, augmente le lait, tient le ventre libre, est d'une digestion facile et nourrit beaucoup ; sa semence est utile contre la gonorrhée virulente, contre la dysurie, et elle peut convenir pour tous les usages auxquels on adapte les feuilles ; quelquefois on la prescrit en pédiluves contre les agitations et l'insomnie [contra agrijpniam et vigilias) ; elle convient dans les cas de songes libidineux et de pollutions nocturnes répétées. » (Etnmlleri Opéra. Lugduni, 1680, t. X, p. 857.) En retranchant quelques traits de ce programme ambitieux, on a uu résumé exact des propriétés de la laitue condensées au maximum dans son extrait ou dans son suc.
Je ne m'occuperai ici que de l'emploi de la laitue en substance ou de ses préparations, jugeant nécessaire d'étudier A part {voy. plus loin, page 180) les sucs épaissis des laitues, c'est-à-dire la thridace et le lactucarium.
La composition de la laitue comestible varie suivant que les feuilles sont nouvelles ou bien suivant que la plante touche à la floraison. Dans le premier cas, elle renferme surtout de l'eau, du mucilage, des matières albuminoïdes et sucrées; plus tard, elle contient un suc amer légèrement narcotique, à odeur vireuse, de la résine, du lactucerin (matière cireuse particuhère) , du lactucin, matière cristalline amère, une huile volatile sulfurée. (Pereira, vol. II, part. II, p. 1566.) La laitue entre dans la composition des bouillons aux herbes, dans lesquels elle est associée au cerfeuil et à la poirée. On la considérait autrefois comme utile aux calculeux et aux individus atteints de gravelle. (G. Buchan. Méd. domest. Trad. J. Duplanil. Paris, 1785, t. II, p. 461.) L'eau de laitue sert de véhicule aux potions calmantes et aux collyres sédatifs. L'emploi de la décoction de laitue contre la nymphomanie perd de son intérêt aujourd'hui que nous avons les propriétés de cette plante concentrées dans le lactucarium. Occupons-nous en particulier de la laitue vireuse.
II est certainement permis d'affirmer que les propriétés énergiques attribuées par les médecins anciens à la laitue s'appliquaient principalement à la laitue vireuse [lactuca virosa). Cependant il y a sur ce point un doute qu'il n'est pas facile de lever; les diverses variétés de la laitue cultivée {lactuca saliva) présentent en effet, quand elles approchent de la floraison, une sécrétion très-abondante de sucs propres qui, complètement élaborés, trahissent par leur amertume et leur odeur vireuse des propriétés énergiques. La laitue de Dioscoride était-elle la laitue vireuse ou bien une variété de la laitue cultivée, la lactuca scariola, comme on l'a affirmé? {Voy. la partie Botanique.) Aeîius est peut-être le seul des auteurs anciens (à notre connaissance) qui ait nettement indiqué l'usage de la laitue
180 LAITUES (TIlÉRAPEtTIQUE).
vireuse sous le nom de lacluca sylvestris; il recommandait son suc mêlé à du lait de femme contie diverses maladies des yeux. « Cœterum sylvestris lactucœ succus cum muliebri lacté illitus, argemata et inustiones (quœ oculorum ulcéra siint] itemcjue caliginem depurgat. « (Aetii Tetrabibl. I, sermo i.)
Orfila a fait des expériences sur la laitue vireuse ; il semblerait légitime d'en induire que l'activité de ce médicament a été singulièrement exagérée ; mais ne concluons jamais des animaux à l'homme quand il s'agit de médicaments qui portent électivement leur action sur les fonctions nerveuses. Trousseau et- Pidoux, relatant les essais d'Orfda, pensent que le suc de laitue vireuse doit être employé à doses très-fortes pour produire un effet sensible. Cependant Wibmer, cité par Pereire (vol. II, part. II, p. 1567), dit avoir vu des vertiges et de la som* nolence produits par deux grains de suc épaissi de laitue vireuse. Il est à craindre que la discordance des résultats obtenus ne tienne, en partie du moins, à ce que les expérimentateurs se sont servis de sucs ou d'extraits provenant de plantes à diverses époques de la végétafion ou peut-être même de variétés différentes.
La laitue cultivée a été simplement employée comme substance hypnotique et légèrement antiaphrodisiaque ; toutes les fois qu'on a voulu une action plus profonde, on s'est adressée à la laitue vireuse.
Aetius, comme nous venons de le voir, a introduit la laitue vireuse dans la thérapeutique des maladies oculaires. C'est probablement aussi de cette laitue que parlait Galien quand il en comparait le suc (sauf la différence d'activité). au suc du pavot : « Lactucœ succus Uberoliter sumptus, similem cum papaveris succo facultatem sortitur. » {De Tempérament., Uh.lU.) Ettmiiller lui accordait les propriétés médicamenteuses les plus actives, et le cercle étendu des maladies dans lesquelles il s'en servait montre que c'était un de ses médicaments usuels. (Ettmulleri Opéra omnia. Lugduni, 1680, p. 85.) Desbois (de Rochefort) préconisait ceLte substance contre les ardeurs vénériennes, et il l'employait aussi comme moyen apéritif et fondant dans les jaunisses chroniques. (Édit. de Lullicr-Winslow. Paris, 1817, t. II, p. 179.) Vogel la considérait aussi comme un hypnotique excellent. (Rud. Aug. Vogel. Hist. mat. medic, Lugduni Batav. 1758, p. 111). Schlesinger jirescrivait l'extrait de laitue vireuse contre l'angine de poitrine. (Journal d'Hufeland, 1809.) La formule consistait à administrer deux grains d'extrait de laitue et un demi-grain de poudre de feuilles de digitale toutes les deux heures. Toel recommandait aussi le même médicament contre les névralgies du cœur. Gumprecht se servait de l'extrait sec de laitue vireuse associé à de la poudre de sucre de lait contre la coqueluche ; Rothamel prescrivait ce médicament pour com. battre les symptômes nerveux qui accompagnaient certaines fièvres graves. C'en est assez pour montrer qu'il s'agit là d'autre chose que d'un médicament insignifiant, et qu'on ne saurait souscrire au jugement un peu sommaire porté sur lui par quelques thérapeu listes. Il ne serait, en tous cas, nullement prudent de recourir d'emblée à des doses élevées de laitue vireuse.
Mais c'est assez insister sur des plantes dont les propriétés plus ou moins actives sont concentrées dans des sucs qui les remplacent à peu près complètement dans les usages thérapeutiques. Occupons-nous donc de la thridace et du lactucarium. L'histoire de ces médicaments ne saurait en effet, sans rompre toutes les analogies et sans exposer à d'inutiles redites, être réservée pour le moment où ils se présenteront dans l'ordre alphabétique.
I. Thridace. Le nom de thridace de {epiSx^, laitue) doit être réservé pour l'extrait de laitue. Les Anglais l'appellent French lactucarium. Cette préparation.
I>.\ITIjES (Tlllir.Al'EUTIQUK) 18'
.loiil lu valeur a jadis été foilemenl (lisculée, a été conservée dans le nouveau Codex sous le titre à' ['ittractum lactucx. {Codex medic. — Extraits, p. 4r>7.) La préparation recommandée consiste à piler les écorces fraîclies de tiges de laitue, à les exprimer fortement, à chauffer le suc pour coaguler l'albumine et à évaporer jusqu'à consistance d'extrait ferme. L'intérêt qu'offre ce médicament a presque complètement disparu depuis la vogue récente qu'a prise le lactucarium ou opium de laitue {Lactucx opium des Anglais), et comme le mot de thridace est devenu le point de départ d'une confusion réelle, les uns l'appliquant à un extrait, les autres au suc solidifié de laitue obtenu par incision des tiges, il y a lieu d'oublier ce médicament qui ne vaut pas le lactucarium s'il s'agit d'un extrait, et ([ui se conlond avec lui s'il s'agit d'un suc de laitue solidifié. D'ailleurs il est peu de praticiens (pu prescrivent aujourd'hui la thridace. Le nouveau Codex a toutefois conservé un sirop de thridace qui, préparé avec l'extrait indiqué plus haut, contient 40 centigrammes de thridace pour 20 grammes de sirop.
IL Lactucarium. On donne le nom de lactucarium au suc propre retiré par incision des tiges de plusieurs laitues ; de la laitue officinale {lactuca capitataD. C), de la laitue vireuse {lactuca virosa), et enfin de la lactuca altissima choisie par M. Aubergier pour la récolte de son lactucarium. La laitue ordinaire {lactuca saliva), la scariole {lactuca scariola) etc., et beaucoup d'autres sont susceptibles de fournir du lactucarium, mais ilimporterait pou. l'uniformité de l'action de ces produits d'adopter définitivement une variété de laitue.
On a l'habitude, très-justifiée par la théorie, de retarder la récolle du lactucarium jusqu'à l'époque de la lloraison. Le suc devient alors plus épais, plus vireux et plus amer, et ses propriétés médicales ont leur summum d'activité. On le recueille en étètant la tige et en renouvelant l'opération quand le suc cesse de couler, ou bien en pratiquant à l'aide d'un instrument particulier des incisions latérales sur la tige et en recueillant le suc par raclcmeiit et en rabandonnant dans des vases plats à l'évaporation spontanée. 11 perd en séchant environ la moitié de son poids et fournit une quantité de lactucarium qui varie de 50 à 55 pour 100.
On a de nombreuses analyses du lactucarium. Les plus connues sont celles de Khnk, Buchner, Ludwig, Auliergier, etc. Celle de ce dernier auteur, publiée en 18-i2' {Note sur le lactucarium, la manière de l'obtenir et ses propriétés médiccdes, m nullet. de thérap., 1842, t. XXllI, p. 563) indique les substances suivantes : une matière cristallisable amère ; de la mannite, de l'asparamide ; une matière cristallisable colorant en vert les sels de fer; une résine acide combinée avec la potasse ; une résine neutre ; de l'ulmate de potasse ; de la cérine ; de la myrrhine ; de la pectine ; .de l'albumine ; de l'oxalate acide de potasse ; du malate de potasse ; du nitrate et du sulfate de potasse; du chlorure de potassium; des phosphates de chaux et de magnésie ; des oxydes de fer et de manganèse ; de la silice, etc. Cette analyse n'indique pas 'la présence d'une substance odorante, véritable huile essentielle, qui donne au lactucarium son odeur vireuse, se trouve en suspension dans l'eau distillée de laitue est analogue à l'huile essentielle d'opium et qui se retrouve dans l'hydroiat de ce médicament et à laquelle il communique son odeur.
Buchner a donné le nom de lactucone ou lactucerin à une matière cireuse qm ^ntre dans le lactucarium pour la proportion de 44 pour 100, et dont la formule serait représentée par C^oR^'O^ Elle est insoluble dans l'eau, très-soluble dans l'éther, l'alcool, les essences, les huiles grasses.
Le lactucin n'est autre chose que le principe amer du lactucaiium ; substance neutre, presque incolore, inodore, cristaUisable, fusible, soluble dans 60 ou 80 p.
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d'eau, Irès-soluble dans l'alcool et un peu moins dans l'éther. Ludwig l'a obtenu en broyant à froid 80 p. de lactucarium avec 80 p. d'acide sulfurique dUué et en ajoutant 400 p. d'alcool rectifié. Cette solution est évaporée, l'extrait brun qui eu résulte digéré dans l'eau est traité par du charbon animal, filtré et évaporé, et les cristaux de lactucin s'en séparent. Mouchon a proposé {Bullet. de thérap., 1855 t. XLVIII, p. 560) un autre procédé de préparation du lactucin basé sur le traitement du lactucarium par un mélange éthéro-alcoolique, l'emploi successif du sous-acétate de plomb et de l'hydrogène sulfuré, et le traitement du produit par l'éther. Il obtient ainsi 1 p. de lactucin pour 8 p. de lactucarium.
Quant au prétendu acide lachœiqiie, on s'accorde généralement à admettre que ce n'est que de l'acide oxalique.
On avait avancé que le lactucarium contenait de la morphine native; mais- Gaventou a démontré que ce suc concret ne contenait ni morphine, ni narcotine. {Voy.L Pereira. The Eléments of Materia medica and therapeutic. London i 855 third éd. , vol. II, part. II, p. 1570).
Le lactucarium a été surtoutmis enévidenceen 1810 par Duncan senior, et il lui a assigné son nom ; mais Pereira rapporte le premier emploi de ce principe sous un autre nom, à J . R. Coxe de Philadelphie. Le cinquième vol. des Transact. delà Société philosophique américaine, pour l'année 1799, consacrerait la priorité au profit de ce dernier auteur. Chez nous, Bidault de Villiers, en 1820 {Journ. complém. du Dict. des se. médic.,t. V, p. 534) , François (Arch. g. de méd., jnm 1825, p. 264), et Aubergier se sont successivement occupés du lactucarium et lui ont assuré la vogue dont il jouit encore. On sait la part qui revient dans ce résultat à H. Aubergier (de Clermont-Ferrand), et les controverses assez vives qu'a suscitées le iirop qui porte son nom et dont l'usage s'est fort répandu dans ces dernières années.
Les médecins se partagent actuellement en deux camps en ce qui concerne le lactucarium ; les uns le considèrent comme un produit peu actif, susceptible d'être remplacé avec avantage par les opiacés et ne devant souvent son utilité apparente qu'à son association, avouée ou non, avec de petites doses d'opium ou de morplùne Les ■ autres au contraire, voient dans le lactucarium un médicament moins énergique sans doute que l'opium, mais ayant son action propre et occupant dans le groupe de^ hypnotiques une place bien justifiée. Je me rangerais volontiers parmi ces dernier^; Que l'action du lactucarium ait été exagérée, cela ne me paraît pas douteuxmais qu li laille considérer comme non avenus les résultats énoncés par Coxe Duncan, Bidault de Villiers, François, Martin-Solon, etc. , c'est ce qu'il répugne singulièrement de croire. D'ailleurs les témoignages très-graves et très-nombreux qui se sont élevés de tout temps en faveur des propriétés somnifères et sédatives de la laitue en substance ne permettent pas de considérer comme inactif le lactucarium qui doit offrir au maximum toutes les propriétés actives de cette plante. Des deux côtés on ne s'est pas tenu dans la mesure, et une exagération a appelé une autre exagération. Ihmporteauxinlérêts de la pratique de restituer au lactucarium le domame d'action thérapeutique qui lui revient légitimement.
Le lactucarium n'agit pas sur le cerveau à la façon de l'opium : il paraît être un hypnotique indirect, et s'il produit le sommeil, c'est en faisant tomber l'éréthisme nerveux qui entretenait l'insomnie. François s'était fait cette idée de son action et mon expérience personnelle est en accord avec elle. J'ai pu comparer sur moi-même état cérébral particulier que produisent le lactucarium et l'opium et je les considère comme parfaitement distincts. Le sommeil de l'opium est agissant et il est traversé par des combinaisons intellectuelles confuses mais fort actives : celui obtenu
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par le lactucarium est calme. Le premier des deux médicaments laisse après lui de la pesanteur de tète, de la fatigue, de l'inappétence; le second n'a pas d'effets consécutifs appréciables. Le sirop d'Aubergier qui contient de petites quantités d'opium n'agit certainement pas comme médicament opiacé, et ce que l'on peut au monis affirmer, c'est que l'action de ce médicament composé n'est pas celle que manifesté l'opium seul, d'où la conclusion qu'il faut faire au lactucarium lui-même une certaine part. Le Codex, en plaçant au nombre de ses formules le sirop de lactucarium opiacé, contenant pour chaque 20 grammes de sirop la partie soluble dans l'eau de 0^,01 d'extrait alcoolique de lactucarium et de Oe^00o d'extrait d'opium, semble d'ailleurs avoir reconnu l'utilité d'une semblable association. Il y a quelques années, Borel a proposé {Bullet. de </ie>fl/;., 1860, t, LYIIl) un sirop de lactucarium et de codénie sur lequel l'expérimentation clinique n'a pas, que je sache, encore prononcé. Cette formule est rationnelle et mériterait d'être étudiée. Mais si le fait pratique de l'utilité du lactucarium, comme somnifère et comme narcotique, esL suffisamment démontré quand il est associé à d'autres médicaments à doses assez minimes pour que le résultat thérapeutique ne puisse pas leur être entièrement rapporté, il y a intérêt a savoir ce que peut le lactucarium réduit à ses propres forces et employé isolément.
En 1840, Trousseau a fait à l'hôpital Necker des essais cliniques avec le lactucarium d'Aubergier. Il a constaté du calmé à la dose de 2 à4 grammes, aussi l'éloge qu'il lait de ce médicament n'est pas enthousiaste. « Il nous a été impossible, dit-il, de trouver à cet agent des propriétés qui méritassent les éloges qu'on lui avait donnés. Aussi ne comprenons-nous pas pourquoi Martin-Solon, expérimentateur éclairé et thérapeutiste habile, a pu dire que 50 grammes de sirop de laitue paraissaient équivaloir par leurs effets à 15 grammes de sirop de pavot blanc. « {Traité de thérap. et demat. med., 7*= éd , t. II, p. 115.) Seize ans plus tard, Marotte reprenait à Sainte-Marguerite les expériences de Trousseau et de Martin-Solon, et il tirait de 16 observations d'emploi du lactucarium comme somnnfère cette conclusion que l'extrait hydroalcoolique était un médicament peu actif qu'il fallait donner à des doses de 06%20 à C8%40 pour en obtenir quelque chose, et que ce médicament devait être réservé pour la médecine des enfants, des femmes et des individus particulièrement impressionnables. {Bull, de therap., t. LI, p. 412.) Aubergier s'est élevé, non sans quelque raison, contre le caractère absolu de cette conclusion qui lui a semblé peu en rapport avec les détails des observations destinées à lui servir de base. Dans plusieurs, le sommeil a été évidemment dû au lactucarium ; mais les faits de Marotte prouvent d'une j^art que ce médicament est moins actif qu'on ne le pense journellement, et à'\im autre part qu'il faut en pousser les doses assez loin pour obtenir un effet thérapeutique.
Le lactucarium est employé principalement comme hypnotique. Le nombre des médicaments susceptibles de combattre l'insomnie est peu considérable ; l'opium et quelques-uns de ses alcaloïdes (narcéine, morphine, codéhie), le chlorolbrine à petites doses, le bromure de potassium, quelques composés cyaniques constituent le groupe des somnifères. Quand on songe à l'action variable, idiosyncrasique de ces médicaments, on comprend qu'il n'est pas inutile d'en augmenter la série. Quant à sa |iro[iriété anodine, c'esl-à-diie légèrement anesthésique, elle est toute entière à démontrer. Les accidents nerveux qui compliquent cer, aines aflèctioiis catarrhales, la grippe en particulier, constituent l'une des indications les plus [lositives du lactucarium. Vouloir l'opposer, avec le docteur Rothamel, à diverses lièvres
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ou exanthèmes, c'est élargir abusivement le cercle \e ses applications et réveiller le scepticisme qui n'a guère ménagé ce médicament.
Il n'est pas inutile de signaler son action sur l'appareil génito-urinaire. 11 a été considéré comme susceptible de guérir la spermatorrhée. Celle de forme érétliisfiquc peut en effet s'amender sous son influence par le fait de, la sédation nerveuse incontestable qu'il produit. Quant à son utilité contre le priapisme symptomatique de la blennorrhagie, elle est réelle pour beaucoup de praticiens, qui l'emploient d'autant plus volontiers que l'opium, auquel on recourt quelquefois pour calmer la violence des douleurs ou amener le sommeil, a une action aphrodisiaque des moins contestables.
On a employé le lactucarium contre les spasmes de l'utérus; mais son utilité, dans ce cas, reste tout entière à démontrer. Je signalerai une dj surie particulière qui me parait due au lactucarium et que je n'ai constatée jusqu'ici que chez les femmes; elle est d'ailleurs sans gravité et cède aux moyens les plus simples.
§ IV. Pharmacologie. Les préparations de laitues ou de leurs sucs sont assez nombreuses. Nous ne donnerons ici que celles qui offrent un intérêt pratique :
1° Eau distillée de laitue {Injdrolatwn laciucx). On obtient cet hydrolat eu distillant! p. de laitue fleurie avec 2 p. d'eau; on obtient 1 p. d'eau distillée. Armand de Nancy avait proposé de remplacer la plante entière par le suc. L'eau distdlée sur le suc paraissait plus active et son odeur était analogue à celle du lactucarium. {Bullet. de thérap. , t. V, p. 52.) Cette idée n'a pas prévalu, et le nouveau Codex recommande le mode de préparation indiqué plus haut.
L'eau de laitue sert de véhicule aux potions calmantes et à certains collyres sédatifs. Elle se donne à des doses de 60 à 120 grammes. Elle peut être considérée comme ayant par elle-même une action sédative légère; à ce titre elle a sa place dans la médecine des enfants.
2» Extrait de laitue {Codex) préparé à l'aide du suc de la plante dont on a coagulé l'albumine et qui est amené par évaporation à consistance d'extrait. Sert à la préparation du sirop de laitue du Codex. Inusitée par ailleurs.
3" Alcoolature de laitue viveuse {Codex) préparée par macération pendant dix jours, de laitue fraîche et d'alcool à 90" à parties égales. Peu usitée.
4° Sirop de laitue du Codex. {Voy. plus haut.)
5° Thridace de François (obtenue par sohdification du suc retiré par incision). Ce produit a perdu aujourd'hui de son intérêt. Il se donnait à des doses variables de Ob'.SO à 1 gramme.
6° Lactucarium ou. mieux Extrait alcoolique de lactucarium privé de morphine àladosedeOe%iO àOs^oO.
7» Sirop de lactucarium d'Aubergier à la dose de 20 à 100 grammes de 1 à 5 cuillerées à bouche. Le sirop de lactucarium opiacé du nouveau Codex {Syrupus cum extractis lactucarii et opii) contient, pour chaque 20 grammes, la partie soluble dans l'eau de 0^^,(i\ d'extrait alcooHque de lactucarium et Ûe^OOo d'extrait d'opium.
8' Lactucin. Mouchon (de Lyon) a proposé une formule de sirop de lactuciu. contenant O^^SO de ce principe amer par kilogramme de sirop, c'est-à-dire O-'^Ol par 20 grammes, et des granules contenant chacun Os^OOô de ce principe. 2 c^ranules correspondraient à 0g^05 de lactucarium {Bullet. de therap. , t. XLVin^ p. 358). Cette formule n'a pas été adoptée.
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9' Formules anglaises. La pharmacopée d'Edimbourg contient une teinture de lactucarium et des trochisques delactucarium(Lo2en^es of laetucarium). Chaque lozenge contient environ ûe%01 de lactucarium. Fokssagrives.
LAKA. Arbre à fruit charnu de la mer du Sud, rapporté autrefois au groupe des Hernandiées; c'est une Légumineuse, du genre Inocarpe. {Voy. ce mot).
H. Bn.
LALOl'ETTE (Les deux). Je connais deux médecins de ce nom, appartenant à la Faculté de médecine de Paris.
Lalouette (Pierre), né à Paris, le 15 aoiàt 17H, docteur le 20 août 1742, et qui a écrit :
I. Nouvelle méthode de traiter les maladies vénériennes par la fumigation, avec les procès-verbaux des gucrisons opérées par ce moyen. Paris. 1790, in-8°, avec des planches représentant les appareils dont se sert l'auteur. — II. Traité des scrofules, vulgairement appelées écrouelles, ou tumeurs froides. Paris, 1780, 2 vol. in-12.
Lalouette (Jfan-François-Achille de), qui était candidat en médecine en Tannée 1770, et qui, marié avec la nièce de Ledran, a pu ainsi vivre de la vie de ce célèbre chirurgien. A. G.
LALLEîWAlN'D (Glaude-Frakçois), Un dcs esprits les plus éminents de la médecine de ce siècle, qui ne se distingua pas moins en pathologie qu'en physiologie, €t mit au service d'une imagination brillante, un savoir solide et une logique puissante. Il naquit à Metz, le 26 janvier 1790. Après avoir fait d'assez mauvaises études, pendant lesquelles il montra plutôt l'amour de l'indépendance que celui du travail, il entra en qualité d'élève à l'hôpital militaire de Metz; puis il fut envoyé en Espagne, d'où il revint au bout de quelques années, en 1810, animé d'un désir ardent de s'instruire. Bien que privé de ressources pécuniaires, il sut triompher de tous les obstacles : il refit lui-même son éducation première si né'^ligée, et se livra avec une activité infatigable à l'étude de la médecine qu'il enseignait ensuite à quelques condisciples moyennant une faible rétribution ce qui l'aidait à vivre. Devenu prosecteur de Dupuytren, puis son interne à l'Hôtel-Dieu, il put enfm satisfaire, aux sources les plus abondantes, la soif d'instruction qui le dévorait. Chargé du service des autopsies, il songea immédiatement à utiliser au double point de vue de la physiologie et de la pathologie, l'étude de l'anatomie pathologique, et, cette étude, il l'appliqua spécialement à l'examen des fonctions et des maladies cérébrales. Lallemand, après avoir soutenu une des thèses les plus brillantes que possède la Faculté de médecine de Paris (1819), se trouva, par un concours fortuit de circonstances, dans lequel éclata surtout l'amitié de Marjolin, porté d'un seul bond à la chaire de clinique chirurgicale de de Montpellier à côté de l'illustre Delpech.
Là, ainsi qu'on aurait pu le craindre et que quelques personnes l'espéraient peut-être, malgré ce rapprochement de deux hommes différents d'âge et dere-f nommée, dont l'un commençait sa carrière et avait tout intérêt à se faire connaître, l'autre à l'apogée de sa gloire avait sa réputation à maintenir; on ne vit surgir aucune de ces luttes sourdes ou manifestes, aucun de ces conflits qui viennent trop souvent montrer au vulgaire que les savants sont des hommes animés de toutes les petites passions de l'humanité. D'ailleurs, poursuivant toujours son plan de recherches, Lallemand, tout en se livrant à la piatique et l