LALLEMAND
à renseignement de la chirurgie, s'occupait surtout des applications de l'anatomie pathologique à l'explication des phénomènes delà vie et des troubles morbides. Il était à peine installé dans ses fonctions de professeur qu'il fit paraître la première de ses fameuses lettres sur l'encéphale, le plus brillant fleuron de sa couronne.
C'est vers le même temps (1823) qu'une intrigue ourdie par l'esprit de parti, et qui a été mise à jour par son éloquent panégyriste, M. Broca, vint le menacer dans sa position scientifique et dans son avenir. Les congréganistes, alors tout puissants, voyaient avec ennui ses allures libérales et indépendantes ; un prétexte plus odieux peut-être encore que ridicule, le zèle qu'il avait apporté à soigner des Espagnols constitutionnels prisonniers, vint servir à souhait la haine de ses ennemis. Lalleniand, taxé d'exaltation, fut enlevé à sa chaire et dut momentanément s'éloigner de Montpellier. Mais le conseil royal de l'instruction publique, siégeant à Paris, éclairé sur le véritable état des choses par l'évêque même de Montpellier, qui fit connaître le secret de l'inépuisable charité du professeur accusé de matérialisme et d'impiété, renversa l'échafaudage si habilement dressé par les royalistes et les dévots, et Lallemand fut réintégré au bout de dix mois aux acclamations des élèves. La courte durée de son décanat, après 1830, montra une fois de plus la parfaite indépendance de son caractère.
Peu après, la mort violente de Delpech fit passer tout à coup dans les mains de Lalleniand le sceptre de la chirurgie du Midi. Sa consultation était continuellement assiégée par les personnages les plus éminents de l'Italie, de l'Espagne et de l'Amérique. Enfin, l'Institut lui ayant ouvert ses portes, en 1845, il quitta définitivement Montpellier pour se fixer à Paris oii il ne s'occupa plus que de recherches philosophiques et de travaux scientifiques, Lalleniand qui, depuis quelque temps di'^à, présentait des symptômes d'une maladie de cœur, succomba le 23 juillet 1853 aux progrès de cette affection.
Gomme chirurgien, Lalleniand a imaginé un procédé d'autoplastie par inclinaison du lambeau sans torsion du pédicule. Ayant reconnu que l'inflammatioii aiguë détermine la cohésion et l'oblitération des vaisseaux qu'elle envahit, il mit à profit cette propriété pour transformer les tissus érectiles en tissus fibreux à l'aide d'incisions ou d'aiguilles dont il les lardait. Il remit en honneur le traitotement des rétrécissements de l'urèthre par la cautérisation et imagina un portecaustique qui fit oublier celui de Ducamp ; on lui doit les premières recherches sérieuses pour guérir les fistules vésico-vaginales, etc. Mais, nous l'avons dit, son plus beau titre de gloire, qui seul eût suffi pour l'immortaliser, ce sont ses lettres sur l'encéphale, oii il se montra le digne rival de Morgagni qu'il s'était donné pour modèle. Sans le proclamer, Lalleniand appartenait à l'école de Broussais, qui le revendique bauten)ent conmie l'un de ses plus illustres adhérents. En effet, dans ses recherches sur l'encéphale, il s'efforce de rattacher à l'inflammation toutes les altérations dont le cerveau peut être le siège ; mais entraîné par son imagination, il prit souvent pour des traces d'injections intlanimatoires de simples congestions sanguines, et, pour des infiltrations purulentes, des ramollissements blancs ou jaunâtres dont il méconnut ainsi le véritable caractère.
Consulté chaque jour pour des affections cérébrales, dit M. Broca, il arriva à constater que certains troubles intellectuels coïncident avec tout un ensemble de phénomènes physiques sans qu'il soit possible de rattacher physiologiquement ces deux gro'ipcs l'un à l'autre. Un examen plus approfondi de ces faits le con-