‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.53Chapitre 48 sur 74 · I.AM'.rr. (anatomii · texte numérisé non relu

I.AM'.rr. (anatomii

alors même qu'elle coiiliciuirait quelques fibres musculaires, comme on l'observe chez le congre et chez Yancjnille; aussi n'a-t-elle d'autres mouvements que ceux qui lui sont imprimés par la ceinture hyoïdienne.

Chez les oiseaux, la disposition et la texture anatomique de la langue se rapprochent beaucoup de ce que l'on observe chez les poissons. Une charpente osseuse ou cartilagineuse rattachée à l'extrémité antérieure de l'os hyoïde, un peu do tissu conjonctil", quelques fibres musculaires, un revêtement muqueux d'apparence cornée hérissé d'appendices coniques, telles sont les parties qui la constituent. Par exception, la langue devient charnue dans quelques espèces, telles que les perrocjuets. En somme, cet organe n'est qu'un appendice de l'appareil hyoïdien dont il suit tous les mouvements. On sait que chez les pics ces mouvements sont assez étendus pour que la langue jouisse d'une très-grande protractilité. Par contre, le cormoran, la spatule et le pélican n'ont au fond du bec qu'un p.tit tubercule peu mobile.

Chez les Batraciens inférieurs et les Chéloniens, l'organe lingual offre à peu près la même disposition que chez les poissons ; il dépend de l'appareil hyoïdien et u'a que des mouvements très-bornés. Mais, chez les autres reptiles, tels que les Batraciens anoures, les Ophidiens et la plupart des Sauriens, la langue est presque entièrement constituée par des fibres musculaires. Notons cependant que certains batraciens (Phrynaglosses) sont totalement dépourvus de langue. Celle des grenouilles et des crapauds est charnue, très-développée, et présente cette particr|;u-ité qu'elle s'insère, par sa base, près du bord antérieur du plancher de la bouche, de sorte qu'à l'état de repos elle a sa pointe dirigée en arrière ; l'animal, en la renversant en avant, la projette à son gré hors de la cavité buccale avec une extrême rapidité. La langue des caméléons offre une disposition plus curieuse encore, qu'il serait hors de propos de décrire dans un article spécialement consacré à l'anatomie humaine. Personne n'ignore que chez les lézards et la plupart des Ophidiens, la langue est mince, bifide, entièrement musculaire, protractile et trèsmobile. Chez les crocodiles, elle est charnue, mais ne peut être portée hors de la bo!iclie.

Quant à l'étude de la langue chez les Mammifères, il serait inutde de l'entreprendre même sommairement. En décrivant l'organe du goût dans l'espèce humaine, j'aurai soin d'indiquer, s'il y a lieu, quelques particularités spéciales à certains animaux supérieurs. Chez tous, excepté chez les cétacés, la lan"iie est plus ou moins protractile et dans quelques genres (fourmilier, pangolin, tamanoir, etc.) cette protractilité est poussée presque aussi loin que chez les oiseaux 1rs mieux doués sous ce rapport.

Chez Yhomme, la langue remplit entièrement la cavité buccale lorsque les arca- ^^des dentaires sont rapprochées ; son volume est variable suivant les divers indif|\idus. Allongée, arrondie sur les bords, elle présente une forme qu'on ne peut ^gnère comparer à celle d'aucun objet connu et qui est devenue elle-même un terme ^ ^de comparaison. Son extrémité antérieure, aplatie de haut en bas et fibre d'adhéirences, porte le nom de pointe. Sa base, tournée en arrière, est fixée au maxillaire jintérieur et à l'os hyoïde par quelques lamelles fibreuses et surtout par de nombreuses fibres musculaires ; i\ en résulte qu'elle accompagne dans tous leurs mouvements ces deux portions du squelette.

iMesurée chez l'adulte, la langue a, d'après Sappey, 9 à 12 centimètres de la pointe à la base, et 5 à 6 centimètres d'un bord à l'autre. Horizontale dans sa moitié antérieure, elle se recourbe ensuite en bas et en arrière, et de\ient tout à

fait verticale un peu avant son insertion à l'os hyoïde; mais il est facile de modifier sa direction en la tirant fortement hors de la bouche, elle devient alors complètement horizontale grâce à l'ascension de l'os hyoïde. Sa hauteur verticale augmente d'avant en arrière; toutefois sa partie la .plus épaisse correspond à l'épiglotte; à partir de ce point jusqu'à l'os hyoïde, elle s'amincit un peu.

Au point de vue de la description, la langue peut être subdivisée en plusieurs parties, savoir : 1° la face supérieure; 2" la face inférieure ; 5° les deux bords • 4° la base; 5" la pointe ou le sommet.

La face supérieure est convexe ; lorsque les mâchoires sont rapprochées sa forme représente exactement en relief celle de la voûte palatine contre laqiielle elle est immédiatement appliquée. Elle est, de plus, en rapport avec le voile du palais et la luette, mais s'en trouve ordinairement séparée par un intervalle de quelques millimètres. Les contractions musculaires peuvent changer sa forme au point de la rendre concave dans tous les sens : on dit alors que la langue se creuse en cuiller. Cette face est divisée en deux moitiés symétriques par un sillon médian plus ou moins profond suivant les sujets. Ce sillon ne se prolonge pas jusqu'à la base de la langue ; il se termine à l'union des deux tiers antérieurs avec le tiers postérieur, par une dépression en cul-de-sac connue des anatomistes sous le nom de foramen coecum de Morgagni, ou trou borgne. Le trou borgne est à peine apparent chez certains individus ; chez d'autres, il manque complètement et se trouve remplacé par une papille saillante. De chaque côté de cette dépression se voit une rangée de grosses papilles obliquement disposées, de telle sorte qu'elles forment un V ouvert en avant et dont le foramen coecum occupe le sommet. Les deux branches de ce V n'atteignent ordinairement pas les bords de la langue. Quant aux papilles qui le constituent, elles appartiennent à la variété; que je décrirai plus bas sous le nom de papilles caliciformes ; leur nombre varie de 8 à 20. Le V Un"un\ divise la iàce supérieure de la langue en deux portions distinctes par leur aspect extérieur et leur structure anatomique. La portion antérieure, qui comprend environ les deux tiers de cette face, paraît, à l'œil nu, entièrement unie ou plutôt très-légèrement tomenteuse. La portion postérieure est inégale, creusée de sillons et surmontée de saillies au sommet desquelles on peut, presque toujours, apercevoir un orifice sans le secours d'aucun instrument grossissant. Enfin, en arrière, cette face est jointe à l'épiglotte par les trois replis glosso-épiglottiques dont la description se rattache surtout à celle de la base de la langue.

La face inférieure est beaucoup moins étendue que la précédente dont elle ne représente que le tiers antérieur, les deux autres tiers étant occupés par les parties molles qui vont de l'organe du goilit à l'os hyoïde et au maxillaire inférieur. Un sillon longitudinal, plus prononcé que celui de la face supérieure, la divise en deux moitiés latérales présentant chacune la forme d'une sailheoblongue. Ce sillon se continue, en arrière, avec un double reph muqueux nommé frein ou filet de la langue. Libre par son bord antérieur et par ses deux faces latérales, le frein s'attache à la langue par son bord supérieur et au plancher de la bouche par son bord inférieur. A l'état normal, la pointe de la langue peut arriver, en arrière, jusqu'à l'union de la voûte palatine et du voile du palais, tandis qu'en avant elle peut être projetée hors de la bouche d'une longueur de plusieurs centimètres ; mais dans certains cas exceptionnels, le frein se prolonge assez loin vers la pointe pour gêner d'une manière notable les mouvements de l'organe et même empêcher la succion chez les enfants nouveau-nés. La petite opération connue sous le nom de section du frein remédie facilement à ce vice de conformation. De chaque côté du frein se

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foit une saillie bleuâtre due à la présence de la veine ranine, et, un peu plus près de la ligne m'diane, un tubercule perforé, au sommet duquel vient s'ouvrir le canal de Wharton.

Les bords \ont en s'amincissant de la base à la pointe, où ils présentent leur minimum d'épaisseur ; la pression des dents y détermine assez souvent la production d'empreintes verticales séparées par des saillies de largeur variable.

La base est fixée à l'os hyoïde par des muscles, et à l'épigloUe par les trois replis glosso-épiglottiqiies, un médian triangulaire, et deux latéraux en forme de croissants. Ces trois saillies longitudinales laissent entre elles deux gouttières au fond desquelles on peut sentir l'os hyoïde à travers une faible épaisseur de parties molles. Sur les côtés, la base de la langue se continue avec les piliers antérieurs du voile du palais.

Le sommet ou h pointe se trouve en rapport avec la face postérieure des incisives supérieures. Il est subdivisé en deux petits tubercules par un sillon vertical médian qui joint l'un à l'autre les sillons longitudinaux de la face supérieure et de la face inférieure.

Structure. On peut considérer la langue comme constituée par une masse musculaire enfermée dans un étui muqueux. A la muqueuse appartiennent les propriétés sensitives, tact et gustation. Aux muscles sont dévolus les mouvements si variés par lesquels la langue s'acquitte de ses multiples fonctions, formation du bol alimentaire, déglutition, articidation des sons, etc.

A. Muqueuse. La muqueuse linguale se compose essentiellement d'un derme ou chorion recouvert, sur toute sa surface extérieure, par un épilhélium pavimenteux. Celui-ci ne se distingue par aucun caractère saillant du revêtement épithélial des autres portions de la cavité buccale. Il forme plusieurs couches stratifiées dont les plus profondes sont entièrement constituées, d'après KôUikcr, p.c des cellules de 0'""',009 à 0'""',0H de diamètre; ces cellules profondes, sensiblement arrondies, ont leur grand axe perpendiculaire à la surface de la muqueuse. A mesure qu'on s'avance vers la superficie, les cellules s'agrandissent, deviennent polygonales, aplaties, et finissent par ne plus former que des lamelles très-minces, comparables aux lamelles superficielles de l'épiderme cutané. Elles s'en distinguent néanmoins parla persistance d'un noyau rapetissé mais toujours bien visible. Quant au nucléole, il disparaît assez souvent et se trouve remplacé par des granulations. La transition des couches profondes aux couches superficielles se fait d'une manière insensible, et il est impossible de subdiviser l'épith 'hum lin^^ual en deux portions distinctes assimilables au corps muqueux et à la lame cornée de l'épiderme, ainsi que le faisait Malpighi.

Cet épithéhum forme, à la surface de la langue, une pellicule transparente, souple et peu résistante, que l'on peut facilement détacher en masse après la macération ou la coction de l'organe, et dont l'épaisseur varie de O^^jS à 0'"'",5 suivant les points que l'on examine. La portion la plus mince correspond à la pointe et à la face inférieure de la langue. L'épaisseur de l'épithélium change d'ailleurs d'un moment à l'autre de la journée. Comme l'épiderme cutané et les autres épithéliums à couches stratifiées, il est soumis à une mue continuelle ; ses lames superficielles, devenues caduques, se détachent sous l'influence des frottements occasionnés par les différents mouvements de la langue et spécialement pendant la déglutition; aussi est-il toujours plus mince après le repas. Delà, cette coloration rosée que présente alors la muqueuse linguale. En quelques heures les cellules détruites sont remplacées, et si de nouveaux frottements ne viennent les enlever

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à leur tour, comme pendant l'abstinence, l'épaisseur de l'épilliélium augmente, la muqueuse devient blanchâtre et se recouvre d'un enduit pultacé plus ou n;oins abondant qui peut, dans certaines maladies graves, atteindre une hauteur de plusieurs millmiètres. Sans vouloir nier absolument l'importance de cet enduit au point de vue séméiologique, on peut cependant faire observer que sa présence tient à une cause toute locale, toute mécanique, et non point à un état saburrai des voies digestives, tout au moins hypothétique.

L'épithélium lingual se distingue encore del'épiderme cutané par sa très-grande

perméabilité pour les liquides. Je n'en veux citer d'autre preuve que la rapidité

avec laquelle les nerfs situés dans la portion papillaire perçoivent les saveurs • or

cette perception ne saurait se concevoir sans un transport des particules sapides à

■ travers la couche épithéliale qui recouvre les papilles.

Le derme muqueux n'a pas une épaisseur égale dans tous les points. De même que l'épithélium, il est plus mince sur la face inlérieure que sur le dos de la langue. 11 acquiert son maximum d'épaisseur dans la portion comprise entre le foramen cœcum et la pointe, et présente là une consistance comparable à celle d'un fibrocartilage, surtout chez les grands animaux. 11 se laisse néanmoins assez faciL ment déchirer dans toute cette portion dorsale, tandis qu'il devient plus résistant, bien que moins épais, à la face inférieure de la langue. Il est partout très-riche en fibres élastiques, en vaisseaux et en nerfs. Contigu à l'épithélium par sa face superficielle, il est en rapport, par sa face profonde, avec des muscles, des glandes, du tissu adipeux, etc. ; de là une assez grande variété dans la disposition du tissu sous-muqueux . On peut dire que ce tissu n'existe pas dans les deux tiers antérieurs de la lace dorsale et des bords de la langue, où la muqueuse adhère intimement aux muscles sous-jacents. Ceux-ci viennent s'insérer dans une couche fibreuse blanchâtre et très-épaisse, qui n'est autre chose qu'une dépendance du derme muqueux, mais dont plusieurs anatomistes ont voulu, sans motifs sérieux, faire une membrane distincte. Cette couche a été désignée par Zaglas sous le nom de fascia Uncjuœ.

Vers la base de la langue, le tissu sous-muqueux est assez facilement isolable et se compose principalement de tissu conjonctif entremêlé de masses adipeuses. Au niveau de l'épiglotte, il devient très-làche et contient peu de graisse ; il est traversé par les trois cordons de tissu jaune élastique qui constituent la cluirpente des replis glosso-épiglottiques. Sur la lace inférieure, et en allant vers le plancher de la bouche, le tissu sous-muqueux présente une texture de plus en plus délicate ; il contiendrait, d'après Fleichmann (1841), une bourse séreuse, située de chaque côté du frein, au point oià la face inférieure de la langue se confond avec le plancher de la bouche. Mais je dois dire qu'après plusieurs anatomistes français j'ai vainement cherché en ce point une cavité nettement hmitée. Soit par la dissection directe, soit par l'injection ou l'insuiflation, il ne m'a jamais été possible d'y trouver autre chose que du tissu conjonctif à larges mailles. Enfin, sur les bords de la langue, la disposition de la muqueuse et du tissu sous-jacent varie selon qu'on se rapproche de la pointe ou de la base de l'organe. Dans les deux tiers antérieurs, le derme muqueux adhère intimement aux fibres musculaires, tandis qu'en arrière la muqueuse forme des plis verticaux, foliacés, d'autant plus longs qu'ils sont plus postérieurs, et séparés par des sillons dont la proibndeur peut aller jusqu'à 1 millimètre.

.\ Une foule de petites saillies hérissent la surface extérieure de la muqueuse linguale, et lui donnent un aspect villeux qu'on rend surtout bien apparent en

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étudiant sous l'eau la langue de l'homme ou des mammifères. De ces saillies, quelques-unes sont de sim^jles papilles vaseulaires, analogues à celles que l'on rencontre à divers points du derme cutané ; elles siègent principalement cà la face inférieure, et dans le tiers postérieur de la face dorsale de la langue. Les autres, infiniment plus nombreuses, paraissent exclusivement destinées à la sensibilité! et forment la partie essentielle de l'orj^aue du goût ; elles occupent tous les points de sa surface, et sont tellement multipliées, qu'il est impossible d'eu calculer la quantité même approximativement. Au point de "vue de leur forme, ces papilles sensitives peuvent être divisées en quatre classes : 1» les papille^ simples ou hémis| ibériques ; 2° les papilles filiformes ou coniques ; 5» les papilles muriCormes ou fungifoimes; 4° les papilles caliciformes.

Les papilles simples font, à la surface de la muqueuse, un petit relief hémisphérique de hauteur variable, mais rarement visible à l'œil nu.

Les papilles filiformes sont beaucoup plus saillantes que les précédentes. Leur longueur v;u'ie de 0""^75, à 5 millini.; leur largeur de 0"'"',2 à 0'^"',5 (Kôlliker). Elles diiïèrent tellement entre elles pour la forme, que le nom de papilles coniques qu'on a voulu leur imposer ne saurait leur être applicable indistinctement ; on en trouve en effet de coniques, de pyramidales, de prismatiques, de cylindriques, elc. Leur extrémité libre se termine rarement par une pointe seule, mais par une'si'ric de |)elites élevures, qui ne sont autre chose que des pupilles simples de 0™"',0"2 ù 0""",03 de hauteur. Cette extrémité est elle-même surmontée par une couche épaisse d epithélium, dont les cellules les pins snperlicielles donnent naissance à des prolongemenls longs et hns, formant comme une espèce de pinceau libre et flottant. Ces prolongements peuvent atteindre une longueur de 1™'",5. Ceux qui sont situés à la péni)hérie de la papille sont ordinairement beaucoup plus lon-^ que ceux qui occupent le centre, disposition .|ui donne à l'ensemble quelque ressemblance avec la corolle d'une ileur, et qui Juslilie le nom de papilles corolliformes sous lequel Sappey les a désignés. Il est rare que les prolongements épithéliaux de ces papilles ne soient pas eux-mêmes lecouverts dune espèce de cryptogame déjà connu de Leuwenhoeck, et aurpiel Ch. Robin a donné le nom de Leptothrixbuccalis. Cette végétation parasitaire se développe d'autant plus abondamment que l'épilhélium est moins renouvelé, mais on lu trouve sur tous les sujets.

Les papilles fungiformes sont renflées à leur sommet et rétrécies à leur base, ce qui les lait ressembler à un champignon. Elles l'emportent généralement pour le volume sur les papilles filiformes ; leur longueur varie de 0""",7 à 1""" 8 et leur largeur, de (}'^"\H à 1 millimètre. Leur surface est couverte d'imc infinité de petites papilles simples qui lui donnent, à la loupe, ou mieux au microscope, l'aspect d'une mûre ou d'une framboise.

Les papilles caliciformes se composent d'une grosse papille ftingiforme entourée d'un repli mu(iueux annulaire appelé calice. La papille centrale mesure 1 millimètre ou 1""",5 de hauteur. Elle est étranglée à son point d'implantation, et élargie à son extrémité libre, qu'on peut appeler sa hase. Cette base est ellemême aplatie, déprimée en cupule à son centre, et large de 1 à 2 millimètres. On trouve assez souvent deux papilles dans le même calice. L'anneau périphérique est un peu moins saillant ; sa surface interne et les laces latérales de la papille sont entièrement lisses, mais leurs surfaces hbres sont recouvertes d'une innombrable (juantité de petites papilles simples.

Quant au foramen cœcum, il est constitué par une papille calicitnrmf ordinniir Dicr i:.NC. 2° s. I

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recouverte en partie ou en totalité par les bords de l'anneau muqueux qui la circonscrit.

Toutes ces p.-ipilles ne sont pas également réparties à la surface de la langue. Les papilks calicilornu s ne se rencontrent que dans les deux rangées obli |ues qui forment les deux biauLhes du V lingual, .^.iusi que nous l'avons vu plus h .ut, leur nombre est. toujours peu considérable. En avant du V, les paj iles sont extrêmement serrées et donnent à la muqueuse ^on apparence vUleuse. Elles >out disposées en séries linéaires, généralement parallèles aux deux branches du V, et convergentes vers le sillon médian de la face dorsale. Les papilles li'ifornies occupent presque tous les|ioinls des deux tiers antérieurs de cette face; on en trouve aussi quelques-unes, mais en petit nombre, en arrière du V lingual. Les papilles fungiformes sont disséminées au milieu des papilles filiformes; on en rencontre encore sur les bords et à la pointe de la langue. Sappey évalue leur nombre à 1 50 ou :200. Les pupilles -impies remplissent les interval es des papilles fdil'ormes et fungiformes. Elles recouvrent, en outre, tout" la face inférieure de la langue, ainsi que la partie postérieure de cet organe, depuis le V lingual jusqu'à l'épiglotte.

Au point de vue de la structure, il est inconstestable que les papilles caliciformes, fungiformes et filiformes ne sont constituées que par une agglomération de papilles simples, et que celles-ci doivent être considérées comme les pupilles types. Quelle que soit leur forme, tontes ont la même composition, et présentent les mêmes éléments que le derme muqueux, c'est-à-dire un tissu conjonctif riche en fibres élastiques. 11 faut cependant faire une exception pour l'anneau muqueux des papilles caliciformes, dans lequel le tissu élastique semble faire complètement défaut. Toutes renferment un remarquable réseau de capillaires sanguins, d'oii part une anse vasculaire pour chaque pa| ille simple. Les nerfs sont faciles à observer à la base des papilles, mais ou Us suit difficilement jusqu'à leurs dernières ramifications ; de là quelques divergences dans l'interprétation des micrographes.

Pour Waller, Wagner, Leydig et Kôlliker, chaque tube nerveux se termine par un extrémité libre. D'après Michael, les filets nerveux des papilles formeraient des plexus pourvus de cellules ganglionnaires. Quelques-uns aboutissent à des corpuscules de Meissner ; ce sont principalement ceux des papilles fungiformes.

B. Charpente fibreuse et muscles. Le corps de la langue est essentiellement constitué par des fibres musculaires fixées à l'os hyoïde, au maxillaire inférieur et à deux lames cellulo-apoiiévrotiques considérées par les anatomistes comme la charpente fibreuse de l'organe.

L'os hyoïde est, à proprement parler, l'os de la langue. Ainsi cpie nous l'avons vu plus haut, celle-ci n'en est qu'une >im|ile dépendance chez les poissons et les oiseaux. Dans certains groupes de manmiifères (cheval, bœuf, etc.), une apophyse médiant , émanée du corps de l'hyoïde, se prolonge dans la langue et y forme comme une véritable charpente osseuse. Chez l'homme il n'en est pas ainsi, et cet os donne seulement naissance à des prolongements fibreux sur lesquels s'appuient les fibres musculaires. Ces prolongements sont au nombre de deux: la membrane hyo-glossienue et le septum médian.

La membrane hyo-glossienyie, bien décrite par Blandin, naît de la lèvre postérieure du corps de l'hyoïde, où elle occupe tout l'intervalle compris entre les deux petites cornes; elle se porte en haut, en avant, recouvre la terminaison du muscle génio-glosse, et ne tarde pas àdisparaiire au milieu des fibres charnues. Dans la plus grande partie de son étendue, sa face supérieure n'est séparée de la mu-

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queuse linguale (|ue par des glandules, quelques petites veines, et les Hbres élastiques du lejiliglo so-épiglotlique médiau.

Le septum médian naît du milieu de la membrane liyo-glossieiuie; veiiical placé de champ entre les deux muscles gémo-glosses, il s'étend de la 'base à là pomte de la langue. Il atteint chez quelques mammifères, notamment chrz le chien et chez le loup (Baur), une épai.^seur et une cousislance très-con^dérahles • mais, dansaucim cas, il ne mérite le nom de fibro-cartilage que lui avail donné Blandin, c;ir les éléments qui le constituent ne diffèrent en rien de ceux des tendons et des ligaments. Chez l'homme, il est épais de 0'^'^,21 en arrière mais il s'amincit beaucoup en avant, où ses fibres laissent entre elles des intervalles analogues aux lacunes que l'on remarque sur la cloison des corps caverneux de la verge. Sa coloration est d'un blanc jaunâtre. Ses faces latérales, planes, plus hautes en arrière qu'en avant, sont occupées par des insertions mu'scnlaires. Son bord supéiieur, convexe, un peu aminci, n'arrive pas jusqu'à la muqueuse de la face dorsale, dont il est toujours séparé par un intervalle de 3 ou 4 millimètres' Son bord inférieur, concave, est tantôt libre, tantôt recouvert par les fibres des deux génio-glosses qui s'cntre-croisent au-dessous de lui. Son extrémité postérieure se continue avec la membrane hyo-glossienne, et son extrémité antérieure mince et effllée, se perd au milieu des muscles de la pointe de la langue.

On a pendant longtemps considéré la langue comme constituée pa^r une masse musculaire unique au milieu de laquelle il était absolument impossible de discerner les fibres propres à tel ou tel corps, charnu. Cependant, grâce aux patiente^ investigations de Malpighi, de Verheyen, de Sténon, de Bidloo, de Masse, de Buur, de Gerdy, de Blandin et de quelques anatomistes modernes, on est peu à peu parvenu à débrouiller cet enchevêtrement presque inextricable, et l'on peut dire qu'aujourd'hui la connaissance de la structure musculaire de la langue est à peu près complète. Quinze muscles, sept pairs et un impair, naissant de l'os hyoïde du maxillaire inférieur, de l'apophyse styloïde, du voile du palais et du pharynx^ forment, par leur réunion, un ensemble composé de deux moitiés parfaitement symétriques. Je les dixiserai, à l'exemple de Sappey, en trois groupes : l» ceux qui naissent des os voisins; ils sont au nombre de six : les deux st\lo-glosses, les deux liyo-glosses et les deux génio-glosses ; ceux qui naissent des" os ^voisins et des organes avec lesquels la langue se trouve en connexion, savoir : les deux linguaux inférieurs et le lingual supérieur; 3» ceux qui viennent uniquement de ces derniers organes; ce sont : les deux pharyngo-glosses, les deux pulato-^losses et les deux amygdalo-glosses. Indépendamment de ces muscles, auxquels on pourrait donner le nom d'extrinsèques, on trouve encore des fibres charnues intrinsèques qui paraissent se fixer au derme muqueux par leurs deux extrémités.

Le muscle stylo-glosse est le plus long de tous les muscles de la langue ; '^rêle et cylindroïde en haut, il s'aplatit en bas et devient légèrement rubanne°. SoiUendon supérieur embrasse la face antérieure et la face externe de l'apophyse styloïde remontant quelquefois jusqu'à la base de cette apophyse. Quelques-unes de ces fibres naissent encore du ligament stylo-maxillaire, c'est-à-dire de cette portion de 1 aponévrose parotidieune qui va directement de l'apophyse styloïde à l'angle de la mâchoire inférieure. Le faisceau charnu qui fait suite à ces fibres se porte en tas et en avant ; il s'aplatit et se contourne sur lui-même de telle façon que sa face antérieure devient un peu externe. Parvenu sur le bord de la langue, au niveau du piher antérieur du voile dn palais, le stylo-glo>se se divise en deux faisceaux Le faisceau externe ou inférieur longe le bord correspondant ae la langue depuis la

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base jusqu'à la pointe, où il se conliiiue avec celui du côté opposé. Dans ce trajet il s'unit à l'hyo-glosso, au lingual inférieur, et abandonne quelques fibres au géiiio-glosse. Le faisceau interne ou supérieur passe entre les deux portions principales de l'hyo-glosse, cbange de direction et s'épanouit dans la partie postérieure de la langue, de sorte que ses fibres postérieures sont tout à fait transversales, tandis que ses fibres antérieures sont presque longitudinales. Un cerlain nombre de ces fibres vont s'inséier au septum lingual.

Le stylo-glosse l'épond en dehors à la glande parotide, au muscle ptérygoïdien interne, à la glande sublinguale, au nerf lingual et à la muqueuse de la langue. En dedans, il est en rapport avec le ligament stylo-hyoïdien, l'amygdale, le constricteur supérieur du pharynx et l'hyo-glosse.

Il porte en dehors le bord correspondant de la langue et l'élève vers le voile du palais.

h'hyo-glosse occupe les parties latérales de la langue. Il est mince, aplati, de forme quadrilatère. A l'exemple de Baubin, Sappey le subdivise en deux parties di>tinctes, l'une qui naît de la grande corne de l'os hyoïde, l'autre qui se détache du corps de cet os. La première porte le nom de cérato-glosse, la seconde celui de basio-glosse; mais il est incontestable qu'on doit rattacher à l'Iiyo-glosse un troisième faisceau déjà décrit anciennement par Albinus sous le nom de chondroglosse, et dont l'extrémité inférieure se fixe à la petite corne de l'hyoïde.

Le céralo-glosse s'insère dans toute la longueur de la lèvre externe de la grande corne. II se dirige verticalement en haut, passe sous le stylo-glosse, et, s'unissant avec le faisceau supérieur de ce dernier muscle, devient horizontal comme lui, s'étale en éventail et va se fixer sur les faces latérales du septum médian. Ses fibres postérieures sont transversales, et ses fibres antérieures longitudinales; (|uautaux fibres moyennes, elles prennent tous les degrés intermédiaires d'obliquité. Par sa face e\terne, le cérato-glosse est en r.ipport avec le tendon médian du digastrique, le muscle stylo-hyoïdien, la glande sous-maxillaiie, le nerf grand hypoglosse et le nerf lingual. Il est croisé par les muscles stylo-glosse et glosso-staphylin. Sa face interne recouvre l'artère linguale, qui croise perpendiculairement sa direction. Elle répond encore au constricteur moyen du pharynx, au ligament stylo-hyoïdien et aux fibres les plus postérieures du muscle génioglosse.

Le cérato-glosse déprime le bord correspondant de la langue et l'attire un peu en arrière.

Sappey décrit sous le nom de cérato-glosse accessoire un faisceau grêle et arrondi qui naît de l'extrémité la plus reculée de la grande corne, passe obliquement sur la face externe du cérato-glosse, dont il croise les fibres d'arrière en avant et de bas en haut, et se confond dans la langue avec le faisceau longitudinal du stylo-glosse. Ces fibres proviennent quelquefois du constricteur moyen du pharynx.

Le basio-glosse, moins large et plus épais que le cérato-glosse, s'insère au bord supérieur de l'os hyoïde et un peu à la base de la grande corne. De là, ses fibres se portent en haut, en avant, et pénètrent dans la langue entre le stylo-glosse et le lingual inférieur : elles occupent alors la fice dorsale et se dirigent horizontalement d'arrière en avant. Au niveau de son insertion inférieure, ce muscle est compris dans une bifurcation que présente le génio-hyoïdien à son attache à l'hyoïdi'. Plus haut, il affecte sensiblement les mêmes rapports que le cérato-gloss(.', c'est-àdire qu'il répond par sa face externe à la glande sous-maxillaii e, aux nerfs lingual et hypoglosse, aux muscles stylo-glosse, glosso-staphylin et lingual supérieur. Sa

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face interne recouvre la petite corne de l'hyoïde, l'artère linguale, le fuis 'eau profond du sénio-hyoïdien, le génio-giosse et le lingual intérieur. • Le cho7idro-(ilosse, décrit comme un muscle distinct par Verheyen et par liai 1er, se détache de la petite corne de l'hyoïde où il est sépare, à son origine, du cératoglosse et du basio-glosse par l'artère linguale et le muscle pharyngo-glosse. Situé entre la terminaison du génio-glosse et le lingual inférieur, sous la couche glandulaire de la base de la langue, il se dirige en avant et se divise en lamelles longitudinales dont le plus grand nombre vont concourir à la formation du lingual inîérieur et du Lngiial supérieur, miis dont quelques-unes peuvent être suivies isolément,jusqu'à leur terminaison dans le derme muqueux de la face dorsale.

Le génio-glosse est le plus volumineux des musclus de la langue. Il est épais, layonné et présente la forme d'un triangle dont le sommet corresiond à la face postérieure de la symphyse du menton. Il se fixe à l'apophyse géni-supérieure par un très-fort tendon auquel font presque immédiatement suite les fibres musculaires. Celles-ci s'irradient à partir de ce point et affectent des directions très-différentes, suivant la portion du muscle que l'on examine. Les plus infétieuies se portent en bas, en arrière, et vont s'insérer à la partie médianedu bord supérienr del'os hyoïde. Les autres montent verticalement dans la langue, dont elles occupent toute la longueur depuis l'hyoïde. jusqu'à la pointe. Elles s'y subdivisent en leuillcls indépendants dont les intervalles sont occupés par des fibres transversales inlriiisèques, et plus haut, vers la face dorsale, par les faisceaux du lingual lou-itudiiial supérieur. La terminaison de ces fibres n'est pas moins variée que leur direction. Un très-grand nombre se continuent dans les muscles voisins ; c'est ainsi que les plus internes passent au-dessous du septum lingual et se portent dans l'autre moitié de la langue en s'entre-croisant avec desfibres semblables venues du génioglosse opposé. Les plus externes se continuent en avant avec le faisceau inlérieur du stylo-glosse et en arrière avec le pharyngo-glosse. Ces dernières avaient été décrites par Wimlow conmeun muscle d stinct, sons le nom de génio-pharyngien. Toutes les autres se distinguent des précédentes par leur couleur pâle et jaunâtre. Elles se terminent par des fibres tendineuses qui s'insèrent à la périphérie de la langue, mais en présentant encore quelques différences qu'il est bon de signaler. Dans toute la portion antérieure au V lingual, ces fibres aboutissent directement à la face profonde du derme muqueux, tandis que dans le tiers postérieur de la face dorsale elles restent séparées de la muqueuse par une couche glanduleuse et se fixent dans le tissu conjonctif interposé aux glandes en grappe et aux follicules clos. Enfin le génio-glosse envoie un petit faisceau à la face antérieure de l'épiglotte [tevator epiglottklis de Morgagni, muscle glosso-épiglottique d'Albinus et delleister).

Ce miscle est en rapport, en dehors, avec la glanda sublinguale, le canal de Warthon, et les muscles mylo-hyoïdien, hyo-glosse, stylo-glosse et lingual inférieur. Le nerf grand hypoglosse longe d'abord sa face externe, puis il s'insinue entre sps faisceaux. En dedans, il répond à son congénère, dont il est séparé par du tissu conjonctif très-fin, quelquefois infiltré de graisse et au milieu duquel serpentent quelques troncs lymphatiques décrits par Sappey. Son bord supérieur est recouvert par la muqueuse du plancher de la bouche et par celle de la langue. Son bord intérieur repose sur le muscle génio-hyoïdien dont il est toujours nettement séparé par un interstice celluleux.

En raison des différentes directions de leurs fibres, les musclss génio-crlosses ont une action assez complexe. Leurs faisceaux intérieurs élèvent l'hyoïde et le

5i)8 LANGUE (anatomie).

portent en avant. Leurs faisceaux moyens tirent en avant la base de la langue et par conséquent déterminent la propulsion de cet organe hors de la bouche. Leurs faii^ceaux antérieurs au contraire, ramènent la pointe de la langue dans la cavité • buccale et la dépriment en bas. Si toutes ces fibns se contractent en même tenips, la Lingue se ramasse sur elle-même, se pelotonne et s'applique fortement contre leplai>eher buccal.

Le lingual inférieur {lingual de Donglas) est situé à la face inférieure de la langue entre le génio-glosse et le ba^o glosse. Constitué par des fibres qui proviennent du plwryngo-glosse, du siylo-glosse et piincipalement du chondroglo^se, il sedirige d'arrière en avant et l'orme plusieurs petits faisceaux qui passent entre les fibres transversales et vont s'insérer par leur extrémité antérieure au derme niuqueux de la pointe de la langue, avec le faisceau longitudinal du stylo-glosse. Il raccourcit la langue et attire sa pointe en bas et eu arrière.

Le lingual supérieur, large, mince, est immédiatement sous-jacent à la muqueuse de la face dorsale; il s'étend longiiudinaleuient de la base à la pointe de la langue et se compose de trois portions, une médiane et deux latérales. Laportion médiane n;iît du prolongement moyen de l'épiglotte, les deux latérales sont formées ^liir des libres émanées du ciiondro-glosse. Après un très-court tiajet, ces trois portions s'accolent par leurs bords, et comme, d'autre part, le lingual supérieur s unit latémlemcnt an glosso-st.iphylui, il en résulte, suivant la juste remarque de Sappey, que les trois poi lions du lingual supérieur, les deux glossostapliylinset les faisceaux longitudinaux des deux stylo-glosses forment une gouttière dont la concavité, tournée en bas, embrasse la presque totalité de la langue.

ha ptiarym/o-glosse, nommé aussi par quelques diutems glosso-pharyngien, est presque tout eiitier constitué par des fibres venues du constricteur supérieur du pbarynx. Ses faisceaux supérieurs, situés entre le glosso-staphylin et le styloglosse, longent les bords de lahngue ; les antres passant sous l'Iiyo-glosse et vont se coiilimier avec le génio-glosse et le lingual inférieur.

Le glosso-stanhylin ou palato-glosse, vient du voile du palais. Il forme un faisceau a|ilaliqui soulève la muqueuse buccale et détermine le relief du pilier antérieur. 11 est {dacé sur les bords de la langue, au-dessous du lingual su|;érieiir et au-dessus du stylo-glosse. Ses fibres se conCoudent en partie avec celles du pharyngo glosse.

Vamijgdalo-glosse, décrit et figuré pour la première fois par Broci, forme, sous la muqueuse, une sorte de san-le transversale étendue de l'amygdale au bord correspondant delà langue, et longue de 15 à 18 millimètres dans le ^ens .mléroposiéreiir. Ses insertions externes se font sur l'aponévro-e pharyngienne, immédiatement en dehors de l'amygdale. En dedans, il semble se continuer, sur la ligne médiane, avec celui du côté opposé.

tes libres f)ropres ou intrinsèques de la langue sont transversales ou verticales. Les premières ne manquent dans aucune portion de l'organe ; elles naissent du septijui niéiliiHi et lorment des faisceaux distincts, croisés par les fibres loiigitufliniaJ;* s «t verticales . Tous ces faisceaux aboutissent au derir.e muqueux des bords delà lauig e. Leur ensemble a reçi le nom de mnsc'e lingual transverse. Quant àxilijijmal vertical., dont l'existence n'est pis admise par tous les ;inatomistes, iln'exiott'iF.Jiit qucdans le tiers antérieur de la langue et serait formé de fibres pro|ires.illaiit de la face inférieure à la face supérieure.

En ré-nm?, louies les fibres musculaires de la langue peuvent être ramenées à trois direetuMJs principales :

LANGUE (anatomie). 559

1" Df's filiivs verlicnles pioveiiaut dn fiéiiio-glosse dans los deux tiers postcrienr^ de roiiijn e el du lingual vcriical d us son liers anlérieur ;

2° Dfs lilnes Iransversales foiirnirs | ar le céiaio-glos-e, une portion du bisioglosse, le liiisceaii supérieur du si j!o-;jliisse, ^anlii;dalo-glos^e, quelques libres externes iln ^énio-glosse, et, plus pn.lniidément, par le lingual tran>verse ;

5° Des fil)n's lonjî tudin.iles appm triianl : en haut, au lin-nal supérieur; en bas, a lingua inlérieur et au |.hnryn o--losse ; latéralement, au f.ùsceau inférieur (In sly (t- l(i^se, au plosso-stapli lin et iî une portion de l'hyo-glosse ; enfin, •en avant, h la [)artie aniérieuie du géino-^losse.

Tontes ces libies sont comme dissociées par un tissu adipeux mou et piesque liquide qni s'insuuie entre leurs diflerenls laisceaux. Ce tissu, Irès-abondant à la base de la Inigne, diminue considéralilement vers le milieu de l'organe et manque entièrement m la pointe.

D. Glandes muqueuses et follicules clos. La langue renferme encore un très- ^rand nombre de petites glandes muqueuses, ap['artenant à la catégorie des glandes en grappe, et des follicules clos d'une espèce particulière. Il est bien entendu qu'il ne saurait être question ici des glandes salivaires sublinguales dont la description sera exposée dans une autre partie de cet ou\ rage.

Les glandes en grappe sont situées immédiatement sous la mucpieuse, on bien elles occupent les interstices des faiseeaux musculaires. Les glandes sous-muqueuses foi ment, à la base de la langue, une couehe épaisse de 4 à 8 millimètres, étendue en longueur île l'épiglolte au V lingual, et en laigeur, d'une amygdale à l'autre. Celte couche est située au-dessous des lollicules clos et des pipilles calidformes. Par ^a face profonde, elle repose sur le lingual snpérieiu\ pénètre entre les faisceaux de ce muscle, et adhère assez intimement aux tendons terminaux des fibres du génio-glosse. Les glandes qui la composent viennent s'ouvrir au ioud des follicules muqueux. Au niveau du V lingual, ces conduits excréteurs ont un or ifice distinct entre les papilles calieiformes. En avant du toramen cœcum, les glandes en grap|)e sont plus rares et plus petites; jamais elles n'arrivent jusqu'à la |iortiou moyenne de la langue.

Les glandes iutermusculaires forment une double rangée latérale, qui commence un peu en avant du V lingual, et se prolonge jusqu'au voisinage de la pointe. On en trouve encore un certain nombre au milieu des fibres de l'hyo-glosse, et dans l'épaisseur des replis muqueux verticaux qui occupent la partie postérieure des bords de la langue. Chez certains animaux, ces glandes et les replis qui les renferment prennent un grand développement, et sont connues sous le nom à'organe de Meyer.

Oiitieces petites glandes isolées et indépendantes, il existe, au milieu des fibres musculaires, trois masses glandulaires d'un certain volume, formant de véritables glandes conglomérées, anatomiquement identiques aux glandes salivaires. Les deux posiérieures occupent une posiiion symétrique, par rapport à la ligne médiane : on le> nomme glandes de Weber. Chacune d'elles est située dans l'épaisseur du slylo-glosse et du lingual inférieur, au-dessous de l'extiémitédes branches du V lingual. Leur conduit excréteur s'ouvre à l.i face inlérieure de la langue. La glande antérieure esth gla7ule de Bland in. Elle est placée à la l'ace inférieure de la pointe de la langue, dans les fibres du siylo glosse et du lingual inlériRur. Elle se compose de deux groupes de glatulnles séparés par l'épai-seur du septum médian, et loimant ensemble une petite inass • longue de 15 à 'lO milHniètres, large ■de 7 à 8 miliimèties, et haute de 5 à 6 millimètres. On la trouve quelquetois dési-

5G0 LANGUE (anatomie).

yniju sous le nom de glamie de IS'iihn, m\h il osl incoiitostable que sa découverte doit être unit|uenieiit rapportée à Blandiu, et que Nuhu en a seulement étudié et décrit les canaux excréteurs. Ceux-ci, au nombre de 5 ou 6, s'ouvrent sur la face inférieure de la langue, decha(|ue côté du frein. Les glandes de Weber et de Blandin sont reliées par des traînées de glandes inlermusculaires.

Les follicules forment, au-dessus des glandes en grappe, une couche presque continue depuis l'épiglotte jusqu'aux papille- caliciformes, et d'une tousille à l'autre. Ils soulèvent la muqueuse et lui donnent un aspect bosselé et ii régulier.

Chacun d'eux représente une petite ampoule creuse, de 1 à 4 millimètres de diamètre, dans le fond de laquelle vient s'ouvrir le cànal excréteur d'une glande muqueuse, et dont la partie supérieure communique avec l'extérieur par une ouverture arrondie. La muqueuse bnguale se déprime à ce niveau et tapisse l'intérieur de la cavité. Au-dessous de la muqueuse, les parois de l'ampoule sont constituées par une membrane fibreuse très-épaisse, dépendance du tissu sousmuqueux. Enfin, l'espace qui sépai e deux membranes est occupé par un certain nombre de follicules clos, ronds ou ovalaires, de 0"''",2 à 0""°,5 de diamètre (Kolliker), identiques à ceux des glandes de Payer ou de la rate. Ces follicules sont très-vasculaires.

D. Vaisseaux et nerfs, La langue reçoit un très-grand nombre de branches artérielles fournies par la linguale, la palatine et la pharyngienne inférieuie. Elles abandonnent leurs rameaux |)rineipaux aux fibres musculaires entre les({uelles elles cheminent avant d'atteindre la muqueuse. L'élude complète de ces troncs vasculaires sera faite dans autant d'articles séparés, et ne doit pas m'occuper ici. Je me bornerai seulement à faire observer que la muqueuse linguale est extrêmement riche en capillaires sanguins. Toutefois, d'après Sappey, ces capillaires ne communiqueraient pas entre eux sur la ligne médiane, de sorte qu'une injection poussée par l'une des artères linguales s'arrête sur le milieu du dos de la langue.

Les veines {or meï\t deux plans complètement indépendants. Celles qui proviennent des muscles restent profondes et vont constituer les troncs satellites de l'artère linguale. Celles de la muqueuse, bien décrites par Sappey, sont divisées par iui en trois groupes : un supérieur ou médian, et deux inférieurs ou latéiaux. Le groupe supérieur procède des veinules de la face dorsale. Ses radicules se dirigent d'avant en arrière, de dehors eu dedans, et se résument en 6 ou 8 troncs. Ceuxci, arrivés au-devant de l'épiglotte, s'anastomosent entre eux, et donnent naissance à une ou deux grosses veines qui se portent transversalement en dehors, et vont s'aboucher dans la veine jugulaire interne. Les deux groupes latéraux tirent leur origine des bords de la lace inférieuie de la langue. Les veines qui les constituent aboutissent aux veines ranines.

C'est encore à Sappey que l'on doit une étude très-exacte et très-complète des vaisseaux lymphatiques de l'organe du goût. Il résulte des recherches de cet anatomiste, que ces vaisseaux forment des réseaux très-serrés dans la muqueuse, pi incipalement du côté de la faee dorsale, en avant des papilles caliciformes. Ces réseaux entourent les papilles, et sont partout plus superficiels que les capillaires sanguins. Les troncs qui en partent aboutissent aux ganglions profonds de la région sus-hyoïdienne, mais en suivant des directions différentes. Ceux de la base de la langue se portent en bas et en arrière ; les autres se dirigent verticalement en b.is, et rejoignent leurs ganglions après avoir traversé les muscles hyo-glosse et mylo-hyoïdien.

LANGUE (physiologie). 561

Les w^r/s sont de trois ordres : 1° des iierls de mouvement; 2» des nerfs de sciisiliilifé ; 5" des iierls vaso-moteurs.

Les rameaux moteurs i^)roviennent du grand hypoglosse et du faciaL Le premier de ces deux nerfs envoie ses fdets à Ions les muscles de la langue. Quant au facial, il fournit : l"Un rameau lingual très-grèlc qui, après s'être anastomosé avec le glo so-pliaryngien, pa se entre l'amygdale et le pilier antérieur du voile du palais, cliemi e sous la muqueuse linguale, et pénètre dans l'épaisseur du muscle stylog'osse. Ce rameau fournit parfois quelque^ filels au glosso-staphylin et au lingual inférieur. 2" La cord-du tympan qui, d'abord accolée au nerf lingual, s'en détache pour se distribuer aux muscles de la partie antérieure de la langue. D'après Guarini, ce rameau nervcuv tiendrait sous sa dépendance les mouvements de la langue relatifs à l'articulation des sons ; mais cette vue toute hypothétique, n'a point été confirmée par les recherches plus récentes des physiologistes fiançais, et notamment de Cl. Bernard. Il semblerait même que la corde du tympan n'est pas exclusivement constituée par des filets moteurs. Stich la considère comme un nerf mixte, contenant à la fois des fibres motrices venues du facial et des libres sensitives émanées du trijumeau. Notons enfin (pic le nnisclo pharyngn-glosse est animé par des branches du plexus pharyngien.

La muqueuse reçoit trois nerfs sensitiis : 1" le lingual ; 2" la branche principale du nerf glosso-pliaryngien ; 3" des rameaux du nerf laryngé supérieur. Le lingual .«e distribue à toute la portion située en avant du V lingual. L;; glosso-pliaryngien ioiiriiit aux papilles caliciformes et an tiers postérieur de la langue. Les filets du laryngé supérieur s'épanouissent immédiatement en avant de l'épiglotte, dans cette partie de la muqueuse qui ne jouit pas de la sensibilité gustative.

Ainsi que je l'ai fait observer plus haut, il est assez difficile de suivre les tubes nerveux jusqu'à la fin de leur trajet tiaus l'épaisseur des papilles. J'ai cité, à ce sujet, l'opinion de la plupart des micrographes modernes, et je dois ajouter que l'hypothèse de la terminaison en anses, autrefois admise parBuidacbet Valentin, paraît aujourd'hui complètement abandonnée. Ce qui est beiucoup plus certain, c'est l'existence de petits ganglions microscopiques sur les branches terminales du lingual et du glosso-pharyngien. Ces ganglions, découverts par Remak, ont été retrouvés depuis par Schilf et Kôlliker ; ils sont facilement visibles chez le veau et le mouton, mais beaucoup moins apparents chez l'homme.

Les filets va?o-moteui s du grand sympathique viennent du plexus carotidien. Ils entourent l'artère hnguale et accompagnent chacune de ses branches.

§11. Physiologie. Pour exposer d'une manière com[ilète l'histoire physiologique de la langue, il faudrait traiter à fond des différents actes au.vquels cet organe prend une part directe, c'est-à-dire de la succion, de l'expuition, delamastication, de la déglutition, de l'articulation des sons et du sens dugnùt. Cette étude, ainsi comprise, ne laisserait pas que d'avoir un assez grand intérêt ; mais elle m'entraînerait bien au delà du cadre qui m'est imposé par les limites de cet article. Je mo bornerai donc à donner ici un aperçu général et succinct du rôle fonctionm 1 de la langue, renvoyant le lecteur aux articles Mastication, Déglutition, Voix et GouT, où la matière sera traitée avec tous les développements qu'elle comporte. Ainsi que je le disais au commencement de ce travail, la langue représente en quelque sorte deux organes emboîtés l'un dans l'autre. L'un central, uniquement composé de muscles, produit ces mouvements en tous sens, ces changements variés de forme, si bien accommodés pour l'accomplissement régulier de la mastication, de la déglutition, de la phonation, etc., c'est-à-dire des actes physiologiques dans

362 LANGUE (physiologie).

lesquels la langue joue un rôle purement mécanique. L'autre, périphérique, tout sensitif, se rapporte au sens tlu goût.

Il est bien évident qu'une pareille dislinction ne doit pas être prise au pied de la lettre, car si la langue est active dans un cas, et passive dans rautie,on ne saurait se refuser à admettre que l'intégrité de la sensibilité est indispensable à la justesse €t à la précision des mouvements ; de même que, par le moyen de ses muscles, l'orgnuedu goût se moule sur les corps introduits dans la cavité buccale, afin d'en mieux apprécier la forme extérieure et les (|u tlitésgustatives.

La langue peut être dé|)Iacée en masse, sans que ses muscles entrent en contraction ; c'est ainsi qu'elle suit, dans tous leurs mouvements, l'os hyoïde et la mâchoire inféi ienrc, auxquels elle est intimement unie par sa base. Elle s'élève, par la couiraclion des muscles stylo-glosse, stylo-hyoïdien, glosso-stapliyUn, digastrique, constricteur moyen du pharynx, et mylo-hyoïdien. Elle est abaissée par l'hyo-glosse et les muscles de la région sus-hyoïdienne. La portion postérieure du génio-g'osse, le génio-hyoïdien, le mylo-hyoïdien et le ventre antérieur du dig.istrirjue, déterminent sa pro-ection en avant. Les fibres antérieures du génio-glosse la rnmènent dans la cavité buccale. Elle s'allonge par la contraction de toutes ses fibres transversales, se raccourcit par celle de ses fibres antéro-postérieures. Si ces dernières ne se contractent que dans une des moitiés de l'organe, on observe une incurvation latérale. Le lingual longitudinal supérieur en recourbe la pointe en haut, les linguaux inférieurs la recourbent en sens inverse. Lorsque les deux hyo-glosses se contractent, le dos de la langue devient convexe ; la contraction d'un seul de ces muscles abaisse seulement le bord correspondant. L'incurvation en gouttière fient à ce que legénio-glosse abaisse directement la portion moyenne delà langue, tandis que les fibres transversales supérieures en relèvent les bords.

Dans la succion, l'action de teter, la bouche fait l'office d'un corps de pompe et la langue joue le rôle d'un piston mobile destiné à faire le vide. On conçoit que pour qu'une pareille action soit suivie d'effet, il fiut qu'au préalable la cavité buccale soit complètement close en arrière, par l'abaissement du voile du palais, et en avant, par l'application exacte des lèvres sur le corps qui fournit le liquide. Dans l'action de boire, lorsque les lèvres plongent entièrement dans le liquide, le mécanisme est le même. Dans l'action de laper, la pointe de la langue se creuse en godet, et se remplit de liquide, que l'animal projette ensuite vivement dans son arrière-bouche.

Pendant la mastication, la langue mélange les aliments à la salive, et ramène sous 1(S arcades dentaires les portions qui ont passé dans le vestibule buccal. Elle peut même écraser directement contre la voûte palatine certaines substances molles et pulpeuses.

Pendant la drglulition, elle se relève, s'élargit et s'applique par ses bords contre la voûte du palais, formant ainsi les parois latérales et inférieures d'un canal dans lequel ses contractions poussent le bol alimeniaire d'avant en arrière jusque dans le [iliarynx.

Dans le langage parlé, elle sert plus particuli'Tement à la prononciation des consonnes d, t, l, n, c doux, s, x, z, par sa pointe ; des sons g, j, gîte, c dur, k, q, et de la voyelle i, par sa partie moyenne; enfin, de la consonne r, sorte de roulement que certains sujets produisent avec la pointe, et d autres avec la base de la langue. Toulei'ois, il ne faudra t pas s'exagérer l'importance de la langue comme organe de phonation. Si son utilité est incontestable, il n'est pas moins certain que son intégrité absolue n'est point indispensable, et l'on voit journellement des

LANGUE (physiologie). 365

individus privés congénilalement, ou par une opération chirurgicale, d'une notable ' partie de cet organe, parler encore d'une façon fort intelligible. Ce fait a été surabondamment démontré depuis longtemps par Louis, et tout le monde connaît l'histoire de cette jeune fille que de Jussieu vit à Lisbonne, parlant fort bien le portugais, quoiqu'elle n'eût jamais eu, au lieu de langue, qu'un petit tubercule long de trois ou quatre lignes.

Abstraction faite du rameau fourni au stylo-glosse par le nerf facial et des filets moteurs de la corde du tympan, les contractions de la langue sont sous la dépendance exclusive du nerf grand hypoglosse. Bien que ce point de physiologie ait été fort controversé dans les vingt-cinq premières années de ce siècle, on peut dire qu'aujourd'hui il ne fait plus doute pour personne. L'excitation directe de l'hypoglosse ou de ses rameaux détermine des contractions dans tous les muscles auxquels ces rameaux se distribuent, ce qui ne s'observe jamais p.ir l'excitation du lingual ni du glosso-pharyngien. Par contre, la section du nerf hypoglosse paralyse les muscles. Si ce nerf a été coupé à la fois des deux côtés sur un animal, la langue reste pendante hors de la gueule; l'action de laper devient impossible. L'animal saisit les ahments, commence à les mâcher, mais il ne peut les ramener entre ses dents, et les laisse bientôt échapper. La déglutition d'un bol dimentaire quelconque ne peut non plus s'elïectuer, à moins qu'on ne le pousse jusque dans le pharynx de l'animal. Mais la sensibilité tactile et le goût restent intacts. 11 en est de même chez l'homme, dans les cas de paralysie isolée du nerf grand hypoglosse, ainsi que le démontrent les observations de Montault et de Jobert.

Comme organe sensitif, la langue jouii, à la fois de la sensibilité tactile ordinaire et de la sensibilité spéciale relative à la glutition. La première nous fait juger des qualités physiques de l'aliment, de sa situation dans la bouche, mais elle ne nous donne jamais que des notions incomplètes sur sa forme extérieure. La seconde n'est pas exchbivement propre à la langue, carie voile du palais, certains points de la voûte palatine et du pharynx participent à la perception des saveurs. Deux nerfs se partagent la sensibilité de la lingue: le lingual et le glosso-pharyngien, mais tous deux jouissent à la fois des propriétés tactiles et gustatives. Les physiologistes ont, depuis longtemps, abandonné l'opinion de Paiiizza, qui attribuait au seul nerf glosso-pharyngien la sensibilité gusfafive, faisant du nerf lingual un nerf de sensibilité tactile, en tout semblable aux autres branches de la cinquième paire. En réalité, il n'y a point de nerf uniquement réservé au goût; le lingual préside au tact et à la gustation dans les deux tiers antérieurs de la langue; le glosso-pharyngien remplit des fonctions analogues dans le tiers postérieur de l'organe. N'oublions cependant pas de mentionner que, d'après les recherclies de Cl. Bernard et de Duchenne, la corde du tympan paraît avoir une certaine influence sur la gustation dans les deux tiers antérieurs de la langue.

Mali^ré l'espèce de fusion qui existe entre la sensiblité générale et la sensibilité spéciale dans les nerfs lingual et glosso-pharyngien, on a vu, dans certains cas pathologiques, la sensibilité tactile être pervertie ou abolie sans altération du goût. Mais ces fai s, cités par Noble, Vogt, A. Bérard, James, etc., sont extrêmement rares, et, le plus ordinairement, lorsque le lingual ou le glosso-pharyngien sont frappés de paralysie, il y a à la fuis perte de la sensibilité et du goût dans la portion de la hmgue à laquelle le nerf paralysé se distribue.

Peut-on admettre, avec quelques hi.vtologisles, que chaque ordre de papilles linguales est plus spécialement alfectéà l'une ou l'autre des deux sensibilités, les

564r LANGUE ( r A T II 0 L 0 G I E i\i k n i c a l i: ) .

papilles simples et les papilles caliciformes étant destinées à la gustation, les papilles fungiformes agissant surtout pour le tact? Sans doute, la présence des corpuscules de Meissner dans ces dernières semblerait donner raison à cette manière de voir; mais ces corpuscules sont bien loin d'exister dans toutes les papilles lungiformes, et l'on ne peut se dissimuler que c'est là une simple bypotlièse, jusiju'à présent sans fondement bien solide. Ce qui paraît beaucoup plus probable, c'est que, suivant la remarque de Todd, Bowmanu et Kôlliker, les papilles filiformes, à cause de l'épaisseur, de la consistance et de l'imperméabilité de leur revêtement épithélial, ne doivent que très-peu contribuer au sens du goût, et ne jouent peutêtre qu'un rôle mécanique dans la division et le méhuige des parcelles alimentaires.

lîiBi.ioGBAPHiE. — Voyez, outre les traités {rénéraux d'anatomie, (riiistologie et de physiologie; Baur. Sur la structure de la langue. In Journal complémentaire du Dictionnaire des sciences médicales, t. XIV; 1822. — Blandin. Mémoire sur la structure elles mouvements de la langue de l'homme, fn Arcli. génér. de ?néd., t. l, 1825. — Mayo. Anatomical and P/ajsiological Commcnlaries. Lomion, 1823. — Gerdy. Mémoire sur la structure de la langue du bœuf et sur les principales différences que présente celle de l'homme. In Arch. gen. de méd., t. VII, 1825. — Ribes. Exposé sommaire des recherches faites sur quelques parties du cerveau. In Gaz. méd., 1850. — Montault. Cas remarquable de phijstologie pathologique du système nerveux observé chez l'homme, lu Arch. génér. de méd., 2° série, l. I, 1,S35. — Panizza. Ricerche sperimentali sopra i nervi. Pavie, 1854. — Dij MÉJiE. Nouvelles recherches expérimentales sur les nerfs, in Gaz-, méd., 1855. — Noble Expériences relatives au sens du goi'it. In Gazette méd., 1855 — Alcook. Détermination of tkc Question: Which are t/ie Nerves of Taste? lu Dublin Journal, 1830. — Ri m (John) An Expérimental Investigation into the Function ofthe eight Par of Nerves, on thc Glossopharijngeal.^ Pneumogastric and Spinal Accessory. In Edimb. Surg. and Med. Journal^ t. ALIX; 1838. — Jobert (de Lamballel. Études sur le système nerveux. Paris, 1838 — Cazalis et GuïOT. Expériences sur les nerfs glosso-pharingien, lingual et hypoglosse Jn Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences. Si'ance de 21 janvier 1839' — Des jiêmes. Recherches sur les nerfs du goût. In Gazette médicale, 1859, et Archives gen. de méd., 3= série, t. IV, 1839. - Bérahd (A.). Fracture du crâne par arme à feu destruction du nerf de la septième paire..., etc. In Gazette médicale, 1840. — Voct' OInervation relative à un cas de paralysie du nerf trijumeau. In Gazette médicale 1840 — James. Thèse de Paris, n° 370; 1840. - Magendie. Leçons sur le système nerveux. Paris, 18^1. — Observations pathologiques à l'appui des expériences de Panizza sur les nerfs delà langue et en particulier sur le nerf glosso-pharyngien. In Gaz. méd., 18il. — Extrait du Bolletino délie scienze mediche, n<" de février, mars et avril 1841. — Debbon. Thèse de Paris de 31 noût 18 il. — Loxget. Anatomie et physiologie du système nerveux, l'aris, 1842. (lUARixi. Mémoire dans Annali universali di medicina, 5= série, vol. XCII. Milaiio,' 1842. — BERNARD (Cl.). Recherches anatomiques et physiologiques sur la corde du tympan'. Paris 1840. — BiFfi et MoBGANTi. Sui nervi délia lingua ricerche anat. fisiol. In Annali universaÙ dt medicina, vol. GXIX. Milano, 1 8 16. - Sticht. Beitrâge zur Kenntniss der Chorda Tinnpani in Annalen des Cliaritc-Krankentiauses. Berlin, 1857. — Bernard (Cl.) Leçons sur la phi, swlogie et la pathologie du système nerveux. Paris, 1858. — Vulpian. Leçons sur la phniiologie générale et comparée du système nerveux. Paris, 1806.

§ III. Pathologie médicale. Parmi les états patliologiques de la langue, il en est qui ne peuvent être considérés, à strictement parler, comme de maladies; qui sont plutôt du ressort de la séméiologie, et qui d'ailleurs s'étendent ordinaiiement aux parties voisines; ainsi, la siccité, diverses colorations, l'enduit saburial, etc. D'autres, d'un caractère nosologique plus précis, mais dépassant souvent aussi les limites de la langue, ne représentent, dans une affection générale, qu'un phénomène isulé, par exemple, les plaques de muguet. D'autres enfin constituent des maladies propres de la langue; telles sont l'inllammation, la névralgie, etc. De ces divers ordres d'états morbides, le premier sera passé ici sous silence, le second brièvement indiqué, et le troisième décrit. D'un autre

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côté, tous les trois seront repris à l'article Bouche pur leur côté purement séméiologiqueet réunis dans un même article. {Voij. Bouche, séméiologie.)

I. Akfectio.ns diverses, a la langue, le muguet débute le plus souvent sur les côtés du freui et s'étend sur les bords de l'organe; il est d'ordinaire précédé d'une vive rougeur. C'est aussi par les parties latérales, et, en même temps, par la base, que lont invasion les fausses membranes diphlhériques, quand elles ont déjà tapissé la gorge; mais des fausses membranes se développent souvent sur place, en l'absence d'angine ; c'est ce qu'on voit notamment quand un point de la surlace de l'organe est soumis à une cause permanente d'inflammalion, telle que le Irottcment d'une dent cariée et devenue anguleuse. La inatière blanche pultacée qui ^e lorme dans certaines angines scarlatineuses peut gagner la partie postérieure et même presque toute la lace doisale et les côtés de la langue. Celleci est quelquefois envahie par des pustules varioliques, qui ne prennent jamais un giand dévt^loppement, mais sont susceptibles d'occasionner beaucoup de gêne et d'assez vives douleurs. Nous rap|)elons aussi ce qui a été dit ])lus haut au sujet des papilles, savoir, que celles-ci portent habituellement, adhérente aux prolongements épithéliaux, cette espèce d'algue que M. Ch. Robin a décrite sous le nom de Leptothrix buccalis. {Voy. Lectothrix.)

La hmgue renferme quelquefois de petits dépôts blanchâtres, plus ou moins concrets, que la micrographie a rattachés au tubercule (Forster); et l'on peut soupçonner que telle était la source de ces calculs de la langue décrits par Kores-' tus, Rivière, Rorelli et d'autres. Elle participe aux diverses formes de parali/sie que peuvent amener les affections cérébrales ; elle subit, comme les autres muscles du corps, ['atrophie et la transformation graisseuse qui caractérise la maladie connue aujourd'hui sous le nom d'atrophie musculaire progressive. Sa |)aralysie complèlea même été observée, dans cette malaJie, par M. biiménil, qui a trouvé à l'autopsie une extrême atrophie des hypoglosses en connexion avec celle des racines antérieures des nerfs spinaux. (Gaz. hebdomadaire, l«o9, p. 390 ) Enfin, la langue est le point de départ do cette autre forme de paralysie qui se circonscrit à la langue, au voile du palais et aux lèvres, et qiii a été décrite par M. Ducheiine de Boulogne. {Voy. Paralysie.)

Ces indications générales suffisent. Il est évident que, pour tous ces états morbides, le diagnostic, lepionosticet le traitement ne peuvent être séparés de l'histoire des maladies auxquelles ils se rattachent comme parties essentielles,

H. Pauasites. Dans le parenchyme de la langue, on n'a jusqu'à présent trouvé que le Cyslicercus cellulosa (l'.udolphi, Stich, Roserl et le Dragonneau. Ciiez un enfant de 12 à 13 ans, traité à l'hôpital d'Abou-Zabel en 1825, par Clot-Rev, le dragonneau s'était annoncé par une petite tumeur fluctuante près du frein. Après une ponction, une partie du ver sortit ; on retira l'autre. Sa longueur totale était de 4 pouces. M. Davaine, qui rapporte cette observation avec plus de détails dans son Traité des Entozoaires, ajoute que, d'après Cezilly, une sœur de l'hôpital de Corée avait eu aussi un dragonneau dans la langue.

lu. Aphthes. Les aphthes, dont l'étude générale a été faite au mot même qui les désigne, s'observent sur toutes les parties de l'organe : mais on les rencontre de préléience sur les côtés, vers la pointe et au voisinage du frein. Peut-être est-ce parce que ces parties sont plus exposées à baigner dans les liquides acides de la bouche. Ceux qui occupent la pointe sont particulièrement gênants, en ce qu'ils tout en contact continuel avec les arcades dentaires et froissés dans l'acte de la parole ou celui de la mastication. Aussi, avant de devenir ulcéreux, présen-

36G LANGUE (i'aiuologiic médicale).

tcat-ils souvent une élevure plus grosse et plus dure que sur d'autres poi its de la mii(|ueiise. Il n'est pas rare de rencontrer sur les apliLhes des idgues du genre LeptoMiitiis. {Voy. Leptomitus )

Le Iraihmenl des aplithes de la langue n'offre rien de particulier.

IV. IJKiu'Ès. Les pla(|ues d'herpès, que M. Gubler a si bien observées et décrites dans Uiie i spèce particulière d'angine, se montrent quelquefois sur la langue, principalement sur les paities latérales et veis la pointe. La description q i a été donm e de l'herpès guttural à l'article Angcne herpétique (p. 7i4. et suiv.) s'applique parlaitenienl à l'herpès de la muqueuse linguale, et je n'ai pas à y revenir. Disons seulement (|u'il est parfois assez difficile de distinguer, surtout à leur début, l'herpès de l'aplithe, quand le premier ne donne lieu qu'à une vé-icnle solitaire. Dans l'un et l'antre, en effet, cette vésicule est le premier caraclère bien appréciaMe du mal, s'entoure d'une auréole inflammatoire, donne lieu à un déchirement épithélial et ultérieurement à ime ulcération arrondi ■, avec exsudât. Seulemint la vésicule de l'aphthe surmonte une petite saillie pustuleuse, ce qui n'a pas lieu pour celle de l'herjiès, et la couenne herpétique est plus blanche, plus mince, moms pulpeuse que l'exsudat aphtheux.

Le traitement local consiste en des collutoires émollients et narcotiques d'abord; puis, plus tai d, détersifs. Dans la période ulcéreuse avec exsudât, une léçjère cautérisât on au nitrate d'argent, limitée à la surface couenneuse, abrège beaucoup la durée du mal.

On pourrait rapprocher de l'herpès de la langue le psoriasis, décrit dans ces derniers temps. Mais, |ionr se conformer aux divisions de cet article, il vaut mieux renvoyer l'étude du psoriasis au chapitre de la glossite chronique.

V. IN'iGiiiTiE. M. Bertrand de Saint Germain a décrit sous ce nom, dans un mémoire présenté à rxVcadémie des sciences (26 novembre 1855), une affection qui n'a rien de commun avec la maladie bronzée, et caractérisée par une altéiation analogue, dit-il, à celle qui appartient normalement à la langue des perroquets et à celle de la girafe. 11 l'a rencontrée quatre lois. Cette affection, occupant la face supérieure de la langue, débute par une tache noire qui siège vers la partie moyenne, s'étend pendant quelques jours, demeure statiomiaire pendant une dizaine de jours, puis s'eiface, de la circonférence au centre, dans lespace de quarante à soixante jours. Elle résiste au lavage.

L'auteur pense qu'il s'agit d'une sécrétion pigmentaire, et la couleur noir d'ébéne de la tache arrivée à son entier développement peut autoriser cette supposition Mais il y a loin de là à une démonstration directe; des taches sanguines suivraient une marche assez analo<Tue.

VI. Coi\ GESTIONS. Intumescence piîriodique. La langue peut se tuméfier, faire saillie entre les arcades dentaires, devenir rouge et douloureuse, sans que la cause intime de ces accidents réside dans l'inflammation. Le tissu de l'organe est simplement conges'ionné. C'est ce qu'on voit, par exemple, à la suite des accès d'épilepsie et d'éclampsie, ou par l'effet d'une strangulation directe. Stoll aurait remanjué le gonflement de la langue chez des militaires astreints à porier un col trop serré. Ce serait aussi à la congestion qu'il faudrait sans doute rapporter le cas d'intumescence périodique de la langue, signalé par Hayes dans le deuxième volume de la Société de médecine de Londres. Malheureusement, je ne puis qu'nidiquer ce travail, dont il m'a été impossil)le de consulter l'original. Ou aurait ainsi, à côté de la cougestiou passive de la Imgue, souvent observée, la congestion ou fluxion active, qui ne siiftit pas à constituer la glossite, mais qui peut

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parfaitement en Atre le point de dé|.art. Je reviendrai d'ailleurs sur ce point.

YIl. Inflammation (Glossite). L'inflammation peut être aiguë ou chronique ; elle peut rester limitée à la surface de la langue ou en occuper la prolondeur. D'où la division delà glossite en superficielle et profonde.

Gi.ossiTK AIGUË. A. Glossite superficielle. On peut distinguer as^ez aisément, dans li. pratique, l'inflammation du derme muqueux, celle des papilles et celle des follicules.

a. La première se montre quelquefois, mais rarement, sans cause appiVciable. Le plus souvent, elle est liée ou à l'existence d'une fièvre continue, ou à un état plilevmati(|ue des premières voies, ou à la présence d'une angine ruliéolique, scarlatineuse, érysipél.iteuse, ou à une cause locale dirrilation, comme on le voit chez les ivrognes qui font un usage trop libéral de l'ammoniaque, et chez les fumeurs ou les chiqueurs. A mesure que celte phle-masie superlicielle se prononce, elle amène souvent une hyperpla&ie épithéliale, d'où résulte une couche grisiilre qui dérobe la couleur rouge de la nuiqueuse, ou bien l'exfolialion totale ou partielle de l'épilhélium, liissuit à nu une surfjce d'un rouge vif, pointillée, très-douloureuse à loucher. Parfois la langue se réfracte et prend la lornn; lancéolée La |tarole est plus ou moins gênée, la mastication pénible (noiamment si les alimenls sont très-sapides), le goût plus ou moins altéré. Le besoin de boire, surtout de boire frais, est incessant. Ces symptômes durent plus ou moins longtemps, suivant les circonstances dans lesquelles ils se sont produits; puis peu°à peu 1,1 langue perd de sa rougeur, s'étale davantage, et la sensibilité s'émousse cà mesure que l'épithélium se reproduit.

C'est vraisemblablement à cetie première forme de glossite aiguë qu'il faut rapporter cet état particulier de la langue dans lequel sa surface devient lisse et luisante. Cette disposition esl attribuée |)ar quelques pathologistes à ce que l'inflammation siégeant principalement dans les espaces interpapillaires, y tuméfie la muqueuse et la relève jusqu'au niveau des papilles.

b. Chez certaines personnes on voit la langue se hérisser d'aspérités de grosseur et de forme très-diverses; les unes aiguës, les autres fongi formes, entre lesquelles passent des sillons en divers sens, le plus souvent dans le sens antéropostérieur ou longitudinal, donnant cà la surface de la langue l'aspect fendillé. Ces as|.érilés, d'un rouge vif ou obscur, douloureuses au frottement, font éprouver au sujet une sensation de picotement et de chaleur. C'est la glossite papillaire de Requin, qui lui assigne peut-être trop exclusivement la forme papuleuse et en place le siège principal à la base, où ce ne sont pus les papilles qui dominent, mais bien les glandes en grappes, à moins qu'il ne s'agisse uniquement des papilles caliciformes. Quoi qu il en soit, il la dit spéciale aux femmes nerveuses prédisposées ou vouées à l'hystérie, et cette opinion est partagée par M. Grisolles. J'ai en ce moment sous les yeux un bel exemple de celte coïncidence. Mais je dois ajouter que chez cette malade, comme chez beaucoup d'hystériques, les fonctions digestives sont Ibin de s'accomplir régulièrement, et l'on est en droit de se demander si c'est à la névrose ou à la dyspepsie flatulente, à la constipation, aux douleurs abdominales, qu'il faut rapporter le développemont exagéré des papilles linguales. C'est,cetle même lésion qui, suivant Toulmouche, ouvrirait la série des accidents observés par lui chez les tîleuses de chanvre, et qui parait aboutir à 1,1 glossiie profonde. Elle est due au contact des substances acres que les travailleuses ramassent sur la filasse avec leurs doigts, qu'elles portent à chaque instant sur la langue pour les mouilLr. (Toulmouche, Gaz. méd., 1832.) Enfin, un mé-

deciii de Trieste, M. Rolla, croit avoir découvert dans les saillies fongiformes un signe précurseur de la fièvre miliaire. J'ai essayé de montrer {Gaz. hebdom.^ 1859, p. 386) que cette assertion manque de preuves suffisantes.

11 est bon d'ajouter occasionnellement que l'inllammalion n'est pas ordinairement confinée à la langue, mais s'étend aussi à la nmqueuse buccale.

c. L'inflammation de l'appareil glandulo-folliculairc (qlossite folliculaire) envahit, avec une fréquence et une intensité particulières, la couche profonde de glandes en grappe qui s'étend à la base de la langue; mais elle peut aussi envahir les glandes du reste de l'organe. C'est le contraire de ce qui arrive pour la "lossite vraiment papillaire, qui m'a paru peut-être plus prononcée en avant et sur les côtés. La glossite folliculeuse est souvent une simple extension de l'an'une du même nom. Elle donne lieu à une sécrétion abondante et verdàtre qu'on prend à tort pour un indice d'état bilieux. M. Borchard a fait autrefois à la Société de médecine de Bordeaux, sur cette forme de glossite, une communication dont les éléments n'ont jamais été puliliés in extenso.

liappilons que, [luur beaucoup d'auteurs, c'est par rintlammation des folhcuKs quedél)ute l'aphtlie, et par l'érosion de leur orifice que se forme l'ulcération apbtlieuse [Yoy. Aphthe, t. V.) Mais toutes les inflammations folliculaires n'aboutissent pas à l'ulcération, surtout, si elles n'ont pas le caractère franchement aigu, et alors elles amènent la production de nodosités, d'élevures arrondies ou l)lates, visibles non-seulement à la partie postérieure de la langue, mais aussi sur toute la longueur de la face dorsale.

d. Wunderlich a encore décrit une forme disséquante ; mnis elle appartient plutôt à la glossite chronique. {Voy. plus loin.)

Contre ces trois formes de glossite superficielle (indépendamment des movens appropriés à l'étiologie), on emploie, suivant le degré et la période de l'inflammation, des bains de bouche avec des liquides émollients ou astringents. B est quelquefois utile, dans la glossite papdiaire tournant à la chronicité, de porter de la poudre d'alun et de sucre sur les aspérités, et même de promener rapidement sur elles un crayon de nitrate d'argent, en répétant l'opération à quelques jours d'intervalle. Après une douleur passagère, les papilles s'affaissent et perdent de leur sensibilité. Le même moyen convient également dans la glossite folliculeuse ; mais on doit se contenter alors de porter le crayon sur les élevures isolées ou sur les truinées d'élevures qu'on découvre à la surface de la lauf^ue.

B. Glossite profonde. La glossite profonde ou purenchymateuse {glossocéle, paraglosse) peut avoir, on l'a vu déjà, la même origine que la glossite superficielle, soit qu'elle lui succède, soit qu'elle ait lieu d'emblée. Mais d'ordinaire les causes de la glossocéle, quand elles peuvent être appréciées (ce qui eu certains cas n'est pas plus facile que pour la glossite superficieUe), ces causes, dis-je, sont ou plus générales, ou plus puissantes. Je veux dire que si un état général grave de l'organisme, tel qu'une fièvre typhoïde, peut amener l'inflammation superficielle de la langue comme son inflammation profonde, cet état compte plus, prO|)ortionnellement, dans l'étiologie delà seconde que dans celle de la première, et que, quanta l'étiologie locale, la glossite parenchymaleuse ne succède communément qu'à des actions irritantes d'une certaine énergie.

On a signalé parmi les causes générales et locales delà glossocéle :

1» Laifièvre catarrhale. Dans une des observations de Pierre Franck, la phlegmasie hnguale s'était déclarée au cours d'un « rhume de cerveau et de poitrine. ;>

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On trouve d'ailleurs d'autres faits analogues dans les auteurs. Généralement alors il y a eu angine préalable.

2° La fièvre rhumatismale. Je ne parle pas ici du rhumatisme simple de la langue, dont il sera question plus bas, mais d'une véritable glossite, survenant dans le cours d'un rhumatisme fébrile, et en procédant aussi directement que peuvent en procéder certaines phlegmasies de l'œil ou de la plèvre. Cette cause n'est pas comnmne. Joseph Franck, qui s'en exagérait peut-être encore la fréquence, écrit : « La glossite rhumatismo-inflammatoire est une maladie tellement rare que nous en avons vu seulement 13 cas, et c'est déjà beaucoup. Ils se sont montrés à nous seulement chez des hommes, et en nombre à peu près égal en Italie, en Allemagne et en Russie. » J. Franck a rencontré cette espèce de glossite dans les constitutions annuelles « prédisposant à l'angine gutturale et à la parotide. » Lôller a rangé aussi la fluxion rhumatismale parmi les causes de la glossite.

5" La morve, les fièvres exanthématiques, et les fièvres graves. Cette origine est moins rare que ne le disent certains nosologistes, si l'on en juge par le nombre d'observations publiées, dans lesquelles on voit la maladie linguale succéder à la fièvre \anolique (avec ou sans pustules sur la langue), à la fièvre malujne et adynamique. Il est même remarquable que bien souvent ce fâcheux épiphénomène se produit au début de la convalescence et non dans le cours de la fièvre.

Â" Les parotides. Dans un cas relaté par Zazowski et rappelé par le Bulletin général de thérapeutique, la glossite a eu pour point de départ un gonliement aigu de la parotide gauche.

5° Une otite violente. Chez la jeune fille dont parle la Bibliothèque germanique de chirurgie et de médecine (n" 2b), l'otite était due à l'action du froid humide.

6° L'intoxication mercurielle. Cette cause est très-fréquente; mais l'intumescence de la langue n'est qu'un des éléments de la maladie, qui s'étend à toute la bouche.

7» Les piqûres d'insectes et l'action topique de certains venins ou de toute autre substance très-irritante. C'est pendant le sommeil en plein air que la langue subit la piqûre d'insectes venimeux. Le dormeur est réveillé par une douleur en un point déterminé de la langue, et le gonflement est presque immédiat. Dans d'autres cas, les sujets piqués sur un point quelconque du corps et voulant y étendre de la salive, portent à diverses reprises leurs doigts du point piqué à la bouche, cij ils déposent un principe virulent (cas deDupau, rappelé par Double dans son rapport sur un mémoire de Caron) . Un individu dont il est parlé dans le Bulletin chirurgical de Laugier avait introduit dans sa bouche une vipère, qui le mordit à la langue. On connaît aussi l'observation, devenue vulgaire, de Dupont : Un paysan fait la gageure d'avaler un crapaud ; il le recette bientôt de sa boucbe ; mais un camarade, pour gagner l'enjeu, reprend le crapaud et le mâche à belles dents. Une glossite des plus intenses fut la conséquence de cette incartade. Chez un autre sujet dont P. Franck a raconté l'histoire, du tabac en feuilles avait été gardé pendant vingt-quatre heures dans la bouche, pour calmer une odontalgie.

8° Xjna cautérisation trop énergique de la langue. Malgré le fat pubhé par Graves, on peut penser qu'une cause de ce genre a besoin, pour être efficace, de

DICT. ENC. 2' S. I. 24

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rencontrer dans l'organe une forte prédisposition, et que la cautérisation avec le vilriol bleu n'a pas été la cause nni(|ue de rinflaiiimation de la langue

Enfin, à lire le titre d'un chapitre d'Ozanam, on croirait qu'il a vu la glossite régner avec une fréquence insolite dans des lieux déterminés, avec un caractère migratoire, sous l'inQuence de quelques conditions atmosphériques ou telluriques, épidémiquement, en un mot, à la manière de i 'angine couenneuseou duclioléra. Mais, dans l'ouvrage d'Ozanam, cette glossite épidémique n'est représentée que par un exemple de pldegmasie parencliymaleuse, dont la marclie fut entrecoupée de remissions et de recrudescences, et qui guérit en une quinzaine de jours. Joseph Franck, en admettant que la maladie puisse se montrer parfois avec une fréquence insolite, soutient, contre Reil, qu'elle n'a jamais été observée à l'état vrainient épidémique.

Le début de la glossite parenchymateuse est, en général, brusque, en l'absence même de toute cause locale d'irntalion. Le gonflement est très-rapide. Empiatre ou cinq heures la langue peut avoir doublé ou triplé de volume. Quelquefois cependant les accidents se montrent plus graduellement. Sans fièvre préalable, et au milieu d'une belle santé, ou bien après un ou plusieurs jours de fièvre, avec frisson initial, le malade accuse dans la langue une sensation de chaleur, de fourmillement, de tension ; il ne la remue qu'avec douleur. La bouche est sèche; la soif vive. Bientôt l'organe commence à setuméfier et àdurcir; le plus souvent dans sa totalité, rarement sur un point isolé, comme le milieu ou la base. Certaines observations constatent l'existence d'un noyau dur dans la profondeur de la langue. Dans d'autres, l'inflammalion avait envahi la langue par la partie postérieure («rlossite basique), et, quoique toujours parenchymateuse, y était restée limitée. 11 est vrai de dire qu'elle avait débuté par le pharynx et les amygdales, avec engorgement du tissu cellulaire de la région sous-maxillairc et du cou ; ce qui a valu h cette affection, de la part de l'auteur qui l'a décrite (Graigie), le nom à' injlummation cjlossophanjngienne. Enfin, on possède un certain nombre d'exemples d'Iiémi-glossites paifailement caractérisée^, entre lesquelles nous signalerons celles que l'on doit àCarminati, de la Malle, Orjj'ill, R. J. Graves, etc. Chez quelques sujets, l'intumescence était rigoureusement délimitée par la ligne médiane. Il est assez singulier que, dans les observations publiées, ce soit presque toujours sur le côté gauche que le mal ait porté. Même dans un cas de glossite générale (Graves) oii le gonflement n'était pas uniforme {Dublin Médical Journal, janvier 1742), c'est encore le côté gauche qui était le plus tuméfié ; et dans celle de Quain {Dublin Med. Press, 17 janvier 18o5), la glossite, qui était générale, avait commencé par le côté gauche. Carminati attribue cette particularité à ce que l'habitude de se coucher sur le côté droit expose à l'action du froid la partie gauche de la langue. Explication à enregistrer, mais qui n'est guère plausible.

La langue se tuméfie donc jjIus ou moins rapidement. Elle s'immobolise, refoule 1 épiglolte en arrière, écarte en avant les arcades dentaires, et se projett, hors de la bouche de un, deux, trois travers de doigt. Dans la glossite unilatéral» parfaite, c'est-à-dire quand un des côtés reste entièrement indemne, elle se recourbe sur ce côté ; mais celte immunité partielle ne l'empcche pas de devenir assez volumineuse pour sortir de la bouche; tandis que, dans les observations de glossite basique dont il a été parlé plus haut, elle écartait seulement les mâchoires. La lan-ue une fois dehors, les dents s'y enfoncent, y creusent des empreintes, et, sans doute parce qu'elles gênent l'arrivée du sang artériel à la pointe' celle-ci prend quelquefois une teinte pâle, notée par plusieurs observa-

LANGUE (pathologie médicale). 571

leurs. Hors ce cas, la surface de l'organe devient aride, d'un rouge bnm ou même noirâtre. Chez certains sujets, elle se couvre d'un enduit blanchâtre, dont l'étutliclium fait les Irais. On a dit et ré|:élé qu'une salive épaisse et trouble s'écoule sur les côtés de la bouche. Mais ce symiitôme est au moins rare, et J. Franck, qui a vu beaucoup de glossites, dit ne l'avoir jamais observé. La salive n'augmente même pas toujours de quantité, et, quand elle augmente, elle tend à tomber dans la gorge. L'haleine est quelquefois fétide. La parole devient impossible, et d'assez bonne heure. Il peut en être de même de la déglutition ; néanmoins on parvient moins difficilement qu'on ne |;ourrait le sup, oser à administrer des médicaments et des boissons liquides en les faisant glisser sur la face 'interne des joues. Les glandes sous-maxillaires se tuméfient. La respiration devient de plus en plus difficile, souvent sifflante, par suite de la déformation et du I rétrécissement de la gorge, de l'occlusion partielle de la glotte et de la conii ression des vaisseaux du cou. La face prend l'aspect vultueux, les lèvres bleuissent, et les yeux rougis, parfois sensibles à la lumière, s'emplissent de larmes.

Les symptômes généraux ne sont pas toujours en rapport d'intensité avec ce formidable appareil des symptômes locaux. On est au contraire frappé, en parcourant les observations, du faible degré de la fièvre dans des cas d'intumescence rajiide et considérable. Il existe iréquemment de la céphalalgie et des douleurs dans les orbites. Quelques malades ont de la diarrliée ou éjirouvent des diJîcultés d'uriner.

Cette ascension régulière de la glossite parenchymateuse jusqu'à un degré plus ou moins élevé de gravité est à peu près constante. Cependant il peut airiver ou que l'inllammalion s'arrête après n'avoir amené qu'une intumescence légère, ou qu'elle présente plusieurs alternatives de diminution et d'augmentation avant de marcher vers la guérison ou vers une aggravation définitive. Nous en avons relevé plus d'un exemple dans . les auteurs, et c'est d'ailleurs un caractère assigné par Joseph Franck k la glossite catarrhale. Comme nous l'avons dit, le [ rogrès du mal, une fois commencé, se iirécipite d'ordinaire. Dans une observation de Lyfor, la maladie, qui a été fatale, a parcouru toutes ses périodes en trentedeux heures. Même rapidité dans le déclin que dans l'augment, surtout si le traitement est énergique. Néanmoins, la durée de la giossite, considérée dans sa période d'acuité et abstraction faite des suites dont nous allons parler, j eut se prolonger jusqu'à six, huit jours et plus. Une hémi-glossite dont la relation est due à Laugelot a duré plus de trois semaines.

Si c'est la mort qui termine la scène, ce qui n'est pas très-commun, grâce à la prise qu'a sur la mahidie un traitement bien dirigé, elle a lieu par asjiyxie; la respiration devient haute, fréquente, inégale ; la face turgide, les yeux fixes ; la vue se trouble; le pouls faiblit, en acquérant plus de rapidité ; une sueur Jroide se répand sur la tète, sur le visage, et enfin sur tout le corps. Le délire survient. Le sujet perd ordinairement connaissance plus ou moins longtemps avant de mourir. ^ Si, au contraire, la maladie marche vers la guérison, indéj endamment de l'apaisement successif des symptômes et de la diminution du gonflement lingual, le pouls devient mou, souple; il s'établit assez souvent une sueur copieusc,°et le premier bénéfice de l'amélioration, pour le malude, est de goûter un sommeil réparateur, si incompatible avec les tourments d'une aussi terrible maladie. Ilildebrand a vu la résolution succéder à une hémonhagie spontanée de la langue ; mais il s'agissait d'une intumescence syphilitique déjà ancienne, et non d°'uné glossite vraie. D'autres fois, la guérison suit de près une hémorrhagie par d'autres

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voies, comme Gaubric l'a vu chez une jeune dame qu'une métrorrhagie débar^ rassa d'une glossite jusque-là rebelle. La langue revient le plus souvent à son volume normal ; mais, dans certains cas, elle garde, dans riiémi-glossite comme dans la glossite de totalité, un excès de volume, qui, peu prononcé, gène piu3 ou moins la parole et la mastication, et, plus considérable, constitue le prolapsuSt et tombe dans le domaine de la chirurgie. {Voy. plus loin.)

Mais la glossite ne se termine pas toujours par la résolution ou par la mort. Elle peut aboutir soit à la suppuration, soit à la gangrène.

On doit soupçonner la formation d'un abcès quand le gonflement de la langue, après avoir atteint un haut degré, reste stationnaire pendant plusieurs jours. Le malade accuse une exacerbation de la douleur linguale, succédant quelquefois à une rémission. Cette douleur devient lancinante, pulsalive. Il y a des sueurs l'roides et des lipothymies. Le pouls faiblit et bat [ilus vite, avec des irrégula-» rites. L'abcès arrive ordinairement à maturité et s'ouvre au milieu de ces angoisses ; mais quelquefois aussi, les accidents généraux et même locau.v de la glossite diminuent notablement plusieurs jours avant l'issue spontanée du pus. Le temps que met l'abcès à se former est, du reste, très-variable ; tantôt de quatre ou cinq jours seulement; tantôt d'une ou plusieurs semaines.

11 est assez difficile, en raison de la réplétion de la bouche par l'organe tuméfié, d'aller à la recherche d'un foyer purulent, dont on ne connaît alors l'existence que par la sortie du pus. On y parvient pourtant assez souvent à l'aide d'une dilatation forcée de la mâchoire. Le doigt promené sur la langue ou permet de sentir la fluctuation, ou f;,iit, par la pression, sourdre quelques gouttelettes de pus, suffisantes pour indiquer le siège du foyer. Ce siège est variable ; on l'a trouvé tantôt vers la ligne médiane, tantôt vers les parties latérales; quelquefois à la base; d'autres fois plus en avant, mais jamais, croyons-nous, près de la pointe.

La langue enllammée peut se gangrener; mais celte terminaison est très-rare et appartient surtout aux glossites qui se déveloj peut à la suite des fièvres graves. Dans une observation de SlôUer, l'intumescence linguale durait depuis six jours, quand la bouche donna issue à un ichor létide. Sur la langue se voyait une croûte brune que la pression du doigt déprimait, en même tenij s qu'elle Jaisait couler un liquide sanieux. Quatre incisions pratiquées sur l'eschare amenèrent la sortie d'un pus fétide. Il n'y eut pas d'hémorrhagie, et la guérison eut lieu. Chez un malade observé par P. Franck, le spbacèle se produisit au bout de peu de jours, et envahit les deux tiers de la langue, répandant au loin une odeur cadavéreuse. Trois jours après, une forte hémorrhagie se fit, par un point où l'eschare commençait à se détacher et enleva le malade, qui ne lut pas secouru à temps. Le sujet avait eu d'abord le scorbut, puis le typhus, et c'est dans le cours de cette fièvre que s'était déclarée la glossite.

h'anatomie pathologique de la glossite profonde ne saurait donner lieu à une longue description. On pratiquait mal les autopsies quand la maladie, mollement traitée, offrait plus souvent l'occasion d'en praticper. Aujourd'hui qu'on profiterait mieux de cette occasion, elle est devenue rare. Tout ce qu'on peut dire j'est que la langue donne à l'incision une quantité de sang supérieure à cellt que fournissent la plupart des organes phlegraasiés ; que le tissu cellulaire est injecté, infiltré de sang et de sérosité, et qu'un exsudât est déposé entre les fibres musculaires. Il parait, d'après Niemeyer, que les fibres elles-mêmes ne subissent que peu d'altération, contrairement à ce qui arrive dans la myocardite {voij. Mvocardite), et sans doute parce que la glossite aiguë n'a pas une longue durée. {Elém.

LAISGLIE (pATHOLOlilE uédicall;;. 37^^^

de i>ath. interne, t. 1, p. 471.) Néanmoins, on a constaté, dans certains cas, la rougeur l'oncée et le ramollissement des fibres musculaires. (Fôrster.)

Le traitement de la glossite profonde, considciée en elle-même et abstraction faite des circonstances où elle est née, consiste presque tout entier, on peut le dire, dans, les moyens directs de dégorgement. Les collutoires émollients sont de mise tout au plus au début, dans les cas assez rares où la maladie affecte une certaine lenteur. Les vomitifs (|u'on a recommandés même au dernier degré de l'intumescence, à ce point que Wittengius conseillait de les injecter alors dans les veines, n'ont d'autre effet que de faire payer au malade, par des secousses extrêmement pénibles, le bénéfice du rejet des matières muqueuses accumulées dans la gorge ; bénéfice réel pourtant chez quelques sujets. Les purgatifs, médiocrement utiles, sont au moins exempts d'inconvénients. On a beaucoup vanté, comme on le pense bien, la saignée générale, qui a été pratiquée habituellement au bras, mais quelquefois au pied et même aux jugulaires, suivant le précepte de P. Franck. C'est une opération à laquelle invite fortement, en certains cas, l'intensité de la fièvre, mais qui paraît n'avoir pas exercé une grande influence sur la maladie locale. Elle doit être admise plutôt à titre de préliminaire (|u'à titre de moyen curatif. Un a ouvert aussi plusieurs fois les ranines ; opération souvent difficile dans la circonstance, et d'un avantage contestable. Il faut peu compter également sur la glace, soit enfermée dans une vessie et placée sur la langue, soit tenue en morceaux dans la bouche. On a tiré un meilleur parti des apjtlications de sangsues sur la région sous-maxillaire ou de ventouses scarifiées sur la même région et à la nuque; et on en trouverait une indication plus particulière dans la glossite de la base. Mais, hors ce cas, il est plus sûr de poser les sangsues sur la langue même. On doit être prévenu qu'elles ne s'y attachent pas volontiers et qu'il importe beaucoup de soumettre préalablement la surl'ace linguale à des lavages répétés. Cette saignée locale doit être répétée coup sur couji, deux ou trois fois, par exemple, dans le cours d'une journée. Tous ces moyens, aidés de sinapismes, ou mieux de ventouses Junod aux extrémités inférieures, peuvent réussir au début. Mais quand l'organe est en protrusion, il y a indication formelle et urgente de porter le bistouri sur la langue. A moins que la glossite ne soit uni-latérale, on pratique habituellement deux incisions longitudinales, une de chaque côté, après avoir écarté les mâchoires le plus possible et les avoir maintenues dans cette position au moyen de coins de bois ou de bouchons de liège. Ces deux scarifications, qui doivent être profondes, suffisent dans le plus grand nombre des cas. Cependant il est quelquefois indispensable, le lendemain ou le surlendemain, d'en pratiquer d'autres, qu'on porte alors le j.lus loin possible des premières.

L'effet immédiat des scarifications de la langue est d'amener presque toujours un dégorgement rapide des tissus, par suite de la quantité excej tionnelle de sang dont ils se débarrassent tout à coup. Aucune autre partie enllammée, ouverte par le bistouri, n'en fournit autant. On laisse l'hémorrhagie s'arrêter d'elle-même. Que si pourtant une artériole ouverte donnait outre mesure, on remédierait à cet accident |arla ligature ou par le feu. Bientôt la langue revient sur elle-même; \ les larges plaies béantes, dont l'aspect avait pu tout d'abord ellrayer, diminuent de 1 rofondeur, et sont en très-peu de temps réduites à un tracé linéaire. Ce remarquable résultat apparaît si clairement dans les observations publiées, qu'il est impossible de ne pas j. lacer, dans l'emploi énergique et non tardif de ce moyen, la chance principale de la guérison. Ainsi on a vu une hémi-glossite, qui avait résisté plusieurs semaines à la saignée générale, à celle des ranines et à l'emploi

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de beaucoup d'autres moyens, céder presque instantanément aux scarifications (Laugc'ol). Ainsi encore, dans une observation de Job à Mee'Kren, la langue diminua de volume sur-le-clianip; et il en est de môme de celles de Dupont, de de la Malle et de beaucoup d'autres.

Toutclois, les meilleurs moyens, là comme ailleurs, peuvent échouer, et alors l'un des dangers les [lus imminents, on l'a vu, est celui de l'asphyxie. 11 reste une ressource : la trachéotomie ; ressource d'autant plus indiquée que l'air, pénétrant par la trachée, ne serait pas exposé à y trouver, comme dans le croup, de nouveaux obstacles à son passage ni de nouvelles lésions.

Nous n'avons rien à dire du traitement de la glossite suppurée, parce qu'elle se rattache à l'histoire des ahcés de la langue, confiée à la plume d'un autre collaborateur. [Yoy. plus loin.) Quant à la (gangrène, si elle se montre sous la forme d'une croûte épaisse, avec infiltration sanieuse, on y pratique quelques incisions, tant j our eu laciliter la chute que pour donner plus aisément issue aux liquides. Dans tous les cas, on lave la partie a\ ec de l'eau de quinquina, de l'eau chlorurée, des décoctions de | lantes aromatiques ; on la soupoudre avec un mélange de quin(|uiua, de charbon et de cam|:hre, etc. On traite, en un mot, cette grangrène de la langue comme celle des autres parties du corps.

Enfin, il peut se présenter dans le cours de la maladie quelques indications particulières. Ainsi, on calme la soif en plaçant sur la langue en protrusion un linge (|u'on humecleen iiermanence; on essaye de faire couler une tisane rafraîchissante entre les gencives et les joues. En cas d'impossibilité, on a plusieurs fois conduit diiectcmcnt le liiiuidedans l'arrière-gorge, au moyen d'une sonde introduite par les mêmes voies, el on a pu ainsi porter dans l'estomac des médicaments, du lait, du bouillon, des décoctions féculentes. C'est une pratique d'autant pkis précieuse que la nécessité d'une médication interne et de l'alimentation est quelquefois impérieuse, notamment quand la glossite succède à une fièvre grave, ou quand elle s'est terminée par le sphacèle.

Ici pourrait se terminer l'histoire de la glossite parenchymateuse ; mais quand on a passé en revue ses causes, ses symj tomes, sa marche et les effets de certains moyens de traitement, il est impossible de ne pas sentir le besoin de présenter quelques considérations de pathogénie. Cette histoire, je l'ai composée avec l'ensemble des observations qui figurent dans les auteurs sous le nom de glossite. Il est certain d'ailleurs que toutes les actions exercées sur la langue par les causes diverses que nous avons énumérées, fiè\re fyfjhoïde et fièvre catarrhale, fièvre rhumatismale, piqûre d'insectes, etc., peuvent avoir pour aboutissant commun une inflammation vérilable. Ici, la langue a subi une violence, telle qu'une forte cautérisalion ; elle se gonlle, devient chaude, doulcureuse, etc. On dit qu'elle est enflammée. Là, elle a été piquée par une guêpe ou mise en contact avec la bavej d'un crapaud; la rapidité des accidents dont elle devient le siège dépose plutôt d'une fluxion que d'une phlegmasie ; mais la phlegmasie peut suivre et a souvent suivi la fluxion. Dans un cas de catarrhe aigu, la langue entre en communauté d'hyperémie avec la muqueuse nasale, avec celle de la gorge, avec les amygdales ; son affection pourra bien participer, si l'on veut, du caractère catarrhal, mais elle n'en deviendra pas moins une glossite, comme l'affection de l'amygdale une amygdalite. Dans un autre cas, une fièvre ady- ^amique vient de se terminer ; la convalescence est commencée ; survient un gonflement delà langue. Il y a bien à présumer que le gonflement ne s'est pas formé

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sous l'influence du processus inflammatoire ; et, néanmoins, c'est à l'inflammation qu'aboutira souvent ce flux de sang dans le i^iavcnchynie. Conséqucmmeiit, la 4;onsidcratioii des causes qui a motivé chez certains auteurs la division de la glossite en plusieurs espèces (inflammatoire, catarrbale, rhumatismale, idiopatliii[ue, symptomatifiue, etc.) ne suffit pas en réalité à rompre le lien qui réunit toutes les espèces cl à détruire leur unité nosologique. L'aaatomie ) athologique, d'ailleurs, qui sait assigner à la phlegmasie des caractères certains, mettrait opposition au partage. Mais si, de ce princiije général, ou descend aux faits particuliers, on peut se demander si tous les cas présentés dans les livres sous le nom de glossite avaient déjiassé la limite en deçà de laquelle n'est encore que la fluxion, et étaient réellement entrés dans le domaine de l'inflammation. Or, c'est le contraire qui parait certain. Dans bon nombie d'observations, la rapidité avec laquelle la langue double et trij le de volume; la rapidité non moins grande avec laquelle elle se dégorge, même après une ou plusieurs semaines de durée, quand on ouvre au sang une voie artificielle, doivent donner à penser qu'il ne s'agissait enc re que d'une fluxion. Sous ce rapport, il existe dans les annales de la science une observation qui serait digne de remarque si elle était plus clairement rédigée; c'est celle qui a été insérée par Lyfor dans the Lancet, et analysée dans les Archives générales de médecine (1'" série, t. XVI, p. 129). Un individu, en pleine santé, ressent au moment de se coucher une douleur à la langue. 11 dort mal. Le lendemain matin, la parole est difficile ; quelques heures après elle est impossible, et la langue, devenue énorme, sort de la bouche. On y applique des sangsues; on y pratique de profondes incisions; on pose un vésicatoire sous la mâchoire; rien n'y fait. Le malheureux succombe au bout de trente-deux heures. On fait l'autopsie; que trouve-t-on? « Every part presented a healted appearence, » c'est-à-dire qu'on ne trouve pas de lésions. Malheureusement, le texte ne permet pas d'affirmer que cette constatation d'état sain s'applique à la langue et non à l'ensemble des viscères.

Glossite chronique. La glossite chronique peut être également superficielle ou profonde.

A. Glossite superficielle. Toutes les formes que nous avons signalées à l'état aigu peuvent être observées à l'état chronique. Inutile d'insister sur ce point. Mais je dirai quelques mots de deux formes qui ont été signalées dans ces derniers temps.

Wundeilich a donné le nom de disséquante à une glossite superficielle chronique dans laquelle, au lieu de ces fendilles multiples qui appartiennent à la glossite papillairc, ce sont de véritables fissures qui se forment sur la langue, qui la brident et partagent sa surface en plusieurs compartiments de forme et de grandeur variables. Par suite sans doute du séjour de débris alimentaires, de lamelles épilhéliales et des produits de la sécrétion buccale, le fond de ces sillons devient le siège d'érosions superficielles. 11 en résulte d'assez vives douleurs dans l'acte de la mastication. Cette variété de glossite est rebelle; néanmoins elle peut guérir, et alors la langue reste comme formée de plusieurs lobes contigus. Cette circonstance donne à penser que la maladie réside dans le derme muqueux; car si l'aspect capitonné du début tenait à un développement de plusieurs groupes de papilles, la langue ne devrait pas rester multilobée après la guérison; à moins que l'inextensibihté de la muqueuse suivant certaines hgnes ne soit ellemême un résultat des excoriations consécutives.

Le traitement de cette affection n'offre, en dehors des collutoires calmants et

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