LE CAT
Cette dernière diffère surtout des autres par son thalle à ramifications intriquées. Les travaux 'subséquents ont confirmé les olDservations d'Eversmann et ont conservé au Lichen de Pallas sa place parmi les Lécanores. Ces Lécanores se répandent à certains moments sur le sol, où on les trouve mêlées au Nos toc commun. {Voy. Nostoc.) Le voyageur Parrot rapporte qu'au commencement ■ de 1828 une véritable pluie de L. esculenta Evers. couvrit la terre dans plusieurs localités de la Perse d'une couche de 15 à 20 centimètres. Les ]iabilant5 en nourrissaient leurs bestiaux et en consommaient eux-mêmes. En 1845, on a eu connaissance d'une plaie semblable tombée dans le district de Jenischehir, qui joncha le sol d'une couche de 10 à 15 centimètres. Un peuplas tard on reconnut des Lécanores comestibles en grande quantité dans les environs d'Alger, oii on les utilisait. D'après les observations recueiUies on a pu ainsi constater que, dans plusieurs des contrées qui s'étendent depuis Alger jusqu'en Tartarie, les Lécanores comestibles sont consommés soit par les animaux, soit par hommes qni en font une sorte de pain ou le mélangent à d'autres farines. C'est à la fécule contenue dans son thalle que ce Lichen doit ses propriétés ahmentaires, mais au dire de Lindley les moutons qui en sont nourris ne prospèrent pas. On attribue ce résultat à la grande quantité d'oxalate de chaux que contiennent ces Lécanores, quantité qui s'élèverait après de 66 pour 100 d'après les analyses de M. Gobel. L'origine des Lécanores comestibles a vivement piqué la curiosité des naturalistes. M. Léveillé a supposé qu'avant de retomber à l'état de manne les thalles avaient été arrachés de la roche sur laquelle ils se développent, par les vents, qui les répandent ensuite dans diverses localités. Cette opinion, généralement admise, est confirmée par les dernières observations de M. de Krempelhuber, qui a vu des échantillons adhérents à des fragments calcaires provenant du Taurus, il a donné aux Lécanores comestibles le nom spécifique de L. desertoruni.
J. DE Seynes.
BiBLioGHAriiiE. — Voyages de Pallas en différentes provinces de l'empire de Patssie, traduits par G. de la Peyronie, t. V, p. 510, pi. "21 . Paris, 1793. — Eduardi EvEnsjiANXi in Lichenem esculenlum Pallasii adverKaria, 1825. — Mkrat et Df.lens. Supplément du dlctionn. iinivers. de mat. médic., p. 428. Paris, 18iG. — Wright. On Lichen esculcntus. In American journal of Science, p. 267; 18 i7. — Reisseck. Ueher die Isalur des kiirzUch in Klcin-Asicn vom lliininel gefatlenen Manna. InBericlit. Mittheil. von Frcunden der Naturioiss., vol. I, p.195- 201. Vienne, 1847. — Hampe. Uebcr Lichen esculentus Pall. Bot. Zeitung, p. 889; 1848. — Behkei-ey. On Lichen esculentus, gardeners chronicle, p. Gll ; 1849. — Walpers. Notiz iiher Lichen esculentus Pall. Bot. Zeitung, p. 317; 1851. — Iinoley. On JÂchen esculentus. \n Ycrjetahle kingdom, p. 50; 1853. — Léveillé. In Bot. voyage de Demidoff dans la Russie mcridionale, p. 159; 1802. — IIai.xdinger. Ueber einen Maunaregen bei Karpid in lilein- Asien im Mon l80i. Kaiserl. Ahad. dcr Wissensch. Matkem. natiirw. Ktasse, 1 vol. 18ôi. — YisiAM. Ptelazioni di %tna nuova specie di manna cadutta in Mesopotamia nel Marzo passato. Atti del imp. reg. Institut. Venelo, t. X, 3" sér. Venise, 1804-03. — Krempelhuder. LieJicn esculentus Pall. urspriinglich eine steinbcwoJmende Fléchie Verhandl. der k. zool. bot.Gesellschafl inWien, p. 599. Vienne, 1887. J. i>e S.
LE CAT (Gr-A'JDE-N icoLAs) . L'une des personnalités chirurgicales les plus sing.dières et les plus remarquables du dix-huilième siècle : vif, entreprenant, osé, d'une activité prodigieuse, ayant cultivé tous les genres de littérature et de philosophie, inventeur d'instruments, s'étant occupé d'architecture militaire, ayant touché à toutes les sciences d'une manière plus ou moins heureuse, mais, après tout, médiocre dans ce qu'il entreprenait, remplissant les journaux de ses faits et gestes, cherchant le bruit, la réclame, et ne parvenant pas, de son temps, à acquérir la vraie célébrité .. Voilà, en quelques mots, Le Cat, auquel les biographes
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accordent une certaine place, parce qu'il a beaucoup écrit et qu'il a frappé à toutes les portes.
Le Cat naquit à Blérancourt (Oise), le 6 septembre 1700, et mourut à Rouen, le 10 août 1768. Nous ne le suivrons pas dans sa carrière agitée et presque vagabonde ; nous dirons seulement que docteur en médecine de Reims (1752), il devint successivement chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu de Rouen, lithotomiste pensionné de la même ville, professeur d'anatomie et de chirurgie, correspondant de l'Académie des sciences, membre des Académies de Londres, Madrid, Porto, Berlin, chirurgien de M. de Tressan, archevêque de Rouen, organisateur et secrétaire de l'Académie royale des sciences de Rouen, membre de l'Académie de chirurgie fondée par La Peyronie, etc. Telle était l'ardeur de ce chirurgien à emboucher à son profit la trompette de la renommée, qu'il ne craignait pas de courir les villes de France, et de s'y faire annoncer à l'avance. J'ai vu une afliche datée du 16 mai 1755, et par laquelle les baillis des quatre seigneurs haut-jusliciers représentant la chritellenie de Lille, apprenaient à tous les habitants de cette ville «que M. Le Cat, chirurgien en chef de l'hôpital de Rouen, doit arriver à Lille dans les premiers jours de juin, pour y faire des opérations à quelques personnes, y opérer la cataracte, le bec-de-lièvre, l'extirpation du cancer, et toutes autres opérations de chirurgie, à l'exception de la taille, aux personnes pauvres et aisées. » Les susceptibilités chirurgicales de l'époque furent vivement éveillées par cette affiche ; la Société royale de chirurgie s'en émut, et Le Cat fut obligé de donner des explications qui ne convainquirent personne.
Au reste, malgré ses excentricités, on ne peut refuser à ce chirui'gien une grande habileté opérative, d'ingénieuses ressources dans les cas graves et un esprit inventif. Ce fut lui qui eu 1755 proposa l'emploi de trois instruments pour extraire les calculs de la vessie : Vuréthrotome, le cijstitome et le gorgeret-cystitome. L opération de la fistule lacrymale lui doit l'incision du sac eu dedans de la paupière inférieure. Tous les prix proposés par l'Académie de chirurgie, de 1752 à 1758, furent gagnés par lui. Ce fut au poimt que le secrétaire de cette compagnie savante demanda que Le Cat tût dorénavant exclu du concours, et qu'un candidat aussi formidable se reposât sur ses lauriers. On a de Le Cat :
I. Dissertation jihysique sur le balancement ci un arc-bontant de l'église de Saint-Nicaise de Reims. Reims, 1724, in-12. — II. Éloge du P. J.-B. Ilercastol, de l'Oratoire, professeur de mathématiques . {Mercure de France, now. il7)i.] — III. Dissertation sur le dissolvant de la pierre, et en particulier sur celui de M"^ Stephens. Rouen, 1759, in-12. — IV. Traité des sens. Rouen, 1740, in-8°. — V. Remarques sur les mémoires de l'Académie de chirtcrgie. Amsterd., 1745, in-12. — VI. Lettres concernant l'opération de la taille piratiquce sur les deux sexes. Rouen, 1749, in-12. —VII. Recueil des pièces sur l'opération de la taille Rouen, 1749-53, in-8\ — VIII. Lettre sur laprétendue cité de Limnies. {BIcm. de Trévoux, avril ilh2.) —11. Éloge de Fontenellc. ÏXonen, 1759, in-8°. — X. Traité de V existence de la nature du fluide des nerfs, et son action dans le inouvement musculaire. Berlin, 1765, in-8°. — XI. Traité de la couleur de la peau humaine en génércd, et de celle des nègres en particulier. Amsterd. (Rouen), 1765, in-8. — XII. Lettre sur l'ambi d'Hippocrate perfectionné {Journ. des savants, déc. 1705 et mars 1767). — XIII. Nouveau système sur la cause de l'cvacuatio7i périodique du sexe. Amsterd. (Rouen), 1700, in-8°. — XIV. Lettre sur les avantages de la réunion des titres de docteur en médecine avec celui de maître en chirurgie. Amsterd., 17C6, iii-8°. — XV. Trente des sensations et des passions en général, et des sens en particulier, Paris, 1766, in-8°.— XVI. Parcdlèlc de la taille latérale. Amsterd., 1766, in-^'. — im. Cours abrégé d'osléologie. Rouen, 1768, in-8°.
LECHEGVAIVA. On connaît sous ce nom au Brésil une espèce de guêpe, vivant en société, et dont le miel a causé quelquefois des accidents graves. Cet
LECIIEGUANA. 125
insecte hyméiioptère, placé d'abord dans le genre Polistes par Auguste de Saint- Hilaire etLatreille, puis dans le genre Chartergus par E. Blanchard, appartient défiiùtivement au genre Nectarinia de Schuckard dans lequel H. de Saussure 1 a décrit et figuré sous le nom de Nectarinia Lecheguana {Monographie des guêpes sociales, p, 252, pi. xxxiv, tig. 5).
LaiV. Lecheguana a 8 à 10 millimètres de longueur et 19 millimètres d'envergure. Le corps est noir, la tète, le thorax et les pattes sont entièrement de cetto couleur, sans taches ; les anneaux de rahdon)en sont tous bordés de jaune, l'anus est jaune; les ailes d'une teinte ferrugineuse, enfumée à l'extrémité. Tout l'insecte est couvert d'un duvet gris, soyeux. Corselet fortement ponctué ; métathorax bidenté ; abdomen finement ponctué. Cette description faite par H. de Saussure sur les individus rapportés du Brésil par A. de Saint-Hilaire (Muséum de Paris), concerne les ouvrières des nids ; la femelle est plus robuste et un peu plus grande. H. de Saussure a remarqué, du reste, que A. de Saint-Hilaire avait trouvé au Brésil les Nectarinia analis, Lecheguana et Augusti, et que Latreille paraissait avoir confondu ces espèces, dont les mœurs doivent être analogues.
Yoici le très-intéressant récit qu'Auguste de Saint-Hilaire nous a laissé de l'accident dont il faillit être victime, ainsi que deux hommes qui l'accompagnaient dans l'intérieur du Brésil. Après avoir parcouru les bords du Rio de la Plata, il avait côtoyé l'Uruguay et se trouvait campé auprès du ruisseau de Santa-Anna. Un jour, accompagné de deux de ses gens, il parcourut le pays , et au bout de quelques heures, ramenés tous trois par la faim au lieu de halte, ils se rassasièrent avec leurs aliments ordinaires; mais les deux domestiques allèrent détruire un guêpier suspendu à environ 1 pied de terre à l'une des branches d'un petit arbrisseau ; il avait une forme à peu près ovale, la grosseur de la tête, une couleur grise et une consistance cartacée comme les guêpiers d'Europe. Ils détruisirent ce guêpier pour en sucer le miel.
« Nous en goûtâmes tous les trois, dit A. de Saint-Hilaire. Je fus celui qui en eu mangeai le plus, et je ne puis guère évaluer ce que j'en ai pris qu'à deux cuillerées. Je trouvai ce miel d'une douceur agréable et absolument exempt de ce goût pharmaceutique qu'a si souvent celui de nos abeilles. Cependant après en avoir mangé, j'éprouvai mie forte douleur d'estomac, plus incommode que vive; je me couchai sur ma charrette et je m'endormis. Pendant mon sommeil, les objets qui me sont les plus cliers se présentèrent à mon imagination et je m'éveillai profondément attendri. Je me levai , mais me sentis d'une telle faiblesse, qu'il me fut impossible de faire plus de cinquante ^as ; je retournai sous ma charrette ; je m'étendis sur le gazon et me sentis presque aussitôt le visage baigné de larmes, que j'attribuai à un attendrissement causé par le songe que je venais d'avoir. Rougissant de ma faiblesse, je me mis à sourire ; mais, malgré moi, ce rire se prolongea et devint convulsif; cependant, j'eus encore la force de donner quelques ordres, et dans l'intervalle, arriva mon chasseur, l'un des deux Brésiliens qui avaient partagé avec moi le miel dont je commençais à sentir les funestes effets.
« José Mariano, c'est ainsi qu'il s'appelait, s'approcha de moi et me dit d'un air gai et pourtant un peu égaré, que depuis une heure il errait dans la campagne sans savoir où il allait. Il s'assit sous ma charrette et il m'engagea à prendre place à côté de lui. J'eus beaucoup de peine à me traîner jusque-là, et me sentant d'une faiblesse extrême, j'appuyai ma tête sur son épaule.
« Ce fut alors que commença pour moi l'agonie la plus cruelle. Un nuage épais
124 LECIIEGUANA.
obscurcit mes yeux et je ne distinguai plus que les traits de mes gens et l'azur du cieltraversé par quelques vapeui's légères. Je ne ressentis point de grandes douleurs, mais j'étais tombé dans le dernier affaiblissement. Le vinaigre concentré que mes gens me faisaient respirer et dont ils me frottaient le visage et les tempes me saisissait à peine, et j'éprouvais toutes les angoisses de la mort. Cependant j'ai parfaitement conservé la mémoire de tout ce que j'ai dit et entendu dans ces tnoments douloureux, et le récit qie m'en a fait depuis un jeune Français qui m'accompagnait alors s'est trouvé parfaitement d'accord avec mes souvenirs.
« J'éprouvais un désir ardent de parler dans ma langue au Français qui me prodiguait ses soins , mais il m'était impossible de retrouver dans ma mémoire un seul mot qui ne fût pas portugais, et je ne saurais rendre l'espèce de honte et de contrariété que me causait ce défaut de mémoire.
(( Lorsque je commençai à tomber dans cet état singulier, j'essayai de prendre de l'eau et du vinaigre ; mais n'en ayant obtenu aucun soulagement, je demandai de Leau tiède. Je m'aperçus que toutes les fois que j'en avalais, le nuage qui me couvrait les yeux s'élevait pour quelques instants , et je me mis à boire de l'eau tiède à longs traits, et presque sans interruption. Sans cesse je demandais un vomitif au jeune Français, mais comme il était troublé par tout ce qui se passait autour de lui, il lui fut impossible d'en trouver un. Il cberchait dans la charrette, j'étais assis dessous et par conséquent je ne pouvais l'apercevoir; cependant il me semblait qu'il était sous mes yeux et je lui reprochais sa lenteur. C'est la seule erreur dans laquelle je sois tombé pendant cette cruelle agonie.
« Sur ces entrefaites le chasseur se leva sans que je m'en aperçusse, mais bientôt mes oreilles furent frappées des cris affreux qu'il poussait. Dans cet instant je me trouvais un peu mieux, et aucun des mouvements de cet homme ne m'échappa. Il déchira ses vêtements avec fureur, les jeta loin de lui, prit un fusil et le fit partir. On lui arracha son arme des mains, et alors il se mit à courir dans la campagne appelant la Vierge à son secours et criant avec force que tout était eti feu autour de lui, qu'on nous abandonnait tous les deux, et qu'on allait laisser brfder nos malles et la charrette. Un pion guarani, qui faisait partie de ma suite, ayant essayé inutilement de retenir cet homme , fut saisi de frayeur et prit la fuite.
« Jusqu'alors je n'avais cessé de recevoir les soins du soldat qui avait partagé avec moi et mon chasseur le miel qui nous avait été si funeste ; mais lui-même avait commencé par être fort malade : cependant comme il avait vomi trèspromplement et qu'il était d'un tempérament robuste, il avait bientôt repris des forces ; il s'en fallait pourtant qu'il fût entièrement rétabli. J'ai su depuis que pendant qu'il me soignait, sa figure était effrayante et d'une pâleur extrême. Je vais, dit-il, tout à coup donner avis de ce qui se passe à la garde du Guaray. I monte à cheval et se met à galoper dans la campagne, mais bientôt le jeune Français le vie tomber : il se releva , galopa une seconde fois , tomba encore, et quelques heures après mes gens le trouvèrent profondément endormi dans l'endroit où il s'était laissé tomber.
« Cependant l'eau chaude dont j'avais bu une quantité pr-odigieuse finit par produire l'effet que j'avais espéré, et je vomis avec beaucoup de liquide une partie des aliments et du miel que j'avais pris le matin. Je commençai alors à me sentir soulagé ; un engourdissement assez pénible que j'éprouvai dans les doigts ut de courte durée. Je distinguai ma charrette, les pâturages et les arbres voi-
LECIIEGUANA. 125
sius ; le nuage qui avait auparavant cache ces objets à mes yeux ne m'en dérobait plus que la partie supérieure ; et si quelquefois il s'abaissait encore, ce n'était que pour quelques instants. Quoi qu'il en soit, l'état de José Mariano continuait à me donner de vives inquiétudes et j'étais également tourmenté par la crainte de ne jamais recouvrer moi-même l'entier usage de mes forces et de mes focultés intellectuelles ; un second vomissement commença à dissiper mes craintes et me procura un nouveau soulagement ; j'eus moins de peine encore à distinguer les objets dont j'étais entouré ; je commençai à parler à mon gré le portugais et ma langue maternelle ; mes idées devinrent plus suivies et j'indiquai clairement au jeune Français oîi il pourrait trouver un vomitif. Quand il me l'eut apporté, je le divisai en trois portions, et je vomis avec des torrents d'eau le reste des aliments que j'avais pris le matin. Jusqu'au moment où je rendis la troisième portion du vomitif, j'avais trouvé une sorte de plaisir à avaler de l'eau chaude à longs traits ; alors elle commença à me causer de la répugnance et je cessai d'en boire ; le nuage disparut entièrement, je pris quelques tasses de thé ; je fis une courte promenade, et, aux forces près, je me trouvai dans mon état naturel.
« A peu près dans le même moment , la raison revint tout à coup à José Mariano, sans qu'il eût éprouvé aucun vomissement.
« Il pouvait être dix heures du matin, lorsque nous goûtâmes tous les trois le miel qui nous avait fait tant de mal, et le soleil se couchait lorsque nous nous trouvâmes parfaitement rétablis. Le soldat en avait présenté au pion guarani ; mais celui-ci, qui en connaissait la qualité délétère, avait refusé d'en prendre. Le Brésilien avait ri de sa crainte, il n'avait pas même cru devoir m'en faire part. »
Le lendemain un Indien botocude qui accompagnait A. de Saint-Hilaire et deux hommes de sa suite, mangèrent du miel d'un autre guêpier de Lecheguana sans en éprouver la moindre incommodité. Les Portugais, les Guaranis et les Espao-nols que le célèbre voyageur interrogea quelques jours après dans la province des Missions lui dirent que l'on distinguait dans ce pays deux espèces de Lecheguana: l'une qui donne du miel blanc, et l'autre qui donne du miel rougeàtre. Ilsajouèrent que le miel de la première ne faisait jamais de mal ; que celui de la seconde n'en faisait pas toujours, mais que quand il en faisait, il occasionnait une sorte d'ivresse ou de délire, dont on ne se déhvrait que par des vomissements, et qui allait quelquefois jusqu'à donner la mort. On lui dit aussi que l'on connaissait parfaitement la plante sur laquelle la guêpe Lecheguana va récolter son miel empoisonné, mais comme on ne la lui montra pas , il se trouva réduit cà former de simples conjectures.
De nouvelles recherches ont conduit Auguste de Saint-Hilaire à penser que cette plante est le Vaullinia australis.
Le miel de la N. Lecheguana du nouveau monde n'est pas le seul qui ait causé des accidents, j'en rapporterai d'autres exemples au mot Goêpe, pour les espèces de l'ancien monde. Un a pu voir d'ailleurs que le mot de Lecheguana ou de Chiguana, dont se sert d'Azara, pour indiquer les guêpes melliières, a un sens étendu et se rapporte à diverses espèces. Le fait important de A de Saint- Hdaire établit la nocivité possible du miel que produit l'espèce rigoureusement déterminée que j'ai décrite dans cet article.
A. LABODLBÎiNE.
BiBLiocRArniE. — D'Azaha (F.). Voyage dans l' Amérique méridionale. Paris, 1809. — Auguste DE SAiNT-lIiLAinE. Plantes remarquables du Paraguay, t. I (Polistes Lecheguana),
126 LECLERG (les).
1825. — DuNAL. Considérations sur les organes floraux, p. 50, 1829 (Palistes Lecheguana). — Lateeille. Notice sur un Diploptcrc (Lecheguana) recollant du miel., etc. In Ann. des se. nat., 1'" sér., t. lY, p. 535 ; 1823. Voy. ausi p. 540 et suiv — I]LA^■cIIARu. Hist. des insectes, 1. 1, p. 69 (Chartergus Brasiliensis. Le même auteur n'en parle plus daiis ses Métamorphoses des insectes, in-4'', 1868). — H. de Saussure. Monographie des guêpes sociales ou de la tribu des Vespiens. Introduction CL, et p. 232, pi. XXXIV, fig. 5; 1858.
LÉCITHIXE (de léy.tOoi, jaune d'œuf). Graisse phosplion'e neutre, qui, par sa décomposition, donne de l'acide phospho-glycérique, de l'acide oléique et de l'acide margarique. On la trouve dans la bile, dans le sang (spécialement dans la fibrine, d'après Chevreul) dans le tissu nerveux, dans le jaune d'œuf. [Voy. Bile, Fibrine, Nerveux (Tissu), Œuf et Sang].
LECLERC (Les) s
Leclcrc (D.^jniel), un des érudîts les plus éminenls dont puisse s'honorer la médecine; c'est véritablement le père de l'histoire de notre art. Appartenant lui-même à une famille de savants et de littérateurs, originaire du Beauvoisis, et réfugiée à Genève, àT époque des persécutions contre les protestants, il naquit le 4 février 1652 à Genève, où son père exerçait la médecine, et professait la langue grecque. Après avoir étudié successivement à Montpellier et à Paris, il se fit recevoir docteur à Valence, et vint se fixer dans sa ville natale, où il mourut le 17 juin 1728.
Les exigences d'une pratique médicale fort étendue, qu'il abandonna seulement en 1704 pour des fonctions publiques, n'empêchèrent pas Leclerc de continuer ses études de littérature médicale, vers lesquelles l'entraînait une vocation irrésistible. Lié d'amitié et de goûts avec son savant compatriote Manget, ils travaillèrent en commun à une compilation d'un grand intérêt et d'une haute utilité, la Bibliothèque anatoniique, vaste recueil en 2 volumes in-folio, qui contient les travaux les plus importants publiés sur l'anatomie depuis la fin du seizième siècle. Mais Leclerc s'adonna surtout à l'iiistoire des sciences médicales, et un premier essai qu'il avait fait paraître en 1696, pour pressentir le goût du public, ayant obtenu les suffrages du corps médical, il mit au jour (1702) son Histoire de la médecine, qui prend la science depuis ses origines jusqu'à la fin du second sièclede l'ère chrétienne, c'est-à-dire après Galien. Cet ouvrage, rédigé d'après les sources, est surtout remarquable par l'exactitude des analyses et la précision des détails. Avec une forme naïve et une bonhomie qui ne sont pas sans charme, Leclerc montre souvent un esprit de critique très-délicat, et une grande solidité de jugement. Il est ainsi apprécié par un juge bien conijiétent, Freind, que l'on a accusé d'acrimonie à son égard : « Il a rassemblé ses mémoires, non-seulement avec un travail infatigable, mais aussi avec un discernement exquis. La philosophie, la théorie et la pratique de tous les anciens médecins est développée avec tant de netteté et d'étendue, qu'à peine est-il une notion, une maladie, un remède, ou même un nom d'auteur, dans un espace de temps aussi considérable, dont il n'ait parlé exactement. » [Hist. de la meW., trad. fr., Paris, 1728, in4», p. 1.)
L'Essai d'un plan pour servir à l'histoire de la continuation de la médecine, qu'il fit paraître à la suite de son histoire dans l'édition de 1725, est tout à fait indigne de la première partie. On y trouve des anachronismes et des erreurs que Freind a relevés avec beaucoup de justesse et de modération, quoi qu'on en ait dit.
Yoici la liste des pubhcations de Leclerc, nous en avons soigneusement retiré
LE CONQUEST (station siAraNE). 127
celles de Leclerc (Gabriel) que plusieurs bibliographes ont confondues avec celles du médecin de Genève.
Z. Histoire de la médecine où l'on voit l'origine et les progrès de cet art, de siècle en siècle, depuis le commencement du monde. Genève, 1690, in-12. 2"= édit., beaucoup plus dé-veloppée, Amsterdam, 1702, in-i% fig.; 5'= édit. augmentée d'un plan pour servir, etc. Amsterdam, 1725, in4% et la Haye, 1729, in-i'. Cette dernière n'est que la précédente avec im nouveau titre. — II. Historia naturalis et mcclica latorum lumbicorum intra homincm et animalia nascentium, etc. Genève, 1713, in-4°, pi. — III. Réponse à ce cpCa écrit M. Freind, concernant diverses fautes qu'il prétend avoir trouvées dans un petit ouvrage de M. Leclerc, intitulé: Essai d'un plan, etc. In Bibliothèque anc. et mod., t. XXYII, p. 38S;1727.
leclerc (Charles-Gabriel), médecin français contemporain du précédent,
était de Montpellier, suivant Haller. Il prend, dans ses ouvrages, le titre de
médecin ordinaire du roi. Nous n'avons rien trouvé sur la vie de ce médecin.
Voici au total la liste de ses principales publications, celles du moins que nous
avons pu contrôler :
I. ha chirurgie complète par demandes et par réponses, etc. Paris, 1691, in-12, plusieurs éditions. Le tome II est constitué par VOstcologie exacte et complète (anat. et palhoL), ouvrage dont l'auteur se reconnaît en partie redevable aux leçons de Duverney, Glisson, Maréchal, Arnaud, etc. Paris, 1700, in-12. — IL Im médecine aisée où l'on donne à connaître les causes des maladies internes, etc., avec une petite 2)harmaeie commode, etc. Paris, 1696, in-12, plus. édit. — On lui atti'ibue encore: III. VÉcole du cliirurgien ou les principes de la chirurgie française. Paris, 1684, in-12. — IV. La médecine des riches et des pauvres. Paris, 1696, in-12. — Y. AjJpareil commode en faveur des jeunes chirurgiens. Paris, 1700. — VI. Catalogue des drogues. Paris, 1701, in-12, etc. (Haller, Bibl. chir. et Bibl. tnéd. franc. — Eloy, Dict.)
Beaucoup d'autres médecins ou chirurgiens ont porté le nom de Leclerc, mais ils n'ontpubliéquedes dissertations académiques ou inaugurales. E. Bgd.
îiE€CEOâ (JtfLEs), professeur à l'École de médecine de Caen, chirurgien des hôpitaux, secrétaire du conseil central d'hygiène du Calvados, médecin des épidémies, etc. Né à Caen, le 26 septembre 1808, il commença dans cette ville ses études médicales, qu'il vint achever à Paris où il prit les grades de docteur en médecine et en chirurgie (}85o-'185i). Étant retourné dans son pays natal, il fut peu de temps après nommé professeur de matière médicale, puis de pathologie externe. Une pratique étendue, les différentes fonctions énumérées plus haut, ne l'empêchaient pas de se livrer à des travaux de cabinet dont nous allons donner la liste abrégée. On lui doit une des meilleures publications sur les bains de mer, d'intéressantes recherches sur la rage, le traitement des plaies par les alcooliques , etc. Lecœur mourut à Caen, d'une affection organique du centre circulatoire, le 25 février 1866.
I. Précis sommaire sur le choléra-morbus épidêmique. Paris, 1832, in-8°. — ' II, Essai sur l'éclampsie. Th. de Paris, 1855, n° 340. — III. Proposit'ions de chirurgie jjratif/ue. Thèse de Paris, 1854, n- 20. — IV. Des bains de mer. Guide médical et hygiénique du baigneur. Caen, 1846, 2 vol. in-^S". — V. Secours aux noyés, et considérations sur les accù" dents déterminés par la submersion. Ibid., 1856, in-18. — VI. Etudes sur la rage. Ibid... 1857, in-8°. — VII. Dudanger des eaux malsaines. Ibid., 1860, in-8°. — VIII. Étude sut l'intoxication alcoolique. Ibid , 1860, in-8'. — IX. Des pansements à l'aide de l'alcool et des teintures alcooliques, etc. Caen, 186 i, in-8°. E. Bqd.
LE coi^QUEST (Station marinb), dans le département du Finistère, dans l'arrondissement et à 28 kilomètres de Brest, est une station encore peu fréquentée des bords de l'Océan. Sa belle plage, la beauté du pays, la facilité de la vie dans cette partie de la Bretagne réservent au Conquest une place distinguée parmi les stations marines dans un avenir qui ne peut être éloigné. A. R.
128 LE CROISIG.
LECOQ (Les deux).
Lecoq (Antoine), en latin Gallus, était de Paris, appartenait à notre Facuitè", et mourut le 28 mars 1550. Élu deux fois doyen ('2 novembre 1558 et G novembre 1539), il eut la douleur au milieu de son décanat de voir les licences suspendues par un acte arbitraire du chancelier de l'Université. Il y a un arrêt forcé dans les nobles exercices de la rue de la Bùcberie ! Les registres-commentaires ont une feuille blanche, et sur cette feuille, Lecoq écrit de sa main cet adieu :
Valete Gallus his ephemeribus finem imponebat anno 1540. Jésus finis optimiis .
Interturbatœ Licenciée hoc anno.
Vivite, lœti Doctores.
Gallus pensuifi suum absolvit lœtus.
Gallus posthac nunquam Decanus iterum futurus, Gratias Domino agit.
Charta liœc vacat, propterea quod hoc anno non fuerunt Licentiœ. Vale, vale, inquit lôla.
Antoine Lecoq, jouit de son vivant d'une grande réputation, et fut a])pc]é auprès de François I", que la maladie vénérienne clouait dans son lit. Il soutint avec chaleur, contre l'avis de Fernel, qu'il fallait soumettre Sa Majesté aux frictions mercurielles : « C'est un vilain, dit-il, qui a gagné la vérole... Frottetur, comme un autre et comme le dernier de son royaume , puisqu'il s'est gâté de la même manière. »
On ne connaît que deux ouvrages d'Antoine Lecoq :
I. De l'tgno sanclo non fermiscendo . Paris, 1540, in-8°. — II. Consilia de arthiitklc. Fr?ncof., 1592, in.8°.
Lecoq (Pascal), qui signe aussi habituellement Gallus, naquit dans le Poitou, en 1567, fut reçu docteur à Poitiers, en 1597, et mourut dans cette ville, le 18 août 1651. Il a laissé un catalogue alphabétique des médecins, avec des notes sur leurs écrits et les principaux traits de leur vie, le tout tiré principalement de la Bibliothèque de Gesner. Ce catalogue porte ce litige :
BlbUotheca medica, sive catalogus illorwn qui ex ^irofesso artem medicam in hune usqtie annum scrtptis illuslrarunt. Basil., 1590, in-8'. A. G.
LE ceoiSIC (Baiks DE mek; HYDR0THKiiAPiE5iAEiî?E). Dans le département delà Loire-Inférieure, dans l'arrondissement de Savenay, est un chef-lieu de canton peuplé de 2,471 habitants, dont la belle et longue jetée, le phare dit la Tour du Four, l'école d'hydrographie, sont les particularités remarquables. Son principal commerce consiste dans la pêche et la conservation des sardmes, et dans la production du sel de cuisine que les paludiers extraient des œillets salants du voisinage. La température de la petite ville du Croisic, bâtie à l'extrémité de la presqu'île de ce nom, est plus élevée que celle de l'intérieur des terres, et que celle de Paris ; les matinées et les soirées y sont cependant assez fraîches pour exiger des vêtements d hiver .
L'établissement des bains de mer et d'hydrothérapie marine a été construit à l'extrémité de la ville et au bord même de l'Océan dont les vagues battent aux
LE CRÛL. 129
fortes marées ou par le grand vent les murs de sou jaiJiu. Il se compose de trois cents chambres destinées aux baigneurs, toutes ayant vue sur la mer, et d'un immense salon destiné aux concerts et aux bals, qui se donnent plusieurs fois par semaine pendant la saison des bains. La jetée n'est pas à plus de 20 mètres de l'établissement, c'est la promenade habituelle des personnes qui craignent des excursions lointaines. Comme elle a d'ailleurs plus de 1 kilomètre de longueur, elle suffit parfaitement à l'exercice de ceux auxquels une course trop fatigante est interdite ou impossible. La plage du Croisic est formée d'un sable très-fin, son inclinaison est à peine sensible, et elle n'a aucun galet.
Les salles d'hydrothérapie sont dans le sous-sol de l'établissement. Au moment de la haute marée, on ouvre une écluse qui permet à l'eau de mer d'arriver dans une vaste piscine bordée d'un trottoir de marbre et entourée de dix-huit cabinets. Deux beaux escaliers descendent à la piscine au-dessus de laquelle sont fixés deux appareils de douches en pluie. A marée basse, la piscine est complètement vidée. L'eau destinée aux bains isolés et aux douches est montée par une machine à vapeur dans des bassins étabhs à 9 mètres au-dessus des salles d'hydrothérapie. Les ajutages des douches sont aussi complets que possible. L'étabhssement du Croisic reçoit aussi les eaux-mères des marais salants que le médecin peut employer en boisson, en application locale, en mélange avec l'eau douce ou de mer pour bains généraux, suivant les exigences du traitement et le caractère de la maladie [voy. Eau-mère).
Les affections qui sont le plus favorablement traitées avec les ressources de l'hydrothérapie marine du Croisic sont : les lymphatisme et la scrofule, surtout avec manitestations ganglionnaires, et alors ja base du traitement doit être l'application topique de l'eau-mère sur les parties engorgées ; les névropathies dont les accidents aussi variés que tenaces résistent souvent aux traitements les plus rationnels ; les rhumatismes chroniques affectant les articulations, les muscles ou les viscères. Les bains de piscine par affusion et les douches générales, doivent être rais en usage contre les névropathies et les rhumatismes chroniques généralisés; les douches locales, au contraire, constituent la médication spéciale des douleurs rhumatismales limitées à une partie distincte du corps. Les maladies utérines, l'anémie et la chlorose rentrent enfin dans la sphère d'action des bains de mer dans la piscine, des douches générales révulsives et des douches vaginales de l'établissement du Croisic. La guérison de la chloro-anémie peut, la plupart du temps, être obtenue par l'effet tonique et reconstituant seul des bains "en pleine mer et par la respiration de l"air salin du Croisic et de ses environs.
A. RoTur.EAU.
BiBLioGUAViiiE. — Caille (jeune). Noies sur le Croisic. In-8», 1842. — Notice médicale sur les bains de mer du Croisic et sur leffct thérapeutique des eaux-mères, de l'hydrothéi-apic marine et des bains de sables administrés à l'établissement du Croisic. Paris, 1855, in-S», 47 pages. — LEr.oï-Dui'RÉ. Établissement de bains de mer et d'hydrothérapie marine du Crisic [près Nantes]; des maladies qui y sont traitées avec le plus de succès. In Union médicale, n" du 8 et 10 janvier, et brochui~c, in-8°, Paris, 1861, onze pages. A. I\.
LE CROL (Eau mikérale de), athermale, sulfatée ferrugineuse faible, carbonique faible. Dans le département de l'Aveyron, à une petite distance de Ckansag [voy. ce mot), et de la petite ville d'Aubin, émerge la source du Crol dont l'eau est limpide, claire et transparente : elle laisse déposer cependant, sur les parois de son bassin, une couche notable de rouille. Elle n'a aucune odeur; sa saveur est Icrrugineuse ; sa température est de 12°, 8 ccnligradc. M. Poumarède a fait mcT. ENC. 2° s. II. 9
130 LEGYTIllS.
son analyse chimique ; il a trouvé dans 1000 grammes d'eau les principes suivants :
Sulfate ferreux 0,840
— feriique 0,283
— manganeux 0,530
— de magnésie 0,300
— alumine traces.
Matière organique azotée 0,010
Total des matières fixes l,55o
Gaz acide carbonique libre quantité indéterminée.
Les qualités physiques, chimiques et thérapeutiques des eaux du Crol ont une grande analagie avec celles de Cransac ; elles émergent dans la même vallée et au pied de la même colline. Nous z'en voyons à ce que nous avons dit des eaux de Cransac, pour tout ce qui se rapporte à l'action physiologique et curative des eaux du Crol. A. Rotureau.
LF CROTOY (Station marine). Dans le département de la Somme, près de l'embouchure de la rivière de ce nom, dans l'arrondissement et à 25 kilométrée nord-ouest d'Abbeville (chemin de fer du Nord, station de Rue, Le Crotoy en est à 10 kilomètres), est une petite Aille de 1200 habitants, célèbre par la captivité de Jeanne d'Arc qui, en 1431, fut enfermée dans le château fort, dont on visite les ruines aujourd'hui. La plage du Crotoy est très-unie et composée d'un sable fin ; un assez grand nombre de personnes la fréquentent depuis que l'on a créé tm étabhssement et un casino. La chasse aux lapins, si nombreux dans les falaises voisines du Crotoy, est la distraction principale des baigneurs qui se rendent à ce poste du littoral de la Manche. A. R.
LECTTHIS ou QUATELÉ. Genre de plantes, de la famille des Myrtacées, qui a donné son nom à une tribu des Lécythidées, et qui est remarquable par ses feuilles alternes et ses belles ileurs en grappes simples ou ramifiées. Les étammes tombent avec la corolle et sont autour du gynécée, d'un côté de la fleur, tandis que de l'autre côté elles sont insérées sur une grande languette formant capuchon ; celles qui se trouvent en haut et en bas sont stériles. A l'ovaire infère, pluriloculaire, pluriovulé, succède un fruit bien connu par ses parois épaisses et par la façon dont il s'ouvre en haut comme par un couvercle circu-' laire. De làle nom de Marmites de singe, donné par les Européens à ces fruits. Ils contiennent de nombreuses graines qui, sous leurs téguments, renferment un gros embryon charnu, huileux. C'est là, en général, la partie utile des Lecythis. Ses propriétés sont les mêmes que celles de l'amande du Bertholletia. Elles se retrouvent aussi bien dans les graines du L. Zahucago Aubl., qui croît à la Guyane, que dans le L. ollariaL., ou Sapiicaju, arbre de Venezuela et du Brésil, lel. grandiflora Aobl., leL. Pisojiis Camb. (L. oZ/aria Vell.) onZabucajo, espèces de la Guyane, et le L. lanceolata Poir., ou Sapucoja branca des Brésiliens, qui est cultivé aux îles Mascareignes et à Madagascar. Le liber de plusieurs espèces sert à fabriquer des tissus, mauvais conducteurs du calorique, des nattes, des cordages, et une partie, dit-on, de ces liens à mailles fines qui servent parfois à attacher les paquets de cigares. Les graines sont souvent amères, toniques, fébrifuges; telles sont celles des L. amara Aubl., Idatimon kvBL.,parviftora, Aubl., originaires de la Guyane. Celles du L. grandiflora servent, au Brésil, à
LEDESMA (eaux minérales de). 151
préparer une émulsion administrée dans les cas d'affections catarrhales des bronches. H. Bs.
L., Gcn., n. C64. — Lœfling, Itin. , 189. — AcBt. , Giiian., t. 283-289. — Poiteau , ia Méin. duMiis., XIII, 143, t. 2, 3, 7. — Cambess., in A.S.H. FI. bras, mer., II, 377, t. 158. — Endl., Gen., n. 6352. — Mer. et Del., Did., IV, 81. — Guib., Droq. sbnpl., éd. 4, III, 248. — DC, Prodr., III, 290. — Berg (O.j, mlinnœa, XXVII, 448; XXIX, 258. — BENTii. et HooK., Gen., I, 725, n. 69. — Rose.mh., Synops. plant, diaphor., 940.
LEDERMVELLER (MARTiN-FROBENias). Un des médecins qui, au siècle dernier, fit le plus avancer les observations microscopiques, naquit à Nuremberg, le 20 août 4719, et mourut dans cette ville, le 16 mai 1769. Sa vie fut assez agitée, si l'on en croit ses biographies, car on le voit successivement clerc de notaire à Nuremberg, élève en droit à léna, fourrier dans un régiment , secrétaire d'un baron de Kaiserling, dessinateur de plans chez le major général de Bruehl, notaire à Nuremberg, secrétaire de l'ambassadeur de Suède à la diète de Francouie, secrétaire du prince Fiodolphe Cantacuzène ; puis... atteint de surdité, obligé de quitter une place qui le faisait vivre honorablement ; enfin, guéri de son infirmité de l'ouïe, et chargé en 1760 d'établir à Bayreuth un cabinet d'histoire naturelle. C'est là qu'il continua des études microscopiques qu'il n'avait pas cessé de chérir, malgré les péripéties de son existence, et qui ont illustré son nom.
Ledermùller a beaucoup écrit. On peut voir la liste complète de ses ouvrages dans le grand Dictionnaire de médecine en 60 volumes (partie bibliographique). Nous nous contenterons d'indiquer et de traduire en français les titres des quatre principaux :
I. Observations physiques des animalcules spermatiques, au moyen des meilleurs micro-* scopes. Nuremb., 1756, in-4°. 8 planclies. —II. Défense des animalcules sjjermaliques. Nuremb., 1658, in-S, 6 planclies. — Itl. Études microscopiqites. Nuremb., 1759, in-8°. — IV Amusements viicroscopiques, tant pour l'esprit que pour les yeux. Nuremb., 1760-1764, in-4°, trois volumes. ' A. G.
LEDESMA (Eaux minérales de), hjperthermaïes, ou mé&othermales , sulfatées calciques, sulfureuses et carboniques moyennes, en Espagne, dans la province de Salamanca, à 31 kilomètres de la ville de ce nom, à 11 kilomètres au sud-est de la petite ville de Ledesma, peuplée de 1570 habitants, à 60 mètres de la rive gauche de la Tormes, au pied d'une colhne couverte de pierres et de terre inculte. (Chemin de fer de Paris à Bayonne, San-Sebastiano, Burgos, Valladolid et Salamanca; de cette dernière ville, route de poste.) La vie matérielle n'est pas toujours facile aux étabhssements thermaux de l'Espagne, et les baigneurs doivent apporter avec eux presque tout ce dont ils ont besoin, et se contenter souvent d'une nourriture très-frugale et surtout peu variée ; à Ledesma, on se procure aisément, et à bon marché, tous les objets de première nécessité et toutes les provisions indispensables à la cuisine. Cette station est la plus fréquentée de l'ouest de l'Espagne, et, de deux à trois mille personnes y viennent chaque année des provinces voisines de la péninsule Ibérique ou du Portugal. Les excursions sont nombreuses et intéressantes ; mais les chemins des environs de ce poste thermal sont très-mal entretenus. Un des points visités avec le plus de plaisir^ est l'ancienne ville de Ledesma entourée de murs de pierre, construits au temps de l'occupation romaine. La température est chaude de dix heures du matin à cinq à six heures du soir ; le commencement et la fin des journées est assez froid et assez humide pour justifier la précaution du manteau dans lequel se drapent les Castillans. La saison ouvre le 15 mai et finit avec le mois de septembre*
152 LEDESMA (eaux minérales de).
Un grand nombre de sources émerge à Ledesma de^^ la craie et du sable ; mais deux seulement ont un captage régulier ; elles sont désignées par les noms de fuente de los Baiios (source des Bains), et de fuente de la Bebida (soui'ce delà Buvette). Le débit de la soure des Bains, déjà employée parles Romains, est de 235,100 litres en vingt-quatre heures. La source de la Buvette a été récemment découverte par l'ancien directeur, M. le docteur Alegre. Les griffons non captés sont à 40 mètres à l'ouest de l'établissement ancien, ou dans le lit même de la Termes. Les ruisseaux d'eau minérale formés par les premiers sont d'eau moins chaude que ceux des derniers qui ont une température presque égale à celle de l'eau de la source des Bains.
La source des Bains jaillit dans l'établissement arabe, bâti, dit-on, par un Maure appelé Cephar, et elle est recueillie dans un grand réservoir voûté, divisé, depuis 1819, en deux compartiments, où trente personnes de chaque sexe peuvent se baigner à la fois, et en quatre cabinets plus petits pour ceux qui veulent être isolés .
Les caractères de toutes les eaux des sources minérales de Ledesma sont les mêmes à l'exception de la température et de la quantité de barégine qu'elles tiennent en suspension. Elles sont limpides et transparentes ; leur odeur et leur saveur sont très-sensiblement hépatiques; elles sont douces et onctueuses au toucher ; elles charrient une matière blanchâtre, glaireuse, qu'elles kissent déposer sur les parois de leur bassin de captage et au fond des ruisseaux qui les contiennent ou les laissent couler. Leur densité est presque la même que celle de l'eau distillée, La température de l'eau de la source des Bains est de 50° centigrade, celle de la source de la Buvette, conduite dans un bassin pour tempérer l'eau de la source des Bains, est de 30" centigrade; celle de l'eau des griffons inutilisés varie de40''à43°,8 centigrade. Nous ne connaissons pas d'analyse complète des eaux de Ledesma. M. Viliar y Pinto, pharmacien à Salamanque, nous apprend seulement que 1000 grammes de l'eau de la source des Bains renferment les principes suivants, dont il n'a pas déterminé les quantités exactes :
Sulfate de chaux >,
— fer „
Chlorure Jo calcium »
Phosphate de chaux traces.
Matière ve'géto-animale très-ai)ondaDte.
Gaz. j ^'^'^'^ ^"Ifhydrique
( — carbonique ) 0'-'""'=
quantité.
Le directeur actuel, le docteur Ignacio José Lopez, a trouvé que 1000 grammes de ces eaux contiennent au sulfhydromètre :
Soufre 0,014517
Acide sulfliydrique 0,015418
qui équivalent à 8,967297 centimètres cubes de gaz.
Mode d'administration et doses. Les eaux de la source de la Buvette sont employées en boisson à la dose de deux à six veiTes, le matin à jeun, et à un quart d'heure d'intervalle. L'eau de la source des Bains se rend aux piscines et aux baignoires de l'établissement arabe de Ledesma. Le bain en commun et le bain isolé a une durée de quarante-cinq minutes à une heure, en général. Les baigneurs sont transportés ou se rendent dans des chambres à lits. La sudation fait une partie intégrante de la cure de Ledesma*.
Emploi thérapeutique. L'eau de Ledesma en boisson et en bains, a pour effet physiologique principal une excitation marquée des systèmes nerveux et sanguin.
LÉDON. 133
Sou adioii à l'intérieur et à l'extérieur est très-prononcée sur la peau et sur les membranes muqueuses, dont elle active singulièrement les fonctions. Ainsi, la sueur est très-abondante et l'expectoration facile.
Les maladies cutanées chrouiques,'qui ont besovn pour être améliorées ou guéries de revenir à un état subaigu ou aigu; les rhumatismes articulaires ou musculaires très- éloignés de leur période inflammatoire; les paralysies, à la condition expresse qu'elles ne soient pas le résultat d'une congestion ou d'une hémorrhagie cérébrales, et les troubles de la digestion qui annoncent une manifestation cutanée, coexistent avec elle, ou suivent sa disparition, sont très-avantageusement traités par les eaux mésothermales sulfureuses et carboniques de la source de la Buvette, et par les eaux et les vapeurs hyperthermales de la source des Bains de Ledesma.
La durée de la cure était autrefois de trois à six jours, pendant lesquels les malades prenaient un bain tous les matins. Le séjour qu'ils font maintenant à Ledesma est de dix à douze jours, ce qui est un temps au moins de moitié trop court, pour que des affections ayant profondément détérioré les organes, et altéré leurs tissus, puissent y être utilement combattues.
On n'exporte pas les eaux de Ledesma. A. Rotureatj.
Bibliographie , — Rucio (Pedro Maria) Tratado compléta de las fuenles minérales de Espana. Madrid, 1S55, in-8°, p. 109-115. — Joanne (Ad.) et Le Piledr (A ). Les bains d'Europe, guide descriptif et médical, etc. Paris, 1860, in-12, p. 181-18'2. A. R.
ïiÉDO^ {Ledumh.). Genre déplantes, delà famille des Éricacées, et du groupe particulier qui, dans cette famille, se distingue par sa corolle polypétale. Leur calice est peu développé, à cinq divisions, et leur corolle à cinq folioles alternes, imbriquées on tordues. Les étamines sont liypogynes, insérées sous un disque peu épais, et il y en a souvent dix, dont cinq superposées aux sépales, et cinq aux pétales. Mais ces dernières, ou quelques-unes d'entre elles , peuvent manquer. Toutes les anthères sont biloculaires, introrses et porricides. L'ovaire est supère, à cinq loges multiovulées, superposées aux pétales. 11 devient une capsule septicide, avec des placentas polyspermes qui demeurent fixés à une colonne centrale. Les Lédons sont de petits arbustes qui croissent dans les contrées marécageuses de l'hémisphère boréal, dans l'ancien monde et dans le nouveau. Leurs feuilles sont alternes, simples, épaisses, coriaces, chargées en dessous d'un duvet ferrugineux ; leurs fleurs sont blanches, rarement he.xamères, disposées en ombelles terminales. Deux espèces sont employées en médecine.
\. L. des marais, ou Romarin sauvage, R. de Bohême {Ledum palustre L., Spec., 591.-— Œd., FL dan., t. 1031. —ScaicaHu, Handô., t. U7. — Duha.m., Arbr.,l,t. 67. — Lodd., Bot. Cab., t. 560). Cette espèce habite l'Amérique septentrionale, l'Asie et l'Europe ; elle se trouvait, dit-on, en France, dans les Vosges et en Alsace ; mais le fait paraît douteux. C'est un petit arbuste à feuilles étroites, épaisses, à bords réfléchis, à face inférieure couverte d'un duvet jaunâtre ou ferrugineux. Ses fleurs sont supportées par des pédicelles grêles. Leur calice est gamosépale, et l'ovaire se renfle à sa base en un disque circulaire fort peu prononcé. Les étamines sont au nombre de dix. Les feuilles sont nommées, dans les pharmacopées allemandes, Folia Ledi, F. Bosmarini sijlvestris [Aiithos Sylvestre. Elles ont une odeur forte, résineuse, qui écarte le bétail ; les chèvres seules s'eïi nourrissent. On les place dans les maisons, les armoires, pour éloigner les rats, les teignes, les blattes ; distillées avec de l'écorce de bouleau, elles don-
1,-îi LE DRAN (les trois).
nent une huile àiaquelle le cuir de Russie doit, dit-on, son odeur particulière. Ou en prépare des lotions, qui guérissent la gale, la teigne. C'est également comme insecticide que les infusions de Lédon des marais agissent dans la dysenterie, au dire de Bojœrlund qui pensait que cette maladie était produite par des insectes. Linné rapporte qu'on traite la coqueluche avec cette plante, dans la Westro- Gothie. D'autres ont prétendu qu'elle guérit les fièvres éruptives, et qu'elle a des propriétés narcotiques. Oldelius (Mém. de VAcad. de Suède, illi, 267 ; 1779, 218; 1783, 224) la préconise, en décoction, contre la lèpre du Nord. On en a préparé une eau distillée, administrée contre la céphalalgie ; et les vétérinaires en ont fait laver le bétail pour le débarrasser de la vermine. Rauchfuss, en i 796, et plus récemment Meissner ont analysé le Lédon qui contient, d'après ce dernier {Bull, des se. de Férussac, XII, 179), du tannin, de la résine, une matière colorante brune, du sucre incristalîisable, de la chlorophylle et une huile essentielle volatile. On croit que la bière contient quelquefois, en Allemagne, des i'euilles de Lédon , ce qui lui donnerait des propriétés nuisibles.
11. L. à larges feuilles ou Thé du Labrador, de James {Ledum latifolium Ait., Hort. kew., 65. — Jacq.,7co?z. rar.,t. 464. — Lamk, lllustr., t. 365. — L. canadenseLoBD, Bot. Cab., t. 1049. L. groenlandicum Retz., Scand., éd. 2, 495). Cette espèce n'était, pour Michaux {FI. amer. bor.,\, 259), qu'une variété du L. palustre, qu'il appelait L. palustre latifolium. Aujourd'hui, elle est considérée comme distincte. C'est un petit arbuste toujours vert, à branches cotonneuses, à feuilles presque sessdes, longues de deux pouces environ, obtuses au sommet, et à dnvet épais, couleur de roudle, sur toute la face inférieure. Ses fleurs ont des pédicelles pubescents. Leurs étamines sont au nombre de cinq, superposées aux sépales, ou de six à huit, deux ou trois des étamines superposées aux pétales pouvant aussi se développer. Le fruit est légèrement pubescent, et les graines sont terminées aux deux extrémités par une sailhe membraneuse. Les feuilles ont été employées à préparer un infusion stimulante qu'on prenait en Amérique au lieu de thé pendant la guerre de l'indépendance. Leur saveur est cependant quelque peu amère. Mais l'odeur en est agréable, au dire de Rose, et elles sontapéritives. Toutefois, on accuse la bière qui en contient de produire des nausées, de la céphalalgie et même du délire. En médecine, on emploie l'infusion comme pectorale, tonique» stomachique; elle a été recommandée contre les fièvres d'accès, la diarrhée, la dysenterie. On doit à M. Bacon {Journ. de pharm., IX, 558) une analyse de cette plante, qui renferme du tannin, de l'acide gallique, de la résine, de la cire, une matière extractive amère et différents sels. Cette espèce est fréquemment cultivée dans nos jardins botaniques, et elle pourrait être l'objet d'expériences décisives.