LÈPRE
giieurs des environs. Sa plage, large et unie, se prêterait facilement à une installation complète et permettrait aux bains de mer de Le Poulinguen d'acquérir promp ■ tement une importance qu'ils n'ont pas aujourd'hui. A. R.
liËPRE. Nous n'avons point à faire ici l'histoire de la maladie qui a été vulgairement désignée sous le nom de Lèpre depuis le moyen âge, cette question sera traitée à propos des Eléphaistiasis. Nous avons seulement à examiner les acceptions diverses que ce mot a reçues aux différentes époques. Disons d'abord que la plupart des grammairiens, à partir de Julius Pollux {Onomast., IV, 25. Amstel. 1706, t. I, p. 466, in-fol.), s'accordent pour faire venir le mot lèpre de Xercîç, écaille. Nous verrons plus bas, en effet, que malgré des dissidences dans les descriptions, tous les auteurs, jusqu'au moyen âge, mentionnent la production d'écaillés parmi les symptômes de la lèpre.
Il est question de la lèpre {liirp-n) ou des lèpres [lénpxi) au pluriel, comme si, suivant la remarque de Lorry, l'auteur voulait parler d'un genre de maladies plutôt que d'une maladie en particulier, dans les œuvres hippocratiques. Ainsi, dans les Aphorismes, il est dit que les lèpres se montrent au printemps (Sect. III, a, 20); qu'elles peuvent faire dépôt ainsi que les desquammations, les alphos, etc. (Epid. II, 7.) L'auteur du livre V des Épidémies parle d'un individu dont la peau était épaisse au point de ne pouvoir être pincée, et prurigineuse comme dans la lèpre (V, 9). Dans le Traité des affections on lit : La lèpre, le prurit, la psore, le lichen, l'alphos, l'alopécie, proviennent du phlegme; ce sont plutôt des difformités que des maladies. {De affect. 35.) Dans les Prorrhétiques, c'est autre chose ; d'abord, l'auteur fait de la lèpre une maladie du genre atrabilaire : « Les lichens, les lèpres, les leucé, dit-il, chez ceux à qui quelqu'une de ces affections est venue dans la jeunesse ou dans l'enfance, ou sur qui, apparaissant, elle s'accroît peu à peu en beaucoup de temps, il faut regarder cet exanthème non comme une apostase, mais comme une maladie; ce serait, au contraire une apostase dans le cas où quelqu'une de ces maladies se produirait en quantité et soudainement. » {Prorrli. II, 45, trad. de Littré.) Enfin il est question dans les Épidémies d'un homme affecté de lèpre a la vessie. {Epid. voy. n° il.) Tout cela, on le voit, est très-vague, contradictoire, et ne semble nullement se rapporter à la terrible maladie que nous connaissons sous ce nom.
Si maintenant nous passons du père delà médecine au père de l'histoire, à Hérodote, plus âgé qu'Hippocrate d'environ 25 ans, nous verrons que, dans le langage usuel, le mot lèpre était déjà employé, comme il l'a été au moyen âge pour désigner une maladie cutanée des plus graves, réputée contagieuse et qui exige l'isolement de ceux qui en sont affectés. En Perse, dit-il, « si quelque citoyen vient à être affecté de lèpre ou de leucé, il ne lui est pas permis de rester dans la ville, ni d'avoir de relation avec les autres Perses. » (I, 158.) Il me paraît évident que Hérodote, qui avait voyagé en Asie, avait rencontré l'affection endémique dans ces contrées, mentionnée par Moïse sous le nom de Tsarâth, si bien décrite par Ârétée sous le nom d'Èléphantiasis, et qu'il y avait appliqué le nom de Lèpre. [Voy. Élp>phai\tiasis.)
Il est donc certain que, dès l'antiquité, le mot qui nous occupe était très-usité et servait aux médecins grecs à désigner une maladie squameuse ; ajoutons que, suivant la remarque de R. Etienne, plusieurs villes en Grèce portaient le nom de Leprseon (Achaïe et Arcadie, Pline IV, 5, 6), parce que, suppose-t-il, ces ocalités possédaient des eaux minérales favorables au traitement de la lèpre.