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LÈPRE

Arrivant à l'ère chrétienne, nous remarquerons d'abord que Celse ne mentionne pas ce nom, quoiqu'il décrive manifestement la maladie parmi les variétés de l'impétigo (lib. V, c. 28, n" 17); ce sont toujours les Grecs qui vont nous fournir des documents sans éclairer beaucoup la question.

Ârchigènes, cité par Aétius, procédant par voie de différence, essayede nous dire ce que c'est que la lèpre, en la mettant enpnrallèle avec quelques autres affections de la peau. La lèpre diffère de l'alphos et de la leucé eu ce qu'elle est rude au toucher et prurigineuse ; en etfet, dit-il, dans cette maladie la peau seule est affectée, et si elle vient à s'excorier les parties sous-jaceiites apparaissent saines; dans la leucé, au contraire, les tissus sous-cutanés sont transformés et blancs, la surface est lisse, et, frottée, elle rougit surtout si la maladie doit guérir. L'alphos adhère à la surface de la peau et s'y applique comme une écaille. La lèpre diffère de la i)sore en ce que, dans celle-ci, la peau est couverte de furfures et que dans la première ce sont des écailles semblables à celles des grands poissons. Enfin la psore diffère du lichen sauvage [agrius], parce que le lichen s'étend par cercles vers les parties voisines, ce que ne fait pas la lèpre. (Aétius Tetr., IV, Semo. I, c. 133.)

Galien, suivant sa trop fréquente habitude, s'occupe surtout de la théorie de la lèpre qu'il va fixer pour des siècles. Galien déclare que la lèpre est causée par l'atrabile, et désormais quelle que soit la maladie que l'on décrive sous le nom de lèpre, il est entendu qu'elle est de nature atrabilaire. Quant à ce que Gahen désigne par le mot lèpre, c'est une affection avec rugosités, écailles et prurit qui modifie la constitution normale de la peau. Si nous joignons à ces auteurs Paul d'Egine, nous verrons qu'il n'ajoute pas grand'chose à ces vagues notions qu'il rend au contraire plus incertaines encore quand il dit, contrairement à Archigènes, que la lèpre ronge plus profondément la peau que la psore et s'étend par cercles en rejettant de grandes écailles.

Est-il possible au milieu de ce chaos, de saisir quelque chose de net et de précis? Willan et ses adeptes ont voulu voir dans les descriptions données par les Grecs, la variété particuhère du psoriasis qui forme des anneaux squameux, et qu'ils ont appelée Lepra vulgaris. Le fait est qu'en raison de la diversité et surtout de la brièveté de ces descriptions, il est impossible d'assigner une place précise à la lèpre dans la nosologie dermatologique, surtout en considérant que ce n'est pas seulement dans le psoriasis, mais encore dans l'eczéma, dans le pemphigus chronique, etc., que l'on observe des écailles et de grandes écailles.

Nous voici arrives au moyen âge. Ici l'acception du mot change entièrement; il prend le sens que lui donnait Hérodote, et tous les auteurs vont désigner ainsi l'Élé^ phantiasis, maladie avec laquelle les médecins de l'antiquité n'avaient pas semblé croire qu'on put confondre la lèpre, puisqu'ils comparent seulement celle-ci à la leucé, mais surtout à la psore et aux lichens, qui sont très-manifestement des dartres. Les traducteurs des Arabes rendent par le mot Lepra ce que leurs auteurs disent de l'Éléphantiasis, et Constantin, l'Africain, tout le premier, emploie le même mot comme générique et décrit, sous cette rubrique, les différentes variétés admises par les Grecs entre les différentes formes de la maladie tyrienne. (De Morh. cognit., VU, 17.) Les auteurs les plus célèbres de cette période, Jean PlaiesLiius [Practicabrevis, de œgrlt. cutis, c. 2), Gilbert l'Anglais {Compend. liv. VU), Bernard de Gordon (partie I, c. 22), Guy de Chauliac (tr. Vï, doctr. I, c. 2), etc., etc., suivent les mêmes errements. Nous devons cependant faire une exception pour Jean, dit Actuarius, un Grec du Bas-Empire, il est vrai, qui tient

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