‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.54Chapitre 31 sur 86 · LÉTHARGIE · texte numérisé non relu

LÉTHARGIE

ment de Paris. Le point d'émergence de la source des Ternes se trouve à gauche et tout]U'ès du chemin de fer de Parisà Auteuil, dans une pièce d'eau sur laquelle on se promène en barque, au bas du parc de madame Haincque-Demours qui liabite l'hôtel portant le n" 21 de la rue Pemours. Nous n'avons pas distingué le bouillonnement indiquant la place du griffon de la source qui alimente la pièce d'eau ; mais nous pouvons affirmer que l'on ne peuc apprécier, ni par l'odorat ni par le goût, la qualité sulfureuse de son eau. La pièce d'eau est recouverte de la couche irisée particulière à l'eau qui stagne depuis un certain temps. Si nous n'avions pas connu les rudiments d'analyse chimique, r{ue nous croyons inulile de rapporter ici, publiés par M. Ossian Henry sur l'eau sw^/affie calcique sulfureuse des Ternes, nous ne nous serions jamais douté que nous étions en présence d'une mare d'eau minérale. Comme cette eau n'a pas, et n'a jamais eu d'appHcations thérapeutiques, nous ne croyons pas devoir nous y arrêter plus longtemps ; nous proposons même de rayer du cadre hydrologique la source des Ternes, dont les auteurs ont parlé, parce qu'ils ]ie l'ont pas visitée. A. R.

LÉTn4R€iIE ();ï36«p')/îa ; l-hQocpyoç, de Vflôij, oubli, et àoyôr,, oisif, inactif, ou àpyia, oisiveté; veternus owveternum des auteurs latins). Ce terme, après avoir joué un rôle considérable dans le langage médical de l'antiquité, est tombé dans le domaine public, oii il est encore d'un usage fréquent; mais ses applications scientifiques sont très-restreintes, et l'on peut dire qu'à notre époque, il n'a plus qu'un intérêt historique.

Piien n'est plus divers et confus que ce qui a été écrit là-dessus, depuis Hippocrate, par les médecins le? plus autorisés, et ce désordre s'est perpétué jusqu'au siècle dernier. Ce serait, à notre avis, un travail bien stérile que de pénétrer dans un pareil dédale; l'idée moderne n'ayant que des rapports très-éloignés avec celle des anciens . Voici d'ailleurs un aperçu sommaire de la doctrine que, sur le lethargus, professaient les plus classiques.

C'est, disent-ils, une propension excessive au sommeil, avec perte de la mémoire , altération de l'imagination et du raisonnement, fièvre lente et subcontinue.

Les individus atteints de ce mal, qui tient le milieu entre le corna vigilet h cariis, irrésistiblement enclins à dormir, oublient tou!e chose et délirent. Si, à l'aide d'excitations, on parvient à les réveiller et à leur arracher une réponse, ils retombent tout aussitôt dans l'état de somnolence, d'où on les a momentanément tirés. Il y a une fièvre lente, continue, avec des redoublements vespcrins, et pourtant la chaleur n'est ni acre ni mordicante. Le pouls est intermittent, la respiration faible et ralentie, la faculté motrice languissante. On observe parfois de la toux ; Je plus souvent les excrétions alvines sont liquides et les urines jumenteuses. Les yeux sont saillants, la face pâle et tuméfiée, la langue est blanche, la sueur copieuse, surtout aux extrémités, qui sont froides. Fréquemment, il y a du hoquet et du tremblement des extrémités.

Le léthargus est une maladie aiguë, presque toujours mortelle, et qui tue en général dans le premier septénaire. Galien estime qu'elle a une gravité plus grande que celle de la péripneumonie. Il peut arriver qu'elle produise l'hémiplégie par le sphacèle d'une partie du cerveau, lorsque le sang pituiteuY, menant à se tuméfier, engendre un abcès.

Elle se distnigue du carus, dans lequel la fièvre, si elle e.viste, est primitive;

la catalepsie, parce que les malades y ont les yeux ouverts et restent dans la

LÉTilARG E.

po?itiou où on les met; de l'apoplexie, qui se produit brusquement et dans laquelle les mouvements, la raison et les autres facultés, non-seulement sont affaiblis, mais complètement abolis; du coma, qui se manifeste durant un accès de fièvre et finit avec lui ; de la typhomanie, ou coma vigil, parce que le malade, bien que porté à dormir, ne dort pas en réalité ou s'éveille facilement ; de l'byslérie, celle-ci étant caractérisée par des convidsions avec absence de fièvre.

La nature de la léthargie avait beaucoup préoccupé les anciens ; ils en trouvaient la cause prochaine, dans une pituite visqueuse qui affluait au cerveau et s'y corrompait. D'ailleurs, les avis étaient partagés sur le siège de cette humeur et son mode d'action. Suivant l'opinion la plus commune, elle envahit non-seulement les anfractuosités, mais la substance cérébrale elle-même, qui se gonfle à la manière d'une éponge. Aussi quelques auteurs rangent-ils le léthargus parmi les tumeurs cérébrales, et Avicenne, par exemple, appelle léthargus un aposthème phiegmasique engendré dans les méats de la substance cérébrale. L'opinion de Galien sur ce point d'étiologie mérite, par sa bizarrerie, d'être rapportée : « Le délire, dit-il, guérit le léthargus par la coction de la matière morbide, et, par contre, le délire devient léthargus par l'extinclion delà chaleur naturelle du cerveau. »

On imaginerait malaisément un tissu d'erreurs plus inextricable que celui-là. Après avoir pris connaissance de ce thème, le lecteur, j'ose l'espérer, me pardonnera de n'avoir pas donné plus de développement à l'analyse de ce que les médecins de l'antiquité ont écrit sur la léthargie. Pour eux, la fièvre et le coma ou la somnolence se manifestant ensemble, voilà ce qui la constitue. Cela suffit à démontrer combien ce terme était compréhensif ; car l'état qu'il représente est un do ceux qui se manifestent le plus souvent, dans l'évolution de certaines pyrexies et des toxémies.

■ Aujourd'hui, nous sommes bien loin de lui attribuer une signification aussi étendue : voici comment la définit M. Littré : « Un sommeil profond et continuel, dans lequel le malade parle quand on le réveille, mais ne sait ce qu'il dit, oublie ce qu'il a dit et retombe promptement dans son premier état. » Elle est essentiellement apyrétique; et ce qui en fait un état morbide à part, c'est la durée excessive du sommeil, unie à l'absence de tout souvenir. D'ailleurs, on ne constate aucun trouble notable dans la respiration et dans les phénomènes circulatoires, si ce n'est parfois une diminution de fréquence et de force dan? les mouvements du thorax et dans les battements du cœur. La peau est fraîche, les membres sont imnaobiles et dans la résolution. Au réveil, il y a le plus souvent du trouble dans les idées et de la lourdeur de tète.

Certains sommeils léthargiques tiennent en quelque sorte le milieu entre la maladie et l'état pliysiologique ; car on les observe ]jresque toujours à la suite d'un travail excessif et longtemps continué. Tels sont, par exemple, le cas rapporté par Félix Plater, d'un homme qui, excédé de fatigue, dormit trois jours et trois nuits, et le fait cité par Salmuth d'une jeune fille qui, ayant danse pendant deux jours, dormit quatre jours et quatre nuits.

Les émotions morales brusques et violentes ont parfois provoqué la léthargie. Dans la monographie qu'il lui a consacrée, Pfeudier en rapporte des exemples curieux. Ou l'a observée chez des individus atteints d'aliénation mentale; mais de toutes les maladies qui peuvent la provoquer, la plus fréquente sans contredit est l'hystérie, et les histoires que l'on trouve reproduites par tous les auteurs qui se sont occupés du sujet, ont trait à des femmes hystériques. Aussi renvoyons-nous à 'article consacré à cette névrose. {Vioy. Hïstéiuî.)

214 LE TREIPORT.

Il est une confusion contre laquelle nous ne saunons trop nous élever, la rencontrant à chaque instant, clans des écrits d'ailleurs très-recommandables. C'est celle qui consiste à identifier la léthargie avec la vwrt apparente. Les considérations qu'entraîne ce point de nosologie, trouveront naturellement leur place dans l'article qui sera consacré à ce dernier ternie, mais il nous est impossible de ne pas dire ici brièvement en quoi diffèrent ces deux états. Dans le premier, les mouvements respiratoires et ceux du cœur peuvent être affaiblis et ils le sont habituellement; mais ils existent et sont toujours perceptibles. Dans le second, au contraire, la vue la plus perçante, le toucher le plus délicat, l'ouïe la plus fine, ne font découvrir aucune manifestation active du côté du cœur et des poumons, {Voy. Mort

Page 1