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LA TREMBLADE

Latour reparut à Orléans où il termina sa vie en 1 820, encore accablé de la perte cruelle qu'il avait faite de son fils quelques années auparavant, comme nous allons le dire en parlant de celui-ci.

Latour fut un médecin instruit et très-laborieux ; des divers ouvrages qu'il a composés, il en est un qui sauve son nom de Toubli, c'est son Traité des hémorrhagies, non pas tant assurément pour la valeur des idées que renferme ce livre, que pour la multitude d'observations qu'il a rassemblées et qui forment un recueil précieux, encore journellement consulté.

Voici la liste de ses principales publications, soigneusement distinguées de celles de son fils et de son homonyme de Toulouse, avec lesquels il a été si singulièrement confondu par Dezeimeris, Quérard, etc.

I. Sur 1111 tétanos. In Journ. géti. de mécL, t. XLVÎII, p. 213; 1777. — II. Sur une catalepsie. Ibid., t. LIT, p. 549, 1779. — III. Mém. sur la jmrnhjsic des extrémités inférieures qu'on supposait dépendante de la courbure de l'épine du dos, avec des observations qui prouvent que cette maladie avec ou sans vice vertébral dérive de la lésion de la moelle épinière, etc. In Mém-. de la Soc. méd. d'émulat., t, VI, p. Q'I ;I806. — IV. Histoire .philosophique et médicale des causes essentielles immédiates ou prochaines des hémorrhagies. Orléans, 1815, 2 vol. in-8°; réimpr. en 1828, ibid., 2 vol. in-8°. — V. Quelques articles dans les journaux scientifiques d'Orléans. Sur l'influence de l'imagination dans les maladies; sur l'influence du corps dans les opérations de l'âme, etc.

liSitour (.1eak-Fr.\nçois-Louis-Dominique), fils du précédent, né à Neuville, près d'Orléans, le 23 décembre 1785. Ses humanités terminées d'une manière brillante à Orléans, son père l'envoya à Paris où il suivit les leçons des hommes éminents alors chargés de l'enseignement, et notamment celles d'Ant. Dubois à qui il s'attacha d'une manière particulière. Sa dissertation inaugurale soutenue le 25 germinal an XI (1805), intitulée : Essai sur le rhumatisme, est une monographie de 280 pages in-S", qui atteste des recherches historiques et des connaissances bien remavfpiablcs chez un jeune homme de vingt ans. Après cet acte probatoire qui lui iit le plus grand honneur, Latour retourna à Orléans et là, sous les auspices de son père, secondé par son mérite personnel, il sut bientôt conquérir l'estime et la confiance de ses compatriotes. En 1808, il était médecin de l'Hôtel-Dieu et du Lycée d'Orléans, chargé du traitement des maladies épidémiques dans l'arrondissement de cette ville, etc. Son zèle, dont il devait donner bientôt une preuve éclatante et si funeste pour lui, ses travaux incessants justifiaient et au delà ces positions honorables.

Enl8l4, pendant l'invasion, les troupes françaises refoulées vers laLoire avaient encombre de malades et de blessés les hôpitaux d'Orléans, et introduit ce terrible typhus qui fit tant de victimes dans ces temps désastreux. Latour fut une de ces victimes; il succomba à une violente attaque du fléau, le 24 février 1814, laissant les ouvrages suivants :

I. Essai sur le rlaimatisme. Thèse de Paris, an XI, in-8°. — II. Manuel sur le croup. Orléans, 1805, in-I2. — III. Nosographic synoptique. Orléans, 1810, in-fol. (le premier fascicule contenant les lièvres a seul paru) . — IV. Obs. d'une lèpre des Hébreux, leuce ou aljihos des Grecs, vitiligo des Latins. In Métn. de la Soc. méd. d'émulat., t. VI, p. 512; 1806. — y. Eloges académ., prononcés à la Société des se. phys. méd. et d'agric. d'Orléans, pendant l'année 1810. Orléans, 1811, in-8°. E. Bgd.

LA TREBSBliADE (Station Marine). Dans le département de la Charenteinférieure, dans l'arrondissement de Marennes, est un chef-heu de canton, peuplé de 2,758 habitants. Le petit port de La Tremblade se trouve près de l'embou-

LATRODECTES. Î5

chure de la Seuidre, à 7 kilomètres sud-sud-ouest de Marennes, à 5 kilomètres du rivage, au milieu de parcs aux huîtres vertes et de marais salants.

Les bains de mer de La Tremblade sont déjà fréquentés par un assez grand nombre de baigneurs venus des départements voisins ; mais un établissement plus important que les deux chalets-restaurants qui en tiennent lieu aujourd'hui, attirerait, à n'en pas douter, sur cette plage sablonneuse et unie les personnes qui cherchent une température agréable et les aises de la vie. A. R.

LiiTRlNES. (Voy. FossEs d'aisance.)

LATRODECTES (de )vaTpîî, captif, et de ^flx.Tïîç, qui mord). Genre d'Arachnides, de la division des Aranéides, créé par Walckenaer, avec un démembrement des Theridion. Ce genre est composé d'espèces de couleurs sombres, ayant souvent sur le corps des taches d'un rouge de sang, et regardées comme trèsvenimeuses.

Les Latrodectes sont caractérisés par huit yeux, presque égaux entre eux, placés sur deux lignes écartées et légèrement divergentes ; les latéraux plus écartés que les intermédiaires, et portés sur des éminences de la tête. Lèvre triangulaire, grande et dilatée à la base. Mâchoires inclinées sur la lèvre, allongées, cylindriques, arrondies extérieurement, terminées en pointe, le côté interne coupé en ligne droite. Pattes allongées, inégales : la première paire plus longue que la quatrième, qui est elle-même plus longue que les intermédiaires, la troisième paire la plus courte de toutes.

Ces arachnides, de moyenne tadle, filent dans les sillons, les ornières et sous les pierres, dans les endroits arides, des fds très-forts, disposés en fdets, où les gros insectes sont arrêtés. Leur cocon est sphéroïde, avec l'un des deux bouts pointu.

LeLalrodecte Blahnignatte, Âranea tredecim-guttata Rossi, Latrodedus Malviignatns Walck., est l'espèce typique du genre; elle atteint 6 lignes de longueur, et elle est d'un noir sombre, avec treize à quinze taches couleur de sang sur un abdomen gros, renflé, comme globuleux, et très-pointu vers l'anus. Cette espèce est fort commune en Corse, en Sardaigne, en Italie, en Espagne, en Algérie, etc., et extrêmement redoutée. Roccone, Keisler, Rossi et plusieurs autres auteurs ont avancé qu'elle causait par sa morsure des fièvres, de vives douleurs et de la léthargie. Luidgi Rotti, ancien médecin de l'hôpital de la Madeleine, à Volterra, en Italie, a confirmé les mauvais effets de sa morsure. Abbot dit que les espèces américaines sont très-redoutées et venimeuses. Cauro, Graells, Lambotte, ont cité des faits d'hommes et d'animaux rendus malades par la piqûre des Latrodectes. J'ai demandé leur opinion à des naturalistes très-consciencieux, et je puis dire que pas un d'entre eux ne partage ces croyances sur l'activité nocive pour l'homme, ou les grands animaux, du venin de la Malmignatte. Léon Dufour n'y croyait point ; Hippolyte Lucas, qui a très-fréquemment observé cette espèce en Algérie et qui en a été mordu plusieurs fois, n'en a éprouvé aucun inconvénient. Eugène Simon l'a trouvée fréquemment en Espagne; il n'a constaté aucun mauvais etfet produit par sa piqûre ; mais il a vu tous les paysans très-effraycs à l'aspect de cette arachnide tandis qu'une espèce voisine {Theridiuin lugubre Léon \)i\io\xr, Latrodectes erehus Savigny-Walck.) ne leur causait aucune crainte. Vinson a remarqué pareillement la peur excessive que les habitants de Madagascar éprouvent en rencontrant sous leurs pieds le Latro-

16 LA TROLLIÈRE (eau minérale de).

dectus MenavocU, qui est noir et rouge connue la Malniignatte, avec quelques points blancs, tandis qu'une espèce rapprochée, mais noire et sans tache, leur est indifférente.

Il me paraît résulter de ces documents que la Malmignatte et les espèces voisines sont redoutées partout, aussi bien dans le midi de l'Europe, le nord de l'Afrique, qu'à Madagascar et dans l'Amérique du Nord, à cause de leur couleur noire avec des taclies ou des lignes d'un rouge de sang, qui tranchent sur leur abdomen et qui leur donnent un aspect féroce ou dangereux. Si réellement ces animaux étaient aussi à craindre qu'on l'a dit, les espèces unicolores et noires, ou brunâtres, dépourvues de taches, seraient non moins à redouter; or, ceux-là même qui tremblent ou s'éloignent à la vue de la Malmignatte, prennent avec les doigts les Latrodectes sans taches rouges, et ne font aucune difficulté à admettre que jamais celles-ci n'ont causé de mal.

La Malmignatte est timide; enfermée avec d'autres insectes, elle ne les attaque pas; mais elle se jette avec fureur sur les animaux de sa propre espèce. Le combat est toujoui-s à mort, et la victime est mangée par le vainqueur. Le cocon a 6 lignes de diamètre; il est roussâtre clair, d'un tissu fort résistant, que le canif a de la peine à entamer. 11 renferme cent à deux cents œufs d'un jaune pâle, suivant Walckenaer. Les longs fds tendus sous les pierres par la Malmignatte prennent les plus gros insectes, même les Cicindèles, les Cigales et les Criquets; l'araignée les saisit aussitôt, et les suce après les avoir engourdis avec son venin.

Les noms donnés aux animaux de ce genre, qui renferme une douzaine d'espèces, sont tous plus ou moins effrayants; tels sont les Latrodectes belliqueux, chasseur, érèbe, lugubre, redoutable, perfide, assassin, meurtrier, etc. On conçoit combien ces dénominations, jointes à la robe si souvent noire et sanglante de l'araignée, doivent impressionner les personnes craintives quand elles se trouvent en présence des Malmignattes et des autres Latrodectes. J'ai la conviction que des observations bien faites confirmeront ce que j'avance sur le peu de danger du venin de ces aranéides, par rapport à l'homme : ce venin ne peut faire périr que les insectes dont l'araignée fait sa proie. A. LaboulbIiINe.

Bibliographie. — Boccone. Museo di fisica, p. -107 et 280, in-i", 1697. — Keijler. Neuester Eeiseii, l" Th., p. 762 ; 1751. — Rossi. Faiina etrusca, t. II, p. 136, n° 9S2, pi. 9, fi)»-. 10; 1790. — Cauro (A.). Exposition des moyens curalifsde la morsure de la Tkeridion Malmignatte. Thèse de Paris, 111-4°, 1853. — WALCKENAEn. Tableau des Aranéides, p. 81, pi. 9, lig. 85 et 84, et Insectes aptères (Suites à Buffon), t. I, p. 645 ; 1837. — Grills, fsotice sur divers faits qui confirment ta propriété venimeuse du Lafrodectus mahn ignatus. In Ann . de la Société eutomologique de France, 1842, p. 205, pi. 10, fig. 1 et 2, n° II, et même ouvrage, 1843, Bulletin, p. vni. — Yinson(A.). Aranéides des îles de la Réunion, Maurice et Madagascar, in-8, p. 122 et suivantes, pi. 8, lig. 5 (espèce appelée Vancoho dans la partie sud de Madagascar, et Ménavodi dans l'est et à l'intérieur chez les Ilovas.) 1865.

LA TROLLIÈRE (Eau MINÉRALE de), athermale, amétalUte, crénatée ferrugineuse faible, carbonique forte. Dans le département de l'Allier, dans l'arronclissement de Moulins, à 1 kilomètre et demi du bourg de Theneuille et de la source de Pap.doux (Saint-) (vo?/. ce mot), à 17 kilomètres de Bourbon-l'Archambault, émerge des marnes irisées d'une prairie la source de La Trollière. Son bassin circulaire est recouvert d'un pavillon à toiture de zinc et à pilastres à jour; son eau est limpide, claire et transparente, l'analyse chimique n'y démontre l'existence d'aucun principe sulfuré ; mais l'odorat perçoit aux environs de la source une sensation de gaz acide sulfhydri({ue appréciable surtout

LAUDANUM (pharmacologie). 17

pendant les cliangeinents de temps et les jours d'orage. Le goût de l'eau de La TroUière n'est pas hépatique ; il est très-piquant et un peu amer. Le papier et la teinture de tournesol sont instantanément rougis par cette eau minérale, ou plutôt par la grande quantité des gaz qui la traversent, viennent s'épanouir en grosses bulles et avec bruit à sa surface, ou se fixent en perles nombreuses, brillantes et volumineuses sur les parois intérieures des vases qui la contiennent. Sa température est de 15", 5 centigrade; son analyse, faite par M. 0. Henry, a démontré dans 1,000 grammes d'eau l'existence des principes qui suivent :

Bicarbonate de chaux j „ q.q„

— magnésie i ' ,

— soude 0,02i0

Sulfates de soude et de chaux 0,0180

Chlorures de sodium et de magnésium O.OiOO

Silicates de chaux et d'alumine 0,0600

Oxyde de fer associé à l'acide créuiquo 0,0200

Total des matièiies fixes 0,1920

Gaz acide carbonique libre 1 volume l/ô

Cette source appartient à l'État, et elle est soumise à la régie de l'établissement de Bourbon-l'Archambault ; son débit est de 4,800 litres en vingt-quatre heures.

Elle est employée exclusivement en boisson par un petit nombre d'habitants de la contrée et par quelques baigneurs de Bourbon-l'Archambault qui viennent en excursion à La TroUière ; elle est surtout consommée à la station de Bourbon, où elle est apportée chaque matin dans des bouteilles hermétiquement bouchées. C'est surtout après ce transport qu'elle prend une odeur sulfureuse. Le docteur Regnault, ancien inspecteur de Bourbon-l'Archambault, assure avoir souvent prescrit avec succès l'eau de La TroUière en boisson, à la dose de trois à six verres par jour, un verre de quart d'heure en quart d'heure, dans la bronchite chronique, la bronchorrhée, l'irritation des voies urinaires depuis longtemps entretenue par la présence de graviers ou de petits calculs dans les reins de personnes irritables et nerveuses. Il ajoute qu'il s'est souvent bien trouvé de l'usage journalier de deux à quatre verres de cette eau dans certaines diarrhées chroniques et dans quelques maladies de la peau. A. Rot u beau.

BiBLioGr.APiiiE. — Regxadlt (E.). Précis descriptif e( pratique sur les eaux mlnéro-thcrmalcs de Boiirhon-V ArcIiamhauU . Paris, 1842, in-S". — Gkeuois. Etudes sur les eaux minérales de Bourbon-V ArckambauU faites pendant l'été de 1858. Paris. 111-8°, b7 pages.

LAUDAl^UM. § I. Pharmacologie. 11 paraît certain que le mot persan lâdan, oii l'on a voulu trouver l'étymologie de laudanum, est l'origine du mot ladatium ou lahdanum. {Voy. Ladamtm). Suivant Castelli, laudanum vient de laudare, louer, en témoignage de l'extrême faveur qui s'est attachée aux préparations opiacées. Le nom de laudanum a d'abord été donné à l'opium ramolli dans l'eau, passé avec expression et évaporé en consistance d'extrait; et, quelquefois aussi, il a été appliqué à l'extrait d'opium préparé avec le vin. Aujourd'hui, le nom de laudanum est réservé à deux préparations dans lesquelles l'opium se trouve associé à divers ingrédients : 1" laudanum de Sydenham; 2° laudanum de Rousseau.

1° Laudanum de Stjdenham ou Vin d'opium composé. Sydeiilinm, qui en a

DICT. E>X. 2' s. U. 2

18 LâUDAlNUM (pharmacologie).

donné la formule, ne le considérait pas autrement que comme un moyen commode de doser l'opium. Voici comment le Codex de 1866 prescrit de le préparer : opium de Smyrne, 200 grammes; safran incisé, 100 grammes ; camielle concassée, 15 grammes; girofles concassés, 15 grammes; vin de Malaga, 1,600 grannnes. On coupe l'opium en petits morceaux, on le met avec les autres substances dans un matras ; on fait macérer le tout pendant quinze jours, en agitant de temps en temps. On passe, on exprime fortement et on fdtre.

4 grammes de laudanum de Sydenbam contiennent 0°%50 d'opium ou O^^SS d'extrait d'opium.

L'opium cède au vin les méconates de morphine et de codéine, de la narcotîne, de la résine, de l'huile acide, l'arôme, beaucoup de matière colorante. Ces substances se trouvent unies à la matière colorante et aux huiles volatiles de la canelle, du safran et du girofle.

On a conseillé différentes modifications à la formule du Codex ; il en sera question au chapitre de l'E^nploi médical.

Quelques pharmacopées étrangères ajoutent une certaine quantité d'alcool au vin, d'autres le substituent niènie complètement à ce dernier, par ce motif que la force dissolvante du vin est variable. La pharmacopée de Londres supprime le safran. Tous ces laudanums renferment des proportions différentes d'opium.

Le laudanum de Sydenham de la pharmacopée française a une couleur d'un brun jaune en masse, teignant la paroi des vases d'un jaune d'or qui persiste assez longtemps, une odeur vireuse où domine l'arôme du safran. Sa densité est de 1,075; sa richesse alcoométrique, 17 à 18 pour 100, et il doit laisser 20 pour 100 d'extrait. 1 partie de laudanum de Sydenham, étendue de 50,000 parties d'eau, donne une liqueur dont la teinte jaune est encore trèsapjiréciable.

Le laudanum de Sydenham laisse déposer, au bout de quelque temps, une poudre jaune qui est formée par de matière colorante du safran et de narcotine.

2° Laudanum de Rousseau ou Vin d'opium par fermentation. La formule de ce laudanum a été donnée par l'abbé Rousseau, médecin de Louis XIV. Voici comment le Codex indique d'opérer : on prend 200 grammes d'opium de Smyrne que l'on divise et que l'on fait dissoudre dans 5,000 grammes d'eau chaude; on ajoute 600 grammes de miel blanc et 40 grammes de levure de bière fraîche. On met le tout dans un matras que l'on expose à une température constante de 25 à 50", jusqu'à ce que la fermentation soit complètement terminée; on fdtre la liqueur, on l'évaporc au bain-marie jusqu'à ce qu'elle soit rédviite à 600 grammes; on laisse refroidir, on y ajoute les 200 grammes d'alcool et, après vingtquatre heures, on fdtre de nouveau.

4 grammes de laudanum de Rousseau correspondent à 1 gramme d'opium ou à Os^SO d'extrait d'opium. Ce laudanum renferme donc le double d'opium que le laudanum de Sydenham, et d ne doit jamais lui être substitué, à moins cependant qu'on ne tienne compte de la différence dans la proportion du principe actif. «

Ce médicament est d'une couleur brune très-foncée, très-différente de celle du laudanum de Sydenham, qui est d'un brun jaune en masse, comme nous l'avons dit ; il est entièrement privé d'odeur vireuse, et la forte dose d'opium qu'il renferme le rend très-actif et très-calmant.

L'abbé Rousseau conseillait de distiller le liquide fermenté et de retirer une Certaine quantité de liqueur spiritueuse qu'il ajoutait au produit de l'évaporation;

LAUDANUM (emploi médical). 19

mais cet alcool d'odeur vireuse et de propriété presque nulle a été remplacé, avec juste raison, sur le conseil de Baume, par de l'alcool ordinaire. Autrefois, on laissait la fermentation se prolonger pendant un mois ; il est bien préférable, comme cela se pratique aujourd'hui, d'arrêter l'opération aussitôt que le miel est détruit.

Le laudanum de Rousseau ne doit pas être confondu avec le médicament connu sous le nom de gouttes noires, lesquelles sont très-employées en Angleterre et commencent aussi à l'être en France. La formule du Codex est la suivante : opium de Smyrne, 100 grammes; safran, 8 grammes; muscades, 25 grammes; sucre, 50 grammes. Cette préparation est quatre fois plus active que le laudanum de Sydenham.

Le nom de laudanum avait encore été donné autrefois aux trois préparations suivantes qui ne sont plus employées aujourd'hui. Le laudanum de Lalouette ou vin d'opium de Lalouette, se préparait avec extrait d'opium acétique, 24 grammes; vin d'Espagne, 500 grammes, et eau-de-vie, 60 grammes. Le laudanum opiatum ou opium purifié, s'obtenait en coupant de l'opium par rouelles, le mettant au bain-marie avec une petite quantité d'eau, le délayant exactement, passant avec expression, laissant déposer, décantant la liqueur claire, et la faisant évaporer ensuite au bain-marie pour l'amener en consistance pilulaire. Le laudanum tutissimum était une teinture préparée ^vec de l'alcool et de la thériaquc. {Voy. Opidm.) t. Goblev.

§ II. Emploi médical. Nous ne voulons pas revenir sur l'exposé pharmacologique qui précède. On nous permettra seulement, à ce même point de vue, quelques remarques susceptibles d'intéresser le praticien. Nous ne saurions anticiper ici sur ce que nous aurons à dire plus tard de l'opium [voy. ce mot), et nous devons nous borner à indiquer les propriétés spéciales des laudanums, leur mode de préparation, la relation de leurs doses avec celles de l'opium lui-même, et enfui les indications particulières qui leur ont été attribuées en tant que laudanums.

Je décrirai ici : i° le laudanum de Sydenham; 2° le laudanum de Rousseau; 5" les solutions acétiques d'opium, et en particulier les gouttes noires.

I. Laudanum de Sydenham. C'est dans sa description mémorable des épidé-^ mies de dysenterie d'une partie de l'année 1669 et des années 1670, 71, 72 {Op. omnia, t. I, sectio IV, caput m, p. 115) que Sydenham a, pour la première fois, parlé de cette préparation, dont l'usage, devenu universel, devait singulièrement populariser son nom. 11 le fait en cinq lignes avec une conviction très-nette des avantages de sa formule, mais sans avoir l'air de se douter de la fortune qui l'attendait. On me permettra de reproduire ce texte, d'autant plus qu'il contient l'indication du procédé suivant lequel il préparait son laudanum.

« Laiulanum liquidmn, quod in quotidiano, ut dictum, usu mihierat hauc ad normam simpliciorem prseparavi : tb '^C ViniHispanici ^j. Opii 3 ij Crocij. Pidv. cinnamonii et cariophyllorum. an. oj. infundantur siniul in B. M.per daos vel très dies donec liquor dehitam consistentiam acquirat ; colalura serveiur pro usu. Hanc nostram prîBparationem laudano officinarum solido antelerenilam virtutibus quidem non censeo, sed obformam saltem commodioremet majorem dosis certitudinem, cideni antepono. »

Il n'employait pas, du reste, cette formule à l'exclusion de toutes les autres; c'est ainsi que, dans la variole, il préférait souveut le sirop d'opium [Syrupus de

20 LAUDAjNUM (emi'Lûi mêuic.vl).

Meconio), et ne recourait au laudanum que lorsque le premier de ces deux médicaments provoquait des nausées. Il considérait quinze gouttes de laudanum comme équivalant à 3 j de sirop d'opium. {Op. med., t. I, p. 248.)

Sydenliam ne pensait pas de son laudan'um tout le bien qu'on en pense aujourd'hui ; il est certain cependant qu'il y a dans cette formule autre chose qu'un avantage d'administration facile, et que, dans un certain nombre de maladies, en particulier dans les flux diarrhéiques, le laudanum l'emporte, à dose égale, sur les autres préparations d'opium.

La préparation du laudanum de Sydenham a été l'objetde recherches nombreuses, et dont il serait difficile de contester l'intérêt si l'on songe qu'il s'agit du plus usuel des médicaments et de l'un des plus actifs. Il importerait donc qu'il fût toujours identique à lui-même ; par malheur, il n'en est rien, et, pour ne citer que la formule du dernier Codex, on comprend que la nature du malaga employé, influant sur l'épuisement plus ou moins complet de l'opium, il eût sans doute été utile de déterminer la richesse alcoométrique du vhi dont on se sert, et on peut regretter que le vœu de M. Stanislas Martin [Bull, de thér., LXVIII, p. 554), de voir déterminer le titre morphique de l'opium employé, n'ait pas été écouté. Cette réserve faite, il faut évidemment se ralHer à cette dernière formule, afm d'éviter une anarchie pharmacologique des plus regrettables.

La proposition faite par M. Dublanc, pharmacien de Troyes {Bullet. de ihérap., 1858, t. XIV, p. 172) de traiter l'opium d'abord par la moitié du vin, puis le marc de cette première opération par la moitié du vin restant, puis le second marc par le reste du vin, n'a pas été adoptée par le Codex, non plus que celle de Henri et Guibourt, qui voulaient qu'on fit agir d'abord le vin sur le safran, la cannelle et le girofle, pendant quinze jours, puis qu'on mît ce menstrue au contact de l'opium pendant le même temps.

Les pharmacopées anglaises emploient le xérès ( sherij-wine ) comme menstrue ; la fornmle du collège de Dublin a supprimé les substances aromatiques.

En 1857, Pauliet, pharmacien de Bordeaux, a proposé de faire disparaître la différence de préparation qui sépare le laudanum de Sydenham et celui de Rousseau, de les préparer tous deux par fermentation, et de combiner les proportions réciproques du véhicule et de l'opium de façon à avoir un laudanum titré au dixième; il supprime la cannelle et le girofle pour éviter que le tannin contenu dans ces substances ne précipite une certaine quantité de morphine. {Bullet. de thé)'., t. LUI, 1857, p. 416.)

En supposant que la formule du Codex ne satisfît pas complètement, il n'en est pas moins vrai qu'il faudrait encore s'y rallier pour avoir partout un médicament à action uniforme sous les mêmes doses.

Le laudanum est souvent falsifié. La fraude la plus employée consiste dans la substitution au malaga d'un vin de qualité inférieure, de vin blanc sucré, d'un mélange d'eau, d'alcool et de sucre. M. Stan. Martin a proposé le moyen suivant pour reconnaître a fraude : on fait évaporer le laudanum suspect en consistance de sirop épais ; on l'abandonne plusieurs jours à lui-même ; si le laudanum a été préparé avec un des mélanges sucrés indiqués plus haut, il se forme de gros cristaux de sucre candi ; le résidu du laudanum au malaga conserve la forme d'un magma souvent grumelé. Mais la fraude la plus coupable et la plus importante est celle qui prépare le laudanum avec des opiums épuisés de morphine. L'essai par ramraoïiiaque permet de la reconnaître quand elle atteint des limites très-

LAUDANUM (emploi médical). 21

reculées. On sait, en effet, que cette base sépare la morphine du laudanum sous forme d'un nuage épais qui en trouble la transparence.

Le laudanum s'altère en vieillissant, ou du moins il change de propriétés physiques; il tend à se décolorer et à devenir plus ténu. Ces modifications tiennent à l'oxydation des matières colorantes qu'il renferme, en particuher celles du safran et du vin, et puis aussi à la disparition de l'état sirupeux de celui-ci par une transformation alcoolique plus complète. Le laudanum n'a perdu aucune de ses propriétés actives, mais la conservation de ses caractères habituels est une condition à rechercher, puisqu'elle rassure les malades, et évite au pharmacien des reproches de mauvaise préparation. On conserverait presque indéfiniment le laudanum en le renfermant dans des fioles en verre noir ou bleu foncé.

Si la décoloration du laudanum de Sydenham ne préjudicie pas à ses qualités réelles, il ne faut pas oublier que, quand on le laisse exposé à l'air dans une bouteille débouchée, il se produit par évaporation une concentration de ses principes narcotiques, de sorte que, dans ces conditions, une dose égale de laudanum a plus d'activité. Il faut connaître ce fait surtout pour la médecine des enfants, qui sont, comme on le sait, d'une extrême impressionnabdité au laudanum, et chez lesquels, par conséquent, on ne l'emploie qu'à des doses très-mniimes.

Des expériences intéressantes de Guibourt lui ont montré que le poids des gouttes de laudanum de Sydenham varie suivant la contenance du flacon et suivant que ces ilacons sont pleins ou à peu près vides. Elles l'ont porté à évaluera 02%048 le poids moyen d'une goutte de laudanum. Dans les dosages habituels, on considère 20 gouttes de laudanum de Sydenham comme correspondant à 1 gr.irame, ce qui est exagéré. Réveil, recherchant, à l'aide du compte-gouttes Salleron, le poids des gouttes de différents liquides, areconnu qu'un grammedelaudanum de Sydenham contenait 34 gouttes de ce liquide, et que chaque vingt gouttes pesaient exactement O^'^bS. Chaque gramme de laudanum de Sydenham du Codex, contenant Os^Oô^ d'extrait d'opium, on comprend que vingt gouttes n'en renferment que la moitié environ ou 0s'',0o4. 11 ne faut donc pas croire, comme on le fait journellement, qu'on donne cinq centigrammes d'extrait d'opium quand on prescrit vingt gouttes de laudanum de Sydenham : on reste de beaucoup au-dessous de cette dose. Ces détaUs de posologie ont leur intérêt quand il s'agit d'un médicament aussi usuel.

Cela dit, passons anx usages thérapeutiques.

Le laudanum de Sydenham est sans contredit la plu^ employée des préparations de l'opium, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Tous les médecins le considèrent comme préférable aux autres opiacés dans les ilux diarrhéiques récents ou anciens, qui, par leur nature, mdiquent, du reste, l'emploi de l'opium. 11 doit peut-être cette supériorité à ce qu'il offre les principes actifs de cette substance sous une forme solnble, facilement absorbable, et puis aussi parce qu'il est associé à des substances stiumlantes canniuatives qui combattent les flatuosités dont s'accompagnent d'habitude les troubles digestifs. Aussi convient-il, dans ce cas, de le faire prendre dans des boissons théiformes aromatiques d'anis, de menthe. 11 agit plus rapidement que l'extrait thébaïque en pilules, surtout quand celles-ci, préparées depuis quelque temps, ont pris une dureté qui leur permet quelquefois de traverser inaltérées toute la filière digestive. Les lavements laudanisés sont un des moyens usuels du traitement domestique des diarrhées, et, il faut le dire, on en abuse singulièrement. Ils valent mieux cependant et sont plus inoffensifs que les lavements de pavot, qui ont déterminé souvent, même chez des adultes, des

22 LAUDANUM (emploi médical).

accidents assez graves. On s'en rend compte par la différence de volume, de poids et d'activité que peuvent présenter les capsules de pavot, récoltées tantôt au moment favorable, tantôt avant maturité. Le laudanum est d'un usage plus sur et plus iuolfensif.

Les lavements laudanisés ne sont pas employés seulement dans les diarrhées : ils combattent avec efficacité le ténesme, quelle qu'en soit la cause ; le ténesrae héniorrhoïdal, le ténesme rectal, dû à une affection organique ou à l'irritation produite par la répétition des selles dysentériques. Les lavements laudanisés sont aussi employés contre diverses affections douloureuses des organes du bassin, les névralgies vésicales, ovariques, utérines ; ils agissent à la fois par voisinage et par absorption générale. Les douleurs de la fissure anale trouvent aussi dans l'usage répété de ces lavements un moyen de soulagement au moins momentané.

On sait toute l'efficacité des lavements laudanisés comme moyen d'arrêter un avortement imminent. Cette pratique, vantée par Yan Swieten, a été remise en honneur par Paul Dubois, généralisée par lui, et adoptée par la plupart des accoucheurs qui ont été à même d'éprouver son utilité. Elle a été formulée ici même et dans tous ses détails par Jacquemier. [Dict. encijcl. des se. méd.,t. III, 1866, art. Avortement, p. 568.) Yelpeau, Stoltz, Chailly, — Honoré, ont rapporté des cas oii les lavements laudanisés ont très-positivement arrêté des avortements qui se seraient produits sans eux. Crouzet, cité par ce dernier auteur {Traite' pratique de l'art des accouchements, Paris, 1853, 5^ éd., p. 294), a vu ces lavements arrêter un avortement qui était assez avancé pour que la poche fît une saillie prononcée à travers l'orifice du col. Il n'est guère de médecins qui n'aient dû à cette méthode un nombre considérable de succès. P. Dubois associe les saignées aux lavements de laudanum, mais c'est une affaire d'indication. La saignée peut très-souvent être omise, et les lavements laudanisés n'en atteignent pas moins le but. La première période de l'avortement est évidemment la plus favorable pour leur emploi, mais il ne faudrait pas y renoncer pour les autres ; on a vu, en effet, le travail s'arrêter sous leur influence après dès hémorrhagies assez fortes, et même dans des cas où il y avait eu écoulement des eaux. On peut dire que cette méthode est une des conquêtes thérapeutiques les plus importantes de notre époque.

Le laudanum entre, comme moyen adjuvant, dans une foule de formules destinées tant à l'intérieur qu'à l'usage externe.

A l'intérieur, il fait tolérer certains médicaments en engourdissant la sensibiHté des réservoirs organiques, estomac ou rectum, dans lesquels on le dépose. D'autres fois il joue un rôle plus personnel dans ces associations. Je citerai par exemple l'usage du laudanum combiné avec le vin scillitique dans le traitement de l'hydropisie et de l'anasarque. Cette formule proposée en 1847 par Teissier (de Lyon) consiste dans une macération pendant douze heures de 4 à 8 grammes de poudre ' de scille dans un demi-litre de vin blanc; on l'additionrte de 40 à 60 gouttes de I laudanum de Sydenham. On commence par deux cuillerées à bouche de ce vin, une le matin, l'autre le soir, et on arrive progressivement à quatre cuillerées. Ce n'est qu'une formule diurétique, ce praticien distingué le fait remarquer luimême, mais elle est active et bien tolérée. {Bullet. detliérap., 1847, t. XXXIII.) Je l'ai employée plusieurs fois, et elle m'a paru réellement avantageuse.

Les usages externes du laudanum sont assez nombreux, et ils offrent un intérêt pratique réel. Je ne décrirai que ceux qui ont le plus d'importance.

Aran a préconisé dans les maladies utérines douloureuses ce qu'il appelle des

LAUDANUM (emploi médical). 25

pansements Jaudauisés. Pour les pratiquer on introduit ua spéculum, et, le col saisi, on laisse couler à sa surface de 50 à 50 gouttes de laudanum de Sydenbam ; ou jette ensuite dans le fond de l'instrument quelques grammes d'amidon en poudre, des bourdonnets de coton ou de charpie maintiennent le contact. Ou pratique des lavages à grande eau avant chaque pansement pour enlever le résidu du pansement précédent. On revient à cette pratique tous les jours ou tous les deux jours. L'hyperesthésie du col cède sous l'inflnence de ce moyen qui ne produit qu'un peu de somnolence, et auquel Aran atlribuait l'avantage de laisser intactes les fonctions digestives, ce que l'opium pris par la bouche ne fait pas toujours. {Biillet. de thérap., 1857, t. LUI, p. 481.) Le badigeonnage du col avec un pinceau imbibé de laudanum est recommandé dans ces cas par Courty [Traité pratique des maladies de l'utérus et de ses annexes, Paris, 1866, p. 242), et il attribue, avec raison, à ce moyen une action cicatrisante. C'est là en effet une autre application utile de ce médicament qui, mis en contact avec des ulcérations douloureuses et rebelles, les modifie en même temps qu'il en émousse la sensibilité.

Ici se place naturellement l'emploi des lotions laudanisées contre le panaris. On sait que cette pratique a été employée avec succès aux Invalides par Pasquier fils qui l'étendit même au phlegmon grave et à la phlébite. 2 onces de laudanum dans unhtre de décoction de pavot servaient pour ces fomentations et ces irrigations en quelque sorte continues. Il ne serait pas prudent d'employer sur de larges surfaces ces lotions laudanisées qui sont d'ailleurs iaoffensives, et de plus, il ne faudrait ni dans l'un ni dans l'autre cas, omettre le bistouri qui est, comme on l'a dit, le meilleur anesthésique, et dont les rigueurs sont, du reste, singulièrement atténuées par la possibilité de recourir au chloroforme.

Voillemier a recommandé un moyen analogue pour diminuer les douleurs trèsvives de l'orchite aiguë ; une compresse imbibée de laudanum est appliquée sui le testicule, et on la recouvre d'un morceau de taffetas gommé ; au bout de quelques heures, les douleurs s'amendent notablement. {B. de thérap., 1848, t. XXXV, p. 88.)

Je rappellerai enfin l'usage du laudanum à hautes doses préconisé contre l'entorse par Lebert (de Nogent-le-Rotrou). Il consomme de 50 à 60 grammes de laudanum en frictions dans l'espace de deux jours ; après chaque friction, on applique un cataplasme émolhent et froid. On termine par un bandage inamovible permettant au malade de marcher et il est maintenu quinze jours en place. (Abeille médicale, 1866.)

Le laudanum joue un rôle important dans la thérapeutique oculaire. Il est bien peu de collyres dans lesquels il ne figure lorsque l'élément de douleur existe dans les maladies pour lesquelles ces collyres sont prescrits. On a signalé, il y a quelques années, l'incompatibilité du laudanum et des sels astringents ou caustiques qui sont journellement introduits dans les collyres; acétate de plomb, sulfate de zinc, nitrate d'argent; il se formerait des méconates insolubles susceptibles d'incruster la cornée de la tatouer d'une manière indélébile. Je ne saurais dire s'il s'agit d'un à priori chimique ou d'un fait bien observé, mais la Hmpidité des collyres étant une qualité à rechercher, il vaut mieux éviter ces formules compliquées. On n'emploie pas seulement le laudanum pour combattre la douleur et la photophobie, son influence la plus utile réside dans l'action qu'il exerce sur les ulcérations cornéales, qu'il déterge, dont il modiOe la surface, et qu'il excite par suite à se cicatriser. On commence par étendre le laudanum de cinq ou six fois soii

21 LAUDANUM (emploi médical),

poids d'eau, et on arrive progressivement à employer du laudanum pur en instillations. On a prétendu {Journal de médecine de Bordeaux, 1866) que le laudanum instillé n'agissait pas comme opium, mais comme vin, et qu'il pourrait par suite être remplacé par un autre collyre vineux ou alcoolique, mais l'hypothèse ne me paraît nullement justifiée. Deval [Traité théorique et pratique des mal. des yeux, Paris, 1862, p. 158) a recommandé un collyre laudanisé et belladone composé de 6 grammes d'eau distillée, 1 ou 2 grammes de laudanum de Sydenham, et 0«'',50 à 1 gramme d'extrait de belladone. Il l'a employé avec succès dans des slapliylomes de l'iris, des ulcérations atoniqucs de la cornée sans synéchie, et il n'accorde d'ailleurs que peu d'importance pratique à l'antagonisme d'action pupillaire de la belladone et de l'opium dans cettô formule complexe.

Je signalerai enfin les idées du professeur Nasca (de Naples), sur l'utilité du laudanum en applications topiques pour relever la vue des personnes âgées, chez lesquelles la presbytie fait des progrès rapides. En un mois, l'amélioration serait accusée. {Gaz. méd. de Lyon, novembre 1852.) C'est vague et demande confirmation.

II. Laudanum de Rousseau. Béral avait indiqué un extrait de laudanum de Rousseau huit fois plus actif que le laudanum, dont on a vu plus haut la formule; un saccharure six fois moins actif, et des tablettes contenant chacune une goutte de ce laudanum {Bullet. de thérap., I8o8, t. XIY, p. 558), mais ces formules ne sont pas restées dans la pratique.

Réveil, dans le travail de posologie indiqué plus haut, a déterminé le nombre de gouttes que renferme 1 gramme de laudanum de Rousseau, et le poids moyen de vingt gouttes de ce narcotique ; il a trouvé 34 pour le premier chiffre et Ûs'',58 pour le second. Les deux laudanum sont donc dans le même cas sous ce double rapport.

En ce qui concerne la relation d'activité des deux laudanum, le Codex considère 4 grammes de laudanum de Rousseau comme correspondant à I gramme d'opium ou 0,50 d'extrait. Le laudanum de Rousseau est donc deux fois plus actif que l'autre. C'est une erreur typographique qui a fait dire à Gubler {Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, Paris, 1868, p. 255) que 20 gouttes de laudanum de Rousseau équivalent à 12 centigrammes d'extrait gommeux. Pour que cette équivalence fût réelle, il faudrait que 20 gouttes de ce laudanum eussent le poids d'un gramme. Or, il n'en est rien, comme nous l'avons vu tout à l'heure.

Le laudanum de Rousseau n'a qu'un avantage sur l'autre, c'est de ne pas avoir cette saveur de safran qui répugne à bon nombre de personnes, et qui constitue quelquefois, principalement chez les enfants, un obstacle sérieux à son administration. Sa supériorité, sous ce rapport, a moins de prix d'ailleurs depuis que l'habitude de recourir aux laudanum anglais ou teintures acétiques d'opium s'est introduite chez nous. Examinons avec quelques détails cette troisième sorte de laudanum.

III. Laudanum anglais ou gouttes noires {Black drops, Lancaster drops, Quakers black drops, etc.). Cette préparation fort usitée en Angleterre ne l'était guère chez nous, lorsque Monneretlui consacra, en janvier 1851, un excellent mémoire {De l'emploi des goidtes noires anglaises, m Bull, dethér., t. XL, p. 49). J'ai essayé, d'après ses indications, les black drops, et je suis arrivé aux mêmes résultats que lui. Par malheur il est difficile d'avoir des préparations

LAUREL. 25

identiques, de sorte que les doses doivent en être déterminées par tâtonnement et en commençant par des quantités minimes. Les essais cliniques devront porter dorénavant sur la formule du nouveau Codex.

Dans la préparation des black drops véritables, on fait intervenir le verjus au lieu du vinaigre. La solution d'opium dans l'acide citrique du docteur Porter n'est jiimais entrée dans les habitudes, même en Angleterre. (Pcreira, the Eléments of Maieria medica and therapeutics , vol. II, part. II, p. 2159.) J'ai l'ait venir de Londres, et pour mon usage personnel, des black drops ayant une forte odeur d'amande amère ; cette liqueur était assez agréable au goût, et il m'a paru qu'elle agissait trois ou quatre fois plus que le laudanum de Sydenham.

M. Moniieret a constaté que ce médicament était très-efficace dans les affections douloureuses du tube digestif, en particulier dans la gastralgie des cblorotiques, des gens nerveux adonnés aux travaux de l'esprit, dans les névroses de l'estomac liées à l'hystérie, l'ulcère chronique de l'estomac, l'entéralgie hystérique, etc. Je l'ai employé avec avautage dans les cas de diarrhée auxquels sont sujets les gastralgiques dont l'estomac, pris d'une sorte d'intolérance pour les aliments, les chasse rapidement dans l'intestin; imparfaitement élaborés, ils irritent sa muqueuse et produisent de la diarrhée. Trousseau a décrit avec beaucoup de sagacité cette forme de troubles digestifs qui se l'encontrent assez souvent dans les convalescences. Deux ou trois gouttes noires prises dans un peu d'eau et de vin au commencement des repas, engourdissent la sensibihlé et la motilité de l'estomac, et le ramènent à sa fonctionnalité normale. J'ai pu observer maintes fois ces effets sur moi-même, et ne saurais par suite eu douter : c'est aussi de cette façon que Monneret prescrivait les gouttes noires; il les donnait à la dose initiale de deux gouttes à chaque repas, et il les élevait graduellement à 8, 12 et même 16 gouttes par jour ; il a dépassé cette dose, mais il est prudent de n'y arriver qu'avec lenteur, en tàtant la susceptibiHté des malades, et de diminuer les doses quand on entame un nouveau flacon, dans le cas où on a recours à des black drops de provenance anglaise et non pas à celles du Codex.

La teinture ammoniacale d'opium employée en Angleterre comme stimulant diffusible dans la coqueluche ; Vélixir parégorique composé d'opium, d'acide benzoïqne, d'essence d'anis, de camphre et d'alcool, et employé à la dose de 2 à 8 grammes, le laudanum de Lalouette, etc. , ne sont par le fait que des sortes particulières de laudanum ; mais il en sera parlé à propos de la posologie de l'opiimi. [Voy. Opium.) Fokssagrives.

LAUBAIKO. {Voy. Laurier.)

LAUREL, LAURÉLIE. Arbre du Chili, qui doit ces noms à la ressemblance de son feuillage et de ses propriétés aromatiques avec les Lauriers proprement dits, mais qui appartient à la famille des Stonimiacées. Son nom scientifique est Laurelia sempervirens Tul. (L. aromatica Poir. — • Pavonia sempervirens Pi. et Pav.). Il a tous les caractères des Atherosperma {voy. ce mot) et ne s'en distingue guère que par le modèle déhiscence en valves longitudinales, du sac réceptaculaire qui entoure ses fruits plumeux. Aussi l'avons-nous appelé Atherosperma sempervirens. Les feuilles sont très-aromatiques ; on en prépare des infusions excitantes, stomachiques, sudoriliques, qui sont fort utiles dans un grand nombre de maladies. H. Bn.

Juss., in Ann. Mus., XIV, 151 — Poin., Bict., Siippl., III, 513. — Endl., Gcn., n. 2021. — Rl'i' rt Pav,, Prodr. fl. pcr. et chil, 127, t. 28. — Tl'l., Mon. Moniin., 40. — k. DC ,

26 LAURENT (SAINT-) (eaux minérales de).

Pvodr., XVI, s, post,, 674. — îlÉa. et Del., Dict,, IV, 49. — Rose.nth., Stjn. pi. diaphor., 3 28. —H. Bx,, Bist. des plantes, 1,321, 536.

lAUKEîVT (J.-L.-Maurice). Un des bons anatomistes de ce siècle, né à Toulon en 1784. Il était entré, dès l'âge de quinze ans, dans la chirurgie de marine et se distingua dans différentes expéditions. Reçu docteur à vingt-cinq ans dans l'université de Pise, alors française, il fut obligé de prendre de nouveau ce même grade à Paris en 1825. Deux ans plus tard, il était nommé, par concours, professeur d'anatomie à l'École de. médecine navale de Toulon, et, en 1850, chirurgien en chef du port de Chei'bourg. Mais il ne tarda pas (1852) à sacrifier ces positions péniblement conquises, pour venir à Paris se consacrer exclusivement à l'étude et à l'enseignement de l'anatomie et de la physiologie comparées. En 1856, il concourut, non sans honneur, pour la chaire d'anatomie à la faculté de médecine de Paris, et, en 1857, il se faisait recevoir docteur es sciences naturelles; c'est alors qu'il fut distingué par l'illustre de Blainville qui se fit plusieurs fois suppléer par lui dans la chaire d'anatomie et de zoologie à la Faculté des sciences. Laurent est mort le 50 janvier 1854.

C'est surtout l'anatomie générale, l'étude approfondie de la texture des organes qui, depuis Bichat, est regardée comme la base des connaissances physiologiqifes positives, que Laurent cultivait avec le plus d'ardeur. Il poursuivait cette étude à l'aide de tous les moyens que la science moderne met à la disposition des observateurs ; examen minutieux direct ou à l'aide du microscope, analyse des éléments primordiaux par la chimie, etc.. On peut adresser à Laurent un reproche qui a été fait à la plupart de ceux qui se li\rent à ces recherches d'anatomie philosophique, une tendance trop marquée à la spéculation, et à prendre les vues de l'esprit pour l'expression réelle des laits. C'est ce qui lui arriva dans ses aperçus, ingénieux, d'ailleurs, sur les tissus animaux naturellement durs ou tendant à la dureté, les tissus fibreux, cartilagineux et osseux qu'il réunissait sous la dénomination générique de scléreux.

Yoici, au total, l'indication des principaux écrits de ce laborieux observateur; plusieurs, malheureusement, n'ont pas été achevés.

T. Propositions générales de physiologie, de pathologie et de tliérapeutique. Thèse de Paris, 1823, n° 12. — II. Atlas d'anatomie physiologique, ou tableaux synoptiques d'anatomie, etc. Paris, 1826, iii-fol. et Méni. explicatif. Ibid., 1826, in-S°. — III. Essai sur les tissus élastiques contractiles. In Ann, de la méd. physiol., t. XI. 1827. — IV. Lettre à M. de Blainville sur des sujets d'anatomie comparée. In Bullet. des se. méd., t. XI, p. 108; 1827. — V. Essai sur la théorie du squelette des vertébrés, précédé, etc. In Journ. du progrès, t. XIV, p. 154, et t. XV, p. 118; 1S29, pi. 1. — VI. De la texture et du développement de l'appareil urinaire. Thèse de conc. (ch. d'anatomie). Paris, 1836( in-4°. — VII. Prodromes d'anatomie et de physiol. comparées. Paris, 1837, in-S". — VIII. Propositions générales relatives à la doctrine philosophique des sciences, etc. Paris, 1837. — IX. Recherc/œs sur l'hydre et l'éponge d'eau douce pour servir, etc. (méni. cour, par l'Acad. des se). Paris, gr. in-8°, atl. gravé, pl. col. — X. Zoophytologie (fait partie du Voy. aut. du monde, exécuté en 1830-57, sur la corvette la Bonde) . Paris, lc>44, in-S". — XI. Annales françaises et étrangères d'cmatomie et de physiologie, fondées et rédigées avec Bazin, de Bassencville, Ilollard, etc. Paris, 1857-39, 3 \ol. in-8\ — XII. Un certain nombre d'articles dans le Dict. de la conversation et dans l'Encyclopédie moderne.

E. Bgd.

LAURENT- (SAISIT-) LES-BAII\S (Eaux MINÉRALES de) , hijper thermales, amétallitss , non gazeuses. Dans le département de l'Ardèche, dans l'arrondissement de l'Argentières (chemin de fer de Paris à Montéiimart; de Montélimart à Saint-Laurent-lcs-Bains , route de poste), est un village de

LAURENT (SAINT-) (eaux minérales de). 27

789 babitants, à 882 mètres au-dessus du niveau de la mer, bâti dans une gorge étroite, ouverte au midi seulement sur un des versants de l'Espérelouze. Le climat de Saint-Laurent, chaud pendant le jour, est frais et humide le matin et le soir. Deux sources, découvertes en l'année 1400, de composition et de chaleur identiques, émergent du terrain primitif au centre du village, et débitent en vingt-quatre heures 51,000 litres d'une eau limpide, transparente, inodore, sans goût particulier, sans réaction sensible sur les préparations de tournesol. Cette eau n'est traversée par aucune bulle gazeuse; sa température est de 53", 5 centigrade. M. le professeur Bérard(de Montpellier) a trouvé que 1,000 grammes de l'eau des sources de Saint-Laurent-les-Bains contiennent les principes suivants ;

Carljonate de soude 0,S03

Sulfate de soude 0,040

Chlorure de sodium .,.,,, 0,085

Acide silicique et alumine 0,032

Total des matières fixes 0,682

Les deux sources de Saint-Laurent-les-Bains se rendent par des canaux souterrains à trois petits établissements thermaux appartenant à des particuliers et recevant chaque année huit cents ou mille malades. Un des établissements est exclusivemicnt fréquenté par les hommes, et l'autre par les femmes ; le troisième admet les baigneurs des deux sexes. Chacune des maisons de bains a une buvette, une piscine, des baignoires isolées, un ou des cabinets de douches et une salle où se trouvent les bains de vapeur.

Emploi thép.apeutique. L'eau hyperthermale , amétallite et non gazeuse do Saiut-Laurent'les-Bains a une chaleur et une composition élémentaire qui la rapprochent singuhèrement de l'eau de Wildbad-Gastein dans les Alpes du Tyrol, {Voij, ce mot.) Son action physiologique principale est de déterminer une sédation consécutive à une excitation modérée. Ces eaux, prises en boisson, en bains, en douches ou en étuves, sont sensiblement toniques, diaphorétiques et diurétiques. Elles ont aussi pour propriété à peu près constante de réveiller les douleurs rhumatismales que les malades avaient quelquefois oubliées depuis longtemps ; souvent même ces douleurs se montrent avec une telle intensité que les baigneurs regrettent, malgré l'assurance donnée par le médecin que c'est une preuve à peu près certaine de l'heureuse issue de la cure, de s'être soumis à l'usage des eaux de Saint-Laurent-les-Bains.

Les affections rhumatismales sont celles que l'on traite le plus souvent à Saint- Laurent, Ce sont les douches et les bains de vapeur qui constituent la base de la médication thermale. Ces mêmes moyens conviennent au traitement des névralgies qui reconnaissent pour cause l'exposition prolongée au froid ou à l'humidité. Les bains généraux ne doivent pas être prescrits alors ; ils augmentent les douleurs sans arriver, même à ce prix, à procurer des guérisons durables. C'est le contraire à Wildbad-Gastein.

Les eaux de Saint-Laurent-les-Bains, en boisson et en bains, donnent de bons résultats dans les affections de la peau caiactérisées par des furoncles, de l'ecthyma, de l'eczéma, du prurigo et de l'herpès. On les emploie contre les paralysies, et les ouvriers mineurs qui ont éprouvé de grands traumatismes recouvrent quelquefois, à Saint-Laurent, l'intégrité du mouvement et de la sensibilité de leurs membres perclus. On a vanté aussi l'efficacité des eaux de Saint-Laurent à l'intérieur et à l'extérieur dans la cachexie scrofuleuse; cette indication

28 LAURIER (botanique).

nous paraît très-secondaire, et les eaux chlorurées sodiques fortes et quelquefois les sulfurées fixes nous semblent devoir toujours occuper le premier rang dans la thérapeutique thermale du lymphatisme exagéré et des accidents strumeux. L'effet diurétique des eaux de Saint-Laurent les a fait administrer avec profit contre les maladies des voies urinaires dans lesquelles une production pathologique de mucus ou de pus est le symptôme prédominant. Les eaux de Saint- Laurent ont été quelquefois appliquées, en boisson et en bains d'étuves, dans la goutte et dans la gravelle ; mais les résultats obtenus n'ont pas encore complètement fixé les médecins sur leur valeur réelle en semblable circonstance. Enfin, ces eaux thermo-minérales, en boisson, en bains et en douches d'eau, ont trop souvent guéri des anémiques et des chlorotiques pour qu'il soit possible de douter de leur vertu tonique et reconstituante ; mais l'altitude élevée de cette station doit avoir une large part dans le succès des eaux hyperthermales, amétallites, de Saint-Laurent-les-Bains dans l'anémie et la chlorose.

La f/((re'e (/e Za CMre est de vingt jours à un mois.

Onn exporte ^As les eaux de Saint-Laurent-les-Bains. ■ A. Rotureau.

LJiURËOLE. {Voy. D.iPHiNÉ.)

IiA.VRlEB {Launis T.}. § 1. Botanique. Genre de plantes qui a donné son nom à la famille des Laurinées. Dans le principe, toutes les plantes de cette famille étaient confondues sous le nom de Laurus. Plus tard, ce genre a été démembré en un grand nombre d'autres, et il ne reste plus actuellement, pour constituer le genre Laurier proprement dit, que deux espèces linnéennes, le L. noble ou d'Apollon et le L. des Canaries. Le premier est seul employé en médecine. Ainsi réduit, le genre Laurus a les caractères suivants. Ses fleurs, hermaphrodites ou dioïques, régulières, sont construites sur le type binaire. Dans les fleurs hermaphrodites, on observe, sur un réceptacle concave, deux sépales extérieurs, et deux folioles plus intérieures, considérées par quelques auteurs comme des pétales alternes avec les sépales. Plus intérieurement se trouvent six verticiiles de deux étamines chaque, savoir deux étamines opposées aux sépales, deux alternes, et ainsi de suite. Leurs filets sont accompagnés de deux glandes latérales, et leur insertion est légèrement périgynique. Leurs anthères sont biloculaires, déhiscentes par deux panneaux, et introrses. Le gynécée est libre et inséré au centre du réceptacle. 11 se compose d'un ovaire uniloculaire, surmonté d'un style à extrémité stigmatifère renflée. Dans l'ovaire se trouve un seul ovule, anatrope et suspendu, avec le micropyle dirigé en haut et du côté du placenta. Dans les fleurs mâles, l'ovaire est peu volumineux et stérile. Dans les fleurs femelles, le nombre des étamines est réduit; il n'y en a souvent que quatre, et elles sont stériles. Le fruit est une baie monosperme, garnie à sa base du calice persistant. La graine renferme sous ses téguments un embryon épais et charnu, à gros cotylédons plansconvexes, sans albumen. Les Laurus sont des arbres de l'Asie Mineure et des Canaries. Leurs feuilles sont alternes, simples, coriaces, persistantes, d'un beau vert. Leurs fleurs sont réunies sur de petits axes communs, insérés dans l'aisselle des feuilles. De grandes bractées imbriquées enveloppent l'inflorescence qui est formée de plusieurs glomérules réunis autour d'un bourgeon centraL

Le Laurier dApoUoii {Laurus nobllis L. — L. vulgaris C. Bauh.) est encore appelé L. commun, L. sauce, L. franc, L. à jambons. C'est un bel arbre à feuillage glabre, touffu, haut de dix à (rente pieds. Ses feuilles sont oblongues-lan-

LAURIER (botanique).

céolées, atténuées à la base, aiguës au sommet, lisses, brillantes en dessus. Ses fleurs mâles sont réunies dans un involucre de bractées, glabres ou légèrement soyeuses dans le milieu, et elles sont rapprochées autour du petit bourgeon central de l'inflorescence, en trois à six glomérules, tandis que les fleurs femelles ou hermaphrodites forment un, deux ou trois, en général enfin un nombre moindre de petits glomérules. La partie qu'on emploie le plus en médecine est le fruit. C'est ime baie ovoïde, supportée par un pédoncule grêle ; lisse à la surface, odorante, aromatique comme tout le reste de la plante. Elle atteint jusqu'à tout près d'un demi-pouce de longueur. Sa graine a des enveloppes membraneuses, et un gros embryon ovoïde, charnu, aromatique. Ses cotylédons sont presque hémisphériques et se touchent par une large surface plane. Vers leur base, ils se prolongent au-dessous de leur point d'insertion, de manière à former par leur rapprochement un étui complet à la radicule; ils descendent ainsi au delà de son sommet. Le L. nohilis paraît originaire de l'Asie Mineure ; il est abondant à l'état spontané sur les côtes de la Méditerranée, et il est cultivé dans la plupart des jardins; c'est à peine s'il supporte les rigueurs des hivers de Paris.

Les principales plantes médicinales autrefois rapportées au genre Laurus sont les suivantes.

Le Laurus Benzoln L. est un Benzoin ou Lindera.

Le L. Camphpra L. est le type du genre Camphrier.

Le L. Cassia L. est un Litsœa, et la plante à laquelle Burmanu a donné le même nom est un Cannellier.

Le L. Cinnamomum est le type du genre Cannellier.

Le L. Cidilaivan est un Cannellier.

Le L. Ciibeba Looa. est un Tetranthera.

Lei. cupidaris L.uni est un Mespilodaphne. \ Voy. tous ces mots.

Le L. glauca Thg est un Litsœa.

Le L. involucrata Vaiil est un Litsœa.

Le L. Malabathriun est un Cannellier.

Le L. Persea L. est le type du genre Avocatier.

Le L. Pichurim est un Aydendron.

Le L.porrecta Roxb. est un Cannellier.

Le L. Sassafras L. est un Sassafras.

Beaucoup d'arbres employés en médecine, et qui ont plus ou moins le feuillage des Lauriers, en ont aussi reçu le nom; ils appartiennent, à d'autres genres, ou même à des tarailles tout à fait distinctes.

Le Laurier rouge de Bourbon est un Nectandra, ainsi que celui de la Martinique; c est VAsakana des Caraïbes. On donne encore ce nom aux Fra7igipaniers.

Le L. Alexandrin est un Fragon.

Le L. Cerise ou L. Amande, L. Amandier, L. impérial, L. de Tre'bizonde, est un Prunier. {Voy. ce mot.)

Le L. des Iroquois est un Sassafras.

Le L. Putiet et le L. de Portugal sont des Pruniers.

Le L. Piose est un Nerimn.

Le L. de Saint-Antoine est un Epilobe.

Le L. sauvage, un Cirier.

Le L. Tin, un Viorne.

Le L. Tulipier, un Magnolia. H. Bn.

Voy. tous ces mots,

50 LA.URIER (umploi médical).

TocRN., Inst. rei herb., 597, t. 367. — L.. Hort. CUffort., 55. — Bauhi\ (C), Pinax, 460. — G;Er,TN., Fmct., U, 68, t. 92.— Nées d'Esenceck, Sijst. Laurin., 502, 579.— Sciiituim, Hanclb., t. 110. — Nées '^Fr.), Gen. fl. german., fasc. 7, icon.— Sibth., FI. grœc, t. 565. — DuiiAsi., Ârhr., I, 550, t. 134, 155. — Webb, Phytogr. canar., III, 229, t. 20i. — Blackw., Hcrb., t. 175. — Esdl., Gen., n. 2061. — Meissn., Gen., 527 (259), et ap. DC. Prod., X., sect. 1, 235. — Mér. et Del., Dict., IV, 61. — Ducu.. Répert., 57. — Rich. (A.), in Dict. de méd. (en 30 vol.), XVII, 594 ; Elém., éd. 4, I, 287. — Guib., Drog. simpL, éd. 4, II, 563. — MoQ., Bot. mcd., 234. — Pereira, Elem. Ma<. med., éd. I, II, p. 4, 463, — Li.NDL., Fl. med., 540. — Rosenth., Syn. pi. diapli-, 236. H. En.

§11. Emploi médical. Ainsi qu'on vient de le voir, la botanique ne retient plus aujourd'hui, dans le genre laurier, qu'une seule espèce médicinale. Mais d'autres espèces distraites de ce genre ayant conservé en matière médicale le nom àe lauriers, nous sommes forcés de nous en occuper ici. Nous ne parlerons que de ceux de ces lauriers qui offrent un intérêt véritable au point de vue de la matière médicale.

I. Laurier commcn (Laurus nobilis en grec, §àu,Tn). On connaît la gracieuse fiction mythologique qui lui a valu ce nom, et le culte en quelque sorte superstitieux que les anciens professaient pour cet arbre. Il serait en dehors de notre sujet de nous en occuper, si quelques-unes de ces idées n'accusaient une notion de certaines propriétés hygiéniques ou médicamenteuses attribuées à ce végétal. On lui accordait une action purificatrice ; les temples d'Apollon en étaient entourés ; on» représentait Esculape le front ceint d'une couronne de laurier; on se servait de sa fumée pour assainir les étables ; on le considérait comme un alexitère puissant, comme un préservatif assuré contre les morsures virulentes ou venimeuses et contre les maladies contagieuses. L'article que Loiseleur-Deslongchamps et Marquis ont consacré au laurier, article tout imprégné de cette élégante érudition classique que nous avons trop désapprise, a réuni sur les idées que les anciens professaient pour cet arbre des détails d'un grand intérêt, et nous ne pouvons que renvoyer le lecteur au volume du Bict. des sciences médicales qui les renferme. [Bict. des se. méd., 1818, t. XXVII, p. 315.)

Les feuilles et les baies de laurier sont les parties de cette plante qui sont employées en médecine. Les feuilles ont une saveur amère, piquante et une odeur aromatique qu'elles doivent à l'existence d'une huile essentielle qui se retrouve également dans les baies. Celles-ci ont une odeur plus fragrante que les feuilles. Elles contiennent deux huiles ; l'une grasse, l'autre volatile, et de plus du laurin ou camphre de laurier. Bonastre, analysant ces baies en 1824, y a trouvé les principes suivants : huile essentielle, 0,8; laurin, 1 ; huile grasse, 12,8 ; cire, 7,1 ; résine, 1,6; sucre incristallisable, 0,4; extractif, 17,2 ; bassorine, 6,4; amidon, 25,2 ; ligneux, 18,8 ; albumine, traces ; principe acide, 0,1 ; eau, 6,4 ; sels, 1,5. Les cendres pesant 1,2 consistent en carbonate de potasse et en carbonate et phosphates de chaux. (Pereira, vol. II, p. I, p. 464.)

L'huile volatile de laurier est très-soluble dans l'alcool et dails Téther ; elle A pour formule C'^^IP^O. Le camphre ou laurin s'obtient des baies en les traitant par l'alcool rectifié. L'huile fixe s'obtient par l'expression des baies sèches oU traîches {op. cit.).

Ce dernier produit est lé seul qui intéresse la matière médicale. On a suivi divers procédés pour préparer l'huile de laurier. Celui de Duhamel consiste à broyer les baies dans un mortier et à les faire bouillir ; l'huile surnage. Si les baies sont sèches, on les pulvérise, on les soumet à la vapeur d'eau pour les ramollir, et ou les exprime entre des', plaques métalliques chauffées. Soubeiran, qui a décrit ce

LAURIER (emploi médical). 3]

procédé et qui l'a appliqué, a retiré 100 grammes d'huiles, pour 1 kilogramme de baies, c'est-à-dire le 10" eu poids et non le 5S comme l'établit Pereira. Le procédé décrit par Maingault {Biillet. de th., t. XIV, 1855, p. 525) ne lui a fourni qu'un 15^ d'huile.

Cette huile de laurier, qui nous vient de Trieste enfermée dans des barils, est verte, odorante, limpide, d'un goût amer, soluble dans l'alcool qui lui ôte sa couleur, saponiflable. Elle est siccative, elle s'épaissit progressivement jusqu'à prendre une consistance de graisse; elle a alors une couleur jaune paille.

Peveira {op. cit., p. 465) décrit sous le nom d'0/ei<?7i lauri œtliereum nativum ou huile naturelle éthérée de laurier, un médicament huileux qui vient deDémérari, et que l'on obtient en incisant l'écorce d'une sorte de laurier appelé par les Espagnols /Ixeîte de Sassafras (obvier de sassafras). Il n'est pas très-certain qu'elle ait cette origine botanique; c'est une huile transparente, à odeur de térébenthine mélangée du] parfum du citron ; elle a des propriétés excitantes diurétiques et diaphorétiques ; on l'emploie dans les paralysies, les rhumatismes, les engorgements articulaires, etc.

Les baies et les feuilles de laurier ont une action stimulante et apéritive. La ] ropriété que leur attribuaient les anciens de permettre aux buveurs d'éviter l'ivresse parait parfaitement apocryphe; elles ne la justifient pas mieux que le reproche d'ctre abortive qui luiaété aussi adressé. Dioscoride cité par Oribase (AfecL colled., lib. XI, D) attribue aux feuilles vertes une action astringente, et tes considère comme vomitives : « Pota stomachum subvertunt et vomitum cient. » Plus loin il parle de la poudre de l'écorce employée dans du vin contre les calculs hépatiques (lib. II, Ad Eunapium). Nicolas Myrepsus recommandait les baies de laurier contre la toux (De antidot., sect. prima, cap. ccci.xv), affirmation vague, mais dont on se rend compte en rapprochant sous ce rapport le laurier de certaines Labiées amères avec lesquelles il doit avoir en effet une grande ressemblance thérapeutique. Enfin Actuarius a résumé aphoristiquement les propriétés qu'il attribuait au laurier dans la phrase suivante : « Medicamentum e baccis lauri ad stomachicos, aqua intercute, laborantes, ischiadicos, lienosos. » (De Meth. nied., lib. YI ; De emplastris vudagmatis et Unimentis .) L'avant-dernière de ces indications est à peu près la seule qu'on lui reconnaisse aujourd'hui.

L'action carminative du laurier peut être admise par analogie; c'est un condiment acre et aromatique dont ou fait un usage habituel dans nos cuisines, et qui peut en effet stimuler utilement l'estomac et combattre l'atonie de cet organe et la flatulence qui en est la suite. Les propriétés emménagogues du laurier ont été admises, mais elle sont à démontrer.

Les préparations de laurier s'emploient surtout à l'extérieur pour stimuler la peau, résoudre les engorgements indolents, réveiller la sensibilité des parties frappées de paralysie, et aussi pour détruire \espediculi capitis.

Les baies de laurier entrent dans la composition du baume de Fioravcnti employé, comme on sait^ contre le rhumatisme, les paralysies, les engelures, etc. Enfin ou se sert quelquefois des feuilles pour la préparation d'un bain aromatique particulier.

IL Laurieb Sass.4.fr.\s. {yoij. Sassafras.)

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