LICHEN SYPHILITIQUE
longtemps, et on la retrouve encore après l'affaissement de toute la saillie. Au début la coloration rouge disparaît sous la pression du doigt, mais à la fin la coloration brune ne s'efface qu'en partie sous cette pression.
Au commencement de l'éruption, les papules du licben syphilitique forment des saillies dures, pleines et lisses. Bientôt, sur la surface, l'épiderme se ride, se détache, et une desquammation assez marquée s'opère incessamment. Les squames sont minces et blanches ; en se détachant d'abord à leur circonférence, elles forment autour de la papule un petit liséré blanc sur lequel l'école de Biett a beaucoup insisté.
Dans quelques cas la desquammation est plus prononcée; les squames sont plus épaisses, légèrement imbriquées les unes sur les autres ; on a alors une éruption qui n'est plus simplement papuleuse, et qu'on a désignée sous le nom de syph ilide papulo-sqiiameuse .
Dans d'autres cas la papule est recouverte d'une couche épidermique dure, permanente, résistante. L'éruption forme alors encore une variété; généralement discrète et localisée, connue sous le nom de syphilide cornée.
Du reste, la forme seule des papules a sufti pour établir des distinctions entre les éruptions : on a donné le nom de syphilide lenticulaire à celle dont les papules ont k forme et le volume des lentilles, et de syphilide granideuse à celle dont les pustules sont rondes, globuleuses; on a aussi rattaché au lieben syphilitique la syphilide papuleuse miliaire, qui rentre plutôt dans la classe des syphilides vésiculeuses.
La syphilide papulo-squameuse a pour siège, de prédilection la paume des mains et la plante des pieds. Il en est de même de la syphilide cornée. Quant à la syphilide lenticulaire, on l'observe surtout à la partie postérieure du cou, sur le front, sur la poitrine, sur le dos, sur le tronc et sur les membres, principalement aux cuisses et aux. bras. La syphilide granuleuse se montre surtout dans le sillon naso-labial, autour des lèvres et au menton. Les saillies qui la constituent sont généralement groupées, alignées de manière à former une traînée oblongue, ou à décrire des cercles ou des segments de cercle. Les papules sont quelquefois enflammées à leur sommet, et un certain nombre d'entre elles sont le siège d'une exhalation légère de sérosité purulente qui soulève un peu l'épiderme, et leur donne l'apparence de vésicules ou de pustules. Celles-ci sont éphémères, se déchirent bientôt, et forment en se desséchant des croûtes superficielles.
Le lichen syphilitique, avec ses différentes variétés, se développe d'une manière Jantôt brusque, tantôt plus lente. Dans le premier cas, tout le corps peut se trouver couvert par l'éruption dans l'espace de huit à dix jours. Dans le second, les papules s'élèvent insensiblement, arrivent à leur développement complet, rétrocèdent ; puis une nouvelle poussée se fait, et à mesure que les premières papules s'affaissent, les autres surgissent et s'accroissent. On voit quelquefois des malades ainsi affectés de poussées papuleuses successives durant plusieurs mois, et même pendant une année ou deux. Après que l'éruption a disparu, la place occupée par les papules paraît souvent gaufrée, parsemée d'éraillures ou de cicatrices, bien qu'il n'y ait eu ni ulcération ni suppuration. C'est que le tissu de la papule écartait les fibres du derme, lesquelles sont restées dissociées après la résorption de ce tissu, comme dans les vergettures par distension de la peau.
Ces éruptions ne sont pas toujours la suite immédiate du chancre, et souvent il y a entre ces deux ordres d'accidents, pour intermédiaire, une éruption roséolique; ou bien les papules sont entremêlées et tachées de roséole. D'autres fois
LICHEN D'ISLANDE (pharmacologie). 531
c'est avec des plaques muqueuses, ou des pustules psydraciées ou plilyzaciées que les papules coexistent. L'alopécie, l'adénopatliie et divers phénomènes générauj liés à l'état chloro-anéniique, s'observent aussi dans cette éruption. L'iritis n'est pas rare avec le lichen syphilitique, au point que Carmichaël en a fait, à tort il est vrai, le symptôme concomitant exclusif de la syphilide papuleuse.
Le lichen syphilitique n'a qu'une ressemblance éloignée avec le lichen simple, dont les papules sont petites, agminées, réunies en plaques, extrêmement prurigineuses. Il diffère aussi beaucoup du prurigo, dont les papules blanches sont recouvertes d'une croûte noire, formée par un petit caillot desséché, et dont la démangeaison est le symptôme prédominant. La gale est polymorphe ; mais si les papules de cette éruption ont quelque analogie avec celles du lichen syphilitique, il n'en est pas de même des vésicules et des sillons qui sont le fond de l'éruption psorique.
D'ailleurs, pour le lichen syphilitique comme pour toutes les syphihdes, il y a à prendre en considération les sigues commémoi'atifs et les symptômes concomitants, qui sont souvent d'un grand secours quand les caractères objectifs de l'éruption ne sont pas bien marqués, soit qu'ils ne l'aient jamais été, soit qu'ils aient cessé de l'être.
Le traitement du lichen syphihtique doit être général et local.
Le traitement général ne diffère pas de celui de la sypliilis secondaire ; il est le même, à peu près, que celui de l'acné et de toutes les syphihdes précoces. {Voij. Syphiudes.)
Quant au traitement local, il consiste surtout en bains simples et médicamenteux. Les bains de subhmé ont une grande efficacité. Il en est de même des pommades mercurielles, et plus particulièrement de la pommade au proto-iodure de nierciu'e. Cette pommade est surtout nécessaire dans certaines formes de lichen syphihtique, dans celles notamment dont les papules sont sèches, dures, squameuses. Il arrive même qu'on est obligé de recourir à des moyens locaux plus énergiques, à des cautérisations avec le nitrate acide de mercure, dans les cas de papules cornées de la paume de la main, par exemple, éruption toujours rebelle.
J. RoLLET.
LICHEIV D'isiiAiVDE. § I, Botanique. Cette plante est trop connue, dans la pratique médicale, sous le nom de Lichen {voy. Lichens), pour que son histoire pharmacologique et thérapeutique ne figure pas ici; mais son étude botanique doit être renvoyée au mot Cétraire.
3 II. Pharmacologie. Le lichen d'Islande est sec, coriace, sans odeur sensible, d'une saveur amère, désagréable. Mis à tremper dans l'eau froide, il se gonfle, devient membraneux, et cède au liquide une partie de son principe amer et un peu de mucilage. Lorsqu'on le soumet à l'ébulHtion dans l'eau, il se dissout en grande partie, et le liquide, s'il est concentré, se prend en gelée par le refroidissement.
Berzelius a retiré de 100 parties de Hchen d'Islande :
Sucre incristallisable Ô,6
Principe amer ou cétrarin 3,0
Cire et Chlorophylle 1,6
Gomme. 3,7
Matière extractive colorée 7,0
Amidon ou lichénine 44,6
Squelette féculacé , , 56,6
Surtaitrate de potasse )
Tarirate et phosphate de chaux ,.....)'
652 LICHEN D'ISLANDE (phabmacologie).
Les deux principes essentiels du liclien d'Islande sont l'amidon et la matière amère. L'amidon du lichen est désigné sous le nom de Uchénine. 11 est insipide; il se gonfle dans l'eau froide sans se dissoudre d'une manière sensible. Il se dissout dans l'eau bouillante, et la liqueur se prend en gelée si elle est assez concentrée. Il perd cette propriété par une longue ébullition. Il est insoluble dans l'alcool et dans l'éther, et présente la même composition que la fécule ordinaire. Sous l'influence de l'ébullition prolongée dans l'eau, il se transforme en dextrine. Les acides étendus le font passer à l'état de glycose; l'acide nitrique le convertit en acide oxalique. 11 se dissout dans la potasse.
Jonh avait trouvé de l'inuline dans le lichen, et il considérait le principe amylacé de Berzelins comme de l'inuline modifiée. M. Payen a vu plus récemment qu'en traitant la gelée de lichen par la diastase, cet amidon se change en dextrine et en sucre, comme le fait l'amidon ordinaire, et qu'il laisse déposer une matière blanche : or cette matière blnncbe est de l'inuline. La matière gélatineuse du lichen n'est donc qu'un mélange d'amidon, d'inuline, et de l'amidon spécial du lichen; en colorant le tissu du lichen par l'iode, on aperçoit au microscope une multitude de granulations très-ténues, colorées d'une magnifique teinte bleue, qui sont l'amidon ordinaire.
Quant à la matière amère du lichen, ou cétrarin, elle est, sous la forme d'une poudre blanche, légère, inodore, et inaltérable à l'air. Elle est neutre et possède une saveur très-amère. Elle est peu soluble dans l'eau froide; elle se dissout mieux, mais encore fort mal, dans l'eau bouillante. Le cétrarin est plus soluble dans l'alcool que dans l'eau, encore ne s'y dissout-il qu'en faible proportion. L'éllier n'en dissout qu'une petite quantité; les acides le précipitent de ses dissolutions dans l'alcool et dans l'eau; l'acide chlorhydrique le dissout en le transformant en une matière colorante bleue. Il s'unit aux alcalis et forme avec eux des combinaisons tfès-ainères. Il se dissout aussi avec facilité dans les carbonates alcalins.
Pour préparer le cétrarin, d'après Herberger, on fait bouillir pendant une demiheure de la poudre grossière de lichen d'Islande avec quatre fois son poids d'alcool à SS"^ centésimaux; on laisse le tout en repos jusqu'à cessation des vapeurs pour éviter la perte d'alcool ; on passe, on exprime, puis on ajoute à la liqueur de l'acide chlorhydrique étendu ; on mêle alors à tout le liquide quatre fois environ son volume d'eau, et on abandonne le mélange jiendant douze heures dans un ballon fermé. Au bout de ce temps, on décante la liqueur qui surnage un dépôt abondant; on recueille sur une chausse ce dépôt, qui a une couleur plus ou moins verdàtre; on le partage en petits fragments au sortir de la presse, tandis qu'il est encore un peu humide; on le lave en cet état avec de l'alcool ou de l'éther; on le traite alors par deux cents fois son poids d'alcool bouillant, dans lequel la matière inorganique qui l'a accompagné jusqu'à ce point est à peine soluble. La majeure partie du cétrarin se précipite peu à peu par le refroidissement de la liqueur alcoolique; on peut, en chassant l'alcool, obtenir ce qui reste eu dissolution.
L'étude du cétrarin a été reprise par MM. Knopp et Schedermann, qui lui ont attribué des propriétés acides et l'ont appelé acide cétrarique. Cette matière amère, d'après ces chimistes, se présente sous k forme d'aiguilles blanches, ténues, à saveur franchement amère, presque insolubles dans l'eau, tiès-solubles dans l'alcool bouillant et formant avec les bases des sels jaunes, solubles et trèi-anier<. Ces auteurs ont, en outre, indiqué l'existence dans le lichen d'Islande, d'un acide gras, inodore, d'une saveur acre, fondant à l'20°, et auquel ils ont donné le nom à.'acide liche7istéariqiie.
LICHEN D'ISLANDE (pharmacologie). 553
L'acide cétrarique doit constituer un bon médicament ; c'est un tonique qui n'est nullement astringent. Le docteur Mûller l'a employé pour combattre la fièvre intermittente, à la dose de 10 centigrammes toutes les deux heures. Cette substance lui a paru agir avec plus de lenteur que la quinine, mais avoir sur elle l'avantage de ne point affecter l'estomac.
Le squelette du lichen d'Islande jouit à peu près des mêmes propriétés que le tissu cellulaire.
Berzelius, en analysant le lichen d'Islande, avait surtout pour but de trouver un moyen de priver cette substance de son amertume qui, seule, empêche que le peuple n'en fasse sa nourriture habituelle dans les pays pauvres; car on ne parvient que très-imparfaitement à lui ôter cette amertume par la décoction dans l'eau, et d'ailleurs la décoction dissout également la partie nutritive du lichen. Le procédé qui a le mieux réussi à Berzelius consiste à faire macérer le lichen une ou deux fois dans une faible dissolution alcaline (carbonnte de potasse i, eau 500), à l'exprimer, à le laver exactement et à le faire sécher, si l'on n'aime mieux l'employer humide, pour en préparer toutes sortes de mets.
On a proposé d'appliquer le même procédé aux préparations pharmaceutiques du lichen, mais indépendamment de ce que la présence d'une petite quantité de principe amer peut être utile à l'action médicatrice du lichen, il serait à craindre que le lavage n'enlevât pas tout le sel alcalin. Uest certainemeut préférable, pour l'usage de la médecine, de faire chauffer le lichen une ou deux fois avec de l'eau presque jusqu'à l'ébullition (à 80° environ). Ce procédé suffit pour priver le liclicn delà plus grande partie de son amertume; ce qui en reste alors n'est nullement désagréable.
Le lichen d'Islande est surtout employé sous la forme de tisane et sous celle de gelée. Voici du reste les principales formes pharmaceutiques sous lesquelles cette substance est le plus ordinairement administra?.
Tisane de lichen d'Islande. Lichen d'Islande, 10 grammes; eau commune, quantité suffisante. On met le lichen et l'eau dans un poêlon, on porte à l'ébullition. On jette cette première décoction, qui renferme la presque totalité du principe amer, et on lave le lichen avec de l'eau froide. On le remet sur le feu avec une nouvelle quantité d'eau ; on fait bouillir pendant une deuii-lieure de manière à obtenir un litre de tisane ; on pa^-se. On édulcore cette boisson avec GO grammes de sucre ou de toute autre manière.
Quand le principe amer du lichen doit être conservé, il faut que le médecin l'indique d'une manière spéciale. (Codex.)
Gelée de lichen d'Islande. Saccharure de lichen d'Islande, 75 grammes ; sucre blanc, 75 grammes; eau commune, 150 grammes; eau de fleurs d'oranger, 10 grammes. On mêle les trois premières substances, et on fait bouillir pour réunir l'écume à la surface. On retire du feu, et lorsque l'écume aura formé une couche assez résistante on l'enlève, et on coule la gelée dans un pot où on aura pesé d'avance l'eau de fleurs d'oranger. Ces proportions doivent fournir 250 gianunes dégelée. [Codex.)
Quelquefois les médecins prescrivent la yelée de lichen amère. Cette gelée se prépare en faisant bouillir 5 grammes de hchen non lavé dans quantité suffisante d'eau, pendant cinq minutes, de manière à obtenir 150 grammes de décoction qui sont substitués dans la formule précédente aux 150 grammes d'eau commune. (Codex.)
La dose de gelée de lichen est d'une cuillerée à café do temps en temps entre les repas
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Saccharure de lichen ou gele'e sèche de lichen d'Islande. Lichen d'Islande, 1000 grammes ; sucre blanc, 1000 grammes; eau, quaiitilé suffisante. On met le lichen dans l'eau et on chauffe jusqu'à l'ébnllition. On rejette cette première eau, on lave le lichen à plusieurs reprises dans l'eau h'oidc; on le fait bouillir ensuite endant une heure dans une quantité suffisante d'eau, et on passe avec expression à travers une toile.
On laisse reposer pendant quelque temps ; on décante: on ajoute le sucre et on évapore au bain-marie, en agitant continuellement jusqu'à ce que la matière soit en consistance très-ferme. On la distribue alors dans des assiettes, et on achève sa dessiccation à l'étuve.
On réduit le produit en une poudre fine que l'on conserve dans des flacons bien bouchés. {Codex.)
Le saccharure de hchen est rarement employé seul ; il sert surtout à préparer la gelée et les pastilles de lichen. Délayé dans une tasse d'eau bouillante, à la dose d'une cuillerée à café, il fournit une tisane de lichen très- agréable, surtout si l'on ajoute une petite quantité de sucre.
Sirop de lichen d'Islande. Lichen d'Islande mondé, 50 grammes; sucre, 1000 grammes ; eau, quantité suffisante. On lave le lichen à l'eau froide ; on le fait bouillir dans l'eau pendant quelques minutes pour le priver d'une partie de son amertume, et on rejette cette première décoction. On lave de nouveau le lichen à l'eau froide, et on le remet sur le feu avec environ un litre d'eau que l'on maintient ù l'ébullition pendant une demi-heure. On passe sans expression; on ajoute le sucre, on clarifie avec la pâte de papier, et on passe de nouveau lorsque le sirop marque, bouillant, 1,27 au densimètre (31° Baume).
Ce sirop ne se conserve pas longtemps en bon état; il s'altère même aussitôt que la bouteille qui le contient se trouve en vidange ; aussi est-d nécessaire de le renouveler souvent.
Pâte de Lichen d'Islande. Lichen d'Islande, 500 grammes; gomme arabique, 2500 grammes; sucre, 2000 grammes; extrait d'opium, 1^%50; eau, quantité suffisante. On met le lichen dans l'eau, et on chauffe jusqu'à l'ébulhtion; on rejette cette première eau, et on lave le lichen à plusieurs reprises. On le fait bouillir ensuite pendant une heure avec une quantité d'eau suffisante pour obtenir 3000 grammes de décoction, dans laquelle on fera fondre à la chaleur du bainmarie la gomme arabique concassée et lavée. On passe avec expression à travers une toile serrée ; on laisse en repos jusqu'à ce que la liqueur soit presque froide. On décante, on ajoute le sucre d'abord, et, vers la fin de l'opération, l'extrait d'opium dissous dans une petite quantité d'eau. On fait évaporer, en agitant continuellement jusqu'à consistance de pâte forme ; on coule celle-ci sur un marbre légèrement huilé ; quand elle sera relroidie, on l'essuie avec soin pour enlever le peu d'huile qui y adhèi^e, et on l'enferme dans une boîte. 100 grammes de celte pâte contiennent environ 5 centigrammes d'extrait d'opium. {Codex.)
Tablettes de lichen. Saccharure de hchen, 500 grammes; sucre blanc, 1000 grammes; gomme arabique pulvérisée, 50 grammes; eau, 150 grammes. On lait un mucilage avec Teau et la gomme mélangée préalablement avec un peu de sucre; on ajoute le saccharure, puis le reste du sucre, et lorsque la pâte est homogène, on la divise en tablettes du poids de 1 gramme. {Codex.)
Chocolat aulichen d'Islande. Chocolat, 1000 grammes; saccharure de lichen,. 400 grammes. On ramolht le chocolat dans un mortier écbaufié ; on incorpore exactement le saccharure de hchen, et on distribue la masse dans des moules. {Codex.)i
LICHEN D'ISLANDE (thérapeutique). 555
On prépare encore vme poudre de lichen d'Islande, mais pour l'olitenir il fau se servir de lichen non privé de son principe amer. Cette poudre est rarement prescrite, bien qu'elle soit cependant une bonne manière d'administrer le principe amer du lichen. On peut, avec de la poudre de lichen et quelques gouttes de sirop de sucre, préparer un électuaire qui peut être administré chaque jour à la dose de 4 à 10 grammes. T. Goisley.
§ III. Thérapeutique. Action physiologique. Le lichen dTslande possède des propriétés complexes dues à l'union de la fécule avec un principe amer ; il est à la fois un émollient, un analeptique et un tonique; et tant qu'il n'a pas été débarrassé du cétrarin, c'est le mode d'action des toniques amers tju'il est le plus disposé à développer. Mais lorsque ce principe en a été éliminé, il devient un médicament purement émollient, tout en conservant les qualités nutritives qu'il doit à la forte proportion de fécule qu'il contient.
Action thérapeutique. Il a été particulièrement invoqué comme médicament pectoral. Signalé, en 1675, par Borrichius, pour ses propriétés médicales; recommandé d'une manière plus précise, en 1685, par lljacrne (Méral et de Lens), il fut, d'après Sprengel, délinitivement introduit en thérapeutique ])ar Limifcus et Scopoli. Bergius, Crichton, Cramer, Stoll, Tronisdorif, Blurray, Goalier Saint- Martin, Regnault, etc., viennent successivement témoigner en sa faveur, chacun lui attribuant plus ou moins, sur les maladies chronic[ues des organes respiratoires, une iniluence, tantôt mal appréciée, tantôt évidemment exagérée. De là les éloges outrés qui lui ont été prodigués dans le traitement de la bronchite chronique, de l'asthme humide, de l'hémoptysie, de la phlhisie surtout; de là enfin la prescription banale et l'engouement populaire dont il est devenu l'objet en tous cas d'affection chronique des voies aériennes.
Il est inutile d'insister aujourd'huAiur l'impuissance radicale des préparations de liihen, quelles qu'elles soient, en présence de tubercules confirmés. Mais il ne faut pas laisser croire que cette substance ait une efficacité spéciale sur telle autre lésion des bronches ou des poumons, ou sur tel symptôme de leurs maladies ; sans doute elle ne vaut pas moins, mais elle ne vaut pas mieux que diverses substances féculentes, mucilagineuses, et à ce titre émollientes, qui peuvent être indifféremment prescrites pour calmer la toux en atténuant l'action irritante de l'air à l'origine de la muqueuse aérienne ; car l'action béchique des médicaments émolhents ne va pas au delà, ainsi que nous l'avons, il y a bien longtemps, démontré {voy. notre mémoire sur la médication émoUiente, in Méni. de lAcad. de méd., t. XIX, et Un. méd., 1851). Une action plus profonde, une action pectoale, de la part du lichen, est complètement inadmissible. 1 Reste encore, il est vrai, la double influence qu'il peut exercer en apportant dans l'organisme un élément féculent qui a une certaine valeur nutritive, et un principe amer dont l'action tonique ne doit pas non plus être contestée. Cette influence n'est pas sans profit pour les individus affaiblis, atteints de maladies ]ongues et graves des bronches ou des poumons. Mais on sait que les préparations do lichen sont ordinairement administrées dépouillées du principe amer. Le piineipj ahmentaire agit seul alors, bien inférieur en efficacité à ces agents énergiques uc reconstitution, huile de foie de morue, viande crue, vins généreux, etc., plus justement opposés aujourd'hui à la cachexie tuberculeuse. 11 serait donc plus rationnel de donner, dans les maladies chroniques de poitrine et particuhèrement aux sujets débilités, toute la substance du lichen, c'est-à-dire le holien non lavé, non
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blanchi ; et il nous a paru en effet que, de cette manière, le lichen avait plus d'efficacité. Telle est aussi l'opinioudeM. Bouchardat. Mais la plupart des malades ne l'acceptent pas facilement ainsi ; son amertume, comparable à celle de la gentiane, du quassia amara, étant jugée encore plus désagréable.
C'est cependant sans le laver que l'on doit administrer le lichen, dans certaines circonstances où l'on veut en obtenir des effets analogues à ceux que procurent les autres toniques amers : dyspepsies atoniques, faiblesse accompagnant les convalescences, épuisement succédant aux hcmorrhagies, marasme, consomption, etc. Les plus graves parmi les cas de ce genre ne le comporteraient évidemment que comme adjuvant d'agents réconfortants plus énergiques.
C'est enfin sous le même mode d'administration qu'il a été proposé comme fébrifuge ; et à ce titre, malgré les assertions de Marie Saint-Ursin et Dufour [Gazette de santé, 1808), il a dû se montrer plus d'une fois insuffisant. Quelques essais avec le cétrarin auraient, dit-on, été plus avantageux ; M. Mùller, de Kaiserslautern (Biichner, Répertoire de pharmacie, 1857), dit l'avoir trouvé, à la dose de 10 centigrammes, un puissant fébrifuge, opérant, il est vrai, plus lentement que la quinine, mais ayant l'avantage de ne pas irriter l'estomac. Gazin engage, ))0ur juger la question, à expérimenter, avec prudence, des doses allant jusqu'à 20 et 50 centigrammes. [Traité des plantes médicinales indigènes, 5^ édit.) Mouchon préfère la poudre de lichen, 5 à 6 grammes entre deux accès, ou l'extrait aqueux pulvérulent à dose moitié moindre. {Monographie des principaux fébrifuges indicjènes, Lyon, 185G.)
Nous devons noter qu'on attribue généralement au principe amer du lichen une certaine faculté purgative ; il faut donc y veiller, et modérer la dose du lichen non lavé ou le suspendre s'd agit trop vivement sur les intestins. Ajoutons aussi que ce principe donne, selon plusieurs auteurs, au lichen d'Islande des propriétés vermifuges, qui seraient encore plus prononcées dans les autres lichens plus amers dont, il sera fait mention à la fin de cet article.
En dehors du cadre des maladies de poitrine, le lichen a encore été conseillé partout oîi l'on croyait voir l'indication des remèdes adoucissants, mucilagineux, émollients. Ainsi il a été recommandé contre les phlegmasies gastro-intestinales, et particulièrement contre la diarrhée et la dysenterie chroniques. Mais il n'a réellement pas plus d'action spéciale dans ces cas que contre les affections pectorales, surtout s'il a été réduit à l'état de simple préparation amylacée.
Les propriétés nutritives du lichen sont plus positives que ses propriétés, thérapeutiques. Ainsi se justifie son usage comme aUment dans les régions septentrionales de l'Europe, oii il remplace en partie les farines des céréales qui y sont rares et chères. Là on le mange en outre de diverses autres manières. Ailleurs même on l'utilise comme aliment, et on le fait, par exemple, entrer dans la composition de certains chocolats. Enfin la parfumerie s'en est emparée, avec l'idée illusoire d'y trouver des propriétés cosmétiques particulières.
Pour l'emploi médical, le lichen d'Islande se prête à de nombreuses formes, dont les plus usitées sont la gelée, la pâte et la tisane ; celle-ci est ordinairement coupée avec du lait. 10 grammes de lichen suffisent pour obtenir \ htre de tisane, une dose plus fort e la rendant trop mucilagineuse ; si le médecin veut yconserver le principe amer, il doit l indiquer dans son ordonnance. [Voij. Licueks.)
D. DE Savignac.
Bibliographie. — Reissiî (II. S. E.). Diss. inaug. med. de Lichene Islandico. 1778. — TnoasDOiiF (G. B.). Progr. de Lichene Islandico. Eivord., 1778. — E. :.ing. Diss. de quassia
LICHENS (botanique). 537
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MCHEIV PlJi.]iiO!VAiRE, LicnEiV DES CIIIEXS, etc. ToHs les lichens employés en médecine seront étudiés aux mots Cladonie, Collema, Everma, Lecanora, Peltigera, SpH.Er,ococcus , Ramalina, Us.nea, Variolaria, démembrements de l'ancien genre Lichen.
Le L. Pulmonaire est devenu le type d'un genre distinct. {Voy. Loearia, Sticta, PcLjiONAiRE DE cuêne). Le L. Pyxiclé et le L. Cocciferiis sont des Scypiiophorus; le L. Vulpin, unEvERNiA ; le L. Pustuleux, un Gyrophora ; le L. des chiens, un Peltigera; le L. Agaric {Lichen Agaricus), une Sphérie {voy. ce mot).
Les Lichens tinctoriaux, notamment le L. de Grèce, sont en général des Roccella. {Voy. Orseille).
LIcnÉ]\liVE. Substance de couleur blanche, ayant la même composition que l'amidon, mais dure et cassante, soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool et l'éther. On l'extrait ordinairement du Liclicn d'Islande. L'action de l'eau bouillante, en se prolongeant, la transforme en dexfrine; celle des acides bouillants, en glycose, et celle de l'acide azotique la convertit à chaud en acide oxalique. {Voy. Lichens.) A. D.
LI1'UÉ\IQLE (Acide). Se trouve à l'état de sel de chaux dans certains
Lichens. {Voy. Lichens.)
LIcnÉ\u-STÉARlQL'E (Acide). Cet acide se rencontre dans le lichen d'Islande. Il a la forme de feuillets cristallins. Insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, mais surtout dans l'éther et les huiles. {Voy. Licheks.) .
lilCHElvs 0-si/jiv, dartre). § I. Botanique. Les Lichens sont des plantes cryptogames cellulaires rapprochées par des caractères communs qui en font un groupe homogène, mais ce groupe est rattaché aux classes voisines. Algues et Champignons, d'une manière assez intime pour qu'à diverses époques on ait refusé aux Lichens les caractères d'une division taxonomique d'importance égale à celle des Algues et des Champignons. Confondus par les anciens avec les Algues dont ils représentaient des types à vie aérienne, ils ont été dans ces derniers temps classés parmi les Champignons dont les rapprochent leurs organes reproducteurs. Linné rangeait les Lichens dans la division des Algues et les plaçait à côté des hépatiques. .Tussieu leur conserva cette place et, pour rester fidèle aux affinités qui rapprochent les Lichens de certaines espèces de Champignons, il introduisit ces champignons Pezizes, Sphéries, dans le groupe des Algues. Acharius, Fries et les auteurs qui les ont suivis ont donné aux Lichens une place à part et les ont constitués en une classe étudiée isolément dans la plupart des traités classiques.
Les Lichens végètent et forment des expansions sèches que l'on rencontre à la surface du sol, des rochers, des écorces et quelquefois des corps les plus polis, verre, rails de chemin de fer, etc., qui leur permettent d'être en rapport avec
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l'atmosphère; ils ne sont presque jamais submergés et ne croissent pas comme les Champignons soit dans l'obscurité, soit sur des substances en putréfaction. Leur tissu csL uniquement formé de cellules, et, comme toutes les plantes cellulaires amphigènes, ils n'ont pas une véritable tige, mais un thalle de forme, de dimension et de couleur variables. Le thalle se présente souvent comme une croûte mince, adhérente à son support, devenant quelquelois farineuse et pulvérulente. Ce thalle, appelé crustacé, a une forme irrégulière déterminée par un liséré de couleur Ibncée, d'autres fois sans limite précise ou même caché sous l'épidcrme desécorces (thalle hypophléode). La forme du thalle crustacé est la plus répandue. Une seconde forme est appelée foliacée et présente l'aspect de lames découpées à bords plus ou moins profondément lobés ou laciniés et n'adhérant à son support que par certains points de la surface inférieure. Enfin, chez un plus petit nombre de genres, le thalle semble prendre un développement acrogène, il s'allonge à partir de son point d'attache en formant des rameaux arrondis ou aplitis qui se ramifient; ce thalle est appelé frucliculeux, quelquefois ces deux dernières formes alternent sur le même individu et donnent au Lichen l'apparence d'un axe portant, des appendices, c'est l'aspect que présente la Cladonie verticillée.
La dimension des Lichens varie entre des limites généralement restreintes, Ie& uns sont punctiformes et à peine visibles, les autres ont plusieurs centimètres de diamètre, les grandes espèces de Peltigcra et de Sticta peuvent avoir jusqu'à 50 centimètres, on cite même des Lichens dont le thalle fruticuleux aurait atteint jusqu'à une dizaine de mètres (Usnées), mais c'est là un fait tout à fait exceptionnel.
La coloration est vive chez quelques espèces, plus généralement terne, jaune» brune, gris verdàtre, plus ou moins lavée ; elle n'est jamais d'un vert franc, sauf sur la tranche d'un thalle fraîchement coupé. La surface est tantôt lisse et vernissée, tantôt mate et pulvérulente ; l'état de la surface et la couleur peuvent du reste varier chez certames espèces suivant la composition chimique des corps qui les portent, bien qu'ils vivent surtout aux dépens de l'atmosphère. Les Lichens, en effet, ne sont jamais parasites, sauf quelques espèces réduites à un simple organe de reproduction et qui vivent sur d'autres Lichens.
Quels que soient les aspects et les formes particulières du thalle, on y reconnaît, si on étudie sa structure, deux sortes de cellules très-différentes : les unes allongées, incolores, régulièrement cylindriques, ramifiées, à cloisons éloignées, s'allongeant en filaments que les Allemands désignent sous le nom de hyphes» elles sont tout à fait comparables aux éléments cellulaires qui forment le tissu des Champignons; les autres sphériques, isolées les unes des autres de 1/55 à 1/100 de niillimètres de diamètre, ]:résentent tous les caractères de certaines .Mgues ■ unicellulaires et se multiplient, comme elles, par formation intracellulaires de cellules nouvelles ou par gemmation. Ces cellules vertes qui tranchent sur la trame filamenteuse du Lichen ont reçu le nom de Gonidies. Elles ne constituent le principal élément que dans un très-petit nombre d'espèces dont le thalle est gélatineux, épais, semblable aux Nostocs et qui ont, avec ce genre d'Algues, la plus grande affinité. Chez tous les autres Lichens la trame principale est formée parlescellules allongées. Ces cellules, très-rapprochées à la surface supérieure, y forment une première couche appelée corticale, dont la portion superficielle, amorphe, comme la cuticule des phanérogames, est quelquefois colorée. Les Gonidies apparaissent au-dessous et y dominent de manière à former une deuxième couche «ppcléo couche gonidiah ; dans les Lichens fruticuleux, cette couche, comme la
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précédente, est circulaire. Les Gonidies ont une enveloppe épaisse, elles sont remplies d'un endochrome vert ou vert bleuâtre.
Une troisième couche inférieure, appelée médullaire, est formée par les cellules allongées qui s'enchevêtrent et donnent lieu à un tissu lâche dont les mailles contiennent de l'air; on y rencontre fréquemment des cristaux d'oxalate de chaux. La présence de ces cristaux a été indiquée à tort comme pouvant établir une distinction entre les Lichens et les Champignons ; ces mômes crist:aix se retrouvent chez les Clavaires, les Exidies, les Myxomycètes, chez quelques Champignons il yen a non-seulement dans les espaces intercellulaires, mais même d;\ns l'intérieur des cellules, notamment chez VAgaricus conicus L. Les cellules allongées des Lichens ont une paroi épaisse, leur calibre est très-petit, elles rappellent les cellules qui entrent dans la structure du réceptacle de certaines espèces fungiques beaucoup plutôt que les cellules à paroi mince du mycélium. La partie du Lichen considérée comme l'analogue du mycélium des Champignons est la couche la plus inférieure appelée hypothalle ; cette couche est fugace, elle apparaît la première à la suite de la germination des spores, et il n'en reste souvent de trace que dans la bordure étroite et foncée qui dessine le contour des thalles crustacés.
On considère aussi comme faisant partie de l'hypothallc, les Rhizines qui iixent la plante à son support; ce sont des rangées de cellules qui se détachent perpendiculairement à la surface inférieure du thalle et plongent dans le sol où végète le Lichen. Les Lichens dont le thalle présente, distinctes, les couches qui viennent d'être éaumérées, ont été appelés héléromères. Lorsque les gonidies et les cellules cdlongées sont entremêlées sans distinction découche, on les dit homœomères. On a supposé que les gonidies naissaient des cellules allongées, M. Bayrofler a pensé que l'extrémité de courtes branches latérales des cellules filamenteuses ou hyphes se gonfle en une petite cellule ronde qui se remplit de matière verte et s'isole bientôt; les figures qu'à données M, de Bary (Morphol. und Plvjsiol. der Pilze, Flechlen, und Myxomyceten, 1866, p. 258, 264) paraissent confirmer cette hypothèse; toutefois on constate très-difficilement les diverses phases de ce développement et ce que l'on vérifie le mieux, c'est l'adhérence que présentent quelquefois les gonidies et les cellules filamenteuses; il est donc difficile d'arriver à une entière certitude.
Chez les gonidies vertes la paroi se colore en bleu sous l'influence de l'iode, elle ne donne pas cette réaction chez celles qui sont vert bleuâtre, la paroi des cellules filamenteuses ne se colore presque jamais en bleu, elle jaunit sous l'influence de ce réactif. Ces deux systèmes de cellules fournissent la substance gélatineuse qui donne aux Lichens des propriétés médicales adoucissantes, analogues à celles de beaucoup d'Algues et de Cryptogames assoz éloignées, les Fougères par exemple. Dans les Lichens qui appartiennent aux Collemacés, l'abondance de la substance gélatineuse parait bien due à la prédominance des gonidies, mais dans le Cetraria islandica Ach., dans le Spluerophoron Coralloïdes Pers., la trame filamenteuse de la couche médullaire traitée par l'eau bouillante donne une gelée abondante; cette gelée se colore en bleu par l'iode, bien que la cellule, à l'état frais, n'offre pas cette réaction. La gelée obtenue de cotte manière est formée par un amidon pariiculier, Tamidon de Lichen ou lichénine, dont le caractère distinctif de l'amidon ordinaire est précisément de former, dans l'eau bouillante, une solution gluante au lieu d'un véritable empois. L'amidon ordinaire se rencontre aussi dans les Lichens comme chez les Algues, et sous ces deux formes
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il constitue, avec une substance azotée spéciale, la partie nutritive essentielle des Lichens, utilisée soit par Tliomme, soit par les animaux. Suivant Thénard, deux kilos de farine formée par la pulvérisation du Lichen d'Islande équivalent à un kilo de farine de blé. Un autre principe, très-répandu chez ces plantes, est le cetrarin ou acide cétrarique très-amer, cristallisable, très-soluble dans l'eau et surtout dans une solution de potasse. L'amertume que cette substance communique aux Lichens est très-prononcée; laVariolaire {voy. ce mot) est remarquable sous ce rapport et a été employée, ainsi que plusieurs espèces exotiques, comme antipcriodique, tonique et anthelminthique. On utilise enfin les principes colorants contenus chez plusieurs espèces {voy les articles consacrés à ces espèces et entre autres : Lecanore, Parelle, Parmélie, Rocelle). Presque toutes les espèces à thalle crnstacé et un grand nombre d'espèces à thalle foliacé fournissent des couleurs analogues à celles que l'on retire des Pacelles ou des Rocelles.
Quelques espèces passent pour provoquer des purgations ou des vomissements, mais on n'en connaît aucune de vénéneuse. Le Chiodecton, accusé de contenir de la brucine, parce qu'il croissait sur l'écorce de la fausse Augustine, a été reconnu n'être qu'une excroissance de cette écorce elle-même. Ce que les Lichens empruntent au support sur lequel ils vivent est du reste assez difficile à déterminer. Les Lichens se développent sur des corps qui ne peuvent leur fournir les matériaux de leur organisation, et il est évident qu'ils ne les tirent que de l'atmosphère, sans parler de ceux qui, comme le Lecanora esculenta Eversm. {voy. Lecanore), se développent et s'accroissent sans être attachés à leur support. 11 y a cependant des Licliens dont la couleur change ou devient plus intense suivant le sol sur lequel ils se développent, et il y a une relation bien connue entre l'existence des oxydes de fer ou de manganèse dans une roche et la couleur des Lichens implantés sur cette roche.
L'action produite sur les rochers par la végétation des Lichens ne saurait, du reste, se produire sans qu'il y ait assimilation de quelques-uns des principes dissous ou décomposés par suite de cette action, en particulier de l'acide carbonique lorsque la plante végète sur un support calcaire. L'humidité entretenue au point où végète le Lichen, l'introduction des rhizines et les décompositions chimiques résultant de la végétation du thalle amènent une désagrégation graduelle des roches les plus compactes. Les Lichens remplissent donc un rôle important au point de vue de la physiologie générale, ils aident à la formation d'un sol plus propre que la roche à recevoir les semences des végétaux d'une organisation plus élevée et qui permet leur développement.
On retrouve les Lichens là où nulle autre plante ne peut atteindre, près des limites des neiges éternelles et au voisinage des pôles ; dans cette dernière station ils sont d'une très-grande utilité, soit en fournissant un aliment à l'homme, soit en servant de fourrage aux rennes dont l'homme tire un si grand parti. . A partir de ces points extrêmes on retrouve les Lichens dans toutes les régions de la terre et sous toutes les latitudes. Quelques espèces qui croissent sur les rochers, dans les régions froides, se retrouvent sur les écorces dans les forêts ombragées des régions plus chaudes; un très-petit nombre d'espèces sont liées à un substratum spécial, en particulier à la résine ou aux écorces résineuses. Dans les pays très-cultivés, les Lichens sont plus rares et d'une manière générale leur proportion, relativement aux phanérogames s'accroît à mesure qu'on avance vers le nord, mais ils sont les seuls végétaux qui présentent un aussi grand nombre d'espèces répandues dans les régions les plus éloignées entre elles et les plus
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diverses. Ce fait s'observe surtout pour les Lichens saxicoles que l'on retrouve à la fois sous les tropiques et dans les régions polaires.
Une accommodation pareille à des circonstances atmosphériques si diffci'entes suppose chez ces plantes une très-grande él;isticité des propriétés vitales; les Lichens supportent la dessiccation avec une grande facilité; dès qu'ils sont humectés, ils végètent de nouveau, offrant ainsi un phénomène de reviviscence analogue à celui que montrent un certain nombre de graines et quelques animaux inférieurs. Toutefois les Lichens se montrent assez difficiles au point de vue de la pureté de l'atmosphère. On a remarqué qu'ils semblent fuir les villes et d'après M. Nylander ceux qu'on y rencontre n'y arrivent qu'à un développement incomplet. Le développement des LichenjS pourrait ainsi devenir une sorte de mesure de la salubrité de l'air et ces plantes fourniraient ainsi au médecin un hygiomètre très-sensible. En étudiant la végétation des Lichens dans les jardins de Paris, M. Nylander arrive aux conclusions suivantes relativement au jardin du Luxembourg : « Les Marronniers de l'allée de l'Observatoire y sont surtout remarquables par les nombreux Lichens qui couvrent leurs écorces, et ce, en telle abondance, qu'il faut aller en dehors de la ville pour trouver quelque chose de semblable. Cette circonstance autorise certainement à affirmer que la partie du Luxembourg dont nous parlons est le heu le plus sain de tout Paris. » {Bull, de la Soc. Bot. de France, t. XIII, 1866, p. 365.) La durée de la vie chez les Lichens paraît très-longue, et M. Léveillé s'est assuré que non-seulement le thalle est vivace, mais même le réceptacle fructifère, caractère cjne l'on ne retrouve ;t aucun degré chez les Champignons.
Les organes de reproduction les plus apparents ont la forme de réceptacles arrondis, appelés scutelles ou plus généralement apothécie (Apothecium). Us sont de petite dimension, mais en général assez apparents à cause de leur coloration distincte, franche, ou même tout à fait différente de celle du thalle. Les Apothécies connues depuis Micheli (1729) sont disséminées sur toute la surface du thalle ou sur le bord des expansions foliacées et de ses lobes, ou à l'extrémité de petits supports à forme fruticuleuse, d'autres fois elles sont trèsconcaves et enfouies dans le tissu même du thalle. Ce réceptacle ou conceptacle, toujours formé aux dépens des cellules filamenteuses et ne contenant que peu de gonidies, est tapissé de cellules dressées parallèles dont les unes étroites, mince"?, portent le nom de paraphyses, les autres de mèmeforme, mais plus larges, portent le nom de thèque. Ces thèques contiennent les spores en nombre défini, ordinairement 8, plus rarement 2, 4, 6 et môme de vingt à cent et au delà. Les paraphyses et les thècjues forment par leur ensemble un véritable hyme'nium, semblable à celui des champignons tbécasporés. (Voy. Champignons.)
L'hyménium des Lichens, souvent appelé thalamium, est pénétré d'une substance mucdagineuse qui bleuit par l'iode ainsi que le sommet des thèques. Les spores bleuissent aussi quelquefois mais plus rarement, elles sont tantôt uniloculaires, tantôt cloisonnées, tantôt incolores, tantôt colorées. Leurs dimensions varient depuis 0'"™,00i jusqu'à 0'""',5 dans leur plus long diamètre; elles ont une double paroi et germent comme les spores des Champignons en émettant nu ou plusieurs filaments cellulaires cylindriques qui s'allongent, se cloisonnent et se ramifient. M. Itzigsohn et M. Tulasne ont fliit connaître d'autres organes auquels on a attribué le rôle d'organes mâles : ce sont les sperviocjonies nui se montrent comme des points noirs ou foncés, groupés ou disséminés à la surface supérieure du thalle d'un grand nombre de Lichens ; ces spermo'^ories sont des réceplables tapissés à leur intérieur par des cellules allongées appelées
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stérigmntes ; les stérigmatcs donnent naissance à leur extrémité et le long de leur paroi à de très-petils corps cylindriques allongés, incolores, appelés spermaties ; les spermaties ne germent pas et possèdent un mouvement de trépidation très-apparent, on a comparé ces petits corps aux anthérozoïdes de beaucoup de cryptogames, mais ou n'a jamais pu s'assurer directement s'ils servaient réellement cà la fécondation. On rencontre encore une autre forme de conceptable appelé pycnide dans lequel prennent naissance des cellules capables de germer appelées stylospores. Les spermogonies et les pycnides ne sont pas des organes spéciaux aux Lichens, ils ont été retrouvés chez les Champignons.
Les Lichens ont encox^e un mode de reproduction qui rappelle les moyens de propagation agame par bulbilles, bourgeons mobiles, que l'on retrouve chez les végétaux plus élevés en organisation. Des gonidies isolées ou groupées, entourées ou entremêlées d'éléments cellulaires allongés du thalle, forment une petite masse arrondie qui s'isole, se fait jour à travers la couche corticale et peut reproduire un nouveau thalle s'il est placé dans des conditions convenables; ces productions ont reçu le nom de sorédies. Les gonidies peuvent du reste s'individualiser et avoir une vie tout à fait isolée. MM. Faminlsiu et Boranetsky ont observé qu'elles peuvent donner naissance à des zoospores qui se développent dans l'intérieur de chaque gonidiede môme que dans certaines Algues unicellulaires. {Voy. Algues). 11 résulte de ces recherches qu'il n'y a aucune distinction possible entre les gonidies de plusieurs Lichens {Physcia, Parietina, Cladonia, Evernia), et les Algues des genres Cystococcus, Protococcus, Palmella. Plusieurs espèces de ces genres pris pour des Algues ne seraient par conséquent que des gonidies de Lichen vivant libres et isolées; un fait qui vient à l'appui de cette hypothèse, c'est la faculté que possèdent d'autres parties des Lichens de s'isoler et de s'individuahser par suite d'une sorte d'évolution appelée anamorphose, et qui apporte dans la vitalité de telle ou telle partie des modifications ou des altérations assez importantes pour au'on ait fondé sur ces caractères anormaux de fausses divisions génériques. L'hypothalle peut s'allonger en un corps floconneux qui prend une grande prépondérance, le thalle devenir pulvérulent, se désagréger et présenter cet aspect particulier qui a donné lieu à la fondation du genre Lepraria. Les Âpothécies s'isolent comme les parties du thalle et se développent librement. On a regardé aussi les gonidies comme de véritables Algues sur ou entre lesquelles se développerait la trame d'un champignon; le Lichen ne serait que le résultat nécessairement fortuit et variable de ce pseudo-parasitisme. Cette théorie est difficile à accorder avec la persistance d'une forme typique quelconque, les relations toujours les mêmes des gonidies et de la couche médullaire, le développement des Lichens débutant non pas par la forme gonidique, mais par l'hypothalle filamenteux végétant dans des conditions et à des expositions oia l'Algue qui devrait servir de substratum ne se rencontre guère.
Ce n'est pas ici le lieu d'approfondir cette discussion ; mais ilrésulte de l'étude précédente que si les Lichens ont de grands rapports avec les Champignons, ils en ont aussi de très-positifs avec les Algues. Celte fusion si remarquable de caractères empruntés à deux groupes bien définis et tranchés dans leurs types les plus complets, donne une physionomie très -spéciale au groupe des Lichens et de\ient un caractère d'assez grande importance pour qu'il soit difficile de ranger les Lichens parmi les Champignons. Les Lichens forment donc une classe, intermédiaire aux Algues et aux Champignons ne contenant qu'une seule famille divisée en trois tribus correspondant aux trois familles de M. Nylander.
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I. Les Collemacés ou Lichens à thalle très-simple, homœomère, gélatineux. Ou retrouve dans cette tribu des formes de thalle rappelant les thalles fruticideux ou foliacés de la troisième tribu. Ephebe, Licliinia, Collema, etc.
II. Les Myriangiacés ne comprenant qu'un genre dont l'organisation plus spécialisée que celle des Collemacés est moins complète que celle du groupe qui suit. Myriangium.
m. Les Lichénacés comprenant la majeure partie des Lichens se divisent en six séries secondaires fondées à la fois sur la considération du thalle et des apothécies. Les genres principaux : Calicium, Conocijbe, Bœomyces, *C(adonia, Stereocaulon, *RocceUa^ *Usnea, Alectoria, *Evernia, *Ra?nalma, *Cetraria, *Peltigera, *Sticta, *Pormelia, *Physcia, *lj'mbilicana, *Lecanora, *Pertusaria, Variolaria , Lecidea, Graphis, Opegrapha. Verrucaria, etc. Ceux qui sont plus particulièrement d'un usage médical ou économique sont désignés par un astérisque.
Les classifications les plus usitées avant celle-ci, proposée en 1858 par M. Nylander, reposaient, la plus ancienne, celle d'Acharius, sur la situation et les rapports du fruit ou apothécie avec le thalle, et la plus connue et la plus conmiunéiiient employée, celle de Fries, sur la nature des apothécies; les unes ouvertes et apparentes au dehors servaient de caractéristique à la division des Gymnocarpes, les autres incluses dans la substance du thalle caractérisaient celle des Angiocarpes.
Cette classification, tout en réalisant un progrès, ne [)Ouvait plus continuer à être en usage du moment où l'on s'est aperçu que certains Lichens portaient à la fois des apothécies ouvertes et des apothécies du type des Angiocarpes. {Voy. Lichens.) J. de Seykjîs.
BiBLiootiAPHiE. — Une énumérafion très-complète de ce qui a été écrit sur les Lichens a été publiée en un volume in-S" par M. Krempelluibei- sous ce titre : Geschichtc uml Litteratur dcr Lichenologie, Munich, 1867. Nous renvoyons à cet auteur, en nous bornant à ciler quelques ouvrages classiques et qvielques mémoires saillants.
MicnELi. Nova ])lantarum gênera. Florenliœ, n'iO. — Hoffmann. Plantœ Uchenosœ. Lipsiœ, 1789-1801. — AcHARius. Lichenographia universalis. Gœttingpe, 1810. — 'W'ali.roth. Naturgeschichte der Flechtcn. Frankfurt , 1825-'27, — Fée. Cours d'histoire naturelle pharmaceutique, Pai'is, 1828. — Fries. Lichenographia Europea reformata. Lond. Goth., 1X51. — Endlicher. Enchiridion botanicum. Lipsiœ, 1841. — Montagne. Aperçu morpliologique delà famille des Lichens. Paris, 1846. In art. Lichen in Dictionnaire d'Orbigny. — Massalongo. Pdcerche sulV antonomia dei fÀcheni crostosi, 1852. — Tulas.ne. Mémoire pour servir à l'histoire organog. et physiot. des Lichens, 1852; Ann. des se. natur., 5" sér., t. XVII. — NïLAKDER. Synopsis mcthodica Lichenum. Paris, 1859. — Pereira. Mat. mcd. Lond. (4° éd.). — De Bary. Morphol. nnd Physiol. der Pilze, Flechten und Myxomicden. In Handbuch der phijsiol. Botan. von Wilh. Hofmeister. Leipzig, 1866. — Famixtzin et Boraxetzky. Changement des Gonidies des Lichens en zoospores. In Ann. des se. natur., 5» série, t. Ylll, 1867. — Roumeguère. Plantes acotylcdones d'Europe, famille des Lichens. Toulouse, 1868.
Vovez en outre les articles: Cétraire, Cétbarin, Cladome, Collemé, evernie , Erythrixe, Lecanore, Lichénine, Orcine , Orseille , Parelle, Pauméue , Peltigère, Pertosaire , Physcie, Ramaune, Rocelle, Rocelline, SiicrA, Usnée, Variolaire. J. de S.
g IL Matière médicale. Les lichens, dont le nom vient de Iti/j/j, dartre, delà forme croûteuse des expansions de ces plantes, sont intéressants, et comme médicaments et aliments, et comme substances tinctoriales.
Les propriétés médicinales des lichens sont de deux ordres : ils sont toniques et doivent cette vertu à une matière amère, ou ils sont nourrissants et analeptiques, parce qu'ils contiennent un principe qui se rapproche de la fécule. Les mêmes propriétés paraissent se retrouver, plus ou moins développées, dans tous les lichens loUacés qui sont à peu près les seuls dont on se serve en médecine. L'analogie