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LIEUTAUD

hémoptoïque ; efficacité relative, sinon même fortuite, soit; mais d'ailleurs est-il permis d'en déduire un précepte pour des applications nouvelles, en telles circonstances , aujoui'd'hui que nous connaissons des agents évidemment meilleurs contre l'hémoptysie? On ne peut donc concéder qu'à titre d'auxiliaire la plante en question dans l'imminence ou pendant le cours des hémorrhagics bronchiques et pulmonaires.

Ces justes restrictions étant apportées à l'influence du lierre terrestre comme médicament pectoral, nous allons voir qu'il faut encore plus rabattre des éloges qui lui ont été donnés sous d'autres nipports.

Baglivi recommande la teinture alcoolique de lierre terrestre contre les débilités d'estomac, la dyspepsie, les flatuosités ; utilité possible, mais pour de pareils cas d'autres médicaments inspireront à bon droit plus de confiance.

Sennert et Plater affirment qu'il excite les reins et la vessie au point de favoriser la sortie des petits calculs; cette action, dont Cullon, très-sceptique à l'endroit des vertus du lierre terrestre, doutait avec liaison, personne depuis n'a songé à la vérifier.

Lautt a proclamé cette labiée un puissant fébrifuge. Rey y a vu un remède contre la céphalalgie; Sultif un sédatif direct du cerveau, utile comme tel dans les maladies mentales.

On le voit, en dehors du cercle des affections pectorales, il n'y a plus que des indications vagues et contestables pour l'emploi médical, à l'intérieur, du lieiTe terrestre.

A l'extérieur, il a servi, en infusion ou en décoction, pour exciter et modifier les ulcères; en cataplasmes, que l'on a considérés comme devenant ainsi toniques résolutifs et calmants.

Le lierre terrestre se donne aujourd'hui, soit en infusion, à la dose de 10 à 30 grammes, soit le suc, de 50 à 80 grammes.

Des essais, infructueux paraît-il, ont été tentés en Angleterre pour, ;( l'aide de cette plante, soit clarifier la bière, soit augmenter sa force. En Orient, un autre usage, qu'on dit mieux réussi, est de manger les galles du lierre terrestre, ou pommes de terrète, produites par un diplolepis. Mérat et Delens disent que les maquignons mélangent les feuilles de cotte plante avec l'avoine des chevaux pour leur faire rendre des vers. Enfin, on a prétendu que ces feuilles peuvent, à défaut de celles du mûrier, servir à la nourriture des vers à soie. D. de Savignac.

Bibliographie. — Rddbeck fils (0.). Diss. de Hedera. Upsaliœ, 1707. — Hedeu (C. A.). Diss. de Hedera terrestre. Altorfii, 17313. — Bendeh (C. B.). Diss. de Glechemate hederacea. Erlangen, 1787.

LIERRE DL" CAIVADA. Yoy. SuMAC.

LIERRE DE CILICIE. Voy. SALSEPAREILLE.

HEL'TAL'» (Joseph). Né à Aix, en Provence, le 21 janvier 1705, enfant de l'école de Montpellier, neveu de Gariel, botaniste distingué du midi de la France, ce médecin gravit rapidement l'échelle des honneurs. Louis XV l'appela auprès de lui ?près la mort de Sénac (1770), et il passa de là aisément à la cour de Louis XVI, dès l'avénemeut de ce prince au trône, c'est-à-dire le 14 mai 1774.

La renommée aux cent bouches l'y avait déjà précédé.

Lieutaad avait la passion de l'anatomie. Attaché pendant un grand nombre d'années à l'hôpital royal de Versailles, établi pai' lettres patentes du mois de

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juin 1720, il trouva là à faire une ample moisson de découvertes, et l'on rapporte qu'il y disséqua plus de douze cents cadavres, étudiant, scrutant la nature, non pas seulement dans son expression naturelle, mais encore dans les désordres qu'elle laisse après la mort lorsqu'elle a été souffrante durant la vie. f.es ouvrages ({u'il a lai>sés ne sont pas exempts d'inexactitudes, de fautes même ; mais en revanche ou y trouve une foule d'observations lines et délicates, un tableau méthodique, simple et clair des articulations, une démonstration fort exacte de l'œil et du cerveau, une exposition admirablement faite d(^s muscles de la face, du pharynx et du dos. Il peut être regardé comme le fondateur, en France, de l'anatomie pathologique, et s'il a manqué du génie qui fait tout à coup sortir du néant une idée heureuse, il n'en a pas moins conçu le premier le plan de réunir dans un cadre toutes les altérations morbides, et le leur appliquer la symptomatologie.

Lieutaud mourut le 6 décembre 1780.

Nous avons vu signés de lui les ouvrages suivants :

I. Eîementa physiologiœ juxta solertiora notissimaque physicorum expermenin et accuratiores anatomtcormn observât iones concinnnta. Amsterdam, 1749, in-8°. — II. Essais anatoniiques contenant Vhistoire exacte de toutes les 2^(irtîes qui composent le corps de l'homme, avec la manière de disséquer. Aix, 1742, in-S"; Paris, 1760, in-4; 1772, 2 vol. in-8»; 1776, 2 vol. in-8°. Trad. en allemand. Leipzig, 1782, in-8. — III. Précis de la médecine pratique. Paris, 1759, in-8°. — lY. Précis de la matière médicale. Paris, 1766, in-8». — V. Historia analomico-medica, sislens numerosissima cadaverum humanorum exstipia. Paris, 1767, in-4° ; Gotlia, 1790, iii-8°. — V. Relation d'une maladie rare de l'estomac, avec quelques observations concernant le mécanisme du vomissement et l'usage de la rate. Mém, de l'acad. des se, année 1752, p. 223. — VI. Synopsis universœ praxeos medicce in binas partes divisa; quaruni prior omnium morboriim compectum exhibet ; altéra vero rem ifiiedicamentariam, perpetuis commentariis illustratam, sistil; cui subjungitiir liter De cibo et potu. Paris, 1770, in-4°, 2 vol. A. G.

I.IÉ'VUË. Genre de Mammifères rongeurs établi par Linné, ayant pour type le Lièvre commun. Ces animaux ont des caractères très-nets fournis par les formes du corps, un système dentaire spécial et des habitudes assez analogues; mais les diverses espèces du genre sont très -voisines entre elles et souvent difticiles à distinguer.

Les dents incisives sont au nombre de six, il y en a quatre à la mâchoii'e supérieure et elles sont placées parallèlement par paires les unes derrière les autres, les antérieures convexes, sillonnées à leur face externe, cachant en'ièrement les postérieures qui servent d'arc -boutant aux deux incisives du maxillaire inférieur. Les molaires sont au nombre de vingt-deux, ainsi disposées |5| ; elles sont formées de lames verticales soudées, et ces dents sont ciselées vers leur extrémité libre et suivant l'axe latéral. Les autres caractères sont une tête grosse, le museau épais, à poils courts et soyeux ; les yeux grands, saillants, latéraux, avec des membranes clignotantes; les oreilles longues et molles, poilues en dehors, presque nues en dedans, la lèvre supérieure fendu9 jusqu'aux narines; l'intérieur de la bouche! garni de poils. Les pieds antérieurs sont courts, grêles, à cinq doigts; les postérieurs sont fort longs, à quatre doigts ; tous les doigts sont fortement serrés les uns contre les autres et avec des ongles peu arques ; les plantes et les palmes des pieds sont velues. La couleur du pelage est roussàtre, variée de blanchâtre et de noir suivant les espèces ; la queue courte et presque nulle.

Les Lièvres sont des animaux timides que le moindre bruit effraye, très-rapides

la course, vivant de matières végétales. On en connaît une quarantaine d'es| cces

qui se répartissent très-naturellement en deux sections. Les Lièvres (Lepus) et les Lapins {Cunicidvs).

C'est à la première division que se rapporte le Lièvre commun (Lepus timidvs Linné, la^wçÉlien, Lepns Pline), trop connu pour qu'il soit besoin de le décrire. On sait que le Lièvre vit sur la terre et ne creuse pas de terrier. Il est nocturne, cherche sa nourriture et s'accouple après le coucher et avant le lever du soleil. Le mâle porte en vénerie le nom spécial de bouquin; le rut a lieu de décembre à mars, et les mâles, à cette époque, traversent des terrains immenses. La femelle prend le nom de hase et reste généralement sédentaire. La gestation est de trente à quarante jours, et la portée de trois à quatre petits mis bas en rase campagne, sous une touffe d'herbe ou dans un buisson. Les jeunes levrauts sont allaités pendant vingt jours, puis restent isolés, vivant de racines, d'herbes, de feuilles, de fruits ou de grains, et rongeant aussi l'écorce des arbres.

La chasse du lièvre empêche la multiplication de ces animaux; ell ■ fournit à l'industrie et à l'alimentation une dépouille et une chair utiles. Les fourreurs préparent la peau du lièvre qui, chez une espèce de Russie (Lepus variabilis), est blanche l'hiver. Cette fourrure peut, comme beaucoup d'autres, servir contre les névralgies et les rhumatismes en maintenant une température constante sur les parties malades du corps humain où on la place. La chair du lièvre est savoureuse et excitante; c'est une viande noire. [Voy. Viandes.) Les lièvres qui vivent dans les plateaux montagneux, sur les coteaux où abondent les plantes aromatiques, ont une chair très-supérieure à celle des lièvres habitant les plaines basses et marécageuses. La chair du Lièvre était défendue au peuple juif; elle a été aussi proscrite par Mahomet.

Dans ces derniers temps on a fait de nombreuses expériences pour croiser le Lièvre et le Lapin, 11 s'est produit sous cette influence des métis qui forment des races d'animaux plus riches en viande et plus gros que les parents, et qu'on a désignés sous le nom de Léporides. Paul Broca a publié sur cette question un intéressant travail.

L'ancienne médecine admettait dans sa pharmacopée diveises parties du lièvre, la graisse [axungia leporis) servait contre les taies des yeux. Le sang était regardé comme un tonique. Le foie, la bile, les testicules et jusqu'aux excréments avaient leur emploi, ainsi que l'os astragale, pied de lièvre {leporis tali).

La deuxième division des Lièvres comprend les Lapins, parmi lesquels figure au premier rang le Lapin commun [Lepus cuniculus), dont il a été question déjà. {Voy. Lapin.) A. Laboulbèke.

£,IGAME\TS [ligamentum de ligare lier, allem. Band, o-uvôso-pô;). Le

nom de ligament a été donné à des parties très-diverses qui n'ont de commun que le rôle banal de liens, réunissant entre eus divers organes, ou en assurant la position.

Gomme le fait remarquer A. Paré, « ligament est usurpé généralement et spécialement.... généralement pour toute partie du corps laquelle conjoint une partie avec l'autre ; en laquelle acception le cuir peut être dit ligament, pour ce qu'il contient toutes les parties internes jointes ensemble. » Les efforts de l'école d'Alexandrie, de Gahen surtout, puis de Vésale, pour établir la nature des ligaments, n'ont pas empêché que longtemps on ne confondît sous ce nom les tendons, les aponévroses , un grai c( nombre d'organes fibreux, et même des nerfs, comme l'avaient fait Hippocrate et Aristotc. Weitbrecht dans son beau traité De syndesmologia, traduit sous le titre de Desmographie, par Tarin, crut nécessaire

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de décrire à côté des ligaments qui servent à unir entre eux des os ou des cartilages, non-seulement les parties fibreuses et membraneuses qui lient les cartilages ou les os, les tendons en leur place, qui, en dehors des ligaments articulaires, circonscrivent des orifices, des anneaux, ou servant d'insertions musculaires (lig. sacro-sciatiques , L. de Fallope, L. interosseux, gaines tendineuses); mais encore, les ligaments des parties molles, c'est-à-dire « toutes les membranes et les duplicatures des membranes qui unissent des parties molles et les viscères à d'autres parties voisines, les y suspendent et les retiennent ; » tels que sont les ligaments des paupières, des lèvres, de la luette, de la langue et des viscères. L. de la vessie, L. large, L. du foie, L. cutané du coccyx. Enfin comme ledit Tarin, pour ne pas tout à tait s'éloigner des autres anatoraistes, on se croyait alors obligé de décrire des ligaments qui ne méritaient ce nom qu'à titre de comparaison, tels que la corde de Willis, la corde du tambour, le ligament ciliaire, etc. L'énumération de (outes les parties désignées sous ce nom serait fastidieuse; il faudrait en ajouter d'invention moderne, qui ont l'avantage d'attirer l'attention sur le rôle de diverses lames fibreuses ou aponévrotiques et que l'on retrouvera dans la description des divers viscères ou des séreuses. {Voy. Péritoike, Péricarde, Ptiivr.E, PoujiON, Utérus, etc.) Appliquant ici aux ligaments leur dénomination la plus restreinte, nous nous occuperons seulement des ligaments articulaires ou ligaments proprement dits, c'est-à-dire les parties fibreuses qui servent à l'union des os et des cartilages, s'insérant par leurs deux extrémités sur des segments différents du squelette.

Ainsi circonscrits, les ligaments font partie des organes du système fibreux (Bicbat, Bérard, Robin). Les bourrelets, disques et ménisques interarticulaires, appelés aussi fibro-cartilages (voy. ce mot), sont distincts des ligaments articulaires par leur position, leur rôle, certaines particularités de structure qui ont fait consacrer par l'usage leur description isolée.

Béclard, sous le nom de tissu ligamenteux ou desmeux, a réuni toutes ces^ parties qu'il décrit d'ailleurs séparément ; et l'on doit reconnaître qu'au point de vue de l'anatomie extérieure, aussi bien que de la texture, certains ligaments se confondent avec les aponévroses d'insertion, des faisceaux fibreux forment autour des articulations des sortes de ligaments, et le ligament rotulien représente un véritable tendon.

Situation. Forme. Caractères extérieurs. Les L. présentent par rapport aux articulations des dispositions variées qui les ont fait distinguer d'une part en L. périphériques s'insérant sur des saillies qui limitent, surmontent ou dépassent les surfaces articulaires et unissant ainsi les os à distance; d'autre part en L. interosseux qui sont ou intra-articulaires comme le L. rond, ou situés en dehors de l'article (L. sacro-iliaque, costo-vertébral) . Les L. ont des connexions importantes avec les parties molles et les os. On peut décrire aux L. périphériques deux faces, dont l'une est en général tapissée par la synoviale. Les hgaments interosseux, arrondis et longs, sont entourés par la synoviale de toutes parts ceux qui plus courts s'épaississent en une masse plus ou moins étendue, peuvent n'être en rapport q'iie par l'une des faces avec la synoviale, quelquefois empêchent la communication de deux synoviales entre elles (au carpe, au tarse), et peuvent être en dehors de l'article. Les insertions se font ou directement sur l'os, ou sur le périoste et même le péiichondre avec lequel les L. semblent se continuer ou sur les bourrelets et fibro-cartilages. Leurs rapports avec les muscles et les tendons sont intéressants à étudier dans chaque articulation, au point de

vue du mécanisme des mouvements. La plupart des L. périphériques semblent se continuer avec les tendons et les aponévroses d'insertion, dont les fibres prennent attache sur eux.

Les formes des L. sont très-variables et sont appropriées à des rôles différents. Les uns représentent des bandelettes aplaties, minces, ou arrondies en cordons (lig. latéraux du genou) ; d'autres des faisceaux de directions diverses, rayonnes, à plans entre-croisés. Ailleurs, ils forment des faisceaux grêles irrégulièrement disposés (lig. antérieurs et postérieurs au coude, au genou). Dans les articulations les plus mobiles, les énarthroses, les faisceaux réunis forment autour de l'articulation une sorte de manchon ou capsule fibreuse. Enfin des fibres courtes parallèles peuvent constituer une couche épaisse, unissant étroitement les surfaces osseuses. La direction des ligaments, si importante à connaître pour comprendre le jeu des articulations et pour régler les manœuvres opératoires, sera étudiée dans chaque articulation.

L'épaisseur est loin d'être uniforme pour un même ligament. Tandis que les ligaments latéraux peuvent à leur base seulement paraître plus épais, les capsules fibreuses présentent ordinairement des renforcements sur des points déterminés; 'ainsi la capsule fibreuse de la hanche, excessivement mince, et inème faisant défliut (au niveau du tendon du psoas) présente en haut et en dehors 8 à '41 millimètres d'épaisseur par adjonction du faisceau supérieur. (Sappcy.)

Dans les ligaments aplatis, du cartilage où un os sésamoïde peut déterminer l'épaississement (ex.: L. calcanéo-cuboïdien). La distinction naturelle desL. en latéraux, capsulaires, intcrrosseux, ne répond pas à des caractères tranchés d'épaisseur ou de position. Certains ligaments antérieurs et postérieurs représentent des capsules incomplètes, et des faisceaux de renforcement send^lent des ligaments particuhers au milieu d'une capsule (lig. de Berlin à l'articulation coxo-fémorale). D'ailleurs chaque ligament présente des caractères particuliers d'étendue, d'i'paisseur, de coloration môme ; ainsi la capsule fibreuse coxo-fémorale est reniar([uahle par son étendue, les ligaments du genou par leur longueur, les ligaments latéraux au coude et au cou-de-pied par leurs plans superposés, leur direction rayonnée, les ligaments inlerosseux du carpe et du tarse par leurs fibres courtes ; et, parmi les ligaments aplatis, le calcanéo-cuboïdien et le calcanéo-scaphoïdien inférieur, par leur épaisseur, leur résistance en rapport avec la station verticale. Ces caractères seraient assez précis'pour permettre une classification des articulations basée sur la forme et la disposition des ligaments.

La dénomination des L. est tirée de l'un de leurs caractères dominants, sans règles précises. On les désigne tour ù tour suivant leur situation par rapport à l'articulation (L. latéraux, antérieur, postérieur, annulaire, transverses, obliques), la direction de leurs fibres (rayonnes, coniques, trapézoïde, rhomboïdes), leurs connexions réciproques (L. croisés, cruciformes, L. en Y, en V, en X), enfin leurs attaches (lig. rotulien, péroné^-astragalien, interclaviculaire), etc. On a même donné à certain s faisceaux importants dans leur rôle le nom des anatomistes qui les ont signalés.

Texture. Lorsqu'on examine h. l'œil nu, ou à l'aide d'une loupe les ligaments, on s'aperçoit facilement qu'ils sont constitués par des faisceaux fibreux plus ou moins épais qui sont] séparés par de fines lamelles de tissu cellulaire; souvent entre les faisceaux se retrouve du tissu cellulaire adipeux, on voit quelquefois même des vaisseaux soit à la surface, soit surtout près des points d'insertion.

Cette apparence qui avait suffi à Bichat pour ranger les ligaments parmi les

organes du tissu libreux est entièrement confirmée par les recherches histologiques modernes qui ont fait connaître bien dos particularités remarquables.

Les ligaments sont constitues par du tissu fibreux, ils renferment comme éléments principaux, des fibres lamineuses, et comme éléments accessoires des fibres élastiques, des cellules de cartilage, des vaisseaux el des nerfs.

Les fibres lamineuses se présentent réunies sous la forme de longs faisceaux plus ou moins larges, ondulés, rappelant l'aspect de mèches de cheveux. Elles sont étroite à sbords nets et, comme l'a fait remarquer M. Robin, elles se rapprochent beaucoup des fibres lamineuses des tendons. Ces faisceaux peuvent contenir 10 ou 20, même 40 ou 50 fibres lamineuses. Ils sont séparés par une fine couche de tissu lamineiix ou cellulaire, qui est désigné par Kœlliker sous le nom de tissu conjonctif. Ces faisceaux primitil's eu se réunissant forment les faisceaux secondaires, puis tertiaires, visibles à l'œil nu. C'est entre ces faisceaux à direction variable que l'on peut retrouver du tissu lamineux ou cellulaire véritable, qui varie en aspect et en étendue. Il s'accumule dans les mailles irrJgulières que laissent entre eux les faisceaux de divers ordres, et renferme de nombreuses vésicules adipeuses, ou bien il est à peine représenté dans les faisceaux primitifs par quelques fibres lamineuses, des corps fusiformes, fibro-plastiques qui par leurs anastomoses forment un fin réticuium autour des faisceaux fibreux. Çà et là on ne retrouve que des noyaux emhryo-plastiques et de la substance amorphe.

Les élémeMs élastiques se présentent ordinairement sous forme de fibres élastiques allongées ordinairement, très-minces, d'ailleurs en général peu nombreuses dans les figaments proprement dits. On les trouve en assez grand nombre à l'étit fusiforme, à l'état de fibres à noyaux. Elles affectent des directions variables. Dans les ligaments en bandelettes, elles suivent ordinairement la direction des faisceaux, mais dans les capsules, et les hgaments minces, elles s'entre-croisent en sens variables.

Les divers éléments élastiques s'observent surtout vers l'insertion des ligaments; les fibrilles élastiques occupent toute la longueur des hgaments. Les cellules de cartilages se rencontrent également surtout vers les attaches des ligaments. Elles sont quelquefois réunies en séries allongées, et il est souvent difficile de les distinguer des fibres élastiques à noyaux. Ainsi que l'a fait remarquer M. Sappey, ces cellules sont surtout prononcées dans les ligaments interarticulaires et les ligaments latéraux du genou. Il nous a paru chez déjeunes animaux que ces éléments étaient développés en plus grand nombre.

Des artères et des veines, existent dans les ligaments. A leur surface déjà, on peut voir dans l'enveloppe cellulaire des vaisseaux de deux ordres ; ceux-ci pénètrent dans les ligaments latéraux surtout vers leur base et généralement par les interstices que laissent entre eux les faisceaux entre-croisés dans les ligaments épais et à fibres rayounées ou à direction entre-croisée. Ces vaisseaux sont d'ailleurs rares dans l'épaisseur même des ligaments, et dans les capsules fibreuses la plupart se rendent à la synoviale. On retrouve très-difficilement des vaisseaux à la partie moyenne des ligaments latéraux à texture dense, au genou par exemple. Les vehies accompagnent les artères dans les interstices des faisceaux, et le plus souvent une seule veine accompagne l'artère. M. Sappey a pu suivre la transformation des artères en capillaires et des capillaires en veines.

La présence de lymphatiques dans les L. n'a pas encore été démontrée. Teichmaim, cependant a décrit des lymphatiques qui siégeraient sous l'épithélium des synoviales et traverseraient les capsules articulaires. Ii.-iuber a d'crit une glande

sympliatique dans la capsule fibreuse d'une articulation métacarpo-phalangienne, mais l'interprétation du dessin qu'il en donne est très-douteuse, suivant Kœlliker.

Nerfs. L'existence de nerfs dans les ligaments semble définitivement démontrée. Riidinger, en 1857, a décrit des nerfs dans les ligaments externes des symphyses ; plus tard, Pappenbeim, Kœlliker ont suivi des nerfs non-seulement sous la synoviale, mais dans les ligaments eux-mêmes. Riidinger (1863) a décrit avec soin l'origine et le trajet des nerfs dans les ligaments longitudinaux antérieur et postérieur de la colonne vertébi'ale, qui reçoivent des nerfs composés de tubes à moelle et de tubes pâles, c'est-à-dire des fibres nerveuses spinales et lymphatiques, et dont l'origine est dans les racines postérieures. Raubcr, en 18G5, a décrit des corpuscules de Pacini terminant les nerfs articulaires et situés nonseulement sous la synoviale, mais dans les ligaments eux-mêmes. M. Sappey, en \ 8C6, a étudié avec soin les rapports et la distribution des nerfs dans les ligaments. Nous avons pu suivre ces nerfs dans les articulations du coclion d'Inde.

C'est dans les capsules articulaires, et surtout dans les divers ligaments du genou, que les nerfs se voient le plus facilement. Ils accompagnent ordinairement les vaisseaux, mais dans leur parcours ils peuvent s'en éloigner. Des troncs princi|)aux, formés d'un pelit nombre de fibres, se détaclient des ramifications dichotomiques ou latérales qui forment des plans anastomotiqucs placés dans les interstices des faisceaux fibreux. Dans les capsules, la plupart de ces nerfs vont se ramifier sous la synoviale, mais plusieurs de leurs rameaux s'épuisent certainement dans les faisceaux ligamenteux eux-mêmes. Dans les L. à fibres longitudinales (L. latéraux), on les trouve surtout vers les points d'insertion, ils se distribuent en se divisant dans le tissu lamineux, et le tissu adipeux qui sépare les faisceaux fibreux. Les L. intra-articulaires, tels que L. croisés, L. ronds, possèdent aussi des nerfs.

La terminaison des nerfs des L. est encore peu connue; Rauber a démontré que les nerfs articulaires se terminent dans des corpuscules de Pacini, qui sont assez nombreux, puisque cet anatomiste a pu en compter plus de 800 pour toutes les articulations. Dans les articulations fémoro-tibiales il en a trouvé 19. Ces corpuscules sont plus petits que ceux que l'on trouve dans les autres parties ; leur longueur varie entre 160 et 800 milhèmes de millimètre, ils ont une structure plus simple, on ne leur trouve qu'un très-petit nombre de capsules enveloppantes. Nous avons observé de ces corpuscules de Pacini chez le cochon d'Inde ; ils avaieiU des dimensions très-variables. Ainsi, deux corpuscules terminant des filets nerveux issus d'un même rameau, mesuraient l'un 220 millièmes de millimètre de Ions sur 50 et 90 de large dans les deux diamètres extrêmes, à l'origine ou à la périphérie, l'autre 50 milhèmes de millimètre sur 30 del arge. Il faut reconnaître que le plus grand nombre de ces corpuscules se trouvent autour de la capsule, dans les tissus fibreux périarticulaires, et sous la synoviale, mais on en trouve dans les capsules fibreuses elles-mêmes.

On peut mettre en doute que tous les nerfs se terminent par des corpuscules de Facini. M. Sappey a vu des tubes se terminer par des extrémités libres, mais n'a pas cru pouvoir affirmer que tel serait le mode de terminaison. Il nous a paru, en suivant les fines ramifications nerveuses des ligaments latéraux du genou, chez le cochon d'Inde, que les tubes réunis au nombre de deux ou trois, vont souvent se perdre dans des groupes de cellules adipeuses, composés seulement de deux ou trois de ces cellules ou formant des masses bien plus considérables ; mais nous ne pouvions suivre leur trajet ultérieur. Dans d'autres points, au contraire, les filets MCT. e:;c. i' s. II, 56

nerveux semblent réduits à l'état de filaments pâles, dans lesquels on ne peut plus distinguer de tube à moelle, et qui sont à peine reconnaissables, par les noyaux latéraux de l'enveloppe des tubes, au milieu des libres lamineuses et élastiques. Bien que l'on ne puisse suivre plus loin ces filets nerveux, leur distribution montre qu'il y a un autre mode de terminaison que celui des corpuscules de Pacini. Une seule fois il nous a semblé reconnaître à l'extrémité d'un nerf de ligament un corpuscule ayant les caractères des corpuscules de Meissner, mais nous ne sommes pas en droit de conclure d'une observation isolée.

Caractères chimiques. Vesale, le premier, a cherclié à distinguer les ligaments et les tendons par les caractères qu'ils présentent à la coction. Tandis que les tendons se réduisent plus facilement en gélatine glutineuse, les ligaments résistent plus longtemps et conservent toujours, dit Vesale, leur ténacité fibreuse (lenacem /îferosi(atem). Blchat a montré que, chez les fœtus et les enfants, les ligaments se convertissent par la coction en une gélatine plus blanche que celle que produisent les ligaments de l'adulte : « Les gelées des jeunes animaux sont plus blanches que celles des animaux avancés en âge. » Du reste, les ligaments proprement dits n'ont pas, que nous sachions, été l'objet de recherches spéciales, et on peut leur attribuer les caractères du tissu fibreux. Les recherches micrographiques donnent quelques renseignements plus précis : l'acide acétique, la soude, la potasse ramollissent et gonflent considérablement les ligaments, et les convertissent en une masse gélatiniforme , comme muqueuse, et l'eau les ramolHt et permet une dissection plus facile des faisceaux fibreux ; le liquide de l'humeur Aqueuse, frais, ramolht beaucoup les ligaments sans les gonfler , et facilite leur étude, l'eau de chaux les ramolht en les blanchissant sans les gonfler notablement, et permet l'isolement des faisceaux fibreux ; l'alcool, l'acide chromique les rendent plus denses, tout en permettant l'isolement facile des faisceaux secondaires.

Développement et transformations ultérieures. Les ligaments apparaissent tardivement chez le fœtus. On sait que les articulations se développent lentement ; tant que la cavité articulaire n'est pas constituée , les ligaments sont confondus avec les parties molles qui serviront à la formation du périoste ou du périchondre. En même temps que la cavité articulaire se forme, et avant qu'elle ne soit complète, les ligaments se constituent à la périphérie, mais les faisceaux ne sont réellement distincts qu'à une période tardive. Vers le sixième mois on commence à reconnaître les faisceaux blancs qui constituent les ligaments, et ceux-ci acquièrent peu à peu et lentement l'épaisseur et la résistance qui leur est propre, circonstance intéressante au point de vue du mécanisme des articulations, et qui explique l'étendue des mouvements dans le jeune âge. Les ligaments semblent acquérir une consistance de plus en plus grande suivant l'âge, et chez le vieillard ils sont denses, épais, de plus en plus inextensibles , de moins en moins flexibles. Chez le fœtus on remarque une disposition curieuse des hgaments dont les traces 3e retrouvent encore chez les enfants; de véritables faisceaux ligamenteux, unislâent les diverses pièces osseuses qui par leur soudure complètent l'os. Ces ligaments constituant des sortes d'articulations transitoires, signalées par MM. Rambaud et Renault, ne commencent à se développer que lorsque l'état cartilagineux de l'os n'est plus prédominant. On peut citer comme exemples les articulations transitoires iléo-pubienne , ischio-pubienne, iléo-ischiatique , le ligament souspubien représente chez l'adulte ces ligaments transitoires.

Propriétés et fonctions. Les données anatomiques précédentes permettent de comprendre les fonctions des ligaments. La présence de vaisseaux , de tissu

lamineux, fait comprendre une nutrition plus active qu'on ne l'admet gf'nrralement, en même temps que la rareté relative de ces vaisseaux explique la lenteur de cette nutrition, et les transformations peu considérables des ligaments aux divers âges de la vie.

Le problème de la sensibilité des ligaments a donné lieu à des discussions nombreuses, dont on retrouve des traces dans les anciens auteurs. Mais comme le plus souvent ceux-ci se sont en même temps préoccupés des tendons, des aponévroses, de la dure-mère, la part qui a été faite aux ligaments est restreinte et difficile à circonscrire. Sous l'impulsion de Halier et de ses élèves, la controverse prit une allure passionnée, dura vingt ans (1550-1570), et fut réveillée à diverses reprises, jusqu'à nos jours. Longue serait la seule énumération des travaux faits à cette époque en Allemagne, en France et en Italie. Tandis qu'un grand nombre de chirurgiens admettaient la sensibilité des ligaments démontrée par les douleurs de l'entorse, de la distorsion, de l'inflammation de ces parties, Halier et ses élèves multipliaient les expériences et montraient que les ligaments sont insensibles aux piqûres, lacérations, déchirures. L'on comprend la persistance de l'école de Halier, si l'on se rappelle que les nerfs des ligaments sont restés inconnus jusqu'à une époque toute récente.

Bichat semble avoir établi de la manière la plus complète l'état de la sensibilité dans les ligaments. Tandis que l'irritation chimique ou mécanique ne réveille pas de sensations douloureuses, la distension amène des manifestations non don-teuses de douleur, et l'inflammation consécutive à l'irritation des ligaments met en évidence une sensibilité très-grande aux diverses excitations. Bichat a fait admirablement ressortir les conséquences de cette sensibilité spixiale si bien en accord avec le rôle des ligaments et qui semblait nécessaire au jeu régulier des articulations.

Cependant l'opinion de Bichat n'a pas été admise généralement. Ainsi M. Richet, dans ses expériences, attribuait la sensibilité spéciale des ligaments aux tiraillements exercés sur l'os et le périoste, et produisant chez les animaux de l'anxiété, du malaise. Ces sensations sont une preuve de la sensibilité des ligaments, la présence des nerfs, leur distribution relativement plus riche vers les insertions des ligaments explique actuellement ces différences, et nous croyons que M. Richet a modifié son opinion première. Flourens admet la sensibiUté des ligamenls; mais ses expériences se rapportent seulement au ligament rotulien. La connaissance des nerfs des hgaments, et surtout l'existence des corpuscules de Pacini , établit une consécration, qui nous paraît définitive, de l'opinion de Bichat. Les ligaments doivent aux corpuscules la sensibihté spéciale dévolue à ces organes , c'est-à-dire les sensations de pression, de tact interne, et, dans ses expériences, Rauber a montré que de fortes pressions, l'excitation galvanique des corpuscules causent de la douleur. La section des nerfs qui se rendent aux corpuscules, dans la patte du chat, est suivie de troubles dans la marche, auxquels les corpuscules articulaires concourent pour leur part. Quant à la sensibihté aux torsions, à l'extension forcée, on peut la .rattacher aux corpuscules ; mais on ne saurait encore affirmer que les nerfs par eux-mêmes n'ont pas un rôle indépendant et dû à un mode de terminaison différent, ainsi que nous l'avons vu dans la partie anatomique. Dans l'inflammation, la congestion vasculaire, le gonflement du tissu lamineux et des faisceaux fibreux eux-mêmes, expliquent l'hyperesthésie par compression des nerfs ou de leurs extrémités. Il faut cependant l'avouer, il reste encore bien des points à éclaircir sur cette question, à laquelle les recherches histologiques récentes ap-

portent des documents précieux, et donnent un nitérèt nouveau. Nous n'insisterons pas sur le rôle physiologique spécial des ligaments que l'on trouve exposé dans l'article Articulations; il nous suffira de rappeler que les ligaments doivent à la prcsence du tissu fibreux leurs caractères de résistance à l'extension , de flexibilité. Un léger degré d'extension et d'élasticité est plus prononcé dans quelques-uns, et en rapport avec la présence de tissu élastique. La disposition des faisceaux qui les constituent joue un rôle très-important dans la régularisation, la 1 limitation des mouvements articulaires.

Lésions des Ugameyits. Les altérations pathologiques des ligaments ont une grande importance dans l'histoire des affections articulaires, mais, comme elles sont décrites dans divers articles [ârticulatioms (Inflammation, Difformités des)], nous nous bornerons à les rappeler brièvement.

La nutrition n'est pas assez active dans les ligaments pour que l'on y observe des altérations primitives; mais, en dehors du rhumatisme, il est rare que les ligaments périphériques ou intra-articulaires ne participent pas aux troubles des diver parties des articulations.

Les ligaments peuvent être le siège d'inflammation aiguë, et l'on y observe au début, comme l'ont montré les expérimentations, de la vascularisation, surtout à la surface et vers les points d'insertion, là où les vaisseaux existent normalement. La présence du tissu lamineux cellulau'e interstitiel fait comprendre le développement de l'inflammation là comme dans les autres organes, mais bientôt Tinliltration séro-gélatineuse envahit tout le tissu, et porte non-seulement sur le tissu cellulaire, mais sur les fibres lamineuses des faisceaux fibreux, qui se gonflent et perdent leur aspect nacré; tout le ligament semble transformé en vme masse molle, translucide, lardacée, dans laquelle on reconnaît une prolifération cellulaire et des leucocytes abondants. 11 est alors difficile de distinguer les fibi-es lamineuses minces et effilées appartenant aux faisceaux fibreux, qui semblent dissociés. A cette période, la résolution peut se faire, mais s'accompagne de production d'un tissu lamineux abondant, qui plus tard peut donner lieu à des rétractions, dont la conséquence est la roideur articulaire. Si la suppuration s'établit, les ligaments peuvent être détruits en grande partie.

Dans les inflammations à marche chronique, on observe des phénomènes analogues et la transformation lardacée persiste pendant longtemps ; les ligaments ainsi modifiés se soudent avec les tissus fibreux périarticulaires, et forment une masse dans laquelle on ne sépare plus les faisceaux des ligaments. Lorsque l'inflammation est de longue durée, la production d'un nouveau tissu lamineux ou cellulaire dense, ayant des propriétés analogues au tissu cicatriciel, constitue des obstacles sérieux au rétablissement de l'articulation.

D'autre part, les ligaments peuvent, dans certaines lésions articulaires chroniques, l'hydarlhrose, subir des altérations différentes, soit sous l'influence de la pression des surfaces articulaires, ou de la résistance moins grande des faisceaux, lamineux qui les constituent; les ligaments s'allongent, s'atrophient, d'oîi les déplacements articulaires. Ces lésions s'observent également dans les hgaments intra-articulaires, et l'on connaît l'importance donnée aux lésions du ligament rond dans la coxalgie.

Les altérations des ligaments s'observent à la naissance ; leur étude est importante. Dans les difformités, quelquefois on trouve l'absence d'une des parties ligamenteuses, telle est l'absence congénitale du ligament rond; et la rétraction, Tépaississement ou l'atrophie chez le fœtus accompagnent certaines difformités.

Signalons enfin les ossifications trouvées dans les ligumcnts, dans l'arthrite chronique (Broca, Soc. anatom., 1850), et les dépôts uriques sous forme d'aiguilles très-fines dans la goutte.

Les lésions traumatiques des L. sont fréquentes et souvent graves par leur résultat. Les plaies des ligaments, leur contusion, alors que l'articulation n'est pas ouverte, sont par elles-mêmes dangereuses, car l'inflammation du ligament, sa destruction peuvent amener consécutivement l'ouverture de l'articulation. D'ailleurs dans l'entorse, les ligaments peuvent être en partie déchirés, et même arrachés avec une portion de l'os qui leur donne attache. Au genou la déchirure incomplète du Hgament postérieur peut être le point de départ de hernie synoviale. Dans les luxations, Jes ligaments jouent un rùle important dans le mécanisme de la réduction; il suffit ici de rappeler le rôle des déchirures de la capsule, dans l'articulation scapulo-humérale, et des ligaments latéraux, dans la luxation de la phalange du pouce. (Jarjavay.) Dans les luxations anciennes, les ligaments prennent part à la formation dos adhérences, et des fausses articulations.

Enfin la rupture des ligaments constitue dans certains cas une lésion spéciale, qui, du reste, n'a pas encore été décrite avec détail. En dehors de la rupture du ligament rotulien, qui doit plutôt être considérée comme une rupture de tendon \yoy. Rotulien (Tendon)], plusieurs auteurs ont signalé la ru[iture des hgaments du genou, et, en particulier, du ligament latéral interne du genou, et des ligaments croisés. Stark a cité deux exemples de rupture des ligaments croisés qui montrent la gravité de cette lésion, ]iuisque pendant un an et demi et même deux ans, les malades durent garder le genou immohilisé. La rupture des ligaments est ordinairement le résultat de distorsions violentes; cependant Adams a rapporté un cas de rupture du ligament latéral interne du genou par choc direct.

La rupture ou les solutions de continuité dos ligaments ne semble comporter d'autre indication que l'immobilisation dans le but d'obtenir la réunion, et l'on ne peut citer qu'à titre de curiosité historique la proposition fait,' par Kisner et Valontin, et reproduite par Heistcr, à savoir, la suture des lambeaux des ligaments. A. Hénocque.

BiBi.ioGn*PHiE. — Paré (J. A.). (Édit Malgaigne, 1. 1^', p. 34, 127, 2G1. ConstUutlvn cl de finition des L.). ^Heisteu. Suture des J,. Traduction de Paul, 1770, t. IV, p. 528. — ^YF:lT- BREicHT. Syndesmologia sive historia Ligamentorum corporis huniani. Petropoli , 1742. Ouvrage excellent. — Desmographie ou description des ligaments du corps humain. Traduction de l'ouvrage précédent, attribuée à Tarin, 1742. — Cf. Bichat , Birard , Béclaed et les trnités d'anatomie de Cruveilheb, Sappey. — RicnEr. Annales de chirurgie , t. XI. (Sensibilité et altérations des ligaments). Nerfs des ligaments. Cz. — Rcdinger. Der gelenk Nerveti des menschlichen Kôrpers. Erlangen, 1857. — Raurer. Vater'sche liôrperchen des Bander und Periostnerven, 1865. Dissertation. — Du même. Untersuchungen ûber die Vorkommen und die Bedeutung der Vater'schen Kôrper. Munchen 1867 ; analysé dans Zeitschrift f. ration. Medicin, vol. XXXU , 18G8. — Kœlliker. Bandburli der Gewebelchre, édit. 1865 et 1807. — Du même. Eléments d'histologicAvaducl. par M. Sée, § 40, 88, 91,92. — Sappey. Acad. des sciences, 1866, 21 mai, et Ancdomic descriptive, t. 1=', 1867. Arthrologie. — LiNHART Veber Erschlaffung der Atome der se hneigen Gewebe.ln Prager VierteljaJusschrift, t. XIV, 1859, et in Schmidt's Jahrbiicher, t. CVII, p. 200. L'auteur traite des altérations des ligaments dans les difformités. — Stark. Deux cas de rupture des ligaments croisés du genou. In Edinburgh Journal, 1850, octobre. — Adaus. Rupture du ligament latéral interne de l'articulation du genou. In Gaz. hebdomadaire, 1858, p. 54, et in Mcdic. Times and Gaz., 1857, t. II, p. 603. — Rambaud et Renault. Traité du développement des os. Paris, 1864 (appendice sur les articulations transitoires). A. H.

LIGATURE. En laissant à ce mot toute l'acception qu'il comporte, ou devrait

5Ce LIGATURE.

comprendre sous le nom de ligature toutes les opérations et manœuvres chirurgicales qui consistent à entourer d'un lien plus ou moins serré une partie quelconque du coi'ps.

La ligature circulaire des membres, employée déjà par Celse dans les cas de plaies empoisonnées, a été conseillée de nos jours pour arrêter dès leur début les attaques épileptiques, lorsqu'elles sont précédées. de douleurs ou de convulsions vers la main ou le pied ; pour faire cesser ou pour modérer les accès de névralgies; et, dans quelques parties de la France, le peuple y a encore recours comme à un moyen thérapeutique capable d'arrêter ou de guérir la fièvre intermittente.

C'est encore au moyen de ligatures qu'on fixe autour des articulations les liens qui permettent d'exercer sur un membre des tractions énergiques ou modérées, temporaires ou permanentes, dans le but de réduire des luxations, de redresser une ankylose, de maintenir dans un rapport exact les extrémités d'un os fracturé.

C'est par de véritables ligatures qu'on maintient réunies pour obtenir leur adhésion rapide les lèvres d'une plaie accidentelle ou chirurgicale.

Toutefois, dans le langage chirurgical, l'usage a prévalu de donner au mot ligature une acception plus restreinte, et l'on ne donne ce nom qu'aux opérations ayant pour objet d'entourer d'un hen constricteur une masse plus ou moins considérable de tissus normaux ou pathologiques, soit pour les diviser, soit pour fîi déterminer la mortification et la chute. La ligature circulaire des membres ne devra donc pas nous occuper, elle est du domaine de la thérapeutique médicale, et la valeur de cette méthode sera appréciée en faisant l'histoire de chacune des maladies pour le traitement de laquelle elle a été conseillée.

L'application des liens contentifs appartient à la déligation chirurgicale. {Voy. Déligation chirurgicale.)

La réunion au moyen de ligatures de parties accidentellement ou intentionnellement divisées, prend le nom de suture, et c'est à ce mot {voy. Suture) que seront traitées les questions importantes en pratique de la nature et de la grosseur des fils, de la manière de les arrêter et de les fixer.

La ligature des artères demande à être étudiée comme manœuvre opératoire, soit qu'il s'agisse de lier un vaisseau à la surface ou dans la profondeur d'une plaie, soit que, par une section méthodique, le chirurgien mette à découvert l'artère sur laquelle il veut jeter un lien constricteur ; elle doit être aussi étudiée comme méthode thérapeutique des plaies artérielles et des anévrysmes. Mais, pour ce qui concerne le manuel de la ligature, il suffit de se reporter à l'article de notre collègue M. Legouest (art. Artères, vol. VI, p. 316) ; et, pour ce qui regarde laligature des artères envisagée comme méthode thérapeutique, on la trouvera appréciée déjà par nous-mème (art. Anévrysmes en général. Carotide, Axillaire, Bra- CHio-cÉPHALiQUE, ctc), et elle le sera parla suite, à propos des autres artères en particulier (Tibiale, Sous-clavière, Poplité, etc.). Nous n'aurons donc à nous occuper ici que de la ligature envisagée comme méthode de diérèse.

Envisagée comme moyen de diérèse chirurgicale, la ligature appartient à la classe des sections mousses ; elle tend à diviser les chairs avec une certaine lenteur, soit en agissant sur les tissus mêmes, qu'elle étreint violemment et qu'elle mortifie directement par une pression énergique, soit en arrêtant la circulation dans les parties à la base desquelles elle est apphquée et dont elle détermine la mortification et la chute d'une façon en quelque sorte indirecte.

Dans le premier cas, lorsqu'on l'emploie pour sectionner une bride, comme par exemple la portion de tissu comprise entre les deux orifices d'une fistule à l'anus.

elle reste complètement dans les procédés de diérèse et se rapproche de l'incision ; dans le second cas, lorsqu'on y a recom's pour déterminer la mortification et la chute d'une tumeur, elle doit prendre place parmi les procédés d'exérèse et se rapproche de l'excision.

Au heu d'agir lentement, au lieu de déterminer la mort et ultérieurement la chute des parties dont elle étreint la base, la ligature peut agir rapidement et sectionner les tissus en quelques minutes; mais, employée de cette façon, elle constitue une méthode à part, l'écrasement linéaire {voy. ce mot).

L'expression, très-impropre du reste, de ligature extcmporanée (car ce qu'il y a de particulièrement extemporané, c'est la chute de la partie lice et non la ligature) n'a été imaginée par M. Maisonueuve que pour voiler, d'une manière absolument insuffisante, la contrefaçon de la méthode inventée par M. Chassaignac, et la ligature extemporanée doit être décrite comme une modification, peu heureuse du reste, de l'écrasement linéaire.

La hgature peut être employée dans des régions facilement accessibles, comme sur le tégument externe ; mais on peut avoir à porter le lien constricteur sur des tumeurs plus ou moins difficiles à atteindre : au fond de cavités, telles que le vagin, le pharynx, le larynx; dans ce dernier cas, on est obligé d'avoir recours à des instruments spéciaux, soit pour placer la ligature, soit pour la serrer au degré convenable. Occupons-nous d'abord du cas le plus simple, celui oiî la tumeur est placée à l'extérieur.

Avoir un lien soUde et dont la résistance soit en rapport avec l'énergie des tractions qu'il devra supporter, telle est la première règle dont le chirurgien doit se préoccuper. Les fils de chanvre, de soie, de métal ont été conseillés et employés, mais leur emploi n'est pas indifférent. Lés fils métalliques, excellents pour les sutures, parce qu'à volume beaucoup moindre ils possèdent une résistance plus grande que les fils de soie ou de chanvre, et parce que leur présence, facilement supportée parles tissus, n'amène pas aussi vite l'inflammation ulcérative, perdent déjà ici dvî leur utilité, puisque la ligature doit déterminer la section des tissus qu'elle embrasse. Les fds métalliques minces, usités pour les sutures, ne supporteraient pas sans se rompre les tractions que comporte l'application d'une ligature ; s'ils sont plus volumineux, c'est-à-dire d'un diamètre plus considérable; ils sont alors d'une trop grande rigidité pour qu'on puisse les nouer comme on ferait d'un fil ordinaire et il devient indispensable, pour opérer une striction suffisante, de se servir du serre-nœud; aussi, les fils métalliques ne trouvent -ils guère leur emploi pour les hgatures appliquées sur le tégument externe, mais ils présentent des avantages et reprennent leur supériorité lorsqu'il s'agit de Hgatures pratiquées dans les cavités profondes. Les doigts guident plus facilement une anse métallique quelque peu rigide. De plus, s'il s'agit d'une tumeur à pédicule volumineux, exigeant quelque temps pour être sectionnée, outre qu'il est presque toujours nécessaire, dans ces circonstances, de laisser un serre-nœud à demeure, afin de pcfuvoir resserrer le lien constricteur au fur et à mesure que la section s'opère, il y aurait à craindre de voir le fil de chanvre ou de soie maintenir plusieurs jours en place au contact des liquides qui le baignent, se putréfier, perdre de sa solidité et se rompre sous de nouvelles tractions. Aussi, serait-il préférable, dans le cas où l'on porte la ligature dans des cavités profondes, d'employer les fils métalliques, si presque toujours aujourd'hui on ne donnait, dans ces circonstances, à l'écrasement linéaire la préférence sur la ligature.

Les fils de chanvre, de hn, de soie peuvent être indifféremment employés, mais

il faut avoir soin, pour en faciliter le glissement lors de la formation du nœud et •^n même temps pour augmenter leur solidité, de les imbiber d'buile ou de les recouvrir d'une mince couche de cire.

Rien de particulier à noter ici quant à la manière d'arrêter le fil au degré de striction qui lui a été donné ; le nœud double ordinaire suffit, à la condition qu'on prenne la précaution de s'opposer au relâchement rlo la première boucle au moment oii l'on forme la seconde, en entoulant deux fois le iil sur lui-même en formant la première anse (fig. 1).

Mayor avait donné pour épigraphe à son mémoire sur la ligature en masse le vieux proverbe français : Qui trop embrasse, mal élreint. N'embrasser dans la ligature qu'une masse de tissus d'autant moins grande que leur résistance à la pression est plus considérable, est une règle dont on ne doit jamais se départir. Aussi, toutes les fois que la tumeur est un peu volumineuse, il ne faut pas chercher à l'étreindre dans une seule anse de fil, et les procédés de ligature varieront avec la consistance et le volume des parties sur lesquelles le fd devra exercer son action.

Supposons d'abord le cas le plus simple : une tumeur petite, supportée par un pédicule étroit. Une seule ligature, appliquée à la base du pédicule fortement serrée, et solidement maintenue par un nœud double, constituera toute l'opération (fig. 1).

Mais la tumeur, tout en étant peu volumineuse, n'a pas de pédicule, elle se continue avec les parties voisines sans ligne de démarcation bien tranchée, et sa

Fis. 1.

forme hémisphérique ou conoïde fait que le fil appliqué à sa base glisse lorsqu'on veut le serrer. Rien de plus facile que de surmonter cette petite difficulté ; il suffit pour cela de saisir la tumeur le plus près possible de sa racine avec des pinces à érignes au-dessous desquelles on applique le fil ; ou bien encore de traverser de part en part sa base avec une ou deux aiguilles croisées à angle droit; les extrémités libres des épingles formeront une barrière solide qui empêchera tout glissement de la Hgature circulaire placée au-dessus d'elles (fig. 2). On a encore conseillé, dans ces cas, de traverser la base de la tumeur avec une seule épingle et d'étieindre ses deux segments latéraux au moyeu de deux fils appliqués comme dans la suture enchevillée ; ce procédé est infidèle, car la traction énergique exercée sur les extrémités de l'épingle peut, si l'épingle n'est pas très-résistante et par conséquent fort grosse, la courber en arc du côté où la traction est le plus torte, et faire ghsser la ligature qui perd son point d'appui.

Lorsque la base est plus large, une seule ligature circulaire ne suffit pas ; ou traverse alors la tumeur avec une aiguille entraînant après elle un fil double ; on dégage l'aiguille, on coupe l'anse de fil et l'on a ainsi deux ligatures qui, étant serrées, étreignent chacune une moitié delà tumeur.

La tumeur est souvent trop volumineuse pour que deux ligatures puissent l'étreiudre d'une manière suffisante ; il faut alors les multiplier, et ici plusieurs procédés ont été imaginés pour faciliter le placement des lils en diminuant le nombre des piqiàres. S'il suffit de poser trois ligatures, le moyen le plus s mple consiste à passer une aiguille enfdée d'un long fil au-dessous de la tumeur et au niveau de son tiers moyen avec son tiers inférieur; lorsque l'aiguille a été retirée, on lui fait retraverser la tumeur à la jonction du tiers moyen avec le tiers inféricuf, mais en sens inverse que primitivement, c'est-à-dire qu'on la réintroduit du côté oîi d'abord on l'avait fait sortir. Ceci fait et le fd étant coupé près de l'aiguille, on a d'un des côtés deux anses de fd (A et B), et de l'autre côté quatre fils libres, accolés deux à deux (fig. 3). Dans chacun de ces deux groupes on saisit les deux fds qui

Fie. 3.

Fi". 4.

correspondent à l'anse A, on les noue fortement, et l'on a ainsi étranglé la parlie moyenne delà tumeur. On sectionne alors au point B l'anse f!, laissée flottante, et l'on a quatre chefs libres : deux pour chaque extrémité de la tumeur ; il suffit de lier deux à deux ces fils formant deux anses cachées dans la profondeur des tissus pour compléter l'étranglement de la totalité de la tumeur (fig. 4).

Lorsqu'il est nécessaire de multiplier les ligatures et de segmenter davantage la striction pour la rendre plus énergique et plus sûre, on traverse la tumeur autant de fois qu'on veut appliquer de ligatures avec une aiguille enfilée d'un fil simple; l'aiguille, dégagée par la section de l'anse, laisse dans chacun des trajets qu'elle a suivis deux fils qu'on noue ensuite deux à deux (fig. 5).

Cette manœuvre la plus généralement suivie n'esi pas sans présenter quelques inconvénients ; pour former les anses il faut nouer les deux fils les Fig. 5.

plus voisins et le premier nœud, fait

ainsi sans point d'appui, est très-sujet à céder lorsqu'on noue et qu'on serre les extrémités opposées ; de plus il est parfois assez difficile de se retrouver au milieu de ces bouts de fils, et il arrive assez souvent qu'on réunit par inadvertance deux chefs qui appartiennent à des anses différentes. Un procédé dû à Erichsen supprime une partie de ces inconvénients et diminue de moitié la quantité de nœuds qu'il faut faire lorsqu'on applique le procédé ordinaire.

Fis. 6.

Voici comment procède Erichsen : « Une longue aiguille est enfilée dans le milieu d'un fil blanc solide, long de 3 à 4 pieds, et dont une moitié a été colorée en noir avec de l'encre, l'autre moitié restant avec sa couleur primitive (fig. 6).

A un demi-centimètre de l'extrémité de la tumeur, on forme (en A) un pli avec la peau saine et on en traverse la base avec l'aiguille ; l'aiguille retirée, mais portant toujours le même fil, est enfoncée (en B) sous la tumeur et ressort de l'autre côté (en C) ; lorsque cette manœuvre a été répétée plusieurs fois, on a ainsi de chaque côté de la partie qu'on veut enlever une série d'anses doubles dont les unes (I) sont blanches et Jes autres (K) noires. D'un côté on coupe toutes les anses noires (K), de l'autre toutes les anses blanches (I); on saisit deux à deux chacun des chefs voisins de même couleur, on les noue

solidement et la tumeur se trouve ainsi étranglée dans toute sa longueur par des anses blanches et des nœuds noirs d'un côté, par des anses noires et des nœuds blancs de l'autre (fig. 7). Quelle que soit la hgature à laquelle on ait recours, on a presque toujours à s'adresser une question préalable : Faut-il appliquer simplement le fil constricteur sur k peau ou faut-il pratiquer d'abord l'incision des téguments qui recouvrent la tumeur de manièi'e à ce que le fil n'agisse que sur les tissus morbides? Quoique variable avec les circonstances, la réponse est en général assez facile. La peau, par sa consistance et son élasticité, cède peu à la pression linéaire du fil, elle forme une sorte d'étui protecteur qui empêche cette pression de porter avec toute son énergie sur les parties sous-jacentes ; de plus elle résiste notablement à la mortification ou à l'inflammation ulcérative qu'amène la section des parties comprimées ; lors donc que la tumeur est placée au-dessous de la peau et que celle-ci a conservé ses caractères normaux, il est, sinon indispensable, du moins très-utile de l'inciser dans les points sur lesquels portera la ligature. Agir ainsi, c'est assurer davantage l'efficacité de la striction et accélérer la chute des parties à la base desquelles la ligature a été appliquée. Au contraire, si la peau est très-mince et la tumeur petite, cette précaution perd de son opportunité, et elle deviendrait préjudiciable lorsque les téguments qui recouvrent une tumeur érectile ont acquis une vascularité anormale, car la section préalable de la peau exposerait à l'ennui d'une hémorrhagie, sans gravité il est vrai, mais qu'il vaut mieux éviter. . Le passage des aiguilles peut amener un écoulement de sang quelquefois sérieux ; pour éviter cet accident, il faut autant que possible, lorsque la tumeur est trèsvasculaire ou lorsqu'elle repose sur des vaisseaux qu'il est important de ménager, ne pas se servir d'aiguilles très-aiguës et tranchantes comme elles le sont d'ordinaires. En se servant d'un artifice très- simple on peut dans ces cas employer des aiguilles à peu près mousses. La peau étant la seule partie très-résistante, on peut,

Fig. 7.

une lois la peau traversée, faire cheminer, sans grande difficulté, à travers les tissus sous-jacents une aiguille assez peu piquante pour qu'une artère fuie devant sa pointe; il faut donc, dans ce cas, faire avec un bistouri très-aigu une petite ponction à la peau, à l'endroit ou l'on veut faire pénétrer l'aiguille mousse, et lorsqu'elle reparaît de l'autre côté de la tumeur sous les téguments qu'elle soulève mais qu'elle ne peut perforer, une seconde ponction faite sur le point saillant permet à l'aiguille de sortir à l'endroit voulu. Si cependant, quelle qu'en soit la cause, le passage de l'aiguille déterminait une hémorrhagie, le mieux est de la laisser en place et de jeter sur elle un fil comme on le ferait s'il s'agissait d'une suture enchevillée. Si cette manœuvre ne réussissait pas on pourrait avec le fil mince que porte l'aiguille entraîner un gros fil ou une petite mèche imbibée de perchlorure de fer ; et si enfin on avait lieu de croire que le vaisseau lésé se trouve non dans la partie du trajet qui correspond à la tumeur, mais à celle qui lui est opposée, il faudrait passer une aiguille plus profondément et enrouler, comme précédemment, sur elle un fil fortement serré.

On a proposé la ligature sous-cutanée des tumeurs, et Manec a imaginé un procédé rapporté dans presque tous les traités de médecine opératoire, mais que je ne crois pas devoir décrire. Cette méthode, loin d'avoir une utilité pralique, ne présente que des inconvénients et même des dangers. A quoi sert-il de sectionner la tumeur à sa base, à travers une mince ouverture faite à la peau, puisqu'il laudra ultérieurement pratiquer une incision pour l'extraire; lorsque, détachée par la ligature, privée de vie, elle ne constituera plus sous les téguments qu'un corps étranger en voie de putréfaction, baignant dans le pus dont sa présence détermine la sécrétion? La ligature sous-cutanée n'e^t bonne, et n'est utile, en tant que manœuvre opératoire, que dans les cas oii elle doit agir comme procédé d'incision dans le \aricocèle par exemple, pratiqué suivant la méthode de Ricord ; elle doit être rejetée toutes les lois qu'elle doit agir comme procédé à' excision.

Nous n'avons eu en vue jusqu'à présent que les ligatures appliquées à la surface extérieure du corps, ou dans des régions où la partie sur laquelle le fil doit être apphqué est facilement accessible aux doigts du chirurgien, comme à l'orifice du vagm, à l'extrémité inférieure du rectum, à la langue, à la face interne des joues. Ces difficultés deviennent bien autrement grandes quand la ligature doit être portée au fond d'une cavité comme le pharynx, le larynx, le vagin; il est presque impossible alors de porter directement le fil à la place qu'il doit occuper et l'on a recours dans ces circonstances à l'usage des porte-ligatures. Ceux-ci peuvent être classés en deux variétés très-différentes : les uns consistant en un anneau dans l'intérieur duquel on place la ligature dont le premier nœud préparé d'avance est prêt à être serré; les autres sont des tiges, des pinces au moyen desquelles on cherche à contourner le pédicule de la tumeur et à l'entourer d'un fil simple qu'on noue ultérieurement.

L'anneau employé par Fabrice de Hilden (cent. 2, obs. xxi) reproduit par Heister (tabL 21, fig. 6); modifié par Dallas en 1764 {Essays phys. and litt., vol. III), pour lier un polype du pharynx, est à peu près inapplicable. Il faut, pour qu'il puisse être mis en usage, que la tumeur puisse s'engager dans l'intérieur même de l'anneau qui porte le fil ; or, très-souvent pour peu que la tumeur ait un certain volume et qu'elle ait pu se développer assez librement dans la cavité au fond de laquelle elle est logée, la dimension de l'anneau devra être telle que son introduction sera à peu près impossible. De plus, on se trouve toujours, avec cet instrument, exposé à deux inconvénients de nature toute diftérente ; le fil mal retenu

bVl

dans l'anneau qui le supporte, glisse hors de sa place au moindre frottement que la tumeur ou les parties voisines exercent sur lui : on bien ce fil est bien caché dans la rainure de l'instrument, suflisamnient protégé contre tout déplacement ; mais quand on veut lui faire quitter l'anneau, il se refuse à l'abandonner et à se placer autour du pédicule du la tumeur.

Lorsqu'il s'agit de polyfies assez petits pour pouvoir être engagés au milieu d'une anse formée d'avance, comme les polypes du larynx, on se sert de préférence d'un fil métallique qui conserve sa forme sans qu'il soit besoin de le loger dans la rainure d'un conducteur. Ce fd est supporté par une canule de courbure appropriée qui fait l'oflice de serre-nœud, lorsqu'on lire sur les extrémités libres de la hgature; et presque toujours alors la striction suffit pour détacher immédiatement une tumeur ordinairement petite, de sorte qu'on pratique dans ces circonstances une ligature dite extemporanée, c'est-à-dire un véritable écrasement linéaire.

Une ou plusieurs tiges métalliques dont une extrémité se termine en forme de petite fourc!)e dans laquelle on engage le fil est le type primitif des autres porteligatures ; mais le fil que rien ne relient d'une manière solide est très-exposé à glisser hors de cette rainure ; le porte-nœud de Levret, modifié par Floret, ne présente pas ces inconvénients. Il consiste en une tige recourbée à son extrémité libre, en forme de demi-anneau, et creusée en gouttière dans toute sa longueur. Dans cette rainure s'engage une tige métallique qui en venant s'appuyer sur l'extrémité du demi-anneau le convertit en un anneau complet dans lequel on engage le fil. Un premier porteligature amène le lien au niveau du point où il doit être appliqué; un second instrument semblable contourne le pédicule et l'entoure d'une anse de fil (fig. 8) : ceci fait, on engage les deux chefs dans un serre-nœud, on le pousse jusqu'à ce qu'il soit arrivé au point voulu, on tire sur les extrémités du fil afin de le tendre, et il suffit de faire glisser chaque tige dans sa gouttière pour que l'anneau métallique, largement ouvert, rende le fil à la liberté. Nous n'avons pas à nous étendre davantage sur ce sujet, les instruments et les procédés varient suivant qu'il s'agit de tumeurs du vagin, de l'utérus, de la cavité naso-pharyngienne, du larynx ; ils sont ou seront décrits avec les maladies pour le traitement desquelles ils sont applicables.

Un fil ])lacé à une certaine profondeur ne peut être noué et serré directement par les doigts du chirurgien, il faut donc amener la ligature à l'extérieur. C'est ce que faisait Levret au moyeu de son serre-nœud composé de deux canules accolées dans lesquelles passaient les deux chefs du fil, qu'on nouait à l'extérieur où ils prenaient point d'appui sur l'arête formée par la paroi intermédiaire aux deux tubes. Le serre-nœud de Levret avait un inconvénient : sa forme rectihgne et sa rigidité en rendaient l'application difficile dans certaines régions. Roderic imagina de faire passer les deux bouts de fil dans des petites boules d'os, d'ivoire, de corne, de nacre, percées d'un trou à leur centre, et dont on enfilait successivement un nombre plus ou moins considérable, suivant que la ligature avait à parcourir un trajet plus ou moins long pour arriver à l'extérieur.

La première et la dernière boule étaient percées de deux trous, le premier pour empêcher les boules de s'échapper et de se perdre après la section de la tumeur, le dernier pour offrir au nœud le point d'appui indispensable. Mais le

Fig. 8.

serre-nœml de ÏJoderic a les défauts de ses f(ualités; sa flexibilité est tropgrandej et quand on exerce une traction un peu forte, il se contourne, se tord eu tou. sens, s'infléchit et rend toute striction énergique à peu près impossible, aussi a-t-i,, été peu à peu abandonné.

Ces instruments, improprement appelés serre-nœuds, puisqu'ils ne servent quT amener au dehors et non à serrer les chefs de la ligature, peuvent, comme le nœut double fait directement par le chirurgien, suffire lorsqu'il ne s'agit que de tumeur, peu volumineuses ou d'une consistance molle, qu'on peut étreindre suffisamment pour y arrêter toute circulation. Mais il est des circonstances où la résistance des tissus nécessite, pour que la constriclion porte son effet jusque dans le centre du pédicule, un surcroît de force qu'on ne peut obtenir qu'à l'aide d'instruments; aussi a-t-on modifié les porte-ligatures de Levret, de Desault et de Uoderic pour les convertir en de véritables serre-nœuds. Gi-sefe fixa le nœud sur un petit curseur qu'une vis entraîne en arrière, en augmentant ainsi la tension de l'anse de fil qui entoure la tumeur ; Mayor a ajouté un treuil mobile au chapelet de Roderic, et cette modification a rendu ces instruments, surtout le premier, d'un usage journalier, car ils répondent encore à une dernière indication dont il nous reste à parler.

Lorsque le pédicule a une certaine épaisseur, la section des couches superficielles fait que le lien, quoique primitivement très-serré, devient bientôt trop lâche et cesse de comprimer la partie dont il devait déterminer la section; il faudrait donc, dans ces cas, appliquer de nouvelles ligatures au fur et à mesure que cesse d'agir celle qui avait été primitivement placée.

Levret, qui s'était beaucoup occupé de la ligatui'c des polypes, avait imaginé uu serre-nœud formé par un arc d'acier à chaque extrémité duquel on attachait les chefs de la ligature, q^ui se trouvait ainsi constamment tendue. Mais ce serrenœud avait un double inconvénient : son poids et son volume ; aussi Levret avait-il eu en môme temps l'idée d'em[]loyer, au lieu de fil ordinaire, un fil d'argent qu'il tordait plus ou moins les jours suivants, selon qu'il fallait resserrer la ligature. Le serre-nœud de Grtefe répond plus simplement et plus elficacenient à cette indication.

Dans ces dernières années. Trousseau a proposé, pour rendre la pression continue, d'employer un fil de caoutchouc enroulé plusieurs fois autour du pédicule, et A. Richard a eu recours à cette suture élastique. Ce moyen ne nous parait présenter aucun avantage. Si la tumeur est petite, un fil ordinaire bien serré suffit à tout ; si elle est volumineuse, on ne peut, avec un fil de caoutchouc qui ne saurait sans se rompre supporter une forte traction, serrer assez le pédicule pour arrêter la circulation jusque dans sou centre; aussi ce procédé, que Debout disait avoir proposé quinze ans auparavant, n'est pas entré dans la pratique.

L'application de la ligature demande quelques précautions. Le fil doit être serré lentement, en observant son effet sur les tissus, qui quelquefois se laissent facilement couper, ce qui donnerait lieu à l'écoulement de sang qu'on cherche à éviter. Si, au contraire, la résistance est considérable, il faut user de ménagements et employer un fil qui ne soit pas susceptible de se briser. Règle générale, il faut serrer assez pour que toute circulation soit impossible dans la tumeur.

Que faut-il faire s'il survient une inflammation locale ou des symptômes nerveux inquiétants? Malgaigne, Sédillot conseillent, dans ces cas, de ne pas accroître la constriction et de la relâcher jusqu'à cessation des accidents. Nous sommes à cet égard d'un avis diamétralement opposé. Les accidents nerveux, en cas de ligu-

574 LIGINES ISOTHERMES.

ture, sont dus à l'irritation des nerfs comprimés médiatement par le lien; ils ne paraissent pas si la striction est portée au point de désorganiser immédiatement les tissus. Il se passe ici quelque chose d'analogue à ce qui a lieu dans les hernies étranglées. L'intestin est serré dans un anneau normal ou accidentel ; les accidents ordinaires existent et leur intensité augmente; mais aussitôt que la mortification de la partie comprimée est survenue, on voit les accidents dus à la réaction des nerfs de l'anse intestinale étranglée sur les plexus abdominaux disparaître presque subitement jusqu'au moment où pourront paraître les accidents de la péritonite; de même, des accidents analogues se montrent quelquefois dans la ligature en masse du cordon spermatique après la castration, à tel point que quelques chirurgiens repoussent ce procédé ; or, pour notre part, sur sept ou huit cas dans lesquels nous l'avons pratiqué, nous n'avons observé aucun accident, même le plus léger, mais nous avions soin de serrer avec toute la force dont nous sommes capables la ligature formée par la réunion de trois ou quatre fils de soie trèssolides, réunis en un seul faisceau.

Alors qu'ils conseillent de relAcher la hgature s'il survient des accidents légers, Sédillot et Malgaigne conseillent de la resserrer si ces accidents sont alarmants; nous croyons que, légers ou très-graves, ces phénomènes, véritables accidents d'étranglement, exigent une même conduite; serrer assez énergiquement la hgature pour détruire toute vitalité dans les parties qu'elle embrasse, afin de les désorganiser immédiatement. Ajoutons enfin, qu'aujourd'hui, la ligature n'est plus guère employée que pour des tumeurs peu volumineuses, car on lui substitue, dans les conditions opposées, l'écrasement linéaire, qui a presque tous les avantages de la ligature, et n'a pas comme elle l'inconvénient d'exiger un temps, quelquefois très-long, avant que ne se détache la tumeur dont on cherclie à déterminer la chute.

LéOi>' Le Fort.

lilGlVES. Différentes dispositions anatomiques ont reçu le nom de lignes. On appelle, par exemple, ligne âpre du fémur le bord postérieur de cet os [voy. Fémdr) ; ligne blanche, la bande verticale résistante que forment les aponévroses abdominales depuis l'appendice xyphoïde jusqu'au pubis {l'oy. Abdomen). La ligne semi-lunaire de Spiegel n'est autre chose que la terminaison en demicercle des fibres musculaires du transverse de l'abdomen {voy. Transverse). Enfin, sous le nom de ligne semi-circulaire de Douglas on a désigné une disposition du feuillet postérieur de la gaîne du muscle droit [voy. Droit de l'abdomen (muscle)]. Mais il importe de remarquer que cette même disposition est décrite par certains auteurs sous le nom de pli de Douglas, tandis que d'autres réservent cette dernière dénomination aux plis péritonéaux semi-lunaires qui relient la vessie et le rectum chez l'homme, l'utérus et le rectum chez la femme {voy. Péritoine) .

LIGlVEfS isOTHERiriES. A. de Humboldt a eu, le premier, l'idée de réunir par des courbes tous les points de la surface du Globe dont la température moyenne est la même; ces courbes, dont l'importance est très-considérable en météorologie, sont désignées sous la dénomination de lignes isothermes. Comme la température dépend à la fois de la latitude et de l'élévation du lieu d'observation au-dessus du niveau de la mer, il faut, dans le tracé des figues isothermes, corriger les températures moyennes observées de l'influence de l'altitude, et rame-

ner la température de chaque lieu particulier à ce qu'elle serait si ce lieu était situé au niveau de la mer. — Les météorologistes modernes ont voulu donner une plus grande extension à l'idée primitive et si féconde de A. de Humboldt ; ils étu. dient avec grand soin le tracé de deux autres ordres de courbes, les lignes isothères et les lignes isochimènes. Les premières de ces courbes réunissent lous les lieux dont la température moyenne estivale est la même, les secondes passent par les lieux à même température moyenne hibernale. (Voy. Climats et Isothermes.) J. G.

LIGIVUM. On employait souvent et l'on emploie encore quelquefois, pour les bois médicinaux, le nom latin de Lignum. Ainsi :

Les Lignum Aqiiilœ, Aloes, Agallochum sont les Bois d'Aigle, de Calambac, d'Aloès, etc. [Voij. ces mots.)

Le L. benedictum ou L. sanctum est le Gayac.

LeL. indicum, le Myrtus acris L. Voy. Mîrte.

Le L. moluccanum, le Croton Tiglium L. De même leL.pavaniim.

Le L. papuanum, le Lignidanbas ou Altijigia excelsa Noronh.

Les L. rubrum et Fernambuci, le Bois du Brésil.

On comprend suffisamment la valeur des mots Lignum Sappan, Campechianum, Sassafras, Colubrinum et Santali. H. Bn.

lilGUliE [ligula, petit lien). Genre devers cestoïdes vivant pendant le jeune âge dans les batraciens et les poissons osseux, créé par Bloch, adopté par Zeder, Rudolphi, etc. Les Ligules sont des vers blancs, mous, aplatis en forme de bandelette, sans articulations distinctes, traversés par un sillon correspondant à des organes génitaux.

Ces vers paraissent et se développent premièrement dans la cavité abdominale des poissons tluviatiles et surtout dans celle des cyprinidés, par exemple dans le goujon commun. Les Ligules y atteignent une longueur excédant celle du poisson; le corps du ver, enlacé avec l'intestin de sou hôte, est souvent plus gros qne celui-ci.

Plus tard, on trouve les mêmes vers dans le tube digestif des oiseaux palmipèdes, surtout dans les harles, qui vivent de poissons ; cependant les vers des oiseaux ne sont pas plus développés que dans les poissons eux-mêmes, contrairement à ce qu'on observe chez les autres vers qui changent de milieu. Brullé (de Dijon) a observé la viviparité des Ligules de l'ablette, d'où on est forcé d'admettre que les Ligules ne sont pas des vers agames.

Quand les Ligules sont arrivées à l'état strobilaire, leur corps ne présente pas de "segments distincts, les proglottis restent unis sans se détacher à la manière des cucurbitains des tsenias ; toutefois la multiplicité de l'appareil sexuel laisse voir la hmite exacte des individus composant le ver cestoïde.

L'espèce la plus connue de Ligule est la Ligida simplicissima. On la trouve communément dans l'abdomen des poissons d'eau douce, au milieu des viscères. C'est un ver blanc, aplati, un peu épais, effdé aux deux extrémités, ridé en travers • du corps, surtout au milieu.

Les Ligules servent, dit-on, à l'alimentation dans quelques parties de l'Italie oii elles sont très-abondantes. On les fait frire et on les mange comme un mets délicat. ^- Laboulbène.

LIGURES, peuple de race ibérienne. Ils sembleraient Avoir très-anciennement

576 LILAS (botanique).

occupé une grande partie de l'Europe occidentale. Car, selon Festus Avienus, ils auraient été refoulés par les Celtes d'une région maritime voisine des îles Œstrymniques, actuellement Sorlingues, situées au sud-ouest de l'Angleterre {Orœ maritimœ, vers 129 à 136); et, d'a))rès Stéphane de Byzance, les Ligures auraient eu en Espagne une ville appelée Ligustiae : Atyyo-Twvj, 7r6).iç Aiyûwv, tvj; Svtiv.Tiç 'igvjotaç È77ÙÇ... (Stéphane de Byz., nîotTrokwv, col. 180 de l'éd. de Guilielmi Xylandri, 1568, Basilœ).

Thucydide nous montre ces mêmes Ligures chassant à leur tour devant eux les Sicanes des hords du lt/.«vdç, la Sègre, affluent de l'Èbre, îberus (J. Vf, ch. ir, p. 163, éd. de 1835). Les Ligures paraissent s'être fixés principalement le loii" du littoral méditerranéen, entre les Pyrénées et la Tyrrhénie (Toscane actuelle), ainsi que l'indiquent de nombreux auteurs : Scylax {Périple, p. 2, § 3 et 4, éd. de Vossius, 1639), Scymnos de Chio (Periégès, Fragynents des poèmes géographiques de Letronne, Paris, 1840, vei-s 200 et note, p. 185), Stéphane de Byzance (/. c, Aly-opoç), etc., etc. Le nom de Ligurie sert encore actuellement à désigner la côte nord-ouest de l'Italie.

Antérieurement à la fondation de Rome, des Ligures auraient habité plusieurs régions de l'Italie centrale et méridionale (J. Ampère, riiistoire romaine à Rome, t. I, ch. IV, p. 91 à 104; 1802).

Selon Philiste de Syracuse, cité par Denys d'Halicarnasse, et suivant SiHus Italiens, quatre-vingts ans avant le siège de Troie, les Ligures de l'Italie méridionale, poussés ]tar les Ombres et les Pélasges, sous la conduite d'un chef nommé Siculus, franchirent le détroit pour se fixer dans l'île depuis appelée Sicde (Denys d'Halicarnasse, Antiquitésromaines,\. ï, ch. iv, §2, p. 54, trad. de Bellenger, 1723; — Silius Italicus, les Puniques, t. III, hv. xiv, p. 152-3, trad. de Corpet et Dubois, 1856).

Sénèque le Philosophe nous signale également le passage des Ligures dans l'ile de Corse [Consolatio ad Helviam, t. IX, ch. viii, p. 256-7, texte et trad. de La Grange, 1819).

Quant aux caractères anthropologiques des Ligures, la plupart des auteurs, MM. Nicolucci, Pruner-Bey et Cari Vogt s'accordent cà leur donner une petite stature, un crâne bracbycéphale et peu volumineux, un front globuleux, une face assez large, etc. (Nicolucci, la Stirpe ligure in Italia ne' tempori antichi et moderni, Napoli, 1864, in-4°; — Pruner-Bey et Cari Vogt, Bulletins de la Société d'Anthropologie, ^« série, t. VI, p. 458; 2« série, t. I, p. 88 et 442, etc.). Relativement aux Ligures, voyez les mots Basques pour l'ensemble des peuples ihériens, et Frakce (Anthropologie), pour les Ligures du sud-est des Gaules.

Gustave Lagneau.

LiCiUSTicu.Yi. Voy. LivÊciiE.

OttUSTRUM. Voy. Troëne.

LILACII^'E. Principe amer extrait du Lilas {voy. Lilas).

I.1LA!S. § I. Botanique. Genre de plantes de la famille des Oléacées, désigné par Tournefort sous le nom botanique de Lilac, et par Linné sous celui de Syringa. Ses caractères peuvent être résumés de la manière suivante. Arbres ou arbr.sseaux à rameaux opposés, garnis de feuilles oj^posées, simples et entières.

LILAS (phaumacologie). 577

Rameaux florifères portant à leur extrémité deux cymes opposées, thyi'soïdes, abondamment fournies de fleurs. Calice gamosépale, à quatre dents. Corolle gamopétale, hypocratériforme, à quatre lobes ovales plus ou moins étalés. Deux étamines, incluses dans le tube de la corolle. Ovaire libre surmonté d'un style inclus et d'un stigmate bitide. Capsule ovale lancéolée, comprimée, biloculaire, s'ouvrant en deux valves naviculaires, septifères. Deux graines dans cliaque loge, pendantes, oblongues, comprimées, bordées d'une aile membraneuse étroite et contenant l'embryon dans l'axe d'un albumen cliarnu.

I Les plantes de ce genre sont originaires de l'Orient. Deux espèces ont été trans- ' portées de Perse dans nos jardins, dans la seconde moitié du seizième siècle, et au commencement du dix-septième, et se sont si bien établies dans l'Europe centrale et méridionale qu'on les regarde en bien des endroits comme naturalisées. Elles font au printemps l'ornement des jardins par le nombre, la couleur et la suavité de leurs fleurs. Ces deux espèces, auxquelles se rattachent un grand nombre de variétés cultivées sont :

1° Le Lilas commun {Syringa vulyaris L.), qui forme un petit arbre pouvant atteindre 15 à 20 pieds de haut. Ses feuilles sont un peu cordées à la base, larges à leur partie inférieure, et se prolongent insensiblement en pointe vers le sommet : elles sont glabres et très-entières. Les lobes de la corolle sont concaves. Cette espèce donne des variétés à fleurs violettes, pourpres ou blanches.

2° Le Lilas de Perse {Syringa persica L.) qui es^ plus petit dans ses dimen- .sions et ne dépasse guère 5 à 6 pieds. Les feuilles sont lancéolées, non cordées à la base; les capsules sont plus étroites et moins pointues que celles du Lilas, et les lobes de la corolle presque planes. A cette espèce se rapportent quelques variétés remarquables, entre autres : le Lilas à feuilles laciniées, vulgairement nommé à feuilles de persil, à cause des découpures nombreuses de ses feuilles supérieures ,. et le Lilas Varin ou Lilas de Houen, dont quelques auteurs ont fait, sous le nom de Syringa duhia Pers., une espèce caractérisée par ses feuilles plus grandes, acuminées, aiguës à la base.

On désignait, sous le nom de Lilas du Japon, une espèce rapportée jadis au genre Syringa, mais qu'on en a séparé depuis pour en faire le type du genre Forsythia Vahl. C'est le F. suspensa Vahl.

Quant aux noms de Lilas des Antilles, des Indes et de la Chine, ils s'appliquent à une espèce d'un tout autre groupe, le Melia Azedarach L.

Toutes les parties du Lilas, mais surtout les feuilles et les fruits, sont douées d'une forte amertume, ce qui empêche les bestiaux d'y toucher. Cette saveur est due à la présence d'un principe acre et amer que M. Kromayer a retiré des feuilles, et auquel il a donné le nom de Syrinpycrine.

TouRNEFORT. Inst., 601, lab. 572. — Lisné. Gêner. Plant., n° 22. — Duhamel. Traité des Arbres, édit. 1825, II, 205. — Mérat et de Lens. Dict. mat. mcd., YI, (320.— D. G. Prodr., VIII, 282. — KRoaAYËR, Archiv der Pharm., CX, p. 18, etJournal de Pharmacie, XLIK, 429

Pl.

g n. Pharmacologie. L'écorce, les feuilles, les fleurs, et particulièrement les fruits ont été employés en médecine.

L'écorce et les feuilles se traitent pai- décoction.

Les capsules ou fruits du lilas sont employées étant encore vertes, avec les semences imparfaitement miires qu'elles contiennent, leurs propriétés médicales paraissant être plus actives à cette période de leur développement. On prépare atec ces capsules une décoction et un extrait mou.

DICT. ENC. 2» S. IL 37

578 LILAS (pharmacologie).

Des extraits préparés avec les feuilles, avec l'écorce, ont été trouvés moins actifs que celui préparé avec les capsules.

L'analyse des capsules du lilas par Petroz et Robinet, a fourni : 1» une matière résineuse; 2" une matière sucrée; 5" une matière qui précipite le fer en gris; 4" une matière amère; 5° une matière insoluble ayant l'apparence d'une gelée, se rapprochant de la bassorine; 6° de l'acide malique; 7° du malate acide de chaux; 8° du nitrate de potasse ; 9" quelques autres sels. {Journal de pharmacie, X, p. 159.)

MM. Milet, Leroy d'Anvers, Bornays ont isolé une substance, Ulacine ou syringine, qui cristallise en prismes blancs, brillants, et possède une saveur particuhère, nauséabonde, plutôt douceâtre et acre qu'amère, insoluble dans l'éther, soluble dans l'eau et dans l'alcool. Avec l'acide sulfurique concentré, elle donne une belle dissolution violette. Elle ne paraît pas renfermer d'azote. (Boucliardat, Annuaire de thérapeutique, 1843, p. 206.)

La syringine est-elle le principe actif du lilas ? Des expériences probantes manquent encore sur ce sujet.

§ m. Thérapeutique. Toutes les parties du lilas sont fortement amères, ce qui faisait lui supposer des propriétés toniques généralement possédées par les végétaux qui ont cette saveur. Néanmoins, la thérapeutique s'en était assez peu préoccupée, orsque, en 1822, M. le professeur Cruveilhier, qui alors exerçait à Limoges, expérimenta avec un succès comp-let, qu'il consigna dans une note de son ouvrage {Médecine éclairée par Uanatoniie, Paris, 1822), l'extrait des capsules de lilas sur six malades atteints de fièvres intermittentes. Quelques médecins de Bordeaux ayant répété ces expériences, déclarèrent le lilas nul comme fébrifuge. [Notice des travaux de la Société de médecine de Bordeaux, 1822, p. 9.) Il n'en fut plus question. Mais, plus tard, le docteur Clément (de Vallenois, Cher), reprit sur une plus large échelle (105 cas) l'application de l'extrait des capsules de hlas au traitement des fièvres intermittentes, et dit avoir réussi tout aussi bien qu'avec le sulfate de quinine. Ayant essayé comparativement l'extrait des feuilles, celui de l'écorce et celui des capsules, il reconnut la supériorité de ce dernier. {Journal de médecine et de chirurgie pratiques, 1855, t. XXVI, p. 261.) Enfin, Cazin dit avoir obtenu, par l'emploi de cette préparation, l'extrait, après avoir échoué avec la décoction, la guérison de trois fièvres tierces et d'une fièvre quotidienne.

Tout cela ne constitue qu'un nombre trop minime de faits pour déterminer la valeur du lilas comme succédané fébrifuge du quinquina.

Cruveilhier et Cazin ont administré 4 grammes d'extrait de capsules de lilas, soit en pilules, soit délayé dans du vin, pendant l'apyrexie ; Clément : de 2 à 5 grammes du même extrait ; Cazin : 30 grammes de capsules en décoction dans 700 d'eau réduits à 500.

Cazin [Traité des plantes médicinales indigènes) dit que, en Russie, le peuple traite le rhumatisme articulaire par une huile de lilas préparée à l'aide d'une sorte d\nfleurage, c'est-à-dire, en faisant macérer une forte proportion de fleurs fraîches dans de l'huile d'olives exposée pendant quinze jours au soleil. Ici le principe qui doit agir est l'huile essentielle de lilas, dont nous n'avons pu rien dire parce qu'elle est très-mal connue. Elle est en effet très-difficile à obtenir par la distillation des fleurs, et elle n'existe en parfumerie que dissoute dans l'alcool, à l'aide duquel on "extrait des graisses enfleurées. Le pouvoir analgésique qu'elle pourrait posséder, SI l'opinion populaire sur le remède ci-dessus est fondée, lui serait commun au surplus avec beaucoup d'autres huiles essentielles ; et l'on a plus tôt fait, en cas de

LILIUM DE PâRâCELSE. 579

douleurs rhumatismales ou autres, de s'adresser à ceux de ces produits qu'il est plus facile de se procurer. D. de Swignac.

MUACÉEIS. Famille de plantes qui réalise le mieux le type ordinaire des mouocotylédones et forme pour ainsi dire le centre de cette grande division des végétaux. Les traits principaux qui la caractérisent sont tirés de la considération des fleurs et des fruits. Les fleurs ont un périanthe pétaloïde à six divisions, placées sur deux rangs; 6 étamines, insérées sur le réceptacle ou à la base du périanthe; un ovaire libre à trois loges contenant, sur des placentas axiles, un grand nombre d'ovules anatropes ou semi-anatropes. Le fi'uit est une capsule (rarement une baie) triloculaire, à déhiscence en général loculicide. Les graines sont nombreuses, à testa d'apparence variée : tantôt membraneux ou subéreux de couleur pâle; tantôt crustacé, fragile et noir. Elles contiennent, dans un albumen charnu, un embryon droit ou courbé, à radicule rapprochée du bile.

Les plantes de cette famille sont en général herbacées, rarement ligneuses. Leurs parties souterraines varient suivant les divers genres : ce sont souvent des bulbes, quelquefois des tubercules, d'autres fois des rhizomes. Les feuilles sont simples et entières, le plus souvent linéaires et planes, plus rarement canaliculées ou cylindracées.

Les Liliacées fournissent un grand nombre de plantes ornementales et beaucoup d'espèces utiles. Les unes peuvent servir d'aliments ou de condiments, tels sont par exemple les Allium; d'autres renferment des principes amers et purgatifs qui les mettent au rang des médicaments très-actifs, tels sont la Scille et les Aloès : enfin l'une d'elles, le Phormium tenax ou lin de la Nouvelle-Zélande, donne à l'industrie les fibres extrêmement tenaces de ses feuilles.

Enducher. Gêner. Plant. — Lindleî. iViaf. Syst., 351. Pl.

LILIUM. Voy. Lis.

LILILM DE PA.RACELSE. Dans SOU livre des Arc/iirfoajes , Paracelse (îjoî/. ce nom), le triste héros de la médecine hermétique, parle longuement et emphatiquement d'un médicament qu'il désigne soit sous les noms de physicorum tinctura, soit sous ceux de lili alchimice et medicinœ. {Aur. Ph. Theoph. Paracelsi Bombast ah Hohenheim. . . opéra omnia. Genev., 1 658, in-fol. , t. II, p. 1 1 7.) Les termes les plus pompeux, les plus extravagants ne sont pas de trop, sous la T)lume de ce fou étrange, pour porter aux nues la merveilleuse drogue : c'est la liqueur de longue vie, tant cherchée par les alchimistes, l'arcane par excellence, la quintessence de l'apothicairerie, « in qua mysteriorum omnimn ac operum fundamenta latent; » c'est le Léo rubens , une perle fine, un trésor précieux, qui a fait vivre cent cinquante ans les premiers et les plus anciens médecins de l'Egypte, et qui guérit, consume, à l'instar d'un feu invisible, toutes les maladies, la lèpre, la vérole, l'hydropisie, le mal caduc, la cohque, la goutte, le lupus, le cancer —

Mais Paracelse ne s'attribue pas l'invention de la tinctura physicorum, qu'il fait remonter à Hermès Trismégiste, et qu'il retrouve même dans les ouvrages d'Albert le Grand. Seulement il prétend que les formules données par ces deux auteurs ont été mal comprises, et que ceux qui les ont copiés n'ont écrit que des bévues. « Tous les philosophes, écrit-il orgueilleusemezit, ont cherché avec passion le lili alchimice, mais faute d'en bien connaître la préparation, ils ont échoué dans leurs

î)80 LILLE.

tentatives ; ils ont touché presque au but, sans l'atteindre; il était réservé à moi seul de parcourir toute la carrière... Grâce à mes longues expériences, j'ai corrigé les spagyristes, j'ai séparé le faux du vrai... »

Et vous croyez que Paracelse va vous donner clairement la manière de préparer SA prodigieuse panacée... ? Ce serait en vain que l'on cherclierait à débrouiller le chaos qui règne dans son chapitre : De processu veterum ad tincturam plujsicorum, et hreviori per Paracelsiim inventione. Dans ce tourbillon d'invocations à Dieu, de jours néfastes ou heureux, de conjonctions de planètes, de maisons du soleil, et de toute la défroque de l'astrologie, on ne démêle qu'une chose, à savoir que la teinture des philosophes consistait dans un mélange bizarre de divers métaux et d'alcooi. La preuve en est dans ces faits qu'il rapporte comme pour expliquer la formation des médicaments : qu'en Hongrie les paysans n'ont qu'à jeter du fer dans une source appelée Zipserbrunn, pour que ce fer, chauffé et fondu, se transforme en argent

Quoi qu'il en soit, le llii de Paracelse a passé dans l'ancienne apothicairerie, mais changeant, non-seulement de nom, mais encore de formule. Dans la Chymia rationalis, publiée par un anonyme, à Leyde, en 1687, ce n'est plus le lili Paracelsi ni la tinctura physicorum, mais la tinctura metalloruin et le liliiim. Jean de Renou, dans son Antidolarium, parle d'un médicament nommé par Avicenne lUium céleste. On attribue même à ce célèbre médecin arabe un traité de Tinc- Uira metallorum, qui a été imprimé à Francfort, en 1550, in-4°. Enfin, les anciens Codex medicamentariiis de Paris donnent ainsi la manière de préparer cette teinture : Prenez: régules d'antimoine, martial de cuivre, d'étain, de chaque quatre onces. Après les avoir pulvérisés et mêlés, faites -les fondre ensemble en une seule masse pour former le régule des métaux. Ce régule pulvérisé, mêlez-y nitre purifié, tartre en poudre, de chaque 18 onces; projetez à diverses reprises ce mélange dans un creuset, faites-le détoner ei liquéfier à un feu fort ; tirez la matière du creuset, pulvérisez-la grossièrement , et l'introduisez toute chaude dans un matras ; faites digérer au bain de sable pendant plusieurs jours, en agitant de temps en temps ; quand la teinture est satui'ée, tirez-la au clair. Et... buvez-moi ça comme cordial... ! Vous ne boirez guère, en résumé, qu'une solution alcoolique de potasse, dans laquelle on pourrait tout au plus soupçonner quelques atomes d'oxydes métalliques.

Consultez pour le liliiim de Paracelse : Nachet, in Dict. des se. méd. en 60 vol., t. XXVllI, p. 257, 1818. — Mérat et Delens, Dict. iiniv. de matière médicale, etc., t. IV, p. 115 ; 1852, in-S", Dict. de Nysten, art. Lilium, etc.

Il n'est pas inutile de faire remarquer que ce nom de lilium donné à la teinture des métaux, et qui plaçait pour ainsi dire cette dernière sous le patronage de l'une des plus belles plantes des jardins, était comme un titre d'honneur pour exprimer ses merveilleux effets cordiaux et réconfortants. Un célèbre médecin de iViontpellier, Bernard de Gordon {voy. ce nom), nous a laissé aussi sous le nom de Lilium medicinœ, un traité complet de médecine. On possède une Rosa medicinœ, une Florida corona sanitatis, etc., etc. A. C.

LILLE (Chréties-Éverard de) naquit à la Haye en 1724, et se fit recevon- en 1756 à Leyde, où il avait fait ses cours de philosophie et de médecine. Avant même l'époque de sa réception, il s'était fait avantageusement connaître par un traité sur les palpitations de cœur, aussi fut-il immédiatement choisi pour aller occuper à Groningue la chaire de médecine et de chuurgie que venait de quitter

LIMAGIEN. 581

l'illustre Camper, appelé à Amsterdam. Lille accepta celte lourde succession et

sut mériter les suffrages du public par son zèle et son savoir; il ne craignit

pas, dans un de ses ouvrages, d'attaquer les opinions de Haller, plutôt par des

raisonnements que par des faits, et avec une certaine violence que lui a reprochée

le grand physiologiste.

Il a laissé les ouvrages suivants :

1. De excessu motus circulatorii. Lugd. Batav., 1752, in-4°. — II. Tractatus de palpitatione cordis, qunm prœcedit prœcisa cordis historia physiologica, cuique, etc. Zwoll, 1755. — III. Plnjxlologicarum animadversionum sccunduin ordinein Ilallcri clcmentorum lib. l. Frank., 1772, in-4°. E. Bgd.

LIM.^CE, LIMACIEIVS. Les Limaces sont des mollusques gastéropodes nus ou dépourvus de coquille calcaire extérieure, à corps allongé quand l'animal se meut, formant un ellipsoïde allongé, précédé par des tentacules céplialiqiies. La surface plane qui porte sur le sol est le pied, la face opposée, convexe, est le dos du mollusque ; sur le milieu du dos existe une partie saillante en bourrelet et sous laquelle l'animal peut cacher sa tête lorsqu'il la contracte; cette partie, ordinairement striée en travers, porte le nom spécial de cuirasse. La tète petite, obtuse, séparée du pied par un sillon peu marqué offre en avant la bouche formée y.r une ouverture transversale et surmontée de quatre tentacules. Ces tentacules rétractiles présentent, quand ils sont allongés, la forme d'une petite tige arrondie, ils sont terminés par un petit rentlement spliérique; les tentacules supérieurs ofirent un point noir qui correspond aux organes visuels, les deux tentacules inférieurs sont beaucoup plus courts. Vers la base du grand tentacule droit un mamelon obtus percé d'une ouverture peu visible, donne passage aux organes génitaux pendauf, l'accouplement. Le bouclier est percé, sous son bord droit, d'une ouverture largo, très-contractile, donnant accès à l'air dans une cavité respiratoire. En arrière est l'orifice anal terminant l'intestin. La coquille très-rudiment aire des Limaciens est interne, placée sous le manteau, et se développe peu à peu dans les genres Tcstacelie et Vitrine, qui font le passage des Limaciens aux Hélices.

La peau des Limaces est revêtue d'une mucosité gluante qui facihte l'adhésion clu corps de l'animal sur les surfaces oij il rampe, même les plus lisses, et qui le protège contre l'excès de la chaleur en empêchant l'évaporation des humeurs. Les limaces se plaisent dans les endroits frais et humides, elles passent l'hiver sous terre dans un engourdissement complet et paraissent au printemps et dans l'été après la pluie et pendant la nuit. Dans les climats chauds les Limaces restent cachées pendant les chaleurs et ne sortent que pendant l'automne et l'hiver.

La nourriture de ces animaux consiste en matières végétales, aussi les Hmaces sont-elles très-nuisibles aux jardiniers en dévorant les jeunes pousses ou les feuilles des végétaux; elles mangent aussi les matières animales décomposées, les lombrics morts et, dans les bois humides, les champignons, qu'elles recherchent 'avec avidité.

Les Limaces ont été employées en médecine. Une des grandes espèces du genre Armi, d'un rouge orangé a reçu le nom à'Arion empiricorum. La chair pilée et mélangée de sucre servait à préparer un sirop adoucissant. Dans quelques contrées de la France, principalement dans le Midi, des malades avalent des Limaces crues dans l'espoir de se guérir de maladies chroniques de l'appareil pulmonaire. {Yoy. LiMAÇojJS et Hélix.) A. Laboulbène.

UMACIE:v (Nerf). C'est la branche cochléenne du nerf auditif, qui se distribue au limaçon.

582 LIMETTIER.

OMACllVE. Substance extraite, par Braconnot, des limaces. Blanclie, opaque, soluble dans l'eau chaude, très-peu dans l'eau froide, soluble aussi dans les^ alcalis et dans l'acide chlorhydrique, qui ne la colore pas en bleu. Le tannin, l'acétate de plomb, le sublimé, le sulfate de fer, l'acétate de cuivre précipitent la solution aqueuse froide de limacine.

lilMAÇOîK. {Voy. Oreille interne.)

LIMAÇOIVIS. Nom vulgaire sous lequel on désigne diverses espèces du genre Hélix de nos climats, par opposition aux limaces vraies. Les mollusques gastéropodes à coquille calcaire qu'on appelle plus spécialement limaçons, se rapportent surtout aux Hélix pomatia, adspersa, nemoralis, sylvatica, vermiculata, algira, etc., qui sont édides. (Voy. Hélix.) A. Laboulbène.

LIMANDE. Poisson à chair comestible, malacoptérygien, de la famille des pleuronectides et du genre Pleurouecte. {Voy. ce mot.) La Limande (Pleuronectes limanda., Linn.; Bloch., pi. 46, Encyclop., p. 40, f. 158), vulgairement appelée Plie de mer, tandis que la Plie ordinaire porte les noms de Plie franche ou Carrelet, est longue de 30 centimètres, rarement plus; les yeux sont placés à droite de la ligne dorsale déviée ; la couleur est brune en dessus ou brun jaunâtre avec des taches obscures. La ligne latérale est très-courbe sur la tête, les écailles sont dentelées et aspéruleuses ; on trouve des écailles sur les rayons des nageoires dorsale et anale; la nageoire caudale est noirâtre et tronquée, ou très-légèrement échancrée. Un piquant existe constamment près de l'orifice anal.

La Limande est commune sur les côtes de la France, elle remonte quelquefois la Semé jusqu'auprès de Paris, et la Loire jusqu'à Orléans ; mais d'une manière accidentelle. C'est une espèce marine. La chair en est moins estimée que celle de la Plie franche. {Voy. Pleuronecte, Poisson.) A. Laboulbène.

LIME. Genre de mollusques acéphales, monomyaires, de la famille des Pectinides, dont la chair est édule. La coquille de ces mollusques est longitudinale, et parfois oblique, à côtes ou striée, souvent hérissée. Lorsque les valves sont encore jointes par le hgament à l'état frais, elles ne ferment pas complètement ; le côté antérieur forme une canule pour le passage d'un hyssus ou du pied. Quoy et €aimarà ont décrit l'animal des Limes, et Délie Chiaje l'a également représenté; il ressemble aux Pecten, mais le manteau est très-ample avec le bord divisé en deux parties bien distinctes, dont l'une externe déborde la coquille et dont l'autre interne se développe comme un large voile, derrière lequel l'animal peut se cacher. Des tentacules flexibles s'attachent sur la première partie du bord. La bouche est placée sur la face antérieure du muscle adducteur des valves, les lèvres buccales sont soudées vers leur miheu et ouvertes seulement vers les deux commissures. De chaque côté, il existe une paire de larges feuillets branchiaux épais et striés, et entre ces feuillets est placé le pied, qui est coudé au sommet.

Les Limes nagent très-vite et par soubresauts, en frappant ou battant leurs valves l'une contre l'autre; cette locomotion rappelle le vol de quelques Lépidoptères diurnes. On trouve principalement les Limes dans les anfractuosités des rochers et dans les cavités que laissent les zoophytes.

Les Limes ne fournissent qu'un aliment de médiocre quahté. {Voy. Mollusques. )

A. Laboulbène.

LIMETTIER. Nom donné à un certain nombre de variétés d'une espèce du

LIMONADES (pharmacologie), 583

genre Citrus établie par Risso sous le nom de Citrus Limetta. Cette espèce n'est pas généralement admise et les divers éléments doivent en être répartis dans les autres espèces du genre. Le Bergamottier et ses diverses formes {voy. ce mot) l'ont partie des Limettiers de Risso. Quant aux Liraettiers proprement dits, liisso leur attribue, dans son ouvrage publié avec Poiteau, en 1818 : le port et les feuilles du Limonier; des fleurs blanches, petites, d'une odeur douce particulière; des fruits d'un jaune pâle, ovales, arrondis ou terminés par un mamelon; une pulpe douceâtre, fade ou légèrement amère. Leurs principales formes sont : le Limettier ordinaire ou Lime douce de Gallesio, le Limettier de Rome, le Limettier d'Espagne, le Limettier à fruit tubercule, le Limettier des Orfèvres et le Limettier pomme d'Adam.

Ces diverses formes ne sont presque d'aucun usage dans la parfnmene. Leur pulpe est bien moins agréable que celle des oranges ; on en compose ce])endun des glaces assez parfumées.

Gallesio. Traité du Citrus, 1811. — Risso et Poiti.au. Histoire naturelle des Orangers. Paris, 1818. Pi,.

LimXAiKTnEMOI. Nom proposé par Gmelin (mAct. Acad. petropol., 17G9, XV, 567, t. 17), [)0ur des Gentianacées voisines des Villarsia^ dont elles ne différeraient que parleur fruit indéhiscent. Ce genre n'est généralement pas adopté; et les plantes amères, toniques, qu'il renferme, ont été rapportées par beaucoup d'auteurs aux Villarsies. {Voy. ce mot.) Le L. indicum, espèce comestible et médicinale, est le F. indica de Ventenat. Le L. nymphœoïdes Lk est le Menyanlhes nymphceoïdes de Linné, ou Villarsia nymphœoïdes de Ventenat. H. Bn.

njnJVOPDilvE {Limnopliila R. Br.). Genre de plantes, de la famille des Scrofulariacées, tribu des Gratiolées, que Lamarck a nommé Ambulia. La fleur y est pentamère, avec une corolle bilabiée, quatre étamines didynames, à loges séparées, et un ovaire biloculaire, à loges multiovulécs. Le fruit est une capsule locuhcide. Les Limnopliila sont des herbes des marais de l'Asie et de la Nouvelle- Hollande. Leurs feuilles sont opposées, et leurs fleurs sont solitaires ou réunies en grappes. Deux espèces sont recherchées dans la médecine des pays chouds.

I. L. gratissima Bl. {L. Roxburghii Don, Gen. Syst., IV, 543. — Capraria gratissima Roxb., FI. ind., III, 92). Espèce de l'Inde, de Java, aromatique, tonique, recherchée au Malabar dans le traitement des fièvres

II. L. trifida Spv^ekg., Syst., II, 802 {L. gratioloïdes R. Br., Prodr. N. Holl.^ 442. — Gratiola trifida W., Spec, I, 104. — G. vircfmiana L., Spec, 25 (part.). — Hoitonia indica L., Spec, 208. ' — Columnea balsamea Roxb., FI. ind., III, 97. — Eydropityon pedimculatinn Ser., in DC. Prod., I, 44). Celte espèce, de l'Inde orientale (et non de l'Amérique du Nord), est aromatique, balsamique, excitante ; elle s'emploie comme un bon fébrifuge, et dans le traitjment des maladies de la gorge, de la poitrine. II. Bn.

Brown (R.), Prodr. fl. N. Holl.,U2. — Bemh., Scroful. md., 25. — DC, P-odr., X. 386. — Lamk, Dict., I, 128. — EsDL., Gei^., n° 3952. — Roseî<ih., Syn. plant, diaphor., 470.

LIJMOIV. Fruit du Limonier, plante du genre Citrus, regardée par quelques auteurs comme une espèce distincte [Citrus Limonum Risso), par d'autres comme une simple variété du Citrus medica L. [Voy. Citrokkier.)

LIl!IO]%ii.DEiS. d I, Pharmacologie. Le nom de limonade a été d'abord

58i LIMONADKS (pharmacologie).

donné à une boisson préparée avec le suc de citron étendu d'eau et édulcorée convenablement. Ce nom lui vient, soit de ce qu'on pouvait employer également le suc du limon pour obtenir cette boisson, soit plutôt parce que le fruit de l'arbre que nous appelons citron et citronnier sont appelés par tous les autres peuples limon et limonier. Aujourd'hui le nom de limonades est appliqné à des boissons acidulés employées surtout dans les maladies inflammatoires. On les prépare tantôt avec le citron, l'orange ou d'autres fruits acides, comme les groseilles, les cerises, etc. ; tantôt avec un acide végétal ou minéral, quelquefois avec un sel acide comme la crème de tartre, le citrate de magnésie, etc. Ces préparations se prennent froides. Elles ne doivent pas être renfermées dans des vases de métal qui puissent être attaqués par l'acide qu'elles contiennent. Les vases en verre ou en porcelaine sont ceux qu'il faut préférer.

Les limonades les plus employées sont les suivantes :

Limonade commune. La manière la plus ordinaire et la plus simple de faire cette limonade consiste à mettre un ou deux citrons coupés par tranches dans un litre d'eau à laquelle on ajoute 50 à 60 grammes de sucre, on laisse macérer pendant une ou deux heures. Quelquefois on enlève le zeste du citron ; dans ce cas, il faut avoir soin de séparer en même temps le parenchyme blanc qui est sousjacent, autrement cette partie communiquerait une saveur amère à la boisson ; les semences doivent également être séparées. Souvent au lieu de composer la Hmonade à froid, comme il vient d'être indiqué, on se sert de préférence d'eau bouillante que l'on jette sur le citron. Cette limonade, qui est appelée limonade cuite, est moins acide au goût parce que l'eau a dissous une certaine quantité de mucilage.

La limonade à l'orange ou orangeade se prépare de la même manière, eu remplaçant le citron par l'orange.

Les limonades à la cerise, à la groseille, à la framboise, etc., s'obtiennent en mêlant à 900 grammes d'eau, 100 grammes de chacun de ces sirops. Ces limonades sont gazeuses quand on remplace l'eau simple par de l'eau chargée d'acide carbonique. (Codex.)

La. limonade tartrique se prépare en mêlant à 900 grammes d'eau, 100 grammes de sirop d'acide tartrique. Pour la limonade citrique et celle à Y orange, le sirop d'acide tartrique est remplacé par le sirop d'acide citrique aromatisé au citron ou à l'orange [Codex); ces limonades sont employées comme antiseptiques, rafraîchissantes et diurétiques.

Limonade lactique (Magendie). Acide lactique, 4 à 10 grammes ; eau, 900 grammes ; sirop de sucre, iOO grammes. Dans les cas de dyspepsie ou de simple affaiblissement des organes digestifs. Peu employée. [(Fo^/. Lactique (Acide).]

Limonade acétique ou Oxycrat. (Velpeau.) Vinaigre blanc, 50 grammes; eau commune, 900 grammes; sirop de sucre, 70 grammes. Boisson rafraîchissante employée dans les fièvres, les phlegmasies, etc.

Limonade alcoolique des hôpitaux. Alcool rectifié, 60 grammes ; sirop tartrique, 60 grammes; eau, 880. Mêlez.

Limonade vineuse des hôpitaux. Vin rouge, 250 grammes ; sirop tartrique, 60 grammes ; eau, 700 grammes.

Limonade à la crème de tartre. Crème de tartre soluble, 20 grammes; eau bouillante, 900 grammes ; sirop de sucre, 100 grammes. On fait dissoudre la crème de tartre dans Peau, et on ajoute le sirop de sucre. {Codex.)

Limomi-de au citrate demagnésie [voy. Magnésie).

LIMONADES (hygiène). 5{<5

Limonade sèche. La limonade sèche est un mélange de poudres qui, mêlées avec l'eau donnent lieu à une boisson analogue à celle que l'on prépare avec le citron. Pour l'obtenir, on mélange 8 grammes d'acide citrique pulvérisé avec 125 grammes de sucre en poudre grossière aromatisé avec quelques gouttes d'oléo-saccharure de citron. On conserve dans un flacon qui ferme bien. La dose est d'une cuillerée pour un verre d'eau. Ce mélange peut être transformé en limonade gazeuse par l'addition de bicarbonate de soude qui, au moment de la dissolution dans l'eau, est décomposé par l'acide citrique avec dégagement d'acide carbonique. Yoici alors la formule qu'il faut suivre pour l'obtenir : sucre râpé et aromatisé, 50 grammes; acide citrique, 3 grammes pour un paquet blanc. D'autre part, bicarbonate de soude, 2 grammes pour un paquet bleu. On fait dissoudre le contenu du paquet blanc dans un litre d'eau, puis on ajoute ce que renferme le paquet bleu. V orangeade sèche se prépare de la même manière, mais en employant l'oléo-saccbarure d'orange. On peut aussi préparer des limonades sèches avec d'autres acides.

Les limonades minérales sont celles dans lesquelles on fait entrer un acide minéral. La limonade sulfurique s'obtient en mélangeant 2 grammes d'acide sulfurique pur à i ,84 au densimètre, 900 grammes d'eau et 100 grammes de sirop de sucre. [Codex.) Cette limonade a été préconisée autrelois sous le nom d'eau antiputride de Beau fort.

On prépare de la même manière et aux mêmes doses les limonadef! nitrique, phosphorique et chlor hydrique, la première avec l'acide nitrique pur à \ ,42, la seconde avec l'acide phosphorique pur à 1 ,45, et la troisième avec l'acide chlorhydrique pur à 1,17. Ces doses peuvent être augmentées ou diminuées selon le besoin. T. Gobley,

§ II. Hygiène. Les limonades envisagées au point de vue de l'hygiène sont des boissons acidulés gazeuses ou non gazeuses, qui ont pour office d'étancher la soif. On en peut rapprocher de l'eau Seltz, dont on fait actuellement un usage si immodéré sur nos tables, et les eaux naturelles acidulés gazeuses.

Les limonades sont des boissons rafraîchissantes; elles tempèrent la soif, produisent une sensation agréable de fraîcheur, calment l'excitation circulatoire et abaissent sensiblement la chaleur organique. Quelle est la cause de cet effet qui est de constatation journalière? Les acides végétaux tempéreraient- ils la chaleur en absorbant l'oxygène à leur passage dans le torrent circulatoire, pour se brûler ■et se trcuisformer en dernière analyse en eau et en acide carbonique? (Délioux Mém. sur les acides vége'taux, Gaz. méd. de Paris, 1851.) Les médecins qui ne reculent pas devant les interprétations chimiques, n'hésiteront pas à adopter celle-ci, que nous nous contentons de rappeler.

Le goût des boissons acidulés est très-général ; elles répondent à un appétit et à un besoin; mais leur usage doit, sous peme d'inconvénients trèssérieux, être maintenu Cslxis de justes limites. Autrement elles débilitent l'estomac, produisent de la giistralgie, de l'inappétence, de la diarrhée par indigestion aqueuse, des flatulences, sans compter cette ivrognerie des acides, qui porte à acidifier de plus en plus ses boissons, pour satisfaire aux exigences d'un palais blasé par l'habitude. Ce dernier inconvénient, qui aboutit à des troubles graves de la nutrition, est surtout à craindre chez les gens nerveux, les femmes surtout, et principalement les chlorotiques, qui sont singulièrement disposées à celte appétence des acides. Les effets constatés à la suite de l'abus des boissons

586 LIMONADES (hygiène).

vinaigrées prises pour combattre uu embonpoint disgracieux sont, à la mesure près, imputables à l'abus des limonades. Pour le dire incidemment, cette incartade hygiénique, arme de suicide plutôt que de coquetterie, ne date pas d'hier, puisque Guillaume Varignana, professeur à Bologne en 1302, connaissait les propriétés émacianles du vinaigre, et l'employait dans ce but. {Voy. Sprengel, Hist. de la mcd., t. Il, p 452.)

Les fruits acidulés paraissent être l'un des besoins de la vie dans les pays chauds ; aussi la nature les a-t-elle multipliés, avec une véritable libéralité, dans les régions intertropicales; seulement (et c'est un enseignement dont l'hygiène doit profiter), le {irincipe acide y est mitigé par des arômes variés, mais presque toujours fragrants, qui stimulent le goût et l'estomac, et préviennent l'état flatulent que ces boissons, auxquelles les gens du monde attribuent l'inconvénient d'être froides, sont disposées à produire. D'où aussi l'utilité des limonades, mais à la condition qu'elles soient prises avec discrétion. Celle, établissant, dans un ouvrage d'ailleurs très-bien fait, une distinction entre l'hygiène des climats chauds et humides, et celle des climats chauds et secs, admet que les boissons acidulés, nuisibles dans les premiers et susceptibles d'augmenter la soif et de diminuer l'appétit, conviennent au contraire dans les seconds. (E. Celle, Hyg. des pays chauds, p. 216.) On ne saurait souscrire à cette distinction.

La question de Topporl unité de fournir aux équipages des bâtiments qui naviguent dans les pays chauds une boisson acidulé propre à étancher leur soif, est peut-être une des plus graves de l'hygiène navale. Je l'ai longuement discutée dans un ouvrage spécial {Traité d'hygiène navale ou de l'influence des conditions physiques et morales dans lesquelles l'homme de mer est appelé à vivre, et des moyens de conserver sa santé. Paris, 1856, p. 546). Que la boisson soit simplement de l'eau acidulée par du vinaigre ; que ce soit la posca ou l'oxycrat dessoldats romains ; que l'on substitue le jus de citron au vinaigre, quand les circonslanccs d'approvisionnement le permettent ; que ce soit de l'eau légèrement alcoolisée; il n'en est pas moins vrai que le matelot ayant à disposition \xn charnier plein de ces breuvages est incité à boire, et qu'il arrive ainsi par l'habitude à une sorte d'ivrognerie des boissons aqueuses que je considère comme ayant sur la santé l'influence la plus déplorable. Mieux vaudrait certainement que chaque homme reçiit par jour, et pour être consommé en dehors de ses repas, i litre d'une eau très-légèrement vineuse (au quart ou au cinquième, par exemple); on saurait ainsi ce que chaque matelot consommerait et on n'aurait pas à combattre à chaque instant ces diarrhées qui frappent quelquefois en même temps une grande partie d'un équipage, et qui tiennent à l'abus des boissons aqueuses; on éviterait aussi ces troubles dyspeptiques qui ouvrent la porte à l'anémie et à son cortège de conséquences si graves.

Ce qui arrive pour les officiers qui abusent des limonades et qui ne savent pas maîtriser leur soif, est instructif à ce point de vue. Ces boissons acidulés sont salutaires quand on les prend en petite quantité, mais dès qu'on se départ d'une modération nécessaire, elles deviennent une cause d'affaiblissement des plus fâcheuses, par l'abondance des sueurs qu'elles provoquent. Le corps transpirant sous les tropiques comme une sorte d' al car azas poreux, se laisse traverser avec une rapidité incroyable par l'eau ou les boissons acidulés qui s'échappent par la peau, entraînant avec elles les matières organiques qui entrent dans la composition de la sueur; d'où une déperdition et un affaiblissement iné\itables, d'où aussi l'abondance de cette éruption papuleuse de bourbouilles {lichen tropicus), qui n'est paS'

LIMONADES (hygiène). 587

l'une des moindres souffrances qui attendent l'Européen avant qu'il se soit indigénisé. Dans les pays où les citrons abondent, il est difficile de résister à la tentation d'en faire un usage excessif; on peut prévenir une partie des inconvénients attachés à cet abus, en additionnant les limonades d'une faible quantité de vin ou de quelques gouttes de rhum ou d'eau-de-vie. Dans les contrées chaudes, les boissons alcooliques très-diluées conviennent infiniment mieux que les boissons acidulés, et surtout que les boissons aqueuses; mais l'eau, additionnée d'une trèslégère quantité de café [voyez ce mot), est encore autrement salubre. Au lieu de provoquer la sueur, ce breuvage la modère ; au lieu de fatiguer l'estomac, il li! tonifie. Il est, au reste, un fait d'observation dans les pays chauds, et qui a son importance pratique ; c'est qu'une réï^istance courageuse à l'appétit impérieux qui porte à boire une grande quantité de liquides entre les repas est récompensée bientôt par une diminution notable de la soif qui devient très-supportable. Je suis convaincu que la moitié' del'hygiène des pays chauds réside dans C abstention des boissons dans l'intervalle des repas. J'ai dû à cette règle la conservation de ma santé pendant cinq ans de station au Sénégal, et j'y attache une importance capitale, [Hyg. navale, p. 450 et 549.) C'est là, du reste, une opinion partagée par beaucoup de médecins de la marine.

h'eaîi vineuse est, par le fait, une Umonade, mais dans laquelle l'acidité est adoucie par les autres principes du vin. C'est la meilleure des boissons destinées aux malades. Elle peut les remplacer toutes, et nulle ne saurait la sup[iléer. On en gradue facilement la force, et suivant son degré de vinosité, elle est tout simplement ou tempérante ou tonique, enfin la diversité des vins qui peuvent servir à sa préparation, contribue encore à en faire varier la nature aussi bien que le goût. Le bourgogne, mais surtout le bordeaux sont les deux vins qui donnent la meilleure eau vineuse. L'addition de sucre et d'essence de citron, quelquefois d'une petite quantité du suc de ce fruit, ou le mélange a\ec l'eau de Seltz, concourent à rendre l'eau viueuse en même temps plus agréable et plus tempérante. Il n'est guère de malades qui ne recherchent avec avidité cette Doisson, dans laquelle ils trouvent une diversion utile aux tisanes sucrées dont on les abreuve d'ordinaire.

Les limonades gazeuses (et l'eau de Seltz artificielle mérite ce nom, puisqu'elle n'est qu'une dissolution d'un acide gazeux dans l'eau) sont devenues depuis quelques années, grâce au perfectionnement des procédés de fabrication, un des besoius de l'alimentation. L'eau de Seltz, servie sur nos tables dans des cruchons siphoïdes, (dont le bec doit être en étain pur) , ou préparée exteraporanément dans nos maisons à l'aide des appareils gazogènes de Briet ou de Fèvre, l'eau de Seltz, dis-je, est consommée de nos jours avec une banalité et une intempérance qui doivent fixer l'attention de l'hygiéniste. (Fonssagrives, Eyg. alim. des malades, des convoi, et des valétud., ou du régime envisagé comme moyen thérapeutique, 2® édit. Paris, 1867, p. 33. Voyez aussi Al. Aug. Legrand, Sur Veau de Seltz et la fabricat. des boissons gazeuses. Paris, 1861.) L'inconvénient principal de l'usage journalier de l'eau de Seltz est d'habituer l'estomac à une stimulation sans laquelle il finira par ne plus pouvoir digérer, sans préjudice de l'excitation cérébrale produite par l'eau de Seltz, et qui se traduit par une ivresse très-passagère et très-faible, mais réelle.

Les eaux minérales naturelles de Saint-Galmier, Condillaç, Schwalheim, entrent aussi dans nos habitudes alimentaires. Elles ont leur utilité sans doute, mais ce sont des médicaments à indications et à contre-indications nettement définies,..

588 LIMONADES (thérapeutique).

et l'usage banal qu'on en fait, sans avis de médecin, a ses inconvénients.

Les limo7iades gazeuses ne sont que des limonades ordinaires diversement acidifiées et aromatisées et qui ont été chargées d'acide carbonique au moyen d'un appareil gazogène. Leur acidité, accrue par la présence du gaz, doit rendre trèsréservé dans leur emploi. J'ai vu des gastralgiques qui ne pouvaient user de ces boissons sans en éprouver des crampes très-douloureuses.

Les limonades ne conviennent pas à tous les estomacs ; ceux qui sécrètent une quantité surabondante de suc gastrique s'en accommodent mal ; ils en éprouvent des pincements, si ce n'est des crampes douloureuses. Je crois même avoir trouvé dans la façon dont les acides et le sucre sont supportés par les malades un moyen de distinguer la dyspepsie acide de la dyspepsie par pénurie de sucs gastriques ou apepsie, comme l'appellent les Anglais. Le sucre et les acides déterminent du pyrosis dans le premier cas, ils facilitent la digestion dans le second. Si le sucre faU digérer, comme on le dit vulgairement, c'est parce qu'il fa\orise la dissolution des aliments en se transformant en acide lactique, mais il ne fait digérer que les apeptiques ; les dyspepsies avec acidités s'en trouvent au contraire très -mal. .l'ai connu un m.alade qui ne digérait qu'à la condition de prendre, après ses repas, un verre de limonade concentrée ou quelques pelotes de sucre. Il y a là une question for! in!éressante et qui, je le reconnais volontiers, appelle de nouvelles roclierches cliniques.

g III. Tlic-riipcutujiae. I. LiMONADEs ACIDULES. Ce sout celles dont nous venons déparier; elles intéressent exclusivement l'hygiène alimentaire et ne sauraient être considérées comme des médicaments actits ; elles sont désaltérantes, tempérantes, diurétiques. Leur action, eu tout cas, n'étant qu'un diminutif de celles des limonades minérales, nous n'en dirons rien ; elles intéressent l'hygiène plus que la thérapeutique. Lorsque celle-ci veut obtenir un résultat médicamenteux, elle laisse de côté les limonades à sucs ou à acides végétaux, et s'adresse aux hmonades minérales, qui sont bien autrement actives.

II. Limonades acides mikérales. On pourrait certainement, en exagérant les proportions des acides végétaux faibles qui servent à la composition des limonades, les faire rentrer dans la cs^té^orie des limonades acides ; mais cellesci peuvent être considérées comme exclusivement préparées avec les acides miné- • raux. Pelles constituent en effet un groupe de médicaments à action physiologique et à indications nettement déterminées.

L'acide sulfurique, l'acide azotique, l'acide chlorhydrique, l'acide nitro-muriatique, l'acide phos;ihorique, isolés ou associés à d'autres principes médicamenteux, servent à la préparation de limonades minérales qui ont sensiblement la même action, et dont l'histoire thérapeutique peut être confondue dans une description générale, sauf à indiquer les apphcations spéciales qui ont été faites de chacune d'elles.

i" Limonades minérales en gênerai. Les limonades minérales déterminent une sensation agréable de fraîcheur; elles tempèrent la soif, causent à l'estomac une impression de vacuité qui ne se change en tiraillements que quand l'acidité dépasse une certaine limite ; dans ce cas, il se produit une sorte d'astricf ion, de pincements, et, chez les personnes délicates, de véritables spasmes gastralgiques, L'excitation de l'appétit et des aptitudes digestives, indiquée par quelques auteurs, Pereira entre autres, est un fait qui peut se rencontrer chez quelques dyspeptiques ou plutôt apeptiques, dont le suc gastrique manque d'acidité, mais qui est au moins douteux, dans l'état physiologique de l'estomac; l'accélération des mouve-

LIMONADES (thérapeutique). 58y

meiits intestinaux, avec ou sans diarrhée, est aussi un des effets des limonades niinérales. Leur action tempérante s'accuse par une diminution notable de la chaleur organique, un abaissement dans la force et la fréquence du pouls ; en même temps, les sécrétions apparentes sont modifiées; les sueurs diminuent; les urines augmentent et prennent un caractère anormal d'acidité. On avait contesté longtemps que les limonades minérales pussent produire ce dernier résultat, et on se fondait sur les affinités persistantes de leurs acides qui ne leur permettaient pas d'arriver en nature jusqu'aux urines; mais on sait maintenant que les réactions chimiques accidentelles dont notre organisme est le théâtre ne se passent pas toujours dans l'appareil circulatoire comme dans un verre, et que la présence des principes protéiques peut retarder, amoindrir, ou même emj)êcher certaines réactions d'éléments fort disposés par ailleurs à agir les uns sur les autres. L'albumine du sérum peut aussi s'opposer à la combinaison des acides avec les bases, la soude par exemple, et permettre aux premiers d'arriver jusqu'au rein qui les élimine; d'où une acidité anormale de l'urine, d'oii aussi une plus grande quantité d'acides organiques, l'acide urique par exemple, que l'acide minéral a dégagés de leurs combinaisons salines. [Voy. l'article Acides, où cette question a été discutée.) Cette notion de la présence des acides minéraux en nature dans le sang rend compte de I action générale très-énergique exercée par les limonades ]iréparées avec ces acides, action tempérante et astrictive à la fois, qui se fait sentir sur tous les organes et tous les tissus de l'économie.

Quand l'usage de ces limonades est accidentel, tout se borne aux effets que nous venons de signaler; mais se répète-t-il souvent, leur action est plus profonde et elle se traduit par cet ensemble de symptômes et de lésions que nous avons caractérisé par le mot d'ivrognerie des acides, à savoir : un état misérable delà nutrition, de l'amaigrissement poussé quelquefois jusqu'au marasme, une perte plus ou moins complète de l'appétit, une. sorte de cachexie scorbutique, comme l'a indiqué Pereira.

Dans quel groupe thérapeutique doivent être rangées les limonades minérales? Mitscherlich les plaçait parmi les médicaments tempérants [medicamenta temperantia), dans le cinquième groupe de sa classification; Schuitze eu faisait des biolytiques (dissolvants), à action s'exerçant sur le sang [hématohjticjues), elen particulier sur les globules [hematolytica physoda). Pour Giacomini, les acides dilués sont des hyposthénisants à action cardiaco-vasculaire, principalement portée sur le système veineux. Pereira les place dans le groupe des hématiqiies ou médicaments agissant sur le sang, et dans l'ordre des spanémiques ou médicaments altérants, dijsplastiqiies. L'École pharmacologique française, s'attachant surtout à la dépression produite par les acides dilués sur le pouls et la chaleur, les classe dans le groupe des médicaments tempérants, et c'est là peut-être la moins défectueuse de ces caractérisations. Je ne dis rien de l'admission des acides dans le groupe amhigu des médicaments irritants, si ce n'est que l'autorité de Trousseau et Pidoux est impuissante à défendre un arrangement pareil, qui place la limonade sulfurique à côté du zinc, du cuivre, de la moutarde, des cantharides, de l'ortie, de la térébenthine, etc. L'ordre alphabétique vaut évidemment mieux qu'une pareille classification. S'il n'apprend rien, au moins il ne préjuge rien. Quelle est l'utilité prouvée cliniquement d'un agent thérapeutique contre une maladie ou un élément de maladie? telle est la question. Si la réponse éparpille un même médicament dans trois ou quatre groupes d'indications qu'd est susceptible de remphr, où est le mal? La bonne philosophie consiste à synthétiser

590 LIMONADES (thérapeutique).

ce qui peut l'être, et la mauvaise philosophie à synthétiser ce qui y répugne. Ainsi les limonades minérales seront, tour à tour, des tempérants ou antiphlogistiquei: mineurs, des hémostatiques, des modificateurs de sécrétions , etc., suivant qu'on se proposera cliniquement d'obtenir l'un ou l'autre de ces résultats, et qu'on emploiera les doses et la forme les plus convenables pour y arriver. C'est sous ces chefs principaux que nous allons ranger l'emploi thérapeutique des limonades minérales.

A. Action tempérante. Cette action leur est commune avec tous les acides dilués, mais les acides minéraux employés sous forme de limonades la produisent d'une façon bien plus apparente. J'appellerai tempérants les médicaments qui diminuent l'activité circulatoire et secondairement la chaleur organique, et qui ralentissant, par suite, les actes organiques interstitiels auxquels aboutit rinflammation, peuvent être considérés comme des antiphlogistiques à action peu énergique, peu durable, mais très-réelle. Les limonades minérales rempUssent à merveille cette indication. L'inflammation est le troisième acte d'une scène morbide dont le premier est constitué par un véritable orgasme circulatoire général, le second par une fluxion se locahsant, le troisième par des changements nutritifs s'accomplissant dans l'organe ou le tissu fluxionné. Le premier peut manquer ou n'exister qu'à un degré peu appréciable. C'est le seul sur lequel les tempérants aient prise, c'est le seul aussi dans lequel il y ait opportunité à les employer.

Mais, en dehors de toute localisation, il peut y avoir intérêt à réfréner le mouvement fébrile et à combattre certains de ses symptômes, tels que la chaleur, la soif, la véhémence du pouls. C'est ce qui se présente dans les fièvres essentielles graves, dans la fièvre typhoïde surtout. Les limonades minérales sont indiquées alors, non pas pour combattre la putridité, comme on le disait jadis, mais pour diminuer l'éréthisme circulatoire, faire tomber la chaleur fébrile et tempérer la soif. On défère en même temps à une autre indication importante : celle de soutenir les forces du malade en combinant l'action des amers, du quinquina, par exemple, ou du Colombo (Pereira) , avec celle des acides, c'est-à-dire en prescrivant des décoctions de ces plantes acidifiées par l'acide sulfurique.

B. Action hémostatique. Les limonades minérales sont extrêmement utiles dans les hémorrhagies internes non justiciables des moyens mécaniques oi' chirurgicaux. Leur action me paraît être d'une double nature : elles modèrea''. la circulation et, par suite, diminuent la force d'afflux et de choc des colonnes sanguines sur les capillaires par lesquels se fait l'hémorrhagie, et puis aussi elles agissent par une action astrictive générale sur la contractiUté des parois vasculaires qui, se resserrant, diminuent ou effacent la lumière des capdlaires divisés ; peut-être aussi pourrait-on faire intervenir, dans une certaine mesure, une action des acides sur le sang lui-même dont les éléments seraient en quelque sorte coercés et qui deviendrait momentanément plus plastique, moins fluide. Les épistaxis, les métrorrhagies, les hémopysies, tles hématuries indiquent très-habituellement l'emploi de la limonade sulfurique. Dans cette dernière hémorrhagie, il y a évidemment une action topique dont il faut tenir compte. Les hémorrhagies passives survenant chez des individus faibles, épuisés, s'accommodent particulièrement de ce moyen,

C. Action modificatrice des sécrétions. Cette action des acides minéraux dilués explique leur utilité dans le groupe de maladies ou d'éléments morbides suivants :

a. Uétérocrbiie des muqueuses. Les sécrétions muqueuses exagérées, quel que soit leur siège (catarrhe pulmonaire, utérin, vaginal, etc.), sont modifiées par

LIMONADES (thérapeutique). 5'Jl

les acides. Les muqueuses qui les fournissent sécrètent moins ; elles deviennent plus sèches, et quand le but est dépassé, elles peuvent s'échauffer et devenir le siège d'une irritation subaiguè.

b. Hétérocrinies salivaires. La sialorrhée essentielle ou symptomatique est également justiciable de ce moyen, qui n'exclut du reste en rien les autres, employés sinaultanément ou concurremment.

c. Hétérocrinies gastro-intestinales. Je ne dirai rien ici de cette indication; je rae réserve d'en parler plus bas à propos de l'emploi de la limonade chlorhydrique contre certaines formes de dyspepsie.

d. Hétérocrinies sudorales. C'est là l'une des meilleures et des plus utiles applications des limonades minérales. Les sueurs profuses des convalescents, des hectisiques, de la suette, indiquent ce moyen.

e. Hétérocrinies urinaires. Toutes les boissons acidulés sont diurétiques; elles conviennent dès lors quand il faut pousser aux urines. Elles paraissent agir à la fois sur la quantité de l'élément aqueux de l'urine, constituer des hydragogues rénaux (Golding Bird), et augmenter en même temps les proportions d'acide urique éliminé dans un temps donné. J'ai dit plus haut que la décomposition des urates pouvait expliquer cette particularité. On a recommandé l'adrainistraLion de la limonade sulfurique dans le cas de diathèse phosphatique. L'observation faite jadis par Brandes que les acides minéraux pris à l'intérieur sont susceptibles de transformer la gravelle blanche ou phosphatique en gravelle urique, est passible de l'explication donnée plus haut et mérite considération au point de vue pratique.

Toutes les indications des limonades minérales vieiment se ranger sous l'un ou l'autre de ces chefs différents. Il serait superflu d'insister da\aatage sur ces généralités. Examinons l'emploi spécial de chacune d'elles envisagée en particulier.

2° Limonades minérales en particulier. Les acides sulfurique, azotique, nitro-muriatique, chlorhydrique, phosphorique peuvent entrer dans leur composition. Chacune de ces sortes de hmonade minérale demande à être étudiée séparément au double point de vue de l'adaptation thérapeutique et de la posologie.

A. Limonade sulfurique. C'est, sans contredit, la plus usitée de toutes, et il est beaucoup de praticiens qui l'emploient d'une manière exclusive, ce qui, à mon avis, n'est pas justifié.

Sydenham en faisait un usage très-ordinaire et il considérait l'esprit de vitriol comme un agent usuel dans le traitement des fièvres et des varioles. La fièvre continue des années 1675, 74 et 75 lui fournit l'occasion d'expérimenter les bons effets des boissons acidulées par l'acide sulfurique. Il y avait recours principalement quand dominait la forme phrénétique, et il dit à ce propos : (I Rien ne fit si bien dans cette occasion ((ue l'esprit de vitriol mêlé pai- gouttes dans de la petite bière (on sait que c'était sa tisane favorite), que je donnais ainsi pour boisson ordinaire après une saignée, et un ou deux lavements. En peu de jours il procurait du sommeil, dissipait les symptômes et guérissait le malade. Aucune autre méthode ne me réussissait, à beaucoup près, autant. Un grand nombre d'expériences me persuadèrent de la bonté de ce remède. » {Méd. prat. de Sydenham, trad. Jault, Paris, 1774, p. 216). L'esprit de vitriol était aussi l'un des éléments de cette méthode rafraîchissante que Sydenham inaugura d'une manière si sagace et si hardie en même temps dans le traitement de la variole. Les petites véroles irrégulières, des années 1674 et 1675 lui fournirent l'occasion d'expérimenter la hmonade sulfurique, ou plutôt la bière sulfurique^ sur une grande échelle. Il exprime en ces termes sa pensée sur ce moyen : « Je

592 LIMONADES (inÉaAPECTiQCE).

m'avisai enfin de l'esprit de vitiiol et je crus qu'il serait en état de remplir les deux indications qui consistaient à détruire la putridité et à diminuer la violence de la chaleur. Je ne faisais rien aux malades jusqu'à ce que les douleurs et les envies de vomir qui ont coutume de précéder l'éruption eussent cessé et que toutes les pustules fussent sorties. Le cinquième ou le sixième jour de la maladie, je commençais à faire user de l'esprit de vitriol. On le mêlait dans de la pelite bière jusqu'à une agréable acidité. Cette bière, ainsi préparée, était la boisson ordinairedu malade jusqu'à ce qu'il fût parfaitement guéri, et je l'obligeais d'en boire abondamment, surtout lorsque la suppuration approchait. L'esprit de vitriol était le vrai spécifique de cette maladie, et il arrêtait merveilleusement tous les symptômes. Le visage s'enflait de meilleure heure et beaucoup davantage. Les interstices des grains étaient plus rouges. Les plus petites pustules grossissaient, du moins autant que le permettait cette sorte de petite vérole. Les pustules, qui autrement auraient été noires, rendaient une matière jaune et couleur de miel... La suppuration et tout le reste se faisait plus tôt... J'ai parlé des bons effets de ce remède. Quant aux inconvénients, je ne lui en ai jamais trouvé aucun. A la vérité, il arrête presque la salivation le dixième ou le onzième jour, mais ce défaut est suppléé par quelques selles qui arrivent alors et qui sont moins dangereuses pour le malade que n'était la salivation. » [Op. cit., p. 224.) J'ai tenu à reproduire ce passage, parce qu'il a une importance pratique considérable ; ce que Sydenbam a vu au lit du malade est bien vu, et il y aurait certainement lieu de restaurer l'emploi delà limonade sullurique dans les varioles graves. La crainte d'une répercussion cutanée est purement théorique. La petite vérole confluentc, mais non maligne, lui paraissait également indiquer l'emploi de la limonade à l'esprit de vitriol {loc. cit., p. 574 tt 588).

Dans sa lettre touchant une nouvelle sorte de fièvre qui parut en 1685, Sy« denham vante aussi l'emploi de l'acide sulfurique très-étendu; les médecins qui l'ont suivi employaient également les limonades sulfuriques contre les fièvres, « Les acides, disait Grimaud, comme rafraîchissants et comme antiseptiques, sont éminemment indiqués dans la lièvre ardente. » (Cours des fièvres, par feu 51. de Grimaud, 2« éd., Demorcy-Delettre. Montpelher, d815, t. III, p. 287.) Mais il est vrai que, réagissant timidement contre l'opinion de Massarias, qui redoutait les acides dans les fièvres à cause de leur qualité astringente, ce grand praticien s'en tenait aux seules limonades végétales. (Op. cit., p. 288.) La hmonade sulfurique n'en mérite pas moins une place importante dans le traitement complexe des fièvres graves, comme moyen de réfréner la chaleur fébrile et de faire baisser le pouls, et elle est encore mieux indiquée quand, ainsi que cela arrive souvent, il y a tendance aux hémorrhagies passives. Desbois (de Rochefort) la préconisait contre les fièvres adynamiques. {Cours élém. de mat. médicale, éd. Lullier-Winslow, Paris, 1817, 1. 1, p. 204.)

Alibert conseillait la limonade sulfurique dans le traitement des maladies cutanées; elle constituait, de son temps, une des tisanes les plus habituelles de l'hôpital Saint-Louis. [Nouv. élém. de thérap. et de matière médicale, Paris, an VIII, t. II, p. 129.) On ne saurait se contenter d'indications aussi vagues. Pereira a mieux spécifié en considérant la limonade sulfurique comme le meilleur moyen auquel on puisse recourir pour rafraîchir la peau, et éteindre l'ardeur et les démangeaisons qui accompagnent le ^lichen, le prurigo et l'urticaire chroniques. {The £lem. of Materia Medica and Therapeutics, London, 1854, fourth édition, vol. I, p. 571.) Encore une bonne indication à remettre en vue.

■ LIMONADES (thérapeutique). 505

Entre les maladies hémorrhagiques il en est une, le purjiura, qui semble mdiqiier naturellement la limonade sulfurique. L'auteur précité dit l'avoir employée sans avantage aucun. Tous les praticiens ne souscriront peut-être pas à cette condamnation sommaire.

Je signalerai enfin, pour être complet, l'emploi de la limonade sulfurique dans les diarrhées anciennes et dans le choléra. Les essais de Kox, de Kensaltown, de Fuller et de Millar, dans cette dernière voie, n'ont peut-être pas été suffisamment poursuivis.

La limonade sulfurique peut être préparée avec l'acide suliurique, ou bien avec des mélanges divers dans lesquels intervient cet acide. Je citerai au premier rang Veau de Rabel (acidum sulfuricum alcoolisatum), qui contient 1 partie en poids d'acide sulfurique, pesant 1,84, sur 5 parties d'alcool à 90°, et qui est colorée en rouge par des pétales de coquelicot; cette eau s'emploie à k dose de 6 à 8 grammes dans 1 htre de véhicule ; l'élixirvitrioliquede Mynsicht, qui renferme 1 gramme d'acide sulfurique par kilogramme ; la liqueur acide de Haller, qui contient parties égales d'alcool et d'acide sulfurique et s'emploie à la dose de 4 grammes pour la confection de 1 litre de limonade.

L'acide sulfurique aromatique (acidum sulfuricum aromaticum de la pharmacopée d'Edimbourg) contient de l'acide sulfiu^ique du commerce, de l'alcool rectifié, de la cannelle et du gingembre. Il s'emploie aux mêmes doses que Y acide mlfurique dilué àes trois pharmacopées de la Grande-Bretagne, lequel est constitué par 1 partie d'acide sulfurique et 15 parties d'eau distillée.

On peut rendre la limonade sulfurique plus agréable en l'édulcorant avec des sirops de fruits acides, sirops de limons, de groseilles, de framboises, et en y ajoutant une ou deux gouttes d'huile essentielle de citron. La précaution de maintenir cette limonade dans du verre, carafe ou bouteille, est indisjiensable; elle dissout en eflét énergiquement les métaux et l'émail contenant du plomb.

B. Limonade azotique. Indépendamment des usages généraux des limonades minérales et auxquels s'applique la limonade nitrique, il en est qui lui sont spéciaux et dont je dois parler ici.

Un médecin anglais, qui exerçait à Bombay à la fin du siècle dernier, le docteur Scott, a préconisé la limonade azotique dans le traitement des maladies chroniques du foie. Cette pratique, dont il paraît avoir obtenu les meilleurs résultats, n'a pas pénétré chez nous. Nos médecins de la marine ont, en fait de ti'aitement de l'hépatite chronique, un vaste champ d'expérimentation au Sénégal, aux Antilles, dans l'Inde, etc., et il n'est peut-être pas inopportun de leur rappeler cette métliode. C'est également à Scott que l'on doit l'idée d'avoir recours à l'acide azotique très-étendu comme médicament antiphlogistique. Cruicshank, Rœderer, Holst (de Christiania), Samuel Cooper et d'autres, ont apporté leur témoignage, et il est considérable, en faveur de cette méthode. Pereira, qui invoque ces autorités, pense que, quand le mercure, l'iode, l'or, etc., viennent à échouer, il est loisible de tenter ce moyen, principalemeut chez les scrofuleux, qui sont souvent, c'est un fait d'observation, réfractaires à l'action des morcuriaux. [Op. cit., vol. I, p- 430.) Ce même auteur conseille alors d'employer l'acide azotique dans une décoction de salsepareille. Je rappellerai enfin que la limonade azotique a été préconisée contre l'albuminurie. Le docteur llausen (de Trêves) paraît avoir eu le premier l'idée de ce moyen, que la Gazette des hôpitaux signalait en 1846 à l'attention des médecins français ; peu après, Forgot, de si regrettable mémoire, lui consacrait, dans le Bulletin de thérapeutique, un travail intéressant [duTraite-

DICT. ENC. 2° S. II. 58

594 LIMONADES (thérapeutique).

ment de V albuminurie ou néphrite alhumineuse par l'acide nitrique, 1847, t. XXXII, p. 5). Il relatait une observation « d'albuminurie avec anasarque, datant de deux mois, et qui s'amenda à partir du moment où on administra l'acide nitrique. )) Le vingt-deuxième jour, les urines ne charriaient plus d'albumine. Forget expliquait ce résultat par une action topique exercée sur le rein par l'acide nitrique qu'y apporte le sang. La vérification clinique importe plus qu'une explication, mais Je ne sache pasqu'elleait prononcé depuis. L'albuminurie n'étant qu'un symptôme de causes, de durée et de mécanisme très-divers, les problèmes thérapeutiques qui s'y rapportent sont complexes et exigent une analyse très-attentive. Forget recommandait l'emploi d'une limonade contenant 2 à 4 grammes d'acide azotique pour 500 grammes ou 1 kilogramme d'eau convenablement édulcorée. Sa formule vaut mieux que celle de Hausen, qui recommande une potion très-acide et dont l'estomac doit difficilement s'accommoder.

Si l'on emploie l'acide nitrique alcoolisé (acide nitrique à 1,51, 1 partie en poids; alcool à 90°, 5 parties), il faut évidemment tripler les doses, c'est-àdire employer pour 1 litre d'eau de 6 à 12 grammes de ce mélange.

C. Limonade chlorhydrique. La limonade chlorhydrique a les mêmes usages que les autres limonades minérales ; elle est du reste moins employée qu'elles et peut-être à tort; elle a en effet l'avantage d'une homogénéité du principe acidifiant avec le suc gastrique, condition de tolérance facile ; et d'ailleurs les expériences de digestion artificielle tentées dans les laboratoires de physiologie ont montré l'activité de son pouvoir dissolvant. Il y a de plus certaines incompatibilités chimiques qui doivent le faire préférer à la Hmonade sulfurique. C'est ainsi que j'ai vu prescrire simultanément dans des hémorrhagies graves une potion au perchlorure de fer et une hmonade sulfurique, association éminemment incorrecte et qui n'est peut-être pas sans inconvénients; je prescris dans ce cas la hmonade chlorhydrique.

L'emploi de cette limonade a surtout été vanté contre une certaine forme de dyspepsie, celle que l'on peut supposer entretenue par un défaut d'acidité du suc gastrique. Trousseau a surtout insisté sur l'emploi de l'acide chlorhydrique dans ce cas. On mélange quatre gouttes de cet acide avec un verre d'eau, et les malades prennent ce breuvage à la fin de leur repas. {Gaz. des hôpit., 1848, p. 143, et Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu, 2^ édit., Paris, 1865, t. III, p. 38.) Le docteur Wells a indiqué comme signe différentiel de la dyspepsie acide et de la dyspepsie alcalescente le siège spécial de la douleur dans chacune d'elles. Dans la première, elle occuperait le cardia; dans la seconde, le pylore. De plus, l'acidité de l'urine serait un indice de l'opportunité des alcalins, tandis que l'abondance des phosphates et oxalates de chaux montrerait qu'il y a lieu de recourir de préférence aux acides {Bulletin de thérapeutique, 31 juillet 1860, p. 88). Ce sont là des signes assez vagues, et on peut dire que jusqu'à présent le tâtonnement peut seul servir à différencier ces deux indications. J'ai dit plus haut que le sucreet les Umonades constituaient des pierres de touche à interroger.

D. Limonade nitro-muriatique . On sait que l'acide nitro-muriatique ou eau régale se prépare en chauffant au bain-marie un mélange de 1 volume d'acide azotique et de 5 volumes d'acide chlorhydrique. La réaction donne naissance à un liquide très-volatil, qui est l'acide hypochloroazotique AzO^CP. L'eau régale a une couleur jaune ; elle constitue un poison corrosif des plus violents. On peut la faire entrer dans la confection d'une hmonade, qui a les propriétés et les usages des autres limonades minérales : dermatoses avec prurit, maladies syphihtiques

LIMULE. 595

rebelles aux moyens ordinaires, maladies du foie. Je dirai cependant que, dans ce cas, on emploie moins l'acide nitro-muriatique à rintérieur qu'en bains. Cette pratique, recommandée par le docteur Lendrick, est en usage dans l'Inde. Ces bains se prt'parent, au dire d'Ainslie, avec I once d'acide pour 1 gallon (environ 5 litres) d'eau. {Voy. Pereira, vol. I, p. 435.) Je ne sache pas que ni la limonade ni les bains nitro-muriatiques aient été employés chez nous.

E. Limonade phosphorique. Pereira s'exprime de la façon suivante au sujet de la limonade phosphorique : « Elle est plus douce que la limonade sulfurique, plus inoffensive pour les fonctions digestives. On lui a attribué divers effets, qui demandent à être vérifiés . C'est ainsi que Ilecker lui concède une action spéciale sur le système nervcdx, action à la fois sédative et anlispnsmodique ; que Lcuten considère l'acide phosphorique comme ayant une utilité particuHèrcdans les maladies du système osseux; que Sandelin en fait un stimulant génital énergique, etc. » {Op. cit., p. 549.)

On a préconisé la limonade phosphorique contre la lithiase pbosphatique, dans l'espoir de suracidifier le phosphate de chaux et d'augmenter ainsi sa solubilité; dans le diabète, contre les troubles de l'hystérie, etc. Tout est à vérifiera propos de ce médicament ; mais s'il était bien constaté que l'acide phosphorique donne du ton au système et relève les forces, la limonade phosphorique serait préférable à la limonade sulfurique dans les fièvres graves avec dépression et adynamie. L'avantage qu'elle a d'être mieux et plus longtemps tolérée par l'estomac mérite aussi d'être pris en considération. Foxssagrives.

Ll9lO\'lA L. Genre de plantes, de la famille des Aurantiacées, dont les tleurs. tétra ou peutamères, sont construites comme celles des Orangers, sinon qu'elles n'ont que huit ou dix étamines et des loges ovariennes uni ou biovulées, au nombre de quatre ou cinq. Ce sont des arbustes aromatiques des pays chauds, à feuilles trifiliolées ou imparipennées. Le L. crenulata Roxb. {PI. corom., I, 86), ou L. acidissima L., est une espccede l'Inde, aromatique, tonique, excitante. Ses feuilles sentent l'anis; on les emploie contre les coliques, la dyspepsie, l'épilepsie. LeL. madagascariensis Laîik {Dict., III, 517) a les mêmes propriétés stimulantes ; on l'appelle vulgairementBois d'Ants. Le L. lanceolata fournit un pai'fum musqué.

Le L. citrifolia W. est un Glycosmis.

Le L. trifoliata L, est un Triphasia.

LeL. monophylla DC, plante indienne, usitée comme tonique, antirhumatismale, est VAtalanta monophylla DC. . H. Bn.

L., Gen., n. 554; — DC, Prodr., I, 536. — Rheede, Hort. malah., IV, t. 14. — Mér. et Dei.., Dlct., IV, 119. — H. Bx., De la fam. des Aurant. Thèse de Paris (1855), 35, 54. — RosEMH,, Syn. pi. diaph., 756.

lim©xï:xe. Principe amer renfermé dans les pépins dos oranges et des citrons. La limonine se présente sous forme de petits cristaux plus sofubies dans l'alcool, l'acide acétique, la potasse, que dans l'eau, l'élher et l'ammoniaque. L'acide sulfurique, en la dissolvant, prend une teiule rouge; si l'on verse de l'eau dans la dissolution, elle en précipite la limonine.

OMOXiUM. Voy. Behen.

LOILXE. Yoy. Xyphosures.

ripCt LIN (botanique).

MN {Limim L.). § I. Bo<aBiîque. Gciirc de plantes qui a donné son nom à la tribu OM famille des Linées ou Linacées, et dont les caractères sont les suivants. Les ileurs sont régulières et hermaphrodites. Sur leur réceptacle convexe s'insèrent: un calice de cinq sépales, disposés dans le bouton en préfloraison quinconciale, cinq pétales alternes, caducs, tordus dans la prétloraisou, et un androcée de dix étaniiues mouadelphes à la base. Cinq d'entre elles sont .-uperposées aux sépales, et fertiles ; leurs filets, devenuslibres, supportent chacun une anthère biloculaire, introrse, déhiscente par deux fenteslongitudinales. Quant aux cinqétamines superposées aux pétales, elles demeurent stériles et ne sont représentées que par des petites languettes. Le gynécée est supère, il se compose d'un ovaire, surmonté d'un style à cinq longues branches dont le sommet est stigmatifère. A la base de l'ovaire se voit un disque hypogyne de cinq glandes opposilipétales. L'ovaire a primitivement cinq loges superposées aux pétales avec deux ovules collatéraux, insérés vers le haut de l'angle interne, descendants, le micropyle étant dirigé en haut et en deiiors et coiffé d'un obturateur. Mais, plus tard, chaque loge se trouve subdivisée en deux demi-loges uniovulées par une fausse cloison qui, née de la périphérie, s'avance dans l'intervalle des deux ovules. Le fruit est une capsule quinquilOculaire, à déhiscence septicide, et chaque demi-loge renferme une graine descendante dont les téguments recouvrent un embryon entouré d'une couche ordinairement mince d'albumen. Les cotylédons sont charnus et la radicule supère. Les Lins sont des plantes herbacées ou suffrutescentes, qui croissent dans toutes les régions tempérées ou chaudes (extra-tropicales) des deux mondes. Leurs feuilles sont simples, alternes, rarement opposées, sans stipules. Leurs fleurs sont groupées en cymes, tantôt bipares, tantôt unipares et par suite, simulant des grappes. Plusieurs espèces sont employées en médecine, surtout la première de celles que nous allons énumérer.

L Lin cvltivé {Li7îumnsitatissimumL.,Spec.,o91. — DG.,F/. franc., lY, 798. — Blackw., Herb., t. 180. — Kern., t. 100. — Storm. ,Fasc. 56, t. 12). C'est une plante annuelle, à racine grêle, surmontée d'une tige grêle, effilée, cylindrique, glabre, simple ou seulement un peu ramifiée dans sa portion supérieure, dressée. Les feuilles sont alternes, sessiles, linéaires-lancéolées, planes, aiguës, entières, à bords lisses, glabres, d'un vert glauque, avec trois nervuros longitudinales peu visibles sur la face inférieure. Les feuilles supérieures sont souvent très-étroites, subulées. Les fleurs sont d'un bleu pâle, réunies en cymes corymbiformes au sommet des branches. Le calice est formé de cinq sépales, ovales-acuminés ou presque lancéolés, membraneux sur les bords, parcourus par trois nervures longitudinales, persistants. La corolle a de grands pétales, trois fois plus longs que le calice, atténués inférieurement en onglet, obovés, arrondis, obtus, écbancrés ou crénelés au sommet, très-caducs. Les étamines sont toutes réunies à la base en un tube un peu renflé. Celles qui sont fertiles, sont bien plus courtes que la corolle; leur anthère est sagittée. Celles qui sont stériles sont réduites à de très-petites languettes blanches, aiguës. L'ovaire est ovoïde, lisse, luisant, glabre, atténué au sommet et surmonté des cinq branches grêles et obtuses du style. Le fruit est une capsule globuleuse, acuminée, égalant à peu près le calice, brunâtre fi la surface, spongieuse et blanchâtre à l'intérieur, et contenant jusqu'à dix graines descendantes. Celles-ci sont seules employées en médecine; elles sont ovalescomprimées, à bords aigus, non marginés; brunes, trè.s-lisses et luisantes à la surface. Elles se composent d'un triple tégument, d'un albumen peu épais et d'un assez gros embryon, à radicule supère, à cotylédons légèrement charnus et

LIN (botanique). 597

huileux. Ce sont les portions intérieures de la graine, notamment l'embi'yon, fjui, dans leur parenchyme, renferment la matière huileuse, unie à de l'aleurone. Quant an tégument siiperficirl de la graine, il est formé de cellules à paroi peu épaisse, (jui sous l'influence de l'eau ont la propriété de se dilater instantanément. En même temps ces parois, fort écartées les unes des autres, se ramollissent et s'épaississent; et c'est ce tissu cellulaire ainsi modifié qui constitue le mucilage des graines de Lin. On sait que la plante est surtout utile à l'industrie et à l'économie domestique, par la substance te.xtile qu'elle fournit ; celle-ci est formée parles fdires libériennes de l'écorce. Le Linimi usUalissimum est cultivé en France: il s'y trouve également à l'état subspontaué ; mais il n'est pas j)robable qu'il soit, comme on l'a dit, une plante réellement indigène. Les Lins chaud (ou Lin têtard), froid (ou grand Lm), moyen {Linuin médium Desf.) et humble. (Liniim liumile Mill.) ne sont que des formes ou variétés de cette espèce. IL Lin vvugxtif {Linum cathartieum h. , S pec. , 401. — DC , FI. franc., l\, SOI. — Barre I-. , icoîî. , 1165, tig. 1. — Engl. Bot., t. o82. — CathartoUnonpr^atense Reichb., Icon., VI, t. 525, li;:. 5153) est le type d'une section particulière de ce genre [Cathartolinum Grisb , Spicil. fl.rum., 115), caractérisée par des feuilles opposées, sans glandes à leur base. C'est une petite herbe ainmelle, haute d'un ou quelques décimètres, à tige plus ou moins couchée à sa base, puis redressée, très-grêle, partagée à partir d'un niveau variable en branches dichotomiipies ténues. Les feuilles sont étalées, planes, uninerves, bordées d'aiguillons meiuis,les inférieures oblongues-obovales ; les supérieures linéaires-lancéolées. Les ileurs sont petites, blanches, réunies encymes paucitlores, dichotomes, ou plus ou moins irrégulières. Leur calice est formé de cinq sépales elliptiques-subulcs, bordés de glandes stipitées, parcourus par une nervure dorsale épaisse. Les pétales sont une fois plus longs que les sépales, obovales, souvent éraarginés. L'ovaire, globuleux, est surmonté d'un style à branches capitées. Le fruit est une capsule globuleuse, égale au calice, renfermant des graines comprimées et non marginées. Cette petite herbe est commune en France, dans les prés hinuides, les clairières des bois, des plaines et des montagnes, le bord des chemins herbeux et des marécages; elle commence à fleurir en mai et en juin.

A côté de ces espèces, il faut en citer quelques-unes qui sont peu eiuployées : les L. Lewiskii Porsh, de l'Amérique du Nord, perenne L. de Sibérie, austriaciim L. (L. aureum DC. — L. corymbulosum Reichb.), d'Europe, qui sont des espèces textiles ; le L. aquilinum Mol. (L. Cliamissoiiis Scuid.) ou Yango du Chili, usité dans ce pays comme digestif, stomachique, carminatif ; le L. selagliioides Lamk, employé dans les mômes contrées comme apéritif et amer, digestit.

Le Lin Radiale est devenu le type du genre Radiola, dont les fleurs sont tétramères.

Le Lin bâtard ou sauvage est le Garou {Daphne Gnidium). Le Lin de la Nouvelle-Zélande est le Phormium tenax Forst. Le L^?^ des marais est une Linaigrette [Eriophormn) .

Le Lin de lièvre, une Cuscute, le Cuscuta Epitliymum, encore nommée Lin maudit.

La Linaire vulgaire et l'Achillée Ptarraique portent encore le nom de Lin sauvage. H. Bn.

l.,Gen., n. 589 (part.). — Gjert.v., Fruct., If, J 16, t. 112. — L.uik, lllustr., t. 219. - ExDL., Gen , n. 6056. — Guid., Drog. simpl., éd. 4, JIl, 599. — Mkr. et Del., Dict., IV, 122. — ï)C.,Piodr., I, i23.— Ricii. (.\.), in Dict. de médec. (en 50 vol.), XVIII, 117; Élém., éd.' 4, II

59S LIN (pharmacologie).

495. — Gren. et Godb , FI. deFr., I, 279. — Pereira, Elem. Mat. med., éd. 5, I, p. "II. . — LiNDL., FI. med., 129. — Rosentii., Syn. j^l. diaphor., 892. — Rév., in FI. méd. du XIX" siècle, II, 239. — H. Bx, ap. Payer, Leç. sur les fam. nat., 595.

§ II. Pharmacologie. Dans le lin, les graines seules offrent ici de l'intérêt. Elles contiennent une très-grande quantité d'huile grasse et de mucilage. Ce mucilage existe spécialement dans le tégument propre de la graine, tandis que c'est l'amande qui fournit l'huile. La graine de lin contient : mucus végétal, extractif, sucre, amidon, cire, l'ésine molle, matière colorante jaune, gomme, alhumine, huile grasse et différents sels. La graine de lin est le médicament éniollient par excellence ; le mucilage et l'huile contribuent l'un et l'autre à ses propriétés. Le mucilage en forme la cinquième partie environ, et est composé de moitié gomme soluble dans l'eau froide, analogue à l'arabine, et moitié gomme non soluble se gonflant dans l'eau bouillante à la manière de la bassorine. La j)roportion d'huile varie, suivant M. Meurein, de 52 à 58 pour 100.

Yoici les différentes formes pharmaceutiques sous lesquelles la graine de lin est employée.

Mucilage de Un. Graine de lin, 1 partie; eau, 5 parties. On fait digérer pendant quelques heures et ou passe. {Codex.)

Tisane de Un. Graine de liniO grammes, eau bouillante 1000 grammes. On laisse infuser pendant une demi-heure, et on passe. {Codex.) Cette boisson peut être préparée à froid ou par macération ; dans ce cas elle est plus agréable au goût. Le contact de la graine avec l'eau froide doit alors être prolongé plus longtemps.

Lotion ou lavement de graine de lin. On fait bouillir 10 grammes de graine de lin pendant un quart d'heure dans une quantité d'eau suffisante pour obtenir un demi-litre de produit ; on passe.

Poudre ou farine de graine de lui. Pour la préparer on prend la graine séparée de la poussière à l'aide d'un crible métallique et privée par le triage des corps étrangers qui laccompagnent quelquefois, et on la sèche à l'étuve. On la pile ensuite par contusion dans un mortier de fer où on la pulvérise à l'aide d'un moulin à noix d'acier et à arêtes tranchantes ; on passe la poudre à travers un tamis en toile métallique. {Codex.) La farine de lin doit contenir toute la graine, amande et spermoderme ; elle doit être récemment préparée pour éviter la rancidité de l'huile. Elle est douce au toucher et reste en masse quand on l'a pressée ■dans la main; elle forme émulsion avec l'eau, et ne bleuit pas quand on ajoute au mélange de la teinture d'iode.

Les pharmaciens doivent toujours faire préparer chez eux la farine de lin qui ■doit être employée à la préparation des cataplasmes. Celle du commerce est souvent falsifiée; on la mélange de tourteau de lin, de son, de sciure de bois, etc. La meilleure de toutes les épreuves consiste à épuiser la larine de lin par l'éther ; elle doit fournir 55 pour 100 d'huile.

Cataplasme de farine de lin. Farine de lin récente 60 grammes, eau 250 grammes. On délaye la farine avec l'eau dans un poêlon ; on agite sur le feu jusqu'à ce qu'elle soit cuite et qu'elle ait communiqué à la masse une consistance de pâte assez épaisse et tenace. Lorsqu'on ajoute à cette masse 10 grammes d'onguent basihcum, on obtient le cataplasme maturatif. Pour avoir le cataplasme calmant, on remplace l'eau ordinaire par une décoction de têtes de pavots et de feuilles de jusquiame, ou on arrose de laudanum la surface du cataplasme avant <Je l'appliquer.

LTN (thérapeutique). 890

Les farines émoUientes sont un niclange, à partie égale, de farine de lin, de farine de seigle et de farine d'orge.

L'huile de lin qu'on retire à froid de la graine est quelquefois employée en médecine. L'huile de lin ainsi obtenue est douce et bien différente de celle qu'on fabrique par l'expression à chaud pour les besoins des arts. C'est une huile siccative qui s'altère proniptement et, qu'on doit renouveler souvent. Elle est limpide, d'un jaune foncé, d'une densité de 0,933; elle est émolliente et légèrement laxative, on la prescrit en lavement à la dose de 50 à 100 grammes. Elle sert aussi à la fabrication des bougies. {Voy. Bougies.)

T. GOBLEY.

§ m. Thérapeutique. 1° Lin cultive'. Bien que la graine de lin soit, dit-on, ■employée comme aliment chez certaines peuplades sauvages, on doit la considérer comme peu convenable pour l'abmentation. L'auteur de ri/isto/'iajjZantarm?i, J. Bauhin, d'après Cazin, raconte que l'usage d'un pain fait avecles semences de lin, pendant une famine à Middelbourg, amena des troubles du côté des voies digestives, avec bouffissure de la face. Le tourteau de lin est néanmoins donné en nourriture aux bestiaux et aux volailles, et l'on comprend que chez les animaux qui le digèrent, les parties grasses assimilables dont il est inqjrégné le rendent propres à 'l'engraissement.

En thérapeutique, les graines de lin sont employées à l'intérieur et à l'extérieur.

La tisane de graines de lin est légèrement dmrétique, propriété qu'elle doit «urtout à la présence de quelques sels de potasse découverts par Vauquelin dans le mucus. Elle est aussi, et surtout, adoucissante. Sous ces deux rapports, elle convient principalement dans les affections gastro-intestinales de nature inflammatoire, et dans certaines maladies des voies urinaires, telles que la néphrite, la cystite, la blennoiThagie, etc. Enfin, on peut la considérer comme relâchante ; mais c'est surtout l'huile de lin qui jouit de cette propriété. Aussi est-il souvent avantageux, quand l'emploi soutenu de la macération des semences n'amène pas la liberté du ventre, de recourir à l'ingestion de l'huile soit le matin cà jeun, soit avant le repas, à la dose de une ou plusieurs cuillerées à bouche. Il est donc naturel qu'on ait eu recours ta ce moyen, et qu'on s'en soit bien trouvé, contre les vers intestinaux et dans certains cas d'hémorrhoïdes, d'obstruction stcrcorale, d'iléus, etc.; mais il est permis de douter de son efficacité, sinon au titre banal de laxatif et ■d'adoucissant, dans les phlegmasies du poumon et de la plèvre, malgré l'autorité -de Baglivi et de quelques autres.

La graine de lin, comme relâchante, peut être donnée en nature à la manière du son. On prend une cuillerée à dessert de semences, soit légèrement écrasées, soit entières, au commencement du repas ou le matin à jeun.

Les lavements de décoction de graines de lin sont précieux dans les cas de constipation occasionnée principalement parle durcissement des matières. Ils agissent également comme antiphlogistiques, surtout quand, donnés en petite quantité, ils peuvent être retenus par l'intestin. Il nous arrive assez fréquemment d'administrer en demi-lavement la farine de semences de lin elle-même à l'état de cataplasme semi-Hquide. Cette bouillie, indépendamment de ses propriétés adoucissantes, a l'avantage de se mêler aux matières, de s'interposer entre leurs parties duros et de faciliter les garde-robes, mieux que la simple décoction. Elle réussit .bien dans les cas de bourrel&t hémorrhoïdal. Le lavement d'eau de graine de lin

600 LUNAUKt;

un peu épaisse est aussi un véhicule commode pour l'introduction, dans le rectum, de substances peu solubles, ou dont le contact trop direct avec la murjuciise pourrait avoir des inconvénients.

On connaît l'usage si fréquent de la farine de graine de lin sous forme de cataplasmes. Mais il ne sera question de ce mode d'emploi qu'à l'article où les divers genres de cataplasme seront étudiés et comparés. {Voy. Cataplasme.)

Enfin, on prépare avec la décoction de graine de lin des bains locaux ou généraux. Les derniers sont peu employés, bien qu ils soient de nature à rendre les mêmes services que l'eau de son ; mais on a recours fréquemment aux premiers dans les cas d'affections cutanées plus ou moins compliquées d'inflammation. A cet égard il l'aut savoir que certains eczémas, certaines dartres, peuvent se trouver assez mal du contact prolongé de l'eau de graine do lin, tandis qu'ils seront favorablement modifiés par un autre lir|uidc adoucissant, tel que l'eau de son ou d'amidon. C'est l'expérience individuelle, l'expérience du cas lui-même, qui devra guider le praticien.

^'^ Lin catharlique. Cette plante, recommandée surtout par Linné conmie purgative, a été dotée par les auteurs de vertus médicinales très-diverses ; on l'a notamment regardée comme antiarihritique et comme diurétique. Sa seule propriété incontestable est celle de purger, et les indications de son emploi se tirent uniquement des états patbologiques auxquels convient la purgation. Qu'elle ait réussi contre l'hydropisie, contre les vers intestinaux, contre la goutte, on peut le croire volontiers ; mais il est douteux que le résultat n'eût pas été obtenu avec d'autres substances purgatives. En un mot, comme l'ont dit Coste, Wilmet, Wanters, Loiseleur-Deslongcbamps, le lin cathartique est un bon succédané du séné.

Comme il passe, à tort ou à raison, pour déterminer aisément la flatulence, on l'associe fréquemment aux carminatifs, à la badiane, au cardamome, ce qui a d'ailleurs l'avantage d'en corriger le goût amer et nauséabond.

On l'emploie en feuilles à la dose de 8, 10, 15 grammes, infusée dans 1 litre d'eau bouillante, ou, comme en Irlande, dans la bière et le vin. La poudre se prend à la dose de 1 à 4 grammes. On prépare aussi un extrait aqueux qui peut être administré à la dose de 25 à 50 centigrammes. A. D.

liirVACRE (Thomas), en latin Lmacer, mérite à plusieurs titres, comme nous allons le voir, la reconnaissance de la postérité. Né à Cantorbéry, vers 1460 , il suivit d'abord les cours de l'université d'Oxford, puis se rendit en Italie pour se perfectionner dans la connaissan::e des langues anciennes. Là, il étudia le latin sous le célèbre Ange Politien et le grec sous Démétrius Clialcondylas , un des réfugiés de Constantinople, et devint le plus babile grammairien de son temps dans ces deux langues. Riche de ce premier fonds, il voulut approfondir la philosophie et la médecine grecques, surtout dans Gahen, dont il devait, plus tard, traduire plusieurs ouvrages importants. De retour en Angleterre, il devint successivement médecin des rois Henri VII, Henri VIII et de la princesse Marie. En même temps qu'il se faisait, comme praticien, la plus brillante réputation, il s'occupait ardemment des progrès de la médecine, venant en aide, de ses conseils et de sa bourse, aux étudiants qui montraient d'heureuses dispositions. Mais ce n'est pas tout, il enleva au clergé, alors seul en possession de ce privilège, le droit de conférer les grades en médecine ; dans ce but, il fonda avec l'aide du fameux cardinal Wolsey, le collège royal de médecine de Londres, dont la création fut autorisée

LIiNÂlRE. 601

par lettres patentes du roi datées de l'amiée 1518, et sanctionnées parle Parlement. Il fut expressément spécifié que personne ne pourrait exercer la médecine en Angleterre qu'd n'eût été, auparavant; examiné par le président du collège et trois des élus, ce dont il de\ait pouvoir présenter les preuves testimoniales. Étaient exceptés les gradués de Tune des deux universités d'Angleterre, ce qui leur confi'rait un titre pour pratiquer dans tout le royaume jusqu'aux limites d'un rayon de 7 milles de Londres. Le collège devait exercer une surveillance sur l'exercice de la médecine, mais particulièrement sur la vente des remèdes dans Londres. Premier président de cette Société, Linacre la réunissait dans sa maison, qu'il lui légua après sa mort. Enfin il fit le fonds de trois chaires de médecine, deux cà Oxford et une à Cambridge, avec mission spéciale d'expliquer Hippocrate et Galien aux étudiants.

Par ses traductions, par ses tendances, Linacre peut être considéré comme un des restaurateurs de la doctrine hippocratique à cette belle époque si bien nommée époque de la Renaissance. Cet illustre savant succomba aux progrès d'une affection calculeuse le 20 octobre 1524, à l'âge de soixante-quatre ans.

Au point de vue de la médecine, Linacre n'a laissé que la traduction de quelques traités de Galien, écrits dans un style qui faisait l'admiration d'un juge sévère et autorisé, le savant Érasme. Nous ne citons que ces traductions, laissant de côté ses ouvrages grammaticaux. De sanitate tueiidn. — De melliodo medemVi. — De inœquali temperie. — De symptomatum differentiis. — De sijmptoinalinn caiisis. — De naturalihus facultatibus . — De pulsiium usa. — De temperamentis. Ouelques-uns de ces ouvrages ont été imprimés de son vivant, mais le |ilus grand nombre après sa mort. Ils figurent à leur place dans la plupart des traductions latines de Galien, à cause de leur élégance et de leur fidélité. E. Bgd.

liSi^'ABiaE (Linaria Tournef.) Genre de Dycotylédones appartenant à la famille des Scropiiularinées. Etabli par Tournefort, ce genre fut confondu par Linné avec les AnUrrltinum ; mais il s'en distingue par des caractères assez suillants pour que de Jussieu, deCandolle, et, après eux, les botanistes modernes, l'en aient séparé d'une manière définitive. La présence d'un éperon à la corolle et celle de deux ouvertures régulièrement percées au sommet ou sur les côtés de la capsule soit par la chute de petites valves, soit par celle d'opercules circulaires, sont les principaux caractères différentiels des binaires. Elles ont d'ailleurs, comme les Antlrrhinum : un calice quinque-partite ; une corolle personée, le plus souvent fermée à la gorge par une sorte de palais ; 4 étamiues didynames ; une capsule ovoïde ou globuleuse à 2 loges presque égales. Les graines sont ovi- Ibrmes ou discoïdes, entourées d'une aile membraneuse.

Les Linaires sont des plantes herbacées, rarement sous-frutescentes. Les espèces en sont nombreuses, mais quelques-unes seulement ont été regardées comme officinales. Les Linaria triphylla Mii.i.., spurialhu.., Elatine Mjll. et qjinballaria MiLL, étaient employées comme vulnéraires et résolutives. La plus usitée de toutes était le Linaria vulgaris Mill., abondamment répandue dans presque toute l'Europe. Ses propriétés diurétiques lui avaient fait donner le nom d'Vrinaria. Aussi l'employait-on contre les obstructions des viscères : on en faisait aussi un onguent qu'on appliquait sur les hémorrhoïdes. C'est la seule Linaire qui soit restée encore dans quelques pharmacopées allemandes.

Tqurxlfort, Inslit., 108. — Jcssieu, Gêner. Plant., p. 420. — DC, Flore Franc., III, 582. — Chavaxnes, Monogr. des Antirrhinccs, p. 91. I'laxchos.

602 LîNTlEN.

lixa (James). Médecin anglais, qui eut, dans la seconde moitié du dernier siècle, une grande et légitime réputation. Après avoir été reçu docteur à Edimbourg en 1748, il navigua longtemps sur les vaisseaux de l'État, devint ensuite médecin de l'hôpital de Hasler et mourut à Gosport le 15 juillet 1794 dans un âge assez avancé. Doué d'un remarquable génie d'observation, Lind a su débrouiller le chaos dans lequel était plongée l'histoire du scorbut. Cette maladie, surtout depuis la dé[)lorable élucubration d'Eugalen, était regardée comme une sorte de protée patliologique venant insidieusement compliquer la plupart des maladies. Lind fit voir qu'il s'agissait, au contraire, d'une maladie tout à fait spéciale, développée dans des conditions déterminées et sous des inQuences extérieures ; il démontra que le froid humide en est la cause principale, que la mauvaise nourriture, les chagrins, la misère et les conditions hygiéniques fâcheuses qu'elle entraîne à sa suite, en sont les adjuvants ordinauTs ; enfin, il fit connaitre avec une remarquable précision les symptômes et le traitement de cette maladie. A part quelques explications humorales, sacrifice indispensable aux idées du temps, le traité du scorbut est encore aujourd'hui l'une des meilleures monographies que l'on possède sur ce sujet.

Dans son essai sur les maladies des Européens dans les pays chauds, il insista beaucoup sur les effets nuisibles de l'air marécageux et montra les dangers de la saignée dans les fièvres de ces régions. Son traité sur les maladies des gens de mer a rendu d'immenses services à la marine et peut être mis à côté du célèbre ouvrage de son compatriote et contemporain John Pringle sur les maladies des armées.

On doit à Lind les ouvrages suivants, dont ceux que nous avons rappelés sont encore consultés avec fruit.

I. De morbis venereis localibus. Th. d'Edinb., 1748, in-8°. Réimpression dans le Thésaurus dispitt. Edinensium de Smellie, t. Ij p. 381. Edinb., 1778, in-8°. — II. A Treatisc on Scurvy, in Three Parts, containing an Inquiry into the Nature, Causes and Cure of tliat Discase, etc. Edinburgh, 1753, in-8°; Lond., 1756, in-S» ; ibid., 1772, in-S". Trad. fr. sous .'^c titre : Traité du scorbut divisé en "b parties, etc. (avec la traduct. du traité du scorbut par Boerhaave et les comment, de van Swieten). Paris, 1756, 2 vol. in-12; ibid., 1771, 2 vol. in-12. Trad. allem. par J. N. Petzold. Leipzig, 1775, in-8°. — III. An Essay on the inost Effectuai Means of preserving the Health of Seanien in the Royal Navy. Edinb., 1757, in-8°; ibid., 1763, in-8'' ; ibid., 1774, ia-8°. Trad. fr. Paris, 1758, in-12. — IV. Two Papers on Fevers and Infections. Lond., 1763, in 8°. Trad. fr. par Fouquet. Montp., 1781, in-S"; Genève, 1798, in-S". — V. An Essay on Diseuses incidenlal ta Europeans in Hot Climates with the Method of preventing their Fatal Conseguences, etc. Lond., 1768, in-S"; ibid., 4771, in-S»; ibid., 1775, in-8° ; ibid., 1808, in-8°, etc. Trad. fr. par Thion de la Chaume (avec notes). Paris, 1785, 2 vol. in-12. Trad. allem. par J. N. Petzold. Riga, 1773, in-8. — VI. Treatise on the Putrid and Remetting Fen-Fever whicli raged at Rengal (1762). Lond., 1772, in-12. — VII. Cinq ou six mémoires sur divers sujets de pathologie et de thérapeutique. In London Universal Magazine. ' E. Bgb.

LllVDEiV (JoH. -Anton, vander), médecin érudit du dix-septième siècle, naquit le 15 janvier 1609, à Enckhuysen, oii son père exerçait la médecine et remplissait en même temps les fonctions de directeur du collège. Ses humanités terminées, Linden alla étudier la médecine à Leyde, et se fit recevoir docteur à Franeker en 1650 ; c'est dans cette ville qu'il fut rappelé neuf ans plus tard, alors qu'il s'était fait une bonne réputation de praticien à Amsterdam, et il fut chargé d'y enseigner les différentes branches de la médecine. Enfin, ses succès dans l'enseignement lui valurent l'honneur d'être choisi, en 1651, pour occuper la chaire de médecine dans la célèbre université de Leyde, et il rempht ces fonctions jusqu'à l'époque de sa mort, arrivée le 5 mars 1664.

LINGUALES (anatomie). 605

Lindeu s'occupa beaucoup de bibliographie, et la science lui doit le premier recueil important de ce genre. Voici le jugement qu'en porte Ilallcr , juge aussi compéteul qu'impartial. Sou livre, dit-il, ne donne que les titres des ouvrages en latin, laissant de côté les dissertations académiques. Bien qu'il soit un peu sec, puisque l'auteur ne dit pas un mot des ouvrages eux-mêmes, de leur contenu, de leur valeur, il n'en est pas moins très-utile. Lindeu fut puissamment aidé dans ce vaste travail par quelques amis, Pedro Neurat (de Madrid), Carlo Offredo (de Padoue), Fervaques (de Bruxelles), et quelques médecins allemands. Malgré le nombre des ouvrages qu'il relate, il y a cependant quelques omissions, quelques erreurs de dates, quelques répétitions; mais, au total, ces fautes sont rares, et Ilaller ajoute cette phrase remarquable de modestie : « Neque ego unquam haiic Inbliothecam tolerabilem (la Biblioth. med.-pract.) perfeeissem nisi a Lindenio adjutus fuissem. » On doit encore àvander Linden une édition gréco-latine d'Hippocrate, en 2 vol. in-8", qui eut un grand succès, dû, il faut l'avouer, en grande partie à la commodité du format et à la beauté de l'impression. Il adonné aussi une édition de Gelse assez médiocre. A l'exemple de de leBoë, son célèbre compatriote et collègue à l'université de Leyde, van der Linden, malgré son amour pour l'antiquité, s'était rattaché à l'école chimiatrique issue de Paracelse et de van Ilelmont. Aussi a-t-il l'eçu, comme praticien, quelques traits un peu émoussés, il faut le dire, du mordant Guy-Patin, qui lui portait quelque amitié en faveur, sans doute, de son grec et de son érudition, et le l'egardait « comme plus honnête homme qu'il n'était éclairé. »

Voici la liste de ses principales publications :

I. Universœ medicinœ compcndium, dccem diapuiationibus propositum, adddn est ccnturla, etc. Franeker. 1050, iri-4°. — II. Manuductio ad medicinam. Amstelod. 1057, in-S". Lovani, 1639, in-l^». (La première édition de ce traité parut en tète de la première édition de l'ouvrage suivant.) — lll. De scriptis medicis L. II. Amstelod, 1057, in-8, ibid., 1051, in-8, etc. (A été refondu par Mercklein sous le titre Lindenus rcnovaltis.) — lY. Medidla medicinœ partibus quatuor coniprehcnsa. Prœmissa suiit. etc. Franeker, 1042, in-8. — V. Dissert, de lactc. Groningœ. 1055, in-10. —VI. Selccta mcdica. Lugd. BaUiv. 1050, in-4°. — VU. De hemicrania mcnalrua. Ibid., 1000, in-4". — VIII. Mclctcmata medicinœ Idppocraticœ. Ibid., 1600. in-i-, et Francof. I61'2,ïn-i:. — l\. llijijwcralis de circuilu sanguinis. Ibid., 1061, in-l". — X. Hippocra'is coi opéra omnia. Ibid., 160 , 2 vol. in-8, et Venetiis, 1664, in-4. — XI. Édit. de Celse. Lugd. Batav. 1657, in-12, et ibid., 1005, in-12. — XII. Édit. de Spigel. Amstelod, 1645, 5 vol. in-fol., etc. E. Bgd.

liliVGUA. De même que plusieurs plantes médicinales portent, d'après la forme de quelqu'une de leurs parties, le nom vulgaire de Langue [voy. ce mot), de même on désignait en latin la Scolopendre officinale sous le nom de Lingua cervina, et le Bolet hépatique sous le nom de Lingua hovina. Le L. avis était le fruit du Frêne commun {Fraximis excelsior L.). H. Bn.

I.1]\[«UAL I1\FÉRIE1]R; LIXCUAl. SL'PÉRIEUR (MusCLEs). (Foz/. LaH-

cue).

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