LINNÉ
La fortune, longtemps ingrate envers lui, le comble ainsi de ses faveurs ; et, satisfait des honneurs qu'il reçoit dans sa patrie, il refuse la chaire de botanique que lui offre le i^oi d'Espagne, avec un traitement de 2,000 piastres. 11 refuse également les propositions non moins brillantes de l'impératrice de Russie, du roi d'Angleterre. De tous côtés on accourt à lui. L'Académie des sciences de Paris lui envoie, le 15 décembre 1762, le titre de membre étranger. L'Académie de Droutheim regarde comme un grand honneur de se l'associer, elle qui ne voulait pas dans son sein de membres étrangers. Gustave llf, roi de Suède, veut voir luimême le grand homme, et se rend en persomie à la demeure champêtre de l'illustre naturaliste (1776). Louis XV, roi de France, lui fait remettre un paquet de 150 graines récoltées à Trianon.
1772. Mais Linné s'aperçoit de l'affaiblissement de sa santé, et passe la plus grande partie de ses dernières années dans la retraite, à sa maison des champs d'Hanimarby.
1776. 11 n'est plus que l'ombre de lui-même; ses admirables facultés sont brisées sous les coups de deux attaques d'hémiplégie.
10 janvier 1778. Charles Linné meurt à Upsal, à huit heures du matin, l'année même que moururent Haller, J.-.T. Rousseau, Pitt, Burmann, Lckain, Voltaire, Terray, Séguier. Il était âgé de soixante-dix ans sept mois dix-sept jours.
La magnificence des obsèques de Linné, le tombeau que le roi lui fit ériger dans la cathédrale d'Upsal, la médaille qu'il fit frapper en son honneur, témoignèrent des justes regrets de la patrie qu'il avait illustrée. Le roi de Suède se rendit à l'Académie de Stockholm le jour où on y lut l'Éloge de Linné; lui-même, dans le discours qu'il prononça à l'ouverture des Etats, déplora la perte que venait de faire la science. Plus tard, en 1822, les étudiants d'Upsal ont voulu lui élever un monument. Le voyageur ne passe pas à Upsal sans faire un pieux pèlerinage vers le jardin botaniquede cette ville célèbre, planté là où, dès l'année 1637, il y avait déjà un jardin des plantes, et où l'auteur de la Philosophie botanique composa ses immortels ouvrages. En face d'une pyramide formée par un pin sylvestre, visà-vis le château du gouverneur, se voit le temple grec consacré à Linné. Élevé au-dessus du sol de onze marches rapides, précédé d'un péristyle ouvert, à fronton supporté par huit colonnes, il abrite une statue en marbre blanc tenant un livre à la main : c'est l'image de la nature. Il y a une inscription votive; elle est ainsi conçue : Carolo a Linné, juventus Academiœ Upsaliensis, anno MDCCCXXU.
Le voyageur n'oublie pas non plus de visiter, à 3 milles d'Upsal, Hammarby, demeure champêtre où Linné passa les dix dernières années de sa vie. Mais, hélas! le jardin que le savant avait créé près de cette habitation, et qu'il appelait son hortus sibiricus, ne possède plus que quelques plantes communes ; les arbres et les fleurs que Linné y avait rassemblés ont disparu. Au bout de ce jardin, sur un monticule aride, il avait fait bâtir un pavillon destmé à renfermer des collections de plantes, d'animaux. On en trouverait à peine les traces, le tout ayant été autrefois acheté et emporté par un Anglais. Il y a cependant une relique qu'on est toujours sûr de rencontrer : c'est le Linnœus borealis, qui croît spontanément sur la colline, et qu'on aime à cueillir avant de quitter ce séjour.
Charles Linné, en mourant, laissa sa femme, sa chère Sara-Élisabeth, qui lui survécut longtemps, puisqu'elle ne mourut qu'en 1806, âgée de quatre-vingt-quatorze ans, et cinq enfants, savoir :
Elisabeth-Christine, qui épousa le capitaine Bergeneranz ;
Sophie, mariée à Duse, d'Upsal ;
622 LINNE (bibliographie).
Louise et Sara-Christine, qui restèrent, célibataires.
Charles Linné, lequel, né à Fahlun, le 20 janvier 1741, devint professeur de botanique à Upsal (1765), docfeur en médecine (1765), et mourut célibataire le 1" novembre 1785, laissant sur la botanique sept ouvrages très-estimés.
Dire que Linné fut le plus illustre des naturalistes connus, c'est se faire l'écho de tous les savants, à quelque nation qu'ils appartiennent. Personne encore n'avait embrassé d'un coup d'œil plus élevé et plus harmonieux la cliaîne des créatm^es. On n'avait point déiuii exactement les espèces, ni bien établi leur coordinanalion par des caractères d'organisation et de structure. On ignorait l'art méthodique qui rapproche leurs ressemblances naturelles ; on les distribuait arbitrairement, sans égard à leurs affinités. C'est surtout par sa Pliilosophia botanica que le grand homme opéra une véritable révolution dans l'étude des sciences naturelles, et ce fut avec enthousiasme que l'on adopta son système sexuel, basé sur le nombre et la distribution des étamines et des pistils. On ne songeait pas encore alors à la profonde et philosophique méthode naturelle, qni ne déchire pas, comme le faisait le l'iiucdu Kord, plusieurs affinités naturelles... Aucun homme, peut-être, n'offre un plus heureux assemblage, un plus [larfait accord de l'esprit des grandes vues et de celui des détails, de l'esprit d'observation qui recueille les faits et de celui qui en saisit les rapports les plus éloignés. En lui accordant au degré le plus éminent l'esprit d'ordre et de méthode, la nature ne lui refusa pas les dons brillants de l'imagination. Cette dernière qualité étincelle à chaque instant dans ses écrits, mais surtout dans ses Sponsalia plantarum, où il représente avec une grâce infinie la couche nuptiale voilée par les rideaux pompeux et parfumés des brillantes corolles...
Les écrits de Linné sont nombreux. Nous en donnons ici le catalogue, suivant les années de leur publication. Nous le croyons à peu près complet.
Année 1731. I. HoHiis Uplandicus, sive enumeratio plantarum exolicarum Uplandiœ,
quœ in hortis vel agris coluntur, imprimis auiem in horto academico Upsaliensi. Upsal,
4751, in-8°, 100 pages. — Année 1752. II. Flonda Lapponica, quœ continet catalogum
plantarum, quas per provincias I/ipponicas Wcslroùothnienses ob&ervavil C. Linnœus [acta
Litteraria Suecice, 1732-1755). — Année 1735. III. Systema naturœ, sive negna tria naturœ,
systeniatice proposita, per classes, ordines, gênera et specics. Lugd. Bat., 1755, in-folio,
14 pages. Il y a 15 éditions de cet ouvrage. — lY. Hypothesis nova de fehrimn intermitten-
tiiini causa. Harderovici, 1755, in-4°. — Année 1756. V. Fundamenta botanica, quœ majo-
riim op)ermn prodromi instar, theoriam scientiœ botanicœ p>er brèves aphorismos tradunl.
AmsteL, 175(3, in-4° (huit édilions). — YI. Bibliotheca botanica, recensens libros plus mille
de plantis, hue tisque éditas secitndum systema auctorum nalurale, in classes, ordines,
gênera, et species dispositos, additis editionis loco, tempore, forma, lingua. Amstel., 1736,
in-S". — Vil. Musa Cdijfortiana, florens Hartecampi prope Harlemum. Lugd. Bat., 1736,
in-4°, 40 pages. — Année 1757. VIII. Gênera plantarum earuymjue characteres naturales,
secundum numerum, figuram, situm et proportionem omnium fructificationiH partium.
Lugd. Bat., 1757, in-8°, 1584 pp. (onze édit.). — IX. ViridariumCUffortianum. Afflstel., 1737,
in-8°. — X. Corollarium generuni et melhodus sexualis. Lugd. Bat., 1757, in-8°. — XI. Flora
Lapponica, etc. Amstel., 1757, in-8°, 572 pages. 12 planches. — XII. Critica botanica, etc.
Lugd. Bat., 1737, in-8°, 220 pages. — XIII. Hortus Clifforlianus. Amstel., 1757, in-folio,
501 pages, 52 pi. — Année 1738. XIV. Petri Artedi, Sueci medici Icht/iyologia, etc. Lugd.
Batav., 1758, in-8% 556 pages. — XV. Classes Plantarum, seu systema plantarum ; omnia
a fructificatione desumpta, etc. Lugd. Bat., 1758, in-8°, 656 pages. — XVI. Animalia regni
Suecice [Acta Acad. Upsal, 1758). — Année 1759. XVII. Tal cm mârkwârdigheter uti In-
secterne. (Discours sur les merveilles des Insectes.) Holm, 1759, in-8°. — XVIII. CuUura
plantarum naturalis. — Gluten lappo7ium e perça. — Œstris rangiferinus. — Piciis pedibus
tridactylis. — Mures Alpini Lémures. — Passer nivalis. — Piscis aurcus Chinensium. —
Fundamenta œconomiœ [Acta soc. reg. scient. Holm, t. II, 1759). — Année 1740. XIX,
Orchides, iiscjue affines [Act. Acad. Upsal, 1740). — Année 1741. XX. Orbis eruditi judi-
cium dcC. Lintuei scriptis. Upsal, 1741. — XXI. Decem plantarum gênera nova [Act. Acad.
LINNÉ ;(biblioguaphie). 625
Upsal, 1741. — XXII. Formicarum sexus . — Officinales Sueciœ plantœ. — Ceiituria plantarum In Siiecia rnriorum [Act. soc. reg. scient. Holm, 1741). — Année 1742. XXIII. plantœ tinctoriœ indigence. — Amaryllis formosissima — Gramen Sœlting. — Fœnwn Suecicwn. — Phaseoli Cliinensis species. — Epilepsiœ vernensis causa (Act. Acad. Ilolm, t. III, 1742). — XXIV. Oralio de peregrinalionum intra patriam neccssitate. Upsal, 1742, in-4°. —XXV. pAtporiîta in febribus intevmittentibus [Act. Acad. Upsal, 1742). — Année 1745. XXVI. Pini iisiis œconomicus [Act. Acad. Upsal, 1745). — XXVII. De uva ursi seu jackas hapuck sinus hudsonici [Act. soc. reg. scient. Holm, t. IV, 1745). — XXVIII. Bctula nana [Amœnit Acad., t. I, 1745). — Année 1744. XXIX. Abietis iisus œconomicus. — Scxus plantarum. — Scabiosœ iiovœ species descriptio. — Pent/iorum. [Act. Acad. Upsal, 1744.) — XXX. Fagopijrum sibiricum. — Peliveria. [Act. Acad reg. Ilolm, t. V, 1744.) — XXXI. Ficus. — Peloria. [Amœnit. acad., t. I, 1743.) — Année 1745. XXXII. Flora suecica, exhibens j)lantas, pcr regnuni Sueciœ crcscentes, etc. Lugd. Bat., 1745, in-8, 392 pages. 11 y a 1140 plantes. — XXXIII. Animalia Sueciœ. Ilolm, 1745, in-S». — XXXI V. Euporista in dyscnteria [Act. Acad. Upsal, 1745). — XXX.V. Passer procellarius [Act. Acad. reg. Holm, 1745). — XXXVI. Corallia baltica. — Ampltibia Gijllenborgiana. — Plantœ Martino-Burserianœ. — Hortus Upsaliensis. — Passi/lora. — Anandria. — Acroslicliuin. [Amœnit. acad., t. I, 1755.) — XXXVII. Oelandska och Gottlândska resa (Voyage dans l'île d'Oeland et dans l'île de Gotlland). Stockholm, 1745, in-8». — Année J 746. XXXVIII. Fait/ia Siiccice rcgni,mammalia, aves, amphibia, pisces, insecta, vernies, etc. Holm., 1746, in-8°, 411 pages, 2 planches. — XXXIX. Sexus plantarum usus œconomicus. — Thcœ potus. — Cyprini jnnnœ ani radiis undecitn pinnis albentibus descriptio [Act. Acad. Ups., 17 -i6. — \L. Limnia.
— Claytonia Sibirica. — De vermibus lucentibus ex China. [Act. Acad. reg. Ilolm, t. VU, 1746.) — XLI. Muséum Adolpho Fridericianmn. — Sponsalia plantarum. [Amœnit. acad., t. I, 1740.) — .\nnée 1747 . XLII. Flora zeylanica, sislcns plantas indicas zcyloncc insulœ, quœ olini 1070-1077, lectœ fuere a Paulo Hernianno. llolin, 1747, in-8°, 254 pages. — XLIH. Wcsgôtha rcsa pa Riksens standers befallning fôrruttad (Voyage en Westrogolhie, lait par les ordres des états). Stockholm, 1747, in-8°, 224 pages, 5 pi. — XLIV. Nova j^lanlarum gênera. — Vires j)lantarum. — Crystallorum gencratio. [Amœnit. acad., t. I, 1747.)
— Année 1748. XLV. llorlus Upsaliensis, etc. Holm, 1748, iii-S°, 500 pages, 5 pi. — XLVI. Tœnia. — Surinamensia Grilliana . — Flora œconomica. — Curiositas naturali.i, 0. Soderberg. [Amœnit. acad., t. II, 1748.) — Année 1749. XLVIl. Matcria mcdica rcgnivcgclabilis. Holm, 1749, in-S", 252 pages, — XLVIII. Oralio de tclluris habitabilis incrcmenlo. Upsal, 1745, in-4°. — XLIX. Coluber [Chersea] sentis abdominalibus centum quinquaginta squamis sub caudalibus triginta quatuor. — Avis i( sommar guling » appcllata. — Musc frit; insectum quod grana interius exedit. — Einberiza ciris. [Act. Acad. reg. Holm, t. VIII, 1749.) — L. Amœnilates acadcmicœ, t. I. Lug. Bat., 1749. — LI. OEconomia naturœ. — Liqnum colubrinum. — Radix senega. — Genimœ arborum. — Pan suecus. [Amœnit. acad. Upsal, t. II, 1749.) — LU. Hœmorrhagiœ uteri sub statu graviditatis [Amœnit. acarf.,t. IX).
Année 1750. LIII. Materia medica regni animalis. Upsal, 1750. — LIV. Splanchnum. —
Sembla inu.<icorum. — Materia medica e regno animali. — Plantœ Camtschatcences rariores. [Amœnit. acad., t. II, 1750.) — Année 1751. LV. Amœnitates acadcmicœ, t. II. Holm, 1751.
LVI. Stanska resa fôrrâlted 1749 (Voyage en ^^canie fait en l'année 1749). Stockholm,
1751, in-8°. — LVII. Philosophia botanica, etc. Holm, 1751, in-8», 562 pages. — LVIII. Sapor medicamentorum. — Nova plantarum gênera. — Planta hybridœ. [Amœnit. acad., t. II, 1751, et t. III, 1751.) — Année 1752. LIX. Materia medica regni lapidei. Upsai, 1752.
LX. Uorbi ex Même. — Obslacida medicinœ. — Plantœ csculcntœ palriœ. — Euphorbia.
Materia medica e regno lapideo. — Noctiluca marina. — Odores medicamentorum.
PJiabarbaruni. — Quœstio hist. nal. cui bono? — Hospita insectorum flora. — Nutrix noj^grca. — Miracula insectorum. — Noxa insectorum. [Atnœnit. acad., t. III, 1752.) — AiîNÉE 1755. LXI. Species plantarum, etc. Holm, 1755, in-8», 2° vol., 120 pages. — LXII. Muséum Tessinianum, opéra comitis C. J. Tcssin, etc., collectum. Holm, 1755, in-folio, 00 pages. — LXIII. Novœ duœ tabaci species [Act. soc. reg. scient. Holm). — LXIV. Vernatio arborum. — Incrementa botanices. — Demonstrationes plantarum. — Hcrbationes upsahenses. — Instruclio musei rcruni naturaliuin. [Amœnit. acad.. t. III, 1755.) — LXV. Plantœ officinales. — Censura simplicium. — Canis familiaris. [Amœnit. acad., t. IV, 1753.
Année 1754. LXVI. Muséum régis Adolphi Suecorum, etc. Stockh. , 1754, in-fol., 145 p.,
45 planches. Latin et suédois. — LXVII. De plantis quœ Alpium suœcicarian indigenœ fieri possint. — Simiœ ex cereopitliecorum génère descriptio. [Act. Acad. reg. Holm., t. XV,
1754.) — LXVIII. Stationes plantarum. — Flora anglica. — Herbarium Amboinense.
Methodus invcstigandi vires medicamentorum eliemica. — Consectaria electrico-mcdica .
Cervus Tarandus. — Ovis. — Mus porcellus. — HorticuUura academica. — Chincnsia
lagerstrœmiana. [Amœnit. acad., t. IX, 1754.) — Année 1755. LXIX. Mirabilis longiflorœ descriptio. — Lepidii descriptio. — Ayeniœ descriptio. — Gaurœ descriptio. — Lœ/lir:gia et