IX. Laurier raveksaiîa ou 7ioix de girofle
X. Laurier cerise. {Prunus lauro-cerasus), prunier laurier-cerise, laurier' amande, laurier au lait, etc. La première de ces désignations lui vient de la ressemblance de ses feuilles avec celles du laurier, la seconde de l'odeur d'amandes amères qu'exhalent presque toutes ses partiel, notamment ses fleurs ; la troisième de l'usage vulgaire que l'on fait de ses feuilles pour communiquer au lait un orome agréable.
Le laurier-cerise constitue un médicament fort important dans le groupe des CvANiQUES. (Voy. ce mot.) Il est en effet le plus maniable et, si on savait toujours s'en servir convenablement, il pourrait remplacer toutes les autres formules à base de cyanogène ; de plus, l'école pliarmacologiquc italienne lui a attaché une importance toute particulière en en faisant en quelque sorte le type de ses hyposthér.isants cardiaco-vasculaires ; sa posologie est extrêmement délicate et exige une •xttention très-grande, enfin son histoire toxicologique offre un intérêt réel; toutes ces considérations justifieront, je l'espère, rimportance que je vais donner à son étude.
a. Pharmacologie. Les feuilles du laurier-cerise ont été analysées, il y a une trentaine d'années, par Winkler, qui y a constaté de l'acide prussique, une huile
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essentielle, de la chlorophylle et un principe protéique particulier analogue à l'amygdaline et qui, mis au contact de l'émulsine des amandes douces, de l'eau et d'une température convenable, dégage l'odeur d'amandes amères. Si on traite ces feuilles par l'alcool absolu, on leur enlève cette sorte d'amygdaline et le résidu du traitement agit à la manière de l'émulsine sur l'amygdaline des amandes amères; d'où la conclusion que l'huile essentielle de laurier-cerise se produit de la même façon que l'huile essentielle d'amandes amères. Toutefois si on s'en rapporte aux recherches de Lepage (de Gisors), l'acide prussique et l'huile essentielle de laurier-cerise existent tout formés dans les feuilles fraîches du végétal. Soubeiran a fait remarquer {Bullet. de th., t. VII, 1854, p. oo4) que l'huile essentielle de laurier-cerise est rarement un corps identique dans sa composition, que c'est un mélange en proportions variables, d'essence, d'acide prussique et peut-être aussi d'un autre principe cyanique particuHer. Sa formule est C-''H^''. Elle est blanchâtre, concrète, acre, presque toujours mélangée d'une certaine quantité d'acide cyanhydrique.
L'eau distillée de laurier-cerise est la plus usitée des formes de ce médicament. Son mode de préparation et sa composition ont été l'objet de travaux très-nombreux, ce qui se conçoit quand on songe à l'instabilité d'action de ce médicament, dont l'activité peut varier dans les proportions de 1 à 5, si ce n'est plus, quand il est mal préparé.
On connaît deux sortes d'eau distillée : l'eau distillée ordinaire et l'eau cohobée ; celle-ci, obtenue en recommençant plusieurs fois la distUlation de l'eau distillée sur de nouvelles feuilles fraîches, est extrêmement active parce qu'elle contient en suspension une quantité notable d'essence qui lui donne quelquefois un œil laiteux. L'eau distillée ordinaire doit seule être employée pour les usages médicaux, et encore a-t-elle une composition assez variable qui paraît dépendre de la localité dans laquelle les feuilles ont été recueillies et de la saison ; c'est ainsi que touteschoses égales d'ailleurs, l'eau distiUée de laurier-cerise préparée en Italie est plus active que celle i-ecueillie en France ; celle faite en juillet et août qu'à une autre époque de l'année. On prétend même que la différence d'activité de deux eaux distillées préparées l'une en avril, l'autre en juillet peut aller jusqu'au double, Garod a fait à ce sujet des essais qui montrent au moins le soin méticuleux qu'il faut apporter dans la préparation de l'eau distillée de laurier-cerise.
Le nouveau Codex est entré sur ce point dans des détails qui ne sembleront pas superflus et les pharmaciens ne devront plus s'écarter du procédé qu'il conseille.
11 consiste à distdler 4000 grammes d'eau sur 1000 grammes de feuihes de laurier-cerise recueillies de mai à septembre. Le produit de la distillation doit être de 1500 grammes ; la liltration à travers du papier mouillé sépare l'huile essentielle suspendue et ne laisse que celle qui est en dissolution dans l'eau. On titre la quantité d'acide cyanhydrique contenue dans cette eau distillée, et on l'amène au chiffre de 50 mihigrammes par 100 grammes ou d'un demi-milligramme par gramme en y ajoutant une quantité convenable d'eau. « On détermine facilement le titre de l'eau de laurier-cerise, c'est-à-dire la proportion d'acide cyanhydrique qu'elle contient au moyen d'une dissolution titrée de sulfate de cuivre contenant 2os'',09 de ce sel cristallisé sur 1000 centimètres cubes et en opérant de la manière suivante. On prend un petit ballon de verre à fond plat, on le pose sur une feuille de papier blanc; on y verse 100 centimètres cubes d'eau de laurier- cerise et 10 centimètres cubes d'ammoniaque; puis, au moyen d'une burette divisée en di.\ièmc? de ceatirnctre cube, on ajoute graduellement, et en agitant convenable-
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meut la dissolution titrée de sulfate de cuivre jusqu'à ce qu'elle cesse de se décolorer entièromeut. On lit alors sur la burette le uombre des divisions de cette liqueur que l'on a employées. Ce uoinbre exprime très-exactement eu milligrammes la proportion d'acide cyanliydrique contenue dans les -100 grammes de l'eau de lauriercerise soumise à l'expérience. Si donc, pour 100 grammes de cette eau, ou a employé 60 divisions de liqueur titrée, on peut en conclure qu'elle contenait sur 100 grammes 60 milligrammes d'acide cyanbydrique et qu'elle doit être étendue d'une proportion d'eau suffisante pour la ramener au titre normal de 50 milligrammes par 100 grammes.
« Pour connaître la proportion d'eau qu'il faut ajouter, il suffit de multiplier par 60 le poids de l'eau de laurier-cerise recueillie, soit 1000 grammes par exemple et de diviser le produit par 50; le quotient l^OO représente la quantité totale d'eau de laurier-cerise au titre normal que l'on doit obtenir après l'addition de l'eau distillée. On ajoute en conséquence 200 grammes d'eau distillée aux 1000 grammes du produit et l'on a ainsi 1200 grammes d'eau de laurier-cerise normale à 50 milligrammes d'acide cyanbydrique pour 1000 grammes. « {Codex medicamentarms, 1866, p. 413.)
Deschamps (d'Avallon) a proposé d'ajouter une très-petite quantité d'acide sulfarique dans un flacon d'eau de laurier-cerise pour maintenir la stabilité de sa composition. La filtration de celte eau et le titrage de l'acide cyanbydrique rendent cette précaution inutile. Il est bon de ne pas niaintenir débouchés les flacons qui contiennent cette eau distillée, parce qu'elle perd son arôme et son activité.
L'eau distillée doit être parfaitement transparente. Le nitrate d'argent ou bien, après addition préalable de potasse, l'action du sulfate fcrroso-ferrique et d'une goutte d'acide sullurique, y révèlent la présence de l'acide prussique. Celle de l'huile volatile y est décelée par l'agitation avec un sixième en volume d'ammoniaque ; il s'y forme un trouble laiteux , (Dieu, Traité de mat. méd. et de the'raveutique, Paris, 1855, t. IV, p. 755.)
Les feuilles sèches de laurier-cerise perdent leur arôme par le fait du dégagement de l'acide prussique et de l'huile essentielle, mais leur poudre contient les éléments de la formation d'une nouvelle quantité de ces principes quand on la place dans certaines conditions.
b. Action physiologique et toxique. Nous réunissons intentionnellement ces deux études parce que la seconde éclaire dans une certaine mesure la première. L'action toxique du laurier-cerise varie suivant qu'on l'étudié dans les feuilles entières, dans les principes qu'on en retire ou dans sa préparation la plus usuelle, l'eau distillée.
L'usage des feuilles de laurier-cerise pour aromatiser le lait a quelquefois produit des empoisonnements, surtout chez les enfants très-jeunes. Ingenhouz avait vu des accidents graves se manifester par l'effet de la décoction de deux de ces feuilles dans du lait. Vater cité par Loiseleur-Deslongcbamps et Marquis [Dict. des se. méd., 1818, t. XXVll, p. 527, art. Laurier-cerise), a\u des accidents très-graves se produire chez une personne qui avait pris du lait dans lequel on avait laissé infuser trois ou quatre feuilles ; une autre personne moins impressionnable en fut quitte pour des vertiges. Il faut donc y regarder de près et ne pas prescrire, chez l'adulte, plus d'une feuille pour aromatiser un hquide.
L'huile essentielle est d'une elfroyablo toxicité, qu'elle ne doit pas seulement h l'acide cyanbydrique auquel elle est mêlée ; elle est très-vénéneuse par elle-même au même titre et au môme degré que l'essence d'amandes amères. Cette essence
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est vendue en Italie sons ce dernier nom ; elle est, utilisée dans la parrumorie et aussi dans la pâtisserie à titre de condiment, et ces usages économiques et industriels ont été la cause d'accidents si graves que le débit a dia à une certaine époque en être interdit en Toscane. Les expériences de NichoUs et de Fontana ont démontré la lenible énergie de celte essence. Le dernier de ces observateurs a déterminé la mort chez un chien en en déposant une goulte cà la surface d'une plaie. Les accidents très-rapides développées par ce poison se conlondent du reste coniplétemeut par leur physionomie avec ceux de l'empoisonnement par l'acide cyanhydrique. {Voij. ce mot.)
Les cas les plus nombreux d'empoisonnement par le laurier-cerise se sont produits sous l'influence de l'eau distillée et surtout de l'eau cohobée qui est beaucoup plusactive et d'une composition beaucoup plus variable, comme nous l'asonsdéjà ûil.Giacomim{Thér. et Mat. médicAnEjîcjjclopédie des sciencesmé(L;lri\d.^lojon, Paris, 1859, p. 128) a réuni, dans un intérêt doctrinal, un assez grand nombre de laits d'empoisonnement par l'eau distillée de laurier-cerise, entre autres celui observé cà DubUn en 1728 et dont deux femmes furent les victimes; l'une d'elles avait pris 50 grammes environ de cette eau ; le fait cité par Madden qui but par erreur une certaine quantité d'eau de laurier-cerise et qui succomba ; l'observation recueillie par Fodéré de deux personnes qui, à Turin, durent la mort à une erreur de même nature ; celle d'une jeune fille à laquelle un pharmacien anglais fit prendre par méprise 30 grammes environ d'eau de laurier-cerise, et qui succomba rapidement. Le crime n'a pas manqué de se servir de celte arme et l'Anglettrre a dii à ce poison un de ses drames judiciaires les plus émouvants.
Les symptômes observés dans quelques-uns de ces accidents et ceux recueillis dans des expériences faites intentionnellement sur les animaux par Nichols, Madden, Vater, Fontana, Rasori, Orfila, etc., ont permis de constater, sauf l'intensité, l'analogie des accidents toxiques produits par le laurier-cerise et l'acide cyanhydrique. Troubles cérébraux, vertiges, titubation, perte de connaissance, accès couvulsifs suivis de symptômes de paralysie musculaire, quelquefois vomissement, respiration enchaînée, état d'hyperesthcsie générale, refroidissement, etc., tels sont les symptômes diversement groupés que développe cet empoisonnement quand il ne revêt pas une forme trop sidérante. Le traitement varie suivant les idées doctrinales en vigueur à propos de l'action interne de cette substance. Les Italiens, voyant dans ses effets tous les signes de l'hyposthénisation la plus énergique, emploient des stimulants : vin, alcool, alcool de cannelle, éther, etc. On peut dire qu'il n'y a pas de formule absolue. Un empoisonnement est une maladie et,quand on a déféré ii l'indication d'expulser le poison, ou quand on a reconnu que cette expulsion n'est plus possible, on est en présence d'une maladie et les moyens à mettre en œuvre sont dans la tète du médecin et non dans un formulaire. Les affusions froides recommandées par Ilerbset, constituent le moyen dans lequel on peut avoir le plus de confiance. J'y ajouterai la stimulation faradique de la''peau et la respiration artificielle. Les accidents les plus pressants, une fois conjurés, les indications les plus diverses peuvent surgir et il n'y a pas de ligne de conduite i\ tracer. Les stimulants et les antipblogistiques peuvent avoir tour à tour leur utihté. Cette conception de la thérapeutique des empoisonnements est la seule qui soit vraiment clinique.
Si des faits toxiques, qui, il faut bien l'avouer, n'apprennent pas grand'chose sur l'action intime des agents médicamenteux, nous passons aux faits cliniques, nous notons au nombre des symptômes qui ont pu être attiibués à des doses me-
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dicamejîieuses de laurier-cerise, de la pesanteur de tête, des vertiges, un état de torpeur des facultés intellectuelles, de la tendance au sommeil (Roux de Brignolles, Bullet de thch'ap., t. 111, 1852, p. 197), de la faiblesse musculaire. Ce degré est-il dépassé, il sufl-vient des troubles digestifs qui paraissent liés à l'impression subie' par les centres nerveux, puis tout se dissipe au bout de peu de temps, et il ne se produit d'elïets consécutifs que quand la dose a été considérable. Les Italiens, se fondant sur la nature présumée hyposthénique de ces symptômes, sur l'action antidotique des médicaments stimulants, et sur la nature inflammatoire des nialadiers auxquelles on oppose avec succès l'eau de laurier-cerise, concluent à l'action contro-stimulante de celle-ci et en font un hyposthén'isanl cardiaco-vasculaire. Les pharmacologistes français la classent dans le groupe des antispasmodiques. Nous avons dit, à propos de ces médicaments {voij. ce mot), que les cyaniques ou médicaments à base de cyanogène se rattachent à la médication stupéfiante diffusible, dont ils constituent un groupe très-natm^el et très-important. Nous n'avons pas à revenir sur les raisons que nous avons alléguées pour justitier cette opmion. {Voy. Antispasmodiques et Cyaniques.)
c. Thérapeutique. 1" L'eau de laurier-cerise est employée à cause de sou arôme agréable, comme adjuvant, dans certaines potions nauséeuses ; elle y joue le rôle de condiment et les fait tolérer par l'estomac. C'est à ce titre qu'elle intervient dans les formules des potions stibiées. Cependant, il est bon de remarquer que les malades se lassent assez promptement de cette odeur, et qu'il faut remplacer l'eau de laurier-cerise par une autre eau distillée aromatique, sous peine de produire les elfets nauséeux qu'on voulait éviter.
2° Le laurier-cerise est un médicament antispasmodique, c'est-à-dire qu'il partage avec un grand nombre de substances volatiles et odorantes la propriété d'influencer vivement, mais passagèrement, le système nerveux dans le sens de la disparition de ces troubles fonctionnels expressifs, mais habituellement peu profonds, que l'on désigne sous le nom de spasmes. Les antispasmodiques, reconnaissant, comme tous les médicaments qui s'adressent à la i'onctionnalité nerveuse, l'influence très-marquée des idiosyncrasies et des habitudes, on ne saurait avoir une gamme trop variée de ces agents, et le laurier-cerise y joue un rôle réellement utile. Nous n'avons pas à parcourir ici la liste fastidieuse des troubles spasmodiques auxquels le laurier-cerise peut être opposé avec plus ou moins de succès. Le lecteur trouvera d'ailleurs cette énumération à l'article Antispasmodiques. {Voy. ce mot).
5" Mais les antispasmodiques deviennent en même temps des anesthésiques ou des stupéfiants diffusibles quand leur action dépasse luie certaine limite. Les huiles essentielles, les éthers, les alcools, les cyaniques, un certain nombre de substaiif.es pyrogénées volatiles, jouissent de cette propriété conamune quand elles sont inlialées ou mises en contact avec des nerfs douloureux, d'engoui'dir la sensibilité, ou même de l'éteindre, si l'action est poussée suffisamment loin. L'empoisonnement par l'acide prussique et la sidération chloroformique offrent une analogie irrécusable. L'huile essentielle de laurier-cerise ne la rompt en rien. Autour de cette propriété se rangent certaines applications du laurier-cerise ; telles sont : son emploi contre les crampes douloureuses de la gastralgie, la photophobie, son application sur les caries ou sur certains ulcères pour éteindre des douleurs vives, etc.
4° L'eau de laurier-cerise dissipe aussi ou calme les spasmes musculaires, d'où son utilité contre les diverses névroses convulsives, les vomissements incoercibles, les loux nerveuses spasmodiques, mais surtout les palpitations du cœur. Fodéré a
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surtout insisté sur cette iadicatioa. L'article Laurier-cerise du Dicl. des se. med. {lûc. cit.) contient le fait intéressant d'un soldat qui, atteint de fortes palpitations de cœur, et obligé par cet état à un repos absolu, guérit sous l'influence de l'eau de laurier-cerise prise pendant un mois, et put reprendre son service. Cette action sédative cardiaque du médicament est, du reste, connue des gens dumondc et utilisée par eux. On a recommandé l'eau de laurier-cerise dans la cardite; mais, outre que le diagnostic de cette maladie n'est pas aisé à établir, il faut au préalable établir l'opportunité, et elle n'existe pas toujours, d'une sédatiou des mouvements du cœur.
5" L'école pliarmacologique italienne a beaucoup insisté sur l'action hypostbénisante de l'eau de laurier-cerise, et l'a opposée à ce titre à toutes les maladies inflammatoires ou prcsinnées inflammatoires. Lecadrenosologiqueya, bien entendu, passé tout entier. Borda, Brera et Tommasini ont surtout employé ce médicament à titre à'hyposthénisant, c esi-h-àire d'antiphlogistiqiie indirect, et il a eu le singulier bonneur d'inaugurer la révolution pbarmacologique italienne. On sait l'Iiiston-edu fermier de Borda. Une pneumonie guérie solennellement par l'eau de laurier-cerise, en présence d'une clinique nombreuse, était un événement au comniencepient de ce siècle ; il offrirait moins d'intérêt et de signification aujourd'bui que l'on connaît les tendances spontanées vers une terminaison favorable qu'affecte la pneumonie simple et franche, chez des sujets jeunes et surpris par cette maladie dans de bonnes conditions de santé. De la pneumonie. Borda passa au rhmnatisme, à la pleurésie, à la bronchite, à la phthisie (qui n'est, bien entendu, dans sa doctrine, qu'une pneumonie chronique). Que le laurier-cerise ait une action sédatrice sur la circulation, et, par suite, sur la fonction calorigénique, c'est ce qu'on ne saurait mettre en doute ; mais que ce médicament anodin puisse et doive remplacer les antipblogistiques réels, quand ceux-ci sont par ailleurs indiqués, c'est ce qu'il est difhcile de croire et dangereux d'admettre.
6° L'eau de laurier-cerise combat utilement le symptôme toux, quelle qu'en soit la nature ; non-seulement la toux nerveuse, sans support matériel, cela va sans dire-, mais aussi la toux se rattachant à une lésion, bronchite, phthisie, etc. quand elle prend iin caractère un peu spasmodique. Un médicament qui calme la toux est destiné à être considéré comme un spécifique de la phthisie. L'eau de laurier-cerise n'a pas échappé à cette loi, et Linné nous a appris que, de son tâmps, les feuilles de laurier-cerise étaient employées en Belgique contrôla phthisie. Cette illusion s'expUque.
1° Quant aux éloges qui lui ont été prodigués comme moyen curatif de l'épilepsie, de l'hydrophobie, du tétanos, c'est un leurre véritable. Ces trois névroses sont guéries infailliblement par tous les agents de la matière médicale, il faudrait que cela fût bien convenu : on s'épargnerait des redites fastidieuses.
8° Je signalerai comme plus sérieux l'emploi de ce médicament contre l'éréthisme nerveux et l'insomnie qui s'y rattache. 11 n'y a là rien que de plausible ; mais, selilement, il faut pousser les doses assez loin pour arriver à un résultat utile.
9° Je ne dois pas omettre de parler de l'emploi ophthalmologique de l'eau de laurier-cerise, de son usage en applications topiques contre le prurigo piidendi, contre l'engorgement laiteux des seins (Caron Du Villard. Note sur les bons effets de l'emploi extérieur de l'eau distillée de laurier-cerise dans quelques maladies In BuUet. de th., t. YI, 1834, p, 77), et enfin comme moyen topique dans les brûlures. Un médecin italien, le docteur Frauchini Eugenio, a pivconisé cette
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mélliocle en 186 J. Elle consiste ù nettoyer la surface avec soin, à vider les plilyctènes et à recouvrir la partie d'une compresse trempée dans un mélange de 8 parties d'eau de laurier-cerise et de 100 parties de sirop de gomme ; on interpose un linge cératé et percé de trous. Des brûlures peu étendues peuvent sans inconvénient être traitées par ce moyen. Le sirop de gomme n'agit sans doute qu'en recouvrant la partie brûlée d'un enduit isolant, d'une sorte de collodion.
JO" Enfin il n'est pas inutile de signaler la propriété qu'ont certains médicaments cyaniques, et que le lanrier-cerise partage avec eux, de désodorer les vases imprégnés de musc. Cette propriété est utilisable dans les pliarmacies pour purger de cette odeur les fioles ou les mortiers; on se sert de Icuilles fraîches pilées ou d'eau distillée de lanrier-cerise. Cette propriété curieuse a été signalée, il y a plus de vingt ans, par Soubeiran et Fauré. [Biillet. de thér., 1847, t. XXIX, p. 282.)
IV. Modes d'administration et doses. i° Eau distillée de laurier cerise du Codex. De 4 à 15 grammes dans une potion appropriée ou sous forme de tisane. Le sirop de laurier -cerise du Codex est préparé avec 500 grammes d'eau distillée et 950 grammes de sucre ; il contient donc à peu près la moitié de son poids d'eau de laurier-cerise; il s'emploie par cuillerée à bouche.
2° Huile essentielle. Médicament très-actif, peu maniable; étendu convenablement dans de l'huile d'amandes douces, il s'enqtloie ;i la dose de 5 milligrammes par jour.
5" Poudre des feuilles. Mauvaise préparation; peu active; dose de 08'',20 à 08% 40.
A"^ Feuilles fraîches. Servent à la préparation du lait amande. Une feuille pour les adultes, une demi-feuille pour les enfants. On peut faire infuser une feuille dans un bol d'eau chaude convenablement édulcorée.
XI. Lauiuer-rose. Le laurier-rose, suspect au point de vue toxicologique, est encore en dehors des ressources régulières de la thérapeutique : toutefois, des essais récents, dus à Latour, Lukowski, Landerer, Pelikan, mais surtout h de Girard, ont fourni déjà des connaissances plus précises sur la composition des principes actifs de cette substance, sur leur nature et leur préparation, et sur la façon dont ils impressionnent l'économie. L'admission du laurier-rose au nombre des médicaments utiles est probablement au bout de ces recherches.
Nous devons au dernier de ces observateurs la communication de recherches inédites d'un intérêt véritable et que nous allons utiliser.
Loiseleur-Deslongchamps et Marquis ont rapporté dans l'article relativement considérable qu'ils ont consacré, en 1818, au laurier-rose {Dict des se. méd., t. XXVIl, p. 546) une analyse empruntée au t. VI du Buïlet. depharm., et de laquelle semblait résulter la conclusion que le principe actif du laurier-rose résidait dans une matière volatile. Les travaux qui ont été faits depuis sur le laurierrose n'ont pas confirmé cette manière de voir. Latour {Gaz. méd. de VAlçiérie, année 1856, p. 124) rapporte l'activité de celte plante à une résine qu'il obtient en traitant l'extrait alcoolique par l'acide chlorhydrique. De Girard, qui a essayé ce mode de préparation. Je considère comme supérieur aux autres : le produit qu'il fournit contient l'acide oléandrique eiVoléayidrin, les deux produits actifs que renferme, selon lui, le laurier-rose. En 1861, Lukowski a retiré des feuilles et del'écorce de cette plante deux principes qu'il considère comme des alcaloïdes et qu'd désigne sous les noms d'oléandrine et de pseudo-curarin. {Répert. de chim. appl.,X. lll, 1861, p. 7.)
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J'emprunte à une note de l'auteur cité plus haut les détails pliarniacologiques suivants : « Il y a, dit-il, dans le laurier-rose, au moins deux substances actives :
« 1° L'une est un acide; je l'appellerai acide oléandrique ;
« 2" L'autre nie parait être un corps neutre ; je le désignerai sous le nom d'oléandrine.
«Pour les préparer, on reprend par l'eau l'extrait alcoolique d'écorce. La solution est liltrée, pour séparer une petite quantité de résine verte insoluble, et précipitée par l'acétate neutre de plomb; le précipité obtenu est bien lavé, et déconiposéau sein de l'eau par l'hydrogène sulfuré. Lo dépôt de sulfure de plomb ainsi formé est lavé à l'eau distillée, desséché vers 50° à l'étuve à air, et traité à chaud par l'alcool à 90°; la solution alcooliciuè évaporée abandonne une substance d'un jaune brun; cette substance, traitée par une dissolution très-étendue de carbonate de soude, donne une liqueur colorée et une partie reste sur le filtre. Cette portion insoluble, c'esiVoléandrine. La dissolution donne, par l'acide nitrique pur, un précipité floconneux jaune, se rassemblant bientôt au fond du vase, c'est l'acide oléandrique. Cet acide est soluble dans l'alcool absolu, insoluble dans l'éther, tiès-faiblement solublc dans l'eau. La solution aqueuse est très-amère ; elle précipite eu jaune par l'acétate de plomb. » (Communication de l'auteur.)
Les recherches de de Girard tendraient à démontrer que l'oléandrin est à peu près aussi actif que l'acide oléandrique ; mais il. a surtout expérimenté le second de ces principes, et ses expériences déjà nombreuses sur les lapins et les grenouilles peuvent, dit-il, se résumer ainsi :
« i" Ce n'est pas un poison du cœur; cet organe, en opposition avec les assertions de VeWkan {Comptes rendus de l'Ac. des se, 1866, 29 janvier, t. LXU), continue à battre très-longtemps.
(( 2° Les phénomènes observés sur les grenouilles peuvent se diviser en trois périodes : a. l'animal est immobile, dans une sorte de stupeur, mais il saute cpu\nd on le pique; b. convulsions tétaniques très-intenses succédant à la moindre excitation ; c. la sensibilité est épuisée ; il n'y a plus de mouvements ; le cœur continue néanmoins à battre pendant plusieurs heures.
« Si l'on étudie la marche de la paralysie, on voit qu'elle s'étend delà périphérie au contre. Le pouvoir excito-moteur de la moelle est d'abord augmenté, puis éteint ; les nerfs sensitifs ne transmettent bientôt plus les impressions ; les nerfs moteurs résistent plus longtemps à l'action du poison ; les muscles, enfui, sont paralysés en dernier lieu. » (Note de M. de Girard.)
Les principes actifs du laurier-rose paraissent résider principalemtnt dans les feuilles et dans l'écorce ; les climats chaudï, au dire de ([uelques auteurs, augmenteraient l'énergie toxique de cette plante. Loiseleur-Deslongchamps et Marquis expliquent de cette façon la dissemblance qui s'est rencontrée entre les résultats qu'ds ont obtenus avec de l'écorce de laurier-rose de Provence, et ceux auxquels est arrivé Orlda, qui se servait d'écorce récoltée à Paris. Il a fallu, en eflet, à cet expérimentateur just[u'à 4 ou 5 grammes d'extrait ou de poudre introduits par (îiverses voies pour déterminer la mort chez des chiens, avec une certaine rapidité, il c;t vrai.
En somme, il y aurait lieu, tout en poursuivant la recherche d'un principe actif, de s.i servir, pour de nouvelles expériences physiologiques, d'un extrait alcooliqi:c [.réparé suivant un mode uniforme, et avec l'écorce ou les feuilles du laurierrose du .Midi. Celte substance est assez active pour qu'elle puisse être employée i^i lielites doses, et VoléandrinoaYacide oléandrique n'olfriront sans doute d'int'n-èt,
I& LAURIER (emploi médical).
au point de vue pratique, que par l'emploi en injections sous-cutanées. II est difficile de se faire, dès à présent, une idée de l'action véritable du laurierrose et d'assigner à ce poison une place en toxicologie. Oriila le range, bien entendu, dans son groupe confus des narcotico-àcres, qui contient les substances les plus discordantes; on ne simplifie rien et on embrouille tout avec des généralisations de cette nature. L'action primitive du laurier-rose paraît se passer tout entière du côté des centres nerveux ; c'est là tout ce qu'on en sait et tout ce qu'on en peut dire. Il est à espérer que les reebercbes que de Girard poursuit avec une persévérance digne d'éloges le conduiront à quelque chose de plus précis.
Loiseleur-Deslongchamps a fait sur lui-même une expérience qui offre de l'intérêt. Il s'est servi d'une dissolution de 50 grammes d'extrait de feuilles de laui'ier-rose, dans 120 grammes de vin. « Le 13 avril 1811, nous portant parfaitement bien, nous commençâmes, dit cet auteur, à prendre quatre fois par jour trois gouttes de cette teinture, et tous les jours, jusqu'au 25, nous augmentions la dose d'une goutte chaque fois, de sorte que nous en prenions à cette époque 48 gouttes entre six heures du matin et neuf heures du soir. Nous commençâmes alors à sentir notre appétit diminuer, à éprouver dans la journée des lassitudes spontanées. Incertain si c'était au laurier-rose que nous devions en attribuer la cause, et pour nous en assurer, nous en continuâmes l'usage encore pendant trois jours en portant à 15 gouttes chacune des doses que nous prenions quatre fois par jour. Mais le 28 avril, nous dûmes avouer que nous n'eimies pas lecouraoe d'aller plus loin ; ce jour-là nous ne pûmes presque pas manger, nous éprouvions une inappétence de tous les aliments, accompagnée de douleur, comme de courbature dans les bras, les jambes, enfin d'une débilité musculaire très-prononcée et d'un malaise universel ; la cessation absolue de l'usage du laurier-rose suffit pour nous rendre notre bonne santé habituelle, dans l'espace de deux ou trois jours. Voulant cependant nous assurer d'une manière positive si les symptômes que nous avions éprouvés étaient bien réellement produits par l'extrait de laurier-rose, un mois après l'avoir cessé, étant dans le meilleur état de santé, nous en recommençâmes l'usage de même que la première fois, c'est-à-dire que, le 1" juin, nous prîmes 12 gouttes de cette même teinture, et que le 15 du même mois nous en prenions 60 gouttes. Ce jour-là, et dès la veille, nous avions commencé à voir notre appétit diminuer, puis à ressentir de la courbature, de la faiblesse dans les jambes. Ayant poussé la dose le 14 jusqu'à 64 gouttes dans l'espace de cette journée, tous les symptômes que nous avions éprouvés depuis deux jours augmentèrent assez sensiblement pour nous forcer de nouveau à ne pas porter nos essais plus loin. Il nous fut assez clairement démontré que l'extrait des feuilles de laurier-rose contenait un principe vénéneux destructif de l'irritabilité. )) [hoc. cit., p. 541.)
Cette conclusion n'est peut-être pas aussi évidente que le pensaient les auteurs précités, mais ce fait est doublement intéressant, et par les garanties de bonne observation qu'il offre et surtout parce qu'il constitue pour l'expérimeiitatioii sui' l'homme un point de départ posologique.
Les cas d'empoisonnements parle laurier-rose sont très-nombreux ; sans parler de ce fait d'intoxication par l'odeur de Heurs de laurier-rose enfermées dans une chambre à coucher, fait qui n'offre peut-être pas toute l'authenticité désirable, on arapporté un grand nombre d'accidents produitspar le laurier-rose. Un des plus curieux est celui relaté par Loiseleur-Deslongchamps et Marquis, d'après Gaspard Piobert, jardinier en chef de la marine à Toulon, et qui a trait à l'emnoisonne-
LAURIER (emploi médical). 43
ment de soldats français en Corse, par l'usage de broches en bois de laurier-rose dont ils avaient traversé les viandes qu'ils faisaient rôtir. Les mêmes auteurs ont vu un malade auquel ils avaient prescj'it 5 doses d'un grain cliacune par jour, et qui, par excès de zèle, en prit 10 à 12 grains en une fois, présenter des accidents très-graves, des vomissements accompagnés d'éblouissements, de défaillances, de sueurs froides, etc. L'éther dissipa ces symptômes.
Le laurier-rose est donc un poison actif; il parait être un poison assez général, puisque tous les animaux, sauf peut-être la chenille du Sphynx nérion, évitent ses feuilles, suivant la l'emarque faite par Loiseleur-Deslongchamps.
Je n'ai rien à dire du traitement de cet empoisonnement, il ne repose encore que sur des bases inceiiaines. Faire A'omir le poison s'il en est temps encore, et instituer le traitement des indications, ce sont les deux seules règles qu'il comporte. L'observation relatée plus haut semblerait indiquer l'utilité de l'éther et probablement aussi des autres stimulants diffusibles.
Le laurier-rose deviendra sans doute un médicament puisqu'il est un poison, mais c'est à l'avenir à déterminer son action et à lui assigner son utilité.
Le laurier-rose a été essayé dans le midi de la France contre les maladies cutanées et syphilitiques. i.oiseleur-Deslongchamps a rapporté deux observations dont les résultats ont été à peu près négatifs. Au dire de cet auteur on se servirait aux environs de Nice, du bois de laurier-rose râpé comme mort-aux-rats. Mérat a guéri plusieurs galeux par des frictions faites avec une dissolution d'extrait de laurier-rose. Il y a tant de moyens efficaces et inoffensifs de guérir cette maladie parasitaire que celui-ci qui n'est pas sans danger peut être laissé de côté. J'en dirai autant de l'usage de la poudre de feuilles ou d'écorce de laurier-rose comme moyen antipédiculaire, de son emploi (assez dangereux) comme sternutatoire.
Un médecin russe, Lukowski, dont j'ai rappelé plus haut les recherches relatives au prineipe actif du laurier-rose, et qui a retiré de l'écorce et des leudles de cette plante deux principes qu'il a appelés pseudo-curay^ine et oléandrine, a essayé cette dernière substance chez une jeune fille de 11 à 12 ans présentant des accès épilepti formes dont la cause provocatrice avait été une frayeur. Ces accès se répétaient deux fois par jour ; des ascarides lonbricoïdes et des oxyures avaient été évacués sous l'influence du semen-contra, et il avait été dès lors permis de rattacher les convulsions à ces parasites. Le retour des attaques engagea II. Lukowski a administrer \ oléandrine . U prépara une solution de 1 centigramme de ce principe dans 400 gouttes d'alcool, et débuta par une goutte ; ce jour-là l'accès manqua; le lendemain 4 gouttes furent données en deux doses ; on continua ainsi pendant quelques jours, puis les accès cédant, on revint à une goutte tous les jours, puis à une goutte par semaine. Les accidents furent complètement enrayés. L'auteur en conclut que Voléandrbie est un vermicide puissant, mais celte opinion est peu justifiable, puisqu'il n'est pas indiqué que l'enfant ait expulse de vei's à partir du moment où elle prit de l'oléandrine. M. Lukowski avertit lui-même d'aller avec une extrême prudence dans le dosage d'une substance qui est aussi active, si ce n'est plus active que la strycîiniae. {Gaz. des hôpit., septembre 1865, etBuUet. de thérap., t. LXV, 1865, p. 425.)
On voit en résumé qu'il est légitime de prévoir dans le laurier-rose un médicament indigène d'une extrême activité, et dont l'utilité peut être soupçonnée dès à présent ; seulement il faut qu'il soit étudié à nouveau, principalement au point de vue physiologique et thérapeutique. Faire pressentir l'importance future de ce médicament, indiquer les travaux accomphs ou en voie d'exécution qui s'y
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rappoiteut, et signaler les lacunes nombreuses qui existent encore dans son histoire, c'était là tout ce que nous pouvions faire dans l'état actuel de nos connaissances sur le laurier-rose. Fonssagrives.
LAUBIIVE. Substance neutre contenu dans les baies de laurier, se présente sous forme de prismes incolores. Elle est insipide, insoluble dans l'eau, très-solublc au contraire dans l'alcool et l'éther.
I.AUR1]%É£S ou a^AURACÉES. Famille de plantes dicotylédones, placée par A. L. de Jussieu dans l'Apétalie-nionogynie, et qui est caractérisée principalement par trois traits d'organisation de la plus grande valeur. Leur réceptacle floral est concave, ce qui rend leur insertion périgynique. Leur gynécée est formé d'un seul carpelle, dont l'ovaire uniloculairc contient un ovule anatrope, suspendu, avec le micropyle supère, interposé au placenta et au point d'attache ou hile. Leurs étamines sont à panneaux, ou valvicides ; c'est-à-dire qu'à droite et à gauche de la ligue médiane de leur anthère, qui se continue directement avec le sommet du fdet et n'en est qu'une dilatation, on voit se dessiner de chaque côté une ou deux petites logettes contenant le pollen, et que la paroi de ceslogettes se détache défmitivenient dans presque tout son pourtour, sauf en un point supérieur, suivant lequel le petit panneau se relève lors de l'émission du pollen . Ce dernier caractère n'est pas constant, il est vrai , si l'on range parmi les Laurinées quelques types exceptionnels, comme ceux des Ilhgérées et Gyrocarpées; mais il est très-général et trèscommode dans la pratique pour reconnaître une Laurinée. Les fleurs sont petites, hermaphrodites ou uiiisexuées, ordinairement très-nombreuses et disposées en grappes simples ou ramiliées de cymes ou de glomérules. Elles sont construites sur le type 3 ou 2, et ont un double périanthe. Les étamines sont en nombre double, triple ou quadruple de celui des sépales ; leurs anthères sont introrses ou extrorses, et ce caractère peut varier dans la même fleur. Elles sont souvent garnies à leur base de deux glandes latérales, sessiles ou stipitées. Le 'fruit des Laurinées est ordinairement une baie monosperme, plus rarement une drupe ou un achaine. Le calice et le réceptacle accrescents accompagnent la base du fruit, ou lui forment une enveloppe plus ou moins complète. La graine est dépourvue d'albumen. Les Laurinées forment une famille très-nombreuse et très-naturelle. Presque toujours ce sont des arbres ou des arbustes. Les Cassytha seuls sont de petites herbes aphylles et parasites, à la façon de nos Cuscutes. Les Laurinées arbor-scentes ont des feuilles alternes ou opposées, sans stipules. Un grand nombre d'entre elles sont des plantes des pays chauds, essentiellement aromatiques, ce qu'elles doivent à la présence de réservoirs d'huile volatile, dans la plupart de leurs organes, principalement les feuilles, les fruits et l'écorce. Le péricarde de plusieurs espèces renferme une huile abondante. Plusieurs autres plantes de cette famille produisent du camphre, comme le Camphrier proprement dit. Toutes les Laurinées sont excitantes, chaudes, parfois acres, piquantes, irritantes. Ces propriétés seront étudiées à propos des principaux genres employés en médecine, c'est-à-dire les Benzoin, les Camphora, les Clnnamomum, V Avocatier, \ePichuriin, le CiiUlawan, le Sassafras et les Lauriers proprement dits. ^I. Bn.
.Iirss ,Gen., 80. — Ventexat, Taùl. du Rècjii. vcg., H, 245. — DC, Tluior. élém., éd. 2, 2i7. — LixDL., Vfg. Kingd.. 555. — Endl., Gen., 515. — Ricii. (A.), Elém., éd. 4, I, 28ti- 500; Dict. de mcd. (en 50 vol.), XVII, 599. — Meiïsn., m DG, Prodr., XV, scct. 1, 1.
LAURUS. Voy. LuTvlER.
LAUTII (les). 45
lAUTARET (Eau MissÉUALE de). Dans le département des Hautes-Alpes, dans l'arrondissement de Briançon, à 120 mètres de l'iiospicc de la Madeleine, à 1,900 mètres au-dessus de la vallée, émerge d'un rocher de granit la source Sulfureuse de Lautaret, dont le griffon est, la plus grande partie de l'année, recouvert parles neiges qui fondent rarement dans cette partie des x\lpes. L'analyse chimique exacte de l'eau de cette source n'est pas complète ; on sait seulement par un travail sommaire de M. le docteur Niepce, que 1 ,000 grammes renferment une petite quantité de carbonates, quelques sulfates, 0,00084 de saz acide sulflivdrique, et qu'elle a une température de 54° centigrade.
lAUTERBERG (ÉTABLISSEMENT HYDROTHERAriQUE). Daus le Hanovrc, sur la Lauter, est une ville de 5,500 habitants, dans laquelle on a créé, en 1839, un Institut liydrothérapique. L'air pur et salubre, les eaux vives et fraîches, les promenades variées qui entourent la ville, le site ravissant où l'on a placé l'établissement dominé par le Hansberg, expliquent aisément la grande affluence des baicncurs qui viennent chercher la santé à Lauterbergen y suivant un traitement par l'eau froide. A. R.
LAUTH (Les), le père et les deux fils.
Lauth (Thomas), une des gloires de la Faculté de Strasbourg. Il naquit dans cette ville, le '29 août 1759, et, après d'excellentes études, dirigées siu'tout vers les sciences exactes, Lauth s'adonna à la médecine et prit le bonnet de docteur en septembre 1781. Désireux de compléter ses connaissances, il entreprit divers voyages. Desault attirait alors à Paris, par son enseignement, la jeunesse de tous les pays, Lauth vint étudier sous lui l'anatomie et la physiologie ; de là il passa en Angleterre ou Iluuter brillait de tout son éclat, puis en Allemagne dont il visita les principales universités, et rentra à Strasbourg à la fin de 1782. Peu après son retour, il fut nommé adjoint de Rœderer et Ostertag, professeurs d'accouchement ; puis, après la mort de Lobstein le père (1784), il obtint là place de démonstrateur d'anatomie, et enfin, l'année suivante, celle de professeur ordinaire d'anatomie et de chirurgie. Lors de la réorganisation des B'acultés, Lauth, qui avait noblement refusé une chaire à l'université de Tùbingen, fut naturellement compris dans le nouveau personnel enseignant ; il était alors, en même temps, médecin en chef du grand hôpital de Strasbourg. La grande réputation qu'il s'était acquise, et par son enseignement et par ses travaux, le fit inscrire au nombre des associés résidants lors de la création de l'Académie de médecine. Sa santé s'étant trouvée fortement ébranlée en 1826, Lauth, pour se rétablir, avait fait un voyage en Allemagne, au retour duquel il mourut presque subitement.
Le plus beau titre de Lautl) à la reconnaissance de la postérité est, sans contredit, sou Histoire de Vanatomie, ouvrage conçu dans un excellent esprit, rempli d'une solide et saine érudition, et qui malheureusement est resté inachevé. Le premier volume, le seul qui ait paru, comprend l'examen de tous les travaux, de toutes les découvertes dont cette science s'est enrichie depuis l'antiquité jusqu'à Harvey. 11 est bien à regretter que la suite, qui, dit-on, est restée manuscrite, n'ait pas été publiée par les soins de son fils, le professeur Alex. Lauth, u' qu'on ait ainsi laissé incomplet un des plus beaux monuments de l'érudition moderne.
4G LAUVERGNE.
Laulh a iaissé les ouvrages suivants :
I. Dlss. de anahjsi uriiiœ et acido phosplioreo. Arg-ent., 1781, in-S". — îï. Diss. bolanica de acere. Ibid. , 1 7 SI , iu-S". — III. Scriptorum laUnorum de ancvnjsmatibus coUectio (Lancisiys, Guatani, Mattaiii, Verbrugg-e, etc ). Ibid., i78.j, in-i", fig. — IV. Nosologia chirurgica, accedit notitia auctorum recentiorum Platero. Ibid., 1788, in-S". — V. Vom Witterungszustand, dem ScharJachfieber und dem bôsen Hais. Ibid., 1800, iti-8°. — VI. Vita Johannis Hermann. Ibid., 1802, in-8°. — VU. Histoire de l'anatomie. Ibid., 1815, t. I (seul paru),
î/aiiila (Gustave), fils aîné du précédent, naquit à Strasbourg, le 9 mars 1795, et mourut dans celte ville à peine âgé de vingt-quatre ans ; il était professeur d'anatomie et de chirurgie, adjoint à l'hôpital civil de cette ville. On lui doit les ouvrages suivants, qui annonçaient un homme instruit et laborieux ;
I. Précis d'un voyage botanique fait en Suisse. Strasbourg, 1812, in-S°. — II, Spicilegiwndevsna cava superiore. Thèse de Strasbourg, 1815, in-4°.
EasïtHî (Ernest-Alexandre), autre fds de Thomas Lauth et frère du précédent, naquit à Strasbourg, le 14 mars 1803. Après de solides études littéraires, dirigé par les conseils et l'exemple de son illustre père, il commença ses études médicales, s' adonnant de préférence à l'anatomie et à la physiologie, sous le professeur Ehrmann, auquel il dédia sa thèse. Après avoir, à l'exemple de son père, voyagé pendant quelque temps, en France, en Angleterre et en Allemagne, il revint à Strasbourg, et, riche de la succession paternelle, il laissa de côté la pratique médicale pour se li rer sans réserve à ses sciences de prédilection, l'anatomie et la physiologie. Successivement professeur et agrégé à la Faculté de médecine de sa ville natale, il conquit après deux concours la place de professeur de physiologie (1836). Mais à peine avait-il commencé son enseignement, qu'une aphonie, symptôme d'une phthisie tuberculeuse, vint l'esilevcr à la chaire qu'il avait si victorieusement conquise, et il ne tarda pas à succomber aux progrès incessants de cette affreuse maladie, en 1837.
Parmi les travaux qui assurent à Alex. Lauth un rang distingué parmi les anatomlstes de ce siècle, nous citerons d'abord sa dissertation inaugurale sur le système lymphatique; sou beau travail sur l'anatomie du testicule, qui fut jugé digne de la médaille d'or pour le prix de physiologie expérimentale à l'Institut ; des recherches sur le larynx, qu'il regarde comme un instrument à anche; et enfin un excellent manuel d'anatomie.
Voici l'indication de ses principales publications :
ï. Essai sur les vaisseaux lymphatiques. Thèse de Strasbourg, 1824, in-4.». —ll.Mém. mr les vaisseaux lymphatiques des oiseaux. In Ann. des se. naturelles, t. III. Paris, 1824 pi. 5. — ÎII. Description des matrices biloculaires et bicornes conservées, etc. In Répert. d'anat., etc.. de Breschet, t. V, p. 178, pi. .5. Paris, 1828.— lY. Manuel de Vanatomiste Strasbourg. 1829, in-S»; 2" édit., ibid., 1S35, pi. 7. — V. Mém. sur divers poùits d'anatomie. In Èicm. de la Soc. d'histoire naturelle de Strasbourg, t. I, 1830, pi. 7. \'I pe
cherches d'anatomie. In Vorrentrapp Observationes anatomicce de parte cephalica nervi sijmpathici. Franco!, a. M., 1831. — YII. Mém. sur le testicule humain (mém. cour. l'Institut). In Mém. de la Soc. d'histoire naturelle de Strasbourg, t. I, part. 2; 1852 pi 5
— VIII. Anomalies dans la distribution des artères de l'homme. Ibid. , 1852 pi. 1 ' l\
Variétés dans la distribution des muscles chez l'homme. Ibid., 1853. X. Du mécanisme
par lequel les matières alimentaires parcourent leur trajet de la bouche à l'anus. Thèse de Strasbourg, 1835, in~4°. — XI. Remarques sur la structure du larynx et de la trachée artère. Strasbourg, 1 835, pi. —XII. Exposition et appréciation des sources des connaissances physiologiques. Thèse de conc. (ch. de physiol.). Strasbourg, 1856, in-4». Plus un certain nombre d'articles dans divers recueils. E. Ben
L.tWVERGRJE (i!ui)EnT\ médecin très-distingué de la marine, et auteur d'é-
LAVAL (eau MlNÉfiALE De). ^^
crits estimés, naquit le 20 janvier 1796, à Toulon. 11 entra au service en 1819, en qualité d'officier de santé de troisième classe, fit plusieurs campagnes dans le Levant et l'Amérique du Sud, et franchit successivement les autres grades. Reçu docteur en 1829, il assista, en qualité de chirurgien-major du Colosse, à la pris^ d'Alger en 1830. Bientôt après, poussé par son mérite, il quitta le service actif et fut nommé professeur de matière médicale à Toulon (1852), après avoir successivement rempli des fonctions élevées à Cherbourg et à Brest, il revint à Toulou, comme directeur du service de santé en 1858, et c'est là qu'il mourut le 22 décembre 1859.
Parmi les nombreux écrits publiés par Lauvergne, il en est un qui mérite une mention spéciale, c'est celui c{ui est relatif aux forçats, dont il a donné une histoire très-curieuse, et que ne pourront se dispenser de consulter tous ceux qui s'occuperont de cette intéressante question.
Voici la liste des principales publications de Lauvergne :
f. Souvenirs de la Grèce pendant la campagne de 1825, ou Mém. historique, etc. Paris, 1826, in-i", et 1827. — II. Géographie botanique du port de Toulon et des îles d'Hijcrcs. Th. de Montp. 18^9, n° 60. — III. Histoire de l'expédition d'Afrique en 1830. ou Mém. historiques, etc. Toulon, 1851, in 8°. — IV. Le choléra-morbus en Provence, suivi de la biographie du docteur Fleurij. Toulon, 1836, in-8°. — V. Histoire de la Révolution dans le département du Var , depuis 1789 jusqu'en 1794. Ibid., 1858-39, in-S". — VI. IjC s forçats considérés sous le raj^port physiologique , moral, intellectuel, observés, etc. Paris, 1841, in-8°, trad. ail. — VII. De l'agonie et de la mort dans toutes les classes de la société sous le rapport, etc. Ibid., 2 vol. in-8°. — YIII. Divers mém. sur les fond, du cerveau; les causes et les symptômes de la tuberculisation, etc. Toulon, 1846, in-8°. E. Bgd.
L.^fJ'î'EISJ.^'f' (Théodop.e-Etienne), accoucheur, qui se fit un nom dans la seconde moitié du siècle dernier. Il est surtout connu aujourd'hui pour la part qu'il prit à la grande querelle relative à la symphyséotoraie et à l'opération césarienne. L'analyse raisonnée qu'il donna d'une opération de ce genre, qui avait été publiée par Sigault, l'inventeur et l'ardent propagateur de la section du pubis, contribua beaucoup à faire revenir les médecins de l'enthousiasme qu'avait inspiré le premier succès obtenu par cette opération. Lauverjat, qui avait été reçu maître en chirurgie en 1774, mourut à Paris en 1800.
Voici l'indication de ses publications ; elles témoignent des préoccupations de l'auteur.
I. An utilia in graviditate, partuetpost partum balnea? Th. du coll. de chir. Paris, 1774. in-4°. — II. Examen d'une brochure qui a pour titre : Procès-verbaux et réflexions à l'oc^ casion de la section de la symphyse, etc. Amsterdam, 1779, in-8°. — III. Nouvelle méthode de pratiquer l'opération césarienne, et parallèle de cette opération et de la section des os pubis. Paris, 1788, in-8°. E. Bgd.
LSlVat, (Ekv mmBAi^ m) i protothermale, sulfatée magnésienne et sodiqtie moyenne, carbonique et sulfureuse faible. Dans le département de l'Isère, dans l'arrondissement de Grenoble, au nord-est du village, jaillit, par plusieurs griffons, la source de Laval dont l'eau traverse des couches d'anthracite et de houille^
Le débit de ces filets réunis est de 800,000 litres en vingt-quatre heures. Cette eau est claire et limpide, son odeur est manifestement sulfureuse, son goût est amer ; elle est traversée pai' quelques bulles gazeuses d'un assez gros volume ; sa température est de 21", 7 centigrade. Sa densité n'est pas connue ; M. le doc^ leur Niepce a trouvé que 1 ,000 grammes de cette eau contiennent les principes suivants :
A9 LAVANDE (botanique).
Sulfate do magnésie J,127 i
— soude 1,048
Carbonate de chaux 0,028
— manganèse 0,009
Clilorure de sodium 0,3S1
— calcium 0,030
— magnésium 0,007
Silice 0,015
Iode, matière organique et glaii ine traces.
Total des MATiiinEs fixes 2,615
( Acide carbonique 0,02270 litre.
Gaz. < — sulfliydriquo 0,0&8ôl —
' Azote traces.
Total des gaz 0,05101 litre.
Les eaux de la source de Laval sont exclusivement employées en boisson et en lotions par quelques personnes des environs qui ne peuvent se rendre aux autres sources de l'arrondissement de Grenoble, si fertile en eaux minérales et particulièrement en eaux chlorurées et sulfureuses. L'eau de Laval est purgative, même à la dose de trois ou de quatre verres, pris le matin à jeun et à un intervalle d'un quart d'heure. Cette propriété vient-elle des sulfates de magnésie et de soude qu'elle tient en dissolution ou de la ditficulté qu'ont les buveurs à la digérer? Cela est incertain, mais ce qui paraît très-probable, c'est que sa sulfuration provient de la réduction des sulfates en présence des matières végétales que cette eau rencontre avant d'arriver à la surface du sol. Quoi qu'il en soit, les affections du tube digestif, dont les symptômes principaux sont une dyspepsie ou une atonie de l'intestin avec constipation, sont celles qui se trouvent le mieux de l'usage interne de l'eau de Laval. Cette eau, en boisson et en lotions, donne aussi d'assez bons résultats dans quelques maladies de la peau, et en particulier dans les dartres sécrétantes, pour que plusieurs personnes viennent cbaque année tenter une cure auprès de la source sulfureuse accidentelle de Laval, du département de l'Isère.
La durée de la cure est aussi illimitée que l'emploi de cette eau est peu méthodique.
On n'exporte pas l'eau de Laval. A, R.
LiiVAlVDE {Lavandidal .) . § I. Botanique. Genre de plantes de la famille des Labiées, tribu des Ocymoïdées, auquel se rapportent les Stœchas de Tournefort et les ' Fabricia d'Adanson. Leurs fleurs ont les caractères généraux de celles des Labiées, avec les particularités suivantes. Le calice est tubuleux, d'une seule pièce à la base. Ea haut, il est partagé en trois portions. Les deux antérieures sont trèsprofondément séparées des autres, et représentent deux sépales. Les trois postérieures, ou sont unies en une seule pièce à peu près entière, ou ne sont séparées les unes des autres que par deux échancrures peu profondes, le sépale postérieur demeurant, dans ce dernier cas, isolé par son sommet qui est coupé presque droit ou qui est surmonté d'une sorte d'appendice ou de cuillerou plus ou moins saillant. La corolle est bilabiée, avec une lèvre supérieure plus développée que l'inférieure, qu'elle enveloppe, dans la prédoraison, de ses doux lobes arrondis. 11 y a quatre étamiues didynames, les supérieures étant de beaucoup les plus, courtes. Les anthères sont réniformes, à deux loges qui deviennent confluentes après s'être ouvertes suivant leur longueur. Le gynécée est formé de quatre demi-loges ovariennes, entourées d'un disque qui lorme en dehors de chaque demi-loge un lobe saillant et arqué. Le style gynobasique se dilate à son som-
LAVANDE (eoTANiQUB). iO
met en une tête stigmatifère à deux lobes aplatis et obtus. Le fruit est un tétrachaine entouré du calice persistant. Les Lavandes sont des herbes méditerranéennes, à tige vivace, souvent ligneuse à la base. Leurs feuilles sont opposées, étroites, entières, ou plus ou moins découpées. Leurs inflorescences sont supportées par un axe long et grêle, dressé, nu . Vers son sommet, il porte un certain nombre de bractées disposées en séries verticales, à l'aisselle desquelles sont les fleurs ferliles. Parfois ces bractées deviennent stériles vers le sommet de l'inflorescence totale. Elles prennent alors un grand développement, et surmontent les fleurs d'une sorte de couronne verdàtre ou colorée. Plusieurs espèces de Lavandes sont médicinales.
a. Sect. Spica. Lavandes à bractées florales pluriflores, les supérieures fertiles, peu développées, plus courtes que les fleurs qui occupent leur aisselle.
' I. Lavande vraie , femelle , ou officinale [Lavandula vera DC, FI. Fr., suppl., V, 598. — L. viilgaris Lamk, FI. Fr., II, 405. — L. officinalis Chaix, in Vill. Dauph., II, 355, 363). Cetle plante, que Linné ne considérait que comme une variété, à feuilles florales ovales-losangiques, du L. Spica, est encore appelée Lavande mâle, Garde-Robe, et Nard d'Italie ou Nard faux. C'est une plante à tige suffrutescente, haute d'un tiers ou d'un demi-mètre, dont la tige est à sa base assez épaisse, brunâtre, et se divise bientôt en branches nombreuses, grêles, allongées, couvertes d'un fin duvet blanchâtre, cotonneux, quadrangulaires, chargées d'un grand nombre de feudles opposées et rapprochées. Puis ces axes deviennent nus dans une grande étendue, et ce n'est qu'au voisinage de leur sommet qu'ils portent un assez grand nombre de fleurs réunies en une sorte de faux épi terminal. Les feudles sont sessiles, étroites, linéaires, lancéolées, chargées d'un duvet blanchâtre, d'autant plus abondant qu'elles sont plus jeunes. Les fleurs sont situées dans l'aisselle de bractées ou feuifles florales, supei'posées en séries rectihgnes.Ges feuilles florales seules caractérisent, par leur forme dont nous avons parlé tout à l'heure, cette espèce qui n'a pas grande valeur. L'aisselle de chaque bractée est occupée par un petit glomérule de fleurs, à corolle bleuâtre, violacée. Le calice est tubuleux, strié longitudinalement, velu. Son bord est surmonté en dedans d'un petit appendice arrondi, rétréci à sa base, s'élevant entre l'axe et le dos de la corolle, dont le tube est droit, plus long que le calice. La corolle est pubescente en dehors. Son lobe postérieur est dressé, obcordé, avec une petite échancrure au sommet et des lobes arrondis. Son lobe antérieur est ti^ilohé et descend presque verticalement. Le style est à peu près de la longueur du calice. Il se dilate subitement à son sommet, en deux lames qui ressemblent à de petits cuillerons obtus, plus larges que hauts, se regardant par leur concavité. Le fruit est entouré du calice persistant ; il est formé de petits achaines hsses, oblongs,de couleur brune.
Le L. vera est originaire de la région méditerranéenne ; il croit spontanémeiiî, en France, aux environs de Toulon, Marseille, Montpellier, Narbonne, dans les Pyrénées-Orientales et en Corse, en Suisse, en Italie et en Espagne ; il est fréquemment cultivé dans les jardins, pour les usages médical et industriel.
II. L. Spica ou mâle (L. Spica DC ,Fl.Fr., II, 403. — L. latifoliayiii., Dauph., II, 565). Cette plaute appartenait, pour Linné, à la môme espèce que la précédente, et il ne considérait le L. vera de De Caiulolle que comme une variété du L. Spica. Cetle opinion est probablement la seule vraie, car on trouve des intermédiaires entre les L. vera et Spica, quant à la forme et à la taille des feuilles florales. Qu'on considère donc le L. Spica comme une espèce distincte, ou comme une variété, on reconnaîtra toujours le Spica à ce que ses feuilles florales sont
DICT. ENC. 2* s. II. 4
50 LAVANDE (pharmacologie).
pins étroites, linéaires, lancéolées ou subniées, et fort atténuées au sommet. Le vulgaire en fait souvent, de lui-même, un type tout spécial, qu'on désigne dans nos provinces du Midi sous les noms de Badase, Espic ou Aspic, Espidot ou Spicanard covimun. C'est une plante de taille plus humble que leL. vera, à feuillage plus blanchâtre, à fe\iilles plus rapprochées les unes des autres vers la base des rameaux, à inflorescences plus courtes et plus serrées. Elle est, comme la précédente, très-aromatique dans toutes ses parties, et ses propriétés sont les mêmes ; elle croît dans les mêmes régions à peu près de la France, et à Gap, à Lyon et dans la Lozère. On la trouve aussi en Espagne, aux Baléares, à Naples, en Sicile, en Gî'èce, en Algérie et en Tunisie.
b. Sect. Stœchas. Lavandes à inflorescence surmontée d'une couronne de bractées stériles développées, souvent colorées.
III. L. Stœchas ou Stœchas arabique [L. Stœchas L., Spec, 800. — StŒ' chas officinarum Miih., Dict., n. 1. — S. purpureal., Instit., 201, t. 95). Cette espèce, suffrutescente, haute d'un demi-mètre à un mètre, très-ramifiée, dressée, a des rameaux adultes à peu près cylindriques, et de jeunes rameaux blanchâtres* tomenteux, à feuillage très-touffu» Les feuilles sont sessiles, oblongues-linéaires, très-entières, veinées en dessous, à bords réfléchis on révolutés, tomenteuses, blanchâtres. Leur inflorescence est portée par un axe peu allongé; elle simule un épi long d'un pouce à un pouce et demi ; les feuilles florales sont étroitement imbriquées, losangiques-cordiformes, acuminées, opposées ou disposées par fauxverticilles de quatre. Chacune d'elles a dans son aisselle un petit glomérule 3-5-flore; elle est tomenteuse, blanchâtre. Mais vers la partie supérieure de l'inflorescence, ces bractées deviennent stériles, et elles s'allongent beaucoup, de manière à former une sorte de couronne ou de panache, et à représenter des lames dilatées, oblongues, cunéiformes à la base, d'une couleur plus ou moins violacée ou pourprée. Les fleurs ont une corolle à tube assez court, d'un beau pourpre noirâtre, Le calice est ovoïde, tubuleux, tomenteux, à quatre dents antérieures presque égales, la supérieure étant surmontée d'un appendice obcordé. Les achaines sont ovales-triangulaires. Cette plante croît en France, dans la région méditerranéenne, et en Corse, en Espagne, en Portugal, en Italie, en Sicile et en Grèce, àConstantinople, en Algérie et en Tunisie, aux îles Canaries, àTénériffe.
On emploie, dit-on, encore le L. viridis Put. {Hort. kew., If, 288), qui est un Stœchas à bractées stériles verdàtres, et le L. pedunculata Cav. {Prœlect., '/Oj, qui est un Stœchas à longs pédoncules et à tube de la corolle égal au calice La Lavande femelle de Paris est le L. latifolia Desf. {Cat. h. par., éd. 5, 98), espèce douteuse, à larges feuilles ovales très-entières. H. Bn.
L., Gen., n. 711. — Adans., Fani. des pi., II, 188 [Fabricia). — Ginoins de Lassahaz, Hist. nat. des Lavandes. Genève, 1826. — Endl., Gen., n. 5585. — Mer. et Del., Dict., IV, 71 . — Ducii., Râyei-t., 81. — Guib., Drog. simpl., éd. 4, II, 422. — Ricii. (A.), in Dict. de iHL'd. [en 50 vol.), XYII, 600; Elém. éd. 4, II, 486. — Benth., Labiatarum gen. et spec, 1852-1856, 146; ethiDC. Prodr., XII, 145. — Rév., in Bot. méd. du dix-neuvième siècle, II, 220. — Peueira, Élem. Mnt. med., éd. 5, II, p. 1, 507. — Lindl., FI. med., 485. — BloQ., Bot. méd., 379. — Rosenth., Syn. plant, diaphor., 597, 1127. — Gren. et Godr., FI. de France, II, 646.
§ II. Pharmacologie. Trois espèces du genre Lavandula intéressent la ma* tière médicale :
1" La lavande officinale (Cc(dex)j Lavandula vera; lorsque l'on emploie le seul mot de lavande, c'est cette espèce que l'on sous-entend.