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le centre des espérances, des joies et des regrets de la raniille. Les poètes l'ont entouré d'un charme singulier et l'ont clianté sur tous les tons ; les Anciens partageaient entre lui et le lit uii|itial lectus genialis cette sorte de piété respectueuse avec laquelle ils envisageaient tout ce qui touchait à la fécondité humaine. Ces aspects de la question m'attirent, mais l'utilité technique m'en éloigne, et je reviens, sans tarder davantage, au terre à terre de mon sujet.
Les Grecs donnaient des noms divers aux berceaux de leurs enfants ; tantôt ils les appelaient o-xâyvî, à raison de la ressemblance de leur forme avec celle d'un navire; tantôt Xizvov, parce qu'ils se servaient d'un van{vannus) ou crible, dans la persuasion que ce berceau improvisé était pour l'enfant un gage assuré de richesse. C'est aussi un ordre d'idées analogues qui, à Sparte, faisait du bouclier inoccujc du père un berceau pour l'enfant, contraste gracieux en même temps qu'espérance virile. Je dois dire incidemment que le cbjpeus servait d'une façon plus ordinaire au\ ablutions du nouveau-né ; la vingt-quatrième idylle de Théocrite ne laisse aucun doute sur ce point. Le bouclier jouait l'office du nurse-batk des babys anglais. Admirable simplification de la vie adaptant le même objet à des fins très-diverses! Chez les Romains, les mots ciinœ, cunabula, cribrumexprimaient le même objet.
La Ibrme de ces berceaux était indiquée par leurs noms mêmes. Elle variait beaucoup et l'on en retrouverait encore aisément tous les types, si on les recherchait dans les ditférentes provinces, notamment à la campagne. Le berceau figuré parxintony liich d'après Laaibecius (D/cL desantiq. romaines et grecques. Paris, 1861, p. 214) et celui dont le dessin a été emprunté par Jean Alstorplie {Dissertatio physiologica de Lectis, subjicitur ejusdemde Lecticis veterum diatribe, Amstelodami, 1704, p. 85), est conslitué par un tarré de bois servant de support monté sur deux Y en bois réunis par des tringles, forme qui rappelle celle des chaises à bascules (rocking-chairs) des Américains et qui indique la destination de ces berceaux à servir au berçage. Cette forme se retrouve dans quelques pays. En Bretagne, on se sert encore, chez les paysans, d'une sorte de tronc de pyramide quadrangulaire renversé dans lequel l'enfant est lacé par des lisières et qui, monté sur deux arcs en bois, est destiné à recevoir des mouvements d'oscillation latérale. Ces berceaux légers étaient susceptibles d'être portes d'un endroit à l'autre. Bartholin {de Puerp. Vet., p. 150) en a figuré un et l'a encadré dans une scène de famille. Au reste, depuis le panier d'osier du . paysan jusqu'à ces berceaux somptueux pour la confection desquels l'art épuise toutes ses délicatesses, et le luxe toutes ses recherches, il y a une variété en quelque sorte infinie de berceaux en présence desquels l'hygiène ne se sent pas complètement désintéressée.
Les berceaux pleins sont détestables ; ils emprisonnent dans un espace étroit les miasmes des déjections, et pour peu que les enfants y soient plongés un peu profondément, ainsi que la sécurité l'exige, ils y vivent dans une atmosphère contaminée, alors même qu'on les entoure de la propreté lapins vigilante. Le treillis d'osier ou les tringles plus ou moins ornées, conviennent mieux; une garniture d'étoffe susceptible d'être changée concilie le double intérêt du renouvellement de l'air et de la conservation de la chaleur.
La literie du berceau doit être aussi simple que possible : une paillasse en balle d'avoine et des coussins de même nature en font tous les frais. La simplicité de ces accessoires en rend le renouvellement facile et la propreté y trouve son profit. Quant aux draps et aux couvertures, il faut songer, dans leur disposition.
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à garnnlir le double intérêt d'une légèreté très-grande et d'un défaut de conductibilité calorifique qui permette au nouveau-né de conserver sa chaleur propre. La question des rideaux se présentera plus loin à propos de l'hygiène hospitalière, mais ici elle peut être tranchée aisément ; il y a tout avantage à en environner les berceaux ; l'enfant est garanti par eux contre le froid, contre la lumière qui aura pendant quelque temps sur sa vue une influence agressive, et contre le bruit; mais ces rideaux doivent être légers, disposés de façon à retomber sur la tringle qui les supporte et à disparaître ainsi à un moment donné ; quant à cette habitude chère aux jeunes mères, qui consiste à abriter le berceau du nouveau-né sous l'un de leurs rideaux, le sentiment la protège, mais l'hygiène l'incrimine : l'enfaut a besoin d'un autre air que celui qui est souillé par les émanations de l'état puerpéral.
Si nous ajoutons que le berceau ne saurait, sans inconvénient, être presque au ras du sol comme cela se pratique sou\ent, et qu'il fnut sous peine de faire subir à l'enfant des courants d'air froid ou une humidité malsaine, l'élever par un support à une hauteur de i mètre environ, qu'il convient de le placer, par rapport aux fenêtres ou à une lumière artificielle fixe, de telle façon que l'enfant, n'ayant pas le jour en face, ne prenne pas des habitudes de strabisme, nous aurons épuisé ce que nous avons à dire sur ce [loint d'hygiène domestique.
J'ai eu souvent la pensée qu'il serait utile de mélanger à la balle d'avoine qui constitue la paillasse des berceaux un cinquième ou un sixième d'un mélange de poudre de tan et de charbon, de façon à absorber les gaz des déjections, ou à désodorer les liquides et à maintenir ainsi la garniture du berceau dans un état de propreté irréprochable. Ce moyen serait certainement plus sérieux que celui très en honneur dans certains pays, qui consiste à faire coucher les jeunes enfants débiles ou lymphatiques sur des sommiers d'herbes sèches, odorantes ou sur du fucus, dans l'espoir de les fortifier ou de les soumettre ainsi à des vapeurs iodiques.
Quand les nouveau-nés sont dans un état de débilité extrême, et surtout quand ils sont nés avant terme, il faut continuer pour eux l'incubalion utérine et leur donner artificiellement une chaleur que l'inertie de leur respiration ne leur permet pas de développer. Je ne connais pas de pratique plus pernicieuse, je le répète, que celle qui consiste à placer le berceau sur deux tabourets devant une cheminée contenant un feu vif. Le tirage qui appelle l'air des portes ou des fenêtres plonge le berceau dans des courants froids; les enfants sont grillés d'un côté et gelés de l'autre, et de là un enchaînement plus complet de la respiration et souvent une mort prompte. J'ai vu deux jumeaux, nés à sept mois et qui, bien constitués en apparence, ont succombé sous l'influence très-probable de cette pratique routinière. Le procédé de l'enveloppement dans la ouate vaut infiniment mieux, mais il ne dispense pas de l'élévation de la température de l'air ambiant. Il faut songer en effet à la distance énorme qui sépare les 38 degrés de l'incubation utérine, des 10 ou 12 degrés que les nouveau-nés trouvent, pendant certaines saisons, dans la chambre maternelle. Il ne faut certainement pas la franchir, les besoins de la vie séparée n'étant pas, malgré l'imperfection de la respiration, ceux de la vie fœtale; mais il faut cependant isoler l'enfant de la chambre de sa mère qui ne s'accommoderait pas d'une chaleur de 20 à 28 degrés et le maintenir jusqu'à ce qu'il respire bien à une température approchant de celle-là.
Le froid est délétère pour les nouveau-nés, tous les physiologistes l'ont senti et YnnAcs\Àus])vo^oiK\sd\ntveeux,Ed\\driU{Del' influence des agents pliysiques sur
la vie), a particulièrement, et avec raison, insisté sur ce point. La croisade hygiénique entreprise récemment pour faire rapporter l'article 55 du Code civil relatif à la présentation du nouveau-né à la mairie, était fondée précisément sur le sentiment du danger que l'influence de l'air froid fait courir aux enfants naissants. On a rapporté à cette cause la mortalité effrayante qui pèse sur les nouveau-nés en Russie. [Voy. Villermé et Milne-Edwards, De l'influence de la température sur la mortalité des enfants nouveau-nés. Ann. d'iiyg. 1''^ série, t. III, 1830, p. 229.) Cette influence délétère du froid peut s'expliquer par les maladies que l'abaissement de température fait surgir (la pneumonie par exemple) , mais elle s'accuse plus habituellement, comme chez l'adulte, par une asphyxie due à la rigidité contracturale des muscles respirateurs. Quoi qu'il en soit, le danger est grand dans certains cas et il faut s'ingénier à le conjurer. Denucé (de Bordeaux) a proposé, il y a quelques années, un berceau incubateur à l'aide duquel on peut, par la circulation d'un courant d'eau chaude dans un double-fond en zinc, maintenir une température déterminée et constante. Cet appareil ingénieux qui devrait être dans toutes les Maternités est destiné à sauver bien des enfants débiles ou nés avant terme.
La question du berçage est annexe de celle du berceau. Les étymologistes font dériver ce dernier mot du latin dégénéré berciolus, provenant lui-même de vertere, tourner. Si cette étymologie, que je ne garantis pas, bien qu'elle ait pour elle l'autoritéde Ménage, est exacte, l'habitude de bercer les enfants ne serait pas nouvelle.
Chez les Romains, bercer était une profession qui se recrutait dans les deux sexes. Martial cite dans une de ses épi grammes le nom d'un certain Charidème, auquel il applique l'épithète de « cunarum motor mearum », mais la mission de bercer était plus habituellement confiée à une esclave qui prenait le nom de cunaria. La 311'' inscription de Gruter concerne une certaine Rufine qui exerçait ces fonctions. Elles étaient placées sous l'invocation d'une déesse particulière, Dea CiUnina, comme nous l'apprend une autre inscription du même auteur, déesse qui présidait à tous les soins du berceau et avait de plus pour mission d'éloigner les maléfices.
Les berceuses ont aujourd'hui disparu et le cérémonial immobile des cours a seul conservé ce fort inutile rouage ; mais si les berceuses en titre ont été congédiées, les berceuses bénévoles peuplent le monde et soumettent, en ses débuts, le roi de la création à des oscillations au moins inutiles.
La pratique du berçage, comme moyen de provoquer le sommeil, a été l'objet de récriminations très-vives qui, comme de raison, l'ont aidée à prospérer. Et, en saine raison, on ne voit guère l'avantage de cette habitude. Non pas que je considère l'action de bercer, quand elle est modérée, comme susceptible d'altérer trèsgravement la santé et surtout, ainsi qu'on le croit dans le vulgaire, d'oblitérer l'intelligence; on a débité bien des exagérations sur ce point ; mais il est positif cependant que ces oscillations, quand elles atteignent un rhythme et une durée exagérés, ne sauraient être regardées comme entièrement inoffensives ; d'ailleurs c'est une habitude, et des plus impérieuses, et cela seul suffit pour la condamner. J'ai vu quelquefois à la campagne des enfants soumis, dans des berceaux construits à cet effet, à des balancements qui auraient fait éprouver à un adulte les angoisses du mal de mer. Est-ce inoffensif, j'en doute. Est-ce agréable? L'enfant seul le sait, et malheureusement il ne le dit pas. Son apaisement n'est pas une réponse. Est-il content, est-il dompté ? (Voy. JSnfref. fam. sur l'hygiène. 4« édit. Paris, 1869, p. 110.)
Brouzct a été un des rares défenseurs du berçage (Essai sur l'éducation médicinale des enfants, Paris, 1754, p. 120). 11 y a vu un de ces procédés de gyamastique taniiliers aux anciens et un moyen de faciliter la circulation des fluides. Ce secours est équivoque et il est difficile d'admettre qu'ils en aient besoin. 11 suffit d'avoir assisté aux scènes violentes d'un enfant qui ne s'endort que de cette façon pour comprendre que le berçage fait en réalité plus de mal que de bien. J.-J. Rousseau a dit un mot que je voudrais voir gravé en lettres d'or sur tous les berceaux : « La seule habitude quon doit laisser prendre à l'enfant est de nen contracter aucune. » {OEuvres complètes. Compactes Lefèvre, Paris, 1859, t. 111; Emile, liv. I, p. 43.) 11 est applicable au berçage. 11 faut donc s'en abstenir. Les violences des nourrices mercenaires qui engourdissent les enfants chétifs ou exigeants par un rhytbme d'escarpolette à toute volée, pratique qui, suivant l'opinion peu suspecte de Brouzet lui-même, peut produire chez certains enfants des ti'oubles digestifs, notamment des vomissements, ressemblent un peu à cettemachine tournante dans laquelle les Carthaginois faisaient périr des malheureux au milieu d'accidents cholériques, et à celle imaginée pour réduire les maniaques frénétiques. J'ai l'habitude de faire river la tige de fer qui maintient le corps du berceau à son support, pour éviter toute indocifité de la part des nourrices, et je n'ai jamais vu qu'il parût manquer quelque chose aux enfants qui sont jirivés de cet exercice. Ce n'est pas là évidemment un des besoins naturels et primordiaux de l'homme.
Un autre inconvénient est d'assoupir par un sommeil factice des cris dont l'expansion libre est un avertissement salutaire. « Peut-être que l'enfant crie de faim, dit à ce sujet Laurent Joubert, comment le voulez-vous endormir?... L'apaiser ou contenter d'une chanson, c'est une pure moquerie. Je voudrais bien sçavoir si la nourrice ayant bon appétit, en heu d'une soupe, elle serait contente et bien satisfaite d'ouïr une chanson ou de danser un bransle de Champagne. Quelle fadaise ! » (Laurent Joubert, Ei^xurs populaires au faict de la médecine et régime de santé, Paris, 1578.) Quant à ces incantations monotones dont les nourrices de nos jours, comme les cunariœ de Rome, accompagnent le berçage, je n'y vois d'autre inconvénient que celui d'une habitude despotique, mais c'est déjà beaucoup.
Je ne dirai rien des berceaux placés verticalement, sortes de hottes dans lesquelles en certains pays, au Canada par exemple, les femmes transportent les nouveau-nés, ou des berceaux suspendus, comme ceux usités en Finlande et que la moindre oscillation met en branle ; nous n'avons rien à envier à ces habitudes, non plus qu'à celles des Indiens. Les admirateurs de l'état de nature invoquent complaisamment en faveur de ces pratiques, et pour jouer un mauvais tour à l'hygiène, la vigueur d'enfants élevés de cette façon et l'heureuse conformation de leurs membres. J'attends les statistiques qu'ils ont recueiUies sur ce point.
II. Hygiène commune. « Comme on fait son Ut on est couché, et comme on est couché on dort, » a dit la sagesse des nations ; c'est une invitation à ne pas dédaigner cette partie de l'hygiène qui importe fort au maintien de la santé. En cette matière, les influences n'ont pas tant besoin d'être actives pour se faire sentir que d'être prolongées, et il règne là comme ailleurs beaucoup de routine, beaucoup d'incurie, beaucoup d'ignorance. La substitution de la recherche du luxe et du bien-être à celle de la salubrité fait le reste.
Il est toujours intéressant de remonter à l'origine des choses usuelles ; c'est un délassement de l'esprit, mais il n'est pas purement spéculatif : le présent n'est pas en effet la quintessence de ce que le passé avait de bon ; il lui a pris un peu
capricieusement des choses inutiles, lui a laissé des clioses qu'il eût dû lui prendre, et il est bien rare que la curiosité qui regarde en arrière reste complètement improductive.
Je ferai grâce au lecteur de ces couclies trop primitives dont les feuilles sèches ou les toisons d'animaux faisaient tous les frais. Ces habitudes se retrouvent encore parmi les peuples de l'Afrique et de l'Océanie, qui attendent que la civilisation les tire de leur torp3ur séculaire, les élève en dignité, et accroisse en même temps la sphère de leurs besoins.
Les lits des Égyptiens nous sont connus par des bas-reliefs, par des peintures et aussi par des descriptions. Ils paraissent n'avoir été fermés qu'à une des extrémités. Le kaffass ou sommier égyptien, formé par des pétioles de palmier entrelaces, en usage encore aujourd'hui, paraît remonter très-loin, puisque Porphyre en donne une description exacte.
Les lits des Assyriens et des Hébreux ressemblaient par leur forme à ceux des Egyptiens, mais le luxe présidait déjà à leur confection, et les bois, les métaux précieux, les fourrures y étaient prodigués chez les riches.
Cette recherche s'introduisit de bonne heure dans les mœurs des Grecs et des Romains, et chez ces derniers elle atteignit les dernières limites de l'extravagance. C'est ainsi queCarin, au dire de Vopiscus {Hist. Âug., Les quatre tyrans, 111), fil confectionner pour sa femme un lit, fabriqué avec deux dents d'éléphant longues de 10 pieds, et que Néron dépensa pour le même but 400,000 sesterces {environ 840,000 francs), faste qui, pour le dire en passant, a excité naguère l'émulation du sultan, dont le lit laisse derrière lui en magnificence ceux de Carinetde Néron.
Une première question, qui offre un intérêt archéologique réel, est celle-ci : les anciens connaissaient-ils les alcôves? On ne saurait en douter. On en a trouvé dans la villa Hadriani, à Pompéi. Au dire de Breton {Pompeïa, p. 282), on rencontre souvent dans les maisons de cette ville (celle de Castor et Pollux est dans cj cas) des demi-alcùves ou enfoncements ménagés dans le mur pour loger le dossier du lit, mais telle ne paraît pas avoir été cependant la disposition générale. L'alcôve (du mot espagnol, ou plutôt arabe, alcoha, chambre à coucher) a ai nombreux inconvénients, et il est à désirer que l'habitude s'en perde. Elle ciiconscril en effet une atmosphère dont l'air se renouvelle difficilement, où la lumière n'a guère accès et qui est un foyer d'humidité et de miasmes. Une porte, placée dans le fond peut seule atténuer ces inconvénients, mais encore persistent-J ils en grande partie. Les alcôves ou ruelle?, dans lesquelles les Mécènes du dixseptième siècle recevaient les beaux esprits avaient au mohis l'avantage de proportions spacieuses qui sont inconnues aux nôtres. Le lit ne saurait baigner dans un air trop pur et trop renouvelé.
L'exclamation de Piamazzini à propos des alcôves est celle d'un hygiéniste convaincu (( cjuem gravem odorem exhalent cellulœ liujus viodi noriint medici ciim pedes immittunt ad œgros mane invisendos ! « Oui certes, les deux vers si connus du Lutrin résument le lit le plus antihygiénique :
Dans le réduit obscur d'une alcôve enfoncée, S'élève un lit de plume à grands frais amassée.
[Le Lutrin, chant I.)
Les Romains classaient leurs lits, suivant leur destination, eu : lecti cnhiculares (ce sont les seuls dont nous ayons à nous occuper) ; lecti tricliniares (ce sont les lits de table) ; lecti funèbres, lecti pensiles (ou lits portatifs), etc.
Leurs lits étaient élevés ; on y montait par des escabeaux (scamna). Le Virgile du Vatican contient une figure du lit nuptial [lectus cjenialis) de Didon. On y montait par un scamnimi de huit marches, placé à l'extrémité du lit opposée au chevet. Us avaient la forme d'un de nos sofas avec dossier élevé {pluteiis), et un monlani (anaclinterium) servant de chevet. Quelquefois il y avait aussi un montant au pied, mais cette disposition était moins hahituelle. La composition des objets de couchage, ou stragula, très-simple dans le principe puisqu'ils se réduisaient à des nattes tressées ou à des cidcita ou matelas de paille et de feuilles,'' comme nous l'apprend Varroa, se compliqua bientôt de matelas de laine teints i. des plus riches couleurs, quelquefois même de pourpre, comme ceux dont se van- . tait le fastueux convive de Trimalcion {Salijricon XXXlll, p. 19); des lits on plumes d'oie d'Egypte, des fourrures luxueuses, des ampliitapœ ou étoffes velues des deux côtés qui servaient en même temps à amollir la couche et à défendre du froid, montraient que les Romains avaient fait du chemin dans la recherche du bien-être depuis Cincinnatus et Caton.
« Au moyeu âge, les lits, dit M. Chéruel, étaient d'une grandeur démesurée. Quand ils n'avaient que 6 pieds en carré, on les appelait couchettes; lorsqu'ils en avaient 12, on les nommait cowcAes. Us se plaçaient sur une estrade. Des familles entières y trouvaient place. Il ne faut pas en chercher seulement la raison dans l'économie. Les chevaliers, accoutumés à partager leur tente, leur lit et leur table avec leurs frères d'armes pendant leurs campagnes, ne se refusaieiit pas pendant l'hiver à les recevoir dans leurs châteaux avec la même confiance et la même simpUcité. L'amiral Bouivet couchait souvent dans le même lit que François p', qui l'appelait son frère d'armes. Coucher ensemble était la plus insigne n)arque d'amitié et de confiance que l'on pût se donner. Après la bataille de Dreux, en 1562, François de Guise partagea son lit avec son prisonnier, le prince de Coudé. Les lits devinrent, par les draperies qui les décoraient, un des principaux ameublements. Les pauvres gens les garnissaient de serge ou de toile ; les riclies, d'étoffes de soie, de damas et de velours. Il y avait, au dix-septième siècle, des litsà l'ange et à la duchesse, à la polonaise et à la turque. Les lits à balustrade étaient ime marque d'honneur réservée aux souverains, aux princesses et aux très-grandes dames. » (A. Cbéruel, Dictionnaire des institutions, mœurs et coutumes de la France, Paris, 1855, p. 670.)
De nos jours, les lits sont rentrés dans des proportions plus raisonnables, et ils ont d'ordinaire 2 mètres de longueur et de l^^oO à {"",85 de largeur. Leur hauteur est variable suivant la composition de la garniture, mais dans les modèles modernes elle tend à s'abaisser. La substitution du fer au bois dans la confection des lits a réalisé un immense progrès au point de vue de la propreté et de la salubrité. L'hygiène nosocomiale en a plus profité que l'hygiène domestique, mais celle-ci eu a recueilli néanmoins un profit réel; grâce au fer, l'air a circulé plus librement, et cette génération immonde de parasites, qui était le fléau des anciennes chambres à coucher, a trouvé là une entrave que la découverte des poudres insecticides est venue rendre plus complète. J'ignore l'histoire de cette substitution si importante au point de vue de l'hygiène, mais je suppose que le signal a dû en venir de l'Amérique ou de l'Angleterre, pays dans lequel le fer remplace le bois pour une foule d'usages domestiques.
La paillasse et le ht de plumes sont en train d'aller rejoindre les bois de lit, et l'hygiène ne leur donnera pas un regret. Sans doute une paillasse dont le contenu, fait de paille de froment ou de feuilles de maïs, est remué tous les jours et renou-
vêlé fréquemment, n'a d'autre inconvénient que de remplir la chambre de poussière, mais, dans des conditions opposées (et ce sont les plus communes), elle devient un réceptacle d'humidité, de mauvaises odeurs et de parasites ; de plus, la paille se tasse ; le plan de sustentation devient irrégulier et dur, et le sommeil est difficile dans ces conditions, même pour les gens les moins déhcats.
Le lit de plumes {x-o^onlovij.a.roc) ne vaut pas mieux. Schenkius, Baillou, Forestus, Alexandre de Tralles surtout (lib. IX, cap. iv), ont fait ressortir les inconvénients des lits de plume pour les néphrétiques, les calculeux dont ils échauffent les reins : « Qiioniam istœ nempe renés valde calefaciunt, » et reconnaissent que les gens sains eux-mêmes feraient bien de s'en passer. La difficulté de nettoyer les hts de plume est, après leur mollesse, leur inconvénient principal. Ou fré : il quand on songe que des générations peuvent se transmettre, sans que le contenu en ait été changé, des lits de plume, réceptacles impurs de toutes espèces de miasmes. L'aptitude de la plume, comme de la laine, à s'imprégner des contages, est encore une raison de suspicion de plus. Il y a, du reste, des personnes qui ne peuvent coucher sur un lit de plume sans éprouver une agitation insolite, due peut-être au défaut de conductibilité électrique de cette substance. 11 y a une trentaine d'années, les journaux de médecine enregistraient le fait d'un asthmatique qui était pris invariablement d'un accès quand il couchait dans un lit garni de plume.
Le sommier élastique, plus propre, plus aéré, conservant avec sa souplesse primitive l'uniformité de la surface de sustentation, tend à entrer dans les habitudes de toutes les familles aisées. Il en est de trois sortes : d" le sommier à ressorts métalliques en spirale ; 2" le sommier Tucker, constitué par des bandes minces de bois fixées sur une corde rigide par des l'essorts ; 3" les sommiers dans lesquels l'élasticité est produite par des arcs-boutants en fer munis de bandes de caoutchouc.
Le premier est le plus employé. Composé de substances inaltérables, n'offrant nulle prise aux parasites, d'une réparation facile quand après un long usage les ressorts ont fléchi, ce sommier entre de plus en plus dans les habitudes domestiques. Le sommier Tucker est moins usité, quoiqu'il ait aussi sa valeur. Le sommier à ressorts de fer et de caoutchouc est d'une sinjplicité séduisante, et il permet, chose importante au point de vue de l'économie, de ne faire intervenir qu'un seul matelas. J'ai expérimenté, il y a dis ans, à l'hôpital de Cherbourg, un sommier de ce genre dont le modèle avait été proposé au ministre de la marine. La paillasse y était remplacée par un système élastique composé de seize arcs-boutants en fer formés de deux montants garnis à leur partie inférieure d'un mentonnet sur lequel s'adaptait une forte bande de caoutchouc. Ces arcs-boutants étaient disposés quatre par quatre ; ils s'accrocliaient par en haut à un cadre de feuillard entre-croisé sur lequel portait le matelas, et s'appuyaient en bas, parleur caoutchouc, sur une tringle de fer ménagée à cet effet. Le poids du corps faisait fléchir les bandes de caoutchouc, et Lélasticité se produisait par ce mécanisme. J'ai trouvé ce sommier excellent, et le témoignage des malades quil ont expérimenté déposait en sa faveur ; le seul reproche qu'on put lui adresser était d-e laisser entre le fond du lit et le matelas un espace vide que traversait l'air, et par conséquent d'exposer les malades à se refroidir pendant l'hiver, mais cet inconvénient peut être masqué par un supplément de couvertures, et pendant l'été l'avantage hygiénique de cette circulation d'air serait incontestable. Je n'ai pas su que ce lit ait été adopté.
La question des matelas {culcita, stragula, instrata) of^re aussi un certain intérêt hygiénique. Les lits des anciens ne furent primitivement, comme je l'ai dit, que des couches d'herbes et de feuilles sur lesquelles ils étendaient quelquefois des étoffes diverses et des fourrures. Les stragula comprenaient l'ensemble des garnitures du lit; on leur donnait aussi quelquefois le nom de toralia. Le matelas était parfois remplacé par des fourrures ou des tapis étages les uns sur les autres et débordant de chaque côté les extrémités du lit. Un lit étrusque représenté sur un sarcophage en terre cuite, trouvé dans un tombeau à Cervetri et placé dans le musée grégorien (voy. Mag. pittoresque, 1865, t. XXXIII, p. 384) montre ce genre de garniture. Un autre lit, figuré dans une peinture du même musée, offre à l'hygiène archéologique un intérêt réel en ce sens que le châssis inférieur du lit sur lequel repose le mateles est formé de bandes de métal entrecroisées en losange ; c'est sans doute là le premier essai de l'application du fer à la confection des garnitures intérieures du lit. Une peinture égyptienne figurant le tombeau de Ramsès II représente un matelas fortement rembourré recouvert d'une étoffe' violette parsemée d'étoiles brodées ; mais on ne peut faire que des conjectures sur la matière dont il était rempli. Sénèque parle de matelas assez durs pour ne pas prendre l'empreinte du corps. S'agissait-il de culcita fortement garnis ou de matelas élastiques ? En tout cas le matelas se confondait avec la paillasse. Le stragulum de tous les lits antiques, dont le dessin nous est parvenu, se compose d'une seule pièce appliquée directement sur le châssis. Une peinture de Pompéi, rapportée par A. Rich {op. cit., p. 211, art. Culcita), donne une idée de cette disposition. C'est un lit bas, à deux montants pleins verticaux, tout à fait semblable à l'un des modèles de nos lits modernes en fer.
Chez les anciens les matelas étaient garnis de diverses manières ; on appelait tomentum la substance qui les remplissait. C'était tantôt de la paille de froment, du foin, des feuilles de palmier, des plumes de poules ou d'oies {Alstorphii dissertatio, p. 57), des aigrettes de roseaux (ex coma arwidinum). Suétone {Histoire des douze Ce'sars) raconte que Drusus, privé d'aliments vécut, neuf jours en mangeant le tomentum de son matelas fait de roseau ou de gnaphalium. [Voy. Marius Grapaldus, De partibus œdium Parmse, 1516, lib. II, p. 98.) Quelquefois on le garnissait de poil de lièvre, de duvet, de chardon cà foulon, etc. Le matelas d'Héliogabale était bourré de duvet de perdrix {plumœ perdicum subalares), et il en changeait fréquemment. D'autres empereurs, au contraire, se piquaient d'une austérité antique et couchaient, comme Louis-Philippe, sur des lits bas et durs; mais c'était le petit nombre. Les anciens changeaient, du reste, de matelas suivant la saison; l'hiver ils préféraient le matelas de plume, l'été celui de laine et de coton (culcitra gossypio repleta). Je n'ai vu indiqué nulle part les matelas de crin.
Les matelas et les coussins à air paraissent d'invention toute moderne, il n'en est rien; c'est encore du vieux neuf. Les Romains se servaient de coussins et peut-être de matelas de cette nature « Culcitram e corio ventosis foUibus {chalumeau) spiritu tumefactam ad cubitum substernunt. » (Marius Grapaldus, op. cit. lib. IL Cubiculum, p. 98). » Le mot follis signifiait coussin à air et tirait son origine de cette pratique. On sait la facétie d'Héliogabale qui invitait des gens à dîner, les faisait asseoir sur des coussins vides et prenait plaisir à les voir rouler sous la table quand on distendait brusquement ces coussins avec de l'air.
Le crin, la laine, l'air et des substances végétales diverses sont actuellement les moyens à l'aide desquels on distend les matelas. Le crin vaut mieux que la
laine, il est plus propre, se rcsoud moins en poussière et de plus il a l'avantage, fort apprécié par l'hygiène, de s'imprégner moins facilement des miasmes avec, lesquels il est en contact; enfin il se tasse moins, d'où une condition de moindre dureté et de plus grande uniformité du plan de sustentation. Les matelas à air réuniraient toutes les conditions favorables si l'enveloppe restait toujours imperméable et si leur prix était moins élevé. Diverses substances végétales sont également utilisées dans le même but. Nous avons parlé plus haut de la balle d'avoine (réservée pour les sommiers d'enfant), de la paille des céréales. Les feuilles de maïs déchirées dans le sens de leur longueur et réduites en lanières minces remplissent très-bien cet office, il en est de même de diverses algues et fucus : le crin végétal n'est autre chose que l'une de ces plantes. Mérat (Dict. en 60 vol., art. Matelas, t. XXXI, p. 137) indique comme pouvant fournir un coucher sain et commode : les tiges des Festiica ovina et Glauca L., le Poa cristala, le duvet de l'apocyn à la ouate [Apocymim syriaciim L.), la soie des Heurs de la linaigrette (Eriophorum polystachioti), les barbes soyeuses du Stipa pennata. Peut-être les fibres ligneuses qui enveloppent la noix de coco [Cocos nucifera) constitueraient-elles aussi une bonne garniture de matelas.
(( Les matelas, dit judicieusement Mérat, demandent pour la santé un entretien presque continuel réclamé aussi par l'économie. On devrait chaque matin, avant de faire le lit, les exposer quelques heures à l'air. Cette simple précaution éviterait bien des inconvénients qui résultent de son oubli, et dont le moindre est l'odeur désagréable que le lit et la chambre conservent. Tous les ans il faut faire rebattre les matelas et lessiver la toile ; mais cette opération mériterait d'être faite avec plus de soin qu'on n'y en apporte ordinairement. On devrait, après avoir cardé la laine, la laisser exposée plusieurs jours au grand air pour laisser échapper les miasmes et les odeurs qu'elle coaitient au lieu de la replacer de suite dans la toile de manière à resservir dès le même jour. Toutes les laines devraient être battues à la baguette avant le cardage, ce qu'on ne fait qu'à la très-vieille laine qui en a, à la vérité, plus besoin que la neuve. Enfin les matelas de trop vieille laine brisée, pelotonnée, devraient être mis au rebut, parce qu'ils ne font que des galettes informes et dupes. » [Loc. cit., p. 138.)
A Rome les ouvriers qui fabriquaient les matelas s'appelaient stragnlarii; ils formaient une corporation et avaient un collège. L'iiygiène professionnelle était peu avancée chez les anciens, et nous ne savons s'ils étaient exposés aux mêmes accidents que les ouvriers de lamême catégorie chez nous. [Voy. Matelassiers.)
Les anciens remplaçaient souvent les matelas par des fourrures. Celles du Quercy étaient particulièrement estimées. (Montfaucon, Antiquité expliquée, 1719, vol. III, P^ part., p. 107.) Ils attribuaient de graves inconvénients à quelques-unes d'entre elles. C'est ainsi qu'ils croyaient que les peaux de chèvre pouvaient produire l'épilepsie. (D. W. IrWlen Dissertatio , p. 90.) Hippocrate et Caelius Aurelianus se sont donné la peine de discuter et de combattre cette opinion qui ne valait guère de pareils jouteurs.
Les oreillers {culcitra, pulvinaria) complètent le plan de sustentation du lit. Quelques dessins de lits égyptiens et étrusques montrent que les oreillers étaient souvent remplacés par une bourrure plus forte de l'extrémité du slrayulum qui correspondait à la tète. On a trouvé, ta Pompéi, des lits de pierre destinés vraisemblablement à des pauvres ou à des esclaves, et présentant un seuil en maçonnerie pour la tête. [Voy. Breton, Pompéia, p. 212.) Mais le plus habituellement on se servait de coussins de forme et d'aspect différents qui s'appuyaient sur le dossier
ou anacUnterlum. {Voij. A. Rlcli., p. oO.) .l'ai dit plus Iiaul de (inellcs matières étaient gonflées ces coussins, qui étaient quelquefois des coussins à ait'. L'oreille^' de ptiimes, très en usage chez nous, est certainement tout ce qu'on peut imaginer d'autiliygiénique. Les taies éblouissantes de propreté dont on les recouvre cachent leur sordidité intérieure, et leur mollesse, en même temps que le peu de conductihilité calorifique de leur contenu entretiennent vers la tête un afflux congeslif dont les conséquences peuvent être fort graves. Le nombre des apoplexies et des méningites fomentées par cette cause est plus considérable qu'on ne le croit. Les oreillers de balle d'avoine, de crin, et les oreillers à air devraient remplacer définitivement les oreillers de plume.
Les enveloppes immédiates du corps pendant le coucher ;ont les draps, \escouvertiires, les edredons et les rideaux.
Les draps de toile étaient inusités chez les anciens, comme l'était le linge de corps ; ,i'ai trouvé cependant dans l'Odyssée un passage qui montre que les jirinces au moins se permettaient quelquefois cette mollesse. Au moment oii Ulysse laisse Alcinoos pour s'en)barquer, « les rameurs, dit le poëte grec, enipoi'teiit des couvertures et des tissus de lin pour que le héros goûte un inaltérable sommeil
Ulysse s'embarque et s'étend en silence sur cette couche moelleuse. » (Homère, OEuvr.compL, trad. Giguet; Odyssée, chant XIII, p. 492.) Chez nous les draps de lit sont de toile ou de coton ; les premiers conviennent particulièrement pour l'été à raison de leur fraîcheur, les seconds doivent èlre réservés pour l'hiver.
Les draps sont au couchage ce que la chemise est au costume, c'est une condition de préservation pour la literie, de propreté et par conséquent de salubrité.
Chez les Grecs les couvertures étaient, dans le principe, des fourrures de chèvre, de mouton, ou de bétes fauves. C'est ainsi qu'Homère nous montre Télcmaque s'enveloppant, pour passer la nuit, « dans une toison moelleuse. » {Odyssée, chant I", p. 362.) De même aussi les Hébreux se servaient de peaux d'animaux. Nous lisons au livre des Rois (cap. XIX, v. 13) que Michol voulant tavoriser la fuite de David, recouvrit joe/Ze pilosa la statue que, par subterfuge, elle avait mise à sa place. Yarron {De lingua latina, lib. Y) nous apprend qu'à Rome on désignait les couvertures d'une manière générique par les mois pallia , operculum. Le sagum, Vamphimallum, le toral étaient des couvertures particulières {ibid). Les amphitapœ étaient des couvertures velues des deux côtés, comme sont aujourd'hui certaines couvertures de voyage et dont on se servait pour rendre les lits plus moelleux ou pour se garantir du froid.
Le bien-être et l'hygiène sont d'accord en même temps pour réclamer des couvertures légères, sauf à en accroître le nombre. Elles interceptent entre elles une couche d'air, mauvaise conductrice du calorique, et réchauffent sans accabler par leur poids. D'ailleurs une literie de ce genre peut être renouvelée plus souvent d'une manière partielle et la propreté y trouve son profit.
L'édredon est une superfluité dangereuse. C'est une mollesse dont on doit se passer ; son plus grand inconvénient est de reirdre singulièrement impressionnable au froid ; la plume d'eider vrai ou faux qui le remplit est d'ailleurs passible des reproches que l'on peut adresser aux hts de plumes, en y joignant de plus l'encombreroent de l'alcôve et la réduction du peu d'air respirable qui s'y trouve déjà. Les couvertures légères interceptant entre deux doubles une couche mince de cette soie effilée que le luxe du costume cède à l'utilité, remplit le même office de préservation contre le froid et avec plus de légèreté.
Les rideaux paraissent n'avoir pas été employés parles anciens. Cette question
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délicate des rideaux, qui a soulevé bien des discussions, sera examinée un peu plus loin à propos du couchage dans les hôpitaux. Les moustiquaires étaient, au contraire, usités chez eux. C'étaient, comme encore aujourd'hui, des étoffes légères qui entouraient le lit et préservaient contre les agressions des moustiques. Les Hébreux {Rois, XX, 28) se servaient de moustiquaires. Les Grecs les appelaient conopées (xwvwTrewv) et en avaient rapporté l'usage d'Egypte. Properce et Varron en parlent en plusieurs endroits comme d'une habitude romaine. Sans anticiper sur ce que j'aurai à dire plus loin des rideaux, je puis, dès à présent, les incriminer dans l'hygiène domestique. Ce n'est pas impunément, en effet, qu'ils créent duns l'atmosphère déjà trop confinée de la chambre à coucher une atmosphère circonscrite et stagnante, et qu'ils constituent autant de toiles d'araignées tendues à tous les miasmes et à toutes les émanations. 11 faut donc éviter le double contour de ces quatre rideaux somptueux dont parle le chanlre du Lutrin. Le sybaritisme et la santé ont généralement des intérêts divergents.
En hygiène le lit vaut par lui-même, c'est-à-dire par sa simplicité, la propreté scrupuleuse dans laquelle il est entretenu, le renouvellement fréquent de la literie, la rigidité sans dureté et l'égalité du plan de sustentation, mais il vaut aussi par la nature de la chambre dans laquelle il est dressé. Et à ce point de vue l'hygiène ne peut que déplorer les conditions habituelles des chambres à coucher, même dans les familles aisées. Ces pièces devraient être les plus spacieuses, les plus aérées, les plus ensoleillées d'un appartement; ce sont d'ordinaire les plus étroites, les plus encombrées et les plus obscures. Le salon absorbe tout. Nous imitons en cela les mœurs des Romains dont les cubicula nocturna étaient extrêmement exigus et n'avaient souvent d'autre ouverture que celle qui donnait sur l'impluvium ou piscine du péristyle, ouverture qui donnait en même temps passage à l'air et à la lumière. 11 est vrai que les poumons des Romains, mis ainsi à la ration congrue par cet emprisonnement nocturne, trouvaient un ample dédommagement dans la vie active et au grand air qu'ils menaient pendant le jour. Cette compensation nous manque dans nos villes, et les médecins savent par expérience ce que sont les trois quarts des chambres à coucher dans lesquelles leur ministère les conduit. Un cubage suffisant pour subvenir d'une manière large aux besoins de la respiration; les meubles indispensables et rien de plus; une propreté minutieuse; l'éloignement des linges souillés et des eaux de toilette; une cheminée ouverte pour établir une circulation aérienne; une fermeture pas trop hermétique des joints des fenêtres et des portes ; un renouvellement assez fréquent des peintures et des papiers ; une large ouverture des fenêtres et des portes pendant la journée et toutes les fois que le temps la rend possible, etc.; tel est, dans ce qu'il a d'essentiel, le programme de l'hygiène d'une chambre à coucher convenablement saine. Il faut y ajouter aussi une exposition qui permette l'accès du soleil. On sait combien les chambres à coucher des appartements parisiens sont mal partagées sous ce rapport. L'idée que le soleil n'a rien à y faire puisqu'on ne les habite que la nuit est une idée fausse. Un proverbe italien dit : « Là où le soleil n'entre pas, le médecin entre, » et ce proverbe s'applique aussi bien aux chambres à coucher qu'aux autres ; il faut que cet infatigable chimiste en visite tous les coins, qu'il y brûle, qu'il y oxyde, qu'il y détruise tout principe organique et s'oppose à cette génération immonde des moisissures qui cherchent l'obscurité, y répandent leur odeur fade et y dressent des embûches sourdes contre la santé. La physiologie et la pathologie nous enseignent que dans le sommeil, les absorptions des matériaux extérieurs se font avec plus d'activité; raison de plus pour tâcher de respirer dans
une atmosphère salubre et renouvelée. Et que sera-ce quand, aux exigences de la "vie convenue^ viennent s'ajouter celles de la vie gênée, quand l'incurie et la nécessité se donnent la tâche que font ailleurs le luxe et la vanité et transforment les chambres à coucher en étouftoirs malsains ! On pourrait appliquer, sans exagération, le mot de Pringle à l'air des chambres à coucher : i Plures occidit qua% gladius. » Et l'on passe le tiers de sa vie dans une pareille atmosphère ! ...
III. Hygiène hospitalière. Le couchage des malades est une des questiont d'installation intérieure des hôpitaux qui olfre le plus d'intérêt pratique. Le principe de la supériorité des petites salles sur les grandes commence fort heureusement à prévaloir; les questions de chaulTage, d'éclairage, de ventilation des salles approchent d'une solution pratique; il n'y a donc, au point de vue de la salubrité du couchage dans les hôpitaux, qu'à étudier le lit nosocomial en lui-même.
L'hygiène peut ici envisager d'un œil pleinement satisfait le progrès qui a été accompli depuis le siècle dernier, et quand on compare le couchage des malades dans nos hôpitaux actuels, à ce qu'il était au'a-efois, on a la mesure de cet accroissement progressif du respect pour la souffrance qui est le meilleur indice de l'élévation croissante du sens moral. Le rapport de la Commission instituée par l'Académie des sciences en 1786 est singulièrement éloquent en ce qui concerne l'amélioraLion du couchage... « un malade arrivant placé souvent dans le lit et dans les draps d'un galeux qui vient de mourir... la gale ainsi perpétuée à l'Hôtel-Dieu... les femmes enceintes, légitimes ou de mauvaise vie, parquées ensemble, dans la même salle, et couchant trois ou quatre dans le même lit... la paille des lits rarement changée et quand elle l'était, cette opération insalubre se faisant au milieu même de la salle, et y dégageantune odeur méphitique... des lits de paille réservés dans chaque salle pourles agonisantsetpour les galeux; réunissant quatre ou cinq de ces malheureux ou servant de dépôt temporaire pourles nouveaux venus trouvant toujoursunesalle encombrée, une odeurinfecte, une humidité putride, une puUulation incroyable de parasites de toute espèce, des nichées de rats élisant domicile dans les paillasses, etc.; » tels sont, en ce qui concerne les lits, quelques traits de ce tableau dont l'évocation donne en même temps la nausée du dégoût et le frisson de la pitié. On comprend à merveille l'inspiration de Milton qui, pour dérouler sous les yeux d'Adam prévaricateur, la longue chaîne de misères qui attend sa descendance, n'a rien trouvé de mieux que de lui ouvrir les lugubres perspectives d'un hôpital. « Notre civilisation, ditM.Roubaud,plus en harmonie avec l'humanité, a fait cesser de pareilles infamies et les hôpitaux d'aujourd'hui consolent par leur spectacle la pensée attristée par les infirmités sans nombre qu'ils renferment. » (F. Roubaud. Des hôpitaux au point de vue de leur origine et de leur utilité. Paris, 1853, p, 80.)
Le couchage dans les hôpitaux s'est progressivement amélioré, mais c'est surtout dans ces derniers temps que l'hygiène nosocomiale, suivant ou précédant les progrès de l'hygiène commune, a apporté dans cette partie de son installation les modifications les plus heureuses. Ce n'est pas cependant, comme nous allons le voir, que tout soit pour le mieux sous ce rapport, et qu'il n'y ait plus rien à innover.
' La matière, la forme, les dimensions, la hauteur, la composition, le nettoyage, et les accessoires des lits d'hôpitaux sont les particularités à passer successivement en revue.
L'adoption du fer pour la literie a constitué, je l'ai dit, un inappréciable progrès et il n'y a maintenant (le nombre en diminue tous les jours) que quelques
hospices de petites villes singulièrement attardées qui en sont encore au couchage primitif des lits en bois. L'Iiôpifal des Cliniques a été en 1799, le berceau de cette utile innovation, qui mit, comme toutes les choses utiles, un certain temps à se généraliser. L'auleur de l'article Hôpital du Dict. des Sciences médicales (t. III, p. 451), regrettait cette lenteur en 1817, et citait le Grand-Hopital de Marseille, l'Ilôtel-Dieu de Lyon et plusieurs hôpitaux de Piémont et d'Itahe comme plus avancés sous ce rapport que ceux de Paris. L'hygiène des hôpitaux a aujourd'hui opéré complètement cette réforme et elle peut se dire plus dvancée que l'hygiène domestique qui ne la réalise que partiellement et d'une manière lente.
La forme du lit est traditionnelle : elle satisfait en mcmc temps le bien-être et les habitudes. La position verticale ou légèrement inclinée du montant qui répond à la tête appelle seule l'attention de l'hygiéniste. La première a prévalu pour les hts d'hôpitaux parce qu'elle se prête mieux à l'installation de la planchette-étagère dont le lit est muni, mais elle est moins favorable que l'autre à l'établissement du plan incliné régulier que les oredlers doivent fournir pour soutenir doucement et sans fatigue la tête du malade.
Les dimensions des hts dans les hôpitaux ne sont pas de nature à satisfaire complètement. Et tout d'abord, il devrait y avoir deux ou trois types au moins, au point de vue de la longueur, de façon à ne pas perdre de place d'une part et d'une autre part à ne pas condamner les malades de grande taille « au supphce de Procuste » suivant la très-juste expression de Coste {loc. cit., p. 450). La longueur de 2 mètres n'est que suffisante, si l'on tient compte de la taille exceptionnelle de certains malades, de leur disposition dans quelques cas à glisser vers le pied du lit [pronum fieriet subinde deorsum ad pedes prolabi, maluni. Prœnot. 10; Coac. 497) et surtout de l'espace perdu à l'extrémité de lits qui n'ont pas de montant au pied pour draper les garnitures. Cette dernière disposition, pour le dire incidemment, est mauvaise en ce sens que les malades n'ont pas de point d'appui pour remonter vers le haut du lit ou pour se retourner. La largeur est encore plus importante. Coste demandait que les lits d'hôpitaux eussent trois pieds et demi de large (1", 15). Ce n'est pas trop quand il s'agit de malades, ayant besoin de se mobiliser, pouvant dans l'état de délire tromper la surveillance des infirmiers et tomber d'un côté ou de l'autre. Les lits des hôpitaux anglais sont plus larges que les nôtres, et ils n'en valent que mieux.
Les anciens lits de bois étaient très-bas. Autrefois, à l'Hôteî-Dieu de Paris, ils s'élevaient à un pied seulement ou à un pied et demi pour les salles du rez-dechaussée. On est tombé depuis dans une exagération opposée, et j'ai vu des hôpitaux très-bien tenus par ailleurs, où lorsque le sommier de paille était neuf, il aurait fallu le scamnum des Romains pour les escalader. Les malades ne sont ni assez ingambes ni assez forts pour pouvoir suffire à une gymnastique pareille. Dans les hôpitaux anglais (Ch. Sarazin, Essai sur les hôpitaux de Londres, in Ann. dliyg. 1866, t. XXV, p. 48), les lits sont très-bas, je dirai même qu'ils le sont trop, si j'en juge par quelques modèles que j'ai vus, car s'il fauttenir compte du bien-être des malades, il ne faut pas abstraire non plus les facilités de l'observation clinique. Ici encore rien d'absolu ; il faut pour déterminer utilement la hauteur des lits tenir compte de leur destination et ne pas se borner, comme Tison le recommandait déjà, à un type uniforme Un lit de fébricitant, un lit d'obstétrique, un lit de chirurgie répondant à des besoins divers ne sauraient être de même modèle.
J'ai dit plus haut ce que je pensais de la paillasse, et j'en voudrais encore moins