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dans les liôpita\ix que dans nos maisons. Le sommier est appelé sans don'e à remplacer ce couchage primitif qui est cependant encore celui de nos liôpitaux les mieux tenus. M. Roubaud pense qu'il sera dilTicile d'opérer jamais cette réforme et il conseille l'introduction de quelques lits à sommiers élastiques ménagés dans chaque salle pour les malades les plus graves {loc. cil. , p. 144). Espérons que les sommiers se fabriqueront bientôt dans de telles conditions d'économie que ce changement s'opérera de lui-même. Au reste, les paillasses ont déjà disparu des hôpitaux anglais dont les lits, un peu sommaires peut-être ne se composent que d'une sangle bien tendue, d'un matelas de crin etd'un traversin de plume. (Sar razin, p. 48.) J'ai indiqué plus haut un sommier à ressort de fer et de caoutchouc comme se présentant dans de bonnes conditions de simplicité et de bon marché-
Les matelas de crin valent mieux que les matelas de laine, mais il en faut deux pour que le couchage soit convenal)le et encore convient-il de les faire refaire de temps eu temps pour les empêcher de trop durcir par le tassement.
La disposition des traversins et des oreillers importe beaucoup au repos des malades. Je les ai vus généralement dans nos hôpitaux se plaindre de cette partie delà literie. Le traversin cylindrique qui la constitue seul, dans quelques hôpitaux est insuffisant; les hôpitaux de Paris y joignent un oreUler. En .Angleterre, le traversin est en plume, disposition peu hygiénique et qui est à supprimer anssi bien (pie l'édredon, qui, par une délicatesse aussi singulière que superiliie, est encore conservé dans quelques hôpitaux de Londres. Les couvertures y suppléât aisément, même dans le cas oiî l'on a à combattre des accidents d'algidité.
Les accessoires du lit uosocomial offrent aussi un certain intérêt : la planchette, le tourniquet suspenseur et les rideaux les constituent.
La plancliette de fer supportée à angle droit par les montants est destinée à recevoir les objets d'utilité et de traitement que l'on y dépose ; c'est une mauvaise installation. Cette planchette est habituellement sale et en désordre, on y répand des liquides qui distillent ensuite goutte à goutte sur la tête des malades comme je l'ai vu souvent, souillent leur literie et les maintiennent moudlés. La table de nuit adoptée dans beaucoup d'hôpitaux vaut mieux ; les objets qu'elle supporle sont plus à la portée des malades et elle leur apporte une sorte de souvenir du comfort des habitudes domestiques.
Le tourniquet suspenseur ne date pas d'hier. Hippocrate en a ainsi raconté l'origine. « Celui qui tressait des sarments, souffrant cruellement dans le décubitus saisit l'extrémité d'une cheville fixée au-dessus de lui et se trouva soulagé. » (Hipp., VP livre des Epirf., o^ section. Édition Littré, t, V, p. 297.) Cette installation, réservée d'ordinaire pour les lits chirurgicaux devrait, à un moment donné, pouvoir s'appliquer à tous. Le carré supérieur qui réunit les quatre montants, ou un col de cygne, peuvent fournir un appui solide à ce moyen de suspension ©u tout au moins démobilisation. Il n'est guère de malades qui, s'arc-boutant des pieds contre l'extrémité du lit et se soulevant légèrement en prenant le tourniquet entre les mains, ne puisse se déplacer de lui-même et prévenir ainsi, mieux que ne peuvent le faire les infirmiers, les inconvénients d'un décubitus prolongé.
Vient enfin la question des rideaux qui a divisé, divise encore, et divisera toujours les hygiénistes et cela se conçoit. C'est une question hybride, mi-partie physique, mi-partie morale (tout ce qui touche à l'hygiène a ce cùractcre) et chacun, suivant la complexion de son esprit est disposé à abstraire l'une de ses faces pour ne voir que l'autre. A l'étranger les lits d'hôpital sont habituellement sans
rideaux. En France bon nombre de médecins et d'administrateurs sont favorables à cette installation qui est considérée par d'autres comme portant préjudice à la facile aération des salles. Les discours prononcés à l'Académie de médecine {voy. t. XXXVIl du Bulletin de cette Compagnie) et à la Société de chirurgie (voy. Discussions sur l'hygiène et la salubrité' des hôpitaux. Paris, 1865) ont reflété cette divergence. M. Bonnafont s'est montré partisan, mais sous conditions, des rideaux de lit. M. Trélat, au contraire, en a été l'adversaire décidé, et en fin de cause, la Société de chirurgie adoptant une opinion éclectique a demandé que la suppression des rideaux de lit fût facultative pour les chefs de service(/oc. cit., p. 136); à merveille, c'est en effet affaire d'indication. Un jeune médecin de talent, M. II. Jacquemet, qui a récemment traité les questions principales relatives à l'hygiène hospitalière, s'est rallié dans son livre à cette opinion conciliatrice. {Des hôpitaux et des hospices, des conditions que doivent présenter ces établissements au point de vue de V hygiène et des intérêts des populations . Mémoire couronné par la Société impériale de médecine de Bordeaux. Paris, 1866, p. 86.) Je suis, quant à moi, partisan des rideaux (dans les hôpitaux), mais il y a rideaux et rideaux, comme il y a salle et salle, saison et saison. Le système de rideaux utilisé dans les hôpitaux de Paris est certainement le meilleur. En toile et par conséquent, susceptibles d'être souvent nettoyés, divisés en quatre parties dont chacune glissant sur sa tringle peut s'appliquer exactement sur le montant de fer qui lui correspond et dont elle augmente à peine le volume, sans ciel de lit, ces rideaux peuvent, suivant l'indication, fonctionner ou disparaître; ils individualisent le malade et ne sauraient être sérieusement considérées comme des obstacles à l'aération de la salle. Certainement aussi les avantages des rideaux sont mieux marqués dans certaines salles. Celles destinées aux femmes les réclament plus impérieusement que les autres, et l'intérêt de ménagei' leur pudeur vaut la peine qu'on en tienne compte; comme l'a remarqué Tenon qui a jeté sur toutes ces questions la lueur d'un esprit singulièrement sagace, autres sont les besoins, sous ce rapport, d'un hôpital de matelots ou de soldats et d'un hospice civil ; la population du premier est rompue par la promiscuité de la vie de navire ou de caserne aux incommodités del'existence en commun ; celle du second est d'une impressionnabilité toute autre. « Les rideaux qui entourent les lits, a dit à ce propos M. Raige-Delorme, sont convenables sous le rapport de la décence, surtout pour les femmes ; ils sont favora-^ Mes au repos et au sommeil des malades ; ils les mettent à l'abri de ces courants d'air auxquels sont exposés surtout les malades dont les lits sont près des portes ; enfin ils permettent de soustraire à la vue le spectacle horrible de l'agonie on celui que présentent les attaques de certaines affections convulsives. Ces considé- ■ rations sont d'une telle importance qu'elles prescrivent de conserver les rideaux, malgré les inconvénients qu'on leur a reprochés avec quelque exagération et que diverses précautions permettent de laire disparaître presque entièrement. {Dictionn. en 30 vol., art. Hôpital, t. XV, p. 370, 1837.) J'ajouterai que si l'utilité des rideaux était contestée l'été, elle ne saurait l'être pour l'hiver ; un autre avantage, c'est de permettre, sans péril de refroidissement, cette ouverture des fenêtres dont les avantages hygiéniques ont été, et sans trop de paradoxe, opposés aux, systèmes de ventilation. Cette question n'est pas susceptible de la même solution, dans l'hygiène domestique et dans l'hygiène hospitalière.
La propreté et l'assainissement des lits exigent, cela va de soi, une surveillanceattentive. M. Husson a signalé dans sa belle Étude sur les hôpitaux, l'avantage que présente la peinture vert clair des lil&, qui est plus douce pour la vue et plus.
récréative pour l'esprit. Quoi qu'il en soit de la préférence à lui accorder sur la peinture noire, il est, au moins, avantageux que les lits soient repeints de temps en temps, condition d'assainissement et de propreté. A mon avis, le principe du chômage temporaire des salles après un certain temps de service indiscontinu devrait être appliqué aux lits qui ne seraient remis en usage qu'après un nettoyage exact. M. Raige-Delorme demande que les matelas de crin et de laine soient cardés ou rebattus tous les six mois ; que les couvertures de laine et les courtes-pointes d'été soient dégraissées et lessivées exactement au bout du même temps {loc.cit., p. 570). Ce n'est pas trop exiger.» En Angleterre, dit M. Lelbrt {Aperçu général svr la salubrité des hôpit. anglais. Gaz. hehd. 1862, et Ann. d'hyg. publique. 2" série, t. XVII, }). 232), on accorde un soin tout particulier aux objets de literie. Lorsqu'un malade vient à mourir, les matelas sont toujours enlevés de la salle, la laine en est lavée, cardée, et c'est en quelque sorte, un matelas nouveau qu'on rapporte dans la salie. » Nous devrions y mettre le même soin, mais, hélas ! combien de fois n'ai-je pas vu et dans les meilleurs hôpitaux, un lit que la mort avait vidé le matin admettre le soir un nouvel hôte ; il n'y avait eu, comme dans une auberge, que les draps de changés. Il faut qu'on y songe ; à côté des souillures apparentes qui frappent les yeux et offensent l'odorat, il y a le méphitisme invisible qui franchit sans se révéler la barrière des sens et va droit à la santé qui s'aperçoit bien vite de sa présence. L'air d'une salle vaut ce que valent les atmosphères partielles qui entourent chaque lit et une piopreli' hollaudaisc est de rigueur. Coste demandait en 1817 {loc. cit., ip. 452) que les lits lussent faits tous les jours ; le système d'un lit de réserve permet toujours de mobiliser le malade et de lui donner le bien-être d'un lit convenablement fait. Mais, entre faire un lit, c'est-à-dire l'aérer, le gonfler, l'égaliser, et en remuer les pièces sur place et par simple formalisme il y a une différence que les infirmiers l'ont volontiers disparaître, mais que le malade le moins nerveux sent à merveille.
IV. Hygiène thérapeutique. J'ai, à l'article Alitement {voy. ce mol), indiqué les effets physiologiques d'un séjour prolongé au lit, la mesure dans laquelle il doit être prescrit, les inconvénients de l'abus qu'on en fait, et son emploi comme moyen thérapeutique. J'ai à compléter ces considérations en indiquant ici les procédés divers d'installation du lit et les artifices à l'aide desquels on peut rendre l'alitement inoffensif.
Un mot au préalable sur les lits médicamenteiir. Les ancietis faisaient usage de ce moyen dans une foule de maladies et lui attribuaient des vertus souvent imaginaires. Le vulgaire, dépositaire habituel des vieilles pratiques médicales, voue encore à celle-ci un culte tout gratuit. Pline et Dioscoride racontent que dans les Thesmophories (fêtes de Cérès) les matrones, condamnées à une continence volontaire, couchaient sur des lits d'agnus castus. Eustathe et Matthœus Sylvaticus indiquent aussi cette pratique comme habituelle dans certains couvents d'hommes. Celse (lib. IV, cap. ii) signale des lits médicamenteux de diverses natures : « Cubilibus decumbere quœ instruenda sunt foliis vitis, rubi, » etc. Les sommiers aromatiques et les paillasses remplies de fucus sont encore des moyens employés dans certains pays, mais leur efficacité est plutôt affaire de tradition que d'expérience.
On a été plus loin dans cette voie, et, au lieu de faire du lit installé d'une certaine façon un auxiliaire du traitement ou de l'hygiène des malades, on a imaginé le lit-panacée. Tel était le lit céleste de Graham, qui au dix-huitième siècle faisait profession de prolonger la vie et rivalisait avec le baquet magique de Mesmer. Il