‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.54Chapitre 75 sur 86 · O'^'O LIT · texte numérisé non relu

O'^'O LIT

cousoliilait les santés cliancelantes, rallumait la vie prête ù s'éteindre et assurait en même temps et la longévité et la fécondité des piitriarches. Tout Paris y courait de raison, comme il y courrait encore. Hufeland nous apprend que ce lit « consistait en une réunion d'émanations électriques (?), de stimulations exercées sur les organes des sens, de vapeurs odoriférantes, des sons de l'Iiarnionica, )> attrait ajouté à celui de l'absurde ; la location de ce lit coûtait fort cher, et il eût fallu la fortune d'un nabab pour y dormir en permanence. Graham gagna beaucoup d'argent dans le principe, mais il en dévora plus encore, et finalement les exempts vinrent faire main basse sur son mobilier. Le Ut céleste ne put jouir du privilège stipulé plus tard par l'article 592 du code de procédure civile, et il fut saisi comme un lit vulgaire.

Les cUnologistes, et Daniel Wilbem Triller en tête, ont singulièrement subtilisé la partie de l'hygiène thérapeutique qui concerne le lit, et, exagérant une idée d'ilippocrate qui choisissait les lits destinés à ses malades suivant la nature de leur aifection, ils en ont décrit un pour chaque maladie. Triller a eu raison de se plaindre de la iaçon expéditive dont les médecins de son temps (qu'eùt-il dit s'd avait vécu du nôtre?) s'affranchissaient du souci de ces détails, il a eu le défaut de ne pas savoir se borner, et je fais grâce au lecteur de la description qu'il donne duht des : phrénétiques, comateux, apoplectiques, pleurétiques, pneumoniques, des cholériques, des asthmatiques, des tétaniques, des catarrheux, des maniaques, des femmes trop menstruées, des varioleux, etc., etc. J'ai relevé, dans cette singulière débauche d'érudition que Triller s'est permise à plus de 80 ans, soixanteneuf sortes de lits adaptés par leur forme, leurs dimensions ou la manière dont on les faisait, au traitement d'autant de maladies. Avec plus de sobriété, d aurait exprimé une idée juste, c'est que ce détail, pour minime qu'il soit, mérite d'appeler la sérieuse attention du médecin. Le mode de couchage influe en effet sur le sommeil, le repos musculaire, la température du malade, la déclivité des organes par rapport les uns aux autres ; et qui pourrait nier l'importance pratique de toutes ces choses qui seniblent aux médecins négligents de pures et vaines minuties ?

La question du couchage pour les malades est plus complexe qu'on ne se l'imagine au premier abord ; il faut en effet tenir compte des habitudes (c'est souvent une question de sommeil ou d'insomnie), des exigences particulières que fait naître l'état spécial du malade, du résultat thérapeutique auquel le lit doit concourir, de la chambre dans laquelle il est dressé, etc. Cette dernière considération a une importance que l'on pressent. Dimensions spacieuses, ordre et propreté, aération, bonne dispensation de la chaleur et de la lumière, tranquillité, isolement relatif : tels sont les éléments de la bonne installation d'une chambre de malades. Je les ai étudiés ailleurs {Le rôle des mères dans les maladies des enfants, P.iris, 4808, p. m, Dixième entretien, la Chainbre d'wi enfant malade), et ce que j'en ai dit là un pomt de vue spécial est applicable à tous les cas. Au reste, c'est chose admirable que de voir le sentiment profond de l'importance de ces détails dans les ouvrages des médecins des siècles passés. Écoutons plutôt Aretée (de Cappadoce) sur ce point : « jEgrotum cubare convenit in conclavi mediocris amplitudinis, aeris temperati, hyeme tepidi, a.'state frigidioris, vere autem et autumno, secundum temporum noturas, conjectura uti decet. » {De Morb. aerat. curât., lib. I, Curât, phrenetic, cap. 1, m Principes artis medicœ EaMeri.) » Voilà pour les conditions générales de la chambre qui convient aux délirants; viennent ensuite des détails encore plus minutieux : « Parietes levés siut, œquales, neque

supereminentes, neque festucas aut aliquid exertuni liabentes, ncqiie picturis exornentur, picUira enim parJetum meiitein lurbat. » {ïbld., p. 52.) teliiis Aurcliaiius ae s'est montré ni moins attentil', ai moms exigeant (Morb. chronic, lib. I, Mania, cap. v). Huxham s'est inspiré de ces modèles pratiques, et, dans son Essai sur les pleurésies et les pe'ripneumonies (Paris, 1765, p. 277), il s'est élevé surtout contre ces chambres d'hôpital qua l'on crée dans nos maisons en y réunissant plusieurs malades (p. 227). Je pourrais multiplier les textes, mais c'est assez pour montrer combien aous aunoas de chemin à faire pour nous élever à ce sentiment de l'importance des petits détails qui respire dans les œuvres pratiques des médecins qui nous ont précédés. Décidément, tout n'est pas à dédaigner dans ce qu'ils nous ont laissé.

Les lils ou procédés de soulagement méritent une attention particulière; ils ont pour but de permettre au malade de se soulever lui-même pour varier son décubitus aussi bien que pour satisfaire à ses besoins, ou tout au moins d'aider les personnes qui les assistent. Est-il hors d'état de faire des mouvements ou l'inmiobilité absolue lui est-elf; prescrite, il y a des lits mécaniques et des appareils qui répondent à cette condition particulière. Il faut enfui rapporter ù cette catégorie les moyens ou les procédés employés pour maintenir propres les gâteux, qu'ils le soient par le fait de la maladie, d'une infirmité ou de l'aliénation.

Le tourniquet hippocratique dont j'ai parlé plus haut est le plus simple et le plus eflicacedes moyens de cette nature. Cosie {Dict. en 00 vol., t. XXI, p. 452) a émis la crainte que ce moyen de suspension ne lit naître dans quelques cas des idées de suicide et ne pei'mît de les réaliser. Je crois cette appréhension purement théorique. La hauteur des plafonds rend malheureusement son installation difficile dans nos maisons. Un cadre rectangulaire en bols fort, à pieds solidement fixés au plancher, peut passer au-dessus du lit du malade, dont il coupe l'axe perpendiculairement, et fournir un point d'appui à une corde. Serait-il d'ailleurs superflu d'avoir dans chaque famille un lit de fer susceptible de recevoir au besoin un col de cygne? Li maladie frappe-t-elle donc si rarement à notre porte, que nous n'ayons pas à songer à sa venue probable ?

Les bras des garde-malades et des coussins de formes diverses peuvent varier plusieurs fois par jour le décubitus et les attitudes, déférant dans une certaine mesure au besoin qu'ont les malades, surtout les malades amaigris , de changer souvent le point de sustentation du corps; maison ne préviendrait pas sûrement dans une foule de cas les plaies de poitrine, les ulcères du siège (s),zw(Σ; ■:■?,<; sSpr.ç, Hippoc.) ou le sphacèle des parties saillantes, si ou ne recourait à divers artifices, indépendamment des soins minutieux de propreté, etc.

L'industrie du caoutchouc a été singulièrement profitable à tous les arts, et la médecine en a profité largement. Les cous?ins de balle d'avoine ou de cuir percés . au centre et même les coussins à air ne remplissaient qu'incomplètement l'office de préservation qu'on leur demandait. On a maintenant dans les matelas ou coussins de caoutchouc gonUés d'eau [water-maftress ou cushion-mattress) des moyens qui atteignent parfaitement le but et dont on ne saurait trop répandre l'usage. En Angleterre, cette habitude se généralise de plus en plus, et un industriel de Londres, Hooper, fabrique à des prix abordables des matelas hydrostatiques entiers (fidl length icater-viattvess) ou des demis ou des quarts de matelas {half-size or three quater-size), {\\\i, ajoutés au couchage des malades, et à demi gonflés par de l'eau à diverses températures, rendeiit les plus grands services. Dans beaucoup de villes, les pharmaciens louent des ivater-mattress, de

sorte que les personnes peu aisées peuvent à un moment donné profiter de ce bien-être. Le matelas hydrostatique de Galante, présenté à l'Académie de médecine en 1846, est installé sur le même principe. 11 peut contenir environ 60 litres de liquide. Le lit hydrostatique d'Arnott de Londres est fondé sur le principe de l'incompressibihté de l'eau ; le malade est suspendu dans une enveloppe imperméable à la surface d'une cuve pleine d'eau. Le lit à eau de Hebra, de Vienne, a une destination thérapeutique spéciale ; c'est de maintenir les malades dans un bain tiède continu. Il ne se rapproche que par le nom des appareils précédents. M. G. Gaujot a figuré dans son livre les appareils hydrostatiques de Hooper dont le journal anglais, the Lancet, reproduit d'ailleurs les dessins d'une façon en quelque sorte permanente. {Voy. G. Gaujot, Arsenal de la chirurgie contemporaine, Paris,. 1867, t. I, p. 480.)

Cet auteur a décrit avec le plus grand soin les principales espèces de lits de soidagement employés dans les cas de fractures ou après des opérations graves. Il les divise ainsi :

1 " Lits à cadre indépendant avec mécanisme de suspension :

a. Lit de Leydig, dans lequel le malade était soulevé au moyen de sangles fixées à un cadre superposé au lit ordinaire;

b. Lit de Tober. Le cadre et le support étaient indépendants, les cordes supportant le cadre sur une pièce du support tournant sur elle-même au moyen. d'une manivelle.

c. Le lit de Daujon. C'était un cadre à sangles, susceptible d'être élevé audessus du lit au moyen d'un système de suspension consistant en poulies et en quatre cordes fixées aux angles du cadre.

d. Le nossiropbéline ou appareil Filhol.

e. Le lit de Josse, d'Amiens.

f. Le lit de NicoleBertholet.

g. Le nosophore de Rabiot, le lit de Thomas, celui de Poullien, celui de Gros,, de Dijon.

2" Lits à cadre dépendant avec mécanisme de soulèvement :

a. Lit mécanique de Luke, dans lequel le cadre est soulevé au moyen de leviers articulés et d'une manivelle.

b. Lit mécanique de Crosby, dans lequel la couchette est mobile et le cadre à sangles est libre.

c. Le lit à sommier brisé de Kissel, dont le cadre sanglé offre trois brisures et la couchette deux.

d. Lit mécanique de "W. Hooper, dans lequel le cadre est fixé au lit par des leviers obliques qui les écartent l'un de l'autre en devenant verticaux. Ce ht est muni d'un matelas hydrostatique.

J'ajouterai à cette énumération les lits à dossier mobile et susceptible, au moyen d'une crémaillère, défaire avec le corps du lit des angles qui varient de 10° à 90°, J'ai vu fonctionner à Brest, dans mon service, un de ces lits, et les malades s'y trouvaient à merveille. La manœuvre, toujours fatigante, des oreillers est ainsi évitée.

J'ai dû me borner à une simple indication de ces lits, dont l'invention a singulièrement multiplié les types. Je ne puis que renvoyer le lecteur au livre technique que je citais tout à l'heure, et dans lequel M. Gaujot a décrit, dans tous leurs détails, ces lits mécaniques et a comparé leurs avantages et leurs inconvénients respectifs. L'auteur {op. cit., p. 465) semble considérer le Nosophore Rabiot, qui

appartient à la catégorie des lits à cadre indépendant avec mécanisme de suspension, comme offrant les meilleures coudUions, tout en reconnaissant cependant qu'il est un peu encombrant et dispendieux. Gellé, de Paris, a modifié heureusement le système Rabiot et l'a adapté aux fonctions principales que doivent remplir ces appareils ; il s'en sert pour clianger le malade de lit, pour renouveler la literie, pour donner des bains au moyen d'un hamac suspendu, pour panser les eschares, pour déposer le malade de son lit dans un fauteuil, pour le remonter dans son lit, etc. On peut affirmer maintenant que, grâce à ces dispositions ingénieuses, les dangers quelquefois terribles de la gangrène du siège et des trochanters peuvent, dans l'immense majorité des cas, être facilement et sûrement conjurés.

On sait combien les malades ou les aliénés gâteux exigent de soins de propreté pour atténuer l'infection de l'atmosphère qui les entoure. Dans beaucoup d'établissements d'aliénés on en est arrivé, à force de vigilance et en soumettant les fonctions intestinales de ces malheureux à une disciphne attentive, à supprimer presque complètement les gâteux. C'est le but auquel doivent tendre et ai-river les directeurs d'asiles d'ahénés. Mais les malades eux-mêmes peuvent, dans certains états du cerveau ou dans quelques parajilégies, ne pas retenir leurs évacuations, et il faut parer aux dégoûts ou aux inconvénients qu'amène cet état de choses. Entre les moyens qui ont été proposés (en dehors des matelas percés, des enduits imperméables, etc.), il en est un imaginé par Howel et qui se recoznmande par son extrême simplicité, c'est l'emploi de sacs de charbon pulvérisé sur lesquels porte le siège du malade. Il cite un cas où l'odeur fétide disparut presque instantanément, grâce à l'emploi de coussins de cette nature. {Monihly Journal, 1852, et Bull. gén. dethérap., 1852, t. XLIII, p. 41.)

Le couchage, envisagé au point de vue thérapeutique, n'a pas seulement à s'occuper des conditions du lit et de la chambre dans laquelle il est dressé, il doit aussi songer à l'influence des attitudes que l'on donne aux malades ou qu'ils prennent d'eux-mêmes. Les anciens ont longuement étudié le décubitus au point de vue de la séméiologie et du pronostic. Les Prénotions et les Coaques d'Hippocrate sont remplis d'observations ingénieuses sur ce sujet ; le décubitus de bon augure et le décubitus de sinistre présage y sont peints de main de maître, et il faut bien le reconnaître, l'observation moderne n'a ni beaucoup retranché, ni beaucoup ajouté à ces tableanx dans lesquels étincelle ce génie essentiellement grec de l'étude des aspects extérieurs qu'Hippocrate a jeté à pleines mains dans son œuvre; mais on n'y trouve rien sur l'iniluence curative des diverses espèces de décubitus. Chaque maladie a son décubitus particuher; autre en effet est le décubitus qui convient à un asthmatique, à un sujet atteint d'une lésion du cœur, d'une hémorrhagie, d'une disposition syncopale, d'une toux convulsive, d'une maladie de tel ou tel côté de la poitrine, etc., etc. On pressent la multiplicité des vues pratiques à laquelle conduit cette idée. Je ne puis que la formuler, et je renvoie le lecteur au mot Alitement.

V. Hygiène nautique et militaire. Le hamac est le lit nautique par excellence, il devrait aussi, nous le dirons tout à l'heure, devenir le lit militaire. C'est aussi le lit en usage dans certaines colonies et chez quelques peuplades encore primitives qui y tiennent, parce qu'il concilie avec l'avantage du bien-être celui d'une installation et d'un transport faciles.

Ije hamac convient très-bien aux besoins de la vie nautique ; son arrimage facile, la rapidité de sa mise en place, la possibilité de désencombrer les batteries

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