‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.55Chapitre 17 sur 65 · CD · texte numérisé non relu

CD

OJ

ÎT

Cî

rt

to

tO

si

■jî

co

CAj

CO

co

CJ

;s co

Diagnostic. Je ne puis, sous peine d'allonger trop cet article, rapporter en détail les signes présentés par chaque malade, mais le diagnostic n'est pas diflicile, cartons ont olfert, à un degré marqué, le gonlleinent du nez, de la lèvre supérieure, souvent des paupières et de toute la l'ace. De plus, la teinte livide de ces parties, une douleur frontale, la gène de la respiration, des épistaxis parfois difficiles cà arrêter, un écoulement fétide, sanguinolent ou très-purulent, par les fosses nasales, la bouche, et quelquefois par les points lacrymaux, ne peuvent laisser aucun doute, pour peu qu'on soit prévenu.

Ètiologie. L étiologie est très-facile à compi'-endre, et puisque la présence des larves détermine les accidents, il faut que les œufs pondus par la mouche femelle soient arrivés dans les fosses nasales. Plusieurs malades ont dit positivement avoir senti la mouche appliquée sur le nez, et l'ont retirée; d'autres ont été importunés par ses bourdonnements. Je ne crois pas au dépôt des œufs sur les fleurs et à ceux-là respires par mégarde en sentant ces mêmes fleurs; je ne crois pas davantage au transport des œufs par l'air, transport admis par quelques cliirurgiens de marine.

La Lucilie hominivoie parait être commune à Cayeune, et elle dépose ses œufs, tantôt à l'orifice des fosses nasales, tantôt plus pi'ofoudément, d'autres fois sur les plaies, ainsi que cela résulte' des observations positives rapportées par Coquerel, d'après Cbapuis. Il n'est pas besoin que les malades aillent dans les bois pour être attaqués par cette mouche, ainsi que le veut Audouit ; ou peut en être atteint ailleurs dans la colonie , mais la condition première des attaques de la Lucilia hominivorax, c'est la malpropreté. Plus le sujet sera malpropre, ou atteint d'ozène, ou de plaies, et plus il aura à redouter les attaques de la Lucihe. Les mouches, si elle rencontrent dts malheureux autour des carbets ou habitations très-peu hygiéniques, ou bien des hommes atteints d'ulcère des fosses nasales, de ces bouUmiques, comme Lasson (Obs. 6), qui, pour satisfaire un appétit insatiable, dévorent des viaiides altérées donnant une fétidité extrême à l'haleine ; les Mouches, dis-je, seront attirées vers eux, et déposeront facilement leurs œufs si ces hommes sont en état d'ivresse complète. Kérengal a fait la remai'que très-judicieuse que presque tous les cas qu'il a observés étaient relatifs à des hommes affectés d'ulcérations des fosses nasales.

Les habitants qui suivent les règles de l'hygiène ne sont presque jamais atteints, et on ne trouve que deux hommes non transportés, un gardien et un nègre, parmi les personnes dont j'ai donné la liste. La propreté extrême exigée chez les militaires les a préservés constamment des attaques de la Lucilie. Les Indiens ne sont pas atteints par la Lucilia, parce que, s'ils ont un grand désordre dans leurs habitations, ils ont soin de ne pas laisser de détritus y pourrir (Audouit), et parce que leurs fosses nasales sont en général dépourvues d'ulcérations.

Traitement. Le traitement est la partie la plus importante de cette histoire de la Lucilia hominivorax. Dès que le médecin a des doutes sur la possibihté de la présence des larves, il fliut agir sans retard ; le plus sur moyen de faire rendre les larves, c'est de les détacher, ou tout au moins de les atteindre avec un liquide approprié. Celui-ci vaut mieux que les insultlations de diverses poudres. On a employé la décoction de tabac, et je la crois bonne, Téther, le chloroforme, la térébenthine, la benzine, l'acide phénique. Plus les larves seront grosses, plus elles seront avancées, et plus elles seront faciles à faire tomber au dehors, par ce qu'en effet, à ce moment, elles sortent spontanément pour chercher un endroit favo-

rable et non humide, où elles puissent se transformer dans leur peau extérieure desséchée et tormant alors une pupe. Il ne faudrait pas employer de hquide trop irritant pour les fosses nasales, mais suffisant pour inquiéter les larves, puis laver à grande eau chlorurée. Les larves mortes dans la plaie seraient, ainsi que le remarque Ch. Coquerel, un ahment de putréfaction de plus. Avec des injections de chloroibrme, de térébenthine, ou de benzine, et avec des soins persévérants pour la sortie des larves; de plus, en sur\ cillant l'état général et en remplissant les mdications qu'il réclame, je crois, comme l'ont fait voir Chapuis, Audoiiit, Lucas et Layet, qu'on peut triompher du mal, surtout si l'on agit vite et avec hardiesse.

Une dernière indication peut se présenter, et c'est Coquerel qui l'a posée. Fautil recourir à la trépanation des sinus pour vider plus rapidement les cavités infestées par une centaine et plus de larves ? Il signale ce moyen sur lequel je ne puis me prononcer en toute connaissance de cause, et qui pourrait en effet rendre des services, si les larves n'étaient pas évacuées suffisamment vite par des injections réitérées.

11 ne faut pas confondre les ravages des larves de Lucilia hominivorax avec ceux d'autres larves qui vivent dans la cavité du corps ou dans Ihitérieur des tissus, à Cayenne, et qui se rapportent à diverses espèces , principalement aux Cutérèhres ou aux Dennatobia. {Voy. Cutérèbre et Œstre.)

Voici, en terminant, la description de la larve, de la pupe et de l'insecte parfait de la LucUia hominivorax, donnés par Coquerel, et que je contrôle l'insecte sous les yeux.

Larve. Longue de 15 millimètres. Couleur d'un blanc opaque. Forme cylindrique, atténuée en avant, tronquée en arrière. Corps composé de onze segments; chaque segment est muni, à son bord inférieur, d'un bourrelet saillant, recouvert de très-petits crochets épineux ; dans les trois premiers segments, ce bourrelet présente la même largeur dans tous les points de sa circonférence, et les crochets le recouvrent uniformément sans laisser d'espace \ide. Dans les segments suivants, la même disposition se montre sur toute la face dorsale; mais à la face abdominale, le bourrelet se divise en deux parties, dont la supérieure est un peu plus large, et toutes les deux sont couvertes de crochets épineux, et laissent entre elles un espace lisse ; sur ces mêmes segments on remarque un petit bourrelet latéral et accessoire.

Le premier segment et le dernier ont une configuration spéciale. Le segment antérieur avec lequel la tête est confondue, présente en dessous, à son extrémité, les parties de la bouche. Ces parties se composent de deux appendices saillants et globuleux, à base cylindrique, garnie de rides transversales, entre lesquelles apparaissent les crochets mandibulaires ; coux-ci sont très-aigus, simples et sans dentelures, placés l'un à côté de l'autre. Ils sont isolés dans leur partie extérieure, mais ils sont intimement unis dans 1 épaisseur des tissus. Le chaperon céphalique qui recouvre ces parties est garni de petites épines analogues à celles qui se trouvent sur les bourrelets annulaires du corps, mais plus petits ; il en existe de semblables le long de la partie échancrée qui donne issue aux appendices buccaux. De chaque côté de ce premier segment se trouvent les orifices supérieurs du système r.3spiratoire. Ces stigmates céphaliques sont protégés par une plaque cornée garnie de huit éminences moniliformes.

Le segment inférieur est tronqué en arrière pour loger la caverne stigmatique de Léon Dufonr, qui renferme les stigmates postérieurs. Cette caverne est pro-

Page 1