I.OiHBO-iSACRÉ (Nerf). Voy. Lombaire (plexus
liOi^BRic ou ASCARIDE LOiUBRicoiDE. HISTORIQUE. Le lombric est l'un des trois vers de l'homme que les anciens ont connus et le seul sur l'existence duquel il n'y a jamais eu d'obscurité ou de contestation. C'est à ce ver que,
dans des temps plus rapprocliés, se sont adressées les théories relatives aux maladies dites vermineuses universelles.
Les Grecs ont désigné le lombric sous le nom de i)ipit; o-Tooyyù)./;, les Lalms sous celui de lumbricus teres ; les auteurs arabes et ceux du moyen âge l'ont appelé lumhricns rotundus ou longus et rotiindiis ; les modernes l'ont nommé successivement le stvonqle, le lomhrical, l'ascaride lombricoïde ou le lombric.
Les anciens ignoraient que le lombric fût un être organisé ; ils le croyaient un produit, par génération spontanée, des aliments ou des humeurs, ou d'un mélange de la pituite et de la bile, et le considéraient comme une substance qui n'avait de l'animal que la forme. L'organisation de l'ascaride lombricoïde ne fut point connue avant la fin du dix-septième siècle : Tyson, savant amtomiste anglais, et Redi, médecin du grand-duc de Toscane, Cosme 111, donnèrent, en 1685etl6R4, une anatomie de ce ver. Plusieurs savants éminents ne dédaignèrent pas ensuite de s'en occuper, tels sont Vallisnieri, Laennec, Léon Dufour, MM. Jules Clo- (juet, Blanchard, etc. L'histoire de la propagation de ce ver, restée fort obscure, n'a été élucidée que de nos jours.
Zoologie. L'ascaride lombricoïde appartient à l'ordre des Nématoïdes et au genre ascaris (Linné), genre auquel il a servi de type. {Voy. les caractères du genre ascaris, à l'article Nématoïdes.)
Ce ver est cylindrique, atténué aux deux extrémités, blanc ou rougeàtre, avec quatre ligues longitudinales opposées deux à deux, et strié transversalemen ;
La tète, non distincte du corps, est munie de trois valves saillantes, convexes ou semi-globuleuses, dont une supérieure et deux latérales inférieures, entre lesquelles est l'orifice buccal. Les valves chilineuses sont pourvues, en dedans du bord libre, de dentelures microscopiques servant à la mastication. L'intestin est droit et l'aims presque terminal.
Le mâle est long de 1 5 à 1 7 centimètres ; il a l'extrémité caudale légèrement recourbée et munie de deux spi(;ules courts, coniques, un peu arqués.
La femelle est longue de 20 à 25 centimètres. La vulve est située vers le tiers antérieur du corps ; l'appareil génital est Ibrmé de deux tubes très-longs flottant autour de l'intestin dans la cavité générale du corps, et s'abouchant l'un avec l'autre près de la vulve. Les œufs sont ovoïdes, blancs avant la ponte, pourvus de deux enveloppes distinctes : l'une interne, lisse et solide, l'autre extérieure, ti'ansparente, mamelonnée, qui donne à la coque un aspect muriforme. Longueur, 0'",075, largeur, 0'",058. Le nombre des œufs pondus par une seule femelle a été estimé de 50 à 60 millions. Les mâles sont, par rapport aux femelles, dans la proportion de 1 à 5 ou à 4. L'ascaride lombricoïde ne fournit point une carrière indéfinie comme le taenia ; lorsque la ponte est terminée, il périt. On ignore toutefois la durée de sa vie. (Pour plus de détails, voy. l'art. NématoÏoes.)
Le développement de l'œuf de l'ascaride lombricoïde se fait longtemps après la ponte. Gros (de Moscou), le premier, a vu des embryons formés dans des œufs qu'd avait conservés depuis le mois d'août jusqu'au mois de décembre (1849). Schubart, savant médecin hollandais, et enfin Piichter, observèrent de nouveau des œufs développés d'ascarids lombricoïde; mais ces savants n'avaient donné qu'une simple mention de ces faits, lorsque, ignorant leurs observations, j'entrepris, en 1857, des recherches suivies sur le développement de l'ascaride de l'homme.
Le développement embryonnaire de l'œuf de ce ver met ordinairement de cinq à six mois à se faire, de telle sorte qu'il est expulsé depuis longtemps de
LOMBRIC. 8i)
l'intestin de Thomme lorsque l'embryon se forme. Dans les grandes chaleurs de l'été, ce développement s'opère relativement assez vite ; mais on automne et en hiver l'œuf peut rester cinq, six et huit mois sans manifester aucun indice de fractionnement. Le 15 décembre 1861, des œufs recueillis dans les garde-robes d'un enfant et placés dans de l'eau ordinaire, furent divisés en deux portions dont l'une fut conservée dans un appartement et l'autre à la cave. Les premiers commencèrent à se développer à la fin du mois de mai suivant (1862); les seconds ne présentaient aucun indice de développement le 12 juillet 1865 ; le flacon qui les renfermait ayant alors été exposé au soleil, les œufs se fractionnèrent quelques jours après. Les circonstances extérieures ont donc une influence marquée sur le développement de l'œuf de l'ascaride lombricoïde; toutefois les œufs placés dans le même vase offrent entre eux de très-grandes différences dans l'époque ou dans la rapidité de l'évolution embryonnaire.
Le développement s'opère dans l'eau, dans la terre ou dans une atmosphère humide ; il n'a point lieu dans une atmosphère sèche. Des œufs ayant été conservés jjlus d'un an dans des matières fécales desséchées ne m'offrirent aucim indice de développement. Mais si, après une dessiccation prolongée, on leur rend de l'humidité, on constate qu'ils n'ont pas toujours perdu la faculté de se développer. La gelée et une chaleur de 42" centigrades les lai-sent parfaitement intacts. Un séjour trop prolongé, de plusieurs mois par exemple, daus de l'urine ou dans des matières putréfiées fait perdre à l'œuf la faculté de se fractionner, ou tue l'embryon qu'il renferme. Mais sous ce rapport encore on observe d'assez grandes variations et l'on ne peut rien dire de général.
L'embryon est cyhndrique, long de 25 à 50 centièmes de millimètre; il a l'extrémité antérieure obtuse et la postérieure brusquement amincie et terminée en pointe. Pendant les premiers temps de sa formation, et lorsque la ten)pérature est élevée, il offre des mouvements très-appréciables à travers la coque qui le renferme. Il vit jusqu'à cinq ans renfermé dans cette coque ; alors ses mouvements deviennent de plus en plus rares et moins étendus ; mais l'immobilité complète dans laquelle il peut rester n'est point un signe de mort. Dès que la mort arrive, l'embryon offre des altérations manifestes dans ses tissus, qui subissent une transformation graisseuse.
Dans la terre humide ou dans l'eau, l'embryon ne quitte jamais spontanément la coque qui le renferme. D'après des expériences faites sur des chiens (1859), i'ai cru pouvoir établir que, lorsque l'œuf est rapporté dans l'intestin par les boissons ou par tout autre moyen, l'embryon, révivifié par la chaleur du lieu, perce la coque ramollie par l'action des sucs intestinaux, et se trouve alors dans l'organe où il peut atteindre son développement complet. Le 8 octobre 1862, un rat ayant été mis à jeun pendant vingt-quatre heures, afin que son intestin fût vide, je lui donnai du lait contenant un grand nombre d'œufs d'ascaride lombricoïde conservés dans l'eau depuis le 8 octobre 1857, c'est-à-dire depuis cinq ans. Douze heures après le rat fut tué : le lait occupait tout le tube digestif depuis l'estomac jusqu'au caecum. Dans ^e^tomac et dans la première moitié de l'intestin grêle, je retrouvai tous les œufs intacts; dans la seconde moitié, mais presque exclusivement à la fin de l'intestin grêle, je trouvai des embryons sortis de l'œuf et bien vivants, et d'autres qui n'étaient qu'à moitié hors de la coque. Un de ceux-ci que' j'examinai pendant quelque temps sous le microscope, acheva de sortir à mes yeux. Beaucoup d'œufs étaient encore intacts. Je constatai clairement que la coque n'est point dissoute. Les embryons sortent par une extrémité
de l'ovoïde, où il m'a } aru qu'il existe un petit opercule ; ils se replient en dehors sur la coque et s'en servent comme de point d'appui pour achever d'en sortir. On demandera ce que deviennent les embryons restés libres dans l'intestin du rat : on pe,ut prévoir que ces vers, incapables de se développer chez cet animal, doivent être expulsés avec les fèces. C'est, en effet, ce résultat qui a été obtenu dans d'autres expériences semblables faites sur des rats dont les fèces ont été recueillies pendant plusieurs jours après l'ingestion des œufs de lombrics. On y retrouva des coques vides et des embryons libres et encore vivants, mais qui ne tardèrent pas à périr. Si l'œuf eût été introduit dans l'intestin de l'homme, l'embryon devenu libre s'y fut sans doute maintenu, et eût acquis son développement complet. On est porté à croire que la longue durée de l'évolution de l'œuf et de la vie latente de l'embryon, qui va jusqu'à cinq ans, est une condition sine qua non de la propagation de l'ascaride lombricoïde ; car il faut un long intervalle de temps pour que les œufs expulsés avec les matières fécales puissent être transportés par les pluies dans les i^ivières, les mares ou les puits dont l'eau est employée comme boisson ou sert à la préparation des ahments de l'homme.
Cette manière de voir, relativement au mode du retour de l'œuf dans l'intestin de Ihomme, à laquelle on est tout naturellement conduit, suppose que l'embryon, au sortir de l'œ.uf, n'a point d'autre séjour et ne trouve point d'auîres conditions du développement que les voies digestives de Ihomme. Mais quelques naturalistes, d'après des vues théoriques et d'après des expériences de transmission qui sont restées sans résultat, ont été portés à penser que l'ascaride lombricoïde, suivant la même loi que beaucoup d'autres vers tels que la trichine, Yascaris nigrovenosa de la grenouille, etc., ne rentre point directement dans l'intestin chez l'homme, et qu'il habite préalablement un autre séjour. En effet, Mosler, au rapport de Leuckart, administra sans résultat des œufs développés à plusieurs enfants, et Leuckart lui-même tenta de nouvelles expériences sans plus de succès. (Voy., pour plus de détails, l'article iNématoïdes.)
Ces raisons ne suffisent pas pour nous faire admettre que l'ascaride lombricoïde ne rentre point directement dans le tube intestinal de l'homme. D'une part, il n'est pas facile de déterminer avec certitude que les embryons ingérés ne se sont pas développés ou ne se développeront pas après im certain temps ; d'une autre part, des recherches multipliées n'ont rien dévoilé relativement à un séjour intermédiaire pour l'embryon de l'ascaride lombricoïde. Ce petit être ne quitte point la coque de l'œuf spontanément, à moins que ce ne soit dans l'intestin des animaux à sang chaud ; or quel est parmi ces animaux, celui qui nous le rapporte ?
Enfin dans la nature tout est en harmonie, et l'on comprend la raison de la longue durée de la vie embryonnaire de l'ascaride lombricoïde dont l'œuf, expulsé de l'intestin de l'homme avec les excréments, doit y rentrer un jour sans intermédiaire ; mais cette longue durée ne nous paraît plus un attribut nécessaire si l'œuf rencontre en route un nouvel hôte et l'embryon une nouvelle vie.
J'invoquerai encore une expérience qui se fait en grand sous nos yeux, et que nous ne pourrions expliquer si l'ascaride lombricoïde nous arrivait, comme la trichine, par l'intermédiaire de quelque animal. L'observation de chaque jour nous montre que l'ascaride lombricoïde est très-rare à Paris et très-commun dans les campagnes. J'ai attribué ce fait à l'usage de l'eau filtrée qui estuniversel à Paris et exceptionnel à la campagne. L'alimentation donnerait-elle la raison de cette différence? Je vais plus loin : si l'on compulse, comme je l'ai fait, les recueils de
médecine, ou peut s'assurer que les lombrics étaieut très-communs à Paris dans le siècle dernier et jusque dans les premières années du notre. Quelle serait doue aujourd'hui la raison de la diminution si notable des lombrics à Paris, si c'est à l'alimentation qu'elle est due? Nous ne la voyons pas ; tandis que nous voyons l'usage des eaux filtrées s'introduire chez nous au commencement du siècle et devenir général vers 1830. C'est vers cette époque aussi que les recueils périodiques de médecine cessent de faire mention d'épidémies de fièvres vermineuses ou de maladies compliquées de vers.
Pendant longtemps les ascarides des animaux ont été confondus spécifiquement avec l'ascaride lombricoïde; tels sont l'ascaride du cheval [ascaris megalocephala), qui en a été distingué par M. Jules Cloquet; ïascaris suilla du porc, qui acte distingué par Dujardin; l'ascaride du veau, qui est probablement spécial à l'espèce bovine. Il est donc vraisemblable que l'ascaride lombricoïde est une espèce particulière à l'homme.
Le lombric existe dans toutes le> contrées habitées du globe; mais il n'est pas partout également répandu : en France, on le trouve plus communément à la campagne qu'à Paris. M. Abbotts Scbmidt fait la même remarque pour Londres relativement à l'Angleterre. On a dit que ce ver est commun principalement chez les habitants des pays froids et humides, et l'on a attribué au climat une grande influence sur sa propagation. On a voulu justifier cette manière de voir sur ce lait que les lombrics sont très-répandus en Belgique et en Hollande; mais en les trouve aussi bien dans les climats très-chauds que dans les climats trèsfroids : à Cayenne, d'après Bajon, la maladie des vers et le tétanos sont les causes les plus fréquentes de mort, et les autopsies font souvent découvrir un nombre prodigieux d'ascarides lombricoïdes. Pouppc-Desportes à Saint-Domingue, Sigaud au Brésil s'expriment d'une manière analogue sur la fréquence des lombrics. Levacher, aux Antilles, a vu frcquemraent des enfants rendrejusqu à400 et 600 lombrics. Pour la Jamaïque, l'ile de France et Bourbon, nous possédons des témoignages semblables. Enfin Pruner a constaté que, en Syrie et en Egypte, les lombrics sont extrêmement communs chez les enfants. D'un autre côté, Magnus Huss rapporte qu'en Suède, dans plusieurs provinces, presque tous les habitants sont atteints d'ascarides lombricoïdes.
La saison paraît avoir une certaine influence sur la propagation des lombrics. Beaucoup d'auteurs, depuis Hippocrate, ont dit que ces vers étaient plus communs en automne, peut-être parce qu'ils attribuaient aux fruits une action sur la production des vers; d'autres ont indiqué le printemps comme la saison la p)us favorable à leur développement. On pourrait, si ce fait était vérifié, croire que les pluies abondantes de ces saisons, entraînant dans les mares, dans les puits, etc., un grand nombre d'œufs, iavorisent la multiplication des lombrics.
Pathologie. Séjour. L'intestin grêle est le séjour naturel de l'ascaride lombricoïde. Les vers de cette espèce que l'on observe dans d'autres organes y sont venus de l'intestin soit par une voie naturelle, soit par suite d'une lésion pathologique. S'ils arrivent dans l'estomac ou dans le gros intestin, ils ne tardent pas à en être expulsés.
Nombre. Le nombre des lombrics est ordinairement assez restreint ; car, •comme nous l'avons vu, ces vers ne se reproduisent point dans le tube digestif de l'individu qui en est atteint; ils y viennent toujours du dehors, condition qui s'oppose à l'envahissement indéfini de l'homme par les lombrics et met le nombre de ces parasites en rapport avec les circonstanoes accidentelles qui conservent et
fl
transportent leurs œufs. A Paris on ne voit point ordinairement plus de 8 ou
10 ascarides lorabricoïdos chez le même individu ; mais dans les contrées où ces vers sont communs, il n'est pas très-rara de les compter par centaines. C'est ce ju'ou voit fréquemment dans les pays tropicaux et même quelquefois en Europe. Brassavole fait mention d'un vieillard de 82 ans qui rendit 500 vers après l'administration d'un médicament. Dali' Olio, médecin de Modène, raconte qu'il a rendu par la bouche, dans l'espace de deux semaines, 450 lombrics ; et Petit (de Lyon) rapporte que le jeune Gay, fils d'un vétérinaire de Roanne, en rendit 2500 en cinq mois. Les auteurs parlent de beaucoup d'autres cas dans lesquels les ascarides lombricoïdes, au nombre de 2 ou 300, remplissaient l'intestin distendu et se présentaient à l'autopsie agglomérés en pelotons volumineux.
Conditions de fréquence. L'homme à tout âge peut être envahi par les lombrics; cependant on a remarqué que ces vers sont plus communs dans l'enfance, surtout à partir de l'âge de trois ans. Ils sont très-rares chez les enfants âgés de moins d'un an et peu communs chez les adolescents et les vieillards. En généra ils existent chez l'homme pendant un espace de temps assez limité; ils peuvent reparaître à plusieurs reprises ; mais rarement on en est tourmenté pendant une longue suite d'années. Les femmes, dit-on, y sont plus sujettes que les hommes.
11 en est de même pour les sujets faibles, lymphatiques, scrofuleux, pour ceux qui se nourrissent principalement de légumes, de fruits, de laitage, d'aliments de mauvaise qualité ; pour ceux qui ne font point usage de boissons fermentées ou qui ne mangent point d'aliments salés. Cependant il n'a jamais étéfait sous ce rapport de relevé statistique, et l'on trouverait bien des observations qui seraient en contradiction avec ces vues. Les conditions d'âge, de tempérament, de santé, etc., peuvent avoir sans aucun doute de l'influence sur le développement des ascarides lombricoïdes ; mais il ne faut pas oublier que ces vers ne naissent pas spontanément, et que leur développement dans le corps humain n'a lieu que si l'oeuf y a été porté ; or nous avons vu que c'est par l'eau principalement que se fait ce transport dans le tube digestif de l'homme.
Les auteurs qui ont écrit sur les maladies des pays chauds rapportent que les lombrics sont plus fréquents chez les nègres que chez les blancs ; mais ils n'ont pu indiquer d'une manière certaine la cause de cette différence. Dazille croit devoir l'attribuer à la nourriture non fermentée des nègres, R. Dyer à ce qu'ils ne mangent point de sel ; Pouppée-Desportes parait croire à l'influence de la race. Cette particularité peut s'expliquer d'une autre manière : on sait que dans les colonies, comme dans nos campagnes, l'usage des fosses d'aisances est assez généralement négligé, et les nègres ne sont pas plus délicats dans leurs habitudes que nos paysans ; comme eux, ils puisent leur boisson, sans la filtrer, dans les mares et les ruisseaux alimentés par les eaux pluviales qui ont entraîné des œufs de lombrics déposés autour des habitations.
Endémie. Épidémie. Les lombrics deviennent tellement communs dans certaines locahtés ou dans certaines circonstances, qu'on a pu dire qu'ils constituent des affections endémiques ou épidémiques. Déjà, au dix-septième siècle, on avait constaté la présence de lombrics en grand nombre dans des épidémies de dysenterie et de fièvres continues. Les auteurs du siècle dernier surtout en ont fréquemment fait mention. Tout en faisant la part des doctrines erronées qui régnaient à cette époque touchant la nature de certaines maladies et leurs relations avec les vers intestinaux, il est impossible de ne pas être frappé de l'existence presque générale des lombrics dans quelques-unes de ces épidémies,
el Von ne peut nier que la présence de ces vers n'ait quelquefois aggravé considérablement les accidents et réclamé un traitement particulier. En 1730, à Bé ziers, dit BoiiiUet, les ascarides lomhricoïdes devinrent si communs, que presque tous les habitants en furent attaqués; quelques-uns en moururent. En 1757, dans une' dysenterie épidémique accompagnée de lombrics qui régna à Fougères, l'amélioration se manifestait à mesure que les vers étaient expulsés. A Glisson tous les malades attaqués d'affections aiguës expulsaient un grand nombre de vers, et cette complication vermineuse, qui se fit remarquer dans toutes les maladies pendant plus de vingt ans, n'était devenue dominante que depuis une épidémie dysentérique qui ravagea ce pays en 1765. ^
On a vu aussi les ascarides lombricoïdes attaquer les armées en campagne; c'est ce dont ont fait mention P. Brand en 1677, et Bossu en 1745, pour l'armée danoise en Scanie et en Finlande; Pringle pour l'armée anglaise, durant la campagne de Flandre en 1745. Des faits semblables ont été signalés dans l'armée autrichienne et dans les armées françaises à Ravenne, l'an X, dans la Fouille en. 1806 et en Pologne en 1807.
Je dois me borner à ce petit nombre de citations ; toutefois les médecins du • siècle dernier et ceux des premières années du notre ont lait mention d'un grand nombre de maladies diverses, pneumonies, pleurésies, dysenteries, fièvres muqueuses, putrides, etc., dans lesquelles des lombrics étaient expulsés, maUidies ■qu'ils attribuaient à ces parasites et que, pour cette raison, ils appelaient vermineuses univey^selles . Tout le monde connaît les relations de van den Bosch, de Lépecq de la Clôture, de Rœderer et Wagler, etc. Ce n'est point ici le. lieu de m'expliquer sur la part que les entozoaires prenaient dans les phénomènes observés; mais il ne sera sans doute pas sans intérêt de faire remarquer que les endémies ou les épidémies, si fréquentes alors, trouvent une explication facile, dans les connaissances que nous avons acquises sur le mode de propagation des lombrics. Il faut en rechercher la raison dans les habitudes sordides des populations qui en étaient atteintes et dans l'impureté des eaux dont elles faisaient usage. Les deux faits suivants, l'un d'endémie, l'autre d'épidémie de lombrics observées dans le siècle dernier, pourront servir de confirmation à ce que je viens de dire :
Marteau de GrandvilUers parle d'une épidémie de tœiiia qu'il observa dans un village de Normandie. Dans ce village les lombrics aussi existaient universellement et en grand nombre; un malade, par exemple, avait rendu 377 vers en dix jours. Or quelles étaient les habitudes des habitants? « Dans cette partie de la Normandie les puits sont profonds, dit Marteau de Grandvilliers, les maisons très-écartées les unes des autres, et les voisins ne pouvant s'entr 'aider à tirer de l'eau, tous se servent de celle des mares. Il y a lieu de présumer que c'est dans ces eaux croupissantes que se trouvent les œufs du taenia. » C'est assurément dans ces eaux que se trouvaient ceux des lombrics.
Dans l'épidémie de fièvre muqueuse qui sévit à Gœttingue pendant le siège que cette ville soutint en 1760-61, tous les malades presque sans exception, avaient des lombrics et des trichocéphales. Or, dans le livre de Rœderer et Wagler sur cette épidémie, on trouve le passage suivant : « Dans la circonstance où nous étions, on ne pouvait faire de la bière, en sorte que l'on ne trouvait pour satisfaire sa soif que de Veau troublée par les pluies et remplie d'ordures ; car les écoidements des immondices et des fumiers amoncelés derrière chaque maison se répandant sur la terre, pénétrèrent bientôt les fontaines et les infectèrent. Nous
n LOMBRIC.
avions beaucoup de cavalerie, de sorte que nos rues étaient couvertes de fumier, et de chaque côté elles étaient bordées, en forme de baies, par des excréments humains, »
Lésions fonctionnelles. — Sijmplônies . La présence des ascarides lombricoïdes dans l'intestin ne détermine pas toujours des phénomènes appréciables ; elle est même compatible avec la santé la plus parfaite, surtout lorsque ces vers ne sont pas très-nonibreux. Les principaux symptômes sont des douleurs pongitives, des coliques dont le siège est à l'ombilic, la tuméfaction du ventre, des nausées, quelquefois des vomissements, de la diarrhée avec des selles glaireuses ou striées de sang. On remarque encore, surtout chez les enfants, quelques-uns des phénomènes suivants ; bouffissure de la face, couleur bleuâtre des paupières, dilatation des pupilles, démangeaisons du nez, odeur aigre de l'haleine, salivation, désordres de l'appétit, toux sèche, irrégularité du pouls, rêves fâcheux, agitation, grincements de dents, douleurs vagues dans les membres, amaigrissement.
Diagnostic. La réunion d'un certain nombre de ces phénomènes peut faire présumer avec plus ou moins de probabilité l'existence des lombrics ; néanmoins, ensemble ou séparément, ils ne suffisent point à établir un diagnostic certain. D'un autre côté, la sortie spontanée de quelque ascaride lombricoïde ne peutdonner que des présomptions sur la présence dans l'intestin d'un certain nombre d'autres; car, bien que l'expulsion de ces vers soit généralement regardée comme un signe pathognomonique de leur existence actuelle, nous avons eu souvent, à Paris, l'occasion de constater que le lombric expulsé était seul dans le tube digestif.
La recherche des œufs des lombrics dans les matières évacuées par les malades donne un moyen de diagnostic facile et certain. En effet, nous avons vu que les œufs de ces entozoaires ne se développant que plusieurs mois après la ponte, sont évacués avec les fèces ; il suffit donc d'en faire la recherche au microscope. Mais pour que cette recherche puisse devenir un moyen pratique de diagnostic, il faut que le nombre des œufs soit tel qu'on les trouve tout de suite et qu'ils aient des caractères assez précis pour qu'on ne puisse les confondre avec d'autres petits corps. Or, c'est ce qui a lieu en effet : Eschricht évalua le nombre des œufs d'un lombric dont il fit l'examen, à soixante-quatre millions (64, 000, 000). Leuckart estime la ponte d'une ascaride lombricoïde à soixante millions d'œufs par an, soit quinze mille par jour. Ce serait chez im individu atteint d'un seul lombiic femelle, et régulier dans ses fonctions, quinze mille œufs par garde-robe.
Leur recherche n'est donc pas difficile ; en voici la preuve clinique : J'examinai les garde-robes d'une jeune fille venant de la campagne et j'y découvris un grand nombre d'œufs d'ascaride lombricoïde. Ayant formé avec une portion de ces matières des parcelles aussi exactement que possible de la grosseur d'un grain de blé, je comptai dans chacune d'elles depuis 320 jusqu'à 5000 œufs. Après l'administration de la santonine, cette jeune fille évacua vingt-deux lombrics, dont treize femelles et neuf mâles. Chez un jeune garçon, les œufs étaient assez nombreux pour que l'on en trouvât toujours au moins un dans le champ du microscope. Après l'évacuation d'un seul lombric à l'aide d'un vermifuge, les garderobes cessèrent de contenir des œufs.
Les œufs des diverses espèces des vers intestinaux de l'homme diffèrent tellement entre eux qu'il n'est pas à craindre de les confondre avec celui de l'ascaride lombricoïde. Celui-ci est ovoïde; il a environ 0"'",075 de longueur et 0'"",058 de largeur. 11 diffère notablement, après avoir séjourné dans les matières intes-
tinales, de ce qu'on le voit dans l'oviducte avant la ponte. La membrane extérieure devient opaque, jaunâtre, et masque presque complètement la membrane interne, de telle sorte que l'œuf de l'ascaride lombricoïde est alors mamelonné uiuriforme, jaune ou brun.
Les seuls corps avec lesquels on puisse confondre l'œuf de l'ascaride lombricoide sont les zoospores de quelques champignons qui vivent en épiphytes sur certains végétaux, telles sont les zoospores des cystopus et les spores de la Iruife. Les premières ont leurs diamètres plus petits que ceux de l'œuf de l'ascaride lombricoïde ; ou ne les trouverait d'ailleurs qu'en fort petit nombre et accidentellement. Les spores des truffes n'ont que 0""",03 à 0""",05 de diamètre, et les aspérités dont elles sont couvertes représentent de véritables épines, ce qui leur donne l'aspect de la châtaigne recouverte de son brou, tandis que l'œuf du lombric a l'apparence d'une mûre. Le plus ordi- „ ,, r.
nairement, d ailleurs, ces spores se trouvent dans les garde-robes renfermés au J'^Si^^^SZt '"' ''"'
nombre de trois ou de quatre dans leur ^^g ^ Spores de truffe recueillies dans les
sporange: La confusion est donc très-facile matières fécules. à éviter.
Si, souvent, il peut être utile de reconnaître la présence des lombrics dans l'intestin, il peut être aussi parfois utile d'affirmer leur absence. Le petit-fils de l'un de nos chimistes les plus éminents ayant été atteint de phénomènes graves, les médecins qui lui donnaient des soins pensèrent à des accidents vermineux ; mais l'examen des matières intestinales me lit constater l'absence des vers ; en effet, l'enfant mourut quelque temps après d'une méningite.
Affections sympathiques. Outre les phénomènes que nous avons mentionnés comme symptômes de la présence de l'ascaride lombricoïde, il se manifeste quelquefois des lésions fonctionnelles de divers organes, lésions plus ou moins passagères ou persistantes, plus ou moins graves, et qui peuvent même devenir mortelles. Les plus communes sont des attaques convulsives qui se rapprochent par '^ leurs caractères de l'épilepsie, de la catalepsie, du tétanos, de l'hystérie. On ob- I serve encore des désordres de l'intelligence, la perversion de certains sens la I chorée, la paralysie, des douleurs générales, etc. Dans les cas d'affections vermii neuses les plus graves rapportées par les auteurs, le nombre des lombrics était généralement considérable ; l'introduction de ces vers dans l'estomac peut aussi contribuer à aggraver les accidents.
Ces accidents ont trouvé une explication satisfaisante depuis que la pliysiolooie nous a fait connaître cet ordre de phénomènes qu'on appelle réflexes et par lesquels sont rattachés les uns aux autres des organes qui n'ont point entre eux de connexité apparente.
Les affections causées par l'ascaride lombricoïde sont rares aujourd'hui à Paris Dans les contrées où ce ver attaque toute la population, les médecins les observent fréquemment; ils les traitent et les guérissent par les vermifuges. Dans nos colonies et dans les pays tropicaux, les phénomènes sympathiques, déterminés par la présence de lombrics, acquièrent souvent une grande intensité et parfois même ils sont suivis de mort : Bajon et Pouppée-Desportes disent avoir fait ouvrir des
enfants et des nègres morts dans des convulsions affreuses et qu'on soupçonnait avoir été empoisonnés; mais ils n'ont trouvé d'autres causes de mort qi:e des paquets de vers entortillés dans Tcstomac et les intestins.
Maladies vermineuses universelles. Si, d'un côté, la physiologie et l'observation nous permettent d'adopter aujourd'hui, relativement aux maladies vermineuses sympathiques, les opinions anciennes qui avaient été rejetées par dos médecins, nos contemporains et nos maîtres, d'un autre côté les progrès de la pathologie ne nous permettent pas d'admettre l'existence des maladies auxquelles on a doimé le nom de vermineuses universelles ; ta savoir : les fièvres continues, la pleurésie, la pneumonie, la dysenterie, l'hydropisie, la goutte, etc., entant que ces affections reconnaîtraient pour cause la présence des lombrics dans le tube digestif. Nous concevons que, sous l'influence de la fièvre, de la diète, de l'altération des matières intestinales, les lombrics s'agitent plus que d'ordinaire ou qu'ils se portent dans l'estomac, et que de là résulte une aggravation des phénomènes nerveux. Nous concevons encore que dans un intestin enflammé, ulcéré, l'action des lombrics soit rendue plus sensible et qu'elle puisse augmenter les douleurs et la fièvre, mais nous ne pouvons admettre avec Avicenne, Goulet, Rosen, P. Frank et d'autres que du corps des lombrics sort une vapeur malfaisante qui s'élève jusqu'au cerveau, ou que les excréments de ces êtres, absorbés avec le chyle, passent dans le sang, dépravent les humeurs, etc. Si parfois les malades atteints d'affections fébriles graves expulsent un grand nombre do vers auxquels on est disposé à attribuer tout le mal, c'est que, sans doute, les vers devenus malades eux-mêmes abandonnent l'intestin, dans lequel ils ne retrouvent plus les conditions normales de leur existence. Sans la maladie, leur présence fût restée ignorée.
Accidents physiques ; étranglement. L'accumulation des lombrics dans l'intestin peut-elle être \me cause d'obstruction, d'ilevrs ou d'étranglement des hernies? On a vu l'intestin comme bourré par des lombrics sans qu'un obstacle sérieux fût apporté au cours ordinaire des matières. Rudolphi conclut de ses nombreuses observations sur les animaux que « entre les vers, quelque accumulés qu'ils soient, le chyme ou les matières fécales circulent librement, et s'il entre dans le tube digestif des matières dures, les vers les détruisent et les déchirent.» Cependant, plusieurs médecins ont émis une opinion contraire : Requin ayant observé le cas d'un homme qui mourut avec une obstruction intestinale, en attribua la cause aux vers ; à ce sujet, il fait la remarque que l'intestin était rétréci dans toute sa longueur, sans doute, dit-il, par suite de l'abstinence forcée à laquelle la nature même des accidents avait réduit depuis longtemps le malade. Une obstruction déterminée par les vers aurait produit plus certainement une dilatation de l'intesfin.
Ayant observé des cas d'intussusception dans lesquels il y avait en même temps des lombrics, Morgagni supposa que ces vers peuvent être une cause d'invagination intestinale par suite des mouvements convulsifs qu'ils occasionnent. Le spasme de l'intestin, qui serait déterminé par la présence des lombrics, a étc aussi invoqué comme cause d'étranglement des hernies par Wedekind et Richter. Ces auteurs pensent de plus que l'éti^anglement peut avoir lieu par l'accumulation seule des vers. Mais leurs explications ont été réfutées par Bremser et par d'autres. Elles n'ont point été confirmées par les médecins de notre époque.
Migration par des voies naturelles. Bien que les ascarides n'aient point de tendance à quitter leur séjour normal, on les voit cependant quelquefois se porter
hors de rintestin, soit par leurs propres mouvements, soit qu'ils aient été chassés par les contractions intestinales. Dans ces cas, ils quittent leur séjour habituel par une voie naturelle ou par une ouverture accidentelle, et cette migration s'accomplit pendant la vie ou bien après la mort du sujet. Il ne faut pas croire, en effet, que les vers rencontrés à l'autopsie dans un organe s'y trouvaient nécessairement pendant la vie du malade. Les mouvements des lombrics sont assez énergiques pendant les quelques heures qui précèdent le refroidissement du cadavre pour que ces vers puissent se transporter hors de leur séjour normal.
Introduit dans Vestomac, le lombric donne lieu, plus souvent que dans l'intestin, à des accidents sympathiques ; au reste, il ne tarde pas à être expulsé de cet orga«e par le vomissement.
Dans Vœsophage, ces entozoaires ne causeraient d'accidents graves que s'ils étaient accumulés en pelotons assez volumineux pour exercer une compression sur le conduit aérien : tel fut le cas observé par Tonuclé d'un enfant qui faillit être suffoqué par un énorme paquet de vers arrêtés dans le tube œsophagien.
Dans \e pharynx, les ascarides sont bientôt chassés par des efforts de vomissement, ou bien les malades les en retirent avec les doigts.
II est assez fréquent de voir les lombrics sortir par les narines; on observe ce fait communément après la mort dans les pays où les vers sont très-communs, dans nos colonies, par exemple ; mais on ne saurait croire avec Slabber, Bartholin, Brera, Bremser, etc., que les ascarides lombricoïdes puissent prolonger leur séjom- assez longtemps dans les narines pour donner lieu a des céphalalgies et à des vertiges de longue durée.
Wiuslow rapporte avoir observé un lombric qui s'était introduit dans la trompe (VEuslache. En disséquant le cadavre d'une petite fdie, il trouva ce ver dont une extrémité était dans le pharynx, et l'autre était engagée entre les osselets de l'ouïe, Bruneau, médecin à Amboise, rapporte un autre Aùt dont le sujet était une jeune fenuuc ; il parvint à retirer le ver tout entier par le conduit auditif externe.
Enlin, ,1. Rodriguez et Vrayet donnent deux observations de lombrics extraits par le grand angle de l'œil. A propos de ces deux derniers faits, il n'est pas inutile de rappeler que des larves d'insectes ont été quelquefois trouvées sous jes paupières, dans les sinus frontaux, dans l'oreille, les narines, etc., et qu'dies ont pu être prises pour des entozoaires.
Voies aériennes. L'ascaride lombricoïde peut pénétrer jusque dans les voies aériennes. Guersant dit avoir trouvé des lombrics dans les dernières divisions aes bronches, alors que durant la vie aucun phénomène n'avait pu faire supposer l'introduction d'un corps étranger dans ces voies. C'est qu'alors la migration avait eu lieu après la mort ; mais il importe de savoir que les vers peuvent s'introduire dans le larynx pendant la vie et causer une suffocation mortelle, Bien« que le nombre des cas observés jusqu'aujourd'hui soit assez restreint, Aronssohn en a rassemblé six ; j'en ai recueilU huit autres. Dans neuf de ces cas, on a constaté des accidents de suffocation évidemment provoqués par les ascarides. La connaissance de ce fait importe encore à la médecine légale. Un médecin, qu" occupait, il y a quinze ans, une position élevée dans un pays étranger, m'a dit avoir été témoin du fait suivant : Une femme bien portante la veille, ayant été trouvée un matin morte dans son lit, les médecins appelés à constater Ja cause de la mort trouvèrent un ascaride lombricoïde dans le larynx. Pensant qu'un pai-eil ver ne peut s'introduire dans cet organe pendant la vie, il laissèrent l'instruction suivre son cours ; elle fut suivie d'une condamnation aux travaux forcés.
DicT. E.Nc. 2 s, III. 7
Sur les quatorze observations connues, huit fois l'accident est arrivé chez des enfants de quatre à dix ans. Une seule fois la guérison a eu Heu par l'expulsion du ver dans un accès de toux. La mort, dans les autres cas, est arrivée après un espace de temps qui a varié de quelques heures a trois jours.
Les phénomènes que détermine la présence d'un lombric dans les voies aériennes pourraient être confondus avec ceux du ci'oup, de la laryngite spasmodique, de l'œdème de la glotte, et de l'introduction des corps étrangers venus du dehors. Toutefois, les accès de toux et de suffocation que produit l'introduction de l'ascaride dans les bronches surviennent inopinément pendant la meilleure santé et en l'absence de toute notion d'un corps étranger introduit dans la bouche. Pour étabhr le diaguostic, on devra s'enquérir de l'habitude que pourrait avoir le malade de rendre des vers, et surtout on devra inspecter l'arrière-gorge et explorer le larynx, car dans la moitié des cas mentionnés, le ver a été trouvé encore en partie dans le pharynx.
Le traitement consiste dans l'expulsion prompte du lombric ; s'il n'était plus accessible par la bouche, il faudrait administrer des sternutatoires, des vomitifs énergiques, et si, malgré l'emploi de ces moyens, l'asphyxie était imminente, la trachéotomie serait la dernière ressource.
Voies pancréatiques et biliaires. Le conduit pancréatique peut être envahi par les lombrics. Les observateurs en ont mentionné quatre cas. Dans aucun de ces cas, la présence des lombrics n'avait pu être soupçonnée pendant la vie et l'on ne sait aucun phénomène qui s'y rapporte.
Les lombrics ont été trouvés dans les voies biliaires assez souvent pour que quelques auteurs aient pu croire qu'ils s'y développent. Ces entozoaires ne se Ibrment ni dans les voies bihaires, ni dans le tissu du foie; ils n'y sont point non plus portés en germe, comme on l'a dit de nos jours, mais ils y arrivent de l'intestin.
On a rencontré les ascarides lombricoïdes : 1** en partie dans le canal cholédoque, le reste du ver étant encore dans le duodénum ; S*" dans le conduit cholédoque ou la vésicule ; 5° dans les conduits biliaires plus ou moins dilatés sans altération du foie ; 4" dans ces conduits rompus; 5° dans le tissu du foie plus ou moins altéré ; 6° dans le tissu du foie avec abcès ; 7" dans un kyste hydatique du foie.
Les accidents déterminés par les lombrics introduits dans les voies biliaires ont été décrits avec les maladies de ces conduits. {Voy. Biliaires.)
Lésions anatoniiqiies , hémorrhagies, perforations , migration par des voies accidentelles. MM. Bartlicz et Rilliet ont constaté chez les enfants que les altérations intestinales déterminées par la présence des lombrics se bornent ordinairement à une fine injection vasculaire, semblable à celle de l'entérite érythémateuse, injection qui a pour siège la partie occupée par les lombrics. Divers auteurs rappoitent des autopsies cadavériques dans lesquelles les ascarides se comptaient par centaines et qui prouvent que la présence de ces entozoaires est compatible avec l'intégrité de l'intestin.
Les lombrics, chez l'individu vivant, si l'on en juge par ce qui se passe chez les animaux, sont dispersés dans l'intestin et ne sont point enchevêtrés les nus dans les autres. Après la mort, quand vient le refroidissement du cadavre, ces vers s'agitent vivement, se portent dans diverses directions et surtout par les issues qu'ils rencontrent ; c'est ainsi qu'on les trouve quelquefois accumulés dans l'estomac et qu'ils arrivent même au dehors par les narines, fait que les médecins
des colonies ont souvent signalé. Mais lorsque, saisis par le refroidissement, ils ' ont^erdu 1 énergie de leurs mouvements, ils se tortillent et s'enchevêtrent les
uns avec les autres. Alors se forment ces amas ou pelotons que l'on rencontre dans
les autopsies. On aura une conception plus exacte de ce qui vient d'être dit si, ,. plaçant dans un tube avec de l'eau des ascarides simplement engourdis par le jj' froid, on élève la température de cette eau jusque vers 40° centigrades; on voit I ., alors ces vers acquérir dans leurs mouvements une énergie qne l'on ne pourrait , soupçonner à voir les individus qui, épuisés par la ponte ou empoisonnés par les ^ , remèdes, sont expulsés avec les garde-robes des malades. D'après ces considéra- ", tions, il est rationnel d'admettre que le voisinage d'un ascaride lombricoïdc ne
prouve nullement qu'une lésion intestinale trouvée à l'autopsie, soit le fait de
f^ ' cet ascaride; d'un autre côté, il est encore rationnel d'admettre qu'une lésion
' intestinale, qui se ti'ouve à l'autopsie en rapport immédiat avec des lombrics, a été
pratiquée après la mort du malade.
" f Quelque grande que soit l'énergie des mouvements des lombrics, elle est tout à '.* fait insuffisante pour perforer les parois saines de l'intestin. Cela ne pourrait leiili arriver que si ces parois étaient profondément ulcérées, amincies ou ramollies ;
aussi a-t-on cherché à expliquer ces perforations par l'action de l'appareil dentaire ^*''*'^^des ascarides ou par des mouvements paiticuliers analogues à ceux du ver de terre, "'""'^mouvements qui permettraient aux lombrics de s'insinuer entre les fibres des *""*'' parois et de les écarter. La première de ces explications, à laquelle semble s'être
rattaché un éminenthelminthologiste allemand, ne me paraît nullement acceptable, eDljWpai-cc. que les denticules dont sont pourvues les valves de la bouche des lombrics, '^•'étant situées en dedans de la marge de ces valves, ne peuvent s'exercer sur un fflt [«objet situé en avant, mais seulement sur les objets introduits dany l'orifice buccal. Mll'La seconde explication, qui appartient à Mondière, ancien médecin de Loudun,
n'est pas moins inacceptable par la raison que les mouvements des lombrics, analecffllilogues à ceux des serpents, consistent simplement dans des inflexions et des reerfdressements alternatifs et ne sont nullement semblables à ceux du ver de terre Dsftiejui s'enfonce dans le sol.
loloitf Ces considérations nous portent à rejeter l'opinion que les lombrics dilacèrent [vslcties parois intestinales saines, les ulcèrent, les perforent, ou déterminent des hé-
norrliagies. La pression longtemps continuée d'un paquet de lombrics sur un point jgliïle l'intestin, autre explication de Mondière, ne peut non plus donner lieu à des
jerforations ; car rien ne prouve que des lombrics vivants resteraient un nombre ijjjjiéuffisant de jours sans aucun mouvement; morts ils seraient évacués. ,l(sjllè Les faits particuliers cités par les auteurs à l'appui des opinions que nous vedfdijlions de combattre ne peuvent pour la plupart supporter un examen sérieux. Rufrt(l(it''o'pl'^ a fait, relativement à ceux qu'il connaissait, les réflexions suivantes : ,^jjl(ii' « l** 11 n'a jamais vu d'ascarides fixés aux parois intestinales; 2° dans plu- ^çj(g[ieurs cas de perforations attribuées aux vers, les ouvertures étaient tellement ( joujarges que ni le ténia ni les ascarides n'eussent pu les produire; 3° souvent les
erforations ont été précédées d'une hernie; A° dans des cas fréquents où des
. .pjjsers existaient en nombre extrêmement considérable, on a trouvé, à l'autopsie,
.jjjljis parois de l'intestin parfaitement intactes ; tandis qu'an contraire, dans les cas
, ,||j|iiie perforations attribuées aux vers, ces animaux étaient le plus souvent peu nom-
[rfeux ; 6° les lombrics ayant pour séjour ordinaire l'intestin grêle, le siège presque
j|iiclusif des perforations devrait être cet intestin; or, dans beaucoup de cas, les
. jîrforations existaient dans d'autres parties du tube digestif; 6** si les vers sortent
par l'ouverture qu'ils ont eux-mêmes pratiquée, pourquoi le plus souvent les voit-on sortir plusieurs successivement par le même trou ? »
P. Frank, Bremser, J. Gloquet, Cruveilhier ont adopté l'opinion de Rudolpbi, et il n'est personne aujourd'hui qui admette que les lombrics pratiquent de larges perforations.
Dans mon Traité des entozoaires, j'ai analysé tous les cas de perforations venus à ma connaissance et j'ai fait voir que dans presque tous ceux où les lombrics ont été trouvés dans la cavité périlonéale il y avait absence de péritonite. Preuve certaine que les vers étaient arrivés dans cette cavité après la mort du malade, lorsque, chassés par le refroidissement du cadavre, ils s'agitent et cherchent à s'éloigner d'un organe qui ne leur offre plus les conditions normales de leur existence.
Dans les cas, au nombre de 47, où les lombrics ont traversé les parois abdominale.?, la perforation a eu lieu
21 fois à l'aine,
19 fois à l'ombilic,
7 fois dans d'autres régions.
Donc 40 fois sur 47, dans les lieux d'élection des hernies. Or, supposerait- on que les lombrics effracteurs, renfermés dans l'intestin, choisissent les points qui correspondent à l'ombilic ou à l'aine? Bien plus, si l'on fait le relevé de l'âge des malades, on constate que c'est généralement par l'ombilic que les vers sortent chez les enfants et par l'aine qu'ils sortent chez les adultes. Il est donc évident que la perforation attribuée aux lombrics est en rapport avec le siège des hernies, plus fréquentes à l'ombilic chez les enfants, à l'aine chez les adultes, et que c'est aux hernies et non aux vers qu'il faut rapporter les perforations que l'on a mises sur le compte de ces parasites.
Les lombrics parvenus dans l'épaisseur des parois abdominales, déterminent la formation de tumeurs ou de fistules qui peuvent offrir quelques caractères particuliers.
Les timieurs ou les fistules vermineuses se présentent dans trois conditions : 1<* Une tumeur se l'orme : à l'ouverture du foyer, il sort du pus de bonne nature, puis un ou plusieurs vers et point de matières stercorales. On ne trouve pas de communication avec l'intestin. Le foyer se déterge, se ferme, et la guérison est facile et prompte. L'absence de matières intestinales dans ces cas peut s'expliquer en supposant que le lombric, engagé dans une ulcération de l'intestin, est arrivé sous la peau par un trajet très-oblique. L'absence d'autopsie dans tous les cas connus, qui sont d'ailleurs en petit nombre, ne permet point une autre interprétation. On a signalé, dans cette sorte de tumeur, mie sensation particulière de frémissement, de ponction ou de picotement que perçoit le malade et une crépitation appréciable à la main appliquée sur cette partie.
2" Une tumeur, qui a pour siège ordinaire l'aine ou l'ombilic, devient douloureuse ; elle s'accompagne des symptômes de la hernie étranglée, ou de phénomènes généraux plus ou moins graves; quelquefois une escharre se forme au sommet. Par l'ouverture spontanée, ou pratiquée avec le bistouri, sortent du fus, des matières intestinales, enfin plus ou moins immédiatement après des vers lombrics. La plaie reste indéfiniment ouverte et suit la marche ordinaire des fistules intestinales,
3" Une fistule des parois abdominales, existant depuis un certain temps, donne parfois issue à des lombrics. Ces animaux n'avaient pris aucune part à la formation
du trajet fistuleux ; tout au plus peuvent-ils l'entreleuir par leur passage plus ou moins Iréqueiit.
Prophylaxie. La connaissance que nous avons acquise du mode de propagation des lombrics nous donne de précieuses indications sur les moyens de nous préserver de leur invasion. Les œul's expulsés avec les garde-robes peuvent attendre jusqu'à cinq ans dans des mares, des ruisseaux, et sur la terre humide où ils ont été dé[:osL's, l'occasion qui les transporte dans le tube digestif de l'homme. Biais ils ne jouissent pas d'une vitalité aussi prolongée lorsqu'ils séjournent dans des matières putréfiées. Après quelques mois, ils s'altèrent et perdent la faculté de se développer : c'est donc avant tout l'usage des fosses d'aisances, puis des habitudes de propreté qu'il faut conseiller pour prémunir contre l'invasion des lombrics les habitants des contrées infectées de ces parasites. C'est, en second lieu, de se servir dans les préparations culinaires et pour les boissons d'une eau pure et principalement d'eau filtrée.
Traitement. Un grand nombre de médicaments ont été employés. contre les lombrics. La plupart n'ont qu'une efficacité douteuse ou inconstante et doivent être abandonnés en présence d'une substance dont l'administration est focile et l'effet constant, je veux dire la santonine.
A défaut de ce médicament, on pourra avoir recours aux vermifuges anciennement employés, tels que la mousse de Corse, le semen-contra, l'absinthe marine, It^ caiomel, ou bien au kamala, médicament qu'on emploie avec succès dans l'Inde. {Voij. VEniuFUGES.)
La santonine, préférable à tous par la constance de ses effets, par son insapidité et le petit volume de sa dose, s'administre mêlée avec du sucre, du miel ou en pastilles. La dose pour un enfant est de 08%10 à 0s%20, et de 0^^,20 à 0s%50 pour un adulte. M. Bouchut la proportionne à l'âge des enfants et prescrit 5, 10, 15 ou 20 centigrammes par jour suivant qu'ils ont un, deux, trois ou quatre ans. Kiichenmeister conseille de faire prendre la santonine dans de l'huile de ricin. Celte substance doit être prescrite pendant plusieurs jours de suite, après lesquels il est bon d'administrer un léger purgatif.
[/inspection microscopique des matières expulsées peut donner des indications précises sur l'opportunité de continuer ou de cesser l'administration du remède.