LUT
presque toujours efficaces, tandis que le lupus scrofuleux, dont la marche est beaucoup plus lente, ue se laisse souvent modifier qu'après un temps très-long, c'est-à-dire alors que se sont produites des destructions parfois considérables et d'horribles mutilations.
Traitement du lupus scrofuleux tuherculo-ulcéreux . Les moyens généraux sont ceux que nous avons indiqués pour le lupus non ulcéreux de même nature.
C'est ici surtout qu'il convient d'insister sur l'hygiène, les toniques, une ali mentation substantielle et réparatrice, car il y a peu à compter sur les efforts d'une constitution viciée et toujours plus ou moins affaiblie par l'atteinte de la diathèse en évolution.
La médication locale varie suivant les circonstances. Si l'ulcère est très-superficiel, il suffira parfois de l'exciter légèrement au moyen de lotions faites avec l'eau de chaux, le vin aromatique, la glycérine, la teinture d'iode, le sulfure de potasse dissous, le coaltar saponinc, etc.
Les fongosités seront attaquées par la poudre d'alun, le nitrate d'argent, et dans certains cas, par le nitrate acide de mercure. Les portions de peau amincie et décollée, s'il en existe, seront excisées soit avec des ciseaux, soit avec le bistouri, ce qui vaut mieux, en ayant soin de couper en dédolant de manière à transformer les bords de la plaie en une sorte de talus qui aille s'inclinant de la peau saine vers le fond de l'ulcère.
Le plus ordinairement, c'est la teinture caustique d'iode et quelquefois le biiodure de mercure en pommade qui nous servent à cautériser les surfaces ulcérées de la scrofulide tiiberculo-crustacée ulcéreuse. Le solutum saturé d'iode doit être appliqué sur toute l'étendue de l'ulcère, aussi bien sur la peau que sur les muqueuses, quand celui-ci anticipe sur le tégument interne. E. Bazik.
HJS1T.4X1EXS. Voy. Ibériennes (Races).
LUT. Dans les laboratoires de chimie on emploie plusieurs luts ou mastics pour rendre hermétiques les fe'-metures et jonctions des appareils ; la composition de ces luts varie selon la nature du vase et de la substance à traiter, selon la température à laquelle ces vases doivent être exposés, etc., etc. Nous donnerons ici la composition des principaux de ces luts.
Lut d'amandes. On pulvérise finement le tourteau exprimé des amandes, ou incorpore à la poudre une suffisante quantité d'empois d'amidon pour lui donner la consistance de pâte ductile. Ce lut sert dans les laboratoires pour recouvrir les bouchons des appareils, et surtout pour fermer hermétiquement les jointures des alambics.
Luis gras. C'est une pâte ferme préparée avec de l'argile blanche finement pulvérisée et de l'huile de lin. En vieillissant ce lut devient très-dur ; il sert avantarreusement pour les acides minéraux (acide azotique). Le mastic des vitriers est une pâte taite avec du carbonate de plomb ou céruse, et de l'huile de lin. Pour réunir entre elles les diverses parties en fonte ou en fer des machines, on se sert d'un lut préparé avec du minium et de l'huile de lin qu'on serre fortement entre les jointures ; quand les intervalles qu'on veut boucher sont considérables, on se sert de tresses de chanvre enduit de ce mastic.
Mastic des fonlainiers. Ce lut est excellent pour rendre hermétiques les fermetures et jonctions des appareils ; il est formé par un mélange de résine, de
224 LLVIGIM.
suif et de colcotar. On l'applique à chaud; on le rend aussi fusible qu'on veut en y ajoutant une quantité convenable de suif et de cire.
Pour relier entre eux les tuyaux de fonte, et en général pour sceller des pièces de fer ou de fonte, on se sert d'un lut qui adhère au bout de quelque temps, et j^^rend une très-grande dureté ; il consiste en un mélange de limaille de fer fine, 40 parties ; fleur de soufre, i partie; sel ammoniaque, 2 parties. Au moment de l'appliquer on en fait une bouillie avec de l'eau. Au bout de quelque temps il s'est effectué une réaction chimique avec formation de sulfure, d'oxychlorure et d'oxyde de fer, et le mélange se prend en une masse solide. Les vases en fer réparés ainsi résistent à l'action de l'eau et de la chaleur.
Un excellent lut pour recoller les vases en porcelaine, taïence, marbre, etc., s'obtient en gâchant de la chaux vive pulvérisée avec du blanc d'oeuf, ou mieux avec du fromage blanc ; il faut l'appliquer très-rapidement, car il se dessèche très-vite et prend une très-grande dureté. On peut le prépai^er aussi delà manière suivante : on débarrasse le plus possible, par la pression, du fromage blanc frais de son sérum, on l'étalé et on le fai; sécher, à l'aide d'une douce température, le plus promplement possible, et on le réduit en poudre. A 9 parties de celte poudre on ajoute 1 partie de chaux vive et 1 dixième de camphre, le tout ûnement pulvérisé; on conserve le produit dans un flacon bien bouché. Pour s'en servir, on en délaye un peu dans de l'eau, et on applique la bouillie qui en résuite immédiatement.
La composition suivante peut servir aux mêmes usages : on fait d'une part une solution de 1 partie de mastic dans 6 parties d'alcool, et, d'autre part, on fait dissoudre par trituration 1/2 partie de gomme ammoniaque dans 16 parties d'eaude-vie ; à cette dernière solution on ajoute 2 parties de colle de poisson coupée en petits fragments, on chauffe jusqu'à dissolution, on passe et on mélange les deux liqueurs. On l'applique à chaud sur les jointures.
Mastic pour les dents. Je crois utile de donner ici la compositon d'un mastic qui peut rendre des services en remplaçant les matières métalliques et autres pour le plombage des dents. On prépare d'abord une solution de sdicate de potasse soluble, on l'évaporé en consistance d'un sirop très-épais, et on l'enferme dans un flacon bien bouché. Dans un autre flacon également bien bouché, on met du plcàtre tiès-pur et très-finement pulvérisé. Au moment de s'en servir, on incorpore le plâtre au silicate, de manière à avoir une petite misse en consistance de pâte ferme que l'on introduit dans la dent. 11 se fait par double décomposition du silicate de chaux, c'est-à-dire une matière très-dure, adhérente et indécomposable par les acides. Lutz.
liUTÉOLE. Voy. Gadde, Réséda.
f.LTlDllVE. Alcali organique, l'un des produits de la distillation sèche des os, et aussi, d'après Greville Wdliams, de la distillation de la cinchonine avec la potasse caustique. Liquide oléagineux, peu soluble dans l'eau; bouillant à 154". Les sels de lutidine sont pour la plupart très-sol ubles.
E.IJV1GIIVI (LciGi) en latin Luisinus, né à Udine au commencement du seizième siècle. 11 avait dabord, à l'exemple de ses trois frères, suivi la carrière des lettres, mais il l'abandonna bientôt pour l'étude de la médecine, et, dans cette nouvelle direction, il se montra surtout comme érudit. On lui doit une précieuse collection, celle des auteurs qui, à partir du quinzième siècle, ont parlé de
la maladie vcuérieune, ouvrage complété plus tard par Gruiier. (Fo?/.ce iioiii.)
Luvigini mourut, dit-on, dans uu âge très-avancé à Venise où il exerçait sou
art. On a de lui :
I. Aphorismi Hifpocralis hexametro carminé conscripti. Veiiet., 1552, in-8°. — II. De compcssciidls animl affedibiis pcr 7)ioralem philosophiam, elc. Lib. III. Ibid., 1561 ; Basileae, I5t)2; Argentorati, ni3, in-8°. — lll. De confcssione œrjrotnnlhnn a die decubitux mstituenda. Venet., 1563, in-8°. — IV. Dialogo délia cccilà. Ibid., 15G9, in-S". — V. De morbo gallico omnia quœ extant apitd omnes medicos cujuscunqiie nationis. Venetiis, ISGO-ôT, -2 tomes in-fol. — Réimprimé sous le titre : Aphmdisiacus sive de lue vencrea in duo volumina bipnrlitus, conlinens etc. Ibid., 1599, '2 t. in-lbl. Autre rcimpr. édit. par Boerliaave. Lupd. Bntav , 1728, 2 t. in-fol. — VI. Questiones de balneis dans le traité de L. Pasiiii, De Iherinis patavinis, in De balneis, par Baccius, etc. E. Bgd.
LUXATIOXS EX GÉNÉRAL. DÉFINITION. Nous appelons /wa^ûiion {luxatio, Verrenlning) tout déplacement permanent partiel ou complet des surl'accs articulaires de contiguïté (diarthroses) et de continuité (synarthroscs). La séparation par ccartemcnt direct, plutôt que par glissement des extrémités osseuses synarthrodiales liabituellenient nommée diastasis, diastase, diduction, rentre dans notre définition.
Nous revenons ainsi à la r*anière de voir des anciens, et nous nons fondons sur cette considération, que les définitions doivent être aussi générales que possible.
L'usage donne tort chaque jour aux auteurs les plus récents qui ont restreint les luxations aux articulations de contiguité, et on admet dans le langage usuel les luxations du corps des vertèbres et de l'os iliaque, contradicloirement aux préceptes magistraux.
Nous donnons raison à l'usage et nous nous y conformerons, n'y trouvant que des avantages.
Définitions des principaux auteurs qui ont ccrit sur ce sujet. « Luxation est sortie de la teste de l'os hors sa cauité en vu lieu inaccoustumé, qui empesche le mouuement volontaire. » (A. Paré, OEuvres complètes, par Malgaigne, t. II,. 348.)
(( La luxation est le déplacement d'un, ou de plusieurs os, de l'endroit où ils sont naturellement joints. » (J.L. Petit, Traité des maladies des os. ¥ édit. Paris, 1759, t. I, p. 2.)
(( Il y a luxation toutes les fois que la portion articulaire d'un os est déplacée de sa cavité naturelle. » (A. Cooper, OEuvres chirurgicales, édit. Bertrand , t. I«%p. 1.)
« Il y a luxation lorsque les surfaces articulaires des os sont poussées hors de leur situation naturelle. « (S. Cooper, Dictionnaire de chirurgie praticpte. Paris, 1826, 2*^ partie, p. 88, art. Luxation.)
« Luxation est un changement permanent et plus ou moins étendu dans les rapports naturels des surfaces articulaires des os, surveau à l'occasion de quelque violence extérieure, ou par l'effet de quelque altération organique. » {Coyer, Traité des maladies chirurgicales, 4'" édition, Paris, 1851-, t. IV, p. 15.)
(( On enten 1 par luxation la cessation des rapports entre les surfaces qui concourent à former les articulations. » (Sanson, Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. 1834, t. XI, p. 195, art. Luxation.)
« On donne le nom de luxations aux changements de rapports permanents et contre nature des surfaces qui forment une articulation. » (Marjolin, Dictionnaire en trente volumes, t. XVIII, p. 254.)
WGT. EHC. 2* s m. - 15
« On désigne sous le nom de luxation un changement permanent dans les rapports naturels des surfaces articulaires des os unis jjar diarthrose. » (Xéla'on, Eléments de pathologie chirurgicale, t. II, 18-i7-48, p. 581.)
« Une luxation est le déplacement normal et permanent d'une articulation. » (Malgaignc, Traité des luxations et des fractures. Paris, 1856, t. Il, p. 1.)
« La luxation est le déplacement anormal et permanent des surfaces articulaires. )) (Vidal (de Cassis), Traité de pathologie externe. Paris, 1861, ô^édit., t. II, p. 511.)
« La luxation est le déplacement permanent des surfaces articulaires unies par diarthrose.» (Follin et S. Duplay, Traité élémentaire de pathologie externe. Paris, 1868, t. III, p. 188.)
« On appelle luxation un changement de position complet et permanent des extrémités articulaires voisines, qui s'étend au delà de l'étendue des mouvements normaux de l'articulation. )) Paul, Die chirurgischen Krankheiten des BewegungS'Apparates. Lahr, 1861, p. 250.)
« La luxation est un déplacement permanent des os dans la contiguïté des articulations, tel que les surfaces articulaires ne se touchent plus du tout, ou seulement partiellement, et sont en contact par des surfaces qui ne le sont pas dans l'exécution des mouvements physiologiques. » (R. Volkmann, Handbiich der allgemebien und speciellen Chirurgie. P. V. Pitha et Biilroth. Erlangen, 1865, t. Il, 2« partie, 1" fascicule, p. 629.)
« Sous le nom de luxation on entend cet état d'une articulation dans lequel les deux surfaces articulaires ont quitté leurs rapports naturels complètement ou en grande partie. )) (Biilroth, Eléments de pathologie chirurgicale générale, trad. Culman et Sengel. Paris. 1868, p. 270.)
Notre définition comprend, comme on le verra, les principaux caractères des luxations : séparation des surfaces articulaires, contiguës et séparées par une synoviale, ou continues ; permanence du déplacement, complet, incomplet, traumatique, organique, congénital.
DÉNOMtNATio>s. On donne aux luxations le nom des jointures dont elles sont le siège; ainsi l'on dit : luxation coxo-fcmorale ou luxation de la hanche; scapulo -humer aie ou de l'épaule, etc. Pour plus de précision on a supposé que l'os le plus éloigné du tronc était le plus mobile et le seul déplacé. La luxation fut dès lors désignée soit sous le nom de l'os luxé, soit sous celui du segment de membre renfermant cet os. Ainsi on dit : luxation du bras ou de l'humérus sur l'épaule ; de la cuisse ou du fémur sur la hanche ; de l'avant-bras sur le bras, ou du radius ou du cubitus, si un seul des deux os est déplacé; cette règle est arnitraire. Dans une-articulation, les deux extrémités osseuses peuvent être alternativement ûxes ou mobiles, comme dans le genou : si le fémur est fixe, le tibiu subira le déplacement, et vice versa. Lorsque les deux os, et c'est la condition la plus ordinaire, sont poussés en sens contraires, ils concourent également au déplacement. Les dénominations propres à faire connaître si un seul os est déplacé, ou si deux le sont à la fois, n'ont pas encore été appliquées dune manière irénérale.
Pour les luxations des os du tronc et de la tète, on a tantôt regardé comme luxé l'os le plus mobile, et l'on dit luxation de la mâchoire inférieure, luxation de l'axis sur l'atlas. D'autres fois on se sert indifféremment des noms des deux os qui ont changé de rapport , et l'on dit luxation de la troisième vertèbre cervicale en avant, conarae synonyme de luxation de la quatrième vertèbre eu arrière.
lIiSTOPiTQUE. L'histoire de§ luxations remonte à la plus haute antiquité. Le genre de vie, les luttes, les exercices gymnastiques rendaient, chez les anciens, ces accidents très-fréquents : des iiommcs spéciaux, gymnastes, et des médecins étaient attachés aux gymnases de la Grèce,
Dans les livres hippocratiques , les luxations sont décrites avec une connaissance aussi étendue queprotondede ces lésions, et tous les travaux de notre temps en conllrment généralement l'exactitude. On trouve quelques notions générales dans le livre K«t' t/jrpîïov (De officina medici), mêlées ou communes à celles relatives aux fractures; mais dans le livre n=ol âpQrju-j, des Articulations , flippocrate examine les diverses luxations en particulier et les décrit d'après nature, sans •explications auafomo-pathologiques, qui manquaient à cette époque.
Hippocratc commence par les luxations de l'épaule, et sans nier la possibilité <le la luxation en haut et en dehors, il avoue ne pas l'avoir observée, et s'occupe particulièrement des luxations dans l'aisselle. Chez les individus amaigris dont les <;hairs ]jériarticulaires sont atrophiées, la saillie de la tète humérale en avant peut être prise pour un déplacement.
« On doit comparer, dit-il, le membre malade au membre sain; on ne regar dera pas les membres d'un autre (car les uns ont naturellement les articulations plus saillantes que les autres) ; mais on regardera les membres du blessé Jui-mème, pour savoir si celui du côté sain est dissemblable de C3ltii du côté lésé. D'une part la tête de l'Immérus fait beaucoup plus de saillie dans l'aisselle du côté malade que du côté sain; d'autre part, le moignon de l'épaule paraît creux, s et l'acromion proéminent, attendu que la tète de l'humérus est descendue dans il la partie inférieure. De plus, le coude paraît plus éloigné de la poitrine du côté ■de la luxation que du cHé sain; en taisant effort pour l'en rapprocher, on le rap lÉ proche, mais on cause beaucoup de douleur. Enfin le blessé ne peut nullement sf porter le bras en haut, le coude étant dans l'extension, comme il fait pour le bras sain; il ne peut non plus faire faire au bras luxé un mouvement de va-et-vient.» {Œuvres complètes d' Hippocratc, éd. Littré, t. IV, p. 104.) Au point de vue du diagnostic, Hippocrate signale la confusion possible entre se -une luxation du bras et une luxation de l'extrémité acromiale de la clavicule.
(( Dans le cas où l'acromion a été arraché, l'os ari^aché paraît saillant. C'est imi svirtout dans cette lésion que les médecins se trompent (l'os arraché se portant : plus haut, le moignon de l'épaule paraît affaissé et creux) au point de s'occuper ., de réduire le bras comme s'il était luxé. J'ai vu nombre de médecins qui, du lel! reste, n'étaient pas sans mérite, causer^beaucoup de mal en faisant des tentatives '^i de réduction sur une épaule en cet état qu'ils croyaient luxée, et n'y renoncer Itifl qu'après avoir reconnu leur erreur : ou, dans la persuasion qu'ils avaient affaire à (sll) une luxation de l'épaule, avouer leur impuissance. » (Hipp., loc. cit., p. M7
ê ri5.)
jjiji Pour la hanche, Hippocrate décrit la luxation en dedans, la plus fréquente
juji «elon lui (remarque confirmée par nos observations), la luxation en dehors, la
jjiii deuxième par ordre de fréquence, les luxations en arrière et en avant sont rares. Les signes de chacune de ces luxations sont exposés en détail. « Dans la luxation
i,j en dedans, le membre luxé, comparé à l'autre, [jaraît plus long pour deux rai-
,|t]f sons : d'une part, la tète du fémur s'est portée sur l'os né de l'ischion, et qui
\ remonte vers la région pubienne ; d'autre part, le col est appuyé sur la cavité
jjj cotyloïde. La fesse est creuse en dehors, attendu que la tête du fémur a glissé
^ en dedans, et l'extrémité inférieure de cet os est déviée forcément en dehors
228 LUXATIO^S.
ainsi que la jambe et le pied. Le pied étant aia^i dévié en dehors, le médecin, par inexpérience, porte le pied sain sur le pied malade et non celui-ci sur colui-jà ce qui augmente de beaucoup l'excès de longueur du membre luxé sur le membre sain. En beaucoup d'autres circonstances, de pareilles méprises causent des jugements erronés. Le blessé ne peut pas non plus fléchir, à l'aine, la cuisse malade comme il fléchit la cuisse saine, et, en portant la main, on sent la tête du témur qui fait une saillie manifeste au périné. » {Loc. cit., p. 225, g 51.)
Des descriptions analogues sont faites pour les luxations en dehors, en arrière, en avant.
Au coude, Hippocrate décrit les luxations : antérieure et postérieure, complète ou incomplète; latérales; la luxation du radius.
Cet auteur étudie les luxations complètes et incomplètes de l'avant-bras au poignet, en avant ou en arrière, latérales et toute cette doctrine a été contestée et niée à tort ; mais il est aujourd'hui avéré que les luxations radio-caipiennes sont très-rares et véritablement exceptionnelles. — La luxation de l'extrémité inférieure de l'un des deux os; la diastase de l'articulation intérieurs des deuj os de l'avant-bras ; la luxation des doigts ; la luxation d'un des condylcs et celle des deux condyles do la mâchoire; les luxations du genou, du cou-depied, du Cidcanéum, du tarse, du métatarse et des orteils sont également indiquées.
Hippocrate signalait déjà les variétés de luxations, a Toutes les articulations, dit-il, présentent des différences, et même de grandes différences, quant à retendue des déplacements qu'elles peuvent éprouver, excepté les têtes du fémur et de l'humérus, dont la luxation n'offre guère à cet égard de variétés. En eflet, les deux têtes, étant arrondies, sont en forme de sphère régulière et lisse, et les cavités qui les reçoivent étant sphériques, se trouvent ainsi adaptées à la conformation des tètes, cela ne permet pas à l'extrémité articulaire de sortir à demi; en raison de sa forme arrondie, elle glissera en dehors ou rentrera. Ainsi donc les articulations de la cuisse et du bras se luxent complètement et ne se luxent pas autrement; cependant la tète de l'os s'écarte tantôt plus, tantôt moins de sa position naturelle, et ces diiïérences sont un peu plus notables à la cuisse qu'au bras. » {Loc. cit., p. 265.) Hippocrate n'admet donc pas les luxations incomplètes énarthrodiales.
Les luxations compliquées sont signalées avec issue des os à travers les ligaments, aux articulations tibio-tarsicnne, radio-carpienne , fémoro-tibiale , humérocubitalo, des phalanges des doigts et des orteils. Notons ici comme lait important, qu'Hippocrate proscrivait la réduction dans les luxations compliquées.
Hippocrate insiste sur la nécessité de réduire les luxations le plus tôt possible. « Toutes les luxations doivent être réduites immédiatement, si l'on peut, étaul encore chaudes, siuon aussi tôt que possible. » [Loc. cit., p. 517.) Un certain nombre de difficultés étaient reconnues. « Ainsi il importe, dit Hippocrate, de u;' pas ignorer que les constitutions diffèrent grandement des constitutions, qua"' à la fiicilité avec laquelle les luxations se réduisent. 11 y a aussi à cet égard quelque différence entre les cavités articulaires, l'une étant aisée à franchir, l'aiilK' l'est moins ; mais ce qui constitue la différence la plus considérable, c'est 1 attache formée par les ligaments qui est extensible chez les uns, rigide chez le> autres. » (Loc. cit., p. 95.) Chez les personnes maigres, les luxations sont pluj fréquentes, et la réduction plus prompte que chez les personnes charnue.*'
Enfin llippocrate s'occupe avec attention des effels consécutifs aux luxations non réduites. « Chez les individus qui ont gardé non réduite une luxation de l'épaule, dit il, s'ils sont encore dans l'âge de croissance, l'humérus ne se développe pas comme celui du côté sain; il croit, il est vrai, un peu, mais il reste plus court que l'autre. » [Loc. cit., p. 115.) Dans les luxations de la cuisse non réduites, llippocrate étudie les attitudes que prennent nécessairement ceux qui sont affectés d'une luxation en dedans {loc. cit., p. 2-i7),en dehors (p. 259), en arrière (p. 249), en avant (p. 257). Il montre les effets d'une ancienne luxaliou sur un membre dont la croissance n'est pas achevée. « La cuisse, la jambe, le pied, dit-il, éprouvent une détérioration; car d'un côté les os n'en continuent pas à croître en longueur comme les autres, et ils se trouvent plus courts, surtout l'os de la cuisse; d'un autre côté, tout le membre inférieur devient décharné, sans muscles, énervé et plus grêle; altérations qui proviennent de ce que la tête du fémur est sortie de sa place, et de ce qu'il est impossible d'exercer le membre à c^use de sa situation contre nature. En effet, vm certain exercice remédie à l'excès d'énervation des chairs; il remédie aussi jusqu'à un certain point au défaut d'accroissement dans le sens de la longueur. » {Loc. cit., p. 231.)
« Quant à la croissance relative des os, voici comment elle se fait : dans la luxation de l'os de la jambe au cou-de-pied, les os du pied sont ceux qui croissent le moins, attendu qu'ils sont les plus voisins de la lésion ; les os de la jambe croissent un peu moins seulement, mais les chairs s'atrophient. Dans le cas oii l'articulation du pied restant intacte, celle du genou a été luxée, l'os de la jambe ne suit pas la croissance de l'autre, mais éprouve le plus grand raccourcissement, attendu qu'il est le plus voisin de la lésion. Les os du pied diminuent, il est vrai, mais non pas autant qu'il a été dit précédemment, attendu que l'articulation du pied est dans son intégrité, et si l'estropié pouvait se servir de son pied comme on se sert d'un pied-bot, ils diminueraient encore moins. Dans le cas oîi la luxation siège à la lianchc, l'os de la cuisse ne suit pas le progrès de la croissance, attendu qu'il est le plus voisin de la lésion, et il reste plus court que celui d.i côté sain. Quant aux os de la jambe, ils ne sont pas autant privés de croissauce, non plus que les os du pied, et la raison, c'est que l'articulation de la cuisse avec la jaiubo, est restée intacte, ainsi que l'articidation delà jambe avec le pied; mais les chairs s'atrophient dans tout le membre iulérieur. Si toutefois ces estropiés pouvaient s'en servir, les os, excepté celui de la cuisse, prendraient, comme il a été dit, encore plus de croissance, et ils seraient moins décharnés, tout en l'étant beaucoup plus que si le membre ^tait intact. « {Loc. cit., p. 255.)
Les moyens de réduction employés par Hippocrate sont multiples. Pour l'épaule, la réduction s'opère par la main, le talon, l'épaule, le pilon, l'échelle et une machine spéciale appelée ambi. {Voy. Traitement.) Pour la cuisse: par la suspension, y extension et la contre-ertension horizontales , et à l'aide d'un instrument appelé banc d'Hippocrate. {Voij. Tr.Airi.MEKT.) On employait encore Vambi et Y outre.
Le traitement consécutif à la réduction des luxations consiste dans la position du membre, le repos, les frictions, le massage, suivant le cas.
Les récidives étaient conimes, et la grande facilité des réductions dans ce cas parfaitement signalée. « Ceu.x qui se luxent fréquemment l'épaule, dit Hippocrate, sont généralement en état de réduire eu.v-mèmes leur lu\'alion, mettant les
cond\les des doigts de l'autre main dans l'aisselle; ils poussent en haut la tête de l'os et ramènent Je coude vers la j;oitrine. » (Lac. cit., p. 82.) Ponr les récidives, Hippocrate conseillait la cautérisation ignée , faile en des places différentes selon la variété de la luxation (p. 107).
L'existence des luxations symptomatiques semble peu familière à l'auteur. Il ne parle que vaguement des luxations par causes internes ou morbides. L'oiica trouve cependant une indication obscure dans la sixième section des aphorismes. (Âph. 59 et 60.) L'illustre commentateur des œuvres hippocratiques, que nous avons si souvent cité, l'a parfaitement démontré.
Les luxations congénitales ou originelles sont assez longuement décrites.
Jusqu'à Celse, qui vivait sous les règnes d'Auguste et de Tibère, les écrits médicaux manquent, m.ais il est permis de supposer, en lisant les œuvres de cet auteur, que les hommes de l'art n'avaient point abandonné leurs recherches. Après avoir cité Andréas, ^'ileus, Aymphodcrus, Protascbus, lléraclides, Celse parle d'un certain nombre d'apjareils inventés depuis Iliypocrate; ces machines sont : le plinthe de Nilée, le tripaste (VApellide, ou d'Arcliimède, le glossocôme de ^Sijmphodûre. Elles ont été décrites et figurées par Oribase dans sou traité de Machinamentis (traduction de Daremberg). Celse commence son chapitre des luxations par des considérations générales sur les causes, les symptômes, le traiten.ent de ces lésions ; puis aborde l'histoire particulière de celles de la mâchoire, des vertèbres (de capite luxato et de spina luxata), de l'humérus, du cubitus, de la main, du métacarpe, des doigts, du lémur, du genou, du pied, des métatarsiens et des orteils.
A Galieu revient l'honneur d'avoir étudié, {lus que ses devanciers, l'anatomie pathologique. En traitant du diagnostic, il raconte qu'il a élé torturé par le maître de la palestre, où il s'était luxé la clavicule, par suite d'une erreur qui a\oit été faite entre cette luxation et celle de l'épaule.
Galieu adm.et et professe le principe, si contesté depuis lui, que pour faire rentrer un os luxé dans sa cavité, il faut lui faire parcourir le chemin qu'il a suivi pour en sortir. Les règles de la réduction doivent particulièrement se baser sur la conuaissaucc du mécanisme.
Oribase fait preuve de peu de connaissances nouvelles, et répète les préceptes d'Hippocrate et de Celse. « Dans le traité des machines, il indique d'après Héliodore, qui a vécu quelque temps avant Galieu, trois procédés de réduction. Le premier, appelé palestrique, comporte les mains seules et est employé pour les personnes délicates, telles que femmes, enlanls, et les hommes, en cas de luxations récentes. Le nom de ce procédé tient à ce qu'il était appliqué par les maîtres des palestres, tandis que les deux suivants étaient réservés aux médecins. Le second, méthodique, exige le concours de certains instruments qui sont d'un usage commun et génér;il. Le troisième comprend l'emploi de machines ; oui le réserve aux athlètes, aux luxations anciennes, et l'on traite de cette façon le> cas qui ont résisté aux deux premiers procédés.
Paul d'Égiiie conserva les doctrines hippocratiques dans leur simpbcité et fut Je dernier représentant des médecins grecs.
Les médecins arabes, ne pouvant se livrer aux dissections et n'ayant appris l'anatomie que dans les écrits laissés par les Grecs, ne se signalèrent par aucun progrès dans l'étude des luxations.
En France, A. Paré consacre un livre entier aux luxations. (Voy. OEtarescom-
plètes (l'A. Paré, trad. par Malgaigne, t. II, livre XIV, p. 348.) Il commence par des généralités où il traite de la définition, des différences, des causes, des signes, du pronostic et du traitement de ces affections. Un chapitre particulier est réservé à lu descrij tion de quelques instr'iments servant à la réduction. On y trouve lu nioulle. c( Nul auteur, dit JJalgaigne, avant Paré, n'avait indiqué la moufle pour | servir à la réduction des luxations, mais d'ailleurs, il en revendique formellement lui-même la première idée par ces mots : nostre moufle, qu'il répète en divers , endroits. » [Loc. cit., p. 556, note.)
Dans les considérations générales et dans les chapitres sur les luxations en particulier qui suivent, A. Paré fait de nombreux emprunts aux livres hippocratiques. Les luxations symptomatiques et congénitales sont nettement indiquées par cet auteur d'un génie si remarquable. « Les causes des luxations, dit A. Paré, sont trois eu généra!, à savoir : internes et externes, et la troisième est héréditaire. » (Loc. cit., p. 5-49.) Les complications des luxations, les accidents qui peuvent survenir à la partie fracturée ou luxée lui donnent matière à des considérations spéciales.
J. L. Petit posa, un siècle et demi plus tard, les véritables bases de la pathologie actuelle, au sujet des luxations, et prit pour point de départ de ses descriptions, les connaissances nnatomiques. En tète de son chapitre des luxations (Voij. i. L. Petit, Traité des Maladies des os, 1. 1, p. 2), il dit ces mots : c II faut avoir une idée parfaite de la structure des parlies lésées dans cette maladie. » ' Suit un chapitre complet sur la structui'e des articulations, comprenant des détails sur « l'espèce d'articulation, la nature des ligaments, la disposition des muscles, les cartilages, la synovie, le jiassage des vaisseaux, la graisse, la peau. » 11 conclut de cette étude que les articulations « par charnière » se luxent difficilement et que leurs luxations sont presque toujours incomplètes. Quant aux os joints (( par genou » ils se luxent plus aisément et presque toujours complètement. J. L. Petit distingue les articulations par genou à grosse tète et cavité profonde comme la cuisse avec les os innominés ; ou bien par genou, à grosse tète ut cavité superficielle, comme l'os du bras avec l'omoplate ; ou par genou à petite tète et cavité superdciejle comme les jointures des premières phalanges des doii;ts avec les os du métacarpe ou da métacarpe et autres. [Loc. cit.,
P-5-)/ Il fait remarquer que « l'os complètement luxé peut s'écarter plus on moins
de l'articulation et cela ne doit pas toujours s'entendre d'une luxation incomplète, mais d'une luxation complète, dans laquelle l'os, entièrement sorti de la cavité, s'éloigne plus ou moins par la contraction des muscles, par la chute du malade, par les mouvements qu'il fait après sa chute, ou par les épreuves infructueuses de ceux qui ne sont pas versés dans la théorie et dans la pratique de ces maladies. )^ {Loc. cit., p. 10.)
« La disposition et la force des muscles servent à J. L. Petit, à rendre raison de la différente figure que prennent les membres lorsqu'ils sont luxés, et à connaître le lieu où s'est jetée la tète de l'os; elles indiquent les movens faciles delà remettre dans sa place, et montrent à disposer, placer et graduer les forces qu'on emploie pour les extensions, contre-exiensions, et conformations.» [Loc cil p.iO.)
J. L. Petit différencie les luxations selon l'espèce de l'articulation ; lesiét^ede l'os luxé; les causes de la lésion; le temps écoulé depuis la luxation; enfin les maladies et accidents. {Loc. cit.., p. 12.)
Les causes des luxations sont internes : la convulsion permanente ; la faiblesse dos J'gamenls; la paralysie el la pesanteur du membre; le relâchement des ligaments sans a paralysie et la paralysie sans le relcichement ligamenteux ; l'amas de la synovie, le gonllmiient des os externes ; la mauvaise manœuvre d'une sage-femme pendaui l'accouchement ; les effort-:, coujis, chutes. [Loc. cit., p. 1-4.)
Les symptômes sont classés en signes communs ; signes de la luxation incomplète; ^)g^es de la luxation de cause interne; signes qui montrent le lieu que l'os occupe. (Loc. cit., p. 18.)
Les accidents qui accompagnent les luxations sont, d'après J. L. Petit : « la doi;- Icur, d perte du mouvement, les mouvements convulsifs, la paralysie, l'insomnie, rinllamnialion, la gangrène, le craquement , l'ankylose, l'engourdissement et autres. )) {Loc. cit., p. 55.) Le pronostic est résumé en quatorze apliorJsmes.
La cure des luxations comprend trois indications : i° réduire l'os; 2' le maiiilenir réduit ; 5° corriger les accidents présents et prévenir ceux qui peuvent survenir. La fracture, la grande tension, la contusion profonde sont des contreindicauons à la réduction; la réduction comprend : l'extension, la contre-extension eti a conduite de l'os dans sa cavité. (< Cette conduite n'est pas toujours le p^us rouif chemin que puisse prendre l'os pour rentrer, mais c'est celui par lequell os est sorti. On est oblige de suivre ce chemin quand même il ne serai! •pas e piMs court, tant parce qu'il est déjà frayé par la tète de l'os luxé, que parce qu'il conduit à l'ouverture de îa poche ligamenteuse quia été laite par la sortie de la *ète de l'os. » (Loc. cii., p. 5(3.)
J. L. Petit accorde une grande valeur aux moyens mécaniques et propose une nouve..e machine qu'on connaît sous le nom de Réducteur de J. L. Petit. (Voy. Traitement.)
Du\erney, contemporain de J. L. Petit, a laissé un ouvrage important, et très-riche d'observations qu'on consulte encore avec fruit.
Fabre et Dupouy portèrent principalement leur attention sur le rôle des muscles pendant la réduction, et montrèrent que l'extension et la coiitre-extension étaient msuftisantes pour beaucoup de réductions par suite de la résistance musculaire. Ils apprirent à vaincre cette résistance plutôt par des mouvemenls méthodiques que par la force. (Portai et Du: ouy, Journ. de méd.,il{jQ, t. XXVI et 1768, t. XXVIII; Fabre, Journ. des savants, 1768.) Cette doctrine a été adoptée par B. Bell, Mursinna, Bœttcher, par Valentin et par les membres les plus émineiits de l'Académie de chirurgie.
A la même époque, Moreau et Guyenot, membres de l'Académie royale de chirurgie (37 e;n. del'Acad.roy. de chirurgie, t. Il, p. 155, et t. Y, p. 805), firent une étude spéciale des luxations ancicnnnes dont F. de Hilden s'était déjà occupé. L'impulsion était donnée en Angleterre par P. Pott, B. Bell; en Al!eina,:,'iie par L. Heister, Richter ; en Italie par Flajani et Assalini.
Desault, dans ses Œuvres chirurgicales, donne une grande place à l'anatomie pathologique. Dans une série de mémoires sur les luxations de la clavicule, de l'humérus, de l'avant-bras, du radius, du fémur, du pied, il étudie avec une grandi! attention le siège occupé par les parties luxées, les variétés du déplacement, les nouveaux rapports des os. {OEuvres chirurgicales de Desault, t. 1, p. Z^lo.)
Au commencement de ce siècle, Boyer, Delpech, Dupuytren, Lairey, suivirent la voie tracée par Desault et apportèrent successivement de nouveaux faits aux connaissances acquises. En Angleterre, Astl.Cooper vint modiiier et rectifier un
certain uomlne d'idées basées idutôt sur des vues théoriques que sur des observations.
Dans les temps plus rapprochés et encore actuels, Malgaigne a soumis les laits connus à une critique plus sévère, et a complété l'histoire des luxations par des études et des observations multipliées. Dans plusieurs mémoires et enfin dans son traité spécial : Des luxations et des fractures, cet auteur a décrit magistralement les déplacements articulaires. Ses considérations sur les questions relatives aux luxations en général sont d'une importance capitale.
M. Sédillot [voij. les mémoires cités clans le cours de l'article et ses Contributions à la chirurgie, Paris, 2 vol., 4868) fit faire un ))rogrès considérable à la thérapeutique des luxations par l'application du dynamomètre aux appareils de rétiuclion. Grâce à cet instrument, le chirurgien est renseigné à tout moment sur la force qu'il met en usage. M . Sédillot a communiqué à l'Académie des sciences divers mémoires sur les avantages de l'emploi des moufles et du dynamomètre, et, dans son Traité de médecine opératoire (2 vol., 3* éd., Paris, 4865), il a expo.sé divers préceptes nouveaux. L'emploi des ancstliésiques a été généralisé par lui, tandis que quelques chirurgiens le rejettent encore. (Gosselin, Gaz. des hôpitaux, 1869.)
Enfin, quoique auteur de puissants moyens mécaniques parfaitement réglés, il a parlicuhèrement montré l'utilité et l'importance, dans les luxations anciennes, de recourir rarement aux extensions, mais de rompre les adhérences déjà établies par des mouvements partiels, dans lesquels le membre luxé, employé comme levier, les déchire en les faisant port?r à faux, sur des points successivement trèslimités, entre la tète osseuse luxée et les rebords de la cavité de réception.
M. Sédillot a encore indiqué, un des premiers, la voie, si heureusement suivie depuis pur Bonnet, du traitement des luxations non réduites par des exercices répétés, et d a lait connaître les moyens de rétablir la mobilité des membres, après la réduction des luxations anciennes, au moyen d'appareils maintenant écartées les surfaces osseuses en rapport et prévenant la reconstitution des adhérences eî de fausses ankyloses. Ces immenses progrès pourraient faire supposer l'histoire des luxations achevée et complète, mais nos connaissances ne seront jamais qu'un degré de la vérité, et tant d'importantes questions réclament de nouvelles recherches, que la carrière reste ouverte à ceux qui veulent continuer les œuvres déjà accomplies et accroître les champs inépuisables de la science.
Divisions Les luxations comprennent deux grandes divisions : les luxations acquises ou développées après la naissance, et les luxations congénitales, dont la production a été intra-utérine.
Les luxations acquises occupent le premier rang par leur fréquence et sont partagées en deux ordres : les luxations traumatiques et les luxations symptomatiques ou morbides.
Les luxations traumatiques ou accidentelles , encore appelées luxations violentes, surviennent dans des articulations saines et dépendent d'une violence extérieure ou de la contraction musculaire.
Les luvalions sgmptomatiques, morbides, spontanées, consécutives ou pathologiques, s'exphqucnt par des altérations organiques articulaires.
Les luxations congénitales ou intra-utérines ont lieu, comme l'avait signalé llippocrate, dans le sein de la mère.
Les luxations produites pendant les manœuvres de l'accouchement appartiennent aux luxations traumatiques, mais peuvent être facilement confondues avec les
234 LLXATIOAS.
congénitales; aussi, les réunit-on généralement dans la même descrij:tion. Dans nos généralités nous ne comprenons que les luxations traumatiques ; les. luxations symptomatiques et congénitales seront traitées à part.
I. LuxATio.NS TPvATJMATiQiES OU AcciDEiSTELLES. — Cws^s.Les cttuses prédisposantes sont :
1" Individuelles. Hippocrate, A. Cooper ont signalé certaines constitutions ht tissus lâches et peu résistants comme prédisposées aux luxations.
Volkmann {Handbuchder allgem. und speciellen Chirurgie, t. II, p. 2% p. 650) considère le développement très-prononcé des saillies osseuses comme une cause prédisposant aux luxations, circonstance dont nous montrerons ritiflacuce en parlant du mécanisme de ces lésions.
2*^ Anatomiques . a. Les articulations dont les mouvements sont très-étendus sont lacilement atteintes de luxation.
h. 11 en est de même de celles, comme l'articulation scapulo-liumérale, où une tète osseuse, à large surface, est en contact avec une cavité de petite dimension.
c. La faiblesse et le peu de résistance de l'appareil ligamenteux.
d. La puissance des muscles périarticulaires. Nous étudierons le rôle des muscles, en parlant du mécanisme des luxations.
5° Pathologiques. Enfin, certains antécédents morbides, tels qu'une hydartlirose, une iaiblesse par rupture des muscles ou de l'appareil ligamenteux, peuvent constituer une prédisposition aux déplacements traumatiques.
Les causes déterminantes sont de deux sortes ; A. les violences extérieures, B. Yaction musculaire.
A. Violences extérieures. — Mécanisme général. Les violences extérieures produisent des luxations par causes directes ou indirectes.
a. Causes directes. Une pression, un choc, un coup, agissant sur l'un des os dans le voisinage de l'articulation, dans une direction perpendiculaire à sa diaphyse, peuvent le luxer, pendant que le second os reste en place : tel est le mécanisme de la luxation par cause directe; ainsi, le bras, étendu horizontalement, l'extrémité supérieure du tibia, la rotule, etc., peuvent être dépla'jés pt.r une violence directe.
Malgaigne distingue trois variétés dans ce mécanisme. « Tantôt c'est un coup porté sur l'un des os seulement, au voisinage de la jointure, qui le chasse dai;s un sens, taudis que l'autre os trouve un [.oint d'appui qui le retient en place, ou même est poussé en sens inverse par un choc opposé. Nous en verrons des exemples pour les luxations de l'humérus, de la rotule, du genou, etc. D'autres fois, la violence extérieure, agissant pour ainsi dire sur l'interligne articulaire, pousse dans le même sens les deux os à la fois, de manière à leur faire former un angle, et déchire les hgaments qui s'y opposent; les luxations du genou nous en fourniront surtout de frappants exemples. Enfin, un choc violent peut frapper obliquement une extrémité articulaire et lui imprimer un mouvement de rotation subit sur l'autre os resté immobile ; c'est la cause la plus fréquente peut-être et la moins soupçonnée des luxations en arrière du cubitus. »
« En conséquence, imjjulsion directe, impulsion à angle, impulsion par rotation : tels sont ks trois modes d'ai;ir des causes directes. » (Malgaigne, Traité des fractures et luxations, t. 11, p. H.)
b. Causes indirectes. La violence extérieure n'agit pkis au voisinage de l'ar-
ticulation, mais à une distance plus ou moins grande. Dans la laxation scapulohumérale, par exemple, la viohnce porte sur l'extrémité opposée de l'humérus. Une chute sur le coude détermine une luxation hunu'rale. L'os luxé n'est pas toujours atteint ];ar la cause déterminante; ainsi, la luxation de l'épaule peut se produire à la suite d'une chute sur le poignet, sur la mam.
Malgaigue dislingue encore ici trois variétés. « Quelquefois, dit-il, le mécanisme est tout iÀ lait comparable à celui des causes directes. Ainsi, c'est fréquemment une impulsion en droite ligne, favorisée par la coupe oblique des !>urfaces articrdnires, oui luxe la clavicule sur l'acroniion, quand un individu tombe sur le moignon-de l'épaule. D'autns fois, c'est un mouvement de torsion ou de rotation vc'ritable, imprimé seulement au bout du levier osseux opposé à l'extrémité articulaire menacée ; tel est le mécanisme de certaines luxations du radius au pli du coude, du genou et du cou-de-pied. Enfin le cas, à beaucoup près le plus fréquent, est celui oii une forte impulsion agit sur l'extrémité du levier osseux, de manière à lui faire former un angle anormal avec Fos voisin. » (Malgaigne, loc. cit., p. H.)
L'impulsion en ligne droite est favorisée par deux conditions ; i'* l'obliquité des surfaces articulaires, comme on l'observe dans la luxation acronno-claviculaire, où une chute avec impulsion en ligne droite détermine facilement le déplacement. 2" Le poids du corps intervenant comme force active dans un sens opposé à la violence extérieure. Les deux os sont alors poussés en sens contraire et le plus mobile se déplace. Dans une chute sur la main, l'avant-bras et le bras étant en demi-flexion, le radius et le cubitus sont poussés de bas en haut, pendant que le poids du corps presse l'humérus de haut en bas.
Les luxations des os courts, tels que ceux du carpe et du tarse, se produisent également sous l'inlluenee de deux forces contraires. Dans un mouvement d'extension ou de torsion exagérée du pied, les ligaments sont déchirés et rompus par les os, qui cèdent aux pressions extérieures et se déplacent.
La théorie des leviers s'applique facilement aux luxations. L'os le plus mobile s'appuie sur le rebord de la cavité articulaire ou sur une saillie périarticulaire, et représente le bras de levier de la puissance, très-long, tandis que celui de la résistance est très-court. La rupture des ligaments et la luxation, dans ces conditions, deviennent inévitables. Supposons l'humérus arc-boutant contre le bord de la cavité glénoïde. Le bras de la résistance sera représenté par la distance de la cavité glénoïde à la tète humérale ; le bras de U puissance, par le reste de la longueur de l'os, c'est-à-dire toute la diaphyse. K en résulte que le bras de la puissance sera très-long, celui de la résistance très-court, et partant que la puissance n'aura ps besoin d'être très-considérable pour produire la luxation. Il est aisé de comprendre qu'un développement considérable des saillies osseuses favorise un pareil mécanisme. Les déplacements se produisent de cette manièi-e dans l'exagération de tout mouvement physiologique (hypérextension, hypérabdîLiction, etc., des auteurs allemands).
Les luxations causées par torsion ou rotation des membres ont lieu de la même nwnière. Dans la torsion d'un membre autour de son axe longitudinal, la tête osseuse presse par sa portion saillante contre la capsule et la rompt d'autant plus aisément qu'elle agit sur un point plus étroit de sa surfaice avec une puissance représentée par toute la longueur de l'os.
Dans quelques cas, les luxations sont consécutives à la fracture d'un autre os ; ainsi, la luxation eu avant et en haut du radius, sur l'humérus, se combine fré-
256 LUXATIOAS.
jnemmentà une fracture de l'exlréaiitô supérieure du cubitus. (Roser, Handbucli iier anat. Chiru)'g.,T^.100.) Le contraire a lieu à l'articuliitiou radio-carpicnne, où le cubitus se luxe à la suite de Iraclures radiales.
Mécanisme particulier ou partiel. Déchirure capsulaire. La capsule cède toujours au point où l'os qu'elle reulcrme, et qui reprjsente un levier d'une extrême puissance, presse sur elle. (Sédillot.) On concevrait difficilement comment la capsule pourrait se rompre par le seul effet de la traction, quelque énergique qu'on la supposât. La traction est nécessairement ramenée dans le sens de la résistance commune des ligaments, et ce n'est plus sur un point isolé de l'appareil ligamenteux, mais sur la totalité des ligaments qu'elle agit. Aussi, tout essai de rupture de la capsule humérale par traction reste insuffisante ; mais, si l'on porte à faux la tète de l'os contre l'un des côtés de la capsule, eu imprimant au membre une iorte inclinaison aidée d'un mouvement de rotation, on déchire assez facilement les ligaments qui ojiposaient à la traction directe une résistance in-uriiwntable.
11 est aisé de luxer l'humérus en dedans et en avant sur le cadavre par ce mécani.sme, tandis qu'ayant voulu juger de la résistance de l'articulation scapulo-humérale à la traction, dans le but de savoir jusqu'à quoi degré on pouvait porter cette dernière pour la réduction, nous avons apphqué une traction de 600 kilogrammes sur le bras d'un vieillard décharné, qui avait succombé dans le marasme, sans déterminer aucune rupture. (Sédillot, 1855.) Ces détails suffisent pour faire comprendre que les ligaments cèdent à la pression des extrémités osseuses, etque, si la déchirure se coutume, c'est parce que la violence porte successivement sur les différents points de l'appareil ligamenteux.
Rôle des muscles clans la production des luxations. Le rôle des muscles pendant les déplacements par siolences extérieures a été vivement discuté. La plupart des auteurs admettent que les contractions musculaires font obstacle ans luxations. Les muscles inactifs, disent-ils, donnent toute liberté d'action à la violence extérieure. Les muscles, en se contractant énergiquement, pressant violemment les surfaces articulaires l'une contre l'autre, sont assimilables à des ligaments résistants et empêchent le déplacement de se produire. « Les articulations, dit J. L. Petit, qui ont quantité de muscles, se luxent et se réduisent diflicilement, parce que le coup ou la chute doit forcer les muscles pour pouvoir déplacer l'os )) (J. L. Petit, Traité des mcd. des os, vol. I, p. 26). A. Cooper est du même avis {Œuvres chirurgicales complètes, par Chassaiguac et Riclielot, p. 5). S. Cooper s'exprime en ces termes : « Lorsque le malade est averti assez tôt de la violence qu'il est sur le point d'éprouver et que les muscles sont préparés ii y résister, la luxation ne peut être produite qu'avec la plus grande difticulté. » (S. Cooper, ï)ict. de cliir., t. I, p. 95.)
Boyer accorde aussi une grande importance à l'action des muscles. « Si les ligaments étaient les seuls moyens d'union des os, leur force ou leur faiblesse déciderait le plus souvent de la fréquence et du siège de leurs déplac:ments. Mais les muscles qui enfouirent une articulation sont en même temps le moyen d'union le plus puissant des pièces qui la composent, et, quoiqu'on ne puisse pas dire précisément que la force ou la faiblesse des ligaments doive être comptée pour rien dans les causes prédisposantes des luxations, il est très-vrai que la force et la distribution des muscles qui environnent une articulation ont une influence bien plus remarquable sur l'espèce de déplacement dont elle est le plus susceptibler Ainsi, on observe fréquemment les luxations des articulations ginglymoidales vas-
LUXATIO.NS. 237
les côtes, lieux où se trouvent leurs ligaments les plus forts; la luxation de l'humérus en bas est la plus ordinaire, et de ce côté l'articulation est dépourvue de lu olidité que les muscles lui prêtent dans tout le reste de son contour. Dans cette même nrticulatiou, on peut observer avec quelle facilité la capsule articulaire se laisse tlistendre lorsque les muscles sont frappés de paralysie; il suffît même que le deltoïde seul ait perdu son action pour que le poids de l'extrémité supérieure produise l'allongement des ligaments et celui des autres muscles, en sorte que les surfaces articulaires s'éloignent et qu'on trouve entre elles un intervalle manifeste. » (Boyer, Traité des maladies chirurgicales, -4* édition, t. IV, p.oO.)
Etudions de plus près encore cette action des muscles. Les articulations sont en général plus lâches et plus tlexibles, et jouissent par cela même de mouvements d'autant plus étendus qu'elles sont plus rapprochées du tronc. L'épaule et la hanche sont constituées par dos énarlhroses dont les os peuvent s'écarter assez librement l'un de l'autre sans déterminer de luxation. Le genou, le coude, olfrent des jointures beaucoup plus serrées, et enfin au pied et à la main s'observent des arthrodies dues au contact des facettes multiples des nombreux os du carpe et du tarse. Dans ces conditions, les articulations mobiles se fléchissent pendant les chutes et éprouvent des contusions plus ou moins violentes sans déplacements, lorsque les muscles ont été surpris et ne se sont pas contractés.
Les ivrognes tombent continuellement sans se blesser. Dans le cas oîi les membres portent à faux sur un | lan étendu, comme à la suite d'un éboulement de terre, et que la situation du coq s et la violence extérieure sont de nature à déterminer une luxation; celle-ci peut arriver sans que les muscles y prenneut part. La cuisse, le genou, le pied et la plupart des autres articles se luxent ainsi. 11 en est de même pour les coups directs et imprévus. Nul doute que les muscles, lorsqu'ils peuvent se contracter pour faire obstacle aux mouvements exagérés qui porteront les os au delà de leurs hmites normales, ne préviennent un certain non.bre de luxations. Mais les muscles peuvent aussi soutenir les articulations et les empêcher de se dérober aux violences qui causent de fréquents déplacements. Dans une chute sur les mains, les membres supérieurs se trouvent placés entre la résistance du sol et le poids du corjs augmenté de la vitesse de la chute. Le coude ou l'épaule, soutenus par les muscles qui s'y insèrent, supportent la plus grande partie de la violence et subissent des déplacements qui n'auraient pas eu lieu, .si les muscles ne s'étaient pas contractés. En effet, le coude est ordinairement en demi-flexion, et dans cette position les surfaces articulaires ^lissent obliquement l'une sur l'autre ; mais si le triceps brachial, le biceps et le brachial antérieur, ainsi que quelques fibres des muscles é[)itrochléens et épicondyhens ne se contractaient pas, poi;r maintenir la demi-flexion du coude, celui-ci se fléchirait complètement, tt l'articulation ne supportant ni le i oids du corps ni la résistance du sol ne souffrirait pas de violence. 11 faut donc reconnaître que les muscles, en maintenant les jointures dans une position avorable à la production du déplacement, peuvent y contribuer.
Boyer avait compris cette influence et l'avait exposée en ces mots -: « Pour concevoir comment certaines attitudes des membres peuvent favoriser les luxations il est néces>aire d entrer dans quelques détails relatifs au mécanisme selon lequel elles s'effectuent, et d'abord de prendre une iilée exacte des rapports naturels des surfaces articulaires.
« Pour que la direction d'une surface articulaire relativement à Taxe de l'os
dont elle fait partie, conserve des rapports permanents avec la surface opposée, il faut qu'une ligne supposés passer par le centre de la première, et que nous appellerons son axe, tombe perpendiculairement sur le plan de la seconde. Tant que cette disposition subsiste, les déplacements ne peuvent avoir lieu ; ils ne surviennent qu'autant que la ligne dont il s'agit s'incline par rapport au plan sur lequel elle tombe, et forme avec lui un angle peu ouvert. Dans les formes variées que la nature a données aux points par lesquels les os se touchent et s'articulent, on observe l'application de cette loi générale; et l'on voit que la disposition des parties est ménagée de manière que cette espèce de rapports naturels reste à peu près la même dans la plupart des attitudes : ainsi, dans les articulations orbiculaircs où une tête roule dans une cavité sphérique, dans les articulations ginglymoïdes, dont les surfaces pourraient être réduites géométriquement à un cylindre autour duquel roule une cavité analogue, les rapports des surfaces restent à peu près tels que nous venons de dire, tant que les os n'exécutent pas des mouvements très-étendus. Mais dans les arthrodies, oiî des surfaces planes ou à peu près glissent les unes sur les autres, les mouvements, bornés à ce que la disposition des parties permet dans l'ordre naturel, ont toujours lieu de manière que Taxe d'une surface articulaire reste absolument perpendiculaire par rapport au plan de l'autre, et que les plus grands efforts sont supportés dans celte direction. Or, la distribution des muscles autour des articulations, celle des ligaments, la longueur de ces deux ordres d'organes, tendent à s'opposer à tout mouvement qui pourrait établir d'autres rapports entre les surfaces articulaires, et par conséquent produire des luxations ; ce ne peut donc être que dans des mouvements d'une certaine étendue, que l'axe de l'une des surfaces s'incline sur le plan de la surface opposée ; et les rapports naturels sont d'autant mieux maintenus par la résistance des parties environnantes, qu'U faut que l'angle dont il s'agit soit fort aigu, pour que la luxation s'accomplisse facilement. Les muscles ne peuvent presque jamais produire de semblables mouvements; mais en plaçant les surfaces articulaires de manière que l'axe de l'une tombe obliquement sur l'autre, ils les mettent dans la condition la plus favorable à la luxation, et une violence extérieure qui porte encore plus loin le mouvement, détermine le déplacement. Ainsi, on peut dire que tout mouvement ou toute attitude extrême, incapable d'ailleurs par elle-même de produire la luxation, peut en devenir cause prédisposante, et la favoriser d'une manière très-efficace. C'est ainsi qu'une forte élévation du bras ne produira pas la luxation de l'humérus; mais celte luxation aura heu, s'il survient, dans cette attitude, une chute dans laquelle le coude supporte tout le poids du corps, et où cette attitude du bras soit portée encore plus loin. » (Boyer, Traité des maladies chirurgicales, 4" éd., t. IV, p. 52.)
On s'est demandé, en raison de ces conditions, si les personnes vigoureuses n'étaient pas plus exposées aux luxations. Il n'est pas douteux que si les muscles sont dans quelques cas susceptibles de faciliter les luxations, ils doivent être cependant considérés d'une manière générale comme des empêchements et des obstacles à ces lésions, par la puissance de résistance qu'ils apportent à tous les mouvements exagérés et pathologiques.
Le rôle des muscles est, comme on le voit, assez compliqué. Ces organes, quand ils sont dans le relâchement, restent étrangers aux déplacements. Quand ils se contractent, ils peuvent accidentellement les favoriser, mais leur vrai rôle est celui du maintien des formes et des fonctions normales.
B. Luxations par contraction mmculaire. Les luxations par action muscu-
LUXATIONS. tJSO
i;uli\ire s'observent le plus souvent, à la m ichoirc inférieure, dans le bâillement ou le vomissement. A l'épaule des déplacements aualogues se rencontrent, mais Irès-rarement, et sont tout à t'ait exceptionnels aux autres articles. On a des exemples de personnes qui se sont luxé le bras en soulevant un fardeau, en exécutant un effort de traction. Des luxations ont été produites pendant de violentes convulsions. Périni a cité un cas de luxation fémorale chez un liommc qui avait pris 15 centigrammes de strychnine. L'observation journalière prouve que les cpileptiques peuvent se luxer le bras pendant leurs accès. On a nié ces déplacements par actionmusculaire.Malgaigne dit que ce sont fréquemment des récidivesde luxation et j.ense qu'ils se produisent sous l'influence d'un relâchement ligamenteux dépendant d'une luxation traumatique antérieure. Le relâchement ligamenteux serait aussi congénital. On a également objecté que les épileptiques, pendant leurs crises, font de nombreuses chutes, de sorte qu'il est diftieile de dire si les luxations observées sont le résultat de contracîions musculaires ou de causes traumatiques. Si la luxation se produit pendant qu'onsoulève un fardeau, ou qu'on lance à dislance une boule ou autre corps, le poids du projectile tenu à la main peut favoriser le déplacement, on le conçoit aisément, et les observations à ces sujet ne manquent pas. 11 est infiniment plus rare de rencontrer des luxations produites uniquement par la contraction musculaire sans cause adjuvante, mais ces observations cependant existent.
Tout récemment, nous avons traité à la clinique de la Faculté de Strasbourg une femme de 46 ans qui en levant violemment le bras, dans un mouvement de colère, pour donner un soulflet, se luxa l'épaule droite. Aucun fait dans les antécédents ne permit de rattacher cette luxation soit à une maladie articulaire, soit à une prédisposition aux luxations traumatiques antérieures. Les déplacements l'ar action musculaire paraissent donc parfliitement démontrés pour certaines articulations.
C'est aux déplacements par action musculaire que se" rapportent les déplacements volontaires .
M. Maurice Perriii, en 1859, a présenté à la Société de chirurgie un mémoire sur dS cas de luxations volontaires du fémur, recueillis dans la science. {Bulletin delà Société impériale de chirurgie, 1859, t. X, p. 12.)
Dans les luxations volontaires très-souvent il y a aussi possibilité d'un replacement; certaines personnes peuvent se luxer en arrière le grand os, en fléchissant fortement la main. Putégnat, de hunév'iWe {Mélanges de chirurgie, 1849), rapporte un certain nombre d'exemples intéressants de pareilles luxations. « Un de mes confrères de Lunéville, dit-il, recherchant quelle pouvait être la cause de la faiblesse des membres thoraciques dont se plaignait sa chente mademoiselle M
figée de 1 7 ans, rencontra l'extrémité sternale de chaque clavicule luxée en avant. Alors cette demoiselle fit voir qu'elle produisait à volonté cette double luxation, t't avoua même qu'elle en taisait quelquefois son amusement. Il fut consulté au mois d'août 1847 par un nommé Malet qui pouvait, à volonté, se luxer le fv'mur droit. Une jeune fille de 15 ans et demi pouvait produire et réduire la luxalion de ses deux rotules, plus de cent lois dans une heure. »
Différences des Lux-^^tions. 1° Selon le siège. Toutes les articulations peuvent être atteintes de luxations, mais avec de grandes différences de fréquence, les luxations sont très-rares dans les synai'llu'oses çt les arthrodies, plus conmiunes dans les ginglymes , très-multipliées , comparativement, dans les énarthroses. D'apiès Mulgaigne, îe? luxaticr.s ■]'J. mcinbi'e supérieur sont sept fois plus fi'équentes
qu'au membre inférieur, et celles de l'articulation scapulo-huniérale réimportent, à elles seules, sur toutes les autres.
Les 491 luxations obser\ées par Malgaigne à l'Hôtel-Dieu étaient dislxilmées de la manière suivante :
Luxations de la mâchoire 7
— du rachis 1
Total DES li'ïation3 dd tronc H
Luxations de l'humérus 5-1
— de la clavii ulc 53
— de l'avant-bias -i
— du radius i
— du poignet IS
— du pouce i7
— des (loi^ls 7
Total pes llxations des meubres surÉr.iiun~. . . . -419
Luxations du fémur Zi
— du genou . 6
— de la rotule 2
— du pied. 20
Total des luxations des memohes inféc.iel'Rs. . . 62
A l'hôpital Saint-Louis, Malgaigne recueillit :
Luxations des vertèbres cervicales 3
— de l'os iliaque 1
— de l'humérus 49
— de la clavicule 9
— du coude 19
— du cubitus au coude avec fraction du radius. ... 2
— (lu radius au coude 5
— du cubitus au poignet avec fracture du radius. ... 5 ■.— du pouce 2
— de la phalangette du pouce 1
de la cuisse , 6
— du genou 3
— du pied 11
— du métatarse 2
Total 114
0. Weber Chirurgisclie Erfahriingen und Untersudmngen, 1859, p. 189), donne le tableau de la page suivante.
Weber fait remarquer que les luxations vraies du poignet sont plus rares que ne l'indique le tableau. Sur les i9 cas cités, il y avait cinq fois concomitance de fractures, trois fois il n'y eut luxation que d'un seul os du carpe. Il ne reste doue que 11 luxations véritables du poignet. Il en est de même pour les luxations tibio-tarsiennes, sur les 15 mentionnées, dix fois il y avait complication de fractures des malléoles ; restent donc trois cas seulement. Sur les 50 luxalioiis du coude, 2 présentaient une fracture du conJyle de rbuménis; sur les G luxations du genou, une fois il y avait fracture du condyle interne du fémur. Écartant toutes les luxations compliquées, Weber donne le tableau suivant pour la ft'^qucnce des luxations d'après leur siège.
Luxations de l'iiumérus 09
— de ]'av:int-bras 28
— du témur 21
— du pouce 15
— du carpe Il
— des doigts. 7
NOMBRE DES L0:îATIOSS ACX DIFFERENTS AGES DE LA VIE.