LUXATIONS SYMPTOMATIQUES
Cette circonstance est rare, car dans les arthrites suppurées delahanclie, aucune position ne se rencontre plus rarement que celle d'une abduction permanente. » (Volkmann, loc. cit , p. 660.)
11 est des cas où le déplacement ne se fait pas d'une manière aussi régulière. La carie peut marcher plus vite sur uu point que sur un autre ; si le rebord cotyloïdien résiste à la pression de la tète, celle-ci diminue de volume, s'atrophie et peut même disparaître. La carie cntame-t-elle la cavité cotyloïde, le déplacement devient facile et complet.
Volkmann décrit pour les autres articulations le même mécanisme. Dans les tumeurs blanches du genou, le tibia, à la suite de la carie des condyles du fémur, se déplace directement en arrière et en même temps en dehors. Au coude, la destruction de l'apophyse coronoïde élargit la cavité sigmoïde et laisse glisser l'humérus en avant des os de Tavant-bras. Les luxations sympfoniatiqucs ont été constatées par Gurlt et Volkmann à la dernière vertèbro lombaire qui glisse eu bas et en avant sur le sacrum sous l'influence du poids du tronc. A l'épaule, Sanson et Nélaton ont montré des déplacements en avant et en dedans vers la chvicule.
Luxations consécutives à des déformations osseuses autres que la carie. i( Certaines parties des extrémités articulaires, dit Volkmaïui, s'atrophient et disparaissent, et il en résulte des surfaces inclinées sur lesquelles les têtes articulaires se déplacent. Souvent des ostéophytes recouvertes de cartilage forment un rebord irrégulier, et l'on constate plutôt une sorte de migration de l'articulation que de véritables luxations. Celles-ci n'ont été ti'ouvées complètes que dans les arthrites déformantes de l'épaule ; dans toutes les autres articulations les déplacements étaient incomplets. L'épaule a offert toutes les variétés de luxation ; même celle en arrière (sous-épineuse et sous-acromio-épineuse de la classification deSédillot). Nous devons rapprocher de ces cas un certain nombre d'arthrites déformantes secondaires, consécutives à des déviations articulaires. (Volkmann, hc. cit., p. 662.)
' Anatomie pathologique. D'après Volkmann, les néarthroses se formeraient rarement dans les luxations symptomatiques. On les rencontrerait exceptionnellement dans les luxations par distension. Le travail néoformateur serait en outre très-lent et incomplet, par le manque de réaction, consécutive au déplacement. Cruveilhier et iMalgaigne affirment au contraire la fréquence des néarthroses. Celles-ci manquent plus particulièrement dans les luxations avec carie. Dans les arthrites déformantes l'on trouve des productions nouvelles beaucoup plus prononcées et quelquefois si abondantes, que les formes articulaires disparaissent au milieu des stalactites irrégulières qui entourent les extrémités osseuses, les réunissent et les ankylosent. Les vieilles luxations symptomatiques entraînent l'atrophie des membres, qui ne dépend pas exclusivement du déplacement, mais de i'alfection articulaire elle-même; l'histoire de la coxalgie en fournit la preuve,
La luxation peut être sans influence sur les progrès de la maladie primitive, mais dans les coxalgie s, où ce genre de complication est le plus fréquent, on observe souvent "une amélioration notable suivie de guérison à la suite du déplacement. On se l'explique par le relâchement des parties molles et, la cessation des pressions osseuses, et nous avons été témoin de plusieurs faits de ce getu-e. Ch. Bell avait déjcà fait la même remarque et conseillait de hâter la luxation. Roser {Handb. der anat. Chirurg., p. 752), dans un travail récent, a aussi prescrit de ne pas s'opposer au déplacement.
326 LUXATIONS SYMPTOJI ATIQL ES.
Sjjmptomatologie. Diagnostic. Une luxation symptomatique rapidement et brusquement produite présente les symptômes des luxations Iraumatiques ; m;iis dans le cas où elle a eu lieu avec lenteur et progressivement, on ne constate dès l'abord qu'une simple déviation. Ces deux conditions peuvent se combiner ; un déplacement très-lent au début se complète subitement.
Le bruit d'échappement ou de divulsion des surfaces articulaires est excessivement rare. Les autres signes sont ceux des luxations ordinaires, plus ou moins masqués par les symptômes de la maladie initiale. Dans une arthrite chronique, comme une tumeur blanche, le gonflement des parties périarticulaires peut rendre l'exploration impossible.
Les changements de position propres à l'espèce de la luxation précèdent habituellement le moment du déplacement qui est la suite et l'exagération même de l'attitude du membre. Roser {loc. cit., p. 778) a vu des luxations iliaques avec rotation en dehors, et nous avons eu l'occasion de rencontrer des faits semblables, faciles à expliquer par la carie et la destruction de la tête osseuse. Ces exemples montrent les dilficultés et l'incertitude des caractères habituels de ces déplacements, et c'est par l'étude de toutes les conditions pathologiques antérieures et concomitantes que l'on arrive à un diagnostic certain.
Traitemeint. Le traitement des luxations symptomatiques comprend deux indications principales : 1° l'étiologie morbide ; 2° le déplacement articulaii'e (traitement préparatoire et direct de Malgaigne). Les premières sont médicales, générales et locales. Aux secondes appartiennent spécialement le choix des appareils pour immobiliser le membre affecté, calmer la douleur, arrêter les progrès de l'aiïection. {Voy. Arthrites, Coxalgie, etc.)
Quand le déplacement est produit, le traitement varie selon qu'il est ou non réductible, et que les mouvements sont conservés ou perdus.
Réductihilité. Dans les luxations par distension avec relâchement des paities. sans altérations anatomiques, la réduction est facile et s'obtient par les méthodes et les procédés déjà exposés. Si les extrémités osseuses sont profondément modifiées dans leurs formes et leurs rapports, l'irréductibilité en est la conséquence et l'on peut seulement espérer quelques changements avantageux dans la position des membres. Cependant on possède quelques exemples de réduction, même dans des cas, en apparence, presque désespérés.
On a suivi deux méthodes : L'une rapide et immédiate, l'autre lente et progressive. La première serait seulement apphcable aux luxations causées par des distensions ligamenteuses temporaires ou persistantes. La seconde offre de plus nombreuses indications dont nous parlerons en traitant des luxations congénitales. {Voij. plus loin.) Ce sont les appareils à extension et à traction continue, par des poids et des ressorts destinés à opérer des redressements lents et progressifs. [Voy. DlFFOl'.MlTÉS.)
Le traitement consécutif a pour but de prévenir ou de combattre raffection articulaire primitive et de maintenir le membre réduit.
La résection est parfois un excellent moyen de faire cesser les accidents et de remplacer par une néarthrose saine une articulation trop altérée pour être conservée. Nous avons agi ainsi pour la tète du fémur et nous avons réussi. {Voy-
PiÉSECTI0:i COXO-FÉJIORALE.)
Irréductibilité. Les indicatijns sont les mêmes que pour les luxations traumatiques. sauf les désordres morbides dont la gravité, les complications et l'imminence doivent toujours tenir une grande place dans les préoccupations du
cliinirgien. Une pseudarlhrose ou l'aiilcylose elle-même, dans une situation favorable, peuvent être, dans beaucoup de cas, considci'ées comme les dernières ressources de l'art.
m. Luxations toixcÉNriALEs. Les luxations congénitales ou intra-utérines ne sont pas toujours immédiatement reconnues, et la défectuosité des mouvements les révèle seule plus lard. Les pieds-bots et mains-botes sont babituellement de simples vices de conformation, avec déviation des surfaces articulaires, et n'ont été compris par aucun auteur dans les luxations, qui peuvent cependant les compliquer exceptionnellement.
Les luxations congénitales ont été décrites par Hippocrate sous le nom de luxatio7is de naissance de la Classe ; coude de belette, etc. J. L. Petit, Morgagni, Heister, Paletta, les ont étudiées. Cliaussier [Discours prononcé à la Maternité de Paris, 1812) , Dupuytren, Snùtli [Journal d'Edimbourg, t. XV, 1859), d'Ammon [Die angeborneni chirurgisclien Krankheiten in Menschen. Berlin, 1842), Guérin [Recherches sur les luxations congénitales, 1840), Sédil- ]ot, firent connaître de nombreux exemples de déplacements des articulations. On s'est occupé spécialement de nos jours du traitement de ces affections.
Fréquence. Sur trois cent trente-deux enfants morts à l'hùpital des Enfants assistés, Parise [Arch. gén.méd., 5* sér., t. XIV, p. 14, 1842) ne trouva que trois luxations coxo-fémorales congénitales. Le sexe féminin a été regardé comme particulièrement prédisposé. Les statistiques confirment cette assertion. Boycr a compté vingt filles sur trente-deux luxations congénitales, Dupuytren [Mém. sur les luxations congénitales du fémur, in Rép. gén. danat., 182G, t. II, p. 82) vingttrois filles sur vingt-six cas, Pravaz quatorze filles sur dix-neuf cas, et Béraud jusqu'à quatre-vingt-dix-neuf tilles sur cent observations, Parise, il est vrai, a signalé deux filles pour deux garçons. En général, on admet quatre filles pour un garçon atteint de luxation congénitale de la hanche. (Broca, Union méd., 1866.)
L'articulation coxo-fémoralc est le plus souvent atteinte; puis celles de l'épaule et du radius, et plus exceptionnellement des autres articulations. Voy. p. 328 le tableau emprunté au mémoire de J. Guérin [Gaz. méd. Paris, 1840).
Etiologie. Les causes des déplacements articulaires congénitaux ont été vivement discutées et de nombreuses théories ont été émises. Les uns ont avancé que ces luxations tenaient à une altération primitive du germe, a une aberration de la force formatrice, du nisus formativus , ou à un arrêt de développement. Les autres ont invoqué une lésion des muscles périarticulair es. Enfin, on a rapporté un grand nombre de ces affections à des accidents survenus pendant Vacte même de l'accouchement, ou môme postérieurs à la naissance et qui mériteraient de rester distincts.
Nous classerons ces affections en cinq groupes :
1° Déplacements par malformations osseuses ;
2° Attitudes vicieuses et violences extérieures ;
3" Lésions articulaires ;
4" Lésions musculaires ;
5° Cmuscs traumatiques pendant l'accouchement.
Déplacements par malformations osseuses. L'existence d'un vice du développement embrijonnaire, comme cause de luxation congénitale, a été indiquée par Paletta [Exercitat. pathologie, 1820), et fut admis par Dupuytren et Gerdy.
LUXATIONS CONGÉMTALES.
SuLluTation occi-( "• ^° "'''^'''^ pito-alloïdienne.
b. En avant.
Siibluxation dans d'autres régions de la colonne vertébrale
Luxation complète de la màclioire dans la fosse zvgomatique
■4° Luxation sternoclaviculaire. . .
a. En dedans et en avant. .
b. En deJans et en haut. .
c. En arrière (incomplète).
Luxation de l'exlrémité scapnlaire de la clavicule en haut et en dehors
Observée sur deux monstres anencé
phalcs.
Enfant de trois mois.
Un Ao.i monstres précédents.
Fœtus dereucéphale.
Jeune fille de huit ans.
.'eune fille de quatre ans.
Fœtus svmèie.
a. En bas
, . , I *. En dedans, complète d'un côté
Luxation scapulo-^ . „ i. j ,. .
, . , '^ < et incomplète de 1 autre. . .
humerale. ...1 r, .' .. ,.