‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.55Chapitre 39 sur 65 · LYMPHE. CHYLE · texte numérisé non relu

LYMPHE. CHYLE

'Eau 920 à 965 900 à 969

, Chlorure sodique 4à 6 5à 7

B I — potassique non dosé. non dosé.

/Carbonate de soude là 2 non dosé.

— potasse non dosé. non djsé.

'phosphates calcaires et alcalins | 0,50 a 2 0,80 à 3

[ Sulfates de potasse et de soude 0,23 à 0,50 non dosés.

H ( Principes cristallins d'origine organique. . . |

Urée, 0,16 à 0,21 (Wurtz) >3à8 oà9 i

Glycose, 1,09 à 2,GG (Poiseuille et Gobley). . )

Corps gras 2 à 9 10 à 50

u j Albumine et plasmine 55 à 60 50 à 40 '

^ I Fibrine (et leucocytes) là 5 0,75 à 4 I

d \ Peptone ou albuniinose 5à 4,50 6 à 8

,', I Hémapiiéine ou hématosine 0,06 0,06

La quantité d'eau contenue dans la lymphe et dans le chyle est bien moindre

que dans le sang et bien pins variable. Ces variations ne tiennent pas seulement aux ditférences anatomicpies qui séparent les espèces animales sur lesquelles on expérimente ; mais elles proviennent aussi de ce que la quantité des principes dont se charge la lymphe diffère selon qu'on l'observe pendant que l'organe est en mouvement, comme la lymphe du cou prise pendant que l'animal mange, ou, au contraire, pendant que les maxillaires sont à l'état de repos.

Il existe dans la lymphe une quanlilé considérable de sel marin, dans la proportion de 4 à 6 grammes pour la lymphe et de 5 à 7 grammes pour le chyle. Sa prédominance ici tient à ce que le chyle est emprunté aux aliments solides et liquides dans l'intestin. Il y a, en outre, du chlorure de potassium, des carbonates de soude et de potasse, un peu de carbonate de chaux et des phosphates de chaux et de soude. 11 s'y trouve environ 1 demi-gramme de phosphate de chaux pour 1000 grammes dans le chyle et dans la lymphe.

On retire moins de sels de la première classe de la IjTnphe que du sang, et la différence porte surtout sur les phosphates et les carbonates, car il y a autant et même plus de sel marin dans la lymphe que dans le sang. En moyenne, dans le sano-, il y a 3 à 4 pour 1000 de sel marin, tandis que dans la lymphe, il y en a 4 à 6 pour 1000 et, dans le chyle, 5 ta 7 pour 1000.

Les causes de la réaction alcaline de la lymphe sont la présence d'une certaine quantité de carbonate de soude et de potasse, ainsi que d'une certaine quantité d3 phosphate de soude basique. (Ch. Robin, loc. cit., 1867.)

Les principes de la deuxième classe, ou principes cristallisables d'origine organique, ont été très-peu étudies dans la lymphe. Cependant il y aurait un très- •^raud intérêt à les examiner pour savoir exactement si ces principes viennent surtout du plasma des capillaires sanguins, ou bien s'ils sont empruntés par les réseaux lymphatiques aux éléments analomiques des tissus. Jusqu'à présent, le peu que l'on connaît sur ces principes qui ne sont pas tous des sels, indique qu'ils sont principalement empruntés au sang. Ainsi, on y trouve une certaine quanlilé d'urée. (Wurtz.)

11 y existe aussi du sucre, dont la quantité varie selon les régiens de l'économie, et qui sous ce rapport a été bien étudié par Gobley et Poiseuilie. Ainsi, dans les vaisseaux lymphatiques qui viennent du foie, il y en a 1 millième et plus, taudis que dans les autres régions du corps, on n'en trouve que des traces qui, cependant, quelquefois, peuvent s'élever jusqu'à 1 demi-gramme pour 1000. Ce fait coïncide particulièrement avec le moment de la digestion, pendant laquelle il existe une assez forte proportion de sucre dans le sang, de manière qu'il en passe dans le sang artériel. Lorsqu'on injecte de la glycose dans les veines, on en retrouve très-rapidement dans la lymphe, comme pour l'iodure de

potassium .

La quantité des corps gras, dans la lymphe proprement dite, varie depuis 1 milUème jusqu'à 4 ou 5 miUièmes en moyenne. Cependant, parfois, lorsque la lymphe des membres prend une teinte opaline, on a pu rencoulrer jusqu'à 9 miUièmesde graisse ; mais ce n'est pas là l'état ordinaire.

Dans le chvle, au contraire, cette quantité peut varier de 10 à 50 et même jusqu'à 36 pom- lOQO, lorsque le chyle est richement lactescent, lorsqu'il a une teinte blanche aussi tranchée que celle du lait. Les principes graisseux sont à l'état d'émulsion, de granules exti'êmement fuis, larges de 0™"\001 au plus, eu suspension dans le plasma. Us sont fusibles à 39 degrés ; mais on ne connaît pas exactement quelles en sont les espèces, qui varient selon qu'ils proviennent d'ali-

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ments végétaux ou d'aliments animaux. C'est toujours la margarine, la stûarine et l'oléine qui prédominent; mais il peut s'y ajouter d'autres | rincipes, selon la nature des aliments ingérés, lorsqu'en particulier c'est du lail qui a été pris.

La quantité des principes coagulables qui existent dans la lymphe et dans le chyle demande encore à être mieux étudiée qu'elle ne l'a été.

Dans la lymphe, selon qu'elle est prise sur un animal à l'état de repos ou d'exercice, on peut trouver de 50 à 60 pour 1000 de serine (albumine) et de plasmiiie et presque point ou, au plus, de 2 à 5 pour 1000 d'albuminose ou peptone, matière coai;ulable non par la chaleur, mais par l'alcool.

Lorsque la plasmine (qu'on a toujours confondue avec ralbumine dans les analyses) s'est dédoublée en fibrine qui prend l'état solide, et, en ce que Denis appelle fibrine soluble, qui reste mêlée à la serine, il se forme environ de 3 à 4 millièmes de fibrine, c'est-à-dire plus que dans le sang, et il y en a même davantage dans le chyle. Dans ce dernier, la quantité de librine, après le dédoublement de la plasmine, s'élève jusqu'à 6 millièmes. Dans le chyle on trouve davantage de peptone que dans la lymphe, car, en même temps que la masculine des muscles, la géline du tissu lamineux, etc , sont devenues liquides par suite de phénomènes de la digestion, ces principes passent à l'état de peptone et pénètrent, non-seulement dans la veine porte, mais aussi dans le chyle. Aussi on en peut trouver de QhS millièmes, c'est-à-dire plus encore que dans 1 000 parties du sang de la veine porte. Ainsi, en même temps que les corps gras, il pénètre aussi dans les chylifères des principes coagulables devenus liquides pendant la digestion et absorbés sous forme d'albuminoses ou peptones.

Coayulalion de la îymplie et du chyle. La lymphe se coagule quelque temps après son extraction, de quelques minutes à un quart d'heure environ. Le chyle également se coagule en masse, de manière à remplir le vase duns lequel s'est produit cette coagulation. Dans les vaisseaux celle-ci n'a pas lieu et ne donne pas de caillot bien distinct. Il s'agit là d'un phénomène tout à fait comparable à celui qui se passe lors de la coagulation du sang, c'est-à-dire de ce dédoublement de la plasmine qui amène la production de la fibrine. La fibrine ainsi obtenue n'est pas aussi rétractile que celle du sang veineux, de manière que le caillot reste trèslongtemps adhérent aux parois du vase avant de se séparer du sérum et sans se rétracter en godet, comme il le fait habituellement dans une saignée du bras. 11 y a donc après la coagulation très-peu de rétraction dans cette masse de fibrine, après le dédoublement de la plasmine lymphatique ; la rétraction est un peu plus marquée dans le chyle, qui fournit ainsi un caillot plus petit que celui de la lymphe, mais peu résistant. 11 est des conditions dans lesquelles la quantité de fibrine est fort peu considérable ; il en est ainsi pour le chyle toutes les fois que l'intestin ne renferme que des aliments végétaux très-aqueux ou délayés dans une grande quantité d'eau. (E. Bui'dach, Colin, etc.)

La fibrine du chyle retient la plus grande quantité de la graisse et elle l'entraîne ; toutefois elle ne laisse jamais le sérum tout à fait incolore et il faut l'éther pour le rendre limpide. Dans tous les cas, du reste, elle englobe les leucocytes qui existent en petite quantité dans la lymphe. (Gli. Robin, Leçons sur les humeurs. Paris, 1867, in-S", p. 222 et suiv.)

Ces derniers sont trop peu nombreux pour troubler la lymphe ou le chyle et pour les colorer comme ils le lont pour le sérum du pus, etc. Même dans les réseaux d'origine, on voit des leucocytes en suspension dans le plasma. On a considéré pendant longtemps ces leucocytes comme étant fabriqués par les glandes lym-

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pliatiques. Mais ils existent dans les régions où la lymphe n'a pas encore traversé ces organes. {Voy. Leucocyte.)

On n'a pas cherché jusqu'à présent quelles étaient les variations que peut présenter la quantité des leucocytes dans divers cas morbides, comme on Fa fait pour le sang. Ce fait mériterait cependant une certaine attention, et il y aurait de l'intérêt à voir quelles sont les différences de quantité de leucocytes, examinées dans la lymphe prise dans le canal thoracique, dans un certain nombre de maladies, telles que celles qui amènent l'état leucocythémique du sang et autres.

Ces leucocytes, du reste, adhèrent toujours un peu à la face interne des lymphatiques comme à la face interne des capillaires sanguins. Cela tient à ce que ces éléments ont une surface un peu \isqueuse, qui fait qu'ils s'agglutinent, nonseulement entre eux, mais encore contre les parois vasculaires normales, ainsi qu'ils le font contre les lames de verre entre lesquelles on examine la lymphe, le sang ou les leucocytes du pus frais.

Dans la lymphe encore fraîche, les leucocytes sont un peu resserrés, à contour net, à surface brillante comme celle d'un petit globule d'argent mat; leur diamètre ne dépasse guère 7 à 8 millièmes de millimètre. A côté de oeux-là, qui sont en général les plus nombreux, il y en a d'autres qui n'ont que 4 à 5 millièmes de miUimètre {gîobulins), et qui ne diffèrent des précédents que parce fait et parce que, sous l'influence de l'eau et de l'acide acétique, ils donnent un ou plusieurs noyaux plus gros relativement que les grands leucocytes. I.orsque le liquide se refroidit, que la plasniine se dédouble et donne de la fibrine, les leucocytes segonllent, deviennent plus transparents, laissent apercevoir leurs granules intérieurs et se déforment par production incessante d'expansions sarcodiques ou amibiformes. {Voij. Leucocyte.)

111- Physiologie bu système lymphatique. Op.ioiîiE et cours de la lymphr. Le système lymphatique réalise en quelque sorte dans l'économie l'exécution d'un endosmomètre, tel que l'a imaginé Dutrochet; et c'est par le mécanisme de l'endosmose que pénètrent et montent, dans ce système anatomique, des liquides dont la progression n'est qu'aidée accessoirement par l'élasticité et la contractilité (les tubes d'ascension.

La membrane ou cloison tendue à l'extrémité du tube endosmométrique est représentée par la paroi même des capillaires contre laquelle est appliquée celle des conduits d'origine des lymphatiques, ou par la substance des villosifés intestinales dans le cas des conduits d'origine des chyhfères.

Le liquide dans lequel plonge cette membrane endosmotique est surtout représenté par le plasma sanguin dans le premier cas mais d'une manière médiate et directement par le chyme dans celui des chylifères.

Le tube d'ascension est représenté par l'ensemble des conduits se dirigeant vers les veines sous-clavières. La pénétration du liquide au travers de la membrane endosmotique varie avec la quantité et la nature de celui-ci : l'énergie avec laquelle elle a lieu, représente ici la vis a tercjo qui pousse et fait progresser le liquide dans les conduits lymphatiques et chyUtères ; force bien différente de celle qui, recevant le même nom, concourt à faire progresser le sang dans les veines. (Ch. Robin, Journal de ïanat. et de laphysioL, 1867, p. 19.)

Ces dispositions sont importantes à noter, jjarce que les principes immédiats qui prennent part à la constitution de la lymphe ne sont pas comme ceux du sang (sauf le cas particulier du chyle) des principes d'origine extérieure, ni «n totalité des matériaux empruntés aux éléments anatomiques directement

DICT. ENC. 2* s. III. 29

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actifs dans l'économie, comme les fibres musculaires ou les fibres élastiques, par exemple; ce sont des composés principalement empruntés au plasma du sang, lui-même, et la distribution des réseaux ainsi que les rapports intimes de leurs capillaires avec ceux du sang sont en corrélation avec ces particularités. Toutefois il est probable que ces lymphatiques, en même temps qu'ils reprennent des principes ou le plasma sanguin, empruntent également des produits de désassimilation aux éléments analomiques, comme les fibres lamineuses choriales et dermiques, les cellules hépatiques ou de tout autre tissu. Mais, d'après les dispositions anatoniiques indiquées et certaiues expériences, il y a tout lieu de croire que c'est surtout aux vaisseaux sanguins qu'ils empruntent leurs matériaux; ces expériences, qui ont principalement été faites par M. Cl. Bernard, montrent que lorsqu'on vient à injecter de l'iodure de potassium ou du prussiate de potasse dans le sang, on retrouve presque immédiatement ces principes dans la lymphe. Ainsi, en injectant ces corps dans la veine jugulaire, on les retrouve au bout d'un très-petit nombre de minutes dans les lymphatiques qui accompagnenl cette veine, bien qu'ils aient eu à suivre un trajet assez considérable avant de pouvoir arriver aux capillaires sanguins qui correspondent à l'origine de ces lymphatiques.

On sait aussi, d'après ces expériences, qu'il y a des principes qui pénètrent plus ou moins facilement du sang dans les lymphatiques, de même qu'il v en a qui passent plus ou moins facilement dans les glandes. Ainsi, par exemple, l'iodure de potassium injecté dans les veines se retrouve assez rapidement dans la lymphe, tandis que l'iodure de fer ne s'y retrouve pas d'une manière aussi sensible. Il se passe là des phénomènes d'endosmo-exosmose qui sont particuliers à chaque principe, selon la conslitution des membranes, ou réciproquement chaque membrane limitant ces conduits, est apte à laisser passer par des phénomènes d'endosmo-exosmose, plus ou moins facilement, tel ou tel principe immédiat. Le phénomène varie avec la nature des composés chimiques d'une part et avec celle des membranes dont il s'agit d'autre part.

De cet ensemble de faits il semble résulter que les lymphatiques ont principalement pour usage de se remphr du surplus du plasma sanguin, de l'excès du plasma sanguin, si l'on peut dire ainsi, qui arrive dans les capillaires à chaque systole des ventricules pour servir à la nutrition de chaque organe ou à leurs usao-es propres, quand il s'agit des glandes, du poumon, du rein, du testicule et de l'ovaire.

On sait à ce sujet que la quantité de lymiihe qui s'écoule est bien plus grande lorsqu'il y a un afflux sanguin considérable dans l'organe que lorsque ce dernier est à l'état de repos. (Ch. Robin, loc. cit., 1867.) Ainsi, par exemple, un lymphatique de 2 millimètres de diamètre donne par heure, chez le cheval, 60 grammes de lymphe à l'état de repos, et il en verse 100 et même 110 lorsqu'on fait mâcher l'ammal, ou lorsqu'on imprime des mouvements au cou. (Cohn, Physiologie. Paris, 1856, in-8°, t. II, p. 17 et 97 et suiv.)

Pour des lymphatiques ayant à peu près le volume de ceux de l'homme, c'està-dire de 1 à 2 millimètres environ de diamètre, on voit sur le chien tomber quatre gouttes de lymphe par minute, lorsque la tête est sans mouvement, lorsque les mâchoires ne bougent pas. Mais lorsqu'on fait mâcher l'aninial, il en coule de 6 à 10 gouttes par minute, soit plus du double que dans l'état de repos. H semble donc résulter à la fois de ces phénomènes anatoniiques et de ces expériences, ce fait, que les lymphatiques se chargent du surplus , de l'excès du plasma sanguin qui distend les capillaires sanguins pendant l'état d'activité de

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certains organes comparativement ;i ce qui a lieu dans l'état de repos.

Quant à ce qui concerne le chyle, Mageudie ti recueilli 15 à 16 grammes de liquide par 5 minutes, en ouvrant le canal thoracique de chiens qui avaient mangé auparavant, et le phénomène se prolongeait pendant plusieurs heures.

Sous le point de vue qui vient d'être mentionné, les rapports qui existent entre la constitution du plasma sanguin et celle de la lymphe méritent d'être pris eu grande considération. Comme d'autre part la disposition des réseaux d'origine des lymphatiques est telle, qu'ils ne peuvent pas ne pas recevoir quelques-uns des principes produits par désassimilation des éléments anatomiques des tissus dans lesquels ils rampent, on est amené à saisir facilement la raison d'être de la liaison, depuis longtemps reconnue, qui existe entre le développement du système lymphatique et la constitution générale ainsi que le tempérament de chaque individu.

Les particularités anatomiques et physiologiques précédentes montrent que l'état du sang et de la nutrition, ainsi que l'état de développement corrélatif de chaque système anatomique caractérisant ce qu'on nomme la constitution générale, et en physiologie le tempérament, réagissent inévitablement sur l'état de la lymphe, des réseaux lymphatiques des organes qui en possèdent et consécutivement sur l'état des ganglions qui élaborent l'humeur qui les traverse.

Rien de plus important par conséquent que l'étude de la physiologie du système lymphatique et cela particulièrement lorsqu'on se rappelle en présence des données précédentes que d'une manière générale le nombre des vaisseaux et des ganglions lymphatiques d'un organe est proportionnel à celui de ses vaisseaux sanguins, ainsi qu'on le voit pour le poumon, le foie, la rate, l'intestin, etc.

A la suite de ces données, il est fort important de rappeler les suivantes, c'est que, tant que la coagulation ne s'est pas opérée dans les vaisseaux sanguins, on voit se continuer l'absorption par les vaisseaux lymphatiques après toute cessation des battements du cœur des animaux dans deux ordres de conditions : 1*^ les vaisseaux lymphatiques des membres, etc., sont parcourus par un courant de lymphe et se distendent fortement au-dessous d'une ligature pendant une ou deux heures après la mort, c'est-à-dire tant que dure le retrait artériel qui chasse le sang de ce dernier système vers les capillaires ; 2^* sur les chevaux tués par hémorrhagie on voit les lymphatiques se remplir d'un liquide clair légèrement citrin pendant quelques heures après la mort, quand les régions dont ils reviennent sont œdématiées (Colin), ou atteintes de tumeurs volumineuses, comme on le voit pour les lymphatiques du testicule dans les cas de sarcocèle volumineux.

11 eu est encore ainsi des conduits qui avoisinent le réservoir de Pecquet ou la partie supérieure du canal thoracique dans les cas oii existent des épanchements péritonéaux ou pleurétiques.

Si donc les liquides introduits dans les vaisseaux lymphatiques peuvent provenir du dehors (absorption par les chylifères, par exemple), ou des produits delà désassimilation des tissus, il n'en est pas moins vrai que le sang prend une part considérable à leur constitution. (Gh. Robin, Programme du cours d'Histologie, Paris, 1864. In-8, p. 110.)

Nous trouvons la première exposition de ces faits dans NoU {Ueber den Lymphstrom, elc. In Zeitschrifl filr ration. Med. 1850. ln-8, Bd. IX). Ils furent adoptés et défendus par Brûcke et par Ludwig; enfin véritablement formulés par His (1862) dans un travail aussi remarquable par l'entente des faits que par leur description rigoureuse. Déjà du reste Cooper, Vater, Cheselden, Mascagni, Senac,

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avaient vu les injections de gélatine colorée passer incolores des artères dans les lymphatiques, et Scliellammer (1685) dit positivement que les lymphatiques rapportent au cœur le sérum du sang qui sort des extrémités artérielles, tandis que les veines y rapportent le sang lui-même.

Substituez aux prétendus vaisseaux séreux la théorie de l'eudosmo-exosmose, et vous aurez une idée assez exacte des opinions régnantes, qui s'appuient aujourd'hui sur des preuves expérimentales. (Labéda.)

Si l'on détermine un œdème artificiel sur une partie, par exemple (Ludwi» Ch. Robin), la lèvre supérieure, en serrant fortement une ligature autour du museau d'un animal, la quantité de la lymphe augmente dans la partie; puis la Lgature étant enlevée, elle s'écoule avec abondance au début, et à mesure que cet écoulement a lieu, l'œdème s'efface peu à. peu. La compression de la carotide (Stadeler) amène toujours une diminution, la ligature des veines (Weiss), la section du grand sympathique au cou (Ludwjg et Tomsa) produisent toujours une augmentation de la quantité de lymphe charriée du côté correspondant.

L'excès de pression dans les capilLiires par afflux plus grjud du sang artériel détermine cette issue du plasma sanguin, de certains de ses principes du moins; une partie de ceux-ci s'unit temporairement à la substance même des éléments anatomiques extra-capillaires qu'ils gonflent et reste interposée à eux de manière • à tendre ainsi à déterminer un œdème d'autant plus prononcé que le tissu est plus vasculaire. Mais parmi ces éléments extra-capiltaires se trouvent les conduits lymphatiques des réseaux d'origine qui, contenant un liquide moins dense que celui qui exsude, tendent à se remplir de ce liquide par un lait d'endosmose, ramené à un degré de simplicité comparable à celui des expériences de laboratoire, s'accoraplissant au travers de la membrane mince représentée par Tunique couche des cellules épithéliales limitant ces canalicules. La cavité représentée par l'ensemble de ceux-ci n'est ouverte que du côté des conduits collecteurs des réseaux qui représentent en quelque sorte le tube endosmométrique ; de manière que le liquide qui entre en vertu des actions moléculaires qui suscitent la pénétration endosmotique, ne peut que s'écouler du côté de ces collecteurs sans tea dre aucunement à retourner d'où il vient.

Dans l'intestin, la pénétration de la graisse dans les origines des lymphatiques nous offre un phénomène important. La graisse pénètre dans les chylifères à la manière des particules d'un corps étranger à l'organisme qui, déposé sur une membrane vivante, arrive dans l'intérieur des vaisseaux par pénétration parcellaire et non par actions moléculaires intangibles.

L'acte de la pénétration est différent du précédent, à ce point qu'il n'y a lieu de les étudier à côté l'un de l'autre que parce que anatomiquement ces phénomènes se passent dans les origines capillaires du système lymphatique.

Si nous prenons l'ahment déposé à la surface de l'intestin, nous le voyons, au sortir de l'estomac, réduit en une bouillie [chyme) plus ou moins fluide, au sein de laquelle la graisse émulsionnée par le suc pancréatique, se trouve divisée en particules épaisses de 2 à 10 millièmes de millimètre. C'est cette masse qui est poussée de proche en proche par les contractions de l'intestin, contractions toujours partielles, et qui, au moyen des fibres circulaires, comprennent successivement entre deux sortes de sphincters la masse alimentaire, en s'appliquant sur elle avec une force qni peut être évaluée à 5 ou 6 centimètres de mercure (J. Beclard), alors que l'on peut s'assurer expérimentalement que cette pression sulBt pour faire pénétrer au travers d'une membrane un liquide gras émulsionne

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(Liebig); membranes dont les saillies villeuses sont, en ce moment, érigées par le flux sanguin et par la contraction de leui s libres propres. (Gruby et Delai'ond, Lacaucbie.) La graisse émulsionnée est pressée fortement sur l'épithélium de la villosité, trouve au delà de celui-ci, sur son passage, le vaisseau capillaire sanguin superficiel, mais ne peut y pénétrer à cause de la tension supérieure du sang, et passe ainsi entre les mailles jusqu'au chylitere central.

Quelques auteurs ont voulu trouver un canal donnant passage à la graisse de la périphérie au centre de la villosité. Brùcke, Steumch [Viitersuchungen ûber das CylinderpUhelium der Darmzolter. In Sitzungshericht der Wiener Akademie. 1857. In-8), Milne Edwards et d'autres auteurs, plus récemment encore, renouvelant l'opinion déjà fornmlée eu d'autres termes par Aselli, Lieberkhiïn, Hewson, Cruikshank, Hunter, admettent que la cellule épithéliale est ouverte à ses deux extrémités en forme d'entonnoir ou autrement : celle qui regarde l'intestin est fermée par un bouchon muqueux qui disparaît au moment de l'introduction de la graisse pour se reformer ensuite; dans le point opposé, la cellule s'ouvrirait par plusieurs orifices dans le tissu propre de la villosité. (Voy. Absorption, p. 236-238.) La graisse, poussée par les contractions intestinales, refoulerait le boucliou muqueux et s'engagerait dans la cellule et de là dans la villosité : celle-ci, plus solide à la circonférence qu'au centre, se laisserait pénétrer dans cette partie centrale, et à mesure que la graisse avancerait vers le cbylifère déjà pourvu de paroi propre, la partie traversée se refermerait en vertu du pouvoir contractile dont elle est douée. Il manque à cette théorie d'avoir démontré l'existence du bouchon muqueux, des ouvertures de l'épithélium et l'inégahté de la consistance du tissu de la villosité.

Toutefois la non-pénétration dans les capillaires intestinaux d'une certaine quantité delà graisse émulsionnée n'est pas absolument prouvée. Il résulte, au contraire, des expériences de M. Cl. Bernard {Leçons de physiologie expérimentale. Paris, 1856, in-8°, t. II, p. 312-326), que jamais chez les reptiles et les oiseaux nouri^is de graisse ou dans l'intestin desquels on injecte de la graisse dissoute par l'éther on ne voit comme sur les mammifères des lymphatiques intestinaux contenant du chyle, tandis qu'au contraire le plasma du sang de la veine porte contient alors de la graisse à l'état de fines granulations émulsives. Il en est également ainsi pour le sang de la veine porte sur les mammifères, pendant que les chylifères sont pleins de leur liquide laiteux ; mais ici le fait n'a plus la même valeur, parce que le sérum du sang de tous les vaisseaux sanguins du corps est promptement rendu lactescent par le chyle même que verse le canal thoracique. Quoi qu'il en soit, le fait expérimental précédent n'a pas été pris en considération comme il mérite de l'être.

L'arrivée des graisses au travers des villosilésjusqu'à leur vaisseau central sembla s'opérer d'après le mécanisme de la pénétration des fines poussières au travers de la substance organisée, tel que nous le décrivons plus bas (page 456). La différence de nature existant ici entre les gouttelettes graisseuses qui pénètrent et les tissus traversés tend à rendre compte de la possibilité de ce mécanisme, à l'admission duquel pourtant semble s'opposer la consistance de la graisse. Toutefois, malgré ce que laisse encore à désirer la théorie du mécanisme de la pénétration des gouttelettes graisseuses du chyle, nous allons décrire ce que l'on observe en la suivant pas à pas. Cette description est faite d'après des observations qui ne sont queconfirmatives, du reste, de celles de plusieurs physiologistes, de Weber (1847) et de Funke (1855) surtout.

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Le premier élément anatomique que la graisse traverse est l'épithélium prismatique dont les cellules recouvrent les villosités, et qui forment une couche tellement serrée que les gouttelettes graisseuses ne peuvent pénétrer entre ces cellules. La graisse pénètre dans ré[iaisseur des cellules ; c'est ce qui se voit sur des animaux nourris de matières grasses et qu'on a tués pendant la digestion. Toute la couche des cellules de la muqueuse se montre alors parfaitement remplie de graisse jusqu'à l'endroit où cette dernière substance a pénétré. Chaque cellule en particulier renferme souvent une gouttelette plus ou moins grosse, ou un amas de gouttelettes brillantes, cachant le noyau. Les cellules paraissent alors gonflées, considérablement dilatées. Sur les lapins, à côté des cellules cylindriques, on voit un grand nombre de cellules de forme sphérique ou ovalaire, et remplies de graisse. Sont-ce des cellules d'épitliélium gonllées plutôt que des cellules arrondies, sphériques, admises par Weber, et qui, placées sous la couche épithéliale, représentent le réseau de Malpighi? Cette dernière opinion est, comme le pense Funke, la plus probable. 11 est incontestable que les gouttes graisseuses microscopiques traversent l'épaisseur des cellules épithéliales et les pénètrentmais c'est par erreur que Briicke et autres ont pensé que ces cellules sont ouvertes en avant et en arrière, de sorte que chaque cellule représentant un entonnoir cylindrique rempli d'un contenu visqueux et de granulations, les gouttelettes entreraient librement dans l'ouverture antérieure, pour sortir ensuite par l'ouverture postérieure. Après avoir traversé les cellules prismatiques de la couche épithéliale, la graisse, d'après Weber, arriverait d'abord dans les cellules sousjacentes de forme sphéroïdale.

Au delà des cellules épithéliales à travers le tissu propre des villosités jusqu'aux vaisseaux lymphatiques, d'après Briicke, Donders, Heiile, Kœlliker, Funke, les gouttelettes graisseuses traversent librement ce tissu propre ; daus ce tissu des villosités, il n'existe pas d'autres voies préformées, destinées au chyle, que le vaisseau central lymphatique ou d'origine des chylifères. Ce vaisseau est une voie toujours existante et ouverte pour recevoir et faire circuler les gouttelettes graisseuses arrivant du côté de la périphérie des villosités. Ce sont ces gouttelettes qui, des extrémités postérieures des cellules épithéliales (ou, si l'on veut, des cellules sphériques sous-jacentes), entrent dans le tissu propre de la villosité. C'est entre les mailles hmitées par ces capillaires, mailles moins larges que les vaisseaux qui les hmitent, que passent et pénètrent les gouttelettes graisseuses.

Chaque physiologiste pourra, comme nous l'avons fait, vérifier l'exactitude de la description suivante qu'a donnée Funke (1855) des diverses manières dont les gouttelettes graisseuses pénètrent les villosités.

i° La villosité dans toutes ses parties est tellement remplie de gouttelettes de graisse quelle devient tout à fait opaque; par conséquent, si on la fait traverser par la lumière, elle se présente sous l'aspect d'une masse noire, ayant la forme de la villosité ; vue par réflexion, elle se montre blanche.

2° Ou bien la graisse est moins agglomérée, est infiltrée dans tout le tissu propre de la villosité ; mais elle se voit sous forme de gouttelettes de dimensions diverses, disséminées. On reconnaît aisément qu'elles sont placées dans toute V épaisseur de la villosité et qu'elles n'occupent pas seulement la surface.

3° Dans la majorité des cas, on trouve dans chaque villosité le canal chylifere central tout reniph et le reste du parenchyme de la villosité vide ou garni de gouttelettes disséminées. Le canal central renferme dans ces cas le plus souvent des gouttelettes d'un diamètre assez uniforme, généralement ternes, uoii'àtres,

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et plus souvent brunâtres ; elles sont logées dans le canal, serrées les unes contre les autres; parfois cependant elles sont disséminées, de telle sorte, que le canal semble pour ainsi dire interrompu. (Weber.)

i° Quelquefois les gouttelettes de graisse qui se trouvent entre le canal central et la périphérie de la villosité ne sont pas disséminées çà et là dans le tissu de la muqueuse, mais se montrent sous uu aspect réticulé, en sorte que du côté de la périphérie de la villosité un certain nombre de gouttelettes placées les unes à la •suite des autres confluent vers le centre et forment de cette manière des rangées plus larges, dans lesquelles deux ou trois gouttelettes sont placées l'une à côté de l'autre.

Les figures réticulées régulières que forment quelquefois les gouttelettes ne jrépondenl en aucune façon à des voies préformées dans l'épaisseur des villosités, mais qu'elles proviennent uniquement des gouttelettes graisseuses passant les unes après les autres et se frayant librement un chemin à travers le tissu propre. Jl n'est pas douteux que les gouttelettes de graisse peuvent librement pénétrer partout à travers le parenchyme, se frayer partout elles-mêmes une voie. C'est ce qui résulte clairement de ce qu'on voit sur les diverses manières dont se remplissent les villosités : lorsqu'une villosité dénudée de son épithélium se présente comme une masse noire, opaque, il n'y a aucun doute que le tissu propre tout entier ne soit complètement rempli de graisse. 11 en est de même lorsque les gouttelettes graisseuses, grosses et petites, se montrent disséminées, sans ordre, mais assez serrées, dans toute l'épaisseur delà villosité. (Funke.)

Si les gouttelettes graisseuses ne suivent pas toujours une voie droite, cela tient à ce qu'elles éprouvent souvent des déviations autour des tissus imperméables de la villosité, c'est-à-dire les capillaires sanguins, et qu'elles doivent se frayer un chemin entre les libres-cellules contractiles qui forment une couche autour du canal central. D'un autre côté, les interruptions fréquentes qu'on observe dans ces rangées de gouttelettes s'expliquent parce que les gouttes de graisse qui suiîvent la même voie ne se succèdent pas toujours d'une manière immédiate ; ceci explique encore comment il se fait que très-souvent, entre les rangées réticulées, les gouttes graisseuses se trouvent disséminées dans les interstices.

Otto Funke rattache le phénomène précédent aux lois de l'endosmose. Pour lui, les corps gras peuvent être absorbés dès qu'ils se liquéfient à la température du corps, et il a institué des expériences pour démontrer que la stéarine pure à 57° ne passe jamais dans l'épithélium, quoiqu'elle soit réduite à une poudre d'une division extrême, tandis que le suif, fusible à 39", donne dans les mêmes conditions une injection graisseuse complète des villosités.

Mais, sous peine de ruiner le principe même de l'endosmose, on ne peut raisonnablement admettre que la graisse, non miscible à l'eau, puisse s'endosmoser vers les chylifères. Il y a, de plus, d'autres exemples du passage des poussières fines de la périphérie du corps dans l'intérieur du système lymphatique : témoin le tatouage, après lequel les molécules colorantes arrivent de proche en proche Ters les voies lymphatiques et vont gagner les ganghons, où ils s'accumulent. Cependant, il faut reconnaître que l'on ne sait pas encore si la ressemblance entre ■des gouttelettes de graisse et une fine poussière organique est fondée de tous points.

La disposition des muqueuses sous forme de membranes chargées de villosités n'est du reste pas la condition sine qua non de l'absorption des graisses, et ces saillies ne font à cet égard qu'augmenter l'étendue de la surface disposée favorablement pour la pénétration des matières alimentaires. Les expériences de

-iSG LYMPHATIQUE (physiologie).

M. Cl. Bernard ont eu effet démontré que les principes gras pénètrent les lympiialiqucs et donnent l'aspect laiteux à leur contenu, quel que soit le lieu où ces derniers se trouvent en contact d'une émulsion. C'est ainsi qu'il a rendu chyleux le contenu des lymphatiques du rectum des chiens et celui de leurs membres, eu injectant des graisses énmlsionnces avec du suc pancréatique dans la dernière portion de l'intestin, d'une part, et dans le tissu lamineux sous-cutané, de l'autre. {Voy. Digestion, Intestin.)

Dans tous les cas, les faits de pénétration de particules solides ou demi-solides dans les réseaux lymphatiques, autres que ceux de l'intestin, sont nombreux. Ils sont en effet subordonnés à la structure de ces vaisseaux pins qu'à leur situation. On connaît les laits de pénétration de la poussière du charbon dans le parenchyme pulmonaire et de là dans les lymphatiques du poumon, d'où ils vont aux ganglions bronchiques, dans lesquels ils s'arrêtent. On connaît aussi ceux du passac^e des diverses poussières introduites dans le derme par le tatouage qui arrivent d'une manière analogue dans les glandes axillaires ; car ici, bien qu'il y en ait probablement qui sont directement introduits dans les capillaires lymphatiques, lepassao^e , se fait pendant trop longtemps encore après la cicatrisation des piqûres pour qu'on puisse le considérer comme dû à une introduction directe dans les conduits d'origine de tous les grains minéraux qui arrivent aux ganglions. Il est fort probable que, par un mécanisme de ce genre, il pénètre aussi dans les lymphatiques pour arriver aux ganglions correspond;! nts des parcelles, c'est-à-dire des groupes composés d'un petit nombre d'éléments des tissus introduits sous la peau dans les expériences dites d'inoculation du tubercule, du cancer, ou mieux des tumeurs épithéhales, etc. Il n'est pas impossible que des cellules épithéliales hypertrophiées et autrement altérées encore, des sarcocèles épididymaires, des tumeurs de la mamelle, des é])ilhéliums des lèvres, de la langue, etc., pénètrent aussi dans les lymphatjiques des réseaux d'origine de ces organes pour arriver de là dans les ganglions correspondants, et y venir inoculer en quelque sorte une altération de même ordre. Mais la science ne possède encore aucun fait démonstratif à cet égard, et nous ne pouvons encore donner que des hypothèses sur ce point.

Quoi qu'il en soit sur cette partie de la physiologie des lymphatiques, il importe de bien distinguer le fait de la pénétration de corps solides insolubles en poussière impalpable ou non et le fait de V absorption. Ces deux cas sont trèsdifférents, et leur confusion a jeté beaucoup de vague sur plusieurs questions d'histoire naturelle et surtout de physiologie normale et pathologique. On observe, en effet, que toutes les fois qu'un corps solide, visibleou invisible à l'œil nu, plus dur que la substance organisée, se trouve placé à la surface d'une muqueuse ou sous l'épiderme cutané, il pénètre dans cette substance du côté où il exerce une pression par son propre poids ou à l'aide d'une compression exercée par le jeu d'un organe. La matière vivante se résorbe, disparaît molécule à molécule devant le corps solide du côté où est la plus forte pression, pendant qu'en sens opposé il se reforme molécule à molécule de la matière organisée, laquelle prend successivement la place auparavant occupée par le corps étranger. EWe fait ainsi que lorsqu'il s'agit des vaisseaux, leur paroi est déjà reformée ou cicatrisée en quelque sorte derrière le corps étranger qui la pénètre ainsi au moment où il vient tomber dans leur cavité. C'est là le mécanisme de la pénétration des spores de divers végétaux cryptogames dans la cavité de certains organes, à la surface des tissus ou à une certaine profondeur. C'est aussi celui de la migration des corps étrangers une fois introduits sous les téguments, de la pénétration et du

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transport des œufs d'Iielminlhe qui, pour la plupart, ont une enveloppe dure et coriace; c'est celui delà pénétration des poussières de charbon, de silice et autres dans l'intestin, dans les poumons et de là dans les lymphatiques, etc. C'est de la sorte, par exemple, que se passe le fait signalé par VoMim Société de biologie, 1849, p. 79), à savoir qu'à la suite du tatouage du bras ou trouve le vermillon dans les ganglions lympliatiques axillaires. Ainsi, dans h pénétration, c'est le corps traversé qui disparaît molécule à molécule devant celui qui pénètre, tandis que celui-ci ne change que de place et non d'état. Dans le cas de l'absorption (confondu si habituellement avec la pénétration des solides), c'est le corps entrant du dehors au dedans qiii traverse molécule à molécule une matière, laquelle ne change pas ou presque pas, et qui, de plus, s'unit souvent en partie, molécule à molécule, à la matière traversée ou aux liquides de la cavité des organes qu'elle forme. {Voy. Ch. Robin, Du mode de pénétration des germes végétaux^ etc. dans rcconomie. la Comptes rendus et mém. de la Soc. de biologie, Paris, 18o2,in-8% p. 180; Hist. nat. des végétaux parasites, 1853, p. 285; et dansBéraud, Eléments de physiologie, Pans, 18o6, 2*= édit., t. I, p. 80 et 98.)

Recklinghausen en injectant dans le péritoine, chez le lapin, dans le voisinage du centre phrénique, des liquides non miscibles à l'eau, ou tenant en suspension, comme le lait, le sang, des corpuscules solides, a vu ces derniers pénétrer directement dans la cavité des lymphatiques, il en conclut que le réseau d'origine est ouvert, non-seulement au niveau dus prétendus canalicules plasmatiques, mais encore sur son trajet. 11 admet que les vaisseaux lymphatiques superliciels de la face péritonéale du centre tendineux communiquent avec la cavité abdominale par des ouvertures avant environ deux fois le diamètre des globules rouges du sang. Des ouvertures sont disposées entre les cellules épithéliales, dans les points où plusieurs d'entre elles sont contiguës. [Zur Fettresorption. In Archiv fur path. Anal., 1862.) Sans revenir ici sur les faits qui (p. 414) contredisent ce retour à la théorie des bouches absorbantes, nous rappellerons que, d'après ses recherches sur la peau, les muqueuses, les séreuses et les parenchymes, His a constaté il'eber die Wurzel der Lgmphgefâsse in den Haulen des Kôrpers und iiber die Theorien der Lymphbildung. Zeitschrift fur wissenschaftliche Zoologie, 1862), comme Recklinghausen, un revêtement épithélial simple des canaux d'origine de leurs lymphatiques ; mais il rejette absolument l'existence des canalicules plasmatiques de ce dernier auteur. Enlin il a vu, lui aussi, les globules de lait, les grains de cinabre pénétrer dans l'intérieur des réseaux lymphatiques au niveau du centre tendineux du diaphragme ; mais, ainsi qu'Auerbach, il nie complètement Pexistence des orifices admis par Recklinghausen, et il exphque cette pénétration par le ramollissement, dans le moment de cette pénétration, de la substance interposée aux cellules épithéliales. ,

Cours du chyle et de la lymphe. Des réseaux la lymphe passe dans des canaux plus \olumineux qui se rendent bientôt dans les ganghons. Les leucocytes marchent lentement, adhèrent facilement aux parois des vaisseaux. Arrivés dans les ganglions, le liquide se porte au travers de la portion corticale dans la médullaire, des vaisseaux afféi'ents ou efférenls, en traversant les sinus pourvus de trabécules que nous avons fait connaître plus haut ; c'est-à-dire qu'elle marche certainement, comme on le voit faire aux injections, de la superficie vers la profondeur de chaque glande en traversant ainsi des conduits sinueux de plus en plus nombreux et de moins en moins épais ou larges pour alUr vers la portion centrale ou médullaire de l'organe et pour passer dans les sinus redevenant plus

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larges et formant l'origine des lymphatiques efférents. Nous avons vu que le liquide ne sort pas de ces conduits et ne pénètre pas dans le tissu médullaire propre le long des trabécules du réliculum, entre les noyaux de l'épithélium glandulaire, comme on l'a supposé.

! Les mêmes phénomènes se reproduisent à chaque ganglion, et d'ailleurs le cours de la lymphe subit des accélérations ou des retards temporaires que tout le monde peut se figurer.

i Quant au chyle, après avoir pénétré dans le centre de la villosité, il gagne lentement le réseau muqueux superficiel ou sous-villeux, oîi il se mêle avec le contenu des chylifcrcs voisins. Le liquide, abandonnant la muqueuse, traverse successivement le réseau sous-miiqueux, puis le réseau inter-musculaire et sous-séreux pour gagner le mésentère, sur la paroi du(|uel les vaisseaux se dessinent en blanc. Enfin, de ganglion en ganglion, le liquide vient se mélanger à la lymphe dans le réservoir de Pecquet.

A ce niveau, l'influence des mouvements respiratoires se fait déjà sentir, et la rapidité du courant acquiert peu à peu son maximum d'intensité. Enfin le fluide recueilli dans toute l'étendue de ce vaste système se jette dans les veines sous-clavicrcs dans un point très-rapproché du cœur, en dehors de toute communication avec le sang de la veine cave inférieure.

Par conséquent il n'est pas possible de voir le chyle conduit aux reins par le reflux intermittent qui a lieu dans ce tronc veineux, lequel joue, comme on sait, le rôle de veine porte relativement à l'appareil de l'urination.

La vitesse moyenne du courant a été évaluée, par Béclard à 2 centimètres 1/2 par seconde; par Weiss à 4 millimètres par seconde; par Béraud à 12 centimètres par seconde, ou 7 mètres environ par minute. Ce dernier chiffre s'applique au cours du chyle.

Nous trouvons dans Ludwig l'explication de résultats aussi variables. 11 a constaté, en effet, que la vitesse du courant change 'une expérience à l'autre, les conditions restant eu apparence les mêmes.

Alors que la pression du sang est de 5 à 15 millimètres de mercure dans la veine jugulaire externe, la pression manométrique est de 11 à 12 millimètres dans le canal thoracique. (Weiss.) Cette pression diminue dans l'inspiration et augmente dans l'expiration. Elle augmente aussi dans l'inspiration forcée; mais par suite de l'effet, accidentel en quelque sorte, des contractions musculaires.

La quantité de lymphe versée en vingt-quatrfe heures, sans être constante, est toujours très-considérable, et, d'après les recherches de Bidderet Schmidt [Versuchezxir Bestimmung der Chijlusmenge, etc. In Mûller's Archiv, 1845),Krause (Zur Phys. der Lymphe, la Zeitschrift fur ration. Mediz., p. 148, 1855), Weiss {Experimentelle fjntersuchungen ilher den Lymphstrom, 1861), elle atteint a peu près le cinquième du poids du corps.

M. Colin, en établissant une fistule sur le canal thoracique du cheval, a retiré 11 1/2 kilogrammes de lymphe en douze heures : sur une vache 95 kilogrammes en vingt-quatre heures.

Quelques observations pathologiques démontrent aussi l'abondance de cet écoulement. Sur un petit garçon, Assalini recueillit 5 livres de lymphe en trois jours. Une femme citée par Desjardins {Gaz. méd. de Paris, 1855) en perdit 2,880 grammes en vingt-quatre heures ; quand l'écoulement se faisait régulièrement, elle perdait 120 grammes par heure. Ce qu'il y a d'intéressant à noter,

LYMPHATIQUE (phtsiologie). 459

c'est que la malade pouvait aiTéter voloalairement ce flux en fléchissant fortement la cuisse sur le tronc.

Pendant la digestion, la quantité de lymphe diminue dans les capillaires "énéraux (Collard de Martigny, Recherches expérimentales sur les effets de l'abstinence, sur la composition et la quantité du sang et de la lymphe. In Journ. de la physiologie, de Magendie, Paris, 18-27, t. VII, p. 152), et cela probablement de ce qu'à ce moment l'afflux sanguin décroît aussi dans les capillaires sanguins correspondants.

La quantité de chyle versée dans le sang par le canal thoracique est plus abondante durant la période de la digestion ; elle augmente jusqu'à sept heures après l'ingestion des aliments (Dalton, A Treatise ouHuman Physology. Pliiladelphia, 1861, in-8°), pour cesser sensiblement après dix-huit heures.

Pendant l'abstinence observée chez des chiens (Collard de Martigny), cette quantité augmente jusqu'au douzième jour, et la lymphe, devenue plus consistante, perd sa transparence et prend une odeur très-forte propre à l'animal. (Breschet.)

On voit par ce qui précède que le cows de la lymphe ne constitue pas une circulation, c'est-à-dire le retour d'un liquide à son point de départ sans discontinuité des conduits parcourus, puisqu'à compter des réseaux d'origine, les principes constituant la lymphe remontent le long des vaisseaux du système lymphatique et vont tomber dans le sang. Il n'y a donc pas, pour la lymphe comme pour le sang, un circuit complet, de manière à ce que les éléments anatomiques qui étaient en suspension dans le plasma d'un système afférent, puissent être retrouvés dans le système efférent ou réciproquement. Tous ses matériaux, soit éléments anatomiques en suspension, soit principes immédiats constitutifs, vont tomber dans le sang où ils se perdent par mélange avec ceux de celui-ci.

Il y a là une dittérence importante, comparativement à ce qu'on observe sur le sang, entre le rôle i^empli par le plasma sanguin et le rôle remph par le plasma de la lymphe.

La circulation du chyle et de la lymphe trouve sa cause première et spéciale dans le trop-plein {vis a tergo), et ressemble à celle de la veine porte. En effet, tout vaisseau considéré dans ce système traverse au moins un ganglion, et dès lors se trouve compris entre deux ordres de vaisseaux capillaires.

Jlais la disposition anatomique est ici, comme toujours, en corrélation étroite avec le rôle physiologique. Et, en effet, si nous cherchons pour le système lymphatique une place naturelle, nous la trouvons à côté des appareils jiortes. (Ch. Robin, Tableaux d'anatomie. Paris, 1850, in-4°, préface.) « Il y a, en effet, une veine porte pour chaque fonction de la vie de nutrition, et non pas seulement pour la digestion ; chacun présente à son tour, comme annexe, une des glandes vasculaires ou sans conduit excréteur qui, jusqu'à présent, n'ont été rattachées à rien. »

La cause essentielle de la progression de la lymphe des réseaux d'origine vers les conduits collecteurs et les glandes qu'ils traversent est représentée par l'afflux endosmotique incessant du liquide dans les premiers, dont la disposition est telle, qu'à mesure qu'ils se rempUssent, ils ne peuvent se vider 'que d'un côté : celui des vaisseaux qui en partent, et dans lesquels le fluide monte comme dans un tube endosmométrique. Ajoutons qu'en raison de leur élasticité ces derniers rewnnent sur eux-mêmes dès qu'ils sont un peu trop distendus, et la portion du liquide qui tend à refluer vers le point d'où elle vient, trouvant là un obstacle

460 LYMPHATIQUE (physiologie).

dans toute portion qui est entrée après, elle progresse nécessairement du côté du cœur, lors même qu'il s'agit de conduits dirigés de bas en haut, et non de ceux qui viennent de la tèfe et du cou.

Il n'est par conséquent pas douteux que la première et la plus importante des causes de progression de la lymphe ne soit ce que l'on appelle assez vaguement la vis a tergo, qu'on pourrait définir l'application incessante des mêmes forces sur un iluide aux origines d'un système de conduits.

A tout instant, une molécule liquide extérieure au lymphatique va jirendre place dans son intérieur; elle n'y parvient qu'en poussant au-devant d'elle h molécule précédente, comme elle va être à son tour poussée en avant par la molécule suivante ; cette poussée se propage donc de proche en proche des radicules vers les troncs; elle est continue, donc l'écoulement sera aussi continu. Seulement, au niveau de l'intestin, cette force initiale se trouve compliquée : 1" d'un acte musculaire de l'intestin et de la villosité qui se contractent; 2° du passage par pénétration de la graisse au travers de la villosité.

Telle est la vis a tergo, donnant ainsi le branle à tonte la masse liquide et la précifiilant lentement, mais sûrement, vers les embouchures terminales des lymphatiques dans le système veineux.

Ainsi la direction du courant est déjà formellement indiquée des capillaires vers les troncs, mais elle se trouve assurée par la présence des valvules. On comprend, en effet, qu'une foule de circonstances, la pesanteur, les pressions de toute es|ièce tendent à chaque instant à changer le sens du courant; mais ces replis se redressent contre tout effet rétrograde du Hquide, forment, en s'adossant deux à deux une barrière horizontale inflexible, et c'est alors qu'une cause de ];erversion ou d'arrêt dans le courant devient une cause d'accélération, d'efficacité proportionnelle à l'élasticité du conduit au-dessus delà valvule. (Labéda.)

Étudions jilus spécialement les causes, désormais accessoires, qui accélèrent ou retardent le cours de la lymphe et du chyle.

On peut les diviser naturellement en deux espèces : les unes sont extérieures et comme étrangères aux vaisseaux lymphatiques; les autres sont inhérentes aux lymphatiques eux-mêmes.

Dans les premières nous signalerons, comme la plus importante, l'influence de la circulation sanguine.

En effet, d'une manière générale, les causes mécaniques du cours du sang doivent aussi retentir sur celui de la lymphe quand le plus grand afflux de ce dernier liquide amène les conditions voulues pour une plus grande pénétration endosmotique dans les réseaux lymphatiques d'origine.

A l'extrémité centrale du trajet circulatoire, les forces qui poussent le sang dans les gros troncs veineux agissent consécutivement sur la circulation de la lymphe.

Le sang des gros troncs veineux qui avoisinent le thorax est attiré vers la poitrine dans chaque inspiration : de là appel de la lymphe vers la cavité des veines sons-clavières pour combler en quelque sorte le vide qui tend à se produire, tandis que les gros troncs lymphatiques sont en même temps comprimés dans 1 abdomen par l'abaissement du diaphragme refoulant la masse des viscères. Ainsi, o priori, tout appelle la lymphe dans la poitrine pendant l'inspiration.

Dans l'expiration un phénomène inverse va se produire : le redressement du diaphragme, la tendance à l'engorgement des gros troncs veineux suppriment déjà l'appel de la lymphe dans la poitrine, et l'embouchure du canal thoracique

LYMPHATIQUE (physiologie) 461

se trouve en outre mécaniquement fermée par le redressement de sa valvule sous l'effort rétrograde du sang veineux. Les expériences manométriques di2 NoU et de Weiss ont confirmé ces données théoriques. Pendant l'expiration ou les efiorts, le liquide qui s'échappe des fistules lymphatiques sort en forme de jet. Dans l'inspiration, le jet dimiinie, mais le courant est plus rapide.

Les pressions de toutes sortes, et pailiculièrement la contraction des muscles voisins des troncs lymphatiques, constituent une cause d'impulsion, extérieure aux vaisseaux comme la première ; ces pressions agissent évidemment en favorisant le cours de la lymphe dans le sens déterminé par les valvules

Examinons maintenant la deuxième série des causes accessoires du cours du chyle et de la lymphe; nous savons qu'elles sont inhérentes aux vaisseaux. Ils sont élastiques , et par conséquent rétractiles, ils reviennent sur euxmêmes lorsqu'ils ont été passagèrement et modérément distendus. Mais NoU a évidemment exagéré lorsqu'il ne veut recoiniaître aux lymphatiques d'autres propriétés que l'élasticité. (iSoU, Ueber den Lymphstrom in den Lymphgefàssen, etc. In Zeitsclirift fur ration. Medic. 1850. Bd IX, p. 65 et suiv.) La vérité est qu'ils sont aussi contractiles ; la structure le fait déjà prévoir, et les expériences les plus concluantes viennent le démontrer. Si ou expose à l'air les chyhfères pendant la digeslion (Haller, Lauth, Fohmann, Brûcke), ils se resserrent peu à peu et finissent, par se vider complètement. Le canal thoracique, au contact de l'air, perd environ la moitié de son calihre. On a d'ailleurs obtenu directement des contractions faibles de ce conduit en le galvanisant (Kôlliker, Virchow. In Verltandlungen der phys. med. Gesellschaft in Wiirzburg. 1850, t. I^'', p. 8o0) chez les suppliciés. Colin {Recli. expérim. sur les fonct. du syst. lymph., mémoire manuscrit dans les Leçons de physiologiede)i\ilne Edwards, t. IV) et d'autres ensuite ont vu sur le bœut les vaisseaux lymphatiques du mésentère se remplir et se vider alternative meut avec une régularité rhythmique. En haut un gros tronc lympha'.iquc ^Tiedmann, Gmelin, Recherches sur la route que prennent diverses substances pour passer de l'estomac dans le sang. Paris, 1821), la lymphe s'amasse au-dessous et sort en jet quand on pique le vaisseau.

On comprend bien d'ailleurs le rôle de la contractihté ; le liquide intra-vasculaire, comprimé circulairement dans une section donnée du vaisseau, s'écoule vers les troncs, arrêté qu'il est par les valvules du côté des réseaux d'origine ou des ganglions.

Quant à l'interposition des glandes lymphatiques, elle est évidemment une cause de retard au même titre qu'une succession de veines portes, car les vaisseaux, nous le savons, se divisent dans ces glandes en réseaux de sinus capillaires d'où partent de nouveaux troncs. Néanmoins, les obstacles ap^'orlés au cours de la Ivmplie sont probablement compensés en partie par les contractions lentes de la glande, dans la charpente et l'enveloppe de laquelle il y a des fibres musculaires

lisses.

Cependant, malgré leur intervention, il n'en est pas moins ^Tai que le cours de la lymphe doit se trouver ralenti à ce niveau, et rien n'est mieux fait qu'une telle disposition pour démontrer l'influence du trop-plein ou de la vis a tergo.

Aidée de la contraction lente ou de l'élasticité des vaisseaux, cette force est véritablement la cause fondamentale de la progression des fluides dans tous les canaux centripètes. (Ch. Piobin, Thèse de zoologie pour le doctorat es sciences. Paris, 1847, in-8°, p. 112.)

462 LYMPHATIQUE (physiologie).

Nous verrons, au contraire, une condition d'accélération dans la grande étendue des radicules lymphatiques comparée à rexiguïlé des troncs de terminaison. Mais il paraît impossible de dire dans quelle mesure le cours du chyle se trouve favorisé par là. (Labéda, Thèse de concours, 1866.)

Après a\oir ainsi analysé les influences diverses qui agissent sur le cours de la lymphe et du chyle, il est bon de présenter un résumé dans l'ordre classique des causes qui précipitent et de celles qui retardent le cours de la lymphe.

Les premières sont :

L'inspiration;

Les pressions musculaires ;

La contractilité des vaisseaux ;

La convergence des radicules vers les troncs.

Les secondes sont :

L'expiration ;

Les frottements ;

L'interposition des ganglions.

La pesanteur peut agir indifféremment dans l'un ou l'autre sens.

Observons de nouveau que la vis a tergo, toujours prépondérante, survit à des accélérations ou à des retards passagers, et finalement surmonte tous les obstacles.

Bu rôle physiologique du plasma de la lymphe et du chyle. Le plasma de la lymphe est doué de la vie; il se nourrit, il se compose et se décompose d'une manière continue et simultanée sans se détruire. C'est ce phénomène, joint aux actes analogues dont les leucocytes sont le siège, qui constitue la vie de la lymphe.

La distribution des organes qui renferment et conduisent ce plasma, fait même qu'à cet égard il offre une particularité qu'on ne trouve ni sur les parties formées de substance organisée solide ou demi-solide, ni dans le plasraa sanguiu. Elle consiste en ce qu'il est le siège d'un double phénomène d'assimilation ou de composition, sans acte désassimilateur correspondant très-marqué; car, engendré ou renouvelé dans les réseaux lymphatiques et chylifères, il vient se déverser entier dans le sang. Il y a pourtant échange endosmotique de certains principes avec ceux du plasma des capdlaires sanguins. (Ch. Robin, Chimie anatomique. 1855, t. lll; et Leçons sur les humeurs, 1867.)

Le double phénomène d'assimilation varie selon les points de l'économie oiiil se passe, et la nature des miUeux qui fournissent les matériaux; selon que ces derniers sont empruntés aux aliments venus du dehors, dans l'intestin, ou selon qu'ils sont empruntés, au dedans, aux tissus dans lesquels se trouvent des réseaux lymphatiques.

a." Avec le dehors. L'assimilation a pour siège principal le plasma des réseaux d'origine chyhfères de l'intestin.

Les principes immédiats qui sont les agents du phénomène, sont : 1" spécialement ceux des aliments qui sont de nature graisseuse et émulsionnés, qui pénètrent dans les chylifères par un mécanisme spécial. Ils sont, au point de vue physiologique, dits assimilables et réparateurs, parce que, par suite du mélange du plasma des chyhfères à celui du sang veineux, ils réparent les pertes qu'éprouve le plasma artériel pendant la désassimilation dont il est le siège, lorsqu'il fournit des matériaux aux éléments anatomiqu es ou pour certaines sécrétions; 2° en même temps d'autres principes sont absorbés. Ce sont des composés de la première classe, tels que de l'eau et des sels, puis des traces de principes coagiilables de la troisième classe (peptones, etc.), puis enfin du sucre et des principes

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solubles récrémentitiels et autres de la deuxième classe; la plupart sont assimilables et réparateurs, bien qu'il puisse y en avoir qui soient absorbés et non assimilés.

Les actes accomplis par ces derniers principes dans le plasma des chylifères prennent le nom général d'assimilation réparatrice, parce qu'ils fournissent des matériaux nécessaires au maintien de la constitution du plasma d'abord, et indirectement des éléments anatomiques. Ces actes sont essentiellement des changements moléculaires isomériques, et ils sont précédés de phénomènes d'absorption.

Les principes graisseux ne présentent à étudier dans le plasma cliyleux que des phénomènes physiques de suspension ou d'émulsion.

b. Assimilation avec le dedans.

Elle a pour siège : 1" principalement le plasma des réseaux capillaires d'origine des lymphatiques dans les membranes cutanées et séreuses, les glandes et autres organes, ainsi que dans les muqueuses autres que celles de l'intestin proprement dit ; 2° elle a lieu accessoirement dans le plasma des réseaux chylifères et lymphatiques proprement dits, qui, résultant de la subdivision des vaisseaux lymphatiques dans les glandes mésentériques, et les ganglions des antres parties du corps se réunissent de nouveau en troncs vasculaires au delà de ces glandes sans conduits excréteurs.

Les principes immédiats, agents du phénomène d'assimilation qui se passe là, sont : 1" des principes formés essentiellement par désassimilation, selon toutes probabihtés, aux dépens des principes constituants des tissus et qui ont déjà servi, et surtout l'excès de ceux qu'apporte le sang artériel dans ces tissus, pour l'assmulation de leurs éléments propres ou pour la sécrétion dans les glandes ; 2» ce sont accessoirement des principes formés de toutes pièces dans les glandes lymphatiques, aux dépens du sang qui s'y distribue, et dont le mode de formation, non plus que les espèces, ne sont encore connus exactement.

Les actes accomplis par ces principes sont (après l'échange endosmotique qui se passe là) bornés à un simple mélange avec ceux qui composent le plasma lymphatique auquel ils se joignent.

Les vaisseaux lymphatiques constituent pour l'appareil circulatoire général, un système porte dans lequel, comme pour les autres systèmes portes, le liquide marche des extrémités vers le cœur, surtout par vis à tergo, par trop-plein. Ce système de conduits ne se jette par un long détour dans les veines sous-clavières que chez les animaux dont le sang reflue vers le rein par la veine cave inférieure, ce qui aurait conduit à l'expulsion du chyle par les urines, tandis que chez ceux qui ont une veine porte rénale spéciale, il se jette dans la veine cave inférieure, presque immédiatement au-dessus du rein. Le système porte lymphatique a pour ^landes vasculaires les ganglions ou glandes lymphatiques, dont le produit retombe dans le courant et va nécessairement au sang.

Chacune de ces glandes verse un ou plusieurs principes immédiats spéciaux dans le sang que la veine porte amène à l'organe principal auquel elles sont annexées de la même manière que le foie (ayant ainsi deux usages) verse du sucre par le< veines sus-hépatiques dans la veine cave inférieure, qui est, chez les mammifères, système porte alternativement et pour le rein et pour le cœur droit ou pulmonaire. Ce n'est pas dans le sang, en effet, que se forment tous les principes spéciaux qu'on y trouve. De même que le sang qui entre dans le foie n'a pas le sucre que coniient le sang qui en sort ; de même aussi on trouvera que c'est au tissu des glandes vasculaues qu'il faut rapporter la formation des f ria-

464 LYJiPHATIQUE (phtsiologie).

cipes qu'on dérouvrira certainement dans leur sang de retour et qu'elles y ont versé comme le foie verse du sucre dans relui des veines sus-hépatiques. (Ch. Robin, Tableaux (Tanatomie. Paris, 1850, in-4" ; Avertissement, pages 9 et 10.)

Quoi qu'il en soit cependant, il faut reconnaître que les usages des glandes lymphatiques ne sont pas encore nettement déterminés. Ils se rattachent probablement aux modifications que subit, durant son parcours, la composition delà lymphe. Ces dernières consistent en ce que les principes fixes de cette humeur ' augmentent de quantité au fur et à mesure qu'on s'élève des résea ^- lympha- ' tiques vers le canal thoracique. Ainsi la ymphe, prise au-dessus des ganglions de l'aine, renferme davantage de princi|ies solides que la lymphe prise au-dessous de ces mêmes ganglions, c'est-à-dire venant exclusivement de la partie inférieure des membres.

Les ganglions lymphatiques font donc subir à la lymphe une élaboration qui a fort probablement ]iour point de départ les actions moléculaires nutritives énergiques dont leiu's épiihéliums sont le siège, au même titre que les épithéliums de tous les autres parenchymes. La quantité de liquide qu'on a recueillie jusqu'à présent n'a pas permis de déterminer exactement quels sont les principes que les ganglions lynq)liati(|ues surajoutent à la lymphe. Mais il est assez important de voir que la lymphe renferme d'autant plus de principes immédiats solides qu'on remonte davantage vers le canal thoracique. Seulement lorsqu'on arrive au réservoir de Pecquet, là se mélange le chyle qui a emprunté à l'intestin une plus grande quantité de liquide aqueux, et les différences qui viennent d'être signalées cessent d'être aussi caractérisées quand on fait abstraction de la graisse, ])arce que le chyle est plus ou moins chargé d'eau ou de sels et de matières coagulables, selon la nature des aliments ingérés.

Les faits précédents s'a]ipliquent donc essentiellement à la lymphe. Cependant, en comparant le chyle recueilli près des circonvolutions intestinales au chyle recueilli près de l'abouchement des chylifères dans le réservoir de Pecquet, on voit que les ganglions lymphatiques du mésentère font subir à ce dernier une modification analogue à celle que subit la lymphe en traversant les ganglions, c'est-àdire qu'elle perd de l'eau et acquiert en remplacement des principes immédiats solides.

Il s'y passe très-probablement d'autres modifications, mais elles n'ont pas encore pu être bien déterminées.

Pourtant lorsqu'on voit le nombre des glandes qui se trouvent sur le trajet des lymphatiques des organes très-vasculaires comme le poumon, le cœur, le foie, l'intestin, la rate, etc., on ne peut s'empêcher de croire qu'elles remphssent sous le point de vue qui précède un rôle important. Ce rôle toutefois, à en juger par les indications que fournit l'état général de la santé est plus en rapport avec leur nombre qu'avec leur volume, celui-ci étant toujours moindre chez les sujets vigoureux et d'une bonne constitution que sur ceux chez qui de faibles influences troublent la santé générale ou amènent la production de pus soit à la surface des I muqueuses soit dans la profondeur des tissus. I

Nous avons vu ailleurs que les glandes lymphatiques n'ont aucunement pour usage de former ni de détruire les leucocytes. (Voy. Leucocyte, p. 252 elpassim.) 11 est inutile de revenir sur ce point déjà résolu négativement par les recherches embryogéniques de Remak (1855) en ce qui touche la prétendue transformation des noyaux et cellules (épithéliaux) de la substance propre des ganglions en globules blancs.

LY5IPHATIQUE (anatomik). 4Ô5

Rappelons seulement que ce qui précède et ce que nous avons dit plus haut fait bien comprendre comment les ganglions doivent être facilement modifiés dès que leurs sinus sont parcourus par un liquide anormal. De plus, quand des poussières minérales (charbon, silice, vermillon, etc.) ont pénétré dans les lymphatiques par le mécanisme dont nous avons parlé (p. 450), celles d'entre elles qui s'arrêtent inévitablement et séjournent contre les colonnettes et les parois des sinus intra-glandulaires (p. 429) ne peuvent pas ne pas sortir de ces conduits et pénétrer dans le tissu glandulaire propre par le mécanisme même qui les a fait entrer et tomber dans les lymphatiques d'origine ( voy. page 458). En comparant sous ce rapport les ganglions bronchiques de l'adulte à ceux des enfants et en voyant la constance avec laquelle les premiers ont retenu une quantité de poussière de charbon, etc., proportionnelle à la durée du séjour de chaque sujet dans une atmosphère chargée de ces particules, on ne peut s'empêcher de croire qu'ils remplissent à cet égard un rôle dont il y a lieu de tenir compte. Il serait même important d'examiner sous ce rapport les glandes mésentériques des individus ayant pendant longtemps ingéré de la poudre de charbons médicamenteux.

Quoi qu'il en soit, on trouve les ganglions bronchiques ou autres devenus noirs modifiés ainsi qu'il suit au point de vue de leur structure interne. On y rencontre d'abord de fins granules de charbon, tels que ceux du noir de fumée, et d'autres arrondis, et polyédriques, plus ou moins irréguliers, plus ou moins anguleux, larges de 5 à 40 millièmes de millimètre. Us sont libres, c'est-à-dire interposés aux épithéliuras nucléaires dans le tissu propre glandulaire. Mais on voit de plus toujours beaucoup de granules tels que ceux du noir de fumée et des fragments de charbon anguleux larges de 6 à 8 millièmes de millimètre, inclus dans des cellules épithélialcs arrondies ou polyédriques, larges de 2 à 6 centièmes de millimètre, plus nombreuses dans les ganglions bronchiques noirs et hypertrophiés que dans les ganglions non colorés des autres régions du même sujet. Les granules et ces frîigments sont tantôt épars en petit nombre dans les cellules ainsi mêlées avec épithéliuras nucléaires et ils laissent voir leur noyau ovoïde, parfois très-gros avec un nucléole jaunâtre. Dans certaines cellules au contraire, ces fragments sont accumulés de manière à remplir toute la cellule qu'ils rendent opaque et noire ou encore ils n'en remplissent ainsi qu'une portion. Il en résulte pour ces éléments un aspect particulier et souvent alors leur noyau a disparu. Les noyaux libres de lépithélium ganglionnaire sont normaux et ne sont pas ainsi pénétrés par le charbon. Mais on en voit de plus petits dans les corps ou cellules fibro-plastiques formant les colonnettes trabéculaires des sinus lymphatiques et surtout dans ceux du reticulum de la substance glandulaire même. 11 est commun alors de trouver beaucoup de ces derniers plus ou moins hypertrophiés, qu'ils soient ou non parsemés de ces petits grains de charbon.

Avec les grains de poussière de charbon il y a dans beaucoup des ganglions noirs et hypertrophiés (mais non dans tous) des grains d'hématosine, non anguleux atteignant une largeur de 1 à 2 centièmes de millimètre et plus. Ces grains sont tantôt épars dans tout le ganglion qui en renferme, ou au contraire plus particulièrement placés dans une partie de l'organe et souvent réunis en groupes apercevables à l'œil nu. I,a plupart sont interposés aux noyaux de l'épithélium glandulaire ; quelques-uns se trouvent dans les cellules polyédriques signalées plus haut et soit seuls, soit avec des grains de charbon. Bien qu'ils colorent en noii' le tissu canclionnaire vu à l'aide de la lumière refléchie d'une manière aussi

DICT. ENC. 2* S. m. -0

4f»() LYMPHATIQUE (bibliographie).

intense qne le charbon môme, leur teinte d'un beau rouge bruu sous le microscope les fait distinguer de suite des grains de charbon d'uii noir brun ou tout à fait noirs. De plus l'acide sulfurique les détruit en peu d'heures tandis qu'il laisse intacts les grains de charbon.

11 est commun de trouver dans les ganglions, en même temps que des granules de charbon, des amas calcaires composés surtout de phosphate et decarbonate de chaux, que le charbon rend grisâtres. Us sont formés dégroupes calcaires agglutinés larges de5 à 8 centièmes de millimètre, mêlés de quelques grains cristallins de choL stérine; en les dissolvant par l'acide acétique, on voit qu'ils englobent et incrustent des granules de charbon et des noyaux d'épithéhum.

Il n'est pas douteux que la présence de ces corps étrangers dans les ganglioiis ne soit une cause d'oblitération des sinus intérieurs par compression et de trouble de l'action élaboratrice de la lymphe par le parenchyme glandulaire Mais dans l'état actuel de nos connaissances sur cette élaboration, il est im|iossibledediredcquelle nature est ce trouble et quelle est son intlnence sur la santé générale.

Ch. Robin.

Bibliographie. — Il est nécessaire de faire précéder les indications bibliographiques relatives au système lympliatique d'un court aperçu historique en raison de la nature particulière et de l'iiitérôt des dor.uées qui se raUachent à ce sujet.

On croit qu'Erusistrate avait quelques notions de l'existence des vaisseaux lymphatiques; et il est bien certain que Eustachio a connu et décrit le canal thoracique du cheval, et que Fallopia avait entrevu les lymphatiques du foie : cependant ce n'est qu'en 1022, qu'à Pavie, Gaspard Aselli découvrit les vaisseaux lactés. Il observa aussi les valvules dont leur intérieur est pourvu; mais il tomba dans l'erreur en les faisant se réunir dans le pincréas, pour ensuite se rendre au foie : il est à croire qu'il confondit les vaisseaux lymphatiques avec les lactés. En 1628, les veines lactées observées sur le chien, par G. Aselli, le furent sur l'homme par Pierre Gassendi, et par son ami N. G. F. Péresc. Il obtint qu'on fît prendre des aliments à un criminel, peu de temps avant de l'envoyer au supplice, puis qu'on pût examiner le corps après l'exécution. Cependant Gassendi n'avait pas, de la nature de ces vaisseaux, et du fluide qu'ils contiennent, une idée bien exacte; il les croyait formés parla graisse du mésentère. Le grand Ilarvey, dont la découverte avait excité tant de rivalités et de critiques injustes, ne fut pas plus généreux envers Aselli, qu'on ne l'avait été envers lui. En 1629, Jacques Martel, de Château-Thierry, professeur à Paris, vit, le premier après Eustachio, le canal thoracique, et indiqua avec précision la terminaison des vaisseaux lactés à ce conduit central. En 1654, Vesling donna une description des vaisseaux lactés et raccompagna de figures. D. Fournicr, chirurgien à Paris, prétendit qu'en 1033 il avait découvert le réservoir du chyle. Conrad-Victor Schneider dit avoir obser\é, en 1658, les vaisseaux lactés et leur tronc commun ; mais on attribue à Thomas Bartholin d'avoir, dès l'année 1629, prouvé que les vaisseaux lactés sont différents des nerfs et des veines.

François-Sylvius de Le Boé ne lit avancer la science qu'en disant que les vaisseaux dont nous parlons vont du foie au pancréas, et ne conduisent pas du chyle, mais de la bile. De Le Boé avait raison, parce que les vaisseaux du toie, dont il parle, sont des vaisseaux lymphatiques.

Ce n'est qu'en 1647 qu'on reconnut la véritable marche des vaisseaux lymphatiques et chyleux, et la disposition du réservoir et du canal central auquel ils viennent aboutir. C'est à un Français, Jean Pecquet, de Dieppe, qu'est due cette découverte, qu'il iaut considérer comme une des plus remarquables après celle de la circulation du sang. Vesling connaissait les vaisseaux lymphatiques ; il vit pour la première fois le tronc commun des vaisseaux lactés, et lymphatiques en 1649, et, un an après, Jalylf découvrit les lymphatiques des autres parties du corps ; mais on ignorait leurs fonctions, puisqu'on les considérait comme la continuation des vaisseaux lactés. Olaùs Budbeck, et après lui, Thomas Bartholin, démontrèrent les vaisseaux lymphatiques en général, leur mode de distribution et leurs fonctions. C'est en 1651, qu'ulaûs Rudbeck, alors âgé de vingt-un ans, découvrit les vaisseaux lymphatiques proprement dits et les distingua des vaisseaux lactés. En 1652, le jeune anatomiste démontra les vaisseaux en présence de la reine Christine, et fit voir le canal thoracique et l'embouchure de ce conduit dans la veine sous-clavière. Les travaux de T. Bartholin sont postérieurs à ceux de Rudbeck, avec lequel il a voulu partager la gloire de cette découverte. Quelques années après, l'histoire des vaisseaux lymphatiques fut étendue par les travaux de Swammerdam et de Génrd Blaes, qui décrivirent les valvules des vaisseaux lactés; et plus tard Fréd. iluysch donna l'exacte description des valvules des vaisseaux lymphatiques, et

LYMl'HATIQL'H (bibliographie). 467

démontra le ■véritable mode de progression de la lymphe dans ses vaissesux. (Breschet.) Depuis ces temps déjà fort reculés, nos connaissances sur les \aisseaux lymphatiques se sont fort (tendues. I es travaux de Nuck, J. G. Dmerney, A. Monro, J. F. Mecke!, F. Werner et Ch. G. Feller. de J. U. Hyase, ceux des deux frères Hunier, et leurs disciples, Hewson, Cruiksliank et Sheldon , oTît puissamment contribué à perfectionner nos connaissances sur les vaisseaux lymphatiques. Cependant, après les recherches de ces anaomisles c'v lèbres. leurs successeurs ont aussi payé leur tribut . ainsi Vascagni doit être placé les. premier parmi les modernes, et nous devons !rès-lionorablenient citer Rossi. Pauizza, Fohmann, Lauth, i- F. îleckel. Treviranus. I.ippi et Bre.-chet, sans parler des anatomlstes da nos jours, tels que Cruveilliicr, Sappey, Bonamy, Heule, etc. Après eux, nous devons citer i.udwig, Noil, Brtike, Teicbmann, Dnnders, Leydifr, Rillrotli, Kulliker, Frey, His, Langer, etc., dont les travaux, commencés en 1850, ont élucidé le plus f;i-and nombre des points relatifs à la texture d^s glandes lymphatiques, comme on l'a vu dans la description précédente. Pour la bibliographie, Yoyczles Traités d'anaiomic descriptive et générale, les Traités de physiologie, les écrits cités dans le cours de cet article et les suivant.^ •

G. AsELLio. De lactibiis seu laclcis venis quanta vasoritm iiicsarraicoriim génère, nova inventa, dissertatio , qua sentodiœ anatomicœ muUœ vel pcrperani receptœ convelluntur, vel pamm perceptœ illustrauliir, etc. Milan, 1027, in-i» ; Eâle, 1628 et 1640, in-4''; Leyde, 1645, in-lolio. Réimpr avec les œuvres de Spiepel. Amsterdam, 16i5, in-fol., et dans Man^et, Biblioth. anat , t. II, p. 656. — Folio iCecil.). Sangitinis e dextro in sinistrum cordis ventiiculum dcfucnlis facilis reperta vin, ciii non vulgaris in lactcas nuper reportas venas aniinadversio j.rœponilur. Venise, 1639, in-4*; Francfort, lii41, in-12; Leyde, 1725. Réimpr. avec le Vieatr. anatont. de Vesling, Francfort, 1641, in-12. — I'ecqpet (Jean). Expérimenta nova analomica quibus incoijnitum hacteniis cliijli receptacuhim, et ab eo, per thoracevi In ramos iixque subclavios vasa lactea delegiintur. Ejusdeni, Dissertatio nnatomica de circulatione aanguinis et chijli motu. Paris, lool, in-12 ; Hardervic. Uol, in-12. Edit. altéra, oui accessit diss. de Utoracicis lacteis, in qua John Riolani rcsponsio ad cadem expérimenta nova analomica rcfutalur, et invenlis recenlibus, canalis Vivmngici demonstratur usiis. et lacleiun ad vmmmas a receplacuh iler indagatiir. Sequuntur gratulatoriœ clariss. virorum. guibus et adjungitur brevis destntctio, scu liUua respons. Riolani, ad ejusdem Pecqueti expérimenta per Hygimim TItalassium. Paris, 16j4, in-4'' ; Amsterdam, 1661,in-r2; ibid., ITuO. Réimpr. dans Hemstei-huys, Messis aurea; Jbmget, Bibl. anat. — De MÊME, lettre à M. de Carcavi, louchant une nouvelle découverte de la communication du canal thoracique avec la veine cmulgentc. Dans Journ. des savants, année 1C68. — Hon>E (Jean van). Novus ductus chylif'eriis, nunc primum delineatus, descriptus. et eruddorum examini expositus . Levde, 1652, in-4°. Réimp. dans ses Opusc. anatomico-chinirg . Leipzig, 1707, in-8', p. 275. — " Bartholis (Thomas) . De lacteis thoracicis in homme brutisque nuperrime observatis historia analomica. Copenhague, 16o2, in-i°; Londres, 1052, in-12; Paris, 1655, iii-S', etc. Réimpr. dans Hcmsterbuys, ilessis aurea ;l\nmev, Syllog.; Manget, Bibl anat t If p 657 — \)y: ^it«z. Vasa hjmphatica nuper Eaf nue in ammantibus inventa et iièpâtis 'exseauiœ. Copenhague, 1655, in-4°; Paris, 1655, in-S». Réimpr. dans les collect indiquée<; —De mêsie. Diibia analomica de lacteis thoracicis et an hepatis funus immutetmedendimethodum. Copenhague, 1655,in-4°; Paris, 1653. in-8°. Réimpr. dans les «llectious indiquées. Ces opuscules, avec un grand nombre d'autres qui ont les vaisseaux lymphatiques pour sujet, et dans lesquels Th. Bartholm soutient des discussions avec Rio.an. Harvev etc ont été réunis dans un volume publié sous le titre ; Opuscula nova analomica de lacteis tlwracicis et lijuipliaticis vasis una volumine comprehcnsa, et ab auctoreaucta et recognita. Copenhague, Francfort et Amsterdam, 1670, in-S- (voyez en outre, Haller, Bibl. anat., Portai, Hist. de fanât, et de la chir., art. Bartholinl - Rldeeck (01.). ExercUatio analomica exhibens ductus hepatis aquosos et vasa glandularum serosa cum fig. aneis et observationlbus anatomicis. Westeras, 1635, in-4-: Leyde, 1654, in-12. Reimpr. dans Hemsterhuvs, Messis aurea, et dans Haller, Diss anat. - Bv ^t,iz. Insidue sructce 01. Budbeckii d'uctibus hepattcis aquosis et vasis glandularum serosis a Th. Bartholim Levde 1654 in-8° — Dr même Epistola ad Th. Bartholinum, de vasis serosis. Upsal, 1657;in-^l2 - Dr vêmk. De sera ejusque vasis. Upsal, 1661, in-i», lig. Réimpr. dans Haller, U'iss anat' t Vil P I P 2^^ — Riolxs {io\m\ Opuscula analomica nova, judicium novÛm de'venis lacteis.' lam mescntericis quani thoracici,, adversus Th. Bartholinum. Paris 1655 in-8' — Du même. Aninmdversiones.secundœ ad anatomicam rcformationem Th. Barthoiiui. Pa'ris, 1655, in-8'. - Dr même. Responsio prima édita anno \m, ad expo rmenla nova analomica ,/. Pecqueti adversus liœmatosim xn corde ut chijlus liepati restilualur,el nova Riolani de circulatione sanguims doctnna sarta tecta conservetur. Pans, 1055, in-8». - Do .même. Responsio altéra. Paris, 1655, m-b°. - Logc.n iMartm) Insidue ntrHctœ Bartholini vasis hjmphaticis ab Olaiis Rudbeckio Sueco m sucsducttbus hepaticis, ti détecta!. Copenhague et Francfort, lOoi, in-4'. - Du .ème. Apologia pro vam lympha^

468 LYMPHATIQUE (BiBnoGr.APiiiE).

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Thiensius van der Wynpressc, et réunies sous ce titre : Guillelmi Hewson Opéra omnia. I. Descriptio syst. lympk., cum prœfntione D. Ilahn. II. Disquisitio exper. de sanguinis natura, variisque ejus per morbos mutât ionibus. III. Opus posthumum, sive rubrarum sanguinis particularum. et fabricœ ususque glandularum lymphalicarum thymi et lienis descriptio, angl. éd. M. Falconar. Leyde, 1795, in-8°, figures. — Portal (Ant.). Remarques sur la structure du canal thoracique el celle du réservoir du chyle. Dans Mém. de VAcad. roy. des se. de Paris, 1770, Méni., p. 393. — Baxg (Jen.). De varialionibus in ductu tkoracico visis. Dans Soc. med. Hafniens collectanea, 1774, t. I, p. 82. — Sabatier (R. B.). Remarques sur le canal thoracique de l'homme. Dans Mém. de VAcad. des se. de Paris, 1780, Mém., p. 605. — IUase (J. Gottl.;. Resp. C. Gottl. Krause. Diss. de motu chyli et lympkœ glandulisque conglobatis . Leipzig, 1778, in-4''. — Du même. 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I.Y1VIPIIATIQ1JE (Systèmiv). Pathologie. I. Historique et délimitation. La pathologie du système lymphatique ne date réellement que du siècle dernier et commence à peine à s'éclairer aujourd'hui des lumières qu'elle doit aux progrès récents de l'anatomie et de la physiologie. Pour distinguer et décrire les maladies qui lui appartiennent, pour concevoir de ses affections une idée quelque peu précise, il fallait au moins connaître anatomiquement les différentes parties de ce système et savoir quels rapports les unissent entre elles, ou les mettent en relation avec le reste de l'organisme. Or rien de cela n'était encore soupçonné lorsque les chylifères apparurent, en 1622, aux yeux étonnés d'Asclli; et il se passa bien du temps ensuite avant que cette découverte, débarrassée des conceptions hypothétiques auxquelles elle avait donné heu d'abord, reçut en pathologie des applications sérieuses. Après une tentative assez incomplète d'Assalini {Essai médical sur les vaisseaux lymphatiques. In-S. Pans , 1787), parut Tous rage de Sœmmering [De morbis vasorum absorbentium corporis humani. in-8. Francf., 1795) où l'histoire des maladies du système lymphatique se trouva constituée, dans son ensemble, par la réunion d'un grand nombre de faits épars et d'observations disséminées.

Astley Cooper mentionna, en plusieurs endroits de son œuvre, certaines altérations de ces vaisseaux , mais d'utîe façon génémlement assez vague et le plu* souvent sans en déterminer très-exactement la nature. Ce fut seulement beaucoup plus tard que l'attention commença à se fixer sur les questions qui touchent aux maladies du système absorbant. A partir de 1824, les recherches d'Alard (De /'iwflammalion des vaisseaux absorbants. In-8. Paris, 1824), d'Andral [Rerch.pour servir à l'hist. des malad. du syst. lymph., in Arch. ge'n. deméd., t. VI, 1824), celles de Gendrin {Hist. anat. des inflammations, t. II), puis les études anatomopathologiques de Cruveilhier {Anat. pathol., liv. XI), enfin l'enseignement et divers articles de Velpeau {Me'm. sur les mal. du syst. lymphat., in Arch. gen. de méd., t. Vlll et X, 1836) introduisirent de notables progrès dans la connaissance des maladies qui nous occipcnt. On y i^evint encore, à propos de l'infection purulente, pour cherohef quel rôle il convenait de réserver, dans cet état morbide,

LYMPHATIQUE (pathologie). 475

à i inflammation ou du moins à la participation plus ou moins directe des vaisseaux lymphatiques. Ceci donna occasion à quelques recherches de Velpeau, de Nonat et de Duplay.

La scrofule gmglionnaire fut ensuite étudiée de plus près, notamment par Lebert {Traité dea mal. scrof. et iuherc. I11-8. Paris, 1849). Le carreau et la tuborculisatiou bronchique devinrent aussi l'objet d'investigations attentives et de diverses inonograpliies parmi lequelles il faut citer surtout celles de Rilliet et Barthez (in Arc'i. gén. de med., 1840 et 1842. — Traité des mal. des enfants, ln-8. Paris, 1854, t. III, p. 600 et 806). Récemment, enfin, la découverte de la leucocythéniie lymphatique et les recberches entreprises au sujet del'adénie introduisirent dans cette partie de la médecine un élément d'intérêt tout nouveau, en faisant connaître des affections primitives du système lymphatique qui restent confinées dans le système où elles ont pris naissance et se manifestent par le trouble de ses propres fonctions.

Cependant la connaissance plus complète des réseaux lymphatiques et de leur distribution, acquise à l'aide de procédés de plus en plus délicats, enhardissait les palhologistes à localiser dans ces réseaux certaines affections à siège indéterminé jusque-là, comme l'éléphantiasis des Arabes (Duchassaing, inArch. gén. de méd., 1854, t. II, p. 112), la sclérodermie (Virchow,Teichmann cités par Rasmussen, in Arch. gén. de méd., octobre 1868, p. 446), l'érysipèle (Ciure, De l'érysipèle du pharynx. Th. Paris, 1864. — Billroth, A^iat. pathol. gén., tr. Culmanu, in-8. Paris, 1868, p. 579). Ainsi déjà s'agrandissait le cadre des maladies afférentes au système qui nous occupe.

Vint la découverte anaiomiqne de His qui étendait considérablement le domaine du système lymphatique en montrant un tissu tout à fait analogue à celui des ganglions {tissu hjwphoide), non-seulement dans les follicules clos et dans tous les organes appelés autrefois glandes sanguines, mais encore dans la profondeur même du derme des muqueuses et de la peau. La pathologie révélait d'ailleurs en même temps, dans les aptitudes morbides des différents organes où ce tissu se rencontre, des analogies non moins remarquables que celle qui peut résulter de la communauté d'un clément anatomifjue. On remarqua que diverses maladies, telles que la fièvre typhoïde, le choléra, la tuberculose, la scrofule, étendent leur influence sur plusieurs de ces organes à la fois et la manifestent, dans chacun d'eux par les mêmes multiplications de cellules et les mêmes transformations des éléments prolifères. On fut frappé de voir la cause inconnue de la leucocythémie et de l'adéuie provoquer, partout où se trouve du tissu lymphoide, une hyperplasie rapide des cellules sans tendance aux altérations régressives. Dans quelques cas, il était permis de supposer une simple propagation de la maladie de l'un à l'autre des organes atteints ; mais dans plusieurs, aussi, cette interprétation n'était point recevable et il fallait admettre que, sous l'influence d'une cause commune^ les divers organes lymphoïdes réagissaient individuellement d'une même façon. La conclusion était forcée, par exemple, lorsqu'on voyait, dans des cas semblables à c^lui que je présentai à la Société anatomique en 1861, les ganglions des régions les plus diverses, les follicules clos disséminés dans l'intestin et les capules de Malpighi dans la rate simultanément atteints par l'hypertrophie cellulaire.

Les conséquences des données anatomiques mentionnées tout à l'heure furent poussées plus avant encore. On en vint à localiser précisément dans le tissu lymphoide certaines maladies de la peau telles que le lupus, et la sclérodermie (Rasmussen, : Arch. gén. de med., sept, et oct. 1868) ; leur lésion essentielle

476 LYMPHATIQUE ^pathologie).

étant alors considérée comme une accumulation de corpuscules lymphatiques destinés à subir des transl'ormations diverses, fibreuse dans le sclérème, granulegraisseuse dans le lupus.

Mais l'anatomie ne s'est point arrêtée là; elle a pensé reconnaître dans les irabécules du tissu conucctif et jusque dans les cellules plasmatiques elles-mêmes, la continuation canaliculéo et comme la terminaison dos réseaux lymphatiques les plus déliés. (Recklinghausen.)Dès îors elle s'est cru en droit d'expliquer la formation des corpuscules de la lymphe par une simple prolifération des noyaux du tissu plasniatique et la suppuration par une production exagérée de ces corpuscules qui, s'accumulaut, subiraient des altérations spéciales et des transformations régressives. A l'appui de cette opinion, il ne manqua pas de se produire des faits pathologiques où l'observation très-attentive parut donner gain de cause aux inductions anatomiques. Billrotli, par exemple, examinant un prépuce atteint d'iiillainmation (pi'on venait d'exciser, trouva le tissu cellulaire jiresque entièrement transformé en une sorte de tissu caverneux partout rempli de petites cellules ou corpuscules lymphatiques. Les gaines vasculaires eu étaient dit-il, distendues et connue bourrées. Or tous ces espaces, formant un vaste réseau, laissaient apercevoir des communications évidentes avec quelques lymphatiques qu'on recoiniaissait aisément à la présence de valvules manifestes dans leur intérieur. (Billrolh , JOeber die feinere Struct. path. veràndert. Lymphdr., in Beitràge zur path. Histol. Berlin, 1858, p. 123.) Un tel fait sans doute paraissait singulièrement faxorable à l'opinion nouvelle.

De plus celle-ci avait l'avantage de fournir une interprétation facile à la formation des néoplasmes, connus sous le nom de hjmphomes, dont les exemples se multipliaient. Comme elle en réduisait la théorie à une ï^imple modification del'élénicnt conjonctivo-lymphatique, élément qui se retrouve à peu près partout, il devenait aisé, alors même que ces néoformations se trouvent disséminées dans le poumon, le foie, la rate, le rein et l'intestin (Waldeyor Lien. Leidioemie, etc., Virch. Arch., Bd. XXXV, 18(36, p. 214.— Bôttcher, ièit/., Bd. XXXVII, 1866, p. 165), d'expliquer leur présence par une hyperplasie spéciale du tissu coiinectif.

Envisagé de celte façon, le système lymphatique singulièrement agrandi apparaissait comme l'intermédiaire obligé de tous les actes de nutrition, le siège primitif de la plupart des actes morbides, le théâtre enfin de la pathologie presque entière.

Quelque idée qu'on se fasse des rapports qui existent entre le système des absorbants et le conueclif , il est incontestable que ces systèmes se rapprochent en ce sens que leurs fonctions sont également afférentes au développement, à la vie nutritive, aux échanges de matériaux, enfin à la circulation dans l'intimité des tissus et à l'élaboration du liquide nutritif proprement dit. Il en résulte nécessair.^ment des analogies grandes dans le mode des réactions pathologiques. Mais cela sufùt il pour que la Nosographie, adoptant l'extension considérable donnée au système dont il est question, comprenne dans un même cadre toutes les affections capables de siéger dans les vastes dépendances annexées à ce système? Nous ne le pensons pas ; une semblable confusion nous paraît impossible pour différents motifs et à divers points de vue.

Et d'abord, en ce qui concerne le tissu conjonctif, on a jm voir dans l'article précédent que la continuité directe de ses cavités avec les réseaux lymphatiques n'est, pas un lait anatomiquement démontre ; qu'elle est formellement contestée, au contraire, par les anatomistes les plus compétents. Il demeure donc tout

LYMPHATIQUE (pathologie). 477

au moins probable que les communications, rencontrées dans des cas pathologiques tels que celui rapporté plus haut ou d'autres analogues, sont accidentelles, anormales et de formation récente. De plus il faut bien remarquer que les phénomènes morbides dont ce tissu peut être le siège diffèrent, à beaucoup d'égards, de ceux qui appartiennent au système lymphatique proprement dit ; que les distinctions à établir l'emportent sur les analogies constatées; qu'enfin, s'il convenait de grouper ensemble les considérations pathologiques communes à ces deux systèmes, c'est à propos du counectif qu'elles trouveraient leur place, tandis que l'autre devrait être considéré comme une de ses dépendances et l'un de ses dérivés. Quant aux lésions qui intéressent le tissu lymphoïde des muqueuses et de la peau, il ne peut être, pour le moment, question de les séparer des lésions et des maladies de ces membranes elles-mêmes. Restent les glandes IjTnphoïdes isolées. Leur structure, assurément, les rapproche des ganglions lymphatiques par la présence d'un élément commun et l'on peut trouver un nouveau motif de rapprochement dans le rapport assez étroit qu'elles affectent avec la partie canaliculaire du système absorbant. Mais si ces considérations conduisent naturellement à supposer une certaine analogie entre les fonctions également peu connues des unes et des autres ; l'assimilation complète entre ces organes est cependant impossible et l'identité absolue de leurs fonctions tout au moins peu probable, en raison des différences de siège, de forme et même de constitution anatomique qui les séparent. N'oublions pas enfin que les maladies de ces diverses slandes coïncident eu eftet dans certaines circonstances et semblent naître sous ime influence commune; mais que plus souvent encore la plupart d'entre elles s'isoleui, reconnaissent des causes spéciales et donnent lieu à des phénomènes morbides différents.

Nous limiterons donc l'objet de cet article aux affections des réseaux, des vaisseaux et des ganglions lymphatiques proprement dits. D'ailleurs, afin d'éviter des répétitions fréquentes, nous grouperons dans une première partie toutes les considérations communes aux différentes affections du système lymphatique; dans une seconde nous exposerons les particularités qui concernent chacune d'elles.

II. Considérations communes aux différentes maladies du système lymphatique. Ètiologie. Pathogenie. Le système lymphatique se compose de deux parties très-distinctes aux points de vue anatomique et physiologique. En premier lieu, les canaux vecteurs dont la structure est simple et dont le rôle se borne à transmettre la lym|he du sein des organes, où ils la recueillent, jusqu'au voisinage du centre circulatoire, où. ils la déversent dans le sang. Secondement, les ganglions, organes d'une structure compliquée, où les cellules dominent, où la circulation sanguine est abondante, où la lymphe ralentit sa marche pour entrer en rapport avec des éléments spéciaux, où elle subit enfin des modifications importantes que probablement nous ne connaissons point toutes. La constitution différente de ces deux parties du même système fait qu'elles réagissent différemment, inégalement surtout, vis-à-vis des intluences pathogéniques qui les atteignent. C'est dans sa portion ganglionnaire que s'observent les manifestations morbides les plus saillantes, d'abord à cause de sa vie plus active, puis parce que spongieuse et réticulée, elle retient davantage les substances nuisibles que lui apporte Je courant lymphatique ; les arrêtant dans ses mailles qu;iiul ce sont des particules solides, s'en imprégnant en quelque sorte si elles sont à l'état liquide.

47S I.YMPHATÎQUE (pathologie).

1 ° Causes délennlnùntes. Gan^ilions et canaux peuvent ressentir directement, subn- les premiers l'action des causes patiiogéaiques ; que celles-ci d'ailleurs soient locales et tiauniatiques, ou que, générales au contraire, elles consistent dans l'un des états de l'organisme appelés diathésiques et infectieuv : affections primitives du sijstème lyînpJiatique. Dâiis à' dulres CAS,, ce système n'est que médiatement atteint par l'agent morbilique ; c'est l'affection, déterminée d'abord par celui-ci dans un organe quelconque, qui devient, pour les absorbants, l'occasion d'un nouvel ébranlement morbide, la source de l'élément excitateur qui leur est transmis : affections secondaires.

A. Les affections secondaires sont de beaucoup les plus fréquentes, et pour ce motif nous commencerons par elles. Leur prédominance s'explique s;ins doute un peu par ce fait, que les organes lynipbatiques principaux, étant généralement bien protégés contre l'action nocive des agents extérieurs, sont aussi par là même préservés de la plupart des affections qui en seraient le résultat direct et immédiat. Mais elle tient surtout à ce que l'invasion des maladies secondaires est singulièrement favorisée par les rapports intimes constamment établis entre cbaque région lympliati(iue et les organes auxquels elle ajipartient.

A ce propos il inijiorte de remarquer que le système dont nous nous occupons, tout général qu'il soit (puisqu'on le retrouve à peu près partout et qu'il ne fait gnère absolument défaut que dans le tissu osseux), se partage néanmoins en des districts assez isolés, dont cliacun appartient à un organe ou à une région distincte, et se trouve fermé du côté central par une barrière de ganglions à laquelle aucun vaisseau n'écliappe. Chacun de ces départements lymphatiques a ses réseaux étendus à la surface et dans la profondeur même de toute la région, et par eux il pratique une sorte de drainage dont les produits recueillis viennent traverser le filtre ganglionnaire. Or ces produits sont la lymphe, c'est-à-dire la portion du liquide nutritif qui a traversé les tissus sans être utilisée, le déchet de la ré|iaratioa organique. Ou conçoit quelle solidarité s'établit par là entre une telle portion du système lymphatique et les organes dont elle dépend. On pourrait presque se la représenter comme une expansion des organes eux-mêmes, destinée à subir les mêmes alternatives d'activité et de repos et, la plupart du temps, un même sort pathologique. Aussi cette loi de la participation des vaisseaux et des ganglions lymphatiques aux maladies des organes d'où ils dérivent est, ainsi qu'on le verra dans la suite, comme le fond de la pathologie de ce système. Voyons maintenant ce qui concerne l'étiologie et la pathogénie des affections secondaires.

Toute lésion viscérale ou périphérique n'entraine pas nécessairement ni au même degré la participation du département lymphatique correspondant, et notamment de sa partie ganglionnaire. Cela dépend : a. de sa nature ; 6. de la région qu'elle occupe.

a. La moindre excitation fonctionnelle, la plus petite irritation nutritive ou pathologique dans une région pourvue de vaisseaux absorbants, suffit pour augmenter l'abondance de la lymj)he, et par suite l'activité des ganglions. Les expériences physiologiques l'ont amplement démontré. A ce degré, le chan-, gement survenu dans l'état des glandes reste inappréciable. Mais si l'irritation est plus vive, si elle se répète fréquemment ou persiste longtemps, si enfin le sujet est prédisposé : on voit se produire une tuméfaction notable, la formation des leucocytes augmente, et il survient dans les ganglions une hypcrplasie del'élément cellulaire d'abord, de l'élément conjonctif ensuite. De là le volume exagéré des glandes axillaires chez les boulangers, des inguinales chez les piétons.

LYMPHATIQUE (pathologie). 479

De là aussi une tendance à la tuméfaction générale de ces glandes pendant la période de la vie où la croissance est rapide. De là enfin, chez les enfants, la prédominar.ce des gonflements glandulaires autour de la mâchoire et du cou, c'est-àdire dans des parties correspondantes aux régions oii se passe le travail de nutrition et d'accroissement le plus actif. Après la puberté, au contraire, les tuméfactions dites strumeuses, qui naissent en vertu d'une même disposition générale, apparaissent plutôt dans les aines, c'est-à-dire vers les régions où s'est transportée la prédonnnance de l'activité nutritive et formatrice.

Certaines inflammations de la peau ont une aptitude spéciale à provoquer et faire naître la fluxion ganglionnaire ; exemple : la diphthérite, l'érysipèle, le furoncle. Quelquefois un vésicatoire y suffit, ou l'éruption la plus vulgaire, s'il s'agit d'un sujet prédisposé.

(Jiiand à l'irritation produite par une plaie s'ajoute la contamination de cette plaie par un venin, un viras, une matière septique quelle qu'elle soit, la tendance à la participation des lymphatiques augmente considérablement. Il n'est besoin que de citer les piqûres dites anatomiques, la saignée faite avec des instruments malpropres, l'inoculation du chancre mou, du virus farcineux, etc.

Pour ce qui concerne les ganglions contenus dans les cavités viscérales on ne peut être témoin que des faits extrêmes; mais on sait que dans la pneumonie et dans certaines bronchites , chez les enfants surtout, les aanalions bronchiques se trouvent habituellement rouges et tuméfiés ; que l'entérite simple persistante produit un certain degré de congestion dans les glandes mésentériques, et que cela s'exagère singulièrement quand l'intestin devient le siège d'ulcérations, comme dans la fièvre typhoïde, la dysenterie ou l'entérite des tuberculeux. 11 est ^rai que, dans ce cas, on ne constate pas toujours un rapport très-exact entre les ganglions engorgés et le siège précis de l'ulcération; maisilsulfit que ce rapport existe d'une façon générale.

L'envahissement du système lymphatique par les affections dites néoplasiques, est chose fréquente et considérée en général conmie un signe d'infection générale et de mahgnité. En tête des tumeurs qui se propagent de la sorte, se place le cancer sous ses forme;» encéphaloïde ou squirrheuse. La propagation est ici de de règle à une certaine période du développement de la tumeur. La forme colloïde, au contraire, a peu de tendance à gagner les glandes, moins même, au dire de Broca, que certaines tumeurs réputées bénignes. — Après les cancers viennent les épithéliomas, puis les tumeurs fibro-plastiques, surtout leur variété cysto-nucléaire. Sur soixante cas de tumeurs fibre-plastiques du tissu cellulaire, Burlaud n'a noté que trois fois l'engorgement des ganglions ; deux fois seulement il s'y trouvait du tissu fibro-plastique ; la troisième fois l'engorgement était simple. {Etudes sur les tumeurs fibro-plastiques. Paris, 1868). Le chondromeet l'adénome sont peu capables d'atteindre le système lymphatique. Broca {Traité des tumeurs. Paris 1868, in-8°, p. 265) n'a trouvé à citer que deux exemples d'infection par cette voie pour la première des deux espèces de tumeur, l'un emprunté à Payet {Med. Chir. Trans., t. XXXVllI), l'autre à Dauvé {Bull, de la Soc. anat., 1861, p. 560-595). Pour le second, il n'en connaît qu'un seul {locclt., p. 266), et encore se dcmande-t-il, au sujet de ce dernier cas, s'il ne s'agissait pas de la variété de néoplasie désignée par Robin sous le nom de pseudoadénome. Quant au tubercule, il passe pour la dégénérescence de beaucoup la

plus commune dans les ganglions. Nous verrons, lorsqu'il s'agira de l'anatomie pathologique, quelles difficultés soulève l'interprélalion des faits relativement à

480 LYMPHATIOUE (pathologie).

la tuterculisatioii ganglionnaire, et comment on peut ne s'entendre pas sur ce qni, dans ces organes, mérite ou ne mérite point le nom de tubercule. Pour l'instant nous conservons à ce terme le sens dans lequel il a été pris par les auteurs ta qui l'on doit quelques renseignements sur la fréquence de cette localisation particulière de la tuberculose. Louis {Rech. anat. path. sur la phthisie, in-8°. Paris, 1845, p. 109) et Lebert ont l'un et l'autre trouvé des tubercules dans les ganglions bronchiques chez la moitié des phthisiques adultes qu'ils ont ouverts. La tuberculisation des ganglions mésentériques s'est rencontrée aussi chez les mêmes malades dans un assez grand nombre de cas (25 fois sur 102). Elle était toujours en rapport avec des ulcérations tuberculeuses de l'intestin ; mais non pas en proportion de l'abondance ni de l'étendue de ces ulcérations. Dans la phthisie aiguë granuleuse, la tendance à l'envaliissement des ganglions bronchiques semble plus grande encore que dans la forme chronique de cette maladie, tellement que Leudet {De la phthisie aiguë. Th. Paris) porte alors aux deux tiers la proportion des malades chez lesquels les glandes bronchiques se trouvent prises. De plus, les lésions ganglionnaires lui ont paru presque toujours trèsavancées, relativement à celles qui siégeaient au poumon, fait que Papavoine avait également remarqué. {Journal des progrès, t. II, 1850.) Parmi les dcgénérescences dont les ganghons sont susceptibles , il en est une qui semble avoir peu de tendance à s'y [Topager, alors même qu'elle occupe d'autres organes; je veux parler de la transformation amyloïde. Ainsi Frerichs rapporte l'exemple d'un enl'ant chez lequel le foie et la rate présentant l'un et l'autre la transformation dont il saisit, les ganglions mésentériques étaient cependant purement tuméhés et sans trace aucune d'état cireux. [Mal. du foie, trad. Dumesnil. Paris, 1862, p. 481.)

Pins une région se trouve richement pourvue de réseaux lymphatiques, plus aussi les lésions qui l'atteignent menacent ces lymphatiques et leurs ganghons. On sait combien, sous ce rapport, une blessure à la face dorsale des doigts offre plus de danger que celles qui portent sur leur face palmaire. On a noté de même que les idcérations molles qui siègent sur le frein de la verge,'le limbe du prépuce et le méat urinaire exposent plus que toutes les autres à l'adénite suppurée, vu la richesse très-grande des lymphatiques de ces régions. Au contraire, le cancer des os, du cerveau, de la dure-mère, de l'intérieur de l'œil, organes qui ne possèdent que peu ou point de lym[ihatiques, ne donne primitivement lieu à aucun retentissement ganghonnaire. De ces faits encore se rapproche la remarque de Broca, qu'un épithéliome de la face, qui laissait les ganglions intacts tant qu'il occupait uniquement la peau, acquiert une aptitude extrême à les engorger dès le moment oiîil a envahi la muqueuse des lèvres et des joues. Les phlegmasies qui portent sur le parenchyme pulmonaire engorgent les ganglions brouchiijues plus que celles qui occupent les bronches. Une difiérencc inverse existe entre celles qui siègent dans l'estomac et celles qui s'étendent dans les intestins. Enfin il est reconnu maintenant que l'érysipèle du pharynx entraine presque nécessairement la tumélaction des glandes sous-maxillaires, et cela explique comment cet engorgement a pu passer, d'après le dire de Blandin, pour le prodrome d'un érysipèle imminent, tandis qu'il est réellement le symptôme d'un érysipèle profondément situé. (Giure, De l'érysipèle du pharynx. Th. Paris, 1864.) 3Iais un fait assez étrange, et qu'on ne peut laisser passer sans le signaler bien qu'il demande confirmation, c'est que l'érysipèle, si constamment accompagné d'engorgement ganglionnaire quand il siège à la peau ou dans le pharynx, semble ne provoquer plus aucun

LYMPHATIQUE (pathologie). 4SI

nptentissement semblable quand il se propage dans les cavités viscérales. On n'a jamais noté en pareil cas de tuméfaction des glandes internes, et dans une observation de Gubler {Gaz.méd., 7 juin 18ô6), où l'autopsie révéla une rougeur diffuse de tout l'intestin, il est dit que les ganglions nitsentéiiques furent trouvés dans un état absolument normal.

6. Les affections primitives du système lympbatique peuvent être traumatiques, ou bien elles appartiennent à la catégorie des maladies diathésiques et infectieuses; il en est enfin qui sont dites idiopatlùques parce qu'elles apparaissent sans laisser de\iner l'agent causal qui en a déterminé la naissance.

Le traumatisme tient ici peu de place. 11 n'atteint guère que les portions superficielles du système, ayant pour conséquence ou bien l'angioleucite ou bien l'établissement d'une fistule lymphatique.

Au premier rang des affections qui appartiennent à la seconde catégorie, se présente la peste; maladie dont l'accident le plus remarquable consiste, comme on sait, en des bubons externes. Chez les malades qui y succombent, on découvre en outre, dans les cavités splancbniques des tuméfactions ganglionnaires tout à fait analogues et tout aussi volumineuses, comme l'ont montré les autopsies laites par Lachèze {Note sur la peste observée en Orient. Bull. del'Acad. de méd., I, 1856), par Aubert [De lapeste ou typhus d'Orient. Paris, ■\M0), eifav^nhvA [De la peste orientale, Vditis, 1859). L'altération ganglionnaire est même, au dire du dernier de ces auteurs, la seule lésion constante que l'on ait constatée dans cette maladie. Elle commence par les glandes inguinales et axillaires, et gagne ensuite les ganglions abdominaux et thoraciques. Ces glandes peuvent atteindre le volume d'un œuf d'oie; tantôt indurées, tantôt ramollies, ou nicme transformées en foyers purulents et ichoreux.

Vient ensuite la pustule maligne, où non content des adénites siégeant dans les "landes qui correspondjjnt au point d'inoculation, tout au moins au siège primitif de la maladie, on rencontre encore des altérations profondes dans les gan- 'dions internes, et particulièrement dans les glandes mésentériques ; altérations que bien évidemment on ne saurait attribuer a. une propagation de la lésion primitive et qui, par conséquent, ne peuvent trouver leur raison d'être que dans le fait de l'intoxication générale.

Ici se place encore la syphilis secondaire ou tertiaire avec ses engorgements îranMionnaires multiples dont Salneuve a montré la généralisation à toutes les glandes internes (De la valeur séméiologique des affections ganglionnaires. Th. Paris, 185'2), et dont les observations de Desruelhs (Des manifestations de la syphilis congénitale. Th. Paris, 18.V2), de Virchow {La syphilis constitut. in-8°, Paris, 1860), de Hutchinson {Medic. Times, juiil. 1858), de Lancereaux {Tr. de la syphilis. Paris, in-8», 1 866, p. 575) ont établi l'existence dans les gan- «Tlions viscéraux eux-mêmes. La syphilis ganglionnaire ne fait de doute aujourd'hui pour personne et semblerait même, d'après les faits que Lancereaux indique, pouvoir se rencontrer en l'absence de toute autre lésion syphilitique viscérale.

Est-ce bien là, c'est-à-dire à côté des affections ganglionnaires prenant leur source dans une altération générale de l'organisme, qu'il faut placer les lésions du système lymphatique observées par plusieurs médecins chez des individus atteints d'alcoolisme chronique? Van Swieten, au rapport de Zimmermann {Tr. de l'expérience, trad. de Lelevre. Paris, 18oo, p. i"8), aurait trouvé, chez une femme qui avait aimé l'eau-de-vie, toutes les glandes extrêmement dures et pour

DICT. ENC. 2* S. m, 31

ainsi dire pétrifiées. Albers, de Bonn {An. path.) dit avoir constamment ra sur le cadavre des buveurs les ganglions bronchiques d'une dureté inaccoutumée, noirs, fort emenl adhérents aux parois des bronches et confondus avec celles de l'œsophage, que celui-ci, du reste, fût ou non malade. Il attribue même à la compression exercée par des ganglions indurés ce rétrécissement d'un bon tiers que Thierry dit avoir remarijué dans les bronches chez les buveurs de profession Lancereaux a vu chez des alcooliques {voy. Alcoolisme, p. 647) les ganglions mésentériques et prévertébraux perdus au milieu d'une couche de graisse très-épaisse, pour ainsi dire étouffés, petits, ratatinés, méconnaissables, avec des amas graisseux disséminés à leur circonférence, et quelquefois un épaississement manifeste de la capsule fibreuse. Enfin, chez un alcoolique de 45 ans, dont il rapporte l'observation {Atlas d'anat. path., p. l''27), les glandes mésentériques et lombaires étaient à la fois indurées et augmentées de volume, et cette lésion accompagnait une cirrhose du foie, à laquelle on pouvait attribuer la même origine. S'il ne s'agissait que des ganglions bronchiques et mésentériques on pourrait ne voir dans leurs lésions qu'un retentissement de celles qui se rencontrent sur la muqueuse des voies digestives. Mais si l'altération ganglionnaire se dissémine comme l'aurait vu van Swieten et comme le dit Lancereaux, il faudra bien en clicreher la cause dans l'inlluence de l'alcool sur l'organisme en général.

On sait que, chez les individus qui succombent dans 1 état de cachexie paludéenne, les ganglions participent à la pigmentation qui s'est étendue à un grand nombre d'organes. Qutlquefois aussi on trouve ces glandes envahies par la dégénérescence amyloïde. Lancereaux a rencontré, chez un homme atteint d'une intoxication maremmatique fort ancienne, une sclérose prononcéede tout le groupe des ganglions préaortiques. Il n'y a là encore qu'une donnée assez incomplète, et qui demande confirmation; mais cela indique, au moins, que le système gangUonnaire lymphatique peut être touché par la cause de la fièvre intermittente.

Le cancer, qui, dans le système lymphatique, se présente le plus souvent à titre d'accident consécutif, peut y apparaître aussi conmie manilestation directe et primitive de la diathèse. Il doit être considéré comme tel en deux circonstances ; quand il survient avant toute manifestation du même genre dans un autre point de l'économie; lorsqu'd se développe dans des ganglions n'ayant aucun rapport lymphatique avec la région occupée par la première tumeur.

Néanmoins , le cancer primitif est ici relativement rare, et occupe toujoui-sles ganglions. M. Lebert n'a trouvé, sur cinq cents faits de cancer ganglionnaire, que quatorze cas où l'afiection des glandes lymphatiques dût être considérée comme primitive. Deux fois elle siégeait dans les ganglions abdominaux, une fois dans les glandes bronchiques, onze fois dans les glandes superficielles. Du reste, de tous les ganglions contenus dans la cavité abdominale, les lombaires paraissent être ceux oii le cancer se manifeste le ]dus souvent d'emblée, tellement que sur onze cas de carcinome occupant ces glandes, Bamberger aurait constaté six fois qu'aucun autre cancer n'avait préexisté. Hope est pourtant d'opinion que lorsque les glandes mésentériques, pelviennes et lombaires sont envahies par l'altération carcinomateuse, c'est presque toujours consécutivement à une carcinose du péritoine lui-même ou de fausses membranes déposées à sa suriace.

Les cancers primitifs affectent presque toujours la forme encéplialoïde dans k> glandes lombaires et rétropéritonéales, la forme épithéhale dans les groupe* inguinaux, sous-maxdlaires ou jugulaires. Quant à la forme colloïde, elle n'a été vue dans les ganglicns qu'à titre d'affection secondaire.

LïMi'HATIQUI:: (pathologie). 483

La luberculisation des lympliatiques et de leurs glandes est constamment, chez l'adulte, consécutive à celle du poumon, ainsi que les recherches de Louis l'ont montré. L'exception unique observée par Bumberger chez une femme de 60 ans, laisse dans l'esprit quelques doutes relativement à la nature tuberculeuse de la lésion ganglionnaire d'abord, et aussi quant à l'absence complète de tubercules dans le poumon, où l'on trouva les lésions d'une pneumonie lobulaire suppurée. Chez les enfants, au contraire, les tubercules apparaissent assez souvent d'emblée dans les ganglions bronchiques et mésentériques.

On voit, en somme, qu'il est peu de maladies qui manifestent quelque tendance à commencer leur évolution par le système hnjphatique. Colm a pu réunir dix-sept cas d'aflections [»rimitives des ganglions bronchiques. {Zur Lehre von den Bronch.-Drûsen-Erkrankimgen in Gunsb. Zeitschr., X, 5 et 6. 1859, p. 576.) Mais, sur ce nombre, il y avait des cancers, des tubercules, des abcès, des faits de mélanose, de stéatose, enfin des affections indéterminées.

U est, du reste*, digue de remarque, que, à côté de maladies zymotiques affectant profondément et d'une façon plus ou moins générale le système lymphatique, comme la peste, la morve, la fièvre typhoïde, etc., il en est d'autres de la même famille qui semblent ne le toucher point ou le toucher à peine; témoin le tvphus, maladie infectieuse par excellence. On a dit qu'il s'accompagnait habituellement de tuméfactions dans les glandes mésentériques. Mais les auteurs qui ont émis cette opinion avaient, pour la plupart, une très-grande tendance à confondre cette maladie avec la fièvre typhoïde. Dans une épidémie, observée, en 1865, à Telega (Roumanie), par Andritiano, les glandes mésentériques ne se trouvaient gonflées qu'accidentellement. (Etude sur le typhus. Th. Paris. 1868.) Aucune lésion ganglionnaire ni intestinale ne fut constatée dans les autopsies laites, au Val-de-Gr;\ce, par M. Godelier, enl856. (il/e'm. surletyph.obs. au Valile-Grâce lu à l'Ac. de Méd.) Les lésions ganglionnaires doivent être également bien rares ou bien peu marquées dans la fièvre jaune, car Pugnet seul, que je sache, a parlé d'engorgements ganglionnaires mésentériques dans cette maladie. (Mém. sur les fièvres de mauv. caract. du Levant et des Antilles, in-8. Pai'is,

L'hvpertrophie ganglionnaire plus ou moins généralisée, qu'elle s'accompagne d'une proportion exagérée des globules blancs du sang (leucocythémie) ou d'une rinémie simple (adénie), doit être presque toujours considérée comme une affection primitive, n'étant précédée le plus souvent d'aucun trouble morbide appréciable. Parmi les individus atfectés de celte maladie, on en a cité, sans doute, i|ui avaient antérieurement subi des atteintes de fièvre intermittente on de syphilis, ou qui avaient été soumis à des influences dépressives physiques et morales ; (l'aiities avaient eu, comme point de départ de l'engorgement ganglionnaire priniilii", quelques lésions des muqueuses ou de la peau, une tumeur lacrymale, un conza ou de l'otorrhée. Mais c'est là le petit nombre ; dans la grande majorité de ces cas, nul état pathologique appréciable ne précède et ne semble dominer l'affection ganglionnaire. Aussi, ne trouvant aucune diatbèse à laquelle il tut i-ossible de rattacher logiquement l'apparition rapide de ces nombreuses tumeurs, la plupart isolées et indépendantes les unes des autres, Trousseau désifma sous le nom nouveau de diathèse lymphatique la disposition, de nature inconnue, en vertu de laquelle i'hypergenèse s'emparanl successivement de chaque ganglion, finit par les envahir presque tous.

2» Des causes occasionnelles. Il s'en faut bien qu'il soit toujours facile»

484 LYMPHATIQUE (pathologie).

orsqu'on a affaire à des lésions ganglionnaires survenues sous rinOuen^e d'une maladie générale, d'établir ia part exacte qui appartient à rindueiice dialliésique, et celle qui revient aux irritations périphériques accidentelles ou dépendant des effets de la diallièse elle-même. Ainsi les engorgements ganglionnaires multiples et disséminés de la syphilis semblent assurément devoir être considérés comme une manifestation directe et immédiate de la diathèse. Cependant Bazin affirme {Leç. sur lascrof., ia-8. Paris, IStil, p. 527) avoir maintes fois rencontré, chez les syphilitiques, des engorgements des troncs lymphatiques sous-cutanés, qu'il reconnaissait à la présence de petits cordons durs et noueux roulant sous la peau; et il s'est, dit-il, assuré que ces lymphangites étaient toujours en rapport avec des syphilides cxanthématiques ou papuleuses, qui ks avaient provoquées. Il pense de même que l'adéuite cervicale a constamment pour cause une éruption croii- i teuse du cuir chevelu, éruption qui passerait inaperçue le plus souvent. Velpeau, ni d'autre part, a longtemps et souvent insisté {voy. Adémte) sur le rôle important f que jouent les lésions superficielles des muqueuses et de la peau dans le dévelop- ti pement des adénites scrofuleuses. Iff

Ce point d'étiologie est d'autant plus facilement méconnu, que les lésions les plus superficielles du derme sont celles précisément qui envahissent mieux les réseaux lymphatiques, et retentissent plus sûrement jusque dans les ganglions. Ajoutons que l'engorgement ganglionnaire persiste quelquefois longtemps ijusti après que sa cause excitante a disparu, et cela, non-seulement pour les gan- kW glions périphériques où Von en peut juger aisément, mais aussi pour les ganglions ^[k viscéraux, où la constatation du fait est seulement plus difficile et plus rare. Bouil- jhi] land rapporte [Tr. des fièvres essentielles, obs. xxxiv) que, ayant fait l'autopsie M d'un homme enlevé par un œdème de la glotte, deux mois et demi après le début ii) d'une fièvre typhoïde, il trouva les ganglions mésentériques encore volumineux et ^i jaunâtres, tandis que les ulcérations inteslinales étaient complètement cicatrisées. iti

o" Causes prédisposantes. Les prédispositions individuelles, iiméps ou ac- m\ quises, jouent un rôle très-considérable dans l'étiologie des affections du sys- injjiu tème lymphatique. Tel sujet ne peut avoir à la peau une écorchure légère, sans jUjuj que ses lymphatiques s'enflamment, et que ses ganglions s'engorgent. Chez Ij^] d'autres, la même lésion n'éveillera dans ces organes aucun retentissement ap- ly^, préciable. L'aptitude du système absorbant à entrer dans le consensus pathologi- jujj que est donc chose peu régulière. Mais il ne serait point exact de se représenter ces i^^ irrégularités fréquentes comme le simple résultat d'un degré inégal d'irritabilité, tij Il s'en faut qu'une semblable supposition soit capable de fournir à tous les faits j^^j une interprétation satisfaisante. L'individu, par exemple, dont les ganglions s'hy- i^i^^ perirophient et grossissent sans motif apparent, n'est pas toujours celui qui ;), /f^j ressentira le plus vivement l'action d'un virus, ni chez lequel une plaie envenimée [jug, fera plus aisément naître une angioleucite ou une adénite suppurative. kIj ,

L'enfance est l'âge où les ganglions, normalement plus actifs pour faire face à ^^^^^ l'activité plus grande des phénomènes de nutrition, sont aussi le plus enclins à ,|j,-|^ l'hypertrophie et à la dégénérescence caséeuse. A cet âge, il est peu de sujets ,1^^ ^ qui ne participent plus ou moins au tempérament dit lymphatique. Chez beaucoup d'enfants, ce tempérament exagéré devient un commencement d'état morbide, qui prend le nom de lymphatisme. Chez ceux-là, l'abondance du tissa cellulaire, et une sorte d'exubérance des sucs nutritifs qui l'imbibent, donnent ailx chairs une consistance molle. Les ganglions sont gros ; ils ont surtout une

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tendance manifeste à se tumélier sous l'influence d'irritations très-légères ou

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même d'excitations purement physiologiques. La tension vasculaire est faible, l'activité musculaire ou nerveuse très-médiocre. Le tissu conjonctif se charge aisément de graisse. Les plaies suppurent souvent, guérissent lentement, bourgeonnent beiiucoup. Enfin on pourrait dire que le système conjonctivo-lymphatique fonctionnant, avec une sorte de suractivité, au détriment du reste de l'organisme, semble constamment disposé à réagir avec excès. Un pas de plus, et l'on touche à la scrofule.

Cependant, l'observation n'a point appris que les individus doués de ce tempérament soient par là même plus spécialement disposés aux retentissements gaiiglioiniaires des tumeurs dites malignes, et il est même bien remarquable que riiypertiopliic idiopathique et simple de la leucémie ou de l'adénie ne choisit de préférence ni les sujets particulièrement lymphatiques, ni l'âge où ce tempérament prédomine — M. Lebert assure avoir analysé très-soigneusement seize cas d'hypertrophie simple des ganglions, sans pouvoir y trouver les traces d'une raison étiologique. (Virch. Hanclb., Bd. V, Abth. 2.)

4° Propagation et transmission des dais morbides dans l'intérieur du système lymphatique. Les maladies dans le système lymphatique restent rarement locuhsées. Parties le plus souvent d'un point périphérique, elles se transportent, se transmettent à distance et même se généralisent. Ces transmissions soulèvent des questions diverses qu'on peut réduire aux deux suivantes : a. Quelles sont les lois de la transmission? b. Quels en sont les agents?

a. Une règle absolue, c'est que la propagation des états morbides dans le système lymphatique s'opère toujours dans le sens du cours de la lymphe. Quand une chaîne de ganglions se trouve atteinte, la lésion l'envahit en passant d'une glande à l'autre et s'approchant de plus en plus du réservoir commun, le canal thoracique. Jamais il n'y a de retour en an-ière. L'extension latérale est elle-même assez hmitée, à moins qu'il ne s'agisse d'affections très-inflammatoires ; ei, si l'on rencontre quelques exceptions àcette loi, elles ne sont guère qu'apparentes. Ce n'en est point une, par exemple, que la propagation du cancer du col de l'utérus aux ganglions inguinaux ; car cette partie de l'organe est en rapport lymphatique direct avec les glandes de l'aine. Les ganglions axiliaires s'engorgent quelquefois chez les malades atteints de cancer du poumon; mais seulement quand la dégénérescence a dépassé les limites de l'organe pi imitivement occupé, pour envahir la paroi thoracique. De même un engorgement inguinal avec le cancer du testicule indique toujours que la maladie a gagné le scrotum. Frerichs cependant assure avoir vu le cancer du foie se transmettre aiu ganglions cei'vicaux prolonds par l'intermédiaire du canal thoracique, ce qui serait un fait absolument exceptionnel. (Frerichs, Mal. du foie. Trad. Dum., -1862, in-8°, p. 561.)

11 ne se peut rien dire de sommaire toucihant la rapidité avec laquelle s'opère la propagation. On sait que, en certaines circonstances, elle peut faire un chemin rapide des extrémités jusqu'aux premières glandes ; puisque Broca a vu ce trajet s'effectuer en moins d'un quart d'heure, à la suite d'une piqûre anatomique. On sait que, assez souvent aussi, elle est retardée longtemps au niveau de ces ganglions. Mais il est tout à fait impossible de prévoir dans un cas donné combien la maladie mettra de temps à les atteindre et de quel pas elle doit progresser ensuite dans la chaîne ganglionnaire qu'elle vient d'envahir. On peut dire seulement d'une façon générale que la marche de cet envahissement est d'ordinaire progressivement accélérée.

b. Vayent de la propagation est nécessairement représentée par la paroi des

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vaisseaux lymphatiques ou leur coulcuu, à moins que ce ne soit l'un et l'autre. — On peut admettre la proroi^ation par la jiaroi : clans l'angioleucite, lorsqu'on aper. çoit une traînée rouge non interrompue depuis le lieu de la blessure jusqu'au ganglion tuméfié; dans le cancer et le tubercule, lorsqu'on trouve le vaisseau qui met en communication l'organe malade avec le ganglion secondairement pris, infiltré dans sa longueur de matière tuberculeuse ou cancéreuse. Mais le plus souvent on ne constate aucune modification appréciable sur le trajet de vaisseaux qui cepen dant ont de toute évidence servi de passage à l'aflection transmise. Ainsi on explore en vain les chylifères chez les sujets morts de la fièvre typhoïde, en vain les lymphatiques du poumon hépatisé, quoique les glandes bronchiques ou mésentériqucs soient en ces cas-là rouges et volumineuses. Les vaisseaux même qui se rendent aux ganglions cancérés ou tuberculeux ont d'ordinaire leurs parois absolument intactes. — Du moment où la paroi des lymphatiques est mise hors de cause, l'agent de transmission ne se peut trouver que dans leur contenu ; il reste seulement à savoir si cet agent réside dans la lymphe elle-même, altérée par un mélange avec quelque liquide ou blastème pathologique provenant de la partie malade ; ou si, au contraire, il consiste en des éléments solides et figurés ayant la même origine, et charriés par la lymphe jusqu'aux ganghons.

Que des particules solides, produit d'un état pathologique, se renconti'ent dans les vaisseaux de la lymphe et qu'ils puissent être transportés par eux, cela ne fait de doute pour personne; dès longtemps on l'avait constaté ; et déjà Sœmmering avait eu occasion de trouver une sanie ichoreiise dans des lymphatiques se rendant d'un organe cancéreux aux ganglions qui commençaient à le devenir. Maintes fois les vaisseaux provenant de foyers inflammatoires se sont montrés tout pleins d'un liquide puriforme. Schrœder van der Kolk a vu, dans des cas de fongus médullaire du foie ou de l'estomac, les lym;ihaliqnes partant de ces organes bourrés de matière solide et transformés en cordons blanchâtres; il a pu suivre ces cordons blancs derrière le sternum jusqu'au canal Ihoracique, distendu lui-même, et il a trouvé dans le contenu de ces vaisseaux des cellules exactement semblables à celles du fongus. (De l'extension des cellules du cancer aux environs des tumeurs cancéreuses. X^Arch. de méd., 1. I, 1856.) La présence de la matière du tatouage dans les ganglions de l'aisselle, observée par Wagner et par Follin, constatée depuis par bien d'autres, prouve d'ailleurs jusqu'à l'évidence que le courant lymphatique est capable de transporter des particules solides provenant des réseaux les plus éloignés. Enfin cette manière de comprendre la propagation des maladies infectieuses explique commodément pourquoi l'aifection s'arrête d'abord aux premières glandes ; pourquoi elle progresse lentement ensuite à travers le tissu des ganglions, dont les aniVactuosités et les canaux ténus semblent tout particulièrement propres à arrêter ou retarder les particules solides que la lymphe peut contenir.

Mais il n'est pas possible de démontrer directement le transport d'éléments solides et figurés spéciaux dans tous les cas oiî l'on constate la transmission des états morbides par la voie lymphatique. On ne saurait donc affirmer que ces éléments soient indispensables à la transmission ; et l'on peut se demander quelle part ils y prennent quand on a reconnu leur présence. La propagation se faitdle par eux ou à côté d'eux? L'impossibiUté de répondre ici par des observations direLtcs met nécessairement le débat entre les théories, et l'on adoptera l'une ou l'autre opinion suivant qu'on aura tendance à admettre exclusivement la théorie du blastème ou bien celle de la prohfération.

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Ce n'est point ici le lieu d'énunicrer les raisons qu'on peut faire valoir en laveur de l'une ou de l'autre. Toutefois, qu'on veuille bien se rappeler que le développement des cytobkistes au milieu d'un liquide inflammatoire couiplétement isolé (fait établi par les expériences d'Onimus), et la présence des cellules de cancer dans l'intérieur du sarcolemnie (constatée par Schrœder van derKolk), montrent à la fois la possibilité d'une genèse sans intervention directe des éléments anatomiques, et l'influence qu'exerce sur les éléments en voie de formation le litjuide normal ou pathologique qui les baigne. Que l'on tieime compte également de l'indubitable aptitude des éléments cellulaires à se greffer et à se reproduire. Et l'on trouvera sans doute logi^/e d'une part, qu'un ganglion traversé depuis longtemps par le liquide nutritif, le plasma d'un organe en voie de transformation morbide soit tout prêt à se laisser entraîner dans le même processus pathologique; de l'autre, qu'un élément auatomique détaché •du tissu malade fasse naître plus aisément dans ce terrain préparé une néoiplasie semblable à la néopîasie primitive. Par là on s'expliquerait au moins en partie pourquoi la participation des glandes lymphatiques aux affections qu'elles sont le plus aptes à partager est toujours un fait relativement contingent; pourquoi une période purement irritative y précède pendant plus ou moins longtemps celle de la dégénérescence.

Quand il s'agit du transport de l'inflammation, le rôle des éléments figurés, qui sont ici les leucocytes, paraît tout à fait secondaire. D'abord on ne les trouve pas toujours en proportion notablement exagérée dans les parties du système qui s'enflamment. Puis on a vu des lymphatiques et des ganglions, gorgés du pus qui leur venait de foyers éloignés, ne présenter eux-mêmes aucune trace d'un travail phlegmasique appréciable. Ajoutez qu'on ne saurait admettre que les leucocytes du pus exercent sur les ganglions une action purement mécanique ; puis- <jue ces organes sont continuellement traversés par les leucocytes de la lymphe, qui, au point de vue morphologique, ne diffèrent pas sensiblement des premiers. Comme l'inflammation s'astreint, à peu près aussi bien que les autres processus morbides, à suivre dans tout le système lymphatique le cours normal de la lymphe, on ne peut cependant guère douter que son agent de transmission soit aussi dans ce liquide. Il reste à déterminer quelle altération y survient. On dit le plus souvent qu'elle est de nature seplique, à cause de ses eifels et des sources auxquelles elle est habituellement empruntée. Ce mot ne donne assurément qu'une idée assez vague de la nature même de l'altération. Mais il exprime un résultat très-important de l'observation, résultat indiqué dt\jà p'us liant. C'est qu'une irritation produite par des agents physiques ou chimiques, si intense qu'elle soit, -a toujours peu de tendance à se propager dans les lymphatiques ; tandis que cette tendance est extrême au contraire quand ils'agit de l'irritation produite par des substances animales en un certain état de décomposition putride, que ces matières d'ailleurs viennent du dehors ou se soient formées aux dépens des matériaux même •de l'économie.

Une autre question assez obscure encore est celle de savoir comment pénètrent dans les vaisseaux lymphatiques les éléments solides anormaux qu'on y a quelquefois rencontrés. La difficulté ne semble pas grande si l'on considère les vaisseaux lymphatiques comme une sorte de continuation et de dépendance du tissu ■connoctif où les néoplasies prennent naissance. Elle devient un peu plus embanassante si on n'admet point que les lynqihatiques se continuent au delà des réseaux à parois distinctes et si on ne reconnaît à ceux-ci aucune ouverture laté-

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raie. 11 est souvent permis de supposer que la paroi très-délicate des réseaux a été rompue; et cette rupture doit être bien facile, si ou en juge par la présence assez fréquemment constatée des globules rouges du sang dans la lympbe. Pour les corpuscules très-durs, comme les grains de matière minérale finement pulvérisée, la pénétration semble s'effectuer d'une façon progressive, par simple écartement des éléments de la paroi. S'il s'agit d'affections cancéreuses, on peut penser que la paroi devenue elle-même le siège de productions néoplasiques, prolifère ensuite des éléments susceptibles d'être entraînés par le cours de la lymphe ; et dans cette bypotbèse on a pour soi les faits observés directement dans les lymphatiques d'un certain volume, aussi bien que l'analogie de ce qui se passe dans le système veineux. Enfin, dans certains cas de cancers, il paraît s'établir de larges communications enireles lymphatiques et les espaces alvéolaires du tissu de formation nouvelle, puisque M. Ranvier, en injectant ceux-ci, a pu injecter du même coup les réseaux lymphatiques.

Il n'y a rien de constant ni de régulier dans l'envahissement des lymphatiques qui se trouvent en rapport avec des foyers inflammatoires ou néoplasiques. Les raisons de cette irrégularité se trouvent probablement en partie soit dans la compression variable éprouvée par les réseaux, soit dans la coagulation possible de la lymphe à leur intérieur, soit encore dans la participation plus ou moins active de leurs parois au travail morbide. C'est ainsi qu'un certain degré d'inflamniation locale paraît retarder l'absorption des virus déposés dans une plaie; et c'est sans doute pour cela que le retentissement ganglionnaire du chancre mou se fait toujours attendre pendant une huitaine de jours. Peut-être est-ce de cette façon qu'il faut comprendre encore comment les morsures de la rage conservent parfois si longtemps le dépôt de la matière virulente, avant de la hvrer à l'absorption, et ne provoquent ainsi que tardivement l'explosion de la terrible maladie dont elles recèlent le germe. Quant à la pénétration des matières pulvérulentes déposées dans l'épaisseur de la peau, elle paraît, être assez lente si l'on en juge par ce fait, que Follin n'a jamais trouvé la matière du tatouage dans les ganglions si ce n'est chez des individus à qui cette opération avait été pratiquée depuis longtemps.

5° Envahissement des ganglions. Quand il a été possible de suivre et d'étudier le mode d'envahissement des ganglions, c'est dans les ramifications des vaisseaux afférents qu'on eu a aperçu le début. Broca rapporte {Tr. des tumeurs, in-8". Paris, 1868, p. 271) que, ayant eu plusieurs fois occasion d'examiner de petits ganglions très-récemment atteints par le cancer, il y a trouvé « un certain nombre de noyaux cylindriques, larges de ])lus d'un dixième de miUimètre et distendus par une grande quantité de cellules cancéreuses. » A une époque plus avancée, les éléments spécifiques détruisent les parois des ramifications lymphatiques et s'épanchent uniformément dans toute la substance du ganglion.

6° Rapport des affections ganglionnaires avec les lésions primitives. Lorsqu'une partie du système lymphatique s'affecte consécutivement à une lésion des organes auxquels elle appartient, l'altération qu'elle subit est ordinairement de même nature que celle qui l'a provoquée. L'inflammation y amène l'inflammation, le tubercule engendre le tubercule, le chancre induré fait naître une induration qui ne tend point à suppurer, le cbancre mou un bubon dont la suppuration s'inocule et reproduit un chancre semblable au premier. Chez les individus porteurs d'épithélioma des lèvres, Lebert, Bennett, Hanover ont trouvé des cellules épithéliales dans les glandes du cou. Suivant la nature de la tumeur primitive.

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on a rencontré dans les ganglions du tissu fibro-plastique, de la substance cartilagineuse, voire même, dans un cas d'adénome observe par Robin, des culs-desac glandulaires. En général aussi les di\ erses formes du cancer se reproduisent avec la forme qui leur est propre. Mais cela souffre quelques exceptions. Ainsi, dans un cas rapporté par Corvisart à la Société anatoniique en 1848, le foie et la vésicule biliaire étant envahis par un cancer squinheux, le retentissement ganglionnaire se trouva franchement encéphaloïde ; dans un autre fait communiqué par Bourdon, tandis que le cœur, les poumons, la rate et le foie renfermaient des noyaux évidemment encéphaloides, la masse cancéreuse des ganglions mésentériques présentait les bandes fibreuses nacrées qui caractérisent le squirrhe.

11 n'est pas rare qu'une tumeur épithéliale ou cancéreuse provoque dans les ganglions correspondants un gonflement purement inflammatoire et conséquemment susceptible de résolution ; et cette circonstance devient très-importante au point de vue chirurgical. D'un autre côté, il n'est pas rare non plus de voir un engorgement ganglionnaire, amené par une lésion des plus simples en apparence, s'indurer, suppurer ou bien éprouver des transformations régressives diverses. Ce ne sont là que d'apparentes exceptions à la loi formulée tout à l'heure ; car la congestion, la tuméfaction hyperplasique, la suppuration et les dégénérescences dites régressives sont toujours des modes ou des degrés, ou des conséquences de l'irritation phlegmasique. D'autre part, les tumeurs dites spécifiques provoquent souvent autour d'elles un travail de nature inflammatoire ; et il n'y a rien d'étrange à ce que celui-ci se propage dans le système lymphatique. Ce qui serait étrange, mais ne se voit pas, c'est une affection spécifique ou bétérotopique provoquant par l'intermédiaire du système absorbant un processus d'une spécificité différente ou une hétéroplasie d'autre nature.

S'il s'agit du tubercule, la question se complique d'une difficulté nouvelle : celle de distinguer dans un ganglion ce qui est ou n'est pas cette néoplasie spéciale. La difficulté résulte ici surtout de l'analogie très-grande qui existe entre les éléments du tissu anormal à sou début et ceux du ganglion normal. Pour ce motif, il ne se peut pas aisément décider jusqu'à quel point une irritation purement inflammatoire est susceptible de provoquer dans les gangfions correspondants l'apparition de tubercules. Celte question ne se poserait même pas, si l'on regardait comme définitivement établie la spécificité absolue du tubercule ; doctrine affirmée par Yillemin, mais discutable encore malgré le très-grand talent que son auteur met à la défendre. Du reste, au point de vue des lésions ganglionnaires qui nous occupent, la question se déplacerait seulement. On ne se demanderait plus, sans doute, si une lésion simple peut déterminer l'altération spécifique ; mais comment la lésion ganglionnaire spécifique peut se distinguer de ceUe qui ne l'est pas. Et cette question serait inévitable puisque des inoculations de matières diverses provoquent des altérations gangfionnaires identiques en apparence à celles que détermine l'inoculation du tubercule. — Le problème de la spécificité ne peut être abordé incidemment. (Voy. Phthisie, Tubercule.) Quant àl'autre, il attend encore une solution définitive et nous la retrouverons d'ailleurs à propos de l'anatomie pathologique.

Il n'y a aucun rapport nécessaire entre le volume des tumeurs ganglionnaires et l'étendue, l'importance des lésions qui les ont provoquées ou la dimension desj tumeurs qui en ont été le point de départ. Sœmmering, à qui on doit cette re- , marque, cite le fait d'un homme chez lequel un cancer très-peu volumineux du testicule avait amené dans les glandes lombnires la formation d'une tumeur éga-

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laiit en volume la tète d'un enlant. Dans le cas d'un cancer de la vésicule, Frerichs dit avoir trouvé entre cet organe et le duodénum un ganglion cancéreux aussi gros qu'un œui'de poule [loc. cit., p. 579).

Rien à dire de la marche des maladies dans le système lymphatique, si ce n'est qu'elle est on ne peut plus variable. Les mêmes aflections, tantôt s'y éternisent à l'état slationnaire, tantôt s'y développent avec une prodigieuse rapidité, comme il arrive au cancer ou à l'hypertrophie généralisée. Le plus habituellement, quand il s'agit d'une affection secondaire, celle-ci s'arrête quelque temps aux premiers ganplions qu'elle rencontre, et semble s'y cantonner. Mois à partir du moment où la généralisation commence, l'évolution devient plus rapide et l'extension parfois énorme.

B. Physiologie jyathologlque et séméiohgie . 1» Accidents et symptômes résultant du trouble des fonctions du système lymphatique. Les maladies du système lymphatique se manifestent en général par des symptômes peu saillants, à moii:s qu'elles ne franchissent ses limites et qu'elles ne se compliquent d'accidents attribuables aux troubles fonctionnels d'autres parties de l'organisme. Cela tient surtout aux circonstances suivantes : a. l'absence de toute manifestation extérieure des fonctions de ce système à l'état normal ; h. le peu de volume ou la siiuation profonde des organes; c. l'apparition secondaire de la plupart de leurs affections.

Quelles sont en effet les fonctions du système dont il s'agit ici. H recueille la lymphe au sein des tissus et des organes ; la transporte vers le canal central ; lui fait subir durant sou cours, et principalement dans son passage à travers les ganglions, une élaboration dont les résultats connus sont d'accroître le nombre de ses leucocytes, d'augmenter la quantité de fibrine qu'elle contient et d'introduire quelques changements peu importants dans la proportion des sels qui s'y forment; enfin, lorsqu'elle est ainsi modifiée, il la déverse dans le sang veineux, non loin du cœur droit. Tout, dans ce fonctionnement, est sdencieux et en quel- <j:ie sorte passif. L'abondance de la lymphe que les réseaux absorbent et entraînent dépend surtout de l'activité des organes, de la rapidité de la circulation sanguine, ■de la pression qui s'établit dans les capillaires ; très-peu, point du tout peut-être de l'activité des lymphatiques eux-mêmes. Le transport de la lymphe à travers les "Vaisseaux et les ganglions s'opère sans mouvement extérieur, sans participation active notable de leurs parois, par le fait surtout du vis a tergo et en \ertu de la ilàsposition dei valvules qui met à profit les alternatives de pression que tout mouvement détermine. Le défaut de coloration du liquide que ces vaisseaux contiennent, le peu de rapidité avec laquelle il progresse , la facilité que de nombreuses anastomoses apportent aux dérivations de courant en rendent la marche impossible à suivre. La petitesse des canaux ou leur situation profonde ne permettent d'en recueillir et d'en étudier le contenu que dans les cas exceptionnels de fistules ou de dilatations pathologiques. Enfin, à part l'addition des leucocytes et une petite augmentation de fibrine, les changements que les ganglions font subir à la lymphe sont à peine entrevus. Comment apprécier les modifications pathologiques d'un fonctionnement qu'on saisit à peine à l'état normal?

En quelques circonstances l'abondance exagérée des leucocythes du sang peut être considérée comme une manifestation de la suractivité des ganglions lymphatiques. Mais l'induction que l'on en tire comporte divers motifs de doute et d'incertitude. D'abord cette partie de la fonction hémo-poiétique s'étend, comme on le sait maintenant, à tout le système lymphoide, et, comme il n'y a pas toujours

L\MPHATIOLE (pathologie). i'^y

synergie absolue entre les diiréreutes parties de ce vasie système, la cause de la leucémie ou de la leucocytose ne saurait être assignée d'une façon certaine aux ganglions plutôt qu'à toute autre des parties du système. Puis il n'est pas facile de savoir si l'abondance des globules blancs observés dans le sang tient à ce que ces globules y sont apportés en ([uantité exagérée, ou bien à ce qu'ils se détruisant ou se transforment plus lentement que de coutume. S.uis doute la coïncidence de la leucémie avec l'hypertrophie ganglionnaire est assez fréquente pour qu'on ne puisse méconnaître le rapport qui unit l'une à l'autre. Mais ce rapport n'est pas constant {voy. Leucocythéjjie), et l'on ignore quelles circonstances font que la leucocytose accom|;agne ou n'accompagne pas l'hypertrophie des ganglions. Ce a'est assurément pas le plus ou moins grand nombre des glandes malades ; car ou voit cette altération du sang faire défaut, alors même que l'hypertrophie est devenue générale. Serait-ce, comme le pense Billroth, la perméabilité plus ou moins complète des ganglions? Cela n'est pas impossible assurément; mais il n'en a pas été donné de preuve directe, et l'on comprend avec quelque peine que ces organes deviennent habituellement plus perméables à mesure qu'ils sont plus altérôs ; ce qu'il faudrait admettre, pour expliquer avec celle hypothèse, l'apparition souvent très-tardive de la leucocytose.

Quel que soit, du reste, le motif véritable de cette production exagérée de leucocytes, ceux-ci, une fois dans le sang, deviennent par leur abondance la cause directe d'un certain nombre d'accidents, dont Je mécanisme a été démontré surtout par les observations d'Ollivicr et Ranvier. {Obs. pour servir à Vhist. de la leucocyt. In Cpt. rend, de la Soc. de hiol., 1866, 4^ sér., t. III, p. 245. — Nouv. Obs. pour serv. à l'hist. de la leuc., In Arch. de phys. 1869, p. 467 — F.

LEaCOCïTHÉMlE.)

On se défend difficilement de croire que certains œdèmes résultent d'une absorption lymphatique retardée, et quoiqu'on ait beaucoup abusé jachs de cette explication des hydropisies, on ne saurait maintenant la rejeter tout à fait. Elle est très-admissible, par exemple à l'égard de la sclérodermie et de l'éléphantiasis des Arabes, maladies où le système lymphatique se trouve évidemment impliqué. Mais quand il s'agit du lymphatisme ou de la scrofule, les faits deviennent d'une interprétation plus difficile, et l'on peut se demander si la bouffissure qui accompagne presque toujours ces états morbides l'ésulte de l'engorgement ganglionnaire, ou si l'hyperplasie des glandes n'ust pas plutôt un résultat du travail exagéré que leur impose la filtration d'une lymplie surabondante. La dernière supposition se trouve à différents égards la plus vraisemblable.

Quand les gland'S sont atrophiées, pénétrées d'exsudations, dégénérées, lorsqu'elles ont subi l'hypertrophie fibroide, leurs fonctions perdent certainement beaucoup de l'énergie qui leur est naturelle. S'il s'agit des glandes mésentériques, on est en dioit de supposer que l'absorption du chyle et son élaboration en reçoivent ime atteinte sérieuse, el l'on s'explique volontiers de la sorte les convalescences si longues et si difficiles de la fièvre typhoïde, ou l'état cachectique auquel succombent rapidement, suivant la remarque de Lebert, les malades chez lesquels ces ganghons ont éprouvé la transformation fibreuse. L'anémie, qui est presque constante chez les individus atteints de syphilis constilutio.iuelle, et la cachexie ovi tombent quelques-uns d'entre eux, peuvent être regardés comme une conséquence de l'altération très-générale que les ganglions subissent dans cette maladie. Lancereaux affirme môme, d'après son observation personnelle et l'étude des faits publiés, qu'il y a dans ce cas un rapport nécessaire entre le dés-

492 LYMPHATIQUE (rAïuoLOGiE),

ordre anatoniique des glandes sanguines et le trouble général de l'organisme.

Du reste, on est réduit à signaler le ra[ïport incontestable qui existe entre l'anénue et les altératiims ganglionnaires généralisées, sans qu'il soit possible d'en j;réciserle mode. Quand les glandes mésenténques sont surtout malades, on peut attribuer l'anémie à l'inanition qui résulte d'une absorption du obvie incomplète ou nulle; mais s'il s'agit d'autres glandes, on ue l'explique alors que par Tinsuffisance du travail d'béniopoièse dont ces glandes sont cbargées. Or quelle est k part de l'bomoi oïèse dévolue aux ganglions? La physiologie ue nous l'apprend pas d'une façon assez certaine jïour que cela conduise à des déductions pathologiques satisfaisantes. On sait que les glandes lymphatiques (ournissent une grande partie des leucocytes qui se trouvent dans le sang, et cela fait supposer que, du moment où elles fonctionnent d'une façon insuffisante, les globules rouges deviennent plus rares, parce que les leucocjles, dont ces globules seraient une transformation, sont produits eux-mêmes et portés dans le sang en quantité trop petite. Mais l'oiigine des globules rouges sur laquelle cette explication se fonde est une hypothèse que l'observation n'a point encore véritiée {voy. LeocOuTte), et qui ne saurait par conséquent lui fournir une base solide.

Dans la lencocythémie d'ailleurs, la quantité des globules rouges est également insuffisante, et ce n'est point alors faute de globules blancs puisque ceux-ci surabondent. 11 y a donc dans ce dernier cas certainement, très-probablement aussi dans l'autre, une cause d'anémie étrangère à l'excès ou à l'insufiisance des globules blancs ; et cette autre cause est encore ignorée.

En somme, dans le consensus pathologique qu'établissent la plupart des maladies, le système absorbant paraît avoir à souffrir des désordres et des altérations qui surviennent aux dilférentes parties de l'organisme, plus souvent et plus qu'il ne leur impose ses propres souUrances. Comme ses fonctions se rapportent exclusivement aux actes nutritifs, c'est par le désoi'dre des phénomènes de la nutrition que se manifestent surtout les dérangements qu'il éprouve; et la uutrition générale est toujours principalement compromise. Quelques glandes, quelques rameaux lymphatiques malades ne troublent pas sensiblement le mouvement nutritif dans les parties d'où ils dépendent ; ils manquent seulement à apporter dans la fonction générale l'appoint qu'ils lui doivent. Aussi comprend-on que le résultat d'un trouble fonctionnel de cette espèce ne devienne appréciable qu'autant qu'il se généralise. — Absorption lente et incomplète, élaboration insuffisante du chyle quand i! s'agit du système lymphatique de l'intestin, absorption ralentie et élaboration imparfaite de la l\mphe quand il s'agit du système général; telles sont les consécpiences directes des troubles fonctionnels du s\slème lymphatique. Il v faut ajouter les chances de jeter dans la circulation le produit des sécrétions anormales ou des héléroplasies de ses parois, chances fort atténuées par la présence des fdtres ganglionnaires, et celle, beaucoup plus fréquemment réalisée, de fournir au sang trop ou trop peu de leucocytes. Le sang subit donc toujours le premier les conséquences des maladies du système lymphatique, et ces conséquences s'y résument en l'un de ces deux états : anémie ou infection.

Les douleurs suscitées par les maladies des vaisseaux absorbants ou de leurs glandes sont presque toujours peu vives ; ce qui tient, suivant la remarque déjà faite par Fernel, au peu de sensibilité de ces parties. Quand il survient des phénomènes très-douloureux, c'est que la maladie dépasse les limites du système primitivement atteint, ou bien que des tumeurs ganglionnaires compriment et tiraillent les filets uerveux, comme le pourrait faire toute autre espèce de tumeur.

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