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D'après ce tableau, qui ne s'applique qu'aux lypémaniaques de Charenton, c'est à C.0 et 35 que les deux sexes lournissent le plus de cas de guérison. Il guérit plus de femmes que d'hommes ù 50 ans, et plus d'hommes que de femmes à 55 ; les lemmes guérissent en plus grand nombre que les hommes passé 60 ans, et elles guérissent aussi plus tard. Enfin, pour les deux sexes les chances de guérison sont plus favorables avant qu'après 40 ans.
Tous les lypémaniaques ne sont pas susceptibles de guérison ou de quasi-guérison, et sur plusieurs de ces aliéués, les dérangements fonctionnels qu'on s'empresse de combattre avec tout le soin possible résistent néanmoins à toutes les combinaisons du traitement et finissent par persister dans le mode chronique. Lorsque les choses se passent ainsi, qne la maladie se comporte de la sorte, presque tonjours quelques-uns des sjTnptômes finissent par perdre une partie de leur intensité et par se montrer moins actifs. Taniôt ce sont les hallucinations, tantôt les idées d'empoisonnements, tantôt la torture des persécutions qui finissent par s'émousser en laissant plus de répit à l'imagination ; tantôt c'est le dégoût de la vie qui est perdu de vue, mais aussitôt qu'on s'avise de revenir sur l'ancienne situation d'esprit de ces pauvres mélancoliqnes, ils recommencent à s'apitoyer sur leur destinée, à se plaindre de la méchanceté des hommes, à déblatéier contre la police, à se plaindre avec aigreur de la cruauté des magnétiseurs ; un mot, une allusion qu'on n'avait pu prévoir, suffisent pour raviver momentanément la plupart de leurs ancieimes inquiétudes , si ce n'est tous leurs anciens tourments moraux.
Au bout d'un certain nombre d'années, la lypémanie qui est restée incur;iblca de la tendance à céder sa place à la démence, à laquelle aboutissent également la plupart des autres folies chroniques. Lorsque la lypémanie se termine ainsi, la mémoire des mélancoliques devient moins sûre, ils mettent moins d'ordre dans leur raisonnements, et peu i!i peu ils se montrent incapables de soutenir une discussion, et de retracer la peinture des conceptions qui tenaient une si grande place dans leur existence. Finalement l'oubli et le calme de rindilférence succèdent à l'activité des idées, à l'énergie des convictions délirantes, et ce n'est qu'à
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l'fxtinction de leur intelligence qu'ils sont redevables de l'apaisement de leurs souffrances morales et de leurs persécutions.
La manie figure aussi au nombre des terminaisons possibles de la lypémanie. Dans la période où le délire mélancolique conserve encore tous les caractères qui lui sont propres, la manie peut se substituer à sa place. Si le malade présente encore des chances de guérison, le retour à la raison peut s'effectuer pendant la durée de la m.aiiie. Dans le cas, au contraire, oij l'aliénation mentale est décidément sans ressources, la folie peut persister jusqu'à la mort sous la forme maniaque, à moins que la manie ne soit elle-même remplacée par la démence.
La mort ne doit pas être omise dans l'énuméralion des terminaisons propres à la lypémanie : elle est plus ou moins rapide, plus ou moins fréquente suivant les individus et les circonstances où ils se trouvent placés. Quelques lypémaniaques >uccombent aux coups qu'ils se portent violemment, d'autres aux moyens qu'ils combinent pour ruiner peu à peu leur constitution, d'autres qui s'entêtent à ne pas manger, meurent d'épuisement faute de secours ; d'autres parce qu'ils vont ;(u-devant de toutes les influences propres à déterminer des phlegmasies, soit aiguës, soit chroniques. Somme toute, l'affection cérébrale qui donne lieu à la manifestation des phénomènes de la lypémanie, exerce aussi un degré d'influence évident sur les conditions générales, surtout le mécanisme fonctionnel des mélancoliques, et souvent c'est cette même affcLtion qui dev ent le point de départ des altérations éloignées qui finissent par aboutir à une is ue funeste. Lorsque la lypémanie est passée à l'état chronique, l'influence, l'action réactive du cerveau malade sur la constitution et sur l'ensemble des organes, i nit par s'affaiblir, par perdre une partie de son énergie, et, alors, les mé:aaco.iques peuvent prétendre aune durée d'existence ordinaire et quelquefois même très-longue.
Bien du temps s'est écoulé depuis le jour où Arétée croyait devoir fixer dans le cerveaule siège des manifestations intellectuelles; depuis le jour où Caelius Aurelianus assignait pour siège à la frénésie, soit les méninges, soit ia substance cérébrale elle-même; depuis le jour où Galien accumulait les preuves pour établir que le sentiment et les facultés de l'intelligence doivent émaner du cerveau; cependant jamais l'impoi tance de pareilles vérités n'a été aussi bijn sentie, aussi souvent proclamée qu'aux approches des temps modernes, et, on peut affirmer que c'est en grande partie pour leur fournir l'appui de preuves analomiques imposantes, et dans le but d'en faire ensuite lapplicution aux causes analomiques, des difiérentes , manifestatious de la folie, qu'ont été entreprises et exécutées une foule de recherihes nécroscopiques , et entre autres celles que nous devons à la persévérance de Th. NYillis, de Bonet, de Morgagni, de Lieutaud, de Meckel, de Greding, de l^hiarugi, de llaslam, et de beaucoup de savants qui font honneur à notre époque. La réunion de tant d'efforts, le rapprochement, la signification de tant de travaux convergeant vers un même but, nous ont enfin mis à même de nous prononcer sur les conditions morbides, sur les altérations anatomiques d'ensemble qu'on doit s'attendre à rencontrer au sein des grands centres nerveux, au moment de l'autopsie cadavérique, dans chacun des principaux types d'aliénation mentale. Sans doute, i!i l'heure qu'il est, nos connaissances sur l'aspect, sur la diversité des lésions qui doivent correspondre en propre à chaque espèce, à chaque variété, à toutes les manifestations propres à chaque nuance de délire chronique, sont encore nulles ou très-bornées, mais il est permis d'espérer que les études microscopiques que l'on poursuit partout aujourd'hui avec tant d'ardeur, et qui permettent d'explorer jusqu'aux tissus élémentaires de la masse
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encéphalique, finiront un jour par jeter au moins quelque lumière sur les caractères des altérations ou des anomalies qui doivent donner lieu à ces diverses manifestations maladives de l'intellect.
Plusieurs des écrivains qui ont pris l'aliénation mentale pour sujet de leurs travaux, ont noté avec soin les maladies auxquelles la mort des aliénés envisaj^és d'une manière générale doit être le plus souvent attribuée. On trouve dans les ouvrages d'Esquirol, de Georget, de Guilain, de Bouchet, d'Aubanel, de Thore, des relevés instructifs à cet égard ; mais la plupart de ces auteurs ont négligé d'indiquer les causes qui ont entraîné plus spécialement la mort dans les cas de déliie mélancolique. Nous avons constaté que la vie de plusieurs mélancoliques avait été tranchée par des affections aiguës, telles que des congestions sanguines du cerveau, des hémorrhagies cérébrales, des ramollissements localisés dans les hémis|)hcres cérébraux ; telles que des pleurésies, des pneumonies, des péritonites aiguës; mais en général, les maladies qui deviennent fatales aux mélancoliques suivent une marche lente. Esquirol, qui a publié, il y a plus de quarantesept ans, un relevé des maladies qui, d'après ses appréciations, ont dû causer la mort dans 176 cas de lypémanie, compte 62 cas de phthisie pulmonaire ou de pleurésie chronique; 32 cas de phlegmasie abdominale chronique, 16 cas de maladies du cœur. Le marasme avec fièvre lente est noté 24 fois par lui comme cause de mort, et le scorbut 26 fois : presque tous ces états maladifs se distinguent par leur caractère de chronicité. Aujourd'hui le scorbut a disparu de la plupart des établissements d'aliénés, et on a reconnu que l'état de marasme tient soiivent soit à des résorptions purulentes, soit à des phlegmasies intestinales ou (horaciques latentes; finalement, ce ne sont pas les maladies aiguës qui contribuent le plus à abréger la carrière des mélancoliques.
Suivant les calculs d'Esquirol, le chiffre de la mortalité est plus élevé dans la lypémanie que dans la manie. Chez les mélancoliques il est de 1 sur 12 : dans la manie il n'est que de 1 sur 25. [Malad. ment., t. I, p. 103.)
D'après les relevés dressés par Aubanel à l'asile des aliénés de Marseille, sur 182 lypémaniaques qui entrent dans l'établissement, on compte 52 décès en neuf ans de temps, ou i décès sur 5,68 individus.
Sur 658 maniaques entrés dans l'asile de Marseille, le nombre des morts ne dépasse pas le chiffre 91 pendant neuf années; il est de 1 sur 7,25 maniaques. D'après ces deux données, l'influence de la monomanie semble plus funeste que celle du délire général.
Les recherches qui ont été entreprises dans le but de découvrir et de pouvoir indiquer les altérations anatomiques propres à la lypémanie ou existant dans les principaux organes des lypémaniaques, embrassent de nombreux détails. Les investigations (|ui s'appliquent au cerveau, à l'ensemble de l'appareil nerveux sont les plus importantes et en même temps les plus délicates ; elles exigent qu'on tienne compte des moindres teintes des tissus, des moindres nuances de couleur, de décoloration, d'injection, de consistance augmentée ou diminuée ; qu'on note le degré d'épaisseur, d'intiltratiou des méninges, et, lorsqu'on procède avec le microscope, qu'on établisse bien la distinction qui sépare l'état anormal de l'étal sain des tissus élémentaires : ces conditions n'ont pas toujours été remplies ; il reste beaucoup à étudier.
On trouve cà et là dans des dissertations inaugurales et dans les recueils scientifiques quelques rares observations de mélancolie suivies de l'exposition des
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résultats de l'autopsie cadavérique : l'aualyse et l'examen de ces faits ne peut pas ti'omer place dans cet article.
Vers 1798, Hasiam a publié un certain nombre d'observations importantes sur la folie aiguë. Onze de ces observations qui se rapportent à la lypémanie jettent un jour précieux sur les altérations qui existent le plus habituellement dans les cavités crâniennes des mélancoliques. M. Parchappe, qui a traduit en français et noté les lésions constatées par llaslam, les expose dans l'ordre suivant : pie-mère enflammée, 6 fois; arachnoïde épaissie et opaque, 3 fois; pie-mère infiltrée, 5 fois ; hydropisie ventriculaire, 1 cas ; hypérémie de l'encéphale, 5 fois ; de la substa-ice cérébrale, 3 fois; de la pie-mère, 1 fois ; cerveau induré, i fois ; affecté de mollesse, 1 fois. (Parchappe, Recherches sur l'encéphale, 2" mémoire, p. 138.)
Ces résultats concordent à peu près avec ceux qu'on obtient encore ajjourd'bui ; mais il va sans dire que les lésions que nous venons de récapituler se combinent quelquefois entre elles en plus ou moins grand nombre sur un même sujet.
En 1819, Esquirol publia le résultat de .'es études sur la mélancohe. Sur cent soixante-six ouvertures de corps il n'a constaté vers la masse encéphalique que les altéralions suivantes. Il existe des épanchements sanguins dans les sinus ou dans la substance cérébrale dans 5 cas ; on note des lésions organiques du cerveau, 4 fois; l'épaississement des méninges dans 2 cas; des points d'ossification adhérents à la faux de la dure-mère, 3 fois. Il est évident pour nous qu'Escpiirol a dû laisser passer inaperçue une multitude d'altérations cérébrales qu'il jugeait sans importance et dont on doit tenir compte aujourd'hui.
M. Parchappe a disséqué avec soin les cerveaux de seize sujets affectés de mélancolie simple et aiguë. Voici le relevé des altérations cérébrales dont il a constaté l'existence sur ces aliénés.
Dans un cas aucune lésion n'a été constatée dans le cerveau. Une fois l'altération unique a été une hypérémie simple de tout l'encéphale, l fois cette hypérémie simple s'est trouvée associée à l'épaississement des méninges ; 2 fois l'hypéréniie bornée à la pie-mère était associée ou à l'indui ation des deux substances cérébrales ou à Tépaississement des méninges ; 2 fois l'hypérémie se présentait avec la forme désignée sous le nom d'ecchymoses sous-arachnoïdiennes, et était associée ou à l'épaississement des méninges ou à l'induration de la surface cérébrale. Dans les deux cas, il y avait coloration rouge de la couche corticale. 9 fois il y avait ecchymoses sous-arachnoïdiennes avec injection pointillée de la surface cérébrale qui, 5 fois, était en même temps ramolhe ; 5 fois aussi la couche corticale avait une couleur rouge.
Ainsi, J 5 fois sur 16, le cerveau a été, à sa périphérie dans ses membranes ou dans sa substance, le siège d'une hypérémie. H fois cette hypérémie s'est présentée avec la forme d'ecchymoses sous-arachnoïdiennes; 9 fois cette forme d hypérémie a été associée à une hypérémie spéciale de la surface cérébrale , 5 fois ramollie ; 7 fois la couche corlicale offrait dans toute son épaisseur une couleur rouge.
11 en est donc de la forme mélancolique comme de la forme maniaque : point d'altération encéphaUque particulière qui en soit la condition essentielle et caractéristique. (Parchappe, Traité th. etprat.de la folie, p. 43.)
Du moment où il est établi que l'existence d'une lésion cérébrale quelconque appréciable peut faire quelquefois dt'iaut au moment de l'autopsie cadavérique
des lypémaniaques, où il est prouvé que les altérations cérébrales notées dans la mélancolie aiguë se retrouvent sous les mêmes formes, et combinées de la même manière, soit sur les sujets affectés de manie aiguë, soit sur des sujets autres que des maniaques qui n'avaient présenté aucun signe de lypémanie, il doit être clair pour tout le monde que l'altération cérébrale qui doit constituer comme l'individualité du délire mélancolique reste à trouver : en cela nous partagerons entièrement la manière de voir de M. Parchappe.
Nous cessons d'être de l'avis de cet éminent patliologiste, lorsqu'il argue de la similitude des lésions cérébrales qu'on est à même de noter dans presque tous les cas de manie ou de mélancolie, pour faire naître le doute sur la légitimité de la séparation de la manie et de la lypémanie. La diftérence qui sépare ces deux formes d'aliénation doit résider dans les altérations cérébrales qui constituent leur individualité ; tant que ces altérations nous resteront inconnues, nous serons autorisés à conclure, par la différence des manifestations fonctionnelles, que la manie et la mélancolie doivent différer même par le caractère des lésions anatomiques les plus importantes à pénétrer.
La connaissance des altérations cérébrales qui ont été observées dans la lypémanie simple et aiguë ne laisse pas d'avoir son degré d'importance; elle tend à démontrer que ces altérations, par leur aspect et par leur ensemble, se rapproclient beaucoup de celles qui caractérisent la sub-inflammation des tissus.
On inclinerait peut-être à contester ou à rejeter entièrement la légitimité d'un pareil jugement, si l'on faisait entrer en ligne de compte, dans les relevés d'anatomie pathologique qui concernent la lypémanie, le contingent des faits empruntés à la lypémanie ancienne. Souvent, en effet, dans les cas de cette catégorie, on ne rencontre, soit dans le cerveau, soit dans ses membranes, que des teintes pâles et plus ou moins anémiques; mais ces résultats n'infirment point les conclusions qu'on tire de la fréquence des bypérémies dans la mélancolie aiguë; ils indiquent seulement que ces bypérémies ont une tendance à s'éclipser au fur et à mesure que le délire passe à l'état chronique ; mais leur disparition n'empêche pas la persistance de l'altération spéciale qui entretient les phénomènes de la lypémanie.
Jusqu'ici notre attention ne s'est fixée que sur des altérations cérébrales qui se rapportent à la lypémanie simple ; nous devons dire à présent que dans les cas de lypémanie avec lésion des facultés locomotives, les investigations anatomiques fournissent des résultats plus complexes. Dans la lypémanie compliquée de symptômes de paralysie générale, on doit s'attendre à trouver dans les cavités crâniennes l'ensemble des altérations qui appartiennent à l'état inflammatoire chronique. Sur les 6 cas de lypémanie avec complication de paralysie générale que nous avons publiés en 1859 [Trait, des mal. inflamm. du cerveau, 1. 1, p. 529), le réseau de la pie-mère cérébrale est rouge et injecté dans 5 cas; cette membrane adhère aux circonvolutions cérébrales sur tous les individus. La substance grise est déchirée ou ramollie sur tous; elle est colorée en rouge dans les six cas ; la substance fibreuse est piquetée de rouge cinq ibis ; la piemère cérébelleuse adhère à la périphérie du cervelet dans quatre cas; elle est hypérémiée ainsi que la substance nerveuse quatre fois; dans un cas, des néomembranes ont pris naissance dans les cavités de l'arachnoïde : la gravité de la plupart de ces lésions diffère beaucoup de celle des altérations qui ont été signalées dans les cas de mélancolie simple.
Nous avons consigné encore dans le travail que nous citions à l'instant des
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résultats nécroscopiques qui prouvent que le cerveau et le cervelet des lypémaniaques sont susceptibles d"ètre affectés, dans un certain nombre de cas, de lésions localisées intercurrentes de la dernière gravité. Les foyers de ramollissement circonscrit, à l'état aigu ou à l'état chronique, les foyers de ramol issement avec production de tissu tomenteux; les épanchements sanguins récents ou anciens, siégeant soit dans les différentes régions des hémisphères cérébraux, soit •dans le cervelet, figurent dans des proportions notables parmi ces lésions incidentes, que personne ne sera tenté de confondre avec celles qui correspondent aux symptômes purement intellectuels. Notre observation 163'' retrace l'histoire d'une lypemaniaque qui n'a survécu que onze heures à une hémorrhagie cérébelleuse locale. La mélancolique dont il est question à la page 480 (t. II) a suc- ■conibé à une hémorrhagie locale du cerveau après trente-deux heures de coma. Madame M"* (obs. 146), affectée de lypémanie ancienne, présente dans le lobule «érébral postérieur gauche un foyer de ramollissement avec production celluleuse. )I. A*** (p. 532) succombe, après de longues tortures morales, à une lésion intercurrente du mouvement; il porte dans le lobe cérébral droit une vaste érosion creusée en entonnoir : la fréquence d'altérations locales pareilles ou analogues, chez les lypémaniaques ne doit pas être perdue de vue par les pathologistes.
Les altérations cadavériques qu'on est à même d'observer dans les cavités abdominales et thoraciques, et, en général, dans tous les viscères, dans tous les tissus des lypémaniaques ne diffèrent point, par leur nature, de celles qu'on rencontre, après la mort, dans les mêmes régions, dans les mêmes tissus chez les sujets exempts de troubles intellectuels. Dans beaucoup de cas ces lésions ont pris naissance d'une manière incidente sous les yeux mêmes du médecin, et alors «lies n'ont eu aucune influence sur la manifestation du délire; dans les cas, au contraire, où elles ont précédé ou accompagné la manifestation de la lypémanie, elles pourraient avoir contribué par leur influence syrapatliique sur l'encéphale, à fomenter ou à accélérer la formation des désordres qui ont provoqué le délire : ces considérations devaient engager les pathologistes à noter avec soin les altérations du foie et de l'estomac, par exemple, par la raison que, depuis Caelius Aurelianus et depuis la propagation des doctrines broussa]siennes,on a fait jouer soit à l'action de la bile, soit à celle de la gastrite chronique des rôles très-importants à connaître du moment oii on se vouait à l'étude des affections mentales. Esquirol a pubUé le relevé des altérations thoraciques et abdominales dont il a cru devoir tenir compte dans les ouvertures de corps de 168 lypémaniaques. Les lésions organiques des poumons sont signalées par lui 65 fois; les lésions du cœur, 11 fois; l'existence de la sérosité dans la cavité des plèvres, 6 fois; le côlon est déplacé dans 35 cas; les adhérences avec suppuration du péritoine sont notées dans b cas ; les ulcérations de l'estomac ou du pylore dans 6 cas ; les ulcérations des intestins ou du rectum, 7 fois; les vers intestinaux dans 5 cas; les lésions organiques du foie dans 2 cas ; les concrétions biliaires dans 7 ; les ulcérations de l'utérus dans 7; et l'existence du taenia est constatée 1 fois.
Les lésions du foie et de la vésicule biliaire ne font pas défaut dans ce relevé, mais elles ne frappent pas par leur degré de fréquence; il en est de même des altérations de l'estomac et de celles des autres portions du canal alimentaire; mais Esquirol n'a pas tenu compte, en examinant les conditions de leur membrane muqueuse, des teintes qui caractérisent l'état inflammatoire, car cet état est fréquent sur les lypémaniaques.
Le tiaitenient de la lypémanie est long, complexe, difficile à instituer et à
faire exécuter. 11 puise ses indications dans la thérapeutique ordinaire, l'hydrothérapie, l'hygiène, le raisonnement, la médecine morale, la gymnastique, et, presque toujours, dans la combinaison et l'emploi successif de tous ou de la plupart de ces moyens de guérison. Il exige des efforts de mémoire continus, une volonté bien arrêtée, une patience à toute épreuve. La plupart des lypémaniaques sont difficiles à soigner à domicile; ils refusent de se conformer à la volonté de leurs proches, d'exécuter les pi^escrip lions des médecins, et bientôt ils se trouvent en opposition avec tout ce qui devait concourir au rétablissement de leur raison; les familles qui n'avaient pas d'abord l'idée d'une pareille obstination finissent par comprendre que leur dévouement et leur bon vouloir ne suffisent jias pour mener à bonne fin le traitement de la mélancolie, et presque toujours el es se trouvent dans la nécessité de confier à des mains étrangères la tâche méritante qu'elles n'ont pas pu accomplir. Les asiles consacrés à l'aliénation mentale, les établissements privés où tout a été convenablement organisé pour assurer l'extculion des prescriptions médicales sont les milieux qui conviennent le mieux pour le traitement de la lypémanie. Sans aucun doute, les familles des mélancoliques dociles qui possèdent ou qui peuvent se procurer de belles installations, des jardins, des parcs étendus à la campagne, y organiser un personnel intelligent et dévoué, devront chercher à mettre à profit de si rares avantages ; mais, dans les conditions de fortune et de délire oîi se trouvent habituellement chez nous la plupart des lypémaniaques, la combinaison régulière et sérieuse des moyens de conservation et de guérison n'est réalisable que dans les établissements spéciaux bien organises, bien dirigés et bien tenus.
Nous ne sommes pas assez bien fixés sur la nature et sur les caractères des altérations cérébrales qui donnent lieu à la manifestation des différents phéiiomène^ de la lypémanie pour emprunter au seul diagnostic anatoraique les indications qui sont apphcables au traitement de cette espèce de monomanie. Nous nous. trouvons donc dans la nécessité de puiser aussi nos indications thérapeutiques dans les conditions de la circulation, dans celles de la nutrition, des forces physiques, et surtout dans les traditions de l'expérience et de la pratique journalière. Les écrivains qui se placent par rang de date entre Hippocrate et Galien; Soranus et Gaelius Aurelianus, entre autres, avaient déjà établi un parallèle très-exact entre les symptômes du déhre maniaque et ceux du délire dépressif; mais presque toujours ils avaient recours à l'emploi des mêmes combinaisons, des mêmes moyens de traitement pour combattre et les emportements du délire gégéral et l'état de morosité des mélancoliques. Comme ils usaient assez largement et assez fréquemment de la saignée générale et des ventouses scarifiées, nous pensons qu'un pareil traitement ne pourrait être que nuisible aux mélancoliques anémiques par exemple, et-, dans le plus grand nombre des cas, le traitement de la mélancolie nous paraît devoir être combiné d'après des considérations qui ne s'appliquent guère qu'à lui.
Depuis Hippocrate, l'emploi réitéré et fréquent des bains tièdes, et surtout des bains miicilagineux a toujours été recommandé dans le traitement de la lypémanie. Il est certain que la peau des mélancoliques est souvent sèche et écailleuse, surtout dans les pays chauds, et que le contact des liquides onctueux peut exercer une action favorable au rétablissement de la transpiration cutanée. C'est aussi pour rap|)eler cette même transpiration qu'on a longtemps conseillé, pour eux, l'usage des frictions huileuses tièdes pratiquées, soir et matm, sur les téguments des membres et sur toute la surface du corps.
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Dans beaucoup de cas, les mélancoliques sont presque exclusivement préoccupés de leurs Iiallucinations et de leurs per;éculions imaginaires; il devient trèsditficile alors de reporter leur attention sur le momie extérieur : on obtient parfois ce résultat en inondant leur tète, leurs épaules, leur poitrine et leurs membres d'iuie nappe d'eau froide. Les bains d'affusion rapidement administrés impriment trèi-vite une autre direction à leurs conceptions, et en répétant souvent ra[iplication d'un liquide froid, on peut espérer de faire rentrer ces malades dans les habitudes de la vie active. L'eau froide dont on inonde le corps, et qui tombe sous la forme d'une pluie rapide et prolongée, peut procurer les mêmes ovaniages. 11 en est quelquefois de même du b.iin froid dans lequel cliaque malade se plonge et se replonge pendant 15 à 20 minutes; et la plupart des moyens empruntés à l'hydrothérapie n'agissent pas d'une autre façon. Les lotions froides dirigées vers la face et vers le front sont d'un usage très-fréquent dans le traitement du délire triste : tous ces détails de pratique ne sont pas inutiles à signaler; certains aliénés que les allusions, que les immersions effrayent, consentent volontiers à se soumettre à l'action d'un bain divisé comme la pluie, à s'inonder la tète à grande eau ou à prendre des bains dans la rivière. L'application du froid est suivie d'une réaction contraire qui demande à être provoquée par le contact de vêtements de laine et par un exercice actif propre à favoriser le rétabhssement de la chaleur.
La plupart des mélancoliques ont le pouls petit et une circulation capillaire difficile à ranimer. Leurs mains et leurs pieds sont glacés, humectés d'une sueur peu abondante mais visqueuse; le bas de leurs jambes s'enfle facilement vers la fin de la journée. Pour remédier à ces dispositions fâcheuses, on prescrit avec avantage à ces ahénés des bains ferrugineu.\, des bains sulfureux, des bains aiguisés avec du sel commun, de la farine de moutarde, ou aromatisés avec des alcoolats de mélisse ou de lavande : tous ces moyens semblent exercer une stimulation utile sur la sensibilité générale. On atteint le même but en faisant pratiquer sur les mêmes régions dans un moment donné de la journée, soit des frictions sèches, soit des Irictions avec une brosse humectée d'un liquide spiritueux. .
Les pédiluves très-chauds, les pédiluves aiguisés avec une certaine quantité d'acide chlorhydrique produisent vers les extrémités inférieures des mélancoliques une révulsion et une stimulation qui concourent avec les autres agents prL'cédemment énumérés à modifier les conditions de leur intelligence et la lenteur de leur circulation.
On a constaté de bonne heure que l'appUcation d'un séton à la nuque, d'une série de moxas sur les côtés de la région cervicale favorisait le rétablissement des lypémaniaques; l'emploi de ces exutoires ne doit donc pas être négligé. L'application de vésicatoires derrière le cou, d'emplâtres saupoudrés d'émétique dans l'intervalle des omoplates est également suivie, chez les mélancoliques, d'elfets avantageux. L'abondance de la suppuration, la stimulation de la douleur, exercent dans ce mode de traitement une dérivation qui contribue à imprimer une meilleure direction aux idées des malades.
Chez les femmes mélancoliques dont la menstruation est irrégulière ou complètement sus|iendue, l'appHcation de vésicatoires volants, de cataplasmes sinapisés aux mollets, à la partie interne des cuisses contribue quelquefois à régulariser ou à rappeler l'écoulement des règles. L'usage des bains de siège cbauds, des fumigations aromatiques', l'application de cataplasmes sinapisés légèrement sur le basventre sont conseillés aussi par beaucoup de manigraphes expérimentés; on doit
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recourir dès le commencement du traitement à l'application toujours facile de ces moyens excitants.
L'influence que la théorie a fait jouer pendant si longtemps à la bile, à l'atrabile, à la qualité et à la surabondance des humeurs considérées comme causes du délire mélancolique, a eu des conséquences fâcheuses sur le choix des médicaments internes que les praticiens des seizième et dix-septième siècles opposaient à ce genre d'aliénation. Il est sans cesse question, dans les écrits d'ailleurs si importants à étudier de Sylvius Deleboe et de Th. WiUis de corriger, de détourner, d'évacuer la bile, les humeurs alcalines ou acides, et d'en débarrasser l'économie animale. Pour obtenir un pareil résultat, on fatiguait l'estomac et les intestins des mélancoliques par l'emploi des vomitifs, des boissons stibiées, des purgatifs les plus énergiques , et on ne se lassait pas de revenir saris cesse sur ces mêmes prescriptions : Broussais a eu raison de flétrir énergiquement cette dangereuse médication. On ne perdra pas de vue, néanmoins, que les lypémaniaques ont souvent la langue saburrale, l'haleine fétide et la bouche remplie de salive ; quelquefois donc il devient nécessaire de leur administrer une petite dose d'émétique ou de poudre d'ipécacuanha ; mais il faut user sobrement de ces agents vomitifs. Les lypémaniaques sont généralement sujets à une opiniâtre constipation ; souvent on leur prescrit, pour les purger, des pilules qu'ils font semblant d'avaler, mais qu'ils crachent aussitôt qu'ils cessent d'être surveillés ; c'est donc au caloniélas, à l'eau-de-vie allemande, à l'huile de ricin, à l'eau de Sedlitz ou aux infusions de follicules de séné qu'il faut avoir recours de préférence pour agir sur leur conduit ahmentaire. On tient couchés, pendant quelques heures de la matinée, les mélancoliques qui refusent d'avaler leurs médicaments, et on dépose dans leur rectum une capsule gélatineuse remplie d'huile de croton tiglium ; ce purgatif manque rarement de produire des évacuations promptes. Les lavements préparés avec du sel commun, avec la décoction ou avec Je miel de mercuriale sont des moyens d'un emploi fréquent dans le traitement de la lypémanie.
L'appétit des lypémaniaques est peu actif; ils manifestent presque tous une grande répugnance pour la viande et la chair des animaux. Lorsqu'ils consentent à boire, les infusions de houblon, de Quassia amara, de feuilles de mélisse ou de menthe remédient quelquefois à ces mauvaises dispositions gastriques. Il en est de même du vin de quinquina, du vin de gentiane, de la poudre de rhubarbe, de l'angélique confite; on peut tenter l'essai de ces différentes substances. L'usage du fer et des principales préparations ferrugineuses est de rigueur chez les mélancoliques anémiques et surtout chez les femmes mal réglées, dont le sang est évidemment appauvri.
Les mélancoliques sont souvent privés de sommeil ; on hésite parfois à leur prescrire des potions opiacées, des préparations de codéine, de morphine ou de jusquiame dans la crainte de congestionner les capillaires de la substance corticale, ou de rendre leurs hallucinations plus actives. L'expérience apprend pourtant que l'action de ces agents réussit assez souvent à dissiper l'insomnie; on peut donc expérimenter l'etfet de la médication hypnotique et calmante sur un certain nombre de lypémaniaques.
Tous les mélancoliques ne sont pas affaiblis ; tous n'ont pas le visage pâle et l;i circulation languissante. Quelques médecins vont même jusqu'à soutenir que chez beaucoup d'entre eux le déhre triste est produit et entretenu par l'état de pléthore des capillaires cérébraux. Cette manière de voir ne doit pas être complément rejelce ; elle est urgente chez les lypémaniaques paralytiques dont la snb-
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«tance cortioale est enflammée ; on n'est donc pas fondé à répudier entièrement l'usage des émissions sanguines dans tous les cas de mélancolie. Lorsque la rougeur de la face, la pesanteur de la tête, ou d'autres indications plus ou moins pressantes nous font croire que les lypémaniaques ont besoin de perdre du sang, l'application des sangsues à l'anus, aux tempes ou derrière les oreilles nous paraît prétérable à la saignée dont on a usé trop fréquemment et trop copieusement pendant plusieurs siècles. Les ventouses scarifiées ne donnent jamais lieu à une perte de sang très-abondante. On peut les prescrire pour dégorger les téguments de la nuque cbez les mélancoliques à constitution sanguine.
Nous avons toujours pensé que le traitement qui a pour but de modifier les conditions physiques de l'organisme ne doit jamais être mis en oubli chaque fois qu'on poursuit la guérison des mélancoliques. Telle n'est pas la manière de voir d'un certain nombre de médecins, qui n'ont de- confiance que dans l'emploi des moyens moraux. Nous ne nions pas l'efficacité de p;»reils moyens, dont l'action s'exerce sur le cerveau et sur les nerfs de la sensibilité ; mais la médication de la folie ne devient complète qu'à la condition que le traitement physique se trouvera toujours mené de front avec le traitement moral. On trouvera dans les écrits de Pinel, d'Esquirol, de Leuret, et de la plupart des autres manigraphes contemporains, d'excellents préceptes sur la direction qu'on doit s'efforcer d'imprimer au traitement psychique et moral ; mais ce traitement comporte tant d'extension que nous devrons nous contenter d'exposer ici ses règles les pins générales.
On se sent porté tout d'abord à opposer le raisonnement aux convictions déraisonnables des lypémaniaques, à attaquer par les armes de la logique, par des arguments qui semblent sans réplique les appréhensions, les idées de crainte qui les réduisent aux abois, qui leur inspirent de la terreur; quelques médecins, même, ne balancent pas à tourner les conceptions imaginaires des mélancoliques en ridicule, à les attaquer par l'ironie et le sarcasme ; mais, dans le plus grand nombre des cas, tous ces procédés, tous ces efforts, ne remédient à rien, et les mélancoliques continuent à tenir les mêmes propos et à déraisonner jusqu'à ce que les grands centres nerveux soient rétablis dans leurs conditions normales. On est fondé à espérer qu'on parviendra à rendre le calme aux mélancoliques hallucinés qui se croient poursuivis par des voix injurieuses, par des voix menaçantes, en leur démontrant que ces paroles ne sont entendues que par eux, ea leur expliquant, par des exemples connus de tout le monde, que certaines conditions maladives du cerveau nous obligent à entendre ou à voir, bien que l'action de nos sens ne soit point mise enjeu par l'intervention des agents du dehors; néanmoins la plupart du temps, les hallucinés qui ont paru sentir et goûter la vérité de ces explications n'en continuent pas moins à ajouter foi aux conversations, aux colloques, aux propos inquiétants qu'ils attribuent soit aux magnétiseurs, soit aux agents de police, soit aux misérables qu'ils accusent de travailler sourdement à leur perle. Ces vérités méritent d'être retenues, et il est nécessaire qu'on reste bien persuadé que la lypémanie est une maladie d'un caractère grave, singulièrement obstiné et tenace. L'idée de jeter de petites grenouilles ou des couleuvres dans la chaise percée d'un mélancofique qui se figure que ses intestins contiennent des batraciens ou des serpents est sans aucun doute très-ingénieuse ; mais dans la plupart des cas la tristesse, les sensations locales, les convictions sinistres des lypémaniaques persistent obstinément malgré tous les subterfuges de ceux qui cherchent à leur faire prendre le change. Dans bien des cas, la vue des personnages vivants que les lypémaniaques croient morts ou assassinés ne les irapres-
sionnemême que faiblement; au lieu d'avouer qu'ils se sont trompés et de se rendre à l'évidence, ils inventent, pour la combattre, mille raisons absurdes, prétendant qu'on agit sur leurs sens pour les fasciner, qu'on a le don de ressusciter les morts, de les faire agir et parler: nous reconnaissons néanmoins que les différents moyens de traitement dont il vient d'être question ne doivent pas être négligés, qn'ils ont des chances pour réussir quelquefois, et qu'ils doivent occuper une place dans les indications du traitement moral.
De tout temps ou a constaté, et, partout on est à même d'expérimenter chaque jour que les exercices musculaires modérés, qu'une fatigue corporelle régulière agissaient d'une manière favorable surrétatintellectuelet moral des lypémaniaques; aussi, manque-t-on rarement de prescrire à ces malades : les voyages à pied , les promenades répétées, l'exercice du cheval, la gymnastique, l'escrime, les travaux d'horticulture ou des champs, et, en général, tous les exercices qui réclament une certaine activité dans les mouvements, et qui sont propres à favoriser la transpiration et la concentration d'un certain degré de chaleur vers les extrémités inférieures.
Les voyages peuvent être conseillés aux mélancoliques dociles qui ont le privilège de la fortune, surtout s'ils possèdent un certain degré d'instruction, le goijt de l'étude, des arts ou des lettres. Les voyages ont l'avantage d'exciter la curiosité ou la surprise des mélancoliques, de faire passer rapidement sous leurs yeux une grande variété d'objets, de séduire leur imagination par la beauté des sites, de la surprendre par les accidents de la nature ou par la perfection des monuments ou des chefs-d'œuvre qu'ils ne connaissaient jusque-là que de nom. Les voyages s'accomplissent d'habitude sous la direction déjeunes hommes éclairés et instruils; ceux ci peuvent, dans une contrée de montagnes attirer lintérct de ceux qu'ils espèrent guérir, sur l'étude de la botanique, sur l'étude des insectes ou de la géologie. Dans un pays comme l'Italie, comme la Grèce, ils exhumeront des souvenirs classiques. A Naples, à Rome, à Florence ils attireront les regards de leurs malades sur la jjerfection de la statuaire antique, sur les débris des monuments, sur les chefs-d'œuvre des plus grands peintres. A Athènes, ils les conduiront aux ruines du Parthénon : ils s'apercevront tôt ou tard que leurs mélancoli ques se sont rapatriés avec l'espérance et les choses de la vie.
Les promenades qu'on impose aux mélancoliques dans le voisinage des établissements dahénés ou dans les environs de leur propre résidence, sont toujours faciles à exécuter et à répéter. Elles obligent les mélancoliques à s'y préparer par des soins de toilette; elles les soustraient à l'uniformité de leur milieu ordinaire, à la monotonie de leurs réflexions ; elles les font assister aux travaux de la campagne ; la vue des prairies, des champs de moissons, des vergers, des arbres chargés de fruits, des animaux domestiques ; toutes ces impressions attirent leur intérêt et préparent la convalescence de tous ceux dont on était fondé à espérer ' la guérison.
Ainsi que les voyages, les promenades à cheval peuvent accélérer le rétablissement des lypémaniaques, mais on ne peut les prescrire qu'aux aliénés aisés. L'équitation oblige les mélancoliques à s'oublier pour surveiller leurs montures, pour en régler le pas ; elle les met à même de parcourir rapidement de grands espaces, et de se soustraire à la monotonie des lieux qui leur sont familiers ; elle a l'avantage de les tenir en éveil par les secousses, par des incidents qui raccompagnent souvent et qui ne permettent plus à ces malades de s'appesantir sur leurs réflexions tristes; quel que soit donc le point de vue auquel on se place pour l'envi-
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sager, l'exercice de l'équitation ne peul être que favorable à la plupait des mélancoliques.
La gymnastique atteint à peu près le même but que l'équitation ; elle tient les mélancoliques en haleine, les force à déployer l'activité de leurs membres et beaucoup d'adresse ; elle exerce donc une action révulsive incontestable sur les idées fixes des lypénianiaques.
Les travaux agricoles et en général tous les travaux manuels ont été mis en faveur par les conseils et l'autorité de Pinel. Les travaux de culture ont pris de nos jours une extension louable dans la plupart des grands asiles consacrés à l'aliénatiou mentale, et partout aujourd'hui les petits travaux du jardinage ou la culture des terres ont pris rang parmi les moyens qui contribuent le plus efficacement à la guérisou dos affections de l'esprit. Les aliénés de la classe pauvre sont tout façonnés aux travaux de la terre ou des ateliers ; ils se prêtent volontiers ou sans trop de difliculté à des occupations auxquelles ils ont été plies de longue date. 11 n'eu est pas ainsi des aliénés qui appartiennent aux classes riches, aux emplois élevés de la société et de l'armée, mais on peut toujours appliquer les mélancoliiiues de ces dernières catégories aux travaux d'un parterre, à de petits terrassements, et aux soins des phites-bandes où l'on entretient des fleurs : pauvres ou riches, les mélancoliques travailleurs recueilleront presque tous au bout d'un certain temps, les fruits de leur docilité pour ceux qui les ont conviés ou forcés au travail.
Plusieurs mélancoliques opposent la résistance k plus obstinée aux efforts de ceux qui cherchent à leur imposer le travail manuel. Lorsqu'on a complètement échoué en insistant par la douceur, les promesses, le raisonnement, et les autres voies de persuasion, on ne doit point hésiter à recourir à la menace et à imposer parla rigueur; dans quelques cas, la crainte de la douche, d'un bain d'affusion ou d'un vésicatoire suffit pour déterminer certains lypémaniaques à un commencement d'action ; d'autres se décident à agir après avoir été douchés ou soumis plusieurs fois aux épreuves qui les contrarient et qu'ils regardent comme des châtiments. Beaucoup de malades craignent aussi la douleur qu'on excice par le contact de l'électricité ; on ne doit jamais négliger tous ces moyens d'intimidation, mais à la condition qu'on les maniera avec habileté, qu'on n'en usera jamais durement, et qu'on y renoncera du moment où il paraîtra démontré qu'on n'en peut tirer aucun avantage. Du reste, toutes ces résistances de volontés effarouchées par la maladie finissent généralement par s'échpser en partie à une certaine période de la lypémanie ; et c'est alors qu'on doit s'empresser d'appliquer les femmes en traitement à la couture, à la broderie, aux petits travaux de tapisserie, et se hâter de mettre entre les mains des hommes devenus moins récalcitrants et plus souples, des instruments de grande ou de petite culture.
La durée du travail qu'on exige des mélancoliques est nécessairement restreinte, et elle doit être remplacée par d'autres moyens de distraction. Les jeux de boule, de quilles, de billard obligent les mélancoliques à se tenir debout, k changer souvent de place, à faire des efforts continuels pour viser juste et défendre les intérêts de leur partie ; ou ne saurait attacher trop de prix à ces moveiis de traitement, ainsi qu'aux jeux de balle et de paume.
Les jeux de tonneau, de volant, procurent aux jeunes mélancoliques un innocent moyen d'amusement et une fatigue salutaire ; ces exercices, comme l'éqnilation, coniribuent souvent au rétablissement de la menstruation et des fonctions
digestives.
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Les différents jeux de cartes offrent l'avantage de réunir autour d'une même table et d'un même tapis, plusieurs malades qui, dans les moments oià ils sont livrés à eux-mêmes ne font aucune avance pour lier connaissance avec les autres, et pour engager une conversation qui leur serait favorable : sous une apparence frivole, ces amusements offrent donc un côté sérieux et un certain degré d'importance.
Les jeux d'échecs, de dames, de domino, exigent beaucoup d'attention et comportent de savantes combinaisons ; ils sont propres à suspendre l'activité des hallucinations, mais il ne doivent jamais être poussés jusqu'à. la fatigue de l'intelligence.
La musique ne pouvait pas être perdue de vue et négligée dans le traitement de la lypémanie. Elle a eu ses détracteurs et des partisans enthousiastes. Il est certain qu'elle ne peut pas substituer tout de suite la gaieté et la joie aux habitudes de profonde tristesse des mélancoliques; mais personne n'est tenté de nier soit les elfets d'attendrissement quelle est capable de produire sur l'ànie, soit le mode d'action qu'elle peut exercer sur le courage ; pourquoi n'essayerait-on pas de tirer parti de pareils effets dans une maladie qui intéresse surtout les sentiments ? La musique peut être utihsée de différentes manières. On peut l'imposer comme moyen d'occupation aux mélancoliques isolés, dont elle charmait autrefois les loisirs, et qui s'y adonnaient avec passion. On doit l'ordonner aux mélancoliques qu'on a sous la main, qu'on peut rassembler à certaines heures de la journée, et dresser, soit à chanter en chœur, soit à exécuter avec différents instruments des morceaux d'ensemble. Enfin, rien ne s'oppose à ce qu'on fasse entendre de temps à autre une musique bien choisie, et aux aliénés musiciens, et à ceux qui ont négligé la culture des instruments ou du chant, mais qui trouvaient autrel'ois de l'agrément à assister à un concert ; la plupart de ces malades ne pourront que gagner à l'application de ce mode de traitement.
La lecture devient une ressource précieuse pour un certain nombre d'aliénés. Les livres de voyages, les Mémoires historiques, les revues scientifiques et littéraires dont ils se disputent la lecture dans les grands établissements consacrés à, l'aliénation, leur font oublier la longueur du temps et les tourments dont leur imagination était remplie lorsqu'ils passaient leur journée dans le désœuvrement. Les lypémaniaques sont presque toujours incapables d'appliquer leur atteution à une lecture suivie pendant les premiers mois de leur délire ; mais aussitôt qu'ils se montreront moins tyrannisés par les inventions de leur esprit, qu'ils commenceront à se montrer accessibles aux conseils de la raison, on devra se hâter de leur faire lire cliaque jour un certain nombre de pages à haute voix, de les exercer à réciter quelques tirades de vers d'une manière bien sentie et bien accentuée ; en agissant de la sorte on finira par les rendre sensibles au charme des belles productions littéraires, et par les amener à se perdre entièrement de vue euxmêmes. Les recueils de dessins, de gravures qui représentent différents sujets d'art, tels que des ruines, des temples, de vieux monuments historiques, et qui ajoutent à l'intérêt que ces sujets inspirent par eux-mêmes, l'intérêt de descriptions, de légendes piquantes, ont un grand attrait pour les mélancoliques convalescents ; on peut tirer un excellent parti de pareils ouvrages. On doit veiller avec soin, au contraire, à ce que le mélancolique en voie de guérison ne puisse jamais jeter les yeux sur les livres qui traitent du magnétisme, de la sorcellerie, des peines de l'enfer, ni sur les journaux oîi l'on cherche à exciter des émotions par des récits d'assassinats, d'empoisonnements, de condamnations, d'exécutions
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sanglantes; une foule de rechutes sont dues aux impressions qui accompagnent ou que réveillent la plupart de ces lectures.
L'idée de laire intervenir les ministres de la religion pour combattre le désespoir, pour ranimer la confiance des lypémaniaques qui répètent sans cesse qu'ils se sont rendus coupables envers Dieu, qu'ils ont encouru des peines irrémissibles, se présente naturellement à la pensée de tous les médecins qui ont à soigner de pareils mélancoliques. On se hâte d'habitude d obéir à une indication qui paraît aussi formelle ; il est rare cependant que le langage du prêtre soit écouté, que l'ascendant de son autorité finisse par prévaloir sur l'influence de lésions fonctionnelles. « Les guérisons que l'on rapporte et que l'on attribue à l'influence religieuse, dit Esquirol, méritent d'être constatées. J'ai appelé à mon aide beaucoup et de bien respectables ecclésiastiques, mais rarement j'ai obtenu du succès. » {Des maladies ment., t. II, p. 472.) Nous tentons toujours l'épreuve de ce moyen, elle échoue d'habitude comme celle du raisonnement.
Au demeurant, on peut résumer tout ce qui vient d'être exposé avec quelques détails sur le traitement du délire mélancolique en rappelant que la médication de cette espèce d'aliénation partielle nécessite le concours d'une foule d'agents physiques, associés à l'application des ressources morales et intellectuelles les plus variées : il est indispensable que la combinaison de ces différents moyens thérapeutiques marche souvent de front, ou qu'on y ait recours à tour de rôle, suivant l'exigence des indications, et suivant les périodes de la lypémanie ; mais on ferait fausse route, et on aurait le tort de se priver du concours de moyens de guérisou d'une grande importance, si l'on affichait la prétention de guérir la lypémanie par l'apphcation d'une seule formule de traitement, ou physique ou moral.