‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.55Chapitre 55 sur 65 · M ACRE · texte numérisé non relu

M ACRE

•vres, à laquelle il apporta de nombreuses améliorations. Il devint enfin censeur royal et professeur de chimie au Jardin du Roi.

Macquer est l'auteur des ouvrages suivants, dont quelques-uns sont restés classiques un assez long temps.

I. Éléments de chimie théorique. 1741, in-12; id., 1749; id., 1753. — II. Éléments de chimie pratique . 1751, in-12. — III. Plan d'un ccurs de chimie expérimentale et raisonnes. 1757, in-12, en collaboraiion avec Baume. — IV. Vart de la teinture en soie. 1765, in-fol.

— y . Dictionnaire de chimie, contenant la théorie et la pratique de cette science, etc., etc. 1766, 2 vol. in-S" ; 1776, 2 vol. iii-4°. Traduit en allemand, en anglais, en italien, en danois.

— Macquer a en outre travaillé à la Pharmacopée de Paris, il a fait un Formulaire 7uagisirai et fourni une collaboration assez active au Journal des savants. H. Mr.

MACRE (Trapa L.). Genre de Dicotylédones, nommé TribuJoïdes par Tournelbrt, Trapa par Linné et rapproché par les auteurs de la famille des Haloragées. Les plantes qui le composent sont des herbes aquatiques, attachées par leurs racines à la vase des marais et s'élevant jusqu'à la surface des eaux. Leurs feuilles sont de doux sortes ; les unes sont submergées, les autres flottantes. Les premières sont opposées, radiciformes, penuatiséquées, à lanières capillaires ; les autres sont rhomboïdales, disposées en rosettes, et portées sur un pétiole qui devient vésiculeux i^endant la floraison. Les fleurs sont petites, solitaires à l'aisselle des feuilles, brièvement pédonculées. Leur calice est quadripartite, à quatre lobes épineux; les pétales, au nombre de quatre, sont insérés sous un disque annulaire, chai'nu, qui entoure la partie su|iérieure de l'ovaire; les quatre étamines alternent avec les pétales. L'ovaire est semi-infère, à deux loges, contenant chacune un ovule suspendu au sommet de la cloison. Le fruit est plus ou moins quadrangulaire, coriace, dur, muni latéralement de deux ou quatre cornes formées par les lobes du calice accrescent et coiffé à son sommet par le disque endurci. 11 est uniloculaire et contient une seule graine inverse, à testa membraneux, devenant spongieux à la partie supérieure. L'amande est formée d'un gros embryon, dont l'im des cotylédons prend des dimensions considérables, l'autre restant squamiforme.

Le Trapa le plus connu est le T. natans L. qu'on trouve dans les étangs et les mares de l'Europe tempérée et de la Sibérie. Ses fruits sont turbines, presque rhomboïdaux, de la grosseur d'une petite châtaigne. Ils sont munis de quatre cornes, opposées en croix, un peu aplaties et légèrement courbées de bas en haut. Ces fruits sont revêtus d'une membrane grisâtre, qui s'en détache facilement ; au-dessous, ils sont d'un noir luisant. Leur amande a un goût qui rappelle celui de la châtaigne, mais qui est plus fade et plus douceâtre.

On donne à ces fruits le nom de Châtaigne (Y eau, CornueUe, Truffe d'eau, Saligot; et on les mange dans certains pays bouillis ou cuits sous la cendre. On leur attribue, depuis Dioscoride, des propriétés astringentes et résolutives. La plante fraîche pilée a été appliquée en cataplasmes contre certaines inflammations : on a aussi employé sa décoction mêlée à du miel contre l'ulcération des gencives.

l'ne autre espèce de Trapa, connue surtout par son fruit, qui arrive souvent dans les collections, est le Ling ou Kichi des Chinois [Trapa hicornis L. fils). Ce fruit est plus gros que le précédent, brun noirâtre, parcouru de côtes saillantes ramifiées et portant à son sommet un disque tétragone, strié lonçitudinalement. 11 a sur les côtés deux fortes cornes longues, épaisses, horizontales à pointes mousses recourbées vers le bas. On le mange en Chine, comme notre châtaigne d'eau.

Cû2 MACROPIE.

Le Trapa bispinosa Roxb. donne aussi aux Indes orientales un fruit alimentaire.

Bauhis (Jean), Hist. Plant., III, 775. — GiBiNER, De fructibus, II, 84, tab. 95. — Lisné, Geii. Plant., 115. — De Caxiolle, ProiL, III, Oi.— Endlicher, Gen. Plant. 0)40. Pi.

itIACROCÉPH.\LE (de uoc/.pô;, grand, et xîsaXij, tête). On désigne sous ce nom les individus dont le crâne présente, à la naissance, un volume exagéré. La macrocqihalie diiïère de l'Iiydrocéplialie en ce qu'elle est uniquement duc à un développement considérable du cerveau. Par opposition on donne le nom de microcéphales aux individus dont le crâne et le cerveau sont peu développés. Certains auteurs ont employé le terme de microcéphalie comme synonyme d'icliolie, les idiots ayant, généralement, la tète petite. {Voij. Craxe.) S. D.

.TIACROCUIRIE (de uy.y.zô:, grand, et yjip, main). Monstruosité caractérisée par le développement excessif des mains. (Voy. Mo.nstrlosites, IIypeiithophie.)

MACROCIKÈnE {i\îacrocnemum). Voy. Cond.v.mi.ne.v. MACROCOsnE. Voy. Micr.ocosME.

MACRODAt'TYOE (de y.w.pô;, grand, et oiy.z-Ao:, doigt). Monstruosité c»ractérisée par le développement excessif des doigts. {Voy. Mo.nstrlosi.ks, Hypertrophie.) S. D.

MACROPIE ET .IIICROPIE. On désigne, sous ces dénominations, le phénomène sensoriel ou subjectif suivant : jugement erroné porté sur la dimension des objets qui paraissent plus grands (fza/.oô;, grand), ou plus petits {tiupà;, petit), qu'ils ne le sont réellement.

Deux éléments établissent entre le monde extérieur et nous un rapport géométrique précis, en vertu duquel se trouvent exactement appréciés la position des objets relativement à nous et celle des objets entre eux, à savoir: 1" l'angle visuel sous-tendu par ces objets ; 2° leur distance mutuelle ou leur distance à nous-mêmes.

Dau-s cette notion est renfermée, comme simple corollaire subjectif, celle de leurs amiensions relatives.

De ces deux éléments l'un, l'angle visuel, est fourni par Limage rétinienne, l'autre, la distance ou la position dans l'espace, est procuré par la sensation du degré de convergence mutuelle des axes optiques, et par celle qui lui est intimement unie, de l'intensité d'action accommodatrice correspondante.

L'une et l'autre de ces deux dernières sensatior.s ressortissent au domaine de la conscience musculaire. Celle-ci troublée, la notion de distance est faussée. L influx nerveux nécessaire à procurer le degré d'accommodation correspondante une convergence donnée des axes optiques, ou, ce qui revient au même, à une distance donnée des objets, est-d, dans une circonstance quelconcjue, plus grand que la quotité exigée physiologiquenient pour cette distance, la dL-tance de l'objet sera estimée moindre qu'elle ne l'est réellement ; le sensorium interprétera dès lors cette donnée comme résultant d'ime dimension moindre ; les objets paraîtront plus petits.

L'apport du flux nerveux nécessaire à la netteté de l'image s'exerce-t-ilensens

contraire, tsf-il moiiulre que le degré physiologique, la notion subjective sera naturellement inverse, la distance de l'objet estimée plus grande qu'elle ne l'est, et, consécutivement, les objets paraîtront agrandis.

On produit expérinientalenient ces deux illusions opposées en regardant un même objet successivement au travers de deux prismes plans de quinze à vingt degrés. Lorsqu'on tourne leurs angles du côté du nez, les objets sont vus plus petits ; en les tournant en sens inverse, c'est-à-dire en plaçant leurs bases en dedans, on les voit plus grands que nature. Dans le premier cas, on rapproche, dans le second, on éloigne le point de croisement virtuel des axes optiques, sans altérer le degré de l'accommodation.

Les mêmes efl'ets sont réalisés en patliologie, si, par une cause morbide quelconque, l'énergie accommodative est entravée, ou, au contraire, accrue.

Cette énergie est-elle entravée, le sujet doit, pour produire un même effet, accroître la somme d'influx nerveux qu'il expédie au nmscle ; est-elle en excès, il doit, au contraire, le fournir en moindre quantité. Dans le premier cas, les objets p&raitronl donc plus rapprochés, ou, pour un même angle visuel, plus petits ; daut- le second, plus éloignés ou, pour un même angle visuel, plus grands.

La micropie sera donc un des symptômes de la paralysie ou de la simple paresse de l'accommodation ; la macropie signalera l'état inverse, le spasme de cette aciioa musculaire. Giraud-Tello.n.

H.lCROPODïE (de fxaxoéç, grand, et ttov;, pied). Monstruosité caractérisée par le développement excessif des pieds. (Tof/. Mo.nstruosités, Hvpei.thopuie.)

i!IACBOPRO««OPiE (de [iTLv.pôi, grand, et vpôu'^-no-), face). Monstruosité caractérisée parle développement exagéré de la face. [Voy. Face.) S. D.

MACSOSKÉLIE (de pia-/.pô;, grand, et (7/^0;, jambe). Monstruosité caracté^ risée par le développement exagéré des jambes. {Voij. Moxstrcosités, HïPERTaopiiiE ) S.D.

MADAGASCAR (appelée aussi Malgache, Nossi-Ndamho, Tani-Bé). Cette ile, une des trois plus grandes du globe, est située dans la mer des Indes, en face de la cote orientale d'Afrique, dont elle est séparée par le canal Mozambique, cnlrs -î^» et 25°30' de lat. S. et 41» et 48° de long. E. Connue des Arabes, dès le septième siècle, elle ne fut signalée en Europe qu'après sa découverte parle Portugais Fernaud Suarez, en 1506, qui lui donna le nom de Saint- Laurent. Les Français, sous Henri IV, l'appelèrent île Dauphine. Elle a 1,700 kilomètres de longueur et 400 kdomètres, dans sa plus grande largeur. Sa superficie est évaluée à 25,000 lieues carrées. Ses côtes mesurent un circuit d'environ 900 lieues. Plusieurs îles, très-voisines du littoral, ont un intérêt direct pour nous, et attireront particulièrement notre attention : ce sont Sainte Marie, sur la ccle orientale, et >'ossi-Bé, àluée à l'extrémité septentrionale de la cote ouest de ^Jadagascar. Bien que les géographes ne décrivent pas les Coraores comme uise dépeîidance de cette grande ile, les rapports qui existeut, au point de vue Piiédical, sont tels, que nous Iraileroi.s également, dans cet article, des Comores, et surtout de l'île Mayotte, qui, depuis plusieurs années, appartenant à la France, a été l'objet d'études appiofondics de la part des médecins de la marine.

Le littoral de Madagascar est creusé de vastes et magnifiques baies, dont les

plus remarquables sont celles d'Antongil, de Bombetok et de Passandava. Une chaîne de montagnes parcourt l'ile du N. au S. depuis le cap d'Ambre jusqu'au cap Sainte-Marie. Du plateau central, s'abaissent, sur chaque flanc de l'ile, de nombreuses ramifications, iormant d'admirables vallées, arrosées par d'iimorabrables cours d'eau qui se rendent, soit dans l'océan Indien, soit dans le canal Mozambique.

C'est toujours sur la côte orientale que les Français, depuis 1642, ont fondé divers établissements, tour à tour abuidonnés, puis occupés de nouveau, tels que Fort-Dauphin, Mangafia ou Sainte-Luce, Tamatave, Foulpoiute, Fénérifc, Sainte- Marie, la Pointe-à-Larrée, Tintingue. Depuis 18'21 jusqu'en 1841, la France n'occupait plus que l'île de Sainte-Marie; en 1842, un établissement a été fondé à Nossi-Bé, et un autre à Mayotte, en 1845.

La politique ombrageuse et hostile des souverains de Madagascar envers les étrangers, ainsi que l'insalubrité extrême de la zone du littoral, n'ont pas permis de recueillir des renseignements précis sur la topographie médicale de cette terre si fertile et si riche. Nous ne savons pour ainsi dite rien sur la pathologie des indigènes ni sur la constitution médicale de l'intérieur de l'île. .AJais les travaux nombreux que nous possédons, depuis vingt-cinq ans surtout, sur l'histoire médicale des îles Mayotte, Nossi-Bé et Sainte-Marie, rendent cette lacune moins regrettable. Nous serons donc forcément très-bref en ce qui concerne Madagascîr ou la Grande-Terre, comme on appelle aussi cette île; ce que nous pourrions réunir ici sur l'histoire naturelle serait fort insuflisant pour les naturalistes, et n'olfrirait aucune utilité aux médecins. Nous avons préféré donner tous nos soins à la partie médicale proprement dite.

Le sol de la plus grande partie de l'île est de formation primitive ; le graait, la siénite, des blocs de quartz blanc et rose, s'y rencontrent fréquemmeiit. Cette terre est riche en minéraux utiles ; on y trouve du cuivre, de l'étain, du plomb. Les provinces centrales abondent en minerai de fer. L'île est généralement fertile. Il y a de vastes et gras pâturages, alimentant d'énormes troupeaux de bœufs, qui constituent une des principales sources de richesses du pays. D'immenses forets vierges traversent la contrée dans plusieurs directions.

A l'embouchure des nombreux cours d'eau, et tout le long du littoral, dans une étendue variable, suivant les endroits, on rencontre de vastes marécages qui sont une des causes les plus puissantes de l'insalubrité si redoutable de cette partie de Madagascar. L'élévation des parties centrales permet, au contraire, de jouir sur les plateaux, d'un climat, tempéré et réellement salubre. fur le iiltond oriental, on distingue deux siisons : la première, nommée, pai" i;S Iraitaul* européens, la bonne saison, commence en mai et finit vers le nsiiieu du mois d'octobre. La chaleur est alors tempérée; de très-fortes brises souillent pendant le jour du S. au S. E., et la nuit du S. au S. 0. La seconde, hivernage, ou mauvaise saison, commence vers la fin du mois d'octobre, et continue jusqu'à la UQ du mois d'avril. La période la plus chaude correspond aux mois de janvier, | février et mars. A cette époque de l'année, la température à Tanananve s'élève parfois à 40", à l'ombre. Les pluies de l'hivernage font déborder les cours d'eau qui inondent les plaines, et charrient des masses énormes d'alluvious. h^s vents qui régnent pendant cette saison sont ceux du N. au N. E. pendant le jour, et du N. au N. 0. pendant la nuit; les toiles brises alternent avec les calmes.

A la côte 0., la brise de N. E. règne constamment d'octobre en avril; pendant le reste de l'année, elle varie du S. à l'O. depuis midi jusqu'au soir; pen-

dant la nuit, elle passe du S. à l'E., et se fixe, le matiu, dans cette dernière direction.

La température des provinces de l'intérieur est moins élevée que celle des côtes. Le i'roid est parfois très-vif dans les vallées d'Antsianac, d'Ankove, des Betsilos, depuis juin jusqu'à septembre; on y éprouve, même en décembre et janvier, un froid souvent piquant. Pendant l'hivernage, c'est-à-dire d'octobre en mai, le thermomètre peut atteindre 29°; dans la saison froide, il peut descendre

^ La foudre, sur les sommets de Madagascar, et particulièrement dans la province d'Ankove, constitue un danger très-réel. Il n'est peut-être pas de lieu au monde q;ii soit plus violemment tourmenté par la fréquence des orages et plus éprouvé par les terribles explosions de la foudre. Grâce à un Français, M. La Borde, le paratonnerre a été introduit dans cette ile, et on est étonné de voir la ville de Tananarive hérissée de pointes métalliques.

La grcle tomba eu grande quantité dans les montagnes, et nuit beaucoup aux récoltes. La gelée blanche, le givre, les brouillards y sont très-communs, mais on n'y voit jamais de neige, même sur les pics les plus élevés.

Les tremblements de terre sont assez fréquents. (A. Vinsou.)

« Les iles de France, de Bourbon et de Madagascar, dit Cli. Martins, forment une région adjacente à l'Afrique, et parfaitement caractérisée; c'est une végétation tropicale, dans laquelle prédominent les espèces ligneuses, les Figuiers, les Sensitives, les Orchidées épidendres, les Palmiers, les Fougères en arbre, mais qui se dislingue par un nombre considérable de genres caractéristiques, parmi lesquels il sufhra de citer les suivants : Cliassalia, Myonina, Gastonia, Cossignia, Ambora, Monimia, Ludios, Prockia, Marignia, Poupartia^ Roussea, Biramia, Quivisia, Ochrosia, Harongana, Brexia, etc., etc. Enfin, une petite famille, celle des Chlinacées, appartient tout entière à l'ile de Madagascar.

« Quoique rapprochée de l'Afrique par sa position géographique, la région madécasse a cependant plus d'analogie avec la végétation indienne. Plusieurs genres leur sont communs, et certaines espèces sont identiques dans les deux pays, tandis que, au contraire, il n'existe que de très-faibles rapports entre la végétation du Cap et celle des pays d'iles dont nous nous occupons. » {Nouveaux Eléments de botanique, par Ach. Richard, 9^ édit., augmentée par Ch. Martins.)

(( Contentons-nous de citer, parmiles productions végétales, le ravinala {urania speciosa] ; le filao {casuarina equisetifoUa) ; l'ambaro vatsi {cytims cajan) ; le rafla, sorte de sagus; V archer {dais madagascariensis); l'arékies; levakoa {pandanus); l'azign (chrysopia fasciculata) ; et le vounoutre, ou arbre chevelu, employé dans la construction des pirogues; le tendrou-roho {hymanea), qui fournit la gomme opale; plusieurs espèces d'hibiscus et de mimosa; le songo-songo ; le ravintsara (agathophyllum aromalicum), sorte de canelle dont la noix et la feuille ont un parfum exquis ; le poivre sauvage, le gingembre, le tabac, la canne à sucre, le coton; le tangliin (tanghinia veneniflua) , qui tient une place si terrible dans la procédure des iniiigèiios... le mais, le miel; enfin, la plus utile des productions de cette terre, le- riz, dont les botanistes ont énuraéré douze variétés. Le cocotier. Je bananier, différentes sortes d'ignames, le manioc, les haricots et des plantes, cucurbitacées et crucifères, etc., servent aussi à la nourriture des naturels. » (De Frobcrville.)

« L'île renferme les animaux les plus utiles à l'homme Les troupeaux de bœufs

sauvages ou domestiques y sont nombreux. Ce sont des bœufs à bosse, ou zébus, dont il existe trois espèces : le zébu ordinaire, le bœuf sans cornes, appelé boiiri; et les bœul's à cornes pendantes. Les moutons à grosse queue de l'espèce de ceux du Cap, les cochons, les sangliers, les chiens domestiques et sauvages y sont aussi en grand nombre. » Parmi les genres d'animaux mammifères qui caractérisent la laune de Madagascar, nous citerons, dans les LÉiiur.iDÉES les genres : inthis, propitliecus, verceia, prosienia (makis), qui ne compte pas moins de quatorze espèces connues; avahis, aphalemur, lepilemur, cheirogalus, daubentonia ; dans les Vespertilionidées : vespertilio, rhinolophui, pteropus; dans les Viveiuunées : genetta, cjaledia, cryploprocta ; dans leaCEiN- TÉTiNÉES : centeles, ericnlns; dans les Sciurinées : sciurus madagascaricmi<i. Pour les oiseaux, les insectes, nous renvoyons aux catalogues dressés par.l. Verreaux et C. Goqueiel, qui sont joints, comme annexes, au Voyage du docteur Vinson.

Un monstrueux caïman infeste les lacs et les rivières. Les espèces de lézards, de serpents, sont nombreuses; mais, dans ces dernières, il n'y a pas d'espèces venimeuses. Citons aussi les caméléons, les jekos. Parmi les AnACH.Mi-ïis, outre les sco)pio7îs, il est une espèce, dont la morsuie, d'après Yuison, serait dangereuse, c'est le lalrodectus menavoudi.

Population. Il paraît difficile d'évaluer la population de Madagascar d'une manière satisfaisante. Les diverses évaluations varient en cflet de 1,000,000 à 5,000,000 d'àmes; ce qu'on peut dire de certain, c'est que c^tle ile n'est pas peuplée en raison de son étendue. Nous sommes porté à admetî-rL", avec Barthélémy de Froberville, qu'elle ne doit pas s'élever à plus de \ ,600,C00 âmes.

Des groupes distincts plus on moins nombreux se partagent le sol de Madagascar. Quoique ces groupes diffèrent sous plusieurs rapports les uns des autres, on peut toutefois les ramener cà deux types principaux qui indiquent bien leurs origines diverses : l'un, caractérisé par le teint cuivré ou plutôt o!i\âtre, et des cheveux longs et plats; l'autre, par le teint noir ou brun foncé, et des chevenx frisés et crépus. Ces types ne se trouvent pas dans toute leur pure!é, et leurmc' lange a produit de nombreuses variétés qui participent, plus ou moiiJS, de l'uu et l'autre.

La constitution physique des sujets chez lesquels domine l'élémont de la race noire indique assez qu'elle est originaire d'Afrique, tandis que la langue, ks mœurs, le caractère de la race olivâtre appartiennent incontcstablenicaî à la famille malayenne.

Plusieurs émigrations d'Arabes ont aussi eu lieu vers la côte oricîUale de Madagascar dans les temps modernes. Ces trois éléments en se combinant à l'infini forment la j;opulation malgache. C'est dans les provinces du centre de l'île, chez les Hovas et les Antancars, que l'élément malais s'est conserve le plus dislinctoreiu. D'après les classifications récentes, le Hova est une des grandes races miy-tcs se rattachant au tronc jaune, il forme le groupe malayou occidental de la [juiuKô Malayenne. (De Quatrefuges.)

«Le Hova, à la figure malaise, dit A. Vinson, fils d'une race séparée, se ;Ji>tingue des tribus africaines qui peuplent avec lui la grande île malgache piu" los caractères suivants : chez lui la couleur de la peau est d'un jaune presque doré; les traits sont fins et réguliers; le nez est droit, délié, quelquefois aquilin ; ÎlS yeux iont un peu relevés vers l'angle extérieur ; les pommettes sont saillantes ; la stature moyenne est toujours grêle; les cheveux sont noirs , plats, droiis, r:~l-

des. tiès rarement bouclés. La suj^ériori'é de l'intLlligence éclate dans la pliysioi.omie, et la ruse, la pénétration, éclairent ses regards. »

On remarque surtout le type africain chez les populalions de l'Ouest, tandis que le littoral de l'Est est occupé par des variétés dont la constitution physique indique qu'il a été le théâtre d'envahissements successifs de la part des Malais, des Arabes et même des Européens.

Nous considérons comme inutile la fastidieuse énumération des 25 ou 50 groupes portant des noms indigènes que l'on donne comme autant de peuples différents; ce sont là des résultats de croisements qui n'offrent qu'un faible intérêt anthropologique, loisque ce ne sont pas seulement de simples tribus réunies par des intérêts conmiuns limités à une fraction du territoire. Disons seulement que, par leurs conquêtes récentes, ce sont les Hovas les véritables maîtres de

nie.

L'ile de Sainte-Marie, que les Malgaches nomment A^oss?-/&ra/«'m, est située sur la côte orientale de Madagascar, dont elle est séparée par un canal large de 5 kilomètres dans sa partie la plus étroite, vis-:>vis de la l'ointe-à-Larrée, et de 8 kilomètres vis-à-vis Tintingue. Son extrémité N. est par 16°i0' S. et 47°45' de lat. E. Sou extrémité S. par 17^8' lat. S. et 47"ô2' long. E. C'est une étroite bande de terre dirigée du i\'. N. E. au S. S. 0. parallèlement à la côte orientale de Madagascar. Sa longueur est d'environ 50 kilomètres, sa plus grauLlc largeur atteint seulement 5 kilomètres. La route qui fait le tour de l'île a près de 150 kilomètres. L'île est entourée d'une ceinture de récifs de coraux qui la rendent inabordable du côté oriental. A l'Ouest il existe, dans cette ceinture, un intervalle permettant aux navires du plus fort tonnage de pénétrer dans une baie formée par les embouchures de deux petites rivières, l'Anza et le Fittaria. Cette baie est fermée au N. 0. par un rocli?r qui, entouré d'un banc de coraux, constitue un petit îlot, connu sous le nom d'îlot Madame. C'est là qu'est établi le siège du gouvernement de la colonie.

La nature géologique de Sainte-Marie est la même que celle du plateau inférieur de Madagascar. L'ile est constituée par des mornes formant des séries reliées entre elles par d'autres chaînes secondaires. Les points culminants de ces monticules ne dépassent généralement pas une hauteur de 50 à 60 mètres. La nature du sol est partout la même. On y trouve outre les alluvions récentes, dans les parties basses, l'argiîc de toute couleur et de toute nature recouvrant les neuf dixièmes de la sur&ice de l'île et formant des couches dont la puissance varie de 1 à 5 mètres. L'argile ferrugineuse est la plus commune. Ces substances résultent d'iiuc décomposition des roches suivantes: feldspath, granit, quartz, mica; on trouve aussi de nombreuses traces de ces diverses roches. Un semblable sous-sol, par sa iinture. doit être tout à fait imperméable. Aussi, la saturation pluviale des terrains d'al'uvion qui couvrent cette couche dans les parties basses, se fait-elle rapidement ; les débris organiques y abondent et se transforment constamment sous la double influence de la chaleur et de l'humidité. Le quartz hyalin est très-commun dans cette île.

Dans certains points, aux embouchures, par exemple, des deux petites rivières dont nous avons parlé, le mélange des eaux douces et de l'eau salée active l'iiitluence nuisible des exhalaisons marécageuses.

Les larges bancs de polypiers qui découvrent dans les grandes marées ajoutent encore aux causes d'insalubrité de Sainte-Marie; mais on ne peut les comparer, sous ce rapport, aux véritables marais que nous venons de ciler. L'intérieur de l'île pré-

sente aussi de nombreux marais d'eau douce bordant les ruisseaux qui descendent des mornes et dont le nombre s'i'lève au moins à 200.

Sur trois points, l'île est ricbement boisée, partout ailleurs la terre est argileuse et pauvre

Les principales cultures sont le riz, le manioc, la patate douce, la canne à sucre. Elles seraient insuffisantes pour nourrir la population (6,000 âmes) si la pèche, l'émigration, l'engagement volontaire à bord des navires ne venaient apporter d'autres éléments d'aisance.

Généralement la brise, faible la nuit et le matin, tombe vers 8 ou 9 heures; après un moment de calme, la brise du large s'élève, faible au début, elle devient énergique dans l'après-midi, jusqu'au coucher du soleil.

Ce qui frappe à Sainte-Marie, en examinant les tableaux des observations, c'est la prédominance des vents du sud. La :ause doit en être chercbée dans la présence, sous cette latitude, des vents généraux. Ces vents qui soufflent plutôt du S. S. E. que franchement du S., ne sont en oflet que les alizés du S. E. Leur tendance à prendre à Sainte-Marie une direction S. ou S. S. E. pro\ient probablement du voisinage de la côte de Madagascar. Ces vents sont frais et agréables. La marche des courbes thermométriques parait complètement soumise à la fréquence des vents venant du sud.

Les vents d'est ne sont plus des vents généraux, comme les précédents. Ils deviennent fréquents au moment oîi les vents du sud sont plus rares. Ce sont de? brises maritimes se dirigeant, dans l'après-midi, vers l'intérieur de Madagascar. Comme les vents du sud, ils ont une agréable fraîcheur.

Les vents du ^^ E. soufflent ordinairement le soir, pendant le 4^ et le l^' trimestre, et fout complètement défaut pendant les six autres mois, d'avril à septembre inclusivement. Ils doivent être considérés comme des brises locales variables.

Les vents de la partie nord soufflent 2 fois de celte partie contre 5 fois de la partie du sud. Ce sont des vents particuliers à l'été austral ou hivernage. Ils sont désagréables et chauds. La courbe de leur fréquence suit celle de la température. Us jouissent d'une influence toute locale, celle de grossir la mer dans le port de Sainte-Marie, qui leur est ouvert largement. Us aident donc à l'envahissement par l'eau de la mer des terrains bas et marécageux du ioad de la rade, de plus ils poussent dans le port des masses considérables de détritus organiques. Ces productions des marécages qui entourent les côtes de Madagascar, proviennent principalement des bords de trois rivières qui jettent leurs eaux à la mer dans la direction de Sainte-Marie, et produisent dans le canal un courant atteignant jusqu'à trois milles de vitesse. Les débris végétaux entraînés par ce courant s'accumulent en telle quantité dans le port et y produisent une infection si intense, qu'en 1863 et 1865 ou fut obligé d'employer des embarcations pour nettoyer la surface de la rade, ramasser et aller porter sous le vent, au large, ces détritus dont l'odeur seule devenait insupportable.

Les vents d'U. et ceux de ^^ 0. sont très-rares, ils soufflent à peu près également dans le courant de l'année, par intervalles; par rapport à Madagascar, ce sont des vents de teiTe, aussi ne soufflent-ils guère que le matin et pendant la nuit.

Les vents du N., del'O. et du S. 0 étant des vents qui ont passé sur la grande terre et s'élant chargés de miasmes doivent être considérés comme insalubres.

C'est le contraire pour les vents du X. E. ou S. S. 0. qui viennent de l'océan Indien. D'après la prédominance des vents du large sur les vents de terre, le c:i-

mat de Sainte-Marie devrait être très-sain, pendant au moins huit mois de l'année, mais l'île possède, par elle-même, de puissantes causes d'insalubrité. La côte orientale jouit seule des bénéfices de la fréquence des brises de mer, malheureusement elle n'est pas habitée ; les indigènes eux-mêmes n'y ont que de rares villaoes. Les Européens, s'hiquiétant avant tout des intérêts militaires ou commerciaux, ont placé leurs habitations sur la côte ouest, autour de la baie. Ils habitent soit l'ilot Madame, soit le littoral, dans des maisons situées sur le versant de petits coteaux de quelques mètres seulement de hauteur; ces maisons ont toutes leurs façades tournées vers l'ouest et regardent, par conséquent, la mer. !>: terrains marécageux entouraient autrefois ces demeures, mais ils ont été déjà, pour la plupart, notablement assainis. Toutefois ce rideau de 5 à 4 mètres de terre, dépourvu d'arbres, n'arrête pas les émanations qui proviennent des marécages d'Anda. Tous les bords de la baie sont couverts de palétuviers. Chaque cours d'eau, à son embouchure, est l'origine d'un marais qui s'étend plus ou moins loin dans la terre, aussi le centre habitée de Sainte-Marie reçoit des émanations palustres apportées par les vents, de quel(|ue point qu'ils soufflent.

La pression atmosphérique suit une marche ascendante et descendante, parallèle à la courbe de fréquence des vents du S. A une forte dépression en décembre et janvier, succède une élévation lente et progressive de la colonne mercurielle pendant la première moitié de l'année. A partir de juin, l'abaissement a lieu graduellement jusqu'en décembre. D'après le D' A. Borius, auquel nous empruntons tous ces détads, la moyenne annuelle de l'année est de Tôo'^'^jô. La moyenne des oscillations diurnes en 1866 a été de 0'"",73 Le plus grand écart entre les hauteurs barométriques d'une même journée a été de 5°"", 5. Mais, à Sainte-Marie comme ailleurs, il est impossible d'établir aucun rapport entre les variations de pression et la constitution médicale. Si, dans cette île, les indications barométriques n'ont aucune \aleur pour annoncer la pluie, elles ont, par ailleurs, une signification certaine quand il s'agit de prévoir les cyclones qui sont précédés d'une dépression considérable. A Sainte-Marie, la température a sa plus haute élévation en décembre et janvier. A paitir de janvier, elle descend très-régulièrement, s'abaissant de 1° environ, par mois, jusqu'en juillet, qui est le mois le plus froid de l'année; puis elle remonte avec la même régularité jusqu'en décembre.

La marche diurne est générakment sous la dépendance du vent ; les brises du S. font généralement baisser le thermomètre.

. En 1867, la plus haute température observée a été 52°, 5 (en novembre) ; la plus basse, à 6 heures du matin, 1 8", 5 (en juillet). Dans les mois les plus chauds, le thermomètre atteint rarement 50". Les variations annuelles n'atteignent pas 9", les variations diurnes ne dépassent pas généralement 4° et sont le plus souvent moindres. Le climat de Sainte-Marie est donc d'une température assez é^rale. Elle oscille lentement au-dessus et au-dessous d'une moyenne très-voisine de 25». La présence presque constante de biises assez fortes rend peu pénible l'élévation delà température, à l'abri du soleil bien entendu et si on choisit une habitation bien ventilée. Les soirées ont une fraîcheur modérée, mais l'extrême abonJance de la rosée quand le ciel est pur, ainsi que la présence des marais, font que les promenades du soir sont dangereuses pour les Européens.

En consultant les tableaux météoi ologiques de plusieurs années, on remarque une très-grande inégalité dans les quantités d'eau tombée pendant les mois correspondants de chaque année. La moyenne annuelle diffère également beaucoup.

Ainsi, la différence entre la qiianlité de pluie tombée eu 1865 et celle de l'année 1866 est de l'",416, c'est-à-dire la moitié de la quantité d'eau qui tombe pendant l'année moyenne 2", 646 ; il en résulte que certaines années sont beaucoup plus sèobes que les autres, ce qui a une influence énorme sur l'état des marais, el par suite sur la constitution médicale.

Chose singulière, à côté de l'inégalité des quantités d'eau tombée par année, on trouve un chiffre à peu près identique représentant la somme des jours de pluie pour plusieurs années. Do 1865 à 1867, il a plu, en moyenne, 156 jours par an, et c'est à peine si dans chacune de ces cinq années d'observation le nombre total des jours de pluie diffère de cette moyenne. D'une manière générale, on peut dire qu'à Sainte-Marie il pleut, par an, 3 jours sur 7.

Les orages sont d'une fréquence excessive. L'éclat de tonnerre est très-fort; les indigènes le redoutent beaucoup, bien que les accidents causés par la foudre ne paraissent pas très fré([uenls, contrairement à ce qui a lieu sur les plateaux de la grande terre.

Excepté pendant les mois de septembre, octobre et novembre, où le temps est ordinairement beau, le ciel est souvent couvert ; les nuits complètement sereines sont aussi tiès-rares.

Les secousses de tremblement de terre sont assez fréquentes. A. Borius aurait relevé, dans les rapports de ses prédécesseurs, M secousses dans l'espace de '20 ans. Les ouragans sont les phénomènes les plus terribles de ce pays, qui a eu plusieurs fois à souffrir du passage des cyclones.

On peut reconnaître à Sainte-Marie un été austral correspondant à l'l)iver de riiémisphère nord et ayant son milieu en janvier ; un hiver austral correspondant à l'époque de notre été en Europe; puis deux saisons transitoires, l'une parfaitement tranchée, le printemps austral, dont la sécheresse est le caractère le plus accusé (octobre) ; la saison transitoire qui correspond à l'automne est peu tranchée et se sjgnale seulement par l'augmentation de la pluie.

Si nous nous servons de la division admise pour les pays tropicaux, saison chaude et saison froide, nous trouvons deux périodes bien caractérisées de six mois chacune : l'une, la saison chaude, été ou hivernage, qui commence à latin de septembre et se termine en mars ; l'autre, saison froide ou hiver, comprenant les autres mois de l'année.

Nos-Bé, ou plutôt Nossi-Bé, comme le prononcent les indigènes, ou encore Variou-Bé, mot adoi'té depuis par les Sakalaves, veut dire lie grande. C'est, en effet, la plus grande des îles situées sur la côte N. 0. de Madagascar, dont elle n'est séparée que par 95 milles marins. Elle est comprise entre les 15"li' et 13"25' de lat. S., et entre ks 45"ory et 46"7' de long. E.

Cette île a une forme Irès-irrégulièrc; son pourtour est creusé, dans le N. 0. et dans l'E., de vastes échancrures qui forment des baies profondes. Sa plus grande longueur est de 21,000 mètres ; sa superficie, de 19 à 20,000 hectares.

Le système des montagnes de Nossi-Bé forme trois groupes distincts : 1° celui du centre, dont le sommet s'appelle Taué-Latsak, est élevé de 500 mètres ; 2° celui du nord, composé des montagnes de Naveteh et d'Ampurach ; o° celui du sud, auquel appartient le morne Loucoubé, point culminant de l'île, haut de 600 mètres, découpé de ravins pi'ofonds et dominant une belle forêt qui couvre tout le côté sud.

Nossi-Bé est arrosée par trois grandes rivières principales et par une foule de ruisseaux et de torrents qui parcourent les innombrables ravins dont cette île esi

MADAGASCAR. 6il

déchirée. Ces trois rivières principales sont : la Djabala, à l'O. ; VAndrian et YAkaroukéni, à l'E. La Djabala est la plus importante par la longueur de son cours et ses nombreux affluents, autant que par le voisinage d'Hellville, siège du gouvernement, et des lieux où se sont établis les nouveaux planteurs. La mer la remonte jusqu'à 5 kilomètres au delà de son embouchure et la rend navigable en canot jusqu'à une assez grande distance. L'eau des ruisseaux est polabîe toute l'année. Sur la rive gauche de la Djabala, se trouve une source thermale sulfureuse dont le docteur Hcriand a lait l'analyse ; il a constaté la présence d'une certaine quantité d'acide carbonique et d'acide salbydrique. Sa température est de 44°.

Le sol de Xossi-Bé se divise également, sous le rapport de la composition géologique, en trois séries qui correspondent parfaitement à celles des mont;ignes. Quelques-unes des montagnes de l'ile sont creusées, à leur sommet, par des cralèrcs d'effondrement qui ont donné lieu à la formation de lacs de petite dimension. assez régulièrement circulaires. Ils sont généralement habités par des caïmans de grande taille.

La série du centre, essentiellement volcanique et comprenant les trois quarts de l'ile, est formée d'épaisses coulées de laves basaltiques et trappéennes, recouvertes, dans divers endroits, par des couches de matières arénacées, de tuf et rapillis volcaniques. La seconde, celle du nord, est formée de grès rouge ou jaune, traversé par des filons ou massifs de gneiss, de quartz. La troisième, celle de Loucoubé, se compose de roches granitiques, de gneiss, de micaschiste, de schiste ordinaire et d'argile plastique. (Herlaud.)

Les marais de Nossi-Bé sont de deux espèces, les uns formés par l'eau de la mer, les autres jar l'eau douce. Les premiers, très-dangereux à cause des miasmes qu'Us dégagent, surtout le soir, occupent l'embouchure de tous les ruisseaux. Les plus étendus sont ceux de Djabala, Akai'oukéni, de Facére et d'Ampirem. Ces marais sont formés d'une vase noire, infecte, recouverte et abandonnée, deux fois le jour, par l'eau de la mer.

Il en existe deux autres aux environs d'ilellville : le premier, celui d'Ampassimen, ]oaî,e le plateau dans toute sa longueur, il découvre en grande partie à marée basse, mais son influence est à peu près annulée par les brises du S. S. 0. qui soufflent presque constamment dans cette partie et qui font que le plateau se trouve au vent des marais.

.Le second, celui d'Andavakoutonk, quoique moins grand, est autrement dangereux.

Dans l'intérieur de l'île, on ne trouve à vrai dire que deux grands marais d'eau douce qui n'assèchent jamais complètement ; ce sont ceux de V'aurouziki et de Bé- Vouez, qui contienmmt beaucoup de petites sangsues.

Les plages recouvertes de palétuviers et les quelques marais qui existent à Nossi-Bé ne sont certainement pas les seules causes de l'endémie palustre. Dans toutes les plaines de l'île, le sol est argileux et recouvert seulement d'une couche peu considérable de terre végétale. Il en résulte que les pluies de l'hivernage ne trouvent pas un écoulement facile, qu'elles imbibent l'immense quantité de végétaux morts à la surface de la terre, de là une fermentation active sous un soleil ardent et une masse d'émanations dangereuses. (Daullé.)

Météorologie. La variation annuelle du thermomètre est peu considérable ; pendant la saison d'hivernage (novembre à avril), le thermomètre marque 28° à 31° pendant le jour ; dans la saison l'raiche, la chaleur varie de 19° à 26°.

Les modilications barométriques donnent pour moyenne 0",7o0 ; la plus grande

DICT. ENC. 2' S. ni. ri

hauteur atteinte par le mercure est de C^Jôd, eu juillet, et la moins élevée 0™,754, eu janvier.

A Nossi-Bé, les moussons deN. 0. et de S. E., si constantes dans le canal Mozamliique, ne se font pas sentir d'une manière directe. De mai à novembre les vents sont assez réguliers ; le matin, il règne généralement une petite brise qui souffle quelquefois du N. ; mais bien plus souvent du S. E. Vers 10 heures, cette brise mollit considérablement, et il est rare qu'il n'y ait pas alors un moment de calme ; si, au contraire, elle persiste, elle passe au S., puis au S. 0., puis s'établit d'une manière définitive à l'O. Vers midi ou 1 heure du soir cette brise du large, faible d'abord, ne tarde pas à devenir plus forte et souflle jusqu'à la nuit. D'autres fois, au contraire, une bonne brise du N. ou du N. 0. souffle jusqu'au matin. Telle est la marche ordinaire des vents pendant la belle saison. Peudaut l'hivernage, il en est tout autrement; on observe beaucoup moins de régularité dans les brises, qui manquent fort souvent. Quelquefois cependant la brise du large (de l'ouest) se lève vers 2 heures du soir, mais elle est bientôt remplacée par la bourrasque qui précède les graius journalieT:s de cette saison.

Les orages sont journaliers dans les mois de janvier, févi'ier et mars, et s'ils n'éclatent pas tous sur le plateau d'Hellvill, ils passent du moins sur l'Ile. La quantité de pluies qui tombe annuellement à Nossi-Bé est considérable.

Population. La population totale de l'Ile est répartie eu plus de cinquante \illages. Le principal centre et le lieu qu'babitent la plupart des Européens est Hellville, siège du gouvernement. Ce village est situé sur un plateau élevé de 8 à 10 mètres au-dessus du niveau de la mer. Depuis les guerres de 1849, les Sakalaves qui nous sont restés fidèles sont venus se grouper autour de rétablissement et y ont créé quatre villages très-populeux.

La population est principalement Ibrmée de Sakalaves, venus de la grande terre de Madagascar. Ils sont de race noire, naturellement enclins au vol, à ri\Tognerie, à la paresse; ils deviennent laborieux sous la direction d'un chef juste et sévère. Au 1" jamier 1861, la population indigène de Nossi-Bé s'élevait à 14,000 (18,000 d'après le P. Finaz) individus. Dans ce chiffre n'étaient pas compris les fonctionnaires et employés européens et leurs familles, les habitants européens et créoles de la Réunion, de Maurice, la garnison, les engages. Ces divers chiffres représentent environ 800 âmes, ce qui forme un total de 14,800 individus.

CojioREs. Au milieu du bassin qui forme, entre la côte septentrionale de Madagascar et les terres de l'Afrique orientale, la partie nord du canal Mozambique, s'élève un groupe de quatre îles signalées à l'Europe par les Portugais, sous le nom d'ilhas do Comoro, et que nous appelons, d'après eux, Comores. Elles sont entre les 11" et io" de lat. S. et 40'' 50' et 45° 10' long. E. ; deux au centre, sur la même ligne, E. et 0., Mouèli ou Mohelli et Hinzouam, ou Anjouan à l'E.. deux autres affectant des positions opposées, eu égard à celles-ci, la grande Co. more ou Angazigab, Mayotte au S. 0. de cette dernière. Ces îles sont élevées et montagneuses; les volcans ont laissé des traces plus ou moins accusées de leur action sur presque tous les points de leur surface. Excepté la grande Coniore, les au Tes îles sont pounues d'une eau abondante et saine.

D'après les voyageurs, ces îles, à l'exception de Mayotte, présenteraient peu de marais sur leur étendue et jouiraient dune certaine salubrité, à en juger par l'apparence de santé des habitants. >'ous ne possédons malheureusement aucune étude médicale sur ces trois îles, et nous ne nous occuperons en détail que de Mayotte.

Aiijoiur.i, l'une des îles Coraores, est située à 95 lieues de Madagascar; ses nionîagiies sont peu élevées et ses coteaux riants et fertiles sont arrosés par un grand nombre de petites rivières, où l'on tx"0\ive en abondance des poissons délicats. Anjouan a trois villes dont les maisons sont bâties en pierre ; elles sont situées près du rivage; l'une est dans l'est, c'est la capitale; l'autre, plus petite, se trouve à une lieue environ, dans l'Ouest, de la première ; la troisième est à plus de 5 lieue-^ dans le Nord. Cette île est habitée par une colonie d'Arabes.

Nous n'avons pu recueillir aucun renseignement sur sa constitution climalérique ni sa pathologie. Elle serait, quoique très-voisine de Mayotte, d'une autre formation géologique, ce qui expliquerait sa salubrité relative. Les Arabes qui l'habitent et qui viennent à Mayotte ont une apparence de santé très-supérieure à ceux de la même race qui habitent notre possession. Anjouan est regardée comme un lieu de convalescence par les Mayottais.

L'île de Mohely est au moins aussi insalubre pour la race blanche que Mayotte les métis de Malgache et les noirs de la côte d'Âfriiiue y dominent.

L'ile Ma'-Otte, la plus méridionale et la plus orientale des îles Comores, est située dans le canal Mozambique, entre 12"o9' et '12"59' de lat, S. et 42°46' et 4o"2' de long. E., à 54 lieues marines à l'O. de Nossi-Bé et à 300 lieues environ de la Réunion. Elle a une forme irrégulièrement ovale, son grand diamètre étant dirigé du N. N. 0. au S. S. E. ; elle est aussi très-irréguUèrement •découpée et compte 28 kilomètres de long sur 14 de large ; sa surface, y compris les îlots qui l'avoisinent, est de 40,000 hectares. Elle est entourée de toutes parts par un récif circulaire, formé par des bancs de coraux qui laissent entre eux des intervalles assez grands pour le passage des navires. Protégée de tous côtés par ce récif, Mayotte semble située au milieu d'un vaste lac aux eaux tranquilles.

Cette île est traversée, dans toute sa longueur, par une chaîne de montagnes dont les sommets les plus élevés atteignent 600 mètres. Le reste de l'île est coupé de ravins profonds formant autant de torrents, pendant la saison des pluies et desséchés, pendant le reste de l'année.

L'espace compris entre la ceinture de récifs et l'île Mayotte, désignée dans le pays sous le nom de grande terre, renferme plusieurs îlots, notamment ceux de Pamanzi, de Dzaoudzi, de Bouzi, de Zambourou. L'îlot de Pamanzi, situé à l'est de Mayotte est le plus étendu de tous. A l'exception de la partie sud qui est basse et couverte de pâturages, cet îlot est parsemé de monticules à peu près incultes. La partie nord renferme un ancien cratère devenu un lac, dont l'eau est salée et qui comnmnique probablement avec la mer, bien que le flux et le reflux s'y fassent peu sentir ; ses eaux fortement minéralisées sont infectes et dégagent de 1 hydrogène sulfuré ; à l'ouest et au vent de Dzaoudzi existe un vaste marais salé couvert de * palétuviers. Ces deux îlots sont dépourvus d'eau potable, et il faut chaque jour ;«'en approvisionner à la grande terre.

L'îlot de Dzaoudzi est rattaché à l'angle occidental de Pamanzi par une chaussée * étroite. Dzaoudzi n'est séparé de Mayotte que par un bras de mer d'un quart de lieue environ, qui peut donner passage aux plus grands navires.

Toutes ces îles sont d'origine volcanique. Les reliefs sont formés de laves et de pouzzolane ; on y trouve beaucoup de roches ignées et ferrugineuses. Dans les vallées, la couche de terre végétale, d'une grande fertilité, atteint, par endroits, une profondeur de 15 mètres.

11 n'y a pas de rivières proprement dites, mais, dans l'intérieur de la grande . terre, on rencontre beaucoup de petits cours d'eau et de ruisseaux. La plupart de

ces cours d'eau, notamment ceux de la partie est, fournissent une eau excellente»

Chaque vallée a un ruisseau plus ou moins fort, suivaut la surface de la vallée oii il s'écoule. C'est à l'embouchure de ces vallées que se forment ce qu'on peut appeler les ma)ais. Pendant la saison des pluies, les eaux entraînent des versants des nontagnes une énorme masse de détritus qui viennent former des dépôts d'alluvion que le docteur Grenet divise en trois zones ou âges. Les plus anciens constituent les plaines fertiles où l'on cultive la canne à sucre. Ce sol arable,. avant la mise en culture, est recouvert de bois, il répand, au moment du défrichement, les mêmes' effluves telluriqnes que les terres vierges que l'on de boise. Les allu\ions de même âge forment, en aval de celles-ci, des bancs toujours éle\ésau-dessus des marées moyennes et même en partie au-dessus des marées de sizygies. On y voit une certaine végétation, il y pousse quelques légumineuses, grands arbres ou plantes herbacées rampantes, et des graminées dont les racines plongent dans l'eau douce mêlée fréqueniment à l'eau de mer, en proportion croissante à mesure qu'on approche du rivage. C'est là le véritable marais. Diversessortes de palétuviers croissent sur les limites de cette zone et de la troisième, qui est la plus récente et la moins perniciense. Celle-ci forme à l'emboucliure de chaque vallée, des bancs de vase rarement n;êk'e d'un peu de sable, mais contenant de nombreux débris organic[ues. Ces bancs couvrent et découvrent presque à chaque marée,

« La nature du sol entraîné par les eaux , dit avec juste raison le docteur Grenet, n'est pas sans influence sur la salubrité du pays. Sous l'humus des bois qui couvrent les coteaux, humus promptement enlevé après le déboisement, on trouve une terre argileuse, ocreuse, formée par l'altération progressive des roches volcaniques récentes. Aux îles Seychelles, à 250 heues de Alayotie et par 5" sud de l'équateur, on trouve les mêmes coraux, les mêmes bancs à l'embouchure des vallées, mais ces bancs, outre quelques débris végétaux, sont uniquement formés de sables quartzeux, la charpente de ces iles éiant granitique et de même apparence que les rochers de la Bretagne.

« La végétation des doux pnys est la même, mais sur les montagnes, aux Seychelles, il n'y a de nu que les rochers, tandis qu'à llayotte, ^ur la plupart des sommets, le sol est à découvert, sans végétation et fournit constamment les matériaux de la vase. Il n'y a donc que la nature du sol qui peut faire des Seychelles un pays sain et de Mayotte un pays à lièvres. »

L'ilot Dzaoudzi a été choisi, lors de Toccupation, pour chef-lieu de la colonie et siège du gouvernement, à cause des avantages stratégiques qu'il présentait; un plateau qui recouvrait un ancien cimetière a été nivelé et.de nombreuses constructions, voire même des plantations y ont été opérées à grands frais. Une jetée relie Dzaoudzi à Pamanzi, ce dernier Uot est habité par des Arabes et des Malgaches.

Météorologie. A part une dépression assez notable pendant les mois de mars et avril, appartenant tous deux à l'hivernage, les moyennes barométriques conservent à Mayotte leur succession régulière et leur peu de variabilité ordinaire; entre la plus basse, qui est de 756""', 65 au moins, et la plus haute, qui est de 763""", 60 en juillet, on ne compte que Ô'^'^.QS; la hauteur moyenne de l'année est de 759*""', 97. Les variations accidentelles sont également peu marquées et rares, malgré les coups de vents propres à ce chmat.

Pendant le cours de l'année, les moyennes thermométriques minima varient entre elles de 4", 55, .les maxima de 5°,9U ; les moyennes entre les maxima et les minima de 4",6. De la moyenne mintma la plus basse de l'année, qui est de

20°, 77 en juin, à la moyenne maxima la plus élevée, qui est de 29^,52 en mai, il y a 8°, 75 d'écart. Le docteur Grenet n'a pas vu à Dzaoudzi le thermomètre audessus de 32", ni au-dessous de 25°. La température moyenne de l'anut'e y est de 27", 5. Sur la grande terre, elle est de 25°, 25. Les écarts nycthéméraux sont de 6° à 8°, à la grande terre, et seulement de 4" à 6", au plus, sur l'îlot, de sorte que le sommeil y est peu réparateur. (Daullé, Grenet.)

La tension de la vapeur d'eau, assez prononcée en moyenne, varie entre 17™™, 52 et 26'""', 10 ; elle est en rapport avec l'humidité qui oscille entro 67<^s00et96",00, en moyenne, c'est-à-dire, de 80"=%91.

Du mois d'octobre et surtout de décembre à la fin de mars, il tombe sur cette île en moyenne 2", 85 à 5 mètres de pluie. (Grenet.)

Les vents dominants, de décembre à avril, soufflent du N. E. au N. 0. et passent par le N. ; de juin à septembre, ils varient du S. E. au S. 0., en passant par le sud. Dans les mois intermédiaires, la brise est variable et accompagnée de calme; rarement elle souffle directement de l'E. et de l'O. Les coups de vents sont fréquents pendant l'hivernage et alternent avec les calmes ; les ouragans n'apparaissent qu'à de longs intervalles et sont moins terribles qu'à la Réunion. Les «rages, sans caractères particuliers, sont presque journaliers pendant les trois mois d'hivernage. (Daullé.) Rien de particulier à dire sur la division des saisons qui est la même qu'à la grande île de Madagascar.

Nous n'avons, non plus, rien de spécial à exposer au sujet de la flore ni de la faune, dont les différences ne peuvent réellement être mises en lumière qu'en descendant dans des détails qui nous entraîneraient trop loin.

La population de M;iyotle est de 5 à 6,000 habitants, sur lesquels les Arabes de la côte orientale d'Alrique et des îles Comores comptent pour les deux cinquièmes. Les Malgaches entrent pour un cinquième environ, les travailleurs originaires de la côte mozambique, presque tous de race cafre ou macoua, pour deux cinquièmes. La population blanche, dont le chiffre est variable, comprend celle qui habite Dzaoudzi, et se compose presque entièrement de fonctionnaires et de militaires, et celle qui habite la grande terre: colons proprement dits, marchands, propriétaires, directeurs, employés et ouvriers d'habitations sucrières.

Pathologie. La fièvre paludéenne règne avec une telle intensité et une telle permanence sur tout le littoral de la grande île malgache, qu'elle a été une des causes principales des désastres qui ont suivi les nombreuses tentatives faites, à différentes époques, par les Européens, particulièrement par les Français, pour y fonder des établissements. On connaît le mot célèbre et profondément vrai de Radama, lépondant aux menaces d'invasion de son territou'e : « J'ai à mon service, disait-il, le général Tago (la fièvre) , entre les mains duquel je laisserai les blancs quelque temps; je suis sans crainte sur le résultat. » Il est impossible de dire quelle est l'étendue de la zone insalubre ; ses limites doivent naturellement varier suivant la configuration du sol, l'abondance des cours d'eau, mais pour se mettre à l'abri, d'une manière certaine, deriiifluencedes miasmes, il faut atteindre les altitudes de l'intérieur de l'île, particulièrement la province d'Ancove, dans laquelle est située la capitale Tananarive ou Emirne, dont le climat, disent les voyageurs, rappellerait celui de la France, au printemps, ce qu'attesterait le degré de longévité des habitants. Toutefois, à très-peu de jours de marche de cette ville, on rencontre des localités fort malsaines, telles, par exemple, que la vallée encais^ée de Béfourne, un des points les plus redoutables de Madagascar, qui fut le lieu de détention de l'illustre voyageuse Ida Pfeilfer, et qu'il faut tra-

verser pour se rendre de Tamatave à Emirne. Les Hovas de l'intérieur etix-mêmes, qui se rendent vers le littoral, sont souvent victimes soit en traversant les forêts^ soit peu de temps après leur arrivée sur les côtes, des elfluves contre lesquels ilsne jouissent pus d'une plus grande immunité que les Européens.

C'est tout à fait à tort qu'on voudrait faire de la fièvre de Madagascar une entité , morbide spéciale, ainsi que semble l'insinuer le D'' A. Vinson. L'inloxication palustre n'ollre là que des nuances d'intensité ou de formes, et les médecins navii gateurs lui retrouvent, sur ces plages insalubres, la même physionomie qu'à Cayenne, aux Antilles ou au Sénégal.

Comme le font pressentir les renseignements que nous avons donnés sur la topographie médicale de l'île de Sainte-Marie, c'est lintoxication palustre qui constilue le fond de la palhologie de cette localité. La cachexie paludéenne semble être la manifestation morbide par excellence de son climat sur l'organisme. Les indigènes eux-mêmes en sont plus ou moins atteints ; tous les étrangers, quelle que soit leur origine, ne tardent pas y payer leur tribut. Européens, Chinois Indiens, créoles de Bourbon, blancs, mulâtres ou noirs, sont, à leur arrivée, complètement égaux devant cette endémie. Après un cerlain temps de séjour, l'immunité relative conférée par la race, la provenance, reparaît d'une manière plus ou moins accentuée. C'est sous la forme pseudo-continue ou quotidienne que la fièvre se maniteste au début à Sainte-Marie. Le type tierce est presque inconnu des étrangers, ce n'est que sur les indigènes et particuHèrenient sur les jeunes- Malgaches qu'on peut quelquefois l'observer. Les formes pernicieuses sont les fièvres délirantes, convulsives, comateuses, mais la plus commune est la forme rémittente bilieuse connue sous le nom de fièvre ictéro-hémorrhagique ou iclérohématurique. (Foz/. Fièvres.) Cette forme elle-même n'a rien de spécial à Sainte- Marie, ni à Madagascar, si ce n'est sa fréquence et sa gravité; ses symptômes y sont les mêmes qu'à la côte occidentale d'Afrique et aux Antilles. Les accès pernicieux peuvent être observés à Sainte-Marie dans tous les mois de l'année, mais l'époque de leur plus grande fréquence pai'aitrait coïncider avec les mois de mars et d'avril. L'intoxication palustre contractée dans cette ile bas^e est | rofonde,. opiniâtre ; nous avons pu nous-mêmes constater à quel degré elle infecte l'économie et avec quelle rapidité elle détermine l'engorgement des viscères abdominaux et surtout du foie.

« Ce qui frappe tout d'abord le médecin, dit Daullé, à Nossi-Bé comme à Mayotte, c'est l'uniformité et la permanence de la fièvre intermittente, sous toutes , ,ses formes, avec tous ses types, depuis le plus simple jusqu'à celui qui se termine, en quelques heures, par la mort. En effet, des mois entiers se passent sans voir» dans les ôpilaux d'Hellville et de Dzaoudzi autre chose que des manifestations de l'intoxication paludéenne. Mais il l'aut ajouter aussi que si ce genre de makidie est unique, il n'épargne personne, ni sexe, ni âge, ni constitution, ni tempérament. Dans un intervalle plus ou moins long, tous y passent, et il est difficile,. même impossible de dire que ce sera plutôt tel ou tel autre qui sera d 'abord atteint. »

D'après Grenet, sur un total de 2,126 malades, il est entré à l'hôpital de Dzaoudzi (Mayotte), du j*'' juillet 1861 au 30 juin 1865, 956 malades pour affections palustres ; sur ce nombre, 19 Européens et 3 sujets de race colorée ont succombé.

Les changements introduits dans les saisons n'engendrent guère de maladies nouvelles, mais eUes ont la plus grande influence sur le développement, la forme^

le type, les complications et le degré de ciirabilité des manifestations de paludisme.

« La tacilité avec laquelle les nouveaux arrivants contraclent la maladie endémique est d'autant plus grande que la saison d'hivernage est plus prononcée, que les chalerrs sout plus fortes, que les pluies tombent avec plus d'abondance et que le sol est plus détrempé... Dans la belle saison, les fièvres intermittentes ne cessent pas de se montrer et sur les individus qui sont dans le pays depuis un temps plus ou moins long, et sur ceux qui y arrivent... Cinq mois est la moyenne de temps que passe l'Européen à Madagascar avant de contracter la liè\re, lorsqu'il y vient dans les meilleures conditions, et encore faut-il qu'il se prémunisse contre tout ce qui, partout ailleurs, peut occasionner une maladie ou même une indisposition. Après les premiers accès, les malades ne se rétablissent que lentement, les fonctions digestives deviennent languissantes. A l'approche de l'hivernage, ils deviennent une proie assurée à la forme rémittente bilieuse ou aux accès pernicieux. Outre les trois formes pernicieuses que nous avons déjà citées comme fréquentes à Sainte-Marie, on peut observer à INossi-Bé et à Mayotte toutes celles décrites par les auteurs, particulièrement les formes dysentériques, épileptiques, sudorales, typhoïdes, cholériques et pneumoniques. Après de nombreuses rechutes, les Européens qui, ayant pu résister aux premières atteintes, persistent à séjourner à Madagascar, finissent par tomber dans cet état morbide si complexe, si difficUe à décrire qui se traduit par ces manifestations insidieuses qu'on nomme fièvres larvées. » (Daullé.)

Un des caractères de la pathologie de Madagascar et des îles adjacentes, c'est la rareté de {'hépatite. Les cas de cette maladie qui figurent sur les relevés de l'hôpital de Sainte-Marie, sont des cas chroniques offerts par des marins atteints antérieurement, dans d'autres pays, soit de cette maladie seulement, soit de dysenterie concomitante. A Mayotte, dans l'espace de 4 ans, Grenet n'en a relevé que 12 cas dont 5 précédés de dysenterie. Si cette maladie ne se présente que fort rarement chez les Européens, elle ne serait pas aussi rai'e chez les indigènes et surtout chez les Arabes étabUs à Nossi-Bé.

La rareté de la dysenterie dans ces localités sub-tropicales est un des arguments les plus puissants contre l'opinion émise sur la communauté d'origine de cette maladie et des fièvres palustres. Elle figure pour le chiffre J44 dans le relevé du D'' Grenet. Mais si à Madagascar elle fait peu de victimes parmi les Européens, elle fait, à certaines époques, des ravages terribles dans les populations indigènes. Aussi, en 1860, elle a enlevé 200 Malgaches à Sainte-Marie, pendant le 2^ trimestre de cette année ; sur les 1-44 cas notés à Mayotte dont 22 ont été suivis de décès, 4 Européens seulement ont succombé. Autant les accès pernicieux; à forme typhoïde sont fréquents, autant la fièvre typhoïde, telle qu'on l'observe, en Europe, est une exception. Les cas bien constatés se sont présentés chez des Européens nouvellement arrivés, ou à Mayotte, chez de jeunes indigènes. Ces derniers cas ont été d'une gravité rernarquable ; presque tous ont offert la forme pectorale compliquée par la présence de lombrics. Nous ne possédons aucun renseignement sur l'existence de cette maladie pai'mi les populations de l'intérieur de la grande île malgache.

En 1859, pour la première fois, le choléra s'est montré à la grande Comore, à Nossi-Bé et, paraît-il, sur plusieurs points de la côte ouest de la grande île malgache. 11 a été importé dans ces localités par des navires chargés d'émigranfs provenant de la côte orientale d'Afrique, de Kiloa et d'Anghoxa, où ce fléau avait été

introduit par les pèlerins revenant de la Mecque. Moyotte et les deux autres îles du groupe des Comores n'ont été préservées que par des mesures qiiaraiitenaires Irès-sévères. Si le choléra ne s'est jias étendu davantage sur les populations de la grande terre, cela doit tenir à l'isolement des centres de popnlations et à la rareté des communications des provinces de l'intérieur avec les tribus du littoral de la côte ouest.

La variole fait souvent des ravages à la grande terre, mais parmi les habitants des îles qui appartiennent à la France, la vaccination acceptée avec empressement a rendu son apparition tort rare et sans importance.

En 4863, à Mayotte, une épidémie de rougeole a frappé un grand nombre d'enfants et d'adolescents des deux sexes.

Plusieurs épidémies de coqueluche ont été observées chez les enfants malgaches à Sainte-Marie.

Dans les lies adjacentes, la laryngo-bronchite, la bronchite à marche aiguë et à marche chronique sont très-fréquentes, surtout au changement de moussons ; lorsque la brise du sud vient à souffler, les indigènes souffrent du froid; les premières pluies d'octobre produisent chez eux le même effet. La.pleurésie ethpneumonie sont d'autant plus graves chez les noirs, que ces maladies sont souvent insidieuses. Les affections tuberculeuses, snrlonlhphthisie, ne sont pas rares chez les indigènes. La tuberculisation pulmonaire se présente ici avec les mêmes symptômes qu'en Europe ; mais sa marche est généralement plus rapide. Tous les individus compris dans un groupe d'émigrants indiens importés à Mayotte en 1849, qui étaient entachés de cette diathèse, succombèrent dans les deux premières années de leur séjour. L'uniformité de la température à Mayotte avait inspiré à des praticiens de la Réunion l'idée d'y envoyer des phtliisiques par^ emis à divers degrés de leur maladie; mais d'après l'observation du docteur Grenet, cette affection marche dans cette île encore plus promptement qu'à la Réunion; il n'a pas constaté que la fièvre paludéeime eût une influence favorable sur l'évolution des tubercules. D'après A. Vinson, la phthisie serait peu commune à Anarive. La méningite, Y encéphalite, la myélite ne sont pas rares chez les noirs ; malgré leur assuétude, malgré l'épaisseur de la couche pigmenlaire, Grenet a été appelé à constater à Mayotte des méningites presque foudroyantes, suite d'insolation.

Les travailleurs mozambiques présentent fréquemment des symptômes de myélite chronique, depuis la titubation et l'ataxie jusqu'à la paralysie complète. Il serait important de rechercher si ces cas ne seraient pas des cas de béribéri

h'ascite symptomatique de maladies organiques des viscères abdominaux est fréquente dans les îles malgaches. A l'autopsie, on constate assez souvent la cirrhose du foie. L'abus des alcooliques doit en être la cause la plus puissante. Les noirs, et en particulier les Malgaches, recherchent avec avidité les liqueurs les plus fortes; ils avalent, d'un seul coup, un quart de litre de rhum à 20 et 22° ou la même quantité d'absinthe pure. La cachexie paludéenne se complique aussi fort souvent d'hydropisie. Les docteurs Grenet et Monestier ont signalé la présence de Vankylostome duodénal daiîs l'intestin grêle d'individus morts à la suite de cachexie aqueuse.

Le parasitisme est d'ailleurs, comme dans les autres contrées tropicales, une cause ou du moins une complication fréquente de plusieurs maladies. Ainsi l'entérite, suivie parfois de perforation, paraît souvent due à la présence d'une quantité considérable de lombrics ; ils déterminent aussi chez les jeunes sujets des convulsions épileptiformes. Grenet a vu, chez des noirs atteints de maladies graves,

pneumonie, dysentene, affections cérébrales, des lombrics évacués spontanément par 1 anus et par la bouche. Le ta;nia, cependant, se représentait rarement ; toutefois le doLteur Grenet a envoyé en France des fragments d'une espèce reconnue nouvelle par le docteur Da vaine, et que ce savant a décrite sous le nom de Tœnia madagascariemis . 11 serait important de rechercher si l'hématurie essentielle qui paraît endémique à la grande ile malgache ainsi qu'aux îles voisines serait due, comme tendraient à le faire admettre les observations de Wucherer (de Bahia), à la présence de parasites des reins.

Le régime presque exclusivement animal des Hovas expliquerait, d'après A. Vinson, la fréquence de la goutte et de la gravelle chez eu.v.

Depuis les beaux travaux de A . Lefèvre sur l'intoxication saturnine, la colique sèche n'est plus rangée parmi les maladies endémi^^ues de nos possessions de Madagascar.

La lèpre et Yéléphantiasis des Arabes ne sont que malheureusement trop répandus à la grande terre ainsi qu'aux îles adjacentes. Parmi les maladies de la peau, si communes chez les sujets de race colorée, nous signalerons particulièrement le pian ou frambœsia, connu des indigènes sous le nom de kessa ou changou. Pour Grenet, qui a eu souvent occasion de traiter cette dermatose et delà guérir, ce ne serait qu'un produit secondaire de la syphilis. Nous renvoyons au mol FiiAMBŒSiA l'étude de cette maladie, que nous avons eu occasion d'observer chez les Malgaches de Sainte-Marie et de xXossi-Bé. La syphilis est très-répandue chez les Hovas, même dans les classes élevées de la population; à Sainte- Marie, à Nossi-Bé, elle est assez rare; à Mayotte, elle a fourni 44 cas en 4 ans, d'après le relevé du D'' Grenet.

En examinant un grand nombre de Malgaches de Sainte-Marie qui se présentaient pour servir comme matelots à bord de bittiments de l'Etat, nous avons pu constater la fréquence du varicocèle, de Vlujdrocèle, de l'hypertrophie simple du testicule, de Vichthyose et du pian. Enfin, chez les travailleurs niozambiques, plus souvent chez les Malgaches, Y ulcère phagédénique se montre dans toute sa gravité.

Accliinatement. Quand il s'agit de se prononcer sur la question dacclimatenient au sujet de Madagascar, il faut établir une distinction entre le littoral de la grande terre et les îles adjacentes, d'une part, et l'intérieur même de Madagiscar, de l'autre. Non-seulement les sujets de race blanche, mais même ceux d'autres races ne peuvent jouir longtemps de l'intégrité de leur santé ni sur le littoral de la grande terre ni aux îles malgaches; les Indiens eux-mêmes transportés à Mayotte ne tardent pas à être atteints de cachexie paludéenne. Les garnisons de" nos possessions doivent être renouvelées chaque année, sous peine de mortalité excessive. Les traitants qui prolongent leur séjour dans ces localités, mènent une existence misérable et succombent généralement aux accès pernicieux et à la rémittente bilieuse. L'insalubrité de ces heux étant la résultante de l'intluence combinée du climat et de la constitution géologique , on ne peut espérer les assainir un jour. L'intérieur de la grande terre, au contraire, offre, par des altitudes suffisantes, des conditions de salubrité qui permettent l'acchmatenient. Aussi lorsque la politique des Ilovas laissera la civihsation pénétrer dans cette fertile «onlrée, lorsque des voies de communications rapides reheront le littoral et l'intérieur do l'iIe, Madagascar offrira aux émigrants toutes les conditions favorables à un établissement permanent et prospère. A. Le Roy de Méricourt.

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MADAI (David-Samuel de). C'est moins à ses écrits sur l'art de guérir qu'à SCS connaissances en numismatique, et principalement à sa grande histoire des tlialers, que ce médecin doit sa célébrité. Il naquit le 4 janvier 1709 à Chemnitz, dans la Basse-Hongrie. Élève de l'université de Halle, docteur de celle de Wittemberg, médecin de'l'hospice des Enfants-Trouvés de cette ville (1739), attaché à la personne de ia princesse de Saxe-Merscbourg-Zœrbig (1 738) et à celle du prince d'Anait-Coethen, de Madai eut la bonne fortune de pouvoir satisfaire sa passion pour la numismatique, passion coûteuse et qui trouble l'existence de plus d'uft savant déshérité des biens de ce monde. Son principal ouvrage sur cette science porte ce titre: Vollstœndiges Thaler-Cabinet. Kœnisberg, 1765-1767, 3 vol. in-S", c'est-à-dire : Caftmefcom;j/ei r/e f/m/ers, ouvrage continué en 1768-1774, 3 parties, in-S". On doit encore à ce médecin quelques observations insérées dans les actes de l'Académie des curieux de la nature, dont il était membre sous le nom d'Hermès V; une édition àos Aphorismes de Guillaume Baltie (Halle, 1780, in-S"), enfin une traduction, en langue hongroise, de l'ouvrage de C. S. Richter sur la peste (Halle, 1738, in-S").

De Madai, qui avait épousé la fille de Piicliter, mourut, décoré par Joseph II, noble du saint-empire, le 2 juillet 1780. Juste appréciateur de ses talents, un ami voulut les célébrer en lui consacrant une médaille, qui fut frappée en 1775. Du côté de l'effigie, sont les noms et titres de Dav.-Sam. de Madai; le revers porte pour inscription : Viro arte medicâ candore in amicos meritis in rem numariani excellenti hoc amicitice monimentum dicatj. A. {Agustus), a P {onikau), 1775, module, -19 hgnes. A. C.

]flA.nAR, MIJD.4IR. Cette plante, sur laquelle Playsfair a inséré une notice dans le Bulletin de Férussac (XV, 100), est VAsdepias gigantea L., aujourd'hui rapporté au genre Calotropis. H. Bn.

MADAROSE (de iiaSapoç, qui est sans poil). Ce nom a été donné à l'absence des cils delà paupière. La blépharire est la cause ordinaire de cette absence de» > cils, en détenninant leur chute définitive. {Vog. Blépharite.) A. D.

IfIAUELEIl!\IE DE FLOUREIVS. {VoiJ. MaGDELEINE.)

MADÈRE (Station hivernale de). Madeira en portugais, Madera en espagnol \eut dire bois. L'île de Madère n'était, autrefois, qu'une vaste forêt, aujourd'hui remplacée par des cannes à sucre et surtout par des vignes dont les raisins donnent les vins de Madère sec et de Madère Malvoisie dit Malmsey, Sericial on Tinta (teinture colorée, encre), qui s'exportent dansions les pays du monde.

Madère est une Ue de l'océan Atlantique qui, avec quatre autres., forme le groupe ou archipel de ce nom. Elle est à 690 kilomètres de la côte occidentale de l'Âirique septentrionale, à 880 kilomètres, ou 160 lieues marines, de Lisbonne, presque sous le 10* degré du tropique du Cancer; elle est par 12°37' de longitude 0., et par o2°45' de latitude N. Son étendue est de près de 1,000 kilomètres carrés. Sa population est de 130,000 habitants. Sa forme est irrégulièrement triangulaire. Son sol est couvert de montagnes, les plus élevées sont le pic Ruivo, qui a 1,900 mètres d'élévation, et le cap Girao, qui a 681 mètres de hauteur. L'île de Madère a 57 kilomètres de l'O. N. 0. à l'E. S. E., et 25 kilomètres de largeur ; d'origine volcanique, elle est assez souvent exposée aux tremblements de terre. Elle appartient au Portugal, mais son commerce, comme celui du royaume duquel elle dépend, est aux mains, presque exclusives, des Anglais.

Une chaîne de montagnes en hgne droite, ou CorcUllera, s'étend de l'O. à l'E. et coupe l'île en deux parties à peu près égales, l'une septentrionale et l'autre méridionale. Un rideau de verdure, des vignes, des plaines, des vergers plaiviésde citronniers, d'orangers, d'aloès, de cactus, etc., qui se confondent avec les plantes des pays tempérés, couvrent les deux versants de la cordillère et croissent même jusqu'à sa partie la plus élevée. L'île de Madère ne présente point partout cet aspect luxuriant, et des rochers nus et escarpés, des vallées profondes et inhabitées, des ravins sauvages et incultes, des précipices qui paraissent sans fond, de torrents qui tombent en cascades écumantes, des rivières qui serpentent dix fois dans les plaines avant de se rendre à l'océan, attestent au voyageur la secousse volcanique qui créa Madère.

FuiNCHAL, capitale de l'ile, est bâtie sur la partie méridionale de la côte, dans une baie peu sûre, elle a 18,000 habitants. Son port est dominé par des forts qui défendent son entrée. Les maisons partent du bord de la mer, et forment amphithéâtre jusqu'à une hauteur de plus de 100 mètres. Funchalest presque exclusivement habitée par les malades qui viennent demander la santé au climat de Madèi'e; aussi devons-nous insister surtout sur sa topographie.

La ville haute a un aspect très-gai ; ses rues et ses maisons sont entretenues avec une très-grande propreté. Les premières sont incessamment parcourues par des ruisseaux venant de nombreuses fontaines publiques qui, en raison de la déclivité du sol, se rendent aisément à "la mer ; les secondes sont blanchies extérieurement à la chaux ; leur intérieur est confortable, quelquefois même assez luxueux. Les vents dominants sont ceux du N. E., du N. N. E., du S. 0. et du S. S. E. Le vent du nord ne peut souffler à Funchal qui en est protégé par la chaîne de montagnes dont nous avons parlé. Ordinairement lèvent du S. Ë., disent MM. Gigot- Suard et Lambron, apparaît vers huit ou neuf heures du matin, tourne avec le soleil, se confond avec la brise de la mer jusqu'à quatreheuresdusoir; dans la nuit il passe soit auN. soit au N. 0., et souffle avec le vent de terre sans jamais être très-fort. Le leste ou sirocco ne se montre que deux ou trois fois par an; il ne dure habituellement que quelques heures, mais pourtant on l'a vu souffler pendant deux et même trois jours ; il fait descendre l'hygromètre de Daniel à 45", et porte, suivant la saison, la température à 26°, 28° et même 32" centigrade. Il entraîne avec lui du sable très-fin et des insectes qu'il apporte évidemment des déserts de TAfrique. 11 n'y a pas plus de douze jours de vents violents par année ; le plus souvent il ne règne à Funchal que de simples brises ou emhote qui ne produisent presque jamais une sensation pénible de froid. Le printemps et l'automne sont les

saisons les plus sèches. Les vents du S. et le leste ou sirocco, amènent beaucoup d'humidité, les vents du N. et de l'E. donnent la plus grande sécheresse.

La gelée est à peu près inconnue à Madère, et surtout à Funchal; les plantes de ses nombreux jardins n'ont jamais besoin d'être garanties contre les rigueurs des nuits les plus fraîches de l'année. Les transitions brusques de température ne sont pas possibles parce qu'il est d'observation à peu près constante que la différence de chaleur entre le jour le plus froid et le jour le plus chaud est bien rarement de 10°, 5 centigrade. Ainsi la moyenne des mois de l'été est de SS^jS centigrade, et celle des mois de l'hiver e>t de 16", 5 centigrade. La différence est donc de 6°, 5 centigrade. L'écart le plus considérable qui ait été constaté est de 19°, 5 centigrade; mais cela a eu lieu dans une année tellement exceptionnelle qu'au point de vue de cet article nous devons à peine en tenir compte. La plus grande chaleur des jours existe entre onze heures du matin et trois heures de l'aprèsmidi ; la température s'abaisse, à partir de ce moment, jusqu'à la nuit, pendant laquelle elle varie très-peu ; le moment le plus frais est celui qui précède le lever du soleil. Le climat de Madère, et surtout de Funchal, est donc très-peu variable, aussi la température des jours oscille, en général, entre 1" et 2°, 3 centigrade; il est très-exceptionnel qu'elle ait une différence de 10° centigrade ; celle des nuits n'est guère plus sensible. Cela importe peu, d'ailleurs, puisque les malades ne sortent pas et ne doivent pas sortir alors. Il semble, au premier abord, que les changements que nous venons d'indiquer soient plus marqués qu'ils ne le sont réellement; pour en avoir une idée exacte, il suffit de réfléchir que les degrés de la chaleur changent à peine pendant une saison tout entière, et qu'ils ne sont réellement modifiés que lorsqu'on fait porter la statistique sur toute l'année. Les étrangers peuvent donc toujours rester à Madère, et particulièrement à Funchal où l'agitation de l'air tempère les chaleurs les plus élevées de l'été et où le climat hivernal est assez doux pour ne presque jamais nuire aux affections qui craignent le plus les transitions brusques d'une température qui n'est jamais humide, quoi qu'en aient dit certains auteurs et principalement Macaulay et Masson dont les assertions sont loin d'être toujours exactes.

L'hygrométrie de l'air de Madère, et surtout de Funchal, est très-intéressante à étudier. 11 pleut, à Funchal, pendant tous les mois de l'année ; mais ceux pendant lesquels il tombe le jilus d'eau sont les mois d'octobre, de novembre et de janvier. La pluie vient par averses et presque toujours dans l'après-midi, assez rarement la nuit, et ne dure jamais plus de quelques heures. Les vents du S. et de l'O., et quelquefois les vents du N. soufflent alors. Le nombre des jours humides s'élève, en moyenne, par an, à 74, et n'a jamais dépassé 102; on le voit, assez souvent, être de 40 ou 45 seulement. La quantité annuelle de la pluie est, en moyenne, de l'",25; son maximum est de f'",70, et son minimum de 0™,75. Les orages, dans toute l'île, sont peu fréquents, et ne sont jamais intenses : ils ne se montrent qu'en hiver, et encore ils n'apparaissent qu'en mer ou sur la cime la plus élevée des Corddlières. La neige n'arrive jamais jusque sur la terre, particulièrement à Funchal ; on ne l'observe que sur les pics les plus ardus des plus hautes montagnes de la chaîne. Rarement l'atmosphère de la côte est aussi limpide que celle de la plaine, particulièrement durant les heures qui précèdent midi, les vapeurs qui s'élèvent de la mer sont emportées par la brise marine qui les condense en nuages et les renvoie par les vents venant de la terre, de sorte que, vers le milieu de la nuit, le ciel est clair et les étoiles ont un éclat aussi brillant qu'elles l'ont aux tropiques.

Le sol est sablonneux, il s'infiltre peu, par conséquent, de l'eau des nombreux ruisseaux qui traversent l'île, et de celle qui lui vient de l'Océan. La sécheresse de l'air est surtout considérable au milieu de la journée, ce qui s'explique aisément par l'élévation delà température produite par les rayons du soleil.

L'hiver, à l'île de Madère, et particulièrement à Funclial, n'est pas plus froid et peut-être moins humide que les mois du printemps de la plupart des pays septentrionaux de l'Europe ; aussi les arbres conservent-ils presque constamment leurs feuilles et souvent leurs fleurs. Nous avons vu et nous verrons que, dans beaucoup de stations d'hiver, l'atmosphère des bords de la mer est souvent chargée de principes miasmatiques qui rendent fréquentes les fièvres intermittentes paludéennes; il n'en est point ainsi dans la principale île de cet archipel et de l'océan Atlantique, où l'air est toujours saia et exempt de toute effluve miasmatique. Les caractères pi-incipaux du climat de Madère et de Funchal sont une grande douceur, une grande constance, et une régularité inconnue partout ailleurs.

Le climat de Madère n'est ni excitant ni sédatif, comme l'ont assuré beaucoup d'auteurs ; il est à la fois tonique et vividant ; il réunit tous les avantages de celui des stations hivernales ; c'est le climat hygiénique par excellence. Il aurait exclusivement toutes nos sympathies s'il était continental et s'il ne fallait, pour profiter de tous les avantages que nous lui reconnaissons, s'embarquer et s'exposer à tous les inconvénients d'un voyage marin assez long et souvent très-pénible. Les Français ne peuvent en jouir qu'en se rendant en Angleterre, à Plymouth, Southampton, ou à Liverpool d'où il faut au moins sept jours de traversée pour aborder à Madère. Ceux qui ne craignent pas d'affronter un long trajet par terre peuvent aller par Madrid et Lisbonne, d'où il jie faut plus que quarante-hidt heures, environ, pour se rendre à Funchal.

Nous n'avons pas besoin d'ajouter que ce sont les pbthisiques qui vont chercher à Madère et à Funchal le bénéfice d'une température uniforme, d'un climat moins changeant que celui de presque toutes les autres stations hiveruales. Nous avons vu que les poitrinaires d'un tempérament nerveuv, sanguin, lym[)hatique ouscrofuleux doivent choisir ou éviter avec soin tel ou tel poste d'hiver. A Madère et à Funchal, au contraire, les tuberculeux, quel que soit leur tempérament, quelle que soit la période de leur maladie, si surtout elle est encore au jiremier degré de son évolution, trouvent dans le climat de Madère, quelquefois une guérison, presque toujours une amélioration que le séjour dans une station du confinent aurait eu beaucoup de peine à déterminer. A. Rotureau.

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MADI. Madia, Molina. Genre de Dicotylédones appartenant à la famille des Synanihérées. Il ne contient qu'une espèce bien caractérisée, le Madia saliva, k laquelle se rattachent, comme variétés, le Madia mellosa Jacq., et Madia vis-

65 i MiERUA.

cosa Cav. C'est une plante herbacée dont la tige, haute de ^ à 5 pieds, est garnie de poils glanduleux. Les feuilles inlérieures sont opposées, les supérieures alternes ; elles sont oblongucs, semi-amplexicaules, d'un vert clair, chargées de poils courts et blanchâtres. Les capitules sont radiés, brièvement pédoncules, disposés en grapjies feuillées. L'involucre est globuleux, formé d'une seule série de bractées carénées sur le dos, s'enroulant autour des achènes de la circonférence. Le réceptacle est plan, nu au centre, portant une ou deux séries de paillettes entre les fleurons et les demi-fleurons. Les ligules sont à peine plus longues que l'involucre et ne portent point d'étamines ; les fleurons sont hermaphrodites, régulièrement tubaleux, marqués de cinq dents au sommet; leur style se divise en deux branches garnies de poils rudes au sommet et portant les glandes stigmatiques à la base de leur face interne. Les achènes sont comprimés, atténués à la base, marqués de cjuatre à cinq nervures longitudinales qui leur donne une forme tétra ou pentagonale.

Telles qu'on les voit dans les collections, ces achènes ont une couleur grisâtre. Ils contiennent une semence huileuse dont on peut extraire, par expression, une huile qui, d'après Molina et le P. Feuillée, serait plus do\ice et d'un goût plus agréable que nos huiles d'olive; mais elle a une couleur jaune foncé; elle est siccative et rancit facilement ; aussi ne doit-on l'employer que pour l'éclairage et la fabrication du savon commun. Elle se distingue très-nettement de l'huile d'olive en ce qu'elle est soluble dans 30 parties d'alcool froid et 6 parties d'alcool bouillant. Pl.

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MADRÉPORES. Ancienne dénomination des polypiers pierreux ou calcaires <jui ont (orme, à la surface du globe, des bancs et des récifs par leur accroissement et leur accumulation. Dans les périodes antérieures de notre planète, les Polypiers, infiltrés de carbonate de chaux, sont deverms des marbres et des calcaires madréporiques.

C'est à tort qu'on désigne sous le nom de Coraux, les Madrépores qui sont restreints, aujourd'hui, à un ordre spécial dont le Corail ne fait plus partie [voij. Corail). Les vrais Madrépores sont des animaux zoanthaires caractérisés par l'encroûtement calcaire, auquel leuis tissus sont assujettis d'une manière réguhère et progressive. Ces polypes agrégés recouvrent, par leur partie charnue et vivante, le polypier calcaire produit à l'intérieur de leur corps. Les pores ou orifices de ces poly(jiers sont étroits ou garnis de lames rayonnantes correspondant à des cloisons charnues portant les ovaires et entre lesquelles se trouvent les tentacules.

Le Madrépore abrotanoide est l'espèce la plus connue et son développement remarquable est si rapide que ce polypier a produit, en peu d'années, des petites îles et des récifs considérables dans l'océan Pacifique.

Une autre espèce, VOcuUna virginea, connu sous le nom vulgaire de Corail blanc, était jadis employée en médecine. Son polypier solide est d'un blanc de lait, •et se trouve dans la mer des Indes : c'est le Madrepora virgmea de Linné, le Corallium album indicum de Bessler. A. Laboulbèhe.

M-^RUA. Genre de plantes, de la famille des Gapparidées. Ses caractères généraux sont ceux des Câpriers, mais le calice y est campanule ou en entonnoir à sa base. Le fruit est une baie allongée. En Afrique, on mange celui du M. uni-

MAGDALLON. 655

flora. Le M. angolensis a les mêmes propriélés antiseorbutiques que les Capparis, avec Ies!}uels il a tant d'affinités. jj i>^

FoRSK., FI. JEgypt.-Arab., 104. — Dentii. et Hook., Gcn.,\, 108, n. 14. — Méd et Del Bid. Mat. mécL, IV, 177.

MAFOL'TRE, MAFOVTRA (Bois de). Arbre de Madagascar, d'affinités inconnues, dont le fruit est piriforme, sent la muscade et est, dit-on, fort utile dans le traitement des maladies cutanées. C'est un astringent, car il produit du sandragon. H. Bi\.

MAC ATI (Les decx frères). Ces deux hommes, justement célèbres, et si bienfaits pour <e prêter mutuellement un fraternel app ni, naquirent à Scandiano dans le duché de Reggio.

iflagati (César), l'aîné des deux, vint au monde en 1599, et mourut en 1647 à la suite d'une opération de la pierre. Il avait été docteur de Cologne, professeur à l'université de Ferrare, capucin sons le nom de P. Libérât de Scandiano. L'on ne cite de lui qu'un ouvrage : Derara medicatione vulnerum, seu de vulneribus tractandis, libri duo, in quitus nova traditur methodus quafelicissime, ae citiits quam alio quovis modo sana7itur ruinera. Quœcumque prœterea ad verani etperfectam eorum curatiomm attinent, diligenter excutluntur , pennultaque explicantur Galeni et Hippocratis loca eo spectantia. (Venise, 1616, in-fol.) Mais ce livre sutfit pour placer César Magati parmi les plus illustres chirurgiens du dix-seitième siècle, et le faire regarder comme l'Ambroise Paré de l'Italie. Simplifier la chirurgie, si surchargée de pratiques au moins inutiles ; s'élever, peut-être outre mesure, contre l'action fâcheuse de l'air sur les plaies ; combattre labus des pansements trop fréquents ; démontrer que la cicatrisation est l'œuvre de la nature, et non pas de l'art ; laire la guerre aux plumasseaux, aux tentes ; démontrer l'absurdité de la théorie qui voulait que les plaies par armes à feu tussent vénéneuses..., tels sont les points principaux que ce célèbre chirurgien a traités avec un grand talent, une conviction inébranlable, une foi profonde. Tout cela est aujourd'hui clair comme le jour; mais, au temps où vivait Magati, la routine, les erreurs des anciens trônaient en maîtresses, et il fallut au chirurgien de Scandiano un grand sens, une profonde intelligence, et un ardent amour pour le progrès, pour professer, émettre, développer et vulgariser des idées contrairts. A ce point de vue, César Magati a droit à une place honorable parmi les bienfaiteurs de l'humanité.

magati (Jean-Baptiste) ne semble avoir vécu que pour aider, par sa plume, son illustre frère, à aire prévaloir son système du traitement des plaies. Sennert, peu clairvoyant eu cette occasion, avait cru devoir combattre le Derara medicatione vulnerum, et soutenir l'utilité des tentes entre les lèvres des plaies. Ce iut Jean-Baptiste Magati qui prit lait et cause pour son frère, dans une défense qui porte ce titre : Tractatus quorara vidnerum curatio défend itur contra Senne riiim, et qui fut imprimé à la suite de l'ouvrage suivant du même Jean-Baptiste Magati, éditions de 1676 et 1755 :

Considcrationes niedicœ, quibiis potiores dlfficidtalcs in iiraxi contingentes cxjicnduntw: Bologne, 1757, in-4''. A. C.

nAGDALÉOlV. Ce nom qui vient du mot grec uaySalloc, qui signifie mie de pain, est donné à tout médicament que l'on conserve roulé en cylindre, et plus

6S6 MAGELLANIQUES (terres).

particulièrement aux emplâtres et aux masses pilulaires. Le poids du magdaléon ■varie ordinairement de 50 à 500 grammes. {Yoy. Emplatrks, Pilules.)

M.iGDErEB^'E-DE-FLOL'RE^s (SAii^TE-) (Eau MINÉRALE de), athemiale, bicarbonatée ferrugineuse faible, carbonique faible. Dans le département de la Hiiute-Garonne, dans l'arrondissement et à 4 kilomètres de Toulouse, émerge la source de Saiiite-Madeleine-de-Flourens dont l'eau a été analysée par MM. Pailhès, Lamotte etlarbes. Ces chimistes ont trouvé, dans 1,000 grammes les piincipes suivants :

Carbonate de chaux 0,3128

— magnésie 0,0151

— fer .- . . . 0,0812

Sulfale de soude 0,ii'73

— chaux 0,0i02

Chlorure de sodium 0,1935

— magnésium 0,0208

Acide silicique 0,0117

Matière bitumineuse 0,0078

— végétale 0,0106

ToTAr. DES MATIÈRES FIXES 0,7olO

Gaz acide carbonique 0 litre 0,fiO

L*eau de la source Sainte-Madeleine-de-Flourens est exclusivement employée en boisson. La quantité de bicarbonate de fer qu'elle tieut en dissolution la rend très-active dans tous les états pathologiques qui accompagnent l'anémie et la chlorose. A. R.

9IAGELLAIVIQUES (CoNTRÉES OU TEitREs). DÉFiKiTmN. Nous comprenons sous ce titre, qui, du reste, n'est pas nouveau en géographie, toute la portion continentale et insulaire de l'Amérique située au sud du 40*^ degré de latitude australe, ou plus exactement au-dessous du cours de Rio-Negro : c'est-à-dire la Patagonie proprement dite, les nombreuses iles rangées sur sa côte occidentale et l'archipel de la Terre-de-Feu. Le nom du marin célèbre qui les découvrit suffit à justifier ce titre, et, quant à leur réunion en un seul groupe, les motifs en sont tirés de la similitude, ou, tout au moins, de la grande analogie de sol, de climat, de productions et de races indigènes.

Bien que la République argentine revendique la possession de la Patagonie, et le Chili celle du versant occidental des Andes patagoniennes et des îles voisines, comme aussi de l'archipel de la Terre-de-Feu; nous avons d'autant moins à tenir compte des divisions politiques qu'elles sont toutes théoriques, et, qu'en fait, ces pays sont absolument indépendants.

Historique. Reconnues par Magellan, qui passa le détroit, en 1520, les côtes de la Patagonie et de la Terre-de-Feu ont été, depuis, visitées par tous les grands navigateurs espagnols, anglais, hollandais, français. En 1580, Sarmiento jeta les fondements d'une colonie dans le détroit de Magellan, à l'endroit qui s'est appelé depuis Port-Famine, en mémoire du malheureux sort des colons qu'on y avait déposés et qui périrent presque tous.

En 1615, Lemaire découvrit un nouveau passage pour entrer dans lePacifique, entre la Terre-des-États et la grande ile de la Terre-de-Feu : c'est le détroit qui porte son nom. En 1616, Schouten découvrit l'extrémité australe de l'Amérique, et donna au cap qui le termine le nom de Morn, sa ville natale.

MAGELLAMQUES (TERRES]. 657

En 176!^, le jésuite irlandais Falknei' fournit au public européen les premiers renseignements sérieux sur l'intérieur du pays. Il avait fondé, au milieu des Indiens Pampas, à l'extrémité sud de la province de Buenos-Ayres, plusieurs missions, et, durant le grand nombre d'anni'es qu'il y avait passé, il avait pu acquérir des notions assez exactes sur les contrées situées au sud de Rio-Negro et leurs habitants, c'est-à-dire sur la Patagonie proprement dite.

Stimulé I ar celte publication, le gouvernement espagnol fonde successivement, sur la (ôte orientale, la colonie de Siiint-Jose[ih, presque aussitôt abandonnée, celle du Carmen, qui existe encore, près de l'eniboucbure du Rio-Negro, celles du port Saint-Julleu et du port Désiré, beaucoup plus au sud, qui n'eurent aucun succès (1779-1785). Ces louables efforts n'avaient guère fait avancer la connaissance de l'ultérieur du pays, mais il n'eu fut pas de même de l'expédition de Yillarino, qui, en 178'2, remonta tout le cours du Piio-Negro jusqu'aux Andes. L'expédition de Malaspina (1789) fut plus fé onde encore en résultats scieniifiques, car ellî étudia toutes les côtes de la Patagonie tant à l'est qu'à l'ouest, et celles du détroit de Magellan.

De 1828 à 1855, les capitanies de la marine royale d'Angleterre, King et Kitz- Roy, montant le Beagle et l'Adventure, refirent l'iiydrograpliie du détroit de Magellan et des canaux de la côte occidentale de Patagonie, et remontèrent jusqu'auprès de sa source le Rio de Santa-Cruz, par 50° de latitude. Le célèbre naturaliste DarAvin, qui commençait alors sa grande carrière scientifique, les accompagnait, et a publié le rt sidtat de ses observations dans le récit du voyage et le bvre intitulé : Ceological Observations on South- America, by Gbarles Darwin (Londoji,

dSol).

Les renseignements les plus étendus qui aient été fournis sur l'bistoire naturelle, l'anthropologie et la philologie sont dus à un Français, A. d'Orbigny, qui passa huit moi> de l'année 1826 dans le nord de la Patagonie, mais qui, malheureusement, n'a pas visité le Sud, non plus que la Terre-de-Feu. Nonobstant cette lacune, les études consignées dans le Voyage dans V Amérique méridionale,restent encore les plus précieuses et les plus comjjlètes qu'on possède sur la Patagonie. Nous ne parlons pas du récit romanesque de M. Guinard : Trois ans de captivité chez les Patagons. Il nous suffira de dire que M. Guinard n'était pas prisonnier des Patagons, mais des Pampas, dont son héros Callburca est le Cacique, et qu'il est toujours resté à quelque cinquantaine de lieues au nord de la Patagonie. Le centre du pays reste encore à explorer, et ce qu'on en sait est tiré des renseignements fournis par les Indiens qui parcourent ces câpres solitudes.

Gr.oGRxvHiE ET HisToiRE NATURELLE. 1. La Patagouie est bornée au nord par le Rio-Negro qui traverse le continent de l'ouest à l'est, depuis les Andes, où il prend sa source, non loin de l'océan Pacifique, jusqu'à l'océan Atlantique. Dans tout son conrs il ne s'écarte guère, tant au nord qu'au sud, du 40^ degré de latitude australe. Quelques géographes assignent pour limite septentrionale à laPataoonie une ligne tirée du cap Corricntes à celui qui regarde l'île de Chiloë, borne tout à fait arbitnùre puisqu'aucun accident de terrain, aucun cours d'eau ne la marque, et de plus fautive en ce sens que les Patagons proprement dits ne passent pas au nord du llio-Negro. Pour nous, la Patagonie n'est autre que le pays des PatatTons qui habitent entre les deux Océans, le détroit de Magellan et le Rio Ne^ro. Pins au nord sont les Indiens Pampas, autrelois confondus avec les premiers sur le territoire des provinces de la Plata dont le sol diffère beaucoup de celui de la Patagonie.

DicT. ENc. 2 s, m. ■iS

658 MAGELLAMQUES (terres).

Topographie. Du pied de la Cordillièrc jusqu'aux rivages de l'Atlantique, et duRio-Negio jusqu'au détroit, se déroule une plaine immense, aride, traversée par un très-petit nombre de rivières peu proîondes et qui, en raison du défaut d'inclinaison du plan, ont une tendance iatale à former des lagunes. Il n'y a de belle végétation que sur le bord des cours d'eau, sur le versant oriental des Andes et dans le voisinage du détroit de Magellan. Partout ailleurs, l'œil n'aperçoit qu'un désert poudreux où de rares buissons, brûlés par la sécheresse, servent aux feux de bivouac qu'allument les Patagons pour leur campement du soir; que des bassins desséchés d'anciens lacs, tout blancs d'elflorescences salines; et que des dunes de sable qui élèvent, au milieu des lamles désertes, leur tète privée d'ombrage. Tel est le panorama monotone qui se déroulait, sous les yeux des explorateurs, en dehors des oasis fertilisées par le cours des rivières, a Considéré sous le rapport de sa composition, dit Al. d'Orbigr.y, le sol de la partie septentrionale parait offrir, depuis le pied des Andes jusqu'à la mer, une succession de couches de terrains tertiaires, contenant des alternats de coquilles d'eau douce et marines et des ossements de mammifères au milieu de grès friables et si uniformément stratifiés que, sur les côtes de la mer et sur les rives du P»io-ÎNegro oîi se remarquent partout des falaises d'une grande hauteur, on peut suivre la moindre couche, l'espace de 6 à 8 lieues, sans qu'elle varie sensiblement d'épaisseur. Plusieurs échantillons des roches, ainsi que la description des voyageurs, m'ont prouvé que les mêmes terrains occupent presque toute la Patagonie sur la côte orientale jusqu'au détroit de Magellan. Au reste, le sol tertiaire se continue au pied des Andes vers le nord, communique avec celui qui borde le Grand-Chaco, et circonscrit partout les pampas proprement dites, formées invariablement d'argile à ossements et de terrains d'alluvion. Les pampas elles-mêmes ne participent pas du tout du sol de la Patagonie, cessant au 59'' degré pour faire place aux terrains tertiaires des parties australes : ainsi, à l'exception des atterrissements et des bords des rivières, la Patagonie n'est pas propre à la culture, car elle offre partout des terrains sablonneux et secs qui ne conservent pas l'humidité nécessaire. » Dans le système géologique d'A. d'Orbigny, le terrain dont on vient de lire la description générale forme un des trois types (guaranien, patagonien, pampéen) qui caractérisent la grande formation tertiaire sud-amérieaine. Le terrain patagonien se compose de plusieurs couches : l'inférieure renfermant des grès marins avec des mollusques d'espèces éteintes; la moyenne formée encore de grès, puis de sable et d'argile mêlés dans lesquels on trouve des ossements de mammifères et des bois fossiles; la supérieure constituée par des grès et des calcaires, des agglomérats marins renfermant (les coquilles fossiles parmi lesquelles domine Vostreapatagonica. Les antreS' coquilles caractéristiques appartiennent aux genres Vetius, Arca, Pecten, Unio, Cardimn, etc. Le terrain patagonien dépasse beaucoup les limites de la Patagonie, on le retrouve dans la Plata couvert par Je tenam pampéen, et, au Chili, de l'autre côté de la Cordillère, sous-jacent à des alluvions modernes ou aux éhoulis des montagnes. 11 aurait été formé, d'après d'Orbigny, alors que toute l'extrémité orientale du continent sud-américain était sous les eaux et que la partie crétacée de la Coidihère chilienne, beaucoup moins large et beaucoup moins élevée, constituait une ile. On ne sera pas étonné, après cela, d'apprendre que les lacs du nord de la Patagonie sont tous salés et que le pays entier abonde, comme nous l'avons dit, en terrains imprégnés de sel. en lits desséchés d'anciens lacs où l'on ramasse les plus beaux échantillons de sulfate de chaux cristallisé, du nitrate et du sulfate de soude, etc. Même sur les rives du Rio-Negro où sont établis les

MAGELLANIQUES (terres). 651)

colons du Carmen, aucun puits n'a donné d'eau bien douce, et celle que les habitants boivent à défaut de meilleure, occasionne aux nouveaux venus des coliques et de la diarrhée.

Les travaux de Darwin et ceux de Parish, postérieurs à ceux d'Orbigny, n'ont fait que les contîrmer. Suivant Parish, la formation pélagique du terrain patagonien est évidente, et la mer a dû battre le pied oriental des Andes, puisqu'à chaque pas, à la superlicie du sol aussi bien que dans les ravins, on rencontre des débris marins. Les ossements de mammifères auraient été déposés sur les bords de la mer ou entraînés par les courants qui venaient des Andes.

Montagnes. Le long de la côte de l'Atlantique se déroule une chaîne de collines qui ont été étudiées par Darwin qui les désigne sous le nom de grande formation patagonique. C'est, en dernière analy.-e, une série de mornes sédimentaires où l'on trouve les fossiles qui caractérisent le terrain tertiaire patagnnieu.

Jusqu'à la Cordilière des Andes il n'y a plus que des dunes de sable formées sous l'etfort des vents qui balayent celle grande plaine sablonneuse.

Les Andes commencent à la pointe méridionale du continent américain. Basses d'abord, mais profondément coupées de vallées abruptes, elles augmentent successivement en largeur et en hauteur, et, dès le 40'' degré, elles présentent déjà des pics d'une grande élévation entre lesquels est assis un système de lac> dont le lecteur trouvera la description à l'article Chili; car nous sommes ici, on s'en souvient, à la limite septentrionale de la Patagonie et sur le territoire du Chih. Jusquelà l'altitude moyenne de la Cordilière est de l ,500 à 1 ,800 mètres.

La constitution géologique de cette portion des Andes n'a pas été étudiée, si ce n'esta ses deux extrémités; aussi renvoyons-nous au paragraphe consacré au détroit de Magellan, quelques pages plus loin, et à l'article Chili, pour en avoir

une idée.

Rivières et lacs. Le plus grand fleuve de la Patagonie est celui qui forme sa limite septentrionale, le Rio-Negro que les grands bâtiments remontent jusqu'au Carmen, à 12 lienes de son embouchure dans l'Atlantique, sous le il'' degré de latitude. Les bateaux ne calant pas plus de 1 mètre d'eau peuvent le remonter aisément, en toute saison, jusqu'à une distance de 200 lieues. Dans tout ce parcours il est bien encaissé, sans rapides ni bancs de sable et large de 80 à 200 mètres. 11 est très-sinueux, ce qui rend sa navigation longue et pénible pour les bateaux à voile, mais Villarino et Descalsis (1782 et 1853) se sont tiré des passages dilfieiles en liàlant leurs chaloupes. La majeure partie des terrains qu'il traverse est plate et aride, mais, en se rapprochant des Andos, on trouve l'île de Choeleche!, à 70 lieues du Carmen, riche en gras pâturages, et, à partir de là le fleuve coule entre deux plis de terram dits cuchillas del Norte ij del Sur, qui interceptent nu vallon fécondé par les inondalions du fleuve et nouirissant des pàtura'^es et des bois. Les crues du fleuve ont lieu à deux épo(iues: à la fonte des neifTes de la Cordilière, en novembre, et à l'automne, lors des pluies de cette saison. Le versant oriental des Andes, à cette latitude, est couvert d'épaisses forêts et aitosé par de nombreux ruisseaux qu'alimentent des pluies fréqui'iites.

Le fleuve reçoit trois affluents, le Neuquen qui vient du côté du nord et qui est na\i"abledansune partie de son cours, leCatapidicheqniYest également et qi i descend de la même direction, enfin le plus grand de tous, auquel Villarino donna le nom de Rio de la Encarnacion, et qui arrive du sud-ouest. Cette belle rivière, aux eaux claires et limpides, large de 180 mètres, entraînant de nombreux troues d'arbres, était signalée par les Indiens que Villarino trouva sur ces bords

6tiO MAGELLAINIQUES (tkrres).

comme venant d'un grand lac au milieu des montagnes du pays desÂraucans,oîiles chrétiens avaient eu autrefois des établissements dont on voyait encore les ruines sur une île située au milieu du lac. C'était désigner assez clairement le lac A^afe/e/-« huapi dont il sera question à propos du Chili. Le Hio-.\egro serait donc la décharge ' de cette grande nappe d'eau située par 41 "59' de latitude et TS^ôO' de loni^itude aux pieds des sommets glacés du Tronador. Cependant on n'en a pas la certitude absolue parce que ni Villarino ni Descalzis ne purent remonter jusqu'à la source. Les vallées arrosées par les trois- affluents du Rio-Negro sont d'une grande fertilité et remplies de pommiers sauvages, de sorte que cet arbre, apporté d'Europe, est devenu sylvestre sur le flanc orimtal de la Cordillère où les Indiens l'auront projiagé par hasard.

Kous avons donné quelque extension au x'écit de la reconnaissance du Rio-NeTro parce que c'est la plus longue exploration qui ait été faite dans l'intérieur de la Patagonie. Une autre considéra! île a été faite sur le llio Santa-Cruz, qui coule 10 degrés plus bas et que l'expédition du Bcagje (Fitz-Roy et Darwin) a remonté l'espace de 245 milles. Ce fleuve, le |;lus grand après le précédent, paraît sortir également d'un grand lac intérieur au pied des Andes.

Il y a encore le Rio-Camerones, le Rio-Deseado et le Rio-Gallegos , beaucoup moins considér.ibles et dont le cours est encore un problème.

La côte occidentale, presque toujours abrupte, car elle est bordée par la Cordilière, compte un nombre infini de torrents et de peliies rivières.

A une faible dislance de cette côte dont elles ne sont séparées que par des canaux étroits et profonds, s'échelonnent une multitude d'iles et d'îlots qui relient la pointe méridionale du Chili à la Terre-de-Feu. Si l'on jette un regard sur une carte de l'Amérique du Sud, on s'apercvra qu'indépendamment de l'ai ète ceatrjle delà CordUière, cette grande chaîne développe à l'est et à l'ouest des chaiiioiis secondaires longitudinaux dont le plus r, pproché du Pacifique, après avoir parcouru le Chdi dans toute sa longueur, est interionipu brusquement à la pointe méridionale de ce pays où il semble s'effondrer dans la mer. Il est en effet remplacé là par le golfe d'Ancud, mais il se relève un peu plus au sud pour former, à commencer par Chiloé, cette chaîne d'îles dont nous avons parlé, qui ne sont que ses accidents les plus élevés séparés par des vallées sous-marines.

La géologie vient confirmer cette hyiothèse en montrant dans ces îles la même structure que dans les montagnes du Chili {voij. Chili), c'est-à-dire une charpente de granit, gneiss, syénite el porphyre. Toutes sont éminemment montagneuses et la plupart ne forment ((u'un jiic qui s'elèvc accore au-dessus des eaux. Toule la portion occidentale de l'archipel de la Terre-de-Feu a la même structure et paraît avoir la même constitution comme si elle n'était qu'une portion détachée de la chaîne des Andes.

II. La Terre-de-feu est séparée du continent parle détroit de Magellan, canal tortueux et semé d'ilols dont la largeur varie entre 2 et 10 lieues, (rofoiidémeiit échancié par une multitude de baies, d'anses et de ports qui olfrent des mouillages excellents. C'est un des lieux les plus pittoresques du globe et I©s plus dignes d'être vus.

La Terre-de-Feu, ou plutôt du feu (car la première dénomination est un contresens (Tierra del fuego) qui fait naître une fausse idée du pays), lut ainsi nommée par les navigateurs espagnols en souvenir des feux qu'ils avaient api rçus sur le rivage et non point des volcans qui n'existent pas. Si l'on a parlé de ceux-ci, c'est probablemen* à cause de la traduction vicieuse de la dénomination espagnole,

MAGELLàNIQUES (tekp.es). 661

Terre-de-Feu , comportant, en effet, une qualité, un attribut assigné au pays. Il n'en a pas moins fallu de la hardiesse pour déduire de l'expression l'idée de volcans en éru[jtion et la faire passer dans la géograpliie.

Surmientu, le premier qui ait siiinalc ia mont.igne qui porte aujourd'hui son nom, eut aussi le tort de la désigner par le nom de volcan nevado (volcan neigeux), quoiqu'il n'y ait apjrçu que de la neige. Mais l'antithèse lui plaisait. C'est un pic où l'on n'a jamais vu trace ni signe d'éruptiou.

I Laissant décote celte question qui a bieu sou importance en géographie, nous dirons que la Terre-du-Feu est un archipel composé d'une multitude d'des dont la plus grande est appelée Terre méridiona'e du roi Charles. Cet archipel s'étend dans un espace de 150 heues de long sur 80 de large, entre les 67"ol'' et 77°75' de longitude occidentale et les 53" et So^oo' de latitude australe.

En suivant le détroit de Magellan de l'est à l'ouest, nous allons examiner la côte septentrionale de cet archipel.

Depuis le cap des Vierges qui marque l'entrée du détroit jusqu'à Punta- Arena qui en marque à peu près le milieu, la côte ne présente sur le continent comme sur la Terre-du-Feu que des falaises sédimentaires ou des plages de sable derrière lesquelles s'étendent, à perte de vue, des plaines uniformes. C'est, évidemment, la même formation géologique interrompue par un bras de mer. Le lecteur la connaîl déjà. .Mais ici commeni e la région montagneuse, car nous sommes sur la péninsule de Brunswick, premier échelon de cette chaîne immense qui, sous le nom de Cordillère des Andes, déroule ses majestueux massifs d'une extrémité à l'autre de l'Amérique méridionale Près Punta-Arena existe un gisement carbonifère dont on ne connaît encore ni l'étendue ni la profondeur, dans une vallée d'érosion creusée par un torrent impétueux qui descend des hauteurs de la péninsule de Brunswick. Nous avons visité cette mine qui n'a pas encore été exploitée, mais qui pourra être d'une grande ressource pour la marine si la valeur du gisement vient à l'appoint de son heureuse situation. Le combus'.ible est enseveU sous un lit de grès tendre traversé par la rivière torrentueuse dont nous avons parlé et qui l'a mis à nu. Il est difficile d'imagi;ier un site plus agreste et plus sauvage que cette gorge profonde dont les escarpements à pic sont couronnés par des arbres magnifiques et au fond de laquelle coule en mugissant le torrent qui, aidé de la pente du terrain, roule des blocs énormes de grawacke. Les escarpements de la vallée laissent voir des hts superposé^ d'argile et de sable englobant des cailloux roulés et des coqudles, même des conglomérats énormes de coquilles et de cailloux, cimentés par un sable calcaire, dans les jiiels on distingue la grosse huître {ostrea patagonica) qui caractérise le terrain sédimentaire patagonien.

A partir de Punta-.Ârena les côtes s'élèvent de plus en plus, et les montagnes, aperç'ies d'abord dans le lointain, viennent apparaître au premier plan, sur l'une et l'autre côte. En même temps la nature du terrain change : à Port-Famine nous trouvons le terrain silurien, à la baie Saint-Nicolas et à la baie Bougainvi.le nous sommes encore en présence d'un terrain de sédiment très-ancien (grès, calcaire, grawacke), puis on passe aux terrains de tran>itioii (mica-schistes, gneiss traversé par des filons de quartz, comme on peut le voir à Playa-Parda), er aux roches de cristallisation par excellence (granité, syémte, porj'hyre). C'est au cap Tamar.sur la presqu'île de Gudlaume IV, qu'on peut le mieux étudier ce terrain, parce que les falaises, déchirées par de larges et profondes crevasses, en facilitent 1 examen. Tout le cap, de la hase au sommet, porte l'empreinte d'une effrayante dislocation : les rochers, brisés en blocs énormes, reposent les uns sur les autres dans toutes

662 MA.GELLANIQÎ1ES (terres).

les positions d'équilibre; ils sont disloqués, fendus, renversés l'un contre l'autre et se servant mutuellement d'appui ; le retrait de la matière en fusion a marqué sur des colonnes de diorite des fissures qui font apparaître comme autant d'assises apportées à la construction d'une pyramide. C'est enfin la montagne telle qu'elle est sortie du grand cataclysme qui a donné le jour à la Cordilière des Andes. Sur la rive opposée du détroit on est sur la Terre de désolation formée des mêmes roches enclievêtrées dans le même chaos et qui se termine à l'ouest par le cap Pilares, sombres pyramides de granit qui marquent l'entrée occidentale du détroit et l'extrémité nord-est de la Terre-du-Feu.

Nous aurons occasion, dans le paragraphe suivant, en traitant du climat, de compléter les données qui peuvent nous éclairer sur la structure des différentes îles de l'archipel magellanique et que nous passons ici sous silence pour éviter les répétitions.

Climat. On a présenté le climat de la Patagonie et de la Terre-du-Feu comme presque aussi rigoureux que celui du Gioënland : c'est une grande erreur. Nous avons parcouru le détroit de Magellan et les canaux latéraux de la côte occidentale de Patagonie au cœur de l'hiver (25 juillet — 15 août 1856) et, ayant observé le thermomètre au moins trois fois par jour, aux heures convenables, nous avons obt nu pour moyenne -f- 2'',9 ; pour minimum — 3° et pour maximum H- 7. 11 y a eu 4 jours de neige, 1 jour de grêle et ^ jours de pluie ; le temps a été beau les autres jours. 11 est vrai que les montagnes étaient couvertes de neige et de glaciers et que nous avons trouvé de petites rivières gelées. Dans les can;mx latéraux on apercevait à la surface de la mer quelques glaces flottantes détachées, sans doute, des flancs de la Cordilière et charriées par les rivières.

Le baromètre s'est tenu toujours plus ou moins bas et a donné, pour moyenne, 746,6.

Les vents étaient variables, soufflant par rafales du S. 0. au N. 0.

Nous avons aussi passé le détroit au printemps (30 novembre — 8 décembre 1859) et la moyenne de température des 9 jours n'a été que de + 8, le maximum + 14, et le minimum 4-4,5. Le baromètre a fourni pour moyenne 752,1 ; pour maximum 762; pour minimum 752. Il y a eu 2 jours de grêle et 3 jours de pluie, du 30 novembre au 2 décembre; le reste du temps a été superbe, avec un ciel d'une limpidité sans pareille. C'est que nous traversions successivement deux régions bien différentes : la première, de l'extrémité occidentale du détroit au cap Froward, pointe du continent, est une contrée montagneuse, abrupte, couverte de foi'èts sur le bord continental. Dans la deuxième partie du détroit, les monta" gnes s'abaissent successivement à partir du cap Froward et bientôt disparaissent tout à fait pour faire place à des plaines verdoyantes qui s'étendent à perte de vue et qui \iennent aboutir au rivage soit par une plage de sable, soit par des falaises peu élevées. Le climat de la première région est âpre et rigoureux, refroidi qu'il est par les glaciers des Andes, nébuleux et pluvieux; celui de la deuxième, beaucoup plus doux et plus sec, sans l'être à l'excès, participe des climats de plaine; les \entsy sont plus réguliers, soufflant généralement de l'ouest. La pureté du ciel, dans les beaux jours, est incomparable. Nous apercevions à 30 lieues de distance, sur la Terre-du-Feu, les sommets, couverts déneiges éternelles, du mont Snrmiento, dont la hauteur est de 2,000 mètres, et, à 10 heures du soir, nous jouissions encore d'un lumineux crépuscule. La campagne était verte et exubérante de sève. Le thermomètre montait au fur et à mesure que nous avancions

MAGELLA>'IQUES (terres). 663

•vers l'est, de telle sorte que de -h 6'^,- (moyenne nycthémérale) il passa progressivement à 10°, 6.

Voici, du reste, un document plus complet qui nous a été fourni par le gouverneur de !a colonie chilienne de Punta-Arena située vers le milieu du détroit, mais à l'est du ca|j Froward et, par conséquent, dans la zone plus tempérée que nous venons de décrire.

OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES FAITES A PUNTA-ARENA (mAGALLANES) PAR 53° LATITODE ACSTRALE ET l'I" LONGITCDE DD MÉP.IDIEN DE CREEKWICH

(1" novembre 1858- 51 octobre 59)

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